dimanche 2 mai 2021

les enlevés-disparus en Algérie (1954–1963)

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Pour prendre concrètement conscience

de l’ampleur du problème des enlevés-disparus

en Algérie (1954–1963)

 

Pour réaliser l’ampleur du traumatisme que représentent les enlèvements de Français en Algérie de 1954 à la fin de 1963, il est utile de la matérialiser. Pour cela, rapportons les chiffres de disparus à la population française de l’époque (1962 -63) en métropole. Les chiffres des enlevés-disparus sont ceux qu’ont donné les investigations du Groupe de Recherches des Français Disparus en Algérie dans les archives des ministères intéressés, celui des Affaires Etrangères en particulier, dans les dossiers de la Croix Rouge Internationale à Genève et par l’examen des dossiers des familles de disparus.

Au recensement du 7 mars 1962, la France comptait 46.530.000 habitants (1).

Au 1er Janvier 1960, la population non musulmane d’Algérie (les FSE : Français de Souche Européenne par opposition aux FSNA : Français de Souche Nord-Africaine) s’élevait à 1.075.000 personnes (2).

Le rapport de ces deux chiffres montre que la population métropolitaine était 43.3 fois plus nombreuse que la population non musulmane d’Algérie.

Ainsi en prenant les chiffres de Madame Ducos-Ader, membre du GRFDA, le nombre de personnes enlevées depuis le début de la guerre d’Algérie est de 4.366 dont 530 militaires et de 3.920 à partir du 19 mars 1962.( statistiques de 2010)

Les travaux entrepris par la commission Disparus, émanant de la Mission Interministérielle aux Rapatriés sous la conduite de l’historien Jean-Jacques Jordi, ont permis de faire une classification plus affinée et de comptabiliser les personnes libérées.

Le nombre des disparus définitifs de 1954 et jusqu’au moins, au 31 décembre 1962 s’élève à ce jour à 1706 civils enlevés portés disparus (0,16% de la population non musulmane d’Algérie) soit une perte rapportée à la population métropolitaine de 74.448 personnes

Notons que ne sont pris en compte pour les calculs d’équivalence que les non musulmans. Pour un tableau complet des enlèvements et des disparitions, il faudrait y intégrer les nombreux «Français musulmans» (FSNA) fidèles à la France, dont le recensement est difficilement possible.

Mise à jour Avril 2021

Alain Lardillier
5, rue Pierre Lassalle
33110 Le Bouscat
Docteur en Histoire Moderne et Contemporaine
Université Paris IV Sorbonne

 

 

1. - Robert PRESSAT, «La population Française au recensement de 1962» in revue intitulée Population, 17ème année, n°4, 1962, p.627-644. L’auteur signale que les chiffres donnés dans l’article sont tirés du Supplément du Bulletin hebdomadaire de l’I.N.S.E.E. du 3 novembre 1962 .

2. - Service de la Statistique générale en Algérie : Tableaux de l’économie algérienne en 1960, pp.19-20.

 

civils enlevés

 

tranche d'âge

 

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mercredi 28 avril 2021

lettre des Français rapatriés au président de la République (novembre 2020)

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lettre des Français rapatriés

au président de la République

(novembre 2020 et mars 2021)

 

 

lettre MAFA, 10 nov 2020

 

lettre des Français rapatriés, 15 nov 2020

 

lettre Français rapatriés 10 mars 2021 (1)

 

lettre Français rapatriés 10 mars 2021 (2)

 

 

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lundi 1 février 2021

analyse du rapport de Benjamin Stora, par Jean-Jacques Jordi

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Analyse du rapport de Benjamin Stora

par Jean-Jacques Jordi*

 

J'ai lu plusieurs fois ce rapport, sans doute parce que j'en attendais beaucoup. Et au final je suis resté sur ma faim. À une première partie générale sur l'état d'esprit de ce rapport, les grandes lignes d'explicitation de ce qu'est un travail de mémoire et de réconciliation, succède une série de préconisations relativement décevantes.

Comme si la réconciliation n'était pas à chercher avec l'Algérie mais avec les mémoires qui s'affrontent sur le seul sol français. Avouons que l'entreprise relevait plus du funambulisme que de la recherche historique. Disons-le d'emblée, la science historique n'est pas une opinion.


l'Algérie, absente du rapport 

Effectivement l'Algérie d'aujourd'hui ou à tout le moins le gouvernement algérien semble absent du rapport sauf à deux reprises où Benjamin Stora souligne l'accord préalable des autorités algériennes ou un «reste encore à discuter». Concrètement, il faut être funambule car l'on connaît la position officielle du gouvernement algérien concernant les Archives, les faits d'histoire, le jonglage sur le nombre de morts, les dénis en tous points... et par la suite, on comprend que les mots excuses, repentance, réparation financière et crime contre l'humanité arrivent dans les discours algériens.

Il s'agit là de postures sans doute  mais sans possibilité de réconciliation. Pour se réconcilier, il faut être au moins deux et chacun doit être capable d'avancer vers l'autre. Or, l'Algérie s'est muée depuis longtemps en statue du Commandeur avec soit les bras croisés (fermés à toute initiative), soit avec un doigt accusateur et vengeur. Aujourd'hui, le gouvernement algérien souffle le chaud et le froid en espérant rejouer les Accords d'Évian non respectés soixante années après.

De son côté, la France avec le président Chirac a tenté une réconciliation qui n'a reçu aucun véritable écho en Algérie. Et les différents présidents français ont eux-aussi tenté cette réconciliation, en vain. Il était donc normal et logique que le Président Macron essaie lui-aussi. Mais à chaque fois, la repentance, l'accusation de génocidaires, les excuses officielles de la France et une réparation financière évaluée on ne sait comment à 100 milliards sont pour les gouvernements algériens un préalable avant toute discussion (comme le Sahara lors des discussions d'Évian).

On comprend alors que la marge de manœuvre de Benjamin Stora ait été des plus étroites et que ses préconisations embrassent un champ large, de la restitution d'un canon à une panthéonisation (pourquoi le choix de Gisèle Halimi dans ce rapport concernant la réconciliation entre la France et l'Algérie, j'y reviendrai) en passant par la restitution des archives ou les échanges culturels (qui existent déjà depuis fort longtemps).

nommer cette guerre

Comme j'ai pu le voir dans les premières critiques de ce rapport, Benjamin Stora peine à nommer cette guerre qui est plus une guerre d'indépendance qu'une guerre de décolonisation, davantage une guerre en Algérie qu'une guerre d'Algérie. Et pourtant ce fut bien une guerre qui fut juridiquement admise par la Cour d'Appel de Montpellier du 20 novembre 1959, et même une guerre civile dit l'arrêt. Du coup, on comprend mieux que le mot «Événements» ait été (avant le coup diplomatique du GPRA sur l'internationalisation de la guerre en 1960) commode pour le gouvernement français comme pour ses adversaires. Pour ce dernier, les événements et les opérations de pacification sont une affaire franco-française dans laquelle l'ONU ne saurait intervenir. Pour les avocats qui défendaient les membres du FLN, il était aussi préférable que cette guerre n'en fût pas une.


manque de précisions

Ensuite le rapport reprend à son compte, omet ou n'est pas précis sur quelques points importants :

L'historien ne peut pas être d'accord avec l'opinion d'Emmanuel Alcaraz (note 1, page 19) qui dénonce les propos de ceux qui «pointent les atrocités commises des deux côtés, cherchant un équilibre qui méconnaît les causes fondamentales de la lutte contre les dénis de droits, la dépossession et la répression continue. Mais, à chaque fois, ils cherchent à mettre en avant la responsabilité du FLN et à minorer celle de la France coloniale».

Il ne s'agit pas de mettre à dos les violences commises par les deux camps mais juste reconnaître que ces violences ont existé. Je ne dis pas qu'elles se valent mais juste qu'elles ont existé. Emmnuel Alcaraz se trompe car il n'y a pas de violences excusables et d'autres inexcusables. En tout cas ce n'est pas le rôle et le travail de l'historien. Le regard critique est essentiel.

Quant aux juifs, on peut mettre dos à dos ceux engagés pour l'indépendance et ceux qui s'engagent dans l'OAS. Cependant, il y eut davantage de juifs dans l'OAS qu'il n'y en eut dans les rangs du FLN. Même si la très grande partie d'entre eux, très français, restaient bouleversés par cette guerre, les archives montrent bien que les juifs ont été des cibles du FLN dès 1956 ! Il faudra bien, à un moment donné, faire la part des discours tenus par les uns et les autres et la réalité. Ce n'est pas la vérité que doit chercher l'historien mais la véracité et cela est plus difficile.

 

préconisations décousues

Sur les préconisations, mon questionnement révèle une incompréhension de celles-ci qui sont pour le moins décousues et qui ne sont pas à même de favoriser une quelconque réconciliation, moins encore un apaisement.

