"L'ordre et la morale" : mensonges et inventions
à propos du film "L"ordre et la morale"
Joëlle RONDREUX de COLLORS
Chers amis, de métropole ou Calédoniens,
Comme vous le savez peut-être, même si vous n'êtes pas cinéphiles, un film de Mathieu Kassovitz au titre incompréhensible de L'Ordre et la Morale fondé sur les dires et la vision personnelle de M. Legorjus est sorti, avec une publicité fracassante, concernant ce qu'il est coutume d'appeler "l'Affaire d'Ouvéa" (1988).
mensonges et inventions
Malgré un devoir de réserve que j'ai toujours respecté, malgré le secret de l'instruction que j'ai toujours pratiqué au plus haut point et que je pratique encore, malgré toutes les pressions ou menaces ou sanctions que j'ai subies, singulièrement de la part du ministère de la Justice, je tiens à m'exprimer brièvement et à m'associer aux critiques portées à ce film-fiction, qui n'est pas un documentaire. Les mensonges, les inventions, sont multiples et patents.

image du film
Joëlle Rondreux de Collors
déportés algériens en Nouvelle-Calédonie
liste des déportés algériens
en Nouvelle-Calédonie, 1867-1895
Melica OUENNOUGHI
Études Coloniales a publié, dès 2006, un article de Melica Ouennoughi, docteure en histoire et auteure d'un remarquable travail sur la déportation de condamnés maghrébins en Nouvelle-Calédonie, sur la reconstruction identitaire de cette communauté dans l'archipel océanien.
http://etudescoloniales.canalblog.com/archives/2006/10/12/2896840.html
L'importance et l'intérêt de ce travail ont été l'objet d'une attention permanente depuis. D'autant que Melica Ouennougi avait publié les listes généalogiques de déportés (1867-1895), les listes de mariages mixtes ainsi que les listes de concessionnaires à Bourail. Elle est l'inconstestable "découvreur scientifique" de tout ce matériau d'archives mettant à jour une somme considérable d'informations historiques.
De nombreuses demandes nous sont parvenues cherchant à identifier si telle ou telle personne figurait dans ces listes. Nous avons d'abord répondu au cas par cas puis avons renvoyé vers la consultation directe du travail de Melica Ouennoughi et de son ouvrage paru chez L'Harmattan en 2006.
Cette année, en avril, nous avons reçu de la part de l'Institut International d'histoire sociale (IISG) d'Amsterdam, des listes de déportés algériens, avec photos d'archives, provenant d'un registre entré en possession de cet organisme par voie de don ou d'acquisition :
http://www.iisg.nl/collections/new-caledonia/sources-fr.php
Nous l'avons édité sur le blog Études Coloniales :
http://etudescoloniales.canalblog.com/archives/2011/04/09/20854070.html
Ce registre est-il un double de celui que Melica Ouennoughi a trouvé, au prix d'investigations longues et rigoureuses ? Il n'en reste pas moins que l'antériorité scientifique revient à Melica Ouennoughi. Cest pourquoi, nous publions, avec son accord, ses propres listes telles qu'elles figurent dans son ouvrage.
Daniel Lefeuvre, Michel Renard
Établissement généalogique des premières listes des mouvements
de Maghrébins condamnés au bagne calédonien (1867-1895)
recherches de Melica Ouennoughi

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les mêmes documents en capture de format pdf
- le numéro de page figure en haut
Établissement généalogique des premières listes des mouvements
de Maghrébins condamnés au bagne calédonien (1867-1895)
recherches de Melica Ouennoughi

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Remerciements
Mes remerciements s'adressent aux personnes et institutions suivantes :
Monsieur Michel Renard et Monsieur Daniel Lefeuvre, Professeur d'Histoire à l'Université Pais VIII, pour la publication de mes données de recherches sur leur beau site "Etudes coloniales". Je remercie Monsieur Michel Renard, chercheur en histoire sur l'histoire de l'Islam en France, pour avoir publié mes découvertes scientifiques faisant état des investigations historiques dans les archives des armées de Terre et de la Marine durant les années 1998 à 2004, donnant lieu à soutenance de thèse et à publication à la demande du jury de thèse, chez l'éditeur l'Harmattan en décembre 2005, diffusion en janvier 2006.
Je suis tout à fait reconnaissante de ses travaux effectués sur l'histoire de l'Islam en France dont il est un spécialiste au plan de ses découvertes largement reprises par d'autres.
Je remercie en premier lieu Messieurs les professeurs :
- Pierre-Philippe Rey, Directeur de ma thèse de doctorat qui en a avertie les Universités et qui a rédigé la préface de mon ouvrage, sur la visibilité scientifique entre autres, des listes nominatives des déportés politiques et forçats Algériens en majorité et Maghrébins du ralliement des anciens clans et mouvements insurrectionnels (Atlas Marocain, et Sud Tunisien) ;
- ainsi que le professeur et regretté honorable historien, Monsieur Claude Liauzu pour avoir inscrit sur le beau site des "Études Coloniales" à la suite de mes travaux, pour reprendre sa formulation respectable à l'égard de mes travaux : "cette thèse permet désormais "d'intégrer" les déportés et forçats d'Algérie".
Mes remerciements s'adressent à la composante calédonienne d'origine algérienne qui m'a confié cette mission pour leur association de réaliser la fouille d'archives donnant matière à la science mais également à la construction de la stèle commémorative du cimetière de Nessadiou, Sidi Moulay où reposent les déportés Algériens décédés à Bourail.
Ce travail de fouilles d'archives et donnant lieu à un doctorat a reçu une collaboration financière de la part de la Mairie de Bourail, Messieurs Jean-Pierre Aïfa et Guy Moulin tous Calédoniens d'origine Algérienne ont suscité l'intérêt pour ce travail scientifique afin de rendre une visibilité officielle sur la traçabilité historique et l'histoire des déportés en Nouvelle-Calédonie.
Les fonds alloués durant le travail de thèse par la Mairie de Bourail, Monsieur Kader Bouffénèche, ancien Président de l'Association des Arabes et Amis des Arabes de Bourail, m'ont permis d'apporter un travail de concrétisation pour la réalisation de la stèle commémorative, s'ajoutant aux fonds du laboratoire d'anthropologie historique du Maghreb et de l'Afrique de l'Ouest de l'Université Paris VIII qui ont permis d'établir un passerelle de recherche entre la Mairie de Bourail et l'Université Paris VIII pour ce premier travail universitaire de doctorat.
Je remercie Monsieur Pierre-Philippe Rey d'avoir invité Monsieur le Maire, Jean-Pierre Taïeb Aïfa autour d'un déjeuner et lors de la venue du Maire à l'Université. Cette rencontre a permis d'établir des liens entre deux espaces du lien culturel du Maghreb et de la Nouvelle-Calédonie.
Enfin mes remerciements, pour ce travail réalisé en partie en France et en Nouvelle-Calédonie, s'adressent à la compétence des Archives Territoriales de Nouméa (M. B. Deladrière et Mme Picquet) auprès de Monsieur Deladrière j'ai acquis une dérogation pour ces premiers travaux), des Archives Militaires Historiques de Vincennes (M. P. Carré), des Archives Départementales des Charentes Maritimes (M. P.-A. Augié et Mme Chauffier), des Archives d’Aix-en-Provence (Mme E. Durand), des Archives Départementales du Finistère (Mme S. Tesson-Bennett), ainsi que Monsieur Ismet Kurkovitch Directeur des Archives de Nouvelle-Calédonie avec lequel entre 2007 et 2009 je poursuivais mes recherches qui ont permis la visibilité scientifique des états civils des déportés de Kabylie de 1871 et des Aurès 1876 emprisonnés dans les territoires politiques ïle des Pins et Presqu'ile Duclos.
