études-coloniales

dimanche 5 juillet 2015

accueil et sommaire de ce site

6909334723243478270840637X9782035848321FS9782916385563FS37658182La-France-coloniale-sans-fard-ni-déni-JP-Rioux

 

le site le plus visité et le plus commenté

sur l'histoire coloniale et ses controverses

@ écrire à Études Coloniales  Répertoire des historien(ne)s du temps colonial

DERNIER ARTICLE PUBLIÉ : jeudi 21 mai 2015               blog : PIONNIERS du TONKIN (1872-1894)Slide0001_1

une certaine rhétorique algérienne "anti-coloniale" (Michel Renard)
Algérie coloniale : un génocide ? (Claude Liauzu et Gilbert Meynier)
l'aphasie des idéologues de la fracture (Michel Renard)couv_Essai_colonisation_positive
 
Le FLN et les prélèvements sanguins en Algérie, 1962 (Grégor Mathias)
 Algérie coloniale : génocide culturel ? Michel Renard * NOUVEAUTÉ *
 ESSAI SUR LA COLONISATION POSITIVE - un ouvrage de Marc VISAGE_FEMME_MAYOTTEMichel (Perrin, 2009)
Lounis Aggoun, La colonisation française en Algérie. Deux cents ans d'inavouable. Rapines & péculats
Gregor Mathias : les prélèvements sanguins forcés à la fin de la guerre d'Algérie
Les victimes du 17 octobre 1961 (liste Jean-Luc Einaudi)

Mayotte : entretien avec Jean Martin
(par Ismaïl Mohammed Ali, RFO)

 

97735839_o  101313482_o  98156527_o  101322362_o

le religieux musulman et l'armée française (1914-1920), Michel Renard

le sacrifice monumentalisé, autour de la Première Guerre mondiale : mosquées et kouba, Michel Renard

Antoine AbibouTirailleurs sénégalais août 1944Fargettas couv

 la tragédie du camp de Thiaroye, décembre 1944 : Lettre ouverte au Président de la République, par Julien Fargettas

 la "Force Noire" n'a-elle été que de la "chair à canon" ? Mise au point de Marc Michel

Marc Michel 2007   Marc Michel couv (1)    Marc Michel couv (2)  Marc Michel couv (3)

 

______________________________

4 novembre 2013 : disparition de l'historien Daniel Lefeuvre

biographie - iconographie - hommage - réactions

Daniel 2007

    24 juin 2008

9782859700195FS9782082104401FS9782082105019FS9782081234857FS

- lire l'article de Guy Pervillé

 ____________________

9782717845662FS 2951953976 de-quoi-fut-fait-l-empire 9782706816109FS 9782916385440FS 9782717851489FS
quelques ouvrages de Jacques Frémeaux, professeur à la Sorbonne, en histoire coloniale

le livre de Daniel LEFEUVRE au programme de l'IEP de Grenoble (2012) ** NOUVEAUTÉ **
La fin de la guerre d'Algérie, Guy PERVILLÉ (article censuré par la Direction des Archives de France) ** NOUVEAUTÉ **
la supériorité scientifique et technique de l'Europe au XVIIIe siècle (Michel Devèze, 1970)
site : Histoire du Droit des Colonies (université Montpellier)69019950_p
La Mosquée de Paris sous l'Occupation : critique du film "Les hommes libres"
HOMMAGE À CLAUDE LIAUZU (1940-2007)

Liauzu_photo_1

23 mai 2008 : Claude Liauzu nous a quittés il y a un anAgeron_portrait_1

 

 

- Charles-Robert Ageron (1923-2008)
- in memoriam, par Guy Pervillé
historien de l'Algérie coloniale

un des articles les plus
commentés de ce blog
- les oubliés de l'histoireill_delacroix_sultancouv_Daniel_new
coloniale du Pacifique
Mélica Ouennoughi

** listes des déportés algériens en Nouvelle-Calédonie **

Débats spéciaux
* Pour en finir avec la repentance coloniale
** Enjeux du passé colonial et usages publics de l'histoire
***
Critique du livre Coloniser, exterminer
**** Débats sur le DICTIONNAIRE DE LA COLONISATION FRANÇAISE (Larousse)Alg_rie_magazine_Aur_s_Nementchas

Spécial : collèges et lycées Repères
-
fiches/articles destinés aux élèves - Les indépendances de l'Afrique
- quelle histoire coloniale au Bac ? (Jules Ferry raciste ?)

Initiative : kouba de Nogent
- APPEL et SOUSCRIPTION pour la RECONSTRUCTION de la KOUBA de Nogent-sur-Marne

Sarkozy et l'Afrique : le discours de Dakar
- Le discours de Nicolas Sarkozy, prononcé à l'université de Dakar - critiques

Guerre d'Algérie magazine - Le magazine d'histoire de la guerre d'Algérie

Catégories
1 - RÉPERTOIRE DES HISTORIEN(NE)S DU TEMPS COLONIAL
2 - Définitions et causes de la colonisation + repères
FRCAOM08_9FI_00637R_P
3 - Cultures et colonisations

4 - Histoire économique
5 - Figures coloniales et anti-coloniales

6 - Afrique-histoires
7 - Algérie-Maghreb-histoires
8 - Indochine-Asie-histoires
9 - Océanie, Nouvelle-Calédonie, Amérique, Pacifique Sud
10 - Textes et interventions
11 - Judaïcités dans le monde colonial
12 - Colonies d'Ancien Régime
13 - Les guerres coloniales
14 - Révoltes dans espaces colonisés
15 - Le monde colonial en métropole
16 - Chronologies
17 - Personnages et institutions
18 - Idéologies mémorielles

19 - Bibliographies et archives
20 - Historiens du temps colonial
21 - L'histoire coloniale à l'école
22 - Colloques, journées d'étude
23 - Varia, initiatives
24 - Spécial collèges et lycées
25 - Nouvelles de ce site
26 - Objectifs d'Études Coloniales
9782213661674
27 - Direction "Études Coloniales"
28 - LIENS

29 - CORRESPONDANTS11744493_p

Domination coloniale
et administration
- colloque mai 2008 - Samya El Mechat

 

Réseau des correspondants
d'Études Coloniales

- liste des correspondants

Liste de tous les articles
publiés sur Études Coloniales
- liste de tous les articles
Diapositive1 30509529
- liste des auteurs 2006
- toutes les archives

Images coloniales
- blog Images Coloniales

- images d'Oujda à l'époque coloniale (article très commenté) *

- Saint-Louis du Sénégal à l'époque coloniale6873142_p

La naissance du monde moderne
- un livre de Christopher A. Bayly
- la mondialisation, une vieille histoire
- les errements de l'histoire "post-coloniale"

supercherie_coloniale_JP_Renaud Supercherie coloniale : un livre démystifiant de Jean-Pierre Renaud sur la réalité de la propagande coloniale
- "Y a-t-il eu vraiment propagande coloniale ?" Jean-Pierre Renaud

Revue Études Coloniales
- revue Études Coloniales n° 1

 

Diapositive2- Répertoire des historien(ne)s du temps colonial
225 notices, 599 images, 1129 liens
Martine_Cuttier_Archinard_couv

pour y figurer, cliquer ici

Portrait du colonialisme triomphant. Louis Archinard, 1850-1932, un livre important de Martine Cuttier, préface de Marc Michel

391838239782846542807FS couv-ratonnadesBD_306872 48 40

* les commentaires anonymes et dotés d'une
adresse email non valide seront supprimés

blog ouvert depuis le 28 février 2006

nombre de visiteurs : 1 356 746 ( le million dépassé le 27 août 2013)
nombre de pages lues : 2 430 760 (les 2 millions dépassés le 27 janvier 2014)
nombre d'articles : 693
nombre de commentaires : 4579

 

 

hist plantes coloniales couv

daniel_repentance_couv

 de-quoi-fut-fait-l-empire

9781421407661_p0_v1_s600 9782916385112 copie t_2213023689 20177523_p 20176671_p
9782296025707r


@ écrire à Études Coloniales

quelques livres recommandés :

- Léopold Justinard, missionnaires de la tachelhit, 1914-1954, Rachid Agrour, 20079782845864177FS
- Pour en finir avec la repentance coloniale, Daniel Lefeuvre, Flammarion, 2006-2008
- Histoire de l'anticolonialisme en France, Claude Liauzu, A. Colin, 2007
- Les Africains et la Grande Guerre, Marc Michel, Karthala, 2003
- Le Dê Tham (1853-1913), un résistant vietnamien..., Claude Gendre, 2007
- Gallieni, Marc Michel, Fayard, 1989
- Un silence d'État. Les disparus civils européens de la guerre d'Algérie, Jean-Jacques Jordi, Soteca, 2011

shapeimage_14 site sur le fonds Émile-Louis Abbat
                                            officier au Soudan français

 

péroz1  40
deux ouvrages récents d'histoire coloniale à faire connaître
- contact avec éditions Jean-Pierre Renaud pour avaht du livre de Péroz
- contact avec les éditions Atlantis pour l'achat du livre de Jean-Pierre Lledo

 

 9782738492234FS9782296038462FS9782702510698FS9782702513149FS9782915960464FS9782747573047FS
 quelques ouvrages du général Maurice Faivre, Vice-Président de la Commission française d'Histoire militaire

 

9782213023687FS9782845864177FS9782011456977FS9782200267315FS9782262024864FS9782035848321FS-1
 quelques ouvrages du professeur Marc Michel (université de Provence), spcécialiste de l'Afrique coloniale

 

blog Marie-Hélène Degroise
le blog de Marie-Hélène Degroise : http://photographesenoutremer.blogspot.fr/

 

Posté par michelrenard à 00:01 - Commentaires [53] - Permalien [#]


jeudi 21 mai 2015

la France n'a pas de dettes envers ses ex-colonies

92587396_o

 

la France n'a pas de dettes envers

ses ex-colonies, mais une histoire commune

Daniel LEFEUVRE (2006)

 

Entretien

Le Figaro Magazine - Pourquoi cette vague de repentance à propos de l'histoire coloniale de la France ?