Pourquoi Gisèle Halimi ? Au demeurant excellente avocate et pionnière de la cause féministe ?  Elle est née en Tunisie et s'il faut la reconnaître, ce n'est pas au titre de l'avocature et de défenseure de membres du FLN (il y a bien d'autres avocats qui ont assumé leur mission de défendre leurs clients) mais de son combat pour le droit des femmes. De ce fait, que vient-elle faire dans ce rapport ? Ne faut-il pas lui préférer William Lévy, secrétaire de la fédération SFIO d'Alger assassiné par l'OAS et dont le fils avait été assassiné peu de temps avant par le FLN ? Et on ne serait pas en peine de trouver d'autres personnes.

Pourquoi vouloir faire reconnaître Émilie Busquant (épouse de Messali Hadj) par la France Elle n'a pas connu la guerre d'Algérie puisqu'elle est morte en 1953. Le fait qu'elle ait «confectionné» le drapeau algérien entre 1934 (Stora) et 1937 (Yahia) suffit-il à ce que la France lui rende hommage alors que l'Algérie ne l'a pas reconnue comme militante de la cause nationale pour l'indépendance de l'Algérie ?

Il y a tant de femmes que la France devrait reconnaître : celles qui composaient les EMSI (les équipes médicales), Mademoiselle Nafissa Sid Cara, professeur de lettres, députée d'Alger et membre du gouvernement Debré jusqu'en 1962, par exemple... et quid du Bachaga Boualem, du médecin Abdelkader Barakrok, de Chérif Sid Cara (frère aîné de Nafissa), député et secrétaire d'État  de la République Française.

Pourquoi les époux Chaulet alors qu'ils ont pris la nationalité algérienne, sont reconnus comme moudjahids et honorés par l'Algérie (la clinique des Grands brûlés d'Alger porte leurs deux noms) ? Pourquoi ne pas leur préférer les époux Vallat, elle institutrice, lui directeur d'école assassinés par le FLN ? Ils ne sont ni colons, ni militaires et sont morts pour la France.

Pourquoi la France devrait reconnaître l'assassinat de Maître Ali Boumendjel (reconnu lui-aussi en Algérie comme martyr) plus que d'autres commis à la même époque ? Ne revient-il pas à la France de reconnaître en premier les siens avant de reconnaître ses adversaires ?

 

peut-on être héros et martyr algérien et héros français ?

La seule question à se poser est la suivante : peut-on être héros et martyr algérien (y avoir sa place, sa rue à Alger ou ailleurs) et héros français ? Non bien évidemment. Dans tous les pays du monde, tous ceux, Français, qui auraient pris faits et cause pour l'Algérie indépendante en aidant le FLN auraient été considérés comme traîtres. Cela n'est pas le cas en France.

Et pourtant, face au Manifeste des 121 de septembre 1960 intitulé Déclaration sur le droit à l'insoumission dans la guerre d'Algérie, à l'initiative de Dionys Mascolo et de Maurice Blanchot (au passé d'extrême droite, antisémite et vichyste), signé par Sartre et par tous ceux qui soutiennent le réseau Jeanson, un autre manifeste, le Manifeste des intellectuels français pour la résistance à l'abandon, paru en octobre 1960, dénonce l'appui que certains Français apportent au FLN, les traitant de «professeurs de la trahison». Celles et ceux qui signent ce manifeste sont plus nombreux et portent des noms prestigieux : Jules Romains, André-François Poncet, Daniel Halévy, François Bluche, Guy Fourquin Roland Mousnier, Pierre Chaunu, Yvonne Vernière, Jacques Heurgon, Charles Picard, Antoine Blondin, Roland Dorgelès, Marie-Madeleine Fourcade, Suzanne Labin, le colonel Rémy, Pierre Grosclaude... Nombre d'entre eux sont de grands résistants.

Que dit ce Manifeste : «Considérant que l'action de la France consiste, en fait comme en principe, à sauvegarder en Algérie les libertés - et à y protéger la totalité de la population, qu'elle soit de souche française, européenne, arabe, kabyle ou juive, contre l'installation par la terreur d'un régime de dictature, prodigue en persécutions, spoliations et vengeances de tous ordres dont le monde actuel ne nous offre ailleurs que trop d'exemples».

De ce fait, la proposition d'un colloque international dédié au refus de la guerre d'Algérie est un choix idéologique et presque contrefactuel. D'un autre côté, les Intellectuels et la Guerre d'Algérie, cela s'est déjà fait...

 

le 17 octobre 1961

Pourquoi considérer le 17 octobre 1961 comme date officielle à commémorer ? Que les historiens étudient cette manifestation, cela va de soi. Je peux juste m'étonner qu'on l'on préfère les approximations du livre du journaliste Einaudi aux éléments sérieux de celui de l'Historien Brunet ! Qu'on en fasse une commémoration «nationale», cela dépasse l'entendement à moins de donner des gages au FLN.

Ou alors, dans ces conditions, comment ne pas accepter une commémoration nationale pour le 26 mars, une autre pour le 5 juillet, et personne ne devrait porter atteinte aux plaques et stèles érigées pour l'OAS ! Rappelons que jusqu'au 18 mars 1962 le FLN est considéré comme un mouvement terroriste par le gouvernement français ! Cette préconisation est de nature à souffler davantage sur les braises que d'apporter là-aussi un apaisement. Les mémoires ne sont pas l'histoire.

 

les disparus 

Sur les Disparus, là-aussi, il y a un manque de discernement historique : le rapport parle de dizaines de milliers de disparus algériens (d'où ce chiffre vient-il ?) mais omet le chiffre pourtant bien connu maintenant des 1700 disparus européens, des 5 à 600 militaires français disparus, inscrits d'ailleurs sur le Mémorial du quai Branly. Dans le même état d'esprit, si les disparus d'Oran sont évoqués, rien n'est dit sur ceux d'Alger pourtant en nombre plus important ! Et, à ma connaissance, ni Raphaëlle Branche, ni Sylvie Thénaut, ni Trémor Quémeneur ne parlent des disparus européens alors que ces historiennes et historien sont cités dans le rapport sur ce sujet.

En revanche, un travail sur la localisation des sépultures des «disparus» est à faire. Sera-t-il rendu possible par l'Algérie ? J'en doute fort. Enfin, il y a sous la direction des Archives de France (dont le Service des Archives du Ministère de l'Europe et des Affaires étrangères et le SHD) et l'ONACVG une commission qui a travaillé sur l'élaboration d'un guide sur les Disparus en Algérie qu'ils soient le fait de l'armée française, du FLN et de l'ALN. Préconiser une recherche qui existe déjà est problématique.

 

les archives

Sur les archives, véritable serpent de mer agité par l'Algérie, il faut dire la réalité : nous savons très bien que la rétrocession des archives serait une catastrophe pour la recherche, car, d'une part, l'Algérie n'a pas les moyens humains et financiers de les accueillir (dixit Fouad Soufi lui-même lors de la journée consacrée au Guide sur les Disparus du 4 décembre 2020) et d'autre part, avouons que si les gouvernements algériens ont demandé ces archives c'est pour que les historiens  français ne puissent pas y trouver des éléments compromettant la doxa algérienne.

Je trouve très étonnant que certains historiens français montent au créneau concernant l'instruction générale interministérielle 1300 (alors que nous pouvons demander des dérogations qui sont presque toujours accordées) et ne voient pas que le départ de ces mêmes archives (de souveraineté) vers l'Algérie serait une véritable catastrophe pour la recherche historique ! Françoise Durand-Evrard, qui a été la directrice des ANOM (puisque ce sont ces archives qui sont visées) l'a très clairement écrit sur sa page «Facebook . D'ailleurs, elle précise que ni Benjamin Stora, ni Abdelmajid Chikhi ne sont des conservateurs du patrimoine.


quels sont les pas accomplis par les gouvernants  algériens ? 

Bien sûr, des pas ont été accomplis en France depuis 1999 par leurs Présidents de la République. Quels sont les pas accomplis par les gouvernants  algériens ? Une réconciliation suppose que l'on soit au moins deux et qu'on soit disposé à avancer l'un vers l'autre. Je crains que cela ne soit pas le cas et qu'une nouvelle fois, nous sommes aveuglés par notre seul désir de réconciliation. Au début des années 2000, l'Algérie demandait des dizaines de milliards d'euros, aujourd'hui c'est 100 milliards, demain, 200 milliards ? On ne peut plus considérer que la France est encore coupable et surtout comptable de la situation de l'Algérie d'aujourd'hui. Ne faut-il pas interroger les 60 années de démagogie, de dictature, de compromissions et d'enrichissements personnels des dirigeants algériens ?

La préconisation «Alliance et vérité» calquée sur le modèle sud-africain reste une belle initiative mais elle est inadéquate pour l'Algérie pour deux raisons principales : en Afrique du Sud, les européens sont restés (n'ont pas été chassés de leur terre natale) et où se trouve un Nelson Mandela en Algérie ? Et si cette «commission» Alliance et vérité existait, pourrait-on alors poser la question aux Algériens : Qu'avez-vous fait de ce que nous vous avons laissé ? Certes, la réponse de l'Algérie sera que la France a tout détruit et qu'elle doit réparer. Or, nous savons très bien pour peu que l'on soit honnête que les accusations de l'Algérie sont erronées.

