lundi 26 décembre 2016

un opuscule du cadi Ahmed Skiredj (1878-1944)

Ahmed Skiredj (1)
le cadi Ahmed Skiredj (1878-1944)

 

 

l’histoire des idées à Oujda sous

la période coloniale :

Le paradigme d’un opuscule en histoire des sciences

Badr MAQRI

 

La formation discursive concerne une nouvelle archéologie de l’histoire des sciences au Maroc sous protectorat français, à travers un opuscule du Cadi de la ville d’Oujda, Ahmed Skiredj (1878-1944), sur l’algèbre, la cryptographie et le partage des successions (Librairie Taleb, Oujda,2012, 192 pages).

Le livre de Badr Maqri, se compose de deux chapitres : l’un est consacré à la traduction d’Eugène Viala, de l’opuscule de Skiredj, réalisée en 1917. Quant au deuxième chapitre, il est consacré à la lecture critique du commentaire de Georges Colin (1893-1977) sur l’opuscule de Skiredj.

 

Badr Maqri 2012 couv

Badr Maqri se réfère à Auguste Comte (1798-1857), pour signaler qu’on ne connaît pas complètement une science, tant qu’on n’en sait pas son histoire.

L’auteur se rapporte dans son livre, à deux grands objectifs :

1 - démontrer quelques paradigmes de l’histoire des idées, chez les «indigènes», pendant la période coloniale.

2 - dévoiler l’intersection entre ; l’algèbre, la cryptographie, et le partage des successions chez les musulmans.

Et c’est ainsi qu’on pourra déduire deux structures épistémologiques, liées au contexte colonial du Maroc moderne. La première est, l’histoire des sciences chez les «indigènes» marocains. La deuxième est, l’histoire des idées, dans une société colonisée.

 

Ahmed Skiredj (2)

 

Ahmed Skiredj (1878-1944), qui exerça la profession de Cadi à Oujda, entre 1916 et 1922, scruta dans son opuscule, la profondeur du système fractionnaire employé par les juristes marocains de l’époque, pour la détermination des parts héréditaires, sous l’égide des Régions Civiles et Militaires du Protectorat Français au Maroc, entre 1912 et 1956.

Ce livre s’oriente sur d’autres phases de l’histoire coloniale du Maroc et de la ville d’Oujda, après le livre consacré à l’organisation territoriale d’Oujda en 1952, paru en 2010.

 

 

Badr Maqri 2012 couv

 

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lundi 5 décembre 2016

Guerre d'Algérie : les oublis de l'Histoire, 5 décembre 2016

émission 5 déc 2016 (1) - 1

 

 

Guerre d'Algérie : les oublis de l'Histoire

émission de TVL du 5 décembre 2016

 

 

 

 

Roger Saboureau 5 déc 2016
Roger Saboureau, "Secours de France", 5 décembre 2016

 

Jean-Marie Schmitz 5 déc 2016
Jean-Marie Schmitz, président de "Secours de France", 5 décembre 2016

 

général Fournier 5 déc 2016
général Henri-Jean Fournier, association "Soldis", 5 décembre 2016

 

Michel Deyglun 5 déc 2016
Michel Deyglun, ancien officier S.A.S. en Algérie, 5 décembre 2016

 

Olivier Dard 5 déc 2016
Olivier Dard, professeur à l'université Patis IV-Sorbonne

 

Hugues Kéraly 5 déc 2016
Hugues Kéraly, 5 décembre 2016

 

Messaoud Kerfi 5 déc 2016
témoignage de Messaoud Kerfi sur les harkis, 5 décembre 2016

 

émission 5 déc 2016 (2)

 

association "Secours de France

 

émission 5 déc 2016 (3)

 

émission 5 déc 2016 (4)

 

* Secours de France : émission du 5 décembre 2016

 

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vendredi 7 octobre 2016

Qui a laissé massacrer les harkis ? (Michel Renard)

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Qui a laissé massacrer les harkis ?

Michel RENARD

 

 

Harkis Marianne 7 oct 2016 (1)

Harkis Marianne 7 oct 2016 (2)

Harkis Marianne 7 oct 2016 (3)

Harkis Marianne 7 oct 2016 (4)

 

Paru dans l'hebdomadaire Marianne, le 7 octobre 2016.

 

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vendredi 2 septembre 2016

La conquête de l'Algérie - la dernière campagne d'Abd el-Kader, Jacques Frémeaux

 Frémeaux couv

 

La conquête de l'Algérie

la dernière campagne d'Abd el-Kader

Jacques Frémeaux

 

 

Septembre 1845. La conquête de l’Algérie paraît terminée après les cinq ans de guerre contre l’émir Abd el-Kader. L’armée française contrôle tout le pays, à l’exception du Sahara. Les immigrants européens n’ont jamais été si nombreux. À Paris, on songe à se débarrasser de l’encombrant maréchal Bugeaud, pour le remplacer par un gouverneur moins belliqueux et plus discipliné. Bugeaud lui-même annonce sa démission.

C’est alors qu’Abd el-Kader, réfugié au Maroc, reprend la lutte. Il anéantit une colonne française à Sidi-Brahim, prélude à une brillante campagne, dans laquelle il démontre ses qualités de stratège. Les plateaux d’Oranie, le massif du Dahra, la plaine du Chélif s’embrasent à l’appel des confréries. La France des notables, représentée par le Premier ministre François Guizot, s’obstine et envoie des renforts. Les généraux de l’armée d’Afrique recourent à des méthodes tristement éprouvées. L’insurrection est écrasée. L’armée triomphe, mais l’avenir de la colonisation demeure encore bien incertain.

Jacques Frémeaux signe le premier ouvrage de fond sur un épisode méconnu et pourtant essentiel de la «pacification» française en Algérie. Une page d’histoire passionnante qui éclaire sous un jour neuf les relations tumultueuses entre la métropole et sa colonie.

 

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vendredi 26 août 2016

l'oasis de Sidi Yahia d'Oujda, un livre de Badr Maqri

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l'oasis de Sidi Yahia d'Oujda,

un livre de Badr Maqri

 

 

L'histoire de l'oasis de Sidi Yahia, dans les environs d'Oujda, dans le cadre de la mémoire collective judéo-chrétienne et musulmane, sous protectorat français (1912-1956), par Badr Maqri, universitaire marocain.

 

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samedi 29 août 2015

compte rendu du livre de Guy Pervillé, par Gregor Mathias

accords d'Évian 1962 (1)

 

 

le livre de Guy Pervillé sur les Accords d'Évian

par Gregor MATHIAS

 

Guy Pervillé, Les accords d’Évian (1962). Succès ou échec de la réconciliation franco-algérienne (1954-2012), A. Colin, collection U, 2012, 288 pages.

Guy Pervillé Évian couvGuy Pervillé

Les accords d’Évian ont souvent été vus comme scellant définitivement 132 ans de présence coloniale en Algérie et terminant huit années de guerre. Or, pour l’historien Guy Pervillé, les accords d’Évian ne sont pas uniquement un point d’arrivée, mais sont surtout le début d’un nouveau départ entre le nouvel État et la France. Les nouvelles relations franco-algériennes représentent d’ailleurs la partie la plus importante de l’ouvrage.

Après avoir évoqué la genèse de l’idée de nation algérienne, Guy Pervillé rappelle que les autorités françaises de la IVe République et le FLN n’ont jamais abandonné l’idée de négocier dès janvier 1956. Interrompues avec les événements de mai 1958 et l’arrivée au pouvoir du général de Gaulle, les négociations reprennent à partir de décembre 1959.

 

Les accords d’Évian, «un bien étrange document» (R. Buron)

Si la plupart des commentateurs se sont focalisés sur le non-respect des accords concernant le cessez-le-feu, le sort des supplétifs et les Européens d’Algérie, Guy Pervillé nous rappelle que les 93 pages des accords d’Évian, signés le 18 mars 1962, «[sont] «un bien étranger document» [expression de R. Buron, un des négociateurs français], qui combinaient un accord de cessez-le-feu entre deux forces armées, (…), un accord politique (…) prévoyant d’acheminer par étapes le territoire français d’Algérie au statut d’État indépendant, et enfin un projet de traité entre deux États».

Guy Pervillé évoque les divergences entre le GPRA et les représentants français : la trêve demandée par la France comme préalable aux négociations, la représentativité exclusive des Algériens par le GPRA, le statut des Européens incompatible en contradiction avec l’unité du peuple algérien, le problème du Sahara, territoire intégré ou non à l’Algérie et les bases militaires françaises à Mers-el-Kébir et au Sahara.

Les réactions de la presse aux accords d’Évian sont évoquées allant des éditoriaux de la presse de Nation française parlant «d’un cessez-le-feu qui aggrave la guerre» et la constitution «d’un dispositif guerrier où l’ennemi à battre, est constitué par un million d’Européen et deux millions de musulmans consciemment fidèles» à L’Humanité réclamant désormais «l’épuration des éléments fascistes de l’armée, de la police, de la justice et de la haute administration».

 

Des accords mal respectés par les deux parties

L’ouvrage consacre toute une partie à la difficile application des accords d’Évian. L’OAS sabota les accords en multipliant les attentats contre les Musulmans et les forces de l’ordre. Le FLN «contourne» les accords d’Évian : si l’armée française perd 58 soldats dans des combats avec l’OAS, 32 pertes sont dues aux combats avec l’ALN dans les deux premiers mois du cessez-le-feu. De plus, l’ALN enlève 93 militaires et plus de 1 000 civils entre le 19 mars et le 2 juillet sans compter les massacres d’Européens à Oran.

Les attentats du FLN ne cessent pas, puisque 380 attentats répondent aux attentats de l’OAS. Les anciens supplétifs et les élus sont victimes de représailles, contrairement aux déclarations de garanties des personnes. Le gouvernement français estime que l’exode des Français d’Algérie ne dépassera pas les 100 000 personnes par an pendant quatre ans. Cette estimation sera bien loin de la réalité, puisqu’en mai 1962, ce chiffre était déjà atteint…

La France, elle aussi, n’a pas respecté les accords d’Évian puisqu’elle ne veille pas à sa bonne application : l’armée reste cantonnée dans ses casernes ; les commissions mixtes fonctionnent mal ; les supplétifs et leurs familles menacés ne sont pas rapatriés massivement.

