féminisme Lallab

 

les décoloniaux sont en contradiction

flagrante avec les valeurs de gauche

Manuel BOUCHER, propos recueillis par Thomas MAHLER

 

Dans La Gauche et la Race, le sociologue Manuel Boucher dénonce les mouvements décoloniaux qui représentent pour lui un anti-humanisme.

C'est le cri d'alarme d'un homme de gauche qui ne reconnaît plus les siens.

Professeur à l'université de Perpignan et disciple d'Alain Touraine, le sociologue  Manuel Boucher a, dans sa jeunesse, participé aux mouvements antiracistes libertaires, avant d'intégrer l'École des hautes études en sciences sociales pour étudier les discriminations sociales. Voilà pour le pedigree d'un chercheur qu'on qualifiera difficilement de réactionnaire. Mais, aujourd'hui, l'universitaire déplore l'influence grandissante des décoloniaux et l'abandon par les nouveaux militants antiracistes de l'universalisme au profit de combats identitaires faisant de la «blanchité» et de «l'État raciste» le mal à combattre.

Dans son passionnant La Gauche et la Race. Réflexions sur les marches de la dignité et les antimouvements décoloniaux (L'Harmattan), Manuel Boucher analyse notamment le discours de Houria Bouteldja, figure de proue des indigénistes qui dit ouvertement mépriser «la gauche blanche» et défend une «solidarité de race».

«Comment est-il possible que des mouvements et des organisations progressistes de gauche avec lesquelles, pour certaines, j'ai milité dans ma jeunesse lorsque j'étais engagé dans la lutte antifasciste radicale du côté des libertaires, défilent derrière des organisations dites “postcoloniales” alors que celles-ci crient des slogans aux relents racistes, antisémites et séparatistes ? Comment est-il possible que des syndicats, mouvements et partis de gauche traditionnellement engagés dans des combats émancipateurs, humanistes et anticléricaux puissent défiler aux côtés de groupes affirmant des alliances avec des mouvements islamistes comme le Hamas ou même défendant, au nom de la lutte contre l'islamophobie, le port du voile islamique ou du voile intégral aussi appelé "burka" alors que ces vêtements sont imposés aux femmes dans plusieurs pays musulmans où règnent des dictatures théologiques ?» s'interroge le sociologue.

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Manuel Boucher, couv

 

Le Point : Pourquoi avez-vous voulu écrire un livre sur «la gauche et la race», sujet hautement sensible ?

Manuel Boucher : Sociologue, je travaille depuis des années sur les quartiers populaires. Dans le cadre de mes recherches, je me suis intéressé au community organizing, médiatisé lorsque Obama a été élu président des États-Unis. Cette forme d'intervention sociale a été théorisée par Saul Alinsky, qui souhaitait mobiliser les victimes des processus de ghettoïsation et renverser les rapports de force entre les dominants et les dominés sur une base «communautaire».

Dans mes enquêtes, je me suis ainsi aperçu qu'il y avait de nouveaux militants, que j'ai appelés «identitaristes», formés pour une part au community organizing et s'autoproclamant représentants des quartiers de banlieue, mais ayant aussi des liens avec des mouvements plus politiques comme le Parti des indigènes de la République (PIR). Leurs discours sont en opposition avec les valeurs universalistes développées par la majorité des intervenants sociaux qui agissent aujourd'hui dans les quartiers populaires. Pour essayer de comprendre qui étaient ces activistes et ce qu'ils défendaient, j'ai analysé de nombreux textes des mouvements décoloniaux comme le PIR, la Brigade anti-négrophobie (BAN) ou le Front uni des immigrations et des quartiers populaires(FUIQP). J'ai rencontré plusieurs leaders de ces nouvelles manifestations antiracistes que sont les marches de la dignité en 2015 et 2017, et j'ai suivi les réunions préparatoires à la Bourse du travail de Saint-Denis...