Il convient aussi de réaliser un travail sur les essais nucléaires au Sahara. Nous avons les éléments en France pour le faire.

 

quels noms retenir pour nommer des rues ou des places ?

Donner à des rues, places et autres boulevards des noms de personnes issues de l'immigration et de l'outre-mer, de médecins, enseignants artistes d'origine européenne, pourquoi pas mais lesquels ?

Ceux qui sont déjà inscrits sur le monument aux martyrs d'Alger ne peuvent pas légitimement trouver leur place en France. Pour la France, Moïse Aboulker, José Aboulker, Roger Carcassone, quant aux médecins il n'en manque pas tout au long des XIXe et XXe siècles (les frères Sergent, les professeurs Alcantara, Bruch, Patin Trollier, Sédillot, Trollard, Texier... Mohamed Seghir Benlarbey (premier médecin «algérien» à soutenir sa thèse en 1884 en Algérie car le premier médecin fut Mohamed Nekkache en 1880 mais à la Faculté de médecine de Paris), Trabut, Lagrot, Goinard, Pelissier, Porot... le jeune docteur Jean Massonat tué le 26 mars dans la tuerie de la rue d'Isly alors qu'il portait secours à des blessés, et j'en oublie.

 

les harkis et supplétifs

Concernant les ex-supplétifs et Harkis, le rapport les met dans une portion congrue : il aurait fallu dire que si la France les a abandonnés, c'est bien l'Algérie indépendante qui les a massacrés ! Il faudrait donc faciliter les déplacements des harkis et de leurs enfants en Algérie mais cela reste à voir avec les autorités algériennes !

Cela n'est pas possible : il faut que la France reste sur ses positions sinon cela sera perçu comme une action à sens unique et de fait vouée à l'échec. Sans doute, la proposition de plaques sur des camps d'internement ou de regroupement est louable mais pour la Larzac et Saint-Maurice l'Ardoise, oui. Pourquoi ceux du Thol ou de Vadenay ? Rappelons toutefois qu'existe déjà le Mémorial de Rivesaltes qui fait un excellent travail. D'autre part, à l'initiative d'associations de harkis ou de l'ONACVG, des plaques ont été posées sur les lieux des camps, des hameaux forestiers. Pourquoi ne pas proposer un guide de recherches sur les harkis piloté par la Direction des Archives de France ?

 

remarques supplémentaires

Quant à « l'OFAJ» (Office franco-algérien de la jeunesse) calqué sur le modèle de l'OFAJ (Office franco-allemand de la jeunesse), cette proposition me semble contrefactuel et passéiste. L'OFAJ «allemand» a été créé en 1963 et il se trouvait des jeunes gens de moins de 20 ans qui avaient connu la Seconde Guerre mondiale. Créé en 1970, l'OFAJ «Algérien» aurait pu marcher mais aujourd'hui, il faut être naïf pour le croire.

Une «édition franco-algérienne», cela doit être de l'ordre du privé car sinon qui déciderait qu'un livre sera publié et un autre non, et idem pour les traductions

Réactiver le projet du Musée de Montpellier abandonné il y a plusieurs années, cela n'est jamais une bonne idée car ce sera du «réchauffé».

L'idée générale que je retiens est que ce rapport (qui reprend beaucoup de choses publiées par Benjamin Stora les années précédentes) n'est pas à même d'apporter une quelconque réconciliation ni avec l'Algérie, ni avec les «communautés» étant en France, chacune portant une mémoire spécifique, pour autant que cette dernière affirmation soit vraie, ce dont je doute. Laissons donc travailler les historiens et non les «mémoriens».

 

Jean-Jacques Jordi
historien, docteur en histoire
spécialiste de l'histoire de l'Algérie française
Marseille-Périgueux (23-28 janvier 2021)

 

Jordi, couv

 

 

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dimanche 31 janvier 2021

la «réconciliation» des mémoires est impossible, par Bernard Lugan

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comment prétendre vouloir pacifier les mémoires

quand celle de l'Algérie repose sur une histoire

fondée sur le ressentiment anti-français ?

Bernard LUGAN

  

Pacifier les mémoires, certes, mais à condition :

1) Que cela ne soit pas une fois de plus à sens unique…Or, les principales mesures préconisées par le Rapport Stora incombent à la partie française alors que du côté algérien il est simplement demandé des vœux pieux…

2) Que la mémoire algérienne ne repose plus sur une artificielle construction idéologique car, comme l’a joliment écrit l’historien Mohammed Harbi, «L’histoire est l’enfer et le paradis des Algériens».

Enfer parce que les dirigeants algériens savent bien qu’à la différence du Maroc millénaire, l’Algérie n’a jamais existé en tant qu’Etat et qu’elle est directement passée de la colonisation turque à la colonisation française. (Voir à ce sujet mon livre ).

Paradis parce que, pour oublier cet «enfer», arc-boutés sur un nationalisme pointilleux, les dirigeants algériens vivent dans une fausse histoire «authentifiée» par une certaine intelligentsia française…dont Benjamin Stora fait précisément partie….

Voilà donc pourquoi, dans l’état actuel des choses, la «réconciliation» des mémoires est impossible.

l'Algérie et son non-dit existentiel

Voilà aussi pourquoi toutes les concessions successives, toutes les déclarations de contrition que fera la France, seront sans effet tant que l’Algérie n’aura pas réglé son propre non-dit existentiel.

Et cela, les «préconisations» du Rapport Stora sont incapables de l’obtenir, puisque, pour l’Algérie, la rente-alibi victimaire obtenue de la France, notamment par les visas, est un pilier, non seulement de sa propre histoire, mais de sa philosophie politique…

Un peu de culture historique permettant de comprendre pourquoi, il est donc singulier de devoir constater que l’historien Benjamin Stora ait fait l’impasse sur cette question qui constitue pourtant le cœur du non-dit algérien.

Au moment de l’indépendance, la priorité des nouveaux maîtres de l’Algérie fut en effet d’éviter la dislocation. Pour cela, ils plaquèrent une cohérence historique artificielle sur les différents ensembles composant le pays.

Ce volontarisme unitaire se fit à travers deux axes principaux :

1) Un nationalisme arabo-musulman niant la composante berbère du pays. Résultat, les Berbères furent certes «libérés » de la colonisation française qui avait duré 132 ans, mais pour retomber aussitôt dans une « colonisation arabo-musulmane » qu’ils subissaient depuis plus de dix siècles…

2) Le mythe de l’unité de la population levée comme un bloc contre le colonisateur français, à l’exception d’une petite minorité de « collaborateurs », les Harkis. Or, la réalité est très différente puisqu’en 1961, 250.000 Algériens servaient dans l’armée française, alors qu’à la même date, environ 60.000 avaient rejoint les rangs des indépendantistes.

Or, cette fausse histoire constitue le socle du «Système» algérien, lequel se maintient contre le peuple, appuyé sur une clientèle régimiste achetée par les subventions et les passe-droits.

Ce même «Système» qui, à chaque fois qu’il est en difficulté intérieure, lance des attaques contre la France

N’en déplaise à Benjamin Stora, voilà qui n’autorise pas à croire à sa volonté d’apaisement mémoriel.

Lugan, couv

  

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samedi 30 janvier 2021

critique du Rapport Stora, par Jean Monneret

Benjamin Stora, photo

 

critique du Rapport Stora

par Jean MONNERET

 

Préliminaires

Avant d’analyser le rapport de Benjamin Stora et les curieuses préconisations qu’il contient, je voudrais me livrer à de brèves considérations préliminaires. Comme l’a écrit Ernest Renan : «Une nation est une âme, un principe spirituel». Cette phrase ne relève pas de la métaphysique mais de la Science Politique, au sens le plus fort du terme.

Son auteur, dont l’oeuvre peut certes être diversement appréciée, a ainsi magistralement défini le fait national. Cette phrase, il l’a complétée par deux autres qui la précisent : «Deux choses qui, à vrai dire, n’en font qu’une, constituent cette âme, ce principe spirituel. L’une est dans le passé, l’autre dans le présent. L’une est la possession en commun d’un riche legs de souvenirs ; l’autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis».

Cette définition de Renan est indépassable ; elle représente un sommet en matière d’analyse politique. La France, qui pourrait s’honorer d’avoir produit un tel historien, semble avoir renoncé à s’en inspirer aujourd’hui.

Renan, couv

 

un désir de vivre ensemble de moins en moins évident

Au début des années 1980, nous vîmes s’opérer le recours à une immigration massive provenant, mais pas exclusivement, du Maghreb et de l’Afrique subsaharienne. Elle continue à ce jour et à un rythme soutenu. La natalité des Français autochtones étant plutôt faible, une certaine bigarrure culturelle en résulte. Ce phénomène est amplifié du fait que nombre de nouveaux venus, contrairement au passé, sont de culture musulmane.