Daniel Lefeuvre - Amplifié à l'extrême ces cinq ou six dernières années, le phénomène tient moins à des questions historiques qu'à des problèmes politiques. Il est lié aux difficultés rencontrées par certains jeunes des banlieues à se faire une place dans la société. Il est lié aussi au malaise qu'ont ressenti des intellectuels français engagés dans le soutien au tiers-monde quand ils ont dû constater l'échec politique, économique, social et même culturel des nations anciennement colonisées.

L'exemple de l'Algérie montre qu'une référence pervertie à l'héritage colonial permet aux dirigeants algériens de s'exonérer à bon compte de leurs responsabilités. En accusant la colonisation de tous les péchés du monde, on reporte sur le passé les difficultés du présent. En France, où les politiques d'intégration et de lutte contre le racisme montrent des limites, la stigmatisation du passé colonial est un exutoire facile, mais largement abusif.

 

91505892

 

Historiquement parlant, le projet colonial fut d'abord un projet républicain, avec un fort ancrage à gauche. Pourquoi l'avoir oublié ?

Parce que la gauche républicaine est passée d'un colonialisme pensé comme «devoir de civilisation» à un anticolonialisme imposé par le monde d'après 1945, sans examen de conscience des injustices que colportait le premier ni des naïvetés qui accompagnaient le second.

Au XIXe siècle, si Jules Ferry est le praticien de la colonisation, Léon Gambetta en est le théoricien. Ces deux hommes, en effet, se situent à gauche de l'échiquier politique. À cette époque, le projet impérial n'est pas très populaire. Il est dénoncé par une partie de la droite. Les plus critiques sont les nationalistes, qui estiment que le projet colonial détourne les Français de la revanche sur l'Allemagne, et les économistes libéraux dont la pensée se retrouvera, soixante-dix ans plus tard, chez Raymond Aron. Les radicaux ne se rallient à la politique coloniale qu'à l'extrême fin du siècle, alors que les socialistes glissent du rejet du colonialisme à une politique de réformisme colonial.

Le basculement s'opère avec la Grande Guerre. La France fait appel à des soldats coloniaux qui constituent une force d'appoint certes secondaire, mais dont la valeur symbolique est très forte. Au lendemain de la guerre, les troupes coloniales, avec la Légion, sont les plus applaudies lors des défilés du 14-Juillet : une histoire d'amour s'est ouverte entre les Français et les coloniaux.

 

Banania femme - 1         Banania tirailleur - 1

 

La publicité de l'époque le sent bien, puisque la thématique coloniale y est très présente. Prenons l'exemple de Banania. Au départ, les boîtes s'ornent de l'effigie d'une Antillaise. En 1915, la marque lui préfère celle du célèbre tirailleur sénégalais. Pourquoi ? Parce que pour vendre du chocolat pour les enfants, il faut une image qui soit sympathique et rassurante.

On peut juger aujourd'hui que l'effigie du tirailleur est paternaliste, qu'elle ne correspond pas à nos critères moraux, mais c'est un anachronisme que de la définir uniquement comme l'expression même du racisme. Jamais une marque allemande, au même moment, n'aurait affiché un Noir.

Messali Hadj, le père fondateur du nationalisme algérien, témoigne dans ses Mémoires de l'accueil chaleureux et de la considération dont les travailleurs algériens ont été l'objet dans la France des années 1920. Cette page d'amour se prolonge jusqu'aux années 1950. Un nouveau basculement a lieu avec la guerre d'Algérie, opérant de fait une rupture entre Français et Algériens. Mais le problème ne se pose pas de la même façon pour la Tunisie ou pour le Maroc, ou pour l'Afrique noire, où les indépendances ont été moins conflictuelles.

La France a-t-elle une dette envers les pays qui furent jadis ses colonies ?

La notion de dette n'a pas de sens dans ce contexte. On ne parle pas de dette de la France envers les États-Unis à propos du plan Marshall : or la France a donné à ses territoires coloniaux trois fois et demie plus que le montant du plan Marshall. Au moment de l'indépendance du Maroc, le dirigeant nationaliste Ben Barka affirme que le pays n'est pas en voie de développement, mais qu'il est «sur la voie du développement». Et tous ses amis du Tiers-monde s'extasient devant lui sur le niveau d'infrastructure légué par la France.

 

plan Marshall afiche - 1
buvard publicitaire, vers 1955, "Le plan Marshall, Plan de Paix et de Prospérité"

 

Il n'y a pas de dette, mais une histoire commune. La colonisation a permis l'entrée dans les relations économiques mondiales des États qui ont été colonisés. La colonisation est un moment de la mondialisation du XIXe siècle, et le mode d'intégration de ces territoires à cette économie mondialisée.

On dira que ce développement a été lacunaire, inégal, injuste. C'est vrai, mais il en a été de même en Occident : toute la France n'a pas basculé en même temps dans la modernité. La colonisation fut donc un moment de la mondialisation. Est-ce bien, est-ce mal, ce n'est pas le problème de l'historien.

Le Figaro, 29 septembre 2006

 

Daniel Lefeuvre (1951-2013) fut professeur d'histoire économique et sociale à l'université Paris VIII, spécialiste de l'Algérie coloniale, il a notamment publié un essai au titre choc : Pour en finir avec la repentance coloniale.

 

91505892

 

 

- retour à l'accueil

Posté par michelrenard à 19:17 - - Commentaires [3] - Permalien [#]

jeudi 19 février 2015

décès d'Henri Martin (1927-2015), par Pierre Brocheux

henrimartin
Henri Martin à son procès

 

Salut à toi Henri Martin !

«Tu aurais, en tirant sur eux, assassiné

la République»

Pierre BROCHEUX

 

Henri Martin est décédé le 16 février 2015 à l’âge de 88 ans. Avec lui disparaît un militant communiste mais, le plus important pour moi, il est celui qui a milité pendant des années contre la guerre d’Indochine et contre le colonialisme.

Après avoir participé à la résistance française contre l’occupation allemande, il s’engage dans la Marine nationale pour libérer l’Indochine, alors française, de l’occupation japonaise. Mais lorsqu’il arrive en Indochine, les Japonais ont capitulé. Sur place, Henri Martin est plongé en pleine révolution vietnamienne : Ho Chi Minh a proclamé la République démocratique du Viet-Nam, État indépendant, le 2 septembre 1945.

En fait de soldats japonais Henri Martin combat les résistants vietnamiens qui s’opposent au retour «de la souveraineté française» et il est témoin de massacres de civils vietnamiens. Il fait partie des Français qui refusent d’assumer la contradiction entre l’idéal pour lequel ils ont combattu en France et la reconstruction de l’empire colonial français. Il fut une belle incarnation du citoyen-soldat opposé au prétorien.

Revenu en France, affecté à l’arsenal de Toulon, il lutte pour «la paix en Indochine» par la propagande . Il est arrêté sur la fausse accusation de sabotage, un deuxième tribunal militaire retire ce chef d’accusation mais le condamne à cinq années de détention pour activités antinationales (1950). De nombreux intellectuels de renom (comme J-P Sartre) menèrent une campagne nationale pour sa libération et Henri Martin devint une figure emblématique. Et pour nous, étudiants anticolonialistes, il fut un exemple de la vigueur et de la droiture de ses convictions.

En 1953, il fut libéré avant terme, et nous fûmes plusieurs étudiants à avoir eu la joie d’aller l’acclamer à sa sortie de geôle, lorsqu’il apparut à la fenêtre du journal L’Humanité en compagnie de Jacques Duclos.

Pierre Brocheux

Pierre Brocheux portrait

 

____________________

 

Henri Martin (7)
L'Humanité avec un dessin de Picasso

 

Henri Martin (1)
Henri Martin (1927-2015)

 

Henri Martin (2)
Henri Martin (1927-2015)

 

Henri Martin (4)
Henri Martin (1927-2015)

 

Henri Martin (5)
Henri Martin (1927-2015)

 

Henri Martin (3)
Henri Martin (1927-2015)

 

Henri Martin (6)
Henri Martin (1927-2015)

 

____________________

 

51IQi7eH8ML

 

Pierre Brocheux portrait tribune
Pierre Brocheux

 

 

- retour à l'accueil

Posté par michelrenard à 20:25 - - Commentaires [1] - Permalien [#]

jeudi 12 février 2015

Mémoires, histoire des déplacements forcés (Mélica Ouennoughi, dir.)

