jeudi 23 février 2012

Charonne (1962) et la CGT

Charonne CGT (3) 

 

la CGT n'a rien appris de l'histoire

Michel RENARD

 

L'Union régional Île-de-France de la CGT a publié, début 2012, une plaquette commémorative de la manifestation du 8 février 1962 restée sous le nom de "Charonne" (du nom d'une station de métro du 11e arrondissement de Paris) et des neuf morts assassinés par la police (dont huit membres du Parti communiste).

Historiquement, on ne peut y être insensible. Personnellement, je le suis encore moins puisque ma propre mère fut l'une de ces manifestantes. Lorsqu'elle décéda, beaucoup plus tard, et qu'on l'inhuma, le 28 février 2008 à Bezons, j'ai prononcé ces mots au sujet de cet événement : "Le 8 février 1962, à proximité du métro Charonne, avec d'autres, elle fut malmenée par la charge policière et ne dut qu'à la vigilance d'un anonyme compagnon de manifestation d'échapper au piège qui fut fatal à plusieurs."

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8 février 1962

J'ai longtemps cru qu'il s'agissait d'une vérité familiale et historique. Or, mon père vient de m'appendre que j'ai dû confondre avec la manifestation contre la venue du général américain Ridgway le 28 mai 1952. Ce jour-là, la répression fut terrible : on compta un mort parmi les manifestants et des dizaines de blessés. C'est à cette occasion que ma mère fut renversée. Un manifestant proche puis mon père (qui se souvient du prénom du premier) se portèrent à son secours, la dégagèrent et la mirent à l'abri du danger. Ma mère n'était pas à Charonne, sinon "nous serions rentrés ensemble" me fit remarquer mon père.

Entre parenthèses, ce souvenir écran atteste de la terrible vulnérabilité du témoignage de mémoire. Et des processus complexes de déplacement de souvenirs. Il me semblait pourtant en avoir plusieurs fois discuté avec mes parents. Ma mère était à Charonne, j'en étais persuadé. À tort.

Mon père, de son côté, fait depuis longtemps partie du "Comité Vérité et Justice Charonne" (lire son interview ci-dessous paru en 2010) Je ne livre pas ces confidences famliliales comme argument d'autorité pour valider ce que je vais dire. Seulement, pour signifier que "Charonne" est loin de m'être indifférent.

Mon ami Daniel Lefeuvre, lui, a participé au cortège des obsèques de ces décédés, le 12 février 1962, ce fut sa première manifestation, je crois. Il en garda le souvenir d'un impressionnant silence. "Charonne" est l'un des ferments de notre réceptivité à la période coloniale et anti-coloniale.

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12 février 1962

 

quelques critiques de la plaquette de la CGT

Ce qui me gêne dans la plaquette de la CGT n'est pas le rappel de ces tragiques événements. Il faut le dire et le redire. Mais ce sont plusieurs affirmations, cadres d'analyse ou même silences qu'il est impossible de continuer à répéter aujourd'hui. Par exemple :

1) la plaquette commence ainsi : le 18 mars 1962, les accords d'Évian mettaient fin à huit ans d'une guerre..." Faux. On sait très bien que la "guerre" continua pendant des mois, que la direction du FLN à Tripoli n'approuva pas les accords, que des centaines de morts tombèrent après mars 1962.

Charonne CGT

2) le texte se poursuit par un bilan : "Environ 400 000 Algériens sont morts, 90 000 harkis, 29 000 militaires français, 6000 civils «européens». Il y eut environ 65 000 blessés". D'abord, le chiffre de morts algériens est inférieur, environ 300 000 selon l'historien Yacono et probablement inférieur à 250 000 selon Charles-Robert Ageron (cf. Guy Pervillé, Pour une histoire de la guerre d'Algérie, éd. Picard, 2002, p. 239). Ensuite, on pourrait expliciter que les harkis ont été tués par les Algériens, que des Algériens messalistes (Messali Hadj) furent égorgés par des Algériens du FLN...

3) on utilise la formule : "l'ultra-colonisation de l'Algérie". Qu'est-ce cela veut dire ? D'où sort cette caractérisation ? Aucun historien ne l'a jamais employée, personne ne l'a jamais élucidée. Pourquoi cette emphase ? Le terme de colonisation suffit, même si la réalité a montré "des" colonisations différentes. Le terme "ultra" voudrait-il renvoyer aux "ultras" de la collaboration qui s'affichèrent avec les nazis entre 1940 et 1944 ?

4) d'autant que si "l'ultra-colonisation" voulait évoquer la colonisation de peuplement, les chiffres qui figurent dans la plaquette elle-même subviennent à prouver la marginalité de ce peuplement : "la conquête du territoire se double de l'installation des colons. Quand le général Bugeaud quitte ses fonctions, 11 000 européens (notamment espagnols) et 47 000 Français colonisent l'Algérie"...! Et puis quoi encore ! Cinq dizaines de milliers de personnes colonisent l'Algérie.. Ce n'est pas sérieux. Par ailleurs, la plupart étaient à Alger et dans ses alentours immédiats.
Comme le note Jacques Frémeaux : "La véritable prospérité de la colonie ne commence réellement qu'à partir des années 1880, poussée par le développement du vignoble" (La France et l'Algérie en guerre, 1830-1870, 1954-1962, éd. Economica, 2002, p. 52).

5) l'évocation de la conquête militaire est très lapidaire : "le général Bugeaud conduit une guerre d'une sauvagerie extraordinaire. Il organise la torture contre les populations locales en pratiquant par exemple l'enfumage des populations"? La guerre de conquête a été violente. Le mot "torture" contre des populations locales est-il approprié ? Le défaut du raisonnement tient dans sa généralisation.


a) L'affrontement avec les tribus passait par le contrôle des territoires où elles trouvaient refuge, ce qui conduisit aux "razzias" avec destruction des douars, confiscation des récoltes, déplacement des populations... Ces méthodes terribles n'étaient pas spécifiquement françaises ni nouvelles.
L'historien Jacques Frémeaux précise : "Bugeaud n'est pas, à vrai dire, l'inventeur de la razzia. Celle-ci est largement inspirée de celle des anciens dominateurs turcs, qui eux-mêmes n'avaient sans doute qu'emprunté à leurs prédécesseurs une technique de domination employée depuis des temps anciens par les États du Maghreb. Faute de pouvoir occuper et administrer de manière permanente les pays relevant de leur souveraineté, ils y envoyaient régulièrement des colonnes armées, dites mehalla, chargées de lever les impôts. En cas de résistance, celles-ci opéraient des ravages qui ne cessaient qu'au moment où les notables venaient faire leur soumission. Il semble que parmi les premiers Français à avoir recours de manière systématique à ces méthodes figure le genéral Lamoricière, jeune rival de Bugeaud, mais un des plus anciens «Africains» de l'armée. Elles deviennent en tout cas une constante des campagnes françaises en Afrique du Nord (La France et l'Algérie en guerre, 1830-1870, 1954-1962, éd. Economica, 2002, p. 197). Mais ci, le terme de "torture" est inapproprié.

b) les autorités militaires coloniales considéraient les insurgés comme des rebelles à l'ordre colonial mais pas comme des Français coupables de rébellion à l'autorité de l'État. Jacques Frémeaux, encore, note : "les commandants des colonnes qui recueillent les redditions ont pour coutume d'imposer aux survivants de rendre leurs armes, et de les frapper de peines collectives, notamment sous forme d'amendes, et non de les condamner à mort ou à des peines de travaux forcés" (id, p. 88). Alors que les insurgés vaincus et prisonniers de 1848 ou ceux de 1871, en métropole furent fusillés. Là encore, on ne peut qualifier cela de "torture".

c) par contre l'affaire des enfumades des grottes du Dahra (19 juin 1845) manifeste un degré de cruauté qu'il faut cependant tempérer par les réactions des militaires qui ont eu à la mener ou à la commenter. Talonnée par les troupes de Pélissier, une partie des populations de la tribu des Ouled Riah se réfugie dans un massif montagneux à l'est de la ville de Chlef, les grottes du Dahra. Des négociations s'engagent entre les "insurgés" et les militaires français après les ripostes armées des "encavernés" qui tirent. L'accord ne se conclue pas. Pélisssier décide de faire sortir les barricadés en enfumant l'entrée des grottes et fait tirer sur ceux qui tentent de s'extraire du piège. Plus de cinq cents personnes y laissèrent la vie, hommes, femmes enfants, dit-on. Horrible épisode de guerre.
Pélissier rend compte à Bugeaud : "Ce sont des opérations, Monsieur le maréchal, que l'on entreprend quand on y est forcé, mais que l'on prie Dieu de n'avoir à recommencer jamais" (cf Jean-Pierre Bois, Bugeaud Fayard, 1997, p. 455). Ce qui prime dans ce face à face est l'aspect militaire. Il n'y a pas de caractérisation ethnico-péjorative de l'adversaire. Ni "torture", mais logique de choc militaire sans concessions. Comme l'avaient été toutes les guerres jusqu'alors.

5) La référence au "facisme" du régime gaulliste. C'est un contre-sens historique bien connu. On peut discuter des conditions du retour au pouvoir du général De Gaulle en mai-juin 1958. Mais cela n'a jamais approché le fascisme. Répéter en 2012, les slogans alarmistes et anachroniques lancés en 1958, c'est ne rien avoir appris de l'histoire.

Alors, oui, en tant que citoyen, il faut condamner la violence politique et policière de 1962. Oui, il faut honorer la mémoire des sacrifiés. Mais en tant qu'historien, on ne peut réitérer les catégories d'appréhension du passé relevant d'une idéologie et non de la rigueur d'analyse.

Michel Renard

Charonne CGT (2) 

 

 

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metro-charonne 

 

Charonne : «Un crime pour mémoire»

Daniel RENARD (2010)

21218138Quarante-huit ans après, l’État n’a toujours pas reconnu sa responsabilité dans le crime du métro Charonne. Entretien avec Daniel Renard, président du Comité Charonne pour la vérité et la justice.

Jean-Pierre Bernard, Fanny Dewerpe, Daniel Fery, Anne-Claude Godeau, Édouard Lemarchand, Suzanne Martorelle, Hippolyte Pina, Maurice Pochard, Raymond Wintgens. Il y a quarante-huit ans, le 8 février 1962, ces neuf syndicalistes de la CGT, dont huit étaient militants du Parti communiste, étaient assassinés, à la station de métro Charonne, par les brigades spéciales dirigées par Maurice Papon, à l’époque préfet de police de Paris. Ils venaient de participer à une manifestation contre l’OAS (1) et pour la paix en Algérie.
Daniel Renard, aujourd’hui président du "Comité Charonne pour la vérité et la justice", faisait partie des organisateurs de cette manifestation. Il témoigne.

Pourquoi un comité Charonne et pourquoi ce nom : vérité et justice ?

Daniel RENARD - Parce que nous voulons que l’État reconnaisse enfin sa responsabilité dans le crime du 8 février 1962 et que justice soit rendue aux familles des victimes. Nous voulons aussi faire connaître ce qui s’est passé. Beaucoup, surtout parmi les jeunes, ignorent tout de Charonne. On ne leur en parle pas à l’école.

Quel était l’objectif de cette manifestation du 8 février ?

Daniel RENARD - Elle avait deux objectifs : la riposte aux attentats de l’OAS et la paix en Algérie. Le 7 février, une charge de plastic au domicile du ministre André Malraux avait défiguré la petite Delphine Renard. D’autres attentats avaient visé notamment le député communiste Raymond Guyau et l’écrivain Vladimir Pozner qui avait été sérieusement blessé.
Le soir même, les unions départementales CGT de la Seine et de la Seine-et-Oise provoquaient donc une réunion des organisations syndicales et politiques pour riposter. Et, le matin du 8 février, un tract appelait à manifester à 18 h 30 à la Bastille. Il était signé par les syndicats CGT de Seine et de Seine-et-Oise, les organisations parisiennes de la CFTC, de l’Unef, du SGEN, les sections de Seine-et-Oise de la Fédération de l’éducation nationale (FEN) et du Syndicat des instituteurs. Les fédérations de Seine et de Seine-et-Oise du Parti communiste et du PSU, les Jeunesses communistes, les Jeunesses socialistes unifiées, le Mouvement de la paix de Seine et de Seine-et-Oise s‘associaient à l’appel.



charonne


Comment les événements se sontils déroulés ? Vous étiez parmi les organisateurs…

Daniel RENARD - J’étais secrétaire général de la FEN de Seine-et-Oise. Lorsque nous avons su que le gouvernement interdisait la manifestation, nous avons tenté en vain d’avoir un rendez- vous à la préfecture de police. Il faut rappeler que le préfet de police, Maurice Papon, venait de s’illustrer dans le massacre des Algériens lors de la manifestation du 17 octobre 1961 à l’appel du FLN – on connaît aussi son rôle, en Gironde, pendant l’Occupation. La Bastille n’étant pas accessible, nous avons constitué cinq cortèges différents. En tête de chacun il y avait des responsables des organisations qui appelaient.
On a évalué à 60 000 le nombre total de manifestants. Je me trouvais dans le cortège qui, parti du boulevard Beaumarchais, est arrivé à l’angle de la rue des Écoles et du boulevard Saint-Michel où la dislocation s’est effectuée dans le calme.
Je suis alors rentré chez moi, à Bezons. C’est dans la nuit que j’ai été informé de ce qui s’était passé au métro Charonne. Alors que des responsables de la CGT et de la CFTC venaient de s’adresser aux manifestants et avaient appelé à la dispersion, la police a chargé avec une violence inouïe. Il y a eu huit morts sur le champ, un neuvième est décédé huit semaines plus tard. Parmi les nombreux blessés, certains l’étaient très sérieusement. Selon la thèse que Papon et le gouvernement ont tenté d’accréditer, les manifestants se seraient rués dans l’escalier du métro dont les grilles étaient fermées et se seraient écrasés les uns sur les autres. Mais c’est faux, les grilles n’étaient pas fermées.

Comment expliquez-vous une telle violence ?

Daniel RENARD - Papon et le gouvernement cherchaient à en découdre. Les unités de police avaient été particulièrement choisies et comportaient des éléments qui revenaient d’Algérie. Or la volonté d’écraser la lutte du peuple algérien avait été mise à mal. Avec une certaine mauvaise volonté, le gouvernement français avait dû engager, le 20 mai 1961 à Évian, des pourparlers avec le gouvernement provisoire de la République algérienne. L’OAS, qui voulait y faire échec, multipliait les attentats.
Mais la mobilisation contre la guerre s’élargissait. Le 16 janvier 1962, un appel à «agir au grand jour contre les factieux de l’OAS» avait été signé par cent anciens résistants, parmi lesquels des gaullistes comme le général Billotte. Évidemment, les militants communistes qui luttaient depuis des années contre la guerre d’Algérie étaient particulièrement motivés. Le 8 février ils constituaient le gros des cortèges, ce qui fait que sur les neuf victimes, huit étaient communistes.

Quel a été l’impact de Charonne ?

Daniel RENARD - Cela a déclenché un mouvement auquel le pouvoir ne s’attendait pas. Le lendemain, l’appel à un arrêt de travail d’une heure a été massivement suivi dans tout le pays. Les obsèques ont eu lieu le 13 février à l’appel de toute la gauche, de toutes les organisations syndicales. La foule était immense – on a parlé de 1 million de personnes. La pression pour que les négociations avec le FLN progressent est devenue telle que le 19 mars 1962 les accords d’Évian étaient signés.

Quel enjeu représente aujourd’hui la reconnaissance de ce crime ?
Daniel RENARD - Cette reconnaissance est très importante pour agir contre toutes les survivances du colonialisme. Nous associons le 8 février 1962 et le 17 octobre 1961 qui était aussi une manifestation pacifique. Faire reconnaître ces crimes par l’État français est aussi une façon de travailler à l’amitié franco-algérienne. Ces dates marquent l’histoire de France et font partie de l’identité populaire.

entretien réalisé par Jacqueline Sellem, L'Humanité, 10 février 2010


(1) Organisation de l’armée secrète dirigée par les généraux Jouhaud et Salan qui avaient participé au putsch d’Alger du 13 mai 1958. Ils seront amnistiés en juillet 1968.

