L'histoire coloniale n'a jamais été très importante en France...???
les bévues de l'historien indien Soubrahmanyam
À l'occasion des Rendez-vous de l'histoire de Blois, l'historien indien a déclaré un peu légèrement : "L'histoire coloniale n'a jamais été très importante en France, ça commence maintenant. Cherchez un grand nom d'historien de l'Indochine en France, il n'y en a pas. Pour le Maghreb, c'est un peu mieux. Mais les "grands noms" de la recherche historique en France, de 1850 à nos jours, ce sont soit des gens qui travaillent sur la France, l'Europe occidentale, la Méditerranée, un peu le transatlantique, l'Amérique latine, quelques sinologues..."
Pour quelqu'un qui a longtemps fréquenté la France et ses institutions universitaires (EHESS), cette appréciation est surprenante et même scandaleuse. N'y a-t-il aucun grand historien de l'Indochine en France...? Et Pierre Brocheux alors ? qui a longtemps travaillé avec Daniel Hémery... Pierre Brocheux dont la bibliographie est impressionnante et qui vient de publier Une histoire du Vietnam contemporain. La nation résiliente (Fayard, 2011).
- voir sa bio-bibliographie dans le Répertoire des historiens du temps colonial
- voir Indochina, An ambiguous colonization, 1858-1954
- voir Une histoire économique du Vietnam
- voir Une biographie de Hô Chi Minn par Pierre Brocheux
- voir À propos des souvenirs de Dang Van Viet, colonel Viet Minh
- voir À propos du quô ngu et d'agression culturelle
au sujet de la "scientificité" des soutenances de thèse

au sujet des thèses d'histoire coloniale
Jean-Pierre RENAUD
Pertinence scientifique et transparence publique des thèses d’histoire coloniale, secret de confession universitaire ou tabou colonial ?
Au cours des dernières années, mes recherches d’histoire coloniale (d’amateur) m’ont conduit à aller à la source, c'est-à-dire à prendre connaissance de plusieurs thèses d’histoire coloniale qui donnaient, je le pensais, un fondement scientifique aux interventions verbales ou aux ouvrages écrits par leurs auteurs.
J’étais plutôt surpris par la teneur des discours que ces derniers tenaient sur ce pan largement ignoré de notre histoire nationale.
Leur consultation me donna la conviction qu’elles ne suffisaient pas toujours, totalement ou partiellement, à donner une accréditation scientifique à leurs travaux, dans le domaine de la presse, des sondages, des images coloniales quasiment absentes et sans aucune référence sémiologique dans les thèses en question, et d’une façon générale en ce qui concerne la méthodologie statistique, économique ou financière
Constat surprenant, alors que le terme de «scientifique» est souvent mentionné dans les arrêtés qui ont défini la procédure d’attribution du titre de docteur par les jurys : intervention d’un conseil scientifique, intérêt scientifique des travaux, aptitude des travaux à se situer dans leur contexte scientifique…
communication des rapports de jury
Il me semblait donc logique d’aller plus loin dans mes recherches, c'est-à-dire accéder aux rapports du jury visés par les arrêtés ministériels de 1992 et 2006, rapports susceptibles d’éclairer l’intérêt scientifique des travaux. J’ai donc demandé au Recteur de Paris d’avoir communication des rapports du jury, communication qui m’a été refusée, alors que la soutenance était supposée être publique.
Mais comment parler de soutenance publique, s’il n’est conservé aucune trace du débat, du vote (unanimité ou non) du jury, et s’il n’est pas possible de prendre connaissance des rapports des membres du jury, et donc de se faire une opinion sur la valeur scientifique que le jury a attribué à une thèse, ainsi que des mentions éventuellement décernées.
Je m’interroge donc sur la qualité d’une procédure :
- qui ne conserverait aucune trace d’une soutenance publique, sauf à considérer que celle-ci n’a qu’un caractère formel ;
- qui exclurait toute justification de l’attribution d’un titre universitaire, appuyé seulement sur la notoriété de membres du jury, alors même que ce titre est susceptible d’accréditer l’intérêt scientifique de publications ultérieures, ou de toute médiatisation de ces travaux.
Conclusion : les universités et leurs jurys seraient bien inspirés de lever ce secret, sauf à jeter une suspicion légitime et inutile sur le sérieux scientifique des doctorats qui sont délivrés, sauf également, et cette restriction est capitale, si mon expérience n’était aucunement représentative de la situation actuelle des thèses et des jurys.
La transparence publique devrait être la règle. Pourquoi en serait-il différemment dans ce domaine de décisions, alors que la plupart des décisions publiques sont aujourd’hui soumises à des contraintes utiles de transparence publique.
Il parait en effet difficile d’admettre que, sous le prétexte de préserver le secret de la vie privée, le secret des délibérations sûrement, mais pas le reste, il soit possible de sceller tout le processus supposé «scientifique» du même sceau du secret. À l’Université, en serions-nous encore, à l’âge du confessionnal et de l’autorité d’une nouvelle Église ? Les jurys auraient donc quelque chose à cacher ? Un nouveau tabou ?
In memoriam. Charles-Robert Ageron (1923-2008) (Guy Pervillé)
In memoriam.
Charles-Robert Ageron (1923-2008)
Guy PERVILLÉ
Charles-Robert Ageron, historien de l’Algérie coloniale et de la décolonisation française, est décédé dans la nuit du 2 au 3 septembre 2008 à l’âge de 84 ans, après une longue maladie. Cette nouvelle, outre les réactions naturelles de condoléances que suscite normalement tout décès, risque de provoquer des réactions divergentes. Pour tous les historiens de l’Algérie et de la colonisation française, quelle que soit leur nationalité, sa mort ne peut être ressentie que comme une lourde perte, car Charles-Robert Ageron fut pendant de longues années, après la retraite de Charles-André Julien, le maître reconnu et incontesté de l’histoire de la colonisation et de la décolonisation françaises.
Mais pour d’autres, et notamment pour ceux des Français d’Algérie restés partisans de l’Algérie française, il est à craindre que son décès soit avant tout ressenti comme celui d’un adversaire de leur cause, même si ses anciens élèves d’Alger ont conservé du respect pour lui sans avoir nécessairement partagé ses opinions politiques. C’est pourquoi il convient de revenir sur son œuvre et sur ses motivations pour mieux comprendre les raisons de ces jugements divergents, et pour les surmonter.
Une oeuvre et ses motivations
Charles-Robert Ageron, né à Lyon en 1923, a été marqué dans sa jeunesse par les idées des historiens catholiques de gauche Henri-Irénée Marrou et André Mandouze, et par l’expérience de l’occupation allemande et de la Résistance. En convalescence en Algérie, où il avait de la famille, durant l’été de 1945, il n’en retira pas le projet de lui consacrer son activité d’historien, bien au contraire.
C’est après avoir réussi l’agrégation d’histoire, en 1947, qu’il y fut nommé contre son gré. Il resta pendant dix ans en poste dans un grand lycée d’Alger, où il entama ses recherches sur l’histoire de la colonisation de l’Algérie. À partir de la rentrée 1957 il enseigna dans la banlieue parisienne, puis fut chargé de cours à la Sorbonne. Dès 1964, il se fit connaître en publiant un «Que-sais-je ?» intitulé Histoire de l’Algérie contemporaine, qui révisait le passé de l’Algérie française à la lumière de son échec final.
Sa thèse de doctorat d’Etat, réalisé sous la direction de Charles-André Julien, et intitulée Les Algériens musulmans et la France (1871-1919), publiée en 1968, fut remarquée pour son ampleur quasi-encyclopédique,
et par la fermeté de sa conclusion, indiquant que l’inachèvement des réformes de 1919 avait signifié l’échec de la politique d’assimilation, et condamné à terme l’Algérie française : «L’historien n’a ni à le regretter, ni à s’en réjouir. Il doit seulement marquer que le péché d’omission de la politique française tellement évident à la date du Centenaire, en 1930, était prévisible, dès lors qu’en 1919 la France avait, pour ménager les préjugés d’une partie de ses nationaux, renoncé à ses principes et à la logique de ses traditions» (1). Œuvre monumentale qu’il reprit et compléta en publiant en 1979, sous le même titre et chez le même éditeur que son «Que-sais-je ?», Histoire de l’Algérie contemporaine, t. 2, 1871-1954 (2).
À la suite de sa thèse, il fut élu professeur à l’Université de Tours (où il fonda le Centre d’étude de la presse et de l’opinion), puis à celle de Paris-XII-Créteil. Il dirigea des thèses en rapport avec l’histoire de la colonisation et de la décolonisation à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS). Mais il contribua surtout au développement de l’histoire dite coloniale en animant d’abord le Groupe d’études et de recherches maghrébines (GERM) dans les années 1970 et 1980, et un groupe de recherche sur l’histoire de l’Empire colonial français dans le Comité d’histoire de la deuxième guerre mondiale, qui devint ensuite le groupe de recherche sur la décolonisation de l’Institut d’histoire du temps présent (IHTP) à partir des années 1980.
En plus d’un séminaire régulier, ce groupe organisa et publia sous son impulsion toute une série de colloques :
- Les chemins de la décolonisation de l’empire colonial français, 1936-1956 (3) ;
- Brazzaville, janvier-février 1944, Aux sources de la décolonisation (4) ;
- L’Afrique noire française : l’heure des indépendances (5) ;
- L’ère des décolonisations, actes du colloque international d’Aix-en-Provence (1993) (6).
