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L'illusion coloniale (Tallandier, 2005)

un livre d'Éric Deroo avec la collaboration de Sandrine Lemaire

Jean-Pierre RENAUD

 

1156Un très beau livre d’images qui s’inscrit dans la suite des beaux livres d’images qui semblent à la mode et ont l’ambition de faire revivre le passé colonial de la France.
Un titre très ambitieux : deux cents pages pour couvrir deux siècles et demi d’histoire coloniale (1750-1962).
Un titre ambigu à l’exemple du beau livre d’images intitulé Images d’Empire (La Documentation française-La Martinière- 2003) dont l’immense majorité des clichés ne datait pas de l’Empire, mais de Vichy ou de la Quatrième République, et donc de l’Union française.
Ici, dans le déroulement chronologique des images au cours de la période 1750-1962, le commentaire n’explique pas le titre du livre, pourquoi l’Illusion coloniale ? La tâche était d’ailleurs impossible.

Le commentaire des images s’inscrit dans la ligne de pensée et d’écriture du collectif de chercheurs, dont fait partie l’historienne Sandrine Lemaire, collectif qui a produit une série d’ouvrages sur la Culture coloniale, la Culture Impériale, et la Fracture Coloniale.

Ne nous attardons pas sur au moins deux des erreurs historiques du commentaire, la conquête de Madagascar par Gallieni en 1895 (p. 43) et le fait que l’École coloniale ait donné naissance à l’ENA (p. 83).

Quant au commentaire lui-même, s’il est vrai qu’il est difficile de justifier, chaque fois par des chiffres précis, beaucoup d’affirmations et de jugements sur les périodes successives examinées et illustrées, l’absence complète de mesure et d’évaluation donne une grande fragilité historique à la plupart des affirmations. Lesquelles n’ont pas été démontrées dans les livres du collectif.

Relevons quelques unes d’entre elles pour éclairer le lecteur :

La fabrique de l’opinion (p. 70) avec la propagande coloniale, une multitude de relais, la radio et le cinéma sont mobilisés et financés par l’Etat, des milliers de publications et de supports.

Les femmes (p. 129) et la notation, un des sujets les plus reproduits dans les cartes postales coloniales, avec l’inévitable référence aux érotiques mauresques. Représentation des femmes des colonies qui n’est pas celle reconnue par les meilleurs spécialistes.

L’Agence économique des colonies, recréée par le régime de Vichy en 1941, elle bénéficie de moyens1156 considérables, (p. 156),  mais aucun chiffre précis n’est avancé sur ces moyens et sur leur poids relatif dans les valeurs économiques de l’époque ?

Permanence des images héritées de la colonisation (p. 214) : cette interprétation est un des fils conducteurs du commentaire et est, en cela, tout à fait fidèle à l’interprétation historique donnée à l’histoire coloniale par ce collectif de chercheurs, avec une généalogie historique non encore démontrée, mais répétée au fil des discours, entre cette histoire, une fracture coloniale supposée, et en définitive la crise des banlieues, et pourquoi pas l’existence de nouveaux indigènes de la République.

 Jean-Pierre Renaud, 22 mai 2007
paru dans le numéro 12 de la revue
de l'association AROM  amitié-réalité-outre mer
auteur du livre Le vent des mots...

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- L'Illusion coloniale, Éric Deroo
avec la collaboration de Sandrine Lemaire, Tallandier, 2006
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Eric_Deroo




Éric Deroo

 

 

 


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