dimanche 5 juillet 2009
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samedi 4 juillet 2009
littératures africaines et coloniales francophones
la fécondité de l'échange entre Littérature
et Histoire selon Janos Riesz
Marc MICHEL
«Astres et désastres», Histoire et récits de vie africains de la
Colonie à la Postcolonie, Georg Olms Verlag, Hidesheim, Zurich, New
York, 2009, 396 p.
Sous ce titre intrigant, Janos Riesz dont on connait les contributions
incontournables sur les littératures africaines et coloniales
francophones, publie en un recueil considérable une partie de ces
contributions, revues et réécrites.
Le titre de l'ouvrage suscite évidemment la curiosité. Dans sa première
contribution, Janos Riesz s'en explique en précisant qu'il s'agit d'une
figure de pensée dans les relations entre la France et ses anciennes
colonies ; il relève cette figure dans une série de poètes français et
la met en rapport avec des œuvres majeures de la littérature des
colonisés.
L'ouvrage fait suite à un premier livre intitulé De la littérature
coloniale à la littérature africaine publié en 2007 et rassemble des
textes dispersés, ayant fait l'objet de communications sur deux
décennies, de 1987 à 2008. Janos Riesz en a gommé, autant que faire se
peut, les recouvrements et les a ajustés aux dernières informations
disponibles.
L'ensemble du volume est divisé selon trois grands axes : le discours
historique dans les textes littéraires, les récits de vie et les
écritures autobiographies, les espoirs et échecs des indépendances.
Précisons qu'il s'agit ici des colonies et des indépendances d'Afrique
noire et que, sauf l'exception d'une communication sur "Charles de
Foucauld et le Désert", il s'agit de l'Afrique noire et d'auteurs très
majoritairement africains: Léopold Panet, Dadié, Mariama Bâ, Lumumba,
Kourouma, Ousmane Sembène, Kossi Efoui, Sénouvo Agbota Zinzou, Senghor.
Il s'élargit aux écrivains antillais de la Négritude comme le grand
poëte Léon Gontran Damas. Le cas de Lumumba est évidemment particulier
puisqu'il ne fut en aucune manière écrivain, si bien que Janos Riesz
analyse seulement le personnage dans la production romanesque
africaine..
Il est difficile de rendre compte d'un tel ouvrage. Un des mérites du
volume est de rappeler à la mémoire l'importance de certains textes
plus ou moins oubliés : par exemple, la Relation d'un Voyage du Sénégal
à Soueira au Maroc du métis Panet, «indigène» (entendons ici habitant)
du Sénégal ou encore les Carnets de prison de Bernard Dadié.
Un autre
mérite est d'appréhender des textes dont on ne savait pas trop quoi
faire comme les fameuses autobiographies recueillies par le célèbre
ethnologue allemand Dietrich Hermann Westermann publiées en Français en
1938. Le décryptage et la mise en situation de ces textes en sont
formidablement faits par Janos Riesz qui en prouve ainsi la valeur
historique.
La fécondité de l'échange entre Littérature et Histoire est d'ailleurs
au centre de l'ouvrage. Janos Riesz nous montre à quel point les œuvres
et les auteurs ne peuvent être séparés du contexte de leur production
et des circonstances de leurs vies. Cela peut paraître une évidence
quand il s'agit d'autobiographies. Janos Riesz en montre cependant la
richesse méthodologique à propos de certaines œuvres oubliées, et
pourtant très instructives, comme le roman de René Maran Un homme
pareil aux autres dont l'analyse pourrait être rapprochée du fameux
Peaux noires, masques blancs de Franz Fanon. Il est aussi évident en ce
qui concerne Tiaroye racontée et mis en scène par Ousmane Sembène, bien
que sur ce point il eût été utile de tenir compte du démontage de la
fabrication littéraire et cinématographique de celui-ci.
Le décryptage ne se fait pas dans le seul sens de l'Histoire vers la
Littérature ; il indique aussi ce que la première doit à la seconde en
matière de mythes et de symboles, par exemple à propos de l'Orphée noir
dont Jean-Paul Sartre et Léopold Sédar Senghor ont fait, selon Janos
Riesz, un mythe «utile à l'Afrique». La propension des chercheurs et
des écrivains africains en situation «post-coloniale» à une relecture
des œuvres littéraires est aussi très sensible à propos du même
Senghor.
