samedi 15 décembre 2012

Benjamin Stora à Saint-Chamond (Loire)

france-algérie

 

 

la "nécessaire réconcilation France/Algérie" ?

une conférence-débat avec Benjamin Stora à Saint-Chamond

 

L'historien Benjamin Stora dont la notoriété, les travaux et la production livresque sont largement reconnus, était l'invité de la MJC de Saint-Chamond ce samedi 15 décembre 2012. Je connais Benjamin depuis plus de vingt ans et j'ai été content de le voir dans notre province.

Je regrette que la MJC : 1) ait demandé un droit d'entrée de 15 euros (même si cette somme permettait d'assister au concert qui suivait... tout le monde ne pouvant pas forcément rester pour le spectacle) ; 2) que les collèges et lycées de notre ville n'aient pas été prévenus et associés à la mobilisation de participants jeunes intéressés par la question. Il n'y avait aucun "jeune" à cette conférence...! Dommage...

Benjamin Stora a expliqué les obstacles toujours persistants à cette réconcilation tant du côté de l'opinion française que du côté du régime algérien. Personnellement, je n'ai pas partagé toutes ses analyses (notamment sur "l'assimilation" culturelle et religieuse qui aurait été entreprise par la France coloniale en Algérie), mais l'exposé était nourri et argumenté. Il aurait beaucoup appris à de jeunes élèves.

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Benjamin Stora au cours de sa conférence à Saint-Chamond


la réconcilation des mémoires ne pourra être que postérieure à l'accord sur la vérité historique

La question est de savoir si la "réconciliation" des "mémoires" est opportune et envisageable. Je ne suis pas convaincu par la substitution, en marche depuis des années, de la notion de "mémoire" à celle "d'histoire". Les mémoires sont segmentées, subjectives, auto-justificatives. L'histoire tend vers une objectivité qui, certes, écoute les mémoires, mais réfléchit avec une mise à distance des plaidoyers partisans.

Par ailleurs, le contentieux entre "la France" et "l'Algérie" n'est pas suffisamment déblayé par les travaux historiques et, surtout, fait l'objet d'une surenchère et d'un chantage côté algérien. Les reconnaissances exigées par Alger de "génocide" de "dépossession culturelle", de "pillage économique"... ne relèvent pas de l'histoire mais de la politique d'un régime incapable d'assumer son échec depuis plus de cinquante ans... Rendre la France encore responsable de tous les maux de la société algérienne, cinquante ans après l'indépendance, est une imposture à visée idéologique.

La réconcilation des mémoires ne pourra être que postérieure à l'accord sur la vérité historique. Encore faudrait-il que le régime algérien évolue vers la démocratie et reconnaisse la liberté d'investigation historienne à ses chercheurs. Encore faudrait-il qu'en France le lobby universitaire, intellectuel et journalistique "repentant" accepte une vision plus rigoureuse de l'histoire de la présence française en Algérie.

Michel Renard
professeur d'histoire
au lycée de Saint-Chamond

 

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au premier rang, face à la tribune, à gauche, Mohamed Zenaf ;
à ses côtés, Philippe Kizirian, maire de Saint-Chamond

 

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lundi 3 décembre 2012

la "bataille du rhum", 1674

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la "bataille du rhum" en Martinique

Français contre Hollandais, 1674

 

1674, en Martinique fit rage la "Bataille du Rhum" : où comment quelques Français vinrent à bout de la puissante
flotte hollandaise... Avec des images animées à partir d'une carte de la bataille conservée aux Archives nationales d'outre-mer,
l'équipe aixoise nous conte cette incroyable histoire . Celle d'une bataille mémorable qui a traversé les temps
sous le nom de "Bataille du Rhum"....
http://www.archivesnationales.culture.gouv.fr/anom/fr/Action-culturelle/Dossiers-du-mois.html

 

Rhum ANOM
une magnifique animation...!

 

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rhum recadré
journal La Provence, 26 août 2012

 

Martinique carte

 

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samedi 1 décembre 2012

nos relations avec les harkis, en Algérie et en France, par le général Maurice Faivre

harkis départ Bône

 

Harkis, soldats abandonnés

général Maurice FAIVRE, "homme d'honneur", Paris, 85 ans


"Ses" harkis sont arrivés en France un jour de 1963, troupe misérable d’une trentaine d’hommes rescapés d’un massacre, traqués par les autorités algériennes, indésirables en France. Ils avaient réussi à traverser la Méditerranée et à le retrouver. Ces survivants, il les a aidés à se loger, à faire venir leurs familles ; eux ont trouvé du travail. Comme dans les contes de fées, les harkis eurent beaucoup d’enfants.

C’est pour ceux-ci, qui ignoraient l’histoire de leurs parents, que, depuis ce jour de 1963, le général Faivre a entamé une intense recherche historique qu’il poursuit encore aujourd’hui.

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Je suis né le 19 mars 1926, dans le Doubs, d’une famille très patriote. Mon père a fait la fin de la guerre de 1914-1918, à partir de 1918, et il s’est réengagé en 1939-1940. La défaite de 1940 m’a marqué. Je m’étais dit qu’il fallait absolument qu’on redresse la situation. Une autre expérience a sûrement joué, m’incitant à faire carrière dans l’armée : je me suis occupé de scoutisme, j’ai été chef de troupe en Franche-Comté. L’esprit d’équipe, le commandement des hommes m’attiraient.
J’étais saint-cyrien, major de promotion en 1947-1949. Ensuite, Saumur, en 1949-1950, puis la Légion au Maroc, de 1951 à 1953, et cinq ans de guerre en Algérie, en deux temps. Première période de 1955 à 1957, et deuxième période, de 1960 à 1962. J’ai donc une expérience du problème algérien. Lors de mon premier séjour, j’avais quelques appelés musulmans, mais pas de harkis. J’ai été sous les ordres du colonel Gribius, qui commandait le secteur de Constantine. Un homme éminent. Il avait été le chef du troisième bureau de Leclerc pendant la campagne de 1945. Gribius avait des tas d’idées. Il avait résolu de supprimer les bidonvilles, les bidonvilles de Constantine, et de reconstruire un village à l’extérieur de la ville, à une dizaine de kilomètres. Tous les matins, un de mes officiers allait dans les bidonvilles, ramassait les hommes et les amenait dans ce village, où ils construisaient leurs maisons. C’était une expérience de pacification passionnante.
Pour mon deuxième séjour, qui a commencé en août 1960, j’étais en Petite Kabylie, où j'ai trouvé une harka constituée de soixante harkis.

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massif des Babors



La vallée sauvage d’Oued Berd

L’Oued Berd, en Petite Kabylie, est un ensemble de six ou sept villages dans une très belle région, très escarpée, isolée, sauvage. Deux montagnes massives, les Babors, couvertes de forêts, culminent à 2 000 mètres. Au XIXe siècle, les tribus locales se sont opposées à la colonisation française. Elles ont longtemps résisté à la progression du régiment de Bourbaki. Le pays fut finalement administré par une commission municipale franco-kabyle, mais aucun colon ne s’est établi dans la vallée de l’Oued Berd.

Les Kabyles sont restés à l’écart de toute colonisation. Lors du soulèvement du 8 mai 1945 contre l’occupation française, un certain nombre sont allés manifester à Kerrata, où quelques manifestants ont tué huit Européens, dont le juge de paix, et ont pillé quelques boutiques.
En 1955, au moment de la guerre d’Algérie, ils ont pris parti pour le FLN. En particulier, parce que ce sont des fellaghas de Kabylie qui sont venus dans les villages, avec lesquels ils s’entendaient très bien. Des «moussebilines», sortes de commissaires politiques, ont été recrutés, chargés d’aider les soldats du FLN. De fin 1955 à début 1958, ils ont pleinement collaboré avec le FLN.

Mais, en novembre 1957, il y a eu un changement. Le FLN avait modifié ses frontières entre les wilayas, et les Kabyles ont été remplacés par des Arabes de Djidjelli, les Jouajel. Les habitants se sont très mal entendus avec ces fellaghas exigeants, qui avaient détruit l’école, tué le contremaître de l’usine où ils travaillaient, imposé le sabotage des routes, exigé un ravitaillement qui condamnait la population à la disette. Et surtout, ils avaient demandé que des femmes, des filles, viennent au maquis. Ça, ils ne l’ont pas supporté. C’était contraire à l’honneur kabyle.

Il s’opéra un revirement d’opinion très intéressant contre la violence du FLN. Un fils de harki, de 13-14 ans, Bouchaïd Kaci, qui circulait partout dans la montagne, a vu des horreurs. Il a trouvé dans les camps du FLN des centres de torture, témoin d’horribles massacres. Sept garçons ont alors décidé de s’enfuir pour rejoindre l’armée française à quelques kilomètres et se sont engagés comme harkis. Ils ont été rejoints par d’autres, accompagnés de leurs familles.

Dans la région du djebel Babor, ces harkis ont participé à de dures opérations, dans le froid et la neige, à la suite du plan Challe en septembre 1959. C’était le début des opérations «Pierres précieuses», dont la première s’appelait «Rubis». Elle a permis d’éliminer complètement les rebelles du Babor : 513 tués et 326 prisonniers pour l’ALN, 24 tués, 67 blessés de l’autre côté.
L’escadron de dragons a alors commencé la pacification.

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photo adressée par Maurice Faivre


Mon arrivée en août 1960


Quand je suis arrivé en août 1960, comme capitaine, à mon poste, un PC isolé dans le djebel, qui s’appelait la «cote 807», c’était calme. Je commandais un escadron du 20e dragons, une harka, des autodéfenses, et j’étais responsable de ce qu’on appelait un «sous-quartier», territoire d’environ cinq mille habitants. Il n’y avait plus aucun rebelle.

On circulait dans le djebel Babor avec une section, c’est-à-dire vingt hommes, alors qu’auparavant l’artillerie, les bataillons, les avions étaient souvent indispensables. La région était pacifiée. Mes soixante harkis étaient armés, c’était une harka «amalgamée» ; ils vivaient dans le poste militaire, mélangés aux soldats français. Les trois villages dont ils étaient originaires étaient «en autodéfense». Les harkis étaient jeunes, de 20 à 30 ans, et l’armée leur donnait une solde. Les autodéfenses étaient les vieux, les anciens combattants, mal armés de fusils de chasse et de vieilles pétoires de la guerre de 1939. Ils n’étaient pas rémunérés.


