dimanche 3 mars 2013

Hocine Aït Ahmed (Lounis Aggoun)

ait

 

Hocine Aït-Ahmed
, l’albatros déplumé

Lounis AGGOUN

 

Aït Ahmed ? «Nous sommes très proches l’un de l’autre, même si parfois il y eut des différends assez graves qui nous ont éloignés l’un de l’autre. Nous avons vécu de grands moments ensemble, des moments souvent tragiques mais parfois cocasses. Personne ne peut nous séparer. Hocine et moi, on s’aime (n’thabou) comme des frères. C’est sur mon conseil qu’Abdelaziz Bouteflika a fait envoyer un mot gentil et un bouquet de fleurs à Hocine lors de sa convalescence en Suisse à la suite de son surmenage de la campagne présidentielle. J’ai dit à Abdelaziz que s’il y a un seul homme politique à honorer dans notre pays, c’est bien Hocine Aït-Ahmed. C’est un historique. Si quelqu’un doit jouer un rôle majeur dans les institutions de l’État algérien, c’est Hocine Aït-Ahmed. Je lui ai demandé de lui donner un poste très important. Si on doit impliquer un parti politique dans les affaires de l’État, c’est au FFS qu’il faut faire appel, et non au RCD, qui n’est pas représentatif. […] Je suis désolé de vous le dire, mais le RCD a été concocté dans une officine et créé par le biais d’Aboubakr Belkaïd et Larbi Belkheir».

Ben_Be_640800608
Ahmed Ben Bella

 Ce témoignage de fraternité d’Ahmed Ben Bella pour Aït-Ahmed peut paraître au premier abord surfait, sachant que celui-ci a mené une révolte armée contre son pouvoir en 1963 et 1964. Pourtant, cet hommage résume à lui seul les pantalonnades qui sont la règle dans cette petite cohorte fermée qui conduit le pays vers le chaos depuis un demi-siècle.

Chacun y a trouvé un rôle à sa mesure, qui au plus haut sommet de l’État, comme parlementaire, comme «opposant irréductible», comme «journaliste», comme personnalité de la société civile, comme affairiste ou comme diplomate. Discrets ou en vue, ils ont en commun de partager le magot intarissable que procure un sous-sol riche à milliards et de redouter l’avènement d’une démocratie qui remettrait en cause l’ascendant usurpé qu’ils ont gagné sur leurs concitoyens. Pouvoir de l’ombre et façade civile, représentation parlementaire, armée, police, institutions, diplomatie, système bancaire, justice, administration, opposition, presse, tout cela forme un anti-État qui fait litière de la souveraineté des Algériens.
En attendant Godot…

 

L’Algérie aujourd’hui est un pays colonisé

L’État algérien, si jamais il a existé, a fait long feu. Il n’y a pas même de nation algérienne. Il y a une juxtaposition anarchique de fragments de peuple, qui pourraient entreprendre de définir les assises d’une nation à construire. Pour cela, il faut savoir d’où l’on va. On ne peut pas construire sur des sables mouvants. L’Algérie aujourd’hui est un pays colonisé. C’est un constat préalable sans lequel tout ce qui sera entrepris est vain. Cela admis, le projet à imaginer est celui de lutter pour l’indépendance.

Il y a près de 60 ans, des hommes ont nourri et entrepris ce projet colossal. Ils y sont presque arrivés. Une poignée d’individus ont contrarié ce dessein grandiose à l’instant même où il allait réussir. Ahmed Ben Bella, Mohammed Boukharouba (dit Houari Boumediene), Abdelaziz Bouteflika, entourés d’une bande d’opportunistes sans foi ni loi, ont profité de la crédulité de quelques hommes honnêtes, Ferhat Abbas, Mohamed Khider, Mohammed Chaabani pour mettre fin au rêve. L’histoire pourrait s’arrêter là, mais elle serait un peu courte. Un demi-siècle après ce jour où les Algériens, tous les Algériens, auraient dû ouvrir une nouvelle page de leur histoire, ils sont devenus parias sur leurs propres terres.