Melica couv

 

 

déplacements forcés dans l'histoire coloniale

Mélica OUENNOUGHI

 

Cet article intègre des contributions de chercheurs sur leurs travaux respectifs portant sur les héritages des composantes en migration.

Ces textes réunis ont été dirigés sous la forme d'un fil conducteur que j'ai pu conduire depuis ma thèse autour des marqueurs, legs et résistances politico-culturelles des déplacés depuis la fin du XIXe siècle (époque coloniale) jusqu'à nos jours. Il s'agit dans ce travail collectif de rapporter l'existence de biens immatériels préservés par des populations déplacés en dépit du dénigrement de leur oasis ou leur lieu d'origine.

Ce travail intègre un article inédit que m'a transmis le fils de Pierre Bourdieu, connaissant mes travaux sur les migrations forcés suite aux déportations d'Algériens et Maghrébins en Nouvelle-Calédonie poursuivant le déracinement d'un système paysan qui venait en amont des migrants des années 1945-50.

L'article de Pierre Bourdieu et Loïc Wacquant s'intitule "l'ethnologue organique" en mémoire au sociologue Abdelmalek Sayad. Il ouvre en quelque sorte le lien permettant de réunir les contributions dans une même dynamique scientifique interdisciplinaire dont la base est l'anthropologie qui fournit un canevas de recherche thématique.

L'un des auteurs Michel Renard apporte sa contribution sur le politique et le religieux des années 1910-1940. Comment sont les Algéro-berbères sont-ils parvenus en France à organiser entre autres, une structure politique visant la séparation d'avec la puissance coloniale...

Les lecteurs pourront également découvrir une contribution d'un chercheur kanak en sciences de l'éducation, en effet Eddy Wadrawane, apporte une contribution scientifique sur "Emplacement et déplacement des écoles en milieu kanak... Les lecteurs pourront découvrir ainsi que le déplacement d'un objet « L’école » a tout son sens dans l'exemple kanak.

Ils pourront enfin poursuivre sur le déplacement des arts de la littérature véhiculés par des artistes primo-arrivants depuis les années 1990 à aujourd’hui, et cet ouvrage marqueur des anciennes migrations souligne comment la vision négativiste de l'ancienne migration avait pourtant permis de faire naître une dynamique culturelle et scientifique qui, bien que non visible dans  la société, se perpétue par la voie de legs immatériels et sans signe apparent.

Son seul fondement repose sur les vieux dictons en rappel à Bourdieu, une dynamique séculaire qui prend tout son sens aujourd'hui puisqu'elle s'est véhiculée autour de vieux cimetières. Depuis mes anciens travaux et mon retour de Nouvelle-Calédonie, je pose la question des vieilles assemblées d'une vieille coutume léguée dans des affinités provoquées dans des alliances mixtes.

Un des exemples les plus marquants de la fin du  XIXe siècle, est le lien fraternel entre les Algériens et Communards durant leur exil dans les territoires politiques des iles Loyauté, la Presqu’île Ducos et l’île de Maré de Nouvelle-Calédonie ; lien entretenu par des alliances dont le vieux cimetière de l’île des Pins entre 1873 et 1885 en porte la mémoire, puis lors de leur libération ou leur évasion pour certains vers Bourail. Ce fut le cimetière de Bourail qui prit le relais dans l’instauration d’une vieille assemblée de type djemâa, tajmâat  (autour du saint patron soufi sidi Moulay).

Les lecteurs pourront découvrir également deux contributions sur le formidable lien d'une ancienne résistance issue d'une mixité des années 1950 en Argentine mais également au Canada, grâce à la transmission de vieux dictons.

J'ai intégré les suites d'un de mes travaux sur l'implication des arabo-berbères dans la gestion des conflits kanaks. En effet la vieille coutume des anciens se rapproche pour régler des litiges dans la mixité. Ainsi par ces formes de réunions informelles, les anciens indigènes, qu'ils aient été kanaks ou d'Afrique du Nord, participent au destin commun dans les questions du "Vivre ensemble" du Préambule de Nouméa de 1998.

Par ces chemins coutumiers informels des anciens, les nouvelles générations mixtes sont devenues des Calédoniens à part entière. C'est près des legs culturels qu'ils vivent naturellement dans l'espace républicain français. Une attention particulière sur les conditions du "vivre ensemble" a été porté sur un autre article rédigé avec Alain Montlouis sur l'échec scolaire avec, comme alternative, l'anthropologie...

Enfin les lecteurs pourront lire des contributions de chercheurs agronomes algériens sur les espaces oasiens depuis la colonisation et les réformes agraires aux complexités des espaces oasiens au niveau habitat, aménagement des oasis, maintien des typologies et d'une tradition séculaire en dépit des dénigrements de la mondialisation...  En rappel aux travaux scientifiques sur le colloque Histagro (2005) sur la thématique «Histoire et Agronomie. Entre Rupture et Durée» et aux travaux des journées d’étude du CRSTRA Biskra (2005) sur les oasis et steppes sahariennes.

Un article de Ahmed Rouadjia porte sur la question de la «mémoire» comme enjeu plus symbolique et politique en Algérie, que scientifique, en apportant un esprit critique sur l’obsession de la mémoire révolutionnaire algérienne et les questions d’appropriation scientifique.

Et puis en annexe de l'ouvrage, les lecteurs découvriront un écrit inédit de Louise Michel qui a fait l'objet d'une conférence sur Paris que Alex Laupeze, Anthropologie, avait dirigé, autour de  deux conférenciers dont Nicolas Rey sur l'histoire des esclaves en Amérique Latine et moi-même sur Algériens et Communards en 1871.

En dernier lieu, 12 fiches matricules inédites en annexe tirées des 2000 fiches de mes rushs et qui feront  l'objet d'un répertoire généalogique entre les Nords-africains de la Nouvelle-Calédonie et ceux de Guyane, À paraître en complément du premier fourni sur la Nouvelle-Calédonie, entre les Nords-africains de la Nouvelle-Calédonie et ceux de Guyane.

Mélica Ouennoughi

6988999

 

les auteurs de cet ouvrage et leurs contributions

Mélica OUENNOUGHI - Cultures et traditions arabo-berbères en Océanie. Implication dans la gestion coutumière kanak des conflits interethniques.

Pierre BOURDIEU et Loïc WACQUANT - L'ethnologue organique de la mogration algérienne.

Ahmed ROUADJIA - Souvenirs de la Révolution et mémoire de la migration algérienne.

Mohamed CHABANE - Fellahs algériens face à la dépossession coloniale des terres agricoles.

Salah CHAOUCHE - L'oeuvre coloniale en Algérie : quel impact sur la fabrique de la ville.

Michel RENARD - Migrations algéro-berbères en France : le politique et le religieux, années 1910-1940.

Alain MONLOUIS et Mélica OUENNOUGHI - Une vision de l'échec scolaire en France.
Une alternative : l'anthropologie.

Eddy WADRAWANE - Emplacement et déplacement des écoles en milieu kanak. Un analyseur anthropologique de la place faite aux institutions de savoir occidental dans une situation coloniale.

Abdelhakim SENOUSSI, Bachir KHENE, Slimane HANNACHI - Lecture de l'espace oasien en Algérie :
décadence ou renouveau ? Cas du pays de Ouargla et de la vallée du M'Zab.

Souad BABAHANI et A. H. SENOUSSI - Coutumes oasiennes : un aliment et un "médicament".

Marie VIROLLE - Création littéraire de la migration algérienne (1996-2013) dans la revue Algérie/Littérature/Action.

Lynda CHOUITEN - Algerian songs of exile. From manicheism to hybridy.

Marion CAMARASA - L'immigration algérienne au Canada : 50 ans d'une histoire atypique.

Paula SOMBRA - Influence et legs de l'expérience algérienne dans l'Argentine des années 1960-70.

Annexe I - Louise MICHEL, sur l'insurrection kanak (1878).

Annexe II - Extrait du Répertoire généalogique des déplacés algériens et maghrébins condamnés au bagne de Guyane.