Peu de temps après mon arrivée, un jour d’octobre 1960, tous les hommes d’un village, Oued Ayed, sont venus à mon PC et m’ont dit : «Cette nuit, un de nos cousins a été tué par le FLN parce qu’il refusait de payer l’impôt révolutionnaire. On vous demande des armes. On doit se défendre maintenant contre le FLN.» J’ai dit que j’allais transmettre la demande à mon supérieur, qui a accepté. Ils sont restés à mon PC, jour et nuit, pendant deux jours, jusqu’à ce que je leur donne des fusils de chasse.

Dans ce village, j’ai recruté une nouvelle section de harkis. Ils m’ont envoyé une quarantaine de jeunes. Je ne pouvais en accueillir qu’une vingtaine. Alors, j’ai organisé une course de côte, et j’ai pris les vingt premiers. Ce qui faisait que j’avais désormais quatre-vingts harkis opérationnels. J’ai installé un nouveau poste de dragons dans leur village. Je leur ai demandé de me construire une piste parce qu’on ne pouvait pas arriver jusque-là en véhicule. Tout le village s’est mis au travail, ils se sont organisés, ont désigné un chef. Ça a été très démocratique.

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École, pèlerinage, récoltes

Mon épouse Monique, isolée à Kerrata, à une quinzaine de kilomètres, avait fait, à ma demande, un stage d’EMSI (Équipe médico-sociale itinérante) organisé par le cinquième bureau à Constantine et est venue vivre avec moi, à la cote 807. Elle s’est occupée des femmes et des enfants.

Accompagnée d’un jeune harki qui lui servait d’interprète en langue kabyle et de guide, elle allait visiter les villages, et prendre contact avec les femmes. Plus tard, elle a recruté une harkette. Elle a créé un cercle féminin et organisé une assistance médicale, avec un médecin qui venait de temps à autre pour soigner les femmes et les enfants. Une école avait été aménagée dans chacun des villages d’autodéfense, où un jeune dragon faisait la classe aux enfants. Ils n’étaient pas forcément instituteurs de métier, mais ils étaient volontaires et aimaient ça.

Il y avait une très bonne coopération, des deux côtés. On continuait à patrouiller et à mener des opérations. Mais c'était vraiment une région pacifiée. À tel point que, l'orsqu'il y a eu le putsch des généraux d’Alger, le 22 avril 1961, j’ai été très surpris. Personne ne m’a contacté. Je me suis dit : «Mais qu’est-ce qui se passe à Alger ? Ils sont fous ? Nous, on est en train de gagner sur le terrain, et ils se soulèvent à Alger…» On ne comprenait pas le sens de cette révolte. Dans le bled, on poursuivait notre travail de pacification

Je n’étais pas pour «l’Algérie de papa», parce que j’avais observé la situation algérienne dès 1955, lors de mon premier séjour. En connaissant le pays, on savait que ça ne pouvait pas marcher. Je m’étais rendu compte qu’il y avait de grandes injustices vis-à-vis des musulmans. Il n’y avait pas d’égalité sociale. Je n’ai jamais pris parti non plus pour l’indépendance, mais j’étais pour une Algérie autonome qui soit associée à la France. J’étais pour une Algérie nouvelle.

Lors de mon premier séjour, j’allais dans les villages, et je disais aux maires : «Il faut que la situation évolue, il faut qu’on fasse une Algérie nouvelle.» Lors de mon deuxième séjour, je n’ai jamais dit que l’armée allait rester en permanence en Algérie. Je leur ai dit : «Nous, on est là pour vous aider à faire la paix, pour rétablir la prospérité en Algérie, mais dès que ce sera rétabli, ce sera à vous de faire l’Algérie.» C’était en fait l’idée de la majorité des officiers français.

Au printemps 1961, les habitants m’ont demandé l’autorisation d’organiser un pèlerinage qui n’avait pas eu lieu depuis le début de la guerre. J’ai accepté. Dans un de ces villages se trouvait un marabout, un genre de temple consacré à une sainte femme, le marabout de Taftis pour lequel ils avaient une grande vénération. Le pèlerinage s’est déroulé du 16 au 19 mai 1961. Des centaines de gens sont venus de toute la région, qui ont été logés, nourris dans le village, et qui ont célébré la sainte. Mes harkis sont allés au pèlerinage, le fusil à l’épaule. Ils étaient au milieu du peuple kabyle, acceptés comme tels. Et nous, nous avions une grande confiance en eux. Mon prédécesseur avait pris l’habitude de les laisser partir en permission dans leur village avec leurs fusils, alors que c’était contraire au règlement. On aurait dû enchaîner les armes, n’ouvrir les chaînes qu’au moment des sorties, etc. Mais on avait confiance. L’entente avec les harkis a été parfaite.

Pour preuve, à l’été 1961, le chef du village d’Oued Ayed m’avait demandé l’autorisation d’aller faire les foins dans la montagne des Babors, où les habitants avaient leurs résidences d’été, mais déclarée zone interdite depuis le début de la guerre. Hommes et femmes, tout le village, sont partis de bon matin dans les pâturages où ils ne s’étaient pas rendus depuis plusieurs années. J’avais organisé une protection, harkis et dragons. Ils ont passé la journée dans la montagne, et le soir ils sont revenus en longue procession avec des ballots de foin sur le dos.

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photo adressée par Maurice Faivre




La «réorganisation»


Le 1er août 1961, mon régiment, le 20e dragons, a été dissous. C’était le début de la réorganisation, on commençait à préparer le dégagement. Mon escadron est déplacé de l’Oued Berd pour être affecté vers Oulad Ou Ameur, près de Sétif, à un régiment de chasseurs. Ce régiment n’était pas très engagé dans la guerre d’Algérie ; leurs officiers étaient plutôt habitués à circuler sur les routes et allaient peu voir ce qui se passait dans le bled.
Quand ils sont venus à la cote 807, les colonels et les officiers ont été horrifiés de constater que je vivais là, complètement isolé. Je leur ai dit que j’étais très heureux, que j’avais la confiance des populations, que je faisais un travail intéressant sans beaucoup de moyens. Je n’avais qu’une Jeep et un GMC. Ils n’ont eu de cesse que de me donner de nouveaux matériels, pour finalement me sortir de mon bled.

J’ai quitté la cote 807 en octobre 1961. Quand je suis parti, j’ai vu beaucoup de mes harkis pleurer parce qu’ils avaient confiance en moi. Des coloniaux sont venus ; ensuite, il y eut des tirailleurs, des gens de passage, pas attachés au pays. Après mon départ, je n’ai plus eu aucune liaison avec eux, plus aucune nouvelle. Je les ai perdus de vue. Ils étaient loin, et j’avais d’autres préoccupations.

Arrivé à Sétif, j’ai très vite demandé ma mutation. J’avais abandonné mon bled, j’avais abandonné les habitants qui me faisaient confiance, je n’avais plus aucun intérêt à rester à Sétif, et je ne m’entendais pas avec les officiers de ce nouveau régiment. Eux ne rêvaient qu’à la fin de la guerre d’Algérie, à repartir en France préparer la guerre contre les Soviétiques… J’avais un ami à l’état-major, à qui j’ai demandé de me faire affecter à Alger. Six mois plus tard, en février 1962, j’ai été affecté au deuxième bureau du commandant en chef, près d’Alger, à Reghaïa. Avant d’être rapatrié en France fin 1962. Je n’ai jamais eu l’occasion de revoir l’Oued Berd, et je n’aurai pas de nouvelles de mes harkis avant 1963, à Paris.



Coup de fil de la Préfecture

Un jour de 1963, je reçois un coup de fil de la Préfecture de police de Paris : «Des harkis vous réclament. Ils sont à Choisy-le-Roi, ils viennent d’arriver.» Le dimanche suivant, avec mon épouse, nous sommes allés à Choisy-le-Roi et nous les avons découverts, un peu plus d’une trentaine, installés dans des conditions épouvantables.

Ils m’ont appris que la moitié de la harka avait été massacrée. Le 12 août 1962, les harkis ont été emmenés à Beni Messali, où ils ont été suppliciés. Quarante-sept harkis et membres des autodéfenses ont été tués en trois jours. Les survivants avaient réussi à prendre le maquis et à s’exfiltrer par des filières familiales, des combines. Ils étaient passés par Alger ou Bône, et étaient arrivés à Choisy-le-Roi par tradition : il y avait toujours eu, au village, des émigrés qui travaillaient en France, et notamment à Choisy-le-Roi.

Ils étaient arrivés célibataires et ont été très mal reçus à Choisy-le-Roi. La municipalité était communiste, et l’importante immigration musulmane de la commune était pro-FLN. Les premiers arrivés avaient campé sur les bords de la Seine, certains allaient dormir la nuit dans des tuyauteries de béton des travaux publics. Ils s’étaient ensuite regroupés en centre-ville, où ils avaient vécu dans des caves, dans un hangar de chantier abandonné envahi par les rats, dans des conditions infectes.

Certains de leurs camarades réfugiés en Seine-Saint-Denis, apprenant leur présence à Choisy, sont venus les rejoindre. Ensuite, ils ont squatté une HLM dont la construction avait été abandonnée. L’immeuble n’avait ni porte ni fenêtre ; ils avaient bricolé des fenêtres en contreplaqué et récupéré des tuyaux d’arrosage pour avoir de l’eau. La harka avait été reconstituée !

Des bagarres ont éclaté avec les musulmans de Choisy-le-Roi. À tel point que certains se sont retrouvés à la prison de la Santé. Je suis allé les voir, puis j’ai témoigné en leur faveur au tribunal correctionnel, en tenue de capitaine. Le juge a absous mes harkis, il a prononcé un non-lieu, alors que je suis persuadé qu’ils avaient échangé des coups de couteau.