Les accords d’Évian mettent au grand jour les tensions qui traversent le GPRA. G. Pervillé rappelle la démission, le 27 juin, de cinq membres du FLN de l’Exécutif provisoire pour protester contre la non-application des accords d’Évian concernant les enlèvements et les exactions touchant les Européens et protester contre l’anarchie qui s’installait en Algérie.

Il publie des extraits du programme de Tripoli du GPRA du7 juin 1962 estimant que les programmes de coopération des accords d’Évian établissaient des liens de dépendance «néocoloniale» dans les domaines économiques et culturels avec la France et s’opposent à toute présence d’Européens en Algérie. Ainsi voit-on se dessiner, à la veille de l’indépendance en Algérie, au sein de la nouvelle élite algérienne une tendance marxisante francophobe à une tendance réaliste plus francophile souhaitant conserver des liens de coopération avec la France.

 

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la délégation algérienne aux accords d'Évian, mars 1962

 

Une coopération franco-algérienne tumultueuse

Après l’indépendance, la France continue à assurer le fonctionnement financier du Trésor algérien jusqu’au 29 décembre 1962 et accorde une assistance dans les domaines de l’énergie, de l’enseignement et du développement économique d’un montant de 2,3 milliards de francs de 1962 à 1969. Des accords sont signés pour réguler l’immigration algérienne qui passée l’euphorie de l’indépendance cherche à gagner la France pour des raisons économiques.

Les relations franco-algériennes après l’indépendance sont davantage influencées par des intérêts. Pour la France, il s’agit de préserver ses bases d’essais militaires chimiques et nucléaires et ses centres d’exploitation d’hydrocarbures au Sahara, ainsi que de maintenir son influence culturelle en Algérie. De son côté, l’Algérie souhaite conserver le plus longtemps possible l’aide financière française, assurer l’exportation de sa production viticole sur le marché français, permettre l’émigration de travail de ses compatriotes en France, s’approprier les biens vacants des Européens et nationaliser les hydrocarbures du Sahara, seule ressource financière importante de l’Algérie indépendante.

La France n’ayant plus d’intérêt au Sahara après la nationalisation des hydrocarbures, l’Algérie ne dispose plus de moyens de pressions sur elle, les relations que l’Algérie voudrait à nouveau privilégier ne le sont plus dans les années 1970.

L’arabisation de l’enseignement et l’islamisation de la société algérienne dans les années 70 par H. Boumedienne favorisent l’émergence d’une contestation sociale portée par un islam radical. Un premier maquis islamiste apparaît même en 1982 annonçant 10 ans à l’avance la guerre civile algérienne.

En 1991-1992, le régime Chadli impopulaire subit les contrecoups de la chute des prix du pétrole et l’échec électoral face au parti  islamiste du Front islamique du salut.

Guy Pervillé évoque les arguments faisant le parallèle ou non entre la décennie noire de la guerre civile algérienne appelée également «la deuxième guerre d’Algérie» (1990-2000) et la guerre d’indépendance (1954-1962). Il interprète ce retour à la violence comme un refus des autorités algériennes, pendant 30 ans, de faire un travail critique sur l’usage délibéré de la violence dans leurs luttes pour l’indépendance, reprenant ainsi l’autocritique de Mohammed Harbi, acteur de l’indépendance et historien du FLN, qui évoquait «l’échec d’une génération n’ayant pas su trouver les chemins de la liberté».

 

Un ouvrage pour favoriser une meilleure compréhension de notre histoire commune

Cette «génération finissante», selon les mots d’A. Bouteflika au pouvoir depuis 1999, laisse enfin la place à une nouvelle génération d’Algériens qui trouvera dans cet ouvrage les clefs de compréhension de son passé, histoire indispensable à connaître pour procéder à une nouvelle étape de la réconciliation franco-algérienne.

Cet ouvrage dense et passionnant donnera également des connaissances actualisées aux professeurs d’histoire-géographie de lycée préparant leurs élèves pour le programme de «Questions pour comprendre le vingtième siècle» de classe de Première ES/L/S sur l’histoire de la guerre d’Algérie ou le programme de Terminale ES/L/S sur «L’historien et les mémoires de la guerre d’Algérie».

Gregor Mathias

Gregor Mathias

 

 

 

 

 

 

accords d'Évian 1962 (3)

 

 

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lundi 20 juillet 2015

Jean-Louis Marçot : "Comment est née l'Algérie française"

Jean-Louis Marçot couv (1)

 

 

Jean-Louis Marçot

Comment est née l'Algérie française

1830-1850 : la belle utopie

 

 

Sans doute fallait-il être pied-noir et avoir souffert dans sa chair la séparation avec l’Algérie pour entreprendre ce travail d’historien exceptionnel qui interroge les causes de la violence de la décolonisation algérienne. 
Jean-Louis Marçot, pour ce faire, remonte au «pourquoi» et au «comment» la France a colonisé l’Algérie. Il reconstitue le contexte dans lequel le projet colonial s’inscrit, sa généalogie, ainsi que le débat politique et idéologique de l’époque.

Il s’attache à comprendre les racines du choix qui ont fait de l’Algérie une colonie de peuplement et comment celles-ci plongent dans la question sociale dont la Révolution française a été la première tribune et qu’ont pensée dans des directions divergentes les fondateurs du socialisme moderne : Saint-Simon, Fourier, Owen et Buonarroti.

Il étudie aussi les raisons qui ont poussé le socialisme à s’impliquer dans le projet colonial alors qu’en héritier des Lumières, il n’était pas destiné à le cautionner. L’analyse des deux écoles qui se sont le plus intéressées à l’Algérie – la saint-simonienne et la fouriériste – est, de ce point de vue, éclairante de même que l’engagement singulier de quelques socialistes notoires, Lamennais, Cabet, Proudhon et Cavaignac, à l’exception d’Auguste Comte.

Il nous retrace enfin l’histoire de la conquête et de la colonisation d’un territoire que le colonisateur a nommé Algérie avant de montrer comment les socialistes sont devenus les prosélytes de la colonisation peuplante et ont élaboré cette utopie de l’Algérie française, qui apparaissait dans l’immédiat comme un remède à la crise de l’emploi et à long terme comme le tremplin d’un nouveau modèle social.

Cet essai ébranle les catégories qui établissent que colonialisme et anticolonialisme sont l’apanage, pour le premier, de la droite et de l’extrême droite et, pour le second, du socialisme. La question est douloureuse et la simplification a toujours pour but d’instrumentaliser les faits. L’auteur, résolument de gauche, ne prétend pas disqualifier le socialisme mais montrer qu’à faire fi des contradictions intrinsèques à une question – quelle qu’elle soit – on bascule très vite dans l’aveuglement.

présentation éditoriale

 

Jean-Louis Marçot couv (2)

 

- éditions de la Différence, 4 octobre 2012

 

* cf. Jean-Louis Marçot, "Les premiers socialistes français, la question coloniale et l’Algérie", Cahiers d'histoire, revue d'histoire critique, 124, 2014, p. 79-95.

* résumé : Après avoir évoqué la formation en France, à l’issue de la Révolution, d’un nouveau projet colonial débarrassé de l’esclavage, l’auteur s’applique à montrer comment la création de l’Algérie (par la conquête et la colonisation de la Régence d’Alger) s’inscrit dans ce projet, et comment les premiers socialistes y participent.
Combattant les libéraux alors opposés au nom de l’économie politique, ils s’engagent en faveur d’une «Algérie française» qui, à leurs yeux, offre la possibilité d’expérimenter et de vérifier la supériorité de l’association, de créer des emplois et des ressources nouvelles pour l’industrie et l’agriculture, de contribuer à la mise en valeur de la planète au titre de «l’exploitation du globe». De nombreuses preuves et exemples de cet engagement sont cités.

 

Jean-Louis Marçot
Jean-Louis-Marçot

 

- le site de Jean-Louis Marçot

 

Jean-Louis Marçot site

 

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mardi 16 décembre 2014

l'affaire Maurice Audin, par Jean Monneret

alger_rep_du_16_au_30_juin_2004-5b3f0

 

 

Vérités et propagandes sur l’Affaire Audin

(1957-2012)

Jean MONNERET

 

la Bataille d’Alger

En quoi consiste l’affaire Audin ? Il s’agit d’une disparition. Celle d’un jeune mathématicien, assistant à la Faculté d’Alger. Membre du Parti Communiste Algérien (P.C.A.) et favorable à l’Indépendance, il était soupçonné d’avoir hébergé des militants clandestins de son parti, lequel était dissous depuis le 13 septembre 1955. Ceci se produisit en pleine Guerre d’Algérie, durant un épisode appelé la Bataille d’Alger.

Maurice Audin fut arrêté dans la nuit du 11 au 12 juin 1957 par les paras de la 10e D.P. Le bruit courut assez vite qu’il avait été torturé. Il fut assigné à résidence et, le 1er juillet, on apprit qu’il s’était évadé et n’avait pas reparu. Au début du même mois, son épouse Josette et ses avocats (communistes) très sceptiques quant à l'évasion, portèrent plainte contre X pour homicide volontaire. Le bruit se répandit cette fois qu’il était mort sous la torture. L’affaire Audin commençait.

Que s’était-il passé ? Ou plutôt peut-on savoir ce qui s’est passé ? Essayons de répondre.

Le 20 juin 1956, le Front de Libération Nationale[i] (FLN) avait déclenché dans les rues d’Alger une vague d’attentats aveugles contre les Européens. Deux rebelles, pris les armes à la main, venaient d’être exécutés à la prison Barberousse. En représailles, Ouamrane, le chef de l’insurrection dans l’Algérois avait ordonné d’abattre tout pied-noir âgé de 18 à 60 ans. Ces attentats contre des civils innocents s’étaient multipliés ; femmes et enfants n’étant pas épargnés.

