mardi 9 juillet 2019

les Antilles : une histoire violente, par Pierre Pluchon (1998)

vieille barbe de 48, Martinique, photo de 1902
«une vieille barbe de 48», Martinique, 1902 (source)

 

les Antilles : une histoire violente

la domination européenne

par Pierre PLUCHON (1998)

 

sommaire

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Depuis 1492, le cœur maritime des Amériques, malgré les mythes et les légendes qui l’entourent d’un halo édénique, a traversé des siècles plus souvent imprimés par la rudesse que subjugués par les ivresses de la volupté.

 

L’extinction des peuples indiens

Après la découverte du Nouveau Monde par Colomb et le partage de la planète par le pape Alexandre VI Borgia, qui octroie l’Amérique aux Madrilènes – à l’exception du Brésil, accordé aux Portugais – les Espagnols se mettent à l’œuvre aussitôt. Ils explorent les parages, s’emparent des Grandes Antilles, asservissent les Indiens qu’ils affectent à l’exploitation de petits gisements aurifères ou à celle des plantations, les encomiendas, dont ils gratifient les colons qui viennent s’établir.

Les Arawaks des Grandes Îles ne résistent pas au déferlement européen : ils succombent en quelques années, victimes de maladies jusque-là inconnues, comme la grippe, d’un rythme de travail inhabituel et même inconcevable, enfin la répression qui s’abat quand ils tentent de se révolter. Contrepartie de ce génocide en partie involontaire, les Arawaks transmettent un agent pathogène ignoré de l’Ancien Monde, où il a fait des ravages : celui de la syphilis. Cet échange microbien accompli, les Arawaks disparaissent de la carte des Antilles tandis que les Européens résistent au mal vénérien.

Au XVIIe siècle, les Caraïbes des Petites Antilles luttèrent contre l’invasion des Français et des Anglais qui s’approprient leurs terres par la force. Rassemblés en véritables escadrilles de pirogues, ils lancent des coups de main contre les nouveaux venus. Leurs flèches font de nombreuses victimes mais les armes à feu ont raison de cette résistance. Bientôt les villages sont anéantis et les Caraïbes ne sont plus représentés, dans les colonies européennes, que par une poignée de familles qui s’éteignent au milieu du XVIIIe siècle, ayant parfois mêlé leur sang à celui des Blancs et des Noirs. D’où la résurgence épisodique et inattendue du type amérindien dans quelques familles.

En 1660, Anglais et Français s’étaient accordés pour abandonner Saint-Vincent et la Dominique, îles neutres, aux enfants de la forêt amazonienne. À Saint-Vincent, patrie des «Caraïbes noirs», la vieille race asiatique s’est mélangée et s’est même fondue pour ne finalement subsister qu’à la Dominique, à quelques brasses de la Martinique, curiosité touristique qui n’échappe pas au métissage noir.

Seuls survivants – rares et fragiles – des peuples indigènes, les Indiens des Guyanes sauvés de la servitude par l’immensité , les ressources et les dangers de la forêt, ainsi que par l’éloignement de la barrière montagneuse servant de frontière avec le Brésil. Mais cette population représente un résidu qui a résisté aux épidémies de «rhumes», de maladies pulmonaires, de variole et aux dysenteries introduites par les Africains.

En effet, les Espagnols, bientôt privés de main d’œuvre locale, ont acclimaté en Amérique le système des plantations arabes sur lesquelles travaillent des esclaves achetés en Afrique. En Europe même, ce système fonctionne dans les domaines du Portugal et de l’Espagne su Sud, ainsi que dans les îles atlantiques (Açores, Madère, Canaries, Cap-Vert, São Tomé, Principe) qui succèdent à la Méditerranée dans la production du sucre de canne avant d’être supplantées, momentanément par le Brésil, puis définitivement par les Antilles.

Dès 1502, les premiers captifs africains débarquent à Saint-Domingue et, en 1510, Madrid donne l’ordre de les affecter à l’exploitation des gisements d’or. La solution de rechange à l’effacement définitif des Arawaks des Grandes Antilles est trouvée. Il reste à organiser l’approvisionnement du Nouveau Monde en main d’œuvre servile.

 

Rivalités européennes aux Antilles

Les grandes nations maritimes d’Europe, la France, l’Angleterre, la Hollande, contestent le partage papal du monde dès qu’il est prononcé. Ainsi, les Indes orientales et occidentales sont à peine investies que les ports de Normandie, Dieppe, Rouen et Honfleur envoient leurs navires commercer sur les côtes de l’Afrique, du Brésil et dans la mer des Antilles, violant sans vergogne le monopole ibérique.

Ce trafic d’abord épisodique prend un tour régulier à partir des années 1650. Que vont faire les capitaines français aux îles et sur les côtes continentales ? Certains vont y vendre des Noirs achetés auparavant sur le littoral d’Afrique, d’autres troquer des textiles et autres produits du royaume : tous ceux-là sont contrebandiers. Les derniers, les corsaires, armés avec l’agrément du souverain dès qu’une crise internationale éclate, partent pour faire des coups de main sur le commerce régional antillais. Tous, les uns en pratiquant l’interlope, les autres en usant de la force, chargent des denrées locales : bois tinctoriaux et médicinaux, cacao, tabac, écailles de tortue, cuirs, pièces d’argent quand il est possible, bref, tout ce que ce monde exotique peut fournir, jusqu’au maïs et à la pomme de terre.

Pendant le XVIe siècle, déchiré d’hostilités et de tensions religieuses, les Anglais font une partie de leur apprentissage maritime sur la mer des Antilles où ils mêlent guerre de course et traite négrière. C’est l’époque des grands marins aventureux d’Élisabeth, les Chiens de Mer : Hawkins, Drake, Oxenham, Raleign.

voyages de Drake aux Indes occidentales
voyages de Drake aux Indes occientales (source)

À leur tour, les Hollandais se manifestent. À la fin du XVIe siècle et surtout au cours du demi-siècle suivant, les Gueux de la Mer emplissent leurs navires du sel d’Araya, sur la côte vénézuélienne, pillent les convois espagnols sous l’autorité audacieuse de capitaines comme Cornelius Schouten, Pieter Ita et surtout Piet Heyn, qui, en 1628, capture dans la baie cubaine de Matanzas quatre navires dont la cargaison fut estimée à 15 millions de florins.

Après la défaite de l’Invincible Armada (1588), l’Espagne, inquiétée mais ne perdant rien de son domaine, montre de la prudence. Elle adopte une stratégie défensive alors que l’Angleterre et la Hollande créent leurs fameuses banques, leurs puissantes compagnies d’Amérique et d’Asie : Amsterdam entame son règne de capitale du commerce international. Après l’échec hollandais au Brésil, celui des Français dans cette même Amérique portugaise et en Floride, les Anglais et les sujets d’Henri IV, puis de Louis XIII se partagent l’Amérique du Nord. Tous finissent par se retrouver aux Antilles où les Espagnols n’occupent pas les petites îles, même s’ils exercent des actions de représailles contre les Caraïbes qui, de temps à autres, font de rapides et vives descentes à Puerto Rico ou Trinidad.

 

Premières colonies antillaises de la France

Le XVIIe siècle ouvre les Antilles à une fréquentation régulière et de plus en plus nombreuse de marchands et de corsaires, tous en quête de produits exotiques. En 1625, le sieur d’Esnambuc, officier du roi passé à la flibuste, fonde la Compagnie de Saint-Christophe, où Richelieu apparaît comme protecteur et actionnaire. La colonisation de cette petite île que se partagent Français et Anglais souffre nombre d’embarras : toutefois, des colons y sont établis, qui cultivent du tabac – ou pétun – pour le marché national.

Esnambuc, 1625
fondation de la colonie de la Martinique par Belain d'Esnambuc, 1635

Aussi, dix ans plus tard, en 1634 ; le gouverneur d’Esnambuc obtient de transformer la Compagnie de Saint-Christophe en Compagnie des îles de l’Amérique. Le cardinal assigne à cette nouvelle société la mission de développer la mise en valeur de Saint-Christophe et surtout de prendre possession des îles voisines et inoccupées, d’y installer des Français pour les défricher et en retirer du tabac, du rocou (teinture utilisée par les Caraïbes) et du coton. À cette occasion, il réitère une instruction de 1625 réservant le commerce des îles à la métropole : une mesure qui devint un principe essentiel de la colonisation, sous toutes les latitudes, sous le nom d’Exclusif. Dès 1635, la Compagnie prend le contrôle de la Guadeloupe, de la Martinique, et de leurs dépendances. En 1741 le commandeur de Poincy, successeur d’Esnambuc au gouvernement général des îles, agrandit ce domaine de l’île de la Tortue, où les flibustiers ont réclamé des secours pour se protéger des Espagnols.

En 1649, la Compagnie des îles de l’Amérique, qu’une mauvaise gestion a conduit à la faillite, vend son patrimoine. L’ordre de Malte auquel appartient de Poincy achète Saint-Christophe tandis de Houël et du Parquet, respectivement gouverneurs de la Guadeloupe et de la Martinique, se rendent propriétaires des îles qu’ils commandent sous l’autorité du gouverneur général de Poincy.

C’est l’ère des seigneurs-propriétaires, à laquelle Louis XIV et Colbert mettent fin en 1664 en rachetant les possessions antillaises qu’ils confient à la Compagnie des Indes. Cette société gigantesque - pendant de la Compagnie des Indes orientales créée sur le modèle de la très riche Compagnie hollandaise pour l’Asie - reçoit la charge de toutes les colonies du roi en Amérique et le monopole de la traite des Noirs en Afrique. Cette machine énorme, que ne dirigent pas les représentants du capitalisme commercial, est directement soumise à l’administration de la marine commandée par Colbert et aux traditionnels prêteurs et profiteurs de l’État. Elle échoue lamentablement, aussi le domaine américain de la France lui est-il retiré en 1674 pour être placé sous l’autorité du gouverneur royal, de l’État.

En 1674, quand le souverain et le ministre prennent eux-mêmes en mains les destinées des Antilles françaises, l’aventure brésilienne, territoriale et sucrière, a vécu, et la Barbade anglaise domine le marché européen du sucre depuis 1650. Dès lors, quel avenir prédire aux jeunes possessions royales ? Une double vocation : le pouvoir imagine des bases navales prêtes à intervenir contre l’Amérique espagnole et ses convois de métaux précieux, et des contrées à peupler pour y cultiver ces plantes tropicales dont les fruits font le plaisir quotidien des classes aisées : le tabac, le chocolat, le sucre. Au traité de Ryswick (1797), la Cour réussit, après un demi-siècle d’attente, à contraindre l’Espagne à lui céder la partie occidentale de Saint-Domingue et les îles adjacentes où flibustiers et boucaniers français ont imposé leur présence et où la Compagnie des Indes a nommé, en 1665, le premier «gouverneur pour le roi», le célèbre Bertrand d’Ogeron, en l’honneur de qui les fidèles ont posé une plaque dans l’église Saint-Séverin de Paris.

Dès la fin du XVIIe siècle, les Européens qui avaient fait irruption dans la mer des Antilles ont fini de piller l’enclos madrilène. Les Anglais se sont emparés de la Jamaïque par la force et occupent un nuage de petites îles dont la Barbade et la Grenade. Les Hollandais qui cherchaient des centres de commerce et de contrebande plutôt que des terres du culture ont choisi Surinam, Curaçao et Saint-Eustache. Les Espagnols conservent Cuba, la partie orientale de Saint-Domingue, Puerto-Rico et Trinidad tandis que les Danois, neutres et familiers de l’interlope, acquièrent Sainte-Croix, Saint-Thomas et Saint-Jean.

 

Les difficultés guyanaises

Après que Colomb eut découvert l’Amérique du Sud, nombre d’explorateurs s’intéressent à sa partie septentrionale. Ainsi Gonzalo Pizarre, frère du conquérant du Pérou, descend-il l’Amazone de sa source à la mer pour la première fois en 1541. Néanmoins, l’enfer vert, souvent proche de la côte, s’il excite la curiosité des Espagnols, ne les incite pas à construire de grands projets.

