mardi 25 avril 2006

colloque "Michel Debré et l'Algérie" (27-28 avril 2006)

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27 janvier 1960

colloque "Michel Debré et l'Algérie"

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colloque

Michel Debré et l'Algérie

27 et 28 avril 2006

à l'Assemblée Nationale

Organisé par l'Association des Amis de  Michel Debré sous la Présidence d'Honneur
de M. Jacques Chirac, Président de la République,
Président M. Pierre Messmer, ancien Premier ministre

Programme

JEUDI 27 AVRIL 2006

Première séance présidée par Pierre Messmer :
Les convictions de Michel Debré

Deuxième séance présidée par Yves Guéna : Les combats de Michel Debré, Premier Ministre

VENDREDI 28 AVRIL 2006

Troisième séance présidée par Pierre Mazeaud :
Les combats de Michel Debré, Premier Ministre, et leur perception

Quatrième séance présidée par Jean Foyer : Les déceptions de Michel Debré

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P r o g r a m m e   d é t a i l l é   d u   C o l l o q u e

Jeudi 27 avril 2006

8 h 45
Accueil des participants
9 h 15 Allocution de Jean-Louis Debré, Président de l’Assemblée Nationale

Première séance présidée par Pierre Messmer
Les convictions de Michel Debré

9 h 30 Ouverture des travaux par Pierre Messmer, Président de l’Association des Amis de Michel Debré

9 h 45
Odile Rudelle, directeur de recherches CNRS/FNSP (er) :
«l’Algérie dans la République»

9 h 55
Jacques Frémeaux, professeur à l’Université de Paris IV :
«La perception des problèmes nord-africains par Michel Debré»

10 h 20 Débat et réponses aux questions des participants
10 h 50 Pause

11 h 10
Nicole Racine, directeur de recherches CNRS/FNSP :
«L’éditorialiste du Courrier de la colère»,
commentaires par André Fanton

11 h 30
Patrick Samuel, contrôleur général (économie et finances),
biographe de M. Debré :
«La théorie du complot : mythe et réalité»,
commentaires par
Georgette Elgey

12 h 20 Débat et réponses aux questions des participants
13 h 00 Déjeuner dans les salons de l’Hôtel de Lassay,
Présidence de l’Assemblée Nationale


Deuxième séance présidée par Yves Guéna  : Les combats de Michel Debré, Premier ministre

14 h 30
Gilles Le Beguec, professeur à l’Université de Paris X  :
«L’entourage de Michel Debré à Matignon»,
commentaires par Antoine Dupont-Fauville

15 h 00
Bernard Lachaise, professeur à l’Université de Bordeaux 3  :
«Michel Debré au Parlement»,
commentaires par Michel Habib-Deloncle

15 h 30 Débat et réponses aux questions des participants
16 h 00 Pause

16 h 20
Alessandro Giacone IEP – Paris III  :
«Paul Delouvrier et le plan de Constantine»,
commentaires par Yves Roland-Billecart

17 h 00
Chantal Morelle, professeur de classes préparatoires aux grandes écoles  :
«Le combat international»

17 h 25 Débat et réponses aux questions des participants
18 h 00 Fin des travaux de la première journée

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Vendredi 28 avril 2006

Troisième séance présidée par Pierre Mazeaud  : Les combats de Michel Debré, Premier ministre, et leur perception

8 h 45
Accueil des participants

9 h 15
Ouverture des travaux par Pierre Mazeaud, Président du
Conseil Constitutionnel
«Michel Debré, un juriste en politique»

9 h 30
Roger Benmebarek, ancien Préfet de région  :
«La promotion sociale »

10 h 00
Général Maurice Faivre (Cr)  :
«Une troisième force introuvable ?»

10 h 25
Débat et réponses aux questions des participants
10 h 45
Pause

11 h 00
Olivier Dard, professeur à l’Université de Metz  :
«Michel Debré et les “activistes”»

11 h 20
Christian Delporte  :
«Michel Debré et la presse française»,
avec les témoignages de Jean Ferniot et Jean Bergonier

12 h 00
Elodie Le Breton, doctorante en Histoire  :
«La perception de Michel Debré par les pieds-noirs»,
commentaires par Roger Roth, ancien député-maire de
Philippeville,
ancien Vice-président de l’Exécutif provisoire algérien

12 h 30
Rédha Malek, ancien ambassadeur d’Algérie en France,
ancien Premier ministre et négociateur des accords d’Evian :
«Michel Debré vu par le FLN et les Algériens»

12 h 50 Débat et réponses aux questions des participants
13 h 15 Déjeuner libre

Quatrième séance présidée par Jean Foyer  : Les déceptions de Michel Debré

14 h 30
Reprise des travaux

14 h 40
Guy Pervillé, professeur à l’Université de Toulouse  :
«Continuité et évolution des idées de Michel Debré sur l’Algérie»

15 h 00
Dominique Borne, Inspecteur Général (ER) de l’Education Nationale  :
«Michel Debré et la justice»

15 h 20
Marie-Catherine Villatoux , docteur en Histoire (SHD)  :
«Michel Debré et l’armée»,
commentaires par le général Michel Forget

16 h 15 Débat et réponses aux questions des participants

16 h 45 Pause

17 h 00
Daniel Lefeuvre, Université Paris VIII  :
«Michel Debré et l’avenir des Français d’Algérie»

17 h 20
Jean Morin, ancien Délégué général en Algérie  :
«De Gaulle et Michel Debré»

17 h 45
Débat et réponses aux questions des participants

18 h 00
Conclusion
Maurice Vaïsse, professeur à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris

18 h 15
Cocktail de clôture du colloque dans les salons de l’hôtel de Lassay

Secrétariat du colloque : Tél. : 01 45 62 62 95 - Fax : 01 45 63 33 73

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lundi 17 avril 2006

L'écriture au Vietnam

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Lettrés et interprètes à la Résidence, Hanoï - photo du Dr Hocquard
(cf. Une campagne au Tonkin, prés. Philippe Papin, arléa,1999, p. 179)



L'écriture au Vietnam

 

calligraphie

 

Dans un commentaire, posté le 16 avril 2006, "Patrice" écrit :

Bonjour,
Il est sain de réapprendre aux gens ce que fut réellement la colonisation française : phénomène en soi bien sûr, mais aussi phénomène international parmi d'autres. Récemment, un immigré vietnamien croyait raisonnable de rejoindre une manifestation des prétendus "Indigènes de la République" pour clamer son ressentiment contre la France. Son argument était simple : la colonisation française aurait traumatisé le peuple vietnamien en lui imposant une nouvelle écriture. Cet homme ignorait que la romanisation fut revendiquée par les révolutionnaires vietnamiens eux mêmes ! En plus, l'ancienne écriture vietnamienne fut elle même une écriture imposée par un autre colonisateur : la Chine. Et cette colonisation là dura mille ans. Laquelle des deux écritures est la plus vietnamienne ?

Patrice

 

l'écriture au Vietnam

En complément de cette réaction, quelques "liens" sur l'écriture vietnamienne :

 

- Tan Loc NGUYEN propose un sujet sur la calligraphie (mais c'est en vietnamien) et une hang_rong1explication des problèmes d'écriture informatique vietnamienne

 

 

 

- un site très complet sur les écritures au Vietnam : de l'idéogramme à l'alphabet, du pinceau à la plume, des estampes à l'ordinateur

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le camp des lettrés pendant le concours
Le Petit Journal, 28 juillet 1895

 

 

historique de l'écriture au Vietnam

- sur le site de l'université Laval au Québec (TLFQ - Trésor de la langue française au Québec) :

Les Vietnamiens ont utilisé les caractères chinois jusqu'au jusqu'au XIIIe siècle. Tout comme pour le chinois, les mots vietnamiens contenaient deux symboles: le premier indiquait la signification et le second la prononciation. Puis, les Vietnamiens ont inventé leur propre système d'écriture: le nôm.