 

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les neuf morts du métro Charonne, le 8 février 1962

 

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lundi 20 février 2012

cartes de l'Afrique pré-coloniale et coloniale

 Fort-Joseph en Galam

 

cartes de l'Afrique pré-coloniale et coloniale

tirées de

l'Histoire des colonies françaises (1931)

 

page titre
page de titre du livre de Hanotaux et Martineau

 

dos couv Hist colonies
dos de
couverture

 

carte physique Afr occ et équat
début du livre, non paginée

 

 Fort-Joseph en Galam
Fort Saint-Joseph en Galam, p. 22
lien externe : sites liés à la traite négrière


rivière de Gambie
cours de la rivière de Gambie, p. 30


carte de Gorée
carte de Gorée, p. 37  (à 4 km au large de Dakar, Sénégal),

 

entrée de la rivière de Gambie
entrée de la rivière de Gambie, p. 68

 

carte du haut Sénégal
carte du Haut Sénégal, p. 148

colonie du Sénégal
colonie du Sénégal, p. 167

 

 pénétration des pays voisins du Soudan
pénétration de pays voisins du Soudan, p. 230

 

 Guinée franaise et Côté d'Ivoire
Guinée française et Côte d'Ivoire, p. 263

 

 plan de Conakry
plan de Conacry, p. 266 (Guinée)

 

territoire du Bas-Niger
Territoires du Bas-Niger - Dahomey - Côte d'Ivoire, p. 307

 

AOF chemins de fer
Afrique occidentale française (AOF) : chemins de fer, p. 318

 

port de Dakar
port de Dakar, p. 320

 

 Afrique équatoriale française
Afrique équatoriale française, p. 358

 

Afr équatoriale XVIIe s
carte de l'Afrique équatoriale française au XVIIe siècle,
hors-planche, entre p. 368 et 369

 

Soudan égyptien
Soudan égyptien, p. 514

 

occupation du bassin du Tchad
occupation du bassin du Tchad, p. 544

 

Somalis et Djibouti
Somalis et Djibouti, p. 580

 

missions Bonchamps, Clochette et Charles Miche
Missions de Bonchamps, Clochette, Charles Michel, p. 584


- les cartes sont reproduites ici [en cliquant dessus, on peut les agrandir], à l'état brut, sans commentaires. Il en faudrait. Mais elles sont déjà à la disposition de chacun. Elles proviennent de l'énorme entreprise historique et éditoriale, en six volulmes, dirigée par Gabriel Hanotaux et Alfred Martineau, à partir de 1929, avec la collaboration de nombreux spécialistes. Le titre, Histoires des colonies françaises et de l'expansion de la France dans la monde, marque évidemment un paradigme historien qui est aujourd'hui dépassé.

Cependant, le savoir narratif et événementiel est toujours valable et peut servir de base à des analyses moins dépendantes d'une idéologie excessivemement empathique et édifiante. Car, c'est un des défauts de notre époque, que de disserter sur l'histoire coloniale en l'absence d'une connaissance de sa réalité positive (ou positiviste). Les slogans (génocide, déculturation, ultra-colonisation...) peuvent revêtir une apparence de réalité parce qu'on ignore ce qu'ont été l'histoire complexe, les rapports et contacts réels entre puissances colonisatrices et peuples colonisés.

Les massacres de la colonne Voulet-Chanoine (1898-1899) ne résument pas les innombrables expéditions, les succès et les échecs sanglants des colonisateurs en Afrique. De nombreux travaux en témoignent, y compris certains récents tels les deux livres de Marc Michel, Essai sur la colonisation positive. Affrontements et accommodements en Afrique noire, 1830-1930 (Perrin, 2009) et Fachoda. Guerre sur le Nil (Larousse, 2010). Ou encore l'incontournable travail de Jacques Frémeaux, De quoi fut fait l'empire. Les guerres coloniales au XIXe siècle (CNRS, éd. 2010), sans oublier les ouvrages de Henri Wesseling, par exemple : Les empires coloniaux européens, 1815-1919 (Folio-Histoire, 2009). La logomachie repentante actuelle est largement en dessous du savoir de ces auteurs.

Michel Renard

37658182 9782035848321FS de-quoi-fut-fait-l-empire 9782070364503FS

 

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dimanche 19 février 2012

la torture en Algérie... en prévision d'un anniversaire à venir 1962-2012

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Raphaëlle Branche,

L’armée et la torture pendant

la guerre d’Algérie

1954-1962 (2001)

Guy PERVILLÉ (2004)

 

- Ce compte-rendu du livre de Raphaëlle Branche, L’armée et la torture pendant la guerre d’Algérie, 1954-1962, Paris, Gallimard, 2001, 474 p, a été publié dans la revue Annales, Histoire, Sciences sociales, 59ème année, n° 3, mai-juin 2004, pp. 683-684. [nous le republions en prévision des débats, des controverses affrontées et effrontées de mémoires pour le 50e anniversaire de l'indépendance de l'Algérie]

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Peu de thèses d’histoire ont davantage attiré l’attention des médias que celle de Raphaëlle Branche sur les violences illégales de l’armée française pendant la guerre d’Algérie, brillamment soutenue le 5 décembre 2000 à l’Institut d’études politiques de Paris.
Sa notoriété a bénéficié de la résurgence de la mémoire de cette guerre que l’on constate depuis quelques années, et de l’exacerbation de la «guerre des mémoires», provoquée en juin 2000 par la demande de repentance du président algérien Bouteflika et par la campagne de presse lancée aussitôt après par Le Monde (puis relayée par L’Humanité), sur le thème «La France face à ses crimes en Algérie».
C’est pourquoi elle a été utilisée ou rejetée. Philippe Bernard l’a louée dans Le Monde du 7 décembre 2000 : «Une thèse souligne la généralisation de la torture. La thèse de Raphaëlle Branche montre que la torture s’inscrit dans l’histoire de la colonisation». Puis le Livre blanc de l’armée française en Algérie l’a stigmatisée comme étant la «caution de l’Université» à une campagne de dénigrement.
Raphaëlle Branche ne se cache pas de situer sa recherche dans le prolongement des livres de Pierre Vidal-Naquet - historien de métier qui a le premier affronté le problème en tant que citoyen engagé - mais elle est bien consciente de la différence entre le point de vue des témoins et des politiques d’un côté, et celui des historiens qui cherchent à connaître et à comprendre le passé de l’autre.
 
Elle a défini sa problématique en s’inspirant des nombreuses recherches d’histoire et de sciences humaines actuellement en cours sur la violence de guerre dans les deux guerres mondiales. Elle s’est attachée à comprendre ce qui a rendu possible les violences illégales commises par l’armée française, en distinguant la torture et les exécutions sommaires à l’encontre des «hors-la-loi» - qui relevaient de l’inavouable parce que le commandement les jugeait nécessaires sans pouvoir le proclamer - et celles qui n’ont jamais été autorisées parce que nuisibles à la «pacification», telles que les vols et les viols au détriment des civils.
Elle en a recherché les traces dans les archives publiques et privées, qui ont le mérite de se démarquer des discours de propagande (même s’ils camouflent certains faits sous un langage codé) ; et par des entretiens permettant d’approcher le vécu subjectif de témoins qu’elle a choisis parmi des soldats français ayant fait la guerre sur le terrain (à l’exclusion des chefs et des états-majors). Cette entreprise était particulièrement difficile, et demandait beaucoup de courage intellectuel.  
 
 livre Raphaëlle Branche pagepage 325 du livre de Raphaëlle Branche
 
Si la lecture de la thèse est éprouvante, en dépit d’un style d’une haute tenue littéraire, cela tient à la dureté de la réalité qu’elle étudie, et qui «offre un angle de vue sur toute la guerre, permet de la saisir dans son contexte colonial mais aussi dans une histoire plus vaste de la violence de guerre» (introduction, p. 15).
Le livre suit un plan bien ordonné, combinant habilement la périodisation et l’analyse, pour montrer comment les dirigeants de la Quatrième République ont laissé les chefs militaires instaurer en Algérie le règne de l’arbitraire au nom des nécessités de la guerre anti-subversive, puis comment ceux de la Cinquième ont tenté à la fois de le limiter en le codifiant et de reprendre l’armée en main. Sa lecture attentive ne donne pas la même impression que certains résumés parus dans la presse. En suivant sa démonstration pas à pas, je l’ai trouvée globalement convaincante, à l’exception de quelques phrases.
 
confiance excessive en des idées reçues de l’anticolonialisme
Certaines affirmations m’ont semblé faire preuve d’une confiance excessive en des idées reçues de l’anticolonialisme, au sujet des bilans chiffrés de la répression de mai 1945 et de celle d’août 1955. L’étude de la «bataille d’Alger» est rigoureuseusement conduite, mais ne fournit pas la preuve indiscutable des 3024 disparitions d’Algériens affirmées par le secrétaire général de la préfecture d’Alger Paul Teitgen (p. 144).

Le-mepris-absolu-de-la-dignite-humainevictimes des barbaries du FLN

Le passage le plus malencontreux est celui de la page 44 sur les mutilations sexuelles commises par des Algériens sur les cadavres de leurs ennemis, laissant supposer qu’il s’agit d’une pratique normale et légitime. Le constat d’une suspicion généralisée des soldats français envers les musulmans et d’une volonté de terroriser les «hors-la-loi» et leurs complices est juste, mais je ne suis pas convaincu par l’affirmation que la torture visait, non seulement à arracher des renseignements, mais à «terroriser tout un peuple» (notamment dans la conclusion, p. 425).
 
En effet, le soutien unanime du peuple algérien postulé par le FLN est plutôt un problème historique à résoudre qu’un fait indiscutable. Si les responsables militaires et politiques français avaient eu conscience d’avoir contre eux un peuple unanime, auraient-ils pu persévérer si longtemps dans leur action ? Dans leur esprit, le FLN-ALN était une minorité organisée qui s’était imposée à la masse par la terreur et la propagande, et la recherche du renseignement par tous les moyens, y compris la torture, visait à éviter une répression aveugle et indiscriminée.
 
Il est vrai qu’ils ne considéraient pas les «rebelles» comme des «adversaires dignes», mais ce n’était pas seulement une «disqualification a priori» héritée du racisme colonial : l’horreur du terrorisme leur inspirait une bonne conscience relative. En histoire comme en photographie, c’est le cadrage qui crée l’image et qui lui donne son sens. La thèse de Raphaëlle Branche est un gros plan sur un aspect, particulièrement pénible à regarder en face, de l’action de l’armée française durant la guerre d’Algérie. Son très grand mérite est de l’avoir fait.

En même temps, l’image qu’elle renvoie aux anciens combattants français explique la véhémence des réactions de ceux qui n’ont pas voulu s’y reconnaître : ceux qui ont combattu ou «pacifié» sans torturer, ceux qui connaissaient l’existence de la torture mais en avaient une vision abstraite d’état-major, et enfin ceux qui l’ont pratiquée mais croient encore se justifier en disant que «ceux d’en face avaient fait bien pire» (sans voir qu’ils se sont ainsi en partie alignés sur leur comportement).

mutilation+algérieAlgérien dont le nez et les lèvres ont été mutilés
par le FLN pour avoir fumé pour avoir fumé

Peut-être Raphaëlle Branche aurait-elle pu prévenir ces réactions si elle avait davantage pris en considération les violences extrêmes de l’autre camp (reconnues dans l’introduction, p. 12, puis évacuées du sujet dès la page 14) et leurs interactions et influences réciproques avec celles de l’armée française. On ne peut lui reprocher de s’en être tenue à son sujet. Depuis lors, la publication par Gilbert Meynier en 2002 d’une Histoire intérieure du FLN sans complaisance a montré qu’une histoire dialectique de la violence de guerre dans les deux camps à la fois est désormais possible. Elle est aussi nécessaire pour dépasser enfin la guerre des mémoires, et permettre une vraie réconciliation par des examens de conscience simultanés.
Guy Pervillé
2004 - samedi 3 mai 2008.
source

terrorisme_et_guerilla_de_la_toussaint_rouge_a_la_tragedie_des_harkis_vignette_auteur

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Raphaëlle Branche


L’armée et la torture pendant la guerre d’Algérie

général Maurice FAIVRE


Cette thèse se présente sous la forme de 5 volumes : volumes 1 et 2 de texte (753 pages) ; volume 3 d’archives (81 pages) ; volume 4 de témoignages (non consultables) ; volume 5 de bibliographie, sources et index (107 pages).

L’auteur a eu accès par dérogation à plus de 150 cartons du SHAT. Elle a consulté également les archives d’Outre-mer, de l’Intérieur, de la Justice, de l’Assemblée nationale, du CARA, du POURS, du PCF, de Radio-France, de la Ligue des droits de l’Homme, et de nombreux fonds privés (dont ceux du colonel Godard à Stanford).

Le texte est articulé en quatre séquences de deux ans.

Après l’introduction consacrée à Violences de guerre, les soldats et les corps, la 1ère partie est intitulée Les nouveaux visages de la guerre (fin 1954-fin 1956). Raphaëlle Branche conclut que pour atteindre les buts de guerre : rétablir l’ordre et renforcer l’Algérie française, les lois et règlements donnent les moyens de répression dans une nouvelle "guerre de conquête qui n’épargne pas les civils".

La recherche du renseignement, nerf de la guerre, conduit à des illégalités qui sont couvertes par les autorités politiques et militaires. La pratique de la torture contre les suspects est répandue, "bien qu’on n’en trouve pas de traces écrites dans les archives" (p. 113). Des O.R. (Officiers de Renseignement) sont mis en place dans toutes les unités.

La 2e partie, de 1957 à mai 1958, consacre le triomphe des rationalisateurs. La bataille d’Alger révèle le règne de la torture, c’est le modèle et le moteur de la guerre contre-révolutionnaire, selon la théorie du 5e Bureau. L’arbitraire est organisé sous la forme des DOP (Détachements Opérationnels de Protection), qui, spécialisés dans la violence extrême, renforcent les officiers de renseignement et les CRA (Centres de Renseignement et d’Action) dans la lutte contre l’OPA (Organisation Politico-Administrative) hors des villes.

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De juin 1958 à la fin de 1959, les violences illégales sont pratiquées en toute impunité, en particulier à la ferme Améziane de Constantine. La guerre se durcit, les femmes et les enfants n’échappent pas à la torture, "les viols sont prémédités ou opportunistes" (p. 387), le corps médical est complice ou impuissant, le Délégué Delouvrier sans pouvoir contre les militaires. Mais, après le discours du 16 septembre 1959, le pouvoir politique reprend peu à peu la main.

De 1960 à mars 1962 se produit une rupture radicale. Retour dans la règle ? se demande Raphaëlle Branche. L’armée est sous haute surveillance, des procureurs militaires sont mis en place, dans les Secteurs, les Centres de tri et de transit (CTT) sont contrôlés, "le 5e Bureau (utopie totalitaire) est dissous" (p. 589). Les DOP sont débaptisés et intégrés dans la hiérarchie, mais "leur statut reste ambigu".

La Justice est impuissante, alors qu’elle a été "l’auxiliaire de la répression". Le décret d’amnistie du 22 mars 1962 interdit l’inculpation pour les actes en liaison avec le maintien de l’ordre, à l’exception des désertions. Des ordonnances de non-lieu sont prononcées par la Justice. Bien que "leur souffrance [soit] difficile à repérer", certains appelés restent traumatisés par le souvenir de la torture (p. 752).

Dans le volume 3 sont reproduits plusieurs documents intéressants : directives du commandement et des ministres, dénonciations de sévices, extraits de rapports du CICR et de la Commission de Sauvegarde des libertés, lettre de 35 prêtres à leur évêque en mars 1959.

L’importance de la recherche effectuée est impressionnante, et l’on comprend qu’elle ait convaincu une assistance venue pour applaudir et encourager la doctorante. Rédigé avec une application certaine, le texte est davantage littéraire qu’historique (1).

L’argumentation est habile, malgré un certain nombre d’erreurs factuelles (2) et l’on trouve dans la conclusion des phrases qui semblent contredire la thèse : "La torture n’était pas pratiquée systématiquement sur tous les suspects et tous les OR n’y avaient pas recours. De même bien sûr, tous les prisonniers ne la subissaient pas" (p. 750). Or trois lignes plus loin, est affirmée la thèse, à savoir que "la torture a été pratiquée sur tout le territoire algérien pendant toute la guerre et dans tout type d’unité". Ceciest présenté comme une pétition de principe, faisant suite à la "révélation" ressentie à la lecture des ouvrages de son maître Pierre Vidal-Naquet, et allant au-delà de leur confirmation.