Les Harkis, les Pieds-noirs, les Européens d’Algérie, chassés de leur patrie, les «musulmans d’Algérie», réduits en servitude, clochardisés. Et la légende se poursuit… Tous les Algériens sont persuadés qu’un jour ou l’autre la démocratie leur tombera dessus, comme tombe la pluie, sous l’effet mystérieux des lois de la physique. Ils oublient que ceux qui leur contestent la liberté ne comptent pas sur les lois naturelles. Ils ont des armes pour tuer, des richesses pour corrompre, et le temps pour voir venir les opposants…

En attendant, il y a une tradition à laquelle les Algériens acceptent tous de souscrire : célébrer des anniversaires d’événements plus déplorables les uns que les autres. Massacre de Sétif en 1945, déclenchement de la révolution en 1954, Indépendance confisquée de 1962, Printemps berbère de 1980, massacres d’Octobre 1988, coup d’État de janvier 1992, etc.

Et nous sommes, apprend-on incidemment, à l’aube du 50e anniversaire de la naissance du FFS. Le personnage central de ce mouvement est, tout le monde le sait, Hocine Aït-Ahmed. Un homme couvert par une sorte d’onction unanime d’honorabilité. Et gare à ceux qui voudraient écorner cette image, sur laquelle veillent d’invisibles et tatillons gardiens. Pourtant, sortis des propos convenus, et hors du cercle étroit des apparatchiks du FFS, des affairistes véreux et des agents du DRS patentés qui gravitent autour de ce parti, il n’y a à son encontre que critiques acerbes et reproches contenus.

 

hocine-ait-ahmed-1165645
Hocine Aït-Ahmed

Aït-Ahmed, activiste, et père des services de renseignements

Qui est Aït-Ahmed ? Sa légende esquisse une trajectoire rectiligne, l’unité d’un homme. Il est à peine sorti de l’adolescence quand il rejoint le mouvement national, aux côté de Hadj Messali. Instruit, cultivé, laïque quoiqu’issu d’une famille maraboutique aisée, il exerce des fonctions de premier rang au sein du PPA.

La «crise berbériste» qui survient en 1963 ne l’épargne pas, bien qu’il se soit astreint à une attitude de neutralité, ne cautionnant pas les dérives autoritaires du parti, mais condamnant l’initiative du groupe de militants qui soutenaient une motion prônant une «Algérie algérienne» contre l’option messaliste d’une «Algérie arabo-musulmane». La neutralité dans de tels combats conduit à la marginalisation quel que soit le vainqueur. C’est mathématique.

Écarté de la direction de l’OS, le déclenchement des hostilités par le FLN le prend de court. Il est alors envoyé au Caire en compagnie de Mohammed Khider et Ahmed Ben Bella, tous trois chargés d’assurer la logistique des maquis en formation. Mission qu’Aït-Ahmed abandonne littéralement à Ben Bella, préférant se consacrer à la diplomatie. La diplomatie aura un impact nul sur le devenir de l’Algérie. En compagnie de M’Hamed Yazid, il se rend à la Conférence Bandoeng, en avril 1955. «Mais le FLN, agrégé et pratiquement noyé dans les deux autres délégations maghrébines, ne fit guère plus que de la figuration.»

Alors qu’il côtoie Ben Bella des années durant, il ne perçoit rien de ses complots contre la révolution. Une visite de quelques jours au Caire suffit à Larbi Ben M’Hidi, venu d’Alger, pour se rendre compte du jeu malsain auquel Ben Bella s’adonne et pour le dénoncer ouvertement. L’explication se termine par une empoignade musclée. Mais lorsque les plaintes se multiplient à l’encontre de Ben Bella, c’est Aït-Ahmed qui prend sa défense : «On a dit été écrit que Ben Bella était un agent égyptien. Ce n’est pas sérieux.» Nous connaissons la suite.