Par la suite, au XVIIe siècle, Alexandre de Rhodes (1591‑1660), un jésuite français de nationalité portugaise,
derhodes introduisit l'alphabet phonétique romanisé (appelé quõc ngu), toujours en vigueur actuellement. C'est lui qui, le premier, a classé systématiquement les phonèmes de la langue vietnamienne ; par ses publications, il a systématisé, perfectionné et vulgarisé le nouveau mode d'écriture.

L'alphabet vietnamien n'a pas de lettre
f (remplacée par le graphème Ph équivalant au son [f]) ni de z (remplacé par le graphème GI équivalant au son [z]). De plus, afin de tenir compte des tons, les lettres peuvent porter des signes diacritiques différents.

Le vietnamien d'aujourd'hui peut encore s'écrire à l'aide de caractères chinois (le
chu nôm) dans des occasions spéciales ou comme forme d'art, mais la graphie romanisée, le quõc ngu, est devenue l'écriture officielle du pays. Malgré une influence chinoise omniprésente, le Vietnam demeure le seul pays du Sud-Est asiatique à posséder une écriture romanisée. Sous sa forme orale, le vietnamien présente des différences importantes d'accent et de vocabulaire entre le Nord, le Centre et le Sud, mais l'intercompréhension demeure relativement aisée.

 


bientôt un mémorial à Hanoï pour Alexandre de Rhodes

Le quõc ngu (graphie romanisée du vietnamien) fut créé au XVIIe siècle par un missionnaire français : le père Alexandre de Rhodes. Nombre d'intellectuels de la capitale appellent depuis des années à redresser son mémorial, abattu il y a une trentaine d'années.

matteoricci_clAlexandre de Rhodes est né le 15 mars 1591 à Avignon, dans le Sud de la France. Ce missionnaire s'est rendu de 1627 à 1645 au Vietnam pour propager le catholicisme. Pour convertir ses ouailles, il a cherché à maîtriser le vietnamien, ce qui lui a demandé peu de temps - le jésuite était en effet très doué pour les langues. Il commença, paraît-il, à prêcher en vietnamien seulement six mois après son arrivée ! Ensuite, grâce aux travaux de certains missionnaires portugais et espagnols qui avaient commencé à retranscrire en caractères romains le vietnamien, il réussit à mettre au point le quôc ngu. En remplaçant les caractères chinois par cette graphie romanisée, le père de Rhodes facilita la diffusion de l'Évangile. Rappelons qu'à cette époque, le vietnamien s'écrivait avec des idéogrammes (chu nho et chu nôm ) et il fallait de nombreuses années d'études pour maîtriser cette écriture complexe, domaine exclusif des lettrés, des mandarins et que le peuple était bien incapable de déchiffrer. Ce système d'écriture perdura jusqu'au début du XXe siècle, puis le quôc ngu le remplaça largement à partir de la Première Guerre mondiale. Parallèlement à sa mission évangélisatrice et à ses travaux sur la langue vietnamienne, le père de Rhodes s'intéressa aussi aux us et coutumes des locaux, à l'histoire et aussi aux ressources naturelles du pays. Il rédigea de nombreux ouvrages, les plus connus étant un "Dictionnaire annamite-portugais-latin", des "Explications brèves sur un voyage de mission religieuse au Tonkin", une "Histoire du royaume tonkinois"...

Pour rendre honneur à cet inventeur du vietnamien romanisé, un mémorial fut dressé fin mai 1941, donc pendant la présence coloniale française, sur une petite place au nord-est du lac Hoàn Kiêm, à côté du temple de Bà Kiêu. C'était une stèle en pierre, haute de 1,7 m, large de 1,1 m et épaisse de 0,2 m, sur laquelle étaient gravés, en quôc ngu , en chinois et en français, les mérites d'Alexandre de Rhodes.
Le journal Tri Tân du 13 juin 1941 informa ses lecteurs de la manière suivante : "M. Alexandre de Rhodes a revécu parmi les habitants de Hanoi lors de l'inauguration de son mémorial ; la cérémonie a été réalisée dans une atmosphère solennelle et émouvante... Maintenant, le quôc ngu est considéré comme les fondements de la langue nationale, c'est pourquoi, nous ne pouvions pas ne pas remercier sincèrement celui qui l'a inventé, M. Alexandre de Rhodes".

Mais malheureusement, le monument disparut un jour, il y a une trentaine d'années. Qui l'enleva ? Nul ne le sait ! Acte politique ou simple vandalisme, le mystère reste entier... Il faut dire que les missionnaires n'ont jamais eu bonne presse au sein des milieux révolutionnaires en lutte pour l'indépendance du pays. C'est un fait que, dans l'histoire du colonialisme, et pas seulement au Vietnam, la croix a souvent précédé l'épée et le canon. La stèle, donc, bien que volumineuse, disparut de son piédestal... Un temps, on la revit dans l'échoppe d'un serrurier qui s'en servit comme... enclume. Puis une marchande de thé l'utilisa comme comptoir - bien pratique pour boire et se cultiver à la fois ! Certains la virent même au bord du fleuve Rouge... Dans les années 1980, l'espace dédié à Alexandre de Rhodes vit l'érection d'un superbe monument révolutionnaire blanc immaculé, à la gloire des patriotes : trois grandes statues de combattants, dont une femme. Sur le piédestal, cette inscription : "Prêts à se sacrifier pour la Patrie".


Redresser la vieille stèle ou élever un buste ?
En 1993, le Club des historiens organisa une causerie sur Alexandre de Rhodes. Le professeur Nguyên Lân évoqua le mémorial du Français. Pour lui, il n'aurait jamais dû être abattu. Cet acte révélait une certaine étroitesse d'esprit, une méconnaissance totale de l'histoire et, de toute manière, c'était indigne de notre peuple. Le Vietnam a toujours été une nation reconnaissante envers ses bienfaiteurs. En mangeant un fruit, garde le souvenir de celui qui a planté l'arbre, dit un adage fameux. Même sous la domination chinoise, Shi Nie, un administrateur chinois, fut élevé à un rang supérieur, en raison de ses efforts pour propager l'écriture chinoise au sein du peuple vietnamien. Ce dernier bâtit d'ailleurs un temple pour lui rendre hommage.

À Hanoi, un monument vantant les mérites d'un Français célèbre a survécu à la révolution d'Août 1945 : le buste de Pasteur (chimiste et biologiste français, 1822-1895). Et la rue Yersin existe toujours (microbiologiste français d'origine suisse, qui est mort en 1943 à Nha Trang, Vietnam, là où il étudia pendant des années le bacille de la peste). À Hô Chi Minh-Ville, il existe également des rues Yersin et Calmette (médecin et bactériologiste français, qui a découvert, avec Guérin, le vaccin antituberculeux, dit BCG). Une statue de Yersin trône aussi à Nha Trang, province de Khánh Hoà (Centre).
Et Alexandre de Rhodes n'a-t-il pas aussi oeuvré pour le peuple vietnamien ? L'écriture romanisée, d'apprentissage beaucoup plus facile que les idéogrammes, a favorisé l'accès au savoir et à l'information de larges pans de la population, et il a permis aussi d'affaiblir le pouvoir des mandarins qui était en grande partie fondé sur leur savoir traditionnel écrit en scriptes chu nho et chu nôm.