revendications de gauche mais exprimées sur une base ethnoraciale

Ce qui m'a interloqué dans ces mouvements décoloniaux, c'est qu'ils semblent défendre des revendications légitimes et traditionnelles au sein de la gauche, comme l'antiracisme et la lutte contre les discriminations. Mais ils les expriment sur une base ethnoraciale politique qui me semble en totale opposition avec l'histoire de la gauche, à savoir l'universalisme et l'humanisme. La gauche s'est divisée entre réformistes et révolutionnaires, mais elle a des points communs : la lutte contre toutes les oppressions et dominations. Moi-même, ma culture est de gauche, et jeune, j'ai activement participé aux mouvements antifascistes radicaux. Il me semblait essentiel de le préciser dans le livre, d'abord, pour bien faire comprendre que je ne suis ni d'extrême droite ni même de droite, mais aussi pour rappeler qu'en tant qu'antifascistes radicaux, nous remettions en question l'«antiracisme moraliste» instrumentalisé par le Parti socialiste, notamment porté par SOS Racisme, mais certainement pas l'antiracisme universaliste.

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Or, les mouvements antifascistes, au départ libertaires, anticléricaux et luttant contre l'autoritarisme machiste comme religieux, sont en pleine mutation, puisque des militants assument de s'associer avec des mouvements anticoloniaux qui soutiennent directement ou indirectement l'islamisme, l'homophobie et le sexisme. Une partie importante de la gauche, qu'elle soit marxiste ou trotskiste, est aujourd'hui très ambivalente face à ces organisations qui participent à la racialisation des rapports sociaux. Alors que les organisations de gauche insistaient sur les ressemblances plutôt que sur les différences entre les hommes et les femmes pour construire une société plus humaine, ces anti-mouvements décoloniaux s'inscrivent dans une forme d'anti-humanisme, d'autoritarisme, voire de fascisme, basé sur la haine de l'autre, la désubjectivisation.

Pour les décoloniaux, l'État est le premier producteur de racisme, car la France resterait une nation coloniale

Au nom de la lutte contre le racisme structurel d'État ou l'islamophobie, ces mouvements décoloniaux font une distinction entre «les Blancs», «les Noirs» et «les Arabes». Ils assument clairement une séparation ethno-raciale des individus et des groupes, appelant même à la non-mixité dans certaines luttes. Ces activistes plébiscitent un «auto-apartheid», c'est-à-dire que seul un «Nous» – celui des «indigènes» – opposé à un «Eux» – les Blancs ex-colonisateurs qui continuent à bénéficier des privilèges – peut permettre l'émancipation des ex-colonisés. Tout cela me semble en contradiction flagrante avec les valeurs de la gauche qui a toujours lutté pour la défense des droits de l'homme. Pour ces mouvements décoloniaux, l'État est le premier producteur de racisme, car la France resterait une nation coloniale et la police serait son bras armé...

L'une des méthodes du community organizing, c'est de partir des colères des habitants. La plupart de ces mouvements décoloniaux s'appuient ainsi sur les violences illégitimes, et notamment sur les contrôles au faciès. En partant de cette révolte contre des pratiques qui sont effectivement inacceptables, ces mouvements espèrent mobiliser les habitants des cités ghettoïsées. La police apparaît comme une figure emblématique d'un État oppresseur, raciste, discriminatoire, qui n'est plus là pour vous protéger, mais pour vous opprimer et vous humilier. Pourquoi ? Parce que cet État défend les privilèges d'une oligarchie occidentale «blanche» qui continue à régner sur le monde.

Aujourd'hui, une gauche culturelle bien-pensante, moralisatrice, culpabilisatrice, se basant sur les rapports de race, a peu à peu supplanté une gauche sociale qui se basait sur les rapports de classe. Mais, derrière ces mouvements décoloniaux, qui s’autoproclament représentants des banlieues paupérisées et des populations lumpenprolétarisées, on retrouve, dans les faits, des leaders qui appartiennent à une « petite bourgeoisie ethnique » plutôt diplômée. Ils bénéficient du soutien de nombreux enseignants-chercheurs qui viennent puiser leurs références académiques dans le monde universitaire anglo-saxon associé aux différentes approches des « cultural studies ».

