jeudi 27 décembre 2012

«19 mars 1962 ? Waterloo !», un livre de Michel Delenclos

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le livre de Michel Delenclos :

"Une véritable mine d'or pour les chercheurs"

(Maurice Faivre)

 

19 mars 1962 ? Waterloo !, de Michel Delenclos
éd. L'Harmattan
Conséquences et interprétations des accords d'Évian
Préface du général Maurice Faivre

Le livre - L'auteur revient ici sur les "Déclarations gouvernementales du 19 mars 1962 relatives à l'Algérie", au sujet desquelles certains entretiennent encore la confusion. L'emploi fréquent des référendums, le scrutin d'autodétermination, les disparitions, les enlèvements, les prisonniers et les massacres collectifs de civils et de militaires... tous les évènements qui ont précédé cet accord en expliquent le dénouement tragique. "Une véritable mine d'or pour les chercheurs", selon l'historien Maurice Faivre.

 

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Le mot de l’auteur

Ce livre ouvert à «Monsieur le président de la République, Mmes, MM. les Députés et Sénateurs, Maires et Citoyens de France.», redonne toute sa place à l'Histoire car, comme le soulignait l'ancien président de la République, Jacques Chirac : «...le moment est venu pour nous tous, Français, de porter un regard de vérité sur une histoire méconnue, une histoire déformée, une histoire effacée...».

«L'accord de cessez-le-feu» devait mettre fin aux opérations militaires et à toute action armée sur l'ensemble du territoire en Algérie le 19 mars 1962 à 12h00.». Il n'en fut rien. Le FLN poursuivit sa guerre révolutionnaire : les disparitions, enlèvements et les assassinats collectifs programmés vont se multiplier chez les civils comme chez les militaires jusqu'en juillet 1964. Au point même que l'ancien négociateur, Robert Buron, face à cette folie meurtrière, laissera tomber : «Le passage des Huns!». (L'Aurore du 17.05.1962).

L'emploi fréquent du référendum pour l'Algérie est avéré anticonstitutionnel par les juristes comme par les parlementaires, comme le clame le député du Nord, Paul Reynaud, le 26 avril 1962 : «Toutes les grandes questions sont réglées en passant par-dessus la tête des représentants du peuple. On soumet à ce dernier, par la voie référendaire, des matières qu'on enlève au Parlement... Là où la Constitution n'est plus respectée, il n'y a plus de République.».

L'après 19 mars 1962 deviendra champ de bataille du présent et objet de marchandage : à l'Assemblée nationale, au Sénat, au sein des mouvements et associations pour ou contre la célébration du 19 mars. Mais les discours et les communiqués politiques comme la propagande n'occulteront pas les données historiques.

Cet ouvrage donne la parole aux Algériens comme aux Français qui se sont affrontés durant plus de sept ans. Le lecteur découvrira, au fil des chapitres : l'origine historique de l'Accord du 1er novembre 1954, la crise du FLN depuis 1961 et après le cessez-le-feu, les analyses et commentaires des journalistes, observateurs et juristes, les promesses et discours de tous bords, la chronologie des faits, l'utilisation des référendums et de l'autodétermination, les travaux et analyses des historiens pour comprendre la finalité des accords, les effectifs et pertes militaires et des harkis, les civils disparus, les actions en faveur des prisonniers français, le devenir des sépultures françaises, les gouvernements successifs durant la guerre de 1954 à 1962, etc.

Delenclos Michel Henri
Chercheur en Histoire

19-MARS-1962

 

un autre ouvrage de Michel Delenclos

 

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mercredi 26 décembre 2012

lectures sur l'Afrique (Marc Michel)

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quelques ouvrages sur l'Afrique :

lectures critiques

Marc MICHEL

 

9782847363852

Monsieur X/ Patrick PESNOT, Les dessous de la Françafrique, Les dossiers secrets de Monsieur X, Nouveau Monde éditions, 2008, 396 pages

Il y a des livres qu’il vaut mieux ignorer. Celui-ci en est un. Ramassis de ragots et de soi-disant «révélations» de se conde main, cet ouvrage est du plus mauvais journalisme.

 

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Achille MBEMBE, Sortir de la Grande Nuit, Essai sur l’Afrique décolonisée, La Découverte, 2010, 246 pages,

Ce livre ne s’adresse sans doute pas à un public qui voudrait avoir une information générale et pratique sur l’Afrique. On doit à l’auteur, actuellement professeur d’Université en Afrique du Sud, des travaux remarquables sur le «maquis» au Cameroun pendant la décolonisation de ce pays.
Cet ouvrage, écrit dans une langue souvent d’accès difficile, n’est ni un ouvrage d’histoire, ni un ouvrage de géopolitique, ni un ouvrage d’anthropologie, mais une réflexion où se mêlent des considérations, parfois assez obscures, sur les mondes noirs contemporains, sous des rubriques où les néologismes audacieux (la «déclosion» du monde) voisinent avec des images qui désarçonnent le lecteur. Au total, on ne voit pas très bien, en définitive, à qui s’adresse et essai, en tout cas, pas à l’historien, ni au géographe.

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Tidiane N’DIAYE, Par-delà les ténèbres blanches, enquête historique, Continents noirs/NRF/Gallimard, 2010, 157 pages

Second livre du même auteur après le Génocide voilé, dénonçant les traites arabes à travers le Sahara, à être diffusé par l’excellente collection des "Continents noirs",  ce dernier ouvrage est un acte de foi dans l’avenir d’une Afrique du Sud débarrassée de son démon racial. Il constitue aussi une bonne mise au point sur les problèmes majeurs de l’histoire de cette partie du continent africain. : la nature de l’immigration européenne, l’antériorité de l’occupation noire du pays, la résistance bantoue, l’apartheid évidemment, l’espérance enfin.
On pourra discuter, ne pas être toujours convaincu : parler de projet d’extermination des populations noires est contradictoire avec celui d’exploitation de leur force de travail ; faire des Anglais les ancêtres de l’apartheid est, pour le moins, paradoxal. Mais les  points de vue sont étayés, intelligents et méritent considération. Accompagné d’un lexique, d’une chronologie et d’une bibliographie (malheureusement essentiellement francophone) l’ouvrage n’est pas inutile. Il ne remplace pas cependant la remarquable et érudite Histoire de l’Afrique du Sud de François-Xavier FAUVELLE (Le Seuil, 2006).

 

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Roger BOTTE, Esclavages et abolitions en terres d’islam, André Versaille éditeur, 2010, 388 pages, index.

Voilà un livre dont il est difficile de faire le compte-rendu tant il est riche, dense, érudit et passionnant. Dans son avant-propos, l’auteur, anthropologue et historien arabisant, affirme trop modestement s’en tenir à cinq études de cas pour aborder le sujet. Mais son premier chapitre est d’une toute autre ampleur puisqu’il traite de l’abolition de l’esclavage au regard de la shari’ia.
D’emblée, il pose la question : pourquoi les abolitions de l’esclavage ont-elles été si tardives, parfois très récentes, répétées, en vain, voire inexistantes. Une réponse facile est que le Coran n’a pas clairement interdit l’esclavage et ce qui n’est pas interdit  peut-être licite. Pourtant, la question est d’autant plus importante qu’elle n’a cessé de se poser aux théologiens de l’islam eux-mêmes et que l’esclavage a été – et reste souvent - une institution fondamentale des sociétés musulmanes.

Ces esclaves ont été très longtemps identifiés aux Noirs (aujourd’hui, les travailleurs blancs ou asiatiques des pays du Golfe sont dans une situation comparable) et que le nombre des déportés noirs varie, «selon les auteurs» de 11.500.000 personnes à 17.00.000 plus vraisemblablement et que les sociétés musulmanes n’ont jamais aboli l’esclavage de leur plein gré, sans «fermes pressions extérieures» (p. 15) assimilées d’ailleurs à d’intolérables ingérences extérieures.

l'esclavage, une place formidable dans les société musulmanes

Aussi, l’esclavage a-t-il occupé une place formidable dans les sociétés musulmanes, la condition servile elle-même a été extrêmement variable, des esclaves ont pu se trouver partout dans le champ économique comme dans le champ politique et presque à tous les niveaux. Le droit musulman sollicité, en s’appuyant sur trois inégalités fondamentales posées en principes, l’inégalité entre musulman et non-musulman, entre l’homme et la femme, entre libres et non-libres, a pu voler au secours de l’institution (p. 23).

L’affranchissement est une pratique hautement recommandable, comme l’a montré par son propre exemple le Prophète lui-même, mais il relève d’une démarche personnelle du maître. La comparaison entre islam et christianisme, devenue une tarte à la crème, n’en connut pas moins à la fin du XIXe siècle, un moment précurseur de ce qui fut ressenti comme un premier «choc de civilisation», mais relança aussi les plus grandes controverses à l’intérieur de l’islam lui-même.

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convoi d'esclaves noirs conduits par des Arabes

À ce sujet, Roger Botte constate que si aucune justification de l’esclavage, religieuse ou raciale (du mythe de la malédiction de Cham) ne peut être trouvée dans le Coran, la plupart des auteurs musulmans s’accordèrent sur une théorie de la servitude fondée sur l’accumulation des préjugés infériorisant les Noirs (p. 44) et que le djihad était possible à leur encontre. Plus encore, par une subtile dialectique, certains docteurs peuvent conclure encore en 1940 que «puisqu’il n’y a plus de guerre sainte, autant dire que l’esclavage n’existe plus ou qu’il aura bientôt disparu» (p. 56). Or, le fait est, il a disparu très lentement mais il n’a pas disparu comme le montre l’histoire des abolitions dans les cinq cas examinés.

Premier cas, la Tunisie, État musulman précurseur même par rapport aux États européens chrétiens, l’abolition datant de 1846, sous forme d’une série de mesures visant «l’émancipation» des esclaves noirs qui représentaient 6 à 8% de la population totale. Mais l’esclavage domestique, surtout de femmes, demeurant coutumier, il fallut une «seconde abolition» en 1890. Constat pessimiste : en définitive, l’abolition créa des catégories de sous-prolétaires urbains et ruraux marqués la marque infamante de la servitude et la misère de leur conditions de vie (p.90-92).

Second cas, l’Arabie Saoudite. Inutile de rappeler que l’abolition n’y date officiellement que de 1962. Mais les statuts et les conditions des esclaves étaient si variées, si contrastées qu’il est impossible de fournir des chiffres fiables sur leur nombre : 15.000, 30.000, 40.000 dans les années 50, et un nombre très important d’affranchis ? Leur point commun était leur origine africaine, les hommes se trouvant à tous les niveaux de la société, les femmes, par contre, domestiques ou concubines, sort exclusif des Abyssines.

De même dans les émirats voisons. Ce qui est le plus frappant, est d’abord la fonction de grands marchés d’esclaves des villes saintes, alimentés par un flux perpétuel d’arrivées sous le contrôle d’intermédiaires sénégalais, nigérians et maliens (p. 125) ; également, la sensibilité de ces marchés aux fluctuations de l’économie mondiale, décrue pendant la crise des années 1930, reprise de la demande pendant la Seconde Guerre mondiale (début de l’exploitation pétrolière), arrêt après la crise de 1956. Paradoxalement, dans la péninsule arabique, islam et servitude ne peuvent aisément être connectés.

Troisième cas, le Maroc. Des isolés se prononcèrent tôt contre l’esclavage, mais le sultan considéra  que la traite et l’esclavage étaient si fondamentalement ancrés dans les traditions et dans la société (on se rappellera la garde noir du sultan et le rôle des favorites) qu’il s’obstina à ne pas les sanctionner, malgré les pressions extérieures de la Grande-Bretagne.

Marrakech restait un très grand marché de traite (dont le fonctionnement est remarquablement décrit par l’auteur) au début du XXe siècle. Le Protectorat français, lui, ferma les yeux longtemps sur la traite devenue clandestine dans les années 1930. Le fameux dahir berbère de 1930, en dressant les nationalistes contre le Protectorat fossilisa la question, l’esclavage ne disparaissant finalement qu’avec l’indépendance ; il n’en reste pas moins que la marque servile subsiste comme ailleurs, associée à l’origine noire.

La Mauritanie et l’insurmontable contradiction entre les termes «République» et «islamique»  (p. 189), quatrième cas étudié est symbolique. Ce pays que connait particulièrement bien l’auteur par ses enquêtes de terrain illustre parfaitement les contradictions entre un État, champion du monde des abolitions (quatre : 1905, 1961, 1980, 2007) et une société dominée par des groupes «blancs», rétive à les admettre et régie par des relations interraciales conflictuelles et dominées par l’esclavage.

