mercredi 9 janvier 2013

une biographie sur Frantz Fanon, de David Macey (Marc Michel)

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Fanon, "un écorché vif"

une biographie hagiographique

Marc MICHEL

 

David MACEY, Frantz Fanon, une vie, traduit de l’anglais par Christophe Jacquet et Marc Saint-Upéry, Paris, La Découverte, 2011, 597 pages, 8 cartes, index.

Frantz FANON, Œuvres, Peau noire, masques blancs, L’An V de la Révolution algérienne, Les Damnées de la Terre, Pour la révolution africaine, Paris, La Découverte, 2011, 884 pages.

 

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Frantz Fanon fut presque un mythe dans les années 1960, considéré comme un des prosélytes du tiers-mondisme violent ; il est bien oublié aujourd’hui comme beaucoup de révolutionnaires romantiques de ces années embrasées.
Avec cette hagiographie documentée, il fait l’objet d’une résurrection quelque peu inattendue. Car il s’agit d’une hagiographie où il est difficile de trouver des réserves envers un théoricien de la violence «juste» des «damnés de la terre» pendant la guerre d’Algérie, un intellectuel révolutionnaire qui n’a partagé aucun des doutes d’un Camus, ce dernier accusé, au passage, par l’auteur d’avoir «partagé la plupart des préjugés des pieds-noirs» (p. 499) ; celui-ci ne semble donc pas avoir lu les Chroniques algériennes de l’écrivain pied-noir.
Ce qu’on retint alors de Frantz Fanon a été son engagement qui l’a mené à devenir une sorte d’ambassadeur itinérant du FLN avant sa mort, à 36 ans, d’une leucémie le 6 décembre 1961 dans un hôpital américain à Washington et, paradoxalement, un écrit, dont il ne fut pas l’auteur, la préface de Sartre aux Damnés de la Terre, en 1961.

L’auteur, professeur honoraire de traductologie de l’Université de Nottingham, a entrepris son travail sous l’émotion d’un souvenir de jeunesse lorsqu’il fut témoin d’un de ces lamentables «délits de faciès» qui émaillaient - émaillent - les contrôles de police ; il venait de découvrir les Damnés de la Terre et L’An V de la Révolution algérienne dans la librairie de François Maspero.

monumentale biographie

L’entreprise aboutit en 2000 à cette monumentale biographie, traduite et publiée aujourd’hui avec une postface engagée d’actualité dont la signification lui parait se résumer dans une réflexion empruntée à Peau noire, masques blancs : «l’explosion n’aura pas eu lieu aujourd’hui. Il est trop tôt … ou trop tard».

Car Frantz Fanon fut d’abord un médecin martiniquais avant d’être un révolutionnaire algérien. On ne résumera pas ici sa vie courte - il est mort à 36 ans, - mais particulièrement riche, retracée dans le détail par David Macey. Celui-ci commence son ouvrage par un chapitre sur la mémoire dont il ressort qu’autant l’oubli l’a emporté en France, autant le souvenir de Fanon a «proliféré» parmi les révolutionnaires du Tiers-monde, du Frélimo mozambicain au FIS algérien et aux États-Unis, depuis la vogue des études «postcoloniales».

Ensuite, David Macey suit pas à pas son héros dans sa jeunesse en Martinique dans un milieu «petit-bourgeois», sa participation dans la Seconde Guerre mondiale comme simple soldat  déjà très critique sur son engagement «pour défendre un idéal obsolète» (p. 123), sa formation en France, à Lyon, parce qu’il y avait «trop de nègres à Paris» (p. 136) et ses premières expériences de médecin psychiatre à Saint Yilié près de Dole puis à l’hôpital Saint Alban-sur-Limagnole, près de Mende où il profite de l’influence d’un médecin pratiquant une psychiatrie de pointe, Francis Tosquelles.

Revenu à Fort de France en 1952, il entre en contact avec Francis Jeanson qui accepte de rédiger une grosse préface au livre que Fanon publie alors au Seuil, Peau noire, masques blancs. Pour le jeune médecin, il n’a que 27 ans, c’est une reconnaissance littéraire, sinon scientifique, de son expérience vécue et de ses observations médicales ; il y puise une réflexion théorique à l’écart du marxisme, mais aussi de la «Négritude» senghorienne, fondée sur la différence ethnique comme inhérente à la situation coloniale, différente cependant de la réflexion d’Octave Mannoni dont la De la Psychologie de la colonisation a paru deux ans plus tôt. Derrière le travail théorique, se profile un trait de la personnalité de Fanon, décelé déjà par son compatriote poète Edouard Glissant : Fanon, «écorché vif» (p. 137).

Après sa réussite à l’examen de  médecin psychiatre en juin 1953, il est affecté en Algérie à Blida, au sud de la Mitidja, où il arrive fin 1953 avec sa femme Josie qu’il vient d’épouser. Il ne connait rien de l’Algérie. Il y trouve une vie confortable, «gagnant plus que le Français moyen d’Algérie», se consacre à son travail avec une impressionnante et redoutable volonté (les «soins» psychiatriques étaient encore très brutaux) et il tente d’imposer de nouvelles techniques : la «thérapie occupationnelle» et le recours à la psychanalyse.

virage décisif, fin 1956

Mais sa méconnaissance de l’arabe et du berbère est évidemment un handicap qu’il a du mal à surmonter. Lorsqu’éclatent les «événements» d’Algérie, en novembre 1954, l’engagement de Fanon est très problématique et il le restera longtemps.
En février 1956, le docteur Fanon est encore légaliste au point d’avertir Mandouze de l’éventualité d’une provocation droitiste à l’occasion de la venue de Guy Mollet à Alger. Il ne prend le virage décisif qu’à l’extrême fin de 1956 en présentant sa démission suivie de son expulsion en janvier 1957. Dès lors commence pour lui un «exil» en France puis en Tunisie ; il est impossible de dire qu’il a choisi la «nationalité algérienne», puisqu’elle n’existait pas encore, mais «à ses propres yeux, il n’était plus français» (p. 323).

Il est difficile aussi de bien connaître ses activités qui paraissent alors avoir été plus d’ordre théorique que pratique de médecin ; il devient surtout un porte-parole intransigeant du FLN, un polémiste «efficace» et un  collaborateur d’El Moujahid. À la fin de 1958, commence la dernière période de sa vie comme délégué du GPRA dans les pays africains. À ce titre, il participe à la Conférence des Peuples africains réunie par Nhrumah à Accra où il rencontre pour la première fois  les leaders révolutionnaires de l’Afrique noire ; il se lie curieusement à deux hommes aussi opposés que Holden Roberto (leader nationaliste angolais) et Félix Moumié (leader de l’Union des Populations camerounaises) et déclare sa foi en Sékou Touré (il est vrai encore auréolé de la gloire du «non» à de Gaulle).

Le FLN le délègue au sud dans le front éloigné de la wilaya sud au Sahara, ce qui peut ressembler aussi à l’éloignement. Mais, surtout, ses nouvelles relations africaines en font en 1960, année des indépendances, le recruteur d’une mythique Légion africaine avant de revenir bredouille et épuisé à Tunis. Il continue cependant sa mission de commis-voyageur de la cause algérienne, dans les pays socialistes, à Moscou ; il écrit et publie de multiples articles militants, et, par les soins de François Maspéro, L’An V de la Révolution algérienne en 1959 et en 1961 son livre majeur Les damnés de la terre, préfacé par Sartre.

L’accueil fut mitigé ; Jean Daniel, pourtant ouvert aux thèses anticolonialistes désavoua  Sartre et Fanon dont l’ouvrage lui parut une apologie de «l’assassinat rédempteur… annonciateur des justiciers barbares» (p. 493). À posteriori, les jugements sont encore plus sévères : un ouvrage «hétéroclite», estime David Macey lui-même, on n’y observe «nulle trace de recherche documentaire», où se mélangent «les impressions de ce qu’il a vu des États nouvellement indépendants d’Afrique noire et une description cauchemardesque de l’Algérie coloniale» (p. 480-481). Au total, le lecteur peut s’interroger sur les raisons qui ont pu le faire considérer comme la cette soi-disant «Bible du tiers-mondisme».

