lundi 19 mars 2012

les "accords d'Évian" (19 mars 1962) - DOSSIER

les-accords-devian-1962

 

 

DOSSIER

 

 - articles Guy Pervillé et de Jean Monneret

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les accords d'Évian (18 mars 1962)

un bien étrange document

Guy PERVILLÉ

 

Cette communication a été présentée le 27 septembre 2003 au colloque organisé par le Cercle algérianiste de Bordeaux, intitulé L’après 19 mars 1962 ... et si on en parlait ! Rencontres avec des historiens et des témoins.
 
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Les accords d’Évian signés le 18 mars 1962 par les représentants du gouvernement français et ceux du FLN étaient censés rétablir la paix en Algérie par un cessez-le-feu dès le lendemain 19 mars à midi. Les Français rapatriés de ce pays sont bien placés pour savoir que la réalité fut très différente, et c’est pourquoi ce nom leur rappelle de mauvais souvenirs qui les empêchent de considérer le 19 mars comme l’anniversaire de la fin de la guerre.

Mais avant de pouvoir juger valablement ces accords, il est nécessaire de les connaître, afin d’éviter des erreurs trop souvent commises.

 

«Un bien étrange document»

Les accords d’Évian étaient un «bien étrange document» [1] de quatre-vingt-treize feuillets [2], qui comprenait un accord militaire de cessez-le-feu, et plusieurs déclarations politiques relatives à l’avenir de l’Algérie et des relations franco-algériennes.

17_C1_FJ_ALGER2Krim Belkacem

Le cessez-le feu devait mettre fin «aux opérations militaires et à toute action armée» le 19 mars à douze heures, et interdire par la suite «tout recours aux actes de violence individuelle et collective», ainsi que «toute action clandestine et contraire à l’ordre public». Seules les forces françaises pourraient circuler librement jusqu’au résultat de l’autodétermination, tout en évitant le contact avec les forces du FLN. Les incidents seraient réglés par des commissions mixtes, et tous les prisonniers seraient libérés.

La déclaration générale partageait les compétences pendant la période transitoire entre un haut commissaire de France, responsable de l’ordre public en dernier ressort, et un exécutif provisoire franco-algérien nommé d’un commun accord, et disposant d’une force locale ; elle promettait un référendum d’autodétermination dans un délai de trois à six mois, proclamait la souveraineté du futur État algérien, garantissait les libertés et la sécurité de tous ses habitants, fixait les principes de la coopération entre les deux États, du règlement des questions militaires et de celui des litiges.

Plusieurs déclarations particulières promettaient l’amnistie pour tous les actes commis en relation avec les événements politiques avant le cessez-le-feu et l’immunité pour toutes les opinions émises jusqu’à l’autodétermination, l’exercice des droits civiques algériens pour les citoyens français d’Algérie (avec représentation proportionnelle à leur nombre) pendant trois ans avant de choisir leur nationalité définitive, le respect de leurs biens, de leurs droits civils, et de leur religion.

-11962

Elles prévoyaient aussi la coopération économique et financière, fondée sur la réciprocité des intérêts ; la mise en valeur des richesses du Sahara par un organisme franco-algérien ; la coopération culturelle et technique. Une convention militaire ordonnait la réduction des forces françaises à 80.000 hommes un an après l’autodétermination et leur évacuation totale deux ans plus tard, sauf les bases navales et aériennes de Mers-el-Kébir et Bou Sfer, concédées pour 15 ans, et les sites sahariens d’essais de bombes atomiques et de fusées pour 5 ans. Les litiges devaient être réglés par concertation, arbitrage, ou appel à la Cour internationale de justice.

Ces accords étaient signés à la fin du dernier feuillet par trois ministres français, Louis Joxe, Robert Buron et Jean de Broglie, et par le vice-président du GPRA Belkacem Krim, qui avait tenu par surcroît à parapher chacun des 92 feuillets précédents, obligeant ainsi son homologue français Louis Joxe à en faire autant. Et pourtant, certains auteurs ont nié l’existence d’accords bilatéraux, et persistent à les présenter comme une déclaration unilatérale du gouvernement français, n’engageant que lui [3].

FranceEvianWEBde gauche à droite ; Robert Buron, Louis Jose,
Michel Debré et Jean de Broglie

Cette erreur s’explique par une confusion entre le texte authentique des accords et les «déclarations gouvernementales du 19 mars 1962 relatives à l’Algérie», publiées dans le Journal officiel de la République française du 20 mars sous les signatures du président de la République, du Premier ministre, et des ministres Louis Joxe, Louis Jacquinot, Bernard Chenot et Jean de Broglie, et suivies de plusieurs décrets d’application [4]. En effet, les accords ont été publiés séparément par les deux parties, et avec des différences de présentation significatives.

Aucune des deux versions ne suivait exactement le plan du texte authentique ; celui-ci commençait par le préambule suivant :

«CONCLUSION DES POURPARLERS D’ÉVIAN.

Des pourparlers entre les représentants du Gouvernement de la République et les représentants du Front de Libération Nationale se sont déroulés à Évian du 7 au 17 (sic) mars 1962.

Au terme de ces pourparlers, les représentants du Gouvernement de la République et les représentants du Front de Libération nationale s’étant mis d’accord sur les garanties de l’autodétermination et l’organisation des pouvoirs publics en Algérie pendant la période transitoire, ont conclu un accord de cessez-le-feu.

Les représentants du Gouvernement de la République et les représentants du Front de Libération nationale ont établi d’un commun accord des déclarations qui définissent la solution d’indépendance de l’Algérie et de coopération avec la France, déclararations qui seront soumises à l’approbation des électeurs lors de la consultation d’autodétermination.

En conséquence, les documents suivants ont été établis.» [5]

Suivaient les documents classés en trois parties :

«1. CONDITIONS ET GARANTIES DE L’AUTODÉTERMINATION

a) . Règlement des garanties de la consultation de l’autodétermination,

b) . Organisation des pouvoirs publics en Algérie pendant la période transitoire,

c) . Accord de cessez-le-feu,

d) . Déclaration concernant l’amnistie.» [6]

«2. DECLARATIONS DE PRINCIPES relatives à la solution d’indépendance de l’Algérie et de coopération entre la France et l’Algérie, qui seront soumises aux électeurs lors du scrutin d’autodétermination.

A - Déclaration des garanties.

B - Déclaration de principes sur la coopération économique et financière.

C - Déclaration de principes sur la coopération pour l’exploitation des richesse du sous-sol du Sahara.

D - Déclaration de principes sur la coopération culturelle.

E - Déclaration de principes et son annexe relative aux questions militaires.

F - Déclaration de principes relative au règlement des différends. » [7]

« 3. La DECLARATION GENERALE ci-après a été adoptée.» [8]

 

893144024éléments de la délégation algérienne à Évian en mai-juin 1961, de gauche à droite :
Mohamed Ben Yahya, Saad Dahlab, maître Ahmed Boumendjel,  Ali Mendjel, Ahmed Francis, Krim Belkacem,
Taeyb Bouhlarouf, le colonel Boussouf ; au second plan, le dernier personnage à
droite, au veston clair, est Mohammed Harbi

Le préambule originel des accords signés ne fut pas publié tel quel, pas plus que la première partie. En effet, la version française publiée au Journal officiel commençait par l’«Accord de cessez-le-feu en Algérie», suivi par les «Déclarations gouvernementales du 19 mars 1962 relatives à l’Algérie», qui commençaient par la «Déclaration générale» résumant l’ensemble des accords, avant de reproduire toutes les déclarations de principes.

La déclaration générale commençait ainsi : «Le peuple français a, par le référendum du 8 janvier 1961, reconnu aux Algériens le droit de choisir, par voie d’une consultation au suffrage direct et universel, leur destin politique par rapport à la République française. Les pourparlers qui ont eu lieu à Évian du 7 mars au 18 mars 1962 entre le gouvernement de la République et le FLN ont abouti à la conclusion suivante : (...)». Les points a), b) et d) de la partie 1 furent publiées sous forme de décrets [9].

De son côté, le FLN publia seulement, dans son organe officiel El Moudjahid, la déclaration des garanties, commençant par une introduction légèrement différente de la version française : «Cette déclaration générale constitue le résumé et le préambule des textes détaillés des accords, contresignés respectivement par MM. Belkacem Krim et Louis Joxe à Évian, le 18 mars 1962. Les pourparlers qui ont eu lieu à Évian du 7 au 18 mars 1962 entre le Gouvernement de la République Française et le Gouvernement Provisoire de la République Algérienne ont abouti à la conclusion suivante : (...)» [10].

 

une divergence non surmontée

Cette légère différence de présentation révélait une divergence non surmontée sur la nature et la signification profonde des accords. Pour le gouvernement français, c’était un programme commun proposé par lui-même et par un parti algérien (le FLN) à la ratification des deux peuples, qui en ferait une loi fondamentale de l’État algérien [11], lequel n’avait jamais existé, et serait créé par le référendum d’autodétermination. Pour le FLN, c’était un traité entre deux gouvernements, reconnaissant implicitement la légitimité du GPRA. En effet, le général de Gaulle n’avait pas voulu reconnaître formellement le GPRA comme tel.

C’est pourquoi le gouvernement français avait d’abord prévu de ne signer aucune déclaration bilatérale avec le FLN, puis de ne signer que le cessez-le-feu, et il s’était finalement contenté de signer le dernier feuillet des accords, puis il en avait publié les textes en leur donnant l’apparence de décisions souveraines unilatérales ; alors que le vice-président du GPRA avait insisté pour en parapher tous les feuillets afin de leur donner celle d’un traité international.

Paradoxalement, les deux parties avaient agi contre leurs intérêts. En effet, le GPRA avait tenu à prendre des engagements solennels qu’il n’avait pas l’intention de respecter tous ni toujours, alors que le gouvernement français avait affaibli les accords en ne reconnaissant pas officiellement son partenaire. Les accords d’Évian étaient donc un fragile échafaudage juridique. Pourtant, le fait est qu’ils avaient bien été négociés et signés bilatéralement.

 

les origines des accords d’Évian

Avant de montrer comment ces accords ont été appliqués ou violés, il faut revenir sur certains aspects du processus qui les a produits (sans vouloir raconter toutes les relations entre de Gaulle et le FLN depuis 1958).

Comme on l’a vu, le début de la déclaration générale se référait au référendum du 8 janvier 1961, suivi et entériné par la loi du 14 janvier 1961, qui avait légitimé le recours à l’autodétermination des populations algériennes, et permis au gouvernement français de la préparer en réglant par décrets l’organisation des pouvoirs publics en Algérie, de façon à créer un organe exécutif et des assemblées délibératives algériennes.

Mais cette procédure était illégitime aux yeux de la plupart des Français d’Algérie et des partisans de l’Algérie française, qui en dénonçaient le caractère anticonstitutionnel. En effet, ils n’avaient pas oublié la propagande déployée officiellement durant l’été 1958 par les autorités militaires et civiles en faveur du «oui» au référendum sur la Constitution de la Ve République, qui était officiellement présenté comme un «oui» à la France «de Dunkerque à Tamanrasset».

 

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L’économiste Maurice Allais (bien que partisan du principe de l’autodétermination) démontra l’inconstitutionnalité de la procédure employée par le gouvernement dans le quatrième chapitre de son livre L’Algérie d’Évian. Le référendum et la résistance algérienne (Paris, L’esprit nouveau, juillet 1962) [12], en s’appuyant notamment sur des déclarations du Premier ministre Michel Debré, qui affirmait en 1959 que «les départements d’Algérie et du Sahara font partie de la République au même titre que les départements métropolitains», et que «aucune transformation en États de la Communauté, aucune sécession de la République, ne sont donc constitutionnellement possibles pour les départements et territoires faisant actuellement partie de la République française» [13].

Pourtant, le débat a rebondi dans les années 1990, après la publication de Documents pour servir à l’histoire de l’élaboration de la Constitution du 4 octobre 1958 [14], suivis par des études sur L’écriture de la Constitution de 1958 [15], qui ont montré comment celle-ci avait été conçue de manière à faciliter le changement de statut de territoires faisant partie de la République une et indivisible.

En 1995, l’ancien magistrat Georges Bensadou a estimé que, selon l’article 72 de la Constitution, l’Algérie était une «collectivité territoriale créée par la loi» (celle du 20 septembre 1947) et pouvait changer de statut pour sortir de la République par l’effet d’une autre loi [16].

En 1998, Jean-François Paya est revenu sur la question du statut constitutionnel de l’Algérie dans la Constitution de 1958 [17], et il a conclu que celle-ci avait bien été conçue pour permettre la séparation en utilisant les articles 72, 73, 11 et 53. On sait que le général de Gaulle avait réservé à l’Algérie, dans son allocution du 13 juillet 1958 [18], une «place de choix» dans la «Communauté plus large que la France» [19] que la Constitution allait bientôt instituer, mais aussi qu’il avait une manière très personnelle d’interpréter «sa» constitution, qui ne faisait pas l’unanimité des juristes. N’étant pas juriste, je préfère ne pas me prononcer sur ce sujet.

Quoi qu’il en soit, le référendum du 8 janvier 1961 était bien un fait politique d’une importance capitale. En métropole, avec une participation de 76,5% des inscrits, le «oui» avait réuni 75,26% des suffrages exprimés. Sachant que le PCF et le PSU avaient préconisé le «non» par crainte d’une tentative gouvernementale de prolonger la guerre en l’algérianisant, les partisans de l’Algérie française ne pouvaient revendiquer qu’une minorité des 24,74% de «non».

