"villages noirs" ou zoos humains ?
Villages noirs
et autres visiteurs africains
et malgaches
en France et en Europe (1870-1940)
un livre de Jean-Michel BERGOUGNIOU, Rémi CLIGNET
et Philippe DAVID aux éditions Karthala (2001)

présentation de l'éditeur
Attestés par une riche iconographie, les "Villages noirs" présentés un peu partout en France entre 1870 et 1930 ont pris place dans le phénomène universel et permanent des exhibitions ethnographiques plus ou moins commercialisés, selon les époques et les endroits, du cirque aux spectables et aux expositions coloniales ou non. En majorité sénégalais pour ce qui des formules "à la française", ils ont à leur manière participé positivement à la lente et malhabile découverte réciproque des peuples périphériques, coloniaux ou non.

"Village noir - Famille Wolof, bijoutiers", exposition d'Angers, 1906
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"Villages noirs", Visiteurs africains et malgaches en France et
en Europe (1870-1940), Jean-Michel Bergougniou, Rémi Clignet, Philippe David, Karthala, 2001.
Depuis quelques années, on évoque abondamment
les «zoos humains» où les Africains auraient été exhibés devant les
badauds européens du XIXe siècle dans un esprit honteusement
raciste. Saluons donc le travail déployé par trois chercheurs pour remettre les
choses en place, dans cet ouvrage paru chez Karthala, éditeur spécialisé dans
l’Afrique et ne passant pas pour être particulièrement réceptif aux thèses
impérialistes et néo-colonialistes.
De quoi s’agit-il ? De la vogue des « spectacles
ethnographiques » et des «villages noirs» qui,
pendant une trentaine d’années, de 1880 à 1910, se répandit en même temps que
celle des expositions universelles, reflet d’un intérêt général pour les
progrès de la science et des connaissances géographiques apportées par les
grandes explorations.

"Sortie des Noirs", exposition d'Angers, 1906
Ce n’est pas la République «coloniste» de Jules Ferry qui fut la première à avoir l’idée de tels spectacles, mais l’Allemagne, certes engagée dans l’exploration et la colonisation de l’Afrique noire, mais pas autant que la France et l’Angleterre de Fachoda. Fondateur d’un célèbre parc animalier près de Hambourg et grand pourvoyeur de zoos européens en faune africaine, Carl Hagenbeck ne heurta pas les sensibilités de l’époque en faisant accompagner certains de ses fauves par des indigènes «de même provenance». Au contraire, il fut rapidement imité par des compatriotes, les frères Möller, organisateurs de «caravanes» africaines en Allemagne et dans les pays voisins. De Hambourg à Copenhague, leurs «spectacles» attirèrent des milliers de visiteurs. Ils recrutaient directement en Afrique des «troupes» auxquelles ils promettaient des «cachets» faramineux à l’aune locale.
Ce qui nous
paraît choquant aujourd’hui, ne l’était pas à l’époque. Pourquoi pas des
Africains, puisque les Gauchos argentins, les Lapons norvégiens et les Cosaques
des bords du Kouban faisaient aussi partie des «curiosités»
offertes à la contemplation des écoliers et de leurs parents ? La France,
en tout cas, emboîta le pas à l’Allemagne et à la Grande-Bretagne. Les Ashantis
du Ghana furent «produits» à Paris après avoir «tenu l’affiche»
à Londres. Le Makoko du Congo en personne, le roi qui avait signé un traité
d’amitié avec Brazza, fut «emprunté» aux autorités pendant qu’il
faisait une «visite officielle» à Paris, pour participer à un
«spectacle congolais» organisé à Roubaix en 1887. Le
zoologiste Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, président du conseil
d’administration du Jardin d’Acclimatation de Paris, donna une caution
scientifique à des activités mêlant spectacles animaliers et parades humaines.
En 1878, la revue La Nature le remercia vivement d’«offrir
ainsi à ceux qui s’occupent spécialement des races humaines des moyens d’étude
que nos mœurs casanières ne nous permettent que très rarement d’aller chercher
sur place.» Du chirurgien Paul Broca au prince Roland Bonaparte,
futur président de la Société de géographie, les sommités de diverses
disciplines scientifiques ne jugèrent pas indigne de venir observer et mesurer
les hôtes du Jardin d’Acclimatation.

"Village noir - prière à la mosquée", exposition de Nantes, 1904
Le grand
mérite des trois auteurs de Villages Noirs est de ne rien cacher du caractère
aujourd’hui inacceptable de ces spectacles, sans en profiter pour faire le
procès expéditif des générations précédentes. Les «vedettes» les
plus applaudies des Français, y compris aux Folies-Bergère, furent les
célèbres «Amazones» du Dahomey, celles-là même qui donnèrent le
plus de fil à retordre à la Coloniale pendant la conquête de ce pays. Si
c’était du racisme, il cachait bien son jeu.
Ce livre
déborde la période faste des «villages noirs» pour aller brièvement
jusqu’aux années 1950. «Réduire quatre-vingts ans de contacts au seul
schéma ridicule et déformé du
Blanc-qui-jette-des-cacahuètes-au-Nègre-par-dessus-un-grillage, en refusant de
le cantonner aux seules occasions où cela s’est effectivement produit et,
surtout, tenter d’en faire le jalon manquant entre l’esclavage et les camps de
concentration, c’est mentir, au mieux par ignorance, au pire par omission»,
concluent les auteurs. L’un d’eux, Rémi Clignet, fut directeur de recherches à
l’ex-Orstom1. Un autre, Philippe David, a derrière lui un long passé
de magistrat breveté de l’Enfom2. Cette carte de visite vaut bien
celle des thésards en mal de sujet «original» qui ont fait leur
fonds de commerce de la dénonciation répétitive des «zoos humains».
Jean de la Guérivière
1 . Office de
recherche scientifique et technique outre-mer, devenu l’Institut français de
recherche scientifique pour le développement en coopération.
2. École
nationale de la France d’outre-mer.
- Jean de la Guérivière, ancien journaliste au Monde, correspondant à Alger et responsable de la rubrique Maghreb, auteur de Les fous d'Afrique (Seuil, 2001), L'exploration de l'Afrique noire (Le Chêne, 2002), Amère Méditerranée (Seuil, 2004) et Indochine, l'envoûtement (Seuil, 2006).

"Au village noir : un groupe", exposition d'Orléans, 1905

"Village noir : famille Mandingue, joueurs de Cora", exposition d'Angers, 1906

"Au village noir - Famille Laobé", exposition d'Orléans, 1905
"Village Noir : salle de danse", exposition du Mans, 1911
- Répertoire des historien(ne)s du temps colonial
Commentaires sur "villages noirs" ou zoos humains ?
Ce texte est vraiment très intéressant, je vais fouiller ce blog un peu plus ![]()
Pour en savoir plus sur les Zoos Humains
Consultez le site www.deshumanisation.com
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