 

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À l’automne, l’horreur des agressions à la bombe commises dans des établissements du centre-ville, au Milk Bar, à la Cafétéria, au Coq-Hardi et en bien d’autres lieux bouleversa l’opinion en Algérie et en France, comme d’ailleurs, l’opinion internationale, car, les correspondants de presse rapportaient et filmaient quotidiennement ces événements. Le 10 août 1956 un attentat contre-terroriste dans la Casbah fit de nombreux morts

Devant la gravité de la situation, le ministre résidant, le socialiste Robert Lacoste, avait décidé le 7 janvier 1957, de remettre les pouvoirs de police du Préfet Baret au général Massu. Les parachutistes qu’il commandait investirent la capitale. Ils entreprirent d’y démanteler sans mollesse les réseaux du FLN.

Le 9 juin 1957, un nouvel attentat de ce dernier au Casino de la Corniche, à Saint-Eugène, fit 8 morts et une dizaine de blessés, surtout parmi les jeunes israélites qui, nombreux, fréquentaient cet établissement. Des femmes, des jeunes filles figurèrent en nombre parmi les victimes.

 

1957_06_08_1

 

L’arrestation d’Audin se produisit trois jours plus tard. Elle ne découlait pas des activités du FLN que nous venons de décrire. Le parti communiste algérien auquel avait appartenu le jeune mathématicien était certes favorable à l’indépendance de l’Algérie, mais son interpellation n’était pas en lien direct avec les bombes déposées dans Alger par les réseaux nationalistes[ii].

Les communistes et les nationalistes algériens avaient des relations aussi tendues que complexes. Leur hostilité remontait au moins aux années 1930 et, à l’époque du Front Populaire, la presse du parti appelait les nationalistes, des nazionalistes. En 1945, au moment des événements de Sétif, les communistes étaient de ceux qui réclamaient la répression la plus ferme contre les fauteurs de trouble[iii].

Quelques mois après le déclenchement de l’insurrection du 1er novembre 1954, le PCA, initialement très réservé, avait créé sa propre organisation de lutte armée, les Combattants de la Libération (C.D.L.). Ces derniers avaient eu la prétention de mener un combat autonome. La désertion de l’aspirant communiste Maillot avec emport d’armes, les avait incités à créer leur propre maquis.

 

Henri_Maillot

 

Le FLN ne l’entendait pas de cette oreille et il avait imposé aux CDL de remettre les armes de Maillot et de se dissoudre pour rejoindre, individuellement, les maquis nationalistes. Le PCA officiellement interdit, continuait d’exister clandestinement en distribuant des tracts et en diffusant des journaux. En revanche, il avait dû abandonner toute velléité de diriger, ou même simplement d’influencer, le déroulement de la lutte armée. C’était le monopole du FLN.

Des militants communistes organisaient secrètement des filières d’accueil pour leurs propres dirigeants traqués. Ils les cachaient ou les exfiltraient[iv], selon le cas. Maurice Audin était un important hébergeur. Les parachutistes l’accusaient d’avoir abrité chez lui le nommé Caballero, chef communiste en cavale.

Les militaires arrêtèrent Audin (11/12 juin 1957) et ayant organisé une souricière dans son appartement, ils y appréhendèrent, trois jours après, le nommé Henri Alleg, ex-directeur du journal communiste interdit Alger-Républicain. Les deux hommes furent conduits au centre de tri d’El Biar. Ils y furent interrogés sans ménagement et Alleg détailla plus tard, les épreuves endurées dans un livre publié en France et, intitulé La Question.

 

La Question
La Question, d'Henri Alleg, 1957

 

Dès le début du conflit algérien, les milieux intellectuels métropolitains s’étaient émus de la brutalité des interrogatoires menés par certains groupes de militaires français. Une véritable campagne s’étant engagée en ce sens, alimentée par des journaux comme L’Express, France Observateur et L’Humanité.

Atténuée par l’arrivée au pouvoir d’un gouvernement socialiste en janvier 1956, elle reprit de plus belle lorsqu’il devint évident que le nouveau gouvernement allait amplifier les opérations militaires. Et non pas faire la paix comme il l’avait laissé entendre.

Dans les milieux opposés à la Guerre d’Algérie et plus ou moins favorables à l’indépendance, la torture fut souvent présentée comme une activité systématique et généralisée des militaires français (ce qui était inexact mais la désinformation sur ce point n’a jamais cessé). La dénonciation de la torture se centra vite sur le cas du mathématicien et un Comité Audin fut créé en novembre 1957.

 

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Maurice Audin

 

Les disparitions durant la Guerre d’Algérie furent assez fréquentes : plusieurs milliers de civils en furent victimes tant du fait de l’activité des forces de l’ordre, que du fait des rebelles du FLN. Pourquoi la victime Audin a-t-elle connu ce traitement médiatique «privilégié» ? Pourquoi ce disparu-là fut-il élevé au rang de symbole de la lutte menée par des intellectuels (de gauche pour l’essentiel) contre la torture ?

Un premier élément de réponse nous est fourni par le fait que le problème de la torture mobilisait bien au-delà du milieu communiste. Ce fut l’habileté de ceux qui soutinrent le Comité. Ils débordaient largement les cercles communistes, même si ceux-ci jouèrent un rôle important.

Pierre Vidal-Naquet, le secrétaire du Comité Audin et sa cheville ouvrière, était représentatif de ce genre de personne, hostile à la torture certes mais peu favorable au communisme stalinien. Il était même de sensibilité trotskyste, ce qui dans ce contexte ne pouvait pas tomber plus mal, car l’antagonisme était alors très vif entre ce courant et les communistes «orthodoxes».

Dans la France de 1957, ceux-ci étaient à peine informés de la déstalinisation et étroitement formatés pour un appui inconditionnel à leurs chefs Maurice Thorez et Jacques Duclos. Ils connaissaient mal le rapport Khrouchtchev de 1956 contre Staline et le bureau politique du PCF cachait à peine son hostilité à ce texte (invariablement désigné dans sa presse comme «le rapport attribué au camarade Khrouchtchev»).

Mais Vidal-Naquet et les animateurs du Comité surent faire taire leurs divergences qui n’étaient pas minces. Ils collaborèrent très longtemps sur ce dossier précis en mettant entre parenthèses leurs désaccords[v]. La chose, à cette époque, était des plus rares.

 

l'affaire Audin couv

 

Son livre L’affaire Audin[vi], contient d’autres éléments qui éclairent les raisons pour lesquelles le cas du jeune mathématicien devint emblématique. Citons la page 30 :

«Nous étions quelques-uns à penser que cette bataille [contre la torture] avait besoin d’un nom et d’un symbole comme l’avait été autrefois Alfred Dreyfus et ce fut le nom de Maurice Audin qui fut choisi.

Le nom, et la référence à l’affaire Dreyfus, étaient bien et mal choisis. Ils étaient bien choisis parce que Maurice Audin était à la fois un Européen, ce qui évitait les réactions racistes contre les SNP (sans nom patronymique). Mohammed, un communiste ce qui lui attirait la sympathie d’une fraction alors importante de l’opinion – et, de fait la presse communiste ne cessa jamais de mettre en avant le nom de celui qu’elle appelait «le jeune savant» - avec, il est vrai, en contrepartie, l’hostilité d’autres secteurs. Il était, enfin un universitaire, un mathématicien de niveau honorable[vii], dont la thèse venait d’être achevée sous la direction de Laurent Schwartz, très jeune de surcroît – il avait vingt-cinq ans -, ce qui provoquait des solidarités corporatives, et d’abord celle de ses collègues assistants, dont j’étais.»

 

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Pierre Vidal-Naquet

En résumé, à la question : pourquoi Maurice Audin, disparu de la Bataille d’Alger, fut-il été au centre d’une campagne de soutien à son épouse et de dénonciation des pratiques des militaires français qui l’ont arrêté, nous répondrons, - avec son défenseur principal Pierre Vidal-Naquet -,

- parce que Maurice Audin était européen,

- parce qu’il était communiste,

-  parce qu’il était universitaire.

Ajoutons enfin que Madame Josette Audin, épouse du disparu, joua un rôle-clé. Disposant de contacts universitaires, juridiques et administratifs, elle connaissait les codes et les ressorts de la société européenne. Bien conseillée, elle put agir sans délai lorsqu’elle apprit que son mari s’était évadé (l’évasion n’étant qu’une des thèses, aujourd’hui battue en brèche, expliquant la disparition d’Audin).

Il faut reconnaître aussi que tout au long des décennies écoulées, cette dame fit preuve d’une ténacité hors du commun. La mobilisation de l’appareil communiste ne faiblira pas davantage. Elle se manifesta en particulier par l’inlassable activité d’avocats dévoués et compétents.

 

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Maurice et Josette Audin

 

 

un double problème

Au cours de la Bataille d’Alger, des instances militaires locales chargées d’interroger les suspects utilisèrent la torture pour obtenir des renseignements. Ce point est établi et aucun historien ne le conteste, d’autant moins que le général commandant ces opérations, Jacques Massu l’a indiqué dans ses mémoires : «Le procédé le plus couramment utilisé, en sus des gifles, était l’électricité par usage des génératrices des postes de radio (la gégène : première syllabe du mot génératrice) et application d’électrodes sur différents points du corps. Je l’ai expérimenté sur moi-même dans mon bureau d’Hydra au début de 1957, et la plupart de mes officiers en ont fait autant» (J. Massu La vraie bataille d’Alger Ed. Plon p. 165).

Les responsables militaires de cette époque aujourd’hui décédés comme Massu ont déclaré non moins régulièrement avoir reçu des instructions des dirigeants politiques auxquels ils obéissaient. Ceux-ci leur ont toujours assuré qu’ils seraient «couverts» pour ce qui adviendrait. Ces personnages appartenant à la sphère politique étaient, pratiquement toujours, des hommes de gauche. Certains commentateurs aujourd’hui ont tendance à gommer leurs responsabilités. Celles-ci doivent être rappelées et non pas exclusivement attribuées à des militaires.