 

livre militant pour une cause mémorielle

David Macey ne cache pas sa sympathie pour son héros. Malgré des manifestations d’adhésion ici ou là à son romantisme révolutionnaire péremptoire, force est de constater que l’idéologie de Fanon, et son engagement, correspondaient à une époque bien dépassée et que Fanon reste «une figure mystérieuse et inclassable» (p. 29).

Mais l’auteur écrit par émotion (au départ, un souvenir) et comme la vie de Fanon peut finalement se résumer brièvement, il nous assène de multiples développements sur l’histoire des lieux où Fanon a vécu ou milité. Le problème est que cette mise en contexte est loin d’être historiquement sûre. On ne saurait juger ici de la validité des développements théoriques (intéressants) sur la psychiatrie et la psychanalyse qui accompagnent plusieurs chapitres.

Par contre, on ne peut qu’être critique envers les très longs développements sur l’histoire des relations franco-algériennes, lue à travers des ouvrages de seconde main ou des publications engagées, très rarement des travaux d’historiens et aboutissant à des énormités telle que celle-ci «La France fit la conquête de l’Algérie le fusil dans une main de la quinine dans l’autre» (p. 233) ou qualifiant le massacre de Mélouza «d’incident» (p. 373).

La volonté de «bien faire comprendre» aboutit à des dizaines et des dizaines de pages plus ou moins hors sujet, les unes totalement tel un récit sommaire de la bataille de Dien Bien Phu (p. 263), les autres  faisant illusion et trahissant, en réalité, la complexité des problèmes de la guerre d’Algérie, voire de l’histoire de France elle-même. Approximativement appréhendée, elle se traduit par des erreurs parfois amusantes, par exemple lorsque l’auteur attribue à «un membre du Parti communiste» la loi de fermeture de maisons closes en 1946 ; Madame Marthe Richard eût été surprise de cette affiliation ! Détail, certes, mais qui rend soupçonneux.

Au total, un gros livre, une biographie minutieuse, une mise en contexte qui n’apporte rien de nouveau, un livre militant pour une cause mémorielle qui peut paraître fort datée. Les plus âgés d’entre nous y trouveront le souvenir d’une époque où l’engagement était «naturel», les plus jeunes l’évocation d’un personnage sulfureux qui déchaîna quelques passions parmi les intellectuels de gauche à l’époque.

Un mérite de l’ouvrage est sans doute de rappeler que Les damnés de la Terre (quel beau titre !) ne doivent pas occulter Peau noire, masques blancs, à notre sens le livre vraiment majeur de Frantz Fanon. Fort opportunément, les éditions de La Découverte ont édité en livre de poche les œuvres complètes de Fanon, ce qui permettra au lecteur d’en juger.

Marc MICHEL
Université de Provence

 

- décès de David Macey

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Fanon

 

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Franz-Fanon

 

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dimanche 6 janvier 2013

centre des Archives nationales d'outre-mer

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voeux du centre des

Archives nationales d'outre-mer (ANOM)

 

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- http://www.archivesnationales.culture.gouv.fr/anom/fr/

 

 

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jeudi 3 janvier 2013

les victimes oubliées de 1956-1957

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le général Maurice Schmitt

 

terroriste honorés, victimes oubliées

général Maurice SCHMITT

 

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cliquer sur l'image pour l'agrandir et la lire plus aisément

Excellente miise au point du général Schmitt dans le numéro 94 de la revue Floréal (DPLV), Hiver 2012 (signalé par le général Maurice Faivre).

 

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mardi 1 janvier 2013

disparition de Marie-Hélène Degroise

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un des photographes "d'outre-mer" que Marie-Hélène Degroise a patiemment étudiés

 

in memoriam Marie-Hélène Degroise

conservateur aux archives

(1947-2012)

 

Nous sommes nombreux à avoir connu Marie-Hélène Degroise, conservatrice dans ce qui s'appelait le CAOM, Centre des archives d'outre-mer à Aix-en-Provence (aujourd'hui ANOM).

Pendant des années, nous avons sollicité ses compétences et sa bienveillance. Elle a toujours répondu. Son sens de la rigueur a peut-être étonné certains chercheurs. Mais elle n'a jamais été ingrate, poussant ces derniers à la rectitude et à la précision.
Marie-Hélène Degroise est née en 1947 et est décédée précocement le 19 juin 2012. Elle souffrait alors d'une maladie rare du coeur qui lui avait été diagnostiquée 3 ans auparavant.

Pour ce que nous en connaissons, sa carrière professionnelle a commencé avec son diplôme de l'École nationale des chartes, promotion 1973. Le 1er janvier 1976, elle fut nommée conservateur aux archives départementales de la Côte-d'Or.

Puis elle est affectée au service historique de l'armée de l'Air. Elle y publie, une description de cette institution : Le Service historique de l'Armée de l'Air et ses archives, Vincennes, Service historique de l'Armée de l'Air, 1978.

En 1998, elle est donc nommée au Caom (c'est la deuxième année de ma fréquentation de ce centre d'archives). Finalement, on lui confie le service de l'iconothèque auquel personne, jusqu'alors n'avait été affecté à temps plein. Elle entreprend le recollement de ce fonds, c'est-à-dire "la description rayonnage par rayonnage, et carton par carton de leur contenu".

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Marie-Hélène Degroise témoigne :

- "On m'annonçait 60 000 photographies et cartes postales. Or, les 85 fonds et collections couvraient environ 200 mètres linéaires. De plus on y trouvait des négatifs sur plaques de verre et des négatifs souples rangés en cartons d'archives, des tirages isolés en vrac ou en cartons, des tirages collés recto-verso sur des plaques de cartons aux formats dépassant souvent l'in-folio, environ 300 albums constitués de clichés, cartes postales, dessins et gravures, des classeurs à pochettes pour les 3 000 cartes postales répertoriées (sous logiciel Texto), des agrandissements encadrés. Lorsque début juin 2009, je suis partie à la retraite, 35 mètres linéaires s'y étaient ajoutés concernant 40 fonds et 210 albums supplémentaires, le tout acquis par dons, legs, ou achats, ce que les archivistes appellent "entrées par voies extraordinaires"."

Marie Hélène Degroise a accompli un extraordinaire travail, non seulement de recollement mais d'identification biographique des centaines de photographes qui se sont interessés à "l'outre-mer", aux colonies.

En onze années de recherches, elle a constitué un dictionnaire de 1500 noms...! On n'a pas toujours su reconnaître la valeur de ce travail ni lui accorder la reconnaissance et la diffusion qu'il méritait. Dommage. L'ingratitude acompagne souvent le lent et souterrain travail des chercheurs, qu'ils soient historiens ou archivistes. Mais les connaisseurs lui en seront infniment reconnaissants. Elle a créé son propre blog.

Marie-Hélène Degroise a terminé sa carrière au grade de conservateur en chef honoraire des Archives Nationales.

Nous lui manifestons toute notre estime et notre reconnaissance et souhaitons que l'on se souvienne longtemps d'une aussi belle figure attachée à la restitution du passé et à la rigueur des méthodes de l'archiviste et de l'historien.

Michel Renard

 

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- le blog de Marie-Hélène Degroise: http://photographesenoutremer.blogspot.fr/

blog Marie-Hélène Degroise

 

Historique

De nombreux thèmes sont abordés par le biais des photographies, qui “parlent” souvent plus que les rapports, comptes rendus et autres correspondances. Le premier qui vient immédiatement à l’esprit est celui de la topographie et de la visualisation des paysages.

