Diapositive3


l'aphasie de

Nicolas Bancel et Pascal Blanchard

face aux critiques historiennes


BancelLa revue Mouvements, qu'on a connue en d'autres temps plus rigoureuse dans ses parrainages intellectuels, a demandé à Nicolas Bancel [ci-contre en haut] et Pascal Blanchard [ci-contre en bas] de répondre aux critiques qu'avait suscitées la publication du recueil de textes la Fracture coloniale aux éditions La Découverte en 2005. Et notamment aux arguments avancés par le spécialiste de l'Afrique des Grands Lacs, Jean-Pierre Chrétien, par l'anthropologue Jean Copans, par le politiste Romain Bertrand (Mémoires d'empire).
BlanchardLeur texte répond à certaines mises en cause mais évite soigneusement celles du livre Pour en finir avec la repentance coloniale de Daniel Lefeuvre, paru à l'automne 2006. Le procédé relève de l'agit-prop : au lieu de lire et de répondre aux arguments, on charge son adversaire de péchés imaginaires en escomptant que le lecteur sera dissuadé d'aller voir lui-même de quoi il s'agit. Privé de l'information nécessaire, il s'en remet au discours qu'on lui sert. C'est du "bourrage de crâne" comme celui auquel oeuvraient les commissions de contrôle de presse des régions militaires française entre 1914 et 1918. Rien de plus. Voici donc l'extrait de leur texte consacré à Daniel Lefeuvre ("l'anti-repentant..."), puis le même texte avec les critiques qu'appelle ce genre de rhétorique.

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L'anti-repentant ou le croisé de l'identité française

Nicolas Bancel, Pascal Blanchard

Le dernier des quatre ouvrages retenus ici s'inscrit dans le registre de l'attaque directe. Daniel Lefeuvre fait le procès d'un certain nombre de spécialistes de la colonisation qui ne "pensent" pas comme lui et cherchent à démontrer les mécanismes de leurs thèses par d'innombrables exemples, n'hésitant pas à jouer avec les faits, les statistiques et les démonstrations les plus abusives.
En fait, cet ouvrage est la version papier de l'activisme qu'il mène sur son site internet (études coloniales) – avec Marc Michel et Michel Renard -, pour une "véritable histoire coloniale" loin de toute "repentance". Daniel Lefeuvre publie ce livre (Pour en finir avec le repentance coloniale) après avoir été fortement critiqué pour sa participation au conseil scientifique du Musée de la France en Algérie initié par Georges Frêche à Montpellier. La Fracture coloniale n'est pas la cible privilégiée de l'auteur, dont les deux "têtes de turcs" sont Gilles Manceron et Olivier Le Cour Grandmaison. Mais l'ouvrage est cité comme étant représentatif d'un hypothétique "groupe de repentants". Nous renvoyons au compte-rendu, très argumenté, de l'ouvrage par Catherine Coquery-Vidrovitch. Précisons néanmoins un point essentiel. Catherine Coquery-Vidrovitch rappelle que la notion de "repentance" n'a "été utilisée par aucun historien" et qu'il est avant tout "injurieux à l'égard de collègues dont la conscience professionnelle est indéniable", ayant avant tout des objectifs "essentiellement politiques". Et de conclure, "ce que prouve ce pamphlet, c'est l'inculture de son auteur concernant la colonialité".
On atteint, en effet, avec l'ouvrage de Daniel Lefeuvre le summum du mélange des genres, entre prétentions savantes et veine polémique, ce qui autorise son auteur à toutes les outrances.
Pour résumer, parler d'une "fracture coloniale", serait la faire exister. D'où les anachronismes nombreux relevés dans la littérature polémique sur l'ouvrage, entre un projet débuté en 2001, une étude menée sur le terrain à Toulouse en 2003, une synthèse remise au Fasild et à la DIV en 2004, un ouvrage publié en septembre 2005 et les émeutes de novembre 2005. Nous serions non les analystes de la "fracture coloniale", mais les promoteurs de celle-ci. Pour quelques-uns de nos contempteurs, pour résoudre toutes les questions en jeu dans l'ouvrage, le plus simple serait de n'en point parler.

Nicolas Bancel, Pascal Blanchard
in Mouvements, n° 51, septembre-octobre 2007, p. 46-47.

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L'anti-repentant ou le croisé de l'identité française

[l'anti-repentant, d'accord ; mais pourquoi la référence à l'identé française est-elle accolée au terme de "croisé" : n'existe-il pas d'autre positionnement à l'égard de l'identité française que celle du croisé ?
Michelet, Marc Bloch, la Résistance, Braudel, Nora..., des croisés ?]