Parmi les officiers français, certains de tout premier plan, étaient hostiles à la torture et le firent savoir : le colonel Yves Godard alors placé à la tête du secteur Alger-Sahel, le colonel Trinquier chargé d’assurer la collecte des renseignements, le commandant Helie Denoix de Saint-Marc et de nombreux autres officiers moins connus[viii]. Un autre officier Jacques Parîs de Bollardière s’est opposé à la torture. Il l’a fait dans des conditions spéciales, en approuvant publiquement le livre de Jean-Jacques Servan-Schreiber Lieutenant en Algérie et en se plaçant en opposition déclarée à la politique gouvernementale. Sa manière d’agir ne pouvait avoir le soutien de ses collègues dans l’Armée.

Dans cette étude, nous ne dirons pas que l’armée française en Algérie a utilisé la torture. Cette formulation par trop générale est celle de milieux antimilitaristes ou favorables au FLN. La réalité est infiniment plus complexe ; la torture fut utilisée, mais, ni systématiquement ni partout.

 

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le général Maurice Schmitt, lieutenant pendant la guerre d'Algérie

 

Un officier du 3e RPC qui participa à la Bataille d’Alger, le général Maurice Schmitt devenu ultérieurement Chef d’État-Major des Armées, entre 1987 et 1991, écrivit deux livres concernant l’épisode algérois de sa carrière, car, il fut mis en cause par d’anciens terroristes. Après avoir rappelé le côté atroce des activités de ceux-ci, le général (alors lieutenant) a indiqué que dans de nombreux cas, la destruction des filières du FLN n’avait pas nécessité la torture.

La confession des terroristes s’est souvent produite sans pression physique. Nombre de réseaux purent être détruits parce que des terroristes eux-mêmes, leurs chefs parfois, les livrèrent pour obtenir de sauver leur vie. Le général Schmitt affirme ceci : «…..Je maintiens que grâce à M. Moulay  (Un terroriste ayant avoué sans contrainte), les interrogatoires durs qui, je l’ai écrit, nous répugnaient ont pu être très limités voire évités. » Alger-Eté 1957, éd L’Harmattan, 2002, p. 24.

Un autre soldat français de grande classe et de grand courage, le lieutenant-colonel Allaire arrêta Larbi Ben M’Hidi, très important chef du FLN. Jacques Allaire nous a expliqué que l’interpellation de celui-ci se fit sans violence. Uniquement par astuce en recourant à la manipulation et à l’infiltration. Son témoignage est enregistré et déposé au CDHA à Aix en-Provence, 29 avenue de Tubingen). Remis à l’équipe d’Aussaresses  (voir 2e partie ) Ben M ’Hidi fut ensuite exécuté.

Le problème moral que pose l’usage de la torture ne saurait être traité à la légère. Il en est tout particulièrement ainsi dans un pays de civilisation chrétienne comme la France.

L’écriture sainte[ix] enseigne en effet que l’homme fut créé par Dieu «à son image, selon sa ressemblance». En d’autres termes, la personne humaine a une valeur intrinsèque car elle comporte un élément divin ; elle est donc d’une certaine façon, sacrée. Le catholicisme enseigne en outre que le corps humain est le temple du Saint Esprit.

En Occident, les non-croyants et les agnostiques admettent généralement que toute personne humaine revêt une dignité propre, ne serait-ce que parce qu’ils vivent dans une société profondément marquée par le christianisme. Ils peuvent aussi se référer à des valeurs de caractère humaniste ou à des traditions gréco-latines.

Albert Camus, qui était agnostique, a souvent déploré l’usage de la torture qu’il jugeait contre-productif. En revanche, il a toujours eu soin de le faire sans tapage afin de ne pas fournir d’aliment ou de justification à l’emploi de la violence terroriste contre les civils.

 

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Il n’est pas étonnant, par conséquent, qu’une fois révélée, l’affaire Audin ait suscité une émotion considérable dans les milieux intellectuels français. Toutefois, il est déplorable que ces mêmes milieux sensibles à ce cas Audin, soient demeurés largement indifférents au sort de plus de 3 000 Européens[x] enlevés par le FLN, notamment après le 19 mars 1962. N’oublions pas également celui de plusieurs de harkis torturés, emprisonnés et parfois massacrés après l’Indépendance.

Qu’un homme civilisé s’interroge sur la torture est parfaitement dans l’ordre des choses. On peut donc comprendre que l'intelligentsia soit troublée. Mais la dignité de la personne humaine est indivisible. Elle ne saurait dépendre des étiquettes politiques dont on affuble les victimes ou les bourreaux.

Rappeler la dignité de la personne est une chose et l’on ne saurait s’étonner si certains, jadis, s’émurent du sort de Maurice Audin. On peut cependant leur reprocher un manquement grave : leur silence en 1962 quand les victimes cessèrent de se trouver dans le camp des indépendantistes et se situèrent dans celui des partisans de l’Algérie française.

Pierre Vidal-Naquet écrivit, il est vrai, dans le Monde pour dénoncer les tortures infligées à des militants de l’OAS, et le traitement indigne des harkis. Mais il se tut ensuite. Sauf erreur, il n’a pas évoqué le problème des Européens enlevés aveuglément par le FLN après le 19 mars 1962, ou encore le massacre d’Oran, le 5 juillet 1962 (évalué à 671 victimes, disparues et décédées).

 

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Le deuxième manquement grave de ces intellectuels français fut le suivant : ils n'ont jamais dit comment il fallait lutter contre le massacre des civils innocents. Chacun comprend que la torture est un moyen déplaisant. Mais comment obtenir des renseignements ?

À vrai dire nombre des intellectuels que bouleversait la torture ne s'en souciaient pas. Pour beaucoup d'entre eux, la rébellion était légitime les victimes civiles du terrorisme étaient des victimes collatérales. Pour beaucoup, l'objectif était d'aider  le peuple algérien «à se libérer». D'où l'effrayant silence des mêmes lorsqu'en 1962, les Pieds Noirs déjà martyrisés pendant huit ans de guerre durent subir un surcroit d'enlèvements et de contraintes. Cela ne les intéressait pas.

Pour la plupart d’entre eux, le peuple algérien était globalement dressé pour sa liberté. Ce qui était faux. Mais pour ces intellectuels, combattre la torture ce n’était pas seulement combattre pour un principe, c’était aussi contribuer à l’émancipation d’un peuple opprimé.

Cette vision des choses, jamais remise en question, a nui à leur objectivité. Citons par exemple Vidal-Naquet : «...Reste qu’un peuple, le peuple algérien, était écrasé par une force considérable, issue d’un grand pays industriel moderne qui s’appuyait sur une minorité raciste de colons. » Affaire Audin , p. 32, op. cit. En 3 lignes, 3 erreurs au minimum.

 

un engrenage

L’affaire Audin soulève un autre problème : il a été affirmé que le jeune universitaire s’est évadé et il est porté disparu depuis 1957, or, il n’a jamais reparu. Le TGI de la Seine l’a déclaré décédé en mai 1966 (P. Vidal-Naquet, op. cit. p. 180). Que lui est-il donc arrivé ? Peut-on éclaircir son sort final ?

À Alger en juin 1957, l’atmosphère était tendue au plus haut point. Le 2 du mois, des bombes avaient explosé au carrefour de l’Agha et à la Grande Poste à l’heure de la sortie du travail faisant de nombreux morts et blessés parmi les travailleurs européens et musulmans qui rentraient chez eux. Le 9, Yacef Saadi chef des commandos FLN la capitale commettait un attentat antisémite en faisant sauter le Casino de la Corniche (comme évoqué plus haut).

Aux exactions du FLN répondirent la recherche accrue du renseignement et les arrestations de militants clandestins. Les parachutistes investis de pouvoirs de police, démantelaient jour après jour les réseaux de poseurs de bombes. Usant des méthodes que nous avons rappelées, les «léopards» portèrent des coups sévères à la rébellion.

Or, depuis quelque temps déjà les militants communistes étaient dans leur collimateur. Depuis l’accord de juin 1956 conclu entre le PCA et le FLN, un certain nombre de militants communistes dont quelques Européens appartenant aux CDL avaient rejoint les rangs du FLN[xi]. À en croire le général Aussaresses dont nous reparlerons ultérieurement, le général Massu soupçonnait les communistes d’être partie prenante aux attentats meurtriers des réseaux de Yacef Saadi[xii]. Les militaires français étaient donc très désireux d’arrêter et d’interroger des communistes.

En réalité, à cette époque et depuis les accords, le PCA avait renoncé à diriger des groupes de lutte armée. Le CDL avait été dissous et ceux qui participaient aux activités du FLN le faisaient à titre individuel. Le Parti continua néanmoins d’exister sur le plan politique. Difficilement, car il était interdit et ses chefs traqués. L’un d’eux, André Moine fut particulièrement visé par les paras qui le soupçonnaient de diffuser un journal communiste clandestin Liberté ainsi qu'un autre destiné aux militaires du contingent venus servir en Algérie, La voix du soldat.

 

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L'Écho d'Alger, 16 juin 1960

 

Un militant du PCA le docteur Hadjadj, avait donné le nom et l’adresse d’Audin comme celui d’un hébergeur important. Le jeune universitaire était donc impliqué dans cette activité parfaitement illégale puisque le parti était dissous. Mais il n’avait rien à voir avec les anciens CDL et il n’était pas lié à l’activité des poseurs de bombes.

Les militaires français ont-ils sincèrement cru qu’Audin était un «gros poisson» et qu’ils devaient le faire parler impérativement ? Dans le contexte de l’époque ce n’est pas impossible, d’autant que nombre d’entre eux avaient vécu l’expérience indochinoise qui les avait convaincus de la puissance et de la perversité du communisme. Ceci n’éclaire pas pour autant le sort exact d’Audin.