Les photographes qui ont vécu ou voyagé en outre-mer entre 1840 et 1944 ont "couvert" d’abord les thèmes traditionnels que l’on attend : missions et explorations, conflits coloniaux, équipements militaires, ethnologie, portraits des chefs et des administrateurs coloniaux, civils et militaires. Les vues représentant l’urbanisme et l’architecture, la création des villes nouvelles, l’habitat local et colonial constituent des domaines bien représentés. Celles montrant les infrastructures, l’agriculture, l’industrie, et le commerce, le patrimoine culturel, et l’archéologie permettent de compléter les renseignements glanés dans les fonds d’archives.

Photographies collées en albums, support idéal permettant à un militaire ou à un administrateur colonial de rassembler une collection de clichés personnels, ou de reproductions achetées sur place auprès de photographes de studios européens ou indigènes, album que l’on sera fier de présenter à toute la famille au retour en métropole.

Tirages éparses, albuminés et argentiques, cyanotypes, plaques de verre utilisées encore dans les années 1920, négatifs souples, quels que soient les supports techniques, les clichés ont souvent été abandonnés sur place, rachetés avec l'atelier quand un photographe professionnel décédait, édités en cartes postales à de multiples reprises, ou simplement oubliés dans un grenier. Certains ont été utilisés dans des publications contemporaines de leur création, ou parfois très récentes. Le plus souvent sans citer leur auteur. Or, ils sont soumis au droit d'auteur et protégés pendant 70 ans après le décès du photographe. De plus, ce dernier jouit d'un droit moral, imprescriptible et inaliénable, qui oblige l'utilisateur à mentionner son nom.

On l'aura compris, la photographie n'est plus considérée par les chercheurs comme de la simple documentation interchangeable. Au contraire, elle est une véritable archive. Comme telle, on se doit donc de la replacer dans son contexte historique.

Pour ces deux raisons, le but de nos recherches a donc été de retrouver les biographies et parcours de tous ces photographes en outre-mer (environ 1500 actuellement), afin de permettre aux chercheurs de mieux comprendre et utiliser leur travail. Pour attirer aussi l'attention des détenteurs sur des documents précieux et fragiles qui font partie du patrimoine national.

Ce blog n'aurait jamais vu le jour sans les encouragements et la participation de quelques amis. En tout premier lieu je citerai Michel Quétin, conservateur général du Patrimoine, responsable des fonds photographiques aux Archives de France. Je dois beaucoup, en ce qui concerne l'océan Indien, à Claude et Claudine Bavoux. Enfin, Serge Dubuisson, photographe aux Archives nationales d'outre-mer, m'a lancée sur les pistes indochinoises, tout comme les amis de la nouvelle Association des Amis du Vieux Hué. Cette présentation est un remerciement pour tous leurs conseils éclairés.

Marie-Hélène Degroise

 

liens

- Images & Mémoire, bulletin, n° 27

- saïgon.virtualcities

 - mousssons.revue.org

- Madagascar

- L'indochine d'Aurélien Pestel

- le capitaine Sénèque, artcle de Claude Bavoux

- http://www.dogon-lobi.ch/photographes.htm

 

blog Marie-Hélène Degroise
http://photographesenoutremer.blogspot.fr/

 

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dimanche 30 décembre 2012

massacres du 20 août 1955 dans le Nord-Constantinois

 

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le bilan des Européens tués le 20 août 1955

dans le Nord-Constantinois

Roger VÉTILLARD

 

En août 2012, réagissant à un commentaire concernant la listes des tués européens du 20 août 1955 publiée dans mon dernier livre traitant de ces journées dans le nord-constantinois, j'indiquais que j'avais repris une enquête pour tenter d'approcher de plus près la réalité des victimes et corriger les erreurs éventuelles de ce premier bilan qui signalait 133 victimes.

Je termine cette enquête et comme promis j'informe Études Coloniales des résultats obtenus. J'ai bénéficié de plusieurs concours de circonstances favorables concernant Collo, Philippeville, El Halia, Jemmapes et Constantine : des correspondants m'ont transmis des enquêtes et recherches faites sur ces localités.

Ainsi, il m'a été communiqué par deux sources différentes, un bilan établi à l'époque par un prêtre, le père Norbert Poupeney qui a, m'a-t-on dit, pu consulter les archives du diocèse de Constantine où il a exercé son ministère (n'y figurent en effet pas de noms de victimes non catholiques). Plusieurs familles m'ont contacté pour me dire qu'un de leurs parents avait été mis par erreur sur la liste des tués et d'autres pour me signaler des noms qui ont été oubliés.

Et surtout, le Service d'état-civil du ministère des Affaires Étrangères a cette fois pu me communiquer les actes de décès survenus les 20, 21 et 22 août concernant  des victimes dont je leur ai transmis les noms prénoms et lieu de décès. Une demande identique faite en avril 2010 était restée sans réponse. J'ai reçu 92 actes de décès. Mais les registres de certaines communes (Jemmapes et Damrémont) ne sont pas disponibles et les blessés qui sont décédés après le 22 août et ceux qui ne sont pas décédés dans la commune où ils ont été blessés n'ont pas tous été recensés.

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enterrement des victimes "européennes" au cimetière de Philipeville

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J'ai retenu 117 noms soit :

- 100 personnes pour lesquelles je possède toutes les preuves de leurs décès causés par les événements du 20 août 1955 (actes de décès pour 92 d'entre elles, accompagnant témoignages familiaux, rapports professionnels, rapports officiels, avis de décès dans la presse, etc.) ;

- 11 personnes pour lesquelles je ne possède pas tous les éléments précédents notamment pas les actes de décès, pas de témoignage familial,  mais où la quasi certitude de leur décès provient de sources incontestables. Ainsi par exemple, le nom d'Armand Paiou tué à El Halia est présent dans plusieurs rapports officiels, mais absent dans d'autres, on le retrouve dans le bilan effectué par le directeur de la mine le 2 septembre, il est cité lors des procès qui ont eu lieu en 1958 et le tribunal a ordonné l'exhumation de son corps aux fins d'un examen médico-légal.

Je n'ai pas non plus l'acte de décès de monsieur Reynaud, administrateur civil d'El Milia qui ne figure pas dans les bilans officiels mais j'ai obtenu la confirmation de son décès par sa fille Fanny et j'ai retrouvé l'avis de décès paru le 24 août 1955 dans La Dépêche de Constantine qui a consacré le lendemain un article à la cérémonie des obsèques. Deux personnes me sont signalées par Jean-Claude Rosso qui mène depuis plusieurs années une grosse enquête sur les disparus concernant plus de 2000 disparus.

- Pour 6 autres, le doute n'est pas entièrement levé. Notamment pour une famille de 3 personnes de Damrémont dont le décès est signalé par un rapport de gendarmerie et un article de L'Écho d'Alger. Dans La Dépêche de Constantine il ne s'agit plus que de 2 personnes et les noms ne sont pas orthographiés de la même façon. Un témoin – Urbain Cuny  - qui travaillait au domaine Ramonatxo non loin de ce village m'a assuré qu'il s'agissait de 3 membres de la famille Rosello.

À ce jour, sauf information nouvelle, j'entérine le chiffre de 117 victimes civiles européennes directes lors de l'insurrection du 20 août 1955 dans le nord-constantinois.

Roger VETILLARD

 

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après le voyage de Hollande en Algérie, la colère de José Castano

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la colonisation de l'Algérie :

au sujet des raisons de la conquête

José CASTANO

 

«Chose étrange et bien vraie pourtant, ce qui manque à la France en Alger, c’est un peu de barbarie. Les Turcs allaient plus vite, plus sûrement et plus loin ; ils savaient mieux couper les têtes. La première chose qui frappe le sauvage, ce n’est pas la raison, c’est la force» (Victor Hugo dans «Le Rhin» en 1842).
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Lors de son voyage en Algérie, François Hollande a reconnu publiquement que : «Pendant cent trente-deux ans, l’Algérie a été soumise à un système profondément injuste et brutal. Ce système a un nom : C’est la colonisation ! et je reconnais, ici, les souffrances que le système colonial a infligé au peuple algérien»… et encore : «La France est responsable d’une colonisation injuste et brutale ; elle est responsable des massacres d’innocents algériens à Sétif, Guelma et Kherrata»... tout en se gardant bien, de dénoncer ces centaines d’autres massacres d’innocents européens qui ont précédé les représailles et ces autres milliers de massacres d’innocents européens et musulmans fidèles à la France qui ont jalonné huit années de terrorisme aveugle et lâche.