 

compte rendu de cet ouvrage

- compte rendu de cet ouvrage par Ahmed Rouadjia sur Le Matin.dz (15 novembre 2014).

ahmed-Rouadjia

 

* sur ce site

- Les oubliés de l’Histoire coloniale du Pacifique : Mélica Ouennoughi

- Les déportés Maghrébins en Nouvelle-Calédonie : Mélica Ouennoughi

- Algériens et Maghrébins en Nouvelle-Calédonie, de 1864 à nos jours : Mélica Ouennoughi

 

* sur le site setif.info

- Dr Mélica Ouennoughi, anthropologue et historienne spécialisée sur les migrations maghrébines et sahariennes en Océanie

 

marion-camarasa-bellaube
Marion Camarasa

 

maxresdefault
Loïc Wacquant

 

43995711_200
Eddy Wadrawane

 

virolle
Marie Virolle

 

419YIlAjF1L
Lynda Chouiten

 

______________________

 

images de l'espace oasien à l'époque de l'Algérie coloniale

 

FRANOM16_8FI_088_V039N057
oasis, 1901-1903 (source)

 

FRANOM16_8FI_088_V039N057-1
oasis, 1901-1903 (source)

 

FRANOM16_8FI_428_V042N038
palmiers, oasis de Biskra, Sahara, 1856 (source)

 

FRANOM16_8FI_428_V045N041
palmiers et tentes, oasis de Biskra, Sahara, 1856 (source)

 

______________________

 

déportés arabes en Nouvelle-Calédonie

 

FRANOM16_8FI_052_V042N035
camp des déportés arabes à la presqu'île Ducos, 1887-1895 (source)

 

 

 

- retour à l'accueil

Posté par michelrenard à 10:58 - - Commentaires [12] - Permalien [#]

samedi 3 janvier 2015

le sacrifice monumentalisé, autour de la Première Guerre mondiale : mosquées et kouba

Diapositive01

 

 

Mosquée, 1916 ; kouba, 1918 ; Mosquée, 1920 :

le sacrifice monumentalisé

Michel RENARD

 

Diapositive02

 

* Cette communication en colloque s'accompagnait d'une présentation Powerpoint, dont chaque image a été insérée dans le texte qui suit lui conférant une dimension d'investigation et de restitution iconographique.

***

 

La Première Guerre mondiale a fait passer le nombre de musulmans présents en métropole de quelques milliers à 500 000 environ, soit 320 000 indigènes mobilisés venus en Europe et 184 000 travailleurs (1). Cent fois plus !

 

Diapositive03
Jacques Frémeaux, Les colonies dans la Grande Guerre, 2006

 

Le chiffre de travailleurs est, cependant, sujet à caution. L’historien Charles-Robert Ageron parle de surévaluation de l’administration. Et ramène ce total à une fourchette de 10 à 15 000 ! Un dixième de l’évaluation officielle, qui comptabiliserait fautivement tous les embarquements, compte non tenu des voyages successifs (2).

 

Diapositive04
un Kabyle, éboueur à Paris, en 1917

 

Si Charles-Robert Ageron a raison, cela expliquerait que nous disposions de beaucoup moins d’informations sur ces travailleurs que sur les soldats.

Ainsi, cette communication portera uniquement sur les combattants de confession musulmane et le traitement qui fut réservé aux conditions d’exercice de leurs sentiments religieux.

Plus précisément à trois édifices emblématiques : la mosquée du Jardin Colonial, la kouba du cimetière de Nogent-sur-Marne et la Mosquée de Paris.

 

Diapositive05

 

Qui en furent les concepteurs et dans quel contexte ? qui en furent les réalisateurs ? quelle analyse peut-on en effectuer ?

***

 

En résumé, les quatre facteurs provoquant une prise en compte de la composante religieuse des troupes provenant de l’empire colonial africain, furent :

- le nombre – même si la proportion n’est que de 4% de la totalité des effectifs combattants ;

- les blessés et morts au front ;

- l’effet de retour sur les populations de l’empire ;

- et la concurrence avec l’adversaire germano-turc.

 

Diapositive09

 

 

I – Soldats des colonies : le non-Jihad

 

Diapositive10

 

Ce dernier facteur apparaît très vite avec l’entrée en guerre de l’empire Ottoman le 1er novembre 1914, puis la proclamation du jihad le 14 novembre par le cheikh al-islam Mustapha Hayri Effendi à Constantinople (3).

 

Diapositive11Diapositive12
déclaration du jihad, le 14 novembre 1914 à Constantinople

 

On sait la faiblesse intrinsèque de cet appel qui subordonnait le combat des musulmans à une alliance avec des puissances chrétiennes, l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie.

Il n’empêche que les autorités françaises s’employèrent à en parer les effets potentiels auprès de ses soldats, combattants ou déjà prisonniers, en sollicitant des attestations de fidélité des multiples figures musulmanes de son empire colonial.

La Revue du Monde Musulman créée en 1907 par Alfred Le Châtelier (1855-1929) a publié ainsi, la proclamation de Moulay Youssef, sultan du Maroc, à ses troupes, en date du 15 novembre 1914 (26 hijja 1332) :

 

Diapositive13
Revue du Monde Musulman, vol. XXVIII, 1914

 

- «À nos fidèles sujets qui combattent en soldats valeureux sur le sol de la France, à vous le salut accompagné de souhaits pour que Dieu vous aide et vous protège. (…)

Soyez assurés du triomphe final, et comptez que les ailes de la victoire se déploieront sur vos rangs, car c’est avec des soldats venus de la majeure partie des pays d’Islam, vos propres coreligionnaires, que vous combattez (…) un ennemi imbu de préjugés illusoires, qui s’est laissé égarer par un orgueil tyrannique, entraînant avec lui d’autres peuples ignorants et irréfléchis, incapables de prévoir les conséquences et les dangers des œuvres entreprises sans discernement».

Dernier passage faisant directement allusion à la Turquie qui vient de proclamer le jihad (4).

 

Diapositive14
Revue du Monde Musulman, vol. XXIX, 1914

 

Le numéro XXIX de la Revue du Monde Musulman, paru fin 1914 ou début 1915, est tout entier consacré à la publication de messages religieux refusant le soutien à la Turquie et lui opposant à la fois des répliques politiques (l’attachement à la Patrie française et à ses «bienfaits»…) et des arguments religieux, citations coraniques à l’appui.

En Algérie, la coopération du «clergé» musulman officiel s’affiche dès avant la proclamation turque et plus encore après.

Dans sa thèse, Gilbert Meynier, relève que : «du 6 au 28 novembre 1914, L’Écho d’Alger publie une centaine d’adresses "loyalistes", La Dépêche de Constantine une quinzaine en deux jours (6 et 7 novembre 1914)» (5). Elles proviennent de notables, élus, caïds de communes mixtes, mais aussi de muftis, de cadis, d’imams, de chefs de confréries.

 

Diapositive15
L'Écho d'Alger, 20 novembre 1914

 

Les muftis des deux rites, malékite et hanéfite, à Alger, déclarent :

- «Les Turcs ont enfreint le commandement de Dieu : "ne vous précipitez pas de vos propres mains dans la perdition" [sourate II, verset 195]. Ce verset comprend, suivant l’avis des exégètes, l’interdiction de toute entreprise guerrière illicite, c’est-à-dire qui ne tend pas à faire triompher la justice ou à porter assistance à ceux dont la cause est juste et qui n’aurait d’autre raison que l’intérêt personnel ou la passion de répandre du sang» (6).

 

Diapositive16
Revue du Monde Musulman, vol. XXIX, 1914

 

L’interprétation de ces prises de positions est controversée. Gilbert Meynier insiste sur les sollicitations de l’administration et la nature assimilationniste des réactions religieuses.

Il évoque, par contre, la nouveauté des manifestations provenant des confréries tout en les marquant du sceau de la collusion avec l’autorité coloniale : «leurs déclarations fracassantes, parfois dithyrambiques en faveur des armes et du nom français, donnent l’estampille de l’islam algérien à la collaboration» (7).

Pour sa part, Charles-Robert Ageron souligne l’étonnement réconfortant que provoquèrent le rejet des démarches turques et germaniques :

- «le loyalisme des Musulmans algériens en 1914 fut une surprise pour tous les gens informés. L’Allemagne escomptait un concours efficace du monde islamique et espérait provoquer des troubles en Afrique du Nord. La France, qui ne l’ignorait pas, redoutait les effets d’une guerre sainte proclamée par le Sultan de Constantinople et ceux de la propagande allemande» (8).

La lecture de plusieurs harangues algériennes montre, au-delà de l’assentiment politique, une physionomie de différend intra-islamique, de controverse théologique.

Certes, les textes ne prétendent pas au statut de fatwa, mais le Coran est cité, le hadith est cité, y compris celui qui affirme «Détournez-vous des Turcs tant qu’ils vous laisseront tranquilles».

Diapositive17
hadith utilisé en Algérie coloniale contre le jihad proclamé par les Turcs en 1914

 

Ce hadith est utilisé, entre autres, par le seyyid tijania Mohammed el-Kebir sidi-Mohammed el-Bechir qui en précise le sens grâce au Djami Saghir de Soyouti : «Laissez les Turcs de côté tant qu’ils se tiendront chez eux et ne vous attaqueront pas» (9).

D’autres messages, marocains par exemple, parlent «d’usurpation du titre khalifal» par les Turcs.

Ainsi, on voit le vieux contentieux arabo-turc sur la suprématie du monde musulman, ressurgir pour étayer un refus des premiers de s’aligner sur les seconds.

Cet aspect est lié à la question du califat, thème d’une diplomatie française ayant à définir une politique à l’égard de l’empire ottoman et à prendre en compte sa dimension de «première puissance arabe musulmane», selon la formule de Paul Bourdarie, fondateur de la Revue Indigène (10).

 

Diapositive18
le Bey de Tunis, Sidi En Nacer

 

En Tunisie, le Bey adresse une proclamation à l’ensemble de ses sujets. Il précise que la France «ne nourrit aucune haine contre le peuple turc (…) sa colère ne vise que quelques Jeunes-Tucs que les intrigues allemandes à Constantinople ont asservis aux ambitions germaniques».