Et le missionnaire était aussi un humaniste, proche de la population... C'est pourquoi, il est temps de redonner à de Rhodes un espace de mémoire au cœur de la capitale vietnamienne. Le professeur Nguyên Lân a proposé d'élever un buste au parc Tao Dàn, devant l'Université de pharmacie de Hanoi. Mais il est aussi possible de remettre en place la vieille stèle qui a finit son parcours rocambolesque dans les rues de Hanoi, et qui est maintenant entreposée dans les locaux du Comité de gestion des vestiges historiques et des sites touristiques de la capitale.
En 1995, le Centre des sciences sociales et humaines a organisé un colloque sur la vie et l'œuvre du missionnaire français. Dans son intervention relative aux contributions du jésuite au Vietnam, le docteur Nguyên Duy Quy a conclu : "Nous comptons déposer la vieille stèle dans l'enceinte de la Bibliothèque nationale. Nous voulons aussi redonner à une rue de Hô Chi Minh-Ville le nom du célèbre missionnaire, débaptisée il y a quelques décennies."
L'histoire de la stèle du jésuite a enfin reçu un écho dans le monde des intellectuels, après une "disparition" de plusieurs décennies. Selon une circulaire publiée le 29 juillet 1997, le Service de conservation des monuments historiques et des musées - dépendant du ministère de la Culture et de l'Information - avait l'intention de remettre la stèle au parc Canh Nông, dans l'actuelle rue Diên Biên Phu, à Hanoi.
Le professeur Vu Khiêu, lui, est partisan de remettre le mémorial à sa place initiale, au bord du lac Hô Guom (lac à l'Épée restituée). Alors ce plan d'eau, véritable cœur de la capitale, abritera les trois symboles les plus importants du pays : la Paix (symbolisée par la restitution, à une tortue géante du lac, de l'épée magique qui servit au roi Lê Loi à chasser les Ming au XVe siècle - selon une légende populaire), la Culture (le Tháp Bút - obélisque en forme de pinceau - érigé par Nguyên Siêu) et l'Amitié entre les peuples (la stèle d'Alexandre de Rhodes, inventeur du quôc ngu ).

Hông Nga et Sébastien - Le Courrier du Vietnam - 4 Juillet 2004.



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* voir la contribution de Pierre Brocheux : "À propos de quôc ngu et d'agression culturelle"

 

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lundi 3 avril 2006

La question postcoloniale (Yves Lacoste) - n° 120 de la revue Hérodote

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la question postcoloniale en France :

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la société française dénoncée comme une société coloniale



La question postcoloniale

Yves LACOSTE

extraits de la présentation du n° 120 de la revue Hérodote



Dans les pays qui ont été colonisés, surtout ceux dont l'indépendance nationale est relativement récente, et où les manifestations du sentiment national sont une des composantes majeures de la vie politique, le rappel de la lutte commune contre le colonialisme est presque un rituel, mais il est convenu. En revanche, dans les pays d'Europe occidentale, où l'idée de nation ne s'exprime plus guère de façon majoritaire, la presse, de plus en plus souvent, donne un écho généralement favorable à de nombreux discours et ouvrages qui dénoncent - pour reprendre une formule consacrée - les crimes qu'a commis durant des siècles la colonisation, y compris dans ses dernières années. Celle-ci est souvent assimilée à l'esclavage, et même, de plus en plus souvent, à des entreprises de génocide plus ou moins délibérées.
Or, loin d'en appeler à une attitude générale de repentance envers des peuples qui en ont été les victimes, cette mise en accusation du colonialisme s'inscrit surtout dans le champ politique interne, notamment en France. Sont ainsi dénoncées, rétrospectivement la droite et l'extrême-droite, accusées des guerres coloniales, et même la gauche classique, à laquelle sont reprochées la politique colonisatrice de la IIIe République et même son implication décisive dans la guerre d'Algérie. (...)

De nos jours, un nouveau mouvement anticolonialiste (un néo-anticolonialisme ?) soutient, certes au plan international, des mouvements d'indépendance comme celui des Tchétchènes ou des Palestiniens (en dénonçant parfois l'imminence ou même la perpétuation d'un génocide), mais ses enjeux essentiels sont, à mon avis, de politique intérieure. Pour en mesurer l'importance, il faut vraiment prendre acte que les relations entre les pays d'Europe occidentale et ceux d'Asie ou d'Afrique ont subi de très grands changements, au plan non seulement politique, mais aussi démographique. Il ne s'agit plus de colonisation, mais de postcolonial. (...)

Poser la question postcoloniale consiste à examiner les interactions principalement culturelles qui existent aujourd'hui entre deux nations ayant été autrefois situées dans un rapport géopolitique de type colonial - à savoir une autorité politique étrangère exercée durablement sur un peuple, par droit de conquête (et avec la complicité de notables locaux), la population autochtone étant soumise à des formes d'organisation conçues et commandées par des cadres porteurs d'une autre culture nationale et venus d'un pays plus ou moins lointain. (...)

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Alors que cette relation géopolitique de type colonial fut en quelque sorte culturellement à sens unique, la relation postcoloniale est dans une certaine mesure beaucoup plus réciproque. En effet, si une partie plus ou moins significative de la population colonisée entendait et apprenait la langue du colonisateur et parfois même imitait certains de ces comportements, en revanche dans la métropole coloniale (exception faite des "cercles coloniaux") on ignorait autrefois pratiquement tout des cultures "d'outre-mer". Aujourd'hui, en France par exemple, du fait de l'accroissement du nombre d'habitants issus de pays de culture musulmane, mais aussi de l'évolution des idées, le nombre de gens qui entendent du raï, mangent du couscous et qui ont des copains "arabes" est incomparablement plus grand qu'au temps de "l'Algérie française". C'est la preuve de l'importance des relations postcoloniales.

Yves Lacoste, extrait de l'introduction au n° intitulé "La question postcoloniale"
de la revue Hérodote, n° 120, 1er trimestre 2006


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        la revue Hérodote                       Yves Lacoste   

                    n° 120 - La question postcoloniale


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samedi 25 mars 2006

à la mémoire du professeur Paul Sebag, Tunis-Paris, 1919-2004

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Paul Sebag, 1955-56


à la mémoire du professeur Paul Sebag

Tunis-Paris, 1919-2004


dimanche 2 avril 2006
initialement prévue à la SORBONNE - PARIS

la manifestation aura lieu à l'Hôtel de la Monnaie :

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11, quai Conti (Paris 6e)


Journée organisée par :
La Société d'Histoire des Juifs de Tunisie


 


MELANGES À LA MÉMOIRE

DU PROFESSEUR PAUL SEBAG

Historien des Juifs de Tunisie



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Paul Sebag (au centre) en 1994



Entrée : 17 rue de la Sorbonne 452px_la_sorbonne_photo12
75005 - Paris


                                       

                                                   changement d'adresse
                                                   la manifestation aura lieu :

                                                                Hôtel de la Monnaie,

                                                                                             11 quai Conti (Paris 6e)



Dimanche 2 Avril 2006
Première séance
10h – 12h
Amphithéâtre Louis Liard

HISTOIRE ET POLITIQUE

Sous la présidence de
Habib KAZDAGHLI
Vice-Doyen de la Faculté des Lettres de Manouba


Entre Tunis et Alger : les élites juives vers 1800
par Yaron Tsur
Université de Tel-Aviv

Alger à la veille de la conquête française
par Jacques Taïeb
Université Panthéon-Sorbonne (Paris I)

Le premier voyage d’un Bey de Tunis en France (Ahmed Bey 1837)
par Fayçal Bey
Ecrivain

La politique française à l’égard des Juifs de Tunisie sous le Protectorat
(1910-1923)
par Armand Maarek
Université Panthéon-Sorbonne (Paris I)