Le changement est lent, malgré une tendance ancienne des harâtin à «déguerpir» vers le sud dès les années 1930 ; l’indépendance marqua même un recul de l’émancipation et un renforcement des différences avec l’arabisation ; le phénomène nouveau, contemporain, paradoxal et inquiétant, y est peut-être l’apparition d’un islam radical, sans distinction de race ou de classe, s’opposant à un islam conservateur et justificateur d’une institution d’un autre âge.

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bateau arabe remplis d'esclaves noirs, 1868

Enfin, le Soudan, le cas le plus complexe tant ce pays est vaste (le plus grand d’Afrique) et que les divisions ne peuvent se résumer en une simple opposition Nord-Sud, Dans cet énorme pays, que la partition a aujourd’hui divisé en deux, que l’esclavage est historiquement enraciné dans le passé au point de représenter 20 à 30 % de la population totale au XIXe siècle, qu’il a engendré une traite meurtrière et qu’un siècle plus tard, dans les années 1990, celle-ci a connu une résurgence contemporaine dramatique dans le nord du Bahr el Ghazal au profit de tribus «arabes» bagara.

La guerre qui a ravagé le pays depuis son indépendance, en 1956 (onze ans de «paix», trente-neuf ans de conflits sanglants, deux millions de morts !), en est évidemment la cause. Mais ce qui rend singulier, et déroutant, le «cas» soudanais est l’imbrication de l’esclavage et de l’ethnicité, et l’instrumentalisation politico-religieuse de la question par le pouvoir central, mais aussi par les forces extérieures, dans un contexte marqué par  la montée en puissance de la «menace terroriste» depuis la dernière décennie du XXe siècle.

À cet égard, le détour par Roger Botte de l’analyse minutieuse de la politique américaine et des stratégies humanitaires est passionnant ; de véritables mises en scène de fausses libérations d’esclaves par rachat ont été organisées à destination de médias internationaux par l’association chrétienne évangélique "Christian Solidarity International". Comme au XIXe siècle, lorsque les Pères Blancs rachetaient les esclaves, une complicité objective s’établit entre «acheteurs» et «vendeurs» ayant pour objet la valeur, qu’on ne devrait jamais mesurer, de l’être humain et comme enjeu de la victoire dans une «croisade» de civilisation.

Ajoutons que le livre est accompagné d’un lexique de l’esclavage dans le monde musulman de langue arabe qui est lui-même une mine d’informations.

Roger Bote n’a pas épuisé un sujet. Peut-être. Mais il nous donne tellement à réfléchir avant de juger qu’en même temps, il nous plonge dans des abîmes de perplexité. On est tenté de lui poser la question : que faire ? Qu’enseigner ? Ce livre est un monument d’érudition et une mise en garde pour ne pas nous céder aux instrumentalisations.

Marc MICHEL
professeur émérite à l'université de Provence

 

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traite arabe d'esclaves noirs

 

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mardi 25 décembre 2012

une pétition "mémorialiste" mais non historique

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source ANOM, Aix-en-Provence

 

la réalité coloniale en question

à propos d'une pétition

général Maurice FAIVRE, Daniel LEFEUVRE et Michel RENARD

 

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- réponse de Maurice Faive à propos d'une solliciation à signer une pétition :

Je ne suis pas d'accord avec cette pétition qui date de 2007.

Daniel Lefeuvre et Michel Renard en ont fait la critique rappelée ci-dessous.
Je me méfie de Manceron et de la LDH.
 
On ne fait pas la vérité historique à la façon d'un référendum, pour ne pas dire un plébiscite.
Cette motion est davantage mémorielle qu'historique.
 
L'histoire du peuple algérien doit être considérée dans la durée : colonisations successives, conquête musulmane et ottomane, traite orientale, piraterie barbaresque, terrorisme et mutilations, massacres islamiques de 1990. Regarder l'histoire en face, c'est tout cela.
 
Pour moi, la colonisation est une idéologie républicaine :

La réalité coloniale

À l'époque moderne, Henri Brunschwig note que le terme de colonialisme a été inventé au XXe siècle. On parlait auparavant de colonisation, laquelle s'inscrit dans le vaste mouvement d'occidentalisation du globe qui depuis le XVe siècle pousse les peuples européens, maîtres de techniques de plus en plus perfectionnées, à modeler le monde à leur image. La colonisation est donc un phénomène mondial, qui relève du mouvement des peuples dynamiques, à l'exemple des empires romain, ottoman et soviétique. Comme toute entreprise humaine, elle a ses bons et ses mauvais côtés, que l'historien sérieux s'efforce de prendre en considération sans prononcer de jugement de valeur.

Quant à la colonisation française du XIXe siècle, elle relevait de l'idéologie des Lumières, illustrée par Victor Hugo (un peuple éclairé va trouver un peuple dans la nuit) et revendiquée par Jules Ferry, Léon Blum et Pierre Messmer.

"Inexpiable", écrit l'historien Daniel Rivet, "la guerre l'est immédiatement. Dès l'été 1830 les collaborateurs de l'État français sont brûlés vifs... La sauvagerie des indigènes rejaillit sur l'occupant par effet de contagion mimétique". Des excès sont donc commis par les deux camps.
Historien du FLN, Mohammed Harbi estime que "les crimes de guerre dont est jalonné le chemin vers l'indépendance ne sont pas le résultat d'une idéologie visant à l'extinction totale d'un peuple". Selon Stéphane Courtois, le "comptage des victimes est un des éléments importants de l'appréciation historique, or aucun colonialisme n'a coûté autant de morts que le communisme".

Yves Yacono, Jacques Frémeaux, Daniel Lefeuvre et Yves Lacoste ont évalué les pertes importantes de la population musulmane au XIXe siècle, attribuées en partie à la guerre, mais amplifiées par les épidémies et les famines des années 1860. Le Service de Santé militaire vient alors en aide à la population, ses chercheurs éradiquent les épidémies de paludisme, de fièvre récurrente et du typhus, et permettent l'extraordinaire croissance de la démographie.

L'esclavage est aussi un phénomène mondial dont les responsabilités sont partagées entre les négriers africains, musulmans et occidentaux. Mais la colonisation française y a mis fin, alors qu'elle se poursuit dans certains pays d'Afrique (O. Pétré-Grenouilleau).

Dans une lettre de 1848, l'émir Abd el-Kader écrit : j'ai résisté aux Français... Mais quand j'ai reconnu que Dieu les avait rendus forts et qu'il leur avait donné l'empire, je leur ai abandonné le pays pour toujours. 

 
général Maurice Faivre
 

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France-Algérie : l’impossible travail historique

par Daniel Lefeuvre, professeur d’histoire contemporaine,
Université Paris VIII/Saint-Denis et
Michel Renard, professeur d’histoire au lycée de Saint-Chamond, chercheur

«Dépasser le contentieux historique»qui oppose la France et l’Algérie, tel et le vœu d’un appel lancé par des universitaires et diverses personnalités françaises et algériennes. 

Au-delà de la démarche généreuse dont il témoigne, et à laquelle nous sommes sensibles, ce texte suscite bien des réserves qui justifient que nous ne pouvons nous y associer. 

Ses auteurs appuient leur démarche sur l’idée que le passé colonial ferait «obstacle à des relations apaisées entre la France et les pays qu’elle a autrefois colonisés», en particulier avec l’Algérie. Dès lors, ils pressent «les plus hautes autorités de la République française de reconnaître publiquement l’implication première et essentielle de la France dans les traumatismes engendrés par la colonisation».

 
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source : ANOM, Aix-en-Provence
 

Comment ne pas s’étonner du recours à une conception aussi simpliste de la causalité en histoire qui ressemble plus à la théorie du «premier moteur» d’Aristote qu’aux structures de longue durée de Fernand Braudel ou aux temporalités plurielles et fragmentées de l’historiographie des mémoires. S’il fallait penser les relations entre la France et le Maghreb en terme de traumatismes, pourquoi alors ne pas revisiter une histoire longue, également «traumatique», intégrant les conquêtes arabes, la piraterie «barbaresque» et la mise en esclavage des chrétiens faits captifs ? 



rhétorique et démagogie historiques algériennes

En réalité, les auteurs du texte semblent avoir été piégés par la rhétorique des dirigeants algériens qui, pendant la guerre d’Algérie et depuis l’indépendance du pays, utilisent une histoire mythifiée et diabolisée de la colonisation pour justifier leur dictature sur le peuple algérien, l’incurie de leur gestion, la prévarication des richesses nationales, en particulier des hydrocarbures, leur incapacité à assurer sécurité et progrès social à leurs concitoyens.

Ce n’est pas le passé colonial, en lui-même, qui fait obstacle à des relations franco-algériennes apaisées, mais bien plutôt l’usage politique et diplomatique qu’en font, selon les circonstances, les dirigeants algériens.

La démagogie historique qu’ils déploient vise surtout à manipuler les ressentiments et les frustrations de la population ainsi qu’à mettre en difficulté le partenaire français. Quel autre sens accorder à cette mise en accusation des faits du passé ? Et quel sens aujourd’hui à vouloir les juger ? Le colonialisme serait-il d’actualité ? La re-colonisation de l’Algérie serait-elle planifiée ?

Quand l’Algérie était sous domination française, les contemporains ont eu à réagir, et nombre d’entre eux l’ont fait. Mais, comme Marc Bloch le soulignait, «Le passé est, par définition, un donné que rien ne modifiera plus» et l’historien ne peut que l’étudier et s’attacher à le comprendre. Tout le reste n’est que littérature ou posture d’un anticolonialisme anachronique. 

L’appel parle de «la guerre d’indépendance algérienne». Cette formulation qui se substitue à celle, communément admise de «guerre d’Algérie», conduit, en premier lieu, à caractériser un événement par sa fin : l’indépendance de l’Algérie.

 
 
pas d'affrontement binaire

Rien ne permettait, ni en 1954 ni dans les années qui suivirent, de prévoir cette issue qui ne se dessine véritablement qu’à partir de septembre 1959. Selon cette conception, la Révolution française de 1789 devrait désormais être appelée «L’avènement de Napoléon Ier», tandis que la Première Guerre mondiale serait rebaptisée «L’effondrement des Empires centraux». Il y a déjà plus de deux siècles que Voltaire, critiquant Bossuet, avait raillé cette conception finaliste de l’histoire.

En outre cette formule masque les réalités d’un conflit qui ne s’est jamais résumé à un affrontement binaire entre «indépendantistes» algériens et forces coloniales, mais qui a aussi été une guerre civile déchirant le peuple algérien. Elle dissimule la terreur à laquelle le FLN a systématiquement eu recours pour s’imposer au peuple algérien jamais spontanément ni massivement rangé derrière lui. Elle ignore que, jusqu’aux derniers mois de la guerre, un nombre considérable d’Algériens espérait le maintien, sous une forme ou une autre, de la présence française.

Elle tait l’affrontement meurtrier entre le FLN et le MNA (cette «guerre dans la guerre», selon l’expression de l'historien Mohammed Harbi) dont le bilan se chiffre à plusieurs dizaines de milliers de victimes : militants assassinés en Algérie mais aussi en France, travailleurs immigrés et populations de douars, refusant de payer l’impôt révolutionnaires ou coupables de sentiments messalistes, communistes ou pro-français, massacrés tels les 301 habitants de la mechta Kasba, le 29 mai 1957. 

À l’instar des dirigeants algériens, le texte fait ensuite une présentation partiale et réductrice des réalités coloniales, restrictivement évoquées dans leur dimension tragique et qu’ils qualifient de «système», ce qui supposerait une homogénéité de la colonisation dans l’espace et le temps alors que toutes les études historiques en ont établi, au contraire, la grande diversité et les évolutions.

 

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source ANOM, Aix-en-Provence

Sont alors dénoncés les «massacres de centaines de milliers d’Algériens», leur dépossession, leur «clochardisation», leur soumission au Code de l’indigénat, etc. Autant d’affirmations qui méritent un examen plus attentif. 

Massacre de centaines de milliers d’Algériens ? Les pétitionnaires auraient pu être plus rigoureux. Pourquoi se contenter d’une telle approximation sur le bilan humain de la colonisation et de la guerre d’Algérie qui laisse la porte ouverte à toutes les interprétations possibles ?

 
 
bilan humain
 

Pourquoi ne pas préciser que la conquête a tué environ 250 000 Algériens et la guerre d’Algérie moins de 250 000, selon Ch.-R. Ageron, dont une cinquantaine de milliers tombés sous les coups du FLN ?

Est-ce pour ne pas contredire ouvertement les mythes propagés par le pouvoir algérien, en particulier celui du million, voire du million et demi, de victimes de la guerre d’Algérie ? Mais alors, comment concilier cette concession au mensonge avec l’exigence de «voir en face le passé» proclamée quelques lignes plus haut, sauf à estimer que cette exigence ne s’impose qu’à la France - le pouvoir et de nombreux intellectuels algériens en étant, pour leur part, exonérés ? 

