études-coloniales

Ce site édite une revue en ligne qui encourage les recherches consacrées à l’histoire coloniale et post-coloniale, à l'histoire des constructions mémorielles et des immigrations d’origines coloniales

mardi 29 septembre 2009

aspects positifs de la colonisation

Revue_Indig_ne_1925



le PCF et les aspects positifs

de la colonisation


Lamentable...!
Dans un communiqué, le "responsable national DOM-TOM du PCF" proteste contre l'attribution, par l'Académie des Sciences d'Outre-Mer, d'un prix évoquant les "aspects positifs de la colonisation".
Il aurait mieux fait de se rendre au siège de cette Académie et se renseigner sur la réalité de son travail, de son histoire et de son bilan.
L'Académie des Sciences d'Outre-Mer a été fondée, sous un autre nom, par Paul Bourdarie, qui avait lancé, en 1906, la Revue Indigène, islamophile et partisane d'une politique indigène libérale. Bourdarie est aussi à l'origine du projet de Mosquée à Paris.

Par ailleurs, l'Académie des Sciences d'Outre-Mer possède une bibliothèque importante et c'est un lieu de travail pour de nombreux chercheurs. Elle est, certes, plus attachée au savoir positif (dans le sens de "positivisme savant") sur l'époque coloniale qu'à la répétition pathologique des formules dépassées d'un anti-colonialisme de salon.

Quant à la question de savoir si la colonisation a eu des aspects positifs, la réponse est évidemment "oui", à côté d'aspects négatifs et révoltants. Il en va de la colonisation comme des grands processus historiques, on ne saurait les restreindre à une seule dimension… (ni réduire leur appréhension au bilan positif/négatif... évidemment).
Ce "responsable national DOM-TOM du PCF" est ignorant et stupide. C'est tout.

Michel Renard

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- communiqué de presse

«Les aspects positifs de la colonisation» récompensés : le PCF proteste !

Fondée en 1922, l'Académie des Sciences d'Outre-Mer est un établissement public à caractère administratif placé sous la tutelle du Ministère de l'Education Nationale. À ce titre, cette académie reçoit des subventions de fonctionnement de l’État.
Chaque année l'Académie décerne des prix destinés à récompenser les publications relevant de son champ d'action. Rien de plus logique jusqu’à présent.
Mais parmi les prix littéraires de l'Académie des Sciences d'Outre-Mer, un prix annuel pour un montant de 4000€ récompense un ouvrage traitant des «aspects positifs de la colonisation».
Le PCF exprime son étonnement et sa réprobation devant cette situation scandaleuse et intolérable. Il demande au gouvernement de réagir sans tarder.

Jean-louis Le Moing, Responsable national DOM-TOM du PCF
Paris, le 28 septembre 2009

Bourdarie_Mosqu_e_de_Paris_1920
le fondateur de l'Académie des Sciences d'Outre-Mer,
Paul Bourdarie (1864-1950),
fut l'un des "créateurs" de la Mosquée de Paris

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débat

Pourquoi, je ne trouve pas lamentable

la position du PCF

Désolé, je ne trouve pas du tout lamentable le communiqué du PCF à propos de l'attribution d'un prix pour un ouvrage qui "traite des aspects positifs de colonisation". Que vous ne soyez pas d'accord avec cette position exprimée par le PCF, c'est votre droit le plus absolu, mais porter un jugement de la sorte sur une position qui ne dissimule pas ses raisons, je le trouve inacceptable.

Je suis historien universitaire tunisien, il est hors de mon propos de me mêler dans la vie politique française, de même que je précise que je connais bien la bibliothèque de l'Académie des Sciences d'Outre-Mer et ses trésors, j'avoue qu'on est bien accueilli et bien servi. Mais là n'est pas l'objet de la protestation du communiqué, il s'agit d'attirer l'attention, encore une fois de plus, sur cette manière d'écrire l'histoire sur commande ou bien de dicter une lecture "idéologique" de l'histoire.

Encore une fois ce n'est ni par des lois, ni par des prix qu'on peut imposer une vision d'un système balayé par l'histoire. L'Académisme en histoire repose sur une lecture des différentes facettes et composantes d'un passé. Autant, je refuse la lecture nationaliste de l'histoire des pays anciennement colonisés, réduisant l'histoire de la période coloniale à une série noire d'atrocités, jalonnée par une histoire apologétique des combats héroïques des nationalistes et de leurs leaders, de la même manière et la plus ferme, je refuse une vision unilatérale, qui s'en tient uniquement aux aspects positifs de la colonisation. L'ère coloniale fait bel et bien partie de l'histoire des métropoles et des pays colonisés.

Le système colonial est système abominable basé sur la recherche de solutions à travers l'exploitation d'autres pays, cependant, une lecture raisonnée peut montrer que la réalité était beaucoup plus complexe et que le passage d'un certain nombre de pays par cette phase historiqe les a entraîné dans un processus de modernisation et de changement au niveau de leurs structures économiques et sociales. La présence européenne en dehors de l'Europe ne peut être réduite à celle des colons exploiteurs, aux gendarmes,aux soldats... Cependant, il faut préciser que l'objectif prioritaire de cette présence était l'exploitation des richesses d'autrui. Mais l'historien qui respecte son métier ne peut omettre de constater que cette présence a entraîné un certain nombre de transformations socio-économiques, d'une introduction d'un système scolaire moderne, de nouvelles institutions politiques (syndicats, partis politiques, associations...).

Une écriture objective de l'histoire, ne peut que tenir compte de tous les aspects d'un passé pluriel, elle refuse forcément les visions manichéennes, cette histoire doit s'écrire en partage entre les historiens des pays de la métropole et ceux des pays nouvellement indépendant, c'est une écriture en partage d'un passé commun. C'est le sens que je donne à la position exprimée par le PCF qui s'est élevé contre l'encouragement par une institution publique financé par l'argent de tous les contribuables mais qui veut encourager une lecture unilatérale du passé en ne montrant que les aspects positifs. Pour finir, je m'opposerai avec la même rigueur et fermeté contre toute lecture tronquée de l'histoire le limitant à une série de victoires ou le réduisant à un tableau noir.

Habib Kazdaghli
Professeur d'histoire contemporaine
Université de Tunis-Manouba

Email : habib.kazdaghli@yahoo.fr
Date de publication : 29/09/09 - 14:36



réponse à Habib Kazdaghli


1) Sur le fond, nous sommes plutôt d'accord.
En témoigne votre allusion : "le passage d'un certain nombre de pays par cette phase historique [la colonisation] les a entraînés dans un processus de modernisation et de changement au niveau de leurs structures économiques et sociales. La présence européenne en dehors de l'Europe ne peut être réduite à celle des colons exploiteurs [tous les colons n'étaient pas "exploiteurs", c'est même une minorité d'entre eux qui l'étaient], aux gendarmes, aux soldats".
Ou encore cette phrase : "l'historien qui respecte son métier ne peut omettre de constater que cette présence a entraîné un certain nombre de transformations socio-économiques, une introduction d'un système scolaire moderne, de nouvelles institutions politiques (syndicats, partis politiques, associations...)".
Voilà ce qu'on peut appeler des "aspects positifs".
Comme vous, nous sommes "contre toute lecture tronquée de l'histoire la limitant à une série de victoires ou la réduisant à un tableau noir". Voilà pour l'essentiel.

2) Par contre des formules comme "le système colonial est un système abominable" [la présence coloniale relève-t-elle d'un "système"…? personne ne l'a montré…] ; ou comme "système balayé par l'histoire" [qu'est-ce qui finalement n'est pas "balayé par l'histoire"…?], relèvent plus d'une vision idéologique que de la rigueur historienne. Je pense même que la période coloniale a suscité des modernités que de nombreux pays "décolonisés" sont loin d'avoir assimilées (je n'ai pas la Tunisie à l'esprit en disant cela, au contraire).

3) Personne, en France, n'écrit l'histoire "sur commande". Et ce n'est pas le montant des prix attribués par l'Académie des Sciences d'Outre-Mer qui permettra une quelconque "commande"… Mais il est agréable qu'une institution soit sensible à autre chose que le discours repentant sur la période coloniale.

4) Quant à la position du PCF, je ne vois pas quel "courage" elle manifeste. Il ne faut pas exagérer… Le courage serait justement, pour le PCF, de revisiter son passé pour éviter ces postures "gauchistes". Comme si l'Académie des Sciences d'Outre-Mer était une nouvelle Bastille…!!

Michel Renard

Date de publication : 29/09/09 - 16 : 48


Le livre de ma femme et ses aïeux  pieds-noirs

Je ne trouve pas lamentable la position du Parti Communiste, je trouve également juste la réplique de monsieur Michel RENARD.
Pour ma part, j'ai écris sous la dictée de madame Xuân Lan, Jeannette ULMANN, le livre témoignage "Indochine, une passion jamais éteinte" (éditions-elzevir.fr). Elle y relate en premier paragraphe son origine Pieds-noirs, puis pieds-jaunes (terme approprié pour désigner ceux qui ont colonisé l'Indochine). L'écrivaine a fait un poème sur son père et ses aïeux coloniaux, en Algérie, depuis les années 1850, puis en Indochine. Tous n'étaient pas, loin de là, des esclavagistes.

Toutefois, ayant habité des années de ma jeunesse aux Antilles Françaises, j'ai pu constater que dans ces départements, dans les années 1950. Les béquets se comportaient aussi mal que les fameux colonialistes d'Afrique et d'Asie. C'est bien regrettable, mais c'est le système libéraliste et capitaliste lié au profit sans scrupule, qui en est la cause. Croyez-vous sérieusement que certains patrons français ne font pas de colonialisme franco-français ? cette époque bananière existe encore, il suffit de voir les révoltes récentes. Oui, j'estime que l'on doit enterrer ce sinistre passé, mais que l'on s'occupe du scandale de notre pauvre peuple de travailleurs de métropole et d'outre-mer qui souffre de l'injustice.

Serge Ulmann

Date de publication : 30/09/09 - 02 : 06
ulmann.serge@orange.fr

 

drapeau
l'Académie des Sciences d'Outre-Mer

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jeudi 6 novembre 2008

rétablir les vérités historiques

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passé colonial français :

rétablir les vérités historiques

Daniel LEFEUVRE

Le samedi 11 octobre, 15 h, au logis de la Chabotterie, à Saint-Sulpice-le-Verdon, (Vendée) s'est tenue une conférence organisée par le Cercle algérianiste des Pays de Loire, en présence de Daniel Lefeuvre, professeur d'histoire contemporaine à l'université de Paris VIII.

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cliquer sur l'image pour l'agrandir et lire le texte plus facilement

interview

- Quelles accusations certains historiens portent-ils sur le passé colonial français ?
Daniel Lefeuvre - L'accusation est triple. La conquête coloniale a d'abord été une oeuvre d'extermination. La colonisation a ensuite été une oeuvre de pillage des richesses. Enfin, les colons ont profité de ces richesses en exploitant les colonisés.
- La France a-t-elle pillé et profité de la richesse des colonies ?
La métropole a été plus utile aux colonies que l'inverse, surtout pendant la crise économique de 1929. Les produits algériens coûtaient 12% plus cher que les mêmes produits issus du marché mondial. Certes, l'Algérie a été le meilleur client de la France, mais c'était un client bien particulier qui achetait les produits français avec l'argent de son fournisseur... qui n'était autre que la France.
- Les soldats coloniaux étaient-ils de la chair à canon ?
Bien sûr que non. Contrairement à ce qu'a essayé de faire croire le film Indigènes de Rachid Bouchereb sorti en 2006, les soldats coloniaux n'ont pas été envoyés en première ligne pour épargner la vie des soldats français. En tant qu'historien économiste, je m'appuie essentiellement sur les chiffres. Pendant la Première Guerre mondiale, la mortalité des soldats métropolitains s'est élevée à 16% contre 15% pour les soldats musulmans algériens et 15% pour les Français d'Algérie. Et ce sont les Français d'Algérie qu'ont le plus souffert de la Seconde Guerre mondiale. Cela n'enlève rien à l'horreur de ces deux guerres.
- Pourquoi vouloir à tout prix se repentir de l'oeuvre coloniale française ?
L'enjeu est avant tout politique. Des mouvements cherchent à stigmatiser la colonisation pour mieux faire entendre leurs revendications. Pour eux, la colonisation est le péché originel de la République, une tare qui a violé nos principes institutionnels et a conduit aux nombreux actes racistes du vingtième siècle. C'est aussi un problème de méthodologie historique. Certains historiens ne font pas la différence entre le discours d'intention et la pratique. Ils généralisent quelques cas particuliers. Beaucoup font de l'anachronisme et jugent le passé par rapport aux critères moraux d'aujourd'hui. D'emblée, leur but est de condamner la colonisation.


