études-coloniales

Ce site édite une revue en ligne qui encourage les recherches consacrées à l’histoire coloniale et post-coloniale, à l'histoire des constructions mémorielles et des immigrations d’origines coloniales

lundi 10 novembre 2008

stéréotypes coloniaux : une thèse non scientifique

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les stéréotypes coloniaux existent-ils

encore en France ?

Jean-Pierre RENAUD

 

Dans le livre intitulé Supercherie coloniale, j’ai contesté la thèse d’un collectif de chercheurs d’après laquelle, sans aucune preuve scientifique, et sans étude d’opinion sérieuse sur une mémoire coloniale éventuelle de la France, cette dernière aurait eu une culture coloniale qui produirait encore, par je ne sais quel processus inconscient, des effets stéréotypés de nature à expliquer la génération spontanée de nouveaux indigènes de la République.

Le Journal du Dimanche du 2 novembre dernier vient de publier un sondage de l’IFOP d’après lequel 80% des Français se disent prêts à «voter un jour pour un candidat noir», mais seulement 47% d’entre eux pensent qu’un candidat noir «aurait des chances» d’être élu à la Présidence de la République… Les femmes se montrent plus enclines que les hommes à opter pour un tel choix.

Une première réponse donc à la question : la France nourrit-elle des stéréotypes coloniaux qui expliqueraient l’existence des nouveaux indigènes de la République, thèse partagée par le texte de présentation de la dernière exposition de la Cité de l’Immigration. Le lecteur pourra se reporter au bref commentaire que j’ai fait de ma visite.

Mais les mêmes chercheurs diront peut être que ce sondage traduit précisément une pulsion inconsciente de repentance coloniale chez les Français.

Il est donc grand temps de faire une étude d’opinion sérieuse sur le sujet, ce qu’avait d’ailleurs proposé il y a bien longtemps l’historien Charles-Robert Ageron, récemment décédé.

Jean Pierre Renaud

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un ouvrage démystifiant : Supercherie coloniale


- de Jean-Pierre Renaud, lire l'article : "La parabole de la propagande coloniale et du grain de riz"

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mercredi 28 mai 2008

Supercherie coloniale

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Supercherie coloniale

présentation du livre par l'auteur

Jean-Pierre RENAUD


Le livre compte 294 pages, 18 illustrations et 9 chapitres intitulés : les livres de la jeunesse, la presse, les expositions coloniales et les zoos humains, les cartes postales, le cinéma, les affiches, la propagande coloniale, et le ça colonial.

supercherie_coloniale_JP_RenaudL’ouvrage analyse en effet, vecteur par vecteur d’information et de culture, le discours que tient un collectif de chercheurs (1) sur une culture coloniale et impériale qui aurait existé sous la IIIe République, et plongé la France dans un bain colonial. Cette culture se serait prolongée sous les IVe et Ve République et, à travers la voie d’un inconscient collectif évoqué dans le chapitre Le ça colonial, serait aujourd’hui la cause d’une fracture coloniale et d’une crise des banlieues qui en résulterait.

En décortiquant page par page, et ouvrage par ouvrage, leur discours, comme cela a été fait à titre d’exemple, dans le chapitre "La propagande coloniale pour le décorticage du riz de Sandrine Lemaire", un riz destiné à plus de 95% à la volaille et au bétail, en contradiction complète avec son slogan "Du riz dans les assiettes", de l’Empire dans les esprits (CI/p.82), l’ouvrage a l’ambition d’examiner le bien fondé de ce discours eu égard aux sources historiques qu’il est possible d’avancer pour soutenir la thèse qu’ils défendent.

Le lecteur se rendra compte que la démonstration de ce discours est loin d’être faite. La conclusion de l’ouvrage en résume les faiblesses et les dangers, aussi bien pour les descendants français de peuples colonisés que pour la communauté nationale toute entière. L’analyse proposée par ce livre suggère une autre lecture de l’histoire coloniale, une autre hypothèse de travail, laquelle reste à démontrer tout autant que celle encore contestée de ce collectif de chercheurs. Celle d’un déchiffrage historique des rapports entre la France, les Français, et les colonies, fondés beaucoup plus sur le goût des Français pour l’exotisme et la gloire, plus que sur la supériorité raciale, la discrimination, la violence coloniale, ou La sueur du burnous de Vigné d’Octon.

Jean-Pierre Renaud


(1) Culture coloniale (CC) Culture impériale (CI) La République coloniale (RC) La Fracture coloniale (FC) L’Illusion coloniale (Ilc)

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Jean-Pierre Renaud, Supercherie coloniale,
éd. Mémoires d'hommes, février 2008

- pour commander ce livre : Mémoires d’Hommes, 9 rue Chabanais, 75002 Paris - France 20 euros par chèque, le port est compris


- du même auteur, sur ce site : La parabole de la propagande coloniale et du grain de riz [y a-t-il vraiment eu propagande coloniale ?]

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mercredi 21 mai 2008

thèse de Marie Chominot

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source des photos


Guerre d’indépendance de l’Algérie

l’image, source

et objet de recherche historique

la thèse de Marie Chominot


Étudier une période historique donnée par la photographie, c’est le choix novateur fait par Marie Chominot pour sa thèse de doctorat en histoire, sous la direction de Benjamin Stora, professeur à l’Institut national des langues et civilisations orientales, qu’elle a soutenue mercredi dernier [14 mai 2008].

La photo est en effet encore une source inhabituelle dans l’univers de l’historien. La jeune chercheuse, qui a étudié «la photographie pour la guerre» et non «la photo de la guerre», a présenté le résultat de six ans d’investigations, de consultations, de collecte et d’analyse d’archives photographiques en France et en Algérie sous l’intitulé de «Guerre des images, guerre sans images. Pratiques et usages de la photographie pendant la guerre d’indépendance algérienne (1954-1962)».

Un travail salué par l’ensemble du jury présidé par Omar Carlier, professeur à l’université Paris VII, comme «un travail exceptionnel», «d’une très grande honnêteté», «rigoureux». Dans un résumé succinct de sa thèse, - trois volumes dont un consacré à 1200 photos dont certaines sont inédites - Marie Chominot explique que «pendant la guerre d’indépendance algérienne (1954-1962), conflit qui n’a pas officiellement le statut de guerre, les deux camps en présence incluent la photographie dans des stratégies de légitimation et de communication complexes, mettant en œuvre une véritable politique images… La photographie se trouve au cœur d’une vaste entreprise de maîtrise de la guerre : elle sert à faire la guerre (comme auxiliaire du renseignement), elle sert aussi à la dire».

«Dans le but de maîtriser le récit confié à l’opinion publique par les médias, l’armée a organisé une forme de monopole de production et de diffusion des images photographiques, s’efforçant de tarir à la source la réalisation de photographies par des journalistes civils, tout en alimentant régulièrement le système de Diapositive1diffusion médiatique qui se fait par conséquent le relais, consentant mais forcé, d’une vision univoque».

Directeur de thèse de Marie Chominot, l’historien Benjamin Stora a rappelé que 200 000 clichés ont été pris par l’armée française, représentant une «source considérable». Sans compter les archives privées en France, mais aussi en Algérie, que Marie Chominot a pu consulter lors de deux séjours en Algérie et dont plusieurs sont inédites. Marie Chominot «a croisé de manière judicieuse des archives officielles, des archives dissidentes, marginales», a précisé son directeur de thèse.

Relevant les différents intérêts du travail de Marie Chominot, Benjamin Stora a souligné que «cette thèse participe du renouvellement de la recherche sur cette période». Elle a permis de «dévoiler cette guerre invisible et sans nom». Et participe donc de «la reconnaissance de cette guerre». Son deuxième intérêt est de montrer que l’image est source et objet de recherche historique, ajoute le professeur d’histoire.

la société française a construit sa cécité,

le régime algérien a produit de l’amnésie sur cette période

De son point de vue encore, le troisième intérêt réside dans le fait qu’un travail d’enquête a été mené en Algérie. «Ce travail permet de sortir d’un système de représentation hégémonique», «le détour par l’Algérie est essentiel». Un autre intérêt est que le travail de Marie Chominot «montre pour la première fois comment la reproduction photographique par l’armée française alimentait les circuits médiatiques, intégrant ceux qui seront les précurseurs des journalistes embarqués».

«Cette façon de faire, novatrice, nous conduit à réfléchir sur l’actualité d’aujourd’hui. La guerre d’Algérie a inauguré une période, celle du contrôle des images mis en œuvre par les États», précise encore Benjamin Stora. Pour sa part, Abdelmadjid Merdaci, maître de conférences à l’université Mentouri de Constantine, a observé que cette thèse permettrait de réfléchir à des champs inexplorés en Algérie.

Elle montre aussi «le caractère inégalitaire» du conflit tel qu’il apparaît à travers la production et la mise en circulation des images, «met en lumière ce que Marie Chominot appelle pragmatisme algérien, qui utilise des images de toutes origines pour organiser un système de confrontation à l’État français, au discours français», «redéfinit la nature du conflit du point de vue de ceux qui parlaient au nom du FLN», «la question de la multiplicité des acteurs et des territoires de cetteDiapositive1 guerre». Selon l’universitaire algérien, «la société française a construit sa cécité, elle ne voit pas, ne veut pas voir, ne doit pas voir». «Il est important aussi de dire comment le régime algérien a produit de l’amnésie sur cette période».

la thèse de Marie Chominot

La thèse de Marie Chominot se compose de deux parties :
- des photographies dans l’Algérie en guerre ;
- des photos pour faire la guerre, des photos pour la dire.

Et de sept chapitres :
- vers un monopole militaire ?
- l’infrastructure photographique de l’armée en Algérie ;
- la photo auxiliaire du renseignement ;
- en Algérie, conquérir les cœurs ou terroriser les esprits ;
- maîtriser le(s) récit(s) de la guerre ;
- dans le camp français une production hors des cadres ;
- le versant algérien de la «guerre des images».

Photographier au maquis ; une stratégie de visibilité maximale : témoigner, publier, communiquer ; faire feu de tout bois. La création des services spécialisés (photographie et cinéma) auprès du GPRA, les journalistes étrangers, collecter, archiver.

Nadjia Bouzeghrane
El Watan (Alger), édition du 19 mai 2008


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- présentation de la thèse de Marie Chominot


Elmain
source de la photo


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jeudi 10 avril 2008

Guerre des images, guerre sans image ? (Marie Chominot)

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source de la photographie



Guerre des images, guerre sans image ?

Pratiques et usages de la photographie pendant la guerre


d’indépendance algérienne (1954-1962)


Marie CHOMINOT



thèse de doctorat préparée sous la direction de


Benjamin STORA, Professeur d’Histoire contemporaine à l’INALCO.

La soutenance se déroulera le

Mercredi 14 mai à 9 heures,

Université de Paris 8 – Saint-Denis,

Salle des thèses, Bâtiment A Salle 010


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source


Le jury sera composé de :


- Stéphane Audouin-Rouzeau, directeur d’études à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales

- Omar Carlier, professeur à l’université Paris VII

- Christian Delage : maître de conférences HDR à l’université Paris VIII

- Abdelmajid Merdaci, maître de conférences à l’université Mentouri de Constantine

- Michel Poivert, professeur à l’université Paris I

- Benjamin Stora, professeur à l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales

 


résumé succinct


Pendant la guerre d’indépendance algérienne (1954-1962), conflit qui n’a pas officiellement le statut de guerre, les deux camps en présence incluent la photographie dans des stratégies de légitimation et de communication complexes, mettant en œuvre une véritable politique des images. Dans le cadre de l’internationalisation du conflit, la communication française est dans une perpétuelle logique de riposte aux initiatives des nationalistes algériens. Pourtant, lorsque l’on se rapproche géographiquement du cœur du conflit, le rapport de forces s’inverse et l’on voit pleinement fonctionner un système d’information mis en place par l’armée française et assumé par le pouvoir politique, qui est aussi un système hégémonique de représentation du conflit.


La photographie se trouve au cœur d’une vaste entreprise de maîtrise de la guerre : elle sert à faire la guerre (comme auxiliaire du renseignement), elle sert aussi à la dire. Dans le but de maîtriser le récit confié à l’opinion publique par les médias, l’armée a organisé une forme de monopole de production et de diffusion des images photographiques, s’efforçant de tarir à la source la réalisation de photographies par des journalistes civils, tout en alimentant régulièrement le système de diffusion médiatique qui se fait par conséquent le relais, consentant mais forcé, d’une vision univoque. Le fonctionnement du système d’information français révèle des failles dont la moindre ne fut pas de générer une «guerre sans image». L’invisibilité du conflit est la conséquence d’un système de représentation qui se veut hégémonique et qui, par l’application de filtres successifs, engendre une banalisation de la vision.


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source


présentation détaillée


Pendant la guerre d’indépendance algérienne (1954
1962), conflit qui n’a pas officiellement le statut de guerre, les deux camps en présence incluent la photographie dans des stratégies de légitimation et de communication complexes, mettant en œuvre, selon des modalités différentes, une véritable politique des images. Le conflit franco-algérien fut bien une guerre des images, et, si cette dernière fut marquée du sceau de l’inégalité en termes de production, la conclusion est tout autre si l’on déplace le curseur vers la question de la diffusion et que l’on élargit l’échelle géographique. L’enquête en terrain algérien révèle que le camp nationaliste a mis en œuvre, dès 1955-1956, une véritable stratégie de communication qui passe par une utilisation raisonnée de l’image photographique et, dans une moindre mesure filmique.


Peu importe que les Algériens n’aient pas les moyens de produire massivement des images du conflit, ils se donnent tous les moyens d’assurer la diffusion maximale de toutes celles qui leur parviennent, quelle que soit la filière empruntée. La question du déséquilibre est en effet à interroger dans une perspective multiscalaire. Si l’activité d’information par l’image menée par le camp algérien parvient à mettre en échec le système hégémonique de représentation de la guerre qu’ont tenté de construire les Français, c’est à l’échelle mondiale (dans le monde arabe, en Europe, mais surtout sur le front des pays non-alignés et à la tribune de l’ONU).


Dans le cadre de l’internationalisation du conflit, la communication française est dans une perpétuelle logique de riposte aux initiatives algériennes. Pourtant, lorsque l’on resserre la focale, que l’on se rapproche géographiquement du cœur du conflit (le territoire algérien, lieu des affrontements et la France métropolitaine, siège des décisions politiques et de l’opinion publique nationale), le rapport de forces s’inverse et l’on voit pleinement fonctionner un «système d’information» mis en place par l’armée française (et assumé par le pouvoir politique), qui est aussi un système hégémonique de représentation de cette guerre.

L’expression «système d’information» permet de décrire les différents usages de la photographie par l’armée française en Algérie et rend compte d’une soldat_karkitendance globalisante de cette armée qui tend, dans le domaine de l’information comme dans bien d’autres, à s’arroger des pouvoirs qui ne sont habituellement pas les siens. La photographie se trouve au cœur d’une vaste entreprise de maîtrise de la guerre par l’armée : elle sert à faire la guerre et à la dire, à maîtriser le faire et le dire. Le terme d’ «information» doit dès lors être entendu dans trois acceptions différentes. Dans son sens le plus classique, il renvoie à la question de la médiatisation d’un événement, à la manière dont il est mis en récit et transmis à un public. [source photo ci-contre]

Dans le but de maîtriser le récit confié à l’opinion publique par les médias, l’armée a organisé (avec l’accord plein des autorités civiles) une forme de monopole de production et de diffusion des images photographiques relatives au conflit, s’efforçant de tarir à la source la réalisation de photographies par des journalistes civils, tout en alimentant régulièrement en images le système de diffusion médiatique (agences photographiques et journaux), qui se fait par conséquent le relais, consentant mais forcé, d’une vision univoque.
Par «information», il faut aussi entendre «renseignement» car ce dernier permet, en l’informant, de maîtriser le faire de la guerre. En amont et en aval des opérations militaires, la photographie intervient pour repérer, identifier, contrôler des objectifs terrestres et humains. Aux usages proprement stratégiques de la photographie en temps de guerre (photographie aérienne, cartographie), l’armée ajoute ici des pratiques qui relèvent de l’utilisation policière et judiciaire de la photographie (fichage et identification des individus, vivants comme morts). Les populations civiles algériennes, tout comme les combattants algériens, sont pris dans les rets d’un vaste système d’images qui sert à la fois à les contrôler et à les persuader de rejoindre le camp de la France.