Est-il mort sous la torture du fait d’un accident cardiaque ? (hypothèse envisagée par Vidal-Naquet).

Fut-il exécuté secrètement par les hommes de l’adjoint de Massu, Paul Aussaresses comme celui-ci le dira au journaliste Jean-Charles Deniau avant de mourir ?

Nous reviendrons sur ces points dans la deuxième partie de cette étude.

Toutefois une troisième explication toute différente fut, sur le moment, officiellement fournie : le mathématicien s’était évadé. Un rapport du colonel Mayer qui commandait le 1er RCP dont faisait partie les parachutistes interrogeant le mathématicien établissait qu’Audin s’était enfui le 21 juin vers 21h 40. Une jeep le conduisait à la PJ. Le détenu n’étant pas enchaîné en aurait profité pour détaler. Le sergent Misiri chargé du transfert fut sanctionné (certains ont mis en doute la réalité de cette sanction).

Le général Jacques Allard, alors à la tête de la Xe région militaire diligenta une enquête de gendarmerie qui confirma l’évasion[xiii]. Malgré ces éléments importants, ces circonstances de la disparition d’Audin n’ont guère convaincu. Elles furent en tout cas, immédiatement mises en doute par son épouse et ses avocats. Les uns et les autres accusèrent un certain lieutenant Ch….. d’avoir assassiné l’universitaire.

Vidal-Naquet émit une hypothèse distincte : Maurice Audin n’avait pas quitté le centre de tri et il était mort sous la torture.

De longues joutes judiciaires allaient s’ouvrir marquées par un déplacement de l’affaire à Rennes (comme pour Dreyfus), des rejets par la Cour de Cassation et une loi supplémentaire d’amnistie du 22 décembre 1966 qui aboutit à la déclaration que l’action judiciaire était éteinte.

La guérilla juridique menée par les partisans d’Audin se poursuivit durant de longues années. Des campagnes de presse occasionnelles s’efforcèrent de relancer l’affaire avec un succès limité. Elle connut un nouvel essor en 2001, avec des déclarations du commandant, devenu général, Paul Aussaresses, ce que nous allons examiner ci-après.

Jean Monneret
- le site de Jean Monneret


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Chronologie succinte de l’Affaire Audin


20 juin 1956 : Le FLN déclenche une vague d’attentats aveugles contre les Européens dans Alger.

7 janvier 1956 : Les pouvoirs de police du préfet Baret sont transmis au général Massu. La campagne contre la torture s’intensifie en métropole.

2 juin 1957 : Attentats de l’Agha et du Carrefour de la Grande Poste. Des bombes placées dans les socles en fonte des lampadaires les transforment en obus qui fauchent des dizaines de travailleurs européens et musulmans.

9 juin 1957 : Attentat au Casino de la Corniche : de nombreux jeunes israélites, habitués des lieux sont touchés.

11/12 juin : Maurice Audin est arrêté par des paras du 3ème RPC.

15 juin : Henri Alleg, important dirigeant communiste, est arrêté au domicile d’Audin où une souricière a été tendue.

22juin : Mme Audin apprend que son mari est assigné à résidence. Le bruit court qu’il a été torturé.

1er juillet : Elle est informée que son mari s’est évadé.

4 juillet : Assistée par ses avocats communistes, elle porte plainte contre X pour homicide.

Début décembre 1957 : Création à Paris du comité Maurice Audin.

13 mai 1958 : Parution du livre de son secrétaire, Pierre Vidal-Naquet, L’Affaire Audin.

23 juin 1960 : Le procès concernant Audin a lieu à Rennes.

10 août 1960 : La Cour de cassation rejette le pourvoi de Mme Audin.

24 août 1961 : Le Comité Audin proteste contre la torture qui vise des militants OAS. Un des avocats communistes de Mme Audin démissionne.

Juillet 1961 : Les avocats du comité déposent un long mémoire.

20 avril 1962 : Ordonnance de non lieu.

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[i] Organisation dirigeant la rébellion indépendantiste en Algérie.

[ii] Contrairement à ce qu’une partie de la presse de l’époque laissait entendre car, elle avait tendance à parler d’une collusion du FLN avec les communistes, les choses étaient plus compliquées.

[iii] D’inspiration nationaliste et là aussi accusés d’être des agents hitlériens.

[iv] Ainsi le Secrétaire Général du PCA, Larbi Bouhali avait-il été expédié dans les pays de l’Est dès le début des troubles en Algérie. Il passa toute la Guerre d’Algérie en URSS.

[v] Il est à noter cependant qu’à la fin de la Guerre d’Algérie, en 1962, Vidal-Naquet condamna les tortures infligées à certains militants de l’OAS. Ceci entraînera l’opposition d’un avocat communiste du Comité, Maître Jules Borker.

[vi] Les Éditions de Minuit, 1958 et 1959.

[vii] On remarquera que Vidal-Naquet ne reprend pas à son compte l’expression Le jeune savant que le parti communiste, expert en désinformation, accolait souvent au nom d’Audin.

[viii] Voir l’ouvrage du professeur Jauffret Ces officiers qui ont dit non à la torture, Ed. Autrement. Pour Denoix de Saint-Marc et le colonel Trinquier on peut consulter des vidéos provenant de INA.fr. Pour Godard Le livre blanc de l’armée française en Algérie. Ed. Contretemps 2002 p. 117.

[ix] Genèse 1, 26.

[x] Le chiffre de 3 018 européens enlevés fut fourni au Sénat le 7 mai 1963 par M. Jean de Broglie. Les travaux récents de Jean-Jacques Jordi Un silence d’État, Ed. Soteca (p. 155) établissent que sur ce total 1 583 d’entre eux sont restés à ce jour portés disparus.

[xi] Le plus connu d’entre eux Ferdinand Iveton, accusé d’avoir déposé une bombe à l’usine à gaz où il travaillait fut arrêté et guillotiné.

[xii] Ce qui était vrai de quelques-uns d’entre eux comme le Dr Timsit ou Giorgio Arbib qui avaient participé à la confection d’explosifs mais ils étaient intégrés à l’organisation FLN ce qui n’était pas le cas de Maurice Audin.

[xiii] La thèse de l’évasion a été très affaiblie par le fait que la TGI de la Seine a déclaré Audin décédé, en mai 1966. En outre, le sergent Misiri interrogé par le journaliste a affirmé que l’évasion n’était qu’un simulacre. Voir l’ouvrage de J.-C.Deniau p. 212, La vérité sur la mort de M. Audin.

 

 

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Le livre de Jean-Charles Deniau (1)

Jean MONNERET

 

Le journaliste Jean-Charles Deniau prétend avoir résolu l’énigme de la disparition d’Audin. Pour cela, il a longuement interrogé le général Aussaresses, devenu nonagénaire et quelques-uns de ses acolytes de l’époque. Un seul a accepté (ou pu) répondre à ses questions : Pierre Misiri, déjà  cité.

Paul Aussaresses était à l’époque commandant. Il fut un personnage-clé de la Bataille d’Alger. Deniau lui a fréquemment rendu visite en Alsace, ces dernières années, où, soigné par son épouse, il a passé les derniers  moments  de sa  vie.

Jacques Massu était investi de pouvoirs de police à Alger. Il avait un état-major officiel dirigé par son adjoint le colonel Godard, grand résistant (2). Six régiments furent engagés dans la capitale contre le FLN. On sait aujourd’hui qu’à côté de cet état-major officiel, le général Massu en avait créé un autre, clandestin. Paul Aussaresses était à sa tête.

 

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Paul Assaresses, capitaine

 

À ce stade de notre exposé, nous devons indiquer que nous allons être amené à citer abondamment Paul Aussaresses. Ceci est nécessaire pour expliciter notre désaccord sur certains points avec le livre de Jean-Charles Deniau.

Chacun comprendra que ceci répond à un impératif didactique. Pour autant, nous ne considérons pas le témoignage du général Aussaresses comme entièrement crédible. L’abondance des faits évoqués et des détails fournis le rendent néanmoins d’une certaine façon incontournable.

De nombreux officiers supérieurs et généraux ont émis des jugements sévères sur le général Aussaresses (réunis en partie dans le Livre Blanc de l’Armée française en Algérie, Ed. Contretemps (pages 15, 16, 17). Son témoignage n’est pas entièrement fiable mais le considérer simplement comme nul et non avenu serait très opposé à la méthode historique.

Voici comment l’intéressé expose son rôle dans son livre Services Spéciaux, Ed. Perrin, 2002 (p. 90 et suivantes).

 

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«…Indépendamment de l’E.M. préfectoral qu’il était en train de constituer à raison de deux officiers par régiment de la 10e D.P., soit une dizaine au total (3), Massu avait jugé utile la création d'un état-major parallèle. Parallèle pour ne pas dire secret…

Colonel_TRINQUIERMassu avait eu besoin de deux adjoints : le colonel Trinquier [ci-contre, à gauche] pour le renseignement et un autre pour l’action. Le deuxième adjoint devait entretenir un contact permanent avec les services de police, les commandants de régiments et les OR [officiers de renseignements] de ces régiments. Massu m’avait choisi pour ce poste, solution judicieuse vu le nombre de gens que je connaissais…» (souligné par nous).

 

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Aussaresses indique en outre (p. 92) que sa nomination était due également au colonel Godard [ci-contre, à droite], lequel, hostile à la torture et à l’implication de l’Armée dans un travail de police, ne voulait pas s’y trouver mêlé. La nomination d’Aussaresses à l’état-major clandestin était donc un cadeau empoisonné. De plus, Godard et lui s’entendaient mal depuis l’Indochine pour des raisons tant personnelles que militaires.

Aussaresses commente ainsi cette partie de son récit : «…Je n’ai pas pu dire non à Massu. Ou j’acceptais ou je quittais l’armée. Quitter l’armée c’était quitter les services spéciaux, c’était renoncer à un idéal, c’était trahir (4). Alors je suis monté dans ma jeep et, à contrecœur je suis parti pour Alger».