Khider_-_Lacheraf_-_Aït_Ahmed_-_Boudiaf_-_Ben_Bella
22 octobre 1956, Khider, Lacheraf, Aït Ahmed, Boudiaf, Ben Bella

L’épisode suivant intervient en prison, après l’arraisonnement de l’avion qui transporte «Ben Bella et ses compagnons» du Maroc en Tunisie au-dessus de l’espace aérien algérien. De l’amateurisme consommé, venant d’hommes (Aït-Ahmed, Khider, Ben Bella) qui revendiquent, au travers de l’OS, d’avoir formé les cadres de l’ALN-FLN.

Il reste tout à découvrir sur les circonstances de cet événement. Une chose est certaine : il permet à la propagande française et égyptienne d’auréoler un Ben Bella sur la sellette d’une casquette de «chef de la révolution algérienne». Irrémédiablement.

Approché en prison par les services français, Aït-Ahmed les éconduit sèchement. Ben Bella lui n’en demande pas tant ; il sera l’homme lige du général de Gaulle au sein de l’Algérie indépendante mais garante des intérêts vitaux de la France. Compagnon de détention de Ben Bella pendant plus de 4 ans, Aït-Ahmed ne perçoit aucunement les magouilles cousues de fil blanc que celui-ci fomente pour circonvenir la révolution à ses intérêts occultes.

 

426744_1246916610
de gauche à droite : Ahmed Ben Bella, Hocine Ait Ahmed, Rabah Bitat et Mohamed Boudiaf, à Oujda (Maroc)

Aït-Ahmed complice à son corps défendant de la dictature

Libéré après la signature des accords d’Évian, Aït-Ahmed ne joue aucun rôle positif au cours de ce funeste été 1962. Au contraire, il fera par ses maladresses le lit de la dictature militaire. L’historien Mohammed Harbi délivre à son encontre un jugement sans appel. Il relate une succession d’erreurs de stratégie, de myopies, de fautes tactiques qui ont conduit, bon an mal an, à ouvrir la voie royale à Ben Bella et Boumediene : «La contribution d’Aït-Ahmed et Boudiaf à l’hégémonie de l’armée sur l’État, avant comme après 1962, n’est pas mince», grommelle l’historien.

Une fois le pouvoir Ben Bella-Boumediene installé à Alger, Aït-Ahmed torpille – en tout bien tout honneur, bien sûr – toutes les initiatives visant à les renverser. Il contrecarre les initiatives du «groupe de Tizi-Ouzou» qui tente d’agréger au sein d’une même coalition les forces opposées à la dictature. Une action conduite, écrit Aït Ahmed, par «des notables de la révolution».

S’agirait-il d’obscurs agents de nul ne sait quelles forces ? Non, Krim Belkacem et Mohamed Boudiaf, les principaux artisans de la révolution, soucieux de mettre en place des structures civiles et démocratiques. Pourquoi agit-il de la sorte ? Il préfère dit-il «la voie pacifique». Jusqu’à ce que celle-ci le conduise l’année suivante à prendre les armes, au sein du FFS.

 

Aït-Ahmed, chef du FFS

Comment Aït-Ahmed devient-il le leader de ce mouvement ? Ayant été aux premières loges pour assister à l’ascension de Ben Bella, désire-t-il réitérer à Tizi-Ouzou ce que son frère siamois a réalisé à Tlemcen ? Il en épouse en tout cas les méthodes en parasitant une initiative à laquelle il est initialement étranger, visant à créer un parti d’opposition pour mener une résistance armée contre les putschistes d’Oujda. Artisans de ce projet, le colonel Mohand Oulhadj, Abdenour Ali-Yahia, le colonel Saddok (Slimane Dehiles) et d’autres.

Une fois dans le groupe, il en élimine Krim Belkacem, exclut toute perspective de s’allier avec Ferhat Abbas, rejette Mohamed Boudiaf, prend par le mépris les approches du colonel Chaabani, accuse un descendant de l’émir Abdelkader venu lui offrir son soutien de provocation policière, avant de découvrir, lorsque celui-ci est arrêté, que son initiative, pour échevelée qu’elle pouvait être, était sincère et honnête.