Dimanche 2 Avril 2006
Deuxième séance
14h – 16h 00
Amphithéâtre Louis Liard

CULTURE ET RELIGION

Sous la présidence de
Mireille HADAS-LEBEL
Professeur à l’Université de Paris-Sorbonne (Paris IV)


Le complot des Juifs de Khaybar :
un poème en melhûn de Sidi Ben Khalûf al-Akhdar (Algérie, XVIème siècle)

par Paul Fenton
Université de Paris-Sorbonne (Paris IV)

La question linguistique dans la presse judéo-arabe de Tunis à la fin du XIXème siècle
par Yossef  Chetrit
Université de Haïfa

Joseph Cohen-Tanuji Hadria : un rabbin moderniste à l’époque du Protectorat
par Denis Cohen-Tannoudji
Ecole Normale Supérieure

Osiris et la Grande Synagogue de Tunis
par Dominique Jarrassé
Université de Bordeaux III



Dimanche 2 Avril 2006
Troisième  séance
16h 15 – 18h 30

PAUL SEBAG : L’HOMME, LE PROFESSEUR, L’ERUDIT

Sous la présidence de
Claude NATAF
Président de la Société d’Histoire des Juifs de Tunisie

 

La bibliothèque de Paul Sebag
Par Jean-Claude Kuperminc
Conservateur de la bibliothèque de l’Alliance Israélite Universelle

Paul Sebag dans son siècle
par Lucette Valensi
Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales

L’apport de Paul Sebag à la recherche et à l’enseignement de la sociologie en Tunisie
par Lilia Ben Salem
Faculté des Sciences Humaines et Sociales de Tunis

L’historiographie des Juifs de Tunisie de Cazès à Paul Sebag
par Colette Zytnicki
Université de Toulouse Le-Mirail

La ville de Tunis dans l’œuvre de Paul Sebag
par Abdelhamid Larguèche
Faculté des Lettres de Manouba


Société d’Histoire des Juifs de Tunisie
45, rue La Bruyère – 75009 Paris




sur Paul Sebag (1919-2004)


- en hommage à Paul Sebag : in memoriam, par Mohamed Kerrou

- hommage à Paul Sebag, par Noura Borsali dans Réalités, magazine hebdomadaire tunisien

- souvenirs de Claude Sitbon et de Bruno Proïetto : carnottunis

- réflexion publiée sur le "blog perso d'un tunisien qui se cherche..." : zizou from djerba

- articles de Paul Sebag parus dans la Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée (fondée en 1966 par un groupe d'universitaires aixois sous le titre de Revue de l'Occident musulman et de la Méditerranée)


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Paul Sebag, professeur de français, année scolaire 1955-56
(source : Association des anciens élèves du lycée Carnot de Tunis)




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Histoire des Juifs de Tunisie (éd. L'Harmattan, 2000)


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Tunis, histoire d'une ville (éd. L'Harmattan, 2000)




les intervenants


Habib KAZDAGHLI
Vice-Doyen de la Faculté des Lettres de Manouba
- journée d'études "La mise en tourisme du Sahara (depuis la période coloniale)" : cnrs framespa/diasporas
- articles parus dans la Remm
- article : "apport et place des communautés dans l'histoire de la Tunisie moderne et contemporaine" : barthes.ens.fr/clio


Yaron TSUR
Université de Tel-Aviv
- "L’AIU et le judaïsme marocain en 1949 : l’émergence d’une nouvelle démarche politique" : cfaj
Jews in Muslim Lands in the Period of the Reforms, 1830-1880 (
The Littman Library of Jewish Civilization, 2006)


Jacques TAÏEBjacques_ta_eb2226068023.08.lzzzzzzz
Université Panthéon-Sorbonne (Paris I)
Être juif au Maghreb à la veille de la colonisation (Albin Michel, 1994)





Fayçal BEYpres147_4749
Ecrivain
- La dernière odalisque (Livre de Poche, 2003)

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Armand MAAREKarmand_maarek
Université Panthéon-Sorbonne (Paris I)





Mireille HADAS-LEBEL2070533565.08.lzzzzzzzhadas_lebel
Professeur à l’Université de Paris-Sorbonne (Paris IV)

- Entre la Bible et l'histoire : le peuple hébreu (Gallimard, 1997)
- Flavius Joseph. Le juif de Rome (Fayard, 1989)
- Hillel : un sage au temps de Jésus (Albin Michel, 2005)

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Paul FENTON2743609826.08.lzzzzzzzgf37.fenton.m
Université de Paris-Sorbonne (Paris IV)
professeur de langue et civilisation hébraïques, responsable de la "filière hébraïque" du département d'études arabes et hébraïques
- article : "La musique sacrée de tradition ashkénase", in L'Arche, n° 571 (2005)
- Sefer Yesirah ou le Livre de la Création : exposé de cosmographie hébraïque ancienne (éd. Rivages, 2002)

 

Yossef  CHETRITchetrit
Université de Haïfa
- bio-biblio : mimouna.nat


 

 

Denis COHEN-TANNOUDJI
Ecole Normale Supérieuredenis_cohen_tannoudji
- "Deux personnages dans la généalogie Cohen-Tanoudji : le rabbin Yismaël et le Caïd Yoshua", revue du CGJ, n° 56 (1998)





Dominique JARRASSÉ2130495842.08.lzzzzzzz2742712623.08.lzzzzzzz
Université de Bordeaux III
professeur d'histoire de l'art contemporain
- bio-biblio : institut universitaire d'études juives
- bio admin : ufr histoire de l'art et archéologie
- Existe-t-il un art juif ? (éd. Biro, 2006)
- Une histoire des synagogues française (Hébraïca, Actes Sud, 1999)
- Les synagogues (avec Maurice-Ruben Hayoun, Puf, "Que sais-je ?", 1999)



Claude NATAFclaude_nataf
Président de la Société d’Histoire des Juifs de Tunisie
- "L'établissement du Protectorat en Tunisie", colloque international Zadoc Kahn, 1839-1905 : judaïsme.sdv
- "Les institutions culturelles en Afrique du Nord",   Le Consistoire durant la Seconde Guerre mondiale, revue d'histoire de la shoah, n° 169
- "Le Consistoire et les fidèles au lendemain de la Shoah", les Cahiers de la Shoah, n°5

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Jean-Claude KUPERMINCku_rminc
Conservateur de la bibliothèque de l’Alliance Israélite Universelle
- "La reconstitution de la bibliothèque de l’Alliance israélite universelle, 1945-1955" : cfaj et article@inist



 

 

Lucette VALENSI2020135051.08.lzzzzzzz2020541459.01.lzzzzzzz
Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales
- bio-biblio : chsim
- Fellah tunisiens : l'économie rurale et la vie des campagnes aux XVIIIe et XIXe siècles (éd. EHESS, 1977)
- La fuite en Égypte : histoires d'Orient et d'Occident (Seuil, 2002)
- Mémoires juives (avec Nathan Wachtel, Gallimard, 1986)
- Fables de la mémoire. La glorieuse bataille des trois rois (Seuil, 1999)

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Lilia BEN SALEM
Faculté des Sciences Humaines et Sociales de Tunis
- maître de conférence en sociologie
- articles parus dans la Remmm
- article : "Le statut de "l'acteur social" dans la sociologie tunisienne" : irmc

 

Colette ZYTNICKI
Université de Toulouse Le-Mirail
- cf. répertoire des historien(ne)s du temps colonial