À quoi il faut encore ajouter sa participation à une grande Histoire de la France coloniale en deux tomes (7), œuvre collective qu’il préfaça, et deux colloques sur la guerre d’Algérie :
- La France en guerre d’Algérie, publié sous la direction de Jean-Pierre Rioux (8) ;
- La guerre d’Algérie et les Algériens (9) , colloque franco-algérien.
Et aussi un grand nombre d’œuvres moins importantes par leurs dimensions, publiées sous forme de livres, de communications dans des ouvrages collectifs ou d’articles dans des revues. Une republication de ses principaux écrits en cinq grands volumes a été heureusement réalisée par Gilbert Meynier pour les éditions Bouchène (Saint-Denis) en 2005.
Reconnu par ses pairs
Il n’est donc pas étonnant que Charles-Robert Ageron ait été honoré deux fois par des Mélanges qui lui ont été
offerts devant une nombreuse assistance d’historiens. D’abord les Mélanges Charles-Robert Ageron en deux tomes, réalisés par la Fondation du professeur Abdeljelil Temimi à Zaghouan (Tunisie) et remis à l’occasion du premier colloque d’histoire maghrébine le 27 novembre 1997. Puis le colloque intitulé La guerre d’Algérie au miroir des décolonisations françaises, organisé à la Sorbonne en novembre 2000, et publié en même temps par la Société française d’histoire d’outre-mer (10) .
On comprend ainsi pourquoi Charles-Robert Ageron a été reconnu par tous ses pairs comme le modèle incontesté des historiens de la colonisation française – il présida pendant plusieurs années la Société française d’histoire d’Outre-mer - et pas seulement de celle de l’Algérie. Et aussi bien par les historiens français que par les Algériens et par ceux d’autres pays décolonisés.
Pourtant, en France tout au moins, les historiens plus jeunes de l’Afrique du Nord qui s’étaient formés dans la lutte anti-impérialiste l’avaient longtemps considéré comme un «libéral» (au mauvais sens du terme dans leur esprit), c’est-à-dire un homme trop modéré, attaché à relever les «occasions perdues» par la France en Algérie au lieu de condamner en bloc la colonisation capitaliste. Ils ont ensuite révisé leur jugement, comme l’a rappelé Gilbert Meynier.
"Conscience française" contre "présence française"
Mais les préventions les plus fortes et les plus durables contre sa personne sont encore le fait des partisans de l’Algérie française. Le fait est que nombre d’entre eux n’ont pas oublié sa participation au groupe de «libéraux» qui tentaient en 1956 et au début 1957 de publier le bulletin Espoir-Algérie, ses tentatives de tirer des leçons politiques de l’histoire de l’Algérie coloniale dans la revue socialiste Demain, puis son ralliement à la politique algérienne du général de Gaulle.
Et ils pouvaient d’autant moins l’oublier qu’il avait conclu son «Que-sais-je ?» de 1964 par deux pages de réflexions très sévères sur les causes et les responsabilités de l’échec de la France en Algérie, qui avaient le ton d’un réquisitoire : «Bien des aspects de cette longue tragédie algérienne échappent encore à l’historien, qui ne saurait donc porter sur ces derniers moments des jugements motivés. Du moins se doit-il de rejeter les explications trop commodes des esprits partisans, de ceux surtout qui ne savent pas encore qu’ils ne peuvent accuser personne qu’eux-mêmes.»
Il indiquait que, selon les observateurs les plus lucides, «entre les Musulmans gagnés à l’idée nationale et les Européens rebelles à toute évolution libérale, le rôle de la France ne pouvait être que celui d’un arbitrage constant, aidant à la délivrance de ce nationalisme et permettant pour l’avenir la construction d’une nation algérienne authentiquement franco-musulmane. ‘Quand on veut éviter une Révolution, il faut la vouloir et la faire soi-même’ (Rivarol)».
Et plus loin vers la fin : «il n’y a pas à désigner de ‘bradeur‘ de l’Algérie française : quel que fût son régime, jamais la France n’aurait pu mener à terme la francisation de l’Algérie par une guerre engagée, à l’âge de la décolonisation, contre un nationalisme arabe. Les vrais responsables sont ceux qui, obstinément de 1919 à 1954, refusèrent ou sabotèrent toutes les réformes et qui, après 1958, prêchèrent l’intégration, comme alibi commode et mensonger. C’est dire qu’est surtout engagée la responsabilité collective des Européens d’Algérie ; ceux-ci font aujourd’hui reproche aux divers gouvernements de la France de n’avoir pas su imposer la politique métropolitaine en brisant ‘la résistance de quelques élus locaux‘. En fait les Européens d’Algérie furent toujours unanimes dans leur hostilité à toute forme de politique libérale envers les Musulmans. Les retards successifs exigés par leurs élus, puis par les divers fronts de l’Algérie coloniale, aboutirent seulement au déracinement final du peuple européen d’Algérie» (11) .
Ces formules-choc, où l’on voyait s’effacer la différence souhaitable entre l’histoire et la politique, donnèrent l’impression d’une hostilité fondamentale envers l’ensemble des Européens d’Algérie, ne distinguant même plus entre «colonialistes» et «anticolonialistes» ou «libéraux». Et l’on comprend aussi que par la suite, certains n’aient pas été apaisés par la citation de Tocqueville qu’il avait placée en tête du tome 2 de l’Histoire de l’Algérie contemporaine : «Je n’ai craint, je le confesse, de blesser personne, ni individus, ni classes, ni opinions, ni souvenirs, quelques respectables qu’ils puissent être. Je l’ai souvent fait avec regret, mais toujours sans remords. Que ceux auxquels j’ai pu déplaire me pardonnent en considération du but désintéressé et honnête que je poursuis» (12).
C’est pourquoi il n’est pas étonnant qu’il ait été visé par certains de ses collègues qui ne partageaient pas ses options politiques. Ce fut d’abord l’historien algérois Xavier Yacono, qui publia un point de vue critique sur sa thèse dans la Revue historique en 1970 (13). Charles-Robert Ageron déplaça le débat dans le numéro suivant (pp. 355-365) en déclarant que ses analyses et celles de son contradicteur s’expliquaient par leur appartenance aux deux tendances que l’on pouvait symboliser par des noms bien connus à l’époque : «Conscience française » et «Présence française». Xavier Yacono, dans la réponse qu’il publia dans la Revue d’histoire et de civilisation du Maghreb (14), eut l’habileté de rester sur le terrain de l’analyse de faits historiques. Plus tard, Charles-Robert Ageron me dit qu’il avait eu tort de politiser ainsi le débat et qu’il ne le referait plus.
Polémique sur l'historiographie algérienne
Une deuxième polémique fut déclenchée contre lui par François Caron, historien spécialiste de l’histoire économique et auteur d’un ouvrage de synthèse intitulé La France des patriotes, 1852-1919 (15). Celui-ci y attaquait le caractère outrancier de l’histoire coloniale, et d’elle seule, dans son orientation bibliographique, après avoir rendu hommage au renouvellement de toutes les spécialités historiques (16) : «Un seul domaine reste en dehors du champ de cette relecture : c’est celui de l’histoire coloniale. Celle-ci est trop souvent tombée dans la dénonciation polémique et le pamphlet injurieux. Le cas de l’historiographie algérienne est à cet égard caricatural. Ce retard est inexplicable».
Auparavant, il avait directement attaqué : «Charles Ageron, historien quasi officiel de l’Algérie, voue à cette population une haine et un mépris féroces parfaitement inexplicables. Il s’appuie sur la pire des littératures du temps. Il entretient le mythe absurde d’une ‘fusion des races’ d’origine européenne qui se serait immédiatement réalisée et aurait abouti à la formation d’un ‘peuple franco-algérien’, différent du peuple français… Il décrit cet ‘Algérien’ comme uns sorte de matamore inculte et orgueilleux, imbu d’un ‘sentiment de supériorité ‘ sans limite, dont l’attachement à la France s’explique uniquement par la peur des ‘indigènes’, et va jusqu’à prétendre que les Français d’Algérie se sont ‘embusqués’ en masse pendant la guerre, alors que c’est l’inverse qui est vrai ! La réalité est en effet différente de celle décrite par Ageron : la communauté française d’Algérie est infiniment diverse dans ses opinions et dans ses comportements, comme le sont les Français de métropole. Ils fournissent une image exacerbée, caricaturale parfois, des passions françaises. Il n’y a pas de Français d’Algérie, mais des Français tout court !» (17)
Et après avoir donné ses propres analyses, il conclut : «Il convient donc d’aborder les problèmes de l’histoire coloniale avec plus de sérénité que ne le font les historiens universitaires actuels : la colonisation ne fut pas seulement une vaste entreprise d’exploitation et de massacre. Elle fut aussi dans bien des cas une étape possible vers le développement (…)» (18).
Cette fois-ci, Charles-Robert Ageron réagit beaucoup plus habilement par une réponse dactylographiée qu’il envoya à la plupart des historiens français de la colonisation. Il défendit ces derniers, que François Caron avait eu l’imprudence d’attaquer tous en bloc, puis réfuta point par point toutes les accusations portées contre lui, et conclut en les rejetant : «M’étant toujours imposé l’impartialité, je ne puis accepter des accusations infondées et des propos volontairement blessants et diffamatoires».
Quelques années plus tard, dans la préface de l’Histoire de la France coloniale écrite en 1990, il exprima de nouveau l’idée que les conditions étaient réunies pour une «histoire scientifique de la France coloniale», et que «au-delà des affrontements stériles de naguère entre chantres et détracteurs de la colonisation, nous avons tenté d’écrire, sinon ‘l’histoire totale’ de la France coloniale, du moins une approche large des réalités multiples que contient ce concept (…) dont nous voudrions ressusciter la richesse» (19).