Pour ce faire, certains services de l’armée mettent en œuvre une forme particulière d’information, qui s’applique directement sur les publics ciblés (d’abord, exclusivement en son sein, les appelés, puis les populations civiles et les combattants algériens), sans emprunter le canal des médias civils. Cette «action psychologique», forme de propagande ouvertement inspirée de l’agit-prop de tradition marxiste,
s’inscrit dans le cadre d’une interprétation théorique de la guerre pensée, à partir de la fin de l’année 1956, sur le modèle de la «guerre révolutionnaire», issu de l’expérience indochinoise. La conquête des populations (par la persuasion, la séduction ou la terreur) est alors considérée comme un élément fondamental pour gagner la guerre.

Il s’agit d’asseoir sa domination à la fois sur un territoire et sur les esprits de ceux qui le peuplent, afin que l’Algérie reste française. Outil pour garder la maîtrise du conflit, autant dans sa dimension stratégique que dans sa dimension politique, la photographie est réellement utilisée par les Français comme un instrument pour gagner la guerre. Or, malgré le déploiement de considérables moyens humains et matériels, malgré la mise en place d’un système d’information qui se veut verrouillé, les Français perdent la guerre sur le terrain médiatique.

Cet échec médiatique ne saurait être exclusivement imputé à l’activisme du FLN sur la scène internationale. Analysé de l’intérieur, le fonctionnement du système d’information français révèle des failles dont la moindre ne fut pas de générer une «guerre sans image». L’invisibilité du conflit, en effet, n’a pas été élaborée a posteriori par une occultation volontaire, elle a émergé dès l’époque. Elle est la conséquence d’un système de représentation qui se veut hégémonique et qui, par l’application de filtres successifs, engendre une banalisation de la vision.

Au regard de l’océan de photographies produites par l’armée française, la proportion des images effectivement diffusées est minime. Soigneusement choisies et filtrées à toutes les étapes (production, exploitation, diffusion), les mêmes photographies sont destinées à toutes les catégories de publics (soldats, opinion publique française et internationale, populations civiles et combattants algériens). Pendant toute la guerre, seul un petit nombre de figures photographiques, fortement stéréotypées, circule. L’armée a organisé la pauvreté visuelle de l’événement. L’impact relatif des propagandes française et algérienne doit aussi être étudié, au-delà de la question des moyens mis en œuvre de part et d’autre, à la lumière de cette opposition : invisibilité versus dévoilement.


Marie CHOMINOT 

 

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_____________________________________________________________________

 

Pour vous rendre à l’université Paris VIII, 2, rue de la Liberté à Saint-Denis :

- Par le Métro, descendez à la station de métro Saint-Denis Université (ligne 13).

- Par la route en provenance de Paris, prenez l’autoroute A1 (dite du Nord) à la Porte de la Chapelle, sortie N°3 direction St-Denis Universités – Pierrefitte ; après le 4e feu tricolore, tournez à droite dans la 2e rue, direction Stains – Saint-Denis Universités – Vélodrome. Après le carrefour, un parking payant se trouve sur votre gauche.

Pour rejoindre la salle A 010, empruntez l’entrée principale de l’université, prenez les escalators sur votre gauche, direction bâtiment A. Ensuite, traversez la passerelle qui franchit la rue de la Liberté et longe la bibliothèque universitaire. Descendez les escalators puis continuez tout droit. Vous arrivez dans le hall du bâtiment A. La salle A 010 se trouve juste sur votre gauche.

Dans le hall principal, des agents d’accueil peuvent vous aider.



contact : chominot@wanadoo.fr

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source

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jeudi 3 janvier 2008

les arabisants et la France coloniale (vers 1830 - vers 1930)

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Savants, conseillers, médiateurs :

les arabisants et la France coloniale

(vers 1830 - vers 1930)

Alain MESSAOUDI


Alain Messaoudi soutient sa thèse
Savants, conseillers, médiateurs : les arabisants et la France coloniale (vers 1830 - vers 1930)

thèse d'histoire dirigée par Monsieur Daniel Rivet (Paris I-Sorbonne)
jury composé de Kmar Bendana-Kchir, Nadine Picaudou, Luc-Willy Deheuvels et Claude Lefébure

La soutenance se tiendra le samedi 9 février à partir de 9 h 30
salle Denys et Maurice Lombard, rez-de chaussée, 96 bd Raspail, 75006 Paris (métro Notre-Dame des Champs ou Saint-Placide).


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Dictionnaire arabe-français, Alfred Nicolas,
professeur au Lycée de Tunis, 1911, imprimeur
éditeur Frédéric Weber, 11 rue de Constantine, Tunis.


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Colomb-Béchar, bureau des Affaires indigènes


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Touggourth, place du Marché et bureau des Affaires indigènes

- cf. séminaire de Claire Fredj et Alain Messaoudi


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mercredi 28 novembre 2007

Colonisation - évangélisation

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Colonisation - évangélisation

les relations entre les pouvoirs coloniaux,

les pouvoirs locaux et les missions :

des Grandes Découvertes à la décolonisation


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- colloque à la Sorbonne, les jeudi 13, vendredi 14 et samedi 15 décembre 2007

- programme colloque colonisation-évangélisation


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Jeudi 13 décembre 2007

Président de séance : Alain Tallon

9h00 Alain Tallon (Paris IV), Introduction

9h20 Luiz-Felipe de Alencastro (Paris IV), Colonisation – Évangélisation ou Civilisation – Évangélisation ?

9h45 Giovanni Pizzorusso (Chieti), Évangélisation des peuples et pouvoirs coloniaux : les initiatives de la Congrégation de la Propaganda Fide face aux États (XVIIe siècle).

10h10 débat

10H40 Benoit Pierre (Tours), Apostolat et affirmation de l’État sous le règne de Louis XIII : les missions capucines du père Joseph

11H00 Claude Prudhomme (Lyon II), Le rôle de Rome dans la conception et la régulation des relations entre pouvoirs coloniaux et autorités missionnaires catholiques.

11h30 débatC_te_d_Ivoire

12h00 déjeuner

14h00 Jean-François Zorn (Montpellier III), Internationalisme missionnaire et nationalisme colonial : la mission protestante de Paris au XIXe siècle.

14h30 James P. Daughton, (Stanford) The relationship of French and British missionaries to their respective imperial projects, c. 1880-1914.

15h00 débat

Président de séance : Jacques Frémeaux

15h30 Géraud Poumarède (Paris IV), La monarchie française et l’essor missionnaire en Méditerranée orientale dans la première moitié du XVIIe siècle.

16h00 Bernard Heyberger (Tours-EPHE), Pouvoirs et missions en Syrie à l’époque moderne.

16h30 débat

17h00 Daniel Lefeuvre (Paris VIII), La conquête religieuse de l’Algérie : les premières implantations catholiques, l’évangélisation et le prosélytisme.

17h30 Oissila Saaïdia (IUFM Strasbourg), Le dialogue interreligieux entre Oulémas et clercs en situation coloniale en Algérie.

18h00 débat

18h30 fin de la première journée



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Vendredi 14 décembre 2007

Président de séance : Jacques Frémeaux

9h00 Colette Zytnicki (Toulouse II), L’Alliance israélite universelle au Maroc : les "hussards noirs" juifs de la République en contexte précolonial et colonial (1862-1939).

9h30 Christophe Réveillard (Paris IV), Contradictions de la politique religieuse au temps des lois laïques entre métropole et Algérie.

10h30 Jérôme Bocquet (IUFM Orléans-Tours), Les missions à l’heure du nationalisme arabe : pouvoirs et allégeances au Proche-Orient (1925-1967).

11h00 débat

Président de séance : Déjanirah Couto (EPHE)

11h30 Alain Forest (Paris VII-Denis Diderot), Missions et expansion coloniale en Asie du Sud-Est entre les XVIIe et XIXe siècles.

12h00 Xavier Huetz de Lemps (Casa Velasquez), Pouvoirs et missions aux Philippines du XVIe au XIXe siècle.

12h30 débat

13h00 déjeuner

14h30 Ronnie Po-chia Hsia (Pennsylvanie), Les missionsp_re_L_on_Bourjade catholiques, les pouvoirs européens et l’Empire de Chine aux XVIe-XVIIIe siècles.

15h00 Nathalie Kouamé (INALCO), Missionnaires chrétiens et samurais, ou l’impossible colonisation du Japon pendant son "siècle chrétien" (1549-1640).

15h30 débat

16h00 Jacques Weber (Nantes), Les rapports entre les pouvoirs et les missions dans les établissements français de l’Inde de la Restauration au Second Empire.

16h30 Sarah Mohammed-Gaillard (INALCO), Administration coloniale, missionnaires et populations autochtones : alliances et conflits politico-religieux en Nouvelle-Calédonie.

17h00 débat

17h30 Jean-François Klein (INALCO), À l’origine du mythe du Yunnan. Missions catholiques en Chine méridionale et intérêts impériaux franco-britanniques au XIXe siècle.

18h00 Claire Tran Thi Liên (Paris VII-Denis Diderot), Les catholiques vietnamiens pendant la guerre d’indépendance (1945-1954). Entre la reconquête coloniale et la résistance communiste.

18h30 débat

19h00 fin de la deuxième journée



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Samedi 15 décembre 2007

Président de séance : Luiz-Felipe de Alencastro (Paris IV)

9h00 Philippe Evanno (Paris IV), Les pouvoirs locaux, les comptoirs et les missions de Dakar à Ouidah entre 1680 et 1797.

9h30 Laurick Zerbini (Lyon II), L’Afrique, une terre de mission pour Augustin Planque.

10h00 débat

10h30 Markus Roser (Église évangélique luthérienne de Saxe), Connections between powers and missions in the Royal domain of Congo.

11h00 Félix Iroko (Abomey-Calavi), Les missions, les esclaves affranchis revenus du Brésil et les différents pouvoirs.maison_m_re_Lavigerie

11h30 débat

12h00 déjeuner

Président de séance : Annie Moliné-Bertrand (Paris IV)

14h00 Charlotte de Castelnau (Paris X), Pouvoir et missions au Brésil à l’époque moderne.

14h30 Paolo Broggio (Roma Tre), Ordres missionnaires et politiques indigènes dans la Vice-Royauté du Pérou aux XVIe et XVIIe siècles.

15h00 débat

15h30 Karl-Heinz Arenz (Paris IV), Pouvoirs et missions jésuites en Amazonie au XVIIe siècle.

16h00 Dominique Deslandres (Montréal), "Les puissances", jésuites, sulpiciens et autorités coloniales en Nouvelle-France.

16h30 débat

17h00 Philippe Delisle (Lyon III), Les missionnaires catholiques, l’administration coloniale et la question du travail sur les plantations en Guyane française au XIXe siècle.

17h30 Nelly Schmidt, (Paris IV) et Oruno D. Lara, (Centre de Recherches Caraïbes-Amériques), Religion et colonisation en 1848-1852.

18h00 débat

18h30 Jacques Frémeaux (Paris IV) : conclusion

19h00 fin du colloque.

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jeudi 22 novembre 2007

Professer l’Empire. La construction des sciences coloniales en France sous la IIIe République (Pierre Singaravelou)

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Professer l'empire :

la construction des sciences coloniales

en France

sous la IIIe République

Pierre SINGARAVELOU

 
Mardi 11 décembre 2007, à la Sorbonne, à 14 heures

Pierre Singaravelou soutiendra publiquement sa thèse de doctorat d'histoire :

Professer l'empire : la construction des sciences coloniales

en France sous la IIIe République

préparée sous la direction du professeur Christophe Charle, université Paris I Panthéon-Sorbonne

jury

M. Jean-François Chanet, professeur à l’Université Lille-III

M. Christophe Charle, professeur à l’Université Paris-I 

M. Richard Drayton, reader à l’Université de Cambridge

M. Jacques Frémeaux, professeur à l’Université Paris-IV

Mme Sylvie Guillaume, professeur à l’université Bordeaux 3



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mercredi 24 octobre 2007

Culture et colonisation, France XIXe-XXe siècles (séminaire Sophie Dulucq et Colette Zytnicki)

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séminaire Culture et colonisation

France, XIXe-XXe siècles

Sophie DULUCQ et Colette ZYTNICKI


Master 2 - HIC 151 (octobre-décembre 2007)
Séminaire de l’équipe Diasporas, université Toulouse le Mirail

Responsables pédagogiques : Sophie Eckert-Dulucq et Colette Zytnicki
Lieu : Maison de la Recherche, laboratoire Diasporas, 3ème étage, salle A 306.

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Les séminaires de recherche des différentes équipes ont pour objectif d’initier les étudiants à la recherche telle qu’elle se bâtit au quotidien, à partir des exposés des chercheurs et des débats auxquels ils donnent lieu.
Le thème choisi cette année par l’équipe Diasporas portera sur un chantier de recherche dynamique : l’approche culturelle de l’histoire du fait colonial. On évoquera - essentiellement à partir du cas de l’Empire colonial français - le rôle des savoirs dans les dispositifs de la domination européenne, mais aussi la notion de «culture coloniale» et les pratiques culturelles en situation coloniale. Divers intervenants (membres de l’équipe ou invités) seront sollicités pour venir présenter leurs recherches en cours.

 

* 19 octobre : 9 h 00 – 12 h 30
Présentation de la problématique du séminaire : Colonisation et fait culturel
Intervenants : Patrick Cabanel, Sophie Eckert-Dulucq, Colette Zytnicki.8247262_p

* 2 novembre : 9 h 00 – 12 h 30
Séance sur la culture coloniale en province.
Intervenant : Le Bordeaux colonial avec Christelle Lozère.

* 16 novembre : 9 h 00 – 12 h 309782849100011FS
Séance sur le tourisme, une pratique culturelle en situation coloniale.
Intervenantes :  Geneviève Goussaud-Falgas et Claire Llanès.

* 30 novembre : 9 h 00 – 12 h 30
Séance sur les acteurs et les institutions dans les politiques culturelles coloniales
Intervenants : David Lambert et Yoshiko Sugiyama.

* 30 novembre  : 14 h-18 h
Visite commentée du musée Georges Labit.

* 14 décembre : 9 h 00 – 12 h 3024125_1
Séance sur cinéma et colonisation
Intervenantes : Alice Gallois et Marie-Charlotte Chabosseau.


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musée Georges Labit à Toulouse

- musée Geoges Labit  à Toulouse

- musée Georges Labit, par Serge Pierre

01h

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Affiche de tourisme en couleurs illustrée. Liaison automobile
saharienne de Colomb-Béchar à Fort-Lamy.
Carte de l'Afrique occidentale française. [vers 1950]
(source)


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Posté par michelrenard à 00:00 - 3 - Cultures et colonisations - Commentaires [18] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

mercredi 17 octobre 2007

la parabole de la Propagande coloniale (Jean-Pierre Renaud)

 

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la parabole de la Propagande coloniale

et du grain de riz

Jean-Pierre RENAUD


Avec le thème de la "propagande coloniale", nous touchons à un domaine sensible puisqu’il fait référence à une entreprise de propagande politique qui a eu beaucoup de succès dans les régimes totalitaires, qu’il s’agisse des dictatures communistes, fascistes ou nazies.

Les ministres des colonies et leurs gouvernements de gauche comme de droite, qui se sont succédé entre les deux guerres, n’ont en tout cas pas eu peur du mot, en tentant de faire de la propagande coloniale. Entre temps, le mot a pris un tout autre sens ! Et dans l’acception des années 30 et pour les agences des colonies, il s’agissait plus de publicité, de contribution à l’organisation d’expositions, que de propagande politique ! Cette propagande eut-elle du succès, compte tenu des moyens mis en œuvre ?

Constatons d'abord que les Français n’étaient naturellement pas convaincus de l’intérêt des colonies, puisqu’il était nécessaire de tenter de leur inculquer, par le moyen de la propagande, un virus colonial qu’ils n’avaient pas. Il est donc très important d’analyser avec beaucoup de rigueur et de précision la propagande coloniale, et je dois dire dès le départ que le discours sur ce thème de l’historienne Sandrine Lemaire, considérée comme la spécialiste de ce domaine historique dans les livres analysés ci-dessous, suscite beaucoup de questions de ma part.