Il rappelle ses sujets «aux devoirs qui leur incombent» en citant le «bel exemple (de) leurs coreligionnaires des Indes anglaises» (11).

De leur côté, les lettres de dignitaires musulmans tunisiens ont, à l’évidence, été rédigées juste après la déclaration de guerre de la Turquie et avant les avis religieux provenant de Constantinople.

Ils évoquent tous l’intervention de la Turquie dans le conflit. Mais ne font pas mention du jihad.

 

Diapositive19
Revue du Monde Musulman, tome XXXIII, 1917

 

Après le Maghreb, l’Afrique Noire.

La Revue du Monde Musulman a relayé dans son tome XXXIII (1917) les témoignages de loyalisme de différents dignitaires religieux en Afrique Occidentale française recueillis en 1915 et 1916.

Cadis, imams de grande mosquée, mokaddems de tariqa, marabouts, émirs locaux, cheikhs de nombreux cercles, almanys, prédicateurs… livrèrent leurs missives d’allégeance et de confiance, leurs vœux de triomphe prodigués aux troupes françaises contre l’oppresseur.

 

Diapositive20
proclamations du cadi Alioun Diagne de Dakar et de  Diagne Samba, chef de Rufisque

 

La Revue du Monde musulman publie 33 messages provenant du Sénégal (Falémé et Djoloff compris), 30 de Mauritanie, 19 du bassin du Niger, 14 du Fouta-Djallon et de Guinée, 3 de Côté d’Ivoire, 5 du Dahomey, soit 104 au total, à ajouter aux 24 déjà publiés dans le n° XXIX de la revue (mais certains sont les mêmes).

Il est difficile d’apprécier les effets de ces exhortations religieuses mais les conséquences démobilisatrices escomptées par l’appel au jihad n’eurent pas lieu (12). Charles-Robert Ageron évoque même «l’échec de la guerre sainte» (13).

En conclusion, on peut mesurer, par ces déclarations, le barrage politico-religieux édifié pour désamorcer le panislamisme généré par le corpus de déclarations et fatwas émis par Constantinople dès novembre 1914.

***

 

Examinons maintenant, les manifestations de gratitude renvoyées par la puissance coloniale à l’endroit des combattants qui ont assumé leur loyauté jusqu’au sacrifice.

 

Diapositive21

 

 

II – La mosquée du Jardin Colonial

 

J’ai tenté ailleurs une évaluation de la politique militaire à l’égard de la religion de ses combattants musulmans pendant la Guerre (14).

Mais l’armée ne fut pas seule dans la prise de conscience qu’il fallait aller au-devant des pratiques musulmanes des soldats de l’Empire.

 

Diapositive22
le journal Le Temps, 26 décembre 1914

 

À la «une» du Temps, le 26 décembre 1914, le pasteur protestant Frank Puaux (1844-1922), professeur à la Faculté de théologie protestante de Paris, attire l’attention sur le traitement des blessés indigènes :

 - «il faudrait faciliter à nos indigènes les moyens de retrouver en France leurs coutumes africaines… (il faudrait) attacher aux formations sanitaires des imams qui veilleraient aux rites religieux, objets du grand respect des musulmans et, en cas de mort, présideraient aux funérailles suivant les prescriptions coraniques» (15).

L’institution militaire avait réagi dès le début de l’automne 1914, à propos des sépultures. Elle le fit quelques semaines plus tard en décidant d’accueillir des blessés musulmans dans les locaux du Jardin colonial. Un hôpital de convalescence y fut aménagé.

L’idée d’y adjoindre une mosquée germa au cours de l’année 1915 comme instrument réactif aux initiatives allemandes qui avaient fait édifier une mosquée dans le camp de prisonniers de Zossen, près de Berlin, en 1915.

 

Diapositive23
camp du Croissant (Halbmond-Lager) à Wündsdorf-Zossen, à côté de Berlin ;
entrée de la mosquée avec le minaret durant la Première Guerre mondiale

 

Que se passait-il à Zossen, qui puisse inquiéter la France en guerre ? Ce camp enfermait environ 8000 prisonniers nord-africains et hindous. On y distribuait, dans toutes les langues, un journal intitulé Jihad, et les détenus pouvaient pratiquer leur religion librement (16).

 

Diapositive24
El Jihad, journal distribué aux prisonniers musulmans du camp de Zossen, 15 juillet 1917

 

Les archives allemandes détiennent un film de 6 minutes sur la célébration de l’aïd el-kebir à Zossen en 1916. Cette fête fut célébrée le 9 octobre dans le monde musulman (peut-être le 8 à Zossen ?). Il doit donc s’agir du même jour.

http://www.filmothek.bundesarchiv.de/video/2535

 

Diapositive25

 

On voit le cortège se rendre sur l’esplanade où fut organisée la cérémonie rituelle.

 

Diapositive26
aïd el-kebir, octobre 1916, au camp de Zossen

 

Des hommes sont en uniforme, d’autres en tenue traditionnelle… peut-être des goumiers 

 

Diapositive27

 

Diapositive28

 

Les sacrificateurs tournent la tête vers la tribune, attendant le «bismillah allâhu akbâr» collectif. Puis les bêtes sont apprêtées.

 

Diapositive29
les sacrificateurs attendent le bismillah... pour sacrifier les moutons

 

Diapositive30
préparation du mouton, aïd el-kebir à Zossen en octobre 1916

 

Un personnage harangue la foule assise devant lui.

 

Diapositive31

 

Ce moment a-t-il été précédé d’une prière ? Si tel fut le cas, le film ne contient pas cette scène.

Mais le dispositif, les tapis au sol et sur l’estrade, le passage, visible au premier rang, des hommes passant de la génuflexion à la position assis en tailleur permettent de le supposer fortement, ainsi qu'une autre image de prière à côté de la mosquée.

 

Diapositive32
khûtba (prône) de l'aïd el-kebir à Zossen en octobre 1916

 

Diapositive33
prière collective au camp de prisonniers musulmans de Zossen

 

L’orateur (khatib) était le cheikh égyptien, pro-turc et pro-allemand, Abd el-Aziz Sawis qui prononça la khûtba (prône), traduite par Idris pour les prisonniers Tatars. Il expliqua aux prisonniers qu’ils avaient été trompés par les ennemis de l’Islam mais qu’ils pouvaient désormais se racheter en s’engageant dans le chemin du Jihad (17).

Ce qui pouvait préoccuper au plus haut point les Français était que l’un des propagandistes les plus actifs à Zossen fût le cheikh Sâlih ash-Sharîf at-Tûnisî (1869-1920) (18).

 

Diapositive34
le cheikh Sâlih ash-Sharîf at-Tûnisî (1869-1920)

 

Né à Tunis, d’une famille algérienne émigrée dans les années 1830, son grand-père et son père avaient étudié à l’université de la Zeituna.

Il devint lui-même professeur dans cette institution renommée. En 1900, il émigra à son tour, vers Istanbul puis Damas.

Sans que l’on sache trop comment, il entra dans le cercle des principaux dirigeants turcs.

En 1911, il accompagna Enver Pacha en Cyrénaïque pour organiser la résistance à l’invasion italienne. On dit que c’est Sâlih Sharîf qui déclara le jihad.

Par des contacts d’amitié avec la famille de l’émir Abd el-Kader et ses accointances avec les Jeunes-Turcs, il arriva à Berlin à la fin 1914 et se mit en rapport avec l’Office de Renseignement sur l’Orient (Nachrichtenstelle für den Orient - NfO) animé par Max von Oppenheim et placé sous la direction de l’État-major et du ministère des Affaires étrangères.

 

Diapositive35
Sâlih ash-Sharîf at-Tûnisî, collaborateur de l'Office de Renseignement sur l'Orient, à Berlin

 

Parmi les axes de travail de la NfO, se trouvaient la propagande auprès des prisonniers musulmans et la propagande dans les colonies des puissances de l’Entente.

Sâlih ash-Sharîf étonna les témoins de ses discours aux soldats prisonniers à Lille (occupée depuis le 13 octobre), en ce même mois de décembre 1914.

 

Diapositive36
Die Wahreit über den Glaubenskrieg (La vérité sur le jihad) de Sâlih ash-Sharîf at-Tûnisî, 1915

 

En 1915, il publia son opuscule La vérité sur le Jihad (die Wahrheit über den Glaubenskrieg, Haqîqat al-jihad), écrit en novembre 1914.

Il y exposait une doctrine classique du jihad, agrémentée d’un tableau apocalyptique de la situation coloniale, et obviait à la critique adressée à la proclamation turque :

- «Mon intention est de réfuter tout ce qui pourrait inquiéter les âmes de ceux qui n’arrivent pas à discerner la vraie nature de cette guerre des mises en suspicion par les ennemis fourvoyants».

Le jihad, disait-il, n’est pas «n’est pas identique à l’homicide de tous ceux qui ont une autre confession», ou encore «ce n’est pas une lutte contre tous ceux qui ne correspondent pas à notre religion», donc il n’est pas dirigé contre les chrétiens en général, mais contre «l’ennemi barbare tel que les Anglais, les Russes et les Français».