Cinquante-trois familles rapatriées

La première préoccupation des harkis était de rapatrier leurs familles restées dans leurs villages. Une seule famille avait réussi à gagner le camp de Saint-Maurice-l’Ardoise, en octobre 1962. Les autres étaient restées dans leurs bleds. Il fallait monter un dossier de rapatriement et fournir un certain nombre de documents : attestation de services, demande du chef de famille indiquant la composition de sa famille, certificat d’hébergement en métropole, etc. C’est moi qui me suis chargé, depuis Paris, de faire leurs dossiers, et qui les ai envoyés aux autorités d’Alger.

Le rapatriement n’était pas facile, parce que les garnisons françaises avaient été évacuées : Sétif, le 1er juillet 1963, Bougie, le 31 décembre. Il n’était pas possible aux épouses, aux enfants, aux vieux parents de rejoindre une caserne française, et d’y être accueillis.

Les harkis ont eux-mêmes trouvé la combine, digne de l’évasion de prisonniers. Le frère d’un harki, installé en France depuis longtemps, et qui était plutôt FLN, a accepté de faire plusieurs voyages en Petite Kabylie pour ramener les familles. Muni de tous les papiers exigés pour le transfert en métropole, il est allé voir un commerçant de Kerrata et lui a dit : «Ce soir je déménage ma famille, est-ce que tu me prêtes ton camion ?»
Il a chargé dix familles dans le véhicule, a roulé toute la nuit pour les amener à Bougie, où il y avait encore une garnison française, et un centre d’accueil de harkis. Le lendemain, les familles ont été embarquées en hélicoptère et déposées sur un navire de guerre au large. C’était une aventure extraordinaire pour ces femmes et ces enfants qui n’avaient jamais vu la mer, mais leur rapatriement était fait officiellement, avec un dossier par famille.

En 1964, la garnison de Bougie a été abandonnée. Il a fallu amener les familles près d’Alger au centre d’accueil du camp de Zeralda. On a continué suivant le même schéma, le camion de l’épicier roulant toute la nuit jusqu’à Alger. Un jour, le chef de centre de Zeralda a refusé des familles, parce qu’il a trouvé mon passeur suspect. J’étais alors en stage à Baden-Baden ; j’ai reçu un télégramme : les familles sont dans les bois à Zeralda, il faut venir à leur secours. J’avais un copain à Alger, au cabinet du général commandant le corps d’armée, qui a réglé le problème. La situation en Algérie s’étant un peu normalisée, les dernières familles ont été rapatriées par la Croix-Rouge, transférées au camp de Rivesaltes, avant de pouvoir rejoindre la HLM de Choisy.

En plusieurs voyages, on a rapatrié ainsi cinquante-trois familles.

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Le bled à Dreux

En décembre 1963, le maire de Dreux a écrit au ministère de l’Intérieur : «À Dreux, il y a quelques logements, il y a du travail, en particulier chez Renault à Flins, on peut accueillir des harkis.» Le 24 décembre, six familles s’installèrent à la cité Prodhomme, à Dreux. En janvier 1964, six autres arrivèrent à la cité Haricot. À partir du mois d’août, le regroupement familial a pu se faire grâce à la construction de logements Sonacotra rue Murger-Bardin. À Dreux, les harkis ont reconstitué leur village de Beni Dracene. Ils ont eu du travail. Ils étaient logés. Deux assistantes sociales s’occupaient d’eux à plein temps.

Moi, j’étais affecté à Saint-Germain, alors je leur rendais visite le dimanche avec mon épouse. Les femmes étaient ravies de la revoir. Je pense qu’on les a aidés à s’intégrer. Bien que l’accueil à Dreux n’ait pas été très chaleureux. Les harkis se sont retrouvés ignorés par la population, qui les considérait comme des Arabes, indésirables. Mais ça a été tout de même de bonnes années pour eux. Parce qu’ils étaient logés, qu’ils avaient du travail, qu’ils étaient soignés. Ils se sont mariés et ont eu beaucoup d’enfants.
J’ai fait une enquête démographique pour la revue Population en 1990 ; j’ai calculé que la moyenne des enfants par femme était de 9,5, avec des familles de douze, quatorze enfants. En Algérie, les familles étaient moins nombreuses en raison d’une mortalité infantile élevée. Les femmes étaient heureuses, elles accouchaient à la maternité, alors qu’en Algérie elles accouchaient à la maison, suspendues à une corde accrochée au plafond pour accélérer la descente du bébé.

Quand les familles ont été amenées à Dreux, la population totale était de deux cent dix-sept personnes. Quinze ans après, elle avoisinait les mille personnes. Beaucoup de harkis se sont mariés entre eux, comme au village. Il y a eu un repli sur soi, à cause de l’indifférence de la population française et de l’attachement à leur mode de vie.

En juin dernier, je suis allé à un mariage, qui a réuni quatre cents invités dans un local de la mairie de Vernouillet, commune voisine de Dreux. À chaque mariage, nous sommes conviés, mon épouse et moi. Hier matin encore, je suis retourné à Dreux assister à une cérémonie au monument aux morts. J’ai toujours gardé le contact avec mes harkis.


Mes recherches

Je me suis aperçu que les enfants des familles de Dreux, la deuxième génération, ignoraient tout de l’histoire de leurs parents, parce que les parents n’avaient jamais voulu raconter leurs malheurs, expliquer pourquoi ils s’étaient engagés du côté de la France, comment ils vivaient dans leurs villages. Je me suis dit qu’il fallait leur raconter d’où ils venaient.

Quand j’ai quitté l’Algérie, j’ai eu différentes affectations à Paris et en province, surtout au deuxième bureau, dans le renseignement militaire. J’ai commandé le deuxième bureau de Baden-Baden, puis celui de la 1ère armée à Strasbourg. Pendant quelques années, j’ai poursuivi des recherches sur la stratégie militaire, en particulier contre l’Union soviétique. Après avoir quitté l’armée, en 1980, j’ai soutenu une thèse de doctorat en Sorbonne, publiée en 1988, une thèse d’histoire sur la nation armée de Machiavel à nos jours. J’ai également tenu une chronique mensuelle dans la revue Défense nationale.

J’avais un réel penchant pour l’histoire et la stratégie militaires.

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Alors, pour les enfants de mes harkis, j’ai effectué des recherches en archives et publié mon premier livre Un village de harkis, des Babors au pays drouais, chez L’Harmattan en 1994 [compte rendu par Jacques Frémeaux] . J’y raconte l’histoire de ma harka, l’histoire de leur village. J’y dresse une liste des victimes. Il aurait fallu que tous les chefs de harkas fassent ce même travail de dénombrement, on aurait ainsi pu savoir combien de harkis avaient été tués après l’Indépendance. Je n’étais donc plus sur place quand les massacres ont eu lieu, mais, étant à l’état-major d’Alger, je savais qu’ils avaient été perpétrés dans toute l’Algérie.

Seulement, on était très mal renseignés, on n’avait plus les contacts avec les anciens harkis parce qu’on n’avait plus de troupes dans le bled, les régiments ayant été ramenés dans les grandes villes, à Alger, Oran, Bône, puis rapatriés en France. Voilà pourquoi certains témoignages sont très imprécis et sous-estimés. Lacouture a estimé à dix mille le nombre de harkis massacrés, dans un article du Monde en novembre 1962. Or, à mon avis, il y en a eu beaucoup plus, entre soixante mille et quatre-vingts mille. Mais on ne le saura jamais. Il aurait fallu enquêter dans toutes les harkas et dans tous les villages.

Pour écrire ce premier livre, j’avais recueilli tellement d’archives que j’avais suffisamment d’éléments pour un deuxième. J’ai élargi mon sujet à l’Algérie tout entière. Les Combattants musulmans de la guerre d’Algérie, édité en 1995 chez L’Harmattan, est consacré non seulement aux harkis, mais aux tirailleurs, méharistes, spahis, et tous les musulmans engagés dans l’armée française.

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En quinze ans, j’ai publié une dizaine d’ouvrages, et participé à autant d’autres, sur la guerre d’Algérie. Peu d’auteurs ont fait des recherches en archives sur les harkis. J’ai passé des jours et des jours à Vincennes, aux Archives nationales, aux Affaires étrangères, à la gendarmerie de Le Blanc, dans l’Indre, aux Archives d’outre-mer à Aix-en-Provence, à la Croix-Rouge à Genève. Personne n’avait ouvert avant moi les cartons que j’ai consultés. Et pour beaucoup de documents, j’ai dû demander des dérogations parce qu’ils ne sont pas accessibles au public je les ai d’ailleurs pratiquement toujours obtenues.

Je lis tout ce qui paraît sur les harkis. On continue à dire des choses fausses à leur sujet, contre lesquelles je me bats. Mais je me heurte à des problèmes. Par exemple, la directrice des Archives de France m’a accordé une dérogation pour consulter les archives de la Commission de sauvegarde du droit et des libertés, créée pendant la guerre d’Algérie, pour obtenir que les prisonniers ne soient pas maltraités, qu’il n’y ait plus de torture, qu’il n’y ait plus d’exécutions sommaires. Toutes ces archives m’ont été ouvertes, et elles sont passionnantes.
J’ai demandé à publier certaines conclusions, en particulier sur les avocats du FLN. Cela m’a été refusé, comme ç’aurait été refusé aux autres historiens qui auraient pu en faire la demande, parce que la direction des Archives considère que la publication de leurs noms, et des noms des victimes d’ailleurs, pourrait porter atteinte à leur notoriété et à leur vie privée.

Pour certains, je suis une référence. J’ai de bonnes relations avec des historiens reconnus, et je ne m’entends pas du tout avec d’autres. Actuellement, je suis mal vu de la DMPA, la Direction de la mémoire du patrimoine et des archives, qui dépend du ministère de la Défense, parce que j’ai été critique à son égard. J’ai participé à plusieurs de leurs travaux, notamment au moment où a été créé le Mémorial des combattants de la guerre d’Algérie, quai Branly.