Le président de la République n’avait donc pas tort de croire que la grande majorité des Français lui faisait confiance pour mettre fin à la guerre d’Algérie, et que l’ouverture de négociations avec le FLN élargirait encore sa majorité dans le pays. La décision qu’il prit aussitôt après, avec l’accord du premier ministre Michel Debré, de donner la priorité à une négociation avec ses dirigeants sur la création immédiate d’institutions provisoires algériennes était donc logiquement prévisible (surtout après les manifestations nationalistes de décembre 1960 dans les grandes villes d’Algérie).

 

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Au contraire, les résultats du référendum en Algérie n’étaient pas aussi clairs. L’abstention, conforme aux consignes impératives du FLN, avait obtenu une majorité relative de 42% des inscrits, et triomphé dans les quartiers musulmans des grandes villes ; le «oui», recommandé par les autorités civiles et militaires, 39% (surtout dans les campagnes) ; alors que le «non» prôné par les partisans de l’Algérie française en avait rassemblé 18%, et même obtenu la majorité absolue des suffrages exprimés dans les départements d’Alger et d’Oran et dans les arrondissements de Bône et de Philippeville. On pouvait en déduire, tout au moins, que la grande majorité des Français d’Algérie n’avait pas mandaté le gouvernement pour mettre fin à l’Algérie française, ni pour livrer le pays au FLN.

Quoi qu’il en soit, les négociations qui s’étaient engagées bientôt dans le secret, puis publiquement le 20 mai 1961 à Évian, n’avaient pas été décidées par «la volonté d’un seul homme, vieillard entêté», contrairement à l’expression de Maurice Allais [20].

Même si le général de Gaulle prenait «toutes les décisions importantes sans consulter qui que ce soit», il n’en avait pas moins tenu compte des suggestions venues de son opposition de gauche, prête à lui prêter son appui conditionnel pour mettre fin à la guerre d’Algérie.

En effet, la procédure suivie ne fut pas celle qu’avait annoncée le président de la République dans son discours du 16 septembre 1959 (libre choix de leur avenir par tous les habitants de l’Algérie entre trois options, quatre ans au plus tard après le rétablissement de la paix, sans privilégier le FLN qui devrait cesser le feu et rendre ses armes) ; elle correspondit aux propositions faites par des juristes et militants de gauche réunis en congrès à Royaumont (juin-juillet 1960), Aix-en-Provence (décembre 1960), et Grenoble (mars 1961) : négocier avec le FLN sur les conditions du cessez-le-feu, mais également sur les garanties de l’autodétermination, l’organisation de la période transitoire, l’avenir de l’Algérie et des relations franco-algériennes, de façon à présenter un programme commun à l’approbation du peuple algérien.

 

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Comme l’écrivit le maire socialiste de Marseille, Gaston Defferre, dans Le Provençal du 5 mars 1962, «la procédure qui a été choisie est exactement celle que nous n’avons pas cessé de préconiser : accord sur le fond et ratification par le peuple algérien à la demande du gouvernement français et du GPRA» [21].

Pour ouvrir ces négociations, le général de Gaulle dut renoncer successivement à des principes qu’il avait longtemps proclamés intangibles : le préalable de la remise des armes (accepté en juin 1960 par le chef de la wilaya IV, Si Salah, mais refusé par les émissaires du GPRA à Melun) et celui d’un cessez-le-feu, remplacé en mai 1961 par une trêve unilatérale des opérations offensives que le FLN dénonça comme un piège, les discussions parallèles avec le MNA de Messali Hadj et d’autres tendances politiques, la limitation de l’ordre du jour au cessez-le-feu et aux garanties de l’autodétermination.

Il accepta ainsi de reconnaître de fait le GPRA comme seul interlocuteur valable et comme futur gouvernement probable de l’Algérie indépendante (même s’il refusa toujours, comme on l’a vu, de le reconnaître formellement).

 

la relance des négociations après les échecs de 1961

Pour relancer ces négociations suspendues après les conférences d’Évian (mai-juin 1961) et de Lugrin (juillet 1961), et pour les faire aboutir, il dut reconnaître la souveraineté du futur État algérien sur les deux départements sahariens (5 septembre 1961) et consentir de nouvelles concessions sur les droits de la communauté européenne et des musulmans voulant conserver leur nationalité française [22] dans l’Algérie indépendante.

Il obtint en contrepartie un régime transitoire privilégié de binationalité pendant trois ans pour les Français d’Algérie, et des garanties générales de sécurité, censées protéger contre toutes représailles tous ceux qui avaient pris parti contre le FLN en actes ou en paroles :

«Nul ne peut être inquiété, recherché, poursuivi, condamné, ni faire l’objet de décision pénale, de sanction disciplinaire ou de discrimination quelconque, en raison d’actes commis en relation avec les événements politiques survenus en Algérie avant le jour de la proclamation du cessez-le-feu.»

«Nul ne peut être inquiété, recherché, poursuivi, condamné, ni faire l’objet de décision pénale, de sanction disciplinaire ou de discrimination quelconque, en raison de paroles ou d’opinions en relation avec les événements politiques survenus en Algérie avant le jour du scrutin d’autodétermination.» [23]

La rédaction de ces garanties ne prêtait à aucune équivoque, et le FLN savait à quoi il s’était engagé, car le gouvernement français avait fait d’un engagement de non-représailles la condition de la reprise des pourparlers à la fin d’octobre 1961 [24].

 

les révélations de Rossfelder

Et pourtant, l’idée s’est répandue dès 1962 parmi les partisans de l’Algérie française que celles-ci étaient démenties par des clauses secrètes qui auraient livré les Français d’Algérie et les musulmans fidèles à la vindicte du FLN. D’où venait cette idée ?

De révélations faites, peu après la fin de la conférence secrète des Rousses, à André Rossfelder (dirigeant de l’OAS en exil à Rome) par son frère Roger, porteur de valises du FLN. Ce dernier lui aurait apporté «l’essentiel des agréments secrets qui venaient d’intervenir aux Rousses entre le gouvernement et le FLN le 18 février et que le congrès du FLN s’apprétait à discuter».

Ces renseignements comportaient deux parties : «1 - les éléments d’une convention qui s’est révélée plus tard plus vraie que les accords dits d’Evian, 2 - le scénario de la transmission du contrôle des grandes villes au FLN... (durcissement de l’armée à l’égard des Français d’Algérie, isolement des quartiers populaires ... ouverture du feu si l’occasion s’en présentait ... coopération FLN-Polices spéciales, etc.» ; l’informateur affirma que ces points avaient été «moins une exigence du FLN qu’une offre faite par les délégués gouvernementaux pour amener les autres à signer» [25]. André Rossfelder et Jacques Soustelle informèrent aussitôt un journaliste du Tempo, qui publia un article, démenti peu après par le ministre des Affaires algériennes Louis Joxe [26].

André Rossfelder a raconté cet épisode plus en détail dans ses récents Mémoires [27]. On y apprend que son frère ne lui avait pas apporté le texte des prétendus «accords secrets», mais seulement «quelques lignes griffonnées sur un papier et le reste inscrit dans sa tête»

Il semble bien s’agir de révélations sur le contenu de l’accord préliminaire des Rousses, et sur des décisions déjà prises par le gouvernement (directives données dès le 20 décembre 1961 pour faire face à une insurrection de l’OAS à Alger et Oran [28], licenciement et désarmement des supplétifs musulmans annoncés au Conseil des ministres du 21 février 1962 [29]) qui auraient été communiquées par ses représentants aux délégués du GPRA pour les convaincre.

Le rapport présenté par le GPRA au CNRA (réuni à Tripoli du 22 au 27 février 1962 pour autoriser ou non la conclusion des négociations par la deuxième conférence d’Évian) explique pourquoi ce projet d’accord lui semblait acceptable : parce qu’il sauvegardait «les principes intangibles de notre révolution», qui étaient «aujourd’hui pleinement reconnus par la France». Celle-ci avait reconnu en fait le GPRA comme futur gouvernement algérien en acceptant «une négociation globale sur l’avenir de l’Algérie».

Dans ces conditions, «l’autodétermination apparaît désormais comme une formalité - à laquelle la France, pour des raisons à la fois politiques et juridiques, reste attachée - , et la question des garanties en vue d’un scrutin libre est devenue celle, beaucoup plus concrète, d’une préparation à l’indépendance. Il ne s’agit plus en effet de déterminer les conditions d’un référendum loyal, ce qui (...) s’avérera toujours quelque peu illusoire, mais de créer en Algérie, dès la proclamation du cessez-le-feu, les conditions psychologiques, politiques et administratives de l’ère nouvelle, l’ère de l’indépendance. C’est sous cet éclairage que prennent tout leur sens, et toute leur portée, l’institution d’un Exécutif provisoire qui doit être contrôlé par le FLN, la mise sur pied d’une force locale indépendante de l’armée française, l’algérianisation accélérée de l’administration dans toutes les branches, etc.» [30].

En somme, le GPRA avait acquis la conviction que le gouvernement français ne s’opposerait pas à sa prise du pouvoir, pourvu qu’il ménageât les transitions et les apparences. Mais rien de tout cela ne prouve l’existence d’autres accords secrets, ou de clauses secrètes [31] des accords d’Évian, contredisant et annulant la déclaration des garanties.

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application ou violation des accords d’Évian

Les accords d’Évian ont-ils été appliqués ? Ils l’ont été formellement. Du côté français, le gouvernement les a aussitôt publiés, avec leurs décrets d’application, et a organisé en métropole (mais pas en Algérie) le référendum du 8 avril 1962, destiné à ratifier les accords, à donner au gouvernement les pleins pouvoirs pour les appliquer, et à l’autoriser à conclure des actes de coopération avec l’Algérie indépendante.

Le Délégué général du gouvernement, Jean Morin, fut aussitôt remplacé par le Haut commissaire de France, Christian Fouchet, et l’Exécutif provisoire comprenant six membres du FLN, trois musulmans indépendants et trois européens libéraux, présidé par l’ancien président de l’Assemblée algérienne Abderrahmane Farès [32], fut installé à Rocher Noir le 13 avril.

Sur sa proposition, la date du référendum d’autodétermination de l’Algérie fut fixée au 1er juillet, raccourcissant la période transitoire à trois mois et dix jours. La commission centrale de contrôle déclara le 3 juillet qu’à la question posée, «Voulez-vous que l’Algérie devienne indépendante en coopérant avec la France ?», environ 5.975.000 votants sur 6.000.000 avaient répondu «oui». Aussitôt, le président de l’Exécutif provisoire proclama l’indépendance de l’Algérie, et le président de la République française la reconnut.

L’Exécutif provisoire resta en fonction pour organiser l’élection d’une Assemblée nationale (dans laquelle les citoyens français d’Algérie obtinrent 10% des sièges), et lui remit ses pouvoirs le 25 septembre 1962 (en même temps que ceux du GPRA) [33]. Mais ce respect formel de la procédure prévue n’avait pu cacher longtemps de très nombreuses et très graves violations des clauses fondamentales des accords d’Évian, qui les vidèrent de leur contenu.

 

accords bafoués

En effet, le cessez-le-feu et la déclaration des garanties furent très vite bafoués. Le dispositif des accords fut rapidement démantelé, d’abord par une insécurité généralisée, puis par des décisions prises par le nouveau gouvernement algérien.

L’Organisation armée secrète a été et est encore très souvent considérée comme la seule responsable de la faillite des accords d’Évian. En effet, l’OAS a condamné ces accords qu’elle jugeait illégaux et illégitimes, et s’est efforcée d’en empêcher l’application en sabotant le cessez-le-feu. Ses commandos ont redoublé leurs attaques, à la fois contre le FLN et contre les forces gouvernementales, qu’ils considéraient désormais comme «forces ennemies». Ils ont ainsi provoqué des affrontements sanglants avec celles-ci (bataille, bouclage et ratissage de Bab-el-Oued, puis fusillade de la rue d’Isly le 26 mars 1962 [34]).

 

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En même temps, ils ont tenté de provoquer la rupture du cessez-le-feu par le FLN, en chassant les musulmans des quartiers européens par des meurtres en série et en les harcelant dans leurs propres quartiers, afin d’obliger l’armée française à s’interposer et à rompre à son tour le cessez-le-feu.

Ces faits sont vrais, et ils ont aggravé les souffrances des Français d’Algérie. Ceux qui ont délibérément provoqué les représailles dont ils ont souffert sont mal placés pour les dénoncer.

Mais il ne faut pas oublier le fait que la tactique de provocation raciale était contraire aux instructions répétées du général Salan [35], qui voulait encore espérer une participation d’une partie des musulmans au soulèvement de l’OAS. Et que son terrorisme était resté moins meurtrier que celui du FLN jusqu’en janvier ou février 1962, suivant les préfets de police d’Alger et d’Oran et le ministre des Affaires algériennes Louis Joxe.

Les responsabilités du FLN ont été non moins importantes. On a souvent rendu hommage à la modération dont il aurait fait preuve dans les premières semaines du cessez-le-feu, en empêchant les foules musulmanes de réagir aux provocations de l’OAS.