Lors de la conférence au CNRS à l'occasion des recherches en Sciences Humaines et Sociales sur l'Océanie, Colloque LBSH Pacifique, du 10 au 12 mars 2010, ces données ont été apportées et mes remerciements s'adressent au Professeur Monsieur Maurice Godelier pour avoir abordé l'intérêt d'un marqueur culturel berbère de mes découvertes scientifiques de la Tajmâat de Bourail, élément culturel formateur des sociétés berbères et assemblées villageoises de l'ancien Maghreb (XIXe siècle) dont je rappelle des pratiques préservées longtemps dans l'espace kanak et calédonien.
Ces travaux se poursuivent dans la réalisation d'un ouvrage collectif et d'un ouvrage à paraître prochainement.
Je remercie Monsieur Kadri Aïssa, Professeur et Directeur de l’Institut Maghreb Europe de l'Université Paris VIII, pour m'avoir attribué des charges de cours et des séminaires pour la diffusion des mes travaux, afin de permettre aux étudiants de Master, de fournir les outils et les méthodes d'enquêtes appropriés aux longs terrains et les fouilles d'archives menées durant ces dix dernières années.
Mes remerciements à toute l'équipe et à Michel Renard, pour que votre beau site soit toujours aussi attractif, il rend une visibilité scientifique unique interactive en son genre aux besoins des lecteurs du multimédia d'aujourd'hui.
Mélica Ouennoughi
Docteur et enseignante chercheur sur l'Histoire des Algériens et Maghrébins
Université Paris VIII.
1864, 1871-1873,1876-1879,1881-1882,
Premiers répertoires et mouvements du bagne des Maghrébins vers la Nouvelle-Calédonie.
Propriété scientifique : Docteur Mme Ouennoughi Mélica, enseignante chercheur.
OUENNOUGHI, M., KAHN, F. 2005.
Le cimetière du saint patron sidi Moulay de Nessadiou, Bourail.
Les hommes de la déportation algérienne.
"Behind the date palm in New Caledonia", Palms n° 49 (2), 2005.
Travaux intégrés à l’Institut français d'études andines 75, Lima.
colloque accords de Matignon-Oudinot et de Nouméa (1988 et 1998)
1988 : Accords de Matignon Oudinot
1998 : Accord de Nouméa
Textes fondateurs de la Nouvelle-Calédonie d’aujourd’hui
Colloque : vendredi 25 et samedi 26 avril 2008
Résumé
À l’occasion des vingt ans des Accords de Matignon-Oudinot (1988), le réseau Asie-Imasie (CNRS/FMSH) organise un colloque placé sous la présidence de M. Michel Rocard. Ces textes exemplaires qui semblent avoir érigé la Nouvelle-Calédonie en lieu de référence et espace de stabilité dans la zone pacifique, sont rarement au cœur de manifestation de grande envergure. La matinée du vendredi 25 avril sera consacrée à la projection du film Les Médiateurs du Pacifique, de Charles Belmont, et l’après-midi, à une table ronde réunissant acteurs et témoins, mémoires de l’histoire immédiate. Le samedi 26 avril, se succéderont des universitaires, spécialistes de l’histoire, de la géopolitique et du droit de la région.
Lieu du colloque :
25 avril 9h-12h30 : Mairie de Paris, auditorium
25 avril 14h-18h : Palais du Luxembourg, salle Monnerville
26 avril, 9h-18h : Palais du Luxembourg, salle Médicis
Il est impératif de s'inscrire avant le 15 avril 2008 (les inscriptions seront prises dans l'ordre des demandes et dans la limite des places disponibles).
Contact : viviane fayaud, vfayaud@msh-paris.fr,
Bureau 306, 54 bd Raspail, 75270 Paris 6e. tél. 01 49 54 26 00
Programme provisoire du colloque
Vendredi 25 avril, 9h-12h30 : Mairie de Paris, auditorium, lieu à confirmer
Projection du film Les médiateurs du Pacifique, après présentation par Charles Belmont.
Vendredi 25 avril 14h-18h, Palais du Luxembourg, salle Monnerville, Témoignages
- Ouverture par M. Christian Estrosi, Secrétaire d’Etat à l’Outre-Mer
- Allocution de M. Harold Martin, Président du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie
- Allocution de M. Jean-François Sabouret, directeur du Réseau Asie
- Débat présidé par M. Michel Rocard (sur le film, sur l’évolution de la Nouvelle-Calédonie depuis 1988, courts exposés par les invités acteurs ou témoins de cette période)
Personnalités invitées
1/ De Nouvelle-Calédonie :
Monsieur Harold Martin, Président du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie
Monsieur le Député Pierre Frogier, Président du Congrès (signataires des Accords de Matignon/Oudinot)
Monsieur le Sénateur Loueckhote (signataires des Accords d’Oudinot)
Monsieur Jacques Lafleur, ancien député et signataire des Accords de Matignon
Monsieur Paul Néaoutyine, président de la Province Nord (signataire des Accords d’Oudinot)
Madame Marie-Claude Tjibaou
Messieurs Charles Pidjot, Pierre Bretegnier, Bernard Deladrière (signataires des Accords de Matignon/Oudinot)
Madame Caroline Machoro (signataire des Accords de Matignon)
Monsieur Ismet Kurtovitch, docteur en histoire, chef du Service des Archives
2/ De métropole :
Monsieur le Député Christian Blanc, chef de la mission du Dialogue en 1988 ainsi que Monseigneur Paul Guiberteau, Messieurs Pierre Steinmetz, Jean-Claude Périer, Monsieur le Pasteur Stewart, membres de cette Mission
Monsieur Bernard Grasset, ancien haut-commissaire en Nouvelle-Calédonie
Monsieur Jean Montpezat, ancien haut-commissaire en Nouvelle-Calédonie
Monsieur le Préfet Levallois, ancien membre du cabinet de M. Georges Lemoine
Monsieur Bernard de Gouttes, ancien procureur à Nouméa
Madame et Messieurs les ministres et secrétaires d’Etat à l’Outre-Mer depuis 1981 (Messieurs Georges Lemoine, Louis Le Pensec, Jean-Jacques Queyranne…)
Messieurs Wallès Kotra, Alain Rollat et Henri Weill, journalistes ayant couvert la période des Accords de Matignon
Samedi 26 avril 2008, Palais du Luxembourg, salle Médicis, APPROCHES
Présentation de la journée présidée par M. Michel Rocard
Première partie : Les forces politiques face aux Accords
- François Audigier (MCF, Nancy) : Le RPR (puis l’UMP) et les Accords de Matignon de 1988 à nos jours
- Sarah Mohamed Gaillard (MCF INALCO) : Les indépendantistes de NC et les Accords de Matignon et Nouméa
- XXX : RPCR et Rassemblement et les Accords de Matignon et Nouméa
Deuxième partie : Les Accords et après les Accords (20 ans de négociations ininterrompues)
- Alain Christnacht (Ancien conseiller du Premier ministre Lionel Jospin) : L’Accord de Nouméa comme reconnaissance mutuelle d’une citoyenneté commune et outil d’une décolonisation consensuelle
- Jean-Yves Faberon (PU) : L’idée fédérale en NC depuis les Accords de Matignon
- Patrice Jean (MCF, UNC): La condition de résidence exigée pour certains scrutins en NC : de Matignon à Versailles
Troisième partie : Les Accords vus du Pacifique
- Nathalie Mrgudovic (Université Aston, GB) : Les événements de Nouvelle-Calédonie vus des États et Territoires du Pacifique
- Sémir Al Wardi, (MCF, UPF) : Les Accords sont–ils transposables dans d’autres collectivités françaises d’outre-mer ?
