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Du colonialisme à la Belle Époque

(1871-1913)

La bande dessinée Larousse le Monde

du 6 septembre 2008

Jean-Pierre RENAUD

Une première observation de lecture : l’aventure coloniale est assez bien décrite et résumée, sans exagération négative ou positive, je dirais volontiers avec une certaine rigueur historique.

La description de la plupart des personnages choisis est correcte. En ce qui concerne Samory, il aurait été plus juste de dire qu’en 1880 son empire avait atteint sa pleine puissance, et donc qu’il n’avait pas besoin de le porter «à bout de bras». L’anecdote sur le fusil Kropatchek est pertinente, car elle donne un témoignage précis sur le degré d’évolution technique de son armée.

Le personnage de Behanzin est bien évoqué, la puissance de son armée, mais aussi la force des coutumes sacrificielles qui régnaient à sa cour.

En ce qui concerne les explorateurs, on peut s’interroger sur le choix de Soleillet qu’on  peut ne pas considérer comme très représentatif de cette espèce d’explorateurs, civils ou militaires, qui, au mépris de tous les dangers, parcouraient une Afrique noire encore inconnue. Le sultan Ahmadou  de Ségou le garda d’ailleurs prisonnier pendant plusieurs mois.

Dans une autre bulle, Reybaud ? Inconnu au bataillon !

Et précisément au sujet des événements retenus, et de la prise de Sabouciré par les troupes coloniales, en 1878, on n’est pas obligé de partager à ce sujet le jugement de l’historien Person qui fit de la prise de ce tata, un fait historique fondateur de la conquête coloniale du Soudan.

Une simple allusion à la conquête du Tonkin, peut être, mais le texte de la bulle ne correspond pas du tout à la réalité historique, je cite : Quand les troupes françaises occupent le Tonkin en 1884-1885, elles affrontent un adversaire encore médiéval… avec la bataille de Bac Ninh. La citadelle en question était occupée par des troupes régulières chinoises, armées d’armes modernes. Par ailleurs, la citadelle était truffée d’ouvrages de défense très sophistiqués, comme savait les construire l’armée chinoise. Le combat fut donc loin d’être médiéval !

la magie exotique des images ?

On peut regretter d’ailleurs que pour une représentation historique plus fidèle, l’Indochine n’ait reçu qu’une part infime des bulles, et Madagascar, aucune. Une des cartes de la troisième page est d’ailleurs inexacte, puisque l’île n’était pas une colonie en 1890, pas plus que le Maroc qui a été évoqué plus loin. La Tunisie également absente des bulles !

Le même problème de représentativité se pose pour la place qu’occupe dans l’ouvrage l’aventure coloniale, une page sur trois, alors que les journaux de l’époque n’ont pas consacré une page sur trois à ces sujets, pas plus que le Parlement en nombre d’interpellations ou de sessions.

Est-ce que les auteurs de l’ouvrage n’ont pas été trop séduits par la magie exotique des images, plus que par la relation historique des faits ?

Cela dit, dans l’ambiance actuelle d’une contrition souvent revendiquée et d’un anachronisme colonial un peu trop agressif à mon goût, ces pages sont les bienvenues.

Jean Pierre Renaud,
le 10 septembre 2008


Note pour l’information du lecteur

Rien dans la couverture, ni dans la quatrième de couverture de l’opuscule en question, ne permet de penser qu’il s’agit de la réédition d’un des opuscules de l’histoire de France édité par Larousse en 1978. Il faut lire la préface pour en avoir conscience.

Or il se trouve que sous la responsabilité du journal Le Monde, la partie rééditée, intitulée, L’aventure coloniale, est rigoureusement la même en images, bulles et textes, que celle publiée par Larousse, mais sous un titre tout à fait différent, La France d’Outre-Mer.

Le lecteur en tirera toute conclusion qu’il voudra, mais est-ce que cela veut dire que le journal Le Monde accrédite la version historique proposée en 1978, plus de quinze ans après la décolonisation ?

J.-P. Renaud


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