mercredi 7 novembre 2012

Si Kaddour Ben Ghabrit, un "juste parmi les nations" ?

couv Mohammed Aïssaoui

 

 

La Mosquée de Paris a-t-elle sauvé des juifs

entre 1940 et 1944 ?

une enquête généreuse mais sans résultat

Michel RENARD

 

Le journaliste au Figaro littéraire, Mohammed Aïssaoui, né en 1947, vient de publier un livre intitulé L’Étoile jaune et le Croissant (Gallimard, septembre 2012). Son point de départ est un étonnement : pourquoi parmi les 23 000 «justes parmi les nations» gravés sur le mémorial Yad Vashem, à Jérusalem, ne figure-t-il aucun nom arabe ou musulman ?

Il mène une enquête, cherche des témoins ou des descendants de témoins, évoque la figure de Si Kaddour Ben Ghabrit, directeur de l’Institut musulman de la Mosquée de Paris de 1926 à 1954, fait allusion à d’autres personnages qu’il a rencontrés, et plaide pour une reconnaissance mémorielle d’actes de solidarité, de sauvetage, de juifs par des musulmans durant cette période. Et pour leur reconnaissance et inscription sur le mémorial de Yad Vashem.

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mémorial Yad Vashem

Cet ouvrage est fréquemment mentionné par voie de presse, avec force sympathie. Mais… rares sont les critiques, positives ou négatives, réellement argumentées. On a le sentiment que ce livre est légitime, généreux, qu’il «tombe» bien en cette période.
C'est ce que le sociologue américain Merton avait repéré dans les phénomènes d'identification et de projection même si le rapport à la réalité est totalement extérieur. Aujourd'hui, l'Arabe musulman, sauveur de juifs, devient un type idéal auxquels de nombreux musumans ont envie de croire. La réalité n'est pas celle-ci, mais peu importe ! On reproduit la quatrième de couverture du livre (qu'on n'a pas lu), on ose quelques citations d’extraits… Mais personne ne se hasarde à une évaluation de la validité historique de sa teneur.

Compliments

Commençons par les compliments. Et pas seulement pour contrebalancer, de manière formelle, les critiques qui vont suivre… Ce livre a des qualités. Il est passionné. Mohammed Aïssaoui, tel un Tantale ne cesse de remonter le rocher contre l’oubli. Il cherche, s’évertue à prolonger les moindres pistes, ne renonce pas devant les échecs partiels, interroge et ré-interroge, fouille des archives, se déplace en France et au Maghreb. Le sujet lui tient à cœur. Il a également des qualités morales, n’hésitant pas à critiquer l’antisémitisme d’une partie du monde arabe et musulman, se sentant dépassé par la haine anti-juive et le pro-hitlérisme du mufti de Jérusalem, Hadj Amin al-Husseini (1895-1974), encore considéré comme un héros par beaucoup.

Mohammed Aïssaoui est un humaniste. Il est intérieurement remué devant la modestie et la discrétion publique d’hommes ou de femmes qui devraient être considérés comme des héros. Il est sensible au moindre geste d’altruisme et de désintéressement.

Il a lu, comme moi, avec émotion et engouement le livre d’Ali Magoudi, Un sujet français (2011) sûrement frappé par «l’autopsie du silence paternel» (p. 59 du livre d'Ali Magoudi) et ses raisons profondes : «Pris par la nécessité d’occulter ses faits de collaboration, mon père a caché tout événement qui l’aurait trahi. Il a omis de nous raconter Pruszków, quitte à inventer un camp de concentration et une évasion héroïque sur un chariot de morts, version plus glorieuse qu’une libération pour cause de collaboration» (p. 328).

Sincèrement, je crois qu’il a manqué à Mohammed Aïssaoui un peu de cette réserve devant les témoignages dont Ali Magoudi a fait une tension intellectuelle sans faille. L’Étoile jaune et le Croissant veut, à tout prix, trouver des «justes parmi les nations», des musulmans qui auraient sauvé des juifs pendant la Seconde Guerre mondiale en France.

Quels témoins ?

Mais il n’en trouve guère. Les comptes rendus, dans la presse, disent qu’il a sollicité des «interlocuteurs célèbres comme Elie Wiesel, Serge Klarsfeld et Philippe Bouvard». Mais aucun de ces trois personnages ne témoigne en faveur d’une activité organisée de la Mosquée de Paris. Wiesel (p. 17-18) est rencontré à titre de témoin du génocide en général et de la transmission de la mémoire. Rien à voir avec la Mosquée de Paris. Klarsfeld explique que pendant quelques mois, il a eu «une mère algérienne et musulmane… appelée Mme Kader» (p. 25). Durant l’Occupation, dit-il, «elle a bénéficié de faux papiers avec un prénom et un nom arabe» délivrés «par une filière classique de faussaires» (p. 25). Donc, pas de rapport, a priori, avec la Mosquée de Paris. Plusieurs filières de délivrance de faux papiers ont existé sous l'Occupation, certaines résistantes et d'autres silmplenent mercantiles.

Le cas de Philippe Bouvard est différent. Son père adoptif, Jules Luzzato, juif, petit-fils de rabbin, fabriquait des costumes civils pour des déserteurs allemands. Dénoncé et arrêté, il est finalement délivré suite à une démarche de la mère de Philippe Bouvard auprès de Si Kaddour Ben Ghabrit.

«Avec ma mère, ajoutait-il, on se cachait, on a peut-être changé une dizaine de fois de domicile. Non, je ne me souviens pas que nous nous soyons cachés à la Mosquée. Mais j’y allais souvent, tout m’y semblait exotique, c’était, pour moi, le grand dépaysement en prenant simplement le métro jusqu’à Jussieu. Je pense que ce qui rapprochait ma mère et Si Kaddour, c’était la littérature, la culture et la musique. Son salon était très vivant.» (p. 68).

Geste noble de la part de Si Kaddour, mais peut-être seulement motivé par une espèce de connivence intellectuelle, une accointance de salon. Cela étant, il l’a fait.

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Si Kaddour Ben Ghabrit

Quels autres témoins, Mohammed Aïssaoui peut-il mobiliser ?  Il y a en a une, du nom d’Oro Boganim, infirmière à l’hôpital franco-musulman, dont le fils Michel Tardieu, rapporte que Si Kaddour l’a appelée un jour pour lui dire : «les Allemands sont en train de regarder les dossiers du personnel de l’hôpital, ils vont se rendre compte que tu es juive. Sauve-toi tout de suite !» (p. 43). Michel Tardieu dit que «Si Kaddour a sans doute aidé sa mère à sortir, mais je ne sais pas comment» et que son père, Noël Tardieu, français et catholique, l’a ensuite rejointe au Maroc.

Mohammed Aïssaoui cite également un auteur marocain d’une biographie de Si Kaddour, Hamza ben Driss Ottmani, évoquant le cas d’une pianiste sauvée par le recteur de la Mosquée de Paris. Elle s’appelait Georgette Astorg, son nom de jeune fille étant Zerbib : «Après s’être renseigné, Si Kaddour aurait décidé de l’abriter au sein de la Mosquée pendant quelques jours, puis aurait facilité son transfert en zone libre, à Toulouse» (p. 62).

Tout cela est peut-être vrai. Mais les preuves sont ténues et non corroborées.

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Le documentaire de Derri Berkani (1990) et ses témoins

Jusqu’alors, le poids principal des témoignages reposait sur les personnages intervenant dans le documentaire de Derri Berkani, Une résistance oubliée, la Mosquée de Paris de 40 à 44 (La Médiathèques des trois mondes, 1990)… que j’ai eu la prescience d’acheter moi-même quand on le trouvait encore à la librairie de l’Institut de Monde Arabe il y a quelques années…

Le témoin principal justifiant une activité de sauvetage d’envergure de juifs par la Mosquée de Paris était Albert Assouline. Ce dernier, abrité lui-même par la Mosquée sous l’Occupation avait déjà parlé de tout cela en 1983. Mohammed Aïssaoui le cite (c’est aussi dans le documentaire filmé) : «Pendant toute la dernière guerre, la Mosquée de Paris ne cessa d’apporter son aide à la résistance contre l’Allemagne nazie. Pas moins de 1732 résistants trouvèrent refuge dans ses caves : des évadés musulmans mais aussi des chrétiens et des juifs. Ces derniers furent de loin les plus nombreux» (p. 105). Le chiffre de 1732 serait établi à partir des cartes de rationnements distribuées par la Mosquée. Quelles sources à cette affirmation quantitative… ?

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Albert Assouilne

La même année, Albert Assouline livrait ce témoignage dans le bulletin Les Amis de l’Islam, n° 11, 3e trimestre (disponible aux Archives départementales de la Seine-Saint-Denis à Bobigny) : «C'est dans le sous-sol de cette Mosquée si paisible jusqu'alors que, pendant l'occupation nazie, se réfugièrent de nombreux hommes, femmes et enfants ; beaucoup d'entre eux étaient des juifs d'Afrique du Nord, des communistes ou des francs-maçons que le gouvernement de Vichy avait mis hors-la-loi, sans compter des évadés d'Allemagne et des aviateurs anglais. L'accueil réservé à une fillette de 12 ans nommée Simone Jacob n'a pas été oubliée : elle est devenue Simone Veil.»

Tout cela est invérifiable et même en partie démenti. D’où vient ce chiffre de 1732 cartes de rationnements ? Comment la Mosquée se les aurait-elle procurées ? Qui en aurait bénéficié ?

 

Personne n’a jamais témoigné

Personne n’a jamais témoigné avoir été abrité dans ces caves ou sous-sols de la Mosquée. Dalil Boubakeur répond à Mohammed Aïssaoui : «Il y a bien des caves ! Mais pas de sous-sols censés communiquer avec la Bièvre ! Quand je suis arrivé, j’ai bien trouvé un panneau sur lequel était indique le mot "ABRI", une protection dans les sous-sols en cas de bombardements de Paris par les avions alliés. La confusion vient peut-être de là… C’était un refuge réquisitionné pour la population du quartier pendant l’Occupation, mais impossible d’abriter là-dessous 1700 personnes» (p. 77).

Quant à Simone Veil qui aurait été sauvée par la Mosquée de Paris, selon Albert Assouline, Dalil Boubakeur répond : «C’est [l’imam Mohamed Benzouaou] qui serait à l’origine de la fable selon laquelle Simone Veil a été sauvée par la Mosquée de Paris» (p. 100).

