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Abd-el-Kader

 

Les leaders algériens, leurs relations

avec la France et le monde

Oudainia KHALIL

 

Essai dans lequel j'aborde le sujet critique en Algérie des DAF, déserteurs de l'armée française, notamment aux dernières phases de la guerre de libération et ce en projetant le reflet historique.

Partie 1 :

Les leaders algériens durant la présence française en Algérie.

Les leaders algériens ont été bien vénérés longtemps pour ce qu'ils méritent en tant que résistants mais également comme il se doit dans la coutume de culte de la personnalité dans notre population. C'est vrai que par rapport à d'autres leaders dans d'autres civilisations ils sont beaucoup plus respectueux et n'avaient pas des comportements personnels blâmables comme Napoléon, Bismarck ou Simon de Bolivar. Peut-être à cause du conservatisme de la population et son attachement à l'aspect moral.

Est-ce cela suffit pour ne pas évoquer tout leur itinéraire, et le positionner dans son contexte historique, et surtout le mettre à la connaissance des partisans de l'idée des infiltrations menées, ou prétendues, des militaires indigènes de l'armée française, reconvertis à l'approche de l'indépendance à l'ALN?

L'Émir Abdelkader, vu en Algérie comme le fondateur de l'État algérien moderne avait une relation pour le moins étroite avec l'Administration française.

Nous citons ci-dessous, un fragment d'une lettre prétendue envoyée par l'Émir Abdelkader au consul français à Damas (empire Ottoman) 

الحمد لله سعادة الأخ برتان الأكرم أدام بقاءكم في النعيم أمين، أما بعد فإنه وصل البارحة رجل من الجزائر كان سافر إليها من مدة ستة أشهر فأخبرت أن عدو الله وعدوي وعدو نفسه المجنون محي الدين وصل إلى الحدود بين حكومة تونس وحكومة الجزائر فحصل عندي من الغم والهم من هذا الخبر السوء ما لا أقدر أصفه لكم وتحيرت وما عرفت ما أصنع. ولو جاءني خبر موته كان أحب وأشهى إلي من أسمع أن يسعى في الفساد وحيث أعرف أن كثيرا من الناس البعيدين عنا يتوهمون أن هذا الفعل القبيح بإرادتي وإذني وجدت الطريق التي تحصل به براءتي من هذا الولد المجنون و من فعله القبيح فإذا استحسنتم جنابكم تتخابرون مع الوزير فإذا أحسن عنك مساعدتك أكتب مكاتيب خصوصية لكل قبيلة من القبائل الذين مع المفسد بعد أن يعرفوني أين هو وأسماء القبائل هم عندهم ليتحقق الناس أني برئ منه ومن عمله.

منتصف محرم 1288

المخلص عبد القادر.

Dans cette lettre il renie son fils qui revient en Algérie pour participer à la grande insurrection de 1871. Nous trouvons la confirmation de l'existence de cette lettre, dans laquelle il réfute l'action de son fils, combattant la France, dans le livre de l'Emir Abdelkader écrit par Bruno Étienne (page 491 de la version traduite en Arabe par Michel Khoury, Editions Attia) sans pouvoir confirmer son contenu exact.

Après la fin de sa résistance, il a passé 5 ans d'emprisonnement. Son intervention dans les évènements Musulmans-Chrétiens (1860) lui a valu la décoration par la légion d'honneur de la France.

L'Émir Abdelkader, dit le père fondateur de la nation moderne, a combattu l'armée de la colonisation de 1832 à 1947. Mais est-ce seulement la guerre qui les reliait? Et quelle explication peut-on donner à sa relation avec l'Empire après sa capitulation? Et surtout pourquoi ces faits ne sont pas mis à la disposition des écoliers algériens, à qui on ne présente que les phases de la résistance et une courte présentation de sa vie à Damas?

Est-ce que sa proposition à l'Angleterre et aux États-Unis d'exploiter des ports en Algérie, en contrepartie d'un soutien pour chasser les Français, peut, selon le raisonnement de nos jours, nous faire dire qu'il est Pro-américain!?