Tous les morts ont-ils été massacrés, c’est-à-dire tués dans des conditions odieuses ? Évidemment non : beaucoup sont morts au combat, les armes à la main. Certes il y eut des massacres, comme les quatre (voire cinq) terribles «enfumades» de la conquête (1844-1845). Mais au total, ceux-ci ont été peu nombreux et ne constituent en rien l’ordinaire des combats.

Les populations civiles algériennes ont également payé un lourd tribut à la conquête et à la guerre d’Algérie, mais jamais – exceptées lors des enfumades et des représailles aveugles qui suivirent les soulèvements du Constantinois de mai 1945 et celles engagées après la tuerie des civils européens de la mine d’El-Halia du 20 août 1955 – elles ne subirent de massacres en nombre. 

«Dépossession» des Algériens. De tous ? Certes, la colonisation a bien été une entreprise de spoliation massive des terres. Au total, la propriété européenne qui a couvert un peu plus de deux millions d’hectares, en est en bonne part le produit. Mais, dès 1830, elle s’est également développée par le fait d’acquisitions commerciales.

Quant à la propriété «indigène», représentant plus de sept millions d’hectares (il est vrai souvent de qualité moindre), elle est loin d’avoir totalement disparu. Et, comme l’a montré l’historien économiste Ahmed Henni, une «classe moyenne» de paysans algériens s’est développée, dès les lendemains de la Première Guerre, en s’intégrant à l’agriculture coloniale, notamment à la viticulture. Ainsi, loin d’avoir été tous victimes de la colonisation, de nombreux Algériens, et pas seulement dans la paysannerie, en ont-ils aussi tiré profit.

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clochardisation

«Clochardisation à grande échelle». Les auteurs s’appuient, pour justifier cette affirmation sur Germaine Tillion qui utilise effectivement ce terme, page 27 de son livre L’Algérie en 1957 (Édition de Minuit, Paris, 1957). Mais la célèbre ethnologue ne donne pas à ce phénomène la même explication que les auteurs de la pétition.

C’est même tout le contraire. Il aurait été honnête de le signaler. Germaine Tillion relève qu’à la veille de la Seconde Guerre mondiale, au moment où elle les quitte, les Algériens des Aurès, parmi lesquels elle vécut de longues années, ils[«étaient tous très pauvres […] Mais normalement ils avaient – tout juste – le nécessaire pour manger.»]. Elle les retrouve, en décembre 1954, clochardisés. Ainsi, première rectification, la «clochardisation», dénoncée par la pétition, apparaît-elle tardivement dans l’histoire de l’Algérie coloniale, plus de cent ans après la prise d’Alger.

Comment l’expliquer ? Est-ce le fait du colonialisme ? Laissons la parole à G. Tillion : «seconde série d’explications, également classique : le Colonialisme, vieux Croquemitaine». Or, relève l’ethnologue, «il n’y a jamais eu de colon, ni hier ni aujourd’hui, à moins de cent kilomètres à la ronde et seuls le vent de sable et les chèvres peuvent à la rigueur être accusés d’une diminution des terres cultivables (mais ce n’est pas le «colonialisme» qui a inventé les chèvres et le vent).» [op. cit., p. 28].

En réalité, rectifie G. Tillion, «la présence française», pour être invisible, était «omniprésente» et distribuait «à pleines mains le Bien et le Mal» : grâce à l’action menée contre le paludisme, le typhus exanthématique et la typhoïde, ces maladies [«qui dévastaient encore la région il y a quinze ans ont à peu près disparu. […] Dans la période antérieure, c’était [sic !] la peste et le choléra qui, par les soins invisibles de nos médecins, avaient opéré la même sortie discrète. À peu près dans le même temps, les famines mortelles et les guerres de tribu, surveillées, de loin, par les Services Préfectoraux, allaient rejoindre les vieilles légendes du passé.»]i [idem, p. 29] 

Autrement dit, s’il faut chercher une explication à la clochardisation, c’est, selon G. Tillion, dans le fait que la colonisation a créé les conditions d’une explosion démographique qui épuise les sols, réduit les rendements et les productions, sans avoir, parallèlement, développé d’autres sources d’emplois et de richesses, en particulier l’industrialisation de la colonie. Dans sa conclusion, d’ailleurs, Germaine Tillion ne condamne pas la colonisation, mais au contraire réclame de la France un surcroît d’investissements économiques, sociaux, éducatifs en Algérie, afin de ne pas laisser les Algériens «au milieu du gué.» 

 
 
"victimes expiatoires" ?

Dans une volonté d’équilibre, le texte rappelle, mais cette fois-ci uniquement sur un mode allusif, les «multiples souffrances de Français», parmi lesquels «les déportés en Algérie pour raisons politiques». Faut-il le préciser, la plupart de ces «déportés» politiques ont été expédiés dans la colonie pour avoir participé aux journées révolutionnaires de juin 1848 ou s’être opposés au coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte. Ils ne sont donc en rien des victimes de la colonisation. La plupart, d’ailleurs regagnent la France sitôt amnistiés. Restent ceux qualifiés de «victimes expiatoires» du système colonial lors de son effondrement. Pourquoi ne pas les nommer ? Pourquoi ne pas parler explicitement du sort des Français d’Algérie ?

Pourquoi ne pas rappeler la spoliation massive de leurs biens par l’État algérien et au profit, pour l’essentiel, des nouveaux dignitaires du régime ? Pourquoi ne pas évoquer leurs morts et leurs disparus, notamment ceux qui, plus de 3 000, ont été enlevés par le FLN et, pour la plupart d’entre eux, massacrés même après les accords d’Évian (18 mars 1962).

Seraient-elles des victimes historiquement incorrectes pour l’instauration de relations apaisées avec l’Algérie ? Pourquoi, enfin, alors les auteurs, qui récusent l’idée de repentance pour son caractère «religieux», recourent-ils à la parabole biblique de la victime «expiatoire» pour expliquer les malheurs de ceux qu’on appelle désormais les «pieds-noirs»?

Comment des historiens, des politistes, des sociologues peuvent-ils se contenter d’une telle explication, qui fait de la colonisation un péché, sinon parce qu’autrement il faudrait envisager sérieusement l’hypothèse que pour le FLN, ou du moins pour les fractions triomphantes du FLN, la guerre d’Algérie a été, aussi, une guerre d’épuration ethnique et que l’expulsion des Français était partie intégrante de leur projet politique ? 

 

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unité de harkis

«Enrôlés dans un guêpier qu’ils ne maîtrisaient pas» les harkis ? Cessons, d’abord, de tous les considérer comme les objets passifs d’une histoire qui les aurait dépassés. Beaucoup se sont engagés par conviction, par fidélité à la France pour laquelle ils avaient combattu pendant la Seconde Guerre mondiale, d’autres pour se venger d’exactions commises par le FLN à l’encontre d’un proche, d’autres encore, et en toute connaissance de cause, pour percevoir le salaire nécessaire à leur famille, etc. Victimes «expiatoires» eux-aussi ? Ou plutôt victimes d’une double raison d’État ? Celle de l’État-FLN qui fonde dans le sang le mythe du peuple algérien uni contre le colonialisme. Et celle de l’État français qui instaure, alors, un déni rétrospectif de ce qu’a été la rencontre «franco-musulmane» durant la période coloniale, tout en semblant craindre une immigration algérienne massive vers la métropole. 

Enfin, quel pays, aujourd’hui, «utilise les mémoires meurtries à des fins politiques», sinon l’Algérie ? Qui instrumentalise un passé réécrit pour la circonstance ? Qui évoque les soi-disant «génocides» perpétrés par la France en Algérie ? Qui, sinon les responsables algériens ? 

Il est bien inutile de s’indigner contre les «entreprises mémorielles unilatérales» parce que, par définition, la mémoire est toujours spécifique à un individu ou à un groupe. Comme telle, elle est nécessairement unilatérale et ne saurait être partagée avec d’autres individus ou d’autres groupes n’ayant pas vécu les mêmes événements. Seul, et nous rejoignons sur ce point les auteurs de l’appel, «un travail historique rigoureux» est possible.

Mais comment pourrait-il se faire, aujourd’hui, dans ce «partenariat franco-algérien» que le texte réclame, dès lors qu’en Algérie, une histoire officielle corsète la recherche et sa diffusion ? que la plupart des archives, notamment celle du FLN, restent pour l’essentiel fermées aux chercheurs ?
Dès lors, au fond, que l’histoire, qui reste un élément central de justification du pouvoir pour des caciques qui n’ont plus guère d’autre source de légitimité, ne dispose d’aucune véritable liberté ? À moins, et le contenu du texte est hélas ! sur ce point particulièrement ambigu, d’entrer dans le jeu des autorités algériennes.

 
Daniel Lefeuvre, Michel Renard
février 2008

 

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mardi 18 décembre 2012

les enjeux historiens du voyage de Fr. Hollande en Algérie

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la réconciliation au prix de la falsification ?

à propos du voyage de Fr. Hollande en Algérie

Daniel LEFEUVRE

 

Si le président algérien s’est, jusqu’à maintenant, gardé de demander à la France de faire acte de «repentance» pour les crimes qu’elle aurait commis en Algérie durant la période coloniale, en revanche, d’autres dirigeants algériens exigent un tel acte de contrition.

Ainsi, mardi dernier, le ministre des Mouhdjahidins, Mohamed-Cherif Abbas, réclamait-il «une reconnaissance franche des crimes perpétrés» à l’encontre du peuple algérien. De son côté, le président de la Commission nationale consultative de promotion et de protection des droits de l'homme, Farouk Ksentini avait déclaré, la veille, que «La colonisation a été un crime massif dont la France doit se repentir si elle envisage d'établir avec l’Algérie […] de véritables relations délivrées d'un passé tragique, dans lequel le peuple algérien a souffert l'indicible, dont il n'est pas sorti indemne et qu'il ne peut effacer de sa mémoire.»

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Mohamed-Cherif Abbas

Quand on connaît un tant soit peu le fonctionnement du pouvoir algérien, on ne peut pas imaginer que de tels propos aient été tenus sans l’aval du président Bouteflika. Cela révèle une forme de partage des rôles au sommet de l’État algérien entre, d’une part, un président qui souhaite l’essor de la coopération – notamment économique – avec la France, dont son pays a besoin et, d’autre part, le ministre des Moudjahidins et les représentants des associations mémorielles (en particulier la Fondation du 8 mai 1945), dont les discours sont surtout à destination intérieure.

Ces demandes réitérées de repentance ont, en effet, pour fonction première de tenter de détourner le peuple algérien des difficultés qui l’accablent depuis des décennies : chômage massif, touchant en particulier la jeunesse ; crise du logement ; délabrement des services publics scolaires et universitaires, de santé, de transport, etc. Difficultés qui témoignent de l’incurie et de la corruption du parti au pouvoir depuis 1962.

Cette exigence de repentance repose sur une histoire falsifiée de la colonisation française et du nationalisme algérien. Le but : légitimer le pouvoir accaparé par une fraction du FLN lors de l’indépendance de l’Algérie et jalousement conservé depuis.

Falsification de l’histoire coloniale présentée comme une entreprise génocidaire.

Certes, la conquête (1830-1849, 1857) puis la guerre d’Algérie (1954-1962) ont été des conflits meurtriers. Mais en aucun cas génocidaires, ni dans les intentions, ni dans les actes. Le simple constat que la population algérienne a triplé entre 1830 et 1954 (hors populations d’origine européenne et juive) en est la démonstration la plus indiscutable. Faut-il, par ailleurs rappeler, que lors des années de conquêtes, l’émir Abd-el-Kader s’est montré impitoyable à l’égard des tribus qui lui refusaient allégeance ou qui s’étaient rangées aux côtés de la France, n’hésitant pas à les combattre et à en exterminer les hommes – y compris les prisonniers !

Quant au bilan des pertes algériennes, lors de la guerre d’Algérie, il ne s’élève pas à un million, voire à un million et demi de «martyrs», comme l’histoire officielle algérienne s’évertue à en convaincre les Algériens, mais à 250 000 morts au maximum, parmi lesquels au moins 50 000  sont à mettre au compte du FLN : assassinats, en Algérie et en France, de militants nationalistes d’obédience messaliste ou supposés tels, assassinats d’Algériens refusant d’obéir aux ordres du FLN et de ceux favorables à la France, massacres de milliers de harkis, perpétrés pour la plupart au lendemain de l’indépendance, dans des conditions d’indicible horreur.