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stèle de Mohhmed Benzouaou au cimetière de Bobigny (photo MR, mars 1998)

De mon côté, j’avais remarqué depuis longtemps l’impossibilité chronologique de ce «sauvetage» de Simone Veil par la Mosquée et lui avais écrit à ce sujet. Je l’avais déjà mentionné allusivement et sans trop de précision. Mais voici sa lettre. Elle m’avait répondu :

- «Je vous remercie d’avoir pris soin de vérifier cette affirmation qui vous a paru contradictoire avec les éléments biographiques me concernant qui figurent dans le livre de Maurice Szafran. En effet j’ai eu l’occasion à diverses reprises de démentir la rumeur et les écrits de M. Assouline selon lesquels j’aurais été cachée à la Mosquée de Paris.
Née à Nice, j’ai toujours vécu dans cette ville jusqu’à mon arrestation le 30 mars 1944, à l’exception de quelques déplacements très brefs à Paris avant la guerre pour rendre visite à des membres de ma famille.
À l’exception du transfert de Nice à Drancy au début du mois d’avril 1944, je ne suis jamais allée à Paris pendant la guerre. Tout ce que je peux dire des écrits de M. Assouline, c’est qu’il n’est pas théoriquement impossible qu’une fillette de 12 ans, portant les mêmes nom et prénom ait été effectivement cachée à la Mosquée.
N’ayant pas les coordonnées de M. Assouline (je ne savais d’ailleurs pas jusqu’à ce jour qu’il était à l’origine de cette information inexacte), je n’ai jamais pu rétablir la vérité. Je vous serais obligée, si vous en avez l’occasion de bien vouloir le faire.» (lettre de Simone Veil, du 8 février 2005).

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Simone Veil

Le témoignage d’Albert Assouline n’est donc pas crédible et doit susciter la méfiance de l’historien. Comme le dit le recteur Dalil Boubakeur, il s’agissait d’un homme «au cœur très généreux, très imaginatif» (p. 81). Peut-être trop imaginatif ?

Le documentaire de Derri Berkani, comme le film d'Ismël Ferroukhi, Les hommes libres (septembre 2011), mettent en avant la figure du chanteur juif Salim (Simon) Halali qui aurait été sauvé grâce à la délivrance d’une attestation de musulmanité délivrée par Si Kaddour qui aurait fait modifier l’inscription d’une stèle funéraire au cimetière musulman de Bobigny pour y porter le nom de Halali. Mohammed Aïssaoui, dans son livre, précise qu’il a cherché cette tombe et ne l’a pas trouvée : «Par acquit de conscience, je me suis rendu au cimetière de Bobigny. Il est impossible de savoir si un jour il y a eu ici une tombe au nom du père de Salim Halali. La légende est belle, mais est-elle vraie ?» (p. 108).

De mon côté, dans mes investigations sur les inhumés du cimetière musulman de Bobigny, devenu aujourd’hui cimetière intercommunal, je n’ai jamais rencontré de Halali.

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vue partielle du cimetière musulman de Bobigny (photo MR, mars 1998)

 

Que reste-t-il ?

Mohammed Aïssaoui a trouvé des archives – que j’ai lu et enregistrées il y a déjà longtemps déjà… mais pas encore publiées – relatives à l’activité de la Mosquée de Paris entre 1940 et 1944. Il les cite mais n’en tire guère de conséquence logique.

Quand Si Kaddour Ben Ghabrit est plus ou moins accusé de collaboration en 1944, il rédige et fait rédiger en septembre trois notes remises au capitaine Noël, officier d’ordonnance du général Catroux : l’une de lui-même, l’une de Rageot, consul de France au ministère des Affaires étrangères et l’autre de Rober Raynaud, chargé des fonctions de secrétaire général de l’Institut musulman depuis 1926 par le même ministère des Affaires étrangères (Mohammed Aïssaoui cite en partie la première).

Or, à aucun moment, ces trois mémoires en défense ne font allusion à ce sauvetage massif de juifs et de résistants dont la Mosquée aurait été l’auteur. Le seul axe de parade est d’expliquer comment Ben Ghabrit a su jouer des demandes allemandes sans les satisfaire.

Comme l’explique Rageot : «À ces dispositions successives des autorités d'occupation, comment y a-t-il été répondu par la Mosquée?
Tout d'abord et d'une manière générale, par les façons courtoises et la correction absolue du directeur et du personnel. Je dois dire que j'ai moi‑même été tenu au jour le jour exactement informé de ce qui se passait, coups de téléphone, demandes d'audience, conversations, démarches, etc... et que M. Ben Ghabrit et moi nous sommes régulièrement concertés sur l'attitude à observer et les réponses à faire. Nous ne pouvions demeurer invulnérables qu'à deux conditions : rester sur le terrain religieux et nous abstenir de toute politique. M. Ben Ghabrit y a parfaitement réussi.

Sur le terrain cultuel, en multipliant son aide et ses soins aux musulmans, prisonniers ou civils qui ont afflué à la Mosquée chaque année de plus en plus nombreux.

Sur le terrain politique, en s'abstenant de prendre parti dans les questions touchant à la collaboration, au séparatisme, au Destour et d'une façon plus générale, de répondre aux attaques dont la Mosquée a été l'objet de la part de musulmans à la solde de l'ambassade. Jamais, en cette matière, M. Ben Ghabrit ne s'est laissé prendre en défaut et il a su imposer la même discipline à son personnel religieux. En cela il s'est attiré personnellement et à plusieurs reprises l'animosité des autorités allemandes.» (Archives Nationales).

Au vu de la prudence ici rapportée, et de la surveillance dont la Mosquée faisait l'objet par les autorités allemandes, il semble difficile d'imaginer ces centaines de sauvetage, ces allées et venues... qui n'auraient jamais donné lieu à des arrestations.

 

Quelques erreurs

Mohammed Aïssaoui commet parfois quelques confusions. Par exemple entre la Brigade Nord-Africaine, la branche policière du Service de surveillance et de protection des Indigènes nord-africains, de la rue Lecomte, créée en 1925, et le «Comité Musulman de l'Afrique du Nord» créé par l’algérien musulman collaborateur El-Mahdi sous l’Occupation (p. 147-149).

Autre imprécision. L’échaudoir musulman (p. 130). Je raconterai cette histoire ailleurs. Mais le contentieux date d’avant la guerre. La Préfecture avait accordé, sans formalisme administratif un agrément pour l’exploitation d’un échaudoir (lieu de sacrifice rituel pour les musulmans) dès le 12 juin 1939 à Si Ahcène Djaafrani, leader de la confrérie Al-Alaouia à Paris depuis des années.
En fait, cette autorisation fut officiellement attribuée à la Mosquée de Paris, seul organisme musulman reconnu officiellement par les autorités métropolitaines. Mais cette substitution d’attribution fut conflictuelle. Et il est vrai que Si Kaddour n’usa point que d’arguments moralement dignes… Mais la police n’a pas grand chose à lui reprocher. En tout cas, cela n’a rien à voir avec la collaboration.

 

«pas de témoins directs»

Finalement Mohammed Aïssaoui, non seulement n’a pas été capable de fournir, au terme de sa quête, de témoignages vraiment irréfutables, mais il a même en partie déconsidéré ceux qui existaient préalablement (Salim Halali, Albert Assouline…) – ce que je savais déjà…. Et il avance, en plus, la preuve (p. 93-96) que Ben Ghabrit n’a pas toujours répondu en faveur de juifs dont le Commissariat aux Questions Juives lui demandait s’ils étaient musulmans ou non. Jean Laloum, chercheur au CNRS, a publié un article à ce sujet dans Le Monde du 7 novembre 2011.

Mohammed Aïssaoui finit par reconnaître : «Je n’ai pas à proprement parler de témoins directs» (p. 171). D'ailleurs l'auteur ne mentionne qu'allusivement, et sans jamais s'appuyer sur lui, le film Les hommes libres d'Ismaël Ferroukhi (septembre 2011) parce qu'au terme de son enquête il sent bien que cette production est totalement fictionnelle et ne repose sur rien de tangible.

Au final, la probabilité de vérité historique de sauvetage de juifs par la Mosquée de Paris se réduit peut-être à quelques cas – pour lesquels, cependant, aucune preuve ne peut être fournie sans conteste et sans croisement de sources – due à l’intervention personnelle de Si Kaddour Ben Ghabrit dont les motivations restent obscures.
Des présomptions mais pas de preuves. Jamais le personnage n’a revendiqué, après guerre, ces interventions. Si Kaddour Ben Ghabrit n’a pas été un collaborateur mais il est, pour le moment du moins, quasiment impossible de le considérer comme un «juste parmi les nations».

Michel Renard
7 novembre 2012

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Mohammed Aïssaoui

 liens

- http://etudescoloniales.canalblog.com/archives/2011/10/09/22292189.html

- http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/11/07/la-mosquee-de-paris-sous-l-occupation_1599082_3232.html

- http://etoilejaune-anniversaire.blogspot.fr/

 

couv Mohammed Aïssaoui

 

__________________________________

 

précisions

 

1)

Mon collègue et ami Maxime Gauin me signale ceci à propos de la mention de musulmans au mémorial de Yad Vashem :

- «Son point de départ est un étonnement : pourquoi parmi les 23 000 "justes parmi les nations" gravés sur le mémorial Yad Vashem, à Jérusalem, ne figure-t-il aucun nom arabe ou musulman ?» S'il a vraiment écrit ça, c'est un ignorant. Selahattin Ülkümen (1914-2003), consul de Turquie à Rhodes pendant la Seconde Guerre mondiale a été reconnu comme Juste parmi les nations en 1990. http://www1.yadvashem.org/yv/en/righteous/stories/ulkumen.asp Un dossier est en cours pour l'ambassadeur turc à Paris, le consul à Marseille et quelques autres. 65 Albanais (en majorité musulmans) ont été faits Justes parmi les nations en 2010 : http://www.amb-albanie.fr/press.html

 

2)

 - sur la Brigade Nord-Africaine (à venir, MR)

 

 

 

 

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dimanche 4 novembre 2012

Tu l’as bien cherché Longuet

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Oui, nous devons demander pardon...

Daniel LEFEUVRE

 

Quelle honte ! Tu l’as bien cherché Longuet, ce seau de déjections qui tombe sur ta tête.