Selon le général (alors commandant) Aussaresses (p. 97), Massu lui aurait dit  ceci : «Non seulement le FLN tient Alger, mais ses principaux chefs y sont installés. Tout le monde le sait. Aujourd’hui Aussaresses, nous allons les liquider, très vite et par tous les moyens : ordre du gouvernement. Puisque vous n’étiez pas volontaire, vous savez que ce n’est pas un travail d’enfant de chœur…».

La suite allait le confirme : «J’étais l’homme des services spéciaux de la Bataille d’Alger» commente Aussaresses (p. 102). Entre le 15 et le 16 janvier 1957, des milliers de suspects furent interpellés (p. 110). Bien d’autres allaient suivre. Dans cet épisode, Paul Aussaresses fut, pour reprendre ses termes (p. 124) «le chef d’orchestre de la contre-terreur».

 

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Une grève insurrectionnelle tentée par le FLN fut brisée, vigoureusement. Les filières terroristes furent également détruites sans ménagement. Là encore, il suffira de laisser parler Aussaresses : …«ma mission m’amenait à organiser les arrestations, à trier les suspects, à superviser les interrogatoires  et les exécutions sommaires (p. 143) (5).

Sans que la chose soit dite, les régiments occupant un secteur comprirent que le rôle du commandant et de son équipe était de les soulager des tâches désagréables, dont l’exécution de gens tenus pour dangereux ou trop abîmés par les interrogatoires.

Une large majorité des suspects appréhendés était ensuite conduite dans des camps où ils étaient assignés à résidence. Les gens recrutés de force par le FLN étaient parfois libérés ou invités à gagner les rangs de l’Armée ou de la police. Les interrogatoires de ceux des interpelés qui étaient tenus pour dangereux étaient menés sans états d’âme.

Parmi eux, les participants à des attentats étaient liquidés. «Mes hommes, écrit Aussaresses, partaient à une vingtaine de kilomètres d’Alger, dans des maquis lointains et les suspects étaient abattus d’une rafale de mitraillette avant d’être enterrés» (p. 147).

C’est dans ce contexte particulièrement sulfureux qu’il faut replacer l’arrestation et la disparition de Maurice Audin. En interrogeant longuement Aussaresses devenu grabataire, le journaliste Deniau lui a arraché ce qu’il pense être ses ultimes secrets, d’où son livre La vérité sur la mort de Maurice Audin. Il s’est en outre efforcé de voir ceux qui furent les collaborateurs du vieux général à l’époque. L’un d’eux (Ga… ) a refusé de le rencontrer. Un autre, être un peu simple et quasiment illettré, ne pouvait guère le renseigner, il s’est donc concentré sur l’ex-sergent Pierre Misiri qui fut un des responsables des exécutions sommaires. Ce dernier a commencé par dire qu’Audin était mort durant un interrogatoire (p. 137).

On remarquera donc que ce récit affaiblit davantage encore la thèse officielle de l’évasion d’Audin. Rappelons que Misiri était dans la jeep censée transporter le mathématicien. Il qualifie d’ailleurs toute la chose de «simulacre» (page 212).

Toutefois Jean-Charles Deniau, s’est montré fort peu convaincu par l’hypothèse d’une mort accidentelle sous la torture. Il a donc décidé de ré-aborder l’affaire Audin avec le général Aussaresses, « face à face » (p. 181). En cuisinant le vieux général il a réussi à lui arracher trois éléments d’information :

Massu était persuadé qu’Audin savait où se cachait André Moine. Celui-ci était le responsable suprême du PCA clandestin (6). Il était chargé de la publication secrète du journal Liberté et aussi de La Voix du soldat, organe de propagande destiné aux militaires du contingent. Aussaresses ne croyait guère qu’Audin sache où se trouvait Moine, en raison du cloisonnement inhérent à l’action clandestine.

Le vieux général a démenti l’hypothèse selon laquelle un certain lieutenant Ch … avait étranglé Audin dans un moment de fureur, rumeur ayant circulé à l’époque.

Pierre Misiri était en contact direct avec Aussaresses pour les «choses délicates» (comprendre les exécutions)… «quand il y avait quelque chose de sérieux à faire», selon son expression (p. 213 du livre  de  Deniau).

Jean-Charles Deniau va, à partir de là, redoubler d’insistance vis-à-vis d’Aussaresses. Il affirmera devant lui que l’ordre d’exécuter le jeune universitaire ne pouvait venir que du général Massu.

 

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le général Aussaresses, à la retraite

 

Aussaresses en viendra (par lassitude ?) à acquiescer à l’insistante demande du journaliste. Or, le général très fatigué, rappellera de toute son énergie résiduelle que Massu agissait sur les ordres du Ministre résident Robert Lacoste. À quoi il ajoutera ceci : «Massu croyait qu’Audin savait tout et c’est Audin qui a payé pour tout le monde» (p. 232).

Naturellement, le journaliste s’en montre satisfait. Mais n’est-ce pas tout simplement ce qu’il voulait entendre ? Par l’effet d’une espèce de tautologie cette hypothèse qu’il tient pour la bonne, lui paraît être La Vérité.

 

bien des versions...

Aussaresses après avoir évoqué l’évasion d’Audin puis sa mort accidentelle par la maladresse d’un gardien (p. 220) en vient à présent à admettre que le mathématicien est mort par une décision de Massu. Au terme de ces longues interrogations, le vieux général est-il encore crédible ? Madame Audin, pour sa part, affichera son scepticisme (7) et elle rappellera qu’Aussaresses n’avait jamais cessé de mentir.

Le général précisera qu’Audin fut exécuté à une vingtaine de kilomètres d’Alger et enterré au même endroit. Ceci permettra au journaliste d’annoncer, dans un premier temps, que la tombe (sic) de Maurice Audin se trouve entre Zéralda et Koléa (indication pour le moins imprécise) (8). Le plus sensationnel dans ce livre est la mise en cause directe et personnelle du général Massu comme donneur d’ordres. À quoi il faut ajouter l’accusation concernant un certain lieutenant Ga… , déjà cité, auteur allégué du coup fatal.

Et puis finalement, Aussaresses prendra sur lui d’avoir «donné l’ordre de tuer Audin» (p. 248). Ce qui contredit le point précédent et exonère Massu comme le lieutenant Ga… d’une responsabilité directe dans le meurtre. Ce que Deniau tend à sous-estimer, car il en tient pour la culpabilité de Massu. Au total, on conviendra qu’il y a bien des versions du décès d’Audin et bien des virevoltes de la part des intéressés.

Il faut savoir en outre que Deniau n’est pas le seul à harceler Aussaresses. Il fait allusion ; je le cite : « … [à] tous les  journalistes  qui, depuis bientôt quinze ans, tentent de percer le mystère de la mort de Maurice Audin. De Paris ou de province, ils téléphonent régulièrement  au général Aussaresses».

 

l'entrevue avec Misiri

Aussaresses a donc été accusé d’avoir menti et souvent. Pourquoi Jean-Charles Deniau est-il convaincu d’avoir réussi à connaître, et lui seul, la vérité au point d’intituler son livre en conformité ? Ceci découle, pour une bonne part, de ses rencontres avec Misiri. Celui-ci vit dans le Midi. Il dira d’abord qu’étant arabo-berbère, il se limitait à interroger les prisonniers non ou insuffisamment francophones. Dans un deuxième temps, il a admis que l’évasion d’Audin fut montée de toutes pièces (p. 212).

Lors de sa nouvelle rencontre avec le journaliste, Misiri va plus loin. Il répondra affirmativement à la question de savoir s’il était présent à l’exécution d’Audin et à l’inhumation de sa dépouille.

Jusque-là, il avait été question d’un cadavre enterré entre Zéralda et Koléa. Or, cette fois, Misiri parle d’une ferme proche de Sidi-Moussa. Commentaire de Deniau : «...Du bout des lèvres, Misiri vient de briser le silence entretenu par l’Armée» (p. 240), car l’intéressé parle, il admet que la mission était ultrasecrète et que le silence était impérativement requis. Il admet encore que l’ordre de liquider Audin fut donné par Aussaresses. Celui-ci n’avait confiance,  rappelons-le, que dans sa petite équipe.

 

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Elvire et Paul Aussarasses

Pour sa part, le journaliste ne manque pas de s’appuyer sur le mot écrit par Madame Aussaresses, sous la dictée de son mari. Dans ce texte envoyé au journaliste, le général s’accuse nommément : «J’ai donné l’ordre de tuer Audin» (p. 248) (9).

Or, ceci, il faut le redire que cela plaise ou non, n’est pas vraiment en concordance avec un élément précédent de l’enquête de J-C. Deniau. Le journaliste a en effet la conviction que l’ordre suprême venait de Massu (p. 230 et 231). Or, Aussaresses dans son aveu signé, n’accuse pas ce dernier.

Dans le seul document écrit qu’il laisse, à ce sujet, il endosse et lui seul, toute la responsabilité. Certes on objectera qu’Aussaresses avait accusé Massu précédemment. Dans une conversation animée (qu’on peut supposer enregistrée et qui se trouve aux pages 230 et 231 de son livre), le général nonagénaire avait admis la responsabilité de son supérieur. Mais sur l’énorme insistance  du journaliste (souligné par nous).

 

la conversation Deniau/Aussaresses

 

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Jean-Charles Deniau

 

L’échange qui eut lieu entre le journaliste et le général est au cœur du livre. Il est trop important pour que nous évitions de le citer ici. Je renvoie aussi le lecteur à l‘ouvrage concerné :

- «…Comment ?

- Eh bien ! On l’a tué au couteau.

- Et pourquoi ?

- Pour qu’on pense, si on le trouvait, qu’il avait été tué par les Arabes. Nous, on ne tuait pas souvent au couteau. Voilà et qui a décidé de ça, c’est moi. Ça vous va ?