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harki massacré

L’évocation par certains de «génocides culturels» relève, elle-aussi, de la propagande la plus grossière et non du constat historique. Jamais la France n’a tenté ni voulu empêcher la liberté du culte musulman et sa pratique. N’est-ce pas, au contraire, le seul pays à avoir acquis deux hôtels, l’un à Médine, l’autre à La Mecque, destinés aux pèlerins musulmans venus de son empire colonial ? Sous la colonisation, les Algériens n’ont pas cessé d’être des musulmans et ils ont pu, librement, s’adonner à leur culte et en observer les prescriptions – y compris lorsqu’ils ont été mobilisés dans l’armée française. Une telle tolérance religieuse existe-t-elle dans l’Algérie actuelle ?

Elle n’a pas, non plus, cherché à éradiquer la langue arabe, ni le tamazight, qui jusqu’à la fin de la période coloniale ont été les langues vernaculaires des populations locales. En revanche, c’est l’affirmation de l’arabité de l’Algérie, par le FLN – on se souvient de la déclaration de Ben Bella à l'aéroport de Tunis, le 14 avril 1962 : «Nous sommes arabes. Nous sommes arabes. Nous sommes arabes!» – qui a mis en péril la langue et la culture berbères.

Mais admettre ces réalités est impossible pour les dirigeants algériens, sauf à reconnaître qu’ils n’ont cessé de mentir et que le FLN a dû imposer son autorité – sa dictature - en usant aussi de la terreur contre le peuple dont il s’est proclamé l’unique représentant.

Daniel Lefeuvre
professeur à l'université Paris VIII - Saint-Denis

article publié le 19 décembre sur atlantico.fr

 

 

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à propos du 17 octobre 1961

 

La manifestation organisée par le FLN à Paris, le 17 octobre 1961, donne lieu, depuis quelques années, en France et en Algérie, à un déferlement de contrevérités, sur ses causes, sur son déroulement et sur son bilan.

Sur ses causes, l’appel à manifester aurait été lancé par la fédération de France du FLN pour protester contre le couvre-feu imposé par le préfet de police Papon aux Algériens du département de la Seine – couvre-feu qui fait suite à  l’assassinat par les commandos FLN d’au moins 41 policiers parisiens et de dizaines d’Algériens du département de la Seine, pro-messalistes ou refusant d’acquitter «l’impôt révolutionnaire» et d’obéir aux interdits imposés par le FLN.

En réalité, le couvre-feu n’est qu’un prétexte. Instrumentalisant le mécontentement des Algériens parisiens contre une mesure discriminatoire et qui leur rendait la vie plus difficile encore, les dirigeants de la fédération de France – ou certains d’entre eux - ont voulu faire la démonstration de sa puissance, pour s’imposer à la table des vainqueurs, au moment où la question n’est plus de savoir si l’Algérie sera indépendante dans un avenir proche – le général De Gaulle ayant levé le dernier obstacle à la reprise des négociation lors de sa conférence de presse du 5 septembre 1961 – mais comment se fera la répartition des pouvoirs entre les différentes factions frontistes.

Pacifique la manifestation ? Comment expliquer alors que des coups de feu ont été échangés, notamment au pont de Neuilly, entre militants FLN et policiers ? (Cf. Brunet Jean-Paul, Police contre FLN, Flammarion, 1999, pages 183 et suivantes).

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Quant au bilan, loin des deux cents – voire quatre cents – morts algériens, tués par balle ou des coups reçus, jetés dans la Seine, avancés en Algérie et en France par des auteurs plus idéologues qu’historiens, la seule étude sérieuse et honnête, celle de Jean-Paul Brunet citée précédemment, l’établit en totalisant les morts du 17 octobre et ceux du 18, ainsi que les blessés ultérieurement décédés et les victimes supposées d'éléments incontrôlés de la police en dehors de la manifestation,  à 14 certains, 8 vraisemblables, 4 probables et 6 possibles, soit un total de 32, en comptant large.

Une nouvelle fois, il s’agit de construire un martyrologe artificiel pour dénoncer l’horreur du colonialisme, tout en dédouanant de toute responsabilité les organisateurs de cette manifestation qui ne pouvaient pas ignorer  que la répression serait violente, compte tenu du nombre des policiers victimes les mois, les semaines et les jours précédents, de la guerre que le FLN a menée contre la police parisienne.

Comment, par ailleurs, ne pas s’étonner de voir François Hollande rendre hommage aux victimes algériennes, sans un mot pour les policiers victimes du devoir. Comment justifier que le maire de Paris ait fait apposer une plaque au pont Saint-Michel rappelant la mémoire des victimes de la répression policière, mais qu’il n’a pas jugé bon d’en faire poser dans les rues où des policiers ont été assassinés ?

Pourquoi ce silence officiel sur les centaines de Français enlevés et disparus, en Algérie, après le 19 mars 1962, date d’un cessez-le-feu qui n’a pas été respecté ? 

La France ne doit-elle honorer que ceux qui l’ont combattue ?

Daniel Lefeuvre
source première

diplome medecin colonial

la colonisation n'a-t-elle eu que des effets négatifs ?

 

Le «système colonial» injuste ? Mais alors il faut aller jusqu’au bout et dire que la colonisation arabe de l’Afrique du Nord était injuste ainsi que la colonisation ottomane. Il faut dire que la Régence d’Alger était une société discriminatoire qui imposait aux Juifs l’infâme statut du dhimmi ; une société qui pratiquait l’esclavage,  des captifs européens et des Noirs acheminés d’Afrique. Il faut dire que la masse des paysans et éleveurs de la Régence était impitoyablement exploitée et pressurée par un pouvoir parasitaire. C’est la France coloniale qui a interdit l’esclavage et qui a libéré les Juifs pour en faire des citoyens.

Certes, au temps de l’Algérie française, des inégalités politiques et sociales ont subsisté et même, dans certains domaines, se sont creusées, des injustices ont été commises dont les Algériens musulmans ont été les premières victimes. Mais la présence française en Algérie ne se réduit pas à cela. Et plutôt que de jeter des anathèmes, mieux vaut en faire l’inventaire.

Pour dresser cet état des lieux, c’est d’abord vers le grand historien algérien Mohammed Harbi que je me tourne : «La colonisation a été ambivalente dans ses effets. D'un côté, elle a détruit le vieux monde, au détriment de l'équilibre social et culturel et de la dignité des populations. D'un autre coté, elle a été à l'origine des acquis qui ont créé la modernité algérienne [...] On peut même dire, sans risque de se tromper, que la colonisation a été le cadre d'une initiation à ce qui est une société civile, même si cet apprentissage s'est fait malgré elle et s'est heurté à une culture coloniale, d'essence raciste.»

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Mohammed Harbi


C’est au cours de la période coloniale que les Algériens se sont accoutumés aux libertés de la presse, d’association et de réunion, au pluralisme politique et aux droits de vote, même limités. Le FLN au pouvoir ne les a-t-il pas, longtemps frustrés de ces libertés ? C’est également l’administration coloniale qui a élargit, progressivement et peut-être trop tardivement, les droits des femmes, contre le FLN qui s’est attaché, après l’indépendance, à les ré-enfermer dans les contraintes du cadre islamo-patriarcal.

Quant à l’infrastructure économique, sociale, culturelle, édifiée au temps de la colonisation et laissée en héritage à l’Algérie indépendante, elle faisait de ce pays, non pas un pays sous-développé, mais un pays en voie de développement. Sans doute le mieux équipé, matériellement et intellectuellement, de tous les pays africains.

Aussi, les difficultés que connaît l’Algérie actuelle ne relèvent-t-elles pas de ce legs colonial,  mais des politiques menées depuis l’indépendance et du pillage des ressources de ce pays riche – mais dont le peuple est pauvre – par les caciques du régime.

Daniel Lefeuvre
source première

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débouchés économiques contre reconnaissance

de culpabilité ?

On ne peut que se réjouir de l’approfondissement des relations économiques, mais aussi culturelles, humaines, entre nos deux pays. L’un et l’autre ont tout à y gagner.

Mais quant à l’idée de reconnaître une «culpabilité passée», cela n’aurait de sens que si l’on acceptait la vision erronée d’un passé uniment fautif, conception étrangère à l’analyse historique. La France a été une puissance coloniale, comme l’Angleterre, les Pays-Bas, la Belgique, l’Espagne, le Portugal, l’Italie et l’Allemagne. Comme le Japon, la Russie, les États-Unis et l’Empire ottoman.

La colonisation fut un phénomène complexe, mondial  et l’historien n’est pas un juge, pas même un juge d’instruction, comme se plaisait à le rappeler Lucien Febvre. Son travail, c’est  d’étudier le passé sans a priori – et beaucoup reste à faire dans ce domaine – et l’enseigner. Pas de le juger et encore moins d’en accepter la falsification, fut-ce pour gagner ou conserver quelques marchés à l’exportation.

Un pays qui accepte de s’abaisser, de salir son passé, se priverait de la cohésion et de la force morale nécessaires pour affronter les contraintes de la mondialisation. Les quelques bénéfices immédiats qu’il pourrait, éventuellement, en tirer se paieraient au prix d’une désagrégation du lien social et d’un déclassement définitif sur la scène internationale.

Ce serait, en outre, un mauvais service rendu au peuple algérien. En donnant caution au mensonge historique sur lequel repose encore, en bonne part, son pouvoir, une telle lâcheté conforterait la nomenklatura algérienne.

Daniel Lefeuvre
source première

 

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samedi 15 décembre 2012

Benjamin Stora à Saint-Chamond (Loire)

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la "nécessaire réconcilation France/Algérie" ?

une conférence-débat avec Benjamin Stora à Saint-Chamond

 

L'historien Benjamin Stora dont la notoriété, les travaux et la production livresque sont largement reconnus, était l'invité de la MJC de Saint-Chamond ce samedi 15 décembre 2012. Je connais Benjamin depuis plus de vingt ans et j'ai été content de le voir dans notre province.

Je regrette que la MJC : 1) ait demandé un droit d'entrée de 15 euros (même si cette somme permettait d'assister au concert qui suivait... tout le monde ne pouvant pas forcément rester pour le spectacle) ; 2) que les collèges et lycées de notre ville n'aient pas été prévenus et associés à la mobilisation de participants jeunes intéressés par la question. Il n'y avait aucun "jeune" à cette conférence...! Dommage...

Benjamin Stora a expliqué les obstacles toujours persistants à cette réconcilation tant du côté de l'opinion française que du côté du régime algérien. Personnellement, je n'ai pas partagé toutes ses analyses (notamment sur "l'assimilation" culturelle et religieuse qui aurait été entreprise par la France coloniale en Algérie), mais l'exposé était nourri et argumenté. Il aurait beaucoup appris à de jeunes élèves.

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Benjamin Stora au cours de sa conférence à Saint-Chamond


la réconcilation des mémoires ne pourra être que postérieure à l'accord sur la vérité historique

La question est de savoir si la "réconciliation" des "mémoires" est opportune et envisageable. Je ne suis pas convaincu par la substitution, en marche depuis des années, de la notion de "mémoire" à celle "d'histoire". Les mémoires sont segmentées, subjectives, auto-justificatives. L'histoire tend vers une objectivité qui, certes, écoute les mémoires, mais réfléchit avec une mise à distance des plaidoyers partisans.

Par ailleurs, le contentieux entre "la France" et "l'Algérie" n'est pas suffisamment déblayé par les travaux historiques et, surtout, fait l'objet d'une surenchère et d'un chantage côté algérien. Les reconnaissances exigées par Alger de "génocide" de "dépossession culturelle", de "pillage économique"... ne relèvent pas de l'histoire mais de la politique d'un régime incapable d'assumer son échec depuis plus de cinquante ans... Rendre la France encore responsable de tous les maux de la société algérienne, cinquante ans après l'indépendance, est une imposture à visée idéologique.

La réconcilation des mémoires ne pourra être que postérieure à l'accord sur la vérité historique. Encore faudrait-il que le régime algérien évolue vers la démocratie et reconnaisse la liberté d'investigation historienne à ses chercheurs. Encore faudrait-il qu'en France le lobby universitaire, intellectuel et journalistique "repentant" accepte une vision plus rigoureuse de l'histoire de la présence française en Algérie.

Michel Renard
professeur d'histoire
au lycée de Saint-Chamond

 

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au premier rang, face à la tribune, à gauche, Mohamed Zenaf ;
à ses côtés, Philippe Kizirian, maire de Saint-Chamond

 

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lundi 3 décembre 2012

la "bataille du rhum", 1674

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la "bataille du rhum" en Martinique

Français contre Hollandais, 1674

 

1674, en Martinique fit rage la "Bataille du Rhum" : où comment quelques Français vinrent à bout de la puissante
flotte hollandaise... Avec des images animées à partir d'une carte de la bataille conservée aux Archives nationales d'outre-mer,
l'équipe aixoise nous conte cette incroyable histoire . Celle d'une bataille mémorable qui a traversé les temps
sous le nom de "Bataille du Rhum"....
http://www.archivesnationales.culture.gouv.fr/anom/fr/Action-culturelle/Dossiers-du-mois.html

 

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une magnifique animation...!