Quoi ! Un bras d’honneur pour toute réponse à cette légitime revendication de repentance, exigée de la France par le ministre algérien des moudjahidin !

Parce qu’enfin, il faut bien que la France s’agenouille, n’a-t-elle pas d’ailleurs commencé à le faire, pour tous les malheurs dont elle fut la cause.

Oui, nous devons demander pardon pour ces génocides, perpétrés pendant cent trente années de colonisation, qui ont conduit à un triplement de la population indigène.

Oui, nous devons demander pardon au FLN pour l’avoir contraint, pendant la guerre d’Algérie, à massacrer des dizaines de milliers d’Algériens — hommes, femmes et enfants — qui refusaient de se plier à sa loi et à ses exigences.

Pardon d’avoir forcé cette grande organisation démocratique à mener à coups d’enlèvements, d’attentats, de tortures et d’assassinats, une guerre d’épuration ethnique. Il fallait bien contraindre les Européens à fuir l’Algérie, pour que le colonisé puisse coucher dans le lit du colonisateur.

D’ailleurs, ces pieds-noirs n’étaient-ils pas des occupants ? Bon, d’accord, la plupart étaient nés en Algérie, de parents et, souvent, de grands-parents eux-mêmes nés sur place. Mais Gérard, quand comprendras-tu que la nationalité de la «troisième génération» ne vaut que pour les descendants d’immigrés installés en France ?

 

Pardon d’avoir laissé sur place

Pardon d’avoir laissé sur place, en 1962, une infrastructure routière, ferroviaire, aéroportuaire, scolaire, agricole et industrielle à nulle autre pareille en Afrique.

Pardon d’avoir ouvert notre marché aux produits algériens et pardon de les avoir payés à des prix beaucoup plus élevés que les cours mondiaux, pétrole et gaz compris des années durant.

Pardon aussi, pour avoir accueilli entre 1962 et 1967, à la demande de Bouteflika, 300 000 Algériens — dont de nombreux anciens dirigeants nationalistes — venus travailler et résider, ou se réfugier, dans une France coloniale et raciste.

Pardon, encore, et jamais assez, pour avoir délivré aux apparatchiks du régime, le premier d’entre eux en tête, des permis de séjour pour se soigner dans les hôpitaux parisiens.

Pardon d’avoir introduit le poison de la démocratie et de la liberté de la presse en Algérie, dont le FLN a eu tant de mal à se débarrasser.

Pardon pour être de toute façon, toujours et pour toujours, responsable de cinquante ans de gabegie, de détournement de fonds, de mépris du peuple, de répression contre les opposants, d’asservissement de la femme aux contraintes patriarcales et islamiques. Tout cela, comme le chômage qui frappe 40 % des jeunes, le manque de logements et d’eau courante, ne saurait connaître d’autre explication que l’héritage colonial.

La meute a donc raison, Gérard, de te clouer au pilori médiatique. Ce bras d’honneur est inexcusable. Surtout pour ceux qui ont perdu le sens de l’honneur et de la France.

Daniel Lefeuvre
professeur d'histoire contemporaine
à l'université Saint-Denis/Paris VIII
texte envoyé à Robert Ménard pour le site
boulevard Voltaire

___________________________

 

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On s'acharne sur Gérard Longuet qui dit aux autorités algériennes : cessez de nous prendre pour des imbéciles, de travestir l'histoire, de faire d'un prétendu "génocide" une rente de situation pour camoufler votre impéritie depuis 50 ans ; mais on a laissé passer le "Nique la France" de la dirigeante des prétendus "Indigènes de la République", salariée de l'Institut du Monde Arabe qui vit des subventions étatiques de la République. Cela suffit !

Michel Renard

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dimanche 21 octobre 2012

l'usage politique du 17 octobre 1961

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un militant sectaire et non un président

Bernard LUGAN

 

En reconnaissant la responsabilité de l’État et en rendant hommage aux «victimes» de la manifestation interdite du 17 octobre 1961 [1], François Hollande s’est comporté en militant sectaire, non en président de tous les Français.
D’autant plus que, pour les historiens de métier, les prétendus «massacres» du 17 octobre 1961 constituent un tel exemple de manipulation qu’ils sont étudiés comme un cas exemplaire de fabrication d’un mythe ; comme Timisoara en Roumanie, comme les «couveuses» au Koweit ou encore comme les «armes de destruction massive» en Irak !!!

Tout repose en effet sur des chiffres gonflés ou manipulés et sur des cadavres inventés. Dans une inflation du nombre des morts, les amis du FLN algérien et les porteurs de valises communistes ont ainsi joué sur les dates, additionnant aux 3 morts avérés du 17 octobre ceux des jours précédents ainsi que les décès postérieurs. Pour eux, tout Nord-Africain mort de mort violente durant le mois d’octobre 1961 est forcément une victime de la répression policière… même les victimes des accidents de la circulation.

Il est possible d’affirmer cela sans crainte d’être démenti car :

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- En 1998, le Premier ministre de l’époque, le socialiste Lionel Jospin, constitua une commission présidée par le conseiller d’État Dieudonné Mandelkern qu’il chargea de faire la lumière sur ces évènements. Fondé sur l’ouverture d’archives jusque là fermées, le rapport remis par cette commission fit litière des accusations portées contre la police française [2]. Or, ce rapport consultable sur le net n’a visiblement pas été lu par François Hollande.

- En 1999, Jean-Paul Brunet, universitaire spécialiste de la période, publia un livre extrêmement documenté qui démontait la thèse du «massacre» du 17 octobre (Brunet, J-P., Police contre FLN. Le drame d’octobre 1961.Paris).

- En 2003, le même Jean-Paul Brunet publia un nouveau livre (Charonne, lumière sur une tragédie.Paris) dans lequel il démontrait que le prétendu «rapport de police» faisant état de 140 morts le 17 octobre, document qui sert de point de départ à J.-L. Einaudi, auteur du livre sur lequel repose toute la manipulation (Octobre 1961, un massacre à Paris), n’a jamais existé.

Reprenant la liste des morts donnée par Einaudi, il montre également que la majorité des décès remonte à des dates antérieures au 17 octobre et il prouve que ce dernier a manipulé les chiffres, additionnant les cadavres non identifiés reçus à l’Institut Médico Légal au nombre des disparus et même (!!!) à celui des Algériens transférés administrativement en Algérie après qu’ils eurent été arrêtés le 17 octobre. Il montre enfin qu’Einaudi a compté plusieurs fois les mêmes individus dont il orthographie différemment les noms…

Monsieur Hollande pouvait-il ignorer tout cela ? Si oui, la nullité ou l’aveuglement militant de ses conseillers laisse pantois.

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Quel est donc le vrai bilan de cette manifestation ?

- Le 17 octobre 1961, alors que se déroulait dans Paris un soi-disant massacre, l’Institut Médico Légal (la Morgue), n’a enregistré aucune entrée de corps de «N.-A.» (N.-A.= Nord-Africain dans la terminologie de l’époque).

- Le 17 octobre 1961, de 19h30 à 23 heures, il n’y eut qu’une seule victime dans le périmètre de la manifestation et ce ne fut pas un Algérien, mais un Français nommé Guy Chevallier, tué vers 21h devant le cinéma REX, crâne fracassé. Par qui ?

- En dehors du périmètre de la manifestation, «seuls» 2 morts furent à déplorer, Abdelkader Déroues tué par balle et retrouvé à Puteaux et Lamara Achenoune tué par balle et étranglé, gisant dans une camionnette, également à Puteaux. Rien ne permet de dire qu’ils furent tués par les forces de l’ordre.

Le 18 octobre, à 4 heures du matin, le bilan qui parvint à Maurice Legay le directeur général de la police parisienne fut donc de 3 morts. Nous sommes donc loin des dizaines de morts et de «noyés» auxquels l’actuel occupant de l’Elysée a rendu hommage !!!

Certes, nous dit-on, mais les cadavres ont été déposés à la morgue les jours suivants. Faux, car ce n’est pas ce qu’indiquent les archives de l’Institut Médico Légal de Paris puisque, entre le 18 et le 21 octobre, «seuls» 4 cadavres de «N.-A.» furent admis à la Morgue :

- Le 18 octobre, Achour Belkacem tué par un policier invoquant la légitime défense et Abdelkader Benhamar mort dans un accident de la circulation à Colombes.

- Le 20 octobre, Amar Malek tué par balles par un gendarme.

- Le 21 octobre Ramdane Mehani, mort dans des circonstances inconnues.

Nous voilà donc bien loin des 100, 200 ou même 300 morts «victimes de la répression» avancés par certains et pour lesquels M. François Hollande a reconnu la responsabilité de la France !!!

D’autant plus que le «Graphique des entrées de corps «N.-A.» (Nord-africains) par jour. Octobre 1961» [3], nous apprend que du 1er au 30 octobre 1961, sur les 90 corps de «N.-A.» entrés à l’Institut Médico Légal, la plupart étaient des victimes du FLN.

Plus encore, pour toute l’année 1961, 308 cadavres de «N.-A.» entrèrent à l’IML, la plupart ayant péri dans la guerre inexpiable que le FLN menait contre ses opposants partisans de l’Algérie française ou du MNA de Messali Hadj.
Ainsi, au mois d’octobre 1961, sur les 34 cadavres de «N.-A.» retirés de la Seine ou de la Marne, notamment aux barrages de Suresnes et de Bezons puis conduits à l’IML, la quasi totalité étaient des harkis, des partisans de la France ou des membres du MNA, une des méthodes d’assassinat du FLN consistant à noyer ses opposants. La police française n’est pour rien dans ces noyades.

François Hollande devra donc rendre compte au tribunal de l’Histoire car il a couvert de son autorité un mensonge, une manipulation, un montage grossier qui va être utilisé contre la France par ceux que son ministre de l’Intérieur a qualifiés d’«ennemis de l’intérieur ».

 

Pour en savoir plus :

- Brunet, J-P., (2002) «Enquête sur la nuit du 17 octobre 1961», Les Collections de l’Histoire, hors série n°15, mars 2002.

- Brunet, J-P., (2008) «Sur la méthodologie et la déontologie de l’historien. Retour sur le 17 octobre 1961». Commentaire, vol 31, n°122, été 2008.

- Brunet, J-P., (2011) «Combien y a-t-il eu de morts lors du drame du 17 octobre 1961 ?» Atlantico, 17 octobre 2011.