En revanche, leurs rivaux accourus d’Europe au XVIe siècle succombent à la séduction de cet univers de mystère et de puissance, et invitent leurs souverains à y fonder des établissements. Ainsi en est-il de Walter Raleigh et d’Isaac de Razilly. Celui-ci, grand marin, remet en 1626 un mémoire enthousiaste à Richelieu, son parent, principal ministre de Louis XIII.

«Il semble, Monseigneur, que Dieu ait réservé cette conquête durant que Votre Grandeur tient le gouvernail des affaires de la navigation de ce Royaume, dont la France en peut tirer un grand fruit et avantage. Car il est très certain que toutes les richesses et fertilités de la terre, qui sont aux Indes Occidentales, se rencontreront dans le même pays qui en fait une partie : et s’y trouvera des mines d’or et d’argent, émeraudes, cannes de sucres, baumes, teintures, senteurs, roucou, poivre rouge, tabac et pittes (sisal) qui y viennent parfaitement bien. Les arbres y sont toujours verts, remplis de mille fruits divers ; les ananas et melons s’y cueillent en toute saison ; le froment de Turquie (maïs) et toutes sortes de légumes y viennent abondamment ; le pays est mêlé de forêts et prairies qui sont émaillés de mille sortes de fleurs ; il se peut faire nombre de bons vins d’acajoux, de palmes, ananas ; outre le miel qui est excellent pour faire de l’hydromel. Aussi l’on ne saurait représenter le grand nombre de sangliers, cerfs, biches et animaux bons à manger dans ledit pays, et pareillement un nombre infini d’oiseaux, tous différents de genres».

Les explorateurs des temps anciens possèdent le regard émerveillé de l’imagination qui, souvent, prépare le malheur des gens du commun, des paysans dont l’œil palpe la terre et en calcule le produit. L’homme des campagnes mesure les chances de vie que lui offre un sol plutôt que le degré de féérie des paysages. Les Guyanes avaient besoin des broderies et parures de la propagande, tant les essais de colonisation de la France avaient été malheureux en Amérique du Sud, de Villegagnon dans la baie de Rio à la Rivardière et Razilly dans les bouches de l’Amazone.

Enfin, après quelques décennies d’échecs, un gentilhomme normand, Poncet de Brétigny, «gouverneur, lieutenant général pour le Roy», débarque à Cayenne le 25 novembre 1643, à la tête d’une expédition financée par les Rouennais de la Compagnie du Cap Nord. Il se rend insupportable : les Blancs se disputent entre eux avant d’être tous massacrés par les Indiens. Malgré le désastre de cette première occupation effective, malgré aussi la concurrence rude des Hollandais, l’isle de Cayenne prend enfin corps en 1774 grâce aux efforts successifs des Compagnies de Paris, de la France équinoxiale puis de la Compagnie des Indes occidentales.

La colonie attient rapidement son développement définitif, caractérisé par le sous-peuplement en Blancs et en esclaves et par une économie de plantation toujours embryonnaire. En 1743, Barrère, médecin du roi, peint un tableau de la capitale de la colonie où l’Eldorado tant promis ne se reflète pas.

«Il n’y a guère dans le bourg de Cayenne que cent cinquante cases ou maison d’assez mauvaise apparence, et qui presque toutes ne sont bâties de de boue ; on enduit le dedans de bouse de vache, après quoi on le blanchit par-dessus. Il y en a quelques-unes qui sont de charpente et à deux étages. Elles étaient autrefois couvertes de feuilles de palmier ; mais les pertes qu’y causaient les incendies qui étaient assez ordinaires, ont obligé les habitants, depuis quelques années à les couvrir de bois ou bardeaux : aussi depuis ce temps-là, les accidents sont devenus très rares».

La Guyane produit du rocou, du coton et aussi du cacao ; en effet, la côte septentrionale de l’Amérique du Sud est épargnée par les cyclones, qui rendent l’entretien des cacaoyères impossible dans les îles. Toutefois, les colons ne fournissent que des quantités insuffisantes pour arracher la possession à la médiocrité. Pour accéder à une certaine prospérité, il eût fallu, comme à Surinam, aménager un vaste ensemble de polders, tâche à laquelle les protestants français prirent une large part.

planc de l'ancienne ville de Cayenne, 1826
plan de l'ancienne ville de Cayenne, 1826 (source)

 

planc de l'ancienne ville de Cayenne, 1826, extrait
plan de l'ancienne ville de Cayenne, 1826, extrait (source)

 

La formation de nouveaux peuples

Les Espagnols ont anéanti les Arawaks des grandes îles tandis que les Français, les Anglais et, dans une moindre mesure, les Hollandais ont détruit les Caraïbes au cours des guerres de conquête des îles et des des terres à cultiver.

Après avoir éliminé les autochtones, les Ibériques et autres Européens sont contraints d’organiser des courants d’immigration pour repeupler les Antilles et les mettre en valeur. Les Espagnols ont indiqué la voie : imitant les Arabes, ils utilisent les esclaves africains avec d’autant plus de convictions que ceux-ci résistent beaucoup mieux que les Européens à certains maladies tropicales – paludisme, fièvre jaune – contre lesquelles ils sont souvent immunisés naturellement. Les Madrilènes, soucieux d’exploiter au plus vite leur domaine continental alors qu’ils négligèrent leurs îles jusqu’aux premiers jours du XIXe siècle, créent le commerce des Noirs. Charles Quint signe le premier asiento, ou contrat d’achat, avec des capitalistes allemands en 1528. Plus tard, ses successeurs s’adressèrent aux Génois, aux Florentins et aux Portugais. Philippe V, Bourbon et petit-fils de Louis XIV, octroie le monopole de l’asiento aux Français, mais l’Angleterre victorieuse se l’approprie au traité d’Utrecht (1713) et le conserva jusqu’à la Révolution.

Chaque année des navires négriers quittent l’Europe, mouillent plus ou moins longtemps en Afrique où des courtiers leur vendent des captifs qu’ils vont ensuite écouler dans les colonies de l’Amérique. Du XVIe à la fin du XIXe siècle, époque à laquelle l’esclavage fut aboli au Brésil, on estime à 9,5 millions le nombre d’Africains déportés dans le Nouveau Monde. Les Antilles anglaises en auraient «reçu» 1,6 million, les Antilles françaises autant, et les Antilles néerlandaises et danoises 528 000.

Ces chiffres approximatifs et partiels, sont très inférieurs à l’effectif du contingent d’hommes, de femmes et d’enfants victimes de «l’odieux trafic» que dénoncèrent certains philosophes du siècle des Lumières. Ils dissimulent aussi que les esclaves des colonies ne se reproduisent pas dans des proportions suffisantes, la traite suppléait aux défaillances de la natalité : dans les dernières années de l’Ancien Régime, Saint-Domingue – l’actuelle Haïti – achète 30 000 esclaves par an destinés à travailler sur les plantations.

L’immigration blanche se heurte à des difficultés inconnues du commerce des Africains. Si l’Angleterre se débarrasse d’un certains nombres de catholiques, de délinquants et d’agitateurs religieux dans ses possessions, la France copie peu cet exemple. Elle préfère recruter des engagés qui, par contrat, promettent leurs services pendant trois ans à un maître – généralement un colon, mais parfois aussi un artisan – en échange d’un paiement modique en tabac ou en sucre selon l’époque.

Plusieurs milliers de Français s’embauchèrent ainsi dans l’espoir que, passés les trente-six mois de servitude, ils pourront dans ces pays sans hiver vivre mieux, acquérir une propriété, éventuellement créer un commerce, bref changer de conditions d’existence, de statut social. Le régime français, moins éprouvant que l’anglais, d’une durée de cinq ans, permit à certains de réaliser leurs vœux ; mais la plupart meurent, dégoûtés par le climat et le changement d’habitudes alimentaires mais surtout terrassés par une pathologie meurtrière.

Cette immigration particulière de paysans et d’artisans, typique du XVIIe siècle, fait place au XVIIIe s. à un courant annuel de 1 000 à 2 000 jeunes gens de la petite bourgeoisie, qui se pressent non plus pour s’épuiser aux travaux de la terre et à ceux qui en dérivent, mais pour servir de cadres sur les plantations d’indigo et surtout de canne, ou pour tenir un emploi exigeant une grande technicité : comptable, raffineur, etc. Eux aussi, comme les engagés, leurs prédécesseurs, se promettent d’amasser quelque bien pour couler une vieillesse heureuse en France, mais plus encore pour entrer dans la carrière de colons, ou de propriétaires de champs et de «nègres».

Combien d’illusions déçues ! Certains en trouvent aucune place, malgré des recommandations flatteuses, courent la campagne, mendient, et, désespérés, attendent la fièvre qui les emporte, se détruisant à coup de bol de tafia.

D’autres débarquent, demandés par un parent ou un compatriote qui cherche un second pour le former à sa manière et sur qui il pourra se reposer, lui faisant gravir les emplois propres aux plantations : sous-économe, économe, et peut-être gérant. Alors il remplacera le maître à la direction de la propriété, lui envoyant son revenu en France allégé de son salaire et de ce qu’il aura détourné ! Ainsi, au bout de quelques années, le jeune homme d’hier, prématurément vieilli, entouré des ombres des camarades emportés par «le mal du pays», entrera-t-il dans la classe des propriétaires et continuera-t-il à s’éreinter pour prendre la place dans la société distinguée des colons. À cette loterie sans pitié où l’effort remplace la chance, les appelés sont nombreux, les survivants rares, les élus l’exception.

 

Les Antilles au cœur des guerres européennes

La mer des Antilles, est une région stratégique de première importance. Suite au débouché de l’Amérique central, les convois annuels de galions la traversent, ils apportent des produits européns, en remportent les métaux précieux du Mexique et du Pérou qui sont déchargés à Séville puis à Cadix, à partir de 1717. Au milieu du XVIIe siècle, quand les Portugais recouvrent le Brésil hollandais, mettant fin au règne de son sucre, les Antilles prennent aussitôt la place de Recife, et grâce à leurs exportations de denrées tropicales deviennent peu à peu de véritables Pérou. Mer de l’or et de l’argent, des sucres, de l’indigo et plus tard des cafés, cela ne suffit-il pas à exprimer l’intérêt considérable de la zone maritime antillaise ?

Antilles, XVIIIe siècle
populations et productions aux Antilles, XVIIIe siècle

Les Anglais, maîtres de la Jamaïque et de plusieurs petites îles, dont la Barbade, premiers producteurs et exportateurs de sucre, ne se satisfont pas de cet état. Ils veulent que leur marine gouverne la mer des Antilles pour briser d’éventuelles prospérités étrangères et obliger les colonies continentales espagnoles à une abondante et fructueuse contrebande.

En 1666-1667, sous Louis XIV, ils s’en prennent aux Hollandais qui, de Gueux de la Mer, sont vite devenus Rouliers des Mers. Lors de la guerre franco-hollandaise, les belligérants s’affrontent dans les eaux tropicales. Le grand Ruyter se présent devant la Martinique, hésite et s’en retourne, tandis que l’amiral français d’Estrées échoue sa magnifique escadre sur l’archipel des Aves.

Pendant la guerre de la ligue d’Augsbourg (1689-1797) qui oppose la France à l’Europe, Saint-Domingue (Haïti) essuie les injures des Anglo-Espagnols, mais le gouverneur Ducasse, à la tête des flibustiers, et le capitaine de vaisseau de Pointis, conduisent une escadrille, s’emparent du riche port de Carthagène dont ils font le sac (1697).

Vient la guerre de la succession d’Espagne. Tolérer un Bourbon à Madrid, proteste Londres, c’est livrer les richesses de l’Amérique espagnole à la France qui écrasera le monde de sa puissance. Le canon tonne sur la mer, mais la mort a emporté les Colbert, père et fils, qui avaient donné la première marine du monde à la nation. L’amiral Ducasse réussit à conduire à bon port les flottes de l’or dont les chargements permettent à Philippe d’Anjou de sauver son jeune trône. Le Moyne d’Iberville, brillant marin canadien, accourt, prêt aux grandes actions : le mal de Siam, la fièvre jaune, l’abat à La Havane. Un corsaire exceptionnel qui fut une fortune rare avant de mourir pauvre, le Breton Cassard, sème la terreur sur les côtes et dans les ports.