Une histoire "dépassionnée" ?
Peu après l’un de ses premiers disciples, l’historien Daniel Rivet, publia dans XXème siècle, un important article intitulé «Le fait colonial et nous, histoire d’un éloignement» (20), qui permettait de remettre toutes ces controverses à leur juste place. Il retraçait dialectiquement en trois grandes étapes l’évolution de l’histoire dite coloniale. D’abord le temps de l’histoire coloniale triomphante, jusqu’au milieu des années 1950. Puis à partir des années 1960, le temps de l’histoire anti-coloniale victorieuse, mais avec une résistance au «tiers-mondisme de la part d’historiens néo-coloniaux (tels que Xavier Yacono et Raoul Girardet) et aussi d’inclassables tels que Charles-Robert Ageron». Et enfin la situation actuelle, caractérisée à la fois par l’absence d’une école unique ou dominante, le «refus du rejet de l’histoire historicisante par les deux premières générations de l’école des Annales» (sic), et une polarisation entre deux grandes tendances : l’étude de la colonisation comme processus en fonction des forces profondes et des décisions (suivant les conceptions des grands maîtres de l’histoire politique (Pierre Renouvin, Jean-Baptiste Duroselle et René Rémond), et celle de la colonisation comme système suivant des conceptions structuralo-marxistes.
Si la plupart des auteurs de l’Histoire de la France coloniale appartenaient à cette dernière tendance, comme par exemple Gilbert Meynier ou Annie Rey-Godzeiguer, Charles-Robert Ageron appartenait incontestablement à la première. Mais l’article de Daniel Rivet, que je résume beaucoup trop brièvement, surestimait largement ce qu’il estimait être une tendance générale au dépassionnement de l’histoire en fonction du temps écoulé.
On hésitera sans doute à croire que cette savante analyse correspondait bien à l’évolution réelle des travaux d’historiens sur la période coloniale et la décolonisation, et à celle de Charles-Robert Ageron en particulier. Pourtant, la phrase de Charles-André Julien qu’il aimait à citer, «J’ai vécu ces événements, donc je ne les connais pas», témoigne de la réalité de ses scrupules intellectuels, qui lui interdisaient de prétendre apporter la vérité scientifique sur la guerre d’Algérie avant le début de l’ouverture des archives publiques (juillet 1992).
Par la suite, sa présentation du recueil d’articles de la revue L’Histoire , L’Algérie des Français (21), intitulée «Pour une histoire critique de l’Algérie de 1830 à 1962», confirma la réalité de ces scrupules. Il s’en prenait désormais, non plus seulement aux illusions des Français d’Algérie, mais à toutes les erreurs admises dans les deux pays : «Nos contemporains ont subi successivement les effets d’affirmations scolaires, d’informations partiales et contradictoires. Aux mythes de l’Algérie française se sont surimposés les mythes de l’Algérie algérienne pour le plus grand dommage d’une histoire authentique. Or c’est à une histoire résolument critique que je voudrais appeler dans cette préface, invitant tous les historiens à s’y associer des deux côtés de la Méditerranée».
Équilibre entre les mythes «colonialistes»
et «anticolonialistes»
Il commençait par réfuter, dans l’ordre chronologique, toutes les idées fausses qu’il distinguait dans les conceptions historiques chères aux deux pays, avec une impartialité manifeste entre les nationalités et entre les tendances. Mais il ne se faisait pas trop d’illusions sur ce que les historiens pouvaient faire : «Il faut admettre, hélas, qu’il est pour l’heure impossible d’écrire une histoire scientifique de la guerre d’Algérie. Trente ans après ce drame, des blessures restent ouvertes et les passions flambent à chaque rappel imposé aux mémoires. On ne peut demander une vision sereine à ceux qui croient avoir perdu ou gagné une guerre, moins encore à ceux qui souffrent d’être des "expatriés" et non des rapatriés. Pour l’heure les historiens, qui ne disposent pas de l’ensemble des archives conservées par les deux parties, peuvent du moins travailler à éliminer les affabulations ou les chiffres nés de la guerre psychologique ou de partis pris idéologiques».
Et il concluait : «s’agissant de drames récents dont la mémoire risque d’être transmise déformée aux jeunes générations qui n’ont connue ni ‘l’Algérie de papa’ ni ‘l’Algérie des colonialistes’, les historiens ont le devoir d’être plus prudents encore que leur métier ne l’exige habituellement. Si l’objectivité est philosophiquement impossible, l’impartialité est une vertu que tout historien peut et doit s’imposer. Et les enfants de France comme les enfants d’Algérie ont un droit semblable à la vérité de leur histoire» (22).
La réalité de cette position d’équilibre entre les mythes «colonialistes» et «anticolonialistes» fut prouvée peu après, quand Charles-Robert Ageron fut attaqué pour son refus d’admettre des nombres mythiques de victimes, aussi bien par des auteurs «anticolonialistes» protestant contre la réduction des prétendus bilans admis jusque-là sans examen critique (Yves Benot, dans son livre Massacres coloniaux) que par des auteurs «colonialistes» comme un défenseur des «150.000 harkis massacrés de la vérité historique» (23).
La formulation d’accusations semblables contre le même homme par des militants aux opinions diamétralement opposées aurait dû suffire à leur en démontrer l’inanité. Il n’avait fait que son devoir d’historien en refusant d’admettre des nombres mythiques répétés sans examen critique et en vertu de l’argument d’autorité, qu’il s’agisse de massacres coloniaux ou de massacres anti-coloniaux. Ceux qui l’avaient accusé ne croyaient avoir rien en commun, mais ils partageaient pourtant le même attachement à des convictions dogmatiques symbolisées par des nombres également sacralisés (bien que différents), et la même intolérance envers leur remise en question.
Il est pourtant vrai que, durant les années 1990 et surtout à partir de 1995 ou 1997, l’essor du «devoir de mémoire» prenant le pas sur le «devoir d’histoire» a de plus en plus démenti les prévisions de Daniel Rivet sur la tendance naturelle au dépassionnement des événements qui s’éloignent de nous, comme si l’écoulement naturel du temps s’était subitement inversé. Trop d’historiens s’y sont laissés prendre, et se sont laissés utiliser comme garants de revendications mémorielles de tel ou tel camp, mais pas de tous à la fois.
Charles-Robert Ageron a lui aussi été impliqué dans certaines querelles (concernant la valeur des estimations hautes du nombre de harkis massacrés admises par Mohand Hamoumou, et le crédit qu’il crut devoir accorder aux Mémoires du général Katz, en acceptant de les préfacer, sur les tragiques événements d’Oran en 1962) (24). Certains ont vu dans ses prises de position un retour à ses partis pris politiques gaullistes de l’époque de la guerre d’Algérie, et ce n’était pas nécessairement faux dans la mesure où la notion de «devoir de mémoire» confondait de nouveau l’histoire du passé avec la politique actuelle. On doit regretter qu’il ne se soit pas suffisamment gardé de cette confusion, mais le fait est qu’il ne fut malheureusement pas le seul dans ce cas (25).
Résistance à la version officielle algérienne
À ceux qui ne seraient pas suffisamment convaincus que Charles-Robert Ageron avait clairement indiqué, au début des années 1990, l’attitude qui devait être celle des historiens, je veux citer encore plusieurs faits précis. Dans son article sur «L’opinion française à travers les sondages», d’abord publié en 1976 dans la Revue française d’histoire d’Outre-mer (n° 231, 2ème trimestre 1976, pp. 256-285, et republié en 1990 dans La guerre d’Algérie et les Français, il écrivait au sujet de l’approbation massive des accords d’Evian en métropole par le référendum du 8 avril 1962 : «Faut-il s’indigner de l’indifférence avec laquelle les Français acceptent d’avance les résultats du référendum d’autodétermination quels qu’ils soient, alors que plus de la moitié d’entre eux ne se sentent plus solidaires des Européens d’Algérie ? Ont pourtant voté oui des métropolitains qui se posaient avec angoisse la question ‘Qu’as-tu fait de ton frère ?’ Mais l’historien ne peut cacher les marques d’un égoïsme déplaisant : ainsi, en août 1961, alors qu’une majorité relative de Français pensait que les Européens n’auraient pas la possibilité de rester dans l’Algérie indépendante, 69% refusaient d’être mis à contribution pour les indemniser» (26).
Dans le même colloque de 1988, publié en 1990, il terminait sa communication sur «Les Français devant la guerre civile algérienne» (FLN-MNA) en posant la question : «les réactions de peur et de colère face au terrorisme algérien, sous-estimées aujourd’hui par les chroniqueurs, ne furent-elles pas l’une des composantes de l’opinion profonde des couches populaires ? Et n’ont-elles pas contribué à renforcer les stéréotypes racistes de l’Algérien agressif et violent, vindicatif et impitoyable ? Parmi les séquelles de la guerre d’Algérie, on aurait probablement tort d’oublier la marque, dans la mémoire des Français, de cette guerre entre Algériens qu’ils jugèrent absurde et révoltante» (27).