Par cette indécente sélectivité minable, le chef de l’État a injurié et humilié –non les Français d’Algérie, comme se plaisent à dire certains idiots utiles de service - mais, tout simplement, la France, son peuple, son Histoire, son honneur ainsi que la mémoire et le sacrifice de ses soldats.

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la Régence d'Alger en 1830 était un "État" esclavagiste ; la conquête française a aboli l'esclavage
(marché d'esclaves chrétiens à Alger)

Depuis lors, un florilège de réactions issues du milieu «progressiste» n’a pas manqué de vilipender en des termes diffamants l’œuvre colonisatrice de la France en Algérie. C’est ainsi, qu’encouragé par l’attitude et les déclarations du chef de l’État, ce petit monde de «moralistes à la conscience pure» n’a eu de cesse de monter les enchères en comparant le colonialisme français à l’esclavagisme…

Cela a permis, entre autres bouffons du Président, à Harlem Désir, Premier secrétaire du Parti socialiste, de pérorer de la sorte : «Je salue les déclarations historiques de François Hollande aujourd’hui à Alger. Le Président de la République a su trouver les mots pour évoquer le caractère injuste et brutal de la colonisation française en Algérie et les souffrances qu’elle a imposées au peuple algérien».

 

méconnaissance totale du sujet

Ces déclarations infamantes, basées sur une méconnaissance totale du sujet, inspirées de surcroît par un sentiment anti-français, nous dépeignent «l’Algérie coloniale, comme ayant été l’apartheid». Ces «historiens» de bas étage nous «rappellent» que «la colonisation était contraire aux lois de la République, notamment par son côté ségrégationniste» (sic). Quelle hérésie !

Si le roi Charles X fut à l’origine de «l’expédition d’Alger», c’est précisément la République (la IIe) qui ordonna la conquête de l’Algérie. Cependant, à cette époque il n’était aucunement question de colonisation. Ce que Charles X - et avec lui l’Europe - voulait, c’était supprimer la piraterie en Méditerranée. En effet, toute la côte «barbaresque», de l’Égypte à Gibraltar, n’était qu’une seule et très active base d’opérations de piraterie dirigée contre la France, l’Espagne, l’Italie et surtout contre les convois chargés de marchandises qui sillonnaient la méditerranée.

C’est pour réduire cette piraterie que les premières incursions chrétiennes de représailles sur les côtes algériennes virent le jour au début du XVIe siècle et permirent aux Espagnols, sous la conduite de Pedro Navarro, d’investir Alger et de libérer trois-cents captifs chrétiens. Pour les en chasser, les algériens firent appel en 1515 aux corsaires turcs qui occupaient depuis 1513 le port de Djidjelli en Kabylie, notamment à un pirate sanguinaire, Kheir-Ed-Din, dit Barberousse en raison de la couleur de sa barbe. Ils occupèrent Alger et y instaurèrent un régime de terreur, exécutant ceux qui refusaient la nouvelle domination turque.

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galère barbaresque piratant en Méditerranée

Ainsi, par l’entremise de ce pirate que le sultan de Stamboul avait nommé émir des émirs, beylerbey, la Turquie prit officiellement pied dans le bassin occidental de la Méditerranée. Alger était pour elle une base avancée, ce que Gibraltar et Singapour furent plus tard pour l’Angleterre. De là, elle pouvait porter des coups très durs à la navigation chrétienne. Avec ces ressources, Barberousse et les Turcs chassèrent les Espagnols et conquirent le territoire algérien, allant jusqu’à placer le pays sous la dépendance nominale du sultan de Constantinople. Le Maghreb était devenu une province turque.

Forte de ses soixante bâtiments dont trente-cinq galères, la flotte algérienne écumait la Méditerranée et amassait des trésors. De plus une autre source énorme de profits était constituée par l’esclavage. Il s’exerçait, pour une part, aux dépens de populations d’Afrique noire que l’on enlevait après avoir investi les villages et, pour une autre part, de la piraterie. L’avantage de cette dernière résidait dans l’échange des esclaves chrétiens contre de fortes rançons. Un bénédictin espagnol, le Père Haedo, estimait qu’Alger devait avoir 60 000 habitants et 25 000 esclaves chrétiens.

Quand Charles X décida l’occupation d’Alger, la Prusse, l’Autriche, la Russie, les grands de l’heure, approuvèrent sans commentaires particuliers. C’est ainsi qu’en cette aube du 25 mai 1830, la France partit pour l’Algérie… sans se douter qu’elle allait y rester 132 ans.

l'Algérie n'était pas indépendante en 1830, ni une nation

Aussi quant nos «historiens de salons» s’élèvent contre «la saisie de terres, l’annexion de territoires, l’évangélisation, le pillage des ressources minières» (sic), ils ne peuvent qu’engendrer le ridicule…

En effet, en 1830, l’Algérie n’était pas un territoire indépendant mais, nous l’avons vu, une possession turque. L’occupation par la France n’a donc eu pour résultat que de substituer à une occupation étrangère celle d’un autre pays. De plus, cette Algérie là ne constituait pas un État, encore moins une nation. Elle n’avait pas de frontières. Elle constituait une mosaïque de tribus qu’aucun lien, sauf le religieux, n’unissait entre elles, encore que d’une façon très fragmentaire.

Concernant la saisie de terres, ils voudraient nous faire croire que les premiers pionniers firent main basse sur de riches et fertiles terres agricoles enlevées de force aux indigènes. À leur arrivée, ils découvrirent, en guise de richesses, un désert, une lande hérissée de broussailles au bord d’un marais pestilentiel où pullulaient les moustiques.

En 1841, dans son étude Solution de la question d’Algérie, le général Duvivier écrivait : «Les plaines telles celles de la Mitidja, de Bône et tant d’autres ne sont que des foyers de maladies et morts. Les assainir, on n’y parviendra jamais… Les plaines pour les Européens, sont et seront toujours longtemps de vastes tombeaux. Qu’on abandonne ces fétides fosses !»

Fosses fétides ! Vastes tombeaux ! Quel programme engageant ! Et le général Berthezène d’affirmer, menaçant : «La Mitidja n’est qu’un immense cloaque. Elle sera le tombeau de tous ceux qui oseront l’exploiter».

Concernant l’évangélisation, nos «historiens» se sont encore fourvoyés… S’ils  reprochent à la France cette annexion, ils «oublient» cependant de signaler que ce sont les ascendants des «victimes du colonialisme français» qu’ils défendent aujourd’hui avec tant de véhémence, qui sont les véritables colonialistes.

- Qui a annexé ce pays autrefois habité par la race berbère et qui faisait alors partie intégrante du monde occidental ?

- Qui a soumis par la force ce même peuple berbère, majoritairement chrétien, à la conversion à l’Islam ?

Quant au «pillage des ressources minières», que d’infamies !

«L’exploration scientifique de l’Algérie, avait dit Renan, sera l’un des titres de gloire de la France au XIXe et au XXe siècle». Eh bien c’est la France qui a découvert et mis en valeur à grand frais les zones pétrolifères et les gisements de gaz du Sahara prétendument destinés à assurer son indépendance. En a-t-elle profité ? A-t-elle eu seulement le temps de les exploiter ?

C’est encore elle qui a construit à coups de milliards de francs la base navale nucléaire de Mers-el-Kébir. Que lui a-t-elle rapporté ?

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la rade de Mers el-kebir en 1940

Quant au «côté ségrégationniste» avancé par ces inénarrables trublions, on voit bien qu’ils n’ont jamais mis les pieds en Algérie française, jamais fréquenté la moindre école où chrétiens, juifs et musulmans vivaient à l’unisson.