Dès lors, «la possession en commun d’un riche legs de souvenirs» n’est plus une donnée factuelle immédiate. Si l’on ajoute que l’école française est en crise, que l’assimilation des immigrés n’est plus tenue pour nécessaire, que l’institution familiale elle-même évolue à grande vitesse, chacun comprendra que la nation française actuelle est de plus en plus diverse et de moins en moins unie. Comment s’étonner dans ces conditions si le désir de vivre ensemble exalté par Renan est de moins en moins évident voire, en certaines zones, inexistant.

Ce fut le travail des Présidents de la République successifs, depuis 40 ans, d’affronter cette situation délicate, voire dangereuse. Ils l’ont fait sans brio, sans imagination en multipliant généralement les mesurettes. Le problème de M. Macron, aujourd’hui, est d’être à la tête d’une société, divisée, hétérogène et même, à lire certains, atomisée.

On ne comprendra pas le rapport de Benjamin Stora et la considération d’Emmanuel Macron pour ce personnage sans se référer à ce contexte très trouble. Une phrase, glanée au hasard, me parait résumer la démarche du Président : «apaiser le passé pour restaurer l’unité nationale.»

Une telle démarche est parfois nécessaire. Rappelons-nous Henri IV et la difficile sortie des guerres de religion. Pour y parvenir, il fallut de grands hommes pour de grands maux. En ces circonstances, il faut des gens connaissant l’art des compromis et ayant le goût de rapprocher les êtres.

En revanche, il faut éviter de jeter du sel sur les plaies. C’est ce que fait le rapport Stora.

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dans le centre d’Alger, le 12 août 2020. RYAD KRAMDI / AFP

 

des victimes toujours négligées.

Après avoir lu ce qui précède, certains me diront : «Hola ! Arrêtez. Vous faites erreur, le rapport Stora ne concerne pas l’immigration, ni la nation française. Il concerne les rapports franco-algériens avec comme but de réconcilier les mémoires opposées de la Guerre d’Algérie.»

Or, précisément, il n’est pas nécessaire de réfléchir longtemps pour comprendre que le Président voudrait, - ce qui explique la mission confiée à Stora -, que les rapports d’une France et d’une Algérie réconciliées servent de modèle pour toute la politique de l’immigration.

Dans son esprit, si la France et l’Algérie, pays musulman, se rapprochent, toute la société française en sera apaisée. Le fait colonial appartiendra au passé comme les traumatismes de la décolonisation et les crispations actuelles. Le passage des générations, l’œuvre du temps effaceront les conflits et les rancoeurs d’hier comme d’aujourd’hui.

Certes, tout le monde peut rêver. Aux esprits simples, tout parait simple. Or, réconcilier les mémoires conflictuelles de la Guerre d’Algérie est tout, sauf aisé.

Une des conditions pour réussir ce type d’opération, à supposer que ce soit possible, est de bien prendre en compte toutes les sensibilités, tous les vécus, toutes les souffrances. Les 60 dernières années montrent qu’en ce domaine, beaucoup, vraiment beaucoup, reste à faire. En effet, pour nombre de ceux qui s’expriment, débattent, écrivent, «colloquent» sur ce sujet, il n’existe qu’une seule catégorie de victimes : celles causées par l’activité de la Police et de l’Armée françaises.

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Oran, 5 juillet 1962


Les harkis, les pieds-noirs enlevés et portés disparus, les massacrés du 20 août 1955 et du 5 juillet 1962, n’entrent pas dans la même catégorie. Ceux qui les ignorent délibérément, qui minimisent leur nombre, les souffrances et le désarroi de leurs familles, ne sont pas rares. C’est peu dire ; ils sont légion.

Pour toutes ces victimes si peu ou si mal considérées, la mission confiée à Stora est une blessure supplémentaire. Celui-ci, par ses écrits, ses interviews, ses prises de position diverses, n’a jamais fait preuve d’une grande sensibilité pour elles. De plus, en maintes circonstances, il a affiché des penchants peu compatibles avec sa qualité hautement revendiquée d’historien.

Il n’a pas craint d’affirmer son désaccord avec Camus concernant le terrorisme ; allant jusqu’à affirmer que «pour les Algériens musulmans, il n’y avait pas d’autre issue»  (que la violence anticoloniale). Philosophie Magazine n° 06296. Hors-Série.

Lorsqu’au prix d’efforts considérables, des historiens et des chercheurs ont réussi à faire sortir de l’oubli les massacres de pieds-noirs du 5 juillet 1962 à Oran, il s’est empressé de dire qu’il ne fallait pas «instrumentaliser» cette journée.

Lorsque le film antihistorique de Bouchareb Hors-La-Loi est sorti, il en a parlé favorablement à la télévision.

Dans Les mots de la Guerre d’Algérie. Presses Universitaires du Mirail, 2005, il a affirmé, sous l’entrée Terrorisme que la pratique terroriste des Européens (allusion à un attentat commis dans la Casbah en août 1956)  avait inauguré «la période du terrorisme urbain qui sera ensuite pratiqué par le FLN, surtout pendant la Bataille d’Alger.» Ceci est historiquement faux, le FLN a lancé des attentats aveugles contre les Européens, dans la capitale algérienne, dès juin 1956.

Bien sûr, d’aucuns diront qu’il a changé, que son Rapport fait droit à certaines revendications des harkis, des pieds-noirs, de ces victimes si longtemps «oubliées». Pour nous l’impression qui se dégage de son texte et des préconisations qu’il contient est assez différente.

 

bataille d'Alger, fév 1957
bataille d'Alger, février 1957


erreurs d’analyse.

Nous analyserons plus loin diverses recommandations «apaisantes» du Rapport. L’une d’elles parait spécialement saugrenue autant que contre-productive. Pour que les préconisations de Benjamin Stora soient utiles, il faudrait qu’elles constituent un remède au mal qu’elles sont censées traiter. On nous permettra d’être sceptique, car son rapport repose sur des analyses fausses.

Évoquant les divergences mémorielles que la Guerre d’Algérie a suscitées dans la population française d’aujourd’hui, il en fait une description fort contestable. Certes, un conflit d’une telle envergure, qui a duré 8 ans marque à jamais ceux qui l’ont vécu. Mais, selon Stora, face à l’historicité guerrière des mémoires algériennes, il y aurait en France parmi les harkis, les pieds-noirs, une partie des anciens combattants et toutes les victimes de la  décolonisation une masse de «gardiens de la mémoire» surtout soucieux de montrer «qu’ils ont eu raison dans  le passé». Nous sommes là au niveau du café du commerce.


Une autre thèse de Stora, moins farfelue, est qu’il y eut en France, après l’Indépendance, un silence officiel sur la Guerre d’Algérie. Cela est relativement vrai, mais en parallèle, il n’y eut aucun silence médiatique. La télévision n’évita  point les débats sur le sujet après 1968. Et que dire du cinéma ! Dans les années 1970, de nombreux films apparurent (deux de Lakhdar Hamina, un sur La Question, un d’Yves Boisset, celui de Pontecorvo). Pour l’écrivain Yves Courrière et pour les revues historiques, le conflit algérien fut un filon dûment exploité.

Chercheurs et universitaires restèrent, il est vrai, longtemps discrets. Pour Stora, le monde commence et s’arrête aux frontières de l’Université. C’est donc tout naturellement qu’il pense qu’avant les années 1990, on ne parlait pas de l’Algérie. Grâce à lui en partie - il ne l’écrit pas mais semble le penser  -, le silence officiel cessa et l’Histoire reprit ses droits. Or, cette discipline «peut rassembler» alors que la «mémoire divise». La formule est de Pierre Nora.

Nous sommes là dans l’approximation. La recherche historique sur l’Algérie et la Guerre fut stimulée par deux facteurs : le début d’ouverture des archives militaires et la guerre civile en Algérie qui marquait la faillite sanglante du régime né de l’Indépendance. Beaucoup de gens comprirent alors que ce qui s’était passé trente ans avant était plus compliqué qu’ils ne l’imaginaient.

Le succès de Stora, à ce moment-là, vint de ce qu’il proclamait qu’il fallait passer de la Mémoire à l’Histoire. Son film réalisé avec Alfonsi, tombait à point nommé. Beaucoup, ne connaissant rien à l’Algérie, crurent qu’ils passaient des ténèbres à la lumière.

Pour Stora la nostalgie est une maladie. Il stigmatise dans son rapport : «L’Atlantide engloutie de l’Algérie Française, honte des combats qui ne furent pas tous honorables*, images d’une jeunesse perdue et d’une terre natale à laquelle on a été arraché» (p. 17).  Ailleurs encore, il évoque une littérature de la souffrance soufflant sur les braises de l’Algérie française ?

 

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la Bataille d’Alger, film antihistorique de Pontecorvo


En réalité, Stora ne comprend pas que pendant 60 ans, nombre des nôtres ont ardemment combattu non pas pour exalter l’Algérie Française mais pour faire reconnaître nos épreuves. Pour faire reconnaître que le conflit avait fait des victimes dans toutes les communautés. On parlait abondamment déjà, dès les années 1970 des victimes de Massu, de la Bataille d’Alger (film antihistorique de Pontecorvo, etc…). Mais qui connaissait en France les massacres d’El Halia d’août 1955, ceux d’Oran le 5 juillet 1962 ? Disons simplement que B. Stora ne contribua guère à éclairer l’opinion de ce chef.