le nazisme ne concernerait pas le "sud"

Houria Bouteldja, porte-parole des indigénistes, va jusqu'à considérer que «l'horreur du nazisme» ne concerne pas le «Sud»... Dans cette construction d'un rapport entre le «Eux» et «Nous», le racisme ne peut que provenir de l'Occident. En tant que victimes du colonialisme et des rapports de domination coloniale, les «racisés», c'est-à-dire les «indigènes», ne sont que des victimes et ne peuvent pas être eux-mêmes les coproducteurs de racisme. Le PIR considère que la Shoah ne fait pas partie de leur histoire, ce qui les dédouane de prendre position sur la montée d'un nouvel antisémitisme, qui est un mélange des poncifs classiques expliquant que les juifs dominent le monde et d'un antisémitisme plus contemporain se nourrissant en particulier du conflit israélo-palestinien.

Bouteldja, Auschwitz

De même, on retrouve chez eux une grande ambivalence envers l'islamisme, l'islam ne pouvant être envisagé autrement que comme une religion des opprimés. Lors des attentats de 2015 et 2016, les organisations décoloniales s'intéressaient exclusivement aux potentielles violences policières illégitimes dans un contexte d'état d'urgence plutôt qu'à la logique fascisante et déshumanisante des islamistes qui ont une influence et des relais dans les quartiers défavorisés. Vous rappelez que le djihadisme et les attentats, eux aussi, ne sont vus que par le prisme de l'impérialisme. Dans l'appel pour la Marche pour la justice et la dignité de 2017, on pouvait ainsi lire : «Les attentats terribles que nous avons connus en 2015 et en 2016 sont venus renforcer l'arsenal sécuritaire alors qu'ils sont la conséquence directe de la politique guerrière que la France et ses alliés mènent à l'étranger»...

Alors qu'on aurait attendu de ces mouvements antiracistes une condamnation claire des attentats, on découvre, si on lit les différents appels, des pages et des pages sur la responsabilité de l'impérialisme occidental ou d'Israël. Si les attentats islamistes se sont produits sur le sol français, c'est un retour de bâton de la politique impérialiste et guerrière anti-musulmane. D'une certaine manière, s'il ya des victimes du terrorisme, alors, la société française doit se retourner contre son gouvernement, parce que c'est à cause de sa politique étrangère que les Français sont attaqués.

les décoloniaux ne s'intéressent nullement à l'idéologie djihadiste.

Ces mouvements décoloniaux ne s'intéressent nullement à l'idéologie djihadiste. La logique de ces indigénistes peut d'ailleurs amener à un retour du refoulé. Si on n'arrive à construire sa dignité qu'en affirmant sa défiance vis-à-vis du «monde blanc», alors, on entre dans une logique de surenchère identitariste qui sert les discours de clash de civilisation portés par les islamistes et les organisations et les personnalités d'extrême droite.

Mais, au-delà de cette logique de l'excuse, je crois que ces mouvements décoloniaux ont une réelle fascination pour la violence. Ils ne délégitiment pas la violence puisqu'elle est pour eux un moyen d'action vis-à-vis de la violence raciale que feraient subir le monde occidental et ses dirigeants aux ex-colonisés racisés. Il y a des extraits marquants dans le livre d'Houria Bouteldja   comme dans ses différents écrits. Elle souligne que les jeunes des banlieues, qu'elle qualifie  de «lascars de cité», bafoués dans leur virilité, peuvent être mobilisés et dirigés pour renverser «l'ordre établi blanc». C'est une instrumentalisation du ressentiment, de la frustration, du sentiment d'être humilié, pour le diriger contre un État jugé raciste. Houria Bouteldja assume d'être un «romoteur de la violence».