9782081213067FS

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jeudi 30 octobre 2008

lettre au journal "La Tribune" (Alger)

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pas question

de "pensée philocoloniale"

Daniel LEFEUVRE


demande de droit de réponse au journal algérien La Tribune

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Daniel Lefeuvre
Professeur des Universités en histoire contemporaine
Université Paris 8

à M. A Ghezali
Directeur de La Tribune (Alger)

Paris, le 30 octobre 2008

Monsieur le Directeur,

Dans un article publié par votre journal, le 29 octobre 2008, "Une repentance collective plutôt qu'une repentance individuelle, Lettre d'Ahmed Zabana à Guy Moquet", votre collaborateur, Nourreddine Khelassi, me met nommément en cause comme membre d'un "influent courant de la non-repentance" portant à bout de bras une "forte pensée philocoloniale".

Cette affirmation est dénuée de tout fondement et elle est propre à jeter le doute sur la qualité scientifique de mes travaux.

Mes ouvrages, en particulier Chère Algérie (réédition Flammarion, 2008), et Pour en finir avec la repentance coloniale (rééd. Flammarion, 2008) comme mes articles ou contributions à des colloques ne sont en rien porteur d'une pensée "philocoloniale", ni d'aucune nostalgie coloniale, bien au contraire.

Persuadé que le souci de la vérité et le respect dû à vos lecteurs constituent le fondement éthique de votre démarche de journaliste, je vous serais reconnaissant de m'accorder le droit de réponse qui me permettra de rectifier les erreurs, approximations, amalgames qui constituent le fond de l'article incriminé.

En vous en remerciant par avance, je vous prie de croire, Monsieur le Directeur, en l'expression de mes salutations distinguées.

Daniel Lefeuvre
lefeuvre.daniel@orange.fr

9782859700195FS

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lundi 28 avril 2008

"responsabilité de la France" en Algérie (Benjamin Stora)

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Colonisation en Algérie :

"C'est la première fois que la France

reconnaît sa responsabilité"

Benjamin STORA


La casbah d'Alger, le 10 janvier 1957, durant la guerre d'Algérie, au cours de la bataille d'Alger                
AFP/Archives - La casbah d'Alger, le 10 janvier 1957,
durant la guerre d'Algérie, au cours de la bataille d'Alger

L'ambassadeur de France en Algérie, Bernard Bajolet, a déclaré dimanche à Guelma (est) que le «temps de la dénégation» des massacres perpétrés par la colonisation était «terminé». Pour Benjamin Stora, historien spécialiste de l'Algérie et auteur de Appelés en guerre d'Algérie (éditions Gallimard, La Découverte, 2008), il s'agit d'une déclaration importante. Interview.

En quoi les propos de Bernard Bajolet marquent-ils une nouvelle étape dans les rapports entre la France et l'Algérie ?
C'est la première fois que la France reconnaît officiellement sa responsabilité. Non seulement l'ambassadeur a qualifié les faits, en parlant de «massacres», mais il a reconnu «la très lourde responsabilité des autorités françaises de l'époque dans ce déchaînement de folie meurtrière (qui a fait) des milliers de victimes innocentes, presque toutes algériennes». Son prédécesseur, Hubert Colin de Verdière, avait seulement évoqué en 2005 une «tragédie inexcusable».

Comment expliquer ce tournant ?
On observe depuis le discours de Nicolas Sarkozy à Constantine en décembre dernier une véritable volonté de tourner la page en vue de construire l'Union méditerranéenne, dont le premier sommet est prévu le 13 juillet à Paris. Ce n'est d'ailleurs peut-être pas un hasard si cette déclaration intervient au moment où Nicolas Sarkozy est en Tunisie. L'Algérie, avec ses 1 200 km de frontières le long de la Méditerranée, est un partenaire économique et politique incontournable de cette Union.

La France va-t-elle finir par présenter des excuses, comme le souhaiterait l'Algérie?
Pas forcément. La France est prête à la reconnaissance, pas à la repentance. La presse algérienne l'a regretté ce lundi. Les propos de Bernard Bajolet ont toutefois fait la une des journaux, ce qui prouve leur portée. Reconnaître la blessure de l'autre, c'est déjà une étape importante.

Propos recueillis par Catherine Fournier
20Minutes.fr, éditions du 28/04/2008 - 17h00

BStora








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samedi 22 mars 2008

Entre l’Algérie et la France, le temps de l’affrontement est terminé

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"Entre l’Algérie et la France,

le temps de l’affrontement est terminé"

Alain MARLEIX


Alain Marleix, secrétaire d’État français auprès du ministre DE LA Défense chargé des Anciens combattants, à Liberté, journal algérien, 22 mars 2008.

Même si ses attributions viennent de changer au sein du gouvernement français, Alain Marleix, secrétaire d’État auprès du ministre de la Défense chargé des Anciens combattants, effectuera à Alger les 21 et 22 mars la visite qui avait été programmée en plein accord avec son successeur, Jean-Marie Bockel, et le ministre de la Défense, Hervé Morin. Mandaté par le président Sarkozy dont il est un des proches ministres, Alain Marleix, livre à Liberté la nouvelle vision qui prédomine à L’Élysée sur les relations algéro-françaises, notamment sur l’épineuse question de la mémoire. Sans éviter les points sensibles de cette relation entre Alger et Paris, Alain Marleix transcende les clivages historiques pour souligner ce nouvel état d’esprit qu’il résume par le fait que “la France veut avancer pour rapprocher nos mémoires”. Il abordera, également, la reconnaissance de la France pour la participation essentielle des anciens combattants algériens à la victoire sur le nazisme durant la Seconde Guerre mondiale et la réforme de leur statut, notamment sur les pensions, décidée par Paris.

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Monsieur le secrétaire d’État, six mois après votre première visite, dans quel état d’esprit revenez-vous à Alger, tout en sachant que la visite du président Sarkozy, en décembre 2007, avait suscité, comme à l’accoutumée dans les relations algéro-françaises, des passions et des controverses dans les deux pays ?

Je suis heureux de revenir ici à Alger, où j’effectue mon troisième déplacement depuis septembre 2007. Tout d’abord, parce que je sais y être bien accueilli par les autorités algériennes. Je veux les en remercier. Et surtout, parce que cette visite témoigne de l’attachement du président de la République et du gouvernement français à la relation d’exception avec l’Algérie. Vous savez que je viens d’être nommé à d’autres fonctions au sein du gouvernement. Mais le président m’a demandé de maintenir ma visite pour réaffirmer l’importance qu’il attache personnellement à la relation franco-algérienne et pour tenir les engagements qu’il a pris pendant sa visite d’État.

La France, Monsieur le secrétaire d’État, semble plus déterminée dans son action par rapport aux anciens combattants algériens qui ont été les “oubliés” de la lutte contre le nazisme. Est-ce que les mesures que vous préconisez, notamment la revalorisation des pensions, demande majeure de ses anciens combattants, sera à l’ordre du jour ?

Non, la France n’a pas oublié les 150 000 Algériens qui ont pris, au côté de leurs frères d’armes français, une part déterminante à la lutte contre le nazisme. En Provence ou en Alsace, par exemple, nos villes se souviennent, à travers le nom de leurs rues ou leurs monuments, que leur libération est aussi venue du Maghreb. La France a si peu oublié, qu’en 2004, Alger a été faite “chevalier de la Légion d’honneur” pour rappeler à tous et, notamment aux plus jeunes qu’elle fut pendant près de deux ans, la capitale de la France libre ! Au-delà et, puisque vous le savez, nous venons de rendre un hommage solennel à notre dernier poilu de la Première Guerre mondiale. Je voudrais rappeler qu’en 2006 a été inauguré à Verdun un monument [photo ci-dessous] à la mémoire des soldats musulmans qui ont pris part à cette guerre. Parmi eux, il y avait déjà 170 000 Algériens.

Verdun_m_morial_musulman
Afp/Jean-Christophe Verhaegen

En revanche, je pense que le souvenir de cette partie de notre histoire commune a été gommé, ou en tout cas brouillé, par ce qui, plus tard, nous a opposés. Des deux côtés de la Méditerranée, à partir des années 1960, la nouvelle page que chacun de nos deux pays devait écrire n’offrait pas beaucoup de place à cette épopée, qui pourtant restera comme une des plus belles pages de l’histoire, écrite ensemble cette fois, par nos deux nations. Ceci peut expliquer que le problème des pensions militaires françaises versées aux anciens combattants algériens ait été si long à trouver une solution. Mais aujourd’hui, c’est chose faite ! Je vous précise à ce sujet qu’après la réforme de décembre 2002, qui s’était déjà traduite par un quadruplement des sommes versées, l’alignement total des prestations versées aux anciens combattants algériens sur les pensions françaises est intervenu en Algérie dès juin 2007. Aujourd’hui, près de 5 milliards de dinars sont versés à ce titre chaque année en Algérie.

Mais nous voulons aller plus loin après l’entrée en vigueur de cette réforme essentielle. Nous voulons maintenant apporter aux anciens combattants algériens les prestations complémentaires, en matière d’action sociale, de soins médicaux ou encore d’appareillage, auxquelles ils ont droit. Cela passe par la réouverture très prochaine d’un service d’accueil et d’information dans les anciens locaux du consulat général de France, dans le quartier du Télemly, à Alger.

On n’a jamais évoqué les raisons exactes de la fermeture du service des anciens combattants à Alger en 1994. Pourquoi une telle décision et est-ce que cela ne vous a pas pénalisé dans le suivi des dossiers des anciens combattants algériens ?

La suspension d’activité – et non pas la fermeture – du service des anciens combattants d’Alger en 1994 Diapositive1était uniquement due au contexte sécuritaire difficile que connaissait alors l’Algérie. Aujourd’hui, heureusement, les choses ont évolué plus favorablement dans ce domaine. Mais il faut le rappeler tout simplement : les conditions d’alors ne permettaient plus l’exercice de nos missions qui exigent pour la plupart d’entre elles un contact direct avec nos usagers.

Cela a pénalisé les anciens combattants algériens qui n’avaient plus d’interlocuteurs sur place et qui, désemparés, se sont adressés à beaucoup de services de mon ministère ou d’autres administrations qui ont apporté, dans la mesure de leurs possibilités, les meilleures réponses.

Mais cela n’était pas satisfaisant et c’est pourquoi dès 2004 nous avons repris progressivement une partie de notre activité, celle consacrée au suivi de l’appareillage orthopédique des mutilés de guerre (800 personnes environ). Depuis cette date, un technicien spécialisé assure cette mission à Alger en partenariat étroit avec l’Office national de l’appareillage des personnes handicapées, qui est, je crois, l’un des organismes de référence en la matière. Une convention a été signée, et cette collaboration, dans un domaine très technique, se déroule à la satisfaction de tous.