Il ne s’agit pas pour nous de nier le fait que la torture et les exécutions sommaires ont existé. Des témoignages de militaires le reconnaissent. Mais nous pourrions citer des centaines d’officiers, dont une dizaine de chefs de corps parachutistes, qui se sont refusé à employer de tels moyens. Des milliers d’appelés, consultés par leurs associations, sont traumatisés non par le souvenir de la torture, mais par les accusations portées par une certaine presse. C’est pour eux que ces associations ont publié un Livre blanc qui met à plat tous les aspects, positifs et négatifs, de cette guerre.

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désaccords de fond

Après une lecture attentive de l’ouvrage, il nous paraît opportun et salutaire de souligner les désaccords de fond qui doivent être opposés aux arguments de Madame Branche.

Le premier est relatif à sa méconnaissance des problèmes liés au renseignement. Sans doute le renseignement a-t-il une importance primordiale dans la guerre et plus particulièrement dans une guerre subversive, mais ce n’est pas le seul problème, et surtout, les interrogatoires n’en constituent qu’une petite partie.

Le renseignement d’habitant (anciens combattants et familles de supplétifs et de tirailleurs), les honorables correspondants des polices et de l’administration, l’observation terrestre et aérienne, la surveillance maritime, les écoutes électro-magnétiques, les documents récupérés sur le terrain, et à l’extérieur les agents des Services et les dépêches diplomatiques, sont autant de sources riches et variées qui appellent une coordination entre les deuxièmes Bureaux et les Services de renseignement, coordination assurée par les CRO, CRA et autres COMIR créés à cet effet. Quant aux officiers de renseignement, ils n’ont pas été créés pour l’Algérie (p. 300) ; il existait des OR dans tous les régiments et bataillons du temps de paix, que l’on a retrouvés dans les Secteurs et les Quartiers de pacification, et que le commandement s’est employé à adapter au contexte algérien.

 

la plus franche exagération

La torture fut-elle au centre des violences illégales relevées par cette thèse ? Ancien directeur à la Délégation générale, au temps de M. Delouvrier, le libéral René Mayer note que R. Branche, "inspirée par des considérants psychanalytiques, affirme que la torture fut motivée non seulement par la recherche du renseignement, mais par la volonté de terroriser une population entière pour la dominer. On glisse là dans la plus franche exagération... Ceux qui faisaient la guerre cherchaient surtout à ne pas la perdre, à regagner le terrain perdu et à rallier les populations". Quant à la terreur, elle s’exerçait dans les villages sous la forme d’égorgements, de mutilations faciales, d’enlèvements, et dans les villes par les bombes déposées dans les lieux publics.

Ainsi les atrocités du FLN, génératrices à leur tour de répression et de contre-terrorisme, sont-elles sous-évaluées, de même que les actions de pacification des SAS, qui ne sont pas traitées parce que les SAS étaient des organismes civils (p. 568). Le soutien de la population au FLN, affirmé par l’auteur, était loin d’être total, au moins jusqu’aux manifestations de décembre 1960.

Le thème de l’illégalité conduit à oublier le contexte historique, et à évaluer les événements d’une guerre cruelle avec les idées humanitaires de l’an 2000. C’est la guerre qui est une violence illégale, et l’État de droit est incompatible avec les lois de la guerre ; il est vrai que dans l’urgence celles-ci ne sont pas toujours respectées. Les présidents des Commissions de Sauvegarde le reconnaissent ; M. Patin estime que "la nature du conflit rend très difficile le maintien scrupuleux de la légalité". Mais l’auteur semble ignorer ce rapport, elle cite surtout les membres des Commissions qui ont démissionné (Delavignette et Me Garçon).

La focalisation de la thèse sur les violences des militaires entraîne l’auteur à des interprétations abusives et partiales. Les directives des généraux sont soumises à la critique interne et externe, base de la recherche historique. Elles lui paraissent peu claires, ambiguës, entachées de thèmes de propagande. En revanche, les témoignages des dénonciateurs sont tous crédibles, ils sont sans appel, leurs dossiers sont parfaits (pp. 204, 548, 659, 689).

Il n’est pas dit que le capitaine Thomas est un ancien FTP (p. 135), que tel journaliste est communiste ou proche du FLN, que 7 sur 12 des témoins civils consultés sont des porteurs de valises, que sur 22 témoins ex-militaires (faible pourcentage sur 1 million d’appelés, mais pour l’auteur (pp. 97, 121) ils sont innombrables), plusieurs ont déjà fait campagne contre la torture et pour l’insoumission.

Il n’est pas dit que les dénonciateurs de la torture enseignée à l’École Jeanne d’Arc se sont rétractés, ils voulaient seulement "inquiéter les bourgeois". Alors que Gisèle Halimi, citée dans la thèse, affirme que 80 % des femmes arrêtées ont été torturées, Djemila Amrane-Minne n’a recueilli aucune information sur la torture dans sa thèse sur les combattantes du FLN.

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Le même pourcentage de 80 % est attribué aux interrogés du colonel Allaire, qui déclare que "9 sur 10 parlent tout de suite". Et comme il semble que le témoin Allaire n’a pas tout dit, Raphaëlle Branche affirme sans rire : "C’est dans ce blanc qu’aurait pu être raconté l’interrogatoire de Mohamed !" N’y a-t-il pas un blanc dans la déclaration de cet autre témoin, qui déclare que "Monseigneur Duval m’a appris à lui raconter ?"

Même interprétation des archives des DOP, qui n’apportent rien de précis, mais sont interprétées dans le même sens : un suspect réticent ou difficile est forcément un suspect torturé. Les sources les plus citées sont en définitive les articles de la presse orientée, dont ceux d’El Moudjahid et de Vérité-Liberté, la feuille de Vidal-Naquet.

Alors que les viols ont été peu nombreux, et sanctionnés quand ils étaient connus, le chapitre qui leur est consacré est particulièrement excessif, et frise l’absurdité. Toutes les femmes arrêtées ont été violées, affirme Gisèle Halimi, citée dans la thèse. Le viol est même considéré par Raphaëlle Branche comme "participant à la conquête de la population", ilvise "à maintenir la France dans le corps des femmes" !…

 

témoins ignorés

Dans sa recherche de témoins, l’auteur s’est refusé à consulter des témoins à décharge, qui lui avaient été signalés par une lettre du 8 décembre 1999. Elle n’a donc pas rencontré l’ancien chef des DOP (Lieutenant-colonel Ruat), ni le capitaine Léger inventeur des bleus, ni le commandant de Saint-Marc, ni le lieutenant Durand responsable de la SOR (Section opérationnelle de recherche) de Duperré. Le témoignage du général F. Meyer a été tronqué. M. Patin émet des doutes sur la plainte tardive de Djemila Boupacha, le P. de la Morandais, dans L’honneur est sauf, contredit la thèse de la torture généralisée.

Tout n’est pas à rejeter dans la thèse de Raphaëlle Branche. Certaines analyses sont intéressantes, comme le chapitre consacré à la position des aumôniers militaires, les réflexions sur l’éthique de responsabilité, les contrôles effectués par les Inspecteurs des Centres d’internement et de détention administrative, ou les relations entre civils et militaires. D’autres sont carrément hors sujet, et inconvenantes, comme l’évocation du Bataillon de police n°101, qui en Pologne met en œuvre la solution finale !

Maurice Faivre
source

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Notes

1 - Cela l’amène parfois à des expressions dignes de M. Prudhomme, comme p. 748 : "La France coloniale réveillée de son sommeil civilisateur" ; p. 753 : "La loi soulève le voile opaque et lourd du décret du 22 mars".

2 - il n’y a pas eu 2 millions d’appelés en Algérie, mais 1,1 million ; le cumul des pouvoirs de Salan est une décision de F. Gaillard et de P. Pflimlin dans la nuit du 13 au 14 mai 1958, confirmée par de Gaulle début juin ; le colonel Schoen (bulletin mensuel du SLNA) estime à 1 200 le nombre des victimes de la répression en août 1955 ; le plan de Constantine n’était qu’une reconduction du plan Maspetiol de 1955 ; M. Delouvrier a critiqué le rapport de M. Rocard sur les centres de regroupement, publié par Le Monde du 18 avril 1959 ; ce rapport incomplet ne lui avait pas été demandé

 

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Raphaëlle Branche,

La torture et l’armée pendant

la guerre d’Algérie

(1954-1962)

Paris, Gallimard, 2001, 474 p.
Sharon Elbaz

Raphaëlle Branche, La torture et l’armée pendant la guerre d’Algérie (1954-1962), Paris, Gallimard, 2001, 474 p.

Cet ouvrage de Raphaëlle Branche, comme celui de Sylvie Thénault, est issu d’une thèse de doctorat d’histoire soutenue en décembre 2000, au moment précis où une polémique fait rage sur la pratique de la torture pendant la Guerre d’Algérie.
Un débat relancé par l’appel des douze, d’intellectuels demandant à l’État, dans L’Humanité (31 octobre 2000), la reconnaissance et la condamnation de la torture durant cette période, appel à son tour relayé par les révélations du Général Aussaresses, personnage-clé de la «Bataille d’Alger», dans son livre Services Spéciaux, Algérie 1955-1957 (mai 2001).
Pur hasard de calendrier qui témoigne néanmoins des relations complexes que la recherche historique entretient avec la «demande sociale» articulée autour du devoir de mémoire. Un travail que l’accès aux archives publiques notamment celles de l’Armée de Terre (directives, rapports, journaux de marche) distingue de travaux plus militants, contemporains ou postérieurs à la guerre d’Algérie, à la documentation naturellement plus fragmentaire, tels que les travaux de Pierre Vidal-Naquet.
 
un objet circonscrit
Pour parer à toute critique Raphaëlle Branche prend soin dès l’introduction de circonscrire l’objet de sa recherche : «on ne traitera pas ici de l’internationalisation du conflit, des violences des nationalistes algériens, notamment en métropole, ni de l’OAS», mais de «l’utilisation de la torture par l’armée française dans la répression du nationalisme algérien entre novembre 1954 et mars 1962» (p. 14).
Si la pratique de la torture durant cette période est présentée comme «arme de guerre, une violence employée à dessein, pour gagner», elle est inséparable de la logique de domination à l’œuvre dans le rapport colonial. Pourtant l’historienne réintroduit la chronologie dans cette longue durée coloniale en démontrant comment à partir de 1957 et de la «Bataille d’Alger» la torture devient «l’arme reine du conflit». La période gaullienne ne s’inscrit pas immédiatement en rupture avec un processus qui place la torture au cœur du système répressif. Il faut attendre le printemps 1960 et le «rappel à l’ordre de l’armée d’Algérie par le pouvoir politique» pour qu’une «amélioration lente et très imparfaite» intervienne. Mais jusqu’à la fin de la guerre tant que les illégalités servent la raison d’État, et restent commises dans l’ombre, elles demeurent «autorisées au plus haut niveau».
Au-delà d’une périodisation qui rejoint celle de Sylvie Thénault, Raphaëlle Branche substitue une approche de la torture comme «système», produit de la «guerre contre-révolutionnaire» chère au général Salan, à une approche de la torture comme «dérapage» inhérent à ce type de conflit, aux vertus absolutoires.
En effet l’auteur s’attache à démontrer le processus qui conduit à une institutionnalisation de la torture allant de pair avec la priorité accordée au Renseignement : l’officier de Renseignement (OR) constitue ainsi avec l’officier d’action psychologique l’un des piliers de la «guerre contre-révolutionnaire» puis en 1957 un Centre de Coordination interarmées (CCI) est mis sur pied en Algérie, qui coordonnera l’action des Détachements Opérationnels de Protection (DOP), véritables «instruments sur mesure de la guerre contre-révolutionnaire» qui évolueront jusqu’à la fin de la guerre dans la semi-clandestinité.
Dans une optique pluridisciplinaire, Raphaëlle Branche enrichit la méthode historique d’une approche anthropologique dans la lignée des historiens de la Grande Guerre en s’attachant à restituer les «microhistoires de la douleur». Pour ce faire, elle explore minutieusement aussi bien les lieux que les différentes méthodes de tortures dans toute leur âpreté.

«la torture visait bien autre chose que des renseignements» [1]

Aux termes de cette analyse, il est clair que «la torture visait bien autre chose que des renseignements, plus que faire parler, elle voulait faire entendre», perdant par là même sa justification externe, l’obtention du renseignement, pour recouvrer son vrai visage, celui d’un instrument politique au service d’un discours de domination : «Jusque dans le corps des prisonniers, l’électricité peut être considérée comme une marque de civilisation française…».
outefois, décontextualisée, la pratique de la torture pendant la Guerre d’Algérie perd quelque peu de sa spécificité. Consubstantielle au rapport colonial, elle n’est pas l’apanage de la Guerre d’Algérie, ni de l’Algérie elle-même comme l’attestent les multiples exemples de répression en Indochine ou à Madagascar.
À la différence certaine que le drame algérien introduit des «tortionnaires ordinaires», des appelés confrontés directement ou indirectement à une réalité à laquelle ils n’étaient pas accoutumés. L’ouvrage, s’il rend compte avec précision de la constitution d’un groupe de professionnels militaires prenant la relève de policiers dans la pratique de la question, ne permet pas de déterminer avec certitude le degré d’implication du contingent soumis au volontariat pour le service de renseignement ou les «corvées de bois».
En conclusion, Raphaëlle Branche envisage l’épineuse question des responsabilités en soulignant la difficulté de saisir des responsabilités collectives alors que le droit ne reconnaît que des responsabilités individuelles. Au delà c’est bien la question de la responsabilité de l’État qui est posée, un débat aux réminiscences très contemporaines.

Sharon Elbaz, «Raphaëlle Branche, La torture et l’armée pendant la guerre d’Algérie (1954-1962)», Cahiers d'histoire. Revue d'histoire critique [En ligne], 85 | 2001, mis en ligne le 22 novembre 2009, Consulté le 06 février 2012. URL : http://chrhc.revues.org/index1759.html

source : http://chrhc.revues.org/index1759.html
Doctorant Paris X, prépare une thèse sur «Les avocats de la décolonisation de 1945 à 1962»

[1] thèse réfutée par le général Maurice Faivre dans l'article ci-dessus

 

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GUERRE D’ALGERIE, TORTURE, JUSTICE : LA PAROLE AUX HISTORIENS

Dans l’OURS n°310 (juin 2001) nous avons ouvert un premier dossier sur la guerre d’Algérie à l’occasion de la sortie de l’ouvrage de Denis Lefebvre, Guy Mollet face à la torture en Algérie 1956-1957 (Editions Bruno Leprince).
Les choix et attitudes des gouvernements français pendant les « événements » d’Algérie
(1954-1962), et notamment le ministère Guy Mollet, continuent à susciter débats et controverses, historiques et politiques et à mobiliser les éditeurs.
Vincent Duclert analyse ici deux ouvrages issus de travaux universitaires soutenus récemment par deux jeunes historiennes.


RAPHAËLLE BRANCHE
La torture et l’armée pendant la guerre d’Algérie (1954-1962)
Gallimard 2001 474 p. 175 F 26,6 e

SYLVIE THENAULT
Une drôle de justice. Les magistrats dans la guerre d’Algérie
préface de Jean-Jacques Becker, postface de Pierre Vidal-Naquet,
La Découverte 2001 347 p. 150,90 F 23 e

Issus de deux thèses de doctorat d’histoire, les ouvrages de Raphaëlle Branche et de Sylvie Thénault traitent de deux sujets distincts, la torture dans la guerre d’Algérie, la magistrature dans la guerre d’Algérie. Malgré cette différence d’objet, ils abordent en réalité une question commune et centrale, celle de l’Armée, de son pouvoir dans la guerre alors même que l’état de guerre n’était pas reconnu à cette époque (1) et de la place qu’elle a fini par occuper dans la République.

Torture et violence coloniale
En effet, tant la torture que la justice relevèrent de la responsabilité de l’autorité militaire. Celle-ci créa des systèmes administratifs propres permettant d’une part l’application d’une violence extrême sur les détenus algériens (ou européens), et d’autre part l’usage aux fins de répression policière de l’outil judiciaire.

Il exista ainsi des institutions interarmées spécialisées, destinées à rationaliser l’administration de la torture, les Détachements opérationnels de protection (DOP) dépendant d’un service né de la guerre d’Indochine et recréé le 1er juin 1956, le Renseignement, action, protection (RAP). Le développement de ces services qui attestent du caractère systématique (au sens de système) de la torture dans la guerre d’Algérie découle notamment des constats faits pendant la bataille d’Alger au cours de laquelle l’action des policiers avait provoqué des dysfonctionnements dans la répression.