Comme de l’autre côté de la Méditerrannée, les Algériens ont construit une mémoire antagoniste avec  leur guerre de «libératio », Stora est persuadé que 60 ans après la fin des combats, les relations entre les deux pays sont complexes, difficiles, tumultueuses. Ne serait pas plutôt, les relations de nos classes dirigeantes. ? Nous, «rapatriés», avons d’excellentes relations avec nos compatriotes musulmans.

Heureusement, notre spécialiste, a la solution : l’Histoire. Entre les récits fantasmés des victimes de la décolonisation et l’imaginaire guerrier des Algériens, lui,  le grand historien, va éclairer ce qui était caché et mettre à bas les mises en scène et les représentations complaisantes. Finies les mémoires parallèles et hermétiques. Finie l’empathie exigée, exclusive, à sens unique. La France, à nouveau, pourra «faire nation».

Tout cela est caricatural.

les oubliés

Une des plus grandes injustices nées de ce qui se dit ou s’écrit sur la guerre d’Algérie est l’oubli des 25 000 jeunes Français qui tombèrent dans les combats. Certes, le Quai Branly a accueilli un monument destiné à les honorer. Ceci n’est pas négligeable, mais qui pense à eux parmi ceux que concernent les questions mémorielles ?

Plus rares encore sont ceux qui se soucièrent des militaires portés disparus. C’est le mérite personnel du Général Fournier d’avoir tenu à les rechercher et à réconforter leurs familles. L’Administration, quant à elle, ignorait jusqu’à leur nombre. Le Général a consacré plusieurs années à cette tâche. Ils doivent être recherchés et leurs restes recueillis. Nous réaffirmons ici que ces morts ou portés disparus n’ont pas combattu en vain. Ils ont péri dans la lutte contre le terrorisme, donc pour la Liberté. Dans certains milieux, on est aux antipodes de tout cela. Ce sont les victimes de l’Armée française, exclusivement, qui retiennent l’attention. 

Le pondéreux rapport Stora est long et fastidieux. S’y alignent d’interminables considérations sentencieuses où le simplisme le dispute à l’insignifiance. Stora semble ainsi accorder de l’importance au dépôt d’une plaque par M. Delanoë, évoquant les manifestations du 17 Octobre 1961. Nous n’oublions pas, quant à nous, que toute l’opération fut basée sur les «recherches» d’un «historien maoïste», alors que les travaux d’un authentique universitaire furent soigneusement négligés.

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le travail d'un authentique universitaire, négligé par le rapport Stora

 

une idéologie anticoloniale aussi sommaire qu’antifrançaise

Un autre historien authentique, Mohammed Harbi pense que ne pas étudier le passé colonial ferait le lit de l’islamisme. Peut-être. Mais l’étudier n’importe comment et le faire dans un esprit victimaire est bien pire. Or, c’est exactement ce qui se passe depuis trente ans.

Une masse de films, téléfilms et documentaires s’est déversée sur nos écrans petits et grands. Une vaste majorité en était inspirée par une idéologie anticoloniale aussi sommaire qu’antifrançaise. A-t-on réfléchi aux conséquences de cette mise en accusation sans limites et uniquement à charge a pu avoir dans nos banlieues rongées par l’islamisme ? Le terreau du terrorisme s’est gorgé de ces émissions, si peu soucieuses de vérité historique.*

L’Université, longtemps discrète est entrée dans la danse. Hélas, ce fut souvent pour y nourrir d’épaisses cohortes d’anticoloniaux «désinhibés» (comprendre engagés). L’Université s’est montrée plus à la remorque des media que soucieuse de les guider ou de les rectifier.

Qui s’étonnera si après avoir passé en revue les 3 décennies écoulées, M. Stora aboutit à cette conclusion aussi  surprenante qu’inattendue  : «Pour un grand nombre d’historiens français, la responsabilté première du conflit se comprend par l’établissement d’un système colonial, très ferme, interdisant, pendant plus d’un siècle, la progression des droits pour les indigènes musulmans» (p. 132).

Alors là chapeau ! Ça c’est fort ; bravo l’artiste ! La guerre coloniale vient du système colonial. Il fallait y penser. On songe irrésistiblement à la vertu dormitive de l’opium chez les médecins de Molière. (Vous savez : l’opium fait dormir car il contient une vertu dormitive).

Nous terminerons par le final, comme il se doit. Stora suggère que la dépouille de Mme Gisèle Halimi soit déposée au Panthéon. Là, on atteint les hauteurs. Que Mme Halimi fut une bonne avocate, exact. Mais flanquée de de Beauvoir, elle a porté très loin la critique  de l’Armée Française.

Alors que voulez-vous ? Entre la poignée de mains aux terroristes** et la Panthéonisation de leurs avocats ! À l’heure où le terrorisme est devenu un fléau planétaire ! Certains auront du mal à suivre. Porter Me Halimi au Panthéon serait un geste «fort» nous dit Stora. Si fort qu’il ébranlerait la Nation.

Pourra-t-on encore demander à des jeunes de verser leur sang pour la Patrie, si demain, tel ou tel obnubilé de l’isme en vogue, pourra les stigmatiser au nom d’une idéologie ou d’une autre, portée par les circonstances, l’opportunité du moment ou la pleutrerie.

 Jean Monneret, historien

 

 

* Appartient-il à un historien revendiqué, mais qui se dit favorable à la violence anticoloniale, de juger de l’honorabilité des combats des uns et des autres ?

** Que dire de la poignée de main de Jacques Chirac aux poseurs de bombes Djamila Bouhired et Yacef Saadi lors de son voyage de 2002 en Algérie ? Là encore on imagine les effets dans les quartiers sensibles.

 

 

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mercredi 27 janvier 2021

L'exacte vérité finira par triompher, Jean-Pierre Pister

Stora et Macron

 

L'exacte vérité finira par triompher

Jean-Pierre PISTER

 

J'ai eu connaissance du rapport Stora dès le milieu de la semaine dernière par mon ancien étudiant, désormais professeur d’histoire du Maghreb à la Sorbonne, Pierre Vermeren, dont on connait la riche bibliographie.

Voici une partie de mon commentaire adressé à quelques correspondants dont je respecte l'anonymat par souci de discrétion.

"Benjamin Stora s’est autoproclamé scandaleusement le meilleur spécialiste de l’Algérie. Né en 1950 à Constantine, il a milité dans la mouvance trotskyste lambertiste dès son arrivée en France. Il a rejoint ensuite le PS et est devenu le favori de François Hollande.

J’ai eu l’occasion  de le rencontrer à Nancy et de déjeuner avec lui par obligation professionnelle en 2007. Il a alors promis à mon épouse, née à Oran,  de mentionner les massacres du 5 juillet  1962 dans ses futures publications ....nous attendons toujours !

Dans le document transmis à Macron, il recommande la commémoration de la répression anti-FLN du 17 octobre 1961 à Paris qui aurait fait 3 à 400 morts. Il s’agit là d’une "fake news" éhontée banalisée dans les années 90 par le journaliste gauchiste Daniel Mermet et le pseudo historien Einaudi sur France-Inter. Des travaux scientifiques récents, ceux de Brunet, en particulier, démontrent qu’il faudrait diviser le nombre de victime par dix. Voir à ce sujet l’article de Wikipédia. Nous sommes dans une totale affabulation historique. Le silence sur le 5 juillet n’en est que plus scandaleux. Maître Goldnadel, avocat du Cercle algerianiste , en a fait état sur C News, il y a quelques jours.

Parmi les autres propositions scandaleuses figurant dans ce rapport, le projet de transfert au Panthéon des restes de la dame Halimi, ancienne avocate des tueurs du FLN.

Ne nous laissons pas décourager et continuons de résister, c’est là un impératif absolu. Au cours de ma carrière, j’ai toujours dit la stricte vérité à mes étudiants, candidats à Normale Sup, à Sciences Pô et même à de futurs officiers quand j’ai accompli une suppléance en Prépa St-Cyr. Cela ne m’a jamais valu le moindre problème avec ma hiérarchie puisque j’ai terminé ma carrière avec une note globale particulièrement élevée et une remise de décoration.

La vérité historique est un impératif absolu qui finit toujours par triompher. Pensons aux massacres vendéens de 1793-17944 si mal traités par l’historiographie républicaine, aujourd’hui pleinement reconnus. Le grand Soljenitsyne est venu lui-même sur place, en  élébrer le 200e anniversaire.

L'exacte vérité sur ce que fut l’Algérie française finira par triompher, j’en suis convaincu."