Cependant, au lieu de s’évertuer à salir de façon éhontée la mémoire de l’œuvre française en Algérie, pourquoi ne nous expliquent-ils pas, une fois pour toute, les raisons pour lesquelles ces «pauvres petits maghrébins», une fois leur indépendance acquise, se sont empressés de rejoindre la France… cette France qui les a tant fait souffrir ?

Pourquoi ne nous rapportent-ils pas avec autant d’ardeur, la misère qui, depuis 50 ans, pèse sur l’Algérie comme une chape et que l’on tait parce qu’elle est un démenti flagrant aux mensonges de tous ceux qui n’ont de cesse de condamner «le rôle positif de la présence française outre-mer».

Durant l’épisode sanglant de la guerre d’Algérie, le leitmotiv constant des responsables du FLN était que la rébellion se justifiait par le besoin de plus de justice, de bonheur et de liberté pour la «malheureuse» population musulmane. Cependant au cours d’une audience qu’il accorda à un haut prélat d’Algérie, en septembre 1961, sa Sainteté Jean XXIII prononça : «Vous avez vos idées, c’est bien, mais moi j’ai constaté une chose : c’est que chaque fois que la France se retire d’un pays, la liberté et la civilisation reculent.»

Que ces paroles du Pape nous inspirent de fécondes réflexions. C’est là mon souhait pour 2013.

José CASTANO

 

 _______________________

 

- "10 millions d'Algériens dans la misère" (7 février 2010) - un article du blog elkhadra

"La pauvreté s’est «confortablement» installée dans les foyers algériens. Le pays compte au moins 1,2 million de familles démunies. Une réalité longtemps dissimulée par les pouvoirs publics. Le chiffre n’est pas établi par une quelconque ONG ou organisation autonome qu’on pourrait accuser d’avoir une volonté de ternir l’image du pays. Il est communiqué par l’un des ministres le plus hostile au débat autour de la misère sociale en Algérie, celui de la Solidarité nationale, de la Famille et de la Communauté algérienne à l’étranger, Djamel Ould Abbès"

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samedi 29 décembre 2012

accords d'Évian, très vite démantelés...

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des accords qui ne firent pas une réconciliation

Guy PERVILLÉ

 

Guy Pervillé, Les accords d’Évian (1962). Succès ou échec de la réconciliation franco-algérienne (1954-2012), Paris, Armand Colin, Collection U, Histoire, "Les événements fondateurs", septembre 2012, 288 p.

Ce livre reprend, complète et surtout met à jour le livret illustré d’extraits de presse que son auteur avait publié il y a vingt ans dans la collection de la Documentation française intitulée "Les médias et l’événement", aujourd’hui disparue. Partant de l’événement du 18 mars 1962 (signature des accords d’Évian destinés à mettre fin à la guerre d’Algérie), il remonte davantage vers les origines de la négociation entre la France et les chefs du nationalisme algérien, et montre même pourquoi ces négociations étaient impensables, dans l’esprit des dirigeants français, avant 1955.

Mais aussi et surtout il s’intéresse aux suites et aux conséquences de cet événement en allant jusqu’à une histoire immédiate ou presque immédiate (premier semestre 2012). Ainsi ce livre nous présente une première esquisse de l’histoire des relations toujours difficiles entre ces deux partenaires, la France et l’Algérie.

Entre 1954 et 1962, la politique algérienne de la France évolua très rapidement, du principe de l’intégration croissante de l’Algérie dans la métropole à la recherche d’une négociation sur l’autodétermination de ses habitants et la définition de nouveaux rapports entre deux États indépendants.

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négociations franco-algériennes

désillusions

Les négociations entreprises en 1961 entre le gouvernement français et le Gouvernement Provisoire de la République Algérienne (GPRA) représentant le Front de Libération Nationale (FLN) aboutirent aux accords d’Évian du 18 mars 1962. Mais leur application tourna très vite au démantèlement de ces accords, et dans le demi-siècle qui suivit toutes les tentatives de relance de relations exemplaires entre l’Algérie et la France ont abouti à des désillusions. Pourquoi ? C’est ce que ce livre se propose de rechercher et d’expliquer.

Les accords d’Évian, qui mirent fin officiellement au mythe de "l’Algérie française" et aboutirent en de longs mois chaotiques à la séparation de deux États, font bien partie des événements fondateurs de notre temps. Un demi-siècle après leur signature, il appartient à l’histoire de relayer des mémoires trop sélectives.

Guy Pervillé

 

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Guy Pervillé, professeur émérite d’histoire contemporaine, travaille sur la politique algérienne de la France, la guerre d’Algérie, et les relations franco-algériennes, depuis plus de quarante ans.

 

- lire tout le débat entre Jean-François Paya et Guy Pervillé, puis avec Lounis Aggoun, sur le site Le coin du Popodoran.

 

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vendredi 28 décembre 2012

officiers algériens passés par l'armée française, alias "DAF"

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les leaders algériens, leur relation

avec la France et le monde (2)

   Oudainia KHALIL

 

Partie 1 : http://etudescoloniales.canalblog.com/archives/2012/11/29/25710509.html

Partie 2 : au sujet des officiers algériens qui sont passés par l'armée française, alias "DAF" (déserteurs de l'armée française).

 

la lutte des clans exploite politiquement des références  historiques

Je pense que le fait de surligner une partie non-connue sur une grande échelle, de la relation des nationalistes algériens avec l'Administration coloniale aidera bien à donner une autre dimension à l'analyse du problème des officiers indigènes de l'armée française ralliés à l'ALN durant les dernières phases de la révolution algérienne.

Ils sont qualifiés d'espions, mais personne ne le prouve, une thèse pour moi fausse, jusqu'à la preuve du contraire. J'aimerais bien que les services français nous montrent s'il y avait des espions et qui étaient-ils, puisque 50 ans se sont écoulés, et normalement l'archive est déclassée!

Probablement la France les a poussés indirectement à la désertion pour :

- se débarrasser d'officiers douteux de son armée.

- préparer son influence sur le jeune pays indépendant, privé de cadres, et par conséquent, leur positionnement est presque certain dans la haute hiérarchie du pouvoir.

C'est compréhensible, et peut-être naturel même dans les rapports de forces entre les pays, mais nous ne pouvons pas d'une facilité déconcertante les traiter tous d'agents français sans s'appuyer sur des preuves tangibles ; en notre temps l'empire des États-Unis prépare son influence en offrant des formations aux jeunes étudiants, futurs cadres, afin qu'ils privilégient des relations économiques et partenariats avec les États-Unis d'Amérique, d'Ailleurs des leaders dans le monde ont bénéficié de stages offerts par les ambassades des États-Unis ; leur politique concorde généralement avec les politique des USA.

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futurs officiers de la marine nationale algérienne en URSS (source)

Aussi en Algérie indépendante, il y avait beaucoup de cadres qui ont suivi des formations et préféraient des relations étroites avec l'URSS, nous ne pouvons dire qu'ils sont des agents de l'URSS ; ils étaient des communistes ou des socialistes et voyaient que ce pays peut apporter le mieux à leur patrie, l'Algérie.

Certes l'URSS n'occupait pas l'Algérie, et c'est une différence majeure, mais l'analyse des relations internationales nous donne une vision assez proche.

On ne nie pas qu'il puisse y avoir des agents parmi les déserteurs algériens, mais ils ne sont pas si nombreux comme on tente de prétendre à chaque crise de pouvoir.

Deux frères algériens étaient incorporés en l'armée française durant la guerre de libération, l'un d'eux a déserté, et est devenu à un certain moment un haut responsable, sinon le plus haut responsable, au pouvoir algérien, l'autre a préféré partir avec l'armée française qui quittait le pays et a devenu, des années plus tard, un officier supérieur de l'armée française !!!

Cela montre la relation complexe entre ces deux pays, vous êtes d'accord avec moi, au moins sur ce point.

Ça montre aussi que ces deux pays sont vraiment liés par l'histoire et il n'est pas facile de les dissocier, contrairement aux cas de la Tunisie et du Maroc qui étaient des Protectorats.