La première sur l’absence des références des sources qu’elle a consultées, entre autres au Centre des Archives d’Outre Mer (Caom) à Aix. Quant à la thèse qu’elle a faite à ce sujet, (L'Agence économique des Colonies : instrument de propagande ou creuset de l'ideologie coloniale en France (1870-1960) ?), je n’en ai pas trouvé d'édition.



Un discours carré, catégorique, tonitruant

sur la propagande coloniale

couv_588 Dans l’ouvrage Culture coloniale (éd. Autrement, 2002), et sous le titre "Propager : l’Agence générale des colonies", Sandrine Lemaire caractérise la puissance et l’efficacité des actions de propagande par un florilège d’expressions, et naturellement de jugements :

- L’Agence : une machine à informer et à séduire (CC/138).

- l’Agence des colonies fut chargée de faire l’«éducation coloniale» des Français (CC/139).

- L’Agence : «chef d’orchestre»… La force de l’Agence fut de s’imposer, dès l’entre-deux guerres, comme l’épicentre de l’information colonialeAu coeur de l’idéologie coloniale en métropole, il n’y avait dès lors que peu ou pas de contre discours, car l’Agence «inondait», gérait et générait son propre discours en s’assurant la maîtrise de sa production et des relais de diffusion. (CC/140).

Et encore : "Le discours était ainsi uniformisé grâce à un réseau structuré et multiple, capable de toucher toutes les strates de la société et l’ensemble des Français… L’Agence a ainsi tissé une toile où tous se sont retrouvés dans le credo colonial à «prêcher leur foi» dans l’empire. Une fois établie, cette structure servait à manipuler l’opinion par une panoplie de supports variés, allant de l’objet du quotidien au plus insolite, mais surtout en utilisant le pouvoir de la presse et des images, en grossissant, minorant, occultant, valorisant certains faits. En effet, la propagande ne se limite pas au martèlement d’un discours de promotion d’une idéologie déterminée, mais s’étend à la sélection des informations, à leur tri, à leur hiérarchisation, à leur mise en perspective de même qu’à leur rédaction et à leur accompagnement iconographique ou sonore." (CC/140)

Le lecteur doit se rappeler que cette analyse se rapporte à la période retenue par l’ouvrage, c'est-à-dire 1871-1931, et aura la possibilité plus loin de juger du sérieux de cette analyse, compte tenu de l’organisation et des moyens de cette Agence à cette époque de référence. Ce qui n’empêche pas l’auteur de faire appel à des expressions fortes, excessives : tissé une toile, manipuler l’opinion, martèlement d’un discours.

Au risque de lasser, il faut citer d’autres affirmations : La force de l’Agence résidait exactement dans ce «brouillage des ondes» – omissions partielles ou totales - une grille de lecture édulcorée, imposant une vision qui, pour les métropolitains, rendait impossible d’aborder l’autre côté du miroir. (CC/144)

Français, vous avez un empire : un mythe pérenne. L’omniprésence de l’Agence, dans le temps, dans l’espace, dans les supports, dans les relais, permet de concevoir la création d’un espace mental basé sur des éléments disponibles au sein de la société et qui ont permis que fonctionne la fiction : supériorité de la culture occidentale, de la civilisation, du système économique, détention des clés du progrès (CC/144)

Et en conclusion  de l’analyse de cette formidable machine de propagande, omniprésente :

Ainsi la légitimité de l’ordre colonial était-elle parfaitement intériorisée. Elle se mesure encore actuellement à travers les mêmes images, les mêmes discours tenus sur des pays du «Tiers monde» ou «en voie de développement»  ou «les moins avancés».

Ouf ! Nous avons échappé pour l’instant à la "crise des banlieues" et aux "indigènes de la République" ! Histoire ou littérature, mémoire ou idéologie ? Je mets au défi l’historienne de tirer des cartons d’archives du Centre des Archives d’Outre-Mer des exemples concrets de la manipulation dénoncée, outre le fait qu’elle n’apporte aucune démonstration d’une intériorisation réussie.

Dans l’ouvrage suivant, consacré à la Culture impériale, fixée à la période 1931-1961, nous retrouvons le même type de discours - notons en passant que l’Empire a disparu des institutions en 1945... - sous le titre "Promouvoir : fabriquer du colonial" :

- "C’est la raison pour laquelle l’apogée colonial des années 1930 se traduit par une véritable promotion de l’idée impériale menée par la République, via son agence de propagande officielle, et largement relayée au sein de la société par le monde scolaire ou d’autres acteurs, en particulier la presse et le cinéma". (CI/45)

Sandrine Lemaire note encore :

- "Car ce qui fabrique et surtout inscrit durablement la culture impériale, ce sont les moyens mis en œuvre pour banaliser cet Empire, en le rendant omniprésent et quotidien". (CI/47)

- La stratégie consistait donc à frapper en premier lieu les imaginations puis d’inculquer, à la fois de manière subtile et très systématique, le contenu de son idéologie. (CI/48)

Pour ma part, je n’ai trouvé aucune trace de stratégie dans les cartons d’archives de la fameuse Agence. En ce qui concerne la propagande coloniale d’une presse subventionnée, nous reviendrons plus loin sur le sujet avec des chiffres précis.

Et pourquoi ne pas avoir écrit que cette fameuse action de propagande, qui aurait été magistralement menée par l’Agence des colonies, fut interrompue entre 1934 et 1937, puisque l'Agence fut précisément supprimée pendant ces trois années.

L’historienne a fait paraître une deuxième contribution dans le même livre, intitulée "Manipuler : à la conquête des goûts", dans laquelle elle fait un sort particulier au riz, analyse qui fera l’objet de notre contrepoint final.

9782847340624FS Dans un livre ultérieur intitulé l’Illusion coloniale, paru en 2005, l’historienne poursuit dans la même veine, "La fabrique de l’opinion" (ILC/70) :

- Mais c’est principalement à partir de 1919, lorsque l’Office est réorganisé en Agence générale des colonies et que des agences territoriales la soutiendront dans cette action, que la propagande officielle trouve toute son efficacité. Organisme tentaculaire, au centre de la création et de la diffusion du mythe, la République promeut, grâce à lui, l’idéologie coloniale à une échelle jamais atteinte auparavant.

L’historienne n’hésite pas à écrire plus haut qu’à compter de 1899, jusqu’à la perte de l’empire colonial en 1962, la France a toujours disposé de cet organisme, ce qui est faux, comme nous l’avons relevé plus haut, en ajoutant que l’Agence qui lui a succédé a été supprimée en 1953.

Plus loin :

La conquête du public :

- Chargée de faire leur «éducation coloniale», l’Agence générale des colonies a pour objectif d’inciter le public à intégrer la notion d’empire dans son système de pensée mais aussi dans sa vie quotidienne. L’Etat cherchait à ancrer la conviction que le domaine outre-mer ne faisait qu’un avec la métropole, constituant une part intégrante de la nation rebaptisée la «Plus Grande France»…Utilisant une multitude de relais…l’Agence est capable de toucher les Français dans leur imaginaire comme dans leur quotidien (ILC/72)

Séduire les enfants :

- La jeunesse est une cible privilégiée à laquelle on propose une stratégie savamment élaborée. (ILC/74)

Les slogans de l’Empire :

- Sans s’en rendre réellement compte, soumis à un discours uniforme et omniprésent, les Français, y compris ceux qui ne se sentent peu concernés par l’Empire, sont pénétrés de cette mission et de ses slogans62893 : enseigner, soigner, administrer, bâtir (ILC/78)

On aura noté la précision du propos "y compris ceux qui ne sentent peu concernés par l’Empire".  Qu’est-ce à dire ? À partir de quelle preuve ?

Le livre La Fracture coloniale prend acte de ce discours dans l’enquête par sondage que ce collectif de chercheurs a effectuée à Toulouse en 2003, à propos du jugement positif ou négatif sur la période coloniale. Je cite :
- On note toutefois une rupture générationnelle. En effet, 48,8% des plus de 55 ans estiment que «la colonisation a beaucoup apporté aux pays concernés» (les autres catégories d’âge s’échelonnant entre 18,8% et 28,8%.) Ce qui n’est pas surprenant, dans la mesure où ceux-ci ont été soumis durant leur adolescence à un enseignement du fait colonial nettement laudatif (les décolonisations n’étant pas achevées) et à une propagande dont plusieurs travaux récents ont montré l’ampleur. Et en note 6 de bas de page : Voir par exemple Nicolas Bancel, Pascal Blanchard, Francis Delabarre, Images d’Empire, La Documentation française, La Martinière, Paris 1997 ; Pascal Blanchard et Sandrine Lemaire, Culture coloniale 1871-1931, op. cit. et Culture impériale.1931-1961, Autrement, op.cit. (FC/277,278).

Et la boucle historique des sources est bouclée !

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Les contestations d'un tel discours

La première référence possible d’un tel discours aurait pu être l’analyse très documentée de Charles-Robert Ageron parue dans la Revue Française d’Histoire d’Outre Mer du premier trimestre 1990, intitulée "Les colonies devant l’opinion publique française (1919-1939)". Nous retrouverons l’analyse des premiers sondages dans le chapitre suivant.

Ageron_portrait L’auteur [photo ci-contre] écrivait :

"L’objet de cet essai est une étude d’opinion publique : peut-on savoir si les Français, dans leur ensemble, s’intéressaient à leurs colonies entre 1919 et 1939 ; s’ils y étaient favorables, hostiles et indifférents ? Peut-on apprécier quel intérêt les attachait éventuellement à leur empire colonial et quelles furent les variations de ce qu’on appelait volontiers leur «conscience coloniale» ?

Certes à cette époque, les techniques de sondage de l’opinion, déjà courantes dans les années trente aux États-Unis, sont à peine connues en France et une telle recherche peut paraître vaine sur le plan scientifique puisque nous ne disposons sur ce sujet que de quelques sondages, fort imparfaits et tardifs, en 1938 et 1939. Mais l’historien de la période contemporaine ne peut renoncer pour autant à tenter de connaître, par des méthodes plus empiriques, cette opinion publique, à condition de bien mesurer les limites de son entreprise. Qui s’intéresse à cette «préhistoire» de l’opinion, celle qui précède l’ère des sondages, doit être parfaitement conscient du champ de sa recherche. Ce que l’on peut recenser en fait d’opinion publique, c’est soit l’opinion de la classe politique, soit l’action des groupes de pression…" (RFOM/31)

Et encore :

photo_femme_Madagascar"Lorsque nous pourrons développer cette recherche, celle-ci exigera sans doute des méthodes appropriées pour le traitement, par étude du contenu, de la presse d’information et d’opinion, des revues de culture générale et des revues coloniales, des ouvrages scolaires et des manuels d’enseignement supérieur…

Peut-être devra-t-on tenter aussi de recourir à quelques sondages rétrospectifs auprès d’échantillons représentatifs des générations anciennes. Mais il ne peut s’agir là que d’une tâche de longue haleine et d’un travail d’équipe.

[ci-contre, photo : femme des Comores, éditée par l'Agence économique de Madagascar]

C’est précisément dans l’espoir d’éveiller l’intérêt de quelques chercheurs ou étudiants que nous avons voulu présenter ici, beaucoup plus modestement, une première approche, tel qu’il nous apparaît après une enquête rapide à travers la presse coloniale et non coloniale et après une recension critique des témoignages fournis par les spécialistes du «parti colonial» sur l’audience de l’idée coloniale. (RFOM/32) …

Dans ce terrain non défriché, il eut été plus habile de s’en tenir à la classique prospection des sources et à leur présentation, illustrée d’exemples, d’une problématique et d’un échantillon de méthodes. Nous avons pensé qu’il était plus loyal de dire simplement ce que nous savions et ce que nous ne savions pas, réservant à l’enseignement d’un séminaire recettes et hypothèses de travail, indication de pistes et souhaits de recherches précises." (RFOM/33)

Il nous a paru utile de citer presque in extenso ce développement qui expose clairement et honnêtement les problèmes de méthode rencontrés pour aborder le sujet, qui mettent en cause les fondements scientifiques du discours tenu par ce collectif de chercheurs.

Car ce collectif de chercheurs a fait l’impasse sur les problèmes méthodologiques qu’ils auraient du résoudre préalablement, afin d’être en mesure de présenter concepts et théories qui seraient censées donner une représentation historique de l’opinion publique des périodes analysées.

Mais que nous dit donc Charles-Robert Ageron sur les résultats de la fameuse propagande coloniale dans l’opinion publique, puisque c’est l’objet de notre chapitre.

- En 1918, le parti colonial réclamait «un service de propagande coloniale doté de tous les moyens nécessaires»… Mais en 1920, le puissant groupe colonial qui s’était constitué dans la Chambre bleu-horizon ne parvint pas plus à faire inscrire au budget les crédits nécessaires à cette propagande de grand style que le ministre Albert Sarraut déclarait pourtant indispensable. (RFOM/35)

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Albert Sarraut, ministre des Colonies

La presse coloniale ne touchait pas le grand public, et le député radical Archimbaud, inamovible rapporteur du budget des colonies dénonçait lui-même l’apathie gouvernementale dans ce domaine.

Dans les années 1920, les coloniaux et les colonisés étaient gens d’une autre planète, la masse de l’opinion française demeurant dans son indifférence antérieure.

La grande presse jugeait «invendable» la propagande coloniale. La situation changea entre 1927 et 1931 avec le lancement d’une grande campagne de propagande coloniale qui trouva son couronnement dans la grande Exposition de 1931. La presse d’information s’associa pour la première fois à la propagande coloniale.

Mais l’historien de rappeler ce que déclarait, en juillet 1928, le directeur de la Ligue maritime et coloniale, présentée comme un des moteurs de la propagande coloniale, au sujet des résistances des milieux d’enseignants :

- «Le milieu qui a charge de forger la mentalité française, c’est-à-dire le corps enseignant, est celui qui y est demeuré jusqu’à présent le plus étranger, à quelques exceptions près.» (RFOM/48)…

Le parti colonial disposait maintenant de l’appui du gouvernement Tardieu (1930)….Il n’est pas jusqu’au ministère des Colonies où, pour la première fois, on ne s’occupât de propagande impériale (RFOM/51)

Alors que la fameuse Agence générale des colonies et que les agences économiques des territoires existaient depuis au moins dix ans, que ces outils de propagande étaient à l’entière disposition de ce ministère ! Le lecteur n’y retrouvera sûrement pas les descriptions qu’en a faites plus haut Sandrine Lemaire.

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- Quant à l’exposition de 1931 qui a déjà été évoquée, et en dépit des campagnes de propagande et de son succès immédiat, rappelons le jugement de Lyautey qui en avait été le patron et un des initiateurs : «Ce fut un succès inespéré», disait-il le 14 novembre 1931, mais dès 1932, il ajoutait «qu’elle n’avait en rien modifié la mentalité des cerveaux adultes, ni ceux des gens en place qui n’étaient pas par avance convaincus.» Telle parait bien être la juste conclusion qui se confirma, nous le verrons, dans les années suivantes.(RFOM/52)

Comme on le voit ici encore, on est loin des descriptions de la propagande que Sandrine Lemaire a faites précisément pour cette période chronologique de 1919-1931 ! En ajoutant qu’il ne reste plus beaucoup de temps à nos brillants propagandistes coloniaux pour faire mieux, étant donné que quelques années plus tard la France va entrer dans une ère de turbulences internationales, et que cette situation va conduire les gouvernements, et derrière eux une partie seulement de l’opinion publique, à soutenir la cause impériale, ultime recours de la République en face de l’ennemi.

Entre 1932 et 1935, la propagande aurait en effet été inefficace si l’on en croit l’analyse de Charles-Robert Ageron dans le titre IV "Le recul de l’idée coloniale dans l’opinion publique", mais il convient à présent d’examiner si d’autres travaux postérieurs peuvent accréditer le discours de Sandrine Lemaire.


Le Colloque de janvier 1993

L’historien Gilbert Meynier y signa une contribution intitulée "Volonté de propagande ou inconscient affiché ? Images et imaginaires coloniaux français dans l’entre deux guerres".