C'est clair que ce qui est écrit ci-dessus est une analyse abstraite, partielle et incomplète, afin qu'on n'aille pas très vite à remettre en cause la lutte héroïque du premier leader algérien d'Al-Djazaïr (Algérie) Moderne.

 

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Mokrani fidèle à l'Empereur de la France

Mokrani, un des prestigieux leaders algériens, suscite toujours une polémique à propos de son parcours en tant que chef rebelle.

On est arrivé même à dire que la guerre est déclenchée (1871) à cause de la privation de ses privilèges. Ce qui explique en partie peut-être, la répression féroce qui a suivi, de crainte d'un leader si Charismatique. Nous ne soutenons pas cette hypothèse à laquelle nous n'avons trouvé aucune source la confirmant.

Ce qui est connu en tout état de cause, c'est la forte possibilité qu'avait Cheikh Mokrani dans le projet du Royaume Arabe de l'Empire, pour accéder à la place du Sultan ou Kalif ; Mokrani, qui voulait confirmer son attachement, a proposé à l'Empereur une légion dans la guerre contre la Prusse; mais l'empereur a refusé! Ce refus, ajouté à la dette non-remboursée que les Autorités ont emprunté de Mokrani et les nouvelles méthodes de traitement parues avec l'instauration de la troisième République restent pour beaucoup de spécialistes les causes principales de la plus grande Insurrection qu'a connue l'Algérie durant l'occupation avant 1954, plus grande même que la Résistance de l'Emir.

Bien sûr il faut prendre en considération la coïncidence des faits avec l'avènement de la Commune de Paris.

Comme détail aussi, doit-on mentionner, avant cela une raison de la participation faible de l'Ouest très démuni, en cette guerre, selon certaines sources : la famine de 1866-1867 qui a frappé le pays, notamment en la partie Ouest, a vu la mort d'environ le tiers de la population algérienne (1), élément crucial en cette guerre.

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L'Émir Khaled, le premier Nationaliste Algérien(2):

L'Émir Khaled pour beaucoup d'historiens est le père du nationalisme algérien, et la figure de proue du mouvement jeunes-algériens.

Evoquons donc certains épisodes de l'itinéraire, seules nécessaires à notre analyse, de ce fameux Leader algérien.

L'Émir Khaled a étudié à l'Ecole des officiers militaires Saint-Cyr, sur insistance de son père l'Emir Hachemi. Par la suite, il a refusé de se naturaliser français, ce qui montre une opposition certaine au système coloniale. Un des évènements de son parcours est la participation avec son régiment, aux évènements du Maroc 1907. En 1914 l'Émir Khaled s'engage de sa propre initiative dans l'armée française pour défendre la Nation durant la guerre.

Action de courage, bien qu'il soit fonctionnaire à l'armée française, il envoie une lettre au président Willson pour demander que l'Algérie soit représentée à la ligue des nations indépendamment de la France. (3) (il s'adapte aux circonstances dans sa lutte, le fait de s'engager à l'armée française n'est nullement équivalent de quelconque alignement, bien qu'elle soit une position non-confortable).

L'Emir Khaled avait devant lui une réalité et une administration à confronter et certainement il ne pouvait faire plus dans ces circonstances.

Cela peut être également projeté, d'une manière ou d'une autre, sur les officiers indigènes, et même naturalisés français, ralliés à l'Armée de Libération Nationale, avant le cessez-le feu.

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La lutte de Ferhat Abbasa peut aussi susciter des débats surtout avant 1945, où ses idées étaient nuancées par rapport au nationalisme, notamment si on se rappelle son fameux article, dans la Défense, "La France c'est moi!". (Article controversé).

À tort ou à raison, nous, nouvelles générations, du fait d'un héritage réflexif de nos pères surtout, accusions les hommes du pouvoir, militaires notamment, d'être des serviteurs de la France, Hizb Farança (Parti de France) comme on les appelle.

De ma part, je considère que nous pouvons être politiquement opposés à ces officiers qui ont pris le pouvoir d'une manière apparente depuis 1992, et les accuser également de corruption, mais le fait de remonter leurs itinéraires à la période 1954-1962, qui me paraît partial au regard de ce qui vient d'être relaté, cause, principalement deux répercussions, pour le moins dangereuses :

1 - ce fait de qualification d'agents français, d'une classe bien large, qui, à certains moments, détenait la direction de la presque totalité de l'armée, et par conséquent de l'état algérien, à cause de la nature même du système algérien post-indépendance, remet en cause la légitimité même de l'état, et plus grave encore, de la nation.