 

Jean-Pierre Pister
Professeur de Chaire supérieure honoraire (Khâgne-histoire, Nancy)
Membre associé-correspondant de l'Académie de Stanislas-Nancy

Jean-Pierre Pfister

 

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lundi 7 décembre 2020

Jean-Pierre Lledo, Le voyage interdit, Alger-Jérusalem, compte rendu par Roger Vétillard

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Jean-Pierre Lledo,

Le voyage interdit, Alger-Jérusalem,

Les Provinciales éd, 2020.

compte rendu par Roger Vétillard

 

Jean-Pierre Lledo est un cinéaste d’origine franco-algérienne. Dans ce livre qui a des allures de Mémoires, il nous raconte son parcours, fort singulier. Officiellement Français jusqu’à l’âge de 25 ans, même s’il dit ne s’être jamais senti Français, Algérien depuis 1973 et maintenant Israélien depuis 2011… Il faudrait peut-être dire Français de naissance, puis Algérien parce que communiste, et maintenant Israélien après l’appropriation de sa judéité, sans oublier de noter sa proximité avec la communauté des Pieds-Noirs après 2008. C’est donc l’histoire insolite d’un communiste, Algérien, marxiste, antisioniste qui devient juif, Israélien, sioniste…

Il raconte les difficultés à obtenir la nationalité algérienne qui ne lui sera octroyée qu’après 4 ans de démarches. Son père, compagnon de route du FLN pendant la guerre d’Algérie, l’a obtenue en 1963. Cependant, il a préféré terminer sa vie en France. Mais nombre de communistes et d’Européens non-musulmans, qui s’étaient engagés pour l’indépendance et qui en avaient subi les conséquences, ont quitté définitivement l’Algérie qu’ils avaient cru être leur pays au moment où on leur a refusé la nationalité algérienne, alors qu’elle a été reconnue aux harkis musulmans qui ont combattu les futurs maîtres de l’Algérie.

 

Né à Tlemcen en 1947, d’un père d’origine catalane et d’une mère juive

qu’il identifie comme séfarade ou parfois berbère

Le livre comporte deux grandes parties. La première, traitée en cinéaste qui remonte le temps, parle de l’Algérie, ce pays où le FLN, parti au pouvoir, est « le bras politique de l’Armée ». La seconde est consacrée à Israël, avec une période intermédiaire, où la rupture devient définitive avec le pays natal avant de se retrouver dans la famille maternelle qui vit du côté de Tel Aviv. Sa fille l’accompagne dans cette démarche, son fils ne l’accepte pas. Cette seconde partie, très imprégnée d’une intime émotion, se prête mal à une analyse objective. C’est pourquoi je limiterai mes commentaires à la première, dont le sujet m’est plus familier.

Il est possible de mettre en exergue quelques moments de cet ouvrage.

Né à Tlemcen en 1947, d’un père d’origine catalane et d’une mère juive qu’il identifie comme séfarade ou parfois berbère, il a longtemps imaginé que l’Algérie saurait être un pays multiethnique avant de comprendre que l’idéologie arabo-musulmane avait organisé le départ des non-musulmans, ce que Mohammed Harbi a qualifié de nettoyage ethnique. Cette réalité ne s’est imposée à lui qu’au bout de plusieurs décennies : en 1993, quand les islamistes du F.I.S. ont menacé sa vie et qu’il s’est réfugié en France, mais plus probablement en 2008, quand son film « Algérie, histoires à ne pas dire » fut interdit de l’autre côté de la Méditerranée parce qu’il montrait que Pieds-Noirs et Algériens pouvaient cohabiter harmonieusement avant l’indépendance.

Lui, qui se savait juif, pense avoir « passé un contrat avec l’Algérie, une sorte d’accord secret, jamais reconnu comme tel : tout sauf l’entité sioniste, car le nom même d’Israël était imprononçable… Ce que j’avais cru [dit-il] être une intransigeance personnelle, politique, de principe, n’aurait été qu’une soumission à un impératif d’autant plus catégorique que tacite ? ».

Avec l’interdiction du film « Algérie, histoires à ne pas dire », avec la censure exercée à son encontre par ceux qui avaient, tels les deux principaux journaux francophones (El Watan et le Quotidien d’Oran), alors une réputation de libéraux, il sait qu’en Algérie, il n’a plus le droit à la parole, qu’il est devenu un non-citoyen…

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une Algérie multiethnique ?

En 2008, une parole de Lakhdar Kaïdi, ancien secrétaire général de le CGT en Algérie, lui ouvre les yeux : « Cette Algérie multiethnique dont nous, les communistes, avions rêvé, les dirigeants nationalistes n’ont jamais caché qu’ils n’en voulaient pas. Ils ne voulaient rien d’autre qu’une Algérie arabo-musulmane ».

C’est à cette époque qu’il mesure la gravité des massacres d’Oran, le 5 juillet 1962, grâce à la cousine Halima de la famille Bourokba (qui sera plus tard l’épouse du président Chadli), prise ce jour-là pour une Européenne, dans les rues de la ville. Pour échapper au couteau, elle a dû crier qu’elle était musulmane, réciter la fatiha (1er verset du Coran) et piétiner le corps d’un Européen qui venait d’être égorgé. Et le récit du communiste Pierre Molina, emprisonné pendant la guerre d’Algérie comme membre du FLN et qui a échappé à la mort ce 5 juillet grâce à un Algérien qui le reconnaît, lui confirme la dimension ethnique du conflit.

En Algérie, en 1989, alors que le F.I.S.[1] montait en puissance, le P.A.G.S.[2], qui regroupait les communistes et qui venait de sortir de la clandestinité, fait cause commune avec les islamistes aux élections municipales. Sadek Hadjeres, son secrétaire général, affirmait qu’il était opportun de mener campagne avec des partis qui utilisaient l’islam, « pourquoi pas un volontariat pour la propreté des villes ? ». On sait maintenant que nombre des adhérents de ce parti étaient des agents infiltrés de la Sécurité militaire.

L’URSS (et donc les partis communistes) a soutenu la naissance de l’État d’Israël et l'auteur cite à ce propos le discours d’Andreï Gromyko, son ministre des Affaires étrangères en 1948, à l’ONU. Il y aurait à propos d’Israël et de bien d’autres sujets, dont ceux concernant l’Algérie avant et après l’indépendance, beaucoup à écrire sur les revirements des Soviétiques : par exemple que les partis communistes ont soutenu le FLN pendant la guerre d’Algérie tout en sachant pertinemment que ces indépendantistes militaient pour instaurer un pouvoir arabo-islamiste, mais en s’abstenant de le faire savoir[3]

Jean-Pierre Lledo savait-il que les communistes, engagés du côté indépendantiste pendant la guerre d’Algérie, n’ont pas été les bienvenus au sein de l’ALN, parce que instigateurs d’un athéisme ? Ainsi l’avocat Laïd Lamrani, membre du Comité central, Georges Raffini, un ancien des Brigades Internationales, le docteur Counillon ou encore Maurice Laban et Henri Maillot furent éliminés directement ou livrés à l’armée française. Et le Parti communiste ne condamna jamais l’assassinat de ses propres militants.

cécité de la gauche française

Mouloud Hamrouche, premier ministre de 1989 à 1991, est pour l'auteur le seul dirigeant algérien démocrate. Cela rejoint ce que Gilbert Meynier me disait : « Hamrouche est le seul premier ministre algérien véritablement démocrate qui possédait en plus l’envergure d’un homme d’État ». Mais les journalistes français veulent ignorer l'orientation religieuse du pouvoir algérien. À Paris, au début de l’année 1994, il rencontre René Backmann, du Nouvel Observateur, et tente de lui expliquer que « l’islamisme était bel et bien une variante du fascisme. Au-delà de son inspiration propre, coranique, il en avait toutes les caractéristiques (refus de la démocratie, vénération du chef, embrigadement, massification) et les méthodes intimidantes, brutales, cruelles et létales […] et il s’inscrivait dans un mouvement international, celui des Frères musulmans ». Backmann, surpris par cette analyse, lui demande un papier sur le sujet. Celui-ci lui fut remis, mais l'auteur n’en entendit plus parler. La cécité de la gauche française sur cette question est exemplaire d’un déni de la réalité.

Revenant sur l’histoire de la guerre d’Algérie, l’auteur confesse qu’il croyait « à la suite de son père, et croirait longtemps encore, que l’action de l’OAS était motivée par son refus de l’indépendance. […] il me faudra bien des années pour réaliser que le peuple pied-noir entendait protester contre son exclusion du processus de négociations entre le France et le GPRA, imposant celui-ci comme seul représentant du peuple algérien […] : on leur refusait l’appartenance à ce peuple algérien ». Il comprend désormais pourquoi bien des communistes européens se sont solidarisés avec l’O.A.S et que le MNA de Messali Hadj qui n’a pas été associé à l’organisation de l’indépendance, s’est heurté violemment au FLN.