- L’objet de cette communication est de faire ressortir par un exemple, les images mises en œuvre par le colonisateur français au moment de la guerre de 1914-1918 et au cours de la période de l’entre-deux guerres sur les «indigènes» dans le cas algérien principalement. Il est d’étudier en quoi la production de ces images relève d’une conscience française volontariste, c'est-à-dire d’un projet politique. Mais en quoi aussi, ce projet provient d’un inconscient à l’œuvre dans les représentations françaises, en quoi il est inséparable de fantasmes travaillant telle ou telle partie de la société française, et qui ne se réduisent pas forcément au seul champ colonial. (C/41)

Vaste sujet d’étude historique comme peut le constater le lecteur, mais aussi sans doute la surprise de voir surgir dans ce champ à la fois les images et l’inconscient !

Une des clés des explications historiques proposées à l’occasion de ce colloque par une palette d’historiens, comme nous le verrons dans un chapitre consacré au "ça colonial", c'est-à-dire à l’inconscient..

Notons que la communication limite sa réflexion au cas algérien.

L’historien note : Une foule de livres de vulgarisation font honte aux Français de leur peu de foi coloniale. Sous la houlette d’Albert Sarraut, éclosent des flots de brochures, de tracts, de photos, de films destinés à exalter l’idée coloniale. (Sans autre précision, ni évaluation)… Ces images coloniales touchent finalement assez peu la masse française… Au Parlement, les débats coloniaux continuent à ne pas faire recette. Compte tenu de ce constat et des images officielles proposées, comment réagissent les Français ? Quels sont les référents inconscients qui se trouvent à l’arrière-plan, lorsqu’on évoque les colonies ? (C/43)

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la philatélie a probablement plus fait pour l'image du monde colonial
que l'Agence générale des Colonies... (MR)

Nous quittons provisoirement le propos de Gilbert Meynier dans son analyse de l’imaginaire français et de l’inconscient français, pour aller directement à la conclusion :

- Le Centenaire de l’Algérie française et l’Exposition coloniale de Vincennes confortent des stéréotypes que le discours savant lui-même avalise et pérennise. Le drame est que ces images des colonies, répondant prioritairement à un inconscient français prioritairement hexagonal, sont émises au moment même des prodromes de la «décolonisation». Quoiqu’il en soit, l’imaginaire même de la France coloniale et impériale ramène d’abord au pré carré français, et il doit très peu au grand large. (C/48)

En écrivant cela, un historien sérieux, à l’exemple d’autres confrères, n’a-t-il pas entrouvert la boite de Pandore d’où sont sortis les maux surtout inconscients dont souffre aujourd’hui notre histoire coloniale ?

La conclusion du Colloque rappelle qu’environ six cents images de toute nature ont été présentées et commentées. Elle s’inscrit dans la ligne de pensée du discours que nous critiquons, sous la signature de deux historiens que nous avons déjà croisé sur les livres scolaires et sur les affiches, et conclut naturellement à la filiation entre les images produites hier et celles diffusées aujourd’hui, tout en se posant la question de l’origine des images et de leurs effets :

- Quand y-t-il eu une production délibérée d’images de propagande ? Quel a été le rôle précis du parti colonial dans la production de cette imagerie ? Charles Robert Ageron et d’autres ont montré par exemple, que le parti colonial et l’Agence de la France d’outre-mer pour le ministère des colonies avaient des officines qui rédigeaient des articles prêts à être repris, non signés, dans la presse… Quand on évoque la propagande, il faut aussi essayer d’en distinguer les cibles. (C/145)

Il est donc difficile d’en tirer un enseignement qui aurait fait progresser la connaissance de la propagande coloniale au cours de la période examinée. Notons en passant que les deux appellations colonies et France d’outre mer sont antinomiques.

Comment enfin ne pas évoquer, au sujet de la presse, un souvenir professionnel ? Comment ignorer que dans beaucoup de journaux de province les journalistes se contentent de démarquer soit un bulletin de l’AFP, soit un communiqué du ministre ou du préfet, ou tout simplement d’une entreprise ou d’un groupement professionnel.

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"Semaine de la France d'outre mer. Français  apprenez
à mieux connaitre l'empire, venez nombreux visiter
le train exposition des colonies (...) l'empire uni derrière le maréchal".
Affiche en couleurs illustrée. Carte des colonies françaises
dans les plis du drapeau français orné de la francisque. [1940/1942]

(source : Caom)



Images et Colonies, le livre paru dans le sillage

du colloque

Gilbert Meynier y a fait paraître un article intitulé "L’organisation de la propagande", pour la période 1919-1939, et pour la période 1945-1962, deux articles sont concernés, l’un signé N. Bancel et G. Mathy sous le titre "La propagande économique" et l’autre signé E. Rabut, intitulé "Un acteur de la propagande coloniale. L’Agence des colonies".

L’introduction de l’ouvrage signée par l’historien Pascal Blanchard donne tout de suite la couleur de la propagande, en écrivant : à force de diffusion et de matraquage, un message capable de séduire un vaste public (...) les français ont pu être séduits e/ou trompés par ce qui fut pendant près d’un siècle une véritable propagande. (IC/8)

Le lecteur aura relevé pendant près d’un siècle, rien de moins ! Et le matraquage !

Dans sa communication, Gilbert Meynier marque une plus grande prudence :

- Cette propagande qui met les colonies en images devrait être organisée par rapport au public - aux publics - qu’elle se propose d’atteindre. Malheureusement, les matériaux manquent à l’historien pour en juger avec sûreté. (IC/113)

Déjà la douche froide !

L’historien analyse successivement tout un ensemble de supports possibles de propagande, programmescpa_Guin_e scolaires, associations et groupements privés, organismes politiques. En ce qui concerne les 87 manuels d’histoire examinés, la part des colonies reste modeste. Il donne un sous-titre évocateur à la suite de son analyse : Propagande et mise en image des colonies entre credo colonial et exotisme de masse, passage où il note que dans les cartes postales, destinées à tous publics, c’est l’exotisme qui l’emporte encore plus encore que dans les autres productions. En ce qui concerne les jouets, c’est encore l’exotisme qui l’emporte. (IC/121)…

- Au-delà des incantations coloniales officielles, ce que livre la mise en images des colonies par les Français, c’est encore principalement un exotisme de masse (IC/123)

Et en conclusion :

- Mais bien après l’apogée de la propagande coloniale qui, pour le moment, ne releva guère d’une politique mais plutôt d’un air du temps relié à des images récurrentes amplifiées. (IC/124)

Donc grande prudence de l’historien, tout à fait justifiée compte tenu de l’étroitesse du corpus examiné, 30 affiches, 76 images de magazines ou de livres à thème colonial, 116 cartes postales.

Notre conclusion intermédiaire : rien qui plaide précisément en faveur du matraquage d’une propagande coloniale qu’un bon historien a bien de la peine à décrypter et à situer.

bancel_2 Nous ne nous attarderons pas sur la contribution de Nicolas Bancel [ci-contre] et G. Mathy intitulée "La propagande économique au cours de la période 1945-1962", pour trois raisons :


a) Carence complète de démonstration statistique du propos illustrée par les observations contradictoires suivantes :

- Il est très difficile d’établir le chiffrage précis, à la fois de la diffusion des publications semi-officielles du Ministère et de l’impact de la diffusion de cette iconographie par la presse. L’étude d’un corpus partiel permet d’affirmer que la propagande coloniale étatique a presque entièrement submergé l’iconographie des périodiques non spécialisés. (IC/227)

Comment peut-on oser le mot "submergé" après avoir avoué son incapacité à apporter une quelconque démonstration statistique, qui était possible en analysant, méthodiquement, et non superficiellement la presse.

b) Outrecuidance de l’analyse et des jugements :

- L’appauvrissement du discours et des représentations coloniales, qui avaient forgé l’inconscient collectif colonial, marque la ligne historique qui sépare l’avant de l’après guerre. (IC/222) L’hégémonie de la propagande coloniale (IC/224) Pour cerner de près les réalisations et sortir de l’idée prégnante forgée par l’iconographie, nous devons revenir aux sources écrites (IC/227) Ces images témoignent d’un impérieux ethnocentrisme qui contredit tous les discours sur le respect des cultures et de l’histoire africaines martelés par la propagande (IC/229) Les images sur l’économie du continent africain qui martèlent dans les mémoires françaises son infériorité constituent une des facettes de l’idéologie du progrès (IC/230)

Le lecteur aura relevé les verbes forts "forger" et "marteler". Il doit savoir que cette analyse s’inscrit dans une période où la France a fait un gros effort d’investissement public et non privé, et de planification pour le développement du continent africain. Les gouvernements successifs ont voulu mettre en scène leurs réalisations par une propagande adaptée qu’il conviendrait d’évaluer avec précision dans son volume financier, comparativement à des campagnes de publicité privée, ainsi que dans ses effets sur l’opinion.

c) Une grande difficulté d’interprétation historique compte tenu de la brièveté de la période politique examinée, neuf années entre la Libération et la guerre d’Algérie, agitée par des conflits coloniaux. D’autant plus que l’Union française avait juridiquement succédé à l’Empire.

Le lecteur constatera que cette analyse boursouflée est en complète contradiction avec la suivante.

La troisième contribution d’Images et colonies est précise et rigoureuse. Il s’agit de celle d’Elisabeth Rabut, sous le5d4845fe63 titre "Un acteur de la propagande coloniale : l’Agence des colonies". L’auteur a exploité les archives du centre d’Aix, comme l’a fait sans doute Sandrine Lemaire, et comme nous l’avons fait nous-même.

Mme Rabut fait l’historique de cette institution avec précision en soulignant dès le départ : L’évolution des structures, marquée de nombreux soubresauts, reflète les interrogations sur les voies de l’efficacité dans le domaine de l’information coloniale. (IC/232)

D’abord un Office colonial, puis l’Agence générale des colonies crée par décret du 29 juin 1919, comprenant un service administratif et un service de renseignements. Celui-ci centralise la documentation fournie par les agences économiques crées à Paris par chaque grand territoire, Indochine et Madagascar, ou groupement de territoires, AOF, AEF, Territoires sous mandat, dans les années qui ont suivi la guerre. Pour des raisons d’économies, l’Agence est supprimée par décret du 17 mai 1934 et réapparaît, comme nous l’avons déjà vu, sous une autre forme, en 1937, avec le Front Populaire, sous un nouveau nom, et surtout avec une mission tout à fait différente, le Service intercolonial d’information. En 1941, le régime de Vichy ranime l’ancienne agence ministérielle, l’Agence de la France d’outre mer, laquelle sera supprimée en 1953.

La vie de cette institution n’a donc pas été celle d’un long fleuve tranquille et cet historique fait déjà peser un doute sérieux sur la valeur des jugements abrupts qui ont été portés sur l’efficacité de l’agence en matière de propagande coloniale.

Le même auteur décrit les activités de l’Agence générale et des agences économiques des territoires, statistiques économiques, renseignements, demandes d’emploi, participation aux expositions coloniales, propagande. L’Agence générale disposait d’une bibliothèque ouverte au public et d’un musée commercial.

Les relations avec la presse sont rapidement évoquées, avec un doute sur leur efficacité, mais nous reviendrons plus loin sur ce dossier

Que retenir du contenu de ces sources ? À l’exception de la contribution de Mme Rabut, un grand flou artistique sur le fonctionnement des institutions de la propagande coloniale et la plus grande imprécision, en valeur absolue et relative, sur l’importance des moyens que les pouvoirs publics ont consacrés à la propagande coloniale.


Que penser des jugements péremptoires

de Sandrine Lemaire ?

Nous allons montrer ce qu’il convient de penser des jugements péremptoires que Sandrine sandrine_lemaireLemaire a portés sur la propagande coloniale et sur le rôle qu’aurait joué l’Agence générale de colonies, chef d’orchestre (avait-il au moins une baguette ?), organisme tentaculaire, chargé de manipuler l’opinion, une fabrique de l’opinion, grâce au martèlement du discours, au brouillage des ondes, à son omniprésence dans le temps, et dans l’espace, capable de fabriquer du colonial.

À la lumière de notre connaissance des institutions politiques et administratives et des informations budgétaires, nous examinerons successivement les institutions et leur fonctionnement, l’évolution de leurs moyens financiers, et surtout dans une échelle des grandeurs des époques considérées, et enfin le dossier des relations avec la presse, dossier que Sandrine Lemaire a monté en épingle, et que nous n’hésiterons pas à dégonfler.

Un grain de riz aussi, trop gonflé, car nous réserverons notre contrepoint au fameux grain… de riz qui aurait contribué à nous faire manger du colonial. Analyse critique.


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Les institutions : ont-elles été opérationnelles,

aux fins de la propagande, dans leur organisation et

dans leur fonctionnement ? Non

L’Agence générale des colonies et les agences économiques des territoires n’ont jamais constitué la machine de guerre de la propagande coloniale volontiers décrite par Sandrine Lemaire et ses collègues. Pour qui a pratiqué assez longtemps les administrations centrales, les moyens humains des agences correspondaient au maximum à ceux d’une sous-direction d’administration centrale. Rien à voir avec les machines de propagande des États totalitaires !

L’Agence générale était coiffée par un conseil d’administration composé pour partie de représentants de l’État et pour partie de représentants des entreprises privées, les agences économiques étant pilotées elles-mêmes par des représentants des administrations coloniales de l’AOF, de l’AEF, de l’Indochine, de Madagascar et des Territoires sous mandat.

En 1926, l’Agence générale comprenait quatre services, un service commun, un service de renseignements, un service administratif, et le service administratif des ports de commerce, Marseille, Bordeaux, Nantes et Le Havre. Au total, 160 personnes, avec une partie de personnels techniques, dont la moitié était affectée dans les ports. (FM/Agefom/408) 

photo_Agenc__co La structure des agences était celle décrite par Mme Rabut, avec en général, deux services un service administratif et un service de renseignements ayant des fonctions de documentation, de relations avec la presse, et ultérieurement de propagande.

Fantasia au Cameroun : photo de l'Agence économique des territoires africains ous mandat

En 1937, année du renforcement de la propagande gouvernementale, après le hiatus des années 1934-1937, les agences économiques de Madagascar, d’AOF, d’AEF, et des territoires sous mandat, comptaient respectivement, 8, 8, 7, et 9 cadres.

Les rapports d’activité récapitulaient minutieusement, sur un mode militaire, les chiffres mensuels d’activité, nombre de visiteurs, demandes d’emploi, demandes d’information commerciale et industrielle, placement de capitaux, débouchés, exposition d’échantillons de produits…

En 1932, l’agence de Madagascar reçut 1 006 visiteurs et traita 4 719 correspondances, dont 447 pour obtenir de l’information sur les débouchés et 591 sur l’industrie et le commerce. Elle examina 1 538 demandes d’emploi (FM/Agefom/C834)

Les activités de l’agence d’AOF étaient moins importantes, avec un nombre total de visiteurs de 397 seulement en 1933, et 1 546 demandes de renseignements. (FM/Agefom/C744)

Le système était plutôt hybride, les agences économiques faisaient partie du réseau d’agences piloté par l’Agence générale, quand elle a existé, mais agissaient comme donneurs d’ordre de commandes de prestations auprès de l’agence générale. Chacune des agences disposait de son propre budget alimenté par les ressources des budgets des différents territoires.

Et ces budgets n’étaient pas considérables, comme nous le verrons.

Il convient de noter enfin que le domaine de compétence de l’Agence générale des colonies n’a jamais porté sur l’Algérie, la Tunisie et le Maroc, alors que ces territoires représentaient plus de la moitié du commerce colonial de l’époque.

Quant au tissage plus ou moins réussi d’un réseau de propagande coloniale, il est exact que les gouvernements, surtout dans les années 1930, ont donné des instructions aux préfets pour les inciter à faciliter l’organisation de la propagande, la création de comités de propagande coloniale placés sous la houlette des chambres de commerce et d’industrie ou des unions patronales, surtout dans les années 1936 et 1937. Mais pour qui connaît le fonctionnement de l’administration préfectorale, ce type d’action fait partie du lot quotidien des fonctions préfectorales, mobilisées au coup par coup, en fonction de la conjoncture et des objectifs de la politique gouvernementale. Il en a toujours été ainsi.