À la paix d’Utrecht, l’Europe reconnaît le petit-fils de Louis XIV comme roi d’Espagne sans amoindrir son empire américain. Mais les Anglais s’adjugent le monopole de la traite négrière sans les colonies madrilènes où ils obtiennent un régime commercial de faveur ; enfin, ils gardent à jamais l’île de Saint-Christophe, berceau de la colonisation française dans les Antilles.

De la ligue d’Augsbourg (1689) à la seconde abdication de Napoléon, l’Angleterre et la France s’engagent dans un conflit incessant – la deuxième guerre de Cent Ans – pour l’hégémonie mondiale. Au début du règne de Louis XV, la France connaît une prospérité inconnue depuis longtemps. L’Angleterre s’inquiète de la croissance du commerce antillais de Versailles et, pour n’être pas distancée, décide de s’ouvrir par la force les ports coloniaux espagnols. En 1739, les Anglais attaquent les Espagnols, un événement que la guerre de succession d’Autriche prolonge jusqu’en 1748.

Pendant presque dix ans la Navy s’assure la maîtrise des mers que Louis XV subit pendant tout son règne. Cette domination navale britannique qui coupe les possessions de la métropole, empêchant tout commerce, atteint son zénith pendant la guerre de Sept Ans (1756-1763) : l’ennemi occupe les Petites Antilles.

Au traité de Paris, Londres restitue la Martinique, rend aussi la Guadeloupe après de longues hésitations tant certains parlementaires et officiers souhaitaient la garder de préférence au Canada : l’occupant n’y avait-il pas introduit 20 000 esclaves.

En 1763, l’empire colonial français, dépouillé du Canada, de la Louisiane et de l’Inde, se réduit quasiment aux Antilles. Malgré le désastre politique, la colonisation royale s’élève vers son apogée. Les îles, productrices de sucres et de cafés – que les Français consommant peu, réexportent -, permettent à la France d’inonder et de contrôler le marché européen de ces denrées devenues indispensables. Les choses en arrivent au point que la balance commerciale du royaume serait gravement déficitaire sans les Antilles, tant celles-ci fournissent un revenu essentiel, enrichissant les ports de Bordeaux, du Havre, de Rouen, de Nantes et de Marseille, dont elles actionnent la flotte marchande. La France des affaires et du travail, dont le trafic extérieur est sauvé par une poussière de terres ensoleillées, ne jure que par l’économie de plantation à laquelle elle doit un profit si précieux.

Pierre PLUCHON
Antilles, Îles du Vent, Guyane,
Guides bleus, 1998, p. 78-86
iconographie extérieure à la source textuelle

 

 

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lundi 17 septembre 2012

Pacifique sud : séminaire d'Alban Bensa et de Virginie Riou

cpa colonies fra

 

histoire et anthropologie du Pacifique sud

séminaire d'Alban BENSA et de Virgine RIOU

 

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

1er vendredi du mois de 11 h à 13 h (salle 5, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 2 novembre 2012 au 7 juin 2013

Dans ce séminaire seront présentés des travaux aboutis ou des recherches en cours d'histoire, d'anthropologie historique et d'archéologie du Pacifique sud ancien et contemporain.

Les transformations des mondes océaniens, les peuplements du Pacifique avant et après la colonisation européenne, les retours sur le passé dans les jeux politiques actuels seront abordés à travers des études d'ensemble ou de cas.

Une attention partriculière sera accordée à la Nouvelle-Calédonie et au Vanuatu.

cpa café Jouve

 

Mots-clés : Anthropologie, Histoire,

Aires culturelles : Océanie,

Suivi et validation pour le master : Mensuel annuel/bimensuel semestriel (12 h = 3 ECTS)

Mentions & spécialités :

Domaine de l'affiche : Anthropologie sociale, ethnographie et ethnologie

Intitulés généraux :

  • Alban Bensa- Sociétés océaniennes et questionnement du politique

Direction de travaux d'étudiants : contacter Alban Bensa.

Réception : sur rendez-vous.

Adresse(s) électronique(s) de contact : bensa(at)ehess.fr, virginie.riou(at)ehess.fr

cpa ancien petit quai
carte postale ancienne, 1903 : ancien petit quai à Nouméa

 

cpa condamnés
carte postale ancienne : condamnés, travaux de chemin de fer

 

cpa jeune indigène
carte postale ancienne : jeune indigène

 

cpa hippodrome Nouméa
carte postale ancienne

 

cpa îles Royalty
carte postale ancienne : indigènes de Maré, îles Royalty

 

cpa pont submersible
carte postale ancienne : la rivière Le Thio, pont submersible

 

cpa terrassements
carte postale ancienne : terrassements , entreprise de Hauts-Fourneaux

 

missionnaire et enfants
carte postale ancienne

 

 

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dimanche 10 juin 2012

les bagnes coloniaux (Michel Pierre)

Guyane (5) 

 

le siècle des bagnes coloniaux (1852-1953)

Michel PIERRE

 

1 - Après la suppression progressive des galères sous Louis XV s’ouvre le temps des bagnes portuaires (Toulon, Rochefort, Brest) désormais voués à l’exécution de la peine des Travaux Forcés. Mais quelques décennies plus tard, dans les années 1840, se répand l’idée que la concentration de milliers de forçats regroupés dans quelques arsenaux est dangereuse pour la population civile, contagieuse pour les ouvriers libres et coûteuse pour l’État.

Guyane (1)

Et à l’exemple des Anglais ayant déporté au XVIIIe siècle, des dizaines de milliers de Convicts vers leurs terres australiennes, Napoléon III décide, au début de son règne, de l’exil définitif de ceux (et de celles) qui bafouent gravement la loi. Après avoir hésité sur quelques horizons possibles, le choix se porte sur la Guyane que l’on espère développer grâce à l’afflux d’une main d’œuvre de réprouvés pouvant, de surcroît, trouver dans le travail, le rachat de leurs fautes.

Guyane (2)

2 - Dès 1852, des vaisseaux-prisons transfèrent aux îles du Salut puis à Cayenne les bagnards de Rochefort, de Brest puis ceux de Toulon. Deux ans plus tard, en 1854, la loi sur la Transportation (1854) organise la peine des Travaux Forcés à accomplir hors du territoire métropolitain et conçue pour ne jamais permettre le retour des condamnés dans la mère-patrie.

3 - Cette première époque du bagne est celle d’une hécatombe due aux épidémies, à une administration déficiente, à l’absence de soins et aux mauvais traitements. Le taux de mortalité (26% de l’effectif en 1856) est tel qu’en 1867, il est décidé de remplacer la Guyane par la Nouvelle-Calédonie comme nouvelle terre de punition à plusieurs mois de navigation des ports français. Et c’est vers ces rives lointaines de la France australe que seront dirigés en 1871 les Communards victimes des tribunaux versaillais.

4  - Au début des années 1880, la IIIe République, soucieuse d’ordre et de loi, juge la Nouvelle-Calédonie peu redoutée des criminels et préfère y attirer des colons libres, dignes de ses richesses. La Guyane, de réputation plus sinistre, redevient terre de bagne en 1887, conjointement à l’archipel calédonien pendant une décennie puis, à partir de 1897, comme seule destination des forçats. La colonie reçoit même, à côté des condamnés aux travaux forcés (peine le plus souvent prononcée par les Cours d’Assise), une nouvelle catégorie de condamnés relevant de la loi (1885) sur la relégation des multirécidivistes (peine pouvant être décidée par un simple tribunal correctionnel).

Guyane (4)

5 - À la fin du XIXe siècle, le système a trouvé sa logique et défini son fonctionnement. Une à deux fois par an, les navires Loire puis le La Martinière (entre les deux guerres mondiales) transfèrent, par effectif de 600 à 700 matricules, les condamnés rassemblés à Saint-Martin de Ré vers Saint-Laurent-du-Maroni devenu véritable capitale d’un univers pénitentiaire qui compte aussi les Iles du Salut, le camp de la relégation à Saint-Jean-du-Maroni, l’îlot Saint-Louis pour les lépreux, des camps forestiers à l’effrayante réputation, celui de Kourou moins meurtrier et Cayenne où se retrouvent plutôt les forçats libérés mais exilés à vie en Guyane.

6 - Vie terrible de communautés d’hommes soumis à des travaux dérisoires ou épuisants. Société violente où succombent les plus faibles. Individus marqués de l’habit rayé rouge et blanc, symbole d’une main d’œuvre quasi-servile, fragilisée par le climat, mal soignée et ne plaçant ses espoirs que dans l’évasion aux tentatives sévèrement punies.

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7 - Il faudra des années de témoignages (tels ceux de condamnés anarchistes au début du XXe siècle), de reportages indignés (tels ceux d’Albert Londres en 1923) et de campagnes de dénonciation (telle celle menée par la Ligue des Droits de l’Homme et du Citoyen) pour que la loi sur la Transportation disparaisse du Code Pénal français par décret-loi du Front Populaire en 1938.

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C’était la fin des convois pour la Guyane mais le rapatriement des condamnés en cours de peine n’était nullement prévu et ce sont eux qui vont subir, sous le régime de Vichy, une nouvelle hécatombe provoquée par les rigueurs d’une administration impitoyable et par une mauvaise alimentation due aux difficultés de ravitaillement (le taux de mortalité atteint 20 % de l’effectif en 1942). Les survivants, très souvent amnistiés, sont rapatriés en France (ou en Afrique du Nord) de 1946 à 1953, réinsérés dans la société pour une partie d’entre eux grâce à l’action de l’Armée du Salut ou incarcérés dans des prisons centrales pour les plus lourdement condamnés.

8 - Ces derniers bagnards de retour vers les ports français témoignaient d’une histoire séculaire qui avait concerné près de 100 000 condamnés (dont quelques centaines de femmes de 1859 à 1906). Sur cette population pénale, une grande majorité avait été dirigée vers la Guyane (75 000), composée essentiellement de Transportés (80 % du total des effectifs).

Pierre Michel

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Pour citer cet article

- référence électronique :

Michel Pierre, «Le siècle des bagnes coloniaux (1852 - 1953)», Criminocorpus, revue hypermédia [En ligne], Les bagnes coloniaux, Articles, mis en ligne le 01 janvier 2006, consulté le 10 juin 2012. URL : http://criminocorpus.revues.org/174

auteur
Michel PIERRE

Michel Pierre, licencié d’histoire de l’art et d’archéologie, agrégé d’histoire, maître de conférences à l’IEP de Paris pendant de nombreuses années avant d’effectuer plusieurs missions pour le compte du ministère français des Affaires étrangères (directeur de l’Institut français de Florence, Conseiller de coopération près l’Ambassade de France à Alger...). Il a assuré, toujours dans ce même ministère, la responsabilité de la sous-direction «Archéologie et recherche en sciences sociales». Depuis septembre 2007, Michel Pierre est directeur de la Saline royale d’Arc-et-Senans (Doubs).
Spécialiste d’histoire coloniale et d’histoire pénale, il a publié plusieurs ouvrages et articles sur les bagnes de Guyane.

articles du même auteur

 

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samedi 26 novembre 2011

"L'ordre et la morale" : mensonges et inventions

Ectac 

 

à propos du film "L"ordre et la morale"

Joëlle RONDREUX de COLLORS

 

Chers amis, de métropole ou Calédoniens,
   
Comme vous le savez peut-être, même si vous n'êtes pas cinéphiles, un film de Mathieu Kassovitz au titre incompréhensible de L'Ordre et la Morale fondé sur les dires et la vision personnelle de M. Legorjus est sorti, avec une publicité fracassante, concernant ce qu'il est coutume d'appeler "l'Affaire d'Ouvéa" (1988).


mensonges et inventions
   
Malgré un devoir de réserve que j'ai toujours respecté, malgré le secret de l'instruction que j'ai  toujours pratiqué au plus haut point et que je pratique encore, malgré toutes les pressions ou menaces ou sanctions que j'ai subies, singulièrement de la part du ministère de la Justice, je tiens à m'exprimer brièvement et à m'associer aux critiques portées à ce film-fiction, qui n'est pas un documentaire. Les mensonges, les inventions, sont multiples et patents.

l_ordre_et_la_morale_16_11_2011_4_g
image du film

J'étais le juge d'instruction des évènements de 1988 en Nouvelle-Calédonie, dont, entre autres, le plus médiatisé, "l'Affaire d'Ouvéa". À ce titre, j'ai rencontré simplement ou interrogé nombre des personnes concernées, parlé avec d'autres, indépendantistes ou non, j'ai suivi pas à pas le déroulement des évènements, j'ai assisté aux autopsies nécessaires, etc ...
 