Abdelhamid LARGUÈCHElargu_che
Faculté des Lettres de Manouba
- bio-biblio (1) : agence universitaire de la francophonie
- bio-biblio (2) : crlv
- "Les abolitions de l'esclavage en Tunisie : approches pour une histoie de la communauté noire", in Les abolitions de l'esclavage (Presses universitaires e Vincennes)
- Les ombres de Tunis (2000)
- article : "Pauvres, marginaux et minoritaires à Tunis aux XVIIIe et XIXe siècles" : irmc
- Abdelhamid Larguèche cité dans un forum de discussion sur Tunis et la Goulette
- article : "Le Maghreb n'est pas une terre de racisme", 25 juillet 2004, in Jeune Afrique.com (accès payant)




campus
université de la Manouba


incident antisémite en Tunisie


Des étudiants ont perturbé une cérémonie dédiée à un historien juif tunisien.


par José GARÇON
Libération, jeudi 16 mars 2006


L'affaire aurait dû être une cérémonie hautement symbolique : la donation à l'université de la Manouba, près de Tunis, d'une partie de la bibliothèque d'un historien et sociologue juif tunisien décédé en 2004, Paul Sebag. Ayant vécu en Tunisie jusqu'aux années 70, où il a formé les premiers sociologues tunisiens, Paul Sebag est notamment l'auteur de deux ouvrages de référence Tunis, histoire d'une ville et Tunis au XVIIe siècle. La célébration de son geste est devenue au contraire un nouvel exemple de la très forte radicalisation existant dans le monde arabo-musulman et s'est transformée en incident suintant la haine.

Le 10 mars donc, la faculté de lettres de la Manouba a prévu un petit colloque scientifique pour célébrer cette donation. La fille de Paul Sebag et l'historien Claude Nataf, président de la société d'histoire des juifs de Tunisie, venus de France, ainsi que l'attaché culturel français, des professeurs tunisiens et des représentants des autorités doivent y participer. Alors que tous sont reçus par le doyen de la Manouba, des cris fusent à l'extérieur. «Revendications étudiantes», affirment les Tunisiens, qui sont toutefois nerveux et retardent le début du colloque.

Les choses se corsent quand le groupe veut rejoindre un amphi dont l'entrée est bloquée par 100 à 150 personnes qui crient des slogans en arabe. «A bas Israël», «Vive la Palestine», «Vive le Hamas», «Pas de normalisation (avec Israël, ndlr)», «les juifs à la mer», «Nous ne voulons pas de la bibliothèque d'un communiste juif stalinien» et autres amabilités du même genre. Quelques coups partent. Les professeurs font la chaîne pour séparer les manifestants des invités qui peuvent enfin entrer dans l'amphi et tenir leur colloque.

Les autorités universitaires, qui, selon Claude Nataf, ont «tout fait pour empêcher les choses de dégénérer», se sont confondues en excuses. Absente, la police n'a pu intervenir. Officiellement car elle «n'entre pas sur les campus», mais la raison laisse songeur dans un pays aussi quadrillé. Dans une lettre à l'ambassadeur de Tunisie en France, le Crif demande des sanctions contre les auteurs de cet «incident antisémite». Un peu moins de 2000 juifs vivent encore en Tunisie.

***

 

- sur cet événement, cf. Guysen, Israël news, 18 mars 2006

- lire aussi  : "Incidents antisémites à l'université de Tunis" sur le site du Crif



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vendredi 17 mars 2006

Le soldat inconnu était noir (Jacqueline Sorel)


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soldat d'une unité sénégalaise en tenue kaki

(source troupesdemarine)



Le soldat inconnu était noir

Jacqueline SOREL




On fleurit les tombes, on réchauffe le Soldat Inconnu.
Vous mes frères obscurs, personne ne vous nomme.
Léopold Sédar Senghor (Hosties noires, 1938)


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L'historien africaniste Marc Michel raconte le drame des soldats africains dépéchés sur le sol de France pendant la Première Guerre mondiale pour défendre une mère-patrie qui les considérait comme de la vulgaire chair à canon*. Un document utile pour comprendre cette page essentielle des relations franco-africaines.

Ce n'est pas sans un certain serrement de cœur que l'on imagine l'engagement des soldats africains sur le sol de France lors des guerres qui ensanglantèrent l'Europe. De ces "frères obscurs", célébrés par le poète Senghor dans Hosties noires, Marc Michel a reconstitué l'histoire dans une première thèse parue en 1982, et revue aujourd'hui pour une publication destinée à toucher le grand public.

Marc Michel est un professeur émérite de l'Université de Provence. Il a enseigné en Afrique et en France à de nombreux élèves, dont beaucoup d'Africains qui se souviennent de lui avec émotion. Sa contribution à l'histoire qui réunit dans un même combat les militaires africains et français est un document essentiel pour qui veut se souvenir du passé colonial et de la participation des "tirailleurs sénégalais" à la guerre. Le livre en fait l'historique et se limite à la guerre de 14-18.

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                                                                                                                                                                                                                                                                                                                        Marc Michel


Aux origines de la force noire, Charles Mangin, alors lieutenant qui, sous ce titre, développe en 1910 son projet de faire de l'Afrique noire le réservoir de la puissance française de demain devant le défi allemand. Le projet va cheminer dans l'esprit des autorités militaires, avec enquêtes auprès des administrateursmangin coloniaux et des chefs locaux, et avec des prises de positions diverses, dont celle très hostile de Jean Jaurès qui, au nom du parti socialiste pose le problème en ces termes : "...le prolétariat se demandera si vous ne voulez pas jeter sur le champ de bataille... une armée prétorienne au service de la Bourgeoisie et du Capital..."
                                                                                                                                                                                                                                                                                                        général Mangin   

La mise en place de "la force noire" n'est encore qu'à l'état d'expérience lorsque la conquête du Maroc vient modifier la situation. La métropole qui ne trouve pas aisément des militaires prêts à ces futurs combats, fait appel aux Africains recrutés tant bien que mal en Afrique Occidentale pour renforcer ses bataillons. Entre 1908 et 1914 ces "Tirailleurs sénégalais" font partie de l'armée d'Afrique qui impose le protectorat au Maroc.

tirailleurs_4En 1914, c'est la mobilisation générale contre l'Allemagne. L'appel à l'Afrique commence au mois d'août. Marc Michel analyse finement les diverses attitudes des responsables face à la guerre : William Ponty, gouverneur général de l'AOF, celui-là même dont le nom fut donné à la grande école de formation des élites, propose d'envoyer plusieurs milliers d'hommes et affirme que : "l'enthousiasme serait extrême si les populations étaient informées que les indigènes sont admis à l'honneur de se battre en France". Cette vision est souvent démentie sur le terrain. Dans la province du Bélédougou en particulier, le recrutement suscite une révolte et cet avertissement d'un chef qui déclare fièrement qu' : "à tout prendre, puisque ces guerriers ne devaient jamais revoir leurs villages, ils préféraient se faire tuer sur leur sol." Dans d'autres régions, c'est la fuite en brousse qui sauve les présumées recrues.

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                                                                                           village du cercle de Kolokani (Mali)




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"L'impôt du sang"
Plus complexe fut l'attitude des "évolués" dont beaucoup se disent attachés à la "mère patrie". Les notables font preuve de prudence, les marabouts sont accusés d'avoir un discours ambigu, tous sont pris entre le besoin de s'accommoder des autorités coloniales et de soutenir les populations hostiles à la conscription. L'intervention de Blaise Diagne élu député du Sénégal en 1914 est alors décisive. Au parlement français, il est considéré comme la voix de l'Afrique. Il propose d'échanger "l'impôt du sang" contre l'octroi "aux plus évolués de la population africaine" de la citoyenneté française. Ses propositions, débattues à l'Assemblée, aboutiront, en mars 1916 à une loi accordant aux natifs de quatre communes, Gorée, Dakar, Saint-Louis, Rufisque, de n'être plus des sujets mais des citoyens, ce qui implique le service militaire. Pour eux, "l'égalité est reconnue à travers le sacrifice ".