- Je cherche seulement la vérité. (Il s’énerve)

- La vérité, c’est qu’on a tué Audin.

- Qui l’a tué ?

- Un capitaine dont j’ai oublié le nom et qu’on nous avait prêté pour ça.

- Et après, vous avez monté le coup de l’évasion ?

- Voilà.

- Mais l’ordre a été donné par qui ?

- Par moi.

- Et Massu… il est dans le coup ?

- Oui.

- Vous, vous êtes un soldat et vous obéissez, n’est-ce pas ?

- Oui. Bien sûr, j’ai obéi à Massu. Mais c’est mon initiative (10) parce que j’avais appris par Massu la colère du G.G. (11) voyant que les «cocos» français venaient dans ses plates-bandes…

 

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Bigerad, Massu et Lacotse, en janvier 1957

 

- Mais, dites-moi, rien ne pouvait se faire à l’époque sans Massu. C’était lui qui décidait tout…

- Oui, oui..

- Vous préférez prendre sur vous, plutôt que d’accuser Massu ?

- Voilà, c’est ça…»

Ce passage démontre clairement la pression qu’exerce le journaliste. Lorsque le vieux général rappelle qu’il doutait qu’Audin pût savoir où se cachait André Moine, ce qui différencie nettement sa position de celle de Massu, qui lui en était persuadé, le journaliste ne veut pas en tenir compte ; «je connais cette antienne » (p. 231).  N’est-ce pas parce que, dans son esprit, il y a une unité de pensée entre Massu et Aussaresses ?

Le premier ordonne,  le second exécute ; oubliés leurs désaccords !

Reprenons donc ce que dit Aussaresses : «C’était»,  dit-il, «mon  initiative». À la question de savoir si l’ordre d’exécuter venait de Massu, il répond affirmativement, mais très bas, et du bout des lèvres. Lorsqu’à la page 231 suivante, le journaliste revient à la charge en ces termes  :

- «Mon Général, j’ai tourné la question dans tous les sens. Ma conclusion c’est que l’ordre d’exécuter Audin, il vous a été donné par Massu ? (Silence et très bas) (nous soulignons)

- Oui. Vous pouvez le dire maintenant.

Ce n’est pas une question de J.C. Deniau, c’est une affirmation. Mais Aussaresses se reprend presqu’aussitôt :

- Oui… Mais attendez… il le tenait du G.G. (Ministre résidant). Je traduis ce que le G.G. (le ministre résidant Lacoste) pensait…»

Le vieux général n’affirme pas avoir reçu un ordre direct et personnel d’un supérieur. Il traduit nous dit-il. Il interprète, en fait, la volonté de ses supérieurs. Bref, pour nous lecteurs, le doute reste permis quant à l’existence d’un ordre précis et direct de  Massu.

Jean-Charles Deniau est certes un journaliste parfaitement compétent. Nous ne discutons pas son honnêteté intellectuelle mais son affirmation de la page 232 : « Il [Aussaresses] n’a fait qu’exécuter l’ordre de son supérieur hiérarchique » ne nous convainc pas.

Le vieux général fait allusion à une hiérarchie qui n’est pas seulement militaire mais politico-militaire.

Lorsqu’il fait allusion à l’exécution des ordres, la formulation est floue : «Bien sûr, j’ai obéi à Massu. Mais c’est mon initiative». Auparavant, à la question : «L’ordre a été donné par qui ?» il répond : «Par moi».

Aussaresses fait donc allusion à des ordres donnés de manière globale et à la promesse d’une couverture pour les actes répréhensibles. Il évoque selon nous un ordre de ce type qui lui laissait une marge de manœuvre et dont il prend la responsabilité.

Aussaresses n’a-t-il fait qu’exécuter un ordre direct et précis de Massu ? On peut le croire ou ne pas le croire. Tout est dans le ne… que … Il n’y aura pas de preuve autre que ce dialogue des pages 230, 231, 233.

Est-ce une preuve ?

Pour justifier la marge de doute qui subsiste à nos yeux, il faut en revenir à la lettre écrite par Madame Aussaresses et, rappelons-le, dictée par son mari. Ce court texte est clair.

Le général Aussaresses revendique sans ambages une responsabilité personnelle et entière : «J’ai donné l’ordre de tuer Audin.»

N’a-t-il fait qu’exécuter un ordre de ses supérieurs hiérarchiques dans ces conditions ? Peut-être. Peut-être pas.

Nous ne pouvons en tout cas qu’indiquer notre scepticisme lorsque Deniau, fort du oui (très bas) par lequel Aussaresses a acquiescé à son insistante question, affirme :

«Je viens de marquer un point capital» (p. 232). La suite montre, dans une certaine mesure, que le journaliste tire une conclusion précipitée : «Même, s’il s’en défend (sic), Paul Aussaresses n’a fait qu’exécuter l’ordre de son supérieur hiérarchique…».

Nous ne pouvons qu’être en désaccord.

Aussaresses s’en défend en effet et cela ne peut être escamoté. Qu’il fût sous les ordres de Massu, nul ne le conteste. Qu’il ait exécuté Audin sur l’ordre direct immédiat du chef de la 10e D.P., voilà qui n’est pas vraiment  établi.

Car, curieusement, J-C. Deniau ne rappelle pas que Robert Lacoste, avant Massu, était à l’origine de la chaîne hiérarchique, ce que fait Aussaresses. Or, Jacques Massu n’est plus de ce monde. Il ne peut se défendre. Donc, ce qui peut paraître «évident»  en  termes de  journalisme, l’est beaucoup moins pour un historien. Un témoignage ne peut constituer une preuve. Surtout s’il est arraché à un vieillard cacochyme, au seuil de la mort.

Est-ce la raison pour laquelle Deniau a voulu conforter son enquête en reparlant à Pierre Misiri ? Celui-ci eut en effet de tardives réminiscences à propos d’une ferme où serait  enterré  Audin. Près, cette fois, de Sidi-Moussa.

Le journaliste photographiera une ferme qu’il repère entre Baraki et Sidi-Moussa. Le cliché envoyé par Ipad atteint Misiri en France en direct sur son portable. L’ex-sergent croit reconnaître le lieu… Cinquante-cinq ans après… Deniau écrit d’ailleurs prudemment : «… que les erreurs sont toujours  possibles » (p. 265). Certes.

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entrée de Zéralda

 

Conclusion

Le principe testis unus, testis nullus [un témoin unique est un témoin nul] s’applique en histoire comme dans les prétoires. Pierre Misiri, est bien un témoin unique. Qu’il ait pu reconnaître une ferme fantôme, abandonnée par ses propriétaires pieds-noirs partis en Australie, et cela plus d’un demi-siècle après et, depuis l’autre rive de la Méditerranée, relève de l'exploit.

Après une première évocation de Zéralda et de Koléa comme dernières demeures d’Audin, qui sont à l’Ouest d’Alger, nous voici à Baraki au Sud-Est de la capitale. Pour faire bonne mesure, un algérien a déclaré récemment qu’il se souvenait qu’Audin avait été enterré à Oued-El-Alleug au cimetière de Ben Salah  (El.Watan.com  23/10/14).

En ce qui concerne la responsabilité directe de Massu, le doute est d’autant plus permis que l’on éprouve un malaise à voir discrètement gommée la responsabilité des hommes politiques. Aussaresses pour sa part, a tenu à rappeler avec insistance qu’au-dessus des militaires il y  avait des politiques (p. 231).

Sans mettre en question la sincérité de ceux qui ont entrepris des recherches délicates sur un passé douloureux où le manichéisme n’a pas sa place, il paraît indispensable que des historiens fassent  entendre  leur voix.

Si l’on compare le bruit fait autour du cas Audin et le silence d’État qui a accompagné la disparition de 1 583 européens d’Algérie, dont le plus grand nombre après le 19 mars 1962, on est obligé de constater que pour certains intellectuels de l’époque, il y avait deux poids et deux mesures.

Hypersensibilité et hypermnésie pour un disparu indépendantiste, sensibilité réduite au minimum ou absente pour de malheureux civils pieds noirs qui n’eurent que le tort d’être au mauvais endroit au mauvais moment. On évoque souvent un devoir de mémoire. Il y a aussi un devoir d’objectivité.

Jean Monneret
historien

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 ________________

 

1 - La Vérité sur la Mort de Maurice Audin, Ed. Equateurs 2012.

2 - Il combattit dans le maquis des Glières.

3 - Quatre régiments parachutistes, plus le 5e RCA et le 25e Dragons auxquels s’ajoutaient deux détachements d’intervention et de reconnaissance.

4 - Souligné  par nous.

5 - Souligné  par nous.

6 - Lequel a écrit un livre de souvenirs, Ma guerre d’Algérie. Ed. Sociales 1979. C’est un plaidoyer pro domo où les non-dits abondent.

7 - L’Humanité, 9 janvier 2014, interview par H. Zerrouki.

8 - www.radiomaghrebemergent .com.  Vingt à trente kilomètres séparent les deux localités.

9 - Innocentant ainsi le lieutenant Ga… membre de la «petite équipe» d’Aussaresses. Rappelons que ce lieutenant refusa de rencontrer le journaliste.

10 - Souligné par nous.

11 - Aussaresses entend par là Robert Lacoste.

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- le site de Jean Monneret

 

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samedi 2 août 2014

Mémoires du général-major Benmaalem

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le général Benmaalem : un point de vue

assez objectif, sur plusieurs affaires du FLN

général Maurice FAIVRE

 

Benmaalem Hocine, Mémoires du général-major Benmaalem, tome I, La guerre de libération nationale, éditions Casbah 2014, 268 pages.

Originaire d'El Kalaa, la forteresse naturelle des Beni Abbès, Hocine Benmaalem s'est engagé en 1956 dans l'ALN, à 17 ans et demi ; il a été Commandant de Région et ministre, et a terminé sa carrière aux cotés du président Chadli en 1992. Il rapporte avec un grand souci d'objectivité les évènements qu'il a vécus pendant la guerre de libération. Les tomes suivants ne devraient pas manquer d'intérêt.