Il exista aussi une fonction spécifique, celle de l’officier de renseignement (OR) «entre tâches policières, militaires et judiciaires» qui doit être, avec l’officier d’action psychologique, «l’incarnation de la guerre nouvelle» que veut mener l’armée en Algérie et qui placent ces hommes en position de détenir un droit de vie ou de mort sur les suspects.

Ces dispositifs administratifs à grande échelle organisent et codifient des pratiques qui s’inscrivent dans une double tradition, celle de la violence coloniale que l’on méconnaît et mésestime toujours, et celle de la guerre d’Indochine encore elle aussi très méconnue. Les pratiques elles-mêmes sont décrites et expliquées par Raphaëlle Branche. Elles jettent un regard désespérant sur l’humanité en général et sur la France en particulier.

La torture et l’armée démontre ainsi que la torture n’est pas seulement un outil pour le renseignement (dont le «rendement» est présupposé plutôt que validé) mais aussi l’acte par lequel un pouvoir, et des agents de ce pouvoir, exercent et expriment leur domination. «Torturer un homme, résume Raphaëlle Branche, c’est s’octroyer sur lui un pouvoir absolu, puisque c’est manipuler l’idée de sa mort. […] C’est s’autoriser des gestes qui contiennent la potentialité de la mort de l’autre, c’est transformer le rapport de forces en rapport de domination absolue.»

Les voies par lesquelles des soldats et des officiers se transforment en milliers de bourreaux ordinaires suggèrent inévitablement une réflexion sur les processus de culture de terreur, fondés ici sur des éléments objectifs tels le racisme envers les Algériens, l’obsession de la victoire dans un conflit sans nom et sans issue, le culte de la rationalisation et de l’organisation, l’expression de la supériorité masculine et de la virilité, la construction de la subversion révolutionnaire, ou bien la seule riposte à la violence des nationalistes…

Raphaëlle Branche s’intéresse courageusement aux gestes, aux rites et aux méthodes de la torture, réalisant un travail d’anthropologie sur l’acte, sur le moment et le lieu, sur le rite, sur le bourreau, sur la victime, sur le témoignage enfin qui a permis, incontestablement, à des tortionnaires qui n’étaient pas des monstres de libérer leur conscience. Cette histoire du reste, de ce point de vue-là, ne fait que commencer. De cette lecture de La torture et l’armée pendant la guerre d’Algérie, personne ne peut sortir indemne et pourtant celle-ci est absolument nécessaire, à la fois parce que la qualité d’écriture restaure l’humanité qui a fui cette histoire et parce que l’éthique de connaissance constitue un antidote efficace au retour de ces pratiques.

Une justice aux ordres
Devant la torture menée par l’armée en Algérie, et dans un cadre nécessairement encore civil puisque l’état de guerre n’est pas déclaré (même si l’autorité militaire se voit confier de nombreux pouvoirs et prérogatives), la magistrature ordinaire est impuissante quand bien même elle choisirait de réagir aux violations du droit, de la loi et in fine aux principes fondateurs de l’ordre judiciaire. A partir de 1957, la justice est devenue, à l’instar de la torture, un instrument de la guerre révolutionnaire. La magistrature ordinaire n’existe pratiquement plus en Algérie parce qu’elle est soumise, en droit ou en fait, à l’autorité militaire.

Dès 1956, analyse Sylvie Thénault, la coopération des tribunaux civils avec la justice militaire, inscrite dans les lois et permise par l’état d’urgence, «rodée, s’amplifie […] Par la suite, les pouvoirs spéciaux accentuent la participation de la justice militaire et l‘activité des tribunaux militaires».
Le tout culmine vers le décret du 12 février 1960 qui «rompt avec la procédure aménagée par les décrets issus de l’état d’urgence puis des pouvoirs spéciaux. Il écarte la justice civile, supprime l’instruction, confie aux TPFA [tribunaux permanents des forces armées] le jugement de tous les actes commis par les nationalistes et leurs partisans ; il conduit aussi au rappel massif de magistrats civils sous les drapeaux pour exercer une fonction nouvelle : procureur militaire.»

L’histoire de la magistrature pendant la guerre d’Algérie conduite par Sylvie Thénault est bien celle d’une «drôle de justice» dans la mesure où les juges ont abdiqué de ce qui fait leur souveraineté, leur compétence et leur indépendance afin de servir l’ordre administratif et politique établi dans les trois départements algériens par les autorités militaires.
Certes, des magistrats comme le procureur général Jean Reliquet ou son subordonné Paul Pézaud tentent de démontrer que l’intérêt de la France résidait bien dans la lutte contre «les agissements excessifs de l’Armée». Mais la soumission générale des corps judiciaires, le choix du politique en métropole, le poids des armées en Algérie font que toute défense de la procédure, de la légalité et du droit – et pour ne pas parler d’éthique ou de morale du juge – est vaine.

La magistrature sortira profondément atteinte, dans son identité même et dans celle de ses membres. Elle saura réagir néanmoins à travers un réinvestissement dans des valeurs professionnelles incarnées dans le nouveau Syndicat de la magistrature né des conséquences de ce suicide légal et consenti des serviteurs de la justice. De cette lecture des Magistrats dans la guerre d’Algérie, on ne ressort pas non plus indemne, et pourtant la grande qualité d’analyse de la question judiciaire qui s’y déploie permet de comprendre comment la justice s’est perdue dans l’armée.

Séparer les fonctions, distinguer les pouvoirs, refuser l’impunité constituent les moyens les plus élémentaires et les plus essentiels pour conjurer cette violence d’État que la République a tolérée sans la comprendre. Le livre de Sylvie Thénault démontre la validité de l’histoire intellectuelle, sociale et politique de l’État et la nécessité de connaître le mécanisme des administrations pour reconnaître à la fois le phénomène de la faillite généralisée qui affecte la justice dans la guerre d’Algérie et la portée des actes de résistance qui honore certains magistrats dans l’exercice de leurs fonctions.

l’heure de l’histoire
Dans cette double instrumentalisation à grande échelle de la violence sur les personnes et de l’exercice de la justice, l’Armée, les armées, ses officiers généraux, ses acteurs sur le terrain portent une terrible responsabilité. Il ne s’agit pas d’accabler ses responsables actuels pour des actes dont ils sont bien évidemment étrangers mais il faut inciter toute l’institution à un travail de mémoire sur cette époque où un corps de la République s’est transformé en pouvoir autonome au service d’une mission de terreur.

On sait aujourd’hui que ce travail de mémoire se fonde sur la recherche en histoire : les deux livres de Raphaëlle Branche et de Sylvie Thénault constituent les prolégomènes d’une histoire militaire de la guerre d’Algérie qui serait, ni plus ni moins, qu’une histoire politique de l’État dans une guerre qui ne disait pas son nom.

À cet égard et compte tenu du vœux des plus hautes autorités politiques en faveur d’une lecture lucide du passé national, il conviendrait que ces déclarations d’intention et la ronde des rapports débouchent sur des actions concrètes et volontaires, en matière de politique et de loi pour les Archives en France, un secteur totalement sinistré depuis vingt ans (2).

L’autonomie administrative et la force politique que l’armée a pu conquérir en Algérie s’expliquent par la relative politisation de ce corps confronté au traumatisme non assumé de la Seconde Guerre mondiale et de la fascination pour la guerre subversive apparue dans la guerre d’Indochine.

Tout est stratégie du point de vue des officiers généraux investis de pouvoirs extra-militaires, y compris lorsqu’ils exigent le respect des formes élémentaires de légalité, simples moyens pour récuser les mises en cause de journaux de «trahison». Elles s’expliquent aussi – mais ceci n’excuse pas cela, elle l’éclaire – par la défaillance de l’autorité politique représentée constitutionnellement par le parlement et le gouvernement. Sur ce plan, les années 1956-1957 sont accablantes pour le ministère Guy Mollet.

De manière froide et méthodique, Raphaëlle Branche et Sylvie Thénault montrent que le sommet du système de concentration militaire des pouvoirs est atteint à ce moment. Guy Mollet ne l’a pas objectivement voulu mais il n’a pas voulu s’y opposer comme un de Gaulle en 1960.

Cependant, il ressort des deux livres que la volonté politique en faveur d’une guerre respectueuse du droit et de l’adversaire n’existait pas. Certes, le général de Gaulle combattit l’usage de la torture et l’exercice de la justice par l’armée, mais il le fit d’abord pour restaurer le pouvoir civil et son propre pouvoir de président de la République, chef de l’État, chef des armées. La chronologie établie par Raphaëlle Branche et Sylvie Thénault le montre bien puisque la fin des pratiques les plus scandaleuses sur le plan du droit et de l’intégrité physique intervient à partir de 1960. C’est «le retour à la règle ?».


Histoire de l’insoutenable, histoire difficile, histoire nécessaire, ces recherches publiées ici par deux grands éditeurs aux traditions humanistes posent toutes deux la question de la responsabilité et de son éthique. La responsabilité est aussi celle de l’historien qui n’a pas pour fonction d’accuser ou de juger mais de savoir et de comprendre. Les livres de Raphaëlle Branche et de Sylvie Thénault défendent cette responsabilité-là qui oblige à toujours nuancer, distinguer, contextualiser, une tâche contraignante mais indispensable si l’on veut que la recherche serve non seulement au progrès de l’histoire mais aussi à l’apaisement des mémoires.

Vincent Duclert
source

(1) La loi du 10 juin 1999 a permis de substituer à l’expression d’ «opérations de maintien de l’ordre en Afrique du Nord» celle, plus conforme, de «guerre d’Algérie».
(2) Les recherches qui pourraient être menées actuellement au Service historique de l’Armée de terre se heurteraient tout simplement au fait que les salles de lecture de Vincennes sont fermées jusqu’à nouvel avis !

 

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vendredi 17 février 2012

sorties de guerre en Algérie, 1962-1963

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Algérie : sorties de guerre

(19 mars 1962-1963)

appel à contributions


vendredi 30 mars 2012  |  Saint-Brieuc (22000)

 

Encore souvent prisonnier de «mémoires affrontées», le traitement historique de la guerre d’Algérie a eu peine à sortir de ces questions de mémoires. Qu’il s’agisse des mémoires combattantes (surtout françaises), de celles des victimes de toutes natures, de leurs collatéraux, voire des États, la liste est longue des travaux, colloques, journées d’études portés par le besoin — plus ou moins affirmé et conscient —, de faire le deuil, sans qu’on sache toujours ce qui relève de la mise à jour objectivée ou de l’enfouissement.

La Depeche d Algerie du 24 ma
Dépêche d'Oran, 24 mars 1962

Argumentaire :

L’objet de cette rencontre  (26-27 septembre 2012) n’est précisément pas de verser dans un tel registre. Sa tenue à l’automne 2012 exclut toute dimension commémorative. En revanche, est jugé nécessaire un retour bien compris à l’événementialité, dans le cadre d’une certaine conception de l’«histoire publique».

En la matière, la période postérieure au 19 mars 1962 est souvent absorbée dans les images mentales des métropolitains par un besoin de passer à autre chose, créant une asymétrie voisine et violente, rappelant celle vécue après septembre et surtout décembre 1944. L’oblitération métropolitaine des violences, désormais civiles (dans leur immense majorité) du printemps et de l’été 1962, doit donc être évaluée à l’aune de contemporanéités concurrentes ou du moins divergentes. Ce «hiatus», évoqué notamment par Daniel Lefeuvre, requiert l’examen d’un certain nombre de dossiers.

Quatre thèmes seront privilégiés :

      1 - La sortie de guerre rime, par définition, avec arrêts des combats. Les circonstances et applications effectives de ces modalités méritent d’être replacées dans le temps court. Mais on a moins insisté sur les départs physiques de l’Algérie — notamment en matière de démantèlements logistiques du matériel militaire —, le rapatriement des unités, leur dissolution, ou encore leurs réaffectations territoriales en métropole induisant le transfert par exemple des salles de tradition.
      2 - Au-delà des dérives de la violence d’État — qui ne sera pas abordée ici —, se déploient à la fois des fièvres massacreuses et une conflictuosité latente, à la fois dans le temps court de l’été 1962, en Algérie, et dans le temps un peu plus long de la métropole dont les marges urbaines sont le théâtre d’affrontements transplantés. Disparus, harkis, travailleurs immigrés mais aussi rappelés livrés à eux-mêmes au retour sont les victimes d’un déni d’État dont l’intentionnalité reste un horizon d’attente. Le temps d’un premier bilan en ces domaines est sans doute venu.
      3 - Au plan politique et plus particulièrement à l’échelle régionale, la liquidation du passé colonial dont l’akmé est bien le départ d’Algérie, a contribué à structurer des identités partisanes, à restructurer des rapports de formations et à peser sur les débats. Il ne s’agira pas de mesurer les effets au long cours, mais d’examiner au plus près de la chronologie courte comment la maturation des courants, opérée pendant et à cause de la guerre, a rejailli sur les identités politiques. Ceci avec une nette dimension comparatiste, le Gard ou l’Hérault n’ayant évidemment pas le même rapport au politique que les départements bretons par exemple.
      4 - À cet égard, si la variable confessionnelle peut avoir été valide, il n’est pas sûr en revanche que les dimorphismes religieux régionaux aient, eux, été pertinents. Reste néanmoins, et dans le contexte de temps court, toujours, de crise de l’Église et des débuts de la réunion conciliaire, une très forte interrogation autour du témoignage et de l’engagement. La question de savoir si la guerre d’Algérie a «fait sens» pour les croyants et surtout pour les clercs invite à reconsidérer des trajectoires individuelles.
 

Une attention toute particulière — sans exclusive cependant —, sera accordée aux propositions de communication à dimension régionale ou introduisant la variable régionale. La question, notamment, des rapatriés dans l’Ouest de la France a besoin d’être éclairée.

Publié le jeudi 16 février 2012 par Julien Gilet

_________________________________


 
depeche-algerie
La Dépêche d'Algérie, 9 mai 1962

 

Modalités :

Les propositions de communication (quelques lignes en vue d’une communication ne dépassant pas 30 minutes) sont à envoyer avant le 30 mars 2012

 à patrick.harismendy@wanadoo.fr et/ ou catvin.joly@wanadoo.fr

Pour assurer une publication au plus près de la rencontre, les textes définitifs (30.000 signes maximum) seront à rendre pour le 31 décembre 2012 au plus tard.

Lieu :

Saint-Brieuc, Campus Mazier

Organisateurs :

Patrick Harismendy, Vincent Joly
Université européenne de Bretagne, Rennes 2, UMR CNRS 6258 CERHIO

Comité scientifique :

    • Jacques Frémeaux, Professeur d’histoire contemporaine, Université Paris-Sorbonne Paris IV, Institut Universitaire de France
    • Patrick Harismendy, Professeur d’histoire contemporaine, UEB Rennes 2
    • Vincent Joly, Professeur d’histoire contemporaine, UEB Rennes 2
    • Yvon Tranvouez, Professeur d’histoire contemporaine, UEB UBO Brest
Url de référence

 - les illustrations sont le choix d'Études Coloniales

 

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Ben Bella à l'été 1962

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jeudi 16 février 2012

le 5 juillet 1962, par Jean-François Paya

Oran5juillet1962 

 

 
Vérité sur le 5 Juillet 1962 à Oran


Jean-François PAYA

 
IL N'EST PAS JUSTE DE DIRE QUE "l'armée française, qui n'avait plus le droit d'intervenir", comme l'écrit le journaliste P. DAUM dans un article du Monde Diplomatique (janvier 2012) (1).

On trouve dans Les Archives de la Révolution Algérienne (2) copies d’une lettre du Groupe FLN (5 membres) de l’Exécutif Provisoire, adressée au GPRA en date du 27 juin 62. Ce groupe se plaint, entre autres, de ne pouvoir signer divers protocoles prévus avec les autorités françaises avant le 11 juillet, vu le manque de directives dudit GPRA, et notamment le protocole sur le maintien de l’ordre, laissant ainsi la «porte ouverte aux risques d’intervention de l’Armée française après le 2 juillet en cas de débordements».

Comme le général Katz le reconnaît dans son livre (3 ): le statut des forces armées françaises en Algérie qui découle de la déclaration de principe des Accords d’Evian (JO du 20 mars) reste imprécis et ambigu et ce au moins jusqu’à la remise des pouvoirs de l’Exécutif Provisoire à une Assemblée Nationale Algériennne élue (prévue dans le chapitre V des accords d’Evian) qui ne sera effective que le 27 septembre 62 par Abderrahman Fares en personne à la tribune de cette Assemblée à Alger (4).