D’ailleurs, les ministres des Colonies avaient contribué à la mise en place de ce qu’on appellerait volontiers une hiérarchie parallèle, selon les bons préceptes communistes, mais qui n’a jamais eu l’efficacité des hiérarchies parallèles communistes, et sans doute non plus celle de la hiérarchie maçonne, très puissante alors. Hiérarchie parallèle animée par les chambres de commerce et les unions patronales, mais comme les nécessités de la conjoncture et d’une action commune en font créer régulièrement dans l’histoire politique, administrative et économique du pays.

Les archives (FM/Agefom/851) nous donnent la trace d’instructions ministérielles précises à ce sujet.

En 1925, une circulaire ministérielle, signée André Hesse, avait prévu l’organisation sur tout le territoire métropolitain, de comités de propagande qui devaient avoir pour but d’intensifier la vulgarisation de l’idée coloniale.

Le 30 mai 1930, dans la perspective de la grande exposition coloniale de 1931, le sous-secrétaire d’État aux Colonies, Delmont, réunit à Paris les délégués des comités de propagande coloniale et des associations coloniales, lesquels existaient dans la plupart des grandes villes françaises. L’ordre du jour était : organisation des comités de propagande coloniale et création d’un lien entre ces comités.

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Ces comités étaient pour la plupart constitués de représentants des chambres de commerce ou d’entreprises intéressées par l’outre-mer.

À titre d’exemple, le Comité de propagande coloniale de Cherbourg était constitué d’un Comité d’honneur composé du Préfet de la Manche, du Sous Préfet de Cherbourg, du Maire de Cherbourg, du Président et d’un Vice-Président de la Chambre de Commerce, et son conseil d’administration de représentants des entreprises de la Manche.

À cette réunion ministérielle, il fut envisagé de susciter des comités départementaux, mais avant tout de créer une commission permanente des groupements d’action coloniale.

Au cours de la séance, le représentant du comité de Bergerac exposa qu’il n’avait pas obtenu auprès des membres du corps de l’enseignement, tout l’appui qu’il aurait désiré pour faire connaître les colonies aux jeunes gens des écoles. Il demandait que le Ministre de l’Instruction Publique donne des instructions à ses subordonnés pour qu’à l’avenir, il n’y ait plus de malentendus. Le représentant de Dijon s’associa à cette demande.

Le représentant du comité de Lyon y rappela les efforts faits par la Chambre de Commerce, 141 000 euros par an (valeur 2002). À la fin de la réunion, il déclara :

- «Le ministre rappelle aux délégués des comités que l’essentiel, c’est de créer autour d’eux une mentalité, une foi coloniale et pour atteindre ce but, les collaborateurs les plus importants sont les instituteurs et les professeurs de collège qui peuvent agir sur l’esprit des enfants…Lorsque cette mentalité coloniale sera créée, la propagande verra ses fruits centupler et le public saura, tout comme en Hollande, que nos colonies permettent non seulement le placement des hommes, mais aussi celui des capitaux (vifs applaudissements)».

Le lecteur aura constaté, qu’en 1930, la propagande coloniale n’avait pas encore eu les effets escomptés par certains sur l’opinion publique, et que le corps enseignant ne manifestait pas un enthousiasme débordant pour la cause coloniale, alors que nous avons démontré que les livres scolaires n’accordaient pas une grande place aux colonies.

Nous rappelons que les appréciations de Sandrine Lemaire portent précisément sur cette période.

Le 7 juillet 1930, le sous-secrétaire d’État aux Colonies adressait une circulaire à Messieurs les Présidents des Comités d’Action Coloniale en leur transmettant le procès verbal de la réunion du 30 mai, au cours de laquelle il y fut décidé la consolidation, et là, où besoin sera, la réorganisation des comités actuellement existants, voire la création de comités nouveaux, ainsi que la création d’un organisme fédéral, la Commission permanente des Groupements d’Action Coloniale.

Le ministre écrivait :

- «Je signale par une circulaire adressée ce jour aux Préfets, l’importance de vos Comités, en même temps que je leur envoie copie du procès verbal de notre réunion, et que je les prie de vous accorder tout leur appui moral et matériel. Signé A. Delmont».

Les Comités locaux d’action coloniale continuèrent à exister au cours des années ultérieures, comme l’indique une circulaire ministérielle du 20 février 1934 qui adresse aux agences économiques des colonies la liste de ces groupements, en invitant les agences à entrer en liaison avec ces comités, en les invitant à vous faire connaître les entreprises agricoles, industrielles, et commerciales de leur secteur, susceptibles d’acheter les produits des territoires que vous représentez ou d’y écouler les leurs. (FM/Agefom/40)

Les archives fournissent beaucoup d’échantillons des correspondances échangées entre l’administration, les agences, et les comités. Leur contenu porte sur les informations de toute nature qui alimentaient ce réseau d’information économique, organisation du réseau, relais d’information, liste d’entreprises et liste de produits exportés ou importés, etc…

L’avis d’un expert :

À la session parlementaire de 1928, le député Archimbaud, longtemps rapporteur inamovible du budget des colonies à la Chambre, appelait le pays à faire un effort de propagande pour parvenir à créer en France une mentalité impériale, le premier effort devait être tenté par la presse, le second par l’école, à tous les degrés d’enseignement… le gouvernement doit tendre à obtenir de la grande presse quotidienne qu’elle accorde à l’information coloniale la place qu’elle mérite, et que les honneurs de la première page ou des «leaders» ne soient pas uniquement réservés à l’exposé des grands scandales coloniaux. (ASOM)

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À la session de 1930, le même rapporteur du budget consacrait une partie de son exposé à la propagande coloniale : "Quelle ignorance le Français moyen n’a-t-il pas à l’endroit de cet admirable domaine ! Que de préjugés à vaincre !" Et le rapporteur de proposer que la bonne propagande touche l’enfant, le Français au régiment, l’industriel et le commerçant.

- "À l’heure actuelle, les questions de propagande coloniale sont entièrement laissées à l’activité des agences relevant des gouvernements coloniaux. Grâce aux moyens financiers dont elles disposent, les agences ont pu jouer un rôle incontestable. Il n’en est pas moins vrai qu’il n’y a actuellement aucune coordination dans l’effort de propagande…

Les questions de propagande revêtent une trop grande importance pour qu’elles ne soient pas placées immédiatement sous l’autorité du Ministre et il est regrettable qu’il n’existe pas encore au Ministère des Colonies un service de propagande, comme il est regrettable qu’un service bien organisé de la colonisation, disposant de crédits suffisants, n’ait pas encore été organisé au sein de ce même département." (ASOM)

À la lecture de ces textes, le lecteur constatera qu’en 1930, à la veille de la fameuse exposition de 1931, aucun chef d’orchestre n’existait pour la propagande coloniale, contrairement aux assertions de l’historienne, qu’il n’existait pas de service de propagande au sein du gouvernement, et qu’un rapporteur du budget des Colonies constatait à la fois l’insuffisance notoire de la propagande et le peu d’intérêt des Français pour leurs colonies. Il faudra attendre les années 1937 pour qu’il y soit remédié, mais dans une conjoncture tout à fait particulière celle de l’avant-guerre. En rappelant que la fameuse Agence générale a été supprimée, sans être remplacée, entre 1934 et 1937 !

Comment ne pas se poser la question des sources historiques de Sandrine Lemaire et de ses interprétations erronées, pour ne pas utiliser un mot plus fort. L’Agence n’a jamais été, en tout cas jusqu’en 1931, une machine à informer et à séduire, l’épicentre de l’information coloniale, ou alors un petit épicentre, l’Agence n’a jamais inondé, elle n’a jamais été capable de manipuler l’opinion ou de marteler un discours, ni de fabriquer du colonial, et n’a jamais eu de stratégie.

Il n’y a pas eu de réseau tentaculaire d’individus, de marchands d’influence que sont les journalistes, et contrairement au dire de l’historienne, l’ensemble de cette propagande savamment organisée (n’) a (pas) contribué à bâtir une chape de plomb qui rendit impossible la faculté de penser le réel de la domination coloniale.

Comment une telle chose aurait-elle été possible ? Alors que les agences déployaient une activité qui avait plus à voir avec le travail d’une représentation diplomatique ou d’une agence d’information, dont le rapporteur du budget des Colonies reconnaissait qu’elle n’était pas suffisante en matière de propagande, et cela jusqu’en 1931.

affiche_colonies Les agences firent un travail remarquable de documentation générale et économique sur les territoires qu’elles représentaient, mais s’agissait-il de propagande ?

Et il est à peu près certain que les hommes politiques de cette époque ne donnaient pas le même sens au mot propagande que nous, comme indiqué en début de chapitre.

Et pour l’anecdote, et au sujet d’un commentaire de l’historienne à propos d’une brochure dédiée, en 1928, à Léon Perrier, ministre de la Propagande coloniale (IC/84) : Léon Perrier fut effectivement ministre des Colonies entre 1925 et 1928, mais aucune trace de l’appellation proposée par Sandrine Lemaire ! En tout état de cause, son efficacité n’aurait pas été très grande, compte tenu de la teneur des observations qui ont été faites plus haut.


Des crédits de propagande crédibles ?

Dans une échelle de grandeurs crédible ?

Encore non !

Nous allons à présent nous intéresser aux budgets de l’Agence générale et des agences économiques des colonies, afin de mesurer leur capacité financière d’action en matière de propagande coloniale, car comme nous l’avons déjà relevé, les agences développaient une activité variée, et l’examen rapide de leurs budgets permettra de démontrer que les crédits de propagande étaient infiniment modestes.

Les subventions des agences à la presse métropolitaine et coloniale feront, plus loin, l’objet d’un examen particulier, compte tenu de leur caractère sensible, et de l’interprétation qu’en donne l’historienne.

Tout d’abord, les crédits de l’agence générale des colonies : il faut rappeler que le budget de l’Agence générale était alimenté par les budgets des colonies, ainsi que les budgets des différentes agences économiques, AOF, AEF, Indochine, Madagascar, et territoires sous mandat. Cela ne coûtait donc pas trop cher au contribuable de métropole, et donc au budget de l’État !

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En 1923, le budget de l’Agence générale était de 1,3 million €, et en 1926, quasiment du même montant (FM/408). Le budget de l’agence ne représentait pas plus de 0,09 % du budget du ministère des Colonies, soit 142 millions €, et plus de 95% des recettes de son budget provenaient des contributions des colonies associées à chacune des agences économiques. Le budget du ministère des Colonies représentait lui-même 0,007 % du budget de fonctionnement de l’État. (Archives/Finances)

En 1926, les budgets de l’Indochine, de l’AOF, et de Madagascar, y contribuaient respectivement pour 416 224 €, 370 480 €, et 268 137 €.

En 1926, l’essentiel du budget de l’agence était consacré aux dépenses de personnel, et le budget des ports de commerce correspondait à 38% du budget de l’Agence.

Indiquons au lecteur, que le crédit dédié à la propagande coloniale, participation aux foires, expositions et conférences se montait alors à 10 540 €. Vraiment pas de quoi inonder le pays de propagande coloniale ! (FM/Agefom/408, chap.16 du budget).

Rappelons que le commerce extérieur de la France en 1930 (exportations, plus importations) était de 17 500 millions €, dont pour le commerce colonial, polarisé sur l’Algérie, 2 891 millions €. (Empire colonial et capitalisme français, J.Marseille)

La propagande coloniale au sens strict représentait une fraction infinitésimale du commerce extérieur, dans l’ordre des fractions de millièmes, même en comptant la totalité des crédits de la fameuse Agence omniprésente.

En 1937, année au cours de laquelle le gouvernement décida d’intensifier la propagande coloniale, le budget de cette propagande était de 1,9 million €  (FM/Agefom/908), à comparer au chiffre du budget du ministère des colonies, soit 0,005 % de 360 millions € (Archives/Finances). Le ministère lui-même représentait 0,016 % du budget de fonctionnement de l’État.

L’ensemble de ces chiffres situe les ordres de grandeur que l’historien est bien obligé de prendre en compte pour porter un jugement historique sur la propagande coloniale.

Examinons à présent les budgets des agences économiques pour mesurer leur poids relatif sur le plan financier et économique, et voir la part qu’elles accordaient au poste documentation propagande.

En 1933, le budget de l’agence de l’AOF était de 681 000 €. Le poste publicité et propagande se montait à 76 000 €. Sur ce crédit, les subventions à la presse de métropole étaient de 56 000 €. Le montant du budget de l’agence représentait 5,6% du budget de l’AOF, ce qui n’était pas négligeable pour la fédération, mais beaucoup moins significatif sur le plan métropolitain. (FM/Agefom/744)

Pour donner un exemple, en 1931, année de l’exposition coloniale, la Ville de Paris avait consacré plus d’un million d’euros à ses réceptions, fêtes et cérémonies, à comparer au 1,2 million € de l’agence de l’AOF. Le budget de la Ville était alors de plus de 2 milliards €.

En 1934, le budget de l’agence de l’AEF était d’environ 524 000 €, dont 83 000 € pour la propagande et les expositions, et le budget de la fédération était de l’ordre de 57,7 millions d’euros, soit 9,9% du budget fédéral, un chiffre relativement important, mais qui marquait à la fois le besoin de cette fédération de se faire connaître, et la disproportion existant dans l’échelle des valeurs entre métropole et colonies. (FM/Agefom/408 et 901)

Ces budgets étaient sans commune mesure avec les budgets métropolitains, même s’ils pouvaient faire illusion dans leur rapport avec les budgets coloniaux. Nous allons confirmer cette appréciation dans notre analyse des subventions à la presse et démontrer que la presse métropolitaine et coloniale n’était certainement pas en mesure de propager la bonne nouvelle coloniale grâce aux subventions qui lui étaient versées par les agences économiques des colonies.

Nous ne reviendrons pas sur les affirmations trompeuses de Sandrine Lemaire quant au rôle et à l’efficacité de l’Agence dans les années 1871-1931, dans Culture coloniale, alors que nous avons vu qu’elle n’avait existé qu’à partir de 1919, et que son activité était loin d’être à la hauteur des jugements rétroactifs et anachroniques de l’historienne.

Comment est-il possible d’écrire dans ce livre au sujet de cette Agence, et pour la même période :

- Elle fut par conséquent l’un des plus grands outils fédérateurs de l’opinion publique. (CC/142)

- Et grâce à elle : Ainsi la légitimité de l’ordre colonial était elle parfaitement intériorisée. (CC/147)


La presse a-t-elle fait œuvre de propagande coloniale ?

Dans le livre suivant, Culture impériale, et pour la période 1931-1961, même discours de Sandrine Lemaire :

C’est la raison pour laquelle l’apogée colonial des années 1930 se traduit par une véritable promotion de l’idée impériale menés par la République, via son agence de propagande officielle, et largement relayée au sein de la société par le monde scolaire ou d’autres acteurs, en particulier la presse ou le cinéma. (CI/45)

L’historienne rappelle que l’Agence générale des colonies avait disparu, sans en donner la période, c’est à dire entre 1934 à 1937, année de création par le Front Populaire du Service Intercolonial d’Information et de Documentation.

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Sandrine Lemaire donne l’exemple de la presse comme indice de l’intrusion de l’Empire dans les foyers métropolitains au cours de ces années, et cite une liste de journaux qui, à la fin des années 1930, étaient destinataires d’articles et de subventions, en écrivant :

- Cette énumération est loin d’être complète, mais elle révèle l’importance de l’emprise propagandiste sur l’information écrite, qu’elle soit strictement coloniale ou à vocation plus générale, le rapport des montants de subvention étant à peu de choses égal, ce qui atteste de la volonté de toucher le plus large public et non pas seulement une partie de la population déjà sensibilisée. Ainsi avons-nous pu relever cent soixante dix titres différents qui ont été subventionnés sur les fonds de la propagande coloniale officielle entre 1936 et 1938. Autant dire que ce vaste panel a largement contribué à l’ancrage de l’élément colonial au sein de la société française, puisqu’on retrouve aussi bien les grands quotidiens ou hebdomadaires de la presse générale ou «coloniale» que les journaux affectant tous les genres et traitant de politique, de religion, d’économie et de finance, mais aussi d’agriculture, de cuisine, s’adressant aux jeunes, aux hommes, aux femmes et à toutes les catégories professionnelles. (CI/51,52) 

Littérature que tout cela ! En donnant l’illusion de la précision intellectuelle et en osant une conclusion historique hardie, une de plus, celle de l’ancrage de l’élément colonial au sein de la société française ! Rien de moins !