Bernard Lugan
17 octobre 2012

_______________________

[1] Voir à ce sujet le dossier spécial de l’Afrique réelle, novembre 2011 intitulé Pour en finir avec le mythe du «massacre» des Algériens à Paris le 17 octobre 1961.

[2] «Rapport sur les archives de la Préfecture de police relatives à la manifestation organisée par le FLN le 17 octobre 1961». Rapport établi à la demande du Premier ministre, M. Lionel Jospin et remis au mois de janvier 1998 par M. Dieudonné Mandelkern président de section au Conseil d’État, président ; M. André Wiehn, Inspecteur général de l’administration ; Mme Mireille Jean, Conservateur aux Archives nationales ; M. Werner Gagneron, Inspecteur de l’administration. En ligne.

[3] Voir l’Afrique réelle, novembre 2011.

 

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vendredi 19 octobre 2012

la vérité historienne sur le 17 octobre 1961

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pour de Gaulle, il était hors de question

de laisser le FLN faire une démonstration

de force en plein Paris

Jean-Paul BRUNET

 

INTERVIEW - Jean-Paul Brunet, auteur de Police contre FLN, le drame du 17 octobre 1961, affirme que Maurice Papon a eu le tort de se laisser surprendre par l'ampleur de la manifestation.

LE FIGARO. - Comment expliquer le drame du 17 octobre 1961?

Jean-Paul BRUNET - La guerre d'Algérie durait depuis sept ans. De Gaulle menait des négociations avec le GPRA (Gouvernement provisoire de la République algérienne), tandis que le FLN commettait de fréquents attentats contre la police parisienne. Les forces de l'ordre avaient déploré 48 tués et 140 blessés entre 1958 et 1961. La tension était extrême. Des barrières de béton armé et des guérites en ciment entouraient les commissariats. Certains agents étaient tentés de ne plus obéir à leur hiérarchie et de se faire justice eux-mêmes.

Quelle est la responsabilité de Maurice Papon, préfet de police de l'époque?

Sa responsabilité est pleinement engagée, mais il ne faut pas trop personnaliser cette affaire. Le préfet n'a fait qu'obéir aux instructions du général de Gaulle en réprimant la manifestation.

Pour le chef de l'État, il était hors de question de laisser le FLN faire une démonstration de force en plein Paris.

Papon a eu le tort de se laisser surprendre par la manifestation. Il n'en a été averti qu'au petit matin du 17 octobre et disposait de peu d'hommes pour réagir. Ce fait a joué un rôle non négligeable. Moins les policiers sont nombreux face à une manifestation, plus le risque existe qu'ils se montrent violents pour la contenir. En outre,

Papon avait tenu des propos très douteux qui semblaient encourager les policiers à commettre des bavures et promettre de les couvrir.

Que s'est-il passé exactement?

Le soir du 17 octobre, alors que la nuit était tombée, 20 000 à 30 000 Algériens encadrés par le FLN se rendent à Paris par toutes les voies d'accès. Certains sont venus sous la contrainte, de peur des représailles en cas de refus. Mais le FLN était aussi en train de réussir à fédérer le sentiment nationaliste des Algériens en métropole.

Au pont de Neuilly, le choc avec la police a été terrible. Le jour même, on ne compte que 4 ou 5 victimes parmi les manifestants. Mais plus de 11 000 sont arrêtés et internés. Une partie d'entre eux vont être passés à tabac le lendemain. En totalisant les morts du 17 octobre, ceux du 18, les blessés ultérieurement décédés et les victimes supposées d'éléments incontrôlés de la police en dehors de la manifestation, j'évalue les victimes à 14 certaines, 8 vraisemblables, 4 probables et 6 possibles, soit un total de 32 en comptant large.

Le chiffre de plusieurs centaines de victimes, souvent avancé, serait donc sans fondement?

On n'arrive à ce chiffre fantaisiste qu'en attribuant à la police des meurtres d'Algériens perpétrés par le FLN, qui cherchait à raffermir son contrôle sur les Algériens en métropole. Le FLN tuait des Algériens qui refusaient de rejoindre ses rangs, de payer leurs «cotisations» ou d'observer les préceptes coraniques. Des militants du mouvement rival de Messali Hadj ont aussi été assassinés au cours de ces semaines. Au total, plusieurs milliers d'Algériens ont été tués par le FLN en métropole pendant la guerre d'Algérie.

Que pensez-vous de l'idée de repentance?

Pour un historien, cette notion n'a pas de sens. Je suis atterré de voir ma discipline instrumentalisée pour conforter des positions moralisantes ou politiques. L'histoire n'a pas à porter de jugement moral, mais à tenter d'expliquer comment les événements ont pu survenir.

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mardi 2 octobre 2012

séminaire histoire sociale de l'Algérie colonisée, Blanchard et Thénault

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Pour une histoire sociale de l'Algérie colonisée

Programme 2012-1013

 

Séminaire organisé par Emmanuel Blanchard et Sylvie Thénault

avec le soutien du CESDIP (UMR 8183) et du CHS (UMR 8158)

Les séances ont lieu dans la bibliothèque du Centre d’histoire sociale, 9 rue Malher, 6e étage (Métro Saint Paul), généralement le 1er mercredi du mois (sauf en octobre, mercredi 10 octobre. Pas de séminaire en mars et mai), de 17h30 à 19h30.

Pour cette cinquième année de séminaire, nous continuerons notamment le double-projet de revisiter l'analyse des relations sociales entre populations dans l'Algérie colonisée et de mettre au jour la fabrique des groupes sociaux en situation coloniale.

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Ce programme reste d’actualité car, en raison de la place de la guerre d'indépendance dans l’historiographie de l’Algérie, une forme d’histoire contrefactuelle  a irrigué de nombreux travaux : que serait-il advenu si les «occasions manquée» avaient été saisies ?

Les violences des années de guerre occultent-elles la quotidienneté de rapports sociaux pacifiés, balayés par cette période finale ? Ainsi l'historiographie de l'Algérie a-t-elle suivi une trajectoire spécifique. Cette dernière sera l’un des objets du séminaire, avec une interrogation : en quoi est-elle, en effet, le reflet d'une spécificité de la situation coloniale algérienne en elle-même ?

Loin des questionnements spécifiques à l'Algérie, il s’agira aussi de rendre compte d’historicités multiples, à travers des études de cas renouvelant l'historiographie. L'objectif est de s'écarter de l'histoire politique qui a dominé ces dernières décennies. Il bénéficie d'une convergence de facteurs favorables : le passé de l'histoire sociale de l'Algérie colonisée, riche de références et d'auteurs, mais aussi le foisonnement et l’internationalisation historiographique actuels.

Arabe dans son intérieur

 

10 octobre : Hélène Blais (U. Paris Ouest Nanterre - IUF) : «L'Algérie mise en cartes : inventions géographiques en situation coloniale»

7 novembre : M'hamed Oualdi (INALCO), «Alger à la marge ? Institutions coloniales et intermédiaires sociaux dans un conflit de succession entre Tunis et Florence à la fin du XIXe siècle»

5 décembre : Valérie Assan (Université Paris 1) : «Les élites juives dans l'Algérie coloniale du XIXe siècle»

9 janvier : Amar Mohand-Amer (CRASC Oran) : «1962 : le retour à la vie quotidienne des moudjahidines du FLN»

6 février : Julie Le Gac (ISP-ENS Cachan) : «Fissures d'Empire : la mobilisation de l'Algérie pour la Libération (1942-1945)»

3 avril : Andrea Brazzoduro (Università di Roma «La Sapienza») : «Soldats sans cause. Mémoires d'appelés»

5 juin : Pierre-Jean Le Foll-Luciani (Université Rennes 2) : «Les Juifs d'Algérie en 1956»

26 juin (sous réserve) : Joshua Cole (Université du Michigan) : «Les avenirs abandonnés : les destins perdus des projets de réforme politique en Algérie entre-deux guerres»

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lundi 17 septembre 2012

Pacifique sud : séminaire d'Alban Bensa et de Virginie Riou

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histoire et anthropologie du Pacifique sud

séminaire d'Alban BENSA et de Virgine RIOU

 

S'il s'agit de l'enseignement principal d'un enseignant, le nom de celui-ci est indiqué en gras.

1er vendredi du mois de 11 h à 13 h (salle 5, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 2 novembre 2012 au 7 juin 2013

Dans ce séminaire seront présentés des travaux aboutis ou des recherches en cours d'histoire, d'anthropologie historique et d'archéologie du Pacifique sud ancien et contemporain.

Les transformations des mondes océaniens, les peuplements du Pacifique avant et après la colonisation européenne, les retours sur le passé dans les jeux politiques actuels seront abordés à travers des études d'ensemble ou de cas.

Une attention partriculière sera accordée à la Nouvelle-Calédonie et au Vanuatu.

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Mots-clés : Anthropologie, Histoire,

Aires culturelles : Océanie,

Suivi et validation pour le master : Mensuel annuel/bimensuel semestriel (12 h = 3 ECTS)

Mentions & spécialités :

Domaine de l'affiche : Anthropologie sociale, ethnographie et ethnologie

Intitulés généraux :

  • Alban Bensa- Sociétés océaniennes et questionnement du politique

Direction de travaux d'étudiants : contacter Alban Bensa.

Réception : sur rendez-vous.

Adresse(s) électronique(s) de contact : bensa(at)ehess.fr, virginie.riou(at)ehess.fr

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carte postale ancienne, 1903 : ancien petit quai à Nouméa

 

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carte postale ancienne : condamnés, travaux de chemin de fer

 

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carte postale ancienne : jeune indigène

 

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carte postale ancienne

 

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carte postale ancienne : indigènes de Maré, îles Royalty

 

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carte postale ancienne : la rivière Le Thio, pont submersible

 

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carte postale ancienne : terrassements , entreprise de Hauts-Fourneaux

 

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carte postale ancienne

 

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samedi 15 septembre 2012

l'art militaire de la France à l'extérieur

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technologie et art militaire lors des opérations

extérieures de l’armée française

général Maurice FAIVRE

 

L'armée française a une expérience ancienne des guerres coloniales, des décolonisations et aujourd'hui des opérations extérieures. Il paraît donc intéressant de rappeler ce qu'ont été les technologies militaires mises en œuvre autrefois, de les comparer à celles mises en oeuvre actuellement, et de voir si certaines techniques anciennes sont encore utilisées ou ont été éliminées par le progrès scientifique. La conclusion soulignera l'influence de la technique sur la tactique et sur l'organisation des unités.