 

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rhum recadré
journal La Provence, 26 août 2012

 

Martinique carte

 

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samedi 1 décembre 2012

nos relations avec les harkis, en Algérie et en France, par le général Maurice Faivre

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Harkis, soldats abandonnés

général Maurice FAIVRE, "homme d'honneur", Paris, 85 ans


"Ses" harkis sont arrivés en France un jour de 1963, troupe misérable d’une trentaine d’hommes rescapés d’un massacre, traqués par les autorités algériennes, indésirables en France. Ils avaient réussi à traverser la Méditerranée et à le retrouver. Ces survivants, il les a aidés à se loger, à faire venir leurs familles ; eux ont trouvé du travail. Comme dans les contes de fées, les harkis eurent beaucoup d’enfants.

C’est pour ceux-ci, qui ignoraient l’histoire de leurs parents, que, depuis ce jour de 1963, le général Faivre a entamé une intense recherche historique qu’il poursuit encore aujourd’hui.

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Je suis né le 19 mars 1926, dans le Doubs, d’une famille très patriote. Mon père a fait la fin de la guerre de 1914-1918, à partir de 1918, et il s’est réengagé en 1939-1940. La défaite de 1940 m’a marqué. Je m’étais dit qu’il fallait absolument qu’on redresse la situation. Une autre expérience a sûrement joué, m’incitant à faire carrière dans l’armée : je me suis occupé de scoutisme, j’ai été chef de troupe en Franche-Comté. L’esprit d’équipe, le commandement des hommes m’attiraient.
J’étais saint-cyrien, major de promotion en 1947-1949. Ensuite, Saumur, en 1949-1950, puis la Légion au Maroc, de 1951 à 1953, et cinq ans de guerre en Algérie, en deux temps. Première période de 1955 à 1957, et deuxième période, de 1960 à 1962. J’ai donc une expérience du problème algérien. Lors de mon premier séjour, j’avais quelques appelés musulmans, mais pas de harkis. J’ai été sous les ordres du colonel Gribius, qui commandait le secteur de Constantine. Un homme éminent. Il avait été le chef du troisième bureau de Leclerc pendant la campagne de 1945. Gribius avait des tas d’idées. Il avait résolu de supprimer les bidonvilles, les bidonvilles de Constantine, et de reconstruire un village à l’extérieur de la ville, à une dizaine de kilomètres. Tous les matins, un de mes officiers allait dans les bidonvilles, ramassait les hommes et les amenait dans ce village, où ils construisaient leurs maisons. C’était une expérience de pacification passionnante.
Pour mon deuxième séjour, qui a commencé en août 1960, j’étais en Petite Kabylie, où j'ai trouvé une harka constituée de soixante harkis.

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massif des Babors



La vallée sauvage d’Oued Berd

L’Oued Berd, en Petite Kabylie, est un ensemble de six ou sept villages dans une très belle région, très escarpée, isolée, sauvage. Deux montagnes massives, les Babors, couvertes de forêts, culminent à 2 000 mètres. Au XIXe siècle, les tribus locales se sont opposées à la colonisation française. Elles ont longtemps résisté à la progression du régiment de Bourbaki. Le pays fut finalement administré par une commission municipale franco-kabyle, mais aucun colon ne s’est établi dans la vallée de l’Oued Berd.

Les Kabyles sont restés à l’écart de toute colonisation. Lors du soulèvement du 8 mai 1945 contre l’occupation française, un certain nombre sont allés manifester à Kerrata, où quelques manifestants ont tué huit Européens, dont le juge de paix, et ont pillé quelques boutiques.
En 1955, au moment de la guerre d’Algérie, ils ont pris parti pour le FLN. En particulier, parce que ce sont des fellaghas de Kabylie qui sont venus dans les villages, avec lesquels ils s’entendaient très bien. Des «moussebilines», sortes de commissaires politiques, ont été recrutés, chargés d’aider les soldats du FLN. De fin 1955 à début 1958, ils ont pleinement collaboré avec le FLN.

Mais, en novembre 1957, il y a eu un changement. Le FLN avait modifié ses frontières entre les wilayas, et les Kabyles ont été remplacés par des Arabes de Djidjelli, les Jouajel. Les habitants se sont très mal entendus avec ces fellaghas exigeants, qui avaient détruit l’école, tué le contremaître de l’usine où ils travaillaient, imposé le sabotage des routes, exigé un ravitaillement qui condamnait la population à la disette. Et surtout, ils avaient demandé que des femmes, des filles, viennent au maquis. Ça, ils ne l’ont pas supporté. C’était contraire à l’honneur kabyle.

Il s’opéra un revirement d’opinion très intéressant contre la violence du FLN. Un fils de harki, de 13-14 ans, Bouchaïd Kaci, qui circulait partout dans la montagne, a vu des horreurs. Il a trouvé dans les camps du FLN des centres de torture, témoin d’horribles massacres. Sept garçons ont alors décidé de s’enfuir pour rejoindre l’armée française à quelques kilomètres et se sont engagés comme harkis. Ils ont été rejoints par d’autres, accompagnés de leurs familles.

Dans la région du djebel Babor, ces harkis ont participé à de dures opérations, dans le froid et la neige, à la suite du plan Challe en septembre 1959. C’était le début des opérations «Pierres précieuses», dont la première s’appelait «Rubis». Elle a permis d’éliminer complètement les rebelles du Babor : 513 tués et 326 prisonniers pour l’ALN, 24 tués, 67 blessés de l’autre côté.
L’escadron de dragons a alors commencé la pacification.

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photo adressée par Maurice Faivre


Mon arrivée en août 1960


Quand je suis arrivé en août 1960, comme capitaine, à mon poste, un PC isolé dans le djebel, qui s’appelait la «cote 807», c’était calme. Je commandais un escadron du 20e dragons, une harka, des autodéfenses, et j’étais responsable de ce qu’on appelait un «sous-quartier», territoire d’environ cinq mille habitants. Il n’y avait plus aucun rebelle.

On circulait dans le djebel Babor avec une section, c’est-à-dire vingt hommes, alors qu’auparavant l’artillerie, les bataillons, les avions étaient souvent indispensables. La région était pacifiée. Mes soixante harkis étaient armés, c’était une harka «amalgamée» ; ils vivaient dans le poste militaire, mélangés aux soldats français. Les trois villages dont ils étaient originaires étaient «en autodéfense». Les harkis étaient jeunes, de 20 à 30 ans, et l’armée leur donnait une solde. Les autodéfenses étaient les vieux, les anciens combattants, mal armés de fusils de chasse et de vieilles pétoires de la guerre de 1939. Ils n’étaient pas rémunérés.


Peu de temps après mon arrivée, un jour d’octobre 1960, tous les hommes d’un village, Oued Ayed, sont venus à mon PC et m’ont dit : «Cette nuit, un de nos cousins a été tué par le FLN parce qu’il refusait de payer l’impôt révolutionnaire. On vous demande des armes. On doit se défendre maintenant contre le FLN.» J’ai dit que j’allais transmettre la demande à mon supérieur, qui a accepté. Ils sont restés à mon PC, jour et nuit, pendant deux jours, jusqu’à ce que je leur donne des fusils de chasse.

Dans ce village, j’ai recruté une nouvelle section de harkis. Ils m’ont envoyé une quarantaine de jeunes. Je ne pouvais en accueillir qu’une vingtaine. Alors, j’ai organisé une course de côte, et j’ai pris les vingt premiers. Ce qui faisait que j’avais désormais quatre-vingts harkis opérationnels. J’ai installé un nouveau poste de dragons dans leur village. Je leur ai demandé de me construire une piste parce qu’on ne pouvait pas arriver jusque-là en véhicule. Tout le village s’est mis au travail, ils se sont organisés, ont désigné un chef. Ça a été très démocratique.

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École, pèlerinage, récoltes

Mon épouse Monique, isolée à Kerrata, à une quinzaine de kilomètres, avait fait, à ma demande, un stage d’EMSI (Équipe médico-sociale itinérante) organisé par le cinquième bureau à Constantine et est venue vivre avec moi, à la cote 807. Elle s’est occupée des femmes et des enfants.

Accompagnée d’un jeune harki qui lui servait d’interprète en langue kabyle et de guide, elle allait visiter les villages, et prendre contact avec les femmes. Plus tard, elle a recruté une harkette. Elle a créé un cercle féminin et organisé une assistance médicale, avec un médecin qui venait de temps à autre pour soigner les femmes et les enfants. Une école avait été aménagée dans chacun des villages d’autodéfense, où un jeune dragon faisait la classe aux enfants. Ils n’étaient pas forcément instituteurs de métier, mais ils étaient volontaires et aimaient ça.

Il y avait une très bonne coopération, des deux côtés. On continuait à patrouiller et à mener des opérations. Mais c'était vraiment une région pacifiée. À tel point que, l'orsqu'il y a eu le putsch des généraux d’Alger, le 22 avril 1961, j’ai été très surpris. Personne ne m’a contacté. Je me suis dit : «Mais qu’est-ce qui se passe à Alger ? Ils sont fous ? Nous, on est en train de gagner sur le terrain, et ils se soulèvent à Alger…» On ne comprenait pas le sens de cette révolte. Dans le bled, on poursuivait notre travail de pacification

Je n’étais pas pour «l’Algérie de papa», parce que j’avais observé la situation algérienne dès 1955, lors de mon premier séjour. En connaissant le pays, on savait que ça ne pouvait pas marcher. Je m’étais rendu compte qu’il y avait de grandes injustices vis-à-vis des musulmans. Il n’y avait pas d’égalité sociale. Je n’ai jamais pris parti non plus pour l’indépendance, mais j’étais pour une Algérie autonome qui soit associée à la France. J’étais pour une Algérie nouvelle.

Lors de mon premier séjour, j’allais dans les villages, et je disais aux maires : «Il faut que la situation évolue, il faut qu’on fasse une Algérie nouvelle.» Lors de mon deuxième séjour, je n’ai jamais dit que l’armée allait rester en permanence en Algérie. Je leur ai dit : «Nous, on est là pour vous aider à faire la paix, pour rétablir la prospérité en Algérie, mais dès que ce sera rétabli, ce sera à vous de faire l’Algérie.» C’était en fait l’idée de la majorité des officiers français.

Au printemps 1961, les habitants m’ont demandé l’autorisation d’organiser un pèlerinage qui n’avait pas eu lieu depuis le début de la guerre. J’ai accepté. Dans un de ces villages se trouvait un marabout, un genre de temple consacré à une sainte femme, le marabout de Taftis pour lequel ils avaient une grande vénération. Le pèlerinage s’est déroulé du 16 au 19 mai 1961. Des centaines de gens sont venus de toute la région, qui ont été logés, nourris dans le village, et qui ont célébré la sainte. Mes harkis sont allés au pèlerinage, le fusil à l’épaule. Ils étaient au milieu du peuple kabyle, acceptés comme tels. Et nous, nous avions une grande confiance en eux. Mon prédécesseur avait pris l’habitude de les laisser partir en permission dans leur village avec leurs fusils, alors que c’était contraire au règlement. On aurait dû enchaîner les armes, n’ouvrir les chaînes qu’au moment des sorties, etc. Mais on avait confiance. L’entente avec les harkis a été parfaite.

Pour preuve, à l’été 1961, le chef du village d’Oued Ayed m’avait demandé l’autorisation d’aller faire les foins dans la montagne des Babors, où les habitants avaient leurs résidences d’été, mais déclarée zone interdite depuis le début de la guerre. Hommes et femmes, tout le village, sont partis de bon matin dans les pâturages où ils ne s’étaient pas rendus depuis plusieurs années. J’avais organisé une protection, harkis et dragons. Ils ont passé la journée dans la montagne, et le soir ils sont revenus en longue procession avec des ballots de foin sur le dos.

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photo adressée par Maurice Faivre




La «réorganisation»


Le 1er août 1961, mon régiment, le 20e dragons, a été dissous. C’était le début de la réorganisation, on commençait à préparer le dégagement. Mon escadron est déplacé de l’Oued Berd pour être affecté vers Oulad Ou Ameur, près de Sétif, à un régiment de chasseurs. Ce régiment n’était pas très engagé dans la guerre d’Algérie ; leurs officiers étaient plutôt habitués à circuler sur les routes et allaient peu voir ce qui se passait dans le bled.
Quand ils sont venus à la cote 807, les colonels et les officiers ont été horrifiés de constater que je vivais là, complètement isolé. Je leur ai dit que j’étais très heureux, que j’avais la confiance des populations, que je faisais un travail intéressant sans beaucoup de moyens. Je n’avais qu’une Jeep et un GMC. Ils n’ont eu de cesse que de me donner de nouveaux matériels, pour finalement me sortir de mon bled.