 

enlèvements de Français par le FLN à partir d'avril 1962

Mais sa modération ne dura pas. À partir du 17 avril 1962, il multiplia les enlèvements de Français de souche européenne à Alger, à Oran, et dans les régions voisines. Ce «terrorisme silencieux» (suivant l’expression de Jean Monneret [36]) visait à démanteler l’OAS ou à riposter à ses provocations sans rompre visiblement le cessez-le-feu [37] ; il devint rapidement incontrôlable, et créa une insécurité dont nul ne pouvait se croire à l’abri, qui déclencha directement l’exode massif des Français d’Algérie.

Dès le premier jour, le FLN prépara sa prise du pouvoir suivant sa propre interprétation des accords d’Évian, mais contrairement à de nombreuses clauses du cessez-le-feu et de la déclaration des garanties. Les troupes de l’ALN sortirent en armes de leurs «zones de stationnement» pour faire de la propagande, lever des contributions financières, faire des réquisitions, et recruter des volontaires pour regonfler leurs effectifs, en appelant à déserter les soldats et supplétifs musulmans de l’armée française, mais aussi ceux de la force locale.

Les messalistes furent systématiquement pourchassés et emprisonnés sauf s’ils acceptaient de renier leur parti. Les harkis et autres «traîtres» furent parfois massacrés (dès le 19 mars à Saint-Denis du Sig), ou le plus souvent rassurés par des promesses de pardon, qu’ils croyaient garantir en reversant au FLN leurs indemnités de licenciement ; mais des instructions des wilayas et de l’état-major de l’ALN annonçaient que leur sort serait règlé par la justice du peuple après la proclamation de l’indépendance [38].

 

divisions internes du FLN-ALN

Seules les divisions internes du FLN-ALN pouvaient l’empêcher de prendre le pouvoir dès cette proclamation. En effet, les tensions entre ses différentes factions aboutirent à l’échec du CNRA réuni à Tripoli en mai et juin 1962 pour lui donner un programme et une nouvelle direction politique. À la veille du référendum d’autodétermination, le GPRA présidé par Benyoucef Ben Khedda était contesté par le Bureau politique dirigé par Ahmed Ben Bella, et par l’état-major général de l’ALN commandé par le colonel Boumedienne.

Le 3 juillet, le GPRA entra à Alger, accueilli par l’Exécutif provisoire qui lui remit sa démission [39] (contrairement aux accords d’Évian) ; mais il la refusa et le pria de rester à son poste jusqu’à l’élection et la réunion de l’Assemblée nationale.

Ainsi, la souveraineté algérienne et la responsabilité du maintien de l’ordre échurent à un exécutif sans prestige et privé de toute autorité par la désertion massive de la force locale vers les wilayas, alors que deux coalitions instables se réclamant également du FLN-ALN s’affrontaient pendant trois mois pour le pouvoir, jusqu’au bord de la guerre civile.

Les garanties de sécurité données aux Français d’Algérie et aux Algériens pro-français sombrèrent dans le chaos. Le plébiscite de la liste unique du FLN à l’Assemblée nationale [40] démentit les illusions démocratiques des auteurs des accords, et camoufla la prise du pouvoir par la force militaire la mieux organisée, l’armée des frontières du colonel Boumedienne [41]. Ainsi, les négociateurs algériens des accords d’Evian furent écartés du pouvoir.

 

le gouvernement de Ben Bella

Après la formation du premier gouvernement de l’Algérie indépendante par Ahmed Ben Bella, les dirigeants algériens s’efforcèrent de mettre fin aux enlèvements de Français et de retrouver les disparus. Ils mirent beaucoup plus de temps à empêcher les massacres d’anciens «harkis», et continuèrent à les détenir en prison, contrairement aux garanties d’Évian.

 

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Bien loin d’encourager les Français d’Algérie repliés en France à revenir, ils forcèrent à s’en aller la plupart de ceux qui avaient tenté de rester, par une politique de nationalisation et de socialisation. En effet, le programme de Tripoli adopté sans débat par le CNRA en mai 1962 - avant la ratification des accords d’Évian par le peuple algérien - les avait dénoncés comme une «plate-forme néo-colonialiste» et un obstacle à la révolution algérienne [42]. Aucun des deux camps qui s’étaient affrontés pendant l’été 1962 ne souhaitait le maintien d’une importante minorité française en Algérie [43].

 

responsabilités du gouvernement français

Enfin, les responsabilités du gouvernement français dans l’échec des accords ne sont pas négligeables. Il les avait présentés comme «la solution du bon sens», la meilleure solution pouvant sauvegarder dans toute la mesure du possible les intérêts légitimes de la France et ceux des Français d’Algérie. Puis il a rejeté sur l’OAS toute la responsabilité de leur effondrement. Or, deux constats s’imposent.

Le gouvernement français n’a pas réagi avec la même énergie contre toutes les violations du cessez-le-feu, suivant qu’elles ont été commises par l’OAS ou par le FLN. Dans le premier cas, il a recouru à la force des armes et a fait ouvrir le feu, notamment à Alger du 22 au 26 mars 1962. Dans le second cas, il a été beaucoup plus modéré.

La priorité donnée avant même le cessez-le-feu à la lutte contre l’OAS l’a conduit à collaborer avec le FLN, et à minimiser l’ampleur et la gravité des enlèvements jusqu’à la mi-mai [44]. Une grande partie des campagnes a été rapidement abandonnée à l’ALN par le retrait des troupes françaises. Le regroupement et le transfert préventifs des anciens «harkis» menacés vers la métropole ont été refusés, puis ils ont été autorisés sous la pression de l’urgence, mais avec beaucoup de réticence.

Dès la proclamation de l’indépendance, l’armée française a perdu le droit d’intervenir sans l’accord des nouveaux responsables algériens, notamment le 5 juillet à Oran [45]. Il y a bien eu deux poids et deux mesures, parce que les violations du cessez-le-feu par l’OAS empêchaient la France de mettre fin à la guerre d’Algérie, alors que celles du FLN-ALN en empêchaient seulement une fin honorable.

D’autre part, le gouvernement a mené de front deux politiques théoriquement incompatibles, la coopération et «l’arrachement», et il en a cumulé les inconvénients. À plusieurs reprises, depuis son discours du 16 septembre 1959 sur l’autodétermination, le général de Gaulle avait menacé le FLN de refuser toute aide à l’Algérie si la majorité des Algériens optait pour la sécession, et de regrouper tous ceux qui voudraient rester français, puis de les évacuer vers la métropole, pendant que les ressortissants algériens en seraient expulsés. Comme il l’a dit lui-même le 2 avril 1962 au journaliste Raymond Tournoux, «c’est parce que j’ai menacé le FLN de l’arrachement qu’il y a eu la coopération. Si cela devenait nécessaire, je procéderais encore à l’arrachement».

Or, la rapide dégradation de la situation en Algérie l’a conduit à accélérer le retrait des troupes et de la souveraineté française, mais sans remettre en cause la coopération autrement que par des menaces verbales. Il a ainsi donné l’impression d’ignorer ou de minimiser volontairement des actes contraires aux accords d’Évian et incompatibles avec une coopération sereine, pour éviter de constater la caducité des accords. Dans l’hypothèse de «l’arrachement», la France aurait conservé toute la responsabilité de la sécurité des habitants de l’Algérie qui auraient voulu rester français, puis celle de leur réinstallation et de leur indemnisation.

Mais la signature des accords d’Évian a entraîné son gouvernement à se décharger d’une part croissante de ses responsabilités sur des dirigeants algériens qui ne pouvaient ou ne voulaient pas les assumer. Du point de vue des Français et des Français musulmans d’Algérie, il aurait mieux valu que ces accords n’eussent pas été signés [46].

Plus de quarante ans après, comment juger les accords d’Évian ? En Algérie, où le 19 mars est devenu «fête de la victoire», les reproches formulés dans le programme de Tripoli contre la «plate-forme néo-colonialiste» semblent oubliés. L’ancien président du GPRA, Benyoucef Ben Khedda, a répété jusqu’à sa mort un bilan triomphal, citant comme premier titre de gloire de la Révolution algérienne celui d’avoir réussi «à déloger du territoire national un million d’Européens, seigneurs du pays» [47]. Mais aujourd’hui des Algériens osent dire que l’Algérie aurait eu intérêt à rester française, ou tout au moins à ne pas chasser les «Pieds-Noirs ».

En France, il est impossible de parler de victoire, à moins de considérer que le seul but des accords d’Évian était de la débarrasser du boulet algérien à tout prix. On comprend aisément qu’une grande partie des rapatriés continuent à les juger illégitimes dans leur principe.

Mais il n’était pas nécessaire de croire à la possibilité d’intégrer l’Algérie dans la France pour les juger avec sévérité, comme l’a fait Maurice Allais, partisan d’une véritable autodétermination qui aurait respecté les droits des minorités : d’après-lui, c’était moins les accords d’Évian que l’absence de garanties réelles, de sanctions contraignantes contre leur violation prévisible, qui était condamnable [48].

Mais quoi que puissent en penser les rapatriés, il n’en est pas moins vrai que les accords d’Évian sont la meilleure base légale pour toute action de nature juridique ou judiciaire qu’ils voudraient entreprendre pour la défense de leurs intérêts matériels ou moraux : ils auraient tort de se priver de leur meilleur argument [49]

Guy Pervillé (2003)

 

 


Delegation-algerienne-a-Evianune partie de la délégation du FLN, en mais 1961, dans le parc de la villa
du Bois d'Avault en Suisse, avant de rejoindre Évian en hélicoptère

 

NB : Ce colloque, diffusé sous forme de textes photocopiés, comporte aussi des contributions de :

- Jean Monneret : Les derniers moments de l’Algérie française ;

- Général François Meyer : Le drame des harkis ;

- Colette Santerre - Ducos-Ader : Témoignages sur les disparitions ;

- Monseigneur Pierre Boz : Témoignage sur la recherche des disparus ;

- Jean-Jacques Jordi : Actualité des problèmes des enlevés et des harkis ;

- Général Maurice Faivre : Le point sur les archives de la guerre d’Algérie.