Je la cite : «Je préfère cracher le morceau, je suis une criminelle. Mais d'une sophistication extrême. Je n'ai pas de sang sur les mains. Ce serait trop vulgaire. Aucune justice au monde ne me traînera devant les tribunaux. Mon crime, je le sous-traite. Entre mon crime et moi, il y a la bombe. Je suis détentrice du feu nucléaire. Ma bombe menace le monde des métèques et protège mes intérêts», écrit-elle dans son livre... Il s'agit de transformer une «masculinité dominée et régressive » en «masculinité révolutionnaire».

très influencés par les «post-colonial studies»

C'est important de le souligner. Pour Bouteldja, la «blanchité» (traduit de l'anglais «whiteness») est une «forteresse inexpugnable»... C'est là où on voit que ces mouvements sont très influencés par les travaux universitaires anglo-saxons. Non seulement les meneurs décoloniaux tirent leur argumentation des écrits des chercheurs des «post-colonial studies» liés à une histoire américaine très marquée encore aujourd'hui par l'esclavagisme, mais en plus on fait un amalgame entre les États-Unis et la France, en confondant colonialisme et esclavagisme. La «blanchité», qui réduit à une sorte d'hégémonie sociale, culturelle et politique «blanche», est un anglicisme utilisé et instrumentalisé d'un point de vue politique pour finalement nourrir le ressentiment et favoriser les divisions de races, alors même qu'on prétend les dénoncer. La gauche est aujourd'hui divisée sur la question des mouvements décoloniaux comme sur celle de l'islamisme....

candidate voilée NPA

Pour l'extrême gauche d'obédience trotskiste qui veut croire en une «révolution permanente», il s'agit de pouvoir mobiliser tous les opprimés et les intégrer dans des combats collectifs. On se souvient du conflit au sein du NPA en 2010 avec la présence d'une candidate voilée aux élections régionales. Généralement, il existe une division théorique et idéologique entre les organisations trotskistes et décoloniales, mais, dans la pratique, par opportunisme, des organisations  d'extrême gauche s'allient aux mouvements dits décoloniaux, parce qu'elles espèrent ainsi avoir le soutien des jeunes et des habitants des quartiers populaires. De manière assez démagogique, on fait fi de l'émancipation individuelle, de la lutte contre l'obscurantisme clérical en s'associant à des mouvements décoloniaux qui, si on lit les écrits, méprisent en fait la gauche et son histoire ouvrière. D'ailleurs qualifiée de «gauche blanche».

Houria Bouteldja considère l'humanisme comme un stratagème du «pouvoir blanc» pour maintenir ses privilèges. Si vous vous intéressez à l'organisation des marches de la dignité, vous voyez d'ailleurs que les mouvements décoloniaux sont devant et expriment une forte satisfaction à reléguer à l'arrière des cortèges les partis de gauche traditionnels et les syndicats qui acceptent de défiler avec eux. En revanche, Lutte ouvrière reste sur des positions ouvriéristes et anticléricales classiques, critiquant les idées de Houria Bouteldja et de ses partisans comme étant «la négation des idées communistes».

La France insoumise est, par nature même, plus hétérogène. On a bien vu la différence entre la députée Danièle Obono et un courant plus laïque et républicain. Danièle Obono a clairement expliqué qu'elle considérait Houria Bouteldja comme une camarade. Sans être une représentante du décolonialisme le plus radical (elle est même accusée par les anticoloniaux d'être trop timorée), en acceptant de travailler avec les indigénistes, Danièle Obono cautionne la logique racialiste de ces anti-mouvements sociaux. Au-delà de ses différences, la gauche devrait s'accorder sur un point : aucune alliance avec les organisations qui prônent des idées et mettent en œuvre des pratiques de division raciale et culturelle. Le devoir de la gauche n'est pas de soutenir des activistes fascisants, ni même de les regarder avec une certaine bienveillance parce qu'ils s'autoproclament comme agissant au nom des opprimés et des ex-colonisés, mais de démasquer toutes les nouvelles formes d'autoritarisme.

la lutte pour l'égalité hommes-femmes n'est pas la priorité de Bouteldja

Comment expliquer que des militants féministes ou queer soutiennent les indigénistes, alors même qu'Houria Bouteldja a clairement montré que la lutte pour l'égalité hommes-femmes ou les droits des homosexuels était loin d'être sa priorité ? Il y a des alliances contradictoires et paradoxales. Dans mes entretiens avec les membres de Stop le contrôle au faciès ou la Brigade anti-négrophobie, je leur a iainsi demandé comment ils pouvaient s'associer à des mouvements qui refusaient de reconnaître l'importance de l'histoire de l'esclavagisme arabo-musulman et de la traite transsaharienne. L'un des leaders de la Brigade anti-négrophobie m'a dit : «Chaque chose en son temps.»

