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Protectionnisme et expansion coloniale

Henri BRUNSCHWIG (1960)


Ce fut Bismarck qui, le premier, en 1878, proposa au Reichstag un tarif protectionniste. Il était, à ce moment-là encore, résolument hostile à l'expansion coloniale. Aucun des députés qui intervinrent dans la discussion n'y fit allusion et l'Allemagne ne s'y décida que cinq ans plus tard, en avril 1884. Lorsqu'en juin 1885, Bismarck définit son système colonial, il ne mentionna pas davantage le protectionnisme, pas plus redditionque Jules Ferry en juillet de la même année.

Ferry avait inauguré la politique impérialiste de la France par l'expédition de Tunis, en 1881. Mais ce fut seulement en 1892 que la France s'engagea dans le protectionnisme par le vote du tarif Méline. À ce moment, le tarif Mac Kinley (1890) avait déjà fait passer les Etats-Unis dans l'orbite protectionniste, mais ils attendirent ensuite huit ans pour se livrer à l'impérialisme en enlevant aux Espagnols leurs colonies de Cuba, de Porto-Rico et des Philippines (1898). Et ce ne furent pas les milieux économiques qui préconisèrent ces interventions. Quant à l'Angleterre, à la Belgique et aux Pays-Bas, ils ne renoncèrent pas au libre-échange, ce qui ne les empêcha pas d'acquérir des colonies.
Cette simple confrontation des dates induit en méfiance à l'égard de la filiation du protectionnisme à l'expansion coloniale.

Jules Ferry explique que la fermeture des marchés des États devenus protectionnistes obligeait ceux qui ne l'étaient pas à rechercher des débouchés ailleurs. Mais sur quoi se fondait-il ? La vérification était cependant facile : l'Allemagne appliqua son tarif protectionniste à partir de 1879. La France resta libre-échangiste jusqu'en 1892. Reportons-nous au Tableau général du Commerce de la France : nous y voyons que le commerce général de la France avec l'Allemagne passa de 882,8 millions de francs en 1878 à 883,9 en 1879, à 945,5 en 1880, à 981 en 1881 et à 993,2 en 1882.

Si nous considérons le rapport entre importations et exportations, nous constatons que la France continua d'importer plus qu'elle n'exportait. Les deux courbes restent parallèles jusqu'en 1885. Ensuite, la France rétablit peu à peu l'équilibre et, de 1892 à 1908, elle exporte plus qu'elle n'importe. À cause du tarif Mélinecouverture de 1892 ? Peut-être, mais à partir de 1910 et malgré le relèvement de ce tarif, le commerce fut de nouveau déficitaire pour la France. Les tarifs douaniers sont des armes à double tranchant et leur action ne peut être que très brève ; des négociations, qui les émoussent, s'imposent ensuite, si l'on veut éviter des guerres douanières dommageables aux deux partenaires.

La courbe des échanges entre la France et l'Allemagne est grossièrement parallèle à celle entre la France et l'Angleterre ; celle-ci accuse seulement des mouvements d'une plus grande amplitude. L'Angleterre, cependant, resta libre-échangiste.

Si l'on considère enfin la courbe du commerce général de la France au cours de cette période de 1875 à 1914, on y trouve bien des chutes, correspondant aux crises économiques générales, dont n'avons pas à traiter ici. Mais, des arguments en faveur de la thèse selon laquelle le débouché colonial est venu pallier les déficiences du commerce ? Point. L'expédition de Tunisie eut lieu en 1881, au moment où le commerce général atteignit les chiffres les plus élevés depuis 1870. La conquête de Madagascar en 1895, les interventions  au Maroc après 1905, se situèrent à des moments où le commerce était en pleine expansion. Seule la conquête du Tonkin, entre 1883 et 1885, correspondit à une période de baisse. Dans l'ensemble, il apparaît que l'expansion coloniale ne s'inscrivit pas sur la courbe du commerce extérieur.

Henri Brunschwig,
Mythes et réalités de l'impérialisme colonial français, 1871-1914,
A. Colin, 1960, p. 82-83

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les conquêtes coloniales

ne doivent rien au capital financier

Jacques MARSEILLE (1984)


Rien ne prouve que Jules Ferry avait un plan d'ensemble quand il décida en 1881 et 1882 l'intervention de la France en Tunisie et au Tonkin. Il faudra attendre 1885 pour qu'il justifie a posteriori la nécessité économique des conquêtes coloniales. (p. 12 éd. Points-Seuil, p. 21 éd. 2005)

(… selon) Jacques Freymond : (…) "Si l'on considère la France, on doit constater que les Français ont été moins sensibles aux appels de Jules Ferry qui jugeait les colonies nécessaires au placement des capitaux de la métropole, qu'au mirage de l'alliance russe. En 1902, sur un total d'environ 30 milliards de francs placés à l'étranger, l'Europe à elle seule en a reçu 21 milliards et l'on estime à 2 ou 3 milliards la somme totale des placements dans les colonies françaises".

Le faible pourcentage que représentaient les empires coloniaux dans le commerce et les placements de2020108941 capitaux métropolitains suffirait donc à démontrer la faiblesse de l'analyse marxiste et à prouver que les conquêtes coloniales ne devaient rien au capital financier. (p. 28 éd. Points-Seuil, p. 21, p. 40-41 éd. 2005)

Jacques Marseille,
Empire colonial et capitalisme français, (1984),
éd. Points-Seuil, 1989 et éd. "Bibliothèque de l'évolution
de l'humanité", Albin Michel 2005



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