samedi 20 janvier 2007

Réponse d'un «repentant» à un «non-repentant» (Pascal Blanchard)

Diapositive1



Réponse d'un «repentant» à un

«non-repentant»

interview de Pascal Blanchard par Olivier Menouna



Dans Pour en finir avec la repentance coloniale (éd. Flammarion), Daniel Lefeuvre entend rétablir la vérité sur la colonisation. De «mensonges» en «lamentos compassionnels», les «Repentants» auraient falsifié la mémoire coloniale. L'historien Pascal Blanchard, spécialiste de la question, lui répond.


Africa International. - M. Lefeuvre vous fait «l’honneur» de vous classer en compagnies d’autres historiens dans le camps des «Repentants». Que cela vous inspire-t-il ?
pascal_blanchardPascal Blanchard. Quand on veut se fabriquer des ennemis, on leur attribue des qualificatifs qui renvoient à des choses qui n’existent pas. Cette méthode et [sic] bien connue des penseurs d’extrême-gauche et d’extrême-droite. C’est trop facile de citer quelques auteurs, pour englober ensuite sous le même qualificatif les centaines de chercheurs sur la mémoire collective. En fait, la notion de «repentance» est plutôt anglosaxonne. Il n’y a pas d’héritage de dette entre les colons et un blanc d’aujourd’hui. Je réprouve cela autant que le raisonnement d’un Africain qui exigerait des papiers français au nom d’un lien entre lui, l’histoire de son grand père colonisé et celle de la France. Je ne réponds donc pas aux critères de M. Lefeuvre qui construit, a posteriori, la vision d’une école de pensée pour arriver ainsi à construire une opposition de discours. C’est une manière de décrédibiliser les travaux. C’est ce qu’on fait quant on n’arrive pas à les contester sur le plan scientifique.

A. I. - Mais M. Lefeuvre prétend justement se baser sur des faits et des chiffres historiques précis et non sur des extrapolations ou des partis pris comme le feraient les «Repentants»…
P.B. 99 % de ses chiffres ne concernent que l’Algérie. C’est une manière assez curieuse de lire l’histoire que de prendre le cas extrêmement particulier qu’est l’Algérie qui était un département français, pour l’étendre à tout l’empire et prétendre ainsi qu’il y a eu des bienfaits. Car M. Leufeuvre [sic !] est bien plus explicite dans son ouvrage précédent, où il explique qu’il est un auteur «révisionniste», et que si la France n’était pas allée en Algérie, les «pauvres Algériens» seraient morts de faim. Par ailleurs, les chiffres, vous pouvez en faire ce que vous voulez à partir du moment où vous n’en prenez qu’une partie. C’est ce que fait Lefeuvre, avec peu de qualité d’ailleurs. Ses chiffres ont une valeur intrinsèque mais pas une valeur analytique. Dire qu’au moment des Trente Glorieuses l’immigration algérienne représentait moins de 1 % de la main-d’œuvre française, pour en conclure que la jeunesse française d’origine algérienne n’aurait pas de mémoire coloniale légitime, c’est aberrant ! Ce n’est pas parce que le pourcentage des Français morts dans les camps de la Shoah est faible que la célébration de la mémoire de la Shoah n’est pas légitime en France.

A.I. - Un tel livre ou du moins, avec un tel titre, aurait-il pu être publié par Flammarion il y a dix ans ?
P.B. Lefeuvre s’inscrit dans la mouvance du marketing du moment. C’est un mauvais livre avant tout, mais il tombait à un moment où les médias en avaient besoin, un an après les événements des banlieues, six mois après la loi du 23 février 2005. Il n’y a qu’à voir Le Figaro, qui a titré «On peut enfin être fier de la colonisation», sans même s’attarder sur le fond du livre.

