Livre-Besnaci-Lancou-Falaize-Manceron

 

harkis, torture, présence française : polémique

général Maurice FAIVRE

 

Objet : recension de la NRH

Ce message intéressera ceux qui n'apprécient pas la LDH. Il a été adressé aux membres de la CFHM, avec copie à LDH, INRP et AHDH.
Chers amis historiens, excusez ce message personnel, qui concerne mes travaux d'historien. C'est une pièce tragi-comique en 4 actes, un peu longue, vous n'êtes pas obligé de tout lire.

Maurice Faivre

 

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Primo

Peut-être avez-vous lu dans la NRH de janvier le texte suivant :

À OUBLIER D’URGENCE...  Les harkis, Histoire, mémoire et transmission, dir. F. Besnaci-Lancou, B. Falaize et G. Manceron, éditions de l’Atelier, 222 p. 19 euros.
Rédigé par dix-sept auteurs, cet ouvrage, présenté comme un «travail d’histoire et de mémoire»  est publié par la Ligue des droits de l’Homme et l’Institut National de Recherche Pédagogique… Sauf exceptions, les approximations, contre-vérités et ignorances sont la règle. Un certain Gilles Manceron croit pouvoir s’en prendre de façon diffamatoire au général Faivre dont on sait le travail considérable qu’il a accompli sur les harkis,  au point d’apparaître comme le pionnier de l’étude historique de la question. On sait ce qu’est – auprès de ses pairs (Frémeaux, Pervillé, Brunet, Lefeuvre, Vaisse, les divers spécialistes qui oeuvrent au sein des commissions française et  internationale d’histoire militaire) la réputation de sérieux de celui qui a été visé par ces attaques indignes et stupides.

Philippe Conrad

 

Secundo

Ce texte de la NRH résume de façon succincte la recension que M. Faivre avait rédigée en novembre et qui n'a pas été diffusée. La voici :

Fatima Besnaci-Lancou, Benoit Falaize et Gilles Manceron (sous la direction de), Les harkis, histoire, mémoire et transmission, éd. de l’Atelier (ex-Ouvrières), sept. 2010, 222 pages, 19,90 €.

17 auteurs ont participé à l’écriture de cet ouvrage collectif, qui est présenté par son préfacier comme un beau travail conjoint d’histoire et de mémoire. La Ligue des droits de l’homme et l’Institut national de recherche pédagogique se sont unis pour produire cet ouvrage qui prétend renouveler la connaissance d’un sujet qui, étudié dès 1989, s’est peu à peu enrichi au début du siècle.

D’emblée, il faut distinguer deux historiens qui n’appartiennent pas à la LDH et qui proposent des analyses objectives du problème. Mohamed Harbi replace l’histoire des harkis dans l’évolution d’une nation en formation ; l’attachement à la famille, au clan et à la religion précède en effet le sentiment national ; cette diversité de la société algérienne est ignorée par les ulemas, citadins indifférents à la réalité des campagnes, qui ont imposé la doctrine d’une nation préexistant avant 1830 et d’un islam anti-démocratique; quant à certains chefs de l’ALN, ils ont porté atteinte à l’honneur des populations rurales, lesquelles se sont protégées en répondant aux campagnes de recrutement de l’armée française.

Fils de harki, Abderhaman Moumen expose de façon claire les massacres de 1962 et les lieux de mémoire qui commémorent le passage des harkis dans divers centres d’accueil ; ayant retrouvé le rapport Massenet qui proposait un rapatriement massif, son analyse de la notion d’abandon des harkis est argumentée ; elle aurait mérité d’être complétée par les archives disponibles du CICR, des Affaires algériennes (Comité et ministre), et sur le témoignage des assistantes sociales et monitrices de hameaux forestiers.

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En revanche, deux auteurs font la démonstration de leur incompétence et (ou) de leur mauvaise foi. Il s’agit du Britannique Mac Master qui critique l’idéologie de deux officiers de  supplétifs : l’ethnologue Jean Servier, qui aurait monté – et raté - l’opération Oiseau bleu, et dont les connaissances manquent de fondement scientifique (sic), et le colonel Montaner, fondateur de la Police auxiliaire de Paris, dont les méthodes autoritaires s’affranchissaient du respect de la loi.

L’historien Jean-Paul Brunet, dans la revue Commentaires, a montré le manque de méthode et de morale de ce sociologue. Rémy Valat a fait le même constat. «L’humaniste de la LDH» Manceron, critique lui aussi les illusions de Jean Servier, fondateur de la première formation supplétive à Arris ; il montre la même méconnaissance que Mac Master du montage de l’opération Kabyle (dite à tort Oiseau bleu), et énonce un certain nombre de contre-vérités qui font sourire les anciens harkis et leurs chefs. Il attribue la lenteur du recrutement des harkis à la personnalité des généraux, alors  qu’elle est due au rapport des forces initiales. Ses évaluations des effectifs des harkis, des musulmans engagés et des rebelles sont inexactes, et il affirme que les harkis n’ont pas tous porté des armes, et que les plus nombreux n’ont servi que dans des emplois civils (maçons, jardiniers …etc).