De la prison de Boufarik où il choisit d’être emprisonné, Aït-Ahmed apprend que Mohand-Arab Bessaoud, un de ses lieutenants, entreprend des démarches pour regrouper «tous les opposants au régime, parmi lesquels figuraient Khider, Krim, Boudiaf […]. Il écrivit [alors à] Saddok pour l’inviter à "discuter de la fin des combats avec le régime" ajoutant "qu’il faut se méfier de la fange des faux amis", et insistant sur le fait qu’"il faut savoir reconnaître sa défaite"».

«Lui arrêté, disait Abbane Ramdane s’agissant d’Ahmed Ben Bella, il ne devait rien subsister» de l’OS en 1950. Aït-Ahmed arrêté, il est exclu de laisser la «fange» réussir là où lui a piteusement échoué. La «fange» en l’occurrence, c’est Krim Belkacem, Mohamed Khider, Mohamed Boudiaf, Mohand-Arab Bessaoudd, etc.

bm
Mohand-Arab Bessaoudd, fondateur de l'Académie berbère
à Paris en 1966, décédé en 2002

D’après Me Mourad Oussedik, la «trahison» de Mohand Oulhadj qui affaiblira l’action armée du FFS n’a strictement rien à voir avec le désir d’union avec Ben Bella contre l’ennemi extérieur (le Maroc) ; elle était simplement motivée par le dégoût que lui inspiraient les méthodes dictatoriales d’Aït-Ahmed, la «guerre des sables» lui offrant une occasion honorable de s’extraire de ses griffes.

En 1963, hors du clan étroit autour de Boumediene et Bouteflika, tout ce qui compte comme personnel politique et militaire en Algérie est désireux de s’unir pour mettre un terme à l’État policier qui s’installait. Vu à tort comme celui qui pourrait unir ces forces louables, Aït-Ahmed a réussi à anéantir toutes les bonnes volontés en quelques mois.

Cette politique à courte-vue est-elle une nouveauté dans le comportement de cet homme ? Est-ce un retournement de conduite fruit d’une expérience riche de son passage au Caire et en prison ? Quinze ans plus tôt déjà, «Lamine Debaghine […] propose à Aït-Ahmed, vers mars 1949, de faire bloc avec lui et de lui apporter le soutien de l’OS.»

On peut fantasmer sur ce que serait devenu l’Algérie si le PPA-MTLD était ainsi tombé dans l’escarcelle des «algérianistes», avec une base militante majoritairement kabyle encline à soutenir la fondation d’un État de droit. Mais on ne refait pas l’histoire et l’histoire a voulu qu’Aït-Ahmed rejette l’offre, laissant le champ libre aux «arrivistes», aux «médiocres», et à un «Comité central d’ignares et d’idiots».
Isolé, «trahi», arrêté en 1964, emprisonné, «évadé» en 1966, exilé, Aït-Ahmed s’installe en Suisse où il mène depuis une vie mi-marginale mi-active.

 

Aït-Ahmed et les services de renseignements

Opposant acharné à tout État policier, telle est l’image que s’est forgée Aït-Ahmed. Remontons à la source des services secrets algériens. Voici ce qu’en dit l’intéressé : «Déjà en 1947, la création d’un service de renseignement était si impérative pour la plupart des membres du Bureau politique du PPA – auquel j’appartenais – qu’elle fit l’objet d’un débat spécial. Le docteur Lamine [Debaghine], l’un des principaux dirigeants du parti, s’empressa de prévenir avec fermeté les dérives inévitables d’un instrument de ce genre. Son objection eut valeur de veto et on ne souleva plus ce problème dans les instances du mouvement.»

Difficile de deviner dans cette déclaration ce que pouvait être la position personnelle d’Aït-Ahmed. On pourrait même supposer que «les dérives inévitables d’un instrument de ce genre» ne pouvaient pas lui échapper, lui adepte qu’il était de L’Art de la guerre de Clausewitz. Mais les faits ainsi présentés ne correspondent pas du tout à la réalité.