Certains des destinataires de mon mail, qui, à l'époque, appartenaient - ou appartiennent encore - à la hiérarchie militaire de l'armée de terre, de la  gendarmerie, de la Royale, ou de la BAN de Tontouta, au commando Hubert, au GIGN, au milieu journalistique, médical, ou au milieu judiciaire, ce, en Nouvelle-Calédonie ou en métropole, ou au milieu politique local, du parti majoritaire  ou du FLNKS, seront de mon avis, se reconnaîtront,  et quelques uns d'entre eux se souviendront de mes sincères  remerciements pour l'aide qu'ils m'ont apportée, dans un temps particulièrement troublé.
 
Quelques-uns de mes destinataires n'iront pas non plus voir ce film, tant leurs blessures d'avoir perdu un membre de leur famille sont encore béantes.
 
Je m'associe bien sûr à la demande du général Vidal de faire une contre publicité à ce film, au nom  de la lutte envers toute désinformation, notamment alors que l'on parle de forger un destin commun en Calédonie, tout en conseillant à titre personnel la lecture de son livre concernant l"affaire d'Ouvéa", éclatant  d'impartialité et de précisions fondamentales.

    Joëlle Rondreux de Collors
juge d'instruction
 

grotte-ouvea 

 

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samedi 14 mai 2011

déportés algériens en Nouvelle-Calédonie

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liste des déportés algériens

en Nouvelle-Calédonie, 1867-1895

Melica OUENNOUGHI

 

Études Coloniales a publié, dès 2006, un article de Melica Ouennoughi, docteure en histoire et auteure d'un remarquable travail sur la déportation de condamnés maghrébins en Nouvelle-Calédonie, sur la reconstruction identitaire de cette communauté dans l'archipel océanien.

http://etudescoloniales.canalblog.com/archives/2006/10/12/2896840.html

L'importance et l'intérêt de ce travail ont été l'objet d'une attention permanente depuis. D'autant que Melica Ouennougi avait publié les listes généalogiques de déportés (1867-1895), les listes de mariages mixtes ainsi que les listes de concessionnaires à Bourail. Elle est l'inconstestable "découvreur scientifique" de tout ce matériau d'archives mettant à jour une somme considérable d'informations historiques.

De nombreuses demandes nous sont parvenues cherchant à identifier si telle ou telle personne figurait dans ces listes. Nous avons d'abord répondu au cas par cas puis avons renvoyé vers la consultation directe du travail de Melica Ouennoughi et de son ouvrage paru chez L'Harmattan en 2006.

Cette année, en avril, nous avons reçu de la part de l'Institut International d'histoire sociale (IISG) d'Amsterdam, des listes de déportés algériens, avec photos d'archives, provenant d'un registre entré en possession de cet organisme par voie de don ou d'acquisition :

http://www.iisg.nl/collections/new-caledonia/sources-fr.php

Nous l'avons édité sur le blog Études Coloniales :

http://etudescoloniales.canalblog.com/archives/2011/04/09/20854070.html

Ce registre est-il un double de celui que Melica Ouennoughi a trouvé, au prix d'investigations longues et rigoureuses ? Il n'en reste pas moins que l'antériorité scientifique revient à Melica Ouennoughi. Cest pourquoi, nous publions, avec son accord, ses propres listes telles qu'elles figurent dans son ouvrage.

Daniel Lefeuvre, Michel Renard

 

Établissement généalogique des premières listes des mouvements

de Maghrébins
condamnés au bagne calédonien (1867-1895)

recherches de Melica Ouennoughi

 

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les mêmes documents en capture de format pdf

 - le numéro de page figure en haut

 

Établissement généalogique des premières listes des mouvements

de Maghrébins
condamnés au bagne calédonien (1867-1895)

recherches de Melica Ouennoughi

 

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Remerciements

Mes remerciements s'adressent aux personnes et institutions suivantes :

Monsieur Michel Renard et Monsieur Daniel Lefeuvre, Professeur d'Histoire à l'Université Pais VIII, pour la publication de mes données de recherches sur leur beau site "Etudes coloniales". Je remercie Monsieur Michel Renard, chercheur en histoire sur l'histoire de l'Islam en France, pour avoir publié mes découvertes scientifiques faisant état des investigations historiques dans les archives des armées de Terre et de la Marine durant les années 1998 à 2004, donnant lieu à soutenance de thèse et à publication à la demande du jury de thèse, chez l'éditeur l'Harmattan en décembre 2005, diffusion en janvier 2006.
Je suis tout à fait reconnaissante de ses travaux effectués sur l'histoire de l'Islam en France dont il est un spécialiste au plan de ses découvertes largement reprises par d'autres.

Je remercie en premier lieu Messieurs les professeurs :
- Pierre-Philippe Rey, Directeur de ma thèse de doctorat qui en a avertie les Universités et qui a rédigé la préface de mon ouvrage, sur la visibilité scientifique entre autres, des listes nominatives des déportés politiques et forçats Algériens en majorité et Maghrébins du ralliement des anciens clans et mouvements insurrectionnels (Atlas Marocain, et Sud Tunisien) ;
- ainsi que le professeur et regretté honorable historien, Monsieur Claude Liauzu pour avoir inscrit sur le beau site des "Études Coloniales" à la suite de mes travaux, pour reprendre sa formulation respectable à l'égard de mes travaux : "cette thèse permet désormais "d'intégrer" les déportés et forçats d'Algérie".

Mes remerciements s'adressent à la composante calédonienne d'origine algérienne qui m'a confié cette mission pour leur association de réaliser la fouille d'archives donnant matière à la science mais également à la construction de la stèle commémorative du cimetière de Nessadiou, Sidi Moulay où reposent les déportés Algériens décédés à Bourail.

Ce travail de fouilles d'archives et donnant lieu à un doctorat a reçu une collaboration financière de la part de la Mairie de Bourail, Messieurs Jean-Pierre Aïfa et Guy Moulin tous Calédoniens d'origine Algérienne ont suscité l'intérêt pour ce travail scientifique afin de rendre une visibilité officielle sur la traçabilité historique et l'histoire des déportés en Nouvelle-Calédonie.

Les fonds alloués durant le travail de thèse par la Mairie de Bourail, Monsieur Kader Bouffénèche, ancien Président de l'Association des Arabes et Amis des Arabes de Bourail, m'ont permis  d'apporter un travail de concrétisation pour la réalisation de la stèle commémorative, s'ajoutant aux fonds du laboratoire d'anthropologie historique du Maghreb et de l'Afrique de l'Ouest de l'Université Paris VIII qui ont permis d'établir un passerelle de recherche entre la Mairie de Bourail et l'Université Paris VIII pour ce premier travail universitaire de doctorat.

Je remercie Monsieur Pierre-Philippe Rey d'avoir invité Monsieur le Maire, Jean-Pierre Taïeb Aïfa autour d'un déjeuner et lors de la venue du Maire à l'Université.  Cette rencontre a permis d'établir des liens entre deux espaces du lien culturel du Maghreb et de la Nouvelle-Calédonie.

Enfin mes remerciements, pour ce travail réalisé en partie en France et en Nouvelle-Calédonie, s'adressent à la compétence des Archives Territoriales de Nouméa (M. B. Deladrière et Mme Picquet) auprès de Monsieur Deladrière j'ai acquis une dérogation pour ces premiers travaux), des Archives Militaires Historiques de Vincennes (M. P. Carré), des Archives Départementales des Charentes Maritimes (M. P.-A. Augié et Mme Chauffier), des Archives d’Aix-en-Provence (Mme E. Durand), des Archives Départementales du Finistère (Mme S. Tesson-Bennett), ainsi que Monsieur Ismet Kurkovitch Directeur des Archives de Nouvelle-Calédonie avec lequel entre 2007 et 2009 je poursuivais mes recherches qui ont permis la visibilité scientifique des états civils des déportés de Kabylie de 1871 et des Aurès 1876 emprisonnés dans les territoires politiques ïle des Pins et Presqu'ile Duclos.

Lors de la conférence au CNRS à l'occasion des recherches en Sciences Humaines et Sociales sur l'Océanie, Colloque LBSH Pacifique, du 10 au 12 mars 2010, ces données ont été apportées et mes remerciements s'adressent au Professeur Monsieur Maurice Godelier pour avoir abordé l'intérêt d'un marqueur culturel berbère de mes découvertes scientifiques de la Tajmâat de Bourail, élément culturel formateur des sociétés berbères et assemblées villageoises de l'ancien Maghreb (XIXe siècle) dont je rappelle des pratiques préservées longtemps dans l'espace kanak et calédonien. 

Ces travaux se poursuivent dans la réalisation d'un ouvrage collectif et d'un ouvrage à paraître prochainement.
Je remercie Monsieur Kadri Aïssa, Professeur et Directeur de l’Institut Maghreb Europe de l'Université Paris VIII, pour m'avoir attribué des charges de cours et des séminaires pour la diffusion des mes travaux, afin de permettre aux étudiants de Master, de fournir les outils et les méthodes d'enquêtes appropriés aux longs terrains et les fouilles d'archives menées durant ces dix dernières années.

Mes remerciements à toute l'équipe et à Michel Renard, pour que votre beau site soit toujours aussi attractif, il rend une visibilité scientifique unique interactive en son genre aux besoins des lecteurs du multimédia d'aujourd'hui.

Mélica Ouennoughi
Docteur et enseignante chercheur sur l'Histoire des Algériens et Maghrébins
Université Paris VIII.

Déportation des Algériens et Maghrébins de Nouvelle-Calédonie
1864, 1871-1873,1876-1879,1881-1882,
1883 à la fermeture du bagne 1896 (poursuite des travaux).

Premiers répertoires et mouvements du bagne des Maghrébins vers la Nouvelle-Calédonie.
Propriété scientifique : Docteur Mme Ouennoughi Mélica, enseignante chercheur.

 Page0001

OUENNOUGHI, M., KAHN, F. 2005.
Le cimetière du saint patron sidi Moulay de Nessadiou, Bourail.
Les hommes de la déportation algérienne.

"Behind the date palm
in New Caledonia", Palms n° 49 (2), 2005.
Travaux intégrés à l’Institut français d'études andines 75, Lima.

 

 

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mercredi 5 mars 2008

colloque accords de Matignon-Oudinot et de Nouméa (1988 et 1998)

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1988 : Accords de Matignon Oudinot

1998 : Accord de Nouméa

Textes fondateurs de la Nouvelle-Calédonie d’aujourd’hui

 

 

Colloque : vendredi 25 et samedi 26 avril 2008

Résumé

À l’occasion des vingt ans des Accords de Matignon-Oudinot (1988), le réseau Asie-Imasie (CNRS/FMSH) organise un colloque placé sous la présidence de M. Michel Rocard. Ces textes exemplaires qui semblent avoir érigé la Nouvelle-Calédonie en lieu de référence et espace de stabilité dans la zone pacifique, sont rarement au cœur de manifestation de grande envergure. La matinée du vendredi 25 avril sera consacrée à la projection du film Les Médiateurs du Pacifique, de Charles Belmont, et  l’après-midi, à une table ronde réunissant acteurs et témoins, mémoires de l’histoire immédiate. Le samedi 26 avril, se succéderont des universitaires, spécialistes de l’histoire, de la géopolitique et du droit de la région.