- Léon Wamytan (NC) : La place du droit coutumier kanak et ses institutions depuis la prise de possession : état des lieux et perspectives d’évolution
Quatrième partie : Les Accords dans l’Histoire
- Eric Waddell (PU, université Laval, Canada) : «La parole est sacrée» : Jean-Marie Tjibaou et le véritable enjeu des Accords de Matignon
- Yoko Oryu (Japon) : La préparation des Accords dans les années quatre-vingts
- Jean-Marc Regnault (MCF honoraire, UPF) : Les Accords de Matignon et de Nouméa dans la longue durée de la présence française dans le Pacifique Sud
Conclusion :
- Robert Aldrich (Professeur à l’Université de Sydney) : un point de vue australien sur le colloque
- Michel Rocard : faire vivre les Accords
journal du père mariste Jean Gilibert en Nouvelle-Calédonie (Marie-Louise Gondal)
journal de Jean Gilibert
missionnaire mariste chez les Kanaks
de 1858 à 1891
présentation
Marie-Louise GONDAL
Les pages que voici sont celles du Journal d’un missionnaire, conservé depuis plus d’un siècle dans la maison Gilibert d’Auliac (15, Jabrun), aux confins de l’Aubrac. Il fut écrit dans la dernière moitié du XIXe siècle, au milieu de tâches multiples, dans des îles et stations reculées du Nord de la Nouvelle-Calédonie, par Jean Gilibert, cinquième enfant d’une famille de six, qui le confia à son frère, Antoine Gilibert, longtemps curé de Saint-Flour.
au début de la colonisation
De sa plume ferme, alerte, colorée, il remplit 10 cahiers, dont 8 nous sont parvenus. Le récit est au ras des jours et des événements. En ces îles, le temps s’étale, les rencontres sont rares. On y est seul, quoique au milieu de tous. L’esprit, curieux du pays et des gens, relève tout : ce qui révèle une humanité en attente, ouverte à l’amitié, mais hantée par des peurs et des pressions collectives ; les mythes et les rites, qui sont pour lui étranges, et qu’il ne peut ou ne sait déchiffrer ; les particularités géographiques, climatiques, sociales ; les noms des chefs et des gens du pays et ceux des caboteurs et des aventuriers, chercheurs d’or ou porteurs de la «bonne nouvelle», qui mettent pied à terre ; les fêtes et les guerres locales. Le talent du chroniqueur lui permet de faire mieux connaître, même à des Néo-Calédoniens d’aujourd’hui, des tranches de vie des populations parmi lesquelles il vivait, au début de la colonisation, avant l’arrivée des prisonniers «Communards» qui bouleversa les modes de vie.
Pionnier confronté à la difficile mission d’évangéliser un monde inconnu, que la Société des Pères Maristes avait reçue de Rome pour l’Océanie, le Père Jean Gilibert fut, avec près d’une trentaine d’autres Maristes, dont les Pères Thomassin, Vigouroux, Lambert, Montrouzier, souvent issus de la paysannerie française, non seulement un apôtre, mais aussi un ingénieur et un inventeur. Tracer des chemins, capter les sources, introduire l’élevage, réinventer le pain et le beurre, multiplier les plantations, codifier une écriture, construire une Eglise, si vite envahie par la végétation, il lui fallait faire appel à tous les savoir-faire acquis à Jabrun, et au-delà. Et quand la santé fut atteinte, il accepta des aumôneries des «transportés», ce qui fut pour lui, comme pour ses confrères, un déchirement et même la découverte des malentendus qui minaient la chrétienté française.
épisodes révélateurs non "corrigés"
Il a fallu choisir. On a élagué les commentaires de la vie familiale dont il reste proche et qui le soutenait de loin, ainsi que ceux qui donnent à éprouver, presque physiquement, l’attente, celle des lettres ou celle du vent pour la mise à la mer d’une pirogue vers une rencontre fraternelle. On a privilégié le choix d’épisodes révélateurs pour nos contemporains, d’ici et d’ailleurs, sans chercher à «corriger» les limites d’une conception de la mission marquée par une époque, ni les aspérités d’un tempérament généreux mais formé par une éducation austère, ni le choc culturel et même microbien de la rencontre Occident-Orient. On a jugé utile de procurer quelques annexes susceptibles de fournir à des lecteurs curieux ou à des chercheurs, des informations complémentaires soit sur les archives de ce fonds, soit sur l’époque.
Le Professeur Frédéric Angleviel, historien, de l’Université de Nouvelle-Calédonie, a apporté sa précieuse contribution pour fixer le contenu de l’ouvrage et en manifester la portée. Son introduction et ses annotations mettent en relief l’intérêt historique de ce Journal. On a pu, par ailleurs, mettre au jour quelques racines familiales, locales, culturelles, de cette belle et courageuse figure. Au fil de la transcription, ce lointain missionnaire est devenu un proche. Sa passion d’horizons lointains, sa générosité et les défis soutenus font de ces pages un document humain parmi les plus dépouillés et les plus transparents. La question demeure : «partir en Orient…» pour n’en jamais revenir : mais pourquoi donc ?
Marie-Louise Gondal, septembre 2007
- «Ce journal est précieux à plus d'un titre : il porte sur les premières années de la colonisation ; il est l'émanation d'un homme de lettres vivant au milieu des Kanaks ; il a pour principal sujet le grand Nord ; c'est l'exemple d'une ethnographie pragmatique d'une grande valeur descriptive et indicative.
Professeur Frédéric Angleviel, conférence donnée à l’Université de Nouvelle Calédonie, le 30 août 2007.
- «On peut lire cela comme un simple récit d’aventure, mais en fait, cela m’interroge beaucoup. Le primat de l’amitié et du service, l’inventivité de l’apôtre, la solitude dans la vie religieuse, l’étrangeté d’une culture où le langage religieux semble toujours décalé... et où on ne peut éviter ambiguïté et malentendus. Alors que l’idée de la mission lointaine paraît parfois aujourd’hui dépassée, ce livre donne à penser». (un religieux).
__________________
UN VOYAGE SANS RETOUR. De l’Aubrac à la Nouvelle-Calédonie.
Journal de Jean GILIBERT (1818-1891), Missionnaire mariste chez les Kanaks, de 1858 à 1891, 538 p.
Transcription et notice biographique par Marie-Louise GONDAL
Introduction historique et annotations par Frédéric ANGLEVIEL
Éd. CEPAC (Conférence Épiscopale du Pacifique), Nouméa, Nouvelle-Calédonie, juillet 2007 - ISBN : 978-982-506-004-8. 30 €
quatrième de couverture du livre
Le présent ouvrage constitue une révélation. Il porte en effet à la connaissance du public un journal écrit en Nouvelle-Calédonie, entre 1858 et 1884, par un missionnaire mariste originaire du Centre de la France, Jean Gilibert, et demeuré totalement inconnu jusqu’ici. Jean Gilibert, porté par un ardent désir d’aller en Orient, qui le fit entrer en 6ème à vingt ans, et quitter la France à quarante, évangélisa l’île de Pot, dernière île habitée de l’archipel de Belep, au nord de la Grande Terre, avant de faire connaissance avec les «transportés» de France, après la Commune de Paris. Véritable compagnon de vie dans des situations souvent extrêmes, ce journal que l’auteur, à sa mort en 1891, voulut confier à sa famille, n’a encore jamais fait l’objet d’une étude sérieuse. Sa publication devrait la rendre possible.