Sâlih ash-Sharîf concluait : «C’est un devoir du monde entier islamique de se lever sans exception et de suivre le drapeau du calife de la famille sublime d’Osman et de s’assembler avec ses alliés fidèles, les Allemands et tous ceux qui les suivent» (19).

 

Diapositive37
Jihad et colonialisme, de Mahmoud Abdelmoula (1987) contient le texte de Sâlih ash-Sharîf

 

Cet ensemble de données avait de quoi inquiéter la France en guerre.

Il fallait parer à ce prosélytisme politico-religieux – parce que les prisonniers reviendraient un jour dans leurs foyers - et à ses effets éventuels immédiats dans les colonies.

 

Diapositive39
image de propagande allemande pro-islamique, en cinq langues

 

L’idée première de la mosquée du Jardin Colonial est donc à inscrire dans une contre-propagande.

Ce qui marquait un degré supplémentaire dans la politique d’égards. Jusqu’ici, l’aménagement de sépultures musulmanes relevait plutôt d’un acquiescement à des demandes, plus ou moins explicites, d’ordre métaphysique. Même si le souci de ne pas commettre d’impairs à l’égard de l’opinion d’un «arrière» colonial existait aussi, évidemment.

 

Diapositive40
le diplomate français Pierre de Margerie (ici, à Berlin, en 1928)

 

L’objectif de cette entreprise est exposé, le 16 janvier 1916, par Pierre de Margerie (1861-1942), directeur des Affaires politiques au ministère des Affaires étrangères :

- «Les autorités militaires allemandes ayant fait ériger à Zossen, près de Berlin, où se trouvent détenus trois mille de nos prisonniers musulmans, une mosquée que sont conviés à visiter périodiquement, dans un but de réclame, des publicistes turcs, persans et égyptiens, le gouvernement de la République a cru devoir, comme vous le savez, répondre à cette manœuvre de nos ennemis en faisant ériger un oratoire musulman au centre du Jardin colonial à Nogent-sur-Marne où il a installé un hôpital spécialement destiné aux blessés mahométans.
J'ai l'honneur de vous adresser, ci-joint, un dessin de cette mosquée que j'ai fait parvenir également à nos agents en pays musulmans en les invitant à y donner le plus de publicité possible» (20).

 

Diapositive41
dessin du projet de mosquée dans le Jardin Colonial, 1916

 

Diapositive42
dessin du projet de mosquée dans le Jardin Colonial, 1916

 

L’édifice est bâti en 1916, à partir du dessin préparatoire, et inauguré le 14 avril de la même année. Deux imams y sont affectés en permanence.

La mosquée est utilisée par les convalescents de l’hôpital du Jardin Colonial, ce qui fait moins de monde qu’à Zossen.

Mais la France peut dire et faire dire, désormais, qu’elle considère ses soldats musulmans avec respect pour leur religion et qu’elle n’est pas à la traîne de l’Allemagne.

 

Diapositive43
mosquée dans le Jardin Colonial à Nogent-sur-Marne, 1918

 

Diapositive44
mosquée dans le Jardin Colonial à Nogent-sur-Marne, 1918 (détail)

 

Le lieu servit également de célébrations, mises en scène, des fêtes religieuses et notamment de l’aïd el-kebir, comme à Zossen.

La monumentalisation permettait la mise en image et la diffusion d’une contre-propagande parmi les populations de l’empire colonial.

 

Diapositive45
René Besnard, ministre des Colonies, sept.-nov. 1917, en visite à la mosquée du Jardin Colonial ;
le personnage central est très probablement Émile Piat

 

Diapositive46
mosquée du Jardin Colonial, aïd el-kebir, 1918

 

Diapositive47
mosquée du Jardin Colonial, aïd el-kebir, 1918

 

Diapositive48
mosquée du Jardin Colonial, photographies, 1918 (source : ANOM)

 

La correspondance de Pierre de Margerie en témoigne. Le 13 décembre 1916, il s’adresse au président du Conseil, Aristide Briand :

- «J'ai l'honneur de vous faire savoir que j'avais adressé, le 19 septembre dernier, à notre Agent et Consul général en Égypte, deux albums de vues photographiques représentant les différents services de l'hôpital du Jardin Colonial à Nogent-sur-Marne où sont groupés un assez grand nombre de blessés musulmans, en le priant de donner à ces documents une certaine publicité.
M. Defrance m'a écrit, à la date du 11 du mois dernier, qu'il lui a paru que la publication de ces photographies, qui témoignent du soin apporté par le gouvernement de la République à faire bénéficier nos soldats mahométans blessés de tout le confort désirable et des progrès de la science, était de nature à produire dans les milieux musulmans d'Égypte non sympathiques à la cause des Alliés, un effet salutaire, et qu'il a obtenu de la direction du journal Al-Ahram de faire reproduire celles d'entre elles paraissant les plus propres à frapper l'imagination et à réaliser le but poursuivi» (21).

L’historien Peter Heine, professeur d’études islamiques à Berlin, confirmait ce point dès 1982, à partir des archives allemandes :

- «Par la suite, le nombre de déserteurs musulmans diminua progressivement. Sans, l’une des raisons fut l’amélioration de la contre-propagande française qui était en mesure de mobiliser les muftis d’Afrique du Nord prêts à relativiser la proclamation du jihad par la Sublime Porte.
En outre, la France se tourna vers une politique plus amicale (friendlier) envers l’Islam, étape qui apaisa les troupes tunisiennes et algériennes» (22).

De toute façon, les déserteurs ne furent qu’un «petit nombre» selon Jacques Frémeaux ; quelques centaines, engagés dans l’armée ottomane, dit Gilbert Meynier.

 

 

Diapositive49

 

III – La kouba de Nogent-sur-Marne

 

Réalisée dans la période finale de la guerre, la kouba de Nogent revêt une également une dimension de politique musulmane à l’égard des colonies. Mais l’initiative est débarrassée de tout souci de concurrence avec l’Allemagne.

Là encore, l’édifice apparaît comme le vecteur privilégié de la politique d’égards. C’est à un fonctionnaire du Quai d’Orsay, le consul Émile Piat (né le 29 mai 1858), que l’on doit l’idée première de construire une kouba dans le cimetière de Nogent.

Après avoir été, commis de chancellerie à Smyrne en 1879, à Tunis en 1881, puis en poste à Tripoli en 1883, à Zanzibar en 1884-1886 (où il fut gérant du consulat), et durant plusieurs années drogman à Tanger (1888-1893), il était devenu consul chargé de différentes missions.

 

Diapositive50
Émile Piat fut commis de chancellerie à Smyrne (aujourd'hui, Izmir) en Turquie

 

Diapositive51
Émile Piat fut en poste à Tripoli, en Cyrénaïque (aujourd'hui Libye)

 

Diapositive52
Émile Piat fut gérant du consulat à Zanzibar  (avant la période du protectorat britannique)

 

Diapositive53
Émile Piat fut gérant du consulat à Zanzibar  (avant la période du protectorat britannique)

 

Diapositive54
Émile Piat fut , plusieurs années, drogman à la Légation de France à Tanger

 

Diapositive55
Émile Piat fut , plusieurs années, drogman à la Légation de France à Tanger

 

À l’âge de 60 ans, pourvu d’une solide expérience du monde de l’Islam, il était donc chargé de la surveillance des militaires musulmans dans les formations sanitaires de la région parisienne (en fait, depuis au moins l’année 1915).

Son projet de kouba ne résulte d’aucune consigne militaire, supérieure, d’aucune directive du Quai d’Orsay.

Si il n’est pas dépourvu – nous l’avons dit – d’un calcul politique, Émile Piat a conçu son dessein à titre personnel. Et, ce qui est symptomatique, c’est qu’il suscita d’autres contributions personnelles, d’autres engagements individuels.

Émile Piat écrit, le 14 juin 1918, à son ami, le capitaine Jean Mirante, officier traducteur au Gouvernement général à Alger :

- «Ayant eu l’impression que l’érection d’un monument à la mémoire des tirailleurs morts des suites de leurs blessures aurait une répercussion heureuse parmi les populations indigènes de notre Afrique, j’ai trouvé à Nogent-sur-Marne, grâce à l’assistance de M. Brisson, maire de cette ville, un donateur généreux, M. Héricourt, entrepreneur de monuments funéraires qui veut bien faire construire un édifice à ses frais dans le cimetière de Nogent-sur-Marne» (23).

Grâce à Mirante – qui fit ensuite une carrière aux Affaires indigènes en Algérie – Émile Piat obtient le soutien financier du Souvenir Français d’Alger pour la décoration de l’édifice. Le coût principal est supporté par le marbrier funéraire, Héricourt, à Nogent.

 

Diapositive56
la kouba de Nogent-sur-Marne fut inaugurée le 16 juillet 1919

 

La kouba est finalement inaugurée le 16 juillet 1919. Émile Piat écrit au capitaine Mirante, deux jours plus tard :

- «Ce monument qui est fort simple produit néanmoins un bel effet au cimetière de Nogent-sur-Marne. Les délégués de l’Algérie, de la Tunisie et du Maroc qui assistaient à la cérémonie présidée par M. Fabre, sous-secrétaire d’État au ministère de l’Intérieur, ont été favorablement impressionnés. Ils remporteront dans leur pays la certitude que rien n’a été négligé en France pendant la guerre pour soigner nos musulmans avec une sollicitude et un dévouement au-dessus de tout éloge».