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danseur Wapan

Lieu du colloque :
25 avril 9h-12h30 : Mairie de Paris, auditorium
25 avril 14h-18h : Palais du Luxembourg, salle Monnerville
26 avril, 9h-18h : Palais du Luxembourg, salle Médicis

Il est impératif de s'inscrire avant le 15 avril 2008 (les inscriptions seront prises dans l'ordre des demandes et dans la limite des places disponibles).
Contact : viviane fayaud, vfayaud@msh-paris.fr,
Bureau 306, 54 bd Raspail, 75270 Paris 6e. tél. 01 49 54 26 00

 

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Programme provisoire du colloque

Vendredi 25 avril, 9h-12h30 : Mairie de Paris, auditorium, lieu à confirmer
Projection du film Les médiateurs du Pacifique, après présentation par Charles Belmont.
Vendredi 25 avril 14h-18h, Palais du Luxembourg, salle Monnerville, Témoignages
- Ouverture par M. Christian Estrosi, Secrétaire d’Etat à l’Outre-Mer
- Allocution de M. Harold Martin, Président du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie
- Allocution de M. Jean-François Sabouret, directeur du Réseau Asie
- Débat présidé par M. Michel Rocard (sur le film, sur l’évolution de la Nouvelle-Calédonie depuis 1988, courts exposés par les invités acteurs ou témoins de cette période)

 

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Mont-Dore

 

Personnalités invitées

1/ De Nouvelle-Calédonie :
Monsieur Harold Martin, Président du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie
Monsieur le Député Pierre Frogier, Président du Congrès (signataires des Accords de Matignon/Oudinot)
Monsieur le Sénateur Loueckhote (signataires des Accords d’Oudinot)
Monsieur Jacques Lafleur, ancien député et signataire des Accords de Matignon
Monsieur Paul Néaoutyine, président de la Province Nord (signataire des Accords d’Oudinot)
Madame Marie-Claude Tjibaou
Messieurs Charles Pidjot, Pierre Bretegnier, Bernard Deladrière (signataires des Accords de Matignon/Oudinot)
Madame Caroline Machoro (signataire des Accords de Matignon)
Monsieur Ismet Kurtovitch, docteur en histoire, chef du Service des Archives

2/ De métropole :
Monsieur le Député Christian Blanc, chef de la mission du Dialogue en 1988 ainsi que Monseigneur Paul Guiberteau, Messieurs Pierre Steinmetz, Jean-Claude Périer, Monsieur le Pasteur Stewart, membres de cette Mission
Monsieur Bernard Grasset, ancien haut-commissaire en Nouvelle-Calédonie
Monsieur Jean Montpezat, ancien haut-commissaire en Nouvelle-Calédonie
Monsieur le Préfet Levallois, ancien membre du cabinet de M. Georges Lemoine
Monsieur Bernard de Gouttes, ancien procureur à Nouméa
Madame et Messieurs les ministres et secrétaires d’Etat à l’Outre-Mer depuis 1981 (Messieurs Georges Lemoine, Louis Le Pensec, Jean-Jacques Queyranne…)
Messieurs Wallès Kotra, Alain Rollat et Henri Weill, journalistes ayant couvert la période des Accords de Matignon

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Houaïlou

 

Samedi 26 avril 2008, Palais du Luxembourg, salle Médicis, APPROCHES
Présentation de la journée présidée par M. Michel Rocard

Première partie : Les forces politiques face aux Accords
- François Audigier (MCF, Nancy) : Le RPR (puis l’UMP) et les Accords de Matignon de 1988 à nos jours
- Sarah Mohamed Gaillard (MCF INALCO) : Les indépendantistes de NC et les Accords de Matignon et Nouméa
- XXX : RPCR et Rassemblement et les Accords de Matignon et Nouméa

Deuxième partie : Les Accords et après les Accords (20 ans de négociations ininterrompues)
- Alain Christnacht (Ancien conseiller du Premier ministre Lionel Jospin) : L’Accord de Nouméa comme reconnaissance mutuelle d’une citoyenneté commune et outil d’une décolonisation consensuelle
- Jean-Yves Faberon (PU) : L’idée fédérale en NC depuis les Accords de Matignon
- Patrice Jean (MCF, UNC): La condition de résidence exigée pour certains scrutins en NC : de Matignon à Versailles

Troisième partie : Les Accords vus du Pacifique
- Nathalie Mrgudovic (Université Aston, GB) : Les événements de Nouvelle-Calédonie vus des États et Territoires du Pacifique
- Sémir Al Wardi, (MCF, UPF) : Les Accords sont–ils transposables dans d’autres collectivités françaises d’outre-mer ?
- Léon Wamytan (NC) : La place du droit coutumier kanak et ses institutions depuis la prise de possession : état des lieux et perspectives d’évolution

Quatrième partie : Les Accords dans l’Histoire
- Eric Waddell (PU, université Laval, Canada) : «La parole est sacrée» : Jean-Marie Tjibaou et le véritable enjeu des Accords de Matignon
- Yoko Oryu (Japon) : La préparation des Accords dans les années quatre-vingts
- Jean-Marc Regnault (MCF honoraire, UPF) : Les Accords de Matignon et de Nouméa dans la longue durée de la présence française dans le Pacifique Sud

Conclusion :
- Robert Aldrich (Professeur à l’Université de Sydney) : un point de vue australien sur le colloque
- Michel Rocard : faire vivre les Accords

 

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Poindimié

 

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dimanche 16 décembre 2007

journal du père mariste Jean Gilibert en Nouvelle-Calédonie (Marie-Louise Gondal)

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journal de Jean Gilibert

missionnaire mariste chez les Kanaks

de 1858 à 1891



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présentation

Marie-Louise GONDAL

 

Les pages que voici sont celles du Journal d’un missionnaire, conservé depuis plus d’un siècle dans la maison Gilibert d’Auliac (15, Jabrun), aux confins de l’Aubrac. Il fut écrit dans la dernière moitié du XIXe siècle, au milieu de tâches multiples, dans des îles et stations reculées du Nord de la Nouvelle-Calédonie, par Jean Gilibert, cinquième enfant d’une famille de six, qui le confia à son frère, Antoine Gilibert, longtemps curé de Saint-Flour.

au début de la colonisation

De sa plume ferme, alerte, colorée, il remplit 10 cahiers, dont 8 nous sont parvenus. Le récit est au ras des jours et des événements. En ces îles, le temps s’étale, les rencontres sont rares. On y est seul, quoique au milieu de tous. L’esprit, curieux du pays et des gens, relève tout : ce qui révèle une humanité en attente, ouverte à l’amitié, mais hantée par des peurs et des pressions collectives ; les mythes et les rites, qui sont pour lui étranges, et qu’il ne peut ou ne sait déchiffrer ; les particularités géographiques, climatiques, sociales ; les noms des chefs et des gens du pays et ceux des caboteurs et des aventuriers, chercheurs d’or ou porteurs de la «bonne nouvelle», qui mettent pied à terre ; les fêtes et les guerres locales. Le talent du chroniqueur lui permet de faire mieux connaître, même à des Néo-Calédoniens d’aujourd’hui, des tranches de vie des populations parmi lesquelles il vivait, au début de la colonisation, avant l’arrivée des prisonniers «Communards» qui bouleversa les modes de vie.

Pionnier confronté à la difficile mission d’évangéliser un monde inconnu, que la Société des Pères Maristes avait reçue de Rome pour l’Océanie, le Père Jean Gilibert fut, avec près d’une trentaine d’autres Maristes, dont les Pères Thomassin, Vigouroux, Lambert, Montrouzier, souvent issus de la paysannerie française, non seulement un apôtre, mais aussi un ingénieur et un inventeur. Tracer des chemins, capter les sources, introduire l’élevage, réinventer le pain et le beurre, multiplier les plantations, codifier une écriture, construire une Eglise, si vite envahie par la végétation, il lui fallait faire appel à tous les savoir-faire acquis à Jabrun, et au-delà. Et quand la santé fut atteinte, il accepta des aumôneries des «transportés», ce qui fut pour lui, comme pour ses confrères, un déchirement et même la découverte des malentendus qui minaient la chrétienté française.

épisodes révélateurs non "corrigés"

Il a fallu choisir. On a élagué les commentaires de la vie familiale dont il reste proche et qui le soutenait de loin, ainsi que ceux qui donnent à éprouver, presque physiquement, l’attente, celle des lettres ou celle du vent pour la mise à la mer d’une pirogue vers une rencontre fraternelle. On a privilégié le choix d’épisodes révélateurs pour nos contemporains, d’ici et d’ailleurs, sans chercher à «corriger» les limites d’une conception de la mission marquée par une époque, ni les aspérités d’un tempérament généreux mais formé par une éducation austère, ni le choc culturel et même microbien de la rencontre Occident-Orient. On a jugé utile de procurer quelques annexes susceptibles de fournir à des lecteurs curieux ou à des chercheurs, des informations complémentaires soit sur les archives de ce fonds, soit sur l’époque.

Le Professeur Frédéric Angleviel, historien, de l’Université de Nouvelle-Calédonie, a apporté sa précieuse contribution pour fixer le contenu de l’ouvrage et en manifester la portée. Son introduction et ses annotations mettent en relief l’intérêt historique de ce Journal. On a pu, par ailleurs, mettre au jour quelques racines familiales, locales, culturelles, de cette belle et courageuse figure. Au fil de la transcription, ce lointain missionnaire est devenu un proche. Sa passion d’horizons lointains, sa générosité et les défis soutenus font de ces pages un document humain parmi les plus dépouillés et les plus transparents. La question demeure : «partir en Orient…» pour n’en jamais revenir : mais pourquoi donc ?

Marie-Louise Gondal, septembre 2007

 

- «Ce journal est précieux à plus d'un titre : il porte sur les premières années de la colonisation ; il est l'émanation d'un homme de lettres vivant au milieu des Kanaks ; il a pour principal sujet le grand Nord ; c'est l'exemple d'une ethnographie pragmatique d'une grande valeur descriptive et indicative.
Professeur Frédéric Angleviel, conférence donnée à l’Université de Nouvelle Calédonie, le 30 août 2007.

- «On peut lire cela comme un simple récit d’aventure, mais en fait, cela m’interroge beaucoup. Le primat de l’amitié et du service, l’inventivité de l’apôtre, la solitude dans la vie religieuse, l’étrangeté d’une culture où le langage religieux semble toujours décalé... et où on ne peut éviter ambiguïté et malentendus. Alors que l’idée de la mission lointaine paraît parfois aujourd’hui dépassée, ce livre donne à penser». (un religieux).

__________________

 

UN VOYAGE SANS RETOUR. De l’Aubrac à la Nouvelle-Calédonie.
Journal de Jean GILIBERT (1818-1891), Missionnaire mariste chez les Kanaks, de 1858 à 1891
, 538 p.

Transcription et notice biographique par Marie-Louise GONDAL
Introduction historique et annotations par Frédéric ANGLEVIEL

Éd. CEPAC (Conférence Épiscopale du Pacifique), Nouméa, Nouvelle-Calédonie, juillet 2007 - ISBN : 978-982-506-004-8. 30 €

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quatrième de couverture du livre

Le présent ouvrage constitue une révélation. Il porte en effet à la connaissance du public un journal écrit en Nouvelle-Calédonie, entre 1858 et 1884, par un missionnaire mariste originaire du Centre de la France, Jean Gilibert, et demeuré totalement inconnu jusqu’ici. Jean Gilibert, porté par un ardent désir d’aller en Orient, qui le fit entrer en 6ème à vingt ans, et quitter la France à quarante, évangélisa l’île de Pot, dernière île habitée de l’archipel de Belep, au nord de la Grande Terre, avant de faire connaissance avec les «transportés» de France, après la Commune de Paris. Véritable compagnon de vie dans des situations souvent extrêmes, ce journal que l’auteur, à sa mort en 1891, voulut confier à sa famille, n’a encore jamais fait l’objet d’une étude sérieuse. Sa publication devrait la rendre possible.

«Dès le premier abord, ce journal nous a paru un témoignage important des premiers contacts entre les premiers arrivants et les nouveaux arrivants. En effet, ce journal est précieux à plus d’un titre : il porte sur les premières années de la colonisation ; il est l’émanation d’un homme de lettres vivant au milieu des Kanaks ; il a pour principal sujet le grand Nord calédonien, encore aujourd’hui méconnu».