Ce que je veux maintenant ajouter sur ce sujet, c’est que, dorénavant, les anciens combattants algériens ont un interlocuteur, ici, à Alger, à travers le service des anciens combattants placé près de l’ambassade de France. Déjà des sessions d’accueil personnalisées sont organisées dans les consulats généraux de France à Oran et Annaba pour ceux qui habitent dans ces deux régions. Tous les anciens combattants ou leurs veuves peuvent y recourir. Une seule condition : prendre au préalable un rendez-vous au numéro 1579. Dans un avenir très proche, cette même possibilité d’accueil sera offerte à Alger, dans les locaux de notre nouveau service des anciens combattants. Mais d’ores et déjà, celui-ci est à l’écoute des demandes qui lui sont adressées par téléphone ou par courrier. Dans  les prochaines semaines, il mettra également en ligne sur le site de l’ambassade de France, une banque d’informations accessible aux 28 000 ressortissants concernés recensés aujourd’hui en Algérie.

Différents services et avantages semblent en préparation au niveau de votre cabinet. Qu’en est-il ? Existe-il de nouvelles mesures dans ce sens ?

La vraie nouveauté passe par la réouverture prochaine du service de proximité qui pourra leur apporter les prestations complémentaires déjà prévues par la loi mais qui nécessitent pour leur mise en œuvre une possibilité d’accueil et de réception de notre public. En revanche, dorénavant, et c’est aussi une nouveauté introduite par la réforme entrée en vigueur cette année, les anciens combattants algériens bénéficieront, comme leurs camarades français, de toute éventuelle évolution positive de la législation française dans ce domaine. Si, par exemple, on décidait d’augmenter le montant de la retraite du combattant, les anciens combattants algériens en bénéficieraient de plein droit, ce qui n’est que justice !

Le président Sarkozy a, dans un geste unique, rendu à l’Algérie la carte des mines enfouies par l’armée française durant la guerre d’indépendance. Ce geste a été apprécié en Algérie. D’autres décisions de ce type peuvent-elles suivre ? La prise en charge des victimes de ses mines semble être une de vos priorités avec la création de centres orthopédiques et d’appareillage ?

La France a certainement trop tardé pour remettre les plans des champs de mines des lignes Challe et Morice, mais il faut reconnaître ici qu’il s’agit d’une décision que le président Sarkozy a prise dès son élection. Au-delà de l’aspect pratique de cette mesure - je sais qu’il fait ici l’objet de débats mais je sais aussi qu’il n’est pas nul ! - il y a d’indéniables aspects symboliques dans cette décision : le temps de l’affrontement est terminé ! Il faut aller de l’avant, sans oublier - car l’oubli serait une insulte à la mémoire des morts de nos deux pays - et privilégier, dorénavant, et je cite le président de la République, “ce qui nous unit par le cœur et la raison”.

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Alain Marleix en visite à Oran, septembre 2007 (source Ambassade de France)

Plus concrètement, je précise que lors de la visite d’État de décembre dernier, le président de la République s’est engagé auprès du président Bouteflika à assurer, en fonction des besoins qui nous seraient signalés par les autorités algériennes, une prise en charge médicale et orthopédique des victimes de ces mines. Les modalités de cette action, qui serait menée en partenariat étroit avec les structures algériennes qui interviennent déjà très efficacement dans ce domaine, restent aujourd’hui à préciser, mais nous sommes prêts à prendre notre part dans le traitement de ces cas douloureux. Mon département ministériel a une réelle compétence dans ce domaine, et il est prêt à étudier des procédures d’échange de savoir-faire ou de collaboration technique.

Le débat sur la mémoire est apprécié différemment dans les deux pays. Le concept de “bienfaits de la colonisation” a été vécu comme un outrage par les Algériens, très attachés à leur histoire, à qui certains politiques français semblent demander d’oublier les crimes coloniaux. Comprenez-vous ce sentiment de justice et de rétablissement des faits du côté algérien ?

Je comprends, d’autant plus cette nécessité de rétablir les faits que le président Sarkozy l’a fait, ici même, en Algérie, à l’occasion de son discours à l’université Mentouri de Constantine. Le président de la République, dans un discours très novateur, a souhaité que nos deux peuples regardent l’histoire en face, sans se cacher derrière les idéologies et les polémiques que certains, en France, mais peut-être aussi en Algérie, souhaitent en permanence raviver. Il a condamné la colonisation, de la manière la plus solennelle. Il a reconnu, sans détour, sans langue de bois, que la France avait commis en Algérie des fautes et des crimes. Aucun de ses prédécesseurs ne l’avait fait avant lui. La France veut avancer pour rapprocher nos mémoires.

Vous me parlez encore de l’article d’une loi qui a été abrogé dès 2005, à la demande du président Chirac, ce qui, aussi, était une démarche exceptionnelle, car ce texte avait été voté par le Parlement. Ce texte ne fait plus partie du droit français ! Alors, pourquoi en parle-t-on encore ? Connaissez-vous un autre pays qui ait abrogé une loi de son Parlement, pour donner un gage d’amitié et d’apaisement à un autre pays ? Moi, je n’en connais pas.

Je sais aussi que certains réclament les archives. La France a déjà rendu les archives de la période ottomane que l’État détenait. Concernant les archives de la période coloniale, celles-ci font l’objet d’un différend entre juristes, les nôtres estimant, au contraire de leurs homologues algériens, qu’elles sont la propriété de l’État français qui les a édictées.

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Centre des archives d'outre-mer à Aix-en-Provence : ouvert à tous

Mais si l’on veut vraiment aller vers la vérité, alors il faut cesser de camper sur des positions de principe qui bloquent ce dossier depuis des décennies et l’aborder de façon pragmatique, comme nous l’avons fait pour les mines. Ainsi nous avons proposé à la partie algérienne une coopération dans ce domaine. Le directeur des archives a été invité en France, et nous serions heureux de l’accueillir au moment qui lui conviendra. Nous avons proposé la création d’un groupe de travail composé d’experts franco-algériens pour faciliter l’accès des historiens à ces archives. Enfin, l’Institut national audiovisuel français a transmis récemment toutes les archives télévisuelles correspondant à l’Algérie. Je dis bien toutes, sans exception. On peut regretter que les images ne montrent pas les souffrances des Algériens, mais il s’agit pour beaucoup d’images de la télévision officielle française. Elles choisissaient de montrer une partie seulement de la réalité. Ce n’est qu’une face de la vérité et je le reconnais sans difficulté. Aux historiens français et algériens de rétablir tous les faits.

L’idée d’un pardon de la France à l’égard de l’Algérie est-il, pour vous, une nécessité, une repentance, un aboutissement logique, un mea-culpa impossible ou un geste inconcevable ?

Nous avons la chance aujourd’hui de pouvoir prendre le même chemin, celui de la vérité. La vérité, si difficile qu’elle puisse être à entendre pour certains, nous amènera à l’apaisement. Nous souhaitons avancer dans la reconnaissance des faits en respectant la dignité de chacun. C’est un travail qui doit se faire à deux. La France a la responsabilité principale de ce qui s’est passé pendant la période coloniale. Mais cela ne veut pas dire que la vérité est en noir ou blanc. Il faut lever tous les tabous et remettre en cause les vérités révélées des deux côtés. C’est pourquoi nous souhaitons que des historiens algériens et français travaillent ensemble dans la future fondation pour la mémoire annoncée par le Premier ministre François Fillon.

Votre prédécesseur, M. Mekachera, était un harki qui n’a pas été le bienvenu à Alger à cause du dossier sensible des harkis. Pour l’Algérie, ce dossier est définitivement franco-français. Comprenez-vous l’Algérie quand elle ne veut pas évoquer cette question du moment qu’on ne discute pas avec ceux qui ont trahi la patrie, comme vous n’avez jamais fait preuve d’indulgence envers les vichystes ?

Tout d’abord, une précision. M. Mekachera  était un officier de carrière de l’armée française dans laquelle il a servi jusqu’en 1975. Il fait partie de ceux qui ont opté pour la nationalité française, comme d’autres, Français d’Algérie, ont choisi de devenir algériens ainsi que le prévoyaient les Accords d’Évian. Il n’était donc pas à proprement parlé un harki, puisque les harkis n’avaient pas le statut de militaire.

Cela dit, je ne suis pas sûr que la comparaison entre les harkis et les collaborateurs du régime nazi soit opportune, car la France en Algérie, malgré tout ce que l’on peut reprocher au système colonial — que le président de la République a justement dénoncé lors de sa visite d’État —, ce n’était pas la barbarie nazie. La réalité est déjà assez terrible pour que l’on n’en rajoute pas.

harkis
source

L’exagération n’est jamais la meilleure façon de rendre hommage à ceux qui ont souffert. En revanche, vous avez raison de dire que ce dossier comporte un fort enjeu franco-français car les harkis sont membres à part entière de notre communauté nationale et il s’agit de faire en sorte qu’aucune discrimination ne soit exercée à leur égard.

Les harkis ont choisi la France, et si la France avait tort, comme l’histoire l’a ensuite démontré, ce n’est pas aux harkis qu’il faut s’en prendre, mais à la France. La France, elle, a des devoirs envers ces harkis qu’elle a longtemps traités de façon injuste. Sur la perception de cet aspect de l’histoire, il faut aussi peut-être tout simplement reconnaître que nos points de vue divergent encore, même si je peux très bien comprendre la sensibilité qui est la vôtre.

Quelle est la position de votre département par rapport à certaines commémorations et stèles provocatrices en France qui glorifient les acteurs et les actions de l’OAS en Algérie ?

Vous savez, il existe chez nous une multitude d’associations qui représentent différentes sensibilités. Certaines d’entre elles, par exemple, retiennent la date du 19 mars, tout comme vous, pour commémorer la fin de la guerre en Algérie. D’autres refusent cette date. Ces associations organisent parfois des manifestations ou commémorations qui, dès lors qu’elles respectent les règles de droit commun, sur les troubles à l’ordre public, par exemple, sont autorisées. Mais elles doivent être distinguées des commémorations officielles organisées par l’État qui elles seules traduisent la volonté d’inscrire dans la mémoire nationale tel ou tel événement.

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Alain Marleix en visite à Mers-el-Kebir, septembre 2007 (source Ambassade de France)

Pour ma part, je souhaiterais une approche plus consensuelle, partagée, de la mémoire, et c’est pourquoi nous souhaitons soumettre aux autorités algériennes un projet de fondation commune pour assurer l’entretien et la restauration des cimetières européens, mais aussi, pourquoi pas, des monuments les plus remarquables d’avant-l’indépendance. Je pense qu’aujourd’hui, les Français rapatriés d’Algérie et leurs descendants peuvent constituer une force d’impulsion des relations franco-algériennes. Ceux d’entre eux qui visitent l’Algérie sont d’ailleurs toujours reçus magnifiquement.

Certains à Alger on cru qu’avec l’arrivée du président Sarkozy à l’Élysée, considéré comme ne faisant pas partie de la “génération algérienne” de la classe politique française puisque n’ayant pas connu la guerre, les choses allaient changer. Mais on ne le sent pas décomplexé vis-à-vis de la question du pardon.