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La guerre franco-allemande fut sanglante, en particulier pour les forces noires envoyées de façon massive sur la Somme, à Verdun, puis au Chemin des Dames. Mangin y recevra le titre de "boucher des noirs". Le livre de Marc Michel analyse les conséquences des nouveaux recrutements imposés par le gouvernement français à l'Afrique et les troubles qu'ils provoquent. De la chasse à l'homme à l'appât financier, tous les moyens sont mis en oeuvre pour enrôler des hommes sous le drapeau français entre 1915 et 1916. Ils s'accompagnent de grandes révoltes, souvent peu connues, que le livre de Marc Michel racontent en détails, telle celle de l'Ouest Volta décrite par un témoin effaré mais admiratif du courage de ces résistants.


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Blaise Diagne (1872-1934)

L'année 1918 voit la montée en puissance de Blaise Diagne, élevé à la dignité de commissaire de la République. Son prestige en Afrique est immense. Il est chargé de faire à nouveau appel à la force noire, mais il veut que l'on offre des contreparties à ses concitoyens. Le "réservoir africain" fonctionne durant cette dernière année de guerre qui doit ouvrir des perspectives nouvelles pour les Africains qui ont servi sous les drapeaux français. L'armée coloniale est née ; elle aura son école, Blaise Diagne y croit : "Il y a le plus grand intérêt au point de vue politique et social à faire passer le plus grand nombre possible par l'Ecole de l'Armée de façon à ce qu'ils soient rendus à leur colonie d"origine plus instruits et mieux pénétrés de l'influence française".

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Le livre de Marc Michel montre bien la rupture que constitua La Grande Guerre au sein même de l'Afrique Occidentale Française. Les modifications apportées aux structures coloniales, les changements dans les mentalités, notamment suite aux récits des anciens combattants, la prise de conscience des évolués qui pour certains suivent les traces de Blaise Diagne, et pour d'autres prennent une voie radicalement différente, transforment les regards et les relations de part et d'autre de la barrière coloniale. Le récit en est passionnant pour qui s'intéresse aux relations entre la France et l'Afrique dans ces années évolutives ; il fournit de nombreuses informations et permet de recréer une époque et de donner quelques clés pour comprendre la suite des événements de ce 20e siècle qui vit l'Afrique combattre à nouveau aux côtés des soldats français, avant de gagner son indépendance et de prendre en main son destin.

Jacqueline Sorel
5 mars 2004 - source rfi.fr

* C'est un sort qu'ils ont partagé avec tous les Français mobilisés... (MR)


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Première Guerre mondiale : tirailleurs sénégalais traversant une ville (Reims ?)


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Les Africains et la grande guerre. L'Appel à l'Afrique,
par Marc Michel. Ed. Karthala, 304 pages, 26 euros.







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Jacqueline Sorel,
Léopold Sédar Senghor. L’émotion et la raison,
Saint-Maur-les-Fossés, Editions Sépia, 1995





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jeudi 9 mars 2006

Le devenir du Maghreb ne se fera pas seulement contre la période coloniale (Jacques Berque)


où trouverait-il l'assise de ce qu'il veut être, sinon

dans la mise à jour de ce qu'il était ?


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Azemmour (Maroc), 1935, autochrome de Gabriel Veyre




Le devenir du Maghreb ne se fera pas

seulement

contre la période coloniale

Jacques BERQUE


Avouons-le, même si l'assertion que voici risque de scandaliser. Le devenir du Maghreb ne se fera pas seulement contre la période coloniale, mais de son dépassement. Par une démarche symétrique, il devra mettre en cause, jacques_berque_phototout ensemble, et revivifier les périodes antérieures. Il lui faudra tout à la fois les récuser et les prolonger, bref les soumettre à une fidélité iconoclaste, seule capable de démêler en elles l'invariant du contingent, le personnel du déformant et de l'adventice.

Et cela débouche sur une question plus grave.

L'identité du Maghreb va-t-elle se transposer tout ou partie en termes de civilisation industrielle ? Ou prêter ses contenus physiques et humains, et les véhémences qu'il eut toujours en partage à l'opération qui les fondrait dans un système plus vaste, planétaire si l'on veut ? Tel pourrait être en effet l'un des sens de la décolonisation, ou plutôt des révolutions qu'elle annonce.

Mais c'est en tant que personne, croyons-nous, que le Maghreb entend participer à un système de la Terre. Dès lors où trouverait-il l'assise de ce qu'il veut être, sinon dans la mise à jour de ce qu'il était ?

Jacques Berque, L'intérieur du Maghreb, XVe-XIXe siècle,
Gallimard, 1978, p. 545-546.


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commander : L'intérieur du Maghreb, XVe-XIXe siècle


 






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samedi 4 mars 2006

Ghettoïsation : un cran d'arrêt (Michel Wieviorka)

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Ghettoïsation : un cran d'arrêt

Le Conseil représentatif des associations
noires mérite

les encouragements des démocrates

Michel WIEVIORKA, sociologue


Les violences urbaines de novembre ont mis à mal non pas l'idéal républicain, mais les discours incantatoires qui, depuis près d'un quart de siècle, l'ont transformé en «républicanisme». Pour les tenants de cette manière de voir, quiconque s'en écarte, intellectuellement ou pratiquement, est nécessairement un «casseur de la République», un communautariste dangereux s'il s'agit d'un penseur ou d'un chercheur, un délinquant s'il s'agit d'un acteur. Mais l'intégration à la française est en panne : sociale, puisque des pans entiers de la population sont durablement exclus ; institutionnelle, puisque les institutions de la République ne tiennent pas pour tous leur promesse de liberté, d'égalité et de fraternité ; politique, puisque le système des partis n'offre aucune perspective réaliste d'inflexion; et culturelle, puisque divers particularismes viennent contester le monopole de la nation dans sa capacité à absorber ou transcender les identités.

Une dimension cruciale de cette crise tient à la faiblesse des acteurs qui pourraient, de bas en haut, impulser des dynamiques de changement et réenchanter notre vie politique. C'est ainsi que dans les quartiers les plus démunis, le Parti communiste, principal animateur des «banlieues rouges» de l'époque, a décliné et le tissu associatif a dépéri.

Dans ce contexte qui serait encore plus désespérant si des élus locaux n'avaient pas maintenu une certaine présence municipale, ni les projets d'un Parti socialiste inaudible, ni les propositions cosmétiques d'un Premier ministre sans ressources, ni l'agitation médiatique d'un ministre de l'Intérieur au profil de plus en plus bonapartiste n'apportent de quoi mettre fin aux inquiétudes sur l'avenir.

Pourtant ces dernières semaines, un espoir est apparu, avec l'annonce de la création d'une fédération regroupant quelque cinquante associations «noires», le Cran (Conseil représentatif des associations noires). Cette naissance tombe à pic. Elle souligne le caractère réactionnaire jusqu'à l'absurde des parlementaires de droite, qui ne veulent pas revenir sur le texte de loi demandant que les manuels scolaires d'histoire soulignent les mérites de la colonisation. Elle marginalise Dieudonné, dont les dérives antisémites transformaient en haine et en irrationalité la cause des descendants de la traite, de l'esclavage et de la colonisation.
Elle annonce une plus grande capacité de lutte contre le racisme et les discriminations, tant il est vrai que dans l'espace public, ce type de combat est d'autant plus efficace qu'il est porté par ses victimes, qui cessent d'être dominées ou aliénées, de se taire, ou de tout attendre d'autres qu'eux-mêmes – aussi bien intentionnés qu'ils soient, démocrates, humanistes, religieux. Le nouveau mouvement noir n'a rien à voir avec la haine antisémite, est ouvert à la connaissance historique, à la raison, et d'ailleurs, il compte en son sein des historiens professionnels.