 

loin de la naïveté de débat : bons contre méchants, irraisonnable

En Algérie, ce constat est presque le seul qui règne. Je tire des débats algériens un exemple significatif ci-dessous, sur la polarisation qui frappe le pays et politise l'histoire et la religion :

السلام عليكم أولا أنا لم أقرء الكتاب لأنني أدرك ما سيقوله ولن يفاجئني بأي جديد. أيها القراء نحن الجزائريين شئنا أم أبينا وسواء اعترفنا أو أنكرنا شعب انقسم إلى قسمين :

الأول ... ويضم أنصار الجبهة الإسلامية و بعض الحقوقيين والوطنيين الشرفاء الذين حتى وان اختلفوا مع الفيس فلهم غيرة الرجل الشهم على وطنه وشعبه واتفقوا على الهدف.

الثاني ... ويضم كل الوصوليين اللصوص المرتزقة ومن من لا شرف ولا عزة نفس له ولا ذمة وهؤلاء هم العبيد أما أسيادهم فهم حلف غريب بين أبناء الحركى ممن يدعون الوطنية والفرنكوشيوعيين مع وهنا الكارثة مع الإسلامويين الذين قتلتهم الغيرة والحقد.

وعليه أقول الجزء الأول من الشعب ليسوا ملائكة لهم بعض الأخطاء لكنهم ليسوا سيئين
أما الفئة الثانية فو الله الذي لا اله إلا هو كل فرد فيهم يعرف الحق و يعلم حقيقة ما حدث لكن حب الوطن عفوااااااااا حب البطن أعمى قلوبهم فهم كالكفار تحسبهم متحدون لكنهم متفرقون يجمعهم حب المال والسلطة وحقدهم وغلهم على هدا الشعب.

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Ce commentaire tiré au hasard, explique et prétend que les Algériens sont divisés en deux parties :

1 - les partisans de l'Ex-FIS (Front Islamique du Salut) et leurs alliés (les bons).

2 - les ennemis de la Patrie (Harkis) selon le terme utilisé et leurs alliés "serviteurs de la France surtout", désireux d'enrichissement, qui sont des traîtres (les mauvais).

Donc à la fin, le débat conduit à jeter des avis élaborés précédemment, et à affirmer que le partisan de l'autre avis est un traître !!

Cependant l'analyse des faits sus-relatés (partie 1), sur une base de comparaison abstraite concernant les déserteurs de l'armée française et les nationalistes algériens durant l'occupation française nous conduira à des constats évidents qu'on refuse de dire, ou nous pouvons les dire, au risque de sembler appartenir à des groupements idéologiques en Algérie, selon les désirs des arbitres de conscience !

Cette analyse est farouchement attaquée d'une manière dogmatique et non raisonnable ; je présente ci-dessous deux modèles semblables illustratifs dans le monde des médias :

1 - La critique d'Israël dans les médias occidentaux, dans leur majorité, est un élément qui vous rend certainement infréquentable.

2 - En Afrique du Nord ou au Moyen-Orient, le fait de dire de l'État d'Israël est un état moins oppressant que les dictatures arabes elles le sont, et il procure un niveau de démocratie, disons-le, acceptable, est équivalent, selon certains chauvins, qui ne manquent pas dans cette région du monde, à une admiration ou à un soutien à cet état

Cet état trouve la légitimité sous le pseudo étiquette "l'oasis de la démocratie au Moyen-Orient". Cette argumentation ne signifie nullement un soutien à cet état raciste, mais comme même tout de suite vous êtes taxés de "pro-israélien" !

 

Hizb França

le dogme prévaut la raison surtout si l'avis vient d'un adversaire politique qu'on veut anéantir et non pas vaincre

C'est le même cas en Algérie, quand certains intellectuels expliquent que ce débat n'est pas la meilleure façon pour traiter la réalité algérienne, on les qualifie sans s'attarder, de serviteurs de ce qu'on nomme en Algérie "Hizb Farança" (le parti de la France) et à sa tête ces déserteurs et anciens de l'armée française.

Les choses peuvent encore être rattrapées en Algérie, bien que la situation s'aggrave de jour en jour, à cause notamment des disparités sociales entre les pauvres et les riches (parmi eux ces déserteurs et leurs cercles élargis), qu'on pose des questions légitimes sur la provenance de leurs fortunes.

Le fait de les voir comme agents et par conséquent, des ennemies à la nation, rend l'opposition à ce régime plus radical. D'autre part, à cause de certains comportements d'individus, ou de leur entourage, appartenant à cette oligarchie, et aussi à cause des sermons de leaders se prétendant représenter le courant islamiste, l'opposition s'effectuera désormais sous le titre : musulmans contre impies!

On peut relever deux points dans cette évolution d'attitude :

1 - ces mêmes comportements (déviation morale), reprochés aux détenteurs du pouvoir, sont visibles dans la société algérienne qui, contrairement à l'image diffusée en les médias occidentaux, n'est pas si réservée et conservatrice.

Outre à l'accusation d'être des agents français, les reproches sont faites surtout aux dirigeants, et non pas aux personnes venant des classes modestes, devant les mêmes accusations. C'est de l'Instrumentalisation de la Religion I.

 2 - ce fait se confronte à l'instrumentalisation de la mosquée, par l'État qui fait des compagnes dedans même lors des élections par exemple. Tandis que le ministère des affaires religieuses prône au même temps l'exclusion de cet espace des débats politiques. Instrumentalisation de la Religion II.

 

Cette exploitation de la religion par les opposants et les partisans n'a aucune base réelle dans la Religion telle que trouvée dans les sources principales (Coran et Sunna).

C'est une Instrumentalisation politique de la religion, comme c'était le cas pour l'histoire de la guerre de libération, clairement visible dans la course au pouvoir.

La critique de cette oligarchie militaire a bien des motifs et d'arguments devant elle, et n'a pas besoin de s'engouffrer dans cet itinéraire. Sa restriction en ces points, pousse l'affrontement vers un combat violent voire armé.

Beaucoup de dirigeants algériens tombent dans la paranoïa ridicule de nationalisme avéré anti-français seulement, d'une manière déconcertante, qui signifie au final de dire le gouvernement trahit la nation, et ne parvient que d'une classe francisée coupée des masses, qui a des origines provenant des serviteurs de la colonisation durant la période de l'occupation, pourtant certainement beaucoup de ces mêmes critiqueurs ne rateraient pas l'occasion d'entretenir des bonnes relations avec le pouvoir français s'ils auraient l'occasion ! De plus la masse algérienne et française n'a rien à voir avec ces querelles politisées, à l'exclusion de peu de gens comblés de préjugés de part et d'autre.

Oui cette classe francisée existe, et nous l'avons longtemps critiquée pour ces opinions, qui sont, je dirais bien, considérablement différentes des aspirations de la population, et même de la tradition de l'Algérie ; cependant si des points de vue concordent, cela ne signifie ni une convergence d'appartenance culturelle, ni même qu'il faut prendre les avis de cette partie du peuple à chaque fois comme inacceptables, car simplement, tout d'abord, ils ont droit de s'exprimer, et deuxièmement, il ne convient pas de prendre tout ce qu'elle dise comme douteux. Là où on est d'accord, on approuve ; là où n'est pas d'accord on désapprouve. Ça paraît assez simple.

L'entretien de cette vision idéologique qui s'attaque au préalable à la personne, et non à l'opinion exprimée, causera des clivages de plus en cette société qui nécessite plus que jamais l'unité de volonté de construire la nation, quelle que soit l'appartenance idéologique.

Je comprends qu'on soit une nation en cours d'établir et à jamais des repères idéologiques signifiants et adaptables au progrès que connaît le monde. D'ailleurs ces clivages qui persistent toujours : musulman-anti-musulman, arabisant, berbériste, francophile, etc.  proviennent surtout d'une exploitation malsaine de l'histoire, notamment durant l'occupation française, l'histoire qui reste une vision relative et ne peut être traitée comme une science exacte.