Opposés à l’indépendance (ce que dément Mohammed Harbi), soumis à la méfiance de leurs chefs, recrutés pour la gamelle, désarmés après chaque opération, les supplétifs ont rejoint les maquis en 1962 avec armes et bagages (sic), ce qui est vrai pour les appelés de la Force locale (UFL), mais pas pour les harkis. Dans un chapitre comparant les mémoires et l’histoire, Manceron se livre à  des attaques, toutes inexactes, contre le rédacteur de cette recension, démontrant ainsi son incapacité à recouper des informations partielles. Ni l’histoire, ni la mémoire ne sont au rendez-vous.

Les chapitres répétitifs consacrés à la transmission de l’histoire des harkis confirment que cette histoire est un sujet difficile ; la colonisation étant un fait ambigu, les supplétifs sont pratiquement absents des manuels scolaires ; les enseignants ont peur d’être contestés et présentent les harkis comme des victimes de la colonisation, des anti-héros et des marginaux.

Quant aux manuels algériens, ils évitent de parler de ces hommes affectés aux sales besognes, qui contredisent le mythe de la nation unanime.

Une bibliographie détaillée conclut cet ouvrage, dans laquelle ne figurent pas les livres de Jean-Paul Brunet, ni les articles de l'anthropologue Khemisti Bouneb ni les films d'Alain de Sédouy.

Maurice Faivre
le 14 novembre 2010

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Tertio

Dans cette recension, M. Faivre ne précise pas la nature des  4 attaques qui lui sont adressées.

Voici ces précisions, et les éléments de réponses aux accusations personnelles de Manceron, qui ont été reprises par la LDH de Toulon les 4 et 13 octobre 2010.

1. M. Faivre aurait justifié l'usage de la torture. S'agissant de son action sur le terrain, cela est démenti par J.-C. Jauffret dans "ces officiers qui ont dit non..." p.115. Citation : qui concerne les atrocités du FLN, hélas bien réelles (J.Julliard "incapable de provoquer un soulèvement généralisé,  le FLN a eu recours à la terreur et aux atrocités", Nouvel Obs du 10/05/2001). Mais il faut lire le 8ème paragraphe : "certains se sont salis les mains... ces dérives furent marginales et en contradiction avec les méthodes voulues et les objectifs poursuivis par la France et son armée". Ce n'est donc pas une approbation. M. Faivre a fait la même analyse dans un article de Liberté politique (automne 2001) sur "terrorisme et torture", et dans deux ouvrages (Conflits d'autorité et La croix-Rouge dans la guerre d'Algérie).

2. M. Faivre est le seul historien ayant participé à une réunion du député Diefenbacher (puis Kert), en préparation de la loi du 23 février 2005 évoquant "le rôle positif de la présence française outre-mer, etc.." En réalité, il s'est prononcé contre le paragraphe 4 de cette loi, dans des lettres à G.Meynier (10 mai 2005), à Fatima Besnaci (10 septembre),  et lors d'une audition par JL Debré le 18 janvier 2006.

Il proposait que l'on parle des aspects positifs et négatifs de cette présence. Il a conservé  les archives de ces documents.

3. Il intervient, sous le pseudo de Cyrano, sur des sites internet proches de l''extrême droite,  qui se livrent à de violentes attaques contre la religion musulmane (sic). En réalité le texte de Riposte laïque qui a été diffusé sous son nom  par un imbécile, a été rédigé par le professeur de philo Maurice Vidal. Riposte laïque a dénoncé le 14 décembre 2009 cette fausse information, en précisant : nous ne connaissons pas le général Faivre. Il n'est donc pas Cyrano ! En revanche, il a publié dans le Casoar d'octobre 1995 un article "Pour un islam tolérant", dans lequel il approuvait la position modérée de l'imam Soheib ben Cheikh. Il a d'ailleurs été en relation sur ce sujet avec le P. Lelong, Abdelkader Barakrok, Sellam Sadek et récemment Boualem Sansal.

4. Camille Lacoste-Dujardin lui reproche un total manque de rigueur historique. Dans l'affaire K, dite de l'Oiseau bleu, il en effet critiqué cette ethnologue,  qui a découvert cette affaire en 1969 (13 ans après les faits). Elle n'a rien compris au montage de cette affaire, n'ayant pas eu accès aux archives des Services secrets, ni aux écrits de Jean Servier en 1956.

Ceci est confirmé par Jacques Frémeaux dans les Annales de janvier 2000 : "Avoir omis le témoignage de Servier affaiblit la portée de sa démonstration". Dans Guerres d'Afrique, université de Rennes, 2009, Vincent Joly confirme, p. 285, que les textes publiés par le général Faivre infirment la thèse de Camille Lacoste. Jacques Frémeaux a demandé le 17 janvier 2001 une mise au point sur le montage de l'affaire,  qui pour finir a  été publiée par Etudes coloniales en décembre 2010.

 

Quarto

Le 8 octobre 2010, Maurice Faivre a proposé à  la LDH un débat entre historiens,  Gilles Manceron a accusé réception, mais n'a pas répondu à cette proposition. En revanche, un professeur de Sorbonne, cité plus haut, écrit le 24 janvier 2011 :
- Mon général, je ne peux qu'approuver votre volonté de donner de votre carrière et de votre action en Algérie une vision fidèle et juste. Croyez que pour ma part j'ai toujours accordé une totale confiance aux informations que vous donnez dans vos ouvrages. Dont acte. D'autres critiques ont été formulées par Raphaëlle Branche dans un article  sur le livre blanc de l'armée française, publié par la LDH. Pour ne pas surcharger ce message déjà long, il y sera répondu dans un autre courriel.


Maurice Faivre
le 29 janvier 2011

 

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