On peut ne pas être toujours convaincu par tous les travaux historiques
auxquels se réfère Janos Riesz, il reste que sa méthode d'aller et
venue entre Histoire et Littérature permet de renouveler et d'enrichir
les approches réciproques. Le principal regret que me laisse ce livre
est qu'il se cantonne encore à la littérature africaine en relation
avec un passé colonial qui s'éloigne alors qu'une nouvelle littérature,
riche, variée, neuve, s'est développée partout en Afrique, chez de
jeunes écrivains, Emmanuel Dongola, Léonora Miano, Libar Fofana, pour
ne prendre que quelques exemples, appelant à une confrontation non avec
la «colonie», mais à une proprement africaine
Marc MICHEL
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mardi 19 mai 2009
colonisation et "judiciarisation" de l'Afrique

palais de justice de Bobo-Dioulasso (Haute-Volta)
les prémices de la justice contemporaine
en Afrique noire
les coutumiers d’Afrique noire francophone à l’épreuve du modèle juridique français
Bernardo-Casmiro DO REGO
La justice se rendait autrefois, en Afrique noire, selon la coutume. La colonisation a donné lieu à rédaction des coutumiers à l’aune du modèle juridique français. Une évolution fondamentale.
Si le XVIIIe siècle européen est qualifié de siècle des lumières, c’est à bon droit que nous pouvons affirmer le XVIIIe siècle africain de siècle des résistances. En effet, les colons ayant pénétré l’Afrique noire dès les XVIe et XVIIe siècle entamèrent un vaste chantier de conquête aux XVIIIe et XIXe siècles. Les monarchies africaines, défenseurs de leurs terres perdirent à tour de rôle leur sceptre, laissant ainsi la mère Afrique à des inconnus venus d’outre-mer : la colonisation est née.
Cette dernière est décriée comme première cause du retard du monde noir ; mais n’a-t-elle eu que des conséquences négatives sur le vieux continent. Sans doute pas. Au-delà de la civilisation du monde noir, il importe également de préciser que la colonisation inscrivit l’Afrique dans l’histoire des peuples. Les sociétés primitives africaines dont il ne reste aujourd’hui quasiment point d’écrits doivent leur trace à ce qui en a été inscrit dans les archives ou les récits de la colonisation. Il n’est point dessein pour nous de faire ici l’apologie de la colonisation, ni de dénier l’exploitation de l’Afrique sous la colonisation.
Notre objectif est de rappeler l’impact de la colonisation dans l’étatisation du continent, ou du moins l’impact de la colonisation dans la «judiciarisation» du continent. En effet, pour asseoir leur autorité, il a fallu réformer les colonies. La France avait donc regroupé ces colonies dans de vastes ensembles territoriaux : l’Afrique Occidentale Française (AOF) et l’Afrique Equatoriale Française (AEF). Confrontée à des incompréhensions, une justice divine (plutôt fétichiste) et arbitraire, la première étape de la réorganisation de ces ensembles fut l’identification des colonies à la métropole.
Comment concilier une société traditionnelle, animiste ou islamique, avec une autre plus moderne et christianisée. La réponse fut semble-t-il de comprendre comment fonctionne chacune des colonies et d’essayer d’assurer une unité en leur sein. Était-ce en réalité cet esprit qui anima le colon ? Dieu le sait, nous ne le savons ; néanmoins tout laisse croire que cet esprit préfigura l’idée de rédaction des coutumiers qui commença à germer dans les esprits des colons.
Cette idée ne tarda pas à éclore : une circulaire AP du 19 Mars 1931 ordonne la rédaction des coutumiers. Les travaux débutent dans chaque colonie pour le recensement des coutumes. Nous avions dans un article, paru il y a peu, décrit le coutumier du Dahomey. Nous ne reprendrons pas cette description ici mais nous nous contenterons d’analyser l’idée d’une rédaction des coutumiers à l’aune du modèle juridique français. En effet, il s’agit ici de relever des généralités ayant motivé les colons et ayant commandé une mise au point des coutumiers dans les territoires conquis. En réalité, dans l’attente d’une prochaine publication d’une compilation des plus grands coutumiers d’Afrique noire francophone, nous avions jugé utile de vous noter ces traits majeurs. Avant toute chose, il convient de rappeler la notion de coutume.
Concilier les règles françaises et règles africaines
La coutume est un ensemble de pratiques répétées et spontanées d’un territoire donné suivies sur une longue période et s’imposant à la population qui l’accepte et l’érige en norme. M. Gillesen, spécialiste de la question dira que c’est «un ensemble d’usages d’ordre juridique qui ont acquis force obligatoire dans un groupe sociopolitique donné, par la répétition d’actes publics et paisibles pendant un laps de temps relativement long».
Un coutumier peut donc être conçu de deux façons différentes : soit par recueil, soit par compilation. La deuxième hypothèse est celle retenue dans le cadre de l’Afrique noire francophone. En réalité, la plupart des coutumes africaines peu importe les territoires et les régions étaient constituées de règles abstraites gouvernées la plupart du temps par des considérations animistes, qui mieux est, vodouïstes. Ces règles furent jugées sauvages par les Occidentaux déjà clonés aux règles des droits de l’Homme.