[1] Selon Robert Buron, Carnets politiques de la guerre d’Algérie, Plon, 1965.
[2] Le texte originel a été intégralement publié par Redha Malek, ancien porte-parole de la délégation du FLN, dans son livre L’Algérie à Évian, Histoire des négociations secrètes, 1956-1962, Le Seuil, 1995, pp. 313-365. Le dernier feuillet a été reproduit en fac similé par Maurice Faivre dans Les archives inédites de la politique algérienne, L’Harmattan, 2001, p. 340. Les 93 feuillets sont reproduits intégralement dans Vers la paix en Algérie. Les négociations d’Evian dans les archives diplomatiques françaises, Bruxelles, Bruylant, 2003, pp. 381-473. Cf. les versions publiées : la version française dans le Journal officiel du 20 mars 1962, et la version algérienne dans El Moudjahid n° 91 du 19 mars 1962 (réédition de Belgrade, août 1962, t. 3, pp. 706-709).
[3] «Il s’agit de déclarations du seul Gouvernement français n’engageant que lui», Jacques Ribs, Plaidoyer pour un million de victimes, Robert Laffont, 1975, p. 75, repris par Bernard Coll et Taouès Titraoui, Le livre des harkis, Bièvre, Jeune Pied-Noir, 1991, p. 263. Cf. Bernard Moinet, Ahmed, connais pas, réédition, Athanor, 1989, p. 21.
[4] JORF, Lois et décrets, du 20 mars 1962, reproduit avec les décrets du 19 et du 20 mars par Abderrahmane Farès, La cruelle vérité, L’Algérie de 1945 à l’indépendance, Plon, 1982, pp. 174-224, et sans les décrets par Benyoucef Ben Khedda, Les accords d’Évian, Paris, Publisud, et Alger, OPU, 1986, pp. 76-111.
[5] Vers la paix en Algérie, op. cit., p. 381.
[6] Op. cit., p. 382.
[7] Op. cit., p. 411.
[8] Op. cit., p. 460.
[9] Décrets du 19 mars sur l’organisation provisoire des pouvoirs publics et sur le règlement du référendum d’autodétermination en Algérie, du 20 mars sur l’organisation d’un référendum en métropole le 8 avril, et décrets du 22 mars sur l’amnistie des infractions commises au titre de l’insurrection algérienne et dans le cadre des opérations de maintien de l’ordre.
[10] El Moudjahid, n° 91, 19 mars 1962, réédition de Belgrade, t. 3, p. 706.
[11] Idée exprimée au début du chapitre II de la Déclaration générale : «Si la solution d’indépendance et de coopération est adoptée (par le référendum d’autodétermination), le contenu des présentes déclarations s’imposera à l’État algérien».
[12] Deuxième édition complétée par l’auteur en 1999 aux Editions Jeune Pied-Noir.
[13] Op. cit., p. 81 note 1.
[14] La Documentation française, 3 vol., 1987, 1988 et 1991.
[15] Sous la direction de Didier Maus, Louis Favoreu et Jean-Luc Parodi, Economica et PUAM, 1992.
[16] «Le 3 juillet 1962. L’Algérie devient un État indépendant», in L’Algérianiste, n° 71, septembre 1995, pp. 42-48.
[17] «La Constitution de 1958», in Pieds-Noirs d’hier et d’aujourd’hui, n° 94, octobre 1998, pp. 22-23.
[18] Charles de Gaulle, Discours et messages, t. 3, Plon, 1970, pp. 24-25.
[19] Formule déjà employée par de Gaulle dans sa conférence de presse du 30 juin 1955, Discours et messages, t. 2, pp. 637-639.
[20] Allais, op. cit., p. 87.
[21] Cité par Le Monde, 7 mars 1962.
[22] Cette catégorie n’est pas mentionnée par les accords d’Évian, contrairement aux demandes initiales de la délégation française. Le gouvernement déclara d’abord que nul ne serait privé de la nationalité française sans le vouloir, puis il changea d’avis : l’ordonnance du 21 juillet 1962 en priva tous les citoyens algériens de statut civil de droit local, à l’exception de ceux qui viendraient en territoire français pour souscrire une «déclaration recognitive de nationalité française».
[23] Début de la Déclararation des garanties, «De la sécurité des personnes».
[24] Benyoucef Ben Khedda, Les accords d’Évian, op. cit., pp. 27 et 30, confirmé par Redha Malek, op. cit., p. 184.
[25] Lettre d’André Rossfelder à Francine Dessaigne, citée par Maurice Faivre, Les combattants musulmans de la guerre d’Algérie, des soldats sacrifiés, L’Harmattan, 1995, pp. 212-213, confirmée par une lettre à Maurice Faivre du 27 janvier 1995 : «L’essentiel est certain : il y avait accords secrets, les harkis venaient d’être non simplement abandonnés mais livrés sur demande, et les pieds-noirs allaient être impitoyablement forcés à prendre la valise»(Ibid., p. 213).
[26] Dépêche de l’AFP, dans Le Monde, 27 février 1962.
[27] André Rossfelder, Le onzième commandement, Gallimard, 2000, pp. 545-547.
[28] Décision du Comité des Affaires algériennes du 20 décembre 1961, signée Charles de Gaulle, et directive d’application signée Michel Debré, reproduites par Maurice Faivre, Les archives inédites de la politique algérienne, L’Harmattan, 2000, pp. 286-288. Cf. les notes du secrétaire général du gouvernement, Faivre, op. cit., pp. 315-316.
[29] Communiqué du ministère des armées, du 22 février 1962, exposant les possibilités offertes aux «Français musulmans en service» dans la perspective d’un retour à la paix.
[30] «Base et contenu de l’accord intervenu avec la France», rapport du GPRA au CNRA, reproduit par Redha Malek, op. cit., pp. 305-312. L’ouvrage cité plus haut, Vers la paix en Algérie, ne contient rien sur les pourparlers des Rousses.
[31] Un semblant de preuve à été fourni en 1997 par l’enquête du journaliste Vincent Jauvert (Le Nouvel Observateur, 23 octobre 1997) sur la base d’expérimentation d’armes chimiques B2 Namous, près de Beni-Ounif, en service de 1935 à 1978, qui a fait l’objet d’une annexe secrète, renouvelée en 1967 et en 1972. Mais ce secret se justifiait par des raisons particulières, indépendantes du reste des accords d’Evian.
[32] Il s’était mis à la disposition du FLN dès la fin 1956. Voir son livre La cruelle vérité, op. cit..
[33] Farès, op. cit., pp. 133-148.
[34] Dans ce dernier cas, la provocation de l’OAS alléguée par les autorités n’est pas établie. Voir l’enquête de Francine Dessaigne et Marie-Jeanne Rey, Un crime sans assassins, Ivry-sur-Seine, editions Confrérie Castille, 1998, et la thèse de Jean Monneret, La phase finale de la guerre d’Algérie, L’Harmattan, 2001, pp. 77-104.
[35] Voir OAS parle, archives de l’OAS présentées par Pierre Nora, Paris, Julliard, 1964, pp. 169-178, et le journal du capitaine Jean Ferrandi, 600 jours avec Salan et l’OAS, Paris, Fayard, 1969, pp. 265-273.
[36] Voir sa thèse citée, pp. 118-149.
[37] Le 14 mai, la Zone autonome d’Alger riposta ouvertement à l’OAS par une série d’attentats publiquement revendiqués.
[38] Maurice Faivre, Les combattants musulmans, op. cit., pp. 152-161.
[39] Les 6 membres désignés par le GPRA lui avaient envoyé leur démission dès le 27 juin, en dénonçant leur impuissance face à l’anarchie générale. Cf. Mohammed Harbi, Les archives de la Révolution algérienne, Editions J. A., 1981, pp. 340-342.
[40] Les députés censés représenter les Français d’Algérie ne représentaient qu’eux-mêmes, et leurs électeurs étaient absents.
[41] Il avait voté contre la ratification de l’accord des Rousses par le CNRA, préalable à la négociation finale d’Evian.
[42] Mohammed Harbi, Le FLN, mirage et réalité, Éditions Jeune Afrique, 1980, pp. 330-336.
[43] Mohammed Harbi, L’Algérie et son destin, Arcantère, 1992, p. 169.
[44] Monneret, op. cit., pp. 150-168.
[45] Monneret, op. cit., pp. 243-277.
[46] Pour plus de précisions, voir notre livre, Pour une histoire de la guerre d’Algérie, Picard, 2002, pp. 206-230.
[47] Benyoucef Ben Khedda, L’Algérie à l’indépendance, La crise de 1962, Alger, Editions Dahlab, 1997, p. 43.
[48] Allais, op. cit., pp. 15, 54 et 189.
[49] Erreur commise par les auteurs de la plainte contre X déposée par plusieurs familles de harkis le 30 août 2001 (texte à la fin du livre de Boussad Azni, Harkis, crime d’État, Editions Ramsay, 2002).

PS : Je persiste néanmoins à redouter les conséquences prévisibles de la multiplication des tentatives de dépôt de plaintes devant la justice. Lire à ce sujet dans la même rubrique mon article La guerre d’Algérie cinquante ans après : le temps de la mémoire, de la justice, ou de l’histoire ?

 

sur-le-parvis-de-l-hotel-du-parc-ou-se-sont-signes-les-accords-d-evian-les-membres-des-delegationsune partie de la délégation algérienne à Évian en mars 1962 :
Taïeb Bouhlarouf, Saad Dahlab, Mohamed Ben Yahia, Belkacem Krim qui salue de la main,
Mostefa Ben Aouda, Reda Malek, Lakhdar Ben Tobbal, M’hamed Yazid et Chouki Mostefai

 

source du texte : http://guy.perville.free.fr/spip/article.php3?id_article=30

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La date maudite du 19 mars 1962

 Jean MONNERET

 

Le 18 mars 1962, les négociateurs d’Évian signaient un accord de cessez-le-feu entre l’armée française et le FLN qui dirigeait la rébellion indépendantiste. Le texte était accompagné de «déclarations gouvernementales» censées garantir la sécurité des Européens présents en Algérie, comme de ceux, de toutes origines, qui s’étaient opposés au FLN. Les harkis (1), supplétifs de l’armée française n’étaient pas mentionnés. La promesse, toute verbale, du FLN qu’il n’y aurait pas de représailles contre eux, fut jugée suffisante par L. Joxe. (2)

Le texte d’Évian fut publié le 19 mars 1962. Depuis, certaines organisations «anticolonialistes» considèrent cette date comme celle de la fin de la Guerre d’Algérie. Il faut pour cela tout le cynisme dont sont capables les tenants du marxisme, leurs alliés et compagnons de route, car, loin que le conflit s’apaisât à partir du 19 mars, il ouvrit une période de massacres et de violences sans précédent. Il en fut ainsi non seulement jusqu’au 3 juillet, où Paris reconnut l’indépendance de l’Algérie, mais ensuite également, jusqu’à l’automne de 1962 et au-delà.

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La période suivant l’indépendance fut marquée d’un surcroît d’enlèvements et d’horribles massacres. Les victimes musulmanes du FLN furent probablement plus nombreuses durant ces six mois qu’elles ne l’avaient été durant les huit années précédentes.

Le nombre des Pieds-Noirs enlevés quintupla (3), contraignant l’immense majorité d’entre eux à un exil définitif résultant d’une épuration ethnique pure et simple. Ajoutons que durant ce semestre abominable, nombre de militaires français furent tués ou enlevés ; 177 d’entre eux demeurent portés disparus à ce jour (chiffre provisoire sans doute inférieur à la réalité) (4)

Donner la date du 19 mars à des places, à des rues, à des ponts (prochainement à Toulouse), fêter cette journée, prétendre y voir la fin du conflit algérien, est donc une insulte à toutes les victimes de cette époque, un outrage à l’Armée française, un défi au sens national le plus élémentaire et une injustice criante.

En effet, contrairement à ce qui s’affirme parfois avec légèreté, le FLN représenté par Krim Belkacem , à l’époque homme fort de ce mouvement, a bien signé et paraphé les accords d’Évian. Cette organisation a donc délibérément violé le texte auquel elle avait souscrit (et qu’elle négocia durement). Elle a donc totalement engagé sa responsabilité morale et matérielle dans ce qui suivit.

La participation ouverte de ses commandos, de son armée et de ses militants aux enlèvements massifs et aux exécutions durant les neuf mois postérieurs au 19 mars devrait inspirer une condamnation unanime. Ce n’est pas le cas, ce qui illustre le relativisme troublant de l’idéologie des droits de l’homme, devenue le fondement de l’univers occidental actuel. L’opprobre ne devrait d’ailleurs pas épargner certains responsables politiques français de l’époque.

 

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Dès le 17 avril 1962, l’encre d’Évian étant à peine sèche, le FLN inaugura le terrorisme silencieux, les enlèvements massifs d’Européens à Alger, à Oran, dans la campagne oranaise et en Mitidja. Ces rapts prenaient pour prétexte : la lutte contre l’Organisation Armée Secrète(OAS). (5) Après l’échec du putsch des généraux en avril 1961, les partisans de l’Algérie française avaient en effet tous rejoint cette organisation clandestine. Ils usaient de méthodes violentes.

Les «anticolonialistes» qui donnent le ton aujourd’hui dans les médias et les milieux officiels font de l’OAS la responsable de l’échec d’Évian et de l’exil des Pieds-Noirs. C’est un procédé commode mais malhonnête. L’organisation secrète, surtout en fin de course, en juin 1962 n’avait plus ni stratégie, ni tactique.

Il en résulta des dérives diverses et une confusion chaotique terminées par une (pseudo) négociation avec le FLN. (6). À ce stade, l’OAS menaça de pratiquer la «terre brûlée». Des historiens de pacotille lui imputent cette politique depuis sa naissance, alors qu’elle ne dura qu’une semaine.

L’histoire de l’OAS s’étend sur seize mois, de mars 1961 à juin 1962. Quelles que furent ses errances finales, -elles furent indéniables et eurent des conséquences -, en faire le bouc-émissaire de tous les échecs ultimes des autorités françaises n’est qu’une manière peu subtile d’exonérer le pouvoir d’alors et de blanchir le FLN de ses crimes vis-à-vis de l’Algérie, des harkis et des Pieds-Noirs.

Car après le ratissage de Bab-el-Oued, ceux-ci subirent aussi la fusillade du 26 mars 1962 rue d’Isly (7), puis la longue succession des crimes des nouveaux maîtres du pays. Un exemple en donnera une idée : en mai 1962, 272 Européens furent enlevés  en Alger contre 44 en avril. À la fin du mois de juin, on évaluait à près de 1000 les victimes européennes de rapts dans la seule capitale.

À partir du 17 juin, à la suite d’un accord FLN-OAS, les enlèvements ralentirent. Ils reprirent de plus belle après le 3 juillet, date de la proclamation de l’indépendance. Deux jours après, le 5 juillet à Oran, une manifestation venue des quartiers musulmans submergea le centre-ville européen. Quelque 700 Pieds-Noirs et une centaine de Musulmans (sans doute pro-français) furent massacrés. (8) Ceci accentua l’exode et le rendit irréversible.

Les victimes les plus nombreuses se situent toutefois parmi les Musulmans. Dès la signature des accords du 19 mars, des harkis furent attaqués à Saint-Denis-du-Sig. À Saïda, des membres du commando Georges furent enlevés et tués par l’organisation indépendantiste alors même que plusieurs d’entre eux étaient des officiers français.

Après le 3 juillet, les représailles contre les Musulmans ayant combattu le FLN s’intensifièrent. Des dizaines de milliers furent assassinés, emprisonnés ou persécutés de diverses manières. (9) Quelque 90 000 harkis, familles comprises, furent transférés en France grâce à l’action clandestine de quelques officiers. Les autorités militaires, tout en signalant les épreuves subies par nos compatriotes musulmans, n’en relayèrent pas moins des recommandations insistantes et répétées de ne pas les faire venir en France. Ces faits largement établis historiquement n’en sont pas moins dissimulés voire niés aujourd’hui par quelques chercheurs «engagés».

Ceux qui ont vécu les événements de ce vilain temps en sont marqués à jamais. La date du 19 mars 1962 demeurera celle d’une ineffaçable forfaiture.