Le président Sarkozy a été le premier chef d’État a reconnaître les crimes et les fautes commis pendant la période coloniale. Je sais que ce discours a été apprécié par de nombreux responsables. Il a lancé un message d’amitié et de confiance.
Dans son discours de Constantine, il a voulu s’adresser aux jeunes Algériens pour dire que nous souhaitions nous tourner vers l’avenir sans oublier les blessures profondes que les tragédies de l’histoire ont laissées sur l’âme du peuple algérien. C’est ainsi que nous serons fidèles aux souvenirs de nos morts, qu’ils soient Algériens ou Français.
C’est par des gestes concrets, comme ceux qu’il a décidés, que les choses changeront. L’union pour la Méditerranée, que le président Sarkozy a initiée, sera certainement une des traductions de ce changement, qui permettra à toutes les générations qui n’ont pas connu la guerre, en France mais aussi en Algérie, de mieux se connaître et d’être fières de la richesse de ce qu’elles ont en commun.

entretien accordé par Alain Marleix
à Mounir Boudjema source

Diapositive1

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samedi 26 janvier 2008

l'aphasie des idéologues de la fracture

Diapositive3


l'aphasie de

Nicolas Bancel et Pascal Blanchard

face aux critiques historiennes


BancelLa revue Mouvements, qu'on a connue en d'autres temps plus rigoureuse dans ses parrainages intellectuels, a demandé à Nicolas Bancel [ci-contre en haut] et Pascal Blanchard [ci-contre en bas] de répondre aux critiques qu'avait suscitées la publication du recueil de textes la Fracture coloniale aux éditions La Découverte en 2005. Et notamment aux arguments avancés par le spécialiste de l'Afrique des Grands Lacs, Jean-Pierre Chrétien, par l'anthropologue Jean Copans, par le politiste Romain Bertrand (Mémoires d'empire).
BlanchardLeur texte répond à certaines mises en cause mais évite soigneusement celles du livre Pour en finir avec la repentance coloniale de Daniel Lefeuvre, paru à l'automne 2006. Le procédé relève de l'agit-prop : au lieu de lire et de répondre aux arguments, on charge son adversaire de péchés imaginaires en escomptant que le lecteur sera dissuadé d'aller voir lui-même de quoi il s'agit. Privé de l'information nécessaire, il s'en remet au discours qu'on lui sert. C'est du "bourrage de crâne" comme celui auquel oeuvraient les commissions de contrôle de presse des régions militaires française entre 1914 et 1918. Rien de plus. Voici donc l'extrait de leur texte consacré à Daniel Lefeuvre ("l'anti-repentant..."), puis le même texte avec les critiques qu'appelle ce genre de rhétorique.

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L'anti-repentant ou le croisé de l'identité française

Nicolas Bancel, Pascal Blanchard

Le dernier des quatre ouvrages retenus ici s'inscrit dans le registre de l'attaque directe. Daniel Lefeuvre fait le procès d'un certain nombre de spécialistes de la colonisation qui ne "pensent" pas comme lui et cherchent à démontrer les mécanismes de leurs thèses par d'innombrables exemples, n'hésitant pas à jouer avec les faits, les statistiques et les démonstrations les plus abusives.
En fait, cet ouvrage est la version papier de l'activisme qu'il mène sur son site internet (études coloniales) – avec Marc Michel et Michel Renard -, pour une "véritable histoire coloniale" loin de toute "repentance". Daniel Lefeuvre publie ce livre (Pour en finir avec le repentance coloniale) après avoir été fortement critiqué pour sa participation au conseil scientifique du Musée de la France en Algérie initié par Georges Frêche à Montpellier. La Fracture coloniale n'est pas la cible privilégiée de l'auteur, dont les deux "têtes de turcs" sont Gilles Manceron et Olivier Le Cour Grandmaison. Mais l'ouvrage est cité comme étant représentatif d'un hypothétique "groupe de repentants". Nous renvoyons au compte-rendu, très argumenté, de l'ouvrage par Catherine Coquery-Vidrovitch. Précisons néanmoins un point essentiel. Catherine Coquery-Vidrovitch rappelle que la notion de "repentance" n'a "été utilisée par aucun historien" et qu'il est avant tout "injurieux à l'égard de collègues dont la conscience professionnelle est indéniable", ayant avant tout des objectifs "essentiellement politiques". Et de conclure, "ce que prouve ce pamphlet, c'est l'inculture de son auteur concernant la colonialité".
On atteint, en effet, avec l'ouvrage de Daniel Lefeuvre le summum du mélange des genres, entre prétentions savantes et veine polémique, ce qui autorise son auteur à toutes les outrances.
Pour résumer, parler d'une "fracture coloniale", serait la faire exister. D'où les anachronismes nombreux relevés dans la littérature polémique sur l'ouvrage, entre un projet débuté en 2001, une étude menée sur le terrain à Toulouse en 2003, une synthèse remise au Fasild et à la DIV en 2004, un ouvrage publié en septembre 2005 et les émeutes de novembre 2005. Nous serions non les analystes de la "fracture coloniale", mais les promoteurs de celle-ci. Pour quelques-uns de nos contempteurs, pour résoudre toutes les questions en jeu dans l'ouvrage, le plus simple serait de n'en point parler.

Nicolas Bancel, Pascal Blanchard
in Mouvements, n° 51, septembre-octobre 2007, p. 46-47.

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L'anti-repentant ou le croisé de l'identité française

[l'anti-repentant, d'accord ; mais pourquoi la référence à l'identé française est-elle accolée au terme de "croisé" : n'existe-il pas d'autre positionnement à l'égard de l'identité française que celle du croisé ?
Michelet, Marc Bloch, la Résistance, Braudel, Nora..., des croisés ?]


Pour_en_finir_repentance_couvdaniel_repentance_couvLe dernier des quatre ouvrages retenus ici s'inscrit dans le registre de l'attaque directe. Daniel Lefeuvre fait le procès [pourquoi procès ? pourquoi pas critique ? parce que celle-ci relève de la controverse intellectuelle que N. Bancel et P. Blanchard ne veulent pas assumer, et que celui-là est imputable à un procureur ou à un juge qui condamne ? – classique procédé discursif de victimisation…] d'un certain nombre de spécialistes de la colonisation [ce sont surtout des non spécialistes qui sont critiqués et contre lesquels sont invoqués les historiens sérieux] qui ne "pensent" pas comme lui et cherchent [ou : cherche ?] à démontrer [ou : démonter ? - dans sa syntaxe d'origine, cette phrase n'a aucun sens : qui est le sujet du reste de la phrase ? DL ou les "spécialistes de la colonisation"...?] les mécanismes de leurs thèses par d'innombrables exemples [le nombre d'exemples serait-il un défaut ? – par ailleurs, il n'y a pas que des exemples, mais des analyses], n'hésitant pas à jouer avec les faits [lesquels…?], les statistiques [établissez-le] et les démonstrations les plus abusives [en quoi seraient-elles abusives ? – tout un vocabulaire de l'exagération pour esquiver la confrontation sur le fond].

En fait, cet ouvrage est la version papier de l'activisme [pourquoi ce terme péjoratif pour décrire la publication de contributions et de documents relatifs à l'histoire coloniale sur internet ?] qu'il mène sur son site internet (études coloniales) – avec Marc Michel et Michel Renard -, pour une "véritable histoire coloniale" loin de toute "repentance". Daniel Lefeuvre publie ce livre (Pour en finir avec la repentance coloniale) après avoir été fortement critiqué pour sa participation au conseil scientifique du Musée de la France en Algérie initié par Georges Frêche à Montpellier [réduire une argumentation analytique à une imaginaire réaction épidermique de dépit..., encore un procédé rhétorique pour fuir le débat de fond]. La Fracture coloniale n'est pas la cible privilégiée de l'auteur, dont les deux "têtes de turcs" sont Gilles Manceron et Olivier Le Cour Grandmaison. Mais l'ouvrage est cité comme étant représentatif d'un hypothétique "groupe de repentants".

Nous renvoyons au compte-rendu, très argumenté, de l'ouvrage par Catherine Coquery-Vidrovitch. [le compte rendu de Catherine Coquery-Vidrovitch a été republié sur ce blog ainsi que la réponse de Daniel Lefeuvre que N. Bancel et P. Blanchard semblent ignorer parce que le site du prétentieux Comité de Vigilance face aux usages publics de l'histoire (CVUH) n'a pas eu le courage de la publier]. Précisons néanmoins un point essentiel. Catherine Coquery-Vidrovitch rappelle que la notion de "repentance" n'a "été utilisée par aucun historien" et qu'il est avant tout "injurieux à l'égard de collègues dont la conscience professionnelle est indéniable", ayant avant tout des objectifs "essentiellement politiques". Et de conclure, "ce que prouve ce pamphlet, c'est l'inculture de son auteur concernant la colonialité". [une injure n'a jamais fait un argument - si l'on veut respecter la déontologie des échanges intellectuels, le site du CVUH doit publier la réponse de Daniel Lefeuvre qu'il a mis en cause, on verra ce qu'il en est de la culture et de la rigueur historiennes des uns et des autres...]

On atteint, en effet, avec l'ouvrage de Daniel Lefeuvre le summum du mélange des genres, entre prétentions savantes et veine polémique, ce qui autorise son auteur à toutes les outrances [lesquelles... ?].
Pour résumer, parler d'une "fracture coloniale", serait la faire exister. D'où les anachronismes nombreux relevés dans la littérature polémique sur l'ouvrage
[il n'y a aucun anachronisme dans le livre de Daniel Lefeuvre...], entre un projet débuté en 2001, une étude menée sur le terrain à Toulouse en 2003, une synthèse remise au Fasild et à la DIV en 2004, un ouvrage publié en septembre 2005 et les émeutes de novembre 2005. Nous serions non les analystes de la "fracture coloniale", mais les promoteurs de celle-ci. Pour quelques-uns de nos contempteurs, pour résoudre toutes les questions en jeu dans l'ouvrage, le plus simple serait de n'en point parler. [c'est exactement le défaut de N. Bancel et P. Blanchard à l'égard du livre Pour en finir avec la repentance coloniale : censure des arguments et emphase du vocabulaire de la disqualification d'autorité. Au total un mutisme révélateur]

Michel Renard

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aucun argument historique

Michel Renard


daniel_repentance_couvAucun argument pour réfuter les analyses historiques de Pour en finir avec le repentance coloniale n'est fourni par N. Bancel et P. Blanchard. Ils n'aiment pas l'histoire positiviste. Il en allait déjà ainsi dans la Fracture coloniale. Les thèses de la "fracture coloniale" et de la "postcolonialité" qui expliqueraient le vécu et le langage de secteurs de la population française stigmatisés, ethnicisés, déréalisés, etc., ne s'appuient sur aucun travail historique. À la place, on trouve des assertions nébuleuses de sociologue affirmant dans le même temps que les "banlieues" ne sont pas un territoire colonial mais qu'elles sont un "théâtre" qui "ressemble à la colonie (parce que) les rapports humains y sont faux" (Didier Lapeyronnie, in La fracture coloniale, 2005, p. 209-218). On utilise le raccourci rhétorique bien connu : "tout se passe comme si..." qui permet l'économie de la démonstration tout en donnant l'impression qu'on l'a fournie : "La fracture sociale est ainsi alimentée par une fracture coloniale qui lui donne sens comme un ordre normatif, comme si l'immigration s'était inscrite dans la continuité du rapport colonial au-delà des indépendances" (ibid., p. 210). Où est la rigueur dans tout cela ?

L'allégation selon laquelle les "violences du fait colonial" et le "poids de ses héritages au sein de la société française contemporaine" (Fracture coloniale..., p. 20) sont à l'origine d'une "fracture coloniale" devenue une vraie crise française utilise une image militante du passé colonial qui altère gravement la réalité historique de la colonialité. En la schématisant à l'extrême.


les thèses historiennes de Daniel Lefeuvre

Daniel Lefeuvre a rétabli la vérité des rapports complexes et des processus historiques non univoques du temps colonial. Il a montré que les aléas de l'évolution démographique de l'Algérie au XIXe siècle ne sont pas à mettre au compte de la seule conquête et que le concept de "génocide" est totalement inadéquat. Il a montré que les violences militaires de la conquête ne portaient aucune spécificité liée à un racisme anti-arabe.