L’année dernière, les responsables de la DMPA ont organisé une journée sur la guerre de 1939-1945, et je n’étais pas d’accord avec les conclusions. Je le leur ai dit, ça ne leur a pas plu. D’autant plus que j’avais organisé, la même année, un colloque sur l’armistice de 1940, où la conclusion était que cet armistice était indispensable, qu’on n’aurait pas pu faire autrement. Ce n’est pas la thèse officielle, actuellement, on dit : «De Gaulle avait raison…»

Quand j’étais encore à l’armée, mon action en faveur des harkis n’a jamais été mal considérée par mes supérieurs, qui ne m’ont ni sanctionné ni freiné. J’ai eu de bons rapports avec les généraux de Boissieu et Vanbremersch. J’ai été promu général. J’ai été reçu à l’Élysée plusieurs fois. Mais les harkis sont un sujet encore brûlant. Moi, je continue de chercher la vérité. Cependant, je n’irai pas en Algérie. Je n’y suis jamais retourné, et il n’est pas question que j’y retourne. Je ne peux pas supporter de rencontrer ces gens qui ont massacré mes harkis en 1962.

général Maurice Faivre
Pour ceux qui n'ont pas lu "Harkis, soldats abandonnés", publié par XO en 2012,
voici le témoignage publié dans l'album, recueilli par Brigitte X.
C'est le seul article où je raconte nos relations avec les harkis, en Algérie et en France.

 

 

Photos : docteur Sangline à Alger -harka Catinat - ilot K Rivesaltes - langes par des Emsi - camp de transit près de Bône.

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_________________________

 

compte rendu des deux livres de Maurice Faivre

par Jacques Frémeaux (1996)

Faivre Maurice, général, Un village de harkis, des Babors au pays drouais, Paris , L'Harmattan, 1994, 259 p., 140 F.; Les combattants musulmans de la guerre d'Algérie, Paris, L'Harmattan, 1995, 270 p. (coll. «Histoire et perspectives méditerranéennes»), 140 F.

Le général Faivre a commandé une harka pendant la guerre d'Algérie. Il estime que les hommes qu'il commanda n'ont pas à se voir reprocher d'avoir combattu aux côtés des Français. Il n'est d'homme de bon sens ou d'homme de cœur qui ne jugera ces convictions non seulement parfaitement respectables, mais même nécessaires, pour qui veut mettre un peu d'apaisement dans une société française en devenir. L'engagement des harkis constitua en effet un acte fondateur par lequel une collectivité que rien ne destinait à s'implanter en France fut amenée à faire ce choix.

Le premier ouvrage montre comment la collectivité rurale de l'Oued Berd (Kabylie des Babors), qui avait pris part à l'insurrection nationaliste de 1945, puis fourni un support au FLN, passe au printemps 1959 du côté de l'armée française. Les motifs tiennent aux excès de l'ALN, et au caractère de ses groupes, étrangers au pays. Il faut aussi évoquer, chez ces paysans épris de paix, l'incapacité du FLN à les protéger des grandes offensives menées dans le cadre du plan Challe (opération Rubis).

Les engagements se font selon la vieille tradition des «supplétifs» de l'armée d'Afrique (contrats courts, enrôlements directs auprès des officiers). Ils représentent une centaine de harkis pour une population d'environ 3 000 personnes, soit un peu plus d'un homme adulte sur dix. 53 ex-supplétifs furent transportés en France (227 personnes, familles comprises), contre 42 assassinés. Le livre se termine sur les conditions de l'installation de ces familles à Dreux.

Le second livre reprend et élargit le précédent. Il s'agit d'abord d'un travail de

recherche, fondé sur la consultation de nombreux documents d'archives. Le lecteur y trouvera une masse d'éléments et de renseignements qui constitueront pour longtemps une documentation de référence (citation des cartons d'archives dont sont extraits les renseignements). On doit cependant regretter une présentation foisonnante, combinant texte, documents et notes, qui rend la consultation quelquefois difficile.

De l'apport de ce livre, on retirera trois séries d'éléments. Tout d'abord, quantité de données sur les musulmans algériens employés dans l'armée française, troupes régulières (engagés et appelés), et supplétifs de toute sorte (les «harkis» n'en constituant qu'une partie), au total près de 250000 hommes en 1961.

Ces hommes étaient dangereusement exposés en cas de prise du pouvoir par le FLN. Les risques étaient particulièrement grands pour les supplétifs, volontaires ne jouissant pas des garanties données aux engagés de l'armée régulière, et ayant, dans l'ensemble, donné moins de gages au FLN, si l'on s'en tient aux taux de désertions relativement faibles. Il eût fallu sans doute ajouter que le comportement de ces troupes plongées dans une guerre atroce ne fut pas exempt de tout reproche. Il est dommage que cette question n'ait pas été abordée, étant bien entendu que la confirmation de tels débordements ne serait pas de nature à diminuer les responsabilités du camp adverse.

La seconde contribution importante de ce travail est la recherche faite sur le massacre des harkis. On doit d'abord condamner l'attitude des chefs de l'Algérie nouvelle, qui ne tinrent pas la parole donnée à Évian d'amnistier les actes commis avant mars 1962. Les massacres commencèrent à partir de l'indépendance, ce qui peut expliquer les lenteurs apportées par le gouvernement français à faciliter les départs sur la métropole. Ceux-ci ne furent cependant pas négligeables, en particulier ceux des familles, qui s'échelonnèrent jusqu'en 1964.

Toutefois, l'armée française se vit interdire d'intervenir en force pour aller au secours des victimes. Là réside sans doute la principale responsabilité du gouvernement français qui ne voulait pas recommencer la guerre. Le général Faivre situe entre 37000 et 66000 morts le bilan des massacres, chiffre bien en retrait sur celui de 100000 ou 150000 morts parfois avancé, mais infiniment supérieur aux estimations officielles françaises de 10000 morts. On a enfin beaucoup débattu des motivations de l'engagement des «harkis»: patriotes français ou traîtres à la patrie algérienne? Défenseurs de leurs familles, mercenaires ou seulement pauvres gens abusés ?

Il semble surtout que les harkis furent les principales victimes de l'échec de la constitution, sous l'égide de l'armée, et avec l'approbation plus ou moins réticente des pouvoirs publics d'un parti favorable au maintien français en Algérie. C'est sur un tableau nuancé, éloigné du misérabilisme trop souvent de rigueur sur cette question, que débouche l'ouvrage : l'installation des harkis en France a abouti à créer un groupe dynamique, tout à fait apte à s'intégrer à la nation française avec sa sensibilité propre.

Jacques Frémeaux
université Paris IV Sorbonne
revue Vingtième Siècle, n° 51, 1996.

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harkis à l'instruction (source)

 

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jeudi 29 novembre 2012

les leaders algériens durant la présence française en Algérie

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Abd-el-Kader

 

Les leaders algériens, leurs relations

avec la France et le monde

Oudainia KHALIL

 

Essai dans lequel j'aborde le sujet critique en Algérie des DAF, déserteurs de l'armée française, notamment aux dernières phases de la guerre de libération et ce en projetant le reflet historique.

Partie 1 :

Les leaders algériens durant la présence française en Algérie.

Les leaders algériens ont été bien vénérés longtemps pour ce qu'ils méritent en tant que résistants mais également comme il se doit dans la coutume de culte de la personnalité dans notre population. C'est vrai que par rapport à d'autres leaders dans d'autres civilisations ils sont beaucoup plus respectueux et n'avaient pas des comportements personnels blâmables comme Napoléon, Bismarck ou Simon de Bolivar. Peut-être à cause du conservatisme de la population et son attachement à l'aspect moral.

Est-ce cela suffit pour ne pas évoquer tout leur itinéraire, et le positionner dans son contexte historique, et surtout le mettre à la connaissance des partisans de l'idée des infiltrations menées, ou prétendues, des militaires indigènes de l'armée française, reconvertis à l'approche de l'indépendance à l'ALN?

L'Émir Abdelkader, vu en Algérie comme le fondateur de l'État algérien moderne avait une relation pour le moins étroite avec l'Administration française.

Nous citons ci-dessous, un fragment d'une lettre prétendue envoyée par l'Émir Abdelkader au consul français à Damas (empire Ottoman) 

الحمد لله سعادة الأخ برتان الأكرم أدام بقاءكم في النعيم أمين، أما بعد فإنه وصل البارحة رجل من الجزائر كان سافر إليها من مدة ستة أشهر فأخبرت أن عدو الله وعدوي وعدو نفسه المجنون محي الدين وصل إلى الحدود بين حكومة تونس وحكومة الجزائر فحصل عندي من الغم والهم من هذا الخبر السوء ما لا أقدر أصفه لكم وتحيرت وما عرفت ما أصنع. ولو جاءني خبر موته كان أحب وأشهى إلي من أسمع أن يسعى في الفساد وحيث أعرف أن كثيرا من الناس البعيدين عنا يتوهمون أن هذا الفعل القبيح بإرادتي وإذني وجدت الطريق التي تحصل به براءتي من هذا الولد المجنون و من فعله القبيح فإذا استحسنتم جنابكم تتخابرون مع الوزير فإذا أحسن عنك مساعدتك أكتب مكاتيب خصوصية لكل قبيلة من القبائل الذين مع المفسد بعد أن يعرفوني أين هو وأسماء القبائل هم عندهم ليتحقق الناس أني برئ منه ومن عمله.

منتصف محرم 1288

المخلص عبد القادر.

Dans cette lettre il renie son fils qui revient en Algérie pour participer à la grande insurrection de 1871. Nous trouvons la confirmation de l'existence de cette lettre, dans laquelle il réfute l'action de son fils, combattant la France, dans le livre de l'Emir Abdelkader écrit par Bruno Étienne (page 491 de la version traduite en Arabe par Michel Khoury, Editions Attia) sans pouvoir confirmer son contenu exact.

Après la fin de sa résistance, il a passé 5 ans d'emprisonnement. Son intervention dans les évènements Musulmans-Chrétiens (1860) lui a valu la décoration par la légion d'honneur de la France.

L'Émir Abdelkader, dit le père fondateur de la nation moderne, a combattu l'armée de la colonisation de 1832 à 1947. Mais est-ce seulement la guerre qui les reliait? Et quelle explication peut-on donner à sa relation avec l'Empire après sa capitulation? Et surtout pourquoi ces faits ne sont pas mis à la disposition des écoliers algériens, à qui on ne présente que les phases de la résistance et une courte présentation de sa vie à Damas?