La kouba resta une quarantaine d’années en place avant d’être victime de la négligence des différentes autorités susceptibles de la sauvegarder.

Toutes les démarches entreprises pour l’entretien et la restauration de la kouba butèrent sur l’impossibilité de dégager une autorité habilitée à financer les travaux.

En mars 1982, les édiles locaux durent constater «l’effondrement naturel» du monument.

 

Diapositive57
l'emplacement de la kouba, en 2004 (photo Michel Renard)

 

Notons, pour terminer l’histoire – puisque le nom de Daniel Lefeuvre, premier président du conseil scientifique de notre Fondation y est attaché – que la kouba a été reconstruite à la suite de plusieurs années de requêtes menées par l’association Études Coloniales dont les historiens Daniel Lefeuvre, Marc Michel et moi-même furent les fondateurs.

L’édifice reconstruit, par l’héritier familial du premier marbrier, a été inauguré le 28 avril 2011. Daniel Lefeuvre a été emporté par la maladie le 4 novembre 2013.

 

Diapositive58
la première kouba (1919) et la seconde (2010), dans le cimetière de Nogent-sur-Marne

 

Diapositive59
Daniel Lefeuvre lors de l'inauguration de la kouba reconstruite, 28 avril 2011

 

Pour en revenir à Émile Piat, il n’était pas un néophyte en matière de propagande.

En 1915, déjà en fonction, il avait envoyé des photographies de tombes musulmanes, aménagées dans plusieurs cimetières de la région parisienne, à son ami le capitaine Mirante.

Il lui disait : «Pensez-vous qu’il y ait lieu d’en faire expédier dans les milieux arabes pour prouver que nous respectons toutes leurs croyances ?» (2 septembre 1915).

Trois semaines plus tard, autre envoi. Photographie d’un groupe de tirailleurs en traitement à l’hôpital du Jardin Colonial :

- «J’espère que vous pourrez la faire reproduire dans vos Akhbar el-Harb [journal, en langue arabe, édité pendant la guerre par le Gouvernement général de l’Algérie], car je pense qu’elle produira une bonne impression sur les populations indigènes» (20 septembre 1915).

 

Diapositive60
blessés musulmans en convalescence à l'hôpital du Jardin Colonial, 1915

 

Suivent ainsi plusieurs lettres. Le 1er février 1917, il écrit : «Les Akhbar el-Harb continuent à être un excellent moyen de propagande. C’est bien le journal qui convient à nos tirailleurs et, pour ma part, je le distribue régulièrement dans les formations sanitaires que je visite».

 

Diapositive61
remise de médailles à des blessés musulmans à l'hôpital du Jardin Colonial ;
Émile Piat est probablement le civil qui se trouve entre les deux militaires à képi, au centre

 

Émile Piat insère donc son initiative dans une continuité politique d’assistance et de propagande bien comprise.

 

Émile Piat portrait 1917
portrait vraisemblable d'Émile Piat (1858-?)

 

La fondation de la Mosquée de Paris, elle, s’inscrit dans un réseau de facteurs plus divers et plus complexes.

 

 

Diapositive62

 

 

IV – La Mosquée de Paris

 

Dans une formule ramassée, on peut dire que la Mosquée de Paris affiche trois marqueurs :

1) - l’indigénophilie fut la source des projets ;

2) - la guerre détermina sa construction ;

3) - la politique coloniale musulmane en fit son symbole.

 

Diapositive65

 

1) les projets

Les deux premiers projets, en 1846 et 1895, procédaient d’une vision compréhensive et empathique des rapports coloniaux avec des sujets musulmans. Une indigénophilie stratégique, pourrait-on dire.

Puis vinrent les propositions opiniâtres de la Revue Indigène et de son fondateur, le journaliste et activiste, Paul Bourdarie (1864-1950).

 

Diapositive66
Paul Bourdarie, fondateur de la Revue Indigène

 

L’animateur de la Revue Indigène imagina un projet, appelé le projet Bourdarie-Tronquois, et le fit circuler auprès des possibles décideurs parlementaires et gouvernementaux (24).

Une troisième vague monta à l’assaut, ainsi que l’annonce Émile Piat, le 18 juillet 1919, à son correspondant habituel, le capitaine Jean Mirante, à Alger :

- «il a été décidé à la suite d’une démarche qui a été faite auprès de M. Bèze du ministère de l’Intérieur par MM. Diagne, Cherfils et le Dr Bentami et à laquelle je me suis associé, qu’une mosquée serait édifiée à Paris. J’espère que le Gouvernement général facilitera les souscriptions en Algérie. La construction de cet édifice dans notre capitale aura un retentissement énorme dans tout l’Islam».

Voilà les sources liées au courant indigénophile.

 

2) la guerre

Le conflit produisit une double accélération menant à la décision.

a) D’une part, la politique musulmane en Arabie, déterminée par la guerre contre la Turquie, et par la rivalité avec l’Angleterre pour l’influence auprès du chérif Hussein de La Mecque, conduisit le président du Conseil Briand et le Quai d’Orsay :

- à l’envoi d’une délégation conduite par Si Kaddour ben Ghabrit pour la réouverture du pèlerinage aux Lieux Saints de l’islam (660 pèlerins), en octobre 1916 ;

- et à la création d’un organisme permettant l’acquisition d’une hôtellerie des pèlerins (réalisée en décembre 1916) : la Société des habous des Lieux Saints de l’islam.

Les membres de celle-ci sont désignés par Pierre de Margerie et la Société est constituée par acte enregistré à la mahakma hanéfite d’Alger, le 16 février 1917 (25).

Cette structure servit ensuite lors de la fondation de la Mosquée de Paris.

b) Un projet de loi est présenté par le gouvernement le 30 janvier 1920  prévoyant la création d’un Institut musulman comprenant notamment une mosquée, et affectant une subvention de 500 000 francs à cette entreprise.

Le texte est examiné le 29 juin 1920, avec un rapport de la commission des Finances présenté par Édouard Herriot, président du parti Radical et membre du Comité de l’Institut musulman aux côtés de Paul Bourdarie.

 

Diapositive67
subvention de 500 000 francs votée par le Parlement en 1920 pour l'Institut musulman

 

Herriot déclare que «la guerre a scellé, sur les champs de bataille, la fraternité franco-musulmane», que la «patrie désormais commune doit tenir à l’honneur de marquer au plus tôt et par des actes, sa reconnaissance et son souvenir».

La loi est finalement signée le 19 août 1921. Peu avant, la Ville de Paris avait votée deux subventions (1 620 000 francs et 175 000 francs) permettant l’achat du terrain qui fut cédé ensuite à la Société des Habous qui s’était transformée en association loi 1901, le 24 décembre 1921.

Les travaux s’effectuent entre 1922 et 1926. Et l’inauguration principale a lieu le 15 juillet 1926.

En 1920, Herriot avait assuré que «le monde musulman ne manquera pas d’être sensible au geste de la France, installant et honorant chez elle un édifice consacré à la Religion musulmane et un foyer intellectuel où à l’abri de notre pavillon l’Islam trouvera l’appui de nos sciences pour rajeunir et renouveler ses traditions de haute culture».

 

Diapositive68
"l'Islam trouvera l'appui de nos sciences pour rajeunir et renouveler ses traditions", Édouard Herriot,1920

 

Le député radical annonçait, ainsi, un double objectif :

- l’érection d’un édifice devant manifester le libéralisme de la France à l’égard des sujets musulmans et dont on espère des répercussions en chaîne dans le monde de l’Islam ;

- un dessein intellectuel ambitieux – et peut-être trop crédule – visant ce qu’on appellerait aujourd’hui une «modernisation» du corpus islamique.

Il n’est rien resté du dessein de réformer l’islam.

Mais le monument est toujours là. Même si il fallu attendre novembre 2010 pour qu’une plaque apposée sur la Mosquée de Paris rende explicitement hommage aux soldats musulmans de la Grande Guerre.

 

Diapositive69
la Mosquée de Paris en construction, 1924 ; aquarelle de Camille Boiry, L'Illustration, 1925

 

3) la politique coloniale musulmane

La Mosquée de Paris a connu cinq inaugurations :

- celle du 1er mars 1922, pour l’orientation de la qibla ;

- celle du 19 octobre 1922 pour la pose de la première pierre du mihrab ;

- celle, générale, du 15 juillet 1926, en présence du sultan Moulay Youssef ;

- celle, proprement religieuse de la salle de prière, du 16 juillet 1926, en présence du sultan et du cheikh Ahmad al-‘Alawi de la tariqa ‘Alawiyya ;

- celle du 12 août 1926, pour la salle de conférences de l’Institut musulman, en présence du bey, possesseur du royaume de Tunis, Sidi Mohammed el-Habib.

Les fonctions religieuses et symboliques l’ont emporté sur la fonction intellectuelle.