Daniel Lefeuvre a pointé le manque de méthode de ceux qui reprennent les propos de propagande des coryphées de l'Empire alors que la réalité invalide l'idée d'un apport décisif des colonies à l'économie de métropole. Il a rappelé, après d'autres tels Paul Bairoch et Jacques Marseille, que loin de remplir les caisses de l'État les colonies se sont révélées un tonneau des Danaïdes. Il a restitué la mesure statistique de l'immigration maghrébine après 1945 en métropole (moins de 1% de la population active) et conclu en conséquence à l'outrance des formules militantes selon lesquelles "les immigrés ont reconstruit la France après guerre".

Et sur ce blog, nous essayons de dire que la vérité historique du temps colonial, ce ne furent pas les "massacres" et les "violences". Ceux-ci ont existé mais ils ne sauraient résumer la totalité de cette histoire. Retenir comme grille de lecture deDiapositive1 cette époque la seule ligne de clivage entre dominateurs français et dominés résistants algériens, c'est revenir à une conception de l'histoire à la Jdanov. Au lieu d'alimenter une logomachie creuse sur la post-colonialité, il vaudrait mieux se pencher sur l'étude renouvelée de la colonialité tout court. On éviterait d'entretenir dans leurs clichés et préjugés les groupes militants des "Indigènes de la République".

Mais à quoi bon les appels à la rigueur historienne...? Un politiste comme Olivier Le Cour Grandmaison peut écrire Coloniser, exterminer et se faire étriller par deux historiens irréprochables (Pierre Vidal-Naquet et Gilbert Meynier)... il ne prend pas la peine de répondre. Il continue. Daniel Lefeuvre écrit un livre d'historien pour critiquer les stéréotypes des militants de la mémoire. On le snobe. Seule Catherine Coquery-Vidrovitch a pris la peine de répliquer. On se réfugie alors derrière son texte en oubliant qu'une réponse lui a été apportée...

Il est possible que le savoir historique, à la fois positiviste et problématisant, soit relégué par la puissance des schématisations idéologiques et des revendications mémorielles, toujours plus séduisantes que l'intelligibilité historienne... Il est malgré tout surprenant que ceux qui préfèrent ignorer celle-ci se revendiquent des sciences sociales, de la générosité humaniste, de la démocratie et de la citoyenneté. Toutes références qui, jusqu'à il y a peu, avaient partie liée avec le respect d'un savoir non-jdanovisé.

Michel Renard


Diapositive3
"le traitement des populations issues de la colonisation prolonge, sans s'y réduire,
la politique coloniale" - appel des "Indigènes de la République", janvier 2005



* cf. aussi "Réplique à un argument de Catherine Coquery-Vidrovitch : un historien peut-il faire dire ce qu'il veut aux statistiques ?" (Michel Renard)


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mardi 11 décembre 2007

vérités et mensonges des crimes de la colonisation (Claude Liauzu et Gilbert Meynier, 2005)

Diapositive1



il est faux d’affirmer que

la colonisation française a été

un génocide ou une extermination

Claude LIAUZU et Gilbert MEYNIER (juin 2005)


Sétif : la guerre des mémoires
Les massacres de mai 1945 en Algérie provoquent une controverse passionnelle sur les crimes de la colonisation. Deux historiens examinent vérités et mensonges (NouvelObs).

bouteflicka






réagir contre un mensonge officiel,
celui du président de la République algérienne

Les déclarations du président Bouteflika lues par le ministre des Moudjahidin, Mohamed Cherif Abbas, le 6 mai [2005] à un colloque tenu à Sétif sur les massacres du Constantinois de mai 1945, ne peuvent que relancer une polémique où les groupes de mémoires s’affrontent – les colonialophiles manichéens primaires d’un côté, les anticolonialistes primaires manichéens de l’autre. Les premiers ne pourront qu’être furieux, les seconds, comblés par les propos sans nuance du chef de l’État algérien : «L’occupation a foulé la dignité humaine et commis l’innommable à l’encontre des droits humains fondamentaux […] et adopté la voie de l’extermination et du génocide qui s’est inlassablement répétée pendant son règne funeste.»

Étant à l’origine d’une protestation contre la loi du 23 février portant «reconnaissance de la nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés» et demandant l’abrogation de l’article 4, qui prétend enjoindre à la recherche universitaire d’accorder à l’histoire de la présence française, notamment en Afrique du Nord, la place qu’elle mérite et aux enseignants d’appliquer des programmes scolaires reconnaissant en particulier le «rôle positif» de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord, nous ne pouvons pas ne pas réagir contre un autre mensonge officiel, celui du président de la République algérienne.

 

Si les mots ont un sens, il est faux d’affirmer

que la colonisation française a été un génocide conduit

sur cent trente-deux ans


Le terme «génocide» a un sens précis : «crime contre l’humanité tendant à la destruction de tout ou partie d’un groupe national, ethnique, racial ou religieux» (Larousse, 2005). Le mot «exterminer» aussi, selon le Littré (1872): «chasser entièrement, faire périr entièrement». Les faits sont connus et établis pour l’essentiel depuis longtemps par Charles-André Julien et les historiens qui l’ont suivi depuis plus de soixante-dix ans, André Nouschi et Charles-Robert Ageron notamment, qui ne sont pas, eux, des historiens de la vingt-cinquième heure.9782717845662FS

Le nombre des morts de la conquête de l’Algérie a été évalué par Jacques Frémeaux, historien fiable (La France et l’Algérie en guerre. 1830-1870, 1954-1962, Economica, 2002), à environ 400000. Si l’on ajoute les milliers de victimes des grandes famines, notamment celle de 1868, sur fond de destruction du vieux mode de production communautaire, de 1830 à 1870, on ne sera pas loin du million. La population de l’Algérie a, de fait, baissé d’environ un tiers en quarante ans.

Elle a payé un tribut épouvantable en termes de massacres, de guerre de «ravageurs» (Bugeaud), de politique de la terre brûlée, de dépossession, qui ont favorisé et aggravé famines et épidémies. Les enfumades ont été une triste réalité, une des pages les plus honteuses des crimes colonialistes. Ce sont là des réalités indéniables. Mais il est faux d’affirmer que le nombre de victimes algériennes du 8 mai 1945 aurait atteint 45000, comme l’a fait récemment à la télévision Olivier Le Cour Grandmaison lors de l’émission «Culture et dépendances», «Y a-t-il un racisme anti-Blancs ?», en reprenant sans nuance un chiffre officiel algérien qu’aucun historien n’accepte. Il est regrettable aussi que le terme «exterminer» soit utilisé dans le titre univoque de son livre Coloniser. Exterminer (Fayard, 2005).

Sur mai 1945, il est urgent de redonner la parole aux historiens. La seule thèse digne de setif1945ce nom, malheureusement demeurée inédite jusqu’à nos jours et publiée seulement de manière amputée en 1995 (Chroniques d’un massacre, 8 mai 1945. Sétif, Guelma, Kherrata, Syros), celle de l’historien algérien Boucif Mekhaled, ne parle ni de génocide ni d’extermination ; et il ne donne aucun chiffre définitif dans son bilan de victimes. Et on ne peut, comme cela a pu être fait sur d’autres sujets, travailler sur de grandes masses comptables significatives, notamment par l’utilisation des recensements, qui portent sur une population globale.

Ainsi les historiens sérieux qui ont pu comptabiliser les victimes juives du nazisme (les équipes d’historiens dirigées par Wolfgang Benz aboutissent au chiffre de 5,5 à 6 millions, avec une probabilité de 5,7 millions, soit 63% de la population juive d’Europe). Ils ont pu comptabiliser les victimes de la guerre d’indépendance de l’Algérie. Charles-Robert Ageron, historien qui fut pourtant honni des tenants de l’Algérie française et qui a aussi réduit considérablement l’inflation des victimes harkies, aboutit à environ 250000, soit de 2,5% à 3% de la population algérienne, soit tout de même proportionnellement autant de morts que le bilan de l’horrible guerre d’Espagne. C’est beaucoup, même si on est loin du chiffre officiel intangible du million et demi de martyrs.


assimiler les fours à chaux aux fours crématoires nazis

relève de la désinformation victimisante

Les historiens n’ont pas pu faire le même type de calcul pour 1945. Les archives du Parti du Peuple algérien (PPA), étudiées notamment par Mahfoud Kaddache, donnent 447 fusillés pour la région de Guelma. Le dépouillement des archives militaires françaises fait par un autre historien incontestable, Jean-Charles Jauffret, donne pour le Constantinois le chiffre de 2628 tués ; mais il s’agit des cadavres retrouvés et décomptés. Or il y eut des disparus, des familles qui cachèrent leurs morts, et l’état civil n’enregistra pas beaucoup de décès.

La seule conclusion que peut faire l’historien : il y eut en effet des milliers de morts mais, s’il est honnête, il n’en dira pas plus. Par ailleurs, s’il est vrai que des cadavres de fusillés furent brûlés, près de Guelma, à Heliopolis et à Belkheir, ce fut dans des fours à chaux et non dans des fours qui auraient été construits en vue de cette sinistre besogne. Et un siècle plus tôt, les enfumades de Pélissier, pendant la conquête de l’Algérie, furent bien une réalité. Pour autant les assimiler aux fours crématoires nazis relève de la désinformation victimisante. Il reste que la répression de mai 1945 a été horrible et qu’elle a traumatisé une génération, préparant ainsi le recours aux armes du 1er novembre 1954.

 

Il n’est pas admissible non plus que les historiens, même se posant en anticolonialistes intransigeants, restent muets sur les violences dont a été responsable le FLN militarisé, sur les massacres dont ont été victimes des populations rétives devant la loi des seigneurs de la guerre (massacre de la «nuit rouge» à Ifraten le 13 avril 1956, massacre de Melouza le 27 mai 1957…), sur les purges sanglantes qui ont décimégeno1 les wilayas, sans compter les cruels affrontements au sommet de l’appareil. Et les massacres dont furent victimes les harkis [photo ci-contre] et la fuite en panique des Européens d’Algérie sont des faits historiques qui ne doivent pas être laissés en pâture aux seuls groupes mémoriels et aux «historiens» idéologues. Le silence de ces «historiens» laisse le champ libre à l’exploitation du rôle de victime par ceux qui se prétendent leur porte-parole. Il n’y a ni bonne ni mauvaise victime. Cela dit, environ les quatre cinquièmes des victimes algériennes de la guerre furent bien tuées par les forces françaises, le reste par le FLN-ALN.

C’est aussi une réalité connue que la population algérienne, dont certains militaires rêvaient la disparition comme celle des Indiens d’Amérique, a été multipliée par plus de 4 de 1870 à 1962. Contrairement au discours justifiant la colonisation par un droit ou un devoir de civilisation, par «nos» hôpitaux et «nos» médecins, cette augmentation de la population est due à un ensemble de facteurs où la résistance populaire a pris aussi un aspect démographique – ce que les Québécois ont appelé la «revanche des berceaux». Il est non moins vrai que les Instituts Pasteur installés en Afrique du Nord, comme en Indochine et en Afrique noire, ont permis des progrès de la médecine importants. On sait qu’il suffirait aujourd’hui de pas grand-chose pour faire disparaître certaines maladies qui sévissent encore dans le tiers-monde : le paludisme, le choléra…, mais on sait aussi que c’est une affaire de gros sous, comme l’a en partie été la colonisation.