J’ai quitté la cote 807 en octobre 1961. Quand je suis parti, j’ai vu beaucoup de mes harkis pleurer parce qu’ils avaient confiance en moi. Des coloniaux sont venus ; ensuite, il y eut des tirailleurs, des gens de passage, pas attachés au pays. Après mon départ, je n’ai plus eu aucune liaison avec eux, plus aucune nouvelle. Je les ai perdus de vue. Ils étaient loin, et j’avais d’autres préoccupations.

Arrivé à Sétif, j’ai très vite demandé ma mutation. J’avais abandonné mon bled, j’avais abandonné les habitants qui me faisaient confiance, je n’avais plus aucun intérêt à rester à Sétif, et je ne m’entendais pas avec les officiers de ce nouveau régiment. Eux ne rêvaient qu’à la fin de la guerre d’Algérie, à repartir en France préparer la guerre contre les Soviétiques… J’avais un ami à l’état-major, à qui j’ai demandé de me faire affecter à Alger. Six mois plus tard, en février 1962, j’ai été affecté au deuxième bureau du commandant en chef, près d’Alger, à Reghaïa. Avant d’être rapatrié en France fin 1962. Je n’ai jamais eu l’occasion de revoir l’Oued Berd, et je n’aurai pas de nouvelles de mes harkis avant 1963, à Paris.



Coup de fil de la Préfecture

Un jour de 1963, je reçois un coup de fil de la Préfecture de police de Paris : «Des harkis vous réclament. Ils sont à Choisy-le-Roi, ils viennent d’arriver.» Le dimanche suivant, avec mon épouse, nous sommes allés à Choisy-le-Roi et nous les avons découverts, un peu plus d’une trentaine, installés dans des conditions épouvantables.

Ils m’ont appris que la moitié de la harka avait été massacrée. Le 12 août 1962, les harkis ont été emmenés à Beni Messali, où ils ont été suppliciés. Quarante-sept harkis et membres des autodéfenses ont été tués en trois jours. Les survivants avaient réussi à prendre le maquis et à s’exfiltrer par des filières familiales, des combines. Ils étaient passés par Alger ou Bône, et étaient arrivés à Choisy-le-Roi par tradition : il y avait toujours eu, au village, des émigrés qui travaillaient en France, et notamment à Choisy-le-Roi.

Ils étaient arrivés célibataires et ont été très mal reçus à Choisy-le-Roi. La municipalité était communiste, et l’importante immigration musulmane de la commune était pro-FLN. Les premiers arrivés avaient campé sur les bords de la Seine, certains allaient dormir la nuit dans des tuyauteries de béton des travaux publics. Ils s’étaient ensuite regroupés en centre-ville, où ils avaient vécu dans des caves, dans un hangar de chantier abandonné envahi par les rats, dans des conditions infectes.

Certains de leurs camarades réfugiés en Seine-Saint-Denis, apprenant leur présence à Choisy, sont venus les rejoindre. Ensuite, ils ont squatté une HLM dont la construction avait été abandonnée. L’immeuble n’avait ni porte ni fenêtre ; ils avaient bricolé des fenêtres en contreplaqué et récupéré des tuyaux d’arrosage pour avoir de l’eau. La harka avait été reconstituée !

Des bagarres ont éclaté avec les musulmans de Choisy-le-Roi. À tel point que certains se sont retrouvés à la prison de la Santé. Je suis allé les voir, puis j’ai témoigné en leur faveur au tribunal correctionnel, en tenue de capitaine. Le juge a absous mes harkis, il a prononcé un non-lieu, alors que je suis persuadé qu’ils avaient échangé des coups de couteau.


Cinquante-trois familles rapatriées

La première préoccupation des harkis était de rapatrier leurs familles restées dans leurs villages. Une seule famille avait réussi à gagner le camp de Saint-Maurice-l’Ardoise, en octobre 1962. Les autres étaient restées dans leurs bleds. Il fallait monter un dossier de rapatriement et fournir un certain nombre de documents : attestation de services, demande du chef de famille indiquant la composition de sa famille, certificat d’hébergement en métropole, etc. C’est moi qui me suis chargé, depuis Paris, de faire leurs dossiers, et qui les ai envoyés aux autorités d’Alger.

Le rapatriement n’était pas facile, parce que les garnisons françaises avaient été évacuées : Sétif, le 1er juillet 1963, Bougie, le 31 décembre. Il n’était pas possible aux épouses, aux enfants, aux vieux parents de rejoindre une caserne française, et d’y être accueillis.

Les harkis ont eux-mêmes trouvé la combine, digne de l’évasion de prisonniers. Le frère d’un harki, installé en France depuis longtemps, et qui était plutôt FLN, a accepté de faire plusieurs voyages en Petite Kabylie pour ramener les familles. Muni de tous les papiers exigés pour le transfert en métropole, il est allé voir un commerçant de Kerrata et lui a dit : «Ce soir je déménage ma famille, est-ce que tu me prêtes ton camion ?»
Il a chargé dix familles dans le véhicule, a roulé toute la nuit pour les amener à Bougie, où il y avait encore une garnison française, et un centre d’accueil de harkis. Le lendemain, les familles ont été embarquées en hélicoptère et déposées sur un navire de guerre au large. C’était une aventure extraordinaire pour ces femmes et ces enfants qui n’avaient jamais vu la mer, mais leur rapatriement était fait officiellement, avec un dossier par famille.

En 1964, la garnison de Bougie a été abandonnée. Il a fallu amener les familles près d’Alger au centre d’accueil du camp de Zeralda. On a continué suivant le même schéma, le camion de l’épicier roulant toute la nuit jusqu’à Alger. Un jour, le chef de centre de Zeralda a refusé des familles, parce qu’il a trouvé mon passeur suspect. J’étais alors en stage à Baden-Baden ; j’ai reçu un télégramme : les familles sont dans les bois à Zeralda, il faut venir à leur secours. J’avais un copain à Alger, au cabinet du général commandant le corps d’armée, qui a réglé le problème. La situation en Algérie s’étant un peu normalisée, les dernières familles ont été rapatriées par la Croix-Rouge, transférées au camp de Rivesaltes, avant de pouvoir rejoindre la HLM de Choisy.

En plusieurs voyages, on a rapatrié ainsi cinquante-trois familles.

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Le bled à Dreux

En décembre 1963, le maire de Dreux a écrit au ministère de l’Intérieur : «À Dreux, il y a quelques logements, il y a du travail, en particulier chez Renault à Flins, on peut accueillir des harkis.» Le 24 décembre, six familles s’installèrent à la cité Prodhomme, à Dreux. En janvier 1964, six autres arrivèrent à la cité Haricot. À partir du mois d’août, le regroupement familial a pu se faire grâce à la construction de logements Sonacotra rue Murger-Bardin. À Dreux, les harkis ont reconstitué leur village de Beni Dracene. Ils ont eu du travail. Ils étaient logés. Deux assistantes sociales s’occupaient d’eux à plein temps.

Moi, j’étais affecté à Saint-Germain, alors je leur rendais visite le dimanche avec mon épouse. Les femmes étaient ravies de la revoir. Je pense qu’on les a aidés à s’intégrer. Bien que l’accueil à Dreux n’ait pas été très chaleureux. Les harkis se sont retrouvés ignorés par la population, qui les considérait comme des Arabes, indésirables. Mais ça a été tout de même de bonnes années pour eux. Parce qu’ils étaient logés, qu’ils avaient du travail, qu’ils étaient soignés. Ils se sont mariés et ont eu beaucoup d’enfants.
J’ai fait une enquête démographique pour la revue Population en 1990 ; j’ai calculé que la moyenne des enfants par femme était de 9,5, avec des familles de douze, quatorze enfants. En Algérie, les familles étaient moins nombreuses en raison d’une mortalité infantile élevée. Les femmes étaient heureuses, elles accouchaient à la maternité, alors qu’en Algérie elles accouchaient à la maison, suspendues à une corde accrochée au plafond pour accélérer la descente du bébé.

Quand les familles ont été amenées à Dreux, la population totale était de deux cent dix-sept personnes. Quinze ans après, elle avoisinait les mille personnes. Beaucoup de harkis se sont mariés entre eux, comme au village. Il y a eu un repli sur soi, à cause de l’indifférence de la population française et de l’attachement à leur mode de vie.

En juin dernier, je suis allé à un mariage, qui a réuni quatre cents invités dans un local de la mairie de Vernouillet, commune voisine de Dreux. À chaque mariage, nous sommes conviés, mon épouse et moi. Hier matin encore, je suis retourné à Dreux assister à une cérémonie au monument aux morts. J’ai toujours gardé le contact avec mes harkis.


Mes recherches

Je me suis aperçu que les enfants des familles de Dreux, la deuxième génération, ignoraient tout de l’histoire de leurs parents, parce que les parents n’avaient jamais voulu raconter leurs malheurs, expliquer pourquoi ils s’étaient engagés du côté de la France, comment ils vivaient dans leurs villages. Je me suis dit qu’il fallait leur raconter d’où ils venaient.

Quand j’ai quitté l’Algérie, j’ai eu différentes affectations à Paris et en province, surtout au deuxième bureau, dans le renseignement militaire. J’ai commandé le deuxième bureau de Baden-Baden, puis celui de la 1ère armée à Strasbourg. Pendant quelques années, j’ai poursuivi des recherches sur la stratégie militaire, en particulier contre l’Union soviétique. Après avoir quitté l’armée, en 1980, j’ai soutenu une thèse de doctorat en Sorbonne, publiée en 1988, une thèse d’histoire sur la nation armée de Machiavel à nos jours. J’ai également tenu une chronique mensuelle dans la revue Défense nationale.

J’avais un réel penchant pour l’histoire et la stratégie militaires.

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Alors, pour les enfants de mes harkis, j’ai effectué des recherches en archives et publié mon premier livre Un village de harkis, des Babors au pays drouais, chez L’Harmattan en 1994 [compte rendu par Jacques Frémeaux] . J’y raconte l’histoire de ma harka, l’histoire de leur village. J’y dresse une liste des victimes. Il aurait fallu que tous les chefs de harkas fassent ce même travail de dénombrement, on aurait ainsi pu savoir combien de harkis avaient été tués après l’Indépendance. Je n’étais donc plus sur place quand les massacres ont eu lieu, mais, étant à l’état-major d’Alger, je savais qu’ils avaient été perpétrés dans toute l’Algérie.

Seulement, on était très mal renseignés, on n’avait plus les contacts avec les anciens harkis parce qu’on n’avait plus de troupes dans le bled, les régiments ayant été ramenés dans les grandes villes, à Alger, Oran, Bône, puis rapatriés en France. Voilà pourquoi certains témoignages sont très imprécis et sous-estimés. Lacouture a estimé à dix mille le nombre de harkis massacrés, dans un article du Monde en novembre 1962. Or, à mon avis, il y en a eu beaucoup plus, entre soixante mille et quatre-vingts mille. Mais on ne le saura jamais. Il aurait fallu enquêter dans toutes les harkas et dans tous les villages.

Pour écrire ce premier livre, j’avais recueilli tellement d’archives que j’avais suffisamment d’éléments pour un deuxième. J’ai élargi mon sujet à l’Algérie tout entière. Les Combattants musulmans de la guerre d’Algérie, édité en 1995 chez L’Harmattan, est consacré non seulement aux harkis, mais aux tirailleurs, méharistes, spahis, et tous les musulmans engagés dans l’armée française.

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En quinze ans, j’ai publié une dizaine d’ouvrages, et participé à autant d’autres, sur la guerre d’Algérie. Peu d’auteurs ont fait des recherches en archives sur les harkis. J’ai passé des jours et des jours à Vincennes, aux Archives nationales, aux Affaires étrangères, à la gendarmerie de Le Blanc, dans l’Indre, aux Archives d’outre-mer à Aix-en-Provence, à la Croix-Rouge à Genève. Personne n’avait ouvert avant moi les cartons que j’ai consultés. Et pour beaucoup de documents, j’ai dû demander des dérogations parce qu’ils ne sont pas accessibles au public je les ai d’ailleurs pratiquement toujours obtenues.