La monarchie française a possédé une Empire colonial, en particulier en Amérique du Nord, qu'elle a perdu lors du traité de Paris de 1763, et récupéré en partie en 1814 ; il n'est pas étudié dans cet exposé. Au XIXe siècle, la colonisation française se réfère à l'idéologie des Lumières, exprimée par Victor Hugo : «un peuple éclairé va trouver un peuple dans la nuit».

Cet exposé se limite aux conquêtes coloniales du XIXe siècle, aux décolonisations du XXe siècle et aux opérations extérieures qui ont commencé dans les années 1950 et se poursuivent au XXIe siècle.

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un zouave en Algérie
carte postale ancienne

 

Les conquêtes coloniales

La conquête de l'Algérie, de 1830 à 1849, se poursuit jusqu'en 1891 par l'occupation du Sahara. Des années 1840 aux années 1890, la colonisation française se développe en Afrique noire, en Tunisie, en Indochine et dans les océans Indien et Pacifique. Le protectorat du Maroc est établi en 1912, et des mandats sont confiés à la France après la guerre de 1914-18 (Togo, Cameroun, Liban et Syrie).

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fusil mokhala kabyle

L'Algérien Mohammed Harbi écrit que «l'armée d'Abd-el-Kader est vaincue par une armée supérieurement équipée». Contre la cavalerie algérienne, très mobile et agressive, des lignes de blockhaus sont édifiées en 1832 et 1840. Les fusils mokhala de fabrication locale, utilisés de façon désordonnée, sont inférieurs aux fusils français modèle 77 et surtout 1842 à percussion, et à la carabine rayée de 1837.

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fusil français 1842

À l'occasion de deux trêves, des accords secrets ont sans doute permis à l'émir de recevoir des armes modernes, mais il dispose de peu d'artillerie, et la poudre des munitions est de mauvaise qualité, alors que Bugeaud dispose du système d'artillerie Valée et des canons Gribeauval. Enfin Abd-el-Kader n'a pas de logistique organisée.

Un des procédés utilisés est celui de la razzia, qui prive l'ennemi de ses ressources alimentaires. Les colonnes mobiles de Bugeaud alternent le feu et le mouvement, et ses formations en losange désorganisent l'armée marocaine à la bataille de l'Isly. «La sauvagerie des indigènes, selon Daniel Rivet, rejaillit sur l'occupant par effet de contagion mimétique».

Le recrutement de soldats et de supplétifs locaux, l'utilisation de mulets pour le transport, et de dromadaires pour le combat en zone saharienne, renouvellent les procédés mis en œuvre par Bonaparte en Égypte. Des Bureaux arabes initient au progrès les populations.

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transport de guerre pour la campagne du Maroc, 1907-1911

Sur le théâtre marocain en 1912, la supériorité de l'armement se confirme. Le fusil Lebel à tir rapide de 1886, le mousqueton de 1892, les mitrailleuses Hotchkiss, les canons de 65 et 75 mm réalisent des portées doubles de celles des armes antérieures.
Lyautey, à l'école des principes de Gallieni, progresse en tache d'huile en évitant les destructions, et en multipliant le recours aux goumiers et aux officiers des Affaires indigènes ; pour lui, quatre médecins valent quatre compagnies d'infanterie. En 1925, la guerre du Rif pilotée par le maréchal Pétain met en œuvre les blindés et l'aviation qui ont été expérimentés en 1917.

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artillerie au Maroc, batterie de 75

En Afrique noire, les comptoirs côtiers sont protégés par des fortins en bois contre les incursions des potentats locaux qui disposent d'armes de traite modernes. Le général Faidherbe, ayant l'expérience de l'Algérie, est le pacificateur du Sénégal de 1854 à 1863. Il construit un fort à Médine, base avancée à 600 km à l'est pour les expéditions vers le Soudan. Il forme les unités d'élite des tirailleurs sénégalais et crée pour les enfants des notables une école des otages, destinée à former les futurs administrateurs.

Dans les années 1890, des expéditions pénètrent en profondeur jusqu'au Tchad et au Nil (Opérations Foureau-Lamy et  Marchand : en 1896, le colonel Marchand traverse l'Afrique d'Ouest en Est en passant par  Fachoda ; avec 150 soldats, il parcourt 7.500 km en deux ans et demi) ; leur logistique repose sur le recours aux pirogues et aux porteurs. À Madagascar en 1896, Gallieni applique les procédés de pacification qu'il a mis au point en Indochine.

Lors des guerres mondiales, les troupes indigènes, et en particulier les tabors marocains, deviennent des unités classiques disposant de toute la technologie moderne des armements d'infanterie.

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tout à fait à gauche, thabor marocain

 

Contre-insurrection

Les guerres d'Indochine, d'Algérie, et les combats du Maroc et de Tunisie ont débuté par des insurrections nationalistes. Ce sont pour la France des guerres post-coloniales ou de décolonisation, pour les nationalistes des guerres de libération, d'indépendance et des révolutions politiques. Ayant duré de 7 à 9 ans, ces conflits asymétriques, où prédominent la guérilla et le terrorisme, sont dénommés à tort conflits de basse intensité, car des batailles de type classique ont été conduites sur la Route coloniale n°4, à Na San, à Dien-Bien-Phu, et sur la frontière tunisienne (bataille de Souk-Ahras).

Guerre d'Indochine

La guérilla du Vietminh débute en 1946 avec des armes livrées par les occupants japonais et par les service américains, avant d'être alimentée massivement par la Chine de Mao-Tse-Tung. Grâce à ce renforcement, la guérilla généralisée se transforme en corps de bataille de 125.000 hommes, contre lequel le Corps expéditionnaire français d'Extrême-Orient, composé de soldats de métier, de légionnaires et de troupes coloniales se trouve en infériorité numérique, dans un terrain difficile, où la forêt montagneuse, la brousse dense et les marécages constituent les deux-tiers du territoire. La montée en puissance d'unités autochtones, et l'armement de maquis dans les minorités montagnardes, contribuent au contrôle en surface, tandis que l'aide américaine permet peu à peu d'assurer le recomplètement des armes et des munitions.

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Corps expéditionnaire français d'Extrême-Orient

Dans cette guerre sans front, le commandement français réagit avec le maximum d'efficacité et résiste à la pression communiste en mettant en œuvre des moyens technologiques avancés :

- la recherche électromagnétique lui permet de suivre les grandes unités adverses et de suppléer à la carence du renseignement local ;

- la construction de tours et de points d'appui fortifiés assure la protection du delta tonkinois contre les incursions rebelles, grâce à l'appui d'une artillerie de position et d'intervention permanente et instantanée ;

- 18 groupements mobiles interarmes (dont 7 vietnamiens) ont pour mission de «casser du Viet», en bénéficiant de l'appui des blindés et de l'aviation (4 groupes de chasse et 4 de bombardement). 14 bataillons parachutistes motivés (dont 8 vietnamiens) effectuent 150 opérations aéroportées et mettent au point une doctrine d'emploi adaptée à la menace adverse ;

- le regroupement des populations contribue à la pacification et à l'action psychologique. Les hiérarchies parallèles du Vietminh sont mises en évidence.

Des formes non orthodoxes de combat participent à l'action : commandos d'action en profondeur, groupements amphibies équipés de crabes M29C et alligators LVT4, dinassauts [divisions navales d'assaut] d'action côtière et fluviale (2 LCM et 4 LCVP), bataillons légers vietnamiens, aviation légère d'observation d'artillerie, escadre d'hélicoptères (25 Hiller et 25 Westland en 1952 - 9.640 évacuations soit deux tiers des blessés), lucioles d'éclairage nocturne, réseau de transmissions performant, groupe d'exploitation de l'Intendance, recours accru au personnel féminin (4.200 radios, plieuses et ambulancières).

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évacuation sanitaire dans le camp retranché de Na-San, 1952

Le système des bases de manœuvre permet de fixer et détruire les grandes unités ennemies ; c'est un succès à Na San qui est évacué par surprise, mais un échec à Dien-Bien-Phu où 60.000 vietminh, ravitaillés par des milliers de coolies en bicyclette, et par camions chinois, grignotent la position tenue par 15.000 combattants, grâce à des travaux de tranchées et de sapes. Son artillerie enterrée en contre-pente (11 batteries de 105) interdit le terrain d'aviation et contrebat l'artillerie française. Les pertes sont très lourdes pour les deux camps.

 

Guerre d'Algérie

Après une première tentative de soulèvement, le 8 mai 1945, écrasée brutalement, les nationalistes algériens, initialement divisés et minoritaires, disposant d'armes anciennes et dépareillées (fusils Mauser et Stati, FM Bren), n'entraînent pas derrière eux la majorité du peuple algérien. Ils suppléent à cette faiblesse en employant conjointement la propagande identitaire et la brutalité du terrorisme aveugle, des mutilations corporelles, et l'organisation politico-administrative des villageois, chargés d'actions de sabotages.

Ils organisent en même temps le trafic d'armes obtenues dans les pays arabes et socialistes, et acheminées par les frontières de Tunisie et du Maroc. Organisant alors leur implantation dans les campagnes (Congrès de la Soummam), ils décident en 1956 d'installer le terrorisme urbain en ville d'Alger. Ils perdent successivement trois batailles, le 20 août 1955 dans le Constantinois, en 1957 la bataille d'Alger, et en avril 1958 la bataille des frontières.

Ils décident alors de transférer l'action terroriste en France, et d'agir par le canal de la diplomatie à l'ONU, dans les pays socialistes et dans le Tiers monde. Ils mettent enfin sur pied une armée des frontières en Tunisie et au Maroc, organisée de façon régulière et disposant de mitrailleuses MG 34 et 42, et d'artillerie (canons de 75 et de 105 sans recul, mortiers de 120) ; après son échec de 1958, cette armée bien équipée se contente de harceler les barrages.

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ALN, armée des frontières, en Tunisie, 1962

Les réactions du pouvoir français sont d'abord de renforcer les effectifs en faisant appel à la conscription et au recrutement de nombreux supplétifs. Deux systèmes de forces sont alors constitués :

- 75 Secteurs qui quadrillent le territoire et protègent la population (5.000 postes pas toujours confortables) ;

– trois divisions de réserve générale, à base de parachutistes et de tirailleurs musulmans, qui, dans de grandes opérations de nomadisation, balaient le territoire d'Ouest en Est en détruisant les maquis algériens.