Est-ce que sa proposition à l'Angleterre et aux États-Unis d'exploiter des ports en Algérie, en contrepartie d'un soutien pour chasser les Français, peut, selon le raisonnement de nos jours, nous faire dire qu'il est Pro-américain!?

C'est clair que ce qui est écrit ci-dessus est une analyse abstraite, partielle et incomplète, afin qu'on n'aille pas très vite à remettre en cause la lutte héroïque du premier leader algérien d'Al-Djazaïr (Algérie) Moderne.

 

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Mokrani fidèle à l'Empereur de la France

Mokrani, un des prestigieux leaders algériens, suscite toujours une polémique à propos de son parcours en tant que chef rebelle.

On est arrivé même à dire que la guerre est déclenchée (1871) à cause de la privation de ses privilèges. Ce qui explique en partie peut-être, la répression féroce qui a suivi, de crainte d'un leader si Charismatique. Nous ne soutenons pas cette hypothèse à laquelle nous n'avons trouvé aucune source la confirmant.

Ce qui est connu en tout état de cause, c'est la forte possibilité qu'avait Cheikh Mokrani dans le projet du Royaume Arabe de l'Empire, pour accéder à la place du Sultan ou Kalif ; Mokrani, qui voulait confirmer son attachement, a proposé à l'Empereur une légion dans la guerre contre la Prusse; mais l'empereur a refusé! Ce refus, ajouté à la dette non-remboursée que les Autorités ont emprunté de Mokrani et les nouvelles méthodes de traitement parues avec l'instauration de la troisième République restent pour beaucoup de spécialistes les causes principales de la plus grande Insurrection qu'a connue l'Algérie durant l'occupation avant 1954, plus grande même que la Résistance de l'Emir.

Bien sûr il faut prendre en considération la coïncidence des faits avec l'avènement de la Commune de Paris.

Comme détail aussi, doit-on mentionner, avant cela une raison de la participation faible de l'Ouest très démuni, en cette guerre, selon certaines sources : la famine de 1866-1867 qui a frappé le pays, notamment en la partie Ouest, a vu la mort d'environ le tiers de la population algérienne (1), élément crucial en cette guerre.

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L'Émir Khaled, le premier Nationaliste Algérien(2):

L'Émir Khaled pour beaucoup d'historiens est le père du nationalisme algérien, et la figure de proue du mouvement jeunes-algériens.

Evoquons donc certains épisodes de l'itinéraire, seules nécessaires à notre analyse, de ce fameux Leader algérien.

L'Émir Khaled a étudié à l'Ecole des officiers militaires Saint-Cyr, sur insistance de son père l'Emir Hachemi. Par la suite, il a refusé de se naturaliser français, ce qui montre une opposition certaine au système coloniale. Un des évènements de son parcours est la participation avec son régiment, aux évènements du Maroc 1907. En 1914 l'Émir Khaled s'engage de sa propre initiative dans l'armée française pour défendre la Nation durant la guerre.

Action de courage, bien qu'il soit fonctionnaire à l'armée française, il envoie une lettre au président Willson pour demander que l'Algérie soit représentée à la ligue des nations indépendamment de la France. (3) (il s'adapte aux circonstances dans sa lutte, le fait de s'engager à l'armée française n'est nullement équivalent de quelconque alignement, bien qu'elle soit une position non-confortable).

L'Emir Khaled avait devant lui une réalité et une administration à confronter et certainement il ne pouvait faire plus dans ces circonstances.

Cela peut être également projeté, d'une manière ou d'une autre, sur les officiers indigènes, et même naturalisés français, ralliés à l'Armée de Libération Nationale, avant le cessez-le feu.

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La lutte de Ferhat Abbasa peut aussi susciter des débats surtout avant 1945, où ses idées étaient nuancées par rapport au nationalisme, notamment si on se rappelle son fameux article, dans la Défense, "La France c'est moi!". (Article controversé).

À tort ou à raison, nous, nouvelles générations, du fait d'un héritage réflexif de nos pères surtout, accusions les hommes du pouvoir, militaires notamment, d'être des serviteurs de la France, Hizb Farança (Parti de France) comme on les appelle.

De ma part, je considère que nous pouvons être politiquement opposés à ces officiers qui ont pris le pouvoir d'une manière apparente depuis 1992, et les accuser également de corruption, mais le fait de remonter leurs itinéraires à la période 1954-1962, qui me paraît partial au regard de ce qui vient d'être relaté, cause, principalement deux répercussions, pour le moins dangereuses :

1 - ce fait de qualification d'agents français, d'une classe bien large, qui, à certains moments, détenait la direction de la presque totalité de l'armée, et par conséquent de l'état algérien, à cause de la nature même du système algérien post-indépendance, remet en cause la légitimité même de l'état, et plus grave encore, de la nation.

2 - Vivions-nous dans un état de trahison ? Et si oui est la réponse, à quel niveau peut-on évaluer notre rôle, à cause de la non-action face à ce fait grave, à moins que les traîtres, outre à la force mise à leur disposition, sont si nombreux plus même que les "nationalistes" et par conséquent, s'appuyant sur la démocratie ils constituent la majorité qui a le droit de choisir, même que l'état soit assujetti! Certainement, c'est absurde.

Nous devons être plus conscients de nos analyses et hypothèses

_____________________

À la lumière de ce qui vient d'être relaté nous pouvons pour le moins avoir un constat :

- Il est évident que ces militaires n'ont pas de repères idéologiques, des intellectuels qui les conseillent, pour exploiter ou plus même ces fragments, je dis bien fragments, de l'histoire des ces grands messieurs de l'histoire algérienne, pour dire ainsi nous ne sommes pas différents de ces héros historiques. Heureusement que cela n'a pas était exploité ainsi, sinon l'histoire de l'Algérie aurait été souillée une fois de plus.

Nous entendons par Intellectuels au Service de la promotion idéologique des régimes, des personnalités come : HASSANIN HAYKAL et TOUFIK EL-HAKIM en Egypte, Michel Aflak, un des fondateurs de l'idéologie du Baath en Irak et en Syrie, ou Bernard Henri Levy (BHL) en France, d'une manière relative bien sûr.

Les pays qui ont entamé une compagne de vengeance après une guerre, l'ont payé, et assument les mauvaises répercussions à nos jours ; la France avec le gouvernement Maréchal Pétain, les printemps arabes et la Libye constituent des bons exemples.

Je suis favorable à la justice mais avec des preuves, d'ailleurs nous nous accusons dans nos débats de traîtres. C'est parce que nous n'avons pas atteint un niveau d'acceptation mutuelle; cela nécessitera un peu plus de temps comme c'était le cas des pays européens si nous les prenons comme exemple, la gauche et la droite en France, révolutionnaires et Monarchistes, qui s'entretuaient même, à un certain moment, ont compris que personne ne pourra anéantir l'autre.

C'est pour dire, si on juge ces officiers de cette manière, il n'y a pas lieu à procéder à deux poids de mesure, cela doit tomber sur l'ensemble des leaders; ou bien exclu pour les uns comme pour les autres

Il faut accepter l'autre. Certains pensent que l'Algérie est un pays Amazigh-Arabe musulman, pourquoi faire des concessions!

Les partisans de l'autre vision, disent : ces réactionnaires ne s'attachent pas à l'esprit de la religion mais plutôt à la forme. Ils ne méritent même pas d'être entendus!

Certainement nous n'avons pas atteint le niveau de la guerre civile libanaise, tueries et intervenants qui sont arrivés à s'allier à Israël et leurs opposants, ils ont fini par s'assoir sur une table, ni même la situation de l'Irlande. Donc nous avons bien des chances à redresser la situation.

En Algérie, après 1988-1992, et même après, c'est surtout à cause de l'anarchie qui régnait au pays, qu'on ne peut chercher des intellectuels parrains, à l'exception de certains Laïcards.

Mais peut-être les choses se préparent doucement, dans ce but, sans qu'on s'aperçoive.

Dans la deuxième partie nous évoquerons l'histoire des DAF (déserteurs de l'armée française) avec plus de précision, dans une approche historique-comparative, surlignant la culture d'Instrumentalisation de la religion après l'indépendance.

Oudainia Khalil (20-08-2012)
traducteur et Historien

 

Notes :

(1) : Djilali Sari – Algérie pérennités et résistances (OPU 2002).

(2) : le sous-titre est tiré d'un article de Robert Ageron, in Revue de l'Occident musulman

(3) : Mahfoud Keddache, L'Emir Khaled. (OPU 2009).

 

émir Khaled Meynier

 

- suite de ce article (28 décembre 2012)

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mardi 27 novembre 2012

Obsèques de M. de Raymond, commissaire de la République au Cambodge, le 1er novembre 1951

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Obsèques de M. de Raymond, commissaire de la République au Cambodge, le 1er novembre 1951,
en présence du roi du Cambodge, M. Norodom Sihanouk, et du général d'armée de Lattre de Tassigny,
haut-commissaire de France en Indochine et commandant en chef en Indochine.

 

- à la suite de la publication des deux artiicles suivants sur notre site :

- http://etudescoloniales.canalblog.com/archives/2008/06/09/9515231.html (9 juin 2008)

- http://etudescoloniales.canalblog.com/archives/2009/01/20/12158265.html (9 janvier 2009)

Nous éditons la mise au point suivante :

 

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Mise au point

Les propos de la rubrique «Commentaires sur Indépendance du Cambodge. Histoire officielle, histoire secrète» ci-dessus [cf. articles référencés], exigent une mise au point devant des insinuations infondées et indignes.

Le Gouverneur Jean L. de Raymond, Commissaire de la République au Cambodge depuis mars 1949, a été assassiné le 29 octobre 1951 à l’Hôtel du Commissariat de la République par un domestique vietnamien engagé depuis un mois en remplacement d’un agent qui avait demandé son affectation à Saïgon.

Ce nouveau domestique  n’avait pas été soumis au contrôle de sécurité du Commissariat. Or il avait adhéré au Comité des démarches du Viet-Minh de Phnom Penh depuis février, avait reçu une formation politique en mars et était inscrit au Parti communiste depuis septembre.