Il est incontestable que les non-musulmans qui sont restés en Algérie après l’indépendance ont eu du mal à se faire accepter comme Algériens. Un souvenir parmi d’autres, évoqué par l'auteur, montre que l’inconscient est bien présent en Algérie, même chez les intellectuels : lors d’une réception, Taleb Bendiab, directeur du Centre culturel algérien à Paris, le présente à un général comme un cinéaste, « ami de l’Algérie », et non comme un cinéaste « algérien ».  De même chez Louisa Ighilahriz, combattante de l’ALN qui, dans son livre Algérienne, présente Colette Grégoire, emprisonnée en même temps qu’elle, comme une « Française », alors que celle-ci a la nationalité algérienne : un non-musulman, Européen qui plus est, ne peut pas être Algérien…

Ce livre très dense parle enfin de son installation en Israël, son nouveau pays. Pour lui, être Israélien, c’est également être juif, et être juif, ce n’est pas seulement une religion, c’est aussi être sioniste, c’est-à-dire vouloir mettre fin à la dispersion du peuple juif, en le ramenant en un lieu, Sion, la colline de Jérusalem, le pays des Hébreux. C’est une culture, une histoire, et c’est, dit-il, un « mouvement de libération nationale ». Un qualificatif qui mérite d’être discuté…

Roger Vétillard

 

Jean-Pierre-Lledo
Jean-Pierre Lledo



[1] Front Islamiste du Salut.

[2] Parti de l’Avant-Garde socialiste.

[3] Voir mon livre :  La guerre d’Algérie, une guerre sainte ? éd. Atlantis, 2020, pp154/155.

 

 

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lundi 30 novembre 2020

À Monsieur le Président de la République française, Jean-Pierre Lledo, le débat avec l'Algérie

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À Monsieur le Président de la République française

Jean-Pierre Lledo

 

À Monsieur Emmanuel Macron

Ayant la nationalité algérienne et française, ayant vécu en Algérie jusqu’en 1993, ayant du fuir vers la France le mal nommé "Séparatisme" islamiste, je me crois assez autorisé pour vous confier ce que j’ai pensé de l’information selon laquelle vous alliez, de concert avec les autorités algériennes, mettre sur pied une instance composée paritairement d’historiens algériens et français et dont le but serait de : "réconcilier les mémoires françaises et algériennes" et ce dans la perspective du prochain anniversaire de 2022 de la fin de la guerre d’Algérie.

Louable, et je dirais même grandiose, dessein qui concerne directement une centaine de millions de gens qui attendent cela depuis soixante ans ! Pourtant permettez–moi Monsieur le Président de vous dire mon extrême pessimisme : on ne peut combler en deux années, un si grand retard dans la recherche historique, et surmonter ce qui relève de la censure d’État.

Je parle en connaissance de cause.

 

les archives algériennes

Les Archives algériennes, et notamment celles de la guerre d’Algérie, et du FLN, sont toujours hermétiquement fermées, aux chercheurs algériens et étrangers. De ce fait, toute tentative d’une réécriture commune de l’histoire franco-algérienne, aussi noble qu’elle soit dans son projet, restera un vœu pieu, et à l’avance vouée à l’échec, avec toutes les conséquences psychologiques néfastes pour les individus directement traumatisés, et les groupes humains qui ont été victimes.

Seule la VÉRITE peut avoir des vertus thérapeutiques. Seule, elle, peut guérir les MÉMOIRES traumatisées

Or, pour vous donner mon exemple, quand j’ai crû devoir contribuer à cette vérité, en faisant mon film Algérie, histoires à ne pas dire, co-production franco-algérienne, ce film fut aussitôt interdit par les autorités algériennes (Juin 2007), mais aussi combattu dans la presse par des intellectuels algériens.

Interdit et combattu parce que dérogeant au récit national algérien de la guerre d’Algérie. Pourtant tous les témoins de ce film, passifs, ou actifs, étaient algériens, arabes et musulmans, se considérant comme de bons patriotes. Ils avaient donc eu le tort d’évoquer les massacres d’Aout 1955, le terrorisme urbain, l’assassinat du chanteur juif constantinois, Raymond Leyris, et les massacres du 5 Juillet 1962, dont on a déjà officiellement dénombré plus de 700 victimes (grâce a l’historien Jean-Jacques Jordi), violence toutes commises à l’encontre de civils non-musulmans, et à l’initiative des instances dirigeantes du FLN et de l’ALN.

Moi-même j’avais réalisé ce film avec l’idée que nous les jeunes générations algériennes, de diverses origines ethniques, étions capables d’écrire un nouveau chapitre de l’histoire algéro-française qui se distinguerait de l’écriture apologétique de nos pères.

Je me trompai, mon film fut interdit par la Ministre de la culture Khalida Messaoudi, et vilipendé par des intellectuels algériens. Et quand je  tentai de leur répondre, la presse algérienne, aux ordres, très vite, censura mes réponses. Censuré et interdit de parole, on me signifiait d’une certaine manière mon exclusion de la citoyenneté algérienne.

Mais si la France, dont j’avais aussi la nationalité, avait programmé ce film dans les chaines de la Télévision nationale, si elle avait protesté par la voix de son Ministre de la culture contre cette censure, je ne doute pas qu’elle aurait déclenché, enfin, le véritable débat que tout le monde attend depuis 60 ans. Or, force est de constater, que sélectionné dans les plus grands Festivals (Toronto, Tribeca, etc….), et loué par la presse cinématographique de France (avec une 3ème de page dans le Monde en Fev 2008), CE FILM Y A AUSSI ETE CENSURE : ni acheté en 2008 (après sa sortie dans toutes les salles de France), ni en 2012, alors que des centaines d’émissions et de films, dans les radios et les TV d’Etat ou privés, furent préparés puis programmés par à l’occasion du cinquantenaire de la fin de la guerre d’Algérie.

 

conditions d'un réel débat historiografique

De par mon expérience, je me permettrai Monsieur le Président, de vous dire que votre noble dessein ne pourra être couronné de succès qu’aux conditions minima que je vais énumérer :

  • BANNIR LA CENSURE en Algérie, comme en France : c’est-à-dire libérer toutes les œuvres qui ont été réalisées sur cette période de la guerre d’Algérie, ou de la colonisation.
  • OUVRIR TOUTES LES ARCHIVES, notamment celles de l’Algérie, et du FLN.
  • VEILLER AU PLURALISME D’OPINION dans le choix des historiens algériens et français qui feront partie de cette "Commission". Il ne faut pas être naïfs : malgré toutes les précautions, l’histoire n’est pas "objective, et les historiens non plus.
  • Évoquer et condamner les violences, oui. Mais DES DEUX CÔTÉS. Rien ne serait plus traumatisant que l’on évoque les violences de la France et que l’on taise celle du FLN.
  • CESSER D’ENVISAGER L’HISTOIRE COMME UN EXERCICE DE REPENTANCE. L’histoire ne devrait tendre que vers un seul but : la VÉRITÉ.

Le Président Bouteflika avait bien commencé son règne, lorsqu’en 1999, il déclara que "la colonisation avait introduit la modernité en Algérie…. par effraction. Rien ne serait plus catastrophique, pour les jeunes Algériens comme pour les jeunes Français, de laisser l’IDÉOLOGIE abuser de l’HISTOIRE.

Si l’on veut objectivement apprécier ce que fut la colonisation française, et en faire son bilan, ne faudrait-il pas décrire l’état de ce qui ne s’appelait pas encore l’Algérie, avant la colonisation ? Mieux encore, ne faudrait-il pas, faire le bilan de la colonisation ottomane durant les quaree siècles qui précédèrent l’arrivée de la France ?

Monsieur le Président de la République française, vous détenez une grande part de RESPONSABILITÉ, comme tous les Présidents des pays qui se veulent "démocratique".

Vous pouvez beaucoup de ce fait pour créer, du moins en France, les conditions de liberté et de sérénité, d’un débat sur l’histoire franco-algérienne. Si cet exercice, le seul salutaire, venait pour des considérations bassement politiques, à être remplacé par un exercice de repentance unilatérale, alors vous prépareriez à la France des décennies d’une nouvelle violence qui déjà pointe son nez, sous le ridicule vocable de "décolonialisme" de la part de soi-disant intellectuels qui plutôt que de lutter pour la démocratie dans leur pays, se croit le droit de culpabiliser le peuple ‘’blanc’’ de France. 

Avec l’expression de ma haute considération.

 

Jean-Pierre Lledo
cinéaste
Paris le 17 novembre 2020
lledo47jeanpierre@gmail.com

  

Jean-Pierre-Lledo

 

 

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lundi 26 octobre 2020

mémoire France-Algérie (relais d'un texte de la FMGACMT)

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mémoire France-Algérie

une déclaration de la Fondation pour la mémoire de la guerre d'Algérie (FMGACMT)

 

La France a remis à l’Algérie, le 3 juillet 2020, 24 crânes de combattants d’un passé lointain, celui de la conquête française. Il appartient aux historiens d’éclairer ce passé et rappeler la violence et la cruauté des affrontements ayant opposé tribus installées et forces françaises.

Il faut simplement rappeler que les conditions d’une guerre asymétrique alimentaient un cycle de représailles et contre-représailles où prévalait une sauvagerie largement distribuée dans les deux camps. Ces épisodes ont aussi une signification rétrospective : la France qui se glorifiait à juste titre d’avoir mis fin au système de la prédation esclavagiste installé à Alger, n’était pas acceptée si elle pensait s’installer en nouveau Régent d’une terre lointaine et rétive dont le seul ferment d’homogénéité était la religion musulmane.