Cela permet de rappeler que la colonisation ne se réduit pas à un «choc des races», qu’il s’agit aussi d’une composante de l’histoire du capitalisme. Il y eut des confiscations massives, et plus largement un processus de dépossession foncière de 40% des terres algériennes – les meilleures en valeur – qui aboutit à la misère d’un peuple. Rappelons que l’armée d’Afrique, qui avait sauvagement brisé la résistance du peuple algérien, a non moins sauvagement – Bugeaud en tête – écrasé les mouvements populaires, les insurrections ouvrières et les grèves en France. Cela dit, l’histoire ne se réduit pas à des comptabilités macabres et approximatives.

 

La colonisation a été une réalité ambivalente, et les historiens n’ont pas pour tâche d’en soupeser le négatif et le positif. Et les rapports entre la France et l’Algérie se sont toujours construits dans la schizophrénie, tant le fait français en Algérie a suscité autant de désir et de fascination que de ressentiment colonisation_agricoleet de répulsion. Nous avons à analyser la colonisation comme un processus qui a transformé irréversiblement les sociétés, toutes les sociétés. Comment expliquer autrement les migrations, les interdépendances de plus en plus étroites aussi bien économiques que culturelles ? La part d’origine algérienne et maghrébine de la société française est une réalité, comme le fut et l’est même peut-être encore la part française de l’Algérie.

Cela exige une analyse sans complaisance des facteurs de domination et d’oppression véhiculés par le colonialisme, du racisme hérité, comme des facteurs de pouvoirs autoritaires qui furent, aussi, au cœur des mouvements de libération. L’histoire sainte des nationalismes, le mythe héroïque des guerres de libération ont trop souvent et trop longtemps servi de légitimité aux bureaucraties du tiers-monde. Il est indispensable d’aider les jeunes d’aujourd’hui à se situer dans le monde qui est le leur et qui n’est plus celui de leurs pères. Contre les tentatives d’utilisation instrumentale du passé à des fins très actuelles, les historiens doivent marquer clairement leur refus de la tyrannie des chroniques officielles. Leur rôle est de comprendre et d’enseigner, non de jouer aux procureurs ou aux avocats.

Anticolonialistes, les auteurs de ces lignes l’ont été résolument, et sans ambiguïté, et continuent à l’être. Mais ils sont aussi sans illusions et sans complaisance au sujet des machineries de pouvoir brutales qui ont pris en main les destinées des peuples libérés de la tutelle coloniale. Pour ces deux raisons, ils ont dû essuyer des horions symétriques provenant des uns comme des autres. Nous sommes quelques-uns à vouloir finir la guerre de 1954-1962. Nous pensons, comme le souhaite le président algérien, qu’il est juste que, côté officiel français, il y ait un «geste», la reconnaissance des responsabilités de la France à l’égard du peuple algérien. Mais cela ne peut se faire que si l’on rompt avec la culture du ressentiment, que si l’on aborde sereinement le passé, d’un côté comme de l’autre. Cela signifie que les Français, mais aussi les Algériens, balaient chacun devant sa porte. Les propos d’Abdelaziz Bouteflika ne vont guère dans ce sens : ils continuent d’alimenter la guerre des mémoires et à bafouer l’histoire.

À ce sujet, une urgence : revoir les manuels scolaires d’histoire des deux pays. Si les manuels français ne sont pas parfaits, en comparaison les manuels algériens sont une caricature. Et un souhait pour assainir les relations franco-algériennes : créer une commission mixte d’historiens algériens et français pour les récrire.

Claude Liauzu (décédé le 23 mai 2007), professeur à l’université Paris-VII, est notamment l’auteur d’Histoire des migrations méditerranéennes (Complexe) et récemment de Colonisation : droit d’inventaire (Armand Colin, 2004).
Gilbert Meynier, professeur à l’université Nancy-III, est l’auteur de l’Histoire intérieure du FLN, 1954-1962 (Fayard, 2002).

Le Nouvel Observateur, n° 2117, 2 juin 2005


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lundi 10 décembre 2007

Pourquoi les Vietnamiens n'ont-ils pas revendiqué des "excuses" ? (Pierre Brocheux)

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Pourquoi les Vietnamiens

n'ont-ils pas revendiqué des "excuses" ?

Pierre BROCHEUX


Plutôt qu'un commentaire hasardeux et confus posté par Pickwicks (qui semble bien être un colonialiste pur jus, en tous cas il en manie la rhétorique) qui fait appel à l'explication génético-psychologico-culturelle, je propose la suivante : les Vietnamiens (et non les Indochinois) ont battu l'armée française comme plus tard ils ont tenu en échec la superpuissance américaine : être vainqueur donne de l'assurance et évite de mariner dans la rancoeur pour finalement revendiquer des excuses et des réparations. Après le victoire de Dien Bien Phu sur le corps expéditionnaire français en 1954 (mais rappelons nous la victoire sur la RC4 en 1950), Ho chi Minh recommandait à Hoang Tung, responsable de la propagande et rédacteur en chef du Nhan Zan/ Le Peuple : "exaltez l'esprit de sacrifice et l'héroïsme de notre peuple et de nos combattants mais évitez d'humilier les Français, nous les avons battus, c'est bien et c'est tout". Dix ou douze ans plus tard, apprenant que pendant son absence les autorités de Hanoi avaient fait défiler les aviateurs américains prisonniers pour les livrer à la vindicte populaire, il demanda au même Hoang Tung "qui a pris cette décision imbécile?"...

Pierre Brocheux
maître de conférence honoraire, université Denis-Diderot, Paris VII

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9782228897952FS9782724607956FS









- Hô Chi Minh, Presses de Sciences Po, 2000.

- Hô Chi Minh, du révolutionnaire à l'icône, Payot, 2003.



reponse aux fellaghas;pourquoi les indochinois victime du colonialisme sont depouiulle de tte vindicte

pourquoi la communaute vietnamienne n'intentent pas un procès contre la France à l'image des fellagas dans ce pays, la question vaut d'etre posee, car on fait comme si cela participait d'une evidence cette posture des arabes dans ce pays?

Parce que les mouvement nationaliste vietnamien n'aviat rien de democratique et que les sud vietnamiens installes dans le confort de l'armee americiane savainet exactment ce qui leur arriverait,ils ont ete capble d'une vision realiste des choses,les boat people sont venus chercher en france et en occident les libertes fondamentales,jamais l'immigration arabe n'a vu ds son derpart vers la france,un moment d'emancipation profondement contradictoire d'avec son histoire nationaliste Prquoi; parce que l'indigen a une mentalite d'indigene..infantile irresponsable, tjrs en contradiction, tjrs inarticulee et surtout iraationnelle et profondement nevrotique,cette incapcite de formaliser l'histoire sou une forme rationnelle c'est la marque de fabrique des mususlamns...

Posté par pickwicks, jeudi 6 décembre 2007 à 12:18


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"être vainqueur donne de l'assurance et évite de mariner dans
la rancoeur pour finalement revendiquer des excuses et des réparations"
Pierre Brocheux


Réaction édifiante

pickwicks, votre réponse est édifiante.

Je vous suis à peu près sur vos remarques sur le gouvernement du Viêtnam-Sud (encore que l'on pourrait se poser les mêmes questions sur la Corée du Sud, qui pourtant, bien que dans les mêmes conditions que vous décrivez, critique l'ancien colonisateur japonais), mais la suite sur "l'indigène", là ce n'est même plus du néo-colonialisme mais carrément du colonialisme tout court...

Posté par Arnaud Nanta, mardi 11 décembre 2007 à 14:39

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Arnaud Nanta - bio-biblio

- "Le Japon, victime ou agresseur" (2005)


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mardi 4 décembre 2007

le système colonial a été profondément injuste (Nicolas Sarkozy)

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le  système colonial

a  été  profondément injuste

Nicolas SARKOZY


(...) Je suis venu en Algérie pour bâtir entre nos deux peuples un avenir de solidarité partagée. Parler d‘avenir, ce n'est pas ignorer le passé. Je suis convaincu depuis toujours que pour bâtir un avenir meilleur on doit au contraire regarder le passé en face. C'est d‘ailleurs ce que nous avons fait en Europe.


à l'intérieur d'un système injuste, beaucoup

ont aimé l'Algérie

C‘est le travail de mémoire que je suis venu proposer au peuple algérien. Oui, le système colonial a été profondément injuste, contraire aux trois mots fondateurs de notre République : liberté, égalité, fraternité.

Mais il est aussi juste de dire qu'à l'intérieur de ce système profondément injuste, il y avait beaucoup d‘hommes et de femmes qui ont aimé l'Algérie, avant de devoir la quitter. Oui, des crimes terribles ont été commis tout au long d‘une guerre d‘indépendance qui a fait d‘innombrables victimes des deux côtés. Et aujourd'hui, moi qui avais sept ans en 1962, c'est toutes les victimes que je veux honorer.

Notre histoire est faite d'ombre et de lumière, de sang et de passion. Le moment est venu de confier à des historiens algériens et français la tâche d'écrire ensemble cette page d'histoire tourmentée pour que les générations à venir puissent, de chaque côté de la Méditerranée, jeter le même regard sur notre passé, et bâtir sur cette base un avenir d‘entente et de coopération.

Notre relation n'a pas d'équivalent. Ce n‘est pas qu'une question d‘histoire. C‘est d'abord une affaire de géographie : nous sommes voisins de part et d‘autre d‘une mer qui a toujours été un trait d'union et non une barrière. C‘est enfin et surtout l'intensité unique de la relation entre nos deux peuples. La communauté algérienne est la première communauté étrangère en France. Mais plus important encore, c'est aujourd'hui un français sur dix qui éprouve pour l'Algérie des sentiments très forts parce qu'il y est né, parce qu'il y a vécu, parce que ses parents ou ses grands-parents en sont venus et ont fait le choix de s'établir en France.


L'antisémitisme : le visage de la bêtise et de la haine

Faire le choix d'une pleine intégration dans notre République ne signifie pas renoncer à ses racines. Au contraire : les deux doivent aller ensemble, et c'est ainsi que nous pourrons bâtir dans l'ouverture, la tolérance, le respect de l‘autre, un avenir partagé. En France comme en Algérie, nous devons combattre avec une détermination sans faille toute expression de racisme, toute forme d'islamophobie, toute forme d'antisémitisme. Quand on menace un Arabe, un Musulman ou un Juif en France, on menace la République. Le racisme, l'islamophobie, l'antisémitisme ne s'expliquent pas, ils se combattent. Ce qui vaut pour la France vaut partout ailleurs dans le monde. Il n'y a rien de plus semblable à un antisémite qu'un islamophobe. Tous deux ont le même visage, celui de la bêtise et celui de la haine.

Le peuple algérien, au cours des années 90, a eu à livrer un terrible combat contre la barbarie terroriste. Les terroristes sont des barbares. Le peuple algérien a combattu, seul, au nom de valeurs qui nous sont communes : la tolérance, la liberté, le refus de la violence. Sa victoire sur le terrorisme est un succès majeur qui nous concerne tous, car l'installation à Alger d'un régime de type taliban n'aurait pas été seulement une tragédie pour l'Algérie : elle aurait été une catastrophe pour tous les pays riverains de la Méditerranée.

Je n'ai jamais été de ceux qui ont donné des leçons aux Algériens pendant ces années sombres. D'abord parce que l'Algérie n'a pas de leçons à recevoir. Et ensuite parce que ceux qui lui faisaient la leçon se plaçaient de facto du côté des ennemis de la démocratie. Je dirai demain au Président Bouteflika mon respect pour le courage et la détermination du peuple algérien tout au long de cette épreuve. Je lui dirai aussi la confiance de la France dans l‘avenir de l'Algérie.