«Une fois replacé dans son contexte, de par sa minutie et de par la connaissance intime qu’avait ce prêtre mariste de la société kanake, il nous apporte aujourd’hui un témoignage riche en détails inédits et en perspectives nouvelles. Mais plus encore que l’histoire politique ou l’histoire matérielle, c’est l’histoire des mentalités qui est renouvelée par de telles pages de vie. En effet, ces dernières nous rendent accessibles, sans prétention littéraire et sans construction théorique, une société kanake plurielle qui cherchait désespérément de nouvelles réponses aux bouleversements difficiles de l’époque coloniale.»

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livre en vente à :   

- Librairie Saint-Paul, 8 Place Bellecour, 69002 LYON

- La Procure Leo, 9 Rue Henri IV, 69002 LYON

- adresse postale de l'éditeur : CEPAC, Secrétariat P.O. Box 289 Suva FIJI (Nouvelle-Calédonie) - l’édition a été réalisée à l’initiative de l’archevêché de Nouméa

- il n'y a pas encore d'édition en métropole.

- pour tout renseignement sur le contenu du livre : écrire à Études Coloniales qui transmettra à Marie-Louise GONDAL

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- Présentation du Journal du père Jean Gilibert, missionnaire mariste en Nouvelle-Calédonie, de 1858 à 1891 (format pdf)

- couverture du livre de Jean Gilibert (recto et verso) (format pdf)

 

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Nouvelle-Calédonie, "tabous canaques"

 

groupe_kanaque
"groupe canaque"

 

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Nouvelle-Calédonie, "maison de missionnaire"

 

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Nouvelle-Calédonie, île Nou, route menant à l'hôpital du Marais

 

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mardi 6 mars 2007

les Arabes de "Caledoun" (Claude Liauzu ; Taïeb Aifa)

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les Arabes de "Caledoun"

Claude LIAUZU - Taïeb AIFA

 

Bonjour,

Vraiment un très beau site!

Je découvre une question suite à mon texte sur le manuel, par Ahmed de Bourail.

Sa remarque sur l'oubli des "Arabes", Kabyles,ou Algériens dans l'histoire de la Nouvelle-Calédonie appelle réflexion.

N'étant pas spécialiste du "Caillou", j'ai voulu attirer l'attention sur l'importance des accords de Nouméa et la volonté d'apaisement qu'ils représentent. J'ai voulu aussi plus particulièrement attirer l'attention des historiens sur cette méthode pour aider des populations qui se sont affrontées, à élaborer leur devenir commun en partageant leur passé. Cela comme un exemple utile pour dépasser le passé algérien et les guerres de mémoires. Il y a sans aucun doute dans cette histoire à peine naissante des populations de Nouvelle-Calédonie des lacunes, des oubliés et encore beaucoup à faire.

La thèse de madame Ouennoughi a été précédée par le très beau livre de Medhi Lalloui, "Kabyles du Pacifique". Cette thèse permet désormais "d'intégrer" les déportés et forçats d'Algérie. Mais combien de cadavres encore dans les placards... Mon interlocuteur sait-il que des révolutionnaires indochinois ont été déportés en Nouvelle-Calédonie aussi, de même que le frère de Léon Bloy.

* *
*


Je livre [ci-dessous] avec l'accord de mon ami José Barbançon, spécialiste du bagne, un document.
À suivre...
Cordialement

Claude Liauzu

 

route_Moindon___Bourail

 

 

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AIFA_150x200Discours prononcé par M. Taïeb Aifa au nom de l'Association des Arabes et des amis des Arabes, le 4 mars 2007 à l'occasion de la venue à Nessadiou de M. Azzouz Begag, ministre délégué à la Promotion de l'égalité des chances.

Salam Aleikoum Monsieur le Ministre.

L'Association des Arabes vous souhaite la bienvenue à Caledoun puisque tel était le nom que nos anciens donnaient à cette terre d'exil si loin de celle qu'ils appelaient l'Afrique. De même, ils ont choisi de se reconnaître à travers le terme "Arabe". Pourtant ils venaient en très grande majorité du Maghreb et surtout d'Algérie et très peu du Yémen et d'Aden. Nous avons maintenu leur volonté. Le terme de Maghrébins largement utilisé en Métropole l'est très rarement ici et révèle aussitôt une arrivée récente dans le pays.

En terre de Nouvelle-Calédonie, il y a donc des Arabes et ici nous prononçons ce mot avec fierté et respect, la fierté que perpétuent nos cavaliers et nos chevaux, le respect que l'offrande du lait et des dattes symbolise.
Monsieur le Ministre, au cimetière de Nessadiou vous êtes dans notre lieu de mémoire. De nombreux Arabes sont enterrés dans bien des communes de Nouvelle-Calédonie de l'Ile des Pins à Belep. Même Nouméa avait son carré des Arabes, mais Nessadiou représente une place à part, une place unique dans notre histoire. Après la révolte Kanak de 1878, la vallée de Nessadiou est affectée par l'Administration pénitentiaire à des concessionnaires pénaux de toutes origines dont quelques Arabes.

La vie y est très difficile, ce n'est pas pour rien qu'on l'appellera plus tard : "la vallée du malheur". Cependant quelques-uns réussissent. Parmi eux, Miloud ben Abdallah le concessionnaire le plus aisé du centre. Peu à peu les Arabes occupent presque exclusivement la vallée de Nessadiou qui devient : la "petite Afrique". Rares sont les "roumis" qui y sont tolérés. La tradition orale veut que le cimetière de Nessadiou tienne son origine dans la forte concentration arabe du centre. Mais d'autres, comme le vieux Eugène Barretteau expliquait que c'est avec l'ouverture du cimetière que de nombreux Arabes dispersés sur le territoire avaient rejoint Nessadiou pour y terminer leurs vies.

Quelles vies ! Près de 2000 déportés, transportés, relégués à "la Nouvelle" condamnés au nom de toutes les peines de l'arsenal du Code pénal devant des conseils de guerre ou des cours d'assises par des juges militaires ou des jurys de colons. Exilés de leurs terres souvent données à des colons, les voilà concessionnaires sur des terres prises à des tribus. Pour eux l'Histoire s'est inversée : la colonisation qu'ils subissaient en Algérie, c'est à leur tour, souvent malgré eux d'en devenir les agents, non pas pour en vivre, mais pour survivre. À eux seuls, les Arabes de Nouvelle-Calédonie concentrent toutes les contradictions d'une politique coloniale.

Survivre : donc avoir des enfants. Mais se marier avec qui ? Il n'y a pas de femmes arabes. Les premières unions ont lieu à Bourail avec des Européennes, des relations se nouent aussi avec des femmes mélanésiennes. Dans les générations suivantes, les filles de ces premières unions se marient souvent dans le milieu arabe. La souche survit, les patronymes se transmettent même quand ils sont transformés par l'administration, mais la langue qui ne peut pas être apprise aux enfants par des mères qui ne la parlent pas, se perd.
Et précisément parce que la langue s'est perdue, ce cimetière prend dans notre mémoire une autre dimension. Votre présence ici est une reconnaissance de cette dimension et elle est d'autant plus nécessaire que le tout récent manuel d'histoire a supprimé la photo du cimetière de Nessadiou ainsi que le paragraphe consacré dans le manuel précédent à la présence arabe.

Monsieur le Ministre, ne cherchez pas les noms de nos anciens dans les livres d'histoire, même celui de Bou Mezrag el Mokrani a été effacé. Ne cherchez pas une place, une école, un collège, un espace sportif qui porte un nom arabe, mais parcourez les listes de décès des centres miniers de Thio ou Ouegoa, des centres pénitentiaires, de l'île Nou, de Ducos, de l'île des Pins, du Camp Brun interrogez vous sur le jeune âge de ces décédés et vous commencerez à comprendre. Continuez par la liste des concessionnaires de Bourail, Nessadiou bien sûr mais aussi Boghen, la Route d'Ourail, la Poueo, remontez jusqu'à Pouembout, Koumac, revenez par La Foa, concentrez-vous sur Nouméa, sur la liste des chauffeurs de fiacres, sur la Vallée du Tir le quartier ouvrier, sur les ouvriers du Nickel, sur les syndicats, sur les sportifs, et aussi il faut le dire au début du XXe siècle sur la délinquance, le tout dans un environnement, où le mépris aujourd'hui disparu, n'était jamais absent et vous commencerez à avoir un idée de ce que les Arabes ont vécu dans ce pays où pendant longtemps, comme disait le vieux Bel Amiche qui repose à Nessadiou : "le cheval a été le seul ami de l'Arabe".

Victimes de la colonisation en Algérie, contraints dans l'exil de devenir acteurs de la colonisation en Nouvelle-Calédonie puis reconnus comme victimes de l'Histoire, il n'y a qu'un seul mot pour traduire ce que nous avons vécu : Mektoub. Le destin. Alors aujourd'hui quand on appelle le pays à un destin commun, quand on aspire à la constitution d'une communauté de destin, croyez bien que nous sommes prêts à y prendre toute notre part. Notre passé ne nous permet pas d'évoquer les bienfaits de la colonisation et nous n'avons pas le temps d'attendre une quelconque repentance d'où qu'elle vienne. Nous sommes des citoyens de Nouvelle-Calédonie qui avons un défi à relever dans le respect de l'histoire de nos pères et pour l'avenir de nos enfants et rien ne se fera à côté de nous ou sans nous. C'est le sens que nous voulons donner à votre visite à Nessadiou.

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"cimetière arabe" de Nessadiou à Bourail

source, M.
Ouennoughi ©)

 

À l'entrée du cimetière, il y a le croissant de lune. Quand vous rentrerez à Paris ou dans la banlieue lyonnaise s'il vous arrive d'apercevoir ce croissant de lune, ayez une pensée, Monsieur le Ministre, pour ces descendants d'Arabes qui vivent sous le ciel austral, là où le croissant est tourné à l'envers ou dans l'autre sens, mais n'en doutez jamais : le cœur des Arabes de Caledoun est pour toujours à l'endroit. Et leur endroit c'est ici.

Taïeb Aifa

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mercredi 28 février 2007

le manuel d'histoire de Nouvelle-Calédonie (Ahmed de Bourail)

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à propos du manuel d'histoire

de Nouvelle-Calédonie

Ahmed de BOURAIL

 

Nous aimerions beaucoup savoir si le manuel d'histoire de Nouvelle-Calédonie intègre les données historiques et anthropologiques du Docteur en Histoire Mme Ouennoughi Mélica, sur l'histoire de la déportation maghrébine en Nouvelle-Calédonie, ceci est une thèse de doctorat bien connue maintenant sur le territoire calédonien et relate les insurrections algériennes, le code de l'indigénat en Algérie, la déportation des Algériens et Maghrébins, qui n'avait jamais été élucidé de manière histoirique et scientifique avant cette historienne.

On a lontemps pensé qu'il y avait 200 algériens déportés sur le territoire et cela est totalement faux, la recherche historique nous donne les éléments fondateurs et véritables, les listes émises par l'historienne donne un chiffe bien supérieur, et elle note que les déportés ont gardé leur culture, leur histoire et la descendance a hérité d'une culture ancienne algérienne, de la coutume, de la tradition par l'introduction du saint patron sidi moulay, du cimetière de Nessadiou au XIXe siècle et du palmier dattier.

Elle décrit une parenté ancienne arabo-berbère qui a permis aux familles de se constituer et ce phénomène d'introduction n'est pas récent comme certains historiens calédoniens pourraient le penser, faut de connaissance d'une Algérie ancienne de ses traditions, de ses rites et de ses coutumes voir même de sa politique culturelle et religieuse.

Rien n'avait été développé, n'a pu être décrit voir même initié aux étudiants, ou aux collégiens sur ces oubliés de l'histoire fortement de culture algérienne aujourd'hui depuis l'arrivée de leurs aieux sur ce territoire (1867 suite à l'insurrection des ouled Sidi Cheikh avant même l'insurrection de Hadj Mokrani en 1871).

Les historiens doivent consulter l'ouvrage historique de Mme Ouennoughi pour véritablement comprendre l'histoire des Algériens de Nouvelle-Calédonie, les listes des déportés sont inscrits au cimetière de Nessadiou par le travail minitieux entrepris par l'historienne. Les travaux sont rattachés au nouveau laboratoire d'histoire contemporaine de Nouméa et l'historienne donne une conférence au centre culturel Tjibaou de Nouméa le 31 mai, ainsi on ne pourra plus ignorer ces déportés politiques, leur descendants, leur culture, leur tradition et leur religiosité.