Car Aït-Ahmed est en vérité l’inventeur des services secrets algériens, alors qu’il se trouve à la tête de l’OS. «À la lumière des études entreprises, Aït-Ahmed décide le redécoupage des circonscriptions de l’OS […] et la création d’un service de télécommunications et du génie et d’un service de renseignement. Si les deux premières mesures dépendaient de l’état-major de l’OS, la création d’un service de renseignement engage le parti tout entier et relève du Bureau Politique.

Aït-Ahmed soumet la question au Bureau Politique : "Le rôle du service serait de pénétrer les rouages les plus vitaux de l’appareil colonial, gouvernement, général, régions militaires, polices […] faire l’inventaire des hommes clés du corps politique et de la haute administration avec leur CV respectifs. Comment pénétrer les rouages décisifs sinon en y plaçant des hommes de confiance bien entraînés pour ce genre d’activités ou en les plaçant de telle manière qu’ils puissent exploiter les complicités. […] Il nous faut des renseignements […] aujourd’hui afin de déjouer les mauvaise surprises, les projets de répression individuelle et collective et de situer les sources d’information dont disposeraient Costes et Havard, de la police des RG et le colonel Schoen, en notre sein. Pour demain, et c’est plus essentiel qu’on ne le pense, pour être en mesure de détecter les intentions stratégiques, politico-militaires des services adverses."»

On sait à quel point les préventions de Debaghine étaient fondées au regard de ce qu’est devenu l’État algérien après 1962. C’est ce service, appelé MALG, confié à Abdelhafid Boussouf durant la guerre, qui enfanta la SM. Ce sont les Boussouf boys, renforcés par des agents formés par le KGB, entraînés par la DST, les services égyptiens, allemands et soviétiques qui constituèrent l’ossature de l’État algérien, un régime policier, de torture, de crime, de terrorisme et de spoliation.

Abdelhafid+BOUSSOUF
Abdelhafid Boussouf

Durant tout le règne de Boumediene, Aït-Ahmed, réfugié en Suisse, n’a pas arrêté de rencontrer les émissaires algériens de la SM, et de parlementer avec eux. Certains lui firent croire qu’ils étaient des opposants au système dont ils étaient les émissaires et attendaient simplement la bonne heure pour redonner à la démocratie ses lettres de noblesses.

Le moment venu, ils feraient appel à lui pour conduire les affaires du pays. «Ils lui donneraient un poste important», dirait Ahmed Ben Bella. La plupart des militants proches d’Aït-Ahmed, opposants en Algérie ou en France, se révéleront au cours des événements de 1980 et aujourd’hui encore comme des agents des services de renseignements. Lorsque le pouvoir annonce la dissolution de la SM, c’est Aït-Ahmed qui est sollicité pour donner son onction à la démarche, saluant une avancée historique. On sait tout ce que cette avancée a apporté aux Algériens : le DRS, le putsch, la décennie noire, la mafia au sommet de l’État.

 

Aït-Ahmed anti-berbériste

La meilleure preuve sur cette faillite d’une vie, c’est Aït-Ahmed en personne qui nous le fournit, notamment dans L’Affaire Mécili où son défunt ami lui permet d’exprimer par procuration les idées qu’il répugne à assumer lui-même. Un livre où s’entrechoquent anachronismes, omissions, petites ingénuités et mensonges éhontés. On y découvre ligne après ligne un anti-berbérisme viscéral. «Ali partageait aussi d’emblée mon souci d’échapper aux accusations de "berbérisme" et de "régionalisme".