Cet état de fait permet à Katz d’écrire avec raison dans sa note n°99 du 20 juin 62, adressée à ses chefs de corps, que les forces armées françaises «contribueront par leur présence à rétablir et développer la confiance entre les communautés et qu’elles seront en mesure d’intervenir pour porter secours en cas d’agression aux ressortissants se réclamant de la nationalité française» (5).

Inutile de dire que cette note restera lettre morte et qu’elle fut contredite par des ordres stricts de non-intervention la veille de l’indépendance. Il ressort clairement de tout cela que la France était en droit d’intervenir pour protéger ses ressortissants selon les accords signés et en l’absence d’un protocole additionnel plus restrictif (puisque non signé du fait du FLN) au moins jusqu’à la fin des pouvoirs de l’exécutif provisoire, comme les délégués FLN l’écrivaient eux-mêmes au GPRA (qui avait sûrement d’autres chats à fouetter, vu ses dissensions internes).

C’est donc bien la France en la personne du Général de Gaulle (6) qui, de façon unilatérale, n’a pas usé de ses prérogatives – abandonnant au massacre des citoyens français, européens et musulmans, et ce au moins juridiquement jusqu’au 27 septembre 62 où la clause de remise totale de souveraineté prévue par les accords d’Evian a été remplie avec retard du fait de la lutte pour le pouvoir qui sera encore sanglante (7).

À noter qu’on ne trouve pas trace d’un ordre écrit de non-intervention aux Archives (8(. Cependant, la mention de «rappel de consignation des troupes» figure dans certains JMO d’unités (journal de marche et d’opérations) consultés aux Archives, alors que des exactions sur des Français sont signalées (9). Comment comprendre que, pour les victimes françaises, l’Armée Française s’en soit tenue, sans plus approfondir, au chiffre du directeur FLN de l’hôpital d’Oran – 25 morts ! –, alors qu’au Consulat de France on déclarait 800 "disparus" dès les premiers jours (10) ? Aucune enquête sérieuse n’a été effectuée dans les quartiers musulmans où les gens enlevés avaient été amenés et il y eut une complicité évidente entre les autorités militaires françaises et algériennes pour étouffer l’affaire dans le désordre et le chaos provoqués par l’exode des Français d’Oranie (11).

La provocation du 5 juillet avait bien abouti : faire avancer vers le pouvoir l’Armée des frontières, sous prétexte de rétablir l’ordre, faire peur aux Français dans la ville la plus européenne d’Algérie, ce qui correspondait aux vues du clan arabisant d’Oujda conduit par Boumediene et Ben Bella qui faisaient d’une pierre deux coups avec leurs services spéciaux (12) – ils sont toujours au pouvoir en Algérie.

 

non assistance en personnes en danger

Les Forces françaises en présence à Oran, le 5 juillet 1962, passibles de non-assistance à personnes en danger

En fonction des Archives militaires et des destinataires des circulaires du Commandement du "Secteur Autonome d’Oran" nous pouvons donner la liste des unités et des effectifs – 18 000 hommes – présents à Oran ce jour-là (13).

En fait ce 5 juillet à Oran fut ponctuellement la journée la plus sanglante depuis le début de la guerre d’Algérie, mais elle a surtout le triste privilège d’être un cas unique dans l’histoire d’une armée présente sur le terrain à proximité de ses ressortissants civils désarmés et pacifiques les a laissés se faire massacrer par des éléments étrangers sans intervenir – sauf cas rares et isolés.
Si on doit reparler du 17 octobre 61 à Paris qui a eu lieu en pleine guerre d’Algérie alors que le FLN était encore "l’ennemi officiel", pourquoi ne le fait-on pas de cette journée occultée par l’historiographie gaullienne et FLN, qui a eu lieu après la fin supposée de toutes les hostilités et en voie d’effacement de notre histoire avec son millier de victimes identifiables et appelées hypocritement "disparus".

D’autre part cette journée fut un des actes fondateurs de l’État Algérien dans sa composante militaro-mafieuse manipulatoire et provocatrice dont les effets sont plus que jamais présents à ce jour.

Le communiqué de l’état-major général de l’ALN (14).

Ce communiqué de trois pages, diffusé aux cadres le matin du 5 Juillet, ne fait pas référence à cette journée comme historique. Il explique pourquoi le GPRA qui l’a dissous «a failli à sa mission en bafouant la légalité sur tous les plans ...» aprés une référence appuyée aux accords d’Evian ! Il cite la date du 1er Juillet «où le peuple s’est prononcé» comme historique, proclamant que le GPRA « est incapable de maintenir l’ordre», et il se propose de le faire en allant «protéger la minorité européenne» alors qu’on ne sait pas encore ce qui se passe à Oran !

Il faut préciser que, dépourvue de moyens logistiques de transports aprés réquisition de camions et de bus privés dans la zone Tlemcen-Ain-Témouchent, l’ALN des frontiéres arriva à Oran le dimanche 8 Juillet et rétablit effectivement l’ordre tout en prenant le pouvoir. Pour Alger ce fut une autre histoire elle n’y entra qu’en Septembre après des combats avec les willayas 3 et 4 au niveau d’Orléanville et une négociation (15).

Jean-François Paya
Ancien combattant d’Algérie classe /54

19620705oran

 

Notes
NB Toutes les notes sont de Jean-François Paya.

1 - Le Monde Diplomatique, janvier 2012. L'aarticle de Jean-François Paya, qui suit, intitulé «De Gaulle est bien responsable des massacres», est cité page 81, «pour en savoir plus», du N° 231, Avril 1999, de la revue L’Histoire – sans aucune contestation depuis lors.

2-  Les Archives de la révolution algérienne, rassemblées et commentées par Mohamed Harbi, éd. Jeune Afrique, Paris 1981 - Page 340, document 64.

3 - Joseph Katz, L’Honneur d’un Général, Oran - 1962, éd. L’Harmattan, 1993.

4  En effet les Accords d’Evian n’ont jamais prévu la remise des pouvoirs au GPRA mais à une "Assemblée Nationale Algérienne" élue.

5 - Cette note fait référence à une "période de transition" après l’indépendance sous la direction de l’exécutif provisoire qui était une création juridique française.

6 - Cf Alain Peyrefitte, C’était de Gaulle, éd. Gallimard, coll. Quarto.

7 - La responsabilité juridique et morale du pouvoir français était donc bien engagée.

8 - Du moins aux archives "consultables" – pour les autres il faudra attendre 60 ans !

9 - Certains officiers dont le lieutenant Khellif affirment avoir dû émarger la veille de l’indépendance.

10 - Voir Le Vieux, la crise, le neuf, éd. Flammarion, de Jean-Pierre Chevènement, officier issu de l’ENA, chef de cabinet adjoint du Préfet chargé des liaisons militaires et à ce titre supervisant le colonel de la force locale attaché à Jean Herly, consul général de France à Oran (critiqué par Katz qui le trouvait trop curieux sur les "disparus").

11 - Au sujet des victimes, sans entrer dans le débat sur leur nombre évoqué dans la note précédente, il a été signalé 440 plaintes au consulat d’Oran, en sachant qu’une plainte pouvait recouvrer plusieures personnes d’une même famille et que de nombreux hommes isolés (leurs familles étant déjà parties) n’ont pas été signalés à Oran.

Signalons aussil le « Bulletin de renseignement » du 2è Bureau/1515 EM:2em B/ du 12/7/62 classé secret, signalant «l’enfouissement de cadavres F.S.E., victimes du "pogrom" du 5 juillet au bord du Petit lac à coup de bull-dozer» ; une reconnaissance par hélicoptere fut ordonnée et des photos prises dans la soirée du 7 Juillet, mais aucune enquête officielle ne fut déclenchée.

44 ans aprés les faits, on procède enfin à une recherche sur la base de documents, à mon avis, aléatoires. À ma connaissance, les documents originaux comme les registres de relevés de plaintes déposées au consulat n’ont pas eté communiqués (j’y etait passé personnellement déposer une plainte pour deux amis "diparus"). En sachant que certains historiens algériens que je salue reconnaissent au moins 2 charniers au "Petit lac" et au cimetière Tamazouet.

12 - Un montage médiatique fut organisé par les responsables FLN d’Oran à Pont-St-Albin le 10 juillet pour tout "mettre sur le dos d’un sanguinaire mais minable chef de bande M. Attou qui sévissait dans les quartiers Est depuis le 19 Mars (voir presse locale dont l’Écho d’Oran sous "influence depuis l’indépendance). Le pseudo commandant Bakhti (de son vrai nom Némiche) complice de Ben-Bella dans l’affaire de la poste d’Oran et qui lui était tout dévoué tirait les ficelles de cette affaire que personne ne crut à Oran même chez les Musulmans.

13 - Liste des unités présentes à Oran ou à proximité, le 5 juillet 1962

Secteur Oran Ville

3 Régiments d’Infanterie + 1 bataillon : 5è RI - 21è - 67è - 3/43è RI -
3 Régiments d’Infanterie de marine + 3 Bataillons : 8è RIMA - 22è - 66è -1/2è - 1/75è - RIMA - 1/2è RAMA
2 Régiments de Zouaves : 2è et 4è Zouaves
1 Régiment de Cuirassiers : 3è Cuir
3 Bataillons de Chasseurs Portés 10è - 29è - 30è BCP
2 Bataillons RA : 1/27è et 324è RA
2 Groupements GAAL : 452è et 457è
Enfin 23 escadrons de Gendarmerie Mobile
Il faut ajouter les éléments de l’Armée de l’Air basés à la Sénia et de la Marine à Mers-el-Kébir, Arzew et Tafaraoui (Aéro-Navale).

Soit une garnison totale de 18 000 hommes dont 12 000 sur le seul secteur d’Oran-Ville cantonnés sur plusieurs sites, casernes, lycées, collèges, stades, écoles imbriqués dans la ville à proximité immédiate des événements tragiques qui ont eu lieu.

14 - Note de rens 1266:B2:sec-conf /odj EMG ALN du 5 juillet 62.

15 - Cf le texte intégral dans le volume 3 de notre livre L’Agonie d’Oran, publié en 1999.

Personnellement j’adhére à la thése défendue aussi par certains historiens algériens selon laquelle de Gaulle avait choisi de favoriser l’accession au pouvoir du clan d’Oujda.

 

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mardi 14 février 2012

famine au Tonkin en 1945, par Pierre Brocheux

 

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victmes de la famine de 1944-45 au Tonkin (source)

 

La famine au Tonkin en 1945

 Pierre BROCHEUX

 

La grande famine de 1945 fut à la fois une réalité et l'argument majeur de la propagande du Viet Minh pour mobiliser la population contre les Français et les Japonais.

Pour le Viet Minh  cette catastrophe tombait à point nommé, façon de parler, en effet le 9 mars 1945, les Japonais mettaient fin au pouvoir des Français et ils étaient sur le point de capituler devant les Anglo-Américains : l’interrègne de six mois allait être mis à profit par l'organisation frontiste du Parti communiste indochinois pour prendre le pouvoir. Par conséquent, aujourd’hui on ne saurait écrire l’histoire de l'année qui fut décisive pour le Viet Nam en ignorant ce désastre.

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troupes japonaises au Tonkin en 1941 (source)

 

bilan épouvantable mais incalculable

Le nombre des victimes provient de deux sources principales, le chiffre d’1 million est cité par l’amiral Decoux, dernier gouverneur général de l’Indochine française, dans ses mémoires À la barre de l’Indochine (1949). Hô Chi Minh, énonça le chiffre de 2 millions.

Depuis, ce chiffre est répété sans l’ombre d’un comptage statistique pour la simple raison que tous les acteurs et témoins, avaient d’autres «chats à fouetter». Par conséquent, pour se rendre compte de l’ampleur de la catastrophe on ne peut que s’appuyer sur les témoignages des survivants, tels qu’ils ont été recueillis par les historiens vietnamien et japonais, Văn Tạo et Furuta Moto, Nạn đói năm 1945 ở Việt Nam/ La famine de 1945 au Viet Nam (1995).

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victmes de la famine de 1944-45 au Tonkin (source)

Ces récits sont  forcément subjectifs et émotionnels, et ils ont été recueillis un demi-siècle après l’évènement. L’historien américain David Marr qui eut accès aux archives de l’année 1945 et notamment au recensement partiel effectué sur l’ordre du vice-roi du Tonkin en mai 1945 (puisque le pouvoir français avait été renversé par les Japonais le 9 mars et remplacé par le gouvernement royal de Trần Trọng Kim) estime que le chiffre de 1 million est très plausible, chiffre élevé puisqu’il représente 10% de la population des provinces touchées en l’espace de cinq mois.

 

qui est responsable de la famine ?

Cependant, le problème n’est pas là. À qui imputer la responsabilité de la famine ? À la nature et à la nature seule ? Aux hommes, et quels hommes ? Leurs actes furent ils intentionnels ou imposés par la «force des choses» autrement dit témoignent-ils d’une programmation ou d’une impuissance à maîtriser le cours des choses ?

Il importe de préciser que la famine (accompagné du typhus dans certaines localités) sévit dans cinq des principales provinces du Tonkin, dans deux du nord Annam, et pas ailleurs en Indochine. Le Tonkin, notamment le delta du Fleuve rouge, était surpeuplé (en moyenne 417 h/km2 mais à l’extrême, 1500) et soumis à des aléas climatiques parfois violents (typhons annuels, inondations ou au contraire sécheresses) qui aggravaient une situation alimentaire et sanitaire précaire.

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après le passage d'un typhon au Tonkin en 1903

Les disettes fréquentes, chroniques pourrait-on dire, et dégénérant en famines, existaient bien avant la conquête française. La famine est due à l’inégale répartition des vivres plutôt qu’à l’insuffisance de la production selon l’économiste indien Amartya Sen : le Tonkin, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, illustrait ce propos, la ration optimale de riz par tête d’habitant et par an était fixée à 337 kilos, elle n’était que de 217 kg , et 233 kg en Annam ; de nombreux Tonkinois ou Annamites du Nghe Tinh ne faisaient qu’un repas tous les deux jours selon les rapports des agronomes français.

À la fin 1944 et en ce début de 1945, l’économie générale des pays indochinois était en train de s’effondrer. Certes, à la différence de la Chine, de la Birmanie, de Java et des Philippines, l’Indochine ne fut pas un champ de bataille où s’affrontèrent les armées mais ses ports, usines, voies de communications et moyens de transport furent bombardés intensivement. Une paix relative avait été préservée jusque là par le fait que le gouvernement de Vichy et celui de Tokyo avaient signé en 1940 des accords instaurant une cohabitation mais aussi (il faut le rappeler) une collaboration d’État.

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l'amiral Decoux, gouverneur général de l'Indochine et des officiers japonais, 1941

Pour les Japonais, laisser en place le pouvoir des Français, assurait leurs arrières tandis que leurs armées progressaient vers l’Inde et dans le Pacifique. Les accords économiques étaient primordiaux : le gouvernement Decoux s’était engagé à livrer un contingent annuel de riz, de charbon et de caoutchouc aux Japonais. En outre, les Japonais avaient exigé la culture obligatoire du colza, de l’arachide, du coton et du jute ; celles-ci avaient-elles réduit la surface consacrée aux cultures vivrières ?

Les «anticolonialistes» l’affirment mais il n’est pas prouvé que ces cultures fussent pratiquées de façon obligatoire dans le delta rizicole et surpeuplé et qu’elles le fussent seulement dans la Moyenne région et sur des superficies en friche (selon les autorités françaises).

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repiquage du riz au Tonkin, début du XXe siècle

Quoiqu’il en fut, le gouvernement général qui pratiquait une politique dirigiste prenait possession d’une partie des récoltes de riz pour les livraisons aux Japonais et pour constituer ses propres stocks. Ce qui restait pour alimenter la population était objet de spéculation des acheteurs en gros chinois et des marchandes vietnamiennes détaillantes (hàng xào). Ce n’était pas seulement la pénurie mais aussi les tensions à laquelle la politique dirigiste soumettait la production et les échanges qui entretenaient le marché noir.