Est-ce que le manuel d'histoire nouvellement constitué à pris compte des donnés de recherche sur l'histoire des Algériens initié par Mme Ouennoughi ? Du point de vue scientifique, nous serions ravis de vérifier si cela a été respecté, sinon à quoi sert la recherche ? À quoi servent les historiens ?

Monsieur LIAUZU sait-il si de telles données ont-elles été respectées ?
Bref, un certain nombre de question que beaucoup de Calédoniens descendants d'Algériens se posent ? Quels enseignements là-dessus, et où est l'enseignante sur cette question ?

Ahmed de Bourail
message posté

 

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jeudi 15 février 2007

un manuel d’histoire pour les écoles primaires de la Nouvelle-Calédonie

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Guerres de mémoire ou histoire : pour

une vulgarisation de qualité

Claude LIAUZU

 

La parution d’un manuel d’histoire pour les écoles primaires de la Nouvelle-Calédonie risque de passer inaperçue dans la capitale des arts et des lettres. Pourtant, ce n’est pas un mince événement d’avoir élaboré une histoire partagée entre les diverses populations. C’est une contribution au devenir commun qu’elles ont à construire à partir d’un lourd passé.

Cela sans complaisance envers les nostalgiques du bon vieux temps de la colonisation, ni envers les pénitents battant leur repentance sur la poitrine de leurs ancêtres, ni envers ceux qui se réclament du statut éternel de victime absolue. Cela aussi sans choisir le plus petit commun dénominateur entre Kanak, caldoches, descendants de déportés et bagnards, de petits colons, de Polynésiens et asiatiques. En acceptant leur pluralité, les auteurs (dont un seul Kanak, en raison du retard scolaire légué par le passé, tribu_de_G_linia__Cal_donie_regrettent-ils) ne se sont pas réfugiés derrière une impossible neutralité, n’ont esquivé aucun des grands problèmes auxquels sont confrontés les enseignants du «Caillou».

Comment interpréter les siècles et millénaires antérieurs à la colonisation en refusant à la fois le mythe du «bon sauvage», ou la légende des siècles d’or, aussi bien que la justification de la colonisation par la hiérarchie des civilisations ?

Comment étudier une colonisation ambiguë : la domination, la violence, les massacres, la dépossession, le statut de l’indigénat, la destruction des identités, sans réduire la colonisation, qui a été une des dimensions du nationalisme et du capitalisme européens, au pillage et au meurtre ? Sans négliger les transformations - résistance, emprunts, ré-interprétations - des colonisés ?

Comment étudier aussi bien les Kanak que les colons et leurs relations en évitant le manichéisme des «zoos humains», ou son doublet inversé,  lasous_un_banian «reconnaissance de la nation» envers l’œuvre des Français d’outre-mer ? Quelle a été l’histoire des colons : ni hussards de la civilisation, ni pionniers héroïques, ni bourreaux, ni boucs émissaires, mais porteurs des contradictions de la société métropolitaine et de la situation coloniale ?

Cet ouvrage est-il à classer dans la rubrique curiosa des histoires exotiques ? Oui, si l’on ignore la loi du 23 février 2005, par laquelle des élus ont prétendu imposer un enseignement du «rôle positif» de la colonisation et créé une Fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie (mémoire, non pas histoire, et au singulier !), sous l’autorité d’un ministre qui traite les historiens de «spécialistes auto-proclamés» ou «pseudo historiens» quand ils ne partagent pas son point de vue. Oui, si l’on néglige la multiplication des initiatives municipales en faveur de mémoriaux exaltant l’Algérie française, à Montpellier - où Georges Frèche traite les historiens de «trous du cul» -, à Perpignan, au mépris de la pluralité de la population. Oui, si l’on n’a pas encore compris que nos sociétés postcoloniales sont traversées par ces problèmes.

Ce livre est un exemple dont il faut s’inspirer pour dépasser les guerres de mémoires et l’enlisement du débat métropolitain. Les historiens de la «Nouvelle» contribuent ainsi à la diffusion des connaissances,  qui est une des fonctions de notre métier. Ce n’est pas un hasard si plusieurs des auteurs ont contribué aussi au Dictionnaire de la colonisation française (Larousse, 2007) qui a le même objectif.

Claude Liauzu
15 février 2007

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Accord sur la Nouvelle-Calédonie signé à Nouméa le 5 mai 1998

Préambule

1. Lorsque la France prend possession de la Grande Terre, que James Cook avait dénommée «Nouvelle-Calédonie», le 24 septembre 1853, elle s'approprie un territoire selon les conditions du droit international alors reconnu par les nations d'Europe et d'Amérique, elle n'établit pas des relations de droit avec la population autochtone. Les traités passés, au cours de l'année 1854 et les années suivantes, avec les autorités coutumières, ne constituent pas des accords équilibrés mais, de fait, des actes unilatéraux.
Or, ce territoire n'était pas vide.
La Grande Terre et les îles étaient habitées par des hommes et des femmes qui ont été dénommés kanak. Ils avaient développé une civilisation propre, avec ses traditions, ses langues, la coutume qui organisait le champ social et politique. Leur culture et leur imaginaire s'exprimaient dans diverses formes de création.
L'identité kanak était fondée sur un lien particulier à la terre. Chaque individu, chaque clan se définissait par un rapport spécifique avec une vallée, une colline, la mer, une embouchure de rivière, et gardait la mémoire de l'accueil d'autres familles. Les noms que la tradition donnait à chaque élément du paysage, les tabous marquant certains d'entre eux, les chemins coutumiers structuraient l'espace et les échanges.

2. La colonisation de la Nouvelle-Calédonie s'est inscrite dans un vaste mouvement historique où les pays d'Europe ont imposé leur domination au reste du monde.
Des hommes et des femmes sont venus en grand nombre, aux XIXe et XXe siècles, convaincus d'apporter le progrès, animés par leur foi religieuse, venus contre leur gré ou cherchant une seconde chance en Nouvelle-Calédonie. Ils se sont installés et y ont fait souche. Ils ont apporté avec eux leurs idéaux, leurs connaissances, leurs espoirs, leurs ambitions, leurs illusions et leurs contradictions.
Parmi eux certains, notamment des hommes de culture, des prêtres ou des pasteurs, des médecins et des ingénieurs, des administrateurs, des militaires, des responsables politiques ont porté sur le peuple d'origine un regard différent, marqué par une plus grande compréhension ou une réelle compassion.
Les nouvelles populations sur le territoire ont participé, dans des conditions souvent difficiles, en apportant des connaissances scientifiques et techniques, à la mise en valeur minière ou agricole et, avec l'aide de l'État, à l'aménagement de la Nouvelle-Calédonie. Leur détermination et leur inventivité ont permis une mise en valeur et jeté les bases du développement.
La relation de la Nouvelle-Calédonie avec la métropole lointaine est demeurée longtemps marquée par la dépendance coloniale, un lien univoque, un refus de reconnaître les spécificités, dont les populations nouvelles ont aussi souffert dans leurs aspirations.

3. Le moment est venu de reconnaître les ombres de la période coloniale, même si elle ne fut pas dépourvue de lumière.
Le choc de la colonisation a constitué un traumatisme durable pour la population d'origine.
Des clans ont été privés de leur nom en même temps que de leur terre. Une importante colonisation foncière a entraîné des déplacements considérables de population, dans lesquels des clans kanak ont vu leurs moyens de subsistance réduits et leurs lieux de mémoire perdus. Cette dépossession a conduit à une perte des repères identitaires.
L'organisation sociale kanak, même si elle a été reconnue dans ses principes, s'en est trouvée bouleversée. Les mouvements de population l'ont déstructurée, la méconnaissance ou des stratégies de pouvoir ont conduit trop souvent à nier les autorités légitimes et à mettre en place des autorités dépourvues de légitimité selon la coutume, ce qui a accentué le traumatisme identitaire.
Simultanément, le patrimoine artistique kanak était nié ou pillé.
À cette négation des éléments fondamentaux de l'identité kanak se sont ajoutées des limitations aux libertés publiques et une absence de droits politiques, alors même que les kanak avaient payé un lourd tribut à la défense de la France, notamment lors de la Première Guerre mondiale.
Les kanak ont été repoussés aux marges géographiques, économiques et politiques de leur propre pays, ce qui ne pouvait, chez un peuple fier et non dépourvu de traditions guerrières, que provoquer des révoltes, lesquelles ont suscité des répressions violentes, aggravant les ressentiments et les incompréhensions.
La colonisation a porté atteinte à la dignité du peuple kanak qu'elle a privé de son identité. Des hommes et des femmes ont perdu dans cette confrontation leur vie ou leurs raisons de vivre. De grandes souffrances en sont résultées. Il convient de faire mémoire de ces moments difficiles, de reconnaître les fautes, de restituer au peuple kanak son identité confisquée, ce qui équivaut pour lui à une reconnaissance de sa souveraineté, préalable à la fondation d'une nouvelle souveraineté, partagée dans un destin commun.

4. La décolonisation est le moyen de refonder un lien social durable entre les communautés qui vivent aujourd'hui en Nouvelle-Calédonie, en permettant au peuple kanak d'établir avec la France des relations nouvelles correspondant aux réalités de notre temps.
Les communautés qui vivent sur le territoire ont acquis par leur participation à l'édification de la Nouvelle-Calédonie une légitimité à y vivre et à continuer de contribuer à son développement. Elles sont indispensables à son équilibre social et au fonctionnement de son économie et de ses institutions sociales. Si l'accession des kanak aux responsabilités demeure insuffisante et doit être accrue par des mesures volontaristes, il n'en reste pas moins que la participation des autres communautés à la vie du territoire lui est essentielle.
Il est aujourd'hui nécessaire de poser les bases d'une citoyenneté de la Nouvelle-Calédonie, permettant au peuple d'origine de constituer avec les hommes et les femmes qui y vivent une communauté humaine affirmant son destin commun.
La taille de la Nouvelle-Calédonie et ses équilibres économiques et sociaux ne permettent pas d'ouvrir largement le marché du travail et justifient des mesures de protection de l'emploi local.
Les accords de Matignon signés en juin 1988 ont manifesté la volonté des habitants de Nouvelle-Calédonie de tourner la page de la violence et du mépris pour écrire ensemble des pages de paix, de solidarité et de prospérité.
Dix ans plus tard, il convient d'ouvrir une nouvelle étape, marquée par la pleine reconnaissance de l'identité kanak, préalable à la refondation d'un contrat social entre toutes les communautés qui vivent en Nouvelle-Calédonie, et par un partage de souveraineté avec la France, sur la voie de la pleine souveraineté.
Le passé a été le temps de la colonisation. Le présent est le temps du partage, par le rééquilibrage. L'avenir doit être le temps de l'identité, dans un destin commun.
La France est prête à accompagner la Nouvelle-Calédonie dans cette voie.