En 1992, alors qu’il avait présenté et publié dans XXème siècle une analyse des accords d’Évian beaucoup plus optimiste que la mienne, il me demanda un article sur la question pour la Revue française d’histoire d’Outre-mer (29), qu’il dirigeait alors, en sachant très bien que mes analyses risquaient d’être sensiblement différentes des siennes. Enfin, les trois études qu’il consacra aux événements de mai 1945 témoignent avec éclat de sa volonté de ne pas être dominé par ses premières réactions personnelles très défavorables à la répression quand il en avait recueilli l’écho en 1945. Que ce soit dans les pp. 572 à 578 du tome 2 de l’Histoire de l’Algérie contemporaine paru en 1979, ou dans son article : «Les troubles du Nord-Constantinois en mai 1945 : une tentative insurrectionnelle ?», paru dans XXème siècle en 1984 (30), ou enfin dans «Mai 1945 en Algérie, enjeu de mémoire et d’histoire», paru dans Matériaux pour l’histoire de notre temps en 1996 (31), il a très fermement résisté à la version officielle algérienne faisant de cette répression implacable d’une insurrection manquée un «génocide» ou un «crime contre l’humanité» assimilable à celui commis contre les juifs par les nazis.
Pour ma part, je retiens de ma fréquentation de Charles-Robert Ageron pendant près d’un tiers de siècle le fait qu’il n’a jamais prétendu me diriger à sa guise en me mettant à son service, comme un «mandarin». Au contraire, il m’a accordé toute sa confiance et m’a laissé me diriger moi-même (en lui demandant conseil chaque fois que j’en ressentais le besoin, mais sans qu’il exigeât rien de ma part).
En cela, il fut un modèle de libéralisme au meilleur sens du terme. Et j’en conserve précieusement les traces écrites, telles que son appréciation sur mes articles historiographiques de l’Annuaire de l’Afrique du Nord, (à voir sur mon site), ou son avant-dernière lettre me remerciant, après l’avoir lu, pour l’envoi de mon livre Pour une histoire de la guerre d’Algérie en 2002 : «Je vous félicite et je vous remercie au nom de tous les historiens». J’y vois un juste retour pour tout ce que je lui dois.
1 - Paris, Presses universitaires de France, 1968, t. 2, p. 1227.
2 - Paris, PUF, 1979, 643 p. Le tome 1, «Conquête et colonisation», avait été publié en 1964 par son maître Charles-André Julien.
3 - Paris, Editions du CNRS, 1986, 564 p.
4 - Paris, Institut Charles de Gaulle, IHTP, et Plon, 1988, 384 p.
5 - Paris, CNRS Editions, 1992, 729 p.
6 - Paris, Karthala, 1995, 516 p., et un deuxième volume publié en souscription par les Presses de l’Université de Provence à Aix-en-Provence.
7 - Paris, Armand Colin, 1990, t. 1, 846 p. et t. 2, 654 p.
8 - Paris, Fayard, 1990, 700 p.
9 - Paris, Armand Colin, 1997, 346 p.
10 - Paris, SFHOM, 2000, 688 p.
11 - 7ème édition, 1980, pp. 112-114.s
12 - Histoire de l’Algérie contemporaine, t. 2, p. 4.
13 - Revue historique, Paris, janvier-mars 1970, pp. 121-134.
14 - Alger, juillet 1970, n° 9, pp. 108-115.
15 - La France des patriotes, 1852-1919, Fayard, 1985.
16 - Ibid., p. 625.
17 - Ibid., p. 550.
18 - Ibid., p. 552.
19 - Histoire de la France coloniale, t. 1, pp. 7-9.
20 - XXème siècle, revue d’histoire, n° 33, janvier-mars 1992, pp. 127-138.
21 - Paris, Le Seuil, collection Points-histoire, 1993.
22 - Ibid., pp. 7, 10 et 13.
23 - Voir dans mon article «Les historiens de la guerre d’Algérie et ses enjeux politiques en France», paru en 2003, sur mon site, rubrique Textes.
24 - Ibid. Voir aussi mon exposé «Mémoire, justice et histoire : à propos de la plainte contre le général Katz (2000), sur mon site, rubrique Textes.
25 - Voir notamment mon article déjà cité plus haut, «Les historiens de la guerre d’Algérie et ses enjeux politiques en France», paru en 2003,
26 - La guerre d’Algérie et les Français, op. cit., pp. 25-44.
27 - Ibid., p. 62.
28 - «Les accords d’Evian (1962)», XXème siècle, n° 35, juillet-septembre 1992, pp. 3-15.
29 - «Trente ans après : réflexions sur les accords d’Evian (1992)», Revue française d’histoire d’outre-mer, n° 296, 3ème trimestre 1992, pp. 365-379.
30 - XXème siècle, revue d’histoire, n° 4, octobre 1984, pp. 23-38.
31 - Matériaux pour l’histoire de notre temps, Nanterre, BDIC, n° 39, juillet-décembre 1995, pp. 52-56.
- site de Guy Pervillé, professeur d'histoire contemporaine à l'université Toulouse-Le Mirail
décès de Charles-Robert Ageron
Charles-Robert Ageron,
un grand historien
Benjamin Stora
3 septembre 2008
Je viens d'apprendre aujourd'hui, mercredi 3 septembre, le décès de mon maître en histoire de l'Algérie, Charles-Robert Ageron. Voici le texte que je lui ai consacré dans mon livre Les guerres sans fin, à paraitre aux éditions Stock.
Une rencontre
J’ai commencé à m’intéresser à l’histoire algérienne en préparant ma thèse, en 1974, sur Messali Hadj, l’homme qui avait construit les premières organisations nationalistes algériennes, puis avait été vaincu par le FLN pendant la guerre d’Algérie. Le choix d’un directeur de recherches était délicat, peu de professeurs d’universités s’intéressaient dans le début des années 1970 à l’histoire algérienne.
Un nom cependant s’imposait, celui de Charles-Robert Ageron, auteur d’une monumentale thèse sur les Algériens musulmans et la France soutenue en 1968. Je l’avais croisé pour la première fois dans un séminaire d’histoire à la faculté de Nanterre. Il était grand, impressionnant par sa corpulence physique, un mince collier de barbe entourait son visage. Mais il ne fallait se fier à ce physique de géant.
Discret, quasi effacé, il était constamment à l’écoute de ses étudiants ou d’autres universitaires, et de sa voix calme s’attachait à révéler, par des expressions simples, les fissures et les ombres de l’histoire. Affable, souriant, il ne laissait rien paraître de ses désaccords intérieurs, sans pour autant renoncer à n’en faire qu’à sa tête, bref il était à l’opposé des tribuns, des orateurs aux voix assurées et puissantes que je pouvais entendre du haut les tribunes des meetings de l’époque.
Né en 1923 à Lyon, Charles-Robert Ageron, agrégé d’histoire, avait rencontré l’Algérie en pleine guerre, au moment de la fameuse «Bataille d’Alger» en 1957, alors qu’il enseignait au lycée de cette ville. Il appartenait au groupe des «libéraux», ces hommes et ces femmes qui avaient cru possible une réconciliation des communautés en Algérie, et, qui, sans se prononcer de manière explicite pour l’indépendance de l’Algérie, se battaient pour la paix. Sa position, à la charnière des camps qui se déchiraient, complexe et ambiguë, m’intriguait rétrospectivement.
J’étais convaincu que l’indépendance algérienne était inéluctable, et que cette idée d’une conciliation sans rupture avec la France, manquait de réalisme. Cette position était toujours sévèrement jugée par les historiens de l’après indépendance. Les questions qu’Ageron soulevaient alors, celles des «occasions perdues» et des «bifurcations échouées» dans l’Algérie coloniale, m’apparaissaient plus pertinentes, à l’époque, que les certitudes définitives de ceux qui regardaient l’histoire déjà accomplie. En procédant de la sorte, il donnait plus d’épaisseur humaine aux situations historiques, en mouvement, en devenir, loin des victoires spectaculaires données d’avance.
C’est lui que j’ai choisi pour commencer mes recherches, il était alors professeur d’histoire contemporaine dans une université de province, à Tours, n’ayant pas pu imposer un enseignement d’histoire de la colonisation à la Sorbonne où il avait été assistant. En 1975, rue Richelieu, à Paris, dans le silence et le calme de la Bibliothèque Nationale, mes rencontres avec lui étaient des moments de coupure dans le tourbillon de la vie militante des années 1970. Nous allions dans la cour de la BN, ou au café, et il écoutait mes démonstrations laborieuses sur «la révolution algérienne» et la mise à l’écart des messalistes, les algériens adversaires du Front de Libération Nationale (FLN)[1]. Puis il posait quelques questions me ramenant toujours aux faits, aux dates, aux personnages, aux archives.
Tout dans son récit était d’une logique irréfutable. Nous étions de part et d’autre d’un continent, l’histoire de l’Algérie et de la France, à explorer : j’étais dans la débrouillardise nomade de celui qui croit savoir, et va enfin révéler une vérité dissimulée ; il avait l’espièglerie de l’érudit qui patiente, face au culot désinvolte du jeune chercheur. Je lui apparaissais certainement comme un «cosaque de l’histoire» parcourant un siècle d’histoire algérienne à bride abattue, et il m’incitait, avec patience, à construire des typologies de faits,une sociologie des acteurs des mouvements politiques en situation coloniale. Il me demandait de ne pas concevoir cette histoire comme une machinerie à dénoncer perpétuellement sans préciser qui étaient les acteurs, comment fonctionnait le pouvoir colonial, bref, de construire des nuances.