 

désorganisation des voies de transport

En temps dit normal, les disettes qui intervenaient souvent, presque annuellement au Tonkin, au moment de la soudure entre la récolte de riz du 10e mois et celle du 5e mois, étaient compensées par l’arrivée du riz du «grenier à riz» cochinchinois (exportateur d’un million de tonnes à la veille de la Seconde Guerre mondiale).

Tonnage de riz expédié de Saigon à Hanoi entre 1941 et 1945 (voie ferrée et voie maritime confondues)

1940 :25 900

1941 :185 900

1942 :126 670

1943 : 29 700

1944 : 6 830

Or, dès 1944, le chemin de fer n’est plus opérationnel sur tout son parcours Hanoi-Saigon, parce que l’aviation américaine a détruit plusieurs tronçons du Transindochinois ; la navigation, sauf le cabotage, est pratiquement interrompue parce que les sous-marins américains ont coulé tous les navires à vapeur et même les jonques de haute mer.

Si bien qu’à partir de 1943 même les contingents de riz destinés au Japon ne partent plus : en septembre 1945, les Anglais découvrirent 69 000 tonnes dans les entrepôts de la société Mitsui à Cholon et 25 000 t. dans le delta du Mékong tandis que le Comité des céréales français détenait encore 60 000 tonnes dans ses entrepôts (enquête faite par les Britanniques lorsqu’ils débarquèrent à Saigon en septembre 1945 pour désarmer les troupes japonaises).

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rizeries à Cholon, début du XXe siècle

À partir de la fin 1944, le nord de l’Indochine est frappé par trois typhons qui se succèdent et détruisent les récoltes. Leurs effets sont immédiats sur la répartition alimentaire qui est inégale de façon chronique. La désorganisation des pouvoirs publics à partir du 9 mars 1945 ne fait qu’aggraver la situation, dans un premier temps le résident supérieur japonais qui avait remplacé le français donna l’ordre de poursuivre les livraisons obligatoires puis il fit faire des distributions en leur donnant toute la publicité possible.

De son côté, le Viet Minh lança le mot d’ordre d’attaquer les dépôts japonais et français pour s’emparer des stocks de riz. Un mouvement de solidarité dans  la population de l’Annam et de la Cochinchine organisa des convois à destination du nord.

causes naturelles et politique dirigiste

La famine de 1945 est née de la conjonction de causes naturelles et de la situation de guerre où les autorités d’un pays adoptèrent une politique dirigiste destinée à satisfaire en priorité les besoins stratégiques - politique dont souffrirent les populations civiles.

En ce sens on peut imputer la responsabilité de la tragédie aux hommes, en l’occurrence au gouvernement français et au commandement japonais mais aussi aux Américains dont l’aviation et la flotte sous-marine détruisirent le système de communication et de transport. Celui ci n’était pas indispensable seulement au ravitaillement du Japon et de l’armée japonaise mais aussi vital pour la population du nord de la péninsule.

Les hommes eurent donc une grande part de responsabilité dans le désastre de 1945 mais il ne faut pas exonérer la nature : depuis 1945, les aléas climatiques continuent de produire des ravages en Indochine et ailleurs dans l’Asie du Pacifique.

Pierre Brocheux
14 février 2012

 

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soldats japonais en Indochine française

PS : Il est intéressant de rappeler la famine qui frappa le Bengale occidental en 1943, en pleine guerre, et fit 3 millions de morts tandis que les greniers de Calcutta n’étaient pas vides.
Là aussi, un typhon dévastateur était passé alors que les troupes japonaises avaient atteint la frontière de l’Inde, occupant la Birmanie (premier producteur mondial de riz avec la Thailande, alliée du Japon) qui, avant la guerre, pourvoyait à 20% des besoins en riz du Bengale (et de Ceylan). Les autorités anglo-indiennes accordaient la priorité du ravitaillement aux troupes qui se battaient contre les Japonais.
Mais, de même  que certains Vietnamiens avaient accusé les Français d’avoir provoqué intentionnellement la famine comme solution au surpeuplement du Tonkin, des nationalistes indiens allèrent jusqu’à accuser nominalement Winston Churchill d’avoir organisé la famine du Bengale !

 

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troupes japonaises en Indochine française

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- sources de certaines photographies sur les Japonais en Indochine : 1) un site ; 2) un autre site

- autre référence-témoignage : la famine de 1944-1945 au Tonkin, par Do Phong Châu

- analyse historique de la famine de 1945 au Tonkin, en langue anglaise par Geoffrey Gunn

 

___________________________

 

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lundi 13 février 2012

Pour en finir avec la repentance coloniale - IEP Grenoble

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questions de Quention Ariès

à propos de

Pour en finir avec la repentance coloniale

au programme de l'IEP de Grenoble

 Daniel LEFEUVRE

 

Quentin Ariès, préparateur à l'IEP de Grenoble : Pourquoi avoir écrit Pour en finir avec la repentance coloniale ? Est-ce pour imposer plus de frontières entre l’Histoire et le politique ?
Daniel Lefeuvre
: Il ne s’agissait pas d’établir une frontière entre l’histoire et le politique, à proprement parler. Mais d’abord de rappeler les fondements essentiels de la discipline historique, face à la déferlante de productions, à caractère prétendument historique, visant à «condamner» la colonisation et établissant une continuité artificielle entre le passé colonial et la situation, dans la France d’aujourd’hui, des populations immigrées ou issues des immigrations.

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D’autre part, je souhaitais rappeler, à grands traits, quelques acquis de l’historiographie des colonisations et démonter quelques mythes – dans le prolongement des travaux précurseurs de Paul Bairoch, d’Henri Brunschwig et de Jacques Marseille - notamment sur :

- les méthodes et le bilan des guerres coloniales, sur le rôle de la colonisation dans le développement économique de la France, sur le poids relatif de l’immigration maghrébine dans les reconstructions du pays aux lendemains des guerres mondiales, sur les manifestations de xénophobie et de racisme dont les immigrés ont été les victimes, en interrogeant l’éventuelle spécificité quant à l’ampleur et aux formes affectant les populations magrébines et noires, etc.
Le tout ouvrant à une réflexion sur l’avenir de la France, qui a trouvé son prolongement dans le livre, écrit avec Michel Renard, Faut-il avoir honte de l’identité nationale ? (Larousse, 2008).

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 Quentin Ariès : Vous faites référence à la «loi Taubira» sur la traite négrière et le commerce triangulaire comme un abus du politique dans l’Histoire. Selon vous la loi venant d’être votée sur le génocide arménien est-elle du même calibre ?
Daniel Lefeuvre
 : Oui. Indiscutablement. Je suis convaincu qu’il faut laisser aux historiens le soin d’écrire l’histoire. Sur ce sujet – qui reste l’objet de controverse, des historiens anglo-saxons discutant de la pertinence de l’accusation de génocide – comme pour tous ceux qui ont fait l’objet de lois «mémorielles», je renvoie les candidats à l’article que Madeleine Rebérioux - historienne spécialiste de Jean Jaurès et du socialisme français -, alors présidente de la Ligue des Droits de l’Homme,  avait publié dans la revue L’Histoire (n°138, novembre 1990, pp. 92-94) pour s’opposer à la loi Gayssot : "Le Génocide, le juge et l'historien", disponible, en ligne sur : http://www2.presse.ac-versailles.fr/Textes/loi1990-2.htm. Au passage, ils relèveront en quoi, selon M. Rebérioux  les historiens sont-ils des «révisionnistes par métier».

Quentin Ariès : Avez-vous été contacté par Sciences Po Grenoble pour le choix de cet ouvrage pour leurs concours ?
Daniel Lefeuvre
 : Non, à aucun moment, et il n’y avait aucune raison pour que je le sois. Les jurys sont et doivent rester totalement libres de leur choix. En revanche, compte tenu des critiques soulevées par ce choix, j’ai proposé à la direction de l’école l’organisation d’un débat dont le principe a été accepté, ce dont je suis reconnaissant à la direction de l’école. Je ne doute pas que Sarah Mekdjian qui a vigoureusement contesté ce choix, acceptera cette discussion publique. Elle aura ainsi la possibilité de présenter en détail les «provocations et les erreurs» que contiendrait mon livre  - ce «pamphlet politique réactionnaire» comme elle se plait à le qualifier - et j’aurais plaisir à lui répondre.

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Quentin Ariès : Des conseils pour les candidats pour mieux comprendre le contexte de votre ouvrage ?
Daniel Lefeuvre
 : Le ou plutôt les contextes sont de plusieurs ordres. Au plan «académique» le livre s’inscrit dans une réflexion sur l’histoire coloniale. Il souhaite rappeler l’importance des connaissances produites dans ce domaine qui dessinent une «histoire ambiguë», pour reprendre le titre particulièrement opportun du livre de Pierre Brocheux et Daniel Hémery,  Indochine, la colonisation ambiguë (La Découverte, 2001, 451 pages).

Au plan politique, le contexte était – et reste – celui d’une instrumentalisation de l’histoire, d’une histoire-réquisitoire, dont l’objectif n’est pas de révéler un passé honteux, oublié ou occulté, comme on tente de le faire croire, mais de remettre en cause les fondements de la République, au profit d’une conception communautariste et multiculturelle de la société.

Quentin Ariès : Cet ouvrage est détaillé, plein de références peu étudiées lors des classes de terminales ou de premières dans les lycées, avez-vous des références complémentaires à donner ?
Daniel Lefeuvre
 : L’historiographie coloniale est très abondante. Quelques références complémentaires :

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1) Deux instruments de travail commodes, les :

- Dictionnaire de la France coloniale, sous la direction de Jean-Pierre Rioux (Flammarion, 2007).

- Dictionnaire des esclavages, sous la direction d’Oliver Pétré-Grenouilleau (Larousse, 2010).

9782262024864FS

2) Sur les conquêtes coloniales :

- Marc Michel, Essai sur la colonisation positive. Affrontements et accommodements en Afrique noire, 1830-1930, Perrin, 2009, 420 pages.

- Jacques Frémeaux, De quoi fut fait l’empire, Les guerres coloniales au XIXe siècle, CNRS éditions, 2010, 576 pages, qui propose une histoire comparée des conquêtes coloniales. Peut se lire par chapitres.

- Jacques Frémeaux, La France et l’Algérie en guerre, 1830-1870, 1954-1962, Economica, 2002, 365 pages.

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3) Sur les enjeux économiques :

- Le toujours utile Henri Brunschwig, Mythes et réalités de l’impérialisme colonial français, 1871-1914, A. Colin, 1960, 205 pages

- L’indispensable Jacques Marseille, Empire colonial et capitalisme français, Histoire d’un divorce, réédition A. Michel, Evolution de l’humanité, 2005.

- On  trouvera également des informations précieuses et des réflexions stimulantes dans certains articles de Paul Bairoch, in Mythes et paradoxes de l’histoire économique, La Découverte, 1995, 287 pages, en particulier sur l’importance des colonies puis du «Tiers monde» dans le développement économique de l’Europe.

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4) Sur l’Algérie et sur les enjeux de mémoire :

- Le numéro spécial d’Historiens & Géographes, n° 388, octobre 2004, propose un dossier très utile sur la Guerre d’Algérie, préparé sous la direction de Guy Pervillé.

- Sur l’histoire et les enjeux de mémoire autour de la guerre d’Algérie, Guy Pervillé, Pour une histoire de la guerre d’Algérie, Picard, 2002, 356 pages.

- Les candidats tireront également un très grand profit à consulter le site de Guy Pervillé (guy.perville.free.fr), en particulier pour tout ce qui concerne les enjeux de mémoire autour de la guerre d’Algérie, ainsi que le blog des études coloniales (etudescoloniales.canalblog.com).

Sur les relations économiques et financières entre la France et l’Algérie, mais aussi sur les origines et l’importance économique et politique de l’immigration algérienne en France, je me permets de renvoyer à D. Lefeuvre, Chère Algérie, La France et sa colonie, 1930-1962, rééd. Flammarion, 2005.

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5) La Revue Outre-Mers, publiée par la Société française d’histoire d’Outre-mer, est un outil particulièrement précieux, à la fois pour ses articles mais aussi pour ses comptes rendus de lecture (la table des articles est en ligne sur le site de la SFHOM). Les candidats pourront également se rendre sur le site Persée pour consulter en ligne (et gratuitement) les articles publiés par de très nombreuses revues d’histoire, de sociologie, de science politique.

Les candidats parisiens ont, en outre, la chance de disposer de la très riche et accueillante bibliothèque de l’Académie des Sciences d’Outre-mer (15, rue Lapérouse, Paris XVIe) où ils trouveront tous les ouvrages dont ils peuvent avoir besoin.

Quentin Ariès : L’épreuve sur ouvrage de Sciences Po Grenoble comportera des questions précises sur votre ouvrage et une «dissertation d’ouverture» par rapport au thème du livre. Selon vous, comment préparer au mieux les candidats et des idées de sujet ?
Daniel Lefeuvre
 : Il est évidemment difficile et dangereux de répondre à cette question. Sur le livre lui-même, trois pistes possibles :

1) - Les guerres coloniales, des guerres spécifiques ? (notamment dans leurs moyens et leurs méthodes).

2) - Les colonies ont-elles été indispensables à l’essor économique de la France ? (attention à penser cette question selon les conjonctures et les secteurs d’activité métropolitains).

3) - L’immigration coloniale a-t-elle été indispensable à la France ? Dans quelles circonstances ? (là encore, prêter attention à la chronologie et ne pas envisager seulement les aspects économiques).

S’agissant de la «dissertation d’ouverture»,  le concours est un concours d’entrée en Sciences po, pas un examen ou un concours d’histoire. Il me semble donc qu’il faut se focaliser sur le contexte et les enjeux politiques de l’histoire des colonisations.

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- Pourquoi cette histoire, dont Daniel Rivet estimait, en 1992, qu’elle s’était «éloignée» de nous, est-elle revenue si fortement dans le débat public actuel, au point de faire régulièrement la «une» de nombreux hebdomadaires ?

1) - Comment, par qui, pourquoi et pour qui cette histoire est-elle écrite ?

2) - Quels rapports y a-t-il entre les questions soulevées, aujourd’hui, par l’immigration et l’intégration (ou l’assimilation), par la place de l’islam en France  et le passé colonial de la France ?

- Quel est le rôle des «porteurs de mémoire» et de leurs associations (anciens combattants, rapatriés, harkis, etc.) dans ce retour et dans quelle mesure sont-ils l’objet de concurrence politique, voire électorale (y a-t-il un «vote pied-noir» ? un vote «français d’origine maghrébine» ? (les sites de Guy Pervillé et d’Études coloniales offrent de nombreux éléments de réponse à ces questions) .

Ce retour du passé colonial se rencontre-t-il également dans les autres ex-puissances coloniales ? (se reporter à Olivier Dard et Daniel Lefeuvre, L’Europe face à son passé colonial, Riveneuve, 2008).

Daniel Lefeuvre

 

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questions de Quention Ariès

 à propos de

Pour en finir avec la repentance coloniale

 au programme de l'IEP de Grenoble

 Michel RENARD


Quentin Ariès - Pourquoi avoir écrit Pour en finir avec la repentance coloniale ? Est-ce pour imposer plus de frontières entre l’Histoire et le politique ?

Michel Renard : L'écriture et la recherche historiennes ont souvent été corrélées, selon des temporalités plus ou moins directes. Ainsi, le XIXe siècle a produit de grands récits de la Révolution française dont les effets continuaient d'interroger les dynamiques politiques de ce temps : Thiers, Guizot, Mignet, Michelet, Quinet, Tocqueville, Lamartine…
Dans sa dimension institutionnelle, l'organisateur de la science historique fut la monarchie de Juillet (Camille Jullian, 1896) avec une place décisive accordée à la discipline historique dans l'enseignement, la création d'Écoles spéciales, la commande de grands recueils (Documents inédits relatifs à l'histoire de France…), la Commission des Monuments historiques, les missions et fouilles à l'étranger…

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Ces dernières années, le contexte est différent. La crise de la forme nationale et de l'identité française, les poussées d'investigation et de reconnaissance mémorielles ont provoqué trois contrecoups distincts :

1) - une curiosité portée à des phases du passé un peu délaissées par l'expression historienne, telle l'histoire coloniale ou l'histoire des servitudes ;

2) - un excès d'empathie et d'émotion rétrospectives pour des catégories de populations se présentant comme "victimes" d'une histoire occultée et/ou déformée ("descendants" de peuples ayant subi l'esclavage ; enfants de pays anciennement colonisés se trouvant en situation d'immigration…) et réclamant une "repentance" ;

3) - une montée du droit se substituant à l'approche politique du rapport à l'histoire, avec les exigences de reconnaissances mémorielles et de réparations symboliques et matérielles ; un "nouveau régime d'historicité" (Antoine Garapon, Peut-on réparer l'histoire ? 2008) est apparu qui exige l'indemnisation des préjudices de l'histoire au moyen des mécanismes du droit civil. Sans parler du rôle "d'expert" que la justice a requis des historiens dans les procès Barbie, Touvier et Papon.