Le lecteur est donc invité à confronter un tel discours aux pièces à conviction des archives.

La liste de journaux fournie est, à quelques différences près, conforme au procès verbal du 29 janvier 1937 et aux suivants de la commission ministérielle qui se réunissait pour attribuer des subventions aux journaux. La liste citée correspondait en gros à moins de la moitié du lectorat de la presse parisienne, et au quart de la presse parisienne et provinciale, cette dernière faisant jeu égal avec la presse parisienne en tirage. Ce n’était évidemment pas mal, mais que représentaient ces subventions pour ces journaux, car il faut donner à la fois donner quelques chiffres et rappeler le fonctionnement administratif du système des subventions.

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En 1928, deux commissions centrales furent créées, l’une pour attribuer des subventions à des établissements métropolitains de propagande coloniale, directement ou indirectement, les comités de propagande coloniale, la deuxième aux journaux. En 1930, l’attribution des subventions aux journaux et revues fut rendue à l’initiative des gouverneurs généraux et gouverneurs, en précisant qu’il s’agissait des crédits prévus aux budgets locaux pour la propagande coloniale effectuée dans la métropole. (FM/Agefom/412 - Circulaire ministérielle du 16/04/1935)

Les deux commissions étaient composées de représentants du ministère et des agences économiques des colonies et territoires.

En 1937, la presse coloniale proprement dite, c'est-à-dire spécialisée, reçut au total 184 000 € pour onze titres (FM/Agefom/412, PV du 29/01/37).

Les budgets des colonies y contribuèrent pour les montants suivants :

Indochine :  37 000 €
AOF :  63 382 €
AEF :  33 346 €
Madagascar : 37 130 €
Territoires : 13 142 €

D’après le procès verbal du 26 février 1937, et pour 1936, le total des subventions attribuées à la presse coloniale et à la presse métropolitaine avait été de 555 000 €, le budget prévu pour 1937 étant quasiment identique.

Dans le même procès verbal, on relève que le crédit de subvention prévu en 1937 pour les établissements de propagande était de 233 000 €.

Situons à présent ces chiffres dans des échelles de grandeur économiques ou financières crédibles, avant de les situer dans le contexte du financement concret de la presse de cette époque, et sans doute encore de la nôtre.

Tout d’abord par rapport au commerce extérieur des colonies et territoires avec la France. (Revue Economique Française, p.127)

Ces subventions représentaient par rapport au chiffre du commerce extérieur de 1936, 0,46% pour l’Indochine, 0,82% pour l’AOF, et 1,20% pour Madagascar, ce qui n’était pas considérable en matière de propagande, pour ne pas dire de publicité publique, par rapport aux chiffres d’affaires de leur commerce extérieur avec la métropole.

Il convient de rappeler que le commerce du Maghreb, Algérie, Maroc, Tunisie, représentait à lui seul, pas loin de la moitié du commerce de la France avec l’Empire.

Il n’est pas superflu non plus de se poser la question de savoir s’il s’agissait de propagande coloniale ou de publicité pour des produits coloniaux, car Sandrine Lemaire entretient à ce sujet une confusion complète.

Le lecteur verra plus loin confirmées  les observations faites par les experts sur le peu de coopération que la grande presse manifestait pour la propagande coloniale, et sur le fait que, sans subvention, la presse coloniale aurait disparu.

Mais il nous faut à présent aller au cœur du fonctionnement concret de la presse de l’époque.

Citons tout d’abord un extrait des conclusions du Colloque de 1993 qui atteste de la profonde méconnaissance du milieu concret de la presse par certains historiens, de la candeur aussi, et la sous-évaluation de la paresse journalistique :

- Quel a été le rôle du Parti colonial dans la production de cette imagerie ? Charles-Robert Ageron et d’autres ont montré, par exemple, que le Parti colonial ou l’Agence de France d’outre-mer pour le ministère des Colonies avaient des officines qui rédigeaient des articles prêts à être repris, non signés, dans la presse. (C/145)

Mais beaucoup de journalistes ont toujours trouvé plus facile de reproduire purement ou simplement les papiers qu’on leur fournissait gratuitement, quitte à leur donner un léger coup de patte, que de rédiger eux-mêmes leurs articles. Communiqués officiels ou non, dépêches d’agences, ont toujours été les bienvenus dans beaucoup de journaux. Même de nos jours, combien de journaux ne font qu’adapter des dépêches de l’agence France Presse ou Reuters au goût du journal ?

Les procès verbaux de la commission citée plus haut font état à la fois de subventions et de rémunérations de correspondants des journaux.

Sandrine Lemaire relève cette situation dans ses contributions, mais elle était loin d’être surprenante, compte tenu de la grande difficulté que les gouvernements rencontraient pour faire passer de la propagande coloniale dans leurs journaux, comme le notait plus haut Charles-Robert Ageron.

Il faut citer in extenso un extrait du projet de circulaire du ministre des Colonies, Marius Moutet [ci-contre], celuimoutet_marius000736 auquel, effectivement, Sandrine Lemaire aurait pu donner le surnom de ministre de la Propagande, extrait qui ne figure pas dans le texte officiel de la circulaire n° 1294 du 11 mai 1937, laquelle valait instruction aux gouverneurs généraux et gouverneurs pour la propagande coloniale, texte sur lequel nous reviendrons.

Le rédacteur du projet de circulaire écrivait :

- Venons en à la question de la presse proprement dite. C’est peut être la plus délicate de toutes… qu’il s’agisse d’abonnements ou de subventions, il serait puéril de dissimuler que la presse coloniale éditée en France tire la plupart de ses ressources de nos contributions budgétaires, et que la presse métropolitaine, pour autant qu’elle veuille bien s’intéresser aux questions coloniales, considère comme une contre partie nécessaire le fait de recevoir, de vos budgets, sous une forme ou sous une autre, un concours financier, et d’évoquer le témoignage d’un gouverneur général des colonies qui écrivait : «j’ai la tristesse de constater que les journaux considèrent nos subventions comme une sorte de tribut rendu en hommage à leur puissance et ne comportant aucune obligation de leur part.» (FM/Agefom/908).

Dans sa circulaire ministérielle du 11 mai 1937, le ministre donnait les raisons de la création du nouveau Service Intercolonial d’Information :

- "L’information, l’éducation coloniale du peuple français est une nécessité… On s’est installé dans des habitudes administratives, l’action de la propagande reste modeste, traditionnelle, habituelle… Il faut enfin, faire prendre à notre pays, à notre population toute entière, jusque ses couches profondes, jusque dans sa spontanéité populaire, conscience de sa valeur coloniale ou plutôt de sa mission d’enseignement des peuples attardés, il faut révéler à la France sa famille humaine toute entière dans sa multiple variété, dans son étroite solidarité… Certes le dessein est vaste, généreux, il requiert désintéressement, foi, vocation et l’effort d’une génération, mais en traçant le chemin, en marquant la direction, nous aurons amorcé une oeuvre qui se réalisera avec certitude." (FM/Agefom//908)

En mai 1937, il ne semblait donc pas que la situation de la propagande coloniale fut celle décrite par Sandrine Lemaire, c'est-à-dire mirobolante, alors qu’il restait moins de trois ans avant le début de la Deuxième Guerre mondiale, qui allait tout changer et tout bouleverser.

Notons en passant que le discours de Marius Moutet n’avait pas beaucoup évolué par rapport à celui de Jules Ferry.

La circulaire en question fixait des objectifs à atteindre dans plusieurs domaines, la presse, la radio, la documentation photographique, le cinéma, objectifs qui furent poursuivis par le régime de Vichy et la Quatrième République, mais la France était alors entrée dans un autre monde, un nouveau monde

La consultation de ces sources montre qu’il n’est pas possible de prendre au mot les propos et jugements péremptoires de l’historienne, qui ne correspondent absolument pas à la réalité historique de l’époque.

Complétons cette analyse critique en proposant un éclairage sur le fonctionnement concret de la presse entre les deux guerres, à partir notamment des analyses de l’Histoire Générale de la Presse (PUF 1972).

Dans le monde d’aujourd’hui comme dans celui de l’entre deux guerres, et compte tenu de son influence, la presse n’a jamais été une société de blancheur et de candeur. Les journaux étaient toujours à la recherche à la fois de lecteurs, et aussi de sources de financement complémentaires, publicité, subventions ou fonds secrets.

En 1892, le scandale de Panama  avait montré dans toute son ampleur les subventions occultes versées aux journaux, et le Trésor russe n’avait pas ménagé son soutien à la presse française pour faciliter le placement des fameux emprunts russes en 1905.

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pavillon du Tonkin à l'Exposition Coloniale de Marseille, 1906

Entre 1919 et 1939, les journaux continuèrent à solliciter des soutiens financiers d’origine diverse. L’usage des fonds secrets se perpétuait : en 1933, le journal de Briand recevait une subvention mensuelle de 56 000 euros, soit un total annuel de 672 000 euros, montant supérieur au crédit de 550 000 euros que nous avons cité plus haut pour le total des subventions à la presse métropolitaine et coloniale. (HGP/p, 488)

Dans les années 1930, le gouvernement grec versa des subventions à la presse française, au Figaro, et au Temps.

Quel que soit l’angle de l’analyse, on voit bien que les budgets consacrés à la propagande coloniale n’étaient pas à la hauteur des enjeux : presque anodins en ce qui concerne la presse métropolitaine, et transfusionnels pour la presse coloniale, dont les tirages étaient modestes, avec des résultats très mitigés, pour ne pas dire négligeables sur l’opinion publique.

Arrêtons nous encore un instant sur un cas concret, celui du Petit Parisien, cité par Sandrine Lemaire. D’après les procès verbaux de la commission officielle, ce quotidien reçut une subvention de 39 000 € en 1937. Le prix de vente au numéro était en 1937 de 0,52 €, ce qui correspondait à l’achat officiel de 75 000 numéros, alors que le tirage quotidien de ce journal était de l’ordre du million. Donc une contribution anecdotique, pour ne pas dire anodine !

Rapporté au chiffre d’affaires annuel du quotidien, cette subvention était purement homéopathique.

Notons enfin qu’aucune démonstration statistique n’est faite en ce qui concerne la place concrète, c'est-à-dire la surface des articles de la grande presse consacrés aux questions coloniales par rapport à la surface totale, et le contenu qualitatif des articles, c'est-à-dire, favorable, défavorable, ou neutre en ce qui concerne ces mêmes questions.

Le lecteur aura donc pu se convaincre de la distance qui sépare les propos outranciers de Sandrine Lemaire et la réalité historique : on voit mal avec l’organisation décrite, les budgets dédiés à la propagande coloniale, comment la Troisième République aurait pu réussir à fabriquer du colonial, à convaincre les marchands d’opinion, à obtenir le ralliement populaire au credo colonial. Non, vraiment, trop c’est trop, c’est vouloir faire prendre aux Français des vessies pour des lanternes historiques !

Et pour raccorder la propagande ou la publicité du passé avec le présent, indiquons que les fournisseurs d’accès à internet ont fait, en fin d’année 2006, des campagnes de publicité qui ont été chiffrées de 9 millions à 27 millions d’euros.


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Gouvernement général de l'Indochine. Campagne en faveur du riz de table.

Annonces paraissant dans la presse au cours de la 3ème année.

1933-1934 Affiche administrative.
Propagande en faveur du riz
illustrée de dessins en noir et blanc.
1933/1934 (source : Caom)


En contrepoint, un grain … de riz et un grain…

d’histoire !

Exemple caricatural d’un effet de loupe historique, c'est-à-dire d’un sophisme historique Ouf ! Nous avons échappé à la publicité d’Uncle Ben’s et à l’Empire américain dans nos assiettes ! Mais le lecteur n’échappera pas à notre travail de décorticage du riz indochinois !

Dans le livre Culture Impériale (CI/75), l’historienne nous livre, sous le titre "Manipuler : à la conquête des goûts", son analyse de la propagande impériale à travers quelques cas de produits coloniaux, le thé et le riz, avec pour le riz un sous-titre ravageur : "Du riz dans les assiettes, de l’Empire dans les esprits" (CI/82). Rien de moins !

Et dans sa conclusion :

- De toute évidence, au cours des années 1930-1940, la propagande a accaparé les Français dans leur vie quotidienne et tenté de faire passer l’idée coloniale de la pensée aux actes ? Cette démarche n’était pas neutre puisqu’elle visait à imposer la notion de France impériale dans les pratiques journalières afin de nouer puis de consolider les liens avec l’Empire, avec les «autres» France. Leur consommation aujourd’hui banalisée, constitue l’un des indices de cette culture impériale qui a imprégné pour toujours, jusque dans les assiettes, les mœurs et les habitudes quotidiennes des Français. (CI/91)

Je ne sais pas si Sandrine Lemaire a interrogé ses parents à ce sujet, mais je n’ai moi-même conservé aucun souvenir d’avoir vu du riz dans mon assiette. Alors faut-il faire appel à mon inconscient ? Mais allons à présent au fond des choses ;

L’historienne rappelle qu’un comité du riz a été créé en octobre 1931, et que celui-ci avait choisi d’aller à la rencontre des Français afin de transformer leurs goûts et de les «convertir» au produit. Or la seule façon de faire connaître un produit dont on ignore la saveur était d’offrir au maximum de personnes la possibilité d’en consommer avec la préparation adéquate. Ainsi le Comité a-t-il consacré une large part de son budget à cette tactique.

Il lui fallait aussi Façonner les goûts des jeunes consommateurs (CI/87)… Les jeux n’échappaient pas à la stratégie globale. Un très bel exemple nous est donné par un jeu de l’oie, pour la réalisation duquel une somme de trois cents mille francs sur le budget de 1932 fut accordée à hauteur d’un million d’exemplaires. Il était porteur de l’ensemble des messages de la campagne… Ce jeu a connu une diffusion importante dans la mesure où un demi million d’exemplaires ont été distribués dans les principales écoles primaires des trois cent cinquante villes de France ayant une population supérieure à dix mille habitants (CI/88).

Plus loin, l’historienne écrit : En effet, au-delà de la publicité commerciale, la propagande était décelable dans les orientations politiques des slogans…. La marque de l’idéologique était prégnante et le slogan transformait alors le programme politique en énoncé. (CI/89)

Le décorticage du riz

Sandrine Lemaire est beaucoup plus avare de chiffres que de paroles : les seuls cités concernent le fameux jeu de l’oie, 300 000 F en 1932, soit 150 000 € (2002).

Rappelons que le budget de l’agence économique de l’Indochine était de plus de 416 000 € en 1926, et que sur cette base l’opération jeu de l’oie aurait coûté 36% de son budget, ce qui n’est pas démesuré, compte tenu du poids considérable du riz dans les comptes de l’Indochine, aussi bien pour le budget fédéral que pour son commerce.

Rappelons également qu’en 1937, la même agence consacra 37 000 € à la seule presse coloniale. Dans les années 1929-1930, le budget de l’Indochine était de l’ordre de 730 millions €, dont plus de la moitié des ressources provenait du commerce du riz.

150 000 € par rapport à 730 millions €, cet effort de publicité était négligeable.

Quant au chiffre qu’il représente par rapport au chiffre du commerce extérieur total (importations et exportations de l’Indochine, la conclusion est également éclairante, 150 000 € par rapport à 646 millions € en 1935, ou à 902 millions en 1936, dont 278 millions pour les exportations. Alors que le riz représentait entre 30 et 40% du montant des exportations.

Il n’a pas toujours été possible de faire des comparaisons à même date, mais les écarts sont tels qu’ils ne sont pas de nature à mettre en cause cette démonstration.