Jean Monneret

notes

1 - Harkis : supplétifs mobiles de l’armée française. Par extension, tout Musulman ayant combattu le FLN.
2 - Ministre d’État chargé des affaires algériennes, dirigeait la délégation française à Évian.
3 – Jean-Jacques Jordi, Un silence d’État, Ed. Soteca 2011, p. 155, chiffre à 300 les Européens disparus avant le 19 mars et à 1253 après. S’y ajoutent 123 personnes dont les corps furent retrouvés et 170 cas incertains.
4 - À ce jour, le gouvernement français a refusé d’ouvrir ces archives concernant ces militaires disparus. Seuls les civils ont été étudiés.
5 - M. Faivre, Les archives inédites de la politique algérienne, éd. L’Harmattan 2001. Vers la Paix en Algérie op. collectif, éd. Bruylant. Bruxelles 2003. Les pages signées y sont reproduites.
6 - L’OAS fut créée à Madrid le 10 février 1961 et devint active en mars et surtout à l’automne suivant. Le FLN et ses séides prétendent aujourd’hui que les enlèvements ciblaient des militants de l’OAS. Dans La Phase Finale de la Guerre d’Algérie, éd. L’Harmattan 2011 nous avons montré que les rapts pouvaient toucher aveuglément n’importe quel Européen.
7 - Voir notre ouvrage Une Ténébreuse Affaire : La Fusillade du 26 mars 1962, éd. L’Harmattan 2009.
8 - Jordi, op.cit ,p.155.
9 - Maurice Faivre, Les combattants musulmans de l’Armée française, éd. L’Harmattan 1995.

 

Brève chronologie

19 mars 1962         Publication des accords d’Évian

17 avril 1962          Le FLN lance une campagne massive d’enlèvements d’Européens.

3 juillet 1962          Le gouvernement français reconnaît l’indépendance de l’Algérie.

5 juillet 1962          Massacre à Oran de plus de 700 Européens et d’une centaine de Musulmans
                             L’exode des Pieds-Noirs s’accentue.

Automne 1962       Le tandem Ben Bella – Boumedienne prend le pouvoir en Algérie.
                            Les enlèvements ralentissent puis cessent progressivement.

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- liens : "50 ans après les accords d'Évian: un silence d'État pour masquer un crime d'État"

 

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samedi 17 mars 2012

critiques du documentaire de Gabriel Le Bomin et Benjamin Stora

la+dechirure

 

mises au point sur la Déchirure

général Maurice FAIVRE

 

Gabriel Le Bomin et Benjamin Stora, La déchirure. Texte récité par Kad Merad.
Émission TV de FR2 le 11 mars 2012.

Ce documentaire de deux heures avait le mérite de faire défiler les principaux évènements de la guerre d’Algérie, de mai 1945 à 1962, plus un rappel sur la loi de 1999. Ainsi nous sont présentés :

- les atrocités et mutilations commises contre des civils en mai 1945 et août 1955, contre des militaires en mai 1956 près de Palestro ; la lutte fratricide du FLN contre le MNA (Melouza en mai 1957) ; les enlèvements d’Européens et le massacre des harkis en 1962 ;

- les réactions politiques des autorités françaises : la paix pour 10 ans du général Duval, l’intégration de Soustelle accordant les mêmes droits aux communautés, la pacification conduite avec générosité, le détournement de l’avion de Ben Bella, les pouvoirs spéciaux, les zones interdites et les regroupements de population, le fiasco de Suez, la fraternisation de mai 1958, l’engagement des harkis, la paix des braves et l’autodétermination du général de Gaulle, les référendums, la politique d’abandon à Évian ;

 

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- le congrès FLN de la Soummam en août 1955, l’installation du GPRA (Gouvernement provisoire de la République algérienne) à Tunis, le terrorisme transféré en métropole ; la manifestation du 17 octobre 1961 contre le couvre-feu, la lutte pour le pouvoir et l’anarchie de l’État algérien en 1962 ;

- les oppositions franco-françaises : barricades, insoumission, procès Jeanson, OAS et putsch des généraux, manifestation communiste de Charonne.

 

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Lors du débat qui a suivi le documentaire, Benjamin Stora a reconnu que la victoire militaire n’était pas suffisante pour rétablir la paix, en raison de l'isolement diplomatique de la France et des problèmes du Sahara, mais que les négociations avaient été conduites dans des circonstances discutables.

Jean-Jacques Jordi a rapidement exposé ce qu’avait été «le silence de l’État» face à l’épuration ethnique de 1962. Jeannette Bougrab ou Karima Chaalal auraient été plus objectives que Dalila Kerchouche. Les autres témoins n’étaient pas particulièrement bien choisis, et l’on a pu noter le refus de la victime d’un attentat de condamner l’immoralité du terrorisme contre des civils innocents (1).

 

mises au point

La pertinence historique des commentaires appelle quelques mises au point.

- le suspect tué dans le dos sur une route est un montage de la Fox Movietone, tourné devant plusieurs journalistes pour impressionner le public américain, on ne montre pas la mort du suspect ; les archives de la gendarmerie d’Alger et de Guelma prouvent que le gendarme qui a tiré a été sanctionné, mais a bénéficié d’un non-lieu du Tribunal ;

- de nombreux villages ont été rasés pour qu’ils ne servent pas de refuges aux djounoud, mais la population avait été évacuée auparavant ; certains regroupements effectués dans la hâte ont été reconvertis par Delouvrier, qui contredit la famine dénoncée par Rocard ; en 1961-62, 90% des regroupés ont préféré rester dans les villages où ils bénéficiaient du confort (2)

- d’après le CICR, le napalm est interdit sur les habitations civiles, mais pas contre les combattants (3)

- les parachutistes n’ont pas soutenu le soulèvement du 13 mai, mais un civil a «emprunté» un camion du RCP pour défoncer les portes du GG ; ensuite Massu s’est efforcé de canaliser le mouvement ; l’armée n’a pas pris le pouvoir, mais Pflimlin puis de Gaulle ont donné les pouvoirs civils et militaires à Salan ;

- le droit de vote aux Algériens a été accordé par Robert Lacoste et mis en œuvre par de Gaulle ;

- des attentats à la bombe ont été effectués par le FLN dans le Constantinois et à Alger avant l’attentat contre-terroriste de la rue de Thèbes, le 10 août 1956 (réf. Colonel Schoen) ;

- des affaires importantes semblent avoir été oubliées : la loi-cadre de R. Lacoste, les centres militaires d’internement créés par Salan, la bleuîte, l’affaire Si Salah, le discours gaulliste du 4 novembre 1960 ;

- de nombreuses estimations chiffrées appellent la critique : des dizaines de milliers de victimes de la répression en mai 1945 et en août 1955, 3.000 disparus dans la bataille d’Alger, 60.000 maquisards en 1958 (disposant de 20.000 armes de guerre !), 400.000 morts dont 30.000 appelés, des centaines de noyés dans la Seine en octobre 1961 ; toutes ces évaluations sont à vérifier ;

 

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- les centres de transit des harkis sont fermés en 1964 ; sur 66.000 rapatriés, il ne reste alors que 10.000 personnes dans les hameaux forestiers et les cités d’accueil ; ces dernières ferment en 1975, 90% des familles sont alors recasées en métropole ;

- Soustelle, Bourgès-Maunoury et le général de Gaulle évoquent la guerre d’Algérie et non «les évènements d’Alger» camouflage médiatique de la réalité. La loi de 1999 n’a fait que reconnaître tardivement les droits juridiques des combattants.

 

la torture

Le débat sur la torture reste un des sujets privilégiés de la propagande médiatique. Il n’est pas question de nier sa pratique, qui a été reconnue par maintes autorités ; dans le manifeste de 2002 des 521 officiers généraux anciens d’Algérie , le général Gillis écrit :

- «certains pendant la bataille d’Alger en particulier, ont été confrontés à un dilemme : se salir les mains en interrogeant durement de vrais coupables, ou accepter la mort d’innocents. S’il y eut des dérives, elles furent marginales et en contradiction même avec les méthodes voulues et les objectifs poursuivis par la France et son armée».

Dans l’été 1962, le colonel Godard poursuit la bataille d’Alger sans violence, par infiltration des groupes terroristes (4), il élimine le colonel Aussaresses ; Zora Driff reconnaît que «ces méthodes n’avaient plus court quand j’ai été prise» (septembre 1957)

Maurice Patin, président de la Commission de sauvegarde du droit et des libertés (16 enquêteurs), fait le point dans ses rapports successifs :

- septembre 1958 : l’emploi est proscrit mais persiste dans des cas isolés ;

- juin 1960 :les déclarations tardives de Djamila Boupacha ne sont pas convaincantes ;

- octobre 1960 : il n’y a plus de tortures spectaculaires ;

- février 1961, diminution des pratiques illégales ;

- décembre 1961, l’ordre a été rétabli par les Procureurs militaires, le système a fini par se disloquer ;

- 20 chefs de corps, en majorité parachutistes, cités par JC Jauffret, ont dit non à la torture (5) ; parmi eux, le colonel Trinquier à El Milia ;

- 400 enquêtes du CICR (6) dans les centres d’internement en Algérie et en métropole établissent à moins de 20% le nombres des prisonniers qui ont été torturés.

Ces différents constats ne confirment pas la pratique généralisée de la torture. Il est donc injuste d’accuser tous les combattants de s’être mal conduits, alors que la plupart sont venus en aide à la population musulmane.

 Maurice Faivre
membre de l'Académie des sciences d'Outre-mer

 

1 - anticolonialiste et disciple de Sartre, ignore-t-elle le conseil du philosophe dans sa préface à Franz Fanon : "il faut tuer, abattre un Européen, c’est supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé : restent un homme mort et un homme libre". On sait que Jean Daniel a condamné le démoniaque égarement de Sartre et de Fanon.

2 - M. Faivre, Les mille villages de Delouvrier, L’esprit du Livre, 2009

3 - M. Faivre, La Croix-Rouge pendant la guerre d’Algérie, Lavauzelle

4 - Maurice Schmitt, La deuxième bataille d’Alger, L’Harmattan 2008

5 - Ces officiers qui ont dit non, Autrement , 2005. À compléter par les témoignages du ministre P. Messmer, colonel Dabezies et général Pierre Jacquinet.

6 - M. Faivre, La Croix-Rouge pendant la guerre d’Algérie, op. cit.

 

________________________________

 

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quelques remarques (incomplètes)

Michel RENARD

 

Le début du documentaire, avec un dérayage de train, inscrit le soulèvement algérien dans la figure de la Résistance française au nazisme. On croirait revoir La Bataille du rail de René Clément (1946) ou Lucie Aubrac de Claude Berri (1997).

Mais, ces images sont fictives. Et induisent un parallèle quasi subliminal entre la présence nazie en France et la présence coloniale en Algérie. Or le temps de l'Occupation (1940-1944) ne fut pas celui de la colonisation (1830-1962). Les époques historiques sont différentes, les temporalités ont créé des rapports distincts. L'oppression allemande et nazie pendant quatre ans ne peut être comparée à la domination coloniale sur l'Algérie pendant des dizaines d'années : les objectifs ne furent pas les mêmes, les résultats et conséquences non plus.

Des rapports humains se sont édifiés entre "affrontements" et "accomodements" (Marc Michel, La colonisation positive, éd. Perrin, 2009). Le rapprochement est donc illégitime.

 

le hiatus commentaire/image

L'un des problèmes de ce documentaire est le décalage entre le commentaire et les images. Dès le début, on "voit" un soldat abattre un civil algérien sortant de sa tente. Il aurait fallu préciser qu'il s'agissait d'images tournées en août 1955 (alors qu'on les fait souvent passer pour des preuves des massacres de mai 1945 à Sétif…) dans des circonstances particulières - les massacres d'Européens à Philipeville -, et non de la réalité quotidienne de ce conflit.

 

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Suit immédiatement une image d'un homme mutilé au visage dont il aurait fallu dire si il fut une victime du FLN ou de l'armée française.

Une image n'est pas une preuve en elle-même. Elle doit être accompagnée d'un appareil critique d'identification, de contextualisation, éventuellement de démystification.

Les photos de membres de l'ALN sont suspectes d'inauthenticité. Il serait étonnant que l'ALN ait filmé, avec le risque que cela supposait d'identification ultérieure, des témoignages de ses actions. De plus leur équipement n'est pas crédible. Cela sent la propagande filmée parmi les armées des frontières en Tunisie ou au Maroc.

La référence à l'antériorité de Messali Hadj dans la constitution d'une conscience indépendantiste algérienne est bienvenue, et historiquement juste ("le père fondateur du nationalisme algérien"). Le problème est de savoir comment ce mouvement s'est disloqué. Qui, et au nom de quel projet, a pris l'initiative des "événements" du 1er novembre 1954 ?

Le retour sur 8 mai 1945 est partial. Il n'évoque ni l'interdiction de la manifestation, ni surtout, le fait que cette initiative fut une tentative d'insurrection consciemment préparée par le PPA et les AML (voir les propos de Mohammed Harbi et le livre de Roger Vétillard, Sétif, Guelma, mai 1945, massacres en Algérie, éd, de Paris, 2008, dont les 600 pages ne doivent pas dissuader les chercheurs de vérité).

 

un nationalisme en partie anachronique

Un commentaire du film est également critiquable – il est d'ailleurs une réplique d'une phrase de l'écrivain Kateb Yacine - : "c'est là dans les milliers de morts civils de cette répression que le nationalisme algérien va se cimenter et puiser la vigueur de son combat à venir". Cest faux. Le nationalisme algérien ne devient prépondérant dans la population non-européenne, évidemment - qu'à la fin de l'année 1960. Avec cette version, on reste dans la mythologie du nationalisme algérien réécrit par le FLN pour feindre une rétroaction du sentiment national.