«Dès le premier abord, ce journal nous a paru un témoignage important des premiers contacts entre les premiers arrivants et les nouveaux arrivants. En effet, ce journal est précieux à plus d’un titre : il porte sur les premières années de la colonisation ; il est l’émanation d’un homme de lettres vivant au milieu des Kanaks ; il a pour principal sujet le grand Nord calédonien, encore aujourd’hui méconnu».
«Une fois replacé dans son contexte, de par sa minutie et de par la connaissance intime qu’avait ce prêtre mariste de la société kanake, il nous apporte aujourd’hui un témoignage riche en détails inédits et en perspectives nouvelles. Mais plus encore que l’histoire politique ou l’histoire matérielle, c’est l’histoire des mentalités qui est renouvelée par de telles pages de vie. En effet, ces dernières nous rendent accessibles, sans prétention littéraire et sans construction théorique, une société kanake plurielle qui cherchait désespérément de nouvelles réponses aux bouleversements difficiles de l’époque coloniale.»
livre en vente à :
- Librairie Saint-Paul, 8 Place Bellecour, 69002 LYON
- La Procure Leo, 9 Rue Henri IV, 69002 LYON
- adresse postale de l'éditeur : CEPAC, Secrétariat P.O. Box 289 Suva FIJI (Nouvelle-Calédonie) - l’édition a été réalisée à l’initiative de l’archevêché de Nouméa
- il n'y a pas encore d'édition en métropole.
- pour tout renseignement sur le contenu du livre : écrire à Études Coloniales qui transmettra à Marie-Louise GONDAL
__________________
- couverture du livre de Jean Gilibert (recto et verso) (format pdf)

Nouvelle-Calédonie, "tabous canaques"

Nouvelle-Calédonie, "maison de missionnaire"

Nouvelle-Calédonie, île Nou, route menant à l'hôpital du Marais
les Arabes de "Caledoun" (Claude Liauzu ; Taïeb Aifa)
les Arabes de "Caledoun"
Claude LIAUZU - Taïeb AIFA
Bonjour,
Vraiment un très beau site!
Je découvre une question suite à mon texte sur le manuel, par Ahmed de Bourail.
Sa remarque sur l'oubli des "Arabes", Kabyles,ou Algériens dans l'histoire de la Nouvelle-Calédonie appelle réflexion.
N'étant pas spécialiste du "Caillou", j'ai voulu attirer l'attention sur l'importance des accords de Nouméa et la volonté d'apaisement qu'ils représentent. J'ai voulu aussi plus particulièrement attirer l'attention des historiens sur cette méthode pour aider des populations qui se sont affrontées, à élaborer leur devenir commun en partageant leur passé. Cela comme un exemple utile pour dépasser le passé algérien et les guerres de mémoires. Il y a sans aucun doute dans cette histoire à peine naissante des populations de Nouvelle-Calédonie des lacunes, des oubliés et encore beaucoup à faire.
La thèse de madame Ouennoughi a été précédée par le très beau livre de Medhi Lalloui, "Kabyles du Pacifique". Cette thèse permet désormais "d'intégrer" les déportés et forçats d'Algérie. Mais combien de cadavres encore dans les placards... Mon interlocuteur sait-il que des révolutionnaires indochinois ont été déportés en Nouvelle-Calédonie aussi, de même que le frère de Léon Bloy.
* *
*
Je livre [ci-dessous] avec l'accord de mon ami José Barbançon,
spécialiste du bagne, un document.
À suivre...
Cordialement
Claude Liauzu
______________________________________________________
Discours prononcé par M. Taïeb Aifa au nom de l'Association des Arabes et des amis des Arabes, le 4 mars 2007 à l'occasion de la venue à Nessadiou de M. Azzouz Begag, ministre délégué à la Promotion de l'égalité des chances.
Salam Aleikoum Monsieur le Ministre.
L'Association des Arabes vous souhaite la bienvenue à Caledoun puisque tel était le nom que nos anciens donnaient à cette terre d'exil si loin de celle qu'ils appelaient l'Afrique. De même, ils ont choisi de se reconnaître à travers le terme "Arabe". Pourtant ils venaient en très grande majorité du Maghreb et surtout d'Algérie et très peu du Yémen et d'Aden. Nous avons maintenu leur volonté. Le terme de Maghrébins largement utilisé en Métropole l'est très rarement ici et révèle aussitôt une arrivée récente dans le pays.
En terre de Nouvelle-Calédonie, il y a donc des Arabes et ici nous prononçons ce mot avec fierté et respect, la fierté que perpétuent nos cavaliers et nos chevaux, le respect que l'offrande du lait et des dattes symbolise.
Monsieur le Ministre, au cimetière de Nessadiou vous êtes dans notre lieu de mémoire. De nombreux Arabes sont enterrés dans bien des communes de Nouvelle-Calédonie de l'Ile des Pins à Belep. Même Nouméa avait son carré des Arabes, mais Nessadiou représente une place à part, une place unique dans notre histoire. Après la révolte Kanak de 1878, la vallée de Nessadiou est affectée par l'Administration pénitentiaire à des concessionnaires pénaux de toutes origines dont quelques Arabes.
La vie y est très difficile, ce n'est pas pour rien qu'on l'appellera plus tard : "la vallée du malheur". Cependant quelques-uns réussissent. Parmi eux, Miloud ben Abdallah le concessionnaire le plus aisé du centre. Peu à peu les Arabes occupent presque exclusivement la vallée de Nessadiou qui devient : la "petite Afrique". Rares sont les "roumis" qui y sont tolérés. La tradition orale veut que le cimetière de Nessadiou tienne son origine dans la forte concentration arabe du centre. Mais d'autres, comme le vieux Eugène Barretteau expliquait que c'est avec l'ouverture du cimetière que de nombreux Arabes dispersés sur le territoire avaient rejoint Nessadiou pour y terminer leurs vies.
Quelles vies ! Près de 2000 déportés, transportés, relégués à "la Nouvelle" condamnés au nom de toutes les peines de l'arsenal du Code pénal devant des conseils de guerre ou des cours d'assises par des juges militaires ou des jurys de colons. Exilés de leurs terres souvent données à des colons, les voilà concessionnaires sur des terres prises à des tribus. Pour eux l'Histoire s'est inversée : la colonisation qu'ils subissaient en Algérie, c'est à leur tour, souvent malgré eux d'en devenir les agents, non pas pour en vivre, mais pour survivre. À eux seuls, les Arabes de Nouvelle-Calédonie concentrent toutes les contradictions d'une politique coloniale.
Survivre : donc avoir des enfants. Mais se marier avec qui ? Il n'y a pas de femmes arabes. Les premières unions ont lieu à Bourail avec des Européennes, des relations se nouent aussi avec des femmes mélanésiennes. Dans les générations suivantes, les filles de ces premières unions se marient souvent dans le milieu arabe. La souche survit, les patronymes se transmettent même quand ils sont transformés par l'administration, mais la langue qui ne peut pas être apprise aux enfants par des mères qui ne la parlent pas, se perd.