La Mosquée est devenue un lieu où s’effectuent les rites principaux de l’islam : prière, khûtba, tarawih du mois de ramadan, aïd el-fitr, aïd el-kabîr ou el-adha…

 

Diapositive70
extrait du discours de Si Kaddour ben Ghabrit en 1926

 

Elle est aussi un symbole de la politique musulmane à l’époque de l’empire colonial, et la figure de Si Kaddour ben Ghabrit a été le grand ambassadeur de celle-ci.

 

Diapositive71
inauguration de la Mosquée de Paris, la garde du Sultan

 

Mais le souvenir du sacrifice des «indigènes» musulmans sur les champs de bataille de la Grande Guerre s’est perdu avec le temps.

 

Conclusion

Le point commun de ces trois édifices, dont seuls deux ont perduré, était d'inscrire dans le monumental le sacrifice des soldats français de confession musulmane venus de l'empire colonial.

Si le premier fut conçu comme provisoire, les deux autres affichaient dans leur matériau le désir de durer. Ils ont traversé le temps. Mais le troisième – la Mosquée de Paris – a connu une destinée plus complexe se détachant de son objectif premier.

 

Michel Renard
15 octobre 2014
colloque de la Fondation pour la mémoire
de la guerre d'Algérie
fm-gacmt

Notes

1 - Cf. Jacques Frémeaux, Les colonies dans la Grande Guerre. Combats et épreuves des peuples d’Outre-mer, Soteca éd., 2006, p. 63 et 73. Les données chiffrées sont approximatives.

2 - Charles-Robert Ageron, «L’immigration maghrébine en France. Un survol historique», revue Vingtième Siècle, 1985, réédité dans Genèse de l’Algérie algérienne, éd. Bouchène, 2005, p. 412.

3 – Sur les différentes proclamations turques en novembre 1914, voir l’article de Mustafa Aksakal «"Holy war made in Germany » ? Ottoman origins of the jihad», in Religion, Identity and Politics. Germany and Turkey in interaction, édité par Haldan Gülalp et Günter Seufert, éd. Routledge/ESA studies in Europan societies, New York, 2013, p. 34-45.

4 - Sur le Maroc, cf. Daniel Rivet, Lyautey et l’institution du Protectorat français au Maroc, 1912-1925, tome 2, L’Harmattan, 1996, p. 108-110, et notamment ce passage sur l’algérien ‘Abd el-Malek : «Dès lors son combat, financièrement commandité par l’Allemagne et idéologiquement orienté par Istanbul, se concentre exclusivement contre les Français. (…) Mais ce jihâd conserve un caractère factice, presque postiche, actionné qu’il par un musulman étranger au Maroc, lui-même télécommandé par une puissance chrétienne. Il ne résiste pas, du coup, à la débâcle de ses commanditaires» (p. 208-109), et Le Maroc de Lyautey à Mohammed V, le double visage du Protectorat, Denoël, coll. «L’aventure coloniale de la France», 1999, p. 59 : «…Abd el-Malek, qui avait depuis 1915 harcelé, sans les ébranler, les positions du Protectorat dans la vallée de l’Ouergha en s’appuyant sur le concours d’agents allemands et en invoquant le recours d’Istanbul : un "jihâd made in Germany" en quelque sorte : postiche, factice» (p. 29).

5 - Gilbert Meynier, L’Algérie révélée. La guerre de 1914-1918 et le premier quart du XXe, Droz, 1981, p. 269.

6 - Revue du Monde Musulman, «Les musulmans français et la guerre», vol. XXIX, décembre 1914, p. 176-177.

7 - Gilbert Meynier, ibid, p. 270.

8 - Charles-Robert Ageron, Les Algériens musulmans et la France, 1871-1919, tome second, 1968, rééd. Bouchène, 2005, p. 1174.

9 - Revue du Monde Musulman, «Les musulmans français et la guerre», vol. XXIX, décembre 1914, p. 199.

10 - cf. notamment Henry Laurens, «La France et le califat» (1999) in Orientales II. La IIIe République et l’Islam, Cnrs éd. 2004, p. 69-100 : «Dès l’entrée en guerre des Ottomans, la France va multiplier les fatwa des différentes autorités islamiques de son empire pour démontrer l’illégitimité du califat ottoman par rapport au califat arabe. Certaines de ces fatwa sont particulièrement argumentées et tranchent en faveur du chérif de La Mekke comme véritable héritier légitime du califat. Les Français s’empressent de les publier et de les diffuser dans les milieux musulmans», p. 86.

11 - Revue du Monde Musulman, «Les musulmans français et la guerre», vol. XXIX, décembre 1914, p. 271-272. Sur la Tunisie, cf. François Arnoulet, «Les Tunisiens et la Première Guerre mondiale (1914-1918)», Revue de l’Occident Musulman et de la Méditerranée, n° 38, 1984, p. 47-61.

12 - Sur la propagande allemande au Maroc, voir Ministère de la Guerre, état-major de l’Armée, service historique, Les armées françaises dans la Grande Guerre, tome IV, vol. 1, 1935, p. 213 et suiv. On y trouve ce diagnostic : «L’essai de soulèvement général, au nom de l’Islam, n’ayant aucun résultat, il fallait recommencer sur d’autres bases. L’Allemagne eut recours aux procédés suivants : propagande auprès des militaires nord-africains servant en France ; etc.», p. 214 ; le camp de prisonniers à Zossen, près de Berlin, est évoqué.

13 - Charles-Robert Ageron, Les Algériens musulmans et la France, 1871-1919, tome second, 1968, rééd. Bouchène, 2005, p. 1174.

14 – Michel Renard, «Le religieux musulman et l’armée française (1914-1920)», colloque international de Reims, «Les troupes coloniales et la Grande Guerre», 7 et 8 novembre 2013 :

http://etudescoloniales.canalblog.com/archives/2014/08/23/30279901.html

15 - Le Temps, samedi 26 décembre 1914.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k242034f/f1.zoom.langFR

16 – L’étude la plus complète sur le sujet, à ma connaissance, est celle de Gerhard Höpp, Muslime in der Mark : als Kriegsgefangene und Internierte in Wünsdorf und Zossen, 1914-1924, Berlin, Verlag Das Arabische Buch, 1997 :

http://www.zmo.de/publikationen/studien_6.pdf

Sur les activités de Max von Oppenheim à destination des prisonniers de confession musulmane, cf. «Dschihad an der Seite von Kaiser und Reich», in Preußische Allgemeine Zeitung, 26 janvier 2013 ; et plus généralement, Stefan Kreutzer, Dschihad für den deutschen Kaiser. Max von Oppenheim und die Neuordnung des Orients (1914-1918), Ares Verlag, 2012. La mosquée de Zossen fut inaugurée le 13 juillet 1915.

17 - Gerhard Höpp, ibid., p. 124.

18 - Cf. Peter Heine, «Salih ash-Sharif at-Tunisi, a North African nationalist in Berlin during the first World War», Revue de l’Occident Musulman et de la Méditerranée, 33, 1982-1, p. 89-95.

19 - Cf. Mahmoud Abdelmoula, Jihad et colonialisme. La Tunisie et la Tripolitaine (1914-1918), éd. Tiers-Monde, Tunis, 1987.

20 - Anom (Aix-en-Provence), Fr Caom 1affpol/907 bis/5, 16 janvier 1916.

21 - Anom (Aix-en-Provence), Fr Caom 1affpol/907 bis/5, 13 décembre 1916.

22 - Peter Heine, ibid., p. 90-91.

23 - Anom (Aix-en-Provence), Algérie, GGA, 1Cab/4. Toutes les citations d’Émile Piat proviennent de ce fonds d’archives.

24 - Dans un manuscrit (n° 163) conservé par l’Académie des Sciences d’outre-mer, un texte, sans date, signé de quatre auteurs (le député de Seine-et-Oise Aristide Prat, Paul Bourdarie, l’architecte Alfred Tronquois, et Barret de Beaupré) explique qu’il fallait désirer : «la conquête morale des élites du monde arabe et musulman [et rechercher] les ponts existants ou à établir entre la civilisation arabe et la civilisation française. Dans ce but, les promoteurs [d'un Institut franco-arabe musulman] avaient tout d'abord eu la pensée de proposer l'édification à Paris d'une mosquée. Le projet Bourdarie-Tronquois, adopté et soutenu par MM. Herriot, sénateur, Benazet, Marin, Prat, députés, Girault, de l'Institut, A. Brisson, etc... ainsi que par de nombreux musulmans, a reçu l'approbation successive de la Commission interministérielle des Affaires musulmanes, de M. le Président A. Briand et du Conseil des ministres».

25 - Découvert aux archives nationales (F60/820) et publié par mes soins :

http://islamenfrance.canalblog.com/archives/2006/09/03/2602527.html

 

Diapositive72
à la mémoire de mon ami Daniel Lefeuvre

 

Diapositive73

 

 

Et à la mémoire de mon fils Pierre Renard, accidenté le 12 octobre, hospitalisé et dans le coma pendant que je prononçais cette conférence, et décédé le 22 octobre 2014. Je t'aime, mon fils.

 

Pierre pull noir 2013
Pierre Renard, 1980-2014

 

 

- retour à l'accueil

Posté par michelrenard à 21:00 - - Commentaires [1] - Permalien [#]