François Mitterrand, ministre de l'Intérieur de Pierre Mendès-France, débarquant à Alger, est convaincu de l'influence égyptienne, dans les attentats de novembre 1954. "L'Algérie, c'est la France, et la France ne reconnaîtra pas chez elle d'autre autoritité que la sienne". On peut juger rétrospectivement ce jugement en décalage avec ce que l'avenir nous a appris. Mais, à l'époque, il correspondait, certes à un aveuglement devant le danger potentiel des indépendantistes, mais il ne faut pas commettre d'anachronisme. Il reflétait le rapport des consciences en Algérie ainsi qu'en métropole. Comme le note le commentaire : "toute la classe politique en est convaincue".

 

la question de l'Aurès

Par contre, le film dit peu après : "l'objectif de l'armée française est de prendre l'insurrection de vitesse : éviter qu'elle ne dépasse le massif des Aurès ; c'est là que se trouve le berceau de la révolte ; une région montagneuse sous-administrée, comme oubliée, un terrain idéal pour la guerilla".

Intéressant. C'est justement le territoire qu'étudiait Germaine Tillion, l'ethnologue familière de ces régions dès avant la guerre. Elle revient en 1957 dans ce milieu qu'elle avait bien connu et constate une dégradation de la situation économique : "Comment expliquer cela ? Les explications abondent mais beaucoup ne valent pas cher. En voici une première série classique : «Ils sont imprévoyants... ce sont de grands enfants... le fatalisme musulman», etc. Malheureusement pour les explications en question, j'étais là, précisément là, il y a quinze ans, et j'ai connu ces mêmes hommes, les mêmes enfants, ni imprévoyants, ni fatalistes, ni «grands enfants», mais au contraire, pleins de sagesse, de gaieté, d'expérience et d'ingéniosité. Seconde série d'explications, également classique : le Colonialisme, vieux Croquemitaine. Malheureusement encore, il n'y a jamais eu de colon ni hier ni aujourd'hui, à moins de cent kilomètres à la ronde et seuls le vent de sable et les chèvres peuvent à la rigueur être accusés d'une diminution de la surface des terres cultivables (mais ce n'est pas le «colonialisme» qui a inventé les chèvres et le vent") (L'Algérie en 1957, p. 27-28).

Il faudrait peut-être trouver une autre explication que l'oppression coloniale pour rendre compte de la naissance de la révolte dans ce "berceau"…

Michel Renard

  

guelma-setif-massacre1une image n'est pas une preuve en elle-même...

 

- voir : "La Déchirure"; erreurs de méthodes et graves oublis, Guy Pervillé

- voir "La Déchirure" : ce documentaire n'est pas un outil de référence, Daniel Lefeuvre

 

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vendredi 16 mars 2012

morts de la guerre d'Indochine

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Morts de la guerre d'Indochine (1945-1954)

 

question

Je souhaiterais savoir le nombre de morts de la guerre d'Indochine, en militaires français, en civils français, en militaires vietnamiens et autres et civils autochtones ? Puisque l'on parle de morts des dernières guerres et que celle d'Indochine se situe avant : I946-1954, soit une même durée que celle d'Algérie. Je viens de relire un livre passionnant Les prétoriens [de Jean Lartéguy].

Auteur : ongtai47

 

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Réponse

Dans son livre, Histoire de la guerre d'Indochine (Denoël, coll. "L'aventure coloniale de la France", 1992), le général Yves Gras affirme qu'on ne connaît pas "de façon exacte" les pertes humaines de ce conflit.

"On peut raisonnablement les évaluer à 500 000 personnes, dont 100 à 150 000 ont été assassinés par le Viet-minh. Sur ce total, le corps expéditionnaire comptait 59 745 tués et disparus, dont 2005 officiers français, et les forces armées vietnamiennes 58 877 tués et disparus" (p. 578-579).

Il précise à propos du corps expéditionnaire qu'il faut distinguer : "26 923 autochtones, 12 997 officiers et soldats français et 17 810 légionnaires et tirailleurs africains et nord-africains" (p. 579).

0n trouve, ailleurs, des évaluations différentes mais non sourcées (Denise Bouche, Histoire de la colonisation française, éd. Fayard, 1991, p. 451).

Je sais que Raymond Toinet fournit des chiffres précis, mais je n'ai pas son ouvrage à disposition : Une guerre de trente cinq ans, Indochine, Vietnam, 1940-1975 (éd. Lavauzelle, 1998, p. 473-476).

Pour comparaison avec l'Algérie, il faut savoir que le Vietnam (Tonkin, Annam, Cochinchine) compte probablement plus de vingt millions d'habitants en 1947, c'est-à-dire deux fois plus que de "musulmans indigènes" dans la colonie nord-africaine. En 1954, d'après l'historien Hugues Tertrais, dans son livre La piastre et le fusil, le coût de la guerre d'Indochine, 1945-1954 (2002, éd. Comité pour l'histoire économique et financière de la France), Le Nord-Vietnam comptait 13 millions d'habitants et le Sud-Vietnam, 12 millions ; donc un total de 25 millions de personnes.

Michel Renard

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______________________________

 

17 mars 2012 - grâce à l'extrême obligeance du professeur François Cochet (université de Metz), nous pouvons présenter les pages de l'ouvrage de Raymond Toinet relatives aux comptes des victimes de la guerre d'Indochine. Merci.

 

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jeudi 15 mars 2012

morts de la guerre d'Algérie

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les mécomptes d'Hélène Cixous

à propos de l'Algérie

 

On se trompe avec Hélène Cixous ce matin dans Libération (15 mars 2012)... Il n'y a jamais eu 600 ou 700 000 morts durant la guerre d'Algérie, comme elle l'affirme mais moins de 300 000 selon l'historien Xavier Yacono voire même un chiffre inférieur à 250 000 selon l'historien Charles-Robert Ageron. Ce qui est déjà important. Les pertes françaises seraient de 24 000 dont 15 000 au combat ou par attentats.

La période de la guerre de conquête (1830-1856) provoque bien une baisse de 20% de la population mais qui ne saurait être imputable aux seules opérations militaires ; il faut compter avec les épidémies, que la Tunisie voisine connaît à la même époque sans qu'il n'y ait eu de guerre.

Enfin, les Pieds-noirs n'ont pas été 1 million et demi mais 800 000 à quitter l'Algérie en 1962.

Hélène Cixous dirige le "Libé des écrivains" aujourd'hui. Cela ne l'empêchait pas de vérifier ses dires...

Daniel Lefeuvre - Michel Renard

 

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mercredi 14 mars 2012

Stora et Zeghidour

 

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rencontre avec

Benjamin Stora et Slimane Zeghidour

 

Benjamin Stora et Slimane Zeghidour participeront à un débat au 27, rue Jacob à Paris (siège des éditions les Arènes) à 19 heures.
Toutes les informations sur le lien suivant :


http://www.27ruejacob.fr/STORA-ZHEGUIDOUR

 

Commentaire :
Voici deux hommes d'honneur, car ils ont la particularité d'avoir la force de rester impartiaux, en dépit des pressions émanants de ceux qui ont "les plus grands bouches"...

Aussi, croyez bien que j'aurais été infiniment ravi d'être à vos côtés pour pouvoir très dignement témoigner de l'histoire de ma famille.

Aussi, pour information, voci le texte que j'avais préalablement mis en ligne, à la veille du débat télévisé, qui devait faire suite au merveilleux documentaire de Messieurs Stora et Le Bomin :
"Comme beaucoup de citoyens français, à part entière ;  j’ai l’immense crainte que le prochain débat relatif à cette guerre ne soit encore et invariablement réduit à une tribune offerte à des représentants de rapatriés et de fils et de filles d'harkis.
Aussi, dans un souci du respect du contradictoire et au nom de l'Histoire, il serait pour le moins nécessaire d'inviter, non pas seulement ces personnes, aussi louables soient-elles et des historiens, mais également des enfants de ces combattants algériens, qui ont vu à là la suite de ces évènements leur vie à jamais changer ...
De la même manière, il serait pas mal de dire quelques mots sur l'appui de ces Algériens, qui déjà en 1917 avait apportés leurs concours à la France, espérant en retour leur indépendance.
En effet, bien des familles marocaines, algériennes, sénégalaises et autres, ont payé un très lourd tribu pour défendre notre grande nation et ses valeurs.
À titre d'exemple et dans ma propre famille, ce n'est pas moins de 17 membres sur 21 qui, en avril 1917 sont morts dans les Ardennes, dont certains à Verdun. Dans les 3 années qui suivirent la fin de la guerre, deux autres décéderont en raison des gaz moutardes ...
Ces gens là on en parle si peu ! Pourquoi une telle chape de plomb, y compris à une époque où l’on nous stigmatise parfois, un peu plus que de raison ?
Ceci est d'autant plus absurde et incompréhensible, lorsque l'on observe nos pays voisins nous montrer l'exemple. Lorsque l'on sait que ces personnes, à double culture sont peut-être nos meilleurs Ambassadeurs pour commercialiser nos produits et nos services hors de nos frontières !
Et, ici, je voudrais dire, en toute humilité à nos amis républicains qu’il est catégoriquement faux de laisser croire que ces personnes seraient pour bon nombre arrivées en France, à la suite de cette guerre. À titre d’exemple, mon père est arrivé en France en 1956 et le premier Préfet «musulman», issu de l'immigration a été Chérif Mecheri ..... en 1946 !
À cette suite, il eu l’honneur et l’immense privilège de devenir tour à tour conseiller spécial de deux Présidents, secrétaire général de l'Union française et secrétaire général à la Présidence de la république et ce pendant 10 années !
Au besoin, je tiens à votre disposition les homélies rendues par l’état français, dont la préfectorale ainsi que la Cour des comptes et vous l’aurez compris, je serais ravi d’être invité sur votre plateau, pour tenter de donner un autre visage à cette population française, un peu trop souvent occultée".

Très Cordialement.

Auteur : Mécheri
15 mars 2012

 

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Pierre Schoendoerffer

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Pierre Schoendoerffer,

auteur de la 317e section est mort

 

 

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- L'historien Pierre Brocheux a évoqué, pour Études Coloniales, "toute la sympathie et l'admiration qu['il] éprouve pour Pierre Schoendoerffer en tant qu'homme et cinéaste. Schoendoerffer a porté un témoignage inoubliable et lucide pour l'Indochine de "mon époque" même si nos opinions sur le fond étaient diamétralement opposées." Pierre Brocheux

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Études Coloniales

 

- en retrouvant les images de ce film, on ne peut être que frappé - c'est une remarque peut-être marginale - par l'image christique de Jacques Perrin... Intention délibérée de l'auteur Pierre Schoendoerffer ?

Michel Renard

 

Le réalisateur et écrivain s'est éteint mercredi à l'hôpital militaire Percy de Clamart.

L'écrivain et cinéaste Pierre Schoendoerffer est mort cette nuit, à 6 heures du matin, à l'âge de 83 ans, entouré de ses proches, à l'hôpital militaire Percy, de Clamart où il avait été transféré il y a quelques jours après une intervention chirurgicale.

Né à Chamalières (Puy de Dôme), il s'était engagé à 17 ans comme mousse sur un chalutier suédois avant de rejoindre le corps expéditionnaire français en Indochine comme caméraman aux armées au sein du prestigieux 1er régiment de chasseurs parachutistes. Fait prisonnier à la bataille de Diên Biên Phu, le 7 mai 1954, il est libéré après trois mois de détention dans un camp vietminh. En 1956, il réalise son premier film en Afghanistan, La Passe du diable, d'après un scénario de Joseph Kessel.

En 1963, il publie son premier roman, La 317ème section, inspiré de cette expérience indochinoise qui hantera toute son œuvre. Deux ans plus tard, il en réalise l'adaptation au cinéma avec Bruno Cremer et Jacques Perrin - prix du scénario au Festival de Cannes. Jusqu'au début des années 2000, il poursuivra en parallèle une carrière d'écrivain et de cinéaste moultes fois récompensée. En 1968, il obtient l'oscar du meilleur documentaire avec La Section Anderson, récit d'une unité de combat américaine durant la guerre du Vietnam.

Son roman L'Adieu au Roi, publié aux éditions Grasset à qui il restera fidèle toute sa vie, obtient le Prix Interallié, dont il rejoindra le jury quelques années plus tard - le réalisateur américain John Milius le portera à l'écran avec Sean Connery après s'en être inspiré pour écrire le scénario d'Apocapyse Now. Le Crabe-Tambour, lui, est honoré par le Grand Prix de l'académie française et glanera trois césars pour son adaptation sur grand écran. En 1992, il réalise son film le plus ambitieux, Diên Biên Phu, tourné au Vietnam. Amis des écrivains et journalistes Joseph Kessel, Lucien Bodard et Jean Lartéguy, grand lecteur de littérature maritime et des œuvres de Kipling, Malraux, Loti - qu'il adapta deux fois au cinéma -, il faillit porter à l'écran dans les années 90 le roman de Joseph Conrad, Typhon.

Marié à l'ancienne journaliste de France-Soir, Pat Chauvel, qu'il avait rencontrée lors d'un reportage au Maroc en 1955, il était père de trois enfants dont le réalisateur Frédéric Schoendoerffer (Scènes de crime, Agents secrets, Switch) et l'oncle du grand photographe de guerre Patrick Chauvel.