2 - Vivions-nous dans un état de trahison ? Et si oui est la réponse, à quel niveau peut-on évaluer notre rôle, à cause de la non-action face à ce fait grave, à moins que les traîtres, outre à la force mise à leur disposition, sont si nombreux plus même que les "nationalistes" et par conséquent, s'appuyant sur la démocratie ils constituent la majorité qui a le droit de choisir, même que l'état soit assujetti! Certainement, c'est absurde.

Nous devons être plus conscients de nos analyses et hypothèses

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À la lumière de ce qui vient d'être relaté nous pouvons pour le moins avoir un constat :

- Il est évident que ces militaires n'ont pas de repères idéologiques, des intellectuels qui les conseillent, pour exploiter ou plus même ces fragments, je dis bien fragments, de l'histoire des ces grands messieurs de l'histoire algérienne, pour dire ainsi nous ne sommes pas différents de ces héros historiques. Heureusement que cela n'a pas était exploité ainsi, sinon l'histoire de l'Algérie aurait été souillée une fois de plus.

Nous entendons par Intellectuels au Service de la promotion idéologique des régimes, des personnalités come : HASSANIN HAYKAL et TOUFIK EL-HAKIM en Egypte, Michel Aflak, un des fondateurs de l'idéologie du Baath en Irak et en Syrie, ou Bernard Henri Levy (BHL) en France, d'une manière relative bien sûr.

Les pays qui ont entamé une compagne de vengeance après une guerre, l'ont payé, et assument les mauvaises répercussions à nos jours ; la France avec le gouvernement Maréchal Pétain, les printemps arabes et la Libye constituent des bons exemples.

Je suis favorable à la justice mais avec des preuves, d'ailleurs nous nous accusons dans nos débats de traîtres. C'est parce que nous n'avons pas atteint un niveau d'acceptation mutuelle; cela nécessitera un peu plus de temps comme c'était le cas des pays européens si nous les prenons comme exemple, la gauche et la droite en France, révolutionnaires et Monarchistes, qui s'entretuaient même, à un certain moment, ont compris que personne ne pourra anéantir l'autre.

C'est pour dire, si on juge ces officiers de cette manière, il n'y a pas lieu à procéder à deux poids de mesure, cela doit tomber sur l'ensemble des leaders; ou bien exclu pour les uns comme pour les autres

Il faut accepter l'autre. Certains pensent que l'Algérie est un pays Amazigh-Arabe musulman, pourquoi faire des concessions!

Les partisans de l'autre vision, disent : ces réactionnaires ne s'attachent pas à l'esprit de la religion mais plutôt à la forme. Ils ne méritent même pas d'être entendus!

Certainement nous n'avons pas atteint le niveau de la guerre civile libanaise, tueries et intervenants qui sont arrivés à s'allier à Israël et leurs opposants, ils ont fini par s'assoir sur une table, ni même la situation de l'Irlande. Donc nous avons bien des chances à redresser la situation.

En Algérie, après 1988-1992, et même après, c'est surtout à cause de l'anarchie qui régnait au pays, qu'on ne peut chercher des intellectuels parrains, à l'exception de certains Laïcards.

Mais peut-être les choses se préparent doucement, dans ce but, sans qu'on s'aperçoive.

Dans la deuxième partie nous évoquerons l'histoire des DAF (déserteurs de l'armée française) avec plus de précision, dans une approche historique-comparative, surlignant la culture d'Instrumentalisation de la religion après l'indépendance.

Oudainia Khalil (20-08-2012)
traducteur et Historien

 

Notes :

(1) : Djilali Sari – Algérie pérennités et résistances (OPU 2002).

(2) : le sous-titre est tiré d'un article de Robert Ageron, in Revue de l'Occident musulman

(3) : Mahfoud Keddache, L'Emir Khaled. (OPU 2009).

 

émir Khaled Meynier

 

- suite de ce article (28 décembre 2012)

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