Il s’associa un Chinois appartenant au même Parti, un autre Chinois et un boy vietnamien du Commissariat en vue d’effectuer l’attentat qui avait été décidé depuis plusieurs semaines par le chef de la Section de contrôle de ce Comité où il participa à une réunion le 28 octobre. Ce domestique vietnamien commit le crime le lendemain avec le Chinois pendant la sieste de Jean L. de Raymond et déroba des documents avant de rejoindre le Nord Vietnam.

Les meurtriers ont été condamnés à mort par contumace par le Tribunal militaire de Phnom Penh, et le complice vietnamien du Commissariat, à dix ans de travaux forcés et vingt ans d’interdiction de séjour. L’identité des terroristes, les interrogatoires de ceux qui furent arrêtés par la police, les messages du Viet-Minh interceptés et les documents saisis par les services de sécurité français  sont  conservés dans les fonds des Archives nationales.

Le Viet- Minh félicita «l’agent des cadres du Nambo» et donna l’instruction de ne pas divulguer l’information dans des zones dont les habitants «avaient quelque sympathie pour la politique khmérophile de M. de Raymond». Le meurtrier précisa qu’il n’avait pas agi par haine personnelle car «M. de Raymond  avait été un très bon maître, mais bien pour l’intérêt général et pour celui de la résistance ». L’assassinat aurait été «désapprouvé» par le Comité des cadres du Cambodge dont le chef, qui l’avait commandé, a été limogé.

Le Commissaire de la République s’était attiré la sympathie des Cambodgiens et celle des Indochinois avec qui il avait eu depuis longtemps à coopérer et à négocier, comme l’attestent de multiples témoignages. Cet attentat provoqua une grande émotion et «l’indignation unanime de tout le Royaume» selon les termes du Président du Conseil, notamment à Phnom Penh où le Commissaire de la République était très estimé et où sa bonté était connue, au point que sa confiance a été trompée.

Le roi Norodom Sihanouk pleura ; il rappela les «qualités de courtoisie et le sens élevé de l’humanité» dont  faisait preuve le gouverneur de Raymond qui était «un des rares Français ayant toujours su lui dire avec courtoisie, la vérité, ce qui a évité beaucoup de déboires au Cambodge», et il témoigna : «son nom est intimement lié à l’indépendance de mon Royaume dont il est un des artisans français». Le Souverain le cita à l’ordre du Cambodge. Il voulut même faire supprimer, en signe de deuil, les cérémonies traditionnelles du «Tang Tôc» et il fit annuler les réjouissances populaires organisées devant le Palais et au Phnom.

La  vie et l’œuvre du gouverneur Jean L. de Raymond, Mort pour la France, seront mieux connues grâce à sa biographie complète en préparation, qui en précisera les réalisations et présentera les témoignages utiles à l’histoire.

Jean-François de Raymond
fils de Jean L. de Raymond,
docteur d’État ès-lettres et sciences humaines,
professeur d’université honoraire, ancien diplomate
(novembre 2012)

 

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lundi 26 novembre 2012

un film sur l'exode des Pieds-Noirs

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diffusion du film : reportage

 

Nous nous sommes rendus  à Alicante, pour la diffusion du film La valise ou le cercueil et par la même occasion nous vous offrons un petit reportage sur ces 3 journées de rencontres.

À voir absolument en cliquant sur ce lien : FAIRE CIRCULER SANS MODÉRATION.

Merci.

REPORTAGE34 SARL

11, route des Jardins de Maguelone
MAURIN - 34970 LATTES
Tél : 04.67.27.87.26

Commandez votre coffret DVD par internet : AMAZON.FR

Liens : reportage34.skyrock.com

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- Il y a quelques critiques historiques à adresser à ce film (imprécisions chronologiques et autres), mais il fait écho à une "mémoire" douloureuse qui n'a pas assez trouvé les vecteurs pour s'exprimer. Il faut le soutenir.


Études Coloniales

 

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dimanche 25 novembre 2012

les Archives d'outre-mer (Aix-en-Provence) : un site en anglais

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une version en langue anglaise du site des

Archives nationales d'outre-mer

 

- Pour accroître leur rayonnement qui est d'ores et déjà international, les Archives nationales d'outre-mer, installées à Aix-en-Provence, mettent désormais à disposition leur site en anglais. En effet, une part non négligeable de leurs lecteurs vient de l'étranger, au premier rang desquels les chercheurs américains.


- site en langue française

- site en langue anglaise

 

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édifice et parking des Archives nationales d'outre-mer

 

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salle de lecture des Archives nationales d'outre-mer

 

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mercredi 21 novembre 2012

Joseph Sanchez, goumier au Maroc, mort en 1955

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Joseph Sanchez, légionnaire, tirailleur

et Goumier marocain (1915-1955)

 dossier historique et mémoriel, par son petit-fils

 

- "Je suis le petit-fils de Joseph Sanchez, adjudant dans les goums Marocains, chevalier de la Légion d'honneur, mort pour la France le 9 novembre 1955 à l'âge de 40 ans. J'ai voulu ici rendre hommage au soldat, au grand-père que je n'ai jamais connu, à ma grande mère pour son dévouement et les épreuves qu'elle a subies suite à cette disparition tragique.

Par les documents et les photos en ma possession je vous propose de vivre la carrière d'un soldat exceptionnel qui a passé plus de 20 années au sein de l'armée et notament aux Goums Marocains, participant à près d'une vingtaine de campagnes, à de nombreux conflits, en Italie, France, Indochine, Vietnam, Tunisie, Algérie, Maroc, Cochinchine, Laos etc...

L'adjudant Sanchez Joseph du 66eme Goums des Tabors Marocain perdit la vie à seulement soixante kilomètres de chez lui. Sur la terre Marocaine au sud-est de TIZI OUSLI quelque part dans le Rif."

- se rendre sur le site

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quelques cartes postales anciennes sur les goumiers

 

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Goumier 2

 

Goumier 3

 

Goumier 4

 

Goumier 5

 

Goumier 6

 

Goumier 7

présentation iconographie : Études Coloniales

 

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mercredi 7 novembre 2012

Si Kaddour Ben Ghabrit, un "juste parmi les nations" ?

couv Mohammed Aïssaoui

 

 

La Mosquée de Paris a-t-elle sauvé des juifs

entre 1940 et 1944 ?

une enquête généreuse mais sans résultat

Michel RENARD

 

Le journaliste au Figaro littéraire, Mohammed Aïssaoui, né en 1947, vient de publier un livre intitulé L’Étoile jaune et le Croissant (Gallimard, septembre 2012). Son point de départ est un étonnement : pourquoi parmi les 23 000 «justes parmi les nations» gravés sur le mémorial Yad Vashem, à Jérusalem, ne figure-t-il aucun nom arabe ou musulman ?

Il mène une enquête, cherche des témoins ou des descendants de témoins, évoque la figure de Si Kaddour Ben Ghabrit, directeur de l’Institut musulman de la Mosquée de Paris de 1926 à 1954, fait allusion à d’autres personnages qu’il a rencontrés, et plaide pour une reconnaissance mémorielle d’actes de solidarité, de sauvetage, de juifs par des musulmans durant cette période. Et pour leur reconnaissance et inscription sur le mémorial de Yad Vashem.

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mémorial Yad Vashem

Cet ouvrage est fréquemment mentionné par voie de presse, avec force sympathie. Mais… rares sont les critiques, positives ou négatives, réellement argumentées. On a le sentiment que ce livre est légitime, généreux, qu’il «tombe» bien en cette période.
C'est ce que le sociologue américain Merton avait repéré dans les phénomènes d'identification et de projection même si le rapport à la réalité est totalement extérieur. Aujourd'hui, l'Arabe musulman, sauveur de juifs, devient un type idéal auxquels de nombreux musumans ont envie de croire. La réalité n'est pas celle-ci, mais peu importe ! On reproduit la quatrième de couverture du livre (qu'on n'a pas lu), on ose quelques citations d’extraits… Mais personne ne se hasarde à une évaluation de la validité historique de sa teneur.

Compliments

Commençons par les compliments. Et pas seulement pour contrebalancer, de manière formelle, les critiques qui vont suivre… Ce livre a des qualités. Il est passionné. Mohammed Aïssaoui, tel un Tantale ne cesse de remonter le rocher contre l’oubli. Il cherche, s’évertue à prolonger les moindres pistes, ne renonce pas devant les échecs partiels, interroge et ré-interroge, fouille des archives, se déplace en France et au Maghreb. Le sujet lui tient à cœur. Il a également des qualités morales, n’hésitant pas à critiquer l’antisémitisme d’une partie du monde arabe et musulman, se sentant dépassé par la haine anti-juive et le pro-hitlérisme du mufti de Jérusalem, Hadj Amin al-Husseini (1895-1974), encore considéré comme un héros par beaucoup.

Mohammed Aïssaoui est un humaniste. Il est intérieurement remué devant la modestie et la discrétion publique d’hommes ou de femmes qui devraient être considérés comme des héros. Il est sensible au moindre geste d’altruisme et de désintéressement.

Il a lu, comme moi, avec émotion et engouement le livre d’Ali Magoudi, Un sujet français (2011) sûrement frappé par «l’autopsie du silence paternel» (p. 59 du livre d'Ali Magoudi) et ses raisons profondes : «Pris par la nécessité d’occulter ses faits de collaboration, mon père a caché tout événement qui l’aurait trahi. Il a omis de nous raconter Pruszków, quitte à inventer un camp de concentration et une évasion héroïque sur un chariot de morts, version plus glorieuse qu’une libération pour cause de collaboration» (p. 328).

Sincèrement, je crois qu’il a manqué à Mohammed Aïssaoui un peu de cette réserve devant les témoignages dont Ali Magoudi a fait une tension intellectuelle sans faille. L’Étoile jaune et le Croissant veut, à tout prix, trouver des «justes parmi les nations», des musulmans qui auraient sauvé des juifs pendant la Seconde Guerre mondiale en France.

Quels témoins ?