Et précisément parce que la langue s'est perdue, ce cimetière prend dans notre mémoire une autre dimension. Votre présence ici est une reconnaissance de cette dimension et elle est d'autant plus nécessaire que le tout récent manuel d'histoire a supprimé la photo du cimetière de Nessadiou ainsi que le paragraphe consacré dans le manuel précédent à la présence arabe.
Monsieur le Ministre, ne cherchez pas les noms de nos anciens dans les livres d'histoire, même celui de Bou Mezrag el Mokrani a été effacé. Ne cherchez pas une place, une école, un collège, un espace sportif qui porte un nom arabe, mais parcourez les listes de décès des centres miniers de Thio ou Ouegoa, des centres pénitentiaires, de l'île Nou, de Ducos, de l'île des Pins, du Camp Brun interrogez vous sur le jeune âge de ces décédés et vous commencerez à comprendre. Continuez par la liste des concessionnaires de Bourail, Nessadiou bien sûr mais aussi Boghen, la Route d'Ourail, la Poueo, remontez jusqu'à Pouembout, Koumac, revenez par La Foa, concentrez-vous sur Nouméa, sur la liste des chauffeurs de fiacres, sur la Vallée du Tir le quartier ouvrier, sur les ouvriers du Nickel, sur les syndicats, sur les sportifs, et aussi il faut le dire au début du XXe siècle sur la délinquance, le tout dans un environnement, où le mépris aujourd'hui disparu, n'était jamais absent et vous commencerez à avoir un idée de ce que les Arabes ont vécu dans ce pays où pendant longtemps, comme disait le vieux Bel Amiche qui repose à Nessadiou : "le cheval a été le seul ami de l'Arabe".
Victimes de la colonisation en Algérie, contraints dans l'exil de devenir acteurs de la colonisation en Nouvelle-Calédonie puis reconnus comme victimes de l'Histoire, il n'y a qu'un seul mot pour traduire ce que nous avons vécu : Mektoub. Le destin. Alors aujourd'hui quand on appelle le pays à un destin commun, quand on aspire à la constitution d'une communauté de destin, croyez bien que nous sommes prêts à y prendre toute notre part. Notre passé ne nous permet pas d'évoquer les bienfaits de la colonisation et nous n'avons pas le temps d'attendre une quelconque repentance d'où qu'elle vienne. Nous sommes des citoyens de Nouvelle-Calédonie qui avons un défi à relever dans le respect de l'histoire de nos pères et pour l'avenir de nos enfants et rien ne se fera à côté de nous ou sans nous. C'est le sens que nous voulons donner à votre visite à Nessadiou.

"cimetière arabe" de Nessadiou à Bourail
source, M. Ouennoughi ©)
À l'entrée du cimetière, il y a le croissant de lune. Quand vous rentrerez à Paris ou dans la banlieue lyonnaise s'il vous arrive d'apercevoir ce croissant de lune, ayez une pensée, Monsieur le Ministre, pour ces descendants d'Arabes qui vivent sous le ciel austral, là où le croissant est tourné à l'envers ou dans l'autre sens, mais n'en doutez jamais : le cœur des Arabes de Caledoun est pour toujours à l'endroit. Et leur endroit c'est ici.
Taïeb Aifa
le manuel d'histoire de Nouvelle-Calédonie (Ahmed de Bourail)
à propos du manuel d'histoire
de Nouvelle-Calédonie
Ahmed de BOURAIL
Nous aimerions beaucoup savoir si le manuel d'histoire de
Nouvelle-Calédonie intègre les données historiques et anthropologiques
du Docteur en Histoire Mme Ouennoughi Mélica, sur l'histoire de la
déportation maghrébine en Nouvelle-Calédonie, ceci est une thèse de
doctorat bien connue maintenant sur le territoire calédonien et relate
les insurrections algériennes, le code de l'indigénat en Algérie, la
déportation des Algériens et Maghrébins, qui n'avait jamais été élucidé
de manière histoirique et scientifique avant cette historienne.
On
a lontemps pensé qu'il y avait 200 algériens déportés sur le territoire
et cela est totalement faux, la recherche historique nous donne les
éléments fondateurs et véritables, les listes émises par l'historienne
donne un chiffe bien supérieur, et elle note que les déportés ont gardé
leur culture, leur histoire et la descendance a hérité d'une culture
ancienne algérienne, de la coutume, de la tradition par l'introduction
du saint patron sidi moulay, du cimetière de Nessadiou au XIXe siècle
et du palmier dattier.
Elle décrit une parenté ancienne arabo-berbère qui a permis aux familles de se constituer et ce phénomène d'introduction n'est pas récent comme certains historiens calédoniens pourraient le penser, faut de connaissance d'une Algérie ancienne de ses traditions, de ses rites et de ses coutumes voir même de sa politique culturelle et religieuse.
Rien n'avait été développé,
n'a pu être décrit voir même initié aux étudiants, ou aux collégiens
sur ces oubliés de l'histoire fortement de culture algérienne
aujourd'hui depuis l'arrivée de leurs aieux sur ce territoire (1867
suite à l'insurrection des ouled Sidi Cheikh avant même l'insurrection
de Hadj Mokrani en 1871).
Les historiens doivent consulter
l'ouvrage historique de Mme Ouennoughi pour véritablement comprendre
l'histoire des Algériens de Nouvelle-Calédonie, les listes des déportés
sont inscrits au cimetière de Nessadiou par le travail minitieux
entrepris par l'historienne. Les travaux sont rattachés au nouveau
laboratoire d'histoire contemporaine de Nouméa et l'historienne donne
une conférence au centre culturel Tjibaou de Nouméa le 31 mai, ainsi on
ne pourra plus ignorer ces déportés politiques, leur descendants, leur
culture, leur tradition et leur religiosité.
Est-ce que le
manuel d'histoire nouvellement constitué à pris compte des donnés de
recherche sur l'histoire des Algériens initié par Mme Ouennoughi ? Du
point de vue scientifique, nous serions ravis de vérifier si cela a été
respecté, sinon à quoi sert la recherche ? À quoi servent les historiens
?
Monsieur LIAUZU sait-il si de telles données ont-elles été respectées ?
Bref,
un certain nombre de question que beaucoup de Calédoniens descendants
d'Algériens se posent ? Quels enseignements là-dessus, et où est
l'enseignante sur cette question ?
Ahmed de Bourail
message posté
un manuel d’histoire pour les écoles primaires de la Nouvelle-Calédonie
Guerres de mémoire ou histoire : pour
une vulgarisation de qualité
Claude LIAUZU
La parution d’un manuel d’histoire pour les écoles primaires de la Nouvelle-Calédonie risque de passer inaperçue dans la capitale des arts et des lettres. Pourtant, ce n’est pas un mince événement d’avoir élaboré une histoire partagée entre les diverses populations. C’est une contribution au devenir commun qu’elles ont à construire à partir d’un lourd passé.
Cela sans complaisance envers les nostalgiques du bon vieux temps de la colonisation, ni envers les pénitents battant leur repentance sur la poitrine de leurs ancêtres, ni envers ceux qui se réclament du statut éternel de victime absolue. Cela aussi sans choisir le plus petit commun dénominateur entre Kanak, caldoches, descendants de déportés et bagnards, de petits colons, de Polynésiens et asiatiques. En acceptant leur pluralité, les auteurs (dont un seul Kanak, en raison du retard scolaire légué par le passé,
regrettent-ils) ne se sont pas réfugiés derrière une impossible neutralité, n’ont esquivé aucun des grands problèmes auxquels sont confrontés les enseignants du «Caillou».