Oui, j'ai confiance. Oui, je crois en l'avenir de l‘Algérie. Une Algérie stable et pluraliste, prospère et dynamique, capable de transformer sa richesse d'aujourd'hui en investissements pour demain. Une Algérie où tous les Algériens doivent pouvoir espérer un avenir meilleur. Participer à cette grande ambition est dans notre intérêt. Parce qu'un échec de l'Algérie serait aussi un échec pour la France et serait un échec pour toute l'Europe. Nous devons tous contribuer à l‘avenir de l'Algérie, dans le respect de ses choix et de ses souhaits, avec amitié. Mieux : dans un esprit de fraternité. C‘est pourquoi nous devrons aussi aller plus loin pour faciliter la circulation des personnes entre les deux rives de la Méditerranée.

Nicolas Zarkozy
3 décembre 2007, Alger

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Koléa, rue du Marché à l'époque coloniale


la perception politique

n'épuise pas la réalité historique

Michel RENARD


L'homme politique affronte le passé à travers les éléments historiques constitutifs des identités (nation ou autre...) mais aussi à travers les rapports de force créés à partir des mémoires.

Réclamer, comme les dirigeants algériens, la qualification du passé colonial par les titres de "crime contre l'humanité" ou de "génocide" n'a rien à voir avec l'intelligence historique. C'est un expédient permettant d'éviter le bilan de 45 ans d'indépendance et cultivant un sentiment anti-français comme un dérivatif utile face aux déboires quotidiens dans lesquels se débat la population algérienne.

De son côté, le président français refuse une repentance non seulement parce qu'il n'en accepte pas les présupposés (un bilan univoquement négatif de la période coloniale) mais parce que cela placerait la France en position de faiblesse dans les rapports diplomatiques avec l'Algérie. Il tient compte, en sus, des mémoires catégorielles s'exprimant dans la société française en cherchant à maintenir un équilibre entre elles.

Il en sort donc des formules comme celles du 3 décembre à Alger : reconnaître "l'injustice profonde" du "système colonial" et persister à dire qu'une partie de ses protagonistes "dominants" ont vécu une autre expérience, une relation d'amour avec leur pays de naissance. C'est "mieux" que les diatribes algériennes officielles, mais cela reste de la politique. Et ne saurait rendre compte - ce n'est d'ailleurs pas son objet - de la complexité des interrelations durant la période coloniale.

Affirmer que le "système" colonial (la colonisation ne fut jamais un "système"...) a été "profondément injuste" n'est ni vrai ni faux. À ce niveau de généralité, il s'agit d'une abstraction dont on peut se demander qui la vivait ainsi de 1830 à 1962. Certains ont indéniablement conçu leur destinée dans les termes de l'injustice et de l'oppression : les résistants à la domination coloniale, les militants nationalistes... mais cela n'a jamais fait "un" peuple. La plupart ont probablement vécu dans un autre horizon mental. Car la perception politique d'une situation n'épuise pas, loin s'en faut, la psychologie de la vie quotidienne. Ni les espérances de s'en arracher.

Michel Renard


en Algérie coloniale :


il y eut ceci...

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convoi de prisonniers algériens à la suite de l'insurrection de Margueritte (1901)


mais aussi cela...

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intérieur d'un café maure : un "Européen" et des "musulmans" (carte datée 1902)


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hôpital de Tlemcen : l'infirmière et les malades convalescents


Orl_ansville_march_
la "domination" coloniale ne se réduit pas à la conflictualité ouverte et permanente


Blida_march__europ_en
"indigènes" et "Européens" dans ce "marché européen" à Blida


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"Européens" et "indigènes" dans ce "marché arabe" à Bône (Annaba)


Sidi_Bel_Abb_s_march_
modestie sociale ce ces "Européens dominateurs"


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samedi 22 septembre 2007

pour une reconnaissance officielle de responsabilités françaises (Gilbert Meynier et Éric Savarèse)

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France-Algérie : histoire et

enjeux politiques

Gilbert MEYNIER et Éric SAVARÈSE


Contrairement à ce qui peut être parfois conçu quand on considère le niveau des échanges politiques d’une rive à l’autre de la Méditerranée, l’histoire de l’Algérie contemporaine n’a jamais autant que maintenant été étudiée. Depuis les travaux novateurs de Charles-André Julien à partir de 1931, trois générations d’historiens se sont succédé, auteurs de quelques travaux majeurs qu’il n’est pas possible de citer dans l’espace restreint d’un article de presse. Ont été achevés récemment quelques thèses de haut niveau, et nombre d’autres sont en cours sur les sujets les plus divers.

En France, de jeunes chercheurs, en nombre croissant, se mettent désormais résolument à l’arabe, démontrant ainsi qu’ils ont réalisé en eux la décolonisation. Les 20, 21 et 22 juin 2006, à l’Ecole Normale Supérieure- Lettres et Sciences Humaines, a été organisé à Lyon un colloque sur l’histoire franco-algérienne qui a réuni pas moins de 80 participants de dix nationalités différentes. Le 19 avril dernier, l’université de Perpignan a organisé à Narbonne une conférence sur les enjeux entremêlés de la mémoire et de l’histoire franco-algérienne. Aujourd’hui, les chercheurs spécialisés sont bien sûr principalement algériens et français – on trouve parmi ces derniers de plus en plus de Français(es) d’origine algérienne –, mais ils comptent aussi des Allemands, des Américains, des Britanniques, des Italiens, des Hongrois, des Suisses, des Palestiniens, des Israéliens… Et la recherche est en passe de quitter à jamais les rivages de la rancœur et de la victimisation mémorielle.

On ne peut que se réjouir de cette résolution. On ne pourra qu’être d’accord avec nos collègues qui se sont exprimés dans Libération le 13 août  dernier et dans El Watan le 20 août  (1) pour dire leur foi primordiale dans le travail de recherche historique : les historiens doivent avant toutes choses travailler et produire, et renvoyer mémoires et ping-pong mémoriels à ce qu’ils doivent rester : des documents historiques. Et être historien, c’est travailler dans la dialectique, c’est tordre leur cou aux simplismes et aux manichéismes, d’où qu’ils émanent. Et corrélativement, sur le terrain de la mémoire, pour parler comme Paul Ricœur,  le devoir de mémoire sera enclin à céder le terrain au travail de mémoire. Ceci dit, s’il faut continuer à écrire l’histoire, le travail historien a déjà permis d’y voir suffisamment clair sur le passé pour que le citoyen puisse s’exprimer.


la reconnaissance officielle de responsabilités françaises

À titre citoyen en effet, l’historien a le droit de dire ce qui lui paraît conforme à sa déontologie, ainsi que l’a fait par exemple notre regretté «historien dans la cité» Pierre Vidal-Naquet tout au long de sa vie, du Manifeste des 121 en 1960 à l’Appel des 12 en 2000. Et le citoyen et l’historien partagent la passion commune de dire le vrai et de redresser le tir quand on dit n’importe quoi dans l’espace public. Sur le sujet tant controversé de la «repentance», nous pensons que les historiens de France devraient s’entendre pour rendre publique une déclaration commune dans laquelle ils soutiendraient le principe d’une reconnaissance de responsabilités de la puissance publique française dans les traumatismes qu’a entraînés la colonisation.

La pétition contre la loi du 23 février 2005 qui enjoignait d’enseigner les aspects positifs de la colonisation française a rencontré un grand succès auprès des historiens et enseignants en histoire français. L’un de nous (GM) fut de ceux qui l’ont inspirée ; et, comme enseignants, si l’on nous avait enjoint d’enseigner les aspects négatifs de la colonisation, nous nous y serions tous les deux pareillement opposés : l’enseignant, comme le chercheur, n’a pas à se soumettre à une injonction normative d’où quelle vienne, et le positif et le négatif ne font pas partie de leur problématique. Cette reconnaissance de responsabilités devrait à notre sens prendre la forme d'une déclaration publique et ne pas faire l'objet d'une loi : il serait important qu'elle n'établisse pas de responsabilité pénale ainsi que l'a fait par exemple la loi Taubira qui a entraîné l'inconcevable plainte contre cet historien intègre et impartial qu'est Olivier Pétré-Grenouilleau.


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détail d'un tableau d'Horace Vernet (1837), Prise de Constantine

Dans le cas de l’Algérie, elle concernerait bien sûr au premier chef les centaines de milliers d’Algériens massacrés, de la guerre de conquête coloniale de 1830-1857 à la guerre manquée de reconquête coloniale de 1954-1962, en passant par les répressions sanglantes d’insurrections (1864, 1916/1917, 1945…), dépossédés de leurs terres et clochardisés en masse en une armée errante de désoccupés, discriminés au politique par le refus de la citoyenneté française, et au juridique par le Code de l’Indigénat, sous-éduqués enfin : d’après les chiffres officiels français, en 1954, seulement 14,6% des enfants algériens étaient scolarisés dans les écoles françaises ; cela alors que l’Algérie était composée de trois départements français et que les lois Ferry s’y appliquaient.

Mais elle devrait aussi englober ceux que tels chercheurs américains appellent les «Créoles», et assimilés : les Européens et les Juifs d’Algérie. Certes ils furent des privilégiés – relatifs, car il y eut parmi eux nombre de laissés pour compte – de l’Algérie coloniale qui se confondirent in situ avec lui. Nonobstant l’existence non négligeable de celles et ceux qui, parmi eux, défendirent courageusement les Algériens opprimés, ces agents de terrain du système colonial étaient aussi voués à en être les fusibles – et ils en furent effectivement les fusibles : un fusible est ce qui saute lorsqu’un circuit est hors d’usage ; et en 1962, le système colonial était définitivement hors d’usage. La souffrance de ces «Créoles» a certes été sans commune mesure avec celles des Algériens. Mais, pour ceux qui souffrent, la souffrance n’est pas mesurable, et toute souffrance est digne de reconnaissance et d’étude.

il ne saurait pour nous être question de «repentance»

Bien entendu, il ne saurait pour nous être question de «repentance». Nous n’avons rien à vous avec ce terme religieux catholique. Sarkozy a repris à dessein la terminologie de Jean-Paul II – qui est aussi celle d’Abdelaziz Bouteflika – parce qu’elle est dans l’onde de choc médiatique, et qu’elle circonscrit émotionnellement le débat. Et, des «excuses officielles», cela nous paraîtrait assez dérisoire : on s’excuse lorsqu’on est arrivé en retard à un rendez-vous ou qu’on a marché sur les pieds de quelqu’un ; et, en Égypte le piétiné ne répond-il pas invariablement : «ma‘lich !» (c’est sans importance) ? Le but recherché, implicite ou non : le non avènement du politique par une focalisation régressive sur les termes d’un débat circonscrit au seul passé à même d’étouffer le débat sur les problèmes du présent. Ce faisant, fuir les responsabilités historiques, c’est prendre aussi le risque de réchauffer de vieilles haines, d’attiser de vieux contentieux  – ce fut le cas dans les consternants propos du président français tenus à Dakar le 26 juillet dernier –, c’est s’arrimer à l’idéologique pour ne pas passer au politique, et corrélativement c’est entraver le travail historien.


il serait sain que, du côté algérien, on s’attelle aussi à un réexamen de l’histoire et des déclarations officielles

Pour nous, la reconnaissance officielle de responsabilités françaises pourrait être unilatérale : il est salutaire de commencer à balayer devant sa porte : ce sont bien les Français qui ont envahi l’Algérie, pas l’inverse. Pour autant cela n’interdit pas à l’interlocuteur de balayer devant la sienne. Il serait sain que, du côté algérien, on s’attelle aussi à un réexamen de l’histoire et des déclarations officielles, qu’on rompe en visière avec la pesante langue de bois nationaliste des manuels d’histoire, avec l’héroïsme boursouflé commémoratif, avec la victimisation ampoulée qui campe sur le million et demi de victimes algériennes de la guerre de 1954-1962 quand tous les chercheurs sérieux – algériens compris – sont d’accord pour diviser ce chiffre  par quatre ou cinq – ce qui est déjà énorme ; ou qui assimile la colonisation à un Auschwitz permanent, ainsi que l’exprima in abstentia par le truchement du ministre des Moudjahidines le président algérien à Sétif le 6 mai 2005. Et la répression de 1945 dans le Constantinois  ne se solda pas par un génocide, mais par des massacres épouvantables. À quoi bon en rajouter sauf à vouloir cantonner les Algériens dans leur statut de victimes ? L’histoire apprend qu’ils furent aussi des acteurs, capables de prendre en en mains leur destin. La dignité du mouvement algérien de libération et de la résistance algérienne contre l’oppression coloniale n’a certes pas besoin de ces emphases erronées qui sont autant de légitimations idéologiques du pouvoir d’État.