La principale préoccupation fut d’épurer ces pratiques afin de les dépouiller des superstitions dont elles étaient jugées colorées. Précisons néanmoins que l’objectif était de doter ces territoires de règles qui leur seraient imposées, c’est-à-dire une façon pour les Occidentaux d’affirmer leur suprématie et d’asseoir leur puissance. Pour mieux adoucir l’imposition, la mise en place de coutumiers censés reprendre les us et coutumes de ces territoires sera le perron qui offre l’assentiment des indigènes.
En revanche, il faut remarquer que la diversité des cultures, ethnies, langues rendait la justice impraticable avant la colonisation et l’arbitraire s’érigeait en maître mot ; aussi, faut il ajouter qu’à partir du processus de colonisation, des tribunaux français furent installés dans les colonies et ceux-ci devaient concilier les règles françaises et les règles indigènes ou requérir dans d’autres cas auprès des dignitaires locaux la répression de telle ou telle autre coutume à l’égard d’un délit ou d’un crime ; ce qui implique une insécurité juridique.
À mille lieux du berceau de l’humanité, la France vivait au XVIIIe s. une révolution intellectuelle. La raison est apparue comme guide de la pensée humaine, rejetant aux calendes grecques toute explication du monde par la foi ou la religion. La France traverse un siècle des lumières avec une intelligentsia inspirée. Plusieurs codes ont été édités dès 1800 : le code civil en 1804, le code de procédure civile en 1806, le code de commerce en 1807 et le code pénal en 1810. Le système judiciaire français à l’heure coloniale était donc très organisé et très structuré. Il revenait impérieux aux colons de réorganiser le système judiciaire au sein des colonies, en le calquant sur le système de la métropole.
En finir avec l’atrocité, les tortures et les actes de barbaries qui existaient dans les territoires était une première façon d’expliquer l’évolution. Sans rejeter ce dernier motif, on pourra relever trois autres raisons principales qui justifiaient la démarche coloniale. La première est la cause efficiente : l’établissement d’une loi écrite qui servira de base à tous les tribunaux. La deuxième est la vision de chacun des territoires comme un tout. La troisième est l’affirmation de l’autorité française. Les français cherchaient à s’imposer avec le moins de heurts possibles, de manière à éviter toute rébellion tout en anéantissant les dernières institutions royales qui pouvaient encore exister. À cette dernière raison s’ajoute l’idée de faire intégrer les territoires dans un ensemble d’espaces coloniaux, l’Afrique française.
En conclusion, on ne saurait renier que l’idée de la rédaction des coutumiers se veut une conciliation des besoins de la colonie avec ceux de la puissance colonisatrice. Car en réalité, si les colons cherchaient à imposer leur mœurs, l’Afrique a trouvé dans cette imposition française une sécurité juridique créant ainsi le fondement de sa justice et de son droit.
source : Afrik.com
mardi 19 mai 2009
- le blog de Bernardo-Casmiro do REGO, juriste en droit privé et en histoire du droit
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le "tribunal des races" à Yaoundé (Cameroun), 25 juin 1951 (source)
lundi 18 mai 2009
réintégrer le Japon au sein de l'histoire mondiale (Arnaud Nanta)

soldats japonais défilant à Singapour en février 1942
pour réintégrer le Japon au sein
de l'histoire mondiale :
histoire de la colonisation et guerres de mémoire
un article d'Arnaud NANTA
jeudi 7 mai 2009
lecture de : L'Europe face à son passé colonial
L’Europe face à son passé colonial
Jean-Pierre RENAUD
Livre intéressant et utile, mais livre déroutant. Le plan annoncé dans l’introduction n’est pas facile à suivre dans le corps de l’ouvrage. Est-ce dû à la difficulté que rencontrent certains universitaires à respecter une discipline intellectuelle commune ? Toujours la liberté universitaire ?
Il est en effet difficile de s’y retrouver dans l’articulation chronologique et conceptuelle des contributions.
L’introduction annonce trois lignes d’éléments utiles à la compréhension de la relation histoire et mémoire, au cours de la période post-coloniale :
- les processus repérables ;
- les phénomènes mémoriels repérables ;
- le domaine propre de l’historiographie.
Le lecteur attendait de pouvoir suivre l’examen de ces thèmes à partir d’une grille historique partagée, c’est-à-dire chronologique, ce qui n’est pas le cas.
Autre remarque, et compte tenu du titre, pourquoi avoir inclus dans l’ouvrage des pays non européens, le Japon, Haïti, et le Québec ? En ce qui concerne ce dernier pays, l’argument de transversalité opère effectivement, mais sur un autre plan.
l'histoire perdrait-elle son combat avec la mémoire ?