La restitution du 3 juillet est bienvenue. Pas seulement pour des raisons historiques mais également humaines et religieuses. On se demande même pourquoi il a fallu attendre si longtemps ! Elle serait encore mieux accueillie si elle ouvrait une période nouvelle dans la clarification mémorielle entre la France et l’Algérie. Il est temps en effet de reprendre le fil d’un vrai dialogue dont les bases doivent être rappelées.

La première est que la mémoire n’est pas une prise de guerre. Elle se nourrit principalement de conflits fondateurs mais ne peut passer le cap de la sélection historique que si elle les met au service d’une construction positive. Ce n’est pas encore le cas avec l’Algérie qui, cinquante-huit ans après son indépendance, vit dans une ambivalence totale avec la France. Une ambivalence qui trouve son reflet de l’autre côté de la Méditerranée.

La relation est un jeu d’ombres dont les seules lumières sont des propos antagonistes violement assénés ou des retrouvailles circonstancielles sans lendemain véritable. Du moins dans la sphère étatique qui a connu plusieurs nouveaux départs aussi décevants qu’ils s‘avéraient prometteurs : 1962, 1978, 1981, 2000, 2003, d’autres encore. Dans cette pénombre chacun veille sur des intérêts précis parfaitement catalogués depuis 1962.

L’économie, l’immigration, quelques coopérations spécifiques qui peuvent varier et parfois même toucher des sujets sensibles. C’est un pacte tacite qui permet l’expression libre de tout le reste. Les avantages en sont évidents en particulier pour l’Algérie, celui du rappel permanent de la légitimité issue de la guerre d’indépendance, ce qui est normal, assorti de la désignation tout aussi permanente d’une France adverse et coupable, ce qui est destructeur.

La seconde est que le dialogue mémoriel entre nations libres ne se développe que dans le respect de l’esprit et de la lettre de leurs souverainetés respectivesDans la relation mémorielle franco-algérienne, deux éléments sont préoccupants. D’abord la violence du langage algérien incompatible avec une relation apaisée, en tout cas le meilleur moyen d’en retarder l’émergence. D’autre part la gestion algérienne du curseur historique qui au fur et à mesure que les années passent remonte dans le temps.

Le paroxysme de 1954-1962, même celui de 1945-1962 si l’on débute par le 8 mai 1945 à Sétif, se décale peu à peu au profit d’une lecture qui incrimine 132 ans d’histoire et qui tend à ramener l’action de la France dans une veine génocidaire aussi infamante que fausse. Accessoirement à donner à un levier politique unilatéral le confort d’une condamnation morale et l’appui de nouvelles argumentations idéologiques. Dans cet esprit toute construction est condamnée d’avance, toute négociation même, avec un préalable pénitentiel d’une telle envergure.

Reste que la vie continue et que la période qui vient de s’ouvrir offre plusieurs opportunités.

D’abord un calendrier spécifique avec en ligne de mire 2022, date du soixantième anniversaire de la fin de la guerre d’Algérie. C’est aussi la fin progressive d’un cycle générationnel où les mémoires qui s’estompent n’en deviennent que plus acharnées à conserver intact voire à sublimer un passé douloureux. Ces mémoires doivent être servies par des gestes concrets qui ont l’avantage de réduire l’intensité du conflit en multipliant les occasions d’exercer des choix de simple bon sens et de justice rétrospective. Les sujets ne manquent pas : réparations, essais nucléaires, disparus civils et militaires, archives, statut des personnes, symboles historiques. Un champ étendu et complexe.

Ensuite la mise en place d’une méthode de concertation équilibrée. La encore l’esprit dans lequel s’exercerait un dialogue mémoriel est déterminant. Les conclusions du rapport Stora en préparation apporteront ou non la démonstration d’un regard objectif et d’une procédure adéquate pour progresser. Les pétitions de principe ne suffiront plus face à des demandes reconventionnelles ou des préalables pénalisants. Il faut échapper au piège d’une relation condamnée à une sorte de discrétion obligatoire en raison du blocage mémoriel ou, pire encore, qui ne pourrait s’établir dans sa plénitude qu’après une pénitence française.

Sur ce moment spécifique pèse un enjeu puissant, celui de l’avenir de la relation de la France avec l’Afrique du Nord dans son ensemble, avec d’autres pays du Maghreb concernés au premier chef par cet avenir. La mémoire impacte le présent, notamment dans les jeunes générations issues de l’immigration, notamment sur la toile de fond de l’intégrisme et du terrorisme islamique qui y cherche des arguments supplémentaires pour accomplir sa sinistre besogne.

La Fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie des combats du Maroc et de Tunisie conformément à la mission que lui a confié le législateur et fidèle à l’héritage d’Hamlaoui Mekachera garde en permanence la perspective de mémoires apaisées./.

 

La Fondation pour la Mémoire de la guerre d’Algérie, des combats du Maroc et de Tunisie
Le 26 octobre 2020 - source

 

Capture d’écran 2020-10-27 à 11

 

 

Capture d’écran 2020-10-27 à 11

 

 

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samedi 26 septembre 2020

un héros du 5 juillet 1962 à Oran : Ramdane BECHOUCHE, par Jean Monneret

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un officier de la Force locale et ses soldats, 1962

 

 

un héros du 5 juillet 1962 à Oran :

Ramdane BECHOUCHE

par Jean Monneret

 

Fait inhabituel, j’ai connu Ramdane Bechouche par les archives militaires. Un colonel y signalait l’action positive d’un jeune lieutenant, dans les rues d’Oran en ce funeste 5 juillet 1962. (Dossier 1H 3206 consultable à Vincennes).

À différentes reprises, j’eus l’occasion de citer ce miltaire dans des livres ou des articles. Je citais aussi naturellement son ami, Rabah Khellif qui sauva héroïquement de nombreux pieds-noirs à l’ancienne Préfecture. Or, je constatais que ce dernier était connu de tous, ce qui n’était pas le cas de Ramdane Bechouche. Lequel avait pourtant, lui aussi, sauvé nombre de nos compatriotes. Je rappelais donc ses mérites en toute occasion.

J’eus il y a quelques années une surprise de taille. Un appel téléphonique tout simple me parvint un beau matin : «Je suis Ramdane Bechouche» entendis-je au bout du fil. Depuis, mon interlocuteur et moi sommes devenus d’excellents amis. Il m’a raconté en détail sa journée du 5 juillet 1962 à Oran.

Maître Ramdane Bechouche, aujourd’hui retraité, fut avocat à Paris durant de nombreuses années. En juillet 1962, il vivait une autre vie. Officier dans l’armée française, il fut versé dans une unité de la Force Locale, la 502e UFO (unité de la Force de l'Ordre locale, appelée communément Force localel. On l’envoya à Oran. Il y fut accueilli et installé avec ses hommes au Groupe Scolaire de Médioni par Rabah Khellif lui-même. (Lequel appartenait à la 430e UFO).

Le 5 juillet au matin, Ramdane Bechouche se trouvait avec plusieurs sections de sa compagnie à l’entrecroisement de la rue de Tlemçen et du boulevard de Mascara.

arrêter des voitures pour en libérer des Européens

À maintes reprises, il dut arrêter des voitures pour en libérer des Européens que leurs ravisseurs, souvent des ATO (auxilaires temporaires occasionnels), conduisaient en Ville Nouvelle où un sort peu amène les attendait. Le lieutenant abrita les Européens libérés dans des couloirs d’immeubles et sous des portes-cochères.

Toutefois, en début d’après-midi, un événement l’inquiéta. Une foule de Musulmans surexcités et armés de couteaux et de machettes se dirigeait droit sur lui et ses hommes. Leur intention était de prendre le Boulevard Joffre afin de gagner le Centre-Ville. Un second massacre eût alors succédé à celui du matin.

Ramdane Bechouche se demandait si sa troupe suffirait à contenir le flot qui avançait. Une main se posa alors sur son épaule : des gens du FLN, porteurs de treillis usagés et équipés de fusils et de mitraillettes se placèrent spontanément à ses côtés. Il leur procura un haut-parleur et les invita à se rapprocher de la foule menaçante pour les inciter à retourner en Ville Nouvelle. Faute de quoi, le lieutenant Bechouche n’avait pas caché qu’il ferait ouvrir le feu. La détermination de la Force Locale comme celle des gens qui l’assistaient dissuadèrent les manifestants d’avancer. Ils finirent par rebrousser chemin, ce qui évita très certainement une nouvelle tuerie.

Les pieds-noirs libérés furent protégés jusqu’au bout. Le courage et l’énergie de Ramdane Bechouche avaient permis d’éviter le pire. Rabah Khellif autre héros du 5 juillet n’est plus de ce monde mais Maître Bechouche est toujours parmi nous et il mérite, ô combien, notre reconnaissance.

Jean Monneret

 

Oran, rue de Tlemcen
Oran, la rue de Tlemcen

 

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