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piton 517, une batterie d’artillerie en appui d’une opération dans la vallée, grande Kabylie (source)

Simultanément, l'édification de barrages frontaliers, minés, électrifiés et surveillés par un système de radars-canons, asphyxient peu à peu la rébellion intérieure. 20 batiments de la marine surveillent la mer et saisissent les bateaux de ravitaillement.
Quant à la lutte contre le terrorisme urbain, elle est conduite d'abord par l'emploi de sévices. «Certains, pendant la bataille d'Alger en particulier, ont été confrontés à un dilemme : se salir les mains en interrogeant durement de vrais coupables, ou accepter la mort certaine d'innocents. S'il y eut des dérives, elles furent marginales» (Livre blanc de l'armée française, 2002) lors des interrogatoires, dans un deuxième temps par la pénétration des réseaux terroristes. L'intoxication des chefs rebelles se traduit par le massacre de centaines de faux traîtres (bleuïte).

Le commandement français a peu à peu réorganisé 20 divisions, qui à l'exception des unités rapatriées d'Indochine, n'étaient pas préparées à la contre-guérilla. Les matériels sont alors modernisés : fusils Garant remplacés par le Mas 36 puis le Mas 49/56 semi-automatique et lance-grenade.

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pistolet-mitrailleur Mat 49 ("Mat 49" signifie : manufacture d'armes de Tulle, 1949)


Sont peu à peu mis en place : le pistolet-mitrailleur Mat 49 et la mitrailleuse AA52, les mortiers de 60 et 81 au niveau compagnie et bataillon, les canons sans recul et les obusiers de 105HM2 et TF50, les postes radios TRPP8, ANGRC10 et C9, les chars Chaffee M24 puis AMX13. Trois cents automitrailleuses AMM8, achetées en 1956, sont complétées par les Engins blindés de reconnaissance Panhard.

Les camions GMC sont blindés, puis remplacés par des Simca 4X4 et des Berliet GBC, aménagés pour un débarquement rapide. Les tenues de combat allégées favorisent la mobilité, les rations de combat sont généralisées. Le soutien logistique est porté à 13 kg par homme-jour. Le ravitaillement en munitions est abondant (40.000 obus par mois).

L'effort le plus important concerne les moyens aériens qui comptent 900 avions et 400 hélicoptères. L'aviation légère de l'armée de terre est mise sur pied aux côtés de l'armée de l'Air et de l'Aéronavale. 25% des appareils sont des avions d'appui T6, complétés ensuite par les T28 Fennec. Les autres appareils sont des Corsair de la marine, des chasseurs Skyraider et des bombardiers B26.

L'emploi du napalm est autorisé sur les groupes armés. Les hélicoptères lourds comptent 55 Banane H21 et 120 Mammouth H34 ou HSS (certains, appelés Pirates, sont armés d'un canon de 20 ; d'autres sont équipés de missiles SS1 et spécialisés dans l'attaque des grottes). La doctrine d'emploi des Détachements d'intervention hélicoptères (DIH) est mise au point, en même temps que la coopération Air-Terre est assurée par l'organisation de 3 Groupements tactiques, de PC Air directeurs et de PC volants. En 1955, les Alouette II médicalisées sont complétées par les Vertol et les Mamouth ; on compte 30 minutes pour les évacuations sanitaires, plus 30 minutes pour l'hospitalisation.

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impact sur le sol de bidons de napalm lâchés par un B-26 du GB 2/91 durant la guerre d'Algérie.
Le B-26 pouvait emporter sous ses plans quatre bidons de napalm qu'il ne fallait pas larguer de trop haut,
les bidons ayant de très mauvaises qualités balistiques et le tir n'étant pas précis (source)

Comme en Indochine, la source principale du renseignement est constituée par la recherche électromagnétique. Les postes radios ennemis sont localisés par goniométrie et homing, ou soumis à des intrusions.

Le général Challe puis Crépin décident de supprimer les postes HF de l'ennemi. La surveillance aérienne relève les traces menant vers les postes de commandement insurgé (méthode Lanlignel). De nombreux organismes participent successivement à la centralisation des renseignements : Service des liaisons nord-africaines – Sécurité du territoire – Deuxième Bureau - Système Renseignement-Action-Protection, devenu Centre de Coordination interarmées – Centres de renseignement et d'action – Bureau études et liaisons – Service technique de recherche opérationnelle – Mission choc (en 1962).

Des formations de combat spécialisées (cavaliers, méharistes, gendarmes, supplétifs, commandos) font face à toutes les formes de menace (maxima atteints) :

- 3 régiments de cavalerie et 5 compagnies muletières (au total 2.500 chevaux et 2.000 mulets) ;

- 434 brigades de gendarmerie départementale et 71 Escadrons de gendarmerie mobile ;

- les Services de sécurité (SSNA), dont 40 compagnies républicaines de sécurité( CRS) ;

- 75 commandos de chasse chargés de marquer les unités rebelles ;

- 2.000 autodéfenses de villages, confiées aux anciens combattants de 1945 ;

- 4 trains blindés ;

- 700 maghzens de protection des officiers SAS qui administrent les communes ;

- 110 Groupes mobiles de sécurité et 800 harkas ;

- 5 compagnies méharistes (montées sur dromadaire), et 9 compagnies sahariennes portées, ;

- 2 détachements secrets d'infiltration au Maroc et en Tunisie.

L'armée conduit en même temps des actions civilo-militaires de pacification par le canal des officiers SAS, des équipes médico-sociales itinérantes, de l'assistance médicale gratuite, des instituteurs militaires, des Comités de salut public, du Service de formation de la jeunesse, des Procureurs militaires de Secteur, du regroupement des populations (2 millions de personnes), des campagnes d'action psychologique (compagnies de haut-parleurs).

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782e Compagnie d'écoutes et de radio goniométrie, Algérie 1957 (source)

 

Opérations extérieures.

Dès 1948, l'armée française a participé à une mission d’observation en Palestine, qui a été suivie d'une quarantaine de missions de maintien de la paix ou d’interposition, réalisées avec l’accord des parties au conflit. Certaines missions sont des initiatives françaises (Cameroun, Tchad, Congo, Calédonie, Côte d’Ivoire), d’autres sont commanditées par l’ONU.

Depuis la fin de la Guerre froide (1989), les OPEX se sont intensifiées et ont eu recours à des spécialistes civils et à une composante policière. L’ONU a pris en charge des États en décomposition en vue de les reconstruire, avant d’être relayée par l’OTAN, puis par l’Union européenne. Ce fut le cas lors de la guerre du Golfe de septembre 1990 à janvier 1991, où la division Daguet comptait 13.000 Français. Ensuite les OPEX ont engagé 8.000 hommes dans les années 1990, elles ont atteint 13.000 soldats français en 2008, et ont été réduites à 9.500 en 2010. En novembre 2007, l'opération EUFOR au Tchad, dirigée par un général Irlandais, comprend des unités polonaises, autrichiennes, suédoises et néerlandaises.

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en Afghanistan

Les OPEX conduites par la France ne peuvent pas être toutes mentionnées dans cet exposé, qui se limitera à une analyse thématique des technologies particulières mises en action. Une observation majeure réside dans le fait que l'État-Major américain se réfère à la doctrine mise au point par des officiers français qui ont servi en Indochine et en Algérie. Il s'agit des colonels Roger Trinquier et David Galula, et de leurs inspirateurs Gallieni et Lyautey.

Considéré comme le Clausewitz de la contre-insurrection, le lieutenant-colonel Galula a observé les révolutions chinoise, grecque et algérienne. Il en tire un plan de lutte en 8 étapes, qui est essentiellement une politique de prise en main des populations, et n'aborde les conditions militaires que sous l'angle de la supériorité des forces ; il préconise une progression en tache d'huile, par l'occupation progressive de tous les villages, ce qui à l'évidence n'a pas été la solution retenue en Afghanistan. Le colonel Trinquier en revanche préconise de porter la guerre chez l'ennemi en spécialisant des commandos supérieurement armés, et en regroupant les populations hors des zones-refuges des insurgés.

Parmi les procédés de supériorité militaire, l'action aérienne tient la première place. On lui doit la destruction d'unités insurgées en Mauritanie, en Côte d'Ivoire, et en Afghanistan, grâce à d'étroites liaisons Air-terre, mais au prix de dégats collatéraux sur les populations. Des succès stratégiques ont été obtenus en Serbie (1995), au Kossovo (1999) et en Libye.

Cette opération de Libye, conduite en 2011 sans engagement au sol, est tout à fait remarquable par la rapidité de l'intervention, par la coordination interarmées et interalliée, et par son soutien logistique à longue distance. Des conseillers des Services spéciaux sont intervenus en Côte d'Ivoire, Somalie, Libye, Afghanistan et Sahara. Les armements les plus modernes ont prouvé leur capacité ; c'est le cas du porte-avion nucléaire, du bâtiment de projection et de commandement, des avions Rafale et Mirage qui ont fait 5.600 sorties et détruit 1.000 objectifs, des hélicoptères qui en vol de nuit ont opéré 600 destructions (30 sorties de 3 à 12 hélicoptères : en général 2 Puma, 4 Gazelle et 2 Tigre), des drônes Male et Harfang, des missiles de croisière et modulaires, de la nacelle de reconnaissance aérienne, des hélicoptères Cougar et Caracal.

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avion de combat Rafale

En Afghanistan, un effort particulier a été porté sur la protection des combattants au sol, qui bénéficient d'un appui aérien immédiat, se réfugient dans des bases opérationnelles avancées (FOB), et sont revêtus de l'équipement Félin à liaisons intégrées.

La protection contre les engins explosifs improvisés (EEI ou Improvised Explosive D) est assuré par des robots de détection et des véhicules d'ouverture de route Buffalo et Arcadis ; il fait l'objet d'un plan d'action auquel participent plusieurs nations alliées.

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prise en charge d'un blessé afghan, 2010 (source)

Les délais d'évacuation sanitaire vers l'hopital français de Kaboul sont estimées à deux heures (88 tués et 685 blessés depuis 2001). Après le retrait en 2012 des «unités combattantes» (sic), décidé en contradiction avec les plans alliés, il restera en Afghanistan les instructeurs et moniteurs de l'armée afghane (650 hommes des opérations Epidote et Operationnal Mentor Liaison Team).