Car ce que ne dit pas l’historienne, c’est que le riz revêtait une importance capitale pour l’économie et la vie même de l’Indochine, confrontée en permanence aux aléas de la conjoncture internationale du commerce du riz, de la concurrence des autres pays asiatiques, et en métropole, à celle du blé dont le prix venait en concurrence de celui du riz. (Le commerce franco-colonial, R. Bouvier, 1936)

Entre 1929 et 1933, les cours du riz s’effondrèrent et provoquèrent une grave crise économique, financière et humaine en Indochine. Il y avait en effet beaucoup de petits producteurs de riz en Cochinchine et au Tonkin. Il était donc vital pour l’Indochine de tenter de maintenir ses exportations, notamment vers la France, et grâce à ses efforts, la fédération réussit à y accroître ses exportations, passées de 222 000 tonnes en 1929 à 605 000 tonnes en 1933. (Bourbon, 1938)

Mais le lecteur sera sans doute intéressé aussi par un petit complément d’information, le fait que le riz indochinois n’allait pas dans les assiettes, mais était un aliment de la volaille et du bétail pour 95% du total. Il fallait donc bien un effort de publicité pour convaincre le consommateur français que le riz valait la peine d’être consommé, d’autant plus que le riz indochinois était réputé pour ses défauts de qualité, comparé à des riz étrangers.

Ajoutons enfin, pour que le contrepoint soit complet que les importations de riz indisposèrent les syndicats de défense du blé, et qu’il s’en est fallu de peu qu’une loi soit votée en 1934 en vue de contingenter son importation, car il venait en concurrence avec le blé français. (Pigourier-1937)

Petite illustration, aussi, des bienfaits de la politique coloniale de la France !

Le grain de riz est donc bien l’exemple caricatural d’une méthodologie historique complètement défaillante, laquelle n’hésite pas à monter en épingle un exemple, en le sortant de son contexte historique, et en l’absence d’une mise en perspective économique et humaine à l’époque considérée, dans le sillage de la grande crise mondiale de 1929.

Mais grain de riz, ou cerise sur le gâteau, il pourrait en être du sexe du riz, à savoir s’il s’agit de publicité ou de propagande, comme du sexe des anges, et que dans ce cas de figure, le joueur de l’histoire de ce jeu de l’oie serait au choix, tombé dans le puits, mis en prison, ou revenu à la case de départ.

Jean-Pierre Renaud
ancien élève de l'École Nationale de la France d'Outre-Mer
auteur de : Le vent des mots. Rôle de la communication et des communications
dans les conquêtes coloniales de la France, 1870-1900
, 2006.

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Références de lecture :
- (CC) Culture Coloniale,
- (CI) Culture Impériale,
- (ILC) L’Illusion Coloniale,
- (FC) Fracture Coloniale,
- (C) Colloque de janvier 1993,
- (IC) Images et Colonies,
- (RC) République Coloniale,

© Reproduction interdite, sauf autorisation de l’auteur




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Afrique occidentale française. A.O.F. Immense et étonnamment diverse (...)
Affiche en couleurs illustrée. Sur fond de carte de l'AOF, nombreuses illustrations de masques,

instruments et totems, et de quelques scènes de la vie économique (Agence économique de la France
d'outre-mer, 1955) -
source : Caom, base Ulysse

      

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dimanche 30 septembre 2007

Il y a cinquante ans : Albert Camus reçoit le Prix Nobel de littérature… (Benjamin Stora)

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Il y a cinquante ans :

Albert Camus reçoit le Prix Nobel

de littérature…

Benjamin STORA


«Je comprends qu’on discute mon œuvre. C’est à moi qu’elle paraît discutable, et en profondeur. Mais je n’ai rien à dire si on fait le procès de ma personne. Toute défense devient ainsi apologie de soi. Et ce qui frappant, c’est cette explosion d’une détestation longtemps réprimée (…) Je ne m’explique pas l’extrême vulgarité de ces attaques. (…) Ces messieurs veulent, appellent, exigent la servitude. Ils seront probablement servis. À leur santé.» (1) 

L’annonce

Le 16 octobre 1957, Albert Camus est attablé au premier étage d’un restaurant du Quartier latin lorsqu’un jeune chasseur vient lui annoncer qu’il a reçu le prix Nobel de littérature. Camus devient pâle, paraît bouleversé et commence à répéter inlassablement qu’il aurait dû aller à André Malraux. Il est vrai que le nom de Malraux avait été suggéré par divers groupements littéraires en France comme en Suède, et avait fait l’objet de nombreuses spéculations ; le Roi de Suède l’avait même reçu lorsqu’il était venu, sous les acclamations, donner une conférence sur Rembrandt à Stockholm. En cette année 1957, d’autres nomsCamus_proteste circulaient, comme ceux de Boris Pasternak, Saint-John Perse ou Samuel Beckett….  qui tous allaient recevoir plus tard le Prix Nobel.

C’est donc Albert Camus, à peine âgé de 44 ans qui aura le plus prestigieux des prix littéraires. L’annonce est un coup de tonnerre, car l’idée généralement admise est que le Prix récompense, couronne une œuvre déjà achevée, une carrière déjà accomplie. Il est vrai que vingt auparavant, Roger Martin du Gard avait été préféré à son aîné et maître André Gide, qui avait dû attendre encore dix ans pour se voir décerner le prix….
Mais Camus n’est le candidat d’aucun groupe extérieur, d’aucune chapelle littéraire. Bien au contraire, il doute de lui à ce moment, il fait aveu de stérilité, ne se croit plus capable de créativité. Il est aussi l’objet d’attaques venant de tous les milieux de droite comme de gauche…

Dans l’Express, François Mauriac fustige son jeune rival qui a pris position contre la peine de mort au moment où éclatent les affaires de torture commises pendant la «Bataille d’Alger» : «Abolir la peine de mort quand on rétablit la torture ? Un peu de logique, voyons, Camus !» (2)  Sur le plan littéraire, il publie un de ses plus beaux livres, L’Exil et le Royaume, et Gaëtan Picon écrit dans la revue Mercure de France en mai 1957 : «Ici nous sommes ramenés à l’entre-deux, à la confusion, au mixte discret de l’existence ordinaire». Le bruit de l’attribution du Prix court pourtant avec insistance… «Quand son éditeur américain, Blanche Knopf, rendit visite à Camus à Paris au mois d’août, au retour de Stockholm, elle lui raconta qu’elle avait entendu mentionner son nom à propos du prix. "Nous en avions tous ri – cela nous paraissait impossible", raconta t-elle plus tard». (3)

Les réactions.
Bien sûr, les réactions sont innombrables dès l’annonce de l’attribution. Pour les milieux conservateurs, Albert Camus n’a jamais hésité sur la question algérienne. Il est, au contraire, un dangereux ami des «rebelles», une sorte de gauchiste dangereux de l’époque. Les milieux proches aujourd’hui des pieds-noirs «ultras» (toujours favorables cinquante ans après l’indépendance algérienne aux thèses de l’Algérie française) ont oublié tout cela, préférant ne retenir que le Camus du silence avant sa mort…. L’hebdomadaire de droite Carrefour, observe qu’habituellement le prix Nobel est acamusldécerné après consultation du ministre des Affaires étrangères du pays concerné, mais que cette fois l’Académie suédoise a délibérément «favorisé un homme de gauche» plutôt qu’un partisan de l’Algérie française. «Quelle étrange et nouvelle forme d’ingérence dans nos affaires intérieures !».

Le commentaire le plus cruel venant de droite est celui d’Arts, où paraît en première page une caricature de Camus en tenue de cow-boy, avec des pistolets en mains, sous ce titre : «En décernant son prix à Camus, le Nobel couronne une œuvre terminée». L’auteur de l’article, Jacques Laurent (rédacteur en chef d’Arts, polémiste de droite et romancier populaire) écrit : «Les académiciens ont prouvé par leur décision qu’ils considéraient Camus comme fini…».
À l’autre extrémité de l’éventail politique, Roger Stéphane, dans France-Observateur, affirme plus ou moins la même chose: «On se demande si Camus n’est pas sur son second versant et si, croyant distinguer un jeune écrivain, l’Académie suédoise n’a pas consacré une précoce sclérose». Roger Stéphane qui avait servi de cible au mépris de Camus, croit tenir maintenant sa revanche. Il voit Camus très au-dessous de Malraux, Camus étant pour lui une sorte de Sartre domestiqué….

Dans Paris-Presse, Pascal Pia déclare que son ancien camarade n’est plus un «homme révolté» mais un «saint laïque» au service d’un humanisme suranné. Et dans l’ancien journal de Camus, Combat, le critique Alain Bosquet note que «les petits pays admirent les parfaits petits penseurs polis». Albert Camus reçoit de la part des communistes dans l’Humanité  une virulente critique, ce qui n’est pas étonnant compte tenu des positions de l’écrivain contre l’invasion soviétique de la Hongrie un an auparavant : «C’est le "philosophe" du mythe de la liberté abstraite. Il est l’écrivain de l’illusion.» (4)

Jean-Paul Sartre y va de sa formule assassine en disant de ce Nobel attribué à Camus : «C’est bien fait !».0002970815 Dans son autobiographie, La force des choses, Simone de Beauvoir écrit : «Devant un vaste public, Camus déclara : «J’aime la Justice, mais je défendrai ma mère avant la justice », ce qui revenait à se ranger du côté des pieds-noirs. La supercherie, c’est qu’il feignait en même temps de se tenir au dessus de la mêlée, fournissant ainsi une caution à ceux qui souhaitent concilier cette guerre et ses méthodes avec l’humanisme bourgeois.» (5)

Saint John Perse écrit : «C’est assez pour le Poète, d’être la mauvaise conscience de son temps.». Henriette Levillain propose de lire cette clausule comme une attaque adressée à Albert Camus (6). En effet, Perse, comme il l’avouait à Claudel dans des lettres datant des années 1940-1950, méprisait l’existentialisme de Sartre et la pensée de Camus, qui amoindrissaient l’homme, et se détournaient de la recherche du divin dans le monde pour se contenter d’en constater l’absurdité. Camus, à qui on avait reproché son silence sur la guerre d’Algérie, serait la «mauvaise conscience de son temps».

La société parisienne de dénigrement, comme la baptise Camus, ignore et ne s’intéresse pas au fait que ce prix Nobel enthousiasme l’Europe tout entière et la jeunesse. «Elle s’adonne à la dérision aux dépens d’un écrivain décrété mineur tandis que tous les dissidents de l’Est explosent de joie. Dans leur presse clandestine, leurs "samizdat" célèbrent le livre qui fut et demeure celui de leur délivrance projetée : L’homme révolté», note Jean Daniel (7).


Lisons à ce propos Milan Kundera parler de Camus, de ce Prix Nobel attribué, des jalousies et des livre_Kun_rideaumesquineries parisiennes, du mépris à l’égard de ses origines sociales, des accusations de vulgarité portées contre cet homme du Sud, de l’Algérie :
«Après l’anathème politique jeté contre lui par Sartre, après le prix Nobel qui lui valut jalousie et haine, Albert Camus se sentait très mal parmi les intellectuels parisiens. On me raconte que ce qui, en plus, le desservait, c’étaient les marques de vulgarité qui s’attachaient à sa personne : les origines pauvres, la mère illettrée ; la condition de pied-noir sympathisant avec d’autres pieds-noirs, gens aux «façons si familières» (si «basses») ; le dilettantisme philosophique de ses essais ; et j’en passe. Lisant les articles dans lesquels ce lynchage a eu lieu, je m’arrête sur ces mots : «Camus est un paysan endimanché. (…) un homme du peuple qui, les gants à la main, le chapeau encore sur la tête, entre pour la première fois dans le salon. Les autres invités se détournent, ils savent à qui ils ont à faire». La métaphore est éloquente : non seulement, il ne savait pas ce qu’il fallait penser (il parlait mal du progrès et sympathisait avec les Français d’Algérie) mais, plus grave, il se comportait mal dans les salons (au sens propre ou figuré) ; il était vulgaire. Il n’y a pas en France de réprobation plus sévère. Réprobation quelquefois justifiée, mais qui frappe aussi le meilleur : Rabelais.» (8)

L’éditeur Gallimard organise le 17 octobre une réception en l’honneur de Camus. Albert Camus arrive de bonne heure pour s’entretenir avec les journalistes, vêtu d’un élégant complet bleu marine à fines rayures, avec une cravate bleu sombre et une chemise blanche. On luimichelgallimard demande comment il a appris la nouvelle. «Avec beaucoup de surprise et de bonne humeur», répond-il.

Son nom avait été mentionné à plusieurs reprises cette année-là, mais il n’avait pas pensé que cela pût vraiment se produire. «Je pensais, en effet, que le prix Nobel devait couronner une œuvre achevée ou du moins, plus avancée que la mienne.» Il déclare également : «Je tiens à dire que si j’avais pris part au vote, j’aurai choisi André Malraux pour qui j’ai beaucoup d’admiration et d’amitié, et qui fut un des maîtres de ma jeunesse.» Plus tard, André Malraux, quoi qu’il ait pensé de l’attribution du prix décerné à Albert Camus, n’hésitera pas à le féliciter et à bien marquer qu’il est sensible aux propos tenus par Camus à son sujet : «Cette réponse nous honore tous les deux.»
Interrogé sur ses projets, il mentionne qu’il se consacre à son nouveau roman, dont le titre provisoire est Le premier homme, qu’il appelle un «roman d’éducation»….. Toujours l’Algérie, le tourment de la guerre et de ses origines, la fidélité aux siens et à la justice pour les «indigènes»….. Son plus beau livre, publié après sa mort.

KatebBenAknounLe 17 octobre, arrive une lettre de Kateb Yacine….

Mon cher compatriote,
Exilés du même royaume nous voici comme deux frères ennemis, drapés dans l’orgueil de la possession renonçante, ayant superbement rejeté l’héritage pour n’avoir pas à le partager. Mais voici que ce bel héritage devient le lieu hanté où sont assassinées jusqu’aux ombres de la Famille ou de la Tribu, selon les deux tranchants de notre Verbe pourtant unique. On crie dans les ruines de Tipasa et du Nadhor. Irons-nous ensemble apaiser le spectre de la discorde, ou bien est-il trop tard ? Verrons-nous à Tipasa et au Nadhor les fossoyeurs de l’ONU déguisés en Juges, puis en Commissaires-priseurs ? Je n’attends pas de réponse précise et ne désire surtout pas que la publicité fasse de notre hypothétique co-existence des échos attendus dans les quotidiens. S’il devait un jour  se réunir en Conseil de Famille, ce serait certainement sans nous. Mais il est (peut-être) urgent de remettre en mouvement les ondes de la Communication, avec l’air de ne pas y toucher qui caractérise les orphelins devant la mère jamais tout à fait morte.
Fraternellement, Kateb Yacine

Le discours
Le 10 décembre 1957, au moment de la clôture des cérémonies des remises des Prix Nobel, Albert Camus prononce un discours magnifique et prophétique sur l’avenir du monde privé de «ses dieux» et «victime d’unediscours_full folle technologie», sur le poids qui pèse sur les générations :
«[…] Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse. Héritière d’une histoire corrompue où se mêlent les révolutions déchues, les techniques devenues folles, les dieux morts et les idéologies exténuées, où de médiocres pouvoirs peuvent aujourd’hui tout détruire mais ne savent plus convaincre, où l’intelligence s’est abaissée jusqu’à se faire la servante de la haine et de l’oppression, cette génération a dû, en elle-même et autour d’elle, restaurer, à partir de ses seules négations, un peu de ce qui fait la dignité de vivre ou de mourir. Devant un monde menacé de désintégration, où nos grands inquisiteurs risquent d’établir pour toujours les royaumes de la mort, elle sait qu’elle devrait, dans une sorte de course folle contre la montre, restaurer entre les nations une paix qui ne soit pas celle de la servitude, réconcilier à nouveau travail et culture, et refaire avec tous les hommes une arche d’alliance. […]» (9)

Albert Camus dit que chaque génération, jusqu’à la fin de l’humanité, devra se battre contre l’instauration des «royaumes de la mort». Mais la génération à venir aura surtout à se battre pour éviter que le «monde ne se défasse». Comme Sisyphe, il lui faudra poursuivre l’effort, malgré l’atroce constatation que nous marchons sur les talons de la destruction, de la guerre et des fanatismes aux innombrables visages sous toutes les latitudes, tous points cardinaux confondus. Comment devancer les fléaux qui menacent ?