Pour_en_finir_repentance_couvdaniel_repentance_couvLe dernier des quatre ouvrages retenus ici s'inscrit dans le registre de l'attaque directe. Daniel Lefeuvre fait le procès [pourquoi procès ? pourquoi pas critique ? parce que celle-ci relève de la controverse intellectuelle que N. Bancel et P. Blanchard ne veulent pas assumer, et que celui-là est imputable à un procureur ou à un juge qui condamne ? – classique procédé discursif de victimisation…] d'un certain nombre de spécialistes de la colonisation [ce sont surtout des non spécialistes qui sont critiqués et contre lesquels sont invoqués les historiens sérieux] qui ne "pensent" pas comme lui et cherchent [ou : cherche ?] à démontrer [ou : démonter ? - dans sa syntaxe d'origine, cette phrase n'a aucun sens : qui est le sujet du reste de la phrase ? DL ou les "spécialistes de la colonisation"...?] les mécanismes de leurs thèses par d'innombrables exemples [le nombre d'exemples serait-il un défaut ? – par ailleurs, il n'y a pas que des exemples, mais des analyses], n'hésitant pas à jouer avec les faits [lesquels…?], les statistiques [établissez-le] et les démonstrations les plus abusives [en quoi seraient-elles abusives ? – tout un vocabulaire de l'exagération pour esquiver la confrontation sur le fond].

En fait, cet ouvrage est la version papier de l'activisme [pourquoi ce terme péjoratif pour décrire la publication de contributions et de documents relatifs à l'histoire coloniale sur internet ?] qu'il mène sur son site internet (études coloniales) – avec Marc Michel et Michel Renard -, pour une "véritable histoire coloniale" loin de toute "repentance". Daniel Lefeuvre publie ce livre (Pour en finir avec la repentance coloniale) après avoir été fortement critiqué pour sa participation au conseil scientifique du Musée de la France en Algérie initié par Georges Frêche à Montpellier [réduire une argumentation analytique à une imaginaire réaction épidermique de dépit..., encore un procédé rhétorique pour fuir le débat de fond]. La Fracture coloniale n'est pas la cible privilégiée de l'auteur, dont les deux "têtes de turcs" sont Gilles Manceron et Olivier Le Cour Grandmaison. Mais l'ouvrage est cité comme étant représentatif d'un hypothétique "groupe de repentants".

Nous renvoyons au compte-rendu, très argumenté, de l'ouvrage par Catherine Coquery-Vidrovitch. [le compte rendu de Catherine Coquery-Vidrovitch a été republié sur ce blog ainsi que la réponse de Daniel Lefeuvre que N. Bancel et P. Blanchard semblent ignorer parce que le site du prétentieux Comité de Vigilance face aux usages publics de l'histoire (CVUH) n'a pas eu le courage de la publier]. Précisons néanmoins un point essentiel. Catherine Coquery-Vidrovitch rappelle que la notion de "repentance" n'a "été utilisée par aucun historien" et qu'il est avant tout "injurieux à l'égard de collègues dont la conscience professionnelle est indéniable", ayant avant tout des objectifs "essentiellement politiques". Et de conclure, "ce que prouve ce pamphlet, c'est l'inculture de son auteur concernant la colonialité". [une injure n'a jamais fait un argument - si l'on veut respecter la déontologie des échanges intellectuels, le site du CVUH doit publier la réponse de Daniel Lefeuvre qu'il a mis en cause, on verra ce qu'il en est de la culture et de la rigueur historiennes des uns et des autres...]

On atteint, en effet, avec l'ouvrage de Daniel Lefeuvre le summum du mélange des genres, entre prétentions savantes et veine polémique, ce qui autorise son auteur à toutes les outrances [lesquelles... ?].
Pour résumer, parler d'une "fracture coloniale", serait la faire exister. D'où les anachronismes nombreux relevés dans la littérature polémique sur l'ouvrage
[il n'y a aucun anachronisme dans le livre de Daniel Lefeuvre...], entre un projet débuté en 2001, une étude menée sur le terrain à Toulouse en 2003, une synthèse remise au Fasild et à la DIV en 2004, un ouvrage publié en septembre 2005 et les émeutes de novembre 2005. Nous serions non les analystes de la "fracture coloniale", mais les promoteurs de celle-ci. Pour quelques-uns de nos contempteurs, pour résoudre toutes les questions en jeu dans l'ouvrage, le plus simple serait de n'en point parler. [c'est exactement le défaut de N. Bancel et P. Blanchard à l'égard du livre Pour en finir avec la repentance coloniale : censure des arguments et emphase du vocabulaire de la disqualification d'autorité. Au total un mutisme révélateur]