S'il parvient à s'installer dans la durée, il devrait apporter la démonstration qu'il est possible en France, sans mettre en cause le moins du monde l'idée républicaine, d'affirmer l'existence d'une identité particulière dans l'espace public, d'agir pour transformer la mémoire en histoire, et de combattre pour faire reculer le racisme. Cela vaut assurément mieux que les propos «républicanistes» qui vouent aux gémonies tout ce qui marque la présence d'une minorité dans ce même espace public. Après tout, si aujourd'hui, notre connaissance du régime de Vichy a pénétré jusqu'aux manuels scolaires, c'est bien parce qu'il y a eu une mobilisation dans laquelle des membres d'un groupe particulier, en l'occurrence juif, ont exercé une pression considérable. On est en droit d'attendre le même type de progrès du nouveau mouvement «noir».

Mais ne nous leurrons pas, des difficultés considérables attendent les nouveaux acteurs «noirs», et pas seulement parce qu'ils s'opposent aux nostalgies réactionnaires de ceux qui ne veulent considérer que des individus libres et égaux en droit, sans ancrage ni rivage particuliers, pas seulement non plus parce qu'ils ferment la voie au discours de la haine, qu'elle soit «antiblanche» ou autre. Les premières tiennent à l'adjectif «noir» qui est ainsi revendiqué. Car cet adjectif ramène les acteurs à leurs seules dimensions biologiques, à la couleur de peau, et donc à un attribut synonyme de violences subies, physiques comme symboliques. Etre «noir», c'est être avant tout victime, être défini par un passé fait de destructions, d'oppression, de domination, de rejet et de mépris. Pour se constituer durablement, tout en évitant de se raidir lui-même dans la violence, le mouvement «noir» devra se doter d'une identité positive, et pas seulement victimaire, il lui faudra montrer sa capacité à se définir par un apport à l'humanité, et à la société dans laquelle il se développe - une culture, des formes artistiques, une littérature, des langues, une mémoire qui ne soit pas seulement «lacrymale», selon le mot de l'historien juif Salo Baron. C'est ce qu'ont bien compris dès les années 70 certains militants de la cause noire aux Etats-Unis, surtout parmi les couches moyennes éduquées, qui, à l'instar de Jessie Jackson, ont commencé à imposer l'usage du qualificatif d'African-American et l'abandon de celui de Black. Car être African-American, c'est mettre en avant divers aspects positifs de l'identité, historiques, culturels, et pas seulement demander reconnaissance d'un passé et d'un présent fait de discriminations et de vexations – ce qui se voit, par exemple, dans la démultiplication des départements d'African-American Studies dans les universités américaines. Un premier enjeu, pour le mouvement naissant en France, sera de trouver les mots lui permettant d'adosser une identité positive, à une identité «négative», détruite, qu'il ne s'agit donc pas de sous-valoriser.

Un deuxième ensemble de difficultés tient à l'hétérogénéité de la population qu'il s'agit pour l'heure de fédérer. Le terme «noir», en effet, pourrait ne pas résister aux différences qui séparent, par exemple, ceux dont l'histoire résulte de la traite négrière et l'esclavage, notamment aux Antilles, de ceux qui ont plutôt été victimes de la colonisation française, en particulier en Afrique subsaharienne. Là encore, l'expérience des Etats-Unis devrait inciter à réfléchir : la distance revendiquée y est grande, par exemple, entre descendants des esclaves, African-Americans, et nouveaux migrants en provenance d'Afrique subsaharienne, et ni les uns, ni les autres ne se confondent avec ceux qui viennent des Caraïbes. La raison, l'acceptation du savoir historique, l'idée d'un combat diversifié, mais contre le même adversaire – le racisme, la négation historique – devront s'imposer à tous malgré des différences importantes, que le mouvement devra apprendre à gérer, et à ne pas laisser se transformer en conflits et en déchirements internes.

Mais dans le climat plutôt déprimant qui est le nôtre, nous devons saluer l'émergence d'un acteur qui devra, certes, surmonter bien des écueils, mais qui mérite les encouragements de tous ceux qui entendent conjuguer l'idée républicaine et la démocratie – et non pas les opposer.

© Libération, 19 décembre 2005

- Dernier ouvrage paru : La Tentation antisémite. Haine des juifs dans la France d'aujourd'hui, Robert Laffont.


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Pas d'accord...

Michel RENARD


Michel Wieviorka défend des thèses que je ne partage pas. Il s'est toujours montré partisan d'une affirmation et d'une visibilité des "identités particulières dans l'espace public". Je ne vois pas en quoi cela permettrait de dépasser les discriminations qui existent ni de dissoudre les "ghettos"... Une communautarisation de l'espace public, même "soft", alimente une dynamique de filières protégées, de clientèles et de ghettos. À propos des discriminations, il faudrait songer à incriminer la formation reçue à l'école qui, sous l'emprise du pédagogisme, a désarmé les enfants des milieux les plus défavorisés et gravement perturbé leurs possibilités d'acquérir de réels savoirs.

La prise en compte plus grande de l'histoire et des origines d'éléments de la population française provenant de l'ancien empire colonial, est évidemment souhaitable. Mais elle ne doit pas être inféodée aux groupes qui déforment la réalité historique et réduisent la période coloniale à un "système" dépersonnalisant, uniquement oppressif et exploiteur, tels que s'y emploient les leaders des "Indigènes de la République".

Michel Wieviorka développe une vision simpliste de la place prise par l'épisode de Vichy (1940-1944) et par la persécution des juifs dans l'histoire de France. Selon lui, elle serait due à une "mobilisation dans laquelle des membres d'un groupe particulier, en l'occurrence juif, ont exercé une pression considérable". Désolé, mais il s'agit d'un point de vue rétrospectivement "communautariste"... La réalité, ce sont bien sûr les initiatives des époux Klarsfeld, de Marcel Ophuls (le film Le chagrin et la pitié), de Claude Lanzmann ou de Bernard-Henry Lévy... qui sont intervenues dans un contexte particulier : affaire Darquier de Pellepoix qui niait les chambres à gaz en 1978. Initiatives dont la valeur en terme de connaissance n'est pas égale d'ailleurs... : le film Shoah survalorise le témoignage sans aucune critique historienne, et le livre de BHL, L'idéologie française, a été sévèrement étrillé par les historiens pour ses amalgames et raccourcis.

Mais la réalité, c'est aussi le travail d'historiens tels que Jean-Pierre Azéma, Serge Klarsfeld, justement, Pascal Ory, Fred Kupferman, Pierre Vidal-Naquet, et bien sûr les Américains Stanley Hoffmann, Robert Paxton (la traduction de la France de Vichy date de 1973) et Herbert Lottman, qui a permis un débat de connaissances sur le passé. Sur ce point, il faut lire l'ouvrage d'Henry Rousso, Le syndrome de Vichy (1987).

La république et la démocratie ne sont pas à opposer, ainsi que le souhaite avec raison Michel Wieviorka. Pour cela, laissons la concurrence des mémoires se développer dans l'espace démocratique (c'est inévitable), mais reconnaissons à l'institution républicaine et à ses composantes (école, université notamment...) le soin d'énoncer des savoirs historiques susceptibles de servir de références rigoureuses et, pour cela, admissibles par tous dans la vie de la nation. La République ne saurait être placée à la remorque de la démocratie dont l'un des inconvénients (mais c'est aussi, pour une part, une garantie des libertés) réside dans le déploiement confus des identités essentialisées et exaltées.

Michel Renard


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vendredi 3 mars 2006

Enseigner l’histoire des immigrations en France : 8 mars 2006 (Daniel Lefeuvre)

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Enseigner l’histoire des immigrations

en France : 8 mars 2006 ***

Daniel LEFEUVRE



coordparis8_eclair1Université Paris 8
Département d’Histoire



Les immigrations, étrangères et coloniales, ont profondément marqué l’histoire démographique, économique, sociale, politique et culturelle de notre pays, en particulier à partir de la seconde moitié du XIXe siècle.

Objet d’étude depuis de nombreuses années pour les spécialistes des sciences sociales, cette histoire, qui a donné lieu à de très nombreuses publications, reste cependant, aujourd’hui encore, un domaine relativement ignoré des programmes d’enseignement scolaire. Pourtant, la demande sociale de connaissances et de compréhension sur ce sujet et sur ses implications présentes, est considérable.

C’est pourquoi, le département d’histoire de l’Université Paris VIII - Saint-Denis, organise le :

mercredi 8 mars 2006, de 9 h 30 à 17 h 30,

amphi D 001,

une journée de formation destinée aux enseignants (toutes disciplines) sur le thème :


Enseigner l’histoire des immigrations

en France


Marie-Claude Blanc-Chaléard, maître de conférence en histoire contemporaine à l’Université Paris I Sorbonne :

Pourquoi enseigner l’histoire des immigrations ?

Michèle Tribalat, démographe, directrice de recherches à l’INED :

Combien d’immigrés ?
statistique publique et maîtrise quantitative de l'immigration en France,
et dans l’espace européen

Vincent Viet, historien, chercheur auprès de la Mission Recherche (MIRe) du Ministère de l’Emploi, du Travail et de la Cohésion sociale :

Les politiques de contrôle et d’intégration des immigrés

Daniel Lefeuvre, professeur d’histoire contemporaine à l’Université Paris - VIII Saint-Denis :

Les immigrés, la reconstruction et les Trente Glorieuses


Inscription : adresser par courriel (etudes-coloniales@tele2.fr) votre nom, prénom, discipline, établissement.


***

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Madame, Monsieur, Cher(e) Collègue,


Je suis au regret de devoir reporter à une date ultérieure la journée "Enseigner l'histoire des immigrations" qui devait se tenir ce mercredi 8 mars.

Depuis ce matin, Paris VIII, comme de nombreuses autres universités, est bloquée par les étudiants qui protestent contre le projet de CPE. Tout accès aux amphithéâtres est actuellement impossible et je n'ai aucune certitude pour mercredi, une assemblée générale d'étudiants décidant, chaque jour, la reconduction du mouvement.
Il me reste donc à vous présenter mes excuses pour ce contretemps et vous assurer que, dès que possible et en fonction des possibilités des intervenants, je vous proposerai une nouvelle date.
Je vous remercie, d'autre part, de bien vouloir faire circuler cette information, je crains que certains collègues n'aient pas pris la précaution de s'inscrire et je suis donc dans l'impossibilité de les informer de ce report.
 
Dans l'attente d'un prochain rendez-vous, je vous prie de croire, Madame, Monsieur et cher(e) Collègue, en l'expression de mes plus cordiales salutations.

Daniel Lefeuvre
lundi 6 mars, 19 h 50



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jeudi 2 mars 2006

Revue Études Coloniales n° 1

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Affiche publicitaire en couleurs illustrée, Cherrier (Maroc, 1950)
source : base Ulysse du Centre des Archives d'Outre-Mer
(Caom à Aix-en-Provence)



Études Coloniales, revue n° 1



À côtés de documents divers et d'informations liées à l'actualité, ce site est principalement le lieu d'édition de la revue Études Coloniales. Le premier numéro est en préparation. Vous pourrez le lire ici dans quelques semaines : retenez cette adresse (URL) dans votre marque-pages.

mars 2006


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mercredi 1 mars 2006

Lettre ouverte à Arte (Gilbert Meynier)

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Lettre ouverte à Arte

au sujet des "Trois couleurs de l'empire"


Donner la parole à un médiaticien dans le vent,

quoiqu'il dise et sans aucune contrepartie, me surprend

Gilbert MEYNIER



Gilbert MEYNIER
Professeur émérite à l'université Nancy 2
Spécialiste de l'histoire de l'Algérie
Le 5 février 2006

ARTE G.E.I.E.
Service téléspectateurs
4, quai du chanoine Winterer
67080 STRASBOURG CEDEX

Monsieur,

J'ai essayé de vous envoyer cette lettre par internet mais je ne suis pas arrivé à faire fonctionner la procédure. Je vous écris donc de manière plus traditionnelle.

Professeur émérite d'histoire contemporaine à l'université Nancy 2 et spécialiste de l'histoire de l'Algérie, j'ai le regret de vous faire savoir que j'ai été déçu, voire irrité, par l'émission du 1er février, «les trois couleurs d'un empire», quelles qu'aient pu être les bonnes intentions dont elle était pavée. Comme cette émission a surtout eu pour sujet l'Algérie, je me sens quelque peu autorisé à vous faire tenir mon sentiment.

À côté de vrais savants comme Annie Rey-Goldzeiguer et Bruno Étienne, cette émission a longuement et complaisamment donné la parole à des gens qui sont, à mon sens, davantage des entrepreneurs d'idéologie fonctionnant à la médiatisation de «ce qui mousse» dans l'air du temps que des historiens à même de rendre compte de toute la complexité du divers historique, c'est-à-dire aussi éloignés de la complaisance que du manichéisme. J'y ai bien reconnu les thématiques des «Indigènes de la République», lesquels ont coutume de se bloquer sur les malheurs du passé pour rendre compte des duretés du présent.

Oser par exemple affirmer avec aplomb, et sans qu'aucune contradiction n'ait été prévue, par les concepteurs de l'émission, à cette affirmation, que les policiers d'aujourd'hui matent les «jeunes de banlieues» de la même manière que cela était fait à l'encontre des «indigènes» lors du processus de répression coloniale, c'est évidemment erroné, et ce n'est pas faire preuve de cette sérénité dont l'historien ne doit jamais se départir. Donner la parole à un médiaticien dans le vent, quoiqu'il dise et sans aucune contrepartie, me surprend et me déçoit de la part d'une chaîne comme Arte, d'un niveau généralement, et de loin, heureusement bien supérieur.

Au surplus, ne considérer les «indigènes» que sous l'angle de leur rapport à la domination coloniale, c'est ne pas voir le cheminement de leur existence propre en tant qu'êtres humains. L'histoire des Algériens avant 1962 avait heureusement, aussi d'autres facettes, et cette histoire ne s'est pas arrêtée en 1962. Les colonialistes fonciers ne sont donc pas uniquement, en l'occurrence, ceux qui sont visés par l'émission. J'ai peur qu'ils soient, aussi, ceux qui ont conçu ladite émission et ceux auxquels ils y ont de manière appuyée donné la parole.

J'ajouterai que, en temps de parole, deux Algériens seulement ont été interviewés : Hassan Remaoun quelques secondes, et Mohammed Harbi, le plus grand historien algérien légèrement plus longtemps. Au total, la quasi-totalité de l'émission a été occupée par des prises de parole françaises. Cela me paraît à l'évidence aller à l'encontre du parti-pris anticolonialiste ordinaire affiché par l'émission. Si vous me l'aviez demandé, j'aurais pu vous fournir une longue liste d'historiens algériens, notamment de jeunes chercheurs qui sont de vrais savants et pas des idéologues.

Avec mes regrets, je vous prie de croire, Monsieur, à mon meilleur compliment,

Gilbert Meynier

***


- à lire : un commentaire/analyse plutôt favorable à ce documentaire, sur le site du CNDP par Patrick Mougenet, professeur d'Histoire.

- les derniers ouvrages de Gilbert Meynier


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