Je possédais l’impatience du néophyte avançant en territoire inconnu, nouveau de cette histoire (l’élimination de militants algériens par d’autres militants….), et il me disait qu’il fallait s’appuyer sur les textes, suivre leur sédimentation, leur constitution, d’étudier les archives autrement. J’ai aussi découvert, au fur et à mesure de nos entretiens un chercheur capable, contrairement aux apparences, de se remettre en question, de bousculer les certitudes acquises et d’accepter les critiques pour faire avancer les connaissances. La relation entre un étudiant et son directeur de recherche est, on le sait, éminemment complexe, toujours forte et particulière. À évoquer ce souvenir, c’est sans doute l’idée de confiance qui me vient d’emblée à l’esprit. Une confiance qui, une fois acquise allait de soi.
Le professeur Ageron m’a montré comment dissocier l’écriture de l’histoire de ses enjeux idéologiques. J’étais alors profondément marqué par mes engagements politiques à l’extrême gauche, dans la période toujours bouillonnante de l’après 1968[2]. Il m’a appris à traquer les faits, à me défier des idéologies simples et «totalisantes», à chercher et croiser des sources, à ne pas me laisser séduire par les discours enthousiastes des acteurs-militants. Bref, à aller à la recherche du réel, à écrire l’histoire, à m’éloigner des rivages de la pure idéologie. Sous sa direction, j’ai soutenu en mai 1978 ma thèse à l’EHESS, avec un jury présidé par le regretté Jacques Berque, et où siégeait Annie Rey Goldzeiguer, auteur d’un grand livre sur le Royaume Arabe au temps de Napoléon III [3].
Puis il m’a encouragé à poursuivre dans le sens d’un plus grand dévoilement des histoires algériennes, ou françaises. C’était l’époque des séances du GERM (Groupe d’Etudes et de Recherches Maghrébines) qu’il animait. Je me souviens, en 1979-1983, des réunions de travail du samedi matin à la MSH où nous nous retrouvions en petit comité, en général une quinzaine de chercheurs. Il invitait les jeunes à livrer le fruit de leurs réflexions, ce que nous faisions bien volontiers. Puis il s’exprimait à son tour et parvenait, en quelques phrases, à structurer notre propos, explicitant les liens qui les sous-tendaient.
Au GERM, nous avons aussi écouté les interventions de l’historien Mohamed Harbi, du sociologue Abdelmalek Sayad avec qui je me suis lié d’amitié, ou les propos contradictoires de Charles-André Julien et René Gallissot, sur les rapports conflictuels entre nationalisme et communisme au Maghreb dans la période coloniale. Puisque j’étais saisi, depuis l’âge de dix sept ans, et pour si longtemps, de cette passion typique du XXe siècle qu’est la politique, il parait raisonnable de se demander quel part cet engagement occupait dans mon activité universitaire, intellectuelle. C’est difficile à reconstruire.
Ma génération a vécu dans une atmosphère imprégnée de politique, et les affaires du vaste monde occupaient en permanence nos esprits. Le problème consistait à faire la distinction entre mes lectures personnelles, académiques, et les personnes que je voyais alors, engagées dans une activité militante. Avec Charlesb-Robert Ageron, il me fallait pratiquer les distances, les écarts voulus par le travail de l’historien avec les fidélités des milieux d’où je venais et que je fréquentais.
Benjamin Stora
[1]
Le FLN, qui a lancé la guerre contre la France le 1er novembre 1954
s’est affronté à d’autres militants indépendantistes algériens, les
partisans du Mouvement National Algérien de Messali Hadj. Le FLN
l’emportera dans cette guerre fratricide.
[2] Sur mon engagement à l’extrême-gauche, voir La dernière génération d’octobre, op. cit., Hachette, poche, 2008.
[3] Annie Rey Goldzeiguer, Le Royaume arabe, Alger, SNED, 1977
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Obsèques de Charles-Robert Ageron
Chers collègues,
Nous avons la tristesse de vous faire part du décès de Charles-Robert Ageron dans la nuit du 2 au 3 septembre.
Nous vous informons que ses obsèques auront lieu le mardi 9 septembre à 10h30 en l'église Saint Léonard à l'Häy-les-Roses.
Pour s'y rendre, si vous êtes disponible à ce moment-là, vous pouvez emprunter le RER B en descendant à Bourg-la-Reine (autobus n° 172 : arrêt à l'église de l'Haÿ-les-Roses) ou bien prendre, place d'Italie, le bus n° 186 (arrêt Henri Thirard).
Notre liste d'adresses écrite dans la précipitation est très incomplète. Pouvez-vous répercuter la nouvelle, en particulier auprès de ses collègues et amis algériens ?
Avec nos sentiments cordiaux.
Guy Pervillé, Daniel Rivet, Benjamin Stora
église Saint-Léonard
11, avenue Aristide Briand
94240 - L'Hay-les-Roses
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Charles-Robert Ageron : bio-bibliographie

Charles-Robert AGERON
ancien professeur à l'université Paris-XII
- bibliographie : catalogue des bibliothèques du service historique de la Marine
- bio-biblio : SFHOM
- hommage à Charles-Robert Ageron sur le site des éditions Bouchène
commander les livres de Charles-Robert Ageron réédités chez Bouchène
commander : La guerre d'Algérie et les Algériens, 1954-1962 (Colin, 1997)
commander : Histoire de l'Algérie contemporaine (Puf, "Que sais-je ?", 1999)
commander : L'ère des décolonisations : colloque "Décolonisations comparées", Aix-en-Provence, 1993 (avec Marc Michel, Karthala, 2000)
commander : L'Algérie des Français (dir., Seuil, 1993)
commander : La décolonisation française (Colin, "Cursus", 1994)
article : Le "parti" colonial (L'Histoire, hors-série n° 11, avril 2001)
page personnelle de Pierre Ageron (fils de Charles-Robert)
le parcours de Charles-Robert AGERON
Professeur au lycée Lakanal de Sceaux (1957-1959)
Attaché de recherches au CNRS (1959-1961)
Assistant puis maître-assistant à la Sorbonne (1961-1969)
Doctorat d'État ès-lettres (1968) : Les Algériens musulmans et la France (1871-1919)
Maître de conférences, puis professeur à l'Université de Tours (1969-1981)
Professeur, puis professeur émérite à l'Université Paris XII (1981-)
président d'honneur de la SFHOM
membre de l'Académie des sciences d'outre-mer
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liens
- La Tribune d'Alger, 4 septembre 2008
- Algérie-Express, 4 septembre 2008
- Sur deux livres de Charles-Robert Ageron (1981), Guy Pervillé
- liste des articles parus dans la REMMM (Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée)
- Charles-Robert Ageron sur dzlit
- le professeur Charles-Robert Ageron n'est plus (Amar Naït Messaoud)
- Mohammed Harbi : "Nous avons une dette à son égard" (Quotidien d'Oran)
- "Spécialiste de l'histoire de l'Algérie : décès de l'historien Charles-Robert Ageron" (El Moudjahid)
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hommages
en souvenir de Charles Robert Ageron
J'étais responsable éditorial de la Revue française d'Outre-mer (puis Outre-mers. Revue d'Histoire) lorsque C-R Ageron présidait la Société française d'Histoire d'Outre-mer. J'ai conservé un excellent souvenir de cette collaboration confiante qui a duré presque une décennie. Pour moi, Charles-Robert Ageron est un grand historien et mieux, un authentique historien qui fait honneur à l'école historique française. Chapeau bas devant lui !
Pierre BROCHEUX
La souplesse d'esprit
J'ai connu Charles-Robert AGERON à travers ses écrits sur l'histoire de l'Algérie coloniale. Vers les années 70 du dernier siècle, je l'avais connu comme conférencier à l'université de Tunis alors que j'étais encore étudiant. Vers les années 80 du même siècle, il venait à Tunis lors des colloques annuels et internationaux sur l'histoire de la Tunisie contemporaine et notamment celle du mouvement national tunisien.
Charles-Robert AGERON s'imposait à tous les niveaux. La Fondation TEMIMI (en Tunisie) lui a offert des mélanges de valeur et à sa hauteur ; il avait servi la science historique de l'école républicaine ; sa modestie et son savoir-faire le rapprochaient beaucoup des chercheurs et des étudiants. Il méritait et mérite encore tout le respect et toute la reconnaissance.
Ahmed JDEY, Historien, Universitaire, Tunisie

Charles-Robert Ageron, 1923-2008
Historiens du temps colonial

l'École Coloniale, av. de l'Observatoire à Paris, a été créée en 1895
Historiens (et anthropologues)
du temps colonial
sommaire
université d'Alger
à l'époque coloniale
historiens spécialistes
- Mohammed Harbi
- Charles-Robert Ageron
historiens disparus
- Jean Chesneaux (1922-2007)
- Mahfoud Kaddache (1921-2006)
- Mostefa Lacheraf (1917-2007)
- Pierre Lamant (2007)
- Claude Liauzu (1940-2007)
- Hommages à Claude Liauzu
- Yvan-Georges Paillard (1928-2007)
- Paul Sebag (1919-2004)
autres historiens
- À la mémoire de Pierre Vidal-Naquet (1930-2006)
anthropologues
- Germaine Tillion a cent ans
- Germaine Tillion (1907-2008)
*** répertoire des historien(ne)s
- répertoire des historien(ne)s du temps colonial (Michel Renard)
Yvan-Georges Paillard
Yvan-Georges Paillard (1928-2007)
historien de Madagascar au temps colonial
Yvan-Georges Paillard, né en 1928, historien de Madagascar, est décédé le 22 novembre 2007. Il était maître de conférence honoraire à l'université de Provence et ancien directeur adjoint de l'institut d'histoire des pays d'outre-mer (IHPOM). Il avait aussi enseigné à l'université de Madagascar et assuré un service de cours à l'université de Berkeley. Ses recherches et ses publications étaient principalement consacrées à l'histoire de Madagascar aux XIXe et XXe siècles et à celle du colonialisme français.