20070517
Nureldine/AFP (source)

Le 5 juillet dernier, le Président Bouteflika a réitéré la demande d’ «excuses officielles» françaises. Cela n’a pas empêché la rencontre Bouteflika-Sarkozy, cinq jours plus tard, de bien se dérouler coram publico. Les deux présidents ont-ils respectivement trouvé chez leur partenaire des affinités qui échappent à la masse ? Ou les questions pendantes qui ont fait l’objet des échanges ne se sont-elle pas situées au-delà de l’entrechoc «repentance» - «antirepentance», telles que les conditions du placement rentier des hydrocarbures d’un côté, le blocage des visas pour les Algériens de l’autre ? En d’autres termes, même si la colonisation pèse encore lourd sur des mémoires douloureuses, elle n’est pas seule responsable des traumatismes actuels induits par le gâchis de l’actuel capitalisme post-industriel/post-moderne : en France on les voit se révéler quand ils explosent dans les arrière-cours que dissimule pour l’heure la parade à paillettes du sarkozysme : sinon par effet idéologique de vitesse acquise, la «crise des banlieues» de novembre 2005 ne fut pas une crise coloniale ou postcoloniale : la colonisation française au XIXe siècle avait été une avancée du capitalisme sous-tendue par une projection nationaliste.

Aujourd’hui le nationalisme a du plomb dans l’aile et le capitalisme est supranational. Mais, en nombre croissant, de jeunes chercheurs se mettent aujourd’hui à parler de nouveau de «classes sociales» : il y a peu, cela leur aurait valu une stigmatisation comme «marxistes attardés». En Algérie, c’est le poids corrélatif de l’économie rentière et de la démocratie truquée, sur fond de chômage structurel de masse, qui entretient, au-delà des chimères islamistes, le désespoir de la harraga – l’obsession brûlante de la fuite hors du pays.

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De ces mal-être, évidemment, un Sarkozy a encore moins envie qu’on parle que de la colonisation : dans les positions «antirepentantes», il y a une propension claire à focaliser publiquement les débats sur le passé et sur ce qu’il y a d’émotionnel dans ce qui touche au passé – notamment chez les nationalistes français et les descendants de rapatriés, mais aussi chez tous ceux qui se réfugient dans le nationalisme pour conjurer les angoisses d’aujourd’hui.

Les quêtes «repentantes» sont symétriquement une manière d’étouffer le débat sur le présent, qui réarriment les Algériens aux douleurs du passé, quand ils souffrent au premier chef de traumatismes qui s’inscrivent bien dans le présent. Les historiens, aussi, sont partie prenante des enjeux actuels dans la mesure où le passé n’est lisible qu’à la lumière du présent.

Il y a deux ans, exorcisant leur sanglant passé commun, des Allemands et des Français sont parvenus à édifier ensemble un manuel d’histoire commun au nom de l’histoire sans frontières – Geschichte ohne Grenzen. À quand une concertation d’une pareille ampleur entre historiens algériens et français pour aboutir à un manuel d’histoire commun : histoire sans frontières, en arabe ta’rîkh bilâ hudud ?

Gilbert Meynier
professeur émérite à l’université de Nancy II
Éric Savarèse
maître de conférence à l’université de Perpignan Via Domitia


(1) Catherine Coquery-Vidrovitch, Gilles Manceron, Benjamin Stora, Libération, 13 août ; Benjamin Stora, El Watan, 20 août 2007

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France-Algérie : histoire et enjeux politiques

version parue dans l'Humanité, 22 septembre 2007

L’histoire de l’Algérie contemporaine n’a jamais été autant étudiée. Depuis Charles-André Julien, trois générations d’historiens se sont succédé, des thèses de haut niveau ont été réalisées, d’autres sont en cours. Principalement algériens et français, des chercheurs sont aussi à l’œuvre dans le monde entier. Récemment, un colloque international s’est tenu à Lyon les 20, 21 et 22 juin 2006 à l’École normale supérieure-Lettres et Science humaines, une journée d’études a été organisée à Narbonne le 19 avril 2007 par l’université de Perpignan…

On ne peut que s’en réjouir, et approuver nos collègues  qui ont dit leur foi dans la recherche historique : les historiens doivent d’abord produire, refuser les injonctions mémorielles, tordre leur cou aux simplismes. La pétition contre la loi du 23 février 2005, qui enjoignait d’enseigner les aspects positifs de la colonisation a rencontré un grand succès : comme enseignants, si l’on nous avait imposé d’enseigner les aspects négatifs de la colonisation, nous nous y serions pareillement opposés – le positif et le négatif ne font pas partie des problématiques de recherche. S’il faut donc continuer à écrire l’histoire, le travail réalisé permet d’y voir suffisamment clair pour que le citoyen puisse s’exprimer. Comme l’a montré Pierre Vidal-Naquet, l’historien est «dans la cité», il doit redresser le tir quand on dit n’importe quoi dans l’espace public.

Sur le sujet controversé de la «repentance», nous pensons que les historiens de France devraient rédiger une déclaration commune dans laquelle ils soutiendraient le principe d’une reconnaissance de responsabilités de la puissance publique française dans les traumatismes qu’a entraînés la colonisation ; cela sans faire l'objet d'une loi qui établisse des responsabilités pénales, comme la loi Taubira qui a entraîné l'inconcevable plainte contre l’historien Olivier Pétré-Grenouilleau. Elle concernerait au premier chef les centaines de milliers d’Algériens massacrés, dépossédés de leurs terres et clochardisés en masse, discriminés par le refus de la citoyenneté française et par le Code de l’Indigénat, et sous-éduqués, au déni des lois Ferry. Mais elle devrait aussi englober les Européens et les Juifs d’Algérie : ces «créoles» agents du système colonial étaient aussi voués à en être les fusibles – et ils le furent in fine dès lors [passage amputé à l'édition] que le système colonial fut hors d’usage. Leur souffrance, si elle ne fut pas comparable avec celle des Algériens, n’est pas mesurable et reste digne de reconnaissance.

Bien entendu, il ne saurait être question de «repentance», terme catholique repris par Nicolas Sarkozy comme par Abdelaziz Bouteflika parce qu’il est dans l’onde de choc médiatique. De même, des «excuses officielles», nous paraîtraient dérisoires. La reconnaissance officielle de responsabilité politique pourrait être unilatérale : ce sont les Français qui ont envahi l’Algérie, pas l’inverse. Pour autant, il serait sain que, du côté algérien, on s’attelle aussi à un réexamen de l’histoire, qu’on rompe avec la langue de bois nationaliste des manuels d’histoire, avec la victimisation qui campe sur le chiffre mensonger du million et demi de victimes algériennes, et qui assimile la colonisation à un Auschwitz permanent. À quoi bon cantonner les Algériens, qui furent capables de prendre en main leur destin, au seul statut de victimes ?

Le Président Bouteflika a réitéré sa demande d’ «excuses officielles», ce qui n’a pas empêché sa rencontre avec Sarkozy. Les deux présidents ont-ils trouvé des terrains d’entente, sur le placement rentier des hydrocarbures ou la solution du blocage des visas? La colonisation pèse encore lourd mais elle n’est pas seule responsable des traumatismes actuels induits par le gâchis du capitalisme rentier post-industriel supranational : la «crise des banlieues» de 2005 ne fut pas une crise coloniale ; et, en Algérie, c’est la démocratie truquée, sur fond de chômage de masse qui entretien le désespoir. Cessons de polariser le débat sur le seul passé, d’étouffer les problèmes du présent et de réchauffer de vieilles haines, à l’opposé des consternants propos du président français tenus à Dakar le 26 juillet dernier. On l’aura compris : la focalisation sur le mémoriel fait obstacle à l’analyse et à la solution des angoisses vécues au présent.

Gilbert Meynier
professeur émérite à l’université de Nancy II
Éric Savarèse
maître de conférence à l’université de Perpignan Via Domitia

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message explicatif

de Gilbert Meynier


Vous trouverez ci-dessus

- un article d'environ 11 500 signes que nous avons rédigé fin août, mon collègue Éric Savarèse, de l'université de¨Perpignan Via Domitia, et moi, intitulé, "France-Algérie: histoire et enjeux politiques".

- le même texte réduit à 4500 signes : c'était là la réduction souhaitée par Lucien Degoy, de L'Humanité, pour qu'il soit publié. Nous avons réduit à 4500 signes, selon ses voeux, ledit texte, et il nous a été promis qu'il paraîtrait dans la rubrique "L'Humanité débats" du samedi 22 septembre 2007.

L'article est en effet paru aux date et place dites, mais, hélas, amputé, par inadvertance probable, d'une douzaine de lignes, lesquelles, par malchance, renfermaient l'argument-pivot de notre texte : la suggestion faite aux historiens d'une France d'une reconnaissance publique de responsabilités politiques de la part de la puissance publique français (État, armée...) pour les traumatismes générés par la colonisation ; touchant évidemment au premier chef les Algériens, principales victimes du système colonial, mais aussi  les Pieds noirs, agents et, in fine, fusibles de ce même système.

Le passage supprimé dans le texte publié par L'Humanité est situé entre "l'historien est "dans la cité"" et "que le système colonial fut hors d'usage" : il est marqué en rouge gras dans le texte envoyé à L'Humanité.

J'ajoute (c'est relativement secondaire mais tout de même!..) que le titre que nous avions donné à notre texte, Éric et moi ("France-Algérie : histoire et enjeux politiques") a été modifié sans qu'on nous en ait informé, et renommé "France-Algérie. Le poids de la colonisation".

Tel qu'il a été publié amputé, notre texte est définitivement incompréhensible, sauf à republier entièrement l'article avec la totalité de ses 4500 signes originels, car tel que l'Huma l'a publié, il restera incompréhensible, cela même si L'Huma fournit ultérieurement au lecteur la partie qui manque : nous avons donc demandé une republication intégrale du texte fautivement amputé. Notre demande s'inscrit dans ce que nous pensons être -ou avoir été- la déontologie éditoriale ordinaire.

Escomptant que vous voudrez bien aider à publier nos deux textes tels que Éric Savarèse et moi les avons conçus, nous vous serions reconnaissant de les mettre, l'un et l'autre (le texte originel de 11 500 signes et le texte raccourci de 4 500 signes) sur le site internet que vous pilotez.

Nous n'avons pour autant pas définitivement perdu espoir que L'Huma nous donne l'élémentaire satisfaction à laquelle nous pensons avoir droit. Mais en attendant, nous vous remercions de bien vouloir aider à la diffusion de notre texte.

Gilbert Meynier
professeur émérite à l'Université de Nancy II

12061678








photos_algerie_rachid_747
esplanade Notre-Dame d'Afrique à Alger, juillet 2006 (source)


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Posté par michelrenard à 20:06 - * Pour en finir avec la repentance coloniale - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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