A.I. - M. Lefeuvre critique le concept de «fracture coloniale» qui lie la situation actuelle des Français issus de l’immigration à celle de leurs ancêtres. Faut-il, comme il le préconise, tourner la page, afin qu’ils trouvent leur place dans la société au lieu de s’enfermer dans le sentiment d’être un «indigénat [sic !] de la République» ?
P.B. A-t-on tourné la page sur Napoléon ? Sur Jeanne d’Arc ? Les quatre siècles et demi de présence française en Afrique ont été rejetés à la périphérie de notre histoire. Le débat sur la colonisation émerge à peine en France ! Tourner la page, bien sûr, mais avant il faut faire acte de connaissance. La jeunesse française originaire des anciennes colonies doit avoir une identité commune avec la Nation et pour cela on doit laisser l’histoire s’écrire. Sinon ces jeunes vont s’inventer une identité mythologique et dans dix ans ce sera bien plus violent qu’aujourd’hui. C’est la connaissance de l’histoire qui fonde les valeurs de la République.

Africa international, n° 346, novembre-décembre 2006


Pascal_Blanchard
© La Découverte


- sur les "entrepreneurs d'idéologie fonctionnant à la médiatisation..." : voir, sur ce site, la lettre de Gilbert Meynier (5 février 2006) à Arte après la diffusion du documentaire Les trois couleurs de l'empire.


- Répertoire des historien(ne)s du temps colonial

- retour à l'accueil

Posté par michelrenard à 06:42 - - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


Commentaires sur Réponse d'un «repentant» à un «non-repentant» (Pascal Blanchard)

la repentance de P Blanchard

Je suis un peu étonné par le contenu du débat actuel sur la repentance, la mémoire, l'histoire, et aussi le révisonnisme. Je suis sans doute un innocent intellectuel, bien que je crois avoir reçu une assez bonne formation universitaire. Ne serions pas retournés vers l'univers des "filles repenties" de notre histoire religieuse? Je me demande ce que la repentance peut avoir à faire avec l'histoire? La déontologie des historiens sans doute beaucoup plus, et c'est la véritable question. Et à cet égard, il semble que beaucoup de lectures de l'histoire coloniale soient obsédées par celle de l'Algérie, et M.Blanchard, à ma connaissance, et à la lecture de ses ouvrages, écrits, coécrits ou dirigés, et à ce sujet, ne me parait pas indemne de la critique qu'il fait.
Le même historien répond "C'est une manière de décrébiliser les travaux. C'est ce qu'on fait quand on n'arrive pas à les contester sur le plan scientifique." Et c'est là toute la question: est-ce que les fameux travaux scientifiques dont il est fait référence, le sont vraiment? Est-ce qu'un historien sérieux, déontonlogiquement parlant peut énoncer aujourd'hui, dans l'état des recherches historiques, la conclusion d'après laquelle la crise des banlieues trouve sa "généalogie" -terme utilisé par ces historiens (e)dans notre histoire coloniale, hors Algérie précisément? Cette thèse n'est pas démontrée.
Et pour agrémenter notre lecture, et en conclusion, pourquoi ne pas citer le propos éclairant d'un historien, membre de l'équipe Blanchard, M.Bancel, quand il écrit, à propos du scoutisme de l'époque coloniale: "Ici, c'est par la mise en mouvement du corps que se trame l'incorporation des valeurs coloniales." (Culture coloniale-page 189)
Alors effectivement, il faut passer au crible ces discours scientifiques!

Posté par jp renaud, lundi 22 janvier 2007 à 10:48
Naivete?

Repentance! Comme nous le rappele Mbemben: N’existe t il pas de responsabilité morale pour des actes perpétrés par un État au long de son histoire ?

À qui fera-t-on croire que pour créer un monde humain, il faut évacuer la morale et l’éthique par la fenêtre puisque dans ce monde, il n’existe ni justice des plaintes, ni justice des causes ?

La repentance, comme vous le dites c' est une notion religieuse. Dans son discours a Dakar, cette notion en a dit long sur la vision de notre president sur la population d Algerie et sur notre histoire.

Un certain nombres de choses devraient aussi nous interpeller sur la relation entre les problemes identitaires en France (ceux que vous semblez voir dans les banlieus) et notre politique de la memoire par example.

1/ un long silence sur l episode des tortures en Algerie pour commencer peut etre

2/ Un manque de connaissances sur les recherches effectues par les universitaires Francais et Africains sur la colonisation

3/ une serie de narratifs dans la politique de la memoire francaise qui de Vichy a la colonisation privilegie le discours de la nation. A ce sujet les travaux de Benedicte Anderson, Eric Hobsbawm ou Anne Marie Thiesse (en Francais) peuvent etre utiles.