1° Comment interpréter les siècles et millénaires antérieurs à la colonisation en refusant à la fois le mythe du «bon sauvage», ou la légende des siècles d’or, aussi bien que la justification de la colonisation par la hiérarchie des civilisations ?
2° Comment étudier une colonisation ambiguë : la domination, la violence, les massacres, la dépossession, le statut de l’indigénat, la destruction des identités, sans réduire la colonisation, qui a été une des dimensions du nationalisme et du capitalisme européens, au pillage et au meurtre ? Sans négliger les transformations - résistance, emprunts, ré-interprétations - des colonisés ?
3° Comment étudier aussi bien les Kanak que les colons et leurs relations en évitant le manichéisme des «zoos humains», ou son doublet inversé, la
«reconnaissance de la nation» envers l’œuvre des Français d’outre-mer ? Quelle a été l’histoire des colons : ni hussards de la civilisation, ni pionniers héroïques, ni bourreaux, ni boucs émissaires, mais porteurs des contradictions de la société métropolitaine et de la situation coloniale ?
Cet ouvrage est-il à classer dans la rubrique curiosa des histoires exotiques ? Oui, si l’on ignore la loi du 23 février 2005, par laquelle des élus ont prétendu imposer un enseignement du «rôle positif» de la colonisation et créé une Fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie (mémoire, non pas histoire, et au singulier !), sous l’autorité d’un ministre qui traite les historiens de «spécialistes auto-proclamés» ou «pseudo historiens» quand ils ne partagent pas son point de vue. Oui, si l’on néglige la multiplication des initiatives municipales en faveur de mémoriaux exaltant l’Algérie française, à Montpellier - où Georges Frèche traite les historiens de «trous du cul» -, à Perpignan, au mépris de la pluralité de la population. Oui, si l’on n’a pas encore compris que nos sociétés postcoloniales sont traversées par ces problèmes.
Ce livre est un exemple dont il faut s’inspirer pour dépasser les guerres de mémoires et l’enlisement du débat métropolitain. Les historiens de la «Nouvelle» contribuent ainsi à la diffusion des connaissances, qui est une des fonctions de notre métier. Ce n’est pas un hasard si plusieurs des auteurs ont contribué aussi au Dictionnaire de la colonisation française (Larousse, 2007) qui a le même objectif.
Claude Liauzu
15 février 2007
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Accord sur la Nouvelle-Calédonie signé à Nouméa le 5 mai 1998
Préambule
1. Lorsque la France prend possession de la Grande Terre, que James
Cook avait dénommée «Nouvelle-Calédonie», le 24 septembre 1853, elle
s'approprie un territoire selon les conditions du droit international
alors reconnu par les nations d'Europe et d'Amérique, elle n'établit
pas des relations de droit avec la population autochtone. Les traités
passés, au cours de l'année 1854 et les années suivantes, avec les
autorités coutumières, ne constituent pas des accords équilibrés mais,
de fait, des actes unilatéraux.
Or, ce territoire n'était pas vide.
La Grande Terre et les îles étaient habitées par des hommes et des
femmes qui ont été dénommés kanak. Ils avaient développé une
civilisation propre, avec ses traditions, ses langues, la coutume qui
organisait le champ social et politique. Leur culture et leur
imaginaire s'exprimaient dans diverses formes de création.
L'identité kanak était fondée sur un lien particulier à la terre.
Chaque individu, chaque clan se définissait par un rapport spécifique
avec une vallée, une colline, la mer, une embouchure de rivière, et
gardait la mémoire de l'accueil d'autres familles. Les noms que la
tradition donnait à chaque élément du paysage, les tabous marquant
certains d'entre eux, les chemins coutumiers structuraient l'espace et
les échanges.
2. La colonisation de la Nouvelle-Calédonie s'est inscrite dans un
vaste mouvement historique où les pays d'Europe ont imposé leur
domination au reste du monde.
Des hommes et des femmes sont venus en grand nombre, aux XIXe et XXe
siècles, convaincus d'apporter le progrès, animés par leur foi
religieuse, venus contre leur gré ou cherchant une seconde chance en
Nouvelle-Calédonie. Ils se sont installés et y ont fait souche. Ils ont
apporté avec eux leurs idéaux, leurs connaissances, leurs espoirs,
leurs ambitions, leurs illusions et leurs contradictions.
Parmi eux certains, notamment des hommes de culture, des prêtres ou
des pasteurs, des médecins et des ingénieurs, des administrateurs, des
militaires, des responsables politiques ont porté sur le peuple
d'origine un regard différent, marqué par une plus grande compréhension
ou une réelle compassion.
Les nouvelles populations sur le territoire ont participé, dans des
conditions souvent difficiles, en apportant des connaissances
scientifiques et techniques, à la mise en valeur minière ou agricole
et, avec l'aide de l'État, à l'aménagement de la Nouvelle-Calédonie.
Leur détermination et leur inventivité ont permis une mise en valeur et
jeté les bases du développement.
La relation de la Nouvelle-Calédonie avec la métropole lointaine est
demeurée longtemps marquée par la dépendance coloniale, un lien
univoque, un refus de reconnaître les spécificités, dont les
populations nouvelles ont aussi souffert dans leurs aspirations.
3. Le moment est venu de reconnaître les ombres de la période coloniale, même si elle ne fut pas dépourvue de lumière.
Le choc de la colonisation a constitué un traumatisme durable pour la population d'origine.
Des clans ont été privés de leur nom en même temps que de leur
terre. Une importante colonisation foncière a entraîné des déplacements
considérables de population, dans lesquels des clans kanak ont vu leurs
moyens de subsistance réduits et leurs lieux de mémoire perdus. Cette
dépossession a conduit à une perte des repères identitaires.
L'organisation sociale kanak, même si elle a été reconnue dans ses
principes, s'en est trouvée bouleversée. Les mouvements de population
l'ont déstructurée, la méconnaissance ou des stratégies de pouvoir ont
conduit trop souvent à nier les autorités légitimes et à mettre en
place des autorités dépourvues de légitimité selon la coutume, ce qui a
accentué le traumatisme identitaire.
Simultanément, le patrimoine artistique kanak était nié ou pillé.
À cette négation des éléments fondamentaux de l'identité kanak se
sont ajoutées des limitations aux libertés publiques et une absence de
droits politiques, alors même que les kanak avaient payé un lourd
tribut à la défense de la France, notamment lors de la Première Guerre
mondiale.
Les kanak ont été repoussés aux marges géographiques, économiques et
politiques de leur propre pays, ce qui ne pouvait, chez un peuple fier
et non dépourvu de traditions guerrières, que provoquer des révoltes,
lesquelles ont suscité des répressions violentes, aggravant les
ressentiments et les incompréhensions.
La colonisation a porté atteinte à la dignité du peuple kanak
qu'elle a privé de son identité. Des hommes et des femmes ont perdu
dans cette confrontation leur vie ou leurs raisons de vivre. De grandes
souffrances en sont résultées. Il convient de faire mémoire de ces
moments difficiles, de reconnaître les fautes, de restituer au peuple
kanak son identité confisquée, ce qui équivaut pour lui à une
reconnaissance de sa souveraineté, préalable à la fondation d'une
nouvelle souveraineté, partagée dans un destin commun.
4. La décolonisation est le moyen de refonder un lien social durable
entre les communautés qui vivent aujourd'hui en Nouvelle-Calédonie, en
permettant au peuple kanak d'établir avec la France des relations
nouvelles correspondant aux réalités de notre temps.