Il avait été élu en 1988 à l'Académie des Beaux-Arts et appartenait à l'Académie des écrivains de marine. Pour tous, il restera l'écrivain d'aventure par excellence et le cinéaste ayant décrit avec le plus de justesse les souffrances, les mélancolies et les tragédies de l'armée française de la deuxième moitié du XXe siècle.

 
 
Par Jean-Christophe Buisson
14 mars 2012

_______________________

 

- La 317ème Section ou le « cinéma-vérité » de Pierre Schoendoerffer, par Delphine Robic-Diaz

 

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mardi 13 mars 2012

culture du maintien de l'ordre (Jean-Marc Berlière)

 

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policiers et manifestants, années 1950-1960

Jean-Marc BERLIÈRE

 

Dans le climat particulier de la guerre froide et de la guerre d'Algérie, les années 1950 et 1960 démontrent la permanence d'une culture de maintien de l'ordre largement marquée par la violence parfois démesurée. Le 14 juillet 1953, le 17 octobre 1961, le 8 février 1962 constituent autant de drames humains dont la police parisienne porte une grande responsabilité [...]

Observons d'abord que ces déchaînements de violence meurtrière concernent des Nords africains et des militants de gauche, en majorité communistes. Ce n'est pas par hasard.

Les représentations policières de Français musulmans systématiquement perçus comme des fauteurs de troubles et des délinquants, déjà fortement teintées d'influences "coloniales" en 1953 ont été encore noircies par les attentats perpétrés contre les policiers par le FLN à partir de 1960.

Quant à l'anticommunisme des policiers de la Préfecture de police qui s'est déchaîné à Charonne, déjà très développée avant la guerre par les affrontements qui opposaient depuis les années 1920 la police municipale aux "salopards en casquette", il est sorti exacerbé de l'Occupation par les attentats individuels commis par les "communo-terroristes" contre les policiers et par le rôle des communistes dans l'épuration de la Préfecture de police à la Libération.

Le déchaînement d'une violence largement partagée par les deux camps lors des affrontements liés à la guerre froide, par exemple à l'occasion de la manifestation contre le général Ridgway en mai 1952 (cf. Michel Pigennet, Au coeur de l'activisme communiste des années de guerre froide. La manifestation Ridgway, L'Harmattan, 1990), ont définitivement envenimé des rapports difficiles.

 

violences institutionnalisées et débordements

Aux désirs obsessionnels de vengeance couvant dans les commissariats et les cars de police, il faut certes ajouter les tensions au sein du FLN ou la stratégie de provocation de l'OAS.

Mais les événements, indignes d'un État de droit du 17 octobre 1961 et du 8 février 1962 résultent également d'une volonté délibérée de choc frontal de la part de la Préfecture de police, de la violence d'État institutionnalisée par un pouvoir gaullien autoritaire, et de la perte de contrôle par la hiérarchie de troupes conditionnées puis déchaînées par l'attitude du gouvernement et du préfet de police ressentie comme un encouragement tacite, une tolérance, un droit de tuer. Entre des débordements dramatiques que le premier ministre Michel Debré n'ignore pas et un risque de subversion par l'OAS d'un des derniers remparts de l'État, le choix du gouvernement est vite fait : la raison d'État, la volonté d'imposer l'ordre public dans une situation lourde de menaces commandent une fermeté sans rapport avec les manifestations concernées, comme elles imposeront ensuite le mensonge, le silence.

Si la dimension politique de ces tueries, assimilées par certains analystes à des "meurtres d'État" (cf. Alain Dewerpe, Charonne, 8 février 1962 : anthropologie historique d'un massacre d'État, Paris, Gallimard, 2006), ne surait être minorée, on se contentera ici d'apprécier les événements au regard de l'histoire du maintien de l'ordre, notamment en terme de fautes ou d'aberrations techniques.

L'étude des archives internes, les témoignages des acteurs démontrent l'incompétence, les erreurs tactiques, les fautes techniques accumulées et surtout la perte de contrôle de leurs troupes par les différentes hiérarchies. C'est très net pour la répression de la manifestation algérienne du 14 juillet 1953 marquée par un usage irraisonné et illégitime des armes hors de tout contrôle, mais c'est également vrai du 17 octobre 1961 et de la tuerie de Charonne. Des policiers déchaînés, aidés par une partie de la population le 17 octobre, se sont livrés, de longues heures durant, à des représailles et àdesactes de barbarie hors de tout contrôle ou en ignorant délibérément les rappels à l'odre de commissaires dépassés, parfois menacés par ses [sic !] propres troupes.

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Il semble légitime de lire ce déchaînement sans frein de brutalité sauvage, ces scènes de meurtres et de barbarie comme la négation radicale d'un demi-siècle de réformes et d'efforts pour apaiser et civiliser le maintien de l'ordre. On notera toutefois que ces exactions furent le fait "d'amateurs" : pour l'essentiel les gardiens de la paix des compagnies d'intervention dites de district de la Préfecture de police.

Armés de "bidules" redoutables, mal ou peu encadrés, ces policiers n'avaient ni la formation, ni l'entraînement, ni la discipline des "professionnels" - CRS, Gardes mobiles - qui, présents sur chacun de ces événements, ne semblent pas avoir participé aux exactions et notamment aux charges et chocs frontaux que tout leur entraînement et leur culture leur apprenaient à éviter, pas plus qu'aux "ratissages" et déchaînements qui succédèrent aux affrontements et n'épargnèrent ni les badauds ni les passants."

Jean-Marc Berlière, Policiers et manifestants : un siècle de mutation,
in Danielle Tartakowsky, Paris Manif', les manifestations de rue à Paris de 1880 à nos jours,
Comité d'Histoire de la Ville de Paris, Presses universitaires de Rennes, p. 255 à 257.

 

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mercredi 7 mars 2012

l'éclatement de la Libye

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l'éclatement de la Libye ou

le retour à une longue histoire

Bernard LUGAN

 
L'éclatement de la Libye que j'avais annoncé dès le 1er avril 2011 [1] a été officialisé le 6 mars 2012 avec la déclaration d'autonomie de la Cyrénaïque. Chaque jour qui passe, les résultats de l'intrusion franco otanienne dans la guerre civile libyenne apparaissent ainsi de plus en plus catastrophiques, deux réalités ayant été totalement ignorées par ceux qui décidèrent de cette insolite expédition :

1) La Libye n'existe pas. 

2) Ses deux principales composantes, la Tripolitaine et la Cyrénaïque ont toujours été opposées.
 
Au début de l'année 2011, ce ne fut pas à un soulèvement «démocratique» que nous avons assisté, mais à une tentative de sécession de la Cyrénaïque. Sur ce mouvement vinrent ensuite se greffer les islamistes arabistes radicaux, puis les Berbères arabophones de Zentan et leurs cousins berbérophones de Zouara et du Jebel Nefusa désireux d'en découdre avec un régime qui avait constamment nié leurs droits.

Ainsi donc, dans l'ignorance bétonnée du dossier, l'Élysée prit-il le parti d'un camp contre un autre, croyant, ou pire, feignant de croire, que le CNT était l'émanation d'un peuple en lutte pour ses droits démocratiques alors qu'il n'était qu'un conglomérat d'intérêts contradictoires.

Le colonel Kadhafi massacré dans les conditions que l'on connaît, ses «vainqueurs» se déchirèrent ensuite à belles dents :

- En Tripolitaine, le faible CNT navigua à vue entre les milices islamico-mafieuses de Misrata, les milices islamiques  de Tripoli, les Berbères de Zentan et du jebel Nefusa et les Warfalla [2].

- En Cyrénaïque, les chefs de tribus virent dans le CNT une émanation de la Tripolitaine et ils s'en affranchirent. Ce fut cependant un problème local qui hâta leur décision de proclamer l'autonomie de leur région. Les tribus supportaient en effet de plus en plus mal le climat anarchique résultant des agissements de certaines  milices islamistes fondamentalistes soutenues par une partie du CNT et qui s'en prenaient à leurs pratiques religieuses coutumières.

Dans cette région à forte caractéristique confrérique, l'islam salafiste ou wahhabite voulut en effet interdire le culte rendu aux saints aux les marabouts du Maghreb -  allant jusqu'à détruire leurs tombeaux (voir mon communiqué du 18 janvier 2012).
Tout ceci fit que ce qui devait arriver «arriva» avec la déclaration d'autonomie du 6 mars 2012 prononcée par l'assemblée des tribus de Cyrénaïque qui reconnut comme chef Ahmed Zubaïr al-Sanussi, parent du roi Idriss Ier renversé en 1969 par le colonel Kadhafi, et membre éminent de la famille-confrérie sénoussiste qui régnait sur la région à l'époque ottomane.

En Libye, c'est donc à un retour à la longue histoire que nous assistons. Face à ce puissant mouvement de fond, la démocratie individualiste ou les droits de l'homme apparaissent pour ce qu'ils sont, des modes occidentales passagères bien éloignées des réalités locales. Il est cependant regrettable que les dirigeants français y aient une fois de plus cédé avec pour conséquence le bouleversement de toute la géopolitique sur l'arc de tension saharo-sahélien. 

Bernard Lugan
7 mars 2012


[1] Voir mon communiqué du 1° avril 2011 ainsi que les articles de l'Afrique réelle sur toute l'année 2011.
[2] Voir à ce sujet le numéro de  janvier 2012 de l'Afrique Réelle.

http://bernardlugan.blogspot.com/p/reabonnement-2012.html

 

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mardi 6 mars 2012

le nouveau site des archives d'Outre-mer

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un nouveau site pour les ANOM

d'Aix-en-Provence

 

Découvrez le nouveau site des Archives nationales d'outre-mer. Ce cadeau n'arrive pas seul, puisque 2000 photos viennent d'être rajoutées dans la base d'images "Ulysse". Elles concernent les DOM mais aussi l'Indochine, les Comores, Madagascar, le Sahara,le Mali et l'Algérie. De nombreux d'inventaires nouveaux sont également accessibles en ligne.

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page d'accueil du nouveau site

 

Toutes les rubriques seront utiles au chercheur comme au curieux : présentation, fonds, les instruments de recherche en ligne (IREL) : site des Archives d'Outre-Mer

 

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jeudi 23 février 2012

Charonne (1962) et la CGT

Charonne CGT (3) 

 

la CGT n'a rien appris de l'histoire

Michel RENARD

 

L'Union régional Île-de-France de la CGT a publié, début 2012, une plaquette commémorative de la manifestation du 8 février 1962 restée sous le nom de "Charonne" (du nom d'une station de métro du 11e arrondissement de Paris) et des neuf morts assassinés par la police (dont huit membres du Parti communiste).

Historiquement, on ne peut y être insensible. Personnellement, je le suis encore moins puisque ma propre mère fut l'une de ces manifestantes. Lorsqu'elle décéda, beaucoup plus tard, et qu'on l'inhuma, le 28 février 2008 à Bezons, j'ai prononcé ces mots au sujet de cet événement : "Le 8 février 1962, à proximité du métro Charonne, avec d'autres, elle fut malmenée par la charge policière et ne dut qu'à la vigilance d'un anonyme compagnon de manifestation d'échapper au piège qui fut fatal à plusieurs."

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8 février 1962

J'ai longtemps cru qu'il s'agissait d'une vérité familiale et historique. Or, mon père vient de m'appendre que j'ai dû confondre avec la manifestation contre la venue du général américain Ridgway le 28 mai 1952. Ce jour-là, la répression fut terrible : on compta un mort parmi les manifestants et des dizaines de blessés. C'est à cette occasion que ma mère fut renversée. Un manifestant proche puis mon père (qui se souvient du prénom du premier) se portèrent à son secours, la dégagèrent et la mirent à l'abri du danger. Ma mère n'était pas à Charonne, sinon "nous serions rentrés ensemble" me fit remarquer mon père.

Entre parenthèses, ce souvenir écran atteste de la terrible vulnérabilité du témoignage de mémoire. Et des processus complexes de déplacement de souvenirs. Il me semblait pourtant en avoir plusieurs fois discuté avec mes parents. Ma mère était à Charonne, j'en étais persuadé. À tort.

Mon père, de son côté, fait depuis longtemps partie du "Comité Vérité et Justice Charonne" (lire son interview ci-dessous paru en 2010) Je ne livre pas ces confidences famliliales comme argument d'autorité pour valider ce que je vais dire. Seulement, pour signifier que "Charonne" est loin de m'être indifférent.

Mon ami Daniel Lefeuvre, lui, a participé au cortège des obsèques de ces décédés, le 12 février 1962, ce fut sa première manifestation, je crois. Il en garda le souvenir d'un impressionnant silence. "Charonne" est l'un des ferments de notre réceptivité à la période coloniale et anti-coloniale.

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12 février 1962

 

quelques critiques de la plaquette de la CGT

Ce qui me gêne dans la plaquette de la CGT n'est pas le rappel de ces tragiques événements. Il faut le dire et le redire. Mais ce sont plusieurs affirmations, cadres d'analyse ou même silences qu'il est impossible de continuer à répéter aujourd'hui. Par exemple :

1) la plaquette commence ainsi : le 18 mars 1962, les accords d'Évian mettaient fin à huit ans d'une guerre..." Faux. On sait très bien que la "guerre" continua pendant des mois, que la direction du FLN à Tripoli n'approuva pas les accords, que des centaines de morts tombèrent après mars 1962.