Il m’épargna les interrogations habituelles qui, aussi normales et fondées soient-elles, ne tiennent pas compte des réalités têtues. Il ne me proposa donc pas de pourfendre "l’arabisme despotique et sectaire" ; [...] "Derrière l’assassinat d’un Kabyle, il y a toujours un Kabyle. Une vraie malédiction" lançait [Mécili] ensuite en guise de conclusion. Il y avait une étrange pudeur dans son silence embarrassé. Comme si, ayant osé lever le voile sur la tare congénitale d’une communauté, il se souvenait tout à coup que cette famille était aussi la sienne. […] "Cette hargne impitoyable, ces inextinguibles jalousies nous viennent de loin. Le zèle anti-kabyle des kabyles m’a toujours sidéré", remarquait Ali.»

img172512
Ali Mécili

Mécili a-t-il pu exprimer des pensées aussi crétines ? Si tel en fut le cas, on peut trouver cavalière cette façon de disposer de la mémoire d’un homme disparu, de donner à des propos sortis de leur contexte une dimension testamentaire irrémédiable.

Ainsi, au gré des années, développe-t-il une forme de paranoïa sévère qui lui fera entrevoir tous ceux qui se présentent à lui en toute bonne foi pour partager son chemin comme des agents de la SM (puis du DRS) chargés de l’éliminer. Dans ces conditions, ceux qui auront l’heur de lui plaire et d’obtenir sa confiance sont des individus intéressés, serviles, qui lui disent ce qu’il veut entendre, en d’autres mots en grande partie des agents des services algériens.

Sa hantise, être considéré comme un Kabyle, ce qui l’amène à entrevoir les Kabyles comme souffrant d’une «tare congénitale» qui les conduit à éliminer tout autre Kabyle qui émerge. Sentiment qu’il a dû concilier avec les nécessités primaires : La Kabylie a été son fief militaire en 1963, et son fief politique durant la décennie 1990. Il en va ainsi lors de la défection du colonel Mohand Ouelhadj, chef militaire de la Wilaya III parti rejoindre Ben Bella. «Mais que pesait [la] loyauté [d’Ali Mécili] face aux compromissions des uns et des autres ? Elle n’avait pu empêcher ce que nous redoutions le plus : la division de la Kabylie» se plaint-il, ignorant l’aveuglante contradiction à considérer la Kabylie une et indivisible tout en proclamant un «souci d’échapper aux accusations de "berbérisme" et de "régionalisme».

 

Qu’est-ce donc que le berbérisme ?

Essayons de le définir non pas de façon arbitraire, mais par les ambitions politiques, sociales et culturelles proclamées par ses militants les plus connus. Deux épisodes ont marqué leur combat : Le premier, nous l’avons vu, a eu lieu en 1949 et a été porté par la volonté de donner des assises civiles et démocratiques à l’Algérie engagée sur les voies de l’indépendance. Cette volonté a été brisée par les forces conservatrices, lesquelles considéraient que les Algériens ne devaient pas s’interroger sur leur identité puisqu’ils étaient «arabes et musulmans» ; il n’y avait pas de nécessité de fonder les structures politiques civiles et démocratiques puisque le parti unique était la seule perspective envisageable, autour d’une figure emblématique, Messali Hadj.

La crise qui s’ensuivit, baptisée «berbériste», explique Mohammed Harbi, «annihile les espoirs de voir le nationalisme radical se développer indépendamment de la foi religieuse. L’aventure de Benaï Ouali, de Rachid Ali Yahia, a engagé la lutte pour la démocratisation du PPA-MTLD dans une impasse.

La saisie rationaliste et laïque du problème politique s’efface dorénavant au profit de l’approche mystique. L’épuration du mouvement berbériste a abouti a l’élimination des cadres de valeur pour faciliter la promotion de médiocres liés à l’appareil et redoutant par-dessus tout d’être taxés de matérialistes et de marxistes.» «L’aventure» aurait pu ne pas mener «dans un impasse» s’il y avait assez de démocrates pour épauler ses promoteurs…

19-04-2010
manifestation lors du "printemps berbère"