Les communautés qui vivent sur le territoire ont acquis par leur
participation à l'édification de la Nouvelle-Calédonie une légitimité à
y vivre et à continuer de contribuer à son développement. Elles sont
indispensables à son équilibre social et au fonctionnement de son
économie et de ses institutions sociales. Si l'accession des kanak aux
responsabilités demeure insuffisante et doit être accrue par des
mesures volontaristes, il n'en reste pas moins que la participation des
autres communautés à la vie du territoire lui est essentielle.
Il est aujourd'hui nécessaire de poser les bases d'une citoyenneté
de la Nouvelle-Calédonie, permettant au peuple d'origine de constituer
avec les hommes et les femmes qui y vivent une communauté humaine
affirmant son destin commun.
La taille de la Nouvelle-Calédonie et ses équilibres économiques et
sociaux ne permettent pas d'ouvrir largement le marché du travail et
justifient des mesures de protection de l'emploi local.
Les accords de Matignon signés en juin 1988 ont manifesté la volonté
des habitants de Nouvelle-Calédonie de tourner la page de la violence
et du mépris pour écrire ensemble des pages de paix, de solidarité et
de prospérité.
Dix ans plus tard, il convient d'ouvrir une nouvelle étape, marquée
par la pleine reconnaissance de l'identité kanak, préalable à la
refondation d'un contrat social entre toutes les communautés qui vivent
en Nouvelle-Calédonie, et par un partage de souveraineté avec la
France, sur la voie de la pleine souveraineté.
Le passé a été le temps de la colonisation. Le présent est le temps
du partage, par le rééquilibrage. L'avenir doit être le temps de
l'identité, dans un destin commun.
La France est prête à accompagner la Nouvelle-Calédonie dans cette voie.
5. Les signataires des accords de Matignon ont donc décidé d'arrêter
ensemble une solution négociée, de nature consensuelle, pour laquelle
ils appelleront ensemble les habitants de Nouvelle-Calédonie à se
prononcer.
Cette solution définit pour vingt années l'organisation politique de
la Nouvelle-Calédonie et les modalités de son émancipation.
Sa mise en oeuvre suppose une loi constitutionnelle que le
Gouvernement s'engage à préparer en vue de son adoption au Parlement.
La pleine reconnaissance de l'identité kanak conduit à préciser le
statut coutumier et ses liens avec le statut civil des personnes de
droit commun, à prévoir la place des structures coutumières dans les
institutions, notamment par l'établissement d'un Sénat coutumier, à
protéger et valoriser le patrimoine culturel kanak, à mettre en place
de nouveaux mécanismes juridiques et financiers pour répondre aux
demandes exprimées au titre du lien à la terre, tout en favorisant sa
mise en valeur, et à adopter des symboles identitaires exprimant la
place essentielle de l'identité kanak du pays dans la communauté de
destin acceptée.
Les institutions de la Nouvelle-Calédonie traduiront la nouvelle
étape vers la souveraineté : certaines des délibérations du Congrès du
territoire auront valeur législative et un Exécutif élu les préparera
et les mettra en oeuvre.
Au cours de cette période, des signes seront donnés de la
reconnaissance progressive d'une citoyenneté de la Nouvelle-Calédonie,
celle-ci devant traduire la communauté de destin choisie et pouvant se
transformer, après la fin de la période, en nationalité, s'il en était
décidé ainsi.
Le corps électoral pour les élections aux assemblées locales propres
à la Nouvelle-Calédonie sera restreint aux personnes établies depuis
une certaine durée.
Afin de tenir compte de l'étroitesse du marché du travail, des
dispositions seront définies pour favoriser l'accès à l'emploi local
des personnes durablement établies en Nouvelle-Calédonie.
Le partage des compétences entre l'État et la Nouvelle-Calédonie
signifiera la souveraineté partagée. Il sera progressif. Des
compétences seront transférées dès la mise en oeuvre de la nouvelle
organisation. D'autres le seront selon un calendrier défini, modulable
par le Congrès, selon le principe d'auto-organisation. Les compétences
transférées ne pourront revenir à l'État, ce qui traduira le principe
d'irréversibilité de cette organisation.
La Nouvelle-Calédonie bénéficiera pendant toute la durée de mise en
oeuvre de la nouvelle organisation de l'aide de l'État, en termes
d'assistance technique et de formation et des financements nécessaires,
pour l'exercice des compétences transférées et pour le développement
économique et social.
Les engagements seront inscrits dans des programmes pluriannuels. La
Nouvelle-Calédonie prendra part au capital ou au fonctionnement des
principaux outils du développement dans lesquels l'État est partie
prenante.
Au terme d'une période de vingt années, le transfert à la
Nouvelle-Calédonie des compétences régaliennes, l'accès à un statut
international de pleine responsabilité et l'organisation de la
citoyenneté en nationalité seront proposés au vote des populations
intéressées.
Leur approbation équivaudrait à la pleine souveraineté de la Nouvelle-Calédonie.
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Enquête
Le "Caillou", c'est toute une histoire
LE MONDE | 09.02.07 | 16h14 • Mis à jour le 09.02.07 | 16h14
À elle seule, Christiane Terrier incarne tout un pan de l'histoire de la Nouvelle-Calédonie. Sa maison, de style néocolonial, est située au centre de la presqu'île de Nouméa, dans le quartier appelé "La Vallée des colons". Sur les murs du salon sont accrochés les portraits jaunis de deux de ses ancêtres. Dans sa famille, elle compte cinq générations sur le "Caillou", depuis que son arrière-grand-père est arrivé de métropole, en 1898, pour assurer la fonction de chef de travaux dans l'administration pénitentiaire. Du côté de sa mère, elle avoue, en souriant, compter quelques bagnards, "et pas condamnés pour des peccadilles...". Elle ne rejette pas l'appellation de "Caldoche", donnée aux Calédoniens d'origine européenne et souvent considérée par eux comme péjorative.
Cette historienne, professeur à l'Institut universitaire de formation des maîtres (IUFM) du Pacifique, a eu la
lourde tâche d'animer une commission chargée d'élaborer un manuel d'histoire pour le primaire. Dans la logique de l'accord de Nouméa, signé en 1998 entre indépendantistes et non-indépendantistes, les programmes de l'enseignement primaire ont été transférés en 2000 au gouvernement de la Nouvelle-Calédonie. Le manuel est enfin prêt. Il est à l'impression, à Singapour, "parce que cela coûte moins cher". Il sera disponible en mars.
La commission d'historiens mobilisée autour du projet comptait une vingtaine de membres. Parmi eux, un seul Kanak. Ce que déplore Christiane Terrier : "Malheureusement, il n'existe pas suffisamment d'historiens kanaks formés à l'occidentale. La grande majorité des Kanaks ne se reconnaissent pas dans une écriture scientifique de l'histoire. Ils craignent qu'une telle démarche aille contre leur lutte nationale et dénature leur passé." L'historienne se réjouit cependant que l'un des fils de Jean-Marie Tjibaou, le chef historique du mouvement indépendantiste, ait suivi le projet de bout en bout.
Les enjeux sont énormes. "Le manuel est un élément fondamental de la constitution d'une communauté de destin, insiste Louis-José Barbançon, historien calédonien spécialiste du bagne. Sans histoire commune à partager, pas de destin commun à envisager. Avec cette évidence fondatrice : la profondeur temporelle de la présence kanake est de trois mille ans alors que l'histoire commune à partager ne s'étend que sur cent cinquante ans. Il est évident aussi que l'histoire commune est faite de violences, de guerres, de révoltes autant que de vies parfois partagées, souvent parallèles. Mais, après tout, l'histoire de l'Europe a fonctionné sur le même
schéma, ce qui n'empêche pas l'Europe de se faire."