5. Les signataires des accords de Matignon ont donc décidé d'arrêter ensemble une solution négociée, de nature consensuelle, pour laquelle ils appelleront ensemble les habitants de Nouvelle-Calédonie à se prononcer.
Cette solution définit pour vingt années l'organisation politique de la Nouvelle-Calédonie et les modalités de son émancipation.
Sa mise en oeuvre suppose une loi constitutionnelle que le Gouvernement s'engage à préparer en vue de son adoption au Parlement.
La pleine reconnaissance de l'identité kanak conduit à préciser le statut coutumier et ses liens avec le statut civil des personnes de droit commun, à prévoir la place des structures coutumières dans les institutions, notamment par l'établissement d'un Sénat coutumier, à protéger et valoriser le patrimoine culturel kanak, à mettre en place de nouveaux mécanismes juridiques et financiers pour répondre aux demandes exprimées au titre du lien à la terre, tout en favorisant sa mise en valeur, et à adopter des symboles identitaires exprimant la place essentielle de l'identité kanak du pays dans la communauté de destin acceptée.
Les institutions de la Nouvelle-Calédonie traduiront la nouvelle étape vers la souveraineté : certaines des délibérations du Congrès du territoire auront valeur législative et un Exécutif élu les préparera et les mettra en oeuvre.
Au cours de cette période, des signes seront donnés de la reconnaissance progressive d'une citoyenneté de la Nouvelle-Calédonie, celle-ci devant traduire la communauté de destin choisie et pouvant se transformer, après la fin de la période, en nationalité, s'il en était décidé ainsi.
Le corps électoral pour les élections aux assemblées locales propres à la Nouvelle-Calédonie sera restreint aux personnes établies depuis une certaine durée.
Afin de tenir compte de l'étroitesse du marché du travail, des dispositions seront définies pour favoriser l'accès à l'emploi local des personnes durablement établies en Nouvelle-Calédonie.
Le partage des compétences entre l'État et la Nouvelle-Calédonie signifiera la souveraineté partagée. Il sera progressif. Des compétences seront transférées dès la mise en oeuvre de la nouvelle organisation. D'autres le seront selon un calendrier défini, modulable par le Congrès, selon le principe d'auto-organisation. Les compétences transférées ne pourront revenir à l'État, ce qui traduira le principe d'irréversibilité de cette organisation.
La Nouvelle-Calédonie bénéficiera pendant toute la durée de mise en oeuvre de la nouvelle organisation de l'aide de l'État, en termes d'assistance technique et de formation et des financements nécessaires, pour l'exercice des compétences transférées et pour le développement économique et social.
Les engagements seront inscrits dans des programmes pluriannuels. La Nouvelle-Calédonie prendra part au capital ou au fonctionnement des principaux outils du développement dans lesquels l'État est partie prenante.
Au terme d'une période de vingt années, le transfert à la Nouvelle-Calédonie des compétences régaliennes, l'accès à un statut international de pleine responsabilité et l'organisation de la citoyenneté en nationalité seront proposés au vote des populations intéressées.
Leur approbation équivaudrait à la pleine souveraineté de la Nouvelle-Calédonie.

source

 

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Enquête

Le "Caillou", c'est toute une histoire

 

LE MONDE | 09.02.07 | 16h14  •  Mis à jour le 09.02.07 | 16h14


À elle seule, Christiane Terrier incarne tout un pan de l'histoire de la Nouvelle-Calédonie. Sa maison, de style néocolonial, est située au centre de la presqu'île de Nouméa, dans le quartier appelé "La Vallée des colons". Sur les murs du salon sont accrochés les portraits jaunis de deux de ses ancêtres. Dans sa famille, elle compte cinq générations sur le "Caillou", depuis que son arrière-grand-père est arrivé de métropole, en 1898, pour assurer la fonction de chef de travaux dans l'administration pénitentiaire. Du côté de sa mère, elle avoue, en souriant, compter quelques bagnards, "et pas condamnés pour des peccadilles...". Elle ne rejette pas l'appellation de "Caldoche", donnée aux Calédoniens d'origine européenne et souvent considérée par eux comme péjorative.

Cette historienne, professeur à l'Institut universitaire de formation des maîtres (IUFM) du Pacifique, a eu laNouvelle_Cal_donie_tribu_Ouass_ lourde tâche d'animer une commission chargée d'élaborer un manuel d'histoire pour le primaire. Dans la logique de l'accord de Nouméa, signé en 1998 entre indépendantistes et non-indépendantistes, les programmes de l'enseignement primaire ont été transférés en 2000 au gouvernement de la Nouvelle-Calédonie. Le manuel est enfin prêt. Il est à l'impression, à Singapour, "parce que cela coûte moins cher". Il sera disponible en mars.

La commission d'historiens mobilisée autour du projet comptait une vingtaine de membres. Parmi eux, un seul Kanak. Ce que déplore Christiane Terrier : "Malheureusement, il n'existe pas suffisamment d'historiens kanaks formés à l'occidentale. La grande majorité des Kanaks ne se reconnaissent pas dans une écriture scientifique de l'histoire. Ils craignent qu'une telle démarche aille contre leur lutte nationale et dénature leur passé." L'historienne se réjouit cependant que l'un des fils de Jean-Marie Tjibaou, le chef historique du mouvement indépendantiste, ait suivi le projet de bout en bout.

Les enjeux sont énormes. "Le manuel est un élément fondamental de la constitution d'une communauté de destin, insiste Louis-José Barbançon, historien calédonien spécialiste du bagne. Sans histoire commune à partager, pas de destin commun à envisager. Avec cette évidence fondatrice : la profondeur temporelle de la présence kanake est de trois mille ans alors que l'histoire commune à partager ne s'étend que sur cent cinquante ans. Il est évident aussi que l'histoire commune est faite de violences, de guerres, de révoltes autant que de vies parfois partagées, souvent parallèles. Mais, après tout, l'histoire de l'Europe a fonctionné sur le mêmeLa_P_rouse_Cal_donie schéma, ce qui n'empêche pas l'Europe de se faire."

Ismet Kurtovitch, responsable du service des archives territoriales, qui a participé à la relecture du manuel, fait une analyse similaire : "Le défi consistait à rédiger un manuel traitant d'une histoire coloniale, destiné à des enfants qui sont les fils et filles des acteurs de cette histoire."

Assez curieusement, le récit de la colonisation et des affrontements qui ont eu lieu, à partir de 1984, entre Kanaks et "Caldoches", n'a pas soulevé trop de difficultés. Sur ce sujet, il existe un texte consensuel : l'accord de Nouméa, adopté par 72 % des Calédoniens, le 8 novembre 1998. Le préambule de ce document fondateur, d'une grande hauteur de vue, constitue aujourd'hui la base du vivre ensemble entre Kanaks et Caldoches. Il reconnaît l'identité kanake, le fait colonial, mais aussi la "mise en valeur" de la Nouvelle-Calédonie par les populations venues d'Europe. "Le moment est venu de reconnaître les ombres de la période coloniale, même si elle ne fut pas dépourvue de lumière, dit solennellement le préambule. (...) Les communautés qui vivent sur le territoire ont acquis, par leur participation à l'édification de la Nouvelle-Calédonie, une légitimité à y vivre et à continuer de contribuer à son développement. (...) Le passé a été le temps de la colonisation. (...) L'avenir doit être le temps de l'identité, dans un destin commun."

Pour Charles Washetine, membre du gouvernement (on ne dit pas "ministre" en Nouvelle-Calédonie) chargé de l'enseignement, issu du Palika (indépendantiste), "les historiens sont venus valider ce qu'avaient signé les politiques. Une ère nouvelle s'est ouverte avec l'accord de Nouméa. Aujourd'hui, par exemple, parler du "massacre d'Ouvéa" ne pose plus de difficulté majeure."

Un premier manuel d'histoire, rédigé en 1992 dans un cadre non officiel, avait déminé le terrain. "À l'époque, il avait fallu 48 heures de négociations pour parvenir à une rédaction commune sur la période contemporaine", se souvient Christiane Terrier. La rédaction du manuel de 2007 a été plus facile. "Il est toujours délicat de parler de l'histoire immédiate, note Ismet Kurtovitch. Chaque mot a été pesé. Par exemple, on a écrit qu'Eloi Machoro avait été "tué" et Jean-Marie Tjibaou "assassiné"."

ljb2Louis-José Barbançon [ci-contre], qui n'a pas participé à la rédaction du manuel, met en garde contre les effets destructeurs des "non-dits". "Il faut bien comprendre que le non-dit entraîne des phénomènes de revendications mémorielles de la part de ceux qui, ne se retrouvant pas dans une histoire trop édulcorée et trop officielle, recréent eux-mêmes leur histoire. La mémoire tyrannique prend alors la place que l'histoire n'a pas su occuper." Pour sa part, Christiane Terrier se félicite que les travaux de l'historiographie récente aient été pris en compte. "Nous n'avons pas édulcoré les spoliations foncières aux dépens des tribus, ou encore le régime de l'indigénat."

Les débats les plus vifs ont porté sur le concept de préhistoire. "Les historiens sont tous d'accord sur le fait que la période néolithique représente une révolution dans l'histoire de l'humanité, explique Mme Terrier. Mais l'historiographie occidentale a mis en exergue la césure de l'écriture. Or, les peuples mélanésiens ne connaissaient pas l'écriture avant l'arrivée des Européens. Est-ce que ce concept de préhistoire est pertinent ? Je ne le pense pas. Et je me suis fait traiter de "pro-kanak" parce que je soutenais ce point de vue !"

Les historiens australiens, confrontés au même problème, ont retenu le concept de "traces", au lieu de celui d'écriture. Une approche à laquelle se rallie volontiers Charles Washetine : "En Nouvelle-Calédonie, les pétroglyphes (gravures rupestres) peuvent être considérés comme une forme d'écriture. Une chose est sûre : la civilisation kanake existait bien avant l'arrivée des Européens." Le concept de préhistoire a finalement été abandonné, après un long débat qui est monté jusqu'au gouvernement de la Nouvelle-Calédonie.

À travers ce manuel, est-ce le peuple calédonien, soudé par un "destin commun", pour reprendre la formule clé de l'accord de Nouméa, qui est en train d'écrire son histoire ? Christiane Terrier se montre très prudente. "Disons que ce sont des groupes, composant une population hétérogène, qui essaient de mettre en commun leur histoire en l'écrivant. L'enjeu reste de doter le pays d'une mémoire commune. Mais on sait bien que la mémoire n'est jamais indépendante de la perception du quotidien. Nous sommes encore en plein débat postcolonial. La sérénité du préambule de l'accord de Nouméa est loin d'avoir gagné toutes les populations calédoniennes. L'écriture de l'histoire reste difficile dans ce pays..."

Xavier Ternisien
article paru dans l'édition du 10.02.07

 

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liens

- "Pays Kanak : à la croisée de l'ethnologie et de l'histoire", Jacqueline Dahlem (hermes.jussieu.fr)

"Les Kanak et l'histoire ; le thème proposé pour ce volume ouvre de multiples problématiques liées entre autres à la polysémie du mot histoire en langue française. Mais s'il invite à interroger la relation entre "les Kanak" et "l'histoire", je préciserai d'emblée qu'il s'agira pour ma part d'interroger la relation des Kanak à l'histoire en tant que "science humaine" inscrite dans le champ des recherches et des productions universitaires et matière enseignée à tous les stades de la scolarité. Or s'il est une science humaine qui a entretenu des relations privilégiées avec les Kanak ce n'est pas l'histoire, au sens d'historiographie, mais l'ethnologie." (lire la suite)

 

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corvée de condamnés travaillant à la voirie de Nouméa

 

bibliographie

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une publication du Centre de Documentation pédagogique
de Nouvelle-Calédonie

 

- La Nouvelle-Calédonie : colonie pénitentiaire, 1863-1931
Auteurs : Isabelle Amiot et le CDP, 2005
Support : 2 DVD et 1 livret pédagogique

Ce DVD propose un voyage dans l'histoire de la Nouvelle-Calédonie et de la France, au temps où la Nouvelle-Calédonie était une colonie pénitentiaire.

Pourquoi et comment la France affecte-t-elle la Nouvelle-Calédonie à la transportation, à la déportation, à la rélégation ?
Qui sont les condamnés à l'application de la peine des travaux forcés et à l'exil à La Nouvelle ? Dans quels lieux de l'archipel ont-ils vécu et quelles ont été leurs conditions de vie ?
Quels  sont les prolongements dans l'histoire du peuplement et de la mise en valeur de cette colonie ?
Qu'en reste-t-il aujourd'hui dans la mémoire collective et le patrimoine des Néo-Calédoniens ?
En déchiffrant les archives et les vestiges, en écoutant les historiens et les acteurs du patrimoine, ce document cherche à susciter l'intérêt et à fournir des éléments de réflexion.
Il est destiné tout à la fois aux enseignants et aux élèves, au grand public calédonien et aux visiteurs.

Particularité : le film principal de 32 mn est en 3 versions (français, anglais, japonais)

contact : centre de documentation pédagogique de Nouvelle-Calédonie

 

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condamnés dans le pénitencier de l'île Nou

 

 

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Posté par michelrenard à 07:52 - - Commentaires [3] - Permalien [#]