Le second épisode a lieu en 1980. Connu comme le «printemps berbère», il a vu la population de Kabylie se soulever contre le pouvoir policier, derrière les slogans : «démocratie, justice sociale, langues et cultures algériennes». Ce mouvement a brisé la chape de peur qui régnait à l’époque et conduit toutes les régions du pays à lancer leur propre révolte, avec les mêmes slogans, assortis d’un autre : «Les Kabyles avaient raison !», pour montrer à la face du régime que le discours séparatiste, régionalisme, populiste, sur lequel il prospérait n’abusait plus personne. Voilà ce que le berbérisme a concrètement revendiqué, la volonté de donner au peuple algérien les instruments de sa souveraineté, de vivre dans la dignité, dans sa culture, dans la diversité et, surtout, dans la liberté retrouvée.

C’est ce berbérisme-là qu’Aït Ahmed considère comme une de ces «tares congénitales» contre lesquelles il faut se battre, quitte pour cela à oublier incidemment que l’ennemi en face tue, torture, vole, viole, détourne, corrompt, déstructure, engendre l’obscurantisme, la pauvreté, la maladie, la peur, la pollution, selon un programme qui dessine des desseins génocidaires. Avec l’eau du bain du berbérisme, Aït-Ahmed n’hésite pas à jeter le bébé de la démocratie. Et honni soit qui mal y pense !

Arrivé en 1990 en Algérie où il n’a plus aucun repère, il toise de haut tous les militants kabyles de valeur qui se sont aguerris dans le mouvement culturel berbère. «Ces hommes-là, ils te feront un parti dans ton parti», le prévient un de ses collaborateurs si proche qu’il deviendra plus tard Secrétaire général du FFS. Lorsqu’Aït-Ahmed le soupçonna enfin d’être une taupe des services algériens, il le marginalisa. Celui-ci s’empressa de rallier le RCD, dont il devint député, puis ministre de Bouteflika. Il refusa de quitter le gouvernement lorsque Saïd Sadi, poussé par sa base, exhortera ses ministres à remettre leur démission après le printemps noir en 2002 où la police a tiré sur les jeunes Kabyles comme on fait des lapins de garenne dans une chasse à cour. Cette taupe au sein du FFS, les militants du mouvement culturel berbère l’avaient identifiée comme telle 8 ans plus tôt, en 1986.

En tout état de cause, il est devenu rapidement clair que pour se promouvoir au sein du FFS, durant les années 1990, il valait mieux montrer patte blanche. Qui est prêt à cela, sinon des «médiocres liés à l’appareil et redoutant par-dessus tout d’être taxés de» berbéristes ?

 

ait-ahmed

Aït-Ahmed et les nouvelles générations

Les événements d’avril 1980 surprennent Aït-Ahmed. Menés par la Kabylie, notamment au nom de la culture berbère, la révolte le laisse pour ainsi dire... désarmé. Encore des «berbéristes»! Huit ans plus tard, et après que toutes les régions d’Algérie ont suivi le sillon tracé par le «printemps berbère», éclatent les événements d’octobre 1988. Il est encore une fois pris au dépourvu. Depuis 1980, la seule initiative notable à mettre à son actif a été la déclaration commune faite en 1986 avec Ahmed Ben Bella, celui qui jeta les jalons de la dictature, qui se découvre soudain des vertus insoupçonnées de «démocrate». Une initiative absurde.

Dans le sillage de «l’ouverture politique» esquissée par les événements d’octobre 1988, Aït-Ahmed entre en Algérie en 1990, donnant, sans exiger le moindre gage, sa caution aux processus meurtriers en gestation. Survient le coup d’État de janvier 1992.

À cette occasion, il participe en décembre 1991 à une mascarade électorale au cours de laquelle le pouvoir organise littéralement la victoire des islamistes, dans le dessein programmé d’imposer le retour à la dictature militaire «seule capable de sauver le pays de la talibanisation». C’est ensuite lui qui offre aux militaires le moyen de manipuler l’opinion mondiale. Le général Khaled Nezzar n’a aucun mal à truquer la marche organisée par le FFS en appel à l’armée en vue de suspendre le processus électoral. L’appel au