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Ce dispositif mental et politique a souvent conduit les historiens à répondre à cette demande sociale en faisant fi de la neutralité méthodologique. Les règles du positivisme, de la vérification factuelle des épisodes passés, de la problématisation contradictoire, de la distanciation entre mémoire et histoire ont été malmenées.

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Réfutant les termes d'une approche en termes de bilan (positif/négatif), pourtant souvent utilisée en histoire, ces travaux ont tout de même présenté le passé colonial de la France avec un subjectivisme d'une extraordinaire négativité qui heurtait le savoir constitué sur cette période par des spécialistes qui avaient respecté les exigences de leur discipline. Il fallait rétablir ces vérités.

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Quentin Ariès -  Vous faites référence aux «lois Taubira» sur la traite négrière et le commerce triangulaire comme un abus du politique dans l’Histoire. Selon vous la loi venant d’être votée sur le génocide arménien est-elle du même calibre ?

Michel Renard : Chacun sait ce que la "loi Taubira" a de contestable : l'oubli de la dimension quasi universelle de l'esclavage et des deux types de traites qui ont ponctionné le continent africain, à savoir la traite inter-africaine et la traite arabo-musulmane.
La loi pénalisant la "négation" du "génocide arménien" relève d'une illégitimité (le Parlement n'a pas à énoncer une vérité historique) et d'une imprudence intellectuelle (la qualification de "génocide" est discutée dans le monde anglo-saxon, et les travaux des historiens turcs sur les massacres d'Arméniens sont ignorés en France).

 

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Quentin Ariès -  Des conseils pour les candidats pour mieux comprendre le contexte de votre ouvrage ?

Michel Renard : Cinq références parmi d'autres peuvent motiver la curiosité et la réflexion des candidats, lecteurs du livre de Daniel Lefeuvre :

1) - Empire colonial et capitalisme français. Histoire d'un divorce, rééd. Albin Michel, 2004, Jacques Marseille (en particulier l'avant-propos).

2) - Frères et sujets. La France et l'Afrique en perspective, Jean-Pierre Dozon, Flammarion, 2003. ("la singulière ambivalence d'un État français qui, comme d'autres puissances coloniales, façonna partout dans son empire des mondes d'assujettis, mais qui, beaucoup moins communément, y instilla des doses de fraternité", p. 341).

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3) - Essai sur la colonisation positive. Affrontements et accommodements en Afrique noire, 1830-1930, Marc Michel, Perrin, 2009. (qui montre qu'en interdisant le regard critique sur les mouvements d'indépendance nationale, l'anticolonialisme historiographique a bloqué du même coup la compréhension du colonialisme, qu'il réduit au "mal" et qu'il juge plus qu'il n'explique ses mécanismes et son histoire).

4) – L'Europe face à son passé colonial, dirigé par Olivier Dard et Daniel Lefeuvre, Riveneuve éditions, 2008. (le meilleur colloque tenu ces dernières années sur le sujet avec des contributions internationales).

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5 – les articles, réactions, confrontations et discussions accessibles sur le blog Études Coloniales : http://etudescoloniales.canalblog.com/ (plusieurs entrées et dossiers).

 

Quentin Ariès -  Cet ouvrage est détaillé, plein de références peu étudiées lors des classes de terminales ou de premières dans les lycées, avez-vous des références complémentaires à donner ?

Michel Renard : Outre les ouvrages mentionnés ci-dessus, il peut être utile de parcourir quelques histoires générales  de l'histoire coloniale :

- Histoire de la France coloniale, 1914-1990, collectif, Armand Colin, 1990.

- Histoire de la colonisation française (1815-1962), tome 2, Denise Bouche, Fayard, 1991.

- Pour une histoire de la guerre d'Algérie, Guy Pervillé, éd. Picard, 2002.

- La France et l'Algérie en guerre, 1830-1870, 1954-1962, Jacques Frémeaux, Economica, 2002.

- Les traites négrières. Essai d'histoire globale, Olivier Pétré-Grenouilleau, Gallimard, 2004.

- De quoi fut fait l'Empire. Les guerres coloniales au XIXe siècle, Jacques Frémeaux, CNRS éditions, 2010.

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"Mais, avant tout, peut-être convient-il que l'histoire de la traite s'émancipe véritablement d'un certain manichéisme (...) l'Afrique noire n'a pas été seulement une victime de la traite, elle a été l'un de ses principaux acteurs" (Olivier Pétré-Grenouilleau, Les traites négrières, essai d'histoire globale, 2005, p. 460-462).

 

Quentin Ariès -  L’épreuve sur ouvrage de Sciences Po Grenoble comportera des questions précises sur votre ouvrage et une «dissertation d’ouverture» par rapport au thème du livre. Selon vous, comment préparer au mieux les candidats et des idées de sujet ?

Michel Renard : Questions précises

1) - La comparaison colonisation et Shoah est-elle historiquement concevable ?

2) - Les conquêtes coloniales furent-elles unilatéralement violentes ?

3) - L'Empire colonial français fut-il économiquement "rentable" ?

4) - La domination coloniale s'est-elle réduite à l'encadrement et à l'oppression ?

5) - L'Algérie a-t-elle perdu à la colonisation ?

6) - De quoi la France est-elle économiquement redevable aux immigrés ?

 

Dissertation d'ouverture

1) - Après avoir établi un bilan général de la colonisation, quelle pertinence peut-on accorder au thème de la "repentance" ?

2) - Peut-on affirmer que l'anti-colonialisme est toujours d'actualité ?

3) - Compte tenu des relations, des violences et des contacts établis par la colonisation entre des peuples et des cultures différents, peut-on envisager un renouvellement des coopérations et des avenirs partagés et réconciliés ?

 

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palais de Justice à Bobo-Dioulasso (Haute-Volta) en février 1948 (source)

 

Quelques liens sur Études Coloniales

- Il est faux d'affirmer que la colonisation française a été un génocide ou une extermination.

- les armes de la colonisation.

- protectionnisme et expansion coloniale.

- quelle histoire coloniale au Bac ? Clemenceau et Jules Ferry en 1885.

- des professeurs d'histoire parlent du sujet de Bac sur la colonisation.

- génocide culturel en Algérie coloniale ?

- critique du livre Coloniser, exterminer.

- discours de Nicolas Sarkozy à Dakar (26 juillet 2007) et critiques et contre-critiques.

- a-t-il existé un esprit économique impérial ?

- compte rendu du livre de Jacques Marseille par Paul Bairoch.

- le livre de Daniel Lefeuvre au programmme de l'IEP de Grenoble (dossier de la controverse).

Michel Renard

 

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deux expressions, politiquement opposées, d'une actualité
de la "décolonisation", cinquante ans après les indépendances ?

 

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dimanche 12 février 2012

sur l'histoire des hakis, Maurice Faivre

 rue des harkis

remarques sommaires sur un colloque

consacré aux harkis (4 février 2012)

général Maurice FAIVRE

Je n'ai assisté qu'à une partie du colloque du 4 février 2012 et ai lu une recension de Ben Boukhtache dans le blog Nouvel Obs.

Ayant accompagné des harkis depuis 1960, et fait des recherches historiques dès 1964, je me réjouis que la LDH, la LICRA et les Temps modernes découvrent l'existence des harkis au bout de 50 ans (voir ci-dessous le relevé de mes recherches et travaux).

Je ne peux faire que des observations sommaires sur ce colloque :

- Benjamin Stora a raison de dire que "la présence de paysans en armes du côté français remet en question le mythe nationaliste de l'armée paysanne unanime engagée dans l'ALN".

Il dit ensuite que le bachaga Boualem n'est pas un harki, c'est vrai, mais il faut préciser qu'il a créé une harka de 360 combattants.

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combattants harkis

Il n'est pas exact de dire que Paris a tenté de réduire les effectifs harkis en mars 1961; c'est en août 1961 que le Comité des Affaires algériennes a décidé de passer de 60.000 à 45.000 harkis, réduction effective en janvier 1962 seulement. Stora semble ignorer les directives des wilayas qui condamnent les harkis ; ces directives ne sont pas rassurantes comme il le prétend.

- François Xavier Hautreux ignore les tableaux d'effectifs du 1er Bureau EMI, qui indiquent mois par mois les effectifs des supplétifs de chaque catégorie (réf.1H 1375 à 1377. et 1R 326).

Les harkis ont été créés par le général Lorillot en février 1956 et non en 1957. Ils n'ont jamais dépendu de la police; quant aux GMPR-GMS et Maghzen ils étaient rattachés à l'Intérieur et non à la police.

- Todd Shepard reconnaît que la nationalité française a été retirée aux rapatriés musulmans, contrairement aux accords d'Évian. Il aurait dû rappeler que le Comité des Affaires algériennes a pris cette décision le 21 juin 1962, confirmée par une ordonnance du gouvernement.

- Abderahmane Moumen fait un exposé objectif sur le séjour des harkis dans les camps d'accueil. Il surestime cependant le nombre des supplétifs rapatriés : 66.000 avec familles, et non 80.000.

La diversité des situations ne signifie pas l'inexistence d'une communauté des harkis en métropole; c'est l'histoire qui crée leur unité : ennemis du FLN, ils ont été accusés de trahison, et leur rapatriement n'a pas été favorisé par le gouvernement.

- je ne conteste pas le témoignage du retour en Algérie en avril 1962 de 80 harkis du camp de Mailly ; ce témoignage requiert cependant une vérification en archives, en particulier sur les 4 à 500 qui auraient rejoint en route.

- un philosophe et trois juristes ont débattu de l'accusation de crime contre l'humanité concernant le traitement des harkis. Ils ont conclu qu'un procès avait peu de chances d'aboutir.

L'abandon par le gouvernement a en effet été réel, mais ce n'est pas la France qui est responsable des massacres.

La bonne foi de Louis Joxe, confiant dans les promesses des négociateurs, a évidemment été démentie par le comportement des nationalistes algériens.

Maurice Faivre
le 10 février 2012.

 

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l’histoire des harkis

Maurice Faivre

La recherche historique est une longue patience, elle exige du temps et de la rigueur.

C’est dans les années 2000 que certains ont découvert cette histoire, qu’ils n’ont pas vécue, en se référant aux souvenirs de femmes ayant raté leur intégration. C’est plus complexe, comme le montre mon parcours.

J’ai eu sous mes ordres 80 harkis et trois autodéfenses de 1960 à 1961. Après le massacre de la moitié d’entre eux en août 1962, les survivants m'ont retrouvé en 1963 et m’ont raconté leurs malheurs. C’est alors que commencent mes rercherches historiques, que je n’ai cessé de complèter et de réviser.

- 1964. Je rédige une note sur les harkas et l’islam, et recueille les témoignages de mes harkis avec l’aide de Paule Lévêque, qui publie dans L’Aurore de 1965 à 1967 : les harkis de Kabylie dans leur colonie de Dreux.

- 1985. Participation aux 3 DVD de A. de Sédouy : Histoires oubliées des harkis.

- 1989. J’obtiens de consulter les archives du Centre de documentation du Service historique (SHAT). Je publie une fiche dans Sirpa-actualité n°43 : La communauté des harkis.

Je rédige une étude sur la participation des militaires musulmans à la guerre d’Algérie.

Le 9 décembre 1989, j’assiste au premier hommage rendu aux harkis par le Secrétaire d’État socialiste Gérard Renon et à l’inauguration du timbre «Harkis soldats de France»par Claude Évin.

- sept.1990. Je publie "Les harkis, une histoire douloureuse et contreversée" dans Hommes et Migrations.

- 1992. À l’ouverture des archives, je fréquente le SHAT et obtient des dérogations.

- oct. 1992. Je publie "Les violations des accords d’Evian" dans le Casoar.

- 1994. Fiche sur les combattants musulmans au service de la France.

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combattants harkis

- déc.1994. Un village des harkis, L’Harmattan, 259 pages.

- oct. 1995. "Les combattants musulmans de la guerre d’Algérie", in Guerres mondiales et conflits contemporains n° 177 et 180.

- 11 novembre 1996. Assistance à l’inauguration par M. Chirac du monument de Chapeau Rouge.

- 1995 à 1997. Conférences aux éducateurs du contingent sur Armée d’Afrique et harkis.

Contacts avec André Wormser, B.Tricot, AG Slama, A.Heinis, F.Dessaigne, R.Mayer, M.Hamoumou, K.Bouneb, W.Albes, A.de Sédouy, E.Deroo, Cdt François, P.Messmer

- oct. 1995. Les combattants musulmans de la guerre d’Algérie, des soldats sacrifiés,L’Harmattan, 269 pages. Critique de Buis et d’Ageron, p. 132 et 144.

- janv. 1998. "Le sort des combattants musulmans", l’Algérianiste.

- juill.1998. "L’armée française et les musulmans, de Bonaparte à Challe", IHCC.

- 14 déc.1998. Lettre à Messmer pour consultation des archives 1R336 et 1K744

Chronologie des archives Messmer sur les harkis.

- 14 janv 1999. Les responsables du sort des harkis, la Croix

- 30 mars 1999. "Harkis, un devoir de mémoire", avec F.Meyer, in Le Figaro.

- août 2000. "La fin des harkis", in Archives inédites de la politique algérienne, l’Harmattan.

-31 janv.2001. Lettre à Vingtième siècle, critique de CR Ageron

- sept.2001. L’histoire des harkis, in Guerres mondiales et conflits contemporains, n°202.

"Les unités nord-africaines avant la guerre d’Algérie", Valeurs actuelles.

"Des Français musulmans loyaux", in La Croix

- 25 septembre 2001. Hommage aux harkis décidé par M.Chirac. 

Assistance régulière aux cérémonies à Dreux et aux Invalides.

- oct.2001. Mémoire et Vérité des combattants d’AFN, L’Harmattan, chap.Harki p.59 et 71

- mars 2002. "Crimes contre l’humanité du FLN", in Livre blanc de l’armée française, Contrepoint.

- juill. 2002. "Les supplétifs dans la guerre d’Algérie", in la Cohorte et Voix du combattant.

- sept. 2003. "Le massacre des harkis", in Nouvelle revue d’Histoire.

- 5 déc 2003. "Comment nous avons sauvé les harkis", in France-Soir.

- janv. 2004. "Polémiques historiques, réponse à GM Benhamou", in Le Casoar.

- mars 2004. "Les supplétifs de la guerre d’Algérie", conférence Écoles de Coetquidan

- oct. 2004. "Le combat des harkis" in Debout les paras.

Schoen, Buis, Parlange, Servier, Weygand, Leguay, Villard in Conflits d’autorités en guerre d’Algérie, L’Harmattan

- mai 2005. "À la mémoire des combattants musulmans morts pour la France", in Voix du combattant.

- 15 mars 2005. "Lettre ouverte à G. Meynier", critique du terme mercenaire.

- oct. 2006. Le renseignement dans la guerre d’Algérie, Lavauzelle, Harkis spécialisés,

- 26 août 2006 ; Lettre à FX Hautreux , recension de son livre.

- 4 oct. 2006. L’histoire des harkis, exposé au Conseil économique et social.

- 24 janv. 2007. Lettre à Hafida Chabi au sujet de son étude au CES.

- 2008. Le drame des harkis, bonus du DVD de A.de Sédouy.

- 2007 à 2010. Recensions critiques de quatre ouvrages de Manceron, Fatima Besnaci et la LDH.

- janv. 2008. L’action sociale de l’armée en faveur des musulmans, L’Harmattan, 260 pages

- 8 octobre 2008. Demande de débat proposé à G. Manceron. Pas de réponse.

- 11 sept. 2009. Critique de La blessure, film de Is.Clarke et D. Costelle

- 2011. Harkis, histoire d’un abandon, interview dans DVD de Marcela Feraru

- oct. 2011. Les harkis, soldats abandonnés, ouvrage des éd. XO, Introduction et témoignage, à paraître en mars 2012.

- 14 janv. 2012. Critique de "Les harkis, les mythes et les faits", revue des Temps modernes.