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un homme chaleureux, un historien scrupuleux
J’ai été le collègue d’Yvan Paillard depuis 1985-1986. J’ai trouvé auprès de lui une amitié spontanée et une collaboration jamais démentie. Nous avons eu souvent les mêmes étudiants ; ceux-ci trouvèrent chez lui toujours la même disponibilité, la même écoute attentive.
Yvan Paillard fut longtemps l’animateur dévoué de l’Institut d’Histoire des Pays d’Outre-Mer aux côtés d’Anciens de l’Université de Provence comme Régine Goutalier et sous la direction de Jean-Louis Miège qui lui confia la responsabilité de nombreuses rencontres.
Tout le monde connaissait et estimait l’enseignant compétent et apprécié, l’Homme discret et chaleureux, l’Historien auteur de nombreux travaux sur et l’auteur d’une magistrale synthèse publiée en 1994, Expansion occidentale et dépendance mondiale. Yvan Paillard appartenait à la première génération de l’Université de Madagascar, après l’indépendance de ce pays. Il avait participé activement à sa genèse et il a été un spécialiste reconnu de l’histoire de la Grande Ile. Il fut historien scrupuleux, soucieux de ne rien avancer sans la preuve des archives et, à cet égard, il a été un modèle pour les jeunes chercheurs.
Marc MICHEL
professeur émérite à l'université de Provence
les ouvrages et articles d'Yvan-Georges Paillard
- Les incertitudes du colonialisme. Jean Carol à Madagascar, l'Harmattan, 1990. [Jean Carol, 1848-1922]
- Expansion occidentale et dépendance mondiale, fin du XVIIIe siècle-1914, éd. Armand Colin, coll. "U", 1994 et 1999.
- Australes : études historiques aixoises sur l'Afrique australe et l'océan Indien occidental, préf. [et présentation de] Marc Michel et Yvan-G. Paillard, l'Harmattan et IHCC d'Aix-en-Provence, 1996.
- «Les échanges de population entre la Réunion et Madagascar à la fin du XIXe : un marché de dupes», in Minorités et gens de mer dans l'océan Indien, XIXe siècle, n° 12, 1979.
- «Les recherches démographiques sur Madagascar au début de l'expansion coloniale et les documents de l'"AMI"», Cahiers d'études africaines, 1987, vol. vol. 27, no 105-106, p. p. 17-42.
- «Domination coloniale et récupération des traditions autochtones. Le cas de Madagascar de 1896 à 1914», Revue d’Histoire Moderne et Contemporaine, janvier-mars 1991, p.73-104.
- «Les avatars de la "Grande Nation" à Madagascar de 1895 à 1914», in Révolution française et océan Indien, prémices, paroxysme, héritages et déviances, textes réunis par Claude Wanquet et Benoît Jullien, l'Harmattan, 1996.
- «De l’exploration à la reconnaissance : Madagascar dans la seconde moitié du XIXe siècle», Sources, Travaux Historiques, n°34-35, Actes du colloque International de Bordeaux, «Découvertes et Explorateurs», Paris, L’Harmattan, 1994, p. 289-299.
- «Faut-il admettre les jeunes "indigènes" dans les collèges français de Madagascar (1913)», in L’Information
Historique, n° 33, Mai-Juin 1971, p. 115-120.
- «Victor Augagneur, socialisme et colonisation», in Bulletin de l’Académie malgache, tome 52/1-2, Tananarive, 1974, p. 65-79.
- «Les premières générations d’auxiliaires merina de l’administration coloniale et l’identification d’une nation moderne (1896-1914)», La nation malgache au défi de l’ethnicité, dir. Françoise Raison-Jourde et Solofo Randrianja, Khartala, 2002, p. 153-168.
- (2000). «La Colonisation par le verbe ? Le discours colonial et la diffusion de la langue française (fin XIXe-début XXe s.)», dans Dubois, C., Kasbarian, J.-M. & Queffélec, A. (éds), L'expansion du français dans les Suds (XVe-XXe siècles). Hommages à D. Baggioni (Actes du colloque international d'Aix-en-Provence, Mai 1998), Aix-en-Provence, Publications de l'Université de Provence, 2000, p. 191-197.
- «Les étapes de la colonisation de l’Afrique subsaharienne», Historiens et géographes, juillet-août 1999, n° 367, p. 137-150.
- «Les Rova de Tananarive et Ambohimanga : représentations et manipulations coloniales (fin XIXe siècle-1939)», Annuaire des pays de l'océan Indien, 1999/2000, vol. 16, p. 325-356.
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textes d'Yvan-Georges Paillard
Les incertitudes du colonialisme
A-t-on moralement le droit de priver par la conquête coloniale des nations lointaines de leur liberté ? Leur assurances de "civilisés" face à des peuples réputés inférieurs rassure très vite les rares Européens qui, à la fin du XIXe siècle, se posèrent la question.
Romancier, journaliste Gabriel Laffaille, alias Jean Carol, partage cette bonne conscience. Mais le voici qui, fin 1895, s'embarque pour Madagascar comme secrétaire particulier du résident général Laroche, chargé de mettre en place un régime de protectorat français. Hommes de bonne volonté, Laroche et Carol découvrent dans les "Hova" (les Mérina) une nation certes techniquement en retard, mais qui possède une civilisation originale avec ses propres valeurs et qui, éprise de progrès, souhaite n'adopter des Européens que les innovations convenant à son génie particulier.
Avec les cadres Mérina Laroche organise une collaboration qui ménage leur susceptibilité tout en préservant les intérêts métropolitains. Carol envoie au Times des correspondances où, faisant part de ses étonnements, il veut éveiller la curiosité et la sympathie de ses compatriotes pour les dominés.
Mais le protectorat devient rapidement colonie pure et simple. Laroche cède la place à Gallieni : dans la "paix française" que Gallieni doit faire régner, plus question de dialoguer avec les Malgaches. Dénonçant dans Le Temps les méthodes militaires qui le révulsent, Carol est bientôt prié de se réembarquer. À Paris, il regroupe ses articles dans le livre Chez les Hova..., publié en 1898.
Solidaire par patriotisme de la prise de possession, mais le coeur torturé, il se fait un devoir de témoigner, rejoignant le petit groupe de ceux par la faute de qui l'européocentrisme cesse d'être tranquille.
Les incertitudes du colonialisme. Jean Carol à Madagascar,
Yvan-Georges Paillard,
l'Harmattan, 1990, quatrième de couverture

une femme hova en filanzane (chaise à porteurs)
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«Les Rova de Tananarive et Ambohimanga : représentations et manipulations coloniales (fin XIXe siècle-1939)», résumé
Le terme malgache de rova, enceinte entourant la résidence royale et se situant toujours sur une hauteur, est aussi traduit par celui de "colline sacrée". Cet article pose la question de savoir si les Français, à partir de la fin du XIXe siècle, coloniaux ou métropolitains, étaient conscients de la signification de ces rova pour leurs nouveaux sujets les Malgaches, l'importance de cette image transparaissant ou non dans les expositions universelles (Paris 1889, Marseille 1906 et 1922, Vincennes 1931) et les récits de voyage.
Sous le gouverneur général Albert Picquié, le site d'Ambohimanga, dans les environs de Tananarive, redevient un haut lieu historique reconnu. C'est une manifestation de la "politique d'association" que le gouverneur général veut mettre en place à Madagascar, visant à se rapprocher des autochtones et à les ouvrir aux techniques modernes tout en les préservant de tout déracinement culturel. Le rapatriement des cendres de l'ex-reine Ranavalona III en 1938 favorise un regain de fidélité à la famille royale. Mais les diverses célébrations coloniales aux rova de l'après-guerre n'empêcheront pas l'avènement de l'indépendance.
«Les Rova de Tananarive et Ambohimanga : représentations et manipulations coloniales (fin XIXe siècle-1939)», Annuaire des pays de l'océan Indien, 1999/2000, vol. 16, p. 325-356.

la reine Rasoherina (1863-1868)
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Les recherches démographiques sur Madagascar
au début de l'expansion coloniale - résumé
L'exploitation des archives coloniales, et précisement des archives médicales de l'AMI (Assistance Médicale Indigène), mise en place à Madagascar des 1898, fournit de précieuses informations sur : la population de l'île au début du XXe siecle (estimée à 2,5 ou 3 millions), sa distribution, les variations dans les taux de natalité et de mortalité, ainsi que sur les maladies, leur diffusion et leurs effets démographiques.
«Les recherches démographiques sur Madagascar au début de l'expansion
coloniale et les documents de l'"AMI"», Cahiers d'études africaines, 1987,
vol. vol. 27, no 105-106, p. p. 17-42
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débarquement à Madagascar, mai 1895
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témoignages
J'ignorais la disparition de M. Paillard dont je garde un excellent souvenir. Ayant perdu le contact avec l'IHPOM (j'avais déposé un sujet de thèse sur Léon Cayla à Madagascar en 1988, mais je n'ai pu mener à bien ce projet), c'est donc par vous que j'apprends son décès.
J'étais coopérant en Algérie quand je rencontrai le fils de Léon Cayla qui y travaillait. Il me parla de son père et me proposa de consulter ses archives à son domicile à Saint-Germain-en-Laye. Je fis part à M. Paillard de cette découverte, et il me conseilla vivement d'en tirer parti. J'avais soutenu une maîtrise avec Jacques Valette sur l'Algérie en 1983 à Poitiers, mais M. Valette n'était pas intéressé par Léon Cayla.