Mais il n’en trouve guère. Les comptes rendus, dans la presse, disent qu’il a sollicité des «interlocuteurs célèbres comme Elie Wiesel, Serge Klarsfeld et Philippe Bouvard». Mais aucun de ces trois personnages ne témoigne en faveur d’une activité organisée de la Mosquée de Paris. Wiesel (p. 17-18) est rencontré à titre de témoin du génocide en général et de la transmission de la mémoire. Rien à voir avec la Mosquée de Paris. Klarsfeld explique que pendant quelques mois, il a eu «une mère algérienne et musulmane… appelée Mme Kader» (p. 25). Durant l’Occupation, dit-il, «elle a bénéficié de faux papiers avec un prénom et un nom arabe» délivrés «par une filière classique de faussaires» (p. 25). Donc, pas de rapport, a priori, avec la Mosquée de Paris. Plusieurs filières de délivrance de faux papiers ont existé sous l'Occupation, certaines résistantes et d'autres silmplenent mercantiles.

Le cas de Philippe Bouvard est différent. Son père adoptif, Jules Luzzato, juif, petit-fils de rabbin, fabriquait des costumes civils pour des déserteurs allemands. Dénoncé et arrêté, il est finalement délivré suite à une démarche de la mère de Philippe Bouvard auprès de Si Kaddour Ben Ghabrit.

«Avec ma mère, ajoutait-il, on se cachait, on a peut-être changé une dizaine de fois de domicile. Non, je ne me souviens pas que nous nous soyons cachés à la Mosquée. Mais j’y allais souvent, tout m’y semblait exotique, c’était, pour moi, le grand dépaysement en prenant simplement le métro jusqu’à Jussieu. Je pense que ce qui rapprochait ma mère et Si Kaddour, c’était la littérature, la culture et la musique. Son salon était très vivant.» (p. 68).

Geste noble de la part de Si Kaddour, mais peut-être seulement motivé par une espèce de connivence intellectuelle, une accointance de salon. Cela étant, il l’a fait.

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Si Kaddour Ben Ghabrit

Quels autres témoins, Mohammed Aïssaoui peut-il mobiliser ?  Il y a en a une, du nom d’Oro Boganim, infirmière à l’hôpital franco-musulman, dont le fils Michel Tardieu, rapporte que Si Kaddour l’a appelée un jour pour lui dire : «les Allemands sont en train de regarder les dossiers du personnel de l’hôpital, ils vont se rendre compte que tu es juive. Sauve-toi tout de suite !» (p. 43). Michel Tardieu dit que «Si Kaddour a sans doute aidé sa mère à sortir, mais je ne sais pas comment» et que son père, Noël Tardieu, français et catholique, l’a ensuite rejointe au Maroc.

Mohammed Aïssaoui cite également un auteur marocain d’une biographie de Si Kaddour, Hamza ben Driss Ottmani, évoquant le cas d’une pianiste sauvée par le recteur de la Mosquée de Paris. Elle s’appelait Georgette Astorg, son nom de jeune fille étant Zerbib : «Après s’être renseigné, Si Kaddour aurait décidé de l’abriter au sein de la Mosquée pendant quelques jours, puis aurait facilité son transfert en zone libre, à Toulouse» (p. 62).

Tout cela est peut-être vrai. Mais les preuves sont ténues et non corroborées.

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Le documentaire de Derri Berkani (1990) et ses témoins

Jusqu’alors, le poids principal des témoignages reposait sur les personnages intervenant dans le documentaire de Derri Berkani, Une résistance oubliée, la Mosquée de Paris de 40 à 44 (La Médiathèques des trois mondes, 1990)… que j’ai eu la prescience d’acheter moi-même quand on le trouvait encore à la librairie de l’Institut de Monde Arabe il y a quelques années…

Le témoin principal justifiant une activité de sauvetage d’envergure de juifs par la Mosquée de Paris était Albert Assouline. Ce dernier, abrité lui-même par la Mosquée sous l’Occupation avait déjà parlé de tout cela en 1983. Mohammed Aïssaoui le cite (c’est aussi dans le documentaire filmé) : «Pendant toute la dernière guerre, la Mosquée de Paris ne cessa d’apporter son aide à la résistance contre l’Allemagne nazie. Pas moins de 1732 résistants trouvèrent refuge dans ses caves : des évadés musulmans mais aussi des chrétiens et des juifs. Ces derniers furent de loin les plus nombreux» (p. 105). Le chiffre de 1732 serait établi à partir des cartes de rationnements distribuées par la Mosquée. Quelles sources à cette affirmation quantitative… ?

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Albert Assouilne

La même année, Albert Assouline livrait ce témoignage dans le bulletin Les Amis de l’Islam, n° 11, 3e trimestre (disponible aux Archives départementales de la Seine-Saint-Denis à Bobigny) : «C'est dans le sous-sol de cette Mosquée si paisible jusqu'alors que, pendant l'occupation nazie, se réfugièrent de nombreux hommes, femmes et enfants ; beaucoup d'entre eux étaient des juifs d'Afrique du Nord, des communistes ou des francs-maçons que le gouvernement de Vichy avait mis hors-la-loi, sans compter des évadés d'Allemagne et des aviateurs anglais. L'accueil réservé à une fillette de 12 ans nommée Simone Jacob n'a pas été oubliée : elle est devenue Simone Veil.»

Tout cela est invérifiable et même en partie démenti. D’où vient ce chiffre de 1732 cartes de rationnements ? Comment la Mosquée se les aurait-elle procurées ? Qui en aurait bénéficié ?

 

Personne n’a jamais témoigné

Personne n’a jamais témoigné avoir été abrité dans ces caves ou sous-sols de la Mosquée. Dalil Boubakeur répond à Mohammed Aïssaoui : «Il y a bien des caves ! Mais pas de sous-sols censés communiquer avec la Bièvre ! Quand je suis arrivé, j’ai bien trouvé un panneau sur lequel était indique le mot "ABRI", une protection dans les sous-sols en cas de bombardements de Paris par les avions alliés. La confusion vient peut-être de là… C’était un refuge réquisitionné pour la population du quartier pendant l’Occupation, mais impossible d’abriter là-dessous 1700 personnes» (p. 77).

Quant à Simone Veil qui aurait été sauvée par la Mosquée de Paris, selon Albert Assouline, Dalil Boubakeur répond : «C’est [l’imam Mohamed Benzouaou] qui serait à l’origine de la fable selon laquelle Simone Veil a été sauvée par la Mosquée de Paris» (p. 100).

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stèle de Mohhmed Benzouaou au cimetière de Bobigny (photo MR, mars 1998)

De mon côté, j’avais remarqué depuis longtemps l’impossibilité chronologique de ce «sauvetage» de Simone Veil par la Mosquée et lui avais écrit à ce sujet. Je l’avais déjà mentionné allusivement et sans trop de précision. Mais voici sa lettre. Elle m’avait répondu :

- «Je vous remercie d’avoir pris soin de vérifier cette affirmation qui vous a paru contradictoire avec les éléments biographiques me concernant qui figurent dans le livre de Maurice Szafran. En effet j’ai eu l’occasion à diverses reprises de démentir la rumeur et les écrits de M. Assouline selon lesquels j’aurais été cachée à la Mosquée de Paris.
Née à Nice, j’ai toujours vécu dans cette ville jusqu’à mon arrestation le 30 mars 1944, à l’exception de quelques déplacements très brefs à Paris avant la guerre pour rendre visite à des membres de ma famille.
À l’exception du transfert de Nice à Drancy au début du mois d’avril 1944, je ne suis jamais allée à Paris pendant la guerre. Tout ce que je peux dire des écrits de M. Assouline, c’est qu’il n’est pas théoriquement impossible qu’une fillette de 12 ans, portant les mêmes nom et prénom ait été effectivement cachée à la Mosquée.
N’ayant pas les coordonnées de M. Assouline (je ne savais d’ailleurs pas jusqu’à ce jour qu’il était à l’origine de cette information inexacte), je n’ai jamais pu rétablir la vérité. Je vous serais obligée, si vous en avez l’occasion de bien vouloir le faire.» (lettre de Simone Veil, du 8 février 2005).

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Simone Veil

Le témoignage d’Albert Assouline n’est donc pas crédible et doit susciter la méfiance de l’historien. Comme le dit le recteur Dalil Boubakeur, il s’agissait d’un homme «au cœur très généreux, très imaginatif» (p. 81). Peut-être trop imaginatif ?

Le documentaire de Derri Berkani, comme le film d'Ismël Ferroukhi, Les hommes libres (septembre 2011), mettent en avant la figure du chanteur juif Salim (Simon) Halali qui aurait été sauvé grâce à la délivrance d’une attestation de musulmanité délivrée par Si Kaddour qui aurait fait modifier l’inscription d’une stèle funéraire au cimetière musulman de Bobigny pour y porter le nom de Halali. Mohammed Aïssaoui, dans son livre, précise qu’il a cherché cette tombe et ne l’a pas trouvée : «Par acquit de conscience, je me suis rendu au cimetière de Bobigny. Il est impossible de savoir si un jour il y a eu ici une tombe au nom du père de Salim Halali. La légende est belle, mais est-elle vraie ?» (p. 108).

De mon côté, dans mes investigations sur les inhumés du cimetière musulman de Bobigny, devenu aujourd’hui cimetière intercommunal, je n’ai jamais rencontré de Halali.

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vue partielle du cimetière musulman de Bobigny (photo MR, mars 1998)

 

Que reste-t-il ?

Mohammed Aïssaoui a trouvé des archives – que j’ai lu et enregistrées il y a déjà longtemps déjà… mais pas encore publiées – relatives à l’activité de la Mosquée de Paris entre 1940 et 1944. Il les cite mais n’en tire guère de conséquence logique.

Quand Si Kaddour Ben Ghabrit est plus ou moins accusé de collaboration en 1944, il rédige et fait rédiger en septembre trois notes remises au capitaine Noël, officier d’ordonnance du général Catroux : l’une de lui-même, l’une de Rageot, consul de France au ministère des Affaires étrangères et l’autre de Rober Raynaud, chargé des fonctions de secrétaire général de l’Institut musulman depuis 1926 par le même ministère des Affaires étrangères (Mohammed Aïssaoui cite en partie la première).