- 10 février 2012. Critique sommaire du colloque de la LICRA- AHDH du 4 février.

 

 Faivre conférence

 

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samedi 11 février 2012

Algérie coloniale : jugé et/ou exclu en fonction de sa naissance

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scènes de la violence ordinaire en Algérie

un témoignage de Mohamed LAHCENE

 

En attendant une recension après lecture, nous tenons à mentionner le livre de Mohamed Lahcene, né à Alger en 1928. Il a servi un temps l'armée française comme technicien puis a rejoint le maquis où il a subi des tortures qui l'ont mené au bord de la folie. Partagé entre deux mondes.

présentation par l'éditeur

L'auteur revient sur les années qui ont vu l'Algérie sombrer dans la violence et l'absurdité de la guerre. Dans ce pays où les repères n'ont cessé d'être bousculés depuis la colonisation française, il apporte le témoignage d'un homme tiraillé entre deux communautés, confronté au déchirement de son identité et qui choisira le parti du maquis. Prisonnier, il subira des séances de torture qui le mèneront au seuil de la folie et au coeur du sentiment d'absurde et d'étrangeté dont parlait Camus.

quatrième de couverture

Dans un pays, l'Algérie, où les repères n'ont pas cessé d'être bousculés depuis la colonisation française, il fallait le témoignage d'un homme qui a éprouvé, dans sa chair, la peine d'appartenir à deux communautés qui se faisaient face et refusaient de se comprendre. Ce livre témoigne ainsi du drame que peuvent vivre les hommes lorsqu'ils sont confrontés au déchirement de leur identité, à la crise de leurs valeurs.

Il exprime une indignation, voire une révolte, contre l'emprise d'un système de castes, la société coloniale de l'Algérie française, dans lequel chacun était jugé, jaugé et exclu en fonction de sa naissance.

Avec L'Indigène étranger, Mohamed Lahcene revient sur les années de sa jeunesse politiquement consciente, années qui ont vu l'Algérie sombrer dans la violence et l'absurdité de la guerre. Déchiré entre les deux communautés auxquelles il appartenait, il était à la fois étranger et partie intégrante, tiraillé entre son statut de technicien au sercice de l'armée française et son souhait de rejoindre ses "frères", il choisit alors le parti du maquis.

Prisonnier, il subira des séances de tortures qui le mèneront au bord de la folie, et au cieur du sentiment d'absurde et d'étrangeté dont parlais Camus, sentiment qu'une guerre qui ne portait pas de nom ne pouvait que renforcer.

Mohamed Lahcene Mohamed Lahcene est né à Alger en 1928. Il a grandi dans la société coloniale de l'Algérie française dans un quartier "européen" d'Alger, a servi un temps l'armée coloniale françaie, puis a pris le maquis durant la guerre d'indépendance. Il dut quitter l'Algérie pour rejoindre la France où il s'établit définitivement en 1967. C'est là qu'il put mener une existence plus sereine poursuivant sa carrière dans l'aviation civile.

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vendredi 10 février 2012

"civilisations supérieures"

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civilisations supérieures ou non ?

positions contradictoires :

civilisation ou régime politique ?

Bernard LUGAN

 

Avec ce qu'il faut désormais appeler l'«affaire Guéant», nous nageons en plein confusionnisme. D'abord parce que Monsieur Guéant a confondu «Civilisation» et régime politique, ce qui, convenons-en, n’est pas tout à fait la même chose…

Ensuite, parce que la gauche dénonce des propos inscrits dans l'exacte ligne de ceux jadis tenus par Victor Hugo, Jules Ferry, Léon Blum ou encore Albert Bayet. Pour ces derniers, il existait en effet une hiérarchie entre, d'une part les «peuples civilisés», c'est-à-dire ceux qui se rattachaient aux Lumières et à l'«esprit de 1789», et d'autre part ceux qui vivaient encore dans les ténèbres de l'bscurantisme. Jules Ferry déclara ainsi devant les députés le 28 juillet 1885 :

«Il faut dire ouvertement qu'en effet, les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures ; mais parce qu’il y a aussi un devoir. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures».

Quant à Léon Blum, le 9 juillet 1925, toujours devant les députés, il ne craignit pas de prononcer une phrase qui, aujourd'hui, le conduirait immédiatement devant les tribunaux :

«Nous admettons le droit et même le devoir des races supérieures d'attirer à elles celles qui ne sont pas parvenues au même degré de culture et de les appeler aux progrès réalisés grâce aux efforts de la science et de l'industrie.»

Reconnaissons que Monsieur Guéant est bien loin d’avoir tenu de tels propos clairement racistes. La gauche ferait donc bien de balayer devant sa porte et si les représentants de la «droite» avaient eu un minimum de culture, ils auraient pu, en utilisant ces citations et bien d’autres encore, renvoyer le député Letchimy au passé de son propre parti.

Le problème est que Monsieur Guéant est un universaliste pour lequel l'étalon maître de la «Civilisation» est, selon ses propres termes, le respect des «valeurs humanistes qui sont les nôtres».

À ce compte là, effectivement le plus qu'un milliard de Chinois, le milliard d'Indiens, les centaines de millions de Japonais, d'Indonésiens etc., soit au total 90% des habitants de la planète, vivent en effet comme des «Barbares» ou des «Sauvages». Barbares et sauvages donc les héritiers de Confucius, des bâtisseurs des palais almohades et de ceux du Grand Moghol puisqu'ils n'ont pas encore adhéré à nos «valeurs humanistes», ces immenses marques du progrès humain qui prônent l'ndividu contre la communauté afin que soient brisées les solidarités, la prosternation devant le «Veau d'Or» afin d'acheter les âmes, la féminisation des esprits contre la virilité afin de désarmer les peuples, les déviances contre l'ordre naturel afin de leur faire perdre leurs repères.

Face à cette arrogance et à cet aveuglement qui constituent le socle de la pensée unique partagée par la «droite» et par la gauche, se dresse l'immense ombre du maréchal Lyautey qui, parlant des peuples colonisés, disait : «Ils ne sont pas inférieurs, ils sont autres». Tout est dans cette notion de différence, dans cet ethno différentialisme qui implique à la fois respect et acceptation de l'évidence.

Or, c'est cette notion de différence que refusent tous les universalistes. Ceux de «droite», tel Monsieur Guéant, au nom des droits de l'Homme, ceux de gauche au nom du cosmopolitisme et du «village-terre».

Bernard Lugan
8 février 2012
Bernard-Lugan-281p


 

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Civilisations, esclavage, nazisme :

les réponses de Roucaute, la plume

de Guéant

 

L'information a été révélée par Europe 1, et confirmée au Monde par l'intéressé : c'est le philosophe Yves Roucaute qui a fourni à Claude Guéant la formule qui enflamme, depuis le week-end dernier, le débat politique.

Samedi, lors d'un colloque organisé par le syndicat étudiant de droite Uni, le ministre de l'Intérieur avait appelé à «protéger notre civilisation» :

«Contrairement à ce que dit l'idéologie relativiste de gauche, pour nous, toutes les civilisations ne se valent pas. Celles qui défendent l'humanité nous paraissent plus avancées que celles qui la nient. Celles qui défendent la liberté, l'égalité et la fraternité, nous paraissent supérieures à celles qui acceptent la tyrannie, la minorité des femmes, la haine sociale ou ethnique

Un communiste devenu néoconservateur


Yves Roucaute

Yves Roucaute, professeur à l'université de Nanterre, est lui-même un rescapé du «relativisme de gauche» : dans les années 70, il avait été un des dirigeants de l'Unef et de l'Union des étudiants communiste. Un égarement de jeunesse. Le philosophe a finalement évolué vers un néoconservatisme à l'américaine, en apportant au passage ses lumières à plusieurs figures de droite, comme Alain Madelin, Alain Carignon et, donc, Claude Guéant.

Si son discours écrit pour le ministre de l'Intérieur restera dans les mémoires, c'est aussi parce qu'il a été à l'origine d'un incident de séance historique à l'Assemblée nationale. Mardi, lors des questions au gouvernement, le député de Martinique Serge Letchimy, apparenté socialiste, a évoqué le nazisme pour dénoncer les propos de Claude Guéant :

«Vous nous ramenez, jour après jour, à ces idéologies européennes qui ont donné naissance aux camps de concentration, au bout du long chapelet esclavagiste et colonial

Le gouvernement et l'UMP ont immédiatement quitté l'Hémicycle. Pourtant, Claude Guéant aurait pu trouver des réponses prêtes à l'usage dans les œuvres de sa plume (on n'ose pas écrire «son nègre», sans doute par relativisme de gauche).

Le nazisme «inventé par la gauche»

Par exemple, dans cette tribune publiée dans Le Figaro le 3 septembre, expliquant «ce qui ne peut plus durer au PS». Yves Roucaute veut en finir avec «les accusations de collusion de la majorité avec le FN» et les «attaques ad hominem contre un ministre de l'Intérieur» :

«Le Tartuffe Harlem Désir le sait bien : ce sont ses amis d'extrême gauche qui inventèrent le fascisme avec le socialiste Mussolini, numéro deux du Parti socialiste italien, le national-socialisme avec Hitler, leader du Parti ouvrier allemand, tout autant que le goulag et le laogai. Il faut avoir le verbe plus fin que le nez pour oublier qu'en France même le parti nazi a été construit par Jacques Doriot, numéro deux du Parti communiste, et le parti fasciste par Jacques Déat, député socialiste [il s'agit en fait de Marcel Déat, ndlr]. Et pour oublier que celui qui lança le Front national s'appelle François Mitterrand

Des esclavagistes noirs ou arabes

Et si, mardi à l'Assemblée, Serge Letchimy s'était contenté d'évoquer l'esclavage ? On ignore si Claude Guéant aurait aussi quitté l'Hémicycle, mais là encore, il aurait pu se plonger dans l'œuvre d'Yves Roucaute.

Le ministre de l'Intérieur aurait ainsi pu piocher dans La Puissance de la liberté, publié en 2004. Le Figaro en avait offert un extrait à ses lecteurs, justement consacré à l'esclavage :

«Comment peut-on continuer à prétendre attribuer aux Blancs, Américains en tête, l'origine et le goût de l'esclavage ? [...]

Comment ignorer que depuis la plus haute antiquité, tous les peuples ignorant l'inaliénabilité des droits fondamentaux pratiquèrent l'esclavage ? En Afrique, avant même la traite des Noirs par les Blancs, il y eut celle des Noirs par les Noirs et celle des Blancs par les Arabo-Berbères et les Turcs [...]. L'esclavagisme, reconnu par la Charia, était une pratique courante des Arabes, avant d'influencer le monde musulman d'Afrique et d'Orient [...].

Leur traitement ? L'ignominie atteint des sommets inconnus chez les Européens. La mutilation génitale infligée aux garçons de 8 ans pour fabriquer des eunuques était courante. Les femmes noires (et blanches) étaient systématiquement violées. Si elles devenaient enceintes, elles étaient avortées ou leurs enfants se trouvaient réduits en esclavage s'ils n'avaient pas été tués à la naissance par les concubines arabes [...]

Yves Roucaute avait déjà beaucoup réfléchi à l'histoire de l'esclavage : il y avait consacré une tribune dans Le Figaro (non disponible en ligne) en 2001, avec Jean-Jacques Roche, professeur à l'université Paris-Assas. Les auteurs dénonçaient «la repentance à sens unique», alors que se déroulait la conférence de Durban contre le racisme.

Défendre les minorités «sans idéologie»

Le racisme, justement : voilà une autre de ces accusations que Claude Guéant, avec l'aide d'Yves Roucaute, devrait pouvoir écarter facilement. Le ministre n'aurait qu'à relire ce que le philosophe écrivait en 2008, à propos de Barack Obama.

Dans La Tribune, Yves Roucaute renvoyait les admirateurs du nouveau président américain à leurs contradictions :

«Faut-il au moins saluer le recul de l'anti-américanisme via l'élection d'un “Président noir”  ? Recul momentané. Aurais-je d'ailleurs la cruauté de noter la myopie  ? Le rêve de Martin Luther King, celui de tout humaniste, de ne plus voir la couleur de la peau en regardant un enfant, où est-il  ?»

«L'intérêt de la France et de l'Europe», c'était l'élection du républicain John McCain, avait averti Yves Roucaute dans Le Figaro quelques mois plus tôt. Au passage, il refusait l'idée «que Barack Obama réconcilierait l'Amérique avec elle-même, Blancs et Noirs».

Selon lui, la «réconciliation raciale» était déjà terminée. Grâce aux Républicains, d'Abraham Lincoln à George W. Bush, de celui qui avait aboli l'esclavage à celui qui avait recruté Condoleezza Rice, à la fois «une femme et une Afro-Américaine» :

«Il ne suffit donc pas de dire que la gauche démocrate n'a pas le monopole de la défense des femmes et des minorités, il faut ajouter que la droite républicaine, fidèle à ses valeurs judéo-chrétiennes de liberté, les défend mieux et sans idéologie

Remplacez George W. Bush par Nicolas Sarkozy, Condoleezza Rice par Rachida Dati ou Rama Yade : grâce à Yves Roucaute, voilà Claude Guéant prêt à répliquer «sans idéologie» aux prochaines attaques des relativistes de gauche.

 

François Krug | Journaliste Rue89
10 février 2012

 

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"Toutes les civilisations ne se valent pas"

André COMTE-SPONVILLE cité par Luc FERRY

 

Le philosophe et ancien ministre de l'Éducation, Luc Ferry, se moquait hier de "l'effervescence proprement stupide" autour des propos de Claude Guéant. À ses yeux, les civilisations ne se valent "évidemment pas" et il n'est nullement scandaleux de le dire. "Toutes les civilisations se valent-elles? Evidemment non. Est-il scandaleux de le dire? Pas davantage", écrit-il dans une tribune au Figaro .

"Les cris d'orfraie poussés par les bien-pensants touchant les propos de Guéant sont d'autant plus ridicules que ces derniers relèvent plus de l'évidence que de la provocation".
L'écrivain se dit "prêt à parier qu'en leur for intérieur, nos éléphants du PS pensent exactement la même chose". "Au nom de quoi pourrait-on refuser à quiconque le droit de préférer les traditions qui ont engendré une grande littérature à celles qui commandent les sociétés sans écriture?"

Quant à vouloir distinguer civilisation et régime politique, "l'argument est spécieux : de toute évidence les deux sont inséparables". L'ex-ministre fournit à Claude Guéant un argumentaire qu'il tire d'un autre philosophe, André Comte-Sponville, défini comme "l'un des plus éminents penseurs se réclamant aujourd'hui de la gauche" et qui écrit, cite Luc Ferry : "Toutes les civilisations ne se valent pas, ni tout dans chacune d'elles". Il salue "une Europe qui eut le génie de développer une civilisation laïque de liberté et de bien-être à nulle autre pareille". "Pour combien de temps encore si nous n'y croyons plus nous-mêmes?", s'interroge-t-il en conclusion.

Le Figaro, 9 février 2012
source

 

 

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Claude Lévi-Strauss (1908-2009)

 

les cultures attachées chacune à un style de vie,

à un système de valeurs,

doivent veiller sur leurs particularismes

Claude LÉVI-SRAUSS

 

"À la fin de Race et histoire, je soulignais un paradoxe. C'est la différence des cultures qui rend leur rencontre féconde. Or ce jeu en commun entraîne leur uniformisation progressive : les bénéfices que les cultures retirent de ces contacts proviennent largement de leurs écarts qualitatifs ; mais, au cours de ces échanges, ces écarts diminuent jusqu'à s'abolir. N'est-ce pas ce à quoi nous assistons aujourd'hui ?

(…) Que conclure de tout cela, sinon  qu'il est souhaitable que les cultures se maintiennent diverses, ou qu'elles se renouvellent dans la diversité ?  Seulement il faut consentir à en payer le prix : à savoir, que des cultures attachées chacune à un style de vie, à un système de valeurs, veillent sur leurs particularismes ; et que cette disposition est saine, nullement - comme on voudrait nous le faire croire - pathologique.

Chaque culture se développe grâce à ses échanges avec d'autres cultures. Mais il faut que chacune y mette une certaine résistance, sinon, très vite, elle n'aurait plus rien qui lui appartienne en propre à échanger. L'absence et l'excès de communication ont l'un et l'autre leur danger."

C. Lévi-Strauss, De près et de loin,
Paris, Points, Seuil, 1990, p. 206-207.

 

9782738121400FS

 

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