Dans la troisième partie, nous nous penchons sur la fameuse promotion dite Lacoste, tout en se référant au livre de l'ancien Premier ministre algérien Abdelhamid Ibrahimi Témoignage sur Hizb França (Le parti de la France).

                                                                                  Oudainia Khalil (20-08-2012)
traducteur et historien

 

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jeudi 27 décembre 2012

«19 mars 1962 ? Waterloo !», un livre de Michel Delenclos

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le livre de Michel Delenclos :

"Une véritable mine d'or pour les chercheurs"

(Maurice Faivre)

 

19 mars 1962 ? Waterloo !, de Michel Delenclos
éd. L'Harmattan
Conséquences et interprétations des accords d'Évian
Préface du général Maurice Faivre

Le livre - L'auteur revient ici sur les "Déclarations gouvernementales du 19 mars 1962 relatives à l'Algérie", au sujet desquelles certains entretiennent encore la confusion. L'emploi fréquent des référendums, le scrutin d'autodétermination, les disparitions, les enlèvements, les prisonniers et les massacres collectifs de civils et de militaires... tous les évènements qui ont précédé cet accord en expliquent le dénouement tragique. "Une véritable mine d'or pour les chercheurs", selon l'historien Maurice Faivre.

 

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Le mot de l’auteur

Ce livre ouvert à «Monsieur le président de la République, Mmes, MM. les Députés et Sénateurs, Maires et Citoyens de France.», redonne toute sa place à l'Histoire car, comme le soulignait l'ancien président de la République, Jacques Chirac : «...le moment est venu pour nous tous, Français, de porter un regard de vérité sur une histoire méconnue, une histoire déformée, une histoire effacée...».

«L'accord de cessez-le-feu» devait mettre fin aux opérations militaires et à toute action armée sur l'ensemble du territoire en Algérie le 19 mars 1962 à 12h00.». Il n'en fut rien. Le FLN poursuivit sa guerre révolutionnaire : les disparitions, enlèvements et les assassinats collectifs programmés vont se multiplier chez les civils comme chez les militaires jusqu'en juillet 1964. Au point même que l'ancien négociateur, Robert Buron, face à cette folie meurtrière, laissera tomber : «Le passage des Huns!». (L'Aurore du 17.05.1962).

L'emploi fréquent du référendum pour l'Algérie est avéré anticonstitutionnel par les juristes comme par les parlementaires, comme le clame le député du Nord, Paul Reynaud, le 26 avril 1962 : «Toutes les grandes questions sont réglées en passant par-dessus la tête des représentants du peuple. On soumet à ce dernier, par la voie référendaire, des matières qu'on enlève au Parlement... Là où la Constitution n'est plus respectée, il n'y a plus de République.».

L'après 19 mars 1962 deviendra champ de bataille du présent et objet de marchandage : à l'Assemblée nationale, au Sénat, au sein des mouvements et associations pour ou contre la célébration du 19 mars. Mais les discours et les communiqués politiques comme la propagande n'occulteront pas les données historiques.

Cet ouvrage donne la parole aux Algériens comme aux Français qui se sont affrontés durant plus de sept ans. Le lecteur découvrira, au fil des chapitres : l'origine historique de l'Accord du 1er novembre 1954, la crise du FLN depuis 1961 et après le cessez-le-feu, les analyses et commentaires des journalistes, observateurs et juristes, les promesses et discours de tous bords, la chronologie des faits, l'utilisation des référendums et de l'autodétermination, les travaux et analyses des historiens pour comprendre la finalité des accords, les effectifs et pertes militaires et des harkis, les civils disparus, les actions en faveur des prisonniers français, le devenir des sépultures françaises, les gouvernements successifs durant la guerre de 1954 à 1962, etc.

Delenclos Michel Henri
Chercheur en Histoire

19-MARS-1962

 

un autre ouvrage de Michel Delenclos

 

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mercredi 26 décembre 2012

lectures sur l'Afrique (Marc Michel)

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quelques ouvrages sur l'Afrique :

lectures critiques

Marc MICHEL

 

9782847363852

Monsieur X/ Patrick PESNOT, Les dessous de la Françafrique, Les dossiers secrets de Monsieur X, Nouveau Monde éditions, 2008, 396 pages

Il y a des livres qu’il vaut mieux ignorer. Celui-ci en est un. Ramassis de ragots et de soi-disant «révélations» de se conde main, cet ouvrage est du plus mauvais journalisme.

 

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Achille MBEMBE, Sortir de la Grande Nuit, Essai sur l’Afrique décolonisée, La Découverte, 2010, 246 pages,

Ce livre ne s’adresse sans doute pas à un public qui voudrait avoir une information générale et pratique sur l’Afrique. On doit à l’auteur, actuellement professeur d’Université en Afrique du Sud, des travaux remarquables sur le «maquis» au Cameroun pendant la décolonisation de ce pays.
Cet ouvrage, écrit dans une langue souvent d’accès difficile, n’est ni un ouvrage d’histoire, ni un ouvrage de géopolitique, ni un ouvrage d’anthropologie, mais une réflexion où se mêlent des considérations, parfois assez obscures, sur les mondes noirs contemporains, sous des rubriques où les néologismes audacieux (la «déclosion» du monde) voisinent avec des images qui désarçonnent le lecteur. Au total, on ne voit pas très bien, en définitive, à qui s’adresse et essai, en tout cas, pas à l’historien, ni au géographe.

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9782070130412

Tidiane N’DIAYE, Par-delà les ténèbres blanches, enquête historique, Continents noirs/NRF/Gallimard, 2010, 157 pages

Second livre du même auteur après le Génocide voilé, dénonçant les traites arabes à travers le Sahara, à être diffusé par l’excellente collection des "Continents noirs",  ce dernier ouvrage est un acte de foi dans l’avenir d’une Afrique du Sud débarrassée de son démon racial. Il constitue aussi une bonne mise au point sur les problèmes majeurs de l’histoire de cette partie du continent africain. : la nature de l’immigration européenne, l’antériorité de l’occupation noire du pays, la résistance bantoue, l’apartheid évidemment, l’espérance enfin.
On pourra discuter, ne pas être toujours convaincu : parler de projet d’extermination des populations noires est contradictoire avec celui d’exploitation de leur force de travail ; faire des Anglais les ancêtres de l’apartheid est, pour le moins, paradoxal. Mais les  points de vue sont étayés, intelligents et méritent considération. Accompagné d’un lexique, d’une chronologie et d’une bibliographie (malheureusement essentiellement francophone) l’ouvrage n’est pas inutile. Il ne remplace pas cependant la remarquable et érudite Histoire de l’Afrique du Sud de François-Xavier FAUVELLE (Le Seuil, 2006).

 

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Roger BOTTE, Esclavages et abolitions en terres d’islam, André Versaille éditeur, 2010, 388 pages, index.

Voilà un livre dont il est difficile de faire le compte-rendu tant il est riche, dense, érudit et passionnant. Dans son avant-propos, l’auteur, anthropologue et historien arabisant, affirme trop modestement s’en tenir à cinq études de cas pour aborder le sujet. Mais son premier chapitre est d’une toute autre ampleur puisqu’il traite de l’abolition de l’esclavage au regard de la shari’ia.
D’emblée, il pose la question : pourquoi les abolitions de l’esclavage ont-elles été si tardives, parfois très récentes, répétées, en vain, voire inexistantes. Une réponse facile est que le Coran n’a pas clairement interdit l’esclavage et ce qui n’est pas interdit  peut-être licite. Pourtant, la question est d’autant plus importante qu’elle n’a cessé de se poser aux théologiens de l’islam eux-mêmes et que l’esclavage a été – et reste souvent - une institution fondamentale des sociétés musulmanes.