Il m'accueillit à Aix avec la plus grande cordialité, et me donna tous les conseils nécessaires pour ce travail. Les archives étaient très importantes, je mis du temps à les dépouiller. Il y avait un très grand nombre de photos notamment, la correspondance avec Lyautey, dont Cayla était le disciple et l'ami, etc.
Je rencontrai M. Paillard à plusieurs reprises avant la soutenance du DEA, notamment au cours d'un colloque à Aix en 1988 à l'IHPOM dirigé par Jean-Louis Miège, et il fit preuve à chaque fois de la même gentillesse, et j'avais besoin d'être rassuré car M. Miège était impressionnant...
Après la soutenance (le jury était composé de Miège et lui-même), il m'encouragea à poursuivre mon travail et me parla de Madagascar où il avait enseigné, et dont il gardait un souvenir enthousiaste.
Jean-Pierre Jourdain
(Montgeron, Essonne)
Yvan-Georges Paillard, 1928-2007
- retour à l'accueil
Décès de Pierre Lamant

Kampot (Cambodge) (source)
Décès de Pierre Lamant
L'Institut National des Langues & Civilisations Orientales et le
département d'Asie du Sud-Est ont la tristesse de faire part du décès de
Pierre-Lucient Lamant, professeur émérite des Universités, spécialiste
de l'histoire moderne et contemporaine de l'Asie du Sud-Est et, plus
particulièrement, du Cambodge, membre de l'Académie des Sciences
d'Outre-Mer et vice-président de l'Association Française d'Histoire
d'Outre-Mer, décès survenu le mardi 22 novembre.
Les obsèques de Pierre-Lucien Lamant auront lieu le mercredi 28 novembre, à 15 heures, au cimetière du Père-Lachaise (rendez-vous est fixé à 15 h devant l'entrée principale).
- bio-biblio, sur le site de la SFHOM
- au sujet de l'affaire Yukanthor

Exposition coloniale de Marseille, 1906 : visite du roi du Cambodge
En mémoire de Jean Chesneaux (Pierre Brocheux)
En mémoire de Jean Chesneaux
Pierre BROCHEUX
L’historien Jean Chesneaux nous a quittés le 23 juillet. Historien connu et reconnu pour ses travaux sur l’Extrême-Orient plus précisément sur la Chine contemporaine (il a consacré sa thèse de doctorat au mouvement ouvrier chinois au début du XXe siècle), il n’a pas limité son horizon à la seule Chine, il a porté un intérêt constant à la péninsule indochinoise, particulièrement au Viet-Nam. Jean Chesneaux n’était pas un savant de cabinet bien que son parcours universitaire soit passé par les étapes et les épreuves requises pour faire une brillante carrière : l’agrégation d’Histoire et le doctorat ès Lettres. Pierre Renouvin, maître des études d’histoire à la Sorbonne, nous le cita en exemple lorsqu’il accueillit les étudiants de première année en octobre 1952.
Jean Chesneaux était aussi un homme d’action : militant de la JEC, il était entré jeune dans un réseau de la résistance anti-allemande, il fut incarcéré à Fresnes à 19 ans et fut sauvé de la déportation par la libération de la France. En 1946, il partit pour un voyage d’études en Asie, de l’Égypte jusqu’en Chine ; il fit un bref séjour à Saïgon déjà plongé dans la guerre d’Indochine. Là bas, pendant plus de quatre mois il connut l’hospitalité de la prison centrale pour avoir rendu visite au comité de la résistance vietnamienne dans la Plaine des joncs. Après un séjour dans la Chine en proie à la guerre civile, il revint en France en 1948. De son intérêt pour le pays il nous a laissé une Contribution à l’histoire de la nation vietnamienne ; ce livre de facture classique mais solide, n’a pas vieilli. L’engagement anticolonialiste de son auteur n’oblitérait pas une méthode de travail exigeante, Jean Chesneaux aimait à nous recommander «ne faites pas de l’anticolonialisme à quatre sous». Expulsé vers la France il poursuivit son action anticolonialiste en militant au Parti communiste français jusqu’à ce que les désillusions vis-à-vis du «socialisme réel», le conflit sino-soviétique et finalement la crise de mai 1968, ne le conduisirent à la rupture avec le PCF.
Son engagement dans les luttes sociales et culturelles qui suivirent, le trouvèrent aux côtés des «gauchistes» mais avec une capacité de distanciation permanente. Il eut une carrière d’enseignant riche et novatrice, d’abord à l’École pratique des Hautes études puis à la faculté des lettres de Paris, enfin à l’université Paris 7 dont il fut l’un des fondateurs en 1970. C’est ce rôle de formateur de jeunes historiens de l’Asie orientale et plus largement de ce que l’on appelait le Tiers-monde que je retiens. Il prit une retraite anticipée pour se permettre d’aller plus loin que l’historiographie empirique et de se consacrer à la réflexion philosophico-politique sur notre avenir, l’avenir de nos sociétés étant lié à ses yeux de façon indissociable à celui de notre planète, d’où son engagement écologiste. Il consacra les dernières années de sa vie à voyager, non pas pour rechercher un ailleurs idéal, et confortable mais pour élargir son approche à l’humanité plurielle avec le but d’élaborer un «humanisme générique» c’est-à-dire reconnu par tous les hommes, une façon de dépasser l’universalisme européo-centré, le combat anticolonialiste n’avait été que la première étape d’une vie bien remplie.
Pierre Brocheux
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- entretien avec Jean Chesneaux
Germaine Tillion a 100 ans

Germaine Tillion séjourna de 1934 à 1940 dans les Aurès
l'ethnologue Germaine Tillion a 100 ans
L'ethnologue Germaine Tillion est née le 30 mai 1907, à Allègre (Haute-Loire). Élève de Marcel
Mauss, elle part sur son conseil et celui de Paul Rivet en Agérie dans le massif des Aurès. Elle y découvre les berbères Chaouïas entre 1934 et 1940 et enquête pour sa thèse d'ethnographie.
Elle rentre en Europe en mai 1940 et, quand l'Occupation commence, rejoint le réseau de Résistance du Musée de l'Homme. Germaine Tillion fut arrêtée en 1942, interrogée puis envoyée à Ravensbrück avec sa mère où elle passa 18 mois.
Elle retourne en Algérie, fin 1954, sollicitée fortement par Louis Massignon. Grâce à ses contacts avec les Algériens, elle joue un rôle dans la crise de 1957, et fonde les Centres sociaux en Algérie. Germaine Tillion invente le terme de «clochardisation» pour désigner la chute vertigineuse du niveau de vie des Algériens, proteste contre la torture et s'affirme favorable à l'indépendance de l'Algérie.

Germaine Tillion en 1990 (cf. ina.fr)
- biographie de Germaine Tillion sur le site de l'association "Germaine Tillion"
- célébration du centenaire de Germaine Tillion
bibliographie
- Le harem et les cousins, Seuil, éd. 1982.
- Ravensbrück, Seuil, éd. 1997.
- L'Algérie aurésienne (avec Nancy Wood), éd. de la Martinière, 2001.
- La traversée du mal (avec Jean Lacouture), Arléa, 2004.
- Il était une fois l'ethnographie, Seuil, 2004.
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- Germaine Tillion, une ethnologue dans le siècle, Christian Bromberger et Tzvetan Todorov, éd. Actes Sud, 2002 (photographies Germaine Tillion).
présentation de l'éditeur
Germaine Tillion est une grande figure du siècle. Engagée dans les plus
importants combats du XXe siècle,
fondatrice du réseau de résistance du
musée de l'Homme, déportée à Ravensbrück avec son amie Geneviève
Anthonioz de Gaulle, militante à la Libération avec David Rousset
contre les camps de concentration, elle joue un rôle majeur en Algérie
avec la création des centres sociaux et intervient vigoureusement avec
son ami Camus contre la torture de l'armée française et les attentats
du FLN. Jean Lacouture a rappelé dans sa biographie de Germaine
Tillion, le témoignage est un combat, les grands moments de sa vie à la
traversée du siècle.
Mais il est une autre dimension de Germaine Tillion, encore aujourd'hui bien trop méconnue, c'est son travail d'anthropologue du monde méditerranéen. Tzvetan Todorov, directeur de recherche au CNRS et proche de Germaine Tillion, et Christian Bromberger, anthropologue, professeur à l'université de Provence et spécialiste du monde méditerranéen, nous font découvrir cet autre visage de Germaine Tillion.
À l'occasion de la première Conférence Germaine Tillion d'anthropologie méditerranéenne, qui s'est tenue à Aix-en-Provence en avril 2002, Tzvetan Todorov a écrit ce texte qui présente l'oeuvre-vie de Germaine Tillion. Il nous donne les principales clefs de lecture du travail de Germaine Tillion et nous permet de comprendre l'héritage toujours bien vivant de sa pensée. C'est en effet une figure emblématique du XXe siècle, qui peut nous servir de repère dans ce début de XXIe siècle déjà si plein de bruit et de fureur.
Christian Bromberger nous
révèle quant à lui l'immense apport de Germaine Tillion dans la
connaissance du monde méditerranéen. Son fameux livre Le Harem et les Cousins
est une étape très importante, après Lévi-Strauss et dans une toute
autre perspective, pour comprendre les formes de filiation et de
parenté propres au monde méditerranéen. Orles travaux de Germaine
Tillion, notamment sur le terrain en Algérie et singulièrement dans les
Aurès, ont été très largement occultés.