Michel Renard

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aucun argument historique

Michel Renard


daniel_repentance_couvAucun argument pour réfuter les analyses historiques de Pour en finir avec le repentance coloniale n'est fourni par N. Bancel et P. Blanchard. Ils n'aiment pas l'histoire positiviste. Il en allait déjà ainsi dans la Fracture coloniale. Les thèses de la "fracture coloniale" et de la "postcolonialité" qui expliqueraient le vécu et le langage de secteurs de la population française stigmatisés, ethnicisés, déréalisés, etc., ne s'appuient sur aucun travail historique. À la place, on trouve des assertions nébuleuses de sociologue affirmant dans le même temps que les "banlieues" ne sont pas un territoire colonial mais qu'elles sont un "théâtre" qui "ressemble à la colonie (parce que) les rapports humains y sont faux" (Didier Lapeyronnie, in La fracture coloniale, 2005, p. 209-218). On utilise le raccourci rhétorique bien connu : "tout se passe comme si..." qui permet l'économie de la démonstration tout en donnant l'impression qu'on l'a fournie : "La fracture sociale est ainsi alimentée par une fracture coloniale qui lui donne sens comme un ordre normatif, comme si l'immigration s'était inscrite dans la continuité du rapport colonial au-delà des indépendances" (ibid., p. 210). Où est la rigueur dans tout cela ?

L'allégation selon laquelle les "violences du fait colonial" et le "poids de ses héritages au sein de la société française contemporaine" (Fracture coloniale..., p. 20) sont à l'origine d'une "fracture coloniale" devenue une vraie crise française utilise une image militante du passé colonial qui altère gravement la réalité historique de la colonialité. En la schématisant à l'extrême.


les thèses historiennes de Daniel Lefeuvre

Daniel Lefeuvre a rétabli la vérité des rapports complexes et des processus historiques non univoques du temps colonial. Il a montré que les aléas de l'évolution démographique de l'Algérie au XIXe siècle ne sont pas à mettre au compte de la seule conquête et que le concept de "génocide" est totalement inadéquat. Il a montré que les violences militaires de la conquête ne portaient aucune spécificité liée à un racisme anti-arabe.

Daniel Lefeuvre a pointé le manque de méthode de ceux qui reprennent les propos de propagande des coryphées de l'Empire alors que la réalité invalide l'idée d'un apport décisif des colonies à l'économie de métropole. Il a rappelé, après d'autres tels Paul Bairoch et Jacques Marseille, que loin de remplir les caisses de l'État les colonies se sont révélées un tonneau des Danaïdes. Il a restitué la mesure statistique de l'immigration maghrébine après 1945 en métropole (moins de 1% de la population active) et conclu en conséquence à l'outrance des formules militantes selon lesquelles "les immigrés ont reconstruit la France après guerre".

Et sur ce blog, nous essayons de dire que la vérité historique du temps colonial, ce ne furent pas les "massacres" et les "violences". Ceux-ci ont existé mais ils ne sauraient résumer la totalité de cette histoire. Retenir comme grille de lecture deDiapositive1 cette époque la seule ligne de clivage entre dominateurs français et dominés résistants algériens, c'est revenir à une conception de l'histoire à la Jdanov. Au lieu d'alimenter une logomachie creuse sur la post-colonialité, il vaudrait mieux se pencher sur l'étude renouvelée de la colonialité tout court. On éviterait d'entretenir dans leurs clichés et préjugés les groupes militants des "Indigènes de la République".

Mais à quoi bon les appels à la rigueur historienne...? Un politiste comme Olivier Le Cour Grandmaison peut écrire Coloniser, exterminer et se faire étriller par deux historiens irréprochables (Pierre Vidal-Naquet et Gilbert Meynier)... il ne prend pas la peine de répondre. Il continue. Daniel Lefeuvre écrit un livre d'historien pour critiquer les stéréotypes des militants de la mémoire. On le snobe. Seule Catherine Coquery-Vidrovitch a pris la peine de répliquer. On se réfugie alors derrière son texte en oubliant qu'une réponse lui a été apportée...

Il est possible que le savoir historique, à la fois positiviste et problématisant, soit relégué par la puissance des schématisations idéologiques et des revendications mémorielles, toujours plus séduisantes que l'intelligibilité historienne... Il est malgré tout surprenant que ceux qui préfèrent ignorer celle-ci se revendiquent des sciences sociales, de la générosité humaniste, de la démocratie et de la citoyenneté. Toutes références qui, jusqu'à il y a peu, avaient partie liée avec le respect d'un savoir non-jdanovisé.

Michel Renard


Diapositive3
"le traitement des populations issues de la colonisation prolonge, sans s'y réduire,
la politique coloniale" - appel des "Indigènes de la République", janvier 2005



* cf. aussi "Réplique à un argument de Catherine Coquery-Vidrovitch : un historien peut-il faire dire ce qu'il veut aux statistiques ?" (Michel Renard)


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