Ismet Kurtovitch, responsable du service des archives territoriales, qui a participé à la relecture du manuel, fait une analyse similaire : "Le défi consistait à rédiger un manuel traitant d'une histoire coloniale, destiné à des enfants qui sont les fils et filles des acteurs de cette histoire."
Assez curieusement, le récit de la colonisation et des affrontements qui ont eu lieu, à partir de 1984, entre Kanaks et "Caldoches", n'a pas soulevé trop de difficultés. Sur ce sujet, il existe un texte consensuel : l'accord de Nouméa, adopté par 72 % des Calédoniens, le 8 novembre 1998. Le préambule de ce document fondateur, d'une grande hauteur de vue, constitue aujourd'hui la base du vivre ensemble entre Kanaks et Caldoches. Il reconnaît l'identité kanake, le fait colonial, mais aussi la "mise en valeur" de la Nouvelle-Calédonie par les populations venues d'Europe. "Le moment est venu de reconnaître les ombres de la période coloniale, même si elle ne fut pas dépourvue de lumière, dit solennellement le préambule. (...) Les communautés qui vivent sur le territoire ont acquis, par leur participation à l'édification de la Nouvelle-Calédonie, une légitimité à y vivre et à continuer de contribuer à son développement. (...) Le passé a été le temps de la colonisation. (...) L'avenir doit être le temps de l'identité, dans un destin commun."
Pour Charles Washetine, membre du gouvernement (on ne dit pas "ministre" en Nouvelle-Calédonie) chargé de l'enseignement, issu du Palika (indépendantiste), "les historiens sont venus valider ce qu'avaient signé les politiques. Une ère nouvelle s'est ouverte avec l'accord de Nouméa. Aujourd'hui, par exemple, parler du "massacre d'Ouvéa" ne pose plus de difficulté majeure."
Un premier manuel d'histoire, rédigé en 1992 dans un cadre non officiel, avait déminé le terrain. "À l'époque, il avait fallu 48 heures de négociations pour parvenir à une rédaction commune sur la période contemporaine", se souvient Christiane Terrier. La rédaction du manuel de 2007 a été plus facile. "Il est toujours délicat de parler de l'histoire immédiate, note Ismet Kurtovitch. Chaque mot a été pesé. Par exemple, on a écrit qu'Eloi Machoro avait été "tué" et Jean-Marie Tjibaou "assassiné"."
Louis-José Barbançon [ci-contre], qui n'a pas participé à la rédaction du manuel, met en garde contre les effets destructeurs des "non-dits". "Il faut bien comprendre que le non-dit entraîne des phénomènes de revendications mémorielles de la part de ceux qui, ne se retrouvant pas dans une histoire trop édulcorée et trop officielle, recréent eux-mêmes leur histoire. La mémoire tyrannique prend alors la place que l'histoire n'a pas su occuper." Pour sa part, Christiane Terrier se félicite que les travaux de l'historiographie récente aient été pris en compte. "Nous n'avons pas édulcoré les spoliations foncières aux dépens des tribus, ou encore le régime de l'indigénat."
Les débats les plus vifs ont porté sur le concept de préhistoire. "Les historiens sont tous d'accord sur le fait que la période néolithique représente une révolution dans l'histoire de l'humanité, explique Mme Terrier. Mais l'historiographie occidentale a mis en exergue la césure de l'écriture. Or, les peuples mélanésiens ne connaissaient pas l'écriture avant l'arrivée des Européens. Est-ce que ce concept de préhistoire est pertinent ? Je ne le pense pas. Et je me suis fait traiter de "pro-kanak" parce que je soutenais ce point de vue !"
Les historiens australiens, confrontés au même problème, ont retenu le concept de "traces", au lieu de celui d'écriture. Une approche à laquelle se rallie volontiers Charles Washetine : "En Nouvelle-Calédonie, les pétroglyphes (gravures rupestres) peuvent être considérés comme une forme d'écriture. Une chose est sûre : la civilisation kanake existait bien avant l'arrivée des Européens." Le concept de préhistoire a finalement été abandonné, après un long débat qui est monté jusqu'au gouvernement de la Nouvelle-Calédonie.
À travers ce manuel, est-ce le peuple calédonien, soudé par un "destin commun", pour reprendre la formule clé de l'accord de Nouméa, qui est en train d'écrire son histoire ? Christiane Terrier se montre très prudente. "Disons que ce sont des groupes, composant une population hétérogène, qui essaient de mettre en commun leur histoire en l'écrivant. L'enjeu reste de doter le pays d'une mémoire commune. Mais on sait bien que la mémoire n'est jamais indépendante de la perception du quotidien. Nous sommes encore en plein débat postcolonial. La sérénité du préambule de l'accord de Nouméa est loin d'avoir gagné toutes les populations calédoniennes. L'écriture de l'histoire reste difficile dans ce pays..."
Xavier Ternisien
article paru dans l'édition du 10.02.07
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liens
- "Pays Kanak : à la croisée de l'ethnologie et de l'histoire", Jacqueline Dahlem (hermes.jussieu.fr)
"Les Kanak et l'histoire ; le thème proposé pour ce volume ouvre de multiples problématiques liées entre autres à la polysémie du mot histoire en langue française. Mais s'il invite à interroger la relation entre "les Kanak" et "l'histoire", je préciserai d'emblée qu'il s'agira pour ma part d'interroger la relation des Kanak à l'histoire en tant que "science humaine" inscrite dans le champ des recherches et des productions universitaires et matière enseignée à tous les stades de la scolarité. Or s'il est une science humaine qui a entretenu des relations privilégiées avec les Kanak ce n'est pas l'histoire, au sens d'historiographie, mais l'ethnologie." (lire la suite)

corvée de condamnés travaillant à la voirie de Nouméa
bibliographie

une publication du Centre de Documentation pédagogique
de Nouvelle-Calédonie
- La Nouvelle-Calédonie : colonie pénitentiaire, 1863-1931
Auteurs : Isabelle Amiot et le CDP, 2005
Support : 2 DVD et 1 livret pédagogique
Ce DVD propose un voyage dans l'histoire de la Nouvelle-Calédonie et de la France, au temps où la Nouvelle-Calédonie était une colonie pénitentiaire.
Pourquoi et comment la France affecte-t-elle la Nouvelle-Calédonie à la transportation, à la déportation, à la rélégation ?
Qui sont les condamnés à l'application de la peine des travaux forcés et à l'exil à La Nouvelle ? Dans quels lieux de l'archipel ont-ils vécu et quelles ont été leurs conditions de vie ?
Quels sont les prolongements dans l'histoire du peuplement et de la mise en valeur de cette colonie ?
Qu'en reste-t-il aujourd'hui dans la mémoire collective et le patrimoine des Néo-Calédoniens ?
En déchiffrant les archives et les vestiges, en écoutant les
historiens et les acteurs du patrimoine, ce document cherche à susciter
l'intérêt et à fournir des éléments de réflexion.
Il est destiné tout à la fois aux enseignants et aux élèves, au grand public calédonien et aux visiteurs.
Particularité : le film principal de 32 mn est en 3 versions (français, anglais, japonais)
contact : centre de documentation pédagogique de Nouvelle-Calédonie

condamnés dans le pénitencier de l'île Nou






