Charonne CGT

2) le texte se poursuit par un bilan : "Environ 400 000 Algériens sont morts, 90 000 harkis, 29 000 militaires français, 6000 civils «européens». Il y eut environ 65 000 blessés". D'abord, le chiffre de morts algériens est inférieur, environ 300 000 selon l'historien Yacono et probablement inférieur à 250 000 selon Charles-Robert Ageron (cf. Guy Pervillé, Pour une histoire de la guerre d'Algérie, éd. Picard, 2002, p. 239). Ensuite, on pourrait expliciter que les harkis ont été tués par les Algériens, que des Algériens messalistes (Messali Hadj) furent égorgés par des Algériens du FLN...

3) on utilise la formule : "l'ultra-colonisation de l'Algérie". Qu'est-ce cela veut dire ? D'où sort cette caractérisation ? Aucun historien ne l'a jamais employée, personne ne l'a jamais élucidée. Pourquoi cette emphase ? Le terme de colonisation suffit, même si la réalité a montré "des" colonisations différentes. Le terme "ultra" voudrait-il renvoyer aux "ultras" de la collaboration qui s'affichèrent avec les nazis entre 1940 et 1944 ?

4) d'autant que si "l'ultra-colonisation" voulait évoquer la colonisation de peuplement, les chiffres qui figurent dans la plaquette elle-même subviennent à prouver la marginalité de ce peuplement : "la conquête du territoire se double de l'installation des colons. Quand le général Bugeaud quitte ses fonctions, 11 000 européens (notamment espagnols) et 47 000 Français colonisent l'Algérie"...! Et puis quoi encore ! Cinq dizaines de milliers de personnes colonisent l'Algérie.. Ce n'est pas sérieux. Par ailleurs, la plupart étaient à Alger et dans ses alentours immédiats.
Comme le note Jacques Frémeaux : "La véritable prospérité de la colonie ne commence réellement qu'à partir des années 1880, poussée par le développement du vignoble" (La France et l'Algérie en guerre, 1830-1870, 1954-1962, éd. Economica, 2002, p. 52).

5) l'évocation de la conquête militaire est très lapidaire : "le général Bugeaud conduit une guerre d'une sauvagerie extraordinaire. Il organise la torture contre les populations locales en pratiquant par exemple l'enfumage des populations"? La guerre de conquête a été violente. Le mot "torture" contre des populations locales est-il approprié ? Le défaut du raisonnement tient dans sa généralisation.


a) L'affrontement avec les tribus passait par le contrôle des territoires où elles trouvaient refuge, ce qui conduisit aux "razzias" avec destruction des douars, confiscation des récoltes, déplacement des populations... Ces méthodes terribles n'étaient pas spécifiquement françaises ni nouvelles.
L'historien Jacques Frémeaux précise : "Bugeaud n'est pas, à vrai dire, l'inventeur de la razzia. Celle-ci est largement inspirée de celle des anciens dominateurs turcs, qui eux-mêmes n'avaient sans doute qu'emprunté à leurs prédécesseurs une technique de domination employée depuis des temps anciens par les États du Maghreb. Faute de pouvoir occuper et administrer de manière permanente les pays relevant de leur souveraineté, ils y envoyaient régulièrement des colonnes armées, dites mehalla, chargées de lever les impôts. En cas de résistance, celles-ci opéraient des ravages qui ne cessaient qu'au moment où les notables venaient faire leur soumission. Il semble que parmi les premiers Français à avoir recours de manière systématique à ces méthodes figure le genéral Lamoricière, jeune rival de Bugeaud, mais un des plus anciens «Africains» de l'armée. Elles deviennent en tout cas une constante des campagnes françaises en Afrique du Nord (La France et l'Algérie en guerre, 1830-1870, 1954-1962, éd. Economica, 2002, p. 197). Mais ci, le terme de "torture" est inapproprié.

b) les autorités militaires coloniales considéraient les insurgés comme des rebelles à l'ordre colonial mais pas comme des Français coupables de rébellion à l'autorité de l'État. Jacques Frémeaux, encore, note : "les commandants des colonnes qui recueillent les redditions ont pour coutume d'imposer aux survivants de rendre leurs armes, et de les frapper de peines collectives, notamment sous forme d'amendes, et non de les condamner à mort ou à des peines de travaux forcés" (id, p. 88). Alors que les insurgés vaincus et prisonniers de 1848 ou ceux de 1871, en métropole furent fusillés. Là encore, on ne peut qualifier cela de "torture".

c) par contre l'affaire des enfumades des grottes du Dahra (19 juin 1845) manifeste un degré de cruauté qu'il faut cependant tempérer par les réactions des militaires qui ont eu à la mener ou à la commenter. Talonnée par les troupes de Pélissier, une partie des populations de la tribu des Ouled Riah se réfugie dans un massif montagneux à l'est de la ville de Chlef, les grottes du Dahra. Des négociations s'engagent entre les "insurgés" et les militaires français après les ripostes armées des "encavernés" qui tirent. L'accord ne se conclue pas. Pélisssier décide de faire sortir les barricadés en enfumant l'entrée des grottes et fait tirer sur ceux qui tentent de s'extraire du piège. Plus de cinq cents personnes y laissèrent la vie, hommes, femmes enfants, dit-on. Horrible épisode de guerre.
Pélissier rend compte à Bugeaud : "Ce sont des opérations, Monsieur le maréchal, que l'on entreprend quand on y est forcé, mais que l'on prie Dieu de n'avoir à recommencer jamais" (cf Jean-Pierre Bois, Bugeaud Fayard, 1997, p. 455). Ce qui prime dans ce face à face est l'aspect militaire. Il n'y a pas de caractérisation ethnico-péjorative de l'adversaire. Ni "torture", mais logique de choc militaire sans concessions. Comme l'avaient été toutes les guerres jusqu'alors.

5) La référence au "facisme" du régime gaulliste. C'est un contre-sens historique bien connu. On peut discuter des conditions du retour au pouvoir du général De Gaulle en mai-juin 1958. Mais cela n'a jamais approché le fascisme. Répéter en 2012, les slogans alarmistes et anachroniques lancés en 1958, c'est ne rien avoir appris de l'histoire.

Alors, oui, en tant que citoyen, il faut condamner la violence politique et policière de 1962. Oui, il faut honorer la mémoire des sacrifiés. Mais en tant qu'historien, on ne peut réitérer les catégories d'appréhension du passé relevant d'une idéologie et non de la rigueur d'analyse.

Michel Renard

Charonne CGT (2) 

 

 

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metro-charonne 

 

Charonne : «Un crime pour mémoire»

Daniel RENARD (2010)

21218138Quarante-huit ans après, l’État n’a toujours pas reconnu sa responsabilité dans le crime du métro Charonne. Entretien avec Daniel Renard, président du Comité Charonne pour la vérité et la justice.

Jean-Pierre Bernard, Fanny Dewerpe, Daniel Fery, Anne-Claude Godeau, Édouard Lemarchand, Suzanne Martorelle, Hippolyte Pina, Maurice Pochard, Raymond Wintgens. Il y a quarante-huit ans, le 8 février 1962, ces neuf syndicalistes de la CGT, dont huit étaient militants du Parti communiste, étaient assassinés, à la station de métro Charonne, par les brigades spéciales dirigées par Maurice Papon, à l’époque préfet de police de Paris. Ils venaient de participer à une manifestation contre l’OAS (1) et pour la paix en Algérie.
Daniel Renard, aujourd’hui président du "Comité Charonne pour la vérité et la justice", faisait partie des organisateurs de cette manifestation. Il témoigne.

Pourquoi un comité Charonne et pourquoi ce nom : vérité et justice ?

Daniel RENARD - Parce que nous voulons que l’État reconnaisse enfin sa responsabilité dans le crime du 8 février 1962 et que justice soit rendue aux familles des victimes. Nous voulons aussi faire connaître ce qui s’est passé. Beaucoup, surtout parmi les jeunes, ignorent tout de Charonne. On ne leur en parle pas à l’école.

Quel était l’objectif de cette manifestation du 8 février ?

Daniel RENARD - Elle avait deux objectifs : la riposte aux attentats de l’OAS et la paix en Algérie. Le 7 février, une charge de plastic au domicile du ministre André Malraux avait défiguré la petite Delphine Renard. D’autres attentats avaient visé notamment le député communiste Raymond Guyau et l’écrivain Vladimir Pozner qui avait été sérieusement blessé.
Le soir même, les unions départementales CGT de la Seine et de la Seine-et-Oise provoquaient donc une réunion des organisations syndicales et politiques pour riposter. Et, le matin du 8 février, un tract appelait à manifester à 18 h 30 à la Bastille. Il était signé par les syndicats CGT de Seine et de Seine-et-Oise, les organisations parisiennes de la CFTC, de l’Unef, du SGEN, les sections de Seine-et-Oise de la Fédération de l’éducation nationale (FEN) et du Syndicat des instituteurs. Les fédérations de Seine et de Seine-et-Oise du Parti communiste et du PSU, les Jeunesses communistes, les Jeunesses socialistes unifiées, le Mouvement de la paix de Seine et de Seine-et-Oise s‘associaient à l’appel.



charonne


Comment les événements se sontils déroulés ? Vous étiez parmi les organisateurs…

Daniel RENARD - J’étais secrétaire général de la FEN de Seine-et-Oise. Lorsque nous avons su que le gouvernement interdisait la manifestation, nous avons tenté en vain d’avoir un rendez- vous à la préfecture de police. Il faut rappeler que le préfet de police, Maurice Papon, venait de s’illustrer dans le massacre des Algériens lors de la manifestation du 17 octobre 1961 à l’appel du FLN – on connaît aussi son rôle, en Gironde, pendant l’Occupation. La Bastille n’étant pas accessible, nous avons constitué cinq cortèges différents. En tête de chacun il y avait des responsables des organisations qui appelaient.
On a évalué à 60 000 le nombre total de manifestants. Je me trouvais dans le cortège qui, parti du boulevard Beaumarchais, est arrivé à l’angle de la rue des Écoles et du boulevard Saint-Michel où la dislocation s’est effectuée dans le calme.
Je suis alors rentré chez moi, à Bezons. C’est dans la nuit que j’ai été informé de ce qui s’était passé au métro Charonne. Alors que des responsables de la CGT et de la CFTC venaient de s’adresser aux manifestants et avaient appelé à la dispersion, la police a chargé avec une violence inouïe. Il y a eu huit morts sur le champ, un neuvième est décédé huit semaines plus tard. Parmi les nombreux blessés, certains l’étaient très sérieusement. Selon la thèse que Papon et le gouvernement ont tenté d’accréditer, les manifestants se seraient rués dans l’escalier du métro dont les grilles étaient fermées et se seraient écrasés les uns sur les autres. Mais c’est faux, les grilles n’étaient pas fermées.

Comment expliquez-vous une telle violence ?

Daniel RENARD - Papon et le gouvernement cherchaient à en découdre. Les unités de police avaient été particulièrement choisies et comportaient des éléments qui revenaient d’Algérie. Or la volonté d’écraser la lutte du peuple algérien avait été mise à mal. Avec une certaine mauvaise volonté, le gouvernement français avait dû engager, le 20 mai 1961 à Évian, des pourparlers avec le gouvernement provisoire de la République algérienne. L’OAS, qui voulait y faire échec, multipliait les attentats.
Mais la mobilisation contre la guerre s’élargissait. Le 16 janvier 1962, un appel à «agir au grand jour contre les factieux de l’OAS» avait été signé par cent anciens résistants, parmi lesquels des gaullistes comme le général Billotte. Évidemment, les militants communistes qui luttaient depuis des années contre la guerre d’Algérie étaient particulièrement motivés. Le 8 février ils constituaient le gros des cortèges, ce qui fait que sur les neuf victimes, huit étaient communistes.

Quel a été l’impact de Charonne ?

Daniel RENARD - Cela a déclenché un mouvement auquel le pouvoir ne s’attendait pas. Le lendemain, l’appel à un arrêt de travail d’une heure a été massivement suivi dans tout le pays. Les obsèques ont eu lieu le 13 février à l’appel de toute la gauche, de toutes les organisations syndicales. La foule était immense – on a parlé de 1 million de personnes. La pression pour que les négociations avec le FLN progressent est devenue telle que le 19 mars 1962 les accords d’Évian étaient signés.

Quel enjeu représente aujourd’hui la reconnaissance de ce crime ?
Daniel RENARD - Cette reconnaissance est très importante pour agir contre toutes les survivances du colonialisme. Nous associons le 8 février 1962 et le 17 octobre 1961 qui était aussi une manifestation pacifique. Faire reconnaître ces crimes par l’État français est aussi une façon de travailler à l’amitié franco-algérienne. Ces dates marquent l’histoire de France et font partie de l’identité populaire.

entretien réalisé par Jacqueline Sellem, L'Humanité, 10 février 2010


(1) Organisation de l’armée secrète dirigée par les généraux Jouhaud et Salan qui avaient participé au putsch d’Alger du 13 mai 1958. Ils seront amnistiés en juillet 1968.

 

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les neuf morts du métro Charonne, le 8 février 1962

 

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