Il n’empêche que la juxtaposition des contributions décrit bien la problématique de la relation mémoire/histoire, problématique dynamisée par l’immigration, et manipulée par des politiques, des intellectuels, et quelquefois par des historiens.
À lire ces contributions, on en retire l’impression que l’histoire perd actuellement son combat avec la mémoire, mais une mémoire rarement définie, identifiée, et mesurée.
On voit bien, au cours de la lecture de ce livre, que l’histoire coloniale est oubliée dans la plupart des pays, alors que des groupes de pression surfent sur une mémoire coloniale sélective manipulée à l’avantage des thèses qu’ils défendent.
Et le livre apporte beaucoup d’informations sur le passé colonial des autres pays européens, souvent mal connu, même de la part d’esprits curieux.
La contribution relative aux soldats africains est intéressante pour un Français, car elle illustre parfaitement la problématique mémoire/histoire, ravivée par le film Indigènes. Elle replace leur concours sur un terrain historique et tord le coup à un certain nombre d’affabulations mémorielles. À chacun ses indigènes, comme l’écrit un des auteurs.
Je suis beaucoup plus hésitant sur tout ce qui touche à l’Algérie, tant il parait difficile encore de dissocier histoire et mémoire, compte tenu de l’importance des remontées permanentes de mémoire, manipulées ou non. La population d’origine algérienne, française d’origine ou non, a beaucoup de poids en France.
Un auteur évoque «une explosion mondiale des mémoires» (p. 144). Un autre auteur écrit : «La mémoire coloniale constitue depuis plusieurs années un sujet primordial dans le débat public français» (p. 219) Est-ce si sûr. Quelle mesure statistique peut-il donner à cette affirmation ?
Un troisième auteur parle de «la mentalité collective» (p. 91). Il serait intéressant qu’il nous en donne, également, définition précise et bonne mesure statistique.
Mentalité collective, mémoire collective, stéréotypes, inconscient collectif, quelques uns des mots souvent utilisés par les mémorialistes coloniaux, et que l’on trouve aussi dans certaines contributions. Les historiens seraient bien inspirés de tenter de donner un contenu scientifique à ces mots, pour autant que cela soit possible.
Gaz en Éthiopie, extermination de populations en Afrique du Sud et dans le Sud Ouest Africain, colonisation française et belge comparée, guerre d’Algérie, Haïti, Japon, Québec, etc … sujets tellement variés en thématique et en chronologie, qu’il était difficile de mener complètement une analyse transversale et chronologique de la problématique décrite.
Mais le compte des informations et des réflexions y est, d’autant plus qu’en conclusion du débat entre histoire et mémoire, qui nourrit tout le livre, Daniel Lefeuvre propose une mise en garde méthodologique salutaire, en préconisant un «retour sur quelques règles de la science historique», en bonne filiation de grands historiens reconnus pour leur rigueur scientifique, un Marc Bloch par exemple, ou dans le domaine de l’histoire coloniale, un Henri Brunschwig.
Jean Pierre Renaud
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présentation du livre
La colonisation a-t-elle eu un "caractère positif" ou a-t-elle été facteur d'une exploitation et d'une domination féroces des peuples et des territoires colonisés ? Faut-il la traiter comme une page d'histoire parmi d'autres ou bien l'expier comme un péché, qui entache la France depuis plus d'un siècle ?
Loin d'être un objet froid de la
recherche historique, le passé colonial nourrit aujourd'hui dans
l'hexagone une véritable guerre des mémoires.
Depuis la loi du 23
février 2005 et son article 4, le débat fait rage autour de ces
questions. Ces débats sont-ils uniquement franco-français ? Il suffit
de porter le regard au-delà de nos frontières pour se convaincre du
contraire. Au nom du gouvernement italien, Silvio Berlusconi ne
vient-il pas de faire officiellement acte de repentance pour la
colonisation de la Libye ? Ce livre le montre, toutes les anciennes
puissances coloniales, sont confrontées à ce passé, le Japon ne faisant
pas exception.
Comme d'ailleurs les sociétés anciennement
colonisées. Cette approche comparative permet donc de mieux saisir ce
qui, dans les débats sur ce passé, est spécifique à notre pays et ce
qui relève d'un passé partagé des puissances impériales.
- L'Europe face à son passé colonial, dir. Daniel Lefeuvre, Olivier Dard, Guy Pervillé, Marc Michel, éd. Riveneuve, 2009.

Hanoï, agent de police indigène (source Caom)
