Je lis tout ce qui paraît sur les harkis. On continue à dire des choses fausses à leur sujet, contre lesquelles je me bats. Mais je me heurte à des problèmes. Par exemple, la directrice des Archives de France m’a accordé une dérogation pour consulter les archives de la Commission de sauvegarde du droit et des libertés, créée pendant la guerre d’Algérie, pour obtenir que les prisonniers ne soient pas maltraités, qu’il n’y ait plus de torture, qu’il n’y ait plus d’exécutions sommaires. Toutes ces archives m’ont été ouvertes, et elles sont passionnantes.
J’ai demandé à publier certaines conclusions, en particulier sur les avocats du FLN. Cela m’a été refusé, comme ç’aurait été refusé aux autres historiens qui auraient pu en faire la demande, parce que la direction des Archives considère que la publication de leurs noms, et des noms des victimes d’ailleurs, pourrait porter atteinte à leur notoriété et à leur vie privée.

Pour certains, je suis une référence. J’ai de bonnes relations avec des historiens reconnus, et je ne m’entends pas du tout avec d’autres. Actuellement, je suis mal vu de la DMPA, la Direction de la mémoire du patrimoine et des archives, qui dépend du ministère de la Défense, parce que j’ai été critique à son égard. J’ai participé à plusieurs de leurs travaux, notamment au moment où a été créé le Mémorial des combattants de la guerre d’Algérie, quai Branly.

L’année dernière, les responsables de la DMPA ont organisé une journée sur la guerre de 1939-1945, et je n’étais pas d’accord avec les conclusions. Je le leur ai dit, ça ne leur a pas plu. D’autant plus que j’avais organisé, la même année, un colloque sur l’armistice de 1940, où la conclusion était que cet armistice était indispensable, qu’on n’aurait pas pu faire autrement. Ce n’est pas la thèse officielle, actuellement, on dit : «De Gaulle avait raison…»

Quand j’étais encore à l’armée, mon action en faveur des harkis n’a jamais été mal considérée par mes supérieurs, qui ne m’ont ni sanctionné ni freiné. J’ai eu de bons rapports avec les généraux de Boissieu et Vanbremersch. J’ai été promu général. J’ai été reçu à l’Élysée plusieurs fois. Mais les harkis sont un sujet encore brûlant. Moi, je continue de chercher la vérité. Cependant, je n’irai pas en Algérie. Je n’y suis jamais retourné, et il n’est pas question que j’y retourne. Je ne peux pas supporter de rencontrer ces gens qui ont massacré mes harkis en 1962.

général Maurice Faivre
Pour ceux qui n'ont pas lu "Harkis, soldats abandonnés", publié par XO en 2012,
voici le témoignage publié dans l'album, recueilli par Brigitte X.
C'est le seul article où je raconte nos relations avec les harkis, en Algérie et en France.

 

 

Photos : docteur Sangline à Alger -harka Catinat - ilot K Rivesaltes - langes par des Emsi - camp de transit près de Bône.

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_________________________

 

compte rendu des deux livres de Maurice Faivre

par Jacques Frémeaux (1996)

Faivre Maurice, général, Un village de harkis, des Babors au pays drouais, Paris , L'Harmattan, 1994, 259 p., 140 F.; Les combattants musulmans de la guerre d'Algérie, Paris, L'Harmattan, 1995, 270 p. (coll. «Histoire et perspectives méditerranéennes»), 140 F.

Le général Faivre a commandé une harka pendant la guerre d'Algérie. Il estime que les hommes qu'il commanda n'ont pas à se voir reprocher d'avoir combattu aux côtés des Français. Il n'est d'homme de bon sens ou d'homme de cœur qui ne jugera ces convictions non seulement parfaitement respectables, mais même nécessaires, pour qui veut mettre un peu d'apaisement dans une société française en devenir. L'engagement des harkis constitua en effet un acte fondateur par lequel une collectivité que rien ne destinait à s'implanter en France fut amenée à faire ce choix.

Le premier ouvrage montre comment la collectivité rurale de l'Oued Berd (Kabylie des Babors), qui avait pris part à l'insurrection nationaliste de 1945, puis fourni un support au FLN, passe au printemps 1959 du côté de l'armée française. Les motifs tiennent aux excès de l'ALN, et au caractère de ses groupes, étrangers au pays. Il faut aussi évoquer, chez ces paysans épris de paix, l'incapacité du FLN à les protéger des grandes offensives menées dans le cadre du plan Challe (opération Rubis).

Les engagements se font selon la vieille tradition des «supplétifs» de l'armée d'Afrique (contrats courts, enrôlements directs auprès des officiers). Ils représentent une centaine de harkis pour une population d'environ 3 000 personnes, soit un peu plus d'un homme adulte sur dix. 53 ex-supplétifs furent transportés en France (227 personnes, familles comprises), contre 42 assassinés. Le livre se termine sur les conditions de l'installation de ces familles à Dreux.

Le second livre reprend et élargit le précédent. Il s'agit d'abord d'un travail de

recherche, fondé sur la consultation de nombreux documents d'archives. Le lecteur y trouvera une masse d'éléments et de renseignements qui constitueront pour longtemps une documentation de référence (citation des cartons d'archives dont sont extraits les renseignements). On doit cependant regretter une présentation foisonnante, combinant texte, documents et notes, qui rend la consultation quelquefois difficile.

De l'apport de ce livre, on retirera trois séries d'éléments. Tout d'abord, quantité de données sur les musulmans algériens employés dans l'armée française, troupes régulières (engagés et appelés), et supplétifs de toute sorte (les «harkis» n'en constituant qu'une partie), au total près de 250000 hommes en 1961.

Ces hommes étaient dangereusement exposés en cas de prise du pouvoir par le FLN. Les risques étaient particulièrement grands pour les supplétifs, volontaires ne jouissant pas des garanties données aux engagés de l'armée régulière, et ayant, dans l'ensemble, donné moins de gages au FLN, si l'on s'en tient aux taux de désertions relativement faibles. Il eût fallu sans doute ajouter que le comportement de ces troupes plongées dans une guerre atroce ne fut pas exempt de tout reproche. Il est dommage que cette question n'ait pas été abordée, étant bien entendu que la confirmation de tels débordements ne serait pas de nature à diminuer les responsabilités du camp adverse.

La seconde contribution importante de ce travail est la recherche faite sur le massacre des harkis. On doit d'abord condamner l'attitude des chefs de l'Algérie nouvelle, qui ne tinrent pas la parole donnée à Évian d'amnistier les actes commis avant mars 1962. Les massacres commencèrent à partir de l'indépendance, ce qui peut expliquer les lenteurs apportées par le gouvernement français à faciliter les départs sur la métropole. Ceux-ci ne furent cependant pas négligeables, en particulier ceux des familles, qui s'échelonnèrent jusqu'en 1964.

Toutefois, l'armée française se vit interdire d'intervenir en force pour aller au secours des victimes. Là réside sans doute la principale responsabilité du gouvernement français qui ne voulait pas recommencer la guerre. Le général Faivre situe entre 37000 et 66000 morts le bilan des massacres, chiffre bien en retrait sur celui de 100000 ou 150000 morts parfois avancé, mais infiniment supérieur aux estimations officielles françaises de 10000 morts. On a enfin beaucoup débattu des motivations de l'engagement des «harkis»: patriotes français ou traîtres à la patrie algérienne? Défenseurs de leurs familles, mercenaires ou seulement pauvres gens abusés ?

Il semble surtout que les harkis furent les principales victimes de l'échec de la constitution, sous l'égide de l'armée, et avec l'approbation plus ou moins réticente des pouvoirs publics d'un parti favorable au maintien français en Algérie. C'est sur un tableau nuancé, éloigné du misérabilisme trop souvent de rigueur sur cette question, que débouche l'ouvrage : l'installation des harkis en France a abouti à créer un groupe dynamique, tout à fait apte à s'intégrer à la nation française avec sa sensibilité propre.

Jacques Frémeaux
université Paris IV Sorbonne
revue Vingtième Siècle, n° 51, 1996.

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harkis à l'instruction (source)

 

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jeudi 29 novembre 2012

les leaders algériens durant la présence française en Algérie

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Abd-el-Kader

 

Les leaders algériens, leurs relations

avec la France et le monde

Oudainia KHALIL

 

Essai dans lequel j'aborde le sujet critique en Algérie des DAF, déserteurs de l'armée française, notamment aux dernières phases de la guerre de libération et ce en projetant le reflet historique.

Partie 1 :

Les leaders algériens durant la présence française en Algérie.

Les leaders algériens ont été bien vénérés longtemps pour ce qu'ils méritent en tant que résistants mais également comme il se doit dans la coutume de culte de la personnalité dans notre population. C'est vrai que par rapport à d'autres leaders dans d'autres civilisations ils sont beaucoup plus respectueux et n'avaient pas des comportements personnels blâmables comme Napoléon, Bismarck ou Simon de Bolivar. Peut-être à cause du conservatisme de la population et son attachement à l'aspect moral.

Est-ce cela suffit pour ne pas évoquer tout leur itinéraire, et le positionner dans son contexte historique, et surtout le mettre à la connaissance des partisans de l'idée des infiltrations menées, ou prétendues, des militaires indigènes de l'armée française, reconvertis à l'approche de l'indépendance à l'ALN?

L'Émir Abdelkader, vu en Algérie comme le fondateur de l'État algérien moderne avait une relation pour le moins étroite avec l'Administration française.

Nous citons ci-dessous, un fragment d'une lettre prétendue envoyée par l'Émir Abdelkader au consul français à Damas (empire Ottoman) 

الحمد لله سعادة الأخ برتان الأكرم أدام بقاءكم في النعيم أمين، أما بعد فإنه وصل البارحة رجل من الجزائر كان سافر إليها من مدة ستة أشهر فأخبرت أن عدو الله وعدوي وعدو نفسه المجنون محي الدين وصل إلى الحدود بين حكومة تونس وحكومة الجزائر فحصل عندي من الغم والهم من هذا الخبر السوء ما لا أقدر أصفه لكم وتحيرت وما عرفت ما أصنع. ولو جاءني خبر موته كان أحب وأشهى إلي من أسمع أن يسعى في الفساد وحيث أعرف أن كثيرا من الناس البعيدين عنا يتوهمون أن هذا الفعل القبيح بإرادتي وإذني وجدت الطريق التي تحصل به براءتي من هذا الولد المجنون و من فعله القبيح فإذا استحسنتم جنابكم تتخابرون مع الوزير فإذا أحسن عنك مساعدتك أكتب مكاتيب خصوصية لكل قبيلة من القبائل الذين مع المفسد بعد أن يعرفوني أين هو وأسماء القبائل هم عندهم ليتحقق الناس أني برئ منه ومن عمله.

منتصف محرم 1288

المخلص عبد القادر.

Dans cette lettre il renie son fils qui revient en Algérie pour participer à la grande insurrection de 1871. Nous trouvons la confirmation de l'existence de cette lettre, dans laquelle il réfute l'action de son fils, combattant la France, dans le livre de l'Emir Abdelkader écrit par Bruno Étienne (page 491 de la version traduite en Arabe par Michel Khoury, Editions Attia) sans pouvoir confirmer son contenu exact.

Après la fin de sa résistance, il a passé 5 ans d'emprisonnement. Son intervention dans les évènements Musulmans-Chrétiens (1860) lui a valu la décoration par la légion d'honneur de la France.

L'Émir Abdelkader, dit le père fondateur de la nation moderne, a combattu l'armée de la colonisation de 1832 à 1947. Mais est-ce seulement la guerre qui les reliait? Et quelle explication peut-on donner à sa relation avec l'Empire après sa capitulation? Et surtout pourquoi ces faits ne sont pas mis à la disposition des écoliers algériens, à qui on ne présente que les phases de la résistance et une courte présentation de sa vie à Damas?

Est-ce que sa proposition à l'Angleterre et aux États-Unis d'exploiter des ports en Algérie, en contrepartie d'un soutien pour chasser les Français, peut, selon le raisonnement de nos jours, nous faire dire qu'il est Pro-américain!?

C'est clair que ce qui est écrit ci-dessus est une analyse abstraite, partielle et incomplète, afin qu'on n'aille pas très vite à remettre en cause la lutte héroïque du premier leader algérien d'Al-Djazaïr (Algérie) Moderne.

 

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Mokrani fidèle à l'Empereur de la France

Mokrani, un des prestigieux leaders algériens, suscite toujours une polémique à propos de son parcours en tant que chef rebelle.

On est arrivé même à dire que la guerre est déclenchée (1871) à cause de la privation de ses privilèges. Ce qui explique en partie peut-être, la répression féroce qui a suivi, de crainte d'un leader si Charismatique. Nous ne soutenons pas cette hypothèse à laquelle nous n'avons trouvé aucune source la confirmant.