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l'auteur dédicace ses mémoires

Il revient sur l'histoire de son douar, attaché à son autonomie et à l'idéologie des oulemas, classé en zone interdite en 1959 ; l'auteur a été formé par un instituteur engagé, dans une école publique incendiée par le FLN, avant d'intégrer le lycée de Sétif où il souffre de l'inégalité sociale. À la suite de la grève étudiante de mai 1956, il rejoint le maquis et se trouve à Ifri au moment du Congrès de la Soummam.

Repéré par Amirouche, il devient son secrétaire et l'accompagne dans son enquête de septembre-octobre 1956 en Wilaya des Aurès, puis dans sa mission à Tunis en 1957 (date non précisée). De juin 1957 à avril 1959, il suit les cours des académies militaires de Syrie et du Caire. Sous-lieutenant dans l'ALN de Tunisie, il est brimé par le capitaine Chabou et le colonel Mohammedi ; exfiltré par Ahmed Bencherif, il sert dans un bataillon frontalier avant d'être affecté en 1960 à la Direction générale de l'instruction. En avril 1961, il suit un stage d'artillerie en Tchécoslovaquie. Après l'indépendance, il se rend à Sétif et est intégré dans la wilaya 1 par le colonel Zbiri.

La relation par l'auteur du Congrès de la Soummam confirme les décisions importantes prises pour l'organisation politique et militaire de la Révolution ; mais la primauté du politique et de l'intérieur sur l'extérieur sera rejetée par le CNRA d'août 1957. Le rapport de mission d'Amirouche dans l'Aurès est très intéressant, il décrit ses relations conflictuelles avec Omar Benboulaid et Adjoul. Le déplacement à Tunis, parfois menacé par les opérations françaises, permit à Amirouche de dialoguer avec Ouamrane, Bouglez, Mahsas, le Cdt Kaci, F. Fanon, de recueillir Noël Favrelière, et de s'opposer au CCE qui voulait l'envoyer au Maroc.

Benmaalem exprime son admiration de la personnalité du colonel Amirouche, qui n'était ni sanguinaire, ni anti-intellectuel, mais actif et infatigable (contrairement à Mohammedi Said) ; il est attentif au moral des combattants et de la population. Il est cependant responsable des arrestations lors de la bleuïte, dont les erreurs sont estimées à 10 % ; les manoeuvres du capitaine Léger sont relatées avec précision. L'ALN extérieure, l'organisation de l'instruction (DGI) et la formation des officiers au Moyen-Orient sont bien présentées, avec de légères différences avec l'évaluation du 2ème Bureau (25.000 hommes en Tunisie, manque deux bataillons).

L'auteur donne le point de vue du FLN, assez objectif, sur plusieurs affaires : Oiseau bleu, Melouza, complot de Boudaoui, dissidence de la base de l'Est, népotisme en petite Kabylie, assassinat d'Abane Ramdane, élimination de Lotfi par le colonel Jacquin, les 100 jours du conseil des wilayas.

Il est enfin un observateur impartial de la crise du FLN-ALN, depuis la réorganisation du commandement en janvier 1960, la création conjointe de l'EMG et du CIG, la démission refusée et la dégradation de Boumediene, le contrat de carence au CNRA de Tripoli, la constitution du Bureau politique, et les combats fratricides du 30-31 août 1962 (1.000 morts). Les responsabilités de la crise, qui a porté un coup sévère au prestige de la Révolution, sont partagées entre l'EMG, le GPRA et les Wilayas 3 et 4.

Il estime en conclusion que Krim Belkacem a été brillant à Evian, et que Boumediene a créé une armée efficace, reconvertie en Armée nationale populaire ; mais il a maintenu leurs grades à des officiers supérieurs incompétents. En définitive, il a manqué un chef incontesté à la tête de la Révolution. L'observateur extérieur peut se demander si les ambitions personnelles de plusieurs chefs n'ont pas compromis l'instauration d'un régime démocratique en Algérie, et entraîné l'échec de la Révolution.

Maurice Faivre, le 31 juillet 201

 

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Hocine Benmaalem

 

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vendredi 18 juillet 2014

le livre de Guy Pervillé sur le 5 juillet 1962 à Oran

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le massacre des Européens à Oran,

le 5 juillet 1962 :

"l'événement le plus sanglant de

toute la guerre d'Algérie"


Roger VÉTILLARD, compte rendu

 

Guy Pervillé, Oran, 5 juillet 1962. Leçon d’histoire sur un massacre, éditions Vendémiaire, Paris 2014, 317 p, 20 €. ISBN 978-2-36358-131-0.

 

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Européens d'Oran arrêtés le 5 juillet 1962

 

Guy Pervillé est prolifique : ses publications toujours très documentées se succèdent. Et quand l’Historien rejoint l’Enseignant, il nous propose une leçon d’histoire sur la première journée de l’Algérie indépendante.

 

au moins 679 personnes mortes ou disparues

Le 5 juillet 1962 à Oran la population européenne a été pourchassée, massacrée le jour où l’Algérie fêtait son indépendance. Ce drame a longtemps été occulté par la presse et même par les historiens. Ce sont en effet au moins 679 personnes qui sont mortes ou sont disparues ce jour-là. Quand on constate que la journée du 17 octobre 1961 à Paris qui a fait 32 morts ou celle du 8 février 1962 avec les 9 morts du métro Charonne ont eu et conservent un retentissement médiatique important, on mesure combien le silence sur cette tragédie est scandaleux.

Les écrits sur cette journée ne sont pas rares même s’il a fallu attendre de nombreuses années pour qu’ils soient l’objet d’une certaine attention et qu’ils finissent par ne plus être contestés.

Pourtant dès 1964, le père Michel de Laparre qui a publié le Journal d’un prêtre en Algérie a raconté en détails la vie à Oran en 1962 et notamment pendant les événements du 5 juillet. Dans ses propos, il convenait que les Français de métropole auraient du mal à croire ce qu’il relatait.

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Il y avait bien d’autres témoins, mais personne ne les écoutait. C’étaient des civils, des militaires, tel Jean-Pierre Chevènement qui le premier a parlé de 800 disparus. Puis il y eut les publications de Bruno Étienne, de Fehrat Abbas, Claude Paillat, Gérard Israël, et bien d’autres jusqu’aux derniers ouvrages de Geneviève de Ternant, Jean-François Paya, Jean-Jacques Jordi, Jean Monneret, Guillaume Zeller.

Geneviève de Ternan couv

Guy Pervillé fait une analyse exhaustive et critique de tout ce qui est paru sur le sujet. En enseignant soucieux d’examiner tous les détails, il étudie, confronte les versions, et tente de faire une synthèse aussi objective que possible.

Pourquoi donc le silence s’est-il abattu sur cet épisode ? Parce qu’il est survenu à un moment où la guerre d’Algérie était censée être terminée et la paix être revenue sur un pays que 8 ans de guerre avait meurtri ? Parce que pour certains les pieds-noirs n’avaient que ce qu’ils avaient cherché ? Parce que l’OAS était responsable de tout cela ?

 

pourquoi le général Katz s’est-il tenu à distance des massacres ?

Pourquoi donc l’armée française qui était présente avec 18000 hommes a-t-elle attendu 5 heures avant d’intervenir ? Pourquoi le général Katz s’est-il tenu à distance de ces massacres ? Et quand il dira des décennies plus tard qu’il a suivi les ordres du général de Gaulle, nous avons du mal à le croire car, comme le montre Guy Pervillé, son témoignage n’est pas exempt d’erreurs, d’omissions, et même de contre-vérités.

Comment rendre compte de cette journée en gardant le recul nécessaire à l’historien ? L’auteur, qui connaît mieux que beaucoup de ses confrères cette période de l’histoire de l’Algérie, nous offre avec cette étude historiographique une leçon d’histoire qui ne peut qu’interpeller le lecteur.

Il reste toutefois une question importance sans réponse : quelles sont les raisons de ce massacre ?

Une analyse simpliste a pu désigner l’OAS – les derniers commandos de cette organisation, véritables despérados, pour reprendre le mot du général Katz - comme la responsable unique des débordements que tout le monde reconnaît désormais. Mais il est établi que tous les commandos ont quitté Oran le 28 juin 1962, que les Européens n’avaient plus d’armes, que tous ceux qui avaient quelque chose à se reprocher étaient partis.

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Européens d'Oran arrêtés le 5 juillet 1962

Bien sûr, la stratégie d’affrontement qu’elle avait mise en œuvre à partir du mois de février 1962 pour tenter de provoquer une réaction violente du FLN afin d’amener l’armée française à intervenir, a instauré un climat qui aurait pu favoriser les représailles au moment de l’indépendance. Mais cette présentation n’est guère convaincante. Les Algériens eux-mêmes ne l’authentifient pas.

 

complot lié à la prise du pouvoir par l’État-Major Général de l’ALN ?

S’agit-il comme l’évoque Gilbert Meynier et le soutient Jean-François Paya du résultat d’un complot lié à la prise du pouvoir par l’État-Major Général de l’ALN qui œuvrait pour Ben Bella et Boumediene ? Les archives sont muettes sur cette question. Cette hypothèse est séduisante et aucun élément ne permet de l’éliminer, mais elle se doit d’être étayée par des documents irréfutables pour pouvoir être entérinée. C’est l’avis de l’auteur.

D’autres questions moins essentielles nous interrogent - l’attitude du gouvernement français pendant et après ce drame, le nombre exact de victimes, la passivité de l’armée française - sont posées, les commentaires de l’auteur à leur propos méritent d’être analysés.

Voici donc un ouvrage qui est à ce jour le plus complet sur un sujet qui a enfin franchi le mur du mutisme. Il mérite de la part des historiens et de tous ceux que l’histoire de la guerre d’Algérie interpelle une attention toute particulière.

Roger VÉTILLARD

 

Oran, le 5 juillet 1962 - Guy Pervillé - Ed. Vendémiaire

 

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