En gros, il y a une alliance pragmatique, et quand la question du «racisme structurel d'État» porté par le «pouvoir blanc» sera réglée, on s'occupera du racisme de certaines populations arabo-musulmanes. Ce sont des alliances pragmatiques entre minorités qui se sentent bafouées et s'inscrivent dans une logique d'«autodéfense». Pour ce qui est du féminisme, si on regarde le discours des indigènes concernant le port du voile, on peut vraiment se poser la question du féminisme musulman revendiqué par certaines associations. Houria Bouteldja considère que parler de féminisme musulman est un oxymore puisque, pour elle, il est évident que le voile est lié aufait que les femmes le portent surtout par choix tactique pour réduire la pression masculine des «hommes indigènes» sur les «femmes indigènes» alors que les hommes indigènes et musulmans sont opprimés par le «patriarcat blanc».

Bouteldja, couv

Porter un voile islamique, ce n'est pas défendre la pudeur des femmes, mais l'honneur des hommes arabo-musulmans. Dans des rapports de domination, c'est ainsi protéger leur virilité, les rassurer sur la fidélité des femmes de la communauté. Puisqu'il y a une hiérarchisation des luttes, de nombreux propos sont ainsi très inquiétants : on accepte les dominations patriarcales et religieuses, voire des viols, parce que la lutte anticoloniale est beaucoup plus importante que toutes les autres formes de dominations et de violences sexuelles. Ce qui rassemble finalement tous ces acteurs, c'est que nous sommes dans un État républicain qui reconnaît avant tout des individus citoyens plutôt que des représentants communautaires. La plupart de ces mouvements luttent contre cette intégration républicaine taxée de « nationale républicaine » et préfèrent une logique politique de type «multiculturaliste» qui donne du pouvoir aux représentants communautaires de ces minorités autoproclamées. D'où les alliances avec certaines féministes et une minorité d'associations défendant les droits des homosexuels.

Le Point a récemment publié un appel de philosophes, historiens ou professeurs dénonçant la «stratégie hégémonique» des décoloniaux. Est-ce une menace dans le cadre universitaire ?

Manuel Boucher : Il est normal que les questions chaudes de la société, et notamment la« différence culturelle », soient traitées au sein de l'université. Comme on l'a encore constaté avec la révolte des Gilets jaunes, il existe des fractures identitaires, des formes de radicalité extrêmement importante. On voit bien qu'ily a un mélange hétérogène entre des représentants de la France dite« périphérique » – travailleurs pauvres, petits artisans, chômeurs – qui sont en insécurité sociale, mais certains aussi en insécurité culturelle, des mouvements identitaires d'extrême droite, des activistes de l'« ultragauche » associés aux BlackBlocs, mais aussi des jeunes qui viennent des cités d'habitat social. Des associations proches des mouvements décoloniaux – notamment le comité Adama– ont appelé à manifester à Paris pour éviter, selon leurs déclarations, que le mouvement des Gilets jaunes ne se focalise sur les «racisés». Il faut bien sûr que l'université étudie ces questions brûlantes. Mais il y a une différence entre le fait de s'intéresser à ces questions, en essayant d'objectiver l'analyse de ces rapports sociaux, et de participer au développement des théories racialistes, racistes, complotistes, sous prétexte que les acteurs qui expriment ces points de vue sont des racisés. Mes collègues ont ainsi une grande responsabilité : celle d'analyser ces fractures identitaires

Propos recueillis par Thomas Mahler
Publié le 13 décembre 2018, Le Point.fr

 

 

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