Or, à aucun moment, ces trois mémoires en défense ne font allusion à ce sauvetage massif de juifs et de résistants dont la Mosquée aurait été l’auteur. Le seul axe de parade est d’expliquer comment Ben Ghabrit a su jouer des demandes allemandes sans les satisfaire.

Comme l’explique Rageot : «À ces dispositions successives des autorités d'occupation, comment y a-t-il été répondu par la Mosquée?
Tout d'abord et d'une manière générale, par les façons courtoises et la correction absolue du directeur et du personnel. Je dois dire que j'ai moi‑même été tenu au jour le jour exactement informé de ce qui se passait, coups de téléphone, demandes d'audience, conversations, démarches, etc... et que M. Ben Ghabrit et moi nous sommes régulièrement concertés sur l'attitude à observer et les réponses à faire. Nous ne pouvions demeurer invulnérables qu'à deux conditions : rester sur le terrain religieux et nous abstenir de toute politique. M. Ben Ghabrit y a parfaitement réussi.

Sur le terrain cultuel, en multipliant son aide et ses soins aux musulmans, prisonniers ou civils qui ont afflué à la Mosquée chaque année de plus en plus nombreux.

Sur le terrain politique, en s'abstenant de prendre parti dans les questions touchant à la collaboration, au séparatisme, au Destour et d'une façon plus générale, de répondre aux attaques dont la Mosquée a été l'objet de la part de musulmans à la solde de l'ambassade. Jamais, en cette matière, M. Ben Ghabrit ne s'est laissé prendre en défaut et il a su imposer la même discipline à son personnel religieux. En cela il s'est attiré personnellement et à plusieurs reprises l'animosité des autorités allemandes.» (Archives Nationales).

Au vu de la prudence ici rapportée, et de la surveillance dont la Mosquée faisait l'objet par les autorités allemandes, il semble difficile d'imaginer ces centaines de sauvetage, ces allées et venues... qui n'auraient jamais donné lieu à des arrestations.

 

Quelques erreurs

Mohammed Aïssaoui commet parfois quelques confusions. Par exemple entre la Brigade Nord-Africaine, la branche policière du Service de surveillance et de protection des Indigènes nord-africains, de la rue Lecomte, créée en 1925, et le «Comité Musulman de l'Afrique du Nord» créé par l’algérien musulman collaborateur El-Mahdi sous l’Occupation (p. 147-149).

Autre imprécision. L’échaudoir musulman (p. 130). Je raconterai cette histoire ailleurs. Mais le contentieux date d’avant la guerre. La Préfecture avait accordé, sans formalisme administratif un agrément pour l’exploitation d’un échaudoir (lieu de sacrifice rituel pour les musulmans) dès le 12 juin 1939 à Si Ahcène Djaafrani, leader de la confrérie Al-Alaouia à Paris depuis des années.
En fait, cette autorisation fut officiellement attribuée à la Mosquée de Paris, seul organisme musulman reconnu officiellement par les autorités métropolitaines. Mais cette substitution d’attribution fut conflictuelle. Et il est vrai que Si Kaddour n’usa point que d’arguments moralement dignes… Mais la police n’a pas grand chose à lui reprocher. En tout cas, cela n’a rien à voir avec la collaboration.

 

«pas de témoins directs»

Finalement Mohammed Aïssaoui, non seulement n’a pas été capable de fournir, au terme de sa quête, de témoignages vraiment irréfutables, mais il a même en partie déconsidéré ceux qui existaient préalablement (Salim Halali, Albert Assouline…) – ce que je savais déjà…. Et il avance, en plus, la preuve (p. 93-96) que Ben Ghabrit n’a pas toujours répondu en faveur de juifs dont le Commissariat aux Questions Juives lui demandait s’ils étaient musulmans ou non. Jean Laloum, chercheur au CNRS, a publié un article à ce sujet dans Le Monde du 7 novembre 2011.

Mohammed Aïssaoui finit par reconnaître : «Je n’ai pas à proprement parler de témoins directs» (p. 171). D'ailleurs l'auteur ne mentionne qu'allusivement, et sans jamais s'appuyer sur lui, le film Les hommes libres d'Ismaël Ferroukhi (septembre 2011) parce qu'au terme de son enquête il sent bien que cette production est totalement fictionnelle et ne repose sur rien de tangible.

Au final, la probabilité de vérité historique de sauvetage de juifs par la Mosquée de Paris se réduit peut-être à quelques cas – pour lesquels, cependant, aucune preuve ne peut être fournie sans conteste et sans croisement de sources – due à l’intervention personnelle de Si Kaddour Ben Ghabrit dont les motivations restent obscures.
Des présomptions mais pas de preuves. Jamais le personnage n’a revendiqué, après guerre, ces interventions. Si Kaddour Ben Ghabrit n’a pas été un collaborateur mais il est, pour le moment du moins, quasiment impossible de le considérer comme un «juste parmi les nations».

Michel Renard
7 novembre 2012

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Mohammed Aïssaoui

 liens

- http://etudescoloniales.canalblog.com/archives/2011/10/09/22292189.html

- http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/11/07/la-mosquee-de-paris-sous-l-occupation_1599082_3232.html

- http://etoilejaune-anniversaire.blogspot.fr/

 

couv Mohammed Aïssaoui

 

__________________________________

 

précisions

 

1)

Mon collègue et ami Maxime Gauin me signale ceci à propos de la mention de musulmans au mémorial de Yad Vashem :

- «Son point de départ est un étonnement : pourquoi parmi les 23 000 "justes parmi les nations" gravés sur le mémorial Yad Vashem, à Jérusalem, ne figure-t-il aucun nom arabe ou musulman ?» S'il a vraiment écrit ça, c'est un ignorant. Selahattin Ülkümen (1914-2003), consul de Turquie à Rhodes pendant la Seconde Guerre mondiale a été reconnu comme Juste parmi les nations en 1990. http://www1.yadvashem.org/yv/en/righteous/stories/ulkumen.asp Un dossier est en cours pour l'ambassadeur turc à Paris, le consul à Marseille et quelques autres. 65 Albanais (en majorité musulmans) ont été faits Justes parmi les nations en 2010 : http://www.amb-albanie.fr/press.html

 

2)

 - sur la Brigade Nord-Africaine (à venir, MR)

 

 

 

 

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dimanche 4 novembre 2012

Tu l’as bien cherché Longuet

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Oui, nous devons demander pardon...

Daniel LEFEUVRE

 

Quelle honte ! Tu l’as bien cherché Longuet, ce seau de déjections qui tombe sur ta tête.

Quoi ! Un bras d’honneur pour toute réponse à cette légitime revendication de repentance, exigée de la France par le ministre algérien des moudjahidin !

Parce qu’enfin, il faut bien que la France s’agenouille, n’a-t-elle pas d’ailleurs commencé à le faire, pour tous les malheurs dont elle fut la cause.

Oui, nous devons demander pardon pour ces génocides, perpétrés pendant cent trente années de colonisation, qui ont conduit à un triplement de la population indigène.

Oui, nous devons demander pardon au FLN pour l’avoir contraint, pendant la guerre d’Algérie, à massacrer des dizaines de milliers d’Algériens — hommes, femmes et enfants — qui refusaient de se plier à sa loi et à ses exigences.

Pardon d’avoir forcé cette grande organisation démocratique à mener à coups d’enlèvements, d’attentats, de tortures et d’assassinats, une guerre d’épuration ethnique. Il fallait bien contraindre les Européens à fuir l’Algérie, pour que le colonisé puisse coucher dans le lit du colonisateur.

D’ailleurs, ces pieds-noirs n’étaient-ils pas des occupants ? Bon, d’accord, la plupart étaient nés en Algérie, de parents et, souvent, de grands-parents eux-mêmes nés sur place. Mais Gérard, quand comprendras-tu que la nationalité de la «troisième génération» ne vaut que pour les descendants d’immigrés installés en France ?

 

Pardon d’avoir laissé sur place

Pardon d’avoir laissé sur place, en 1962, une infrastructure routière, ferroviaire, aéroportuaire, scolaire, agricole et industrielle à nulle autre pareille en Afrique.

Pardon d’avoir ouvert notre marché aux produits algériens et pardon de les avoir payés à des prix beaucoup plus élevés que les cours mondiaux, pétrole et gaz compris des années durant.

Pardon aussi, pour avoir accueilli entre 1962 et 1967, à la demande de Bouteflika, 300 000 Algériens — dont de nombreux anciens dirigeants nationalistes — venus travailler et résider, ou se réfugier, dans une France coloniale et raciste.

Pardon, encore, et jamais assez, pour avoir délivré aux apparatchiks du régime, le premier d’entre eux en tête, des permis de séjour pour se soigner dans les hôpitaux parisiens.

Pardon d’avoir introduit le poison de la démocratie et de la liberté de la presse en Algérie, dont le FLN a eu tant de mal à se débarrasser.

Pardon pour être de toute façon, toujours et pour toujours, responsable de cinquante ans de gabegie, de détournement de fonds, de mépris du peuple, de répression contre les opposants, d’asservissement de la femme aux contraintes patriarcales et islamiques. Tout cela, comme le chômage qui frappe 40 % des jeunes, le manque de logements et d’eau courante, ne saurait connaître d’autre explication que l’héritage colonial.

La meute a donc raison, Gérard, de te clouer au pilori médiatique. Ce bras d’honneur est inexcusable. Surtout pour ceux qui ont perdu le sens de l’honneur et de la France.

Daniel Lefeuvre
professeur d'histoire contemporaine
à l'université Saint-Denis/Paris VIII
texte envoyé à Robert Ménard pour le site
boulevard Voltaire

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On s'acharne sur Gérard Longuet qui dit aux autorités algériennes : cessez de nous prendre pour des imbéciles, de travestir l'histoire, de faire d'un prétendu "génocide" une rente de situation pour camoufler votre impéritie depuis 50 ans ; mais on a laissé passer le "Nique la France" de la dirigeante des prétendus "Indigènes de la République", salariée de l'Institut du Monde Arabe qui vit des subventions étatiques de la République. Cela suffit !

Michel Renard

9782081213067 

 

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