Les opérations extérieures sont l'occasion de vérifier la fiabilité des équipements. Ainsi sont expérimentés les camions équipés du système d'artillerie CAESAR (155 mm, portée de 40 à 50 km, rapidité de mise en batterie et du calcul de tir, mobilité et précision), les véhicules à haute mobilité, les petits véhicules protégés, les véhicules blindés de combat d'infanterie, le lance-roquette unitaire. Par rapport aux activités du temps de paix, tout cela représente un surcoût, qui est estimé de 60.000 à 100.000 euros par homme et par an selon le territoire considéré.

La participation à ces opérations ne s'improvise pas. C'est ainsi que les unités pour l'Afghanistan sont mises en condition avant projection (MCP) au cours d'un stage de 4 à 6 mois, suivi d'un exercice de vérification de 3 semaines en camp de manœuvre. Un memento du chef de section en contre-rébellion est distribué aux sous-offciers.

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Au retour, un SAS de décompression de 3 jours a lieu dans un hôtel de Chypre. Un Groupement interarmées des affaires civilo-militaires, de 100 personnels et 400 stagiaires, a été créé à Lyon. Une cellule d'intervention et de soutien psychologique se préoccupe de sensibiliser les personnels au stress opérationnel. Enfin, une cellule d'aide aux blessés (CABAT) a été constituée, ainsi qu'une Association de Solidarité Défense présidée par l'amiral Lanxade.

Certaines missions ont un caractère humanitaire. C'est le cas de l'Élément médical militaire d'intervention rapide (EMMIR) qui a été dénommé Bioforce et est intervenu en Haïti en 2010. Ce sont aussi les unités de protection civile, engagées lors des catastrophes naturelles.

 

Influence des technologies sur les opérations
et les formations

L'évolution des opérations évoquées permet de retenir les enseignements suivants :

- la supériorité et la modernisation des armes de contre-insurrection est une réalité, depuis les armes à percussion du XIXe siècle, aux canons et aux aéronefs du XXe siècle, contre lesquels les insurgés réagissent par la guérilla, le terrorisme, la dispersion et les explosifs improvisés. Il leur arrive cependant d'atteindre le niveau du combat classique (Indochine,  frontière tunisienne, Libye). Des armes surpuissantes sont utilisées, selon le principe de versatilité : qui peut le plus peut le moins.

- la fortification des bases d'opération est constante, du Sénégal à l'Indochine et à l'Afghanistan. L'exposition Eurosatory en juin 2012 a mis l'accent sur la protection. Une protection excessive (gilets pare-balles) limite cependant la mobilité et impose une motorisation accrue des unités ; le moteur a remplacé le cheval. Des véhicules adaptés sont mis au point (Sherpa light de Renault Trucks Défense) ;

- l'arme aérienne apporte un surcroit de puissance et de réactivité. En Indochine, elle facilite l'observation d'artillerie et contribue à la destruction des unités insurgées, mais se trouve en limite de portée. En Algérie, elle est en concurrence avec la précision et la souplesse des hélicoptères, lesquels remplacent le parachutage. En Afghanistan et en Libye, les drones de différents types (armés, logistiques, détecteurs d'IED) sont expérimentés ;

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le Ventura, affecté à l'Extrême-Orient comme avion de liaison
personnel du Haut-commissaire en Indochine (l'Amiral Thierry d'Argenlieu)

(source)

- les performances des armes influent sur la tactique des unités, telles que la formation en losange de Bugeaud, la progression en tache d'huile, l'infiltration des commandos, le recours au recrutement autochtone ;

- les techniques d'information provoquent une nouvelle révolution de l'art militaire. La radio est utilisée pour la propagande, les écoutes, les liaisons interarmes à longue distance et les émissions brèves. Les radars localisent les mouvements ennemis. L'informatique génère les munitions intelligentes, la numérisation de l'espace de bataille,  les liaisons par internet, et la robotisation (Félin) ;

- les actions civilo-militaires n'ont cessé de se développer, depuis les Bureaux arabes et les SAS, l'assistance médicale gratuite, les hiérarchies parallèles et le regroupement des populations en Indochine et Algérie jusqu'aux moniteurs de formation en Afghanistan et aux cellules de soutien psychologique et de solidarité.

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"l'autoroute de la mort", Koweit-Irak, guerre du Golfe, 1991

Il semble  enfin que la technologie joue un rôle négatif sur l'opinion publique. Les frappes chirurgicales à distance de sécurité, les appareils sans pilote et le télé-traitement médical persuadent l'opinion que la guerre est devenue idéale, courte et propre. Le mythe du zéro mort dévalorise la vocation militaire, il réduit le fossé entre les civils et les soldats, lesquels ne sont plus que des techniciens exerçant un métier à risque.

général Maurice Faivre

 

 

Bibliographie sommaire

ANOCR, Amiraux Guillaud et Ausseur, Général Rozeau, Ing. Gal Torrès.

Aspect humain des opérations extérieures, 2012.

ARMEES d'aujourd'hui, Généraux Irastorza, Sorret et Carmonat, colonel Chauvancy.

Dossier Harmattan, février 2012.

ASAF, Armée et Algérie 1830- 1962, juin 2012.

BARTHES, lieutenant, Journal de marche au 21°Rima, 2009.

BEAUFRE André, général, La guerre révolutionnaire, les formes nouvelles de la guerre, Fayard, 1972.

BOUCHE Denise, Histoire de la colonisation française, Fayard 1991.

BRISSET Jean-Vincent, Manuel de l'outil militaire, A. Colin, 2012.

CADEAU, capitaine, La guerre d'Indochine et la genèse du rapport Ely, SHD, 2011.

Casoar, Dossier Algérie, juillet 2012.

COCHET François, Armes de guerre, XIXe-XXe siècle, Mythes, symboles, réalités, CNRS, 2012, 320 pages.

DELAFOSSE François, Historique du secours héliporté, La Cohorte mai 2012.

ELY Paul, général, Les enseignements de la guerre d'Indochine, 1945-1954, SHD 2011.

FAIVRE Maurice, Le renseignement dans la guerre d'Algérie, Lavauzelle, 2006.

FLEURY, Jean, général, La nouvelle donne géopolitique, Picollec, 2012.

FREMEAUX Jacques, La France et l'Algérie en guerre, Economica, 2002.

9782717845662

FORGET Michel, Guerre froide et guerre d'Algérie, Economica 2002.

GALULA David, Contre-insurrection, théorie et pratique, Praeger 1964, Economica 2008.

HARBI Mohammed, La guerre commence en Algérie, Complexe, 1981.

ISC, Insurrection et contre-insurrection, Stratégique, juin 2012.

MATHIAS Gregor, David Galula, combattant, espion, maître à penser de la guerre contre-révolutionnaire, Economica 2012.

MEDARD Frederic, Technique et logistique en guerre d'Algérie , Lavauzelle, 2002.

MUELLE Raymond, Cdt, Services spéciaux, GCMA Indochine, Edit. Crépin-Leblond, 1992.

NATO, Plan d'action anti-IED, Wikipedia, mai 2012.

RICHARDOT Philippe, Les chemins de la tactique. Des origines à nos jours. CLIP, 2011, 368 pages.

RIVET Daniel, Le Maghreb à l'épreuve de la colonisation, Hachette, 2002.

ROUDIER Philippe, Duel d'artillerie à Dien-Bien-Phu, le Casoar, avril 2012.

Theatrum Belli, Kadhafi et Gbagbo tombent à l'eau, mars 2012.

TRINQUIER Roger, La guerre moderne, Table ronde 1961, Economica, 2007.

TOURRET Hubert, Lt colonel, Arme blindée en Indochine, UNABC, 1988.

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Illustrations

1) Poste fortifié en Indochine.
Construit selon les règles de l'art, ce poste de 60 hommes peut résister plusieurs heures à une attaque, jusqu'à l'intervention d'un groupement mobile et de feux aériens et d'artillerie.

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2) Manoeuvre d'interception sur le barrage algéro-tunisien.
Le barrage frontalier présente les caractéristiques suivantes : - l'électrification permet de localiser immédiatement un franchissement – 5 régiments blindés patrouillent jour et nuit sur la herse – 5 régiments paras sont en attente pour intervenir sur un groupe ayant franchi le barrage.

interception Kabylie 1958

 

3) Porte-avion nucléaire, avions Rafale et batiment de projection et de commandement (BPC).
Les avions Rafale sont prêts à décoller du porte-avion nucléaire. Les hélicoptères d'attaque sont en attente sur le BPC.

Pan Ch de Gaulle

 

4) Memento du chef de groupe et de section en opération en Afghanistan.
Ce memento est distribué aux officiers et sous-officiers avant le départ en Afghanistan.

Memento

 

Biographie du général (2S) Maurice Faivre

Saint-Cyrien de la promotion Rhin et Danube (1947-49), Maurice Faivre a servi 5 ans en Algérie, a commandé le 13ème régiment de dragons parachutistes, puis les 2ème Bureaux des Forces françaises en Allemagne, et de la 1ère Armée à Strasbourg.

Docteur en science politique, il est vice-président de la Commission française d’Histoire militaire et membre de l’Académie des Sciences d’outre-mer.

Outre sa thèse sur les nations armées, il a publié neuf ouvrages sur la guerre d’Algérie, dont les Combattants musulmans, les archives inédites, Conflits d’autorité, le général Ely, le renseignement dans la guerre d’Algérie, l’action sociale de l’armée de 1830 à 2006, et la Croix-Rouge pendant la Guerre d’Algérie. Il a participé à huit ouvrages collectifs et publié des dizaines d’articles historiques.

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général Maurice Faivre

 

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mardi 11 septembre 2012

exposition "indépendances africaines"

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Indépendances africaines

La plupart de ces pays étaient d’anciennes colonies françaises. Quelles sont les traces de ce passé colonial sur les jeunes générations ? Quel est leur héritage ? Quelle est leur mémoire ?
Comment gérer l’après-indépendance ? L’assimilation à la culture colonisatrice, la mémoire historique locale oubliée, la domination d’un langage… Chaque histoire est unique et sa transmission indispensable. Ici et là-bas.