«Le discours que prononce Camus à Stockholm est d’une si grande importance que l’on pourrait en recommander la lecture, aussitôt après le Premier homme, son roman posthume, à ceux qui veulent s’initier à son œuvre», note justement Jean Daniel. Camus souligne qu’avec lui, c’est un Français d’Algérie qui reçoit cette distinction mondiale. Il veut rappeler que parmi cette population, désignée sous le nom de «pieds-noir» que l’on dit alors constituée de colons aisés et sans scrupules, il peut se trouver des êtres issus des milieux les plus pauvres et capables de faire honneur à l’humanité. Le Camus algérien est entièrement dans ce rappel (ou ce défi) et on l’y retrouve mieux encore que dans la fameuse réplique, d’ailleurs toujours tronquée quand on la cite, qui fut celle de Camus en réponse à des étudiants algériens résidant à Stockholm : «Entre ma mère et la justice, je préférerai toujours ma mère».

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Catherine Sintès, mère de Camus


La polémique

Cette phrase célèbre, «la mère contre la justice», signifiant simplement qu’il redoute que sa mère, modeste femme européenne d’Alger, soit victime des violences qui secouent la ville, le poursuivra jusqu’à sa mort... Cette phrase, passée à une malheureuse postérité, («ma mère contre la justice») n’est pas tout à fait exacte, si l’on en croit les Oeuvres complètes d’Albert Camus (10).

Rendant compte de la conférence de presse donnée par Albert Camus le 13 décembre 1957, Le Monde publiait dans son édition du 14 décembre 1957 l’article suivant :
«Interrogé sur un ton véhément par un jeune Algérien présent, il [Albert Camus] aurait alors répondu : «Je 82n’ai jamais parlé à un Arabe ou à l’un de vos militants comme vous venez de me parler publiquement... Vous êtes pour la démocratie en Algérie, soyez donc démocrate tout de suite et laissez-moi parler... Laissez-moi finir mes phrases, car souvent les phrases ne prennent tout leur sens qu’avec leur fin...» Constamment interrompu par le même personnage, il aurait conclu : «Je me suis tu depuis un an et huit mois, ce qui ne signifie pas que j’aie cessé d’agir. J’ai été et suis toujours partisan d’une Algérie juste, où les deux populations doivent vivre en paix et dans l’égalité. J’ai dit et répété qu’il fallait faire justice au peuple algérien et lui accorder un régime pleinement démocratique, jusqu’à ce que lajeudi_29_novembre_1956_2_ haine de part et d’autre soit devenue telle qu’il n’appartenait plus à un intellectuel d’intervenir, ses déclarations risquant d’aggraver la terreur. Il m’a semblé que mieux vaut attendre jusqu’au moment propice d’unir au lieu de diviser. Je puis vous assurer cependant que vous avez des camarades en vie aujourd’hui grâce à des actions que vous ne connaissez pas. C’est avec une certaine répugnance que je donne ainsi mes raisons en public. J’ai toujours condamné la terreur. Je dois condamner aussi un terrorisme qui s’exerce aveuglément, dans les rues d’Alger par exemple, et qui un jour peut frapper ma mère ou ma famille. Je crois à la justice, mais je défendrai ma mère avant la justice.»

Amplifiée par la presse française de gauche, la polémique est énorme. La célèbre réplique de Camus à2020086921 l’étudiant algérien à Stockholm éclipse la réception du prix dans la capitale suédoise. Pendant «La Bataille d’Alger», et durant toute l’année 1957, Albert Camus a suivi avec attention, intensément, différentes «affaires algériennes». À plusieurs reprises, Yves Dechezelles et sa jeune assistante Gisèle Halimi lui demandent son appui pour sauver différents algériens musulmans condamnés à mort. Et, comme le souligne Herbert Lottmann dans sa biographie de Camus, «défendre un musulman accusé de terrorisme constituait un acte de bravoure»… (11)

Mais contrairement à d’autres intellectuels «libéraux» originaires d’Algérie, Albert Camus n’a pas pris de position tranchée sur l’indépendance de l’Algérie. Profondément attaché à sa terre natale, il tente d’adopter un discours plus nuancé, dénonçant les violences commises aussi bien par le FLN (12) que par les forces françaises. De fait, lui qui, dès les années 1930, dénonçait la misère des «indigènes» et l’oppression coloniale et qui était favorable à une décolonisation des esprits, vit comme un véritable déchirement la perspective d’un «divorce» entre l’Algérie et la France, semblant anticiper l’inévitable exode de la population européenne («pied-noire») au sein de laquelle il a grandi. Cela lui est amèrement reproché par les anticolonialistes «radicaux» français aussi bien qu’Algériens, tandis que les ultras le considéraient comme un «traître» favorable à l’indépendance. Ces derniers scandaient «Camus au poteau» lorsque l’écrivain voulut organiser une «trêve civile» en janvier 1956, avec l’accord du FLN et des libéraux d’Alger… (13). Profondément ébranlé par le drame algérien, l’écrivain pressent très vite la profondeur du déchirement entre les deux principales communautés. Il plaide pour le rapprochement, tente d’éviter l’irréparable, dit combien les «deux peuples se ressemblent «dans la pauvreté et une commune fierté» (14).

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En avril 1957, un lecteur du périodique anglais Encounter écrit à Camus pour lui demander d’expliquer ses positions sur «la campagne française en Algérie». La réponse paraît dans Encounter du mois de juin est un «résumé» des positions adoptées par Camus pendant la guerre d’Algérie. Il s’y déclare favorable à la proclamation par la France de la fin du statut colonial de l’Algérie (avec les deux collèges de vote réduisant les Algériens musulmans à la catégorie de sous-citoyens), à la constitution d’une nation autonome fédérée à la France sur le modèle suisse des cantons (c’était en quelque sorte la position exprimée par Ferhat Abbas après la Seconde Guerre mondiale), qui garantirait les droits des deux populations vivant dans ce pays. Mais il ne peut, explique-t-il aller plus loin. Il ne veut pas s’engager dans un soutien aux maquis algériens, approuver le terrorisme, la violence qui frappe aveuglement les civils, plus d’ailleurs les Musulmans que les Européens. Il ne peut protester contre la répression française déployée pendant la «Bataille d’Alger» et garder le silence  sur la violence exercée par les nationalistes algériens…

Jean Daniel revient sur ce silence et la position de Camus :
«Dans cette affaire algérienne, Camus, si proche en cela d’une Germaine Tillion, toujours "solidaire et solitaire", refuse qu’un écrivain puisse s’exclure de l’histoire de son temps. Mais il en arrive à penser, dès l’apparition du terrorisme et de la répression, qu’une certaine forme d’engagement s’impose. Toute dénonciation de la barbarie de l’un encourage celle de l’autre. Or il refusera toujours que la revanche puisse tenir lieu de justice, que le mal réponde au mal, que la violence soit encore accoucheuse d’histoire et que même Auschwitz puisse jamais justifier Hiroshima» (15).

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Lourmarin (Vaucluse)

 

Camus, de Lourmarin à Oran. La fin d’un exil ?

Le 12 juin 2005, à Oran s’est tenu le premier colloque en Algérie autour de la grande figure d’Albert Camus. En juin 2007, deux universitaires algériennes, Afifa Berhi et Naget Khadda, écrivent dans l’Introduction d’un recueil d’essais publiés autour de la figure de Camus, et publiés en Algérie :
«Éminemment universelles, la pensée et l’écriture d’Albert Camus sont en même temps passionnément arrimés à la terre d’Algérie. Pourtant l’intelligentsia algérienne, parmi lesquels il comptait bien des amis et de nombreux admirateurs, l’a boudé au lendemain de l’indépendance de l’Algérie. Indexé sur le nœud gordien de la question nationale à un moment où celle-ci se négociait par les armes, le différend, sans avoir été réellement apuré à ce jour, a cependant enregistré au cours de ces dernières années, un recul de la polémique, révélateur d’un apaisement des passions.»

L’écrivain «pied-noir» fait lentement retour dans l’espace public algérien. Celui qui avait été cloué au pilori pour avoir, en pleine guerre d’Algérie, déclaré «préférer sa mère à la justice» parle de plus en plus aux jeunes générations, des deux côtés de la Méditerranée. En mai 2006 le président de la République algérienne, Abdelaziz Bouteflika, déclare que la préférence ainsi donnée par Camus à la mère traduit un sentiment vraiment et profondément algérien…

yasmina_khadraDe nouveaux écrivains se revendiquent ouvertement de son héritage. Ainsi, prisonnier de labyrinthes absurdes, Yasmina Khadra, comme l’auteur de l’Étranger cherche l’explication des destins imperceptibles aux autres. Dans son dernier ouvrage, L’attentat, comme Meursault, l’innocent Amine au bout de son chemin est condamné à mort. «Privé, comme l’écrivait Camus des souvenirs d’une patrie perdue ou de l’espoir d’une terre promise.». Et dans un autre de ses livres, l’écrivain, Khadra, dans les pas de Camus, osait écrire : «Pourquoi faut-il, au crépuscule d’une jeunesse, emprunter à celui du jour ses incendies, puis son deuil ; pourquoi la nostalgie doit-elle avoir un arrière-goût de cendre ?».


Résonances

Une grande partie de l’œuvre d’Albert Camus est habitée, hantée, irriguée par l’histoire cruelle et compliquée qui emportera l’Algérie française. Ses écrits rendent un son familier dans le paysage politique et intellectuel d’aujourd’hui. À la fois terriblement «pied-noir», et terriblement algérien, il adopte cette position de proximité et de distance, de familiarité et d’étrangeté avec la terre d’Algérie qui dit une condition de l’homme moderne : une sorte d’exil chez soi, au plus proche. La sensation de se vivre avec des racines, et de n’être ni d’ici, ni de là (17). Lorsqu’on le voit être un étranger chez lui, avec cette présence énigmatique, fantomatique, lointaine des «indigènes» simple figurants fondus dans un décor colonial, cela signale aussi une étrangeté au pays, et à soi-même. Camus est, pour moi, d’abord notre contemporain pour ce rapport très particulier d’étrangeté au monde.

Il est aussi celui qui cherche, qui fouille dans les plis de sa mémoire les commencements d’une tragédie, chrocamusd’une guerre, et décide de n’être pas prisonnier des deux communautés qui se déchirent. Il sera donc un «traître» pour les deux camps. À l’intersection de deux points de vue, ceux qui veulent se réapproprier une terre qui est la leur à l’origine, les Algériens musulmans, et ceux qui considèrent que cette terre leur appartient désormais, les Français d’Algérie, Albert Camus annonce ce que peut être la position d’un intellectuel : dans l’implicationpeste passionnée, ne pas renoncer à la probité, dans l’engagement sincère, se montrer lucide. Ses Chroniques algériennes (1939-1958) révèlent ce regard critique et subtil.

Albert Camus est, enfin, celui qui refuse l’esprit de système et introduit dans l’acte politique le sentiment d’humanité. À ceux qui croient que seule la violence est la grande accoucheuse de l’histoire, il dit que le crime d’hier ne peut autoriser, justifier le crime d’aujourd’hui. Dans son appel pour une Trêve civile, préparée secrètement avec le dirigeant algérien du FLN Abane Ramdane, il écrit en janvier 1956 : «Quelles que soient les origines anciennes et profondes de la tragédie algérienne, un fait demeure : aucune cause ne justifie la mort de l’innocent».  Il pense que la terreur contre des civils n’est pas une arme politique ordinaire, mais détruit à terme le champ politique réel. Dans Les Justes, il fait dire à l’un de ses personnages : «J’ai accepté de tuer pour renverser le despotisme. Mais derrière ce que tu dis, je vois s’annoncer un despotisme, qui, s’il s’installe jamais, fera de moi un assassin alors que j’essaie d’être un justicier».

product_957309Les «années algériennes» de Camus résonnent toujours dans les conflits du présent, de la Tchétchènie au Moyen-Orient. Le tout-militaire affaiblit le politique et installe progressivement dans les sociétés une dangereuse culture de la force, de la guerre. À contre courant de la haine qui se déverse pendant la guerre d’Algérie, Camus a tenté de comprendre pourquoi ce couple, la France et l’Algérie, apparemment soudé, se brise à grands fracas. Y a-t-il jamais eu de l’intimité entre eux ? Il en doute, l’exprime, et se réfugie dans sa «communauté» celle des Européens d’Algérie, comme plusieurs témoignages le laissent penser.

À l’affût des âmes blessées, prenant comme toujours le parti de celui qui crée le trouble, Camus ne cesse d’intriguer. Rapport à la violence, refus du terrorisme, peur de perdre les siens et sa terre, nécessité d’égalité et cécité devant le nationalisme des Algériens : son œuvre apparaît comme un palais dans la brume. Plus le lecteur s’en approche, plus l’édifice se complique sans pour autant perdre sa splendeur.

BStora

Benjamin Stora
dernier ouvrage publié : Les trois exils, juifs d’Algérie, Paris, Ed Stock, 2006.

Stora


notes

1) Lettre d’Albert Camus à Francine Camus, 17 septembre 1952.
2) L’Express, 12 juillet 1957. À ce moment, dans un article, «Réflexions sur la guillotine», Albert Camus avait soulevé le problème moral de la peine de mort.

3) Herbert R. Lottman, Albert Camus, Paris, Ed du Seuil, 1978, page 609.4) Alors que Camus se trouvait à Stockholm pour recevoir le prix, la revue de l’Union des écrivains tchèques, Literarni Novini, proclama qu’en décernant le prix à Camus l’Académie suédoise avait rejoint le camp de la guerre froide.
5) Simone de Beauvoir, La force des choses, Paris, Ed Gallimard, 1964, page 406). Saint-John Perse (1945-1960), Une poétique pour l'âge nucléaire, textes réunis par Mireille Sacotte et Henriette Levillain, Paris, Klincksieck, 2005.
7) Jean Daniel, Albert Camus, in Célébrations nationales 2007, Ed. Ministère de la Culture, page 124.
8) Milan Kundera, Le rideau, Paris, Ed Gallimard, 2005, pages 68 et 69.
9)  Albert Camus, Discours de Suède, collection folio, éd. Gallimard, 1958 (1997 avec une postface de Carl Gustav Bjurström).

10) Tome 2 (Essais) des Oeuvres complètes d’Albert Camus, dans la bibliothèque de la Pléiade (4e trimestre 1965, pages 1881-1883).

11) Herbert R. Lottman, op. cit., p. 607. Les témoignages de Gisèle Halimi et Yves Dechezelles que j’ai recueillis vont dans le même sens.

12) Albert Camus condamne ainsi le massacre à Paris des responsables du syndicat impulsé par les messalistes du MNA, commis en septembre et octobre 1957, le moment ou il reçoit le Nobel, ce qui l’isole davantage encore parmi l’intelligentsia engagée aux côtés du FLN.

13)  Le 29 janvier 1956, Albert Camus, en contact avec l’avocat des nationalistes algériens, Yves Dechezelles, organise à Alger une conférence pour promouvoir une «Trêve civile» où les belligérants s’engageraient à respecter les populations civiles. La réunion, à laquelle participe Ferhat Abbas avec l’accord du dirigeant du FLN, Abane Ramdane, ne donna rien. Sur ce sujet, voir le livre de Benjamin Stora et Zakia Daoud, Ferhat Abbas, Paris, Ed Denoël, 1995, Ed Casbah, Alger, 1999.
 
14) Dans L’Express du 14 mai 1955. Il s’agit du premier article de presse écrit par Camus depuis de longues années. Cet article marque sa rentrée dans le journalisme actif qu’il avait abandonné après avoir quitté la direction du premier Combat. C’est de Grèce, où il voyage en 1955, qu’Albert Camus inaugure sa collaboration à L’Express.
15) Jean Daniel, Célébrations nationales, art. cit., 2007. De Jean Daniel, voir également, Avec Camus, comment résister à l’air du temps, Paris, Ed Gallimard, 2006, 160 pages.

16) Albert Camus et les Lettres algériennes : l’espace de l’inter discours, en deux tomes, 493 pages, sous la direction de Afifa Berhri, Ed. Université d’Alger, juin 2007.
17) Sur ce point, voir le beau livre de Jean Jacques Gonzales, Camus, l’Exil absolu, Paris, Ed. Le Marteau sans maitre, 2007, 196 p.

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Posté par michelrenard à 00:00 - 3 - Cultures et colonisations - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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