Ce livre d'une centaine de
pages, rythmé par des citations originales et inédites de Germaine
Tillion, tirées d'un film réalisé par Christian Bromberger, offrira au
lecteur non seulement une synthèse de l'œuvre intellectuelle et
scientifique de Germaine Tillion, mais également de véritables leçons
de sagesse...
Le livre est illustré par une dizaine de photographies inédites de Germaine Tillion, une anthropologue dans la cité.
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- Germaine Tillion, une femme-mémoire. D'une Algérie à l'autre, Nancy Wood, éd. Autrement, 2003.
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Journal du Dimanche - JDD.fr 30/05/2007 - 18:51
Sarkozy rend hommage à Germaine Tillion
Pour son centième anniversaire, Germaine Tillion a reçu un vibrant hommage de la part de Nicolas Sarkozy. "Je tenais à vous transmettre, en ce jour important, l'affection de la Nation toute entière", a écrit le chef de l'Etat dans une lettre lue mercredi à la Résistante par le conseiller du Président pour la culture et l'audiovisuel, Georges-Marc Benamou. "Vous incarnez véritablement ce que l'on peut appeler le siècle Tillion", a ajouté Nicolas Sarkozy à l'adresse de celle qui fut l'une des fondatrices du "Réseau du Musée de l'Homme", dès l'été 1940. Arrêtée le 13 août 1942 par la police allemande après une trahison, Germaine Tillion a été détenue 14 mois dans la prison de Fresnes, puis déportée à Ravensbrück, d'où elle ramena un témoignage sur la vie dans les camps de concentration nazis. "Sachez, chère Germaine Tillion, qu'à travers vous, c'est devant une certaine idée de la France que je m'incline aujourd'hui", a conclu le locataire de l'Elysée.
- Vibrant hommage de Nicolas Sarkozy à Germaine Tillion - L'Express
- Actualités : le centième anniversaire de Germaine Tillion
Hommages à Claude Liauzu
23 mai 2008 - Il y a un an, Claude Liauzu disparaissait. Nous honorons sa mémoire et songeons aux siens et à ses amis.
Hommages à Claude Liauzu
Plusieurs hommages à Claude Liauzu ont été "postés" sous forme de commentaires à la suite de l'annonce de son décès sur ce blog. Nous les publions ci-dessous.
Hommage à Claude
Je n'oublierai jamais le formidable soutien que Claude m'avait
apporté dans mon combat (le sien aussi) qui m'opposait au Général
Schmitt et le procès des guerres coloniales, de la torture...
Une
sentinelle, gardienne des droits de l'homme, au sens le plus profond,
nous quitte. Je poursuivrai avec mes moyens cette démarche de dignité
qui l'animait.
Avec beaucoup d'émotions
Henri POUILLOT
Disparition de Claude Liauzu
Bonjour,
Je viens d'apprendre ce matin, lundi 28 mai, la disparition brutale de Claude Liauzu.
J'étais en contact avec lui ces jours derniers en tant qu'éditrice chez Armand Colin pour un ouvrage à paraître en octobre. Au-delà de la qualité d'écriture, le sérieux et l'efficacité de cet historien que j'ai déjà eu à plusieurs reprises l'occasion de constater, c'est un homme chaleureux, modeste, enthousiaste et curieux de tout qui nous quitte. Je suis encore pour ma part sous le coup de l'émotion et ne pense pas m'en remettre de sitôt. Les belles personnes ne courent pas les couloirs des maisons d'éditon...
Nous devions nous voir les jours prochains pour déjeuner ensemble car il avait encore d'autres projets à nous faire partager.
Avant de le faire de façon officielle, j'adresse à sa famille mes plus sincères condoléances et partage sa douleur.
Corinne Ergasse, éditrice chez Armand Colin
histoire
Ancien étudiant à Jussieu, c'est grace au séminaire de Claude (et Américo) que j'ai appris à étudier les mécanismes si complexes du racisme et de la peur de l'autre. Il nous manquera dans ce domaine si négligé en France des études post-coloniales.
L'Historien-Militant ne meurt pas
J'ai appris par votre site la mort de mon professeur Claude LIAUZU ;
je suis l'un de ses étudiants tunisiens
de l'université de Tunis
vers les années 70 du dernier siècle ; il était coopérant ; il nous a
donné le meilleur de lui-même : pédagogie exemplaire, cours parfaitement
structuré et problématique, langue facile, rapports profondéments
humains ; il a donné sa thèse d'Etat à l'histoire coloniae de La
Tunisie ; il a aimé le pays et ses habitants ; certaines rues de Tunis,
certains cafés de la capitale ne lui sont pas étrangers ; il avait une
grande familiarité avec cet espace tunisien ; il se situe dans la lignée
de ses collègues français comme André NOUSCHI, André RAYMOND, Robert
MANTRAN, et les autres aussi ; il a forgé, malgré vents et marées, sa
vie d'historien et de militant ; il a grandi dans les difficultés, non
seulement personnelles, mais celles des peuples et des pays qu'il a
connus et dont il voulait écrire une histoire décolonisée ; il l'a fait
avec dignité, conviction et le devoir d'un historien qui n'est pas
comme les autres. Sa mort ne peut en aucun cas nous faire oublier Claude LIAUZU,
l'Hhmme, l'Historien et le Militant de toutes les grandes causes.
Ahmed JDEY
Historien, Universitaire, Université de Tunis, Tunisie
Hommage à Claude Liauzu
Ancien étudiant de Claude à Paris 7 dans les années 1990, il fut l'un de mes deux directeurs de thèse, puis quelqu'un avec qui j'ai beaucoup travaillé, comme beaucoup ici sans doute, sur les questions de conscience nationale ou sur la guerre et la mémoire. Claude fut pour moi une figure encourageante, une présence nécessaire. C'était une homme chaleureux et un grand historien. Il me manque terriblement.
Arnaud Nanta, historien du Japon, CNRS
Regrets
J'apprends à New York la mort de notre collègue Claude Liauzu qui fut non seulement historien de la colonisation mais le témoin vigilant des dangereux dérapages racistes, anti-islamiques et populistes de celui qui est aujourd'hui président de la République. Il nous manquera. Je veux dire à sa famille toute ma sympathie.
Il savait rassembler
Ce que j'aimais beaucoup, et dont j'ai bénéficié, une belle qualité
rare, qui va nous manquer : il savait rassembler sur des projets
inventifs des gens qu'il rencontrait ici ou là, des spécialistes
reconnus mais pas seulement : aussi des gens sans importance, que personne
n'aurait remarqués, et qui lui paraissaient avoir un petit quelque
chose qui valait la peine.
Il avait toujours une idée de livre
collectif, de colloque, entre deux pétitions et trois réunions. Il
agrégeait des personnalités et des genres hétérogènes, des vieux
militants de l'époque des vrais combats anticolonialistes, et des
étudiants de licence, des mandarins et des associatifs, des érudits et
des pétitionnaires. Il n'avait pas peur de l'hétérogénéïté et au
contraire, y puisait le sens de l'action. Tout le monde s'en trouvait
bien.
Pour moi, il aura été l'ami des années difficiles, dont la générosité m'a aidée à tenir.
parti trop tôt
Etudiante de Claude Liauzu dans les années 74-75,à l'université de Tunis, je tiens à exprimer ma peine profonde pour la perte de cet enseignant qui fut pour beaucoup d'entre nous un guide dans nos premiers pas de recherche. Son engagement pour les causes qu'il croyait justes n'avait pas de limites. On s'en souviendra.
un immense regret de ne pas l'avoir connu
C'est un peu paradoxal puisque nous ne nous sommes jamais rencontrés
mais la mort de Claude Liauzu m'a beaucoup touchée. Il devait venir à
Verdun au Centre mondial de la Paix, en compagnie de Daniel Lefeuvre,
pour parler de l'histoire de la colonisation avec des lycéens. Nous
nous sommes simplement parlé au téléphone pour préparer cette
rencontre, qui n'a pas pu avoir lieu, je comprends maintenant hélas
pourquoi. Lors de cette échange, sa chaleur humaine, sa générosité, son
ouverture d'esprit et vers les jeunes m'avaient beaucoup impressionnée.
J'aurais vraiment aimé le connaître.
Je le remercie de m'avoir écouté et aidé à préparer ce débat.
Je tiens à exprimer à sa famille toutes mes condoléances.
Je suis triste
J'ai bien connu Claude et Josette quand nous étions étudiants à Aix. Quand leur premier enfant est né, je lui ai "refilé" la poussette du mien ....(nous étions tous un peu fauchés). Claude m'a souvent vendu Clarté, je me suis inscrite grâce à lui au Mouvement de la Paix, mais il a su ne pas insister pour me faire adhérer au P.C... Je les ai ensuite complétement perdus de vue, mais j'ai suivi "de loin" les actions menées par Claude. En voyant sa photo, je retrouve la "passion" qui animait alors ce garçon, et j'ai du mal à l'imaginer autrement que courant pour défendre ses idées. À Josette, à son fils ainé qui a l'âge du mien, et à ses autres enfants j'adresse l'assurance de toute ma sympathie .
Danielle Bertrand, agrégée d'histoire .

l'historien Claude Liauzu (1940-2007)
- diffusion d'une émission de Claude Liauzu sur RFI : 27 mai 2007 (deux fichiers à télécharger)
































