Pour en savoir plus :

• Des articles :
“Julius Lips et la riposte du sauvage. L’homme blanc vu par les indigènes” Pierre Centlivres, Terrain n°28, 
“Miroirs du colonialisme” Gérard Lenclud, Terrain n°28, Miroirs du colonialisme (texte intégral).
“Quand la mémoire resurgit. La rébellion de 1947 et la représentation de l’État contemporain à Madagascar”, Jennifer Cole, Terrain n°28, Miroirs du colonialisme (texte intégral).
“Charles de Foucauld face aux Touaregs. Rencontre et malentendu”, Dominique Casajus, Terrain n°28, Miroirs du colonialisme (texte intégral).
“«Il a tué les chefs et les hommes.» L’anthropologie, la colonisation et le changement social en Nouvelle-Calédonie”, Michel Naepels, Terrain n°28, Miroirs du colonialisme (texte intégral).
“«Merci à vous, les Blancs, de nous avoir libérés !» Le cas des Dìì de l’Adamaoua (Nord-Cameroun)”, Jean-Claude Muller, Terrain n°28, Miroirs du colonialisme.
“Au nom des «vrais Africains». Les élites scolarisées de l’Afrique coloniale face à l’anthropologie (1930-1950)”, Benoît de L’Estoile, Terrain n°28, Miroirs du colonialisme (texte intégral).
“La psychanalyse au secours du colonialisme. À propos d’un ouvrage d’Octave Mannoni”, Maurice Bloch, Terrain n°28, Miroirs du colonialisme (texte intégral).

• Sites et Blogs :
Slate Afrique, l’association Esprit d’ébène , études colonialesle site agriculturesune interview de l’organisateur de l’exposition “Diaporas et indépendances africaines”.

• A voir :
Exposition “Diaporas et indépendances africaines” du 6 au 17 septembre sur le Parvis de l’Hôtel de Ville de Paris.

Publié le par blogterrain

 

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lundi 3 septembre 2012

l'honneur d'Hélie de Saint Marc

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déclaration du Commandant de Saint Marc

devant le Haut tribunal militaire,

le 5 juin 1961

 

Ce que j’ai à dire sera simple et sera court. Depuis mon âge d’homme, Monsieur le président, j’ai vécu pas mal d’épreuves : la Résistance, la Gestapo, Buchenwald, trois séjours en Indochine, la guerre d’Algérie, Suez, et puis encore la guerre d’Algérie…

En Algérie, après bien des équivoques, après bien des tâtonnements, nous avions reçu une mission claire : vaincre l’adversaire, maintenir l’intégrité du patrimoine national, y promouvoir la justice raciale, l’égalité politique.

On nous a fait faire tous les métiers, oui, tous les métiers, parce que personne ne pouvait ou ne voulait les faire. Nous avons mis dans l’accomplissement de notre mission, souvent ingrate, parfois amère, toute notre foi, toute notre jeunesse, tout notre enthousiasme. Nous y avons laissé le meilleur de nous-mêmes. Nous y avons gagné l’indifférence, l’incompréhension de beaucoup, les injures de certains. Des milliers de nos camarades sont morts en accomplissant cette mission. Des dizaines de milliers de musulmans se sont joints à nous comme camarades de combat, partageant nos peines, nos souffrances, nos espoirs, nos craintes. Nombreux sont ceux qui sont tombés à nos côtés. Le lien sacré du sang versé nous lie à eux pour toujours.

Et puis un jour, on nous a expliqué que cette mission était changée. Je ne parlerai pas de cette évolution incompréhensible pour nous. Tout le monde la connaît. Et un soir, pas tellement lointain, on nous a dit qu’il fallait apprendre à envisager l’abandon possible de l’Algérie, de cette terre si passionnément

aimée, et cela d’un coeur léger. Alors nous avons pleuré. L’angoisse a fait place en nos coeurs au désespoir.

Nous nous souvenions de quinze années de sacrifices inutiles, de quinze années d’abus de confiance et de reniement. Nous nous souvenions de l’évacuation de la Haute-Région, des villageois accrochés à nos camions, qui, à bout de forces, tombaient en pleurant dans la poussière de la route.

Nous nous souvenions de Diên Biên Phû, de l’entrée du Vietminh à Hanoï. Nous nous souvenions de la stupeur et du mépris de nos camarades de combat vietnamiens en apprenant notre départ du Tonkin. Nous nous souvenions des villages abandonnés par nous et dont les habitants avaient été massacrés. Nous nous souvenions des milliers de Tonkinois se jetant à la mer pour rejoindre les bateaux français.

Nous pensions à toutes ces promesses solennelles faites sur cette terre d’Afrique. Nous pensions à tous ces hommes, à toutes ces femmes, à tous ces jeunes qui avaient choisi la France à cause de nous et qui, à cause de nous, risquaient chaque jour, à chaque instant, une mort affreuse. Nous pensions à ces inscriptions qui recouvrent les murs de tous ces villages et mechtas d’Algérie :

«L’Armée nous protégera, l’armée restera ». Nous pensions à notre honneur perdu.

Alors le général Challe est arrivé, ce grand chef que nous aimions et que nous admirions et qui, comme le maréchal de Lattre en Indochine, avait su nous donner l’espoir et la victoire.

Le général Challe m’a vu. Il m’a rappelé la situation militaire. Il m’a dit qu’il fallait terminer une victoire presque entièrement acquise et qu’il était venu pour cela. Il m’a dit que nous devions rester fidèles aux combattants, aux populations européennes et musulmanes qui s’étaient engagées à nos côtés.

Que nous devions sauver notre honneur.

Alors j’ai suivi le général Challe. Et aujourd’hui, je suis devant vous pour répondre de mes actes et de ceux des officiers du 1er REP, car ils ont agi sur mes ordres.

Monsieur le président, on peut demander beaucoup à un soldat, en particulier de mourir, c’est son métier. On ne peut lui demander de tricher, de se dédire, de se contredire, de mentir, de se renier, de se parjurer. Oh ! je sais, Monsieur le président, il y a l’obéissance, il y a la discipline. Ce drame de la discipline militaire a été douloureusement vécu par la génération d’officiers qui nous a précédés, par nos aînés.

Nous-mêmes l’avons connu, à notre petit échelon, jadis, comme élèves officiers ou comme jeunes garçons préparant Saint-Cyr. Croyez bien que ce drame de la discipline a pesé de nouveau lourdement et douloureusement sur nos épaules, devant le destin de l’Algérie, terre ardente et courageuse, à laquelle nous sommes attachés aussi passionnément que nos provinces natales.

Monsieur le président, j’ai sacrifié vingt années de ma vie à la France. Depuis quinze ans, je suis officier de Légion. Depuis quinze ans, je me bats. Depuis quinze ans j’ai vu mourir pour la France des légionnaires, étrangers peut-être par le sang reçu, mais français par le sang versé.

C’est en pensant à mes camarades, à mes sous-officiers, à mes légionnaires tombés au champ d’honneur, que le 21 avril, à treize heure trente, devant le général Challe, j’ai fait mon libre choix.

Terminé, Monsieur le président.

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Saint Marc en Algérie

 

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vendredi 24 août 2012

la littérature historique sur les Juifs du Maghreb

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juifs d'Afrique du Nord

un livre de Colette ZYTNICKI

- Colette Zytnicki, Les Juifs du Maghreb. Naissance d'une historiographie coloniale, éd. Pups (La Sorbonne), septembre 2011.

Comment a été écrite l’histoire des Juifs d’Afrique du Nord ? L’ouvrage répond à cette question – qui n’a jamais été réellement posée jusqu’à présent – en s’intéressant à ceux qui ont fait l’historiographie des Juifs du Maghreb, aux méthodes et aux sources qu’ils ont utilisées, ainsi qu’au public touché. L’étude se déroule précisément dans le contexte de la société coloniale.

Du fait de la mainmise française au sud de la Méditerranée, les Juifs entrent progressivement dans la modernité occidentale. Si l’on doit admettre que les récits historiques ne sont pas absents de la littérature traditionnelle, il n’en reste pas moins que l’histoire, en tant que genre savant tel qu’il était en train de se développer en France, se diffuse à partir du XIXesiècle dans le monde juif.

Le passé juif devient donc objet d’histoire, une histoire écrite en français, à destination d’un public varié, juif ou non. Les premiers historiens avaient été d’abord des membres des élites juives, venus de France ou formés dans la métropole. Si les auteurs juifs avaient été nombreux, ils ne furent pas pour autant les seuls à s’intéresser au destin des israélites en terre maghrébine.

la curiosité des savants coloniaux

Du fait de leur position singulière, les Juifs ne manquèrent pas de susciter la curiosité des savants coloniaux qui s’étaient penchés sur leurs origines et plus spécifiquement sur leurs liens avec les populations berbères. Ainsi le passé juif entra-t-il dans la bibliothèque coloniale, par le biais d’ouvrages érudits ou d’articles parus dans des revues publiées à Alger ou à Rabat.

L’ouvrage embrasse donc la littérature historique sur les Juifs du Maghreb disponible en langue française depuis le milieu du XIXe siècle jusqu’aux années 1950. Au-delà de l’aspect historiographique, il propose une réflexion sur l’évolution du monde juif maghrébin au temps de la domination française et sur les modalités de son inscription dans une modernité importée par les puissances de l’heure. Il interroge également le regard porté par le monde non juif sur les judaïcités d’Afrique du Nord. Ainsi ce livre se présente-t-il comme leur histoire culturelle et sociale à la période coloniale.

présentation du livre

 

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- sur France Culture

- note de lecture, Ewa Maczka sur le site La vie des idées

- Archives juives, n° 38/2, "Juifs du Maghreb entre Orient et Occident"

 

Colette Zytnicki

Colette Zytnicki est professeur d’histoire contemporaine à l’université Toulouse-Le Mirail et membre du Laboratoire FRAMESPA (UMR 5136). Ses travaux portent sur l’histoire des Juifs de France et du Maghreb aux XIXe et XXe siècles. Elle a notamment publié Les Juifs à Toulouse, entre 1945 à 1970. Une communauté toujours recommencée (Presses universitaires du Mirail, 1998). Elle a co-dirigé avec Jean-Marc Chouraqui et Gilles Dorival, Les Usages du passé juif (Éditions de la MMSH, 2006), et assuré la direction de Terre d’exil, terre d’asile. Migrations juives en France, XIXe-XXe siècles (Éditions de l’Éclat, 2010). Elle a également travaillé sur la construction de l’histoire en contexte colonial et a dirigé avec Sophie Dulucq Décoloniser l’histoire ? De l’histoire coloniale aux histoires nationales en Afrique et en Amérique Latine (XIXe-XXesiècles) (Publications de la Société française d’histoire d’Outre-Mer, 2003).

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