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critique du film Pour Djemila (2012)

général Maurice FAIVRE

 

Pour Djemila,  présenté le 20 mars 2012 par FR3 est un excellent film de fiction, en ce sens qu'il reproduit le livre publié début 1962 par Simone de Beauvoir et Gisèle Halimi. La chronologie des faits est exacte, mais leur interprétation n'est pas partagée  par les juristes de haut niveau qui l'ont suivie.
C'est le cas de Maurice Patin, ridiculisé dans le film, alors qu'il présidait la Commission de Sauvegarde du droit et des libertés individuels, collaborateur apprécié du général de Gaulle depuis 1945.
 
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image du film
 
1. Contradiction des faits. Ayant interrogé Djamila avant G.Halimi, M. Patin estime que les déclarations tardives de Djamila ne sont pas convaincantes, et que les violences subies sont sans gravité. Ses rapports successifs, de 1958 à 1961, concluent à la diminution des pratiques illégales. Il estime que l'armée protège la population, qui lui fait confiance. Le système de la torture a été disloqué par les Procureurs militaires.
 
Les rapports des médecins-légistes ne constatent aucune trace de violence ou brûlure de cigarettes, et ne confirment pas la défloration sexuelle. Cependant la gynécologue Michel-Wolfrom estime que "l'examen psychique rend probable cette défloration".
 
L'instruction de l'affaire est poursuivie à Caen par le juge Chausserie-Laprée. Le président Patin estime que "les accusations ridicules et malveillantes" publiées dans le livre de madame Halimi portent atteinte à son  honneur. Djamila n'a jamais été  condamnée. Il n'y avait aucun risque qu'elle soit guillotinée, mais il fallait le faire croire aux médias !

Elle est libérée le 7 mai 1962 par ordonnance de non-lieu, en application du décret d'amnistie du 22 mars. Réfugiée chez madame Halimi,  elle est séquestrée puis transférée à Alger par la Fédération de France du FLN, qui dénonce "l'opération publicitaire tentée à des fins personnelles" par l'avocate G.Halimi (Le Mondedu 3 mai 1962). 

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2. Personnalité de Djamila.
Djamila Boupacha appartient à une riche famille  bourgeoise de banlieue. Elle se prétend exploitée par la colonisation, ce qui relève de la propagande politique subie. Elle avait tous les moyens de réussir. Il est intéressant de noter que les officiers qui l'ont interrogée à Alger expriment des opinions favorables.

Pour l'OR du sous-secteur de Bouzareah (14 février 1960), c'est une fille farcie de propagande, tendant au mysticisme,  ne cachant pas ses idées, les exposant d'ailleurs avec une certaine noblesse d'esprit.

Le commandant du sous-secteur de Bouzareah (11 mars 1960) l'estime comme une jeune fille physiquement et moralement saine, qui a témoigné d'une grande noblesse d'esprit et de beaucoup d'honnêteté dans ses déclarations. Le commandant du Secteur d'Alger-Sahel (3 juin 1960) note qu'elle est fortement imprégnée de propagande, rebelle avec une tendance au mysticisme, franche, exprimant ses idées avec courage.

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3. Débat sur la culpabilité.
Confronté à des témoins anticolonialistes et antimilitaristes, ou à des actrices incompétentes, F. Taddei n'obtient pas de réponse à la question de la moralité du terrorisme. L'historienne  Sylvie Thénault soutient la thèse de l'armée d'occupation(largement musulmane!) imposant une logique de terreur (sic).

Or tous les acteurs et historiens sérieux savent que la terreur fut d'abord celle du FLN, imposée dès 1955 à des paysans non convaincus, puis à des Européens qu'il fallait terroriser, et dont la phase ultime fut constituée par les enlèvements et massacres de 1962.

Sans doute faut-il rappeler que Sartre et S. de Beauvoir sont dans l'admiration de Franz Fanon qu'ils viennent de rencontrer. Le théoricien du terrorisme, raciste antiblanc notoire, affirme que "La vie ne peut surgir que du cadavre en décomposition du colon". Sartre écrit qu'il faut tuer le colon ! J.Daniel est horrifié par cette "philosophie".
 
Pour ces sartriens, il est normal que le civil innocent soit soumis au terrorisme.
Interrogée à Alger, Djamila ne nie pas, elle exécutait les ordres. mais elle n'a pas jugé nécessaire de venir en débattre.
 
4. Non-dit.
Le juge d'instruction de Caen a lui aussi été oublié dans le débat. Je connais ses convictions, et sais qu'il n'aurait pas approuvé l'exploitation de l'affaire.
 
Maurice Faivre, historien CFHM et
Académie des sciences d'Outre-mer

 

9782070205240 

 

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