Ces esclaves ont été très longtemps identifiés aux Noirs (aujourd’hui, les travailleurs blancs ou asiatiques des pays du Golfe sont dans une situation comparable) et que le nombre des déportés noirs varie, «selon les auteurs» de 11.500.000 personnes à 17.00.000 plus vraisemblablement et que les sociétés musulmanes n’ont jamais aboli l’esclavage de leur plein gré, sans «fermes pressions extérieures» (p. 15) assimilées d’ailleurs à d’intolérables ingérences extérieures.

l'esclavage, une place formidable dans les société musulmanes

Aussi, l’esclavage a-t-il occupé une place formidable dans les sociétés musulmanes, la condition servile elle-même a été extrêmement variable, des esclaves ont pu se trouver partout dans le champ économique comme dans le champ politique et presque à tous les niveaux. Le droit musulman sollicité, en s’appuyant sur trois inégalités fondamentales posées en principes, l’inégalité entre musulman et non-musulman, entre l’homme et la femme, entre libres et non-libres, a pu voler au secours de l’institution (p. 23).

L’affranchissement est une pratique hautement recommandable, comme l’a montré par son propre exemple le Prophète lui-même, mais il relève d’une démarche personnelle du maître. La comparaison entre islam et christianisme, devenue une tarte à la crème, n’en connut pas moins à la fin du XIXe siècle, un moment précurseur de ce qui fut ressenti comme un premier «choc de civilisation», mais relança aussi les plus grandes controverses à l’intérieur de l’islam lui-même.

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convoi d'esclaves noirs conduits par des Arabes

À ce sujet, Roger Botte constate que si aucune justification de l’esclavage, religieuse ou raciale (du mythe de la malédiction de Cham) ne peut être trouvée dans le Coran, la plupart des auteurs musulmans s’accordèrent sur une théorie de la servitude fondée sur l’accumulation des préjugés infériorisant les Noirs (p. 44) et que le djihad était possible à leur encontre. Plus encore, par une subtile dialectique, certains docteurs peuvent conclure encore en 1940 que «puisqu’il n’y a plus de guerre sainte, autant dire que l’esclavage n’existe plus ou qu’il aura bientôt disparu» (p. 56). Or, le fait est, il a disparu très lentement mais il n’a pas disparu comme le montre l’histoire des abolitions dans les cinq cas examinés.

Premier cas, la Tunisie, État musulman précurseur même par rapport aux États européens chrétiens, l’abolition datant de 1846, sous forme d’une série de mesures visant «l’émancipation» des esclaves noirs qui représentaient 6 à 8% de la population totale. Mais l’esclavage domestique, surtout de femmes, demeurant coutumier, il fallut une «seconde abolition» en 1890. Constat pessimiste : en définitive, l’abolition créa des catégories de sous-prolétaires urbains et ruraux marqués la marque infamante de la servitude et la misère de leur conditions de vie (p.90-92).

Second cas, l’Arabie Saoudite. Inutile de rappeler que l’abolition n’y date officiellement que de 1962. Mais les statuts et les conditions des esclaves étaient si variées, si contrastées qu’il est impossible de fournir des chiffres fiables sur leur nombre : 15.000, 30.000, 40.000 dans les années 50, et un nombre très important d’affranchis ? Leur point commun était leur origine africaine, les hommes se trouvant à tous les niveaux de la société, les femmes, par contre, domestiques ou concubines, sort exclusif des Abyssines.

De même dans les émirats voisons. Ce qui est le plus frappant, est d’abord la fonction de grands marchés d’esclaves des villes saintes, alimentés par un flux perpétuel d’arrivées sous le contrôle d’intermédiaires sénégalais, nigérians et maliens (p. 125) ; également, la sensibilité de ces marchés aux fluctuations de l’économie mondiale, décrue pendant la crise des années 1930, reprise de la demande pendant la Seconde Guerre mondiale (début de l’exploitation pétrolière), arrêt après la crise de 1956. Paradoxalement, dans la péninsule arabique, islam et servitude ne peuvent aisément être connectés.

Troisième cas, le Maroc. Des isolés se prononcèrent tôt contre l’esclavage, mais le sultan considéra  que la traite et l’esclavage étaient si fondamentalement ancrés dans les traditions et dans la société (on se rappellera la garde noir du sultan et le rôle des favorites) qu’il s’obstina à ne pas les sanctionner, malgré les pressions extérieures de la Grande-Bretagne.

Marrakech restait un très grand marché de traite (dont le fonctionnement est remarquablement décrit par l’auteur) au début du XXe siècle. Le Protectorat français, lui, ferma les yeux longtemps sur la traite devenue clandestine dans les années 1930. Le fameux dahir berbère de 1930, en dressant les nationalistes contre le Protectorat fossilisa la question, l’esclavage ne disparaissant finalement qu’avec l’indépendance ; il n’en reste pas moins que la marque servile subsiste comme ailleurs, associée à l’origine noire.

La Mauritanie et l’insurmontable contradiction entre les termes «République» et «islamique»  (p. 189), quatrième cas étudié est symbolique. Ce pays que connait particulièrement bien l’auteur par ses enquêtes de terrain illustre parfaitement les contradictions entre un État, champion du monde des abolitions (quatre : 1905, 1961, 1980, 2007) et une société dominée par des groupes «blancs», rétive à les admettre et régie par des relations interraciales conflictuelles et dominées par l’esclavage.

Le changement est lent, malgré une tendance ancienne des harâtin à «déguerpir» vers le sud dès les années 1930 ; l’indépendance marqua même un recul de l’émancipation et un renforcement des différences avec l’arabisation ; le phénomène nouveau, contemporain, paradoxal et inquiétant, y est peut-être l’apparition d’un islam radical, sans distinction de race ou de classe, s’opposant à un islam conservateur et justificateur d’une institution d’un autre âge.

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bateau arabe remplis d'esclaves noirs, 1868

Enfin, le Soudan, le cas le plus complexe tant ce pays est vaste (le plus grand d’Afrique) et que les divisions ne peuvent se résumer en une simple opposition Nord-Sud, Dans cet énorme pays, que la partition a aujourd’hui divisé en deux, que l’esclavage est historiquement enraciné dans le passé au point de représenter 20 à 30 % de la population totale au XIXe siècle, qu’il a engendré une traite meurtrière et qu’un siècle plus tard, dans les années 1990, celle-ci a connu une résurgence contemporaine dramatique dans le nord du Bahr el Ghazal au profit de tribus «arabes» bagara.

La guerre qui a ravagé le pays depuis son indépendance, en 1956 (onze ans de «paix», trente-neuf ans de conflits sanglants, deux millions de morts !), en est évidemment la cause. Mais ce qui rend singulier, et déroutant, le «cas» soudanais est l’imbrication de l’esclavage et de l’ethnicité, et l’instrumentalisation politico-religieuse de la question par le pouvoir central, mais aussi par les forces extérieures, dans un contexte marqué par  la montée en puissance de la «menace terroriste» depuis la dernière décennie du XXe siècle.

À cet égard, le détour par Roger Botte de l’analyse minutieuse de la politique américaine et des stratégies humanitaires est passionnant ; de véritables mises en scène de fausses libérations d’esclaves par rachat ont été organisées à destination de médias internationaux par l’association chrétienne évangélique "Christian Solidarity International". Comme au XIXe siècle, lorsque les Pères Blancs rachetaient les esclaves, une complicité objective s’établit entre «acheteurs» et «vendeurs» ayant pour objet la valeur, qu’on ne devrait jamais mesurer, de l’être humain et comme enjeu de la victoire dans une «croisade» de civilisation.

Ajoutons que le livre est accompagné d’un lexique de l’esclavage dans le monde musulman de langue arabe qui est lui-même une mine d’informations.

Roger Bote n’a pas épuisé un sujet. Peut-être. Mais il nous donne tellement à réfléchir avant de juger qu’en même temps, il nous plonge dans des abîmes de perplexité. On est tenté de lui poser la question : que faire ? Qu’enseigner ? Ce livre est un monument d’érudition et une mise en garde pour ne pas nous céder aux instrumentalisations.

Marc MICHEL
professeur émérite à l'université de Provence

 

esclave
traite arabe d'esclaves noirs

 

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Posté par michelrenard à 13:05 - - Commentaires [0] - Permalien [#]