Ce qui est connu en tout état de cause, c'est la forte possibilité qu'avait Cheikh Mokrani dans le projet du Royaume Arabe de l'Empire, pour accéder à la place du Sultan ou Kalif ; Mokrani, qui voulait confirmer son attachement, a proposé à l'Empereur une légion dans la guerre contre la Prusse; mais l'empereur a refusé! Ce refus, ajouté à la dette non-remboursée que les Autorités ont emprunté de Mokrani et les nouvelles méthodes de traitement parues avec l'instauration de la troisième République restent pour beaucoup de spécialistes les causes principales de la plus grande Insurrection qu'a connue l'Algérie durant l'occupation avant 1954, plus grande même que la Résistance de l'Emir.

Bien sûr il faut prendre en considération la coïncidence des faits avec l'avènement de la Commune de Paris.

Comme détail aussi, doit-on mentionner, avant cela une raison de la participation faible de l'Ouest très démuni, en cette guerre, selon certaines sources : la famine de 1866-1867 qui a frappé le pays, notamment en la partie Ouest, a vu la mort d'environ le tiers de la population algérienne (1), élément crucial en cette guerre.

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L'Émir Khaled, le premier Nationaliste Algérien(2):

L'Émir Khaled pour beaucoup d'historiens est le père du nationalisme algérien, et la figure de proue du mouvement jeunes-algériens.

Evoquons donc certains épisodes de l'itinéraire, seules nécessaires à notre analyse, de ce fameux Leader algérien.

L'Émir Khaled a étudié à l'Ecole des officiers militaires Saint-Cyr, sur insistance de son père l'Emir Hachemi. Par la suite, il a refusé de se naturaliser français, ce qui montre une opposition certaine au système coloniale. Un des évènements de son parcours est la participation avec son régiment, aux évènements du Maroc 1907. En 1914 l'Émir Khaled s'engage de sa propre initiative dans l'armée française pour défendre la Nation durant la guerre.

Action de courage, bien qu'il soit fonctionnaire à l'armée française, il envoie une lettre au président Willson pour demander que l'Algérie soit représentée à la ligue des nations indépendamment de la France. (3) (il s'adapte aux circonstances dans sa lutte, le fait de s'engager à l'armée française n'est nullement équivalent de quelconque alignement, bien qu'elle soit une position non-confortable).

L'Emir Khaled avait devant lui une réalité et une administration à confronter et certainement il ne pouvait faire plus dans ces circonstances.

Cela peut être également projeté, d'une manière ou d'une autre, sur les officiers indigènes, et même naturalisés français, ralliés à l'Armée de Libération Nationale, avant le cessez-le feu.

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La lutte de Ferhat Abbasa peut aussi susciter des débats surtout avant 1945, où ses idées étaient nuancées par rapport au nationalisme, notamment si on se rappelle son fameux article, dans la Défense, "La France c'est moi!". (Article controversé).

À tort ou à raison, nous, nouvelles générations, du fait d'un héritage réflexif de nos pères surtout, accusions les hommes du pouvoir, militaires notamment, d'être des serviteurs de la France, Hizb Farança (Parti de France) comme on les appelle.

De ma part, je considère que nous pouvons être politiquement opposés à ces officiers qui ont pris le pouvoir d'une manière apparente depuis 1992, et les accuser également de corruption, mais le fait de remonter leurs itinéraires à la période 1954-1962, qui me paraît partial au regard de ce qui vient d'être relaté, cause, principalement deux répercussions, pour le moins dangereuses :

1 - ce fait de qualification d'agents français, d'une classe bien large, qui, à certains moments, détenait la direction de la presque totalité de l'armée, et par conséquent de l'état algérien, à cause de la nature même du système algérien post-indépendance, remet en cause la légitimité même de l'état, et plus grave encore, de la nation.

2 - Vivions-nous dans un état de trahison ? Et si oui est la réponse, à quel niveau peut-on évaluer notre rôle, à cause de la non-action face à ce fait grave, à moins que les traîtres, outre à la force mise à leur disposition, sont si nombreux plus même que les "nationalistes" et par conséquent, s'appuyant sur la démocratie ils constituent la majorité qui a le droit de choisir, même que l'état soit assujetti! Certainement, c'est absurde.

Nous devons être plus conscients de nos analyses et hypothèses

_____________________

À la lumière de ce qui vient d'être relaté nous pouvons pour le moins avoir un constat :

- Il est évident que ces militaires n'ont pas de repères idéologiques, des intellectuels qui les conseillent, pour exploiter ou plus même ces fragments, je dis bien fragments, de l'histoire des ces grands messieurs de l'histoire algérienne, pour dire ainsi nous ne sommes pas différents de ces héros historiques. Heureusement que cela n'a pas était exploité ainsi, sinon l'histoire de l'Algérie aurait été souillée une fois de plus.

Nous entendons par Intellectuels au Service de la promotion idéologique des régimes, des personnalités come : HASSANIN HAYKAL et TOUFIK EL-HAKIM en Egypte, Michel Aflak, un des fondateurs de l'idéologie du Baath en Irak et en Syrie, ou Bernard Henri Levy (BHL) en France, d'une manière relative bien sûr.

Les pays qui ont entamé une compagne de vengeance après une guerre, l'ont payé, et assument les mauvaises répercussions à nos jours ; la France avec le gouvernement Maréchal Pétain, les printemps arabes et la Libye constituent des bons exemples.

Je suis favorable à la justice mais avec des preuves, d'ailleurs nous nous accusons dans nos débats de traîtres. C'est parce que nous n'avons pas atteint un niveau d'acceptation mutuelle; cela nécessitera un peu plus de temps comme c'était le cas des pays européens si nous les prenons comme exemple, la gauche et la droite en France, révolutionnaires et Monarchistes, qui s'entretuaient même, à un certain moment, ont compris que personne ne pourra anéantir l'autre.

C'est pour dire, si on juge ces officiers de cette manière, il n'y a pas lieu à procéder à deux poids de mesure, cela doit tomber sur l'ensemble des leaders; ou bien exclu pour les uns comme pour les autres

Il faut accepter l'autre. Certains pensent que l'Algérie est un pays Amazigh-Arabe musulman, pourquoi faire des concessions!

Les partisans de l'autre vision, disent : ces réactionnaires ne s'attachent pas à l'esprit de la religion mais plutôt à la forme. Ils ne méritent même pas d'être entendus!

Certainement nous n'avons pas atteint le niveau de la guerre civile libanaise, tueries et intervenants qui sont arrivés à s'allier à Israël et leurs opposants, ils ont fini par s'assoir sur une table, ni même la situation de l'Irlande. Donc nous avons bien des chances à redresser la situation.

En Algérie, après 1988-1992, et même après, c'est surtout à cause de l'anarchie qui régnait au pays, qu'on ne peut chercher des intellectuels parrains, à l'exception de certains Laïcards.

Mais peut-être les choses se préparent doucement, dans ce but, sans qu'on s'aperçoive.

Dans la deuxième partie nous évoquerons l'histoire des DAF (déserteurs de l'armée française) avec plus de précision, dans une approche historique-comparative, surlignant la culture d'Instrumentalisation de la religion après l'indépendance.

Oudainia Khalil (20-08-2012)
traducteur et Historien

 

Notes :

(1) : Djilali Sari – Algérie pérennités et résistances (OPU 2002).

(2) : le sous-titre est tiré d'un article de Robert Ageron, in Revue de l'Occident musulman

(3) : Mahfoud Keddache, L'Emir Khaled. (OPU 2009).

 

émir Khaled Meynier

 

- suite de ce article (28 décembre 2012)

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mardi 27 novembre 2012

Obsèques de M. de Raymond, commissaire de la République au Cambodge, le 1er novembre 1951

CA-51-25-R10
Obsèques de M. de Raymond, commissaire de la République au Cambodge, le 1er novembre 1951,
en présence du roi du Cambodge, M. Norodom Sihanouk, et du général d'armée de Lattre de Tassigny,
haut-commissaire de France en Indochine et commandant en chef en Indochine.

 

- à la suite de la publication des deux artiicles suivants sur notre site :

- http://etudescoloniales.canalblog.com/archives/2008/06/09/9515231.html (9 juin 2008)

- http://etudescoloniales.canalblog.com/archives/2009/01/20/12158265.html (9 janvier 2009)

Nous éditons la mise au point suivante :

 

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Mise au point

Les propos de la rubrique «Commentaires sur Indépendance du Cambodge. Histoire officielle, histoire secrète» ci-dessus [cf. articles référencés], exigent une mise au point devant des insinuations infondées et indignes.

Le Gouverneur Jean L. de Raymond, Commissaire de la République au Cambodge depuis mars 1949, a été assassiné le 29 octobre 1951 à l’Hôtel du Commissariat de la République par un domestique vietnamien engagé depuis un mois en remplacement d’un agent qui avait demandé son affectation à Saïgon.

Ce nouveau domestique  n’avait pas été soumis au contrôle de sécurité du Commissariat. Or il avait adhéré au Comité des démarches du Viet-Minh de Phnom Penh depuis février, avait reçu une formation politique en mars et était inscrit au Parti communiste depuis septembre.

Il s’associa un Chinois appartenant au même Parti, un autre Chinois et un boy vietnamien du Commissariat en vue d’effectuer l’attentat qui avait été décidé depuis plusieurs semaines par le chef de la Section de contrôle de ce Comité où il participa à une réunion le 28 octobre. Ce domestique vietnamien commit le crime le lendemain avec le Chinois pendant la sieste de Jean L. de Raymond et déroba des documents avant de rejoindre le Nord Vietnam.

Les meurtriers ont été condamnés à mort par contumace par le Tribunal militaire de Phnom Penh, et le complice vietnamien du Commissariat, à dix ans de travaux forcés et vingt ans d’interdiction de séjour. L’identité des terroristes, les interrogatoires de ceux qui furent arrêtés par la police, les messages du Viet-Minh interceptés et les documents saisis par les services de sécurité français  sont  conservés dans les fonds des Archives nationales.

Le Viet- Minh félicita «l’agent des cadres du Nambo» et donna l’instruction de ne pas divulguer l’information dans des zones dont les habitants «avaient quelque sympathie pour la politique khmérophile de M. de Raymond». Le meurtrier précisa qu’il n’avait pas agi par haine personnelle car «M. de Raymond  avait été un très bon maître, mais bien pour l’intérêt général et pour celui de la résistance ». L’assassinat aurait été «désapprouvé» par le Comité des cadres du Cambodge dont le chef, qui l’avait commandé, a été limogé.

Le Commissaire de la République s’était attiré la sympathie des Cambodgiens et celle des Indochinois avec qui il avait eu depuis longtemps à coopérer et à négocier, comme l’attestent de multiples témoignages. Cet attentat provoqua une grande émotion et «l’indignation unanime de tout le Royaume» selon les termes du Président du Conseil, notamment à Phnom Penh où le Commissaire de la République était très estimé et où sa bonté était connue, au point que sa confiance a été trompée.

Le roi Norodom Sihanouk pleura ; il rappela les «qualités de courtoisie et le sens élevé de l’humanité» dont  faisait preuve le gouverneur de Raymond qui était «un des rares Français ayant toujours su lui dire avec courtoisie, la vérité, ce qui a évité beaucoup de déboires au Cambodge», et il témoigna : «son nom est intimement lié à l’indépendance de mon Royaume dont il est un des artisans français». Le Souverain le cita à l’ordre du Cambodge. Il voulut même faire supprimer, en signe de deuil, les cérémonies traditionnelles du «Tang Tôc» et il fit annuler les réjouissances populaires organisées devant le Palais et au Phnom.

La  vie et l’œuvre du gouverneur Jean L. de Raymond, Mort pour la France, seront mieux connues grâce à sa biographie complète en préparation, qui en précisera les réalisations et présentera les témoignages utiles à l’histoire.

Jean-François de Raymond
fils de Jean L. de Raymond,
docteur d’État ès-lettres et sciences humaines,
professeur d’université honoraire, ancien diplomate
(novembre 2012)

 

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lundi 26 novembre 2012

un film sur l'exode des Pieds-Noirs

 La_valise_ou_le_cercueil

 

diffusion du film : reportage

 

Nous nous sommes rendus  à Alicante, pour la diffusion du film La valise ou le cercueil et par la même occasion nous vous offrons un petit reportage sur ces 3 journées de rencontres.

À voir absolument en cliquant sur ce lien : FAIRE CIRCULER SANS MODÉRATION.

Merci.

REPORTAGE34 SARL

11, route des Jardins de Maguelone
MAURIN - 34970 LATTES
Tél : 04.67.27.87.26

Commandez votre coffret DVD par internet : AMAZON.FR

Liens : reportage34.skyrock.com

valise

 

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- Il y a quelques critiques historiques à adresser à ce film (imprécisions chronologiques et autres), mais il fait écho à une "mémoire" douloureuse qui n'a pas assez trouvé les vecteurs pour s'exprimer. Il faut le soutenir.


Études Coloniales

 

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