4/ et finalement, une consideration plus generale, celle de la realite des immigres en France ou dans le reste du monde

Je ne vois pas tres bien comment les arguments de Daniel Lefeuvre peuvent serieusement remettre en question l existence des travaux tels que ceux de Fanon, Memmi ou Said.

A bon innocent intellectuel, salut.

Posté par Stephanie, jeudi 25 octobre 2007 à 18:50
La France traîne des pieds

Qui parle de repentance ou de culpabilité ??:
Ces gens qui nous gouvernent ici ou ailleurs et qui au nom d'un peuple français, algérien, sénégalais ... veulent établir leur vérité.
Qui les suivent ?:
Certains intellectuels qui, profitant de nouvelles thèses idéologiques non basées sur l'Histoire, "surfent" sur une vague littéraire à la mode.

Messieurs, les mots que VOUS utilisez ne sont pas les mots des gens qui pourraient se sentir concernés par la question de l'héritage colonial. Les enfants français, d'immigrés issus des anciennes colonies, que vous caricaturez dans le mouvement des "Indigènes de la République" et dans leur situation géographique d'habitants des banlieues françaises, ne voudraient entendre qu'un seul mot celui d'EGALITE et non ceux "d'ETRANGERS PERPETUELS AUX VALEURS DE LA REPUBLIQUE" : discours ultra dominant ces dernières années.
Alors pourquoi aller chercher des MOTS aussi abstraits et insignifiants, si ce n'est pour détourner des réelles questions sociales et populaires de ce pays.

Posté par KOKO, jeudi 1 novembre 2007 à 17:44
COQUILLES

J'aime bien voir comment celui qui publie la réponse, l'air de rien, se fait un malin plaisir de mettre bien en relief les coquilles.

Posté par Bah, mardi 22 septembre 2009 à 21:24
Conférence de Blanchard

Bonjour, je vous signale une conférence pétillante de P. Blanchard faite lors des ERNEST de l'Ecole Normale Supérieure à propos du débat récent sur l'identité nationale : http://les-ernest.fr/pascal_blanchard. Il rappelle la chronologie de la colonisation en France, et met en perspective les propos tenus dans cet entretien fort intéressant.

Posté par ahasverus, samedi 30 janvier 2010 à 07:07
aucune culpabilité

repentance de la part des arabes envers les berbères?
repentance de la part des arabes pour leur traite négrière?

non, jamais, on tue la france sciemment.Idéologie fasciste du métissage.
Pourquoi les émirats ne veulent pas se métisser avec les esclaves indiens ou pakis?
Et les algériens avec les travailleurs chinois.
Métissage en afrique,vous l'appelez néocolonialisme.

Xénophiles collabos.
Un nationaliste qui vota vert jusqu'à maintenant mais s'est fait tabassé en se faisant traité de sale blanc, honneur retrouvé.
L'homme blanc a fait l'histoire, a tout inventé et exploré.
Si l'on est plus riche c'est pour cela et pour notre travail.
VIVE LA FRANCE.GLOIRE AU PEUPLE EUROPEEN

Posté par hicnunc, jeudi 25 février 2010 à 10:32
hahahaha

L'homme blanc a fait l'histoire hahahahahahhahahha
Pauvre ignorant, Comment débattre avec une personne avec une vision si "blancocentrique" des faits historiques ? Tu devrais rajouter l'homme blanc est supérieur aussi pendant que tu y es.
Au final en réfléchissant bien, tu as raison: l'esclavage des noirs au XIXe siècle c'est l'homme blanc, les massacres d'indiens c'est l'homme blanc, le massacre des indigènes c'est l'homme blanc, les zoos humains c'est l'homme blanc, la Shoah encore l'homme blanc. Ah oui tout à fait, il a fait l'histoire et on devrait rajouter que tous les africains étaient noirs avant l'arrivée des arabes saufs les égyptiens qui étaient blancs forcément puisqu'ils ont fait les pyramides. Voilà t'es content.

Posté par hahaha, jeudi 21 avril 2011 à 11:58
Poster un commentaire







Rétroliens

URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=113362&pid=3747517

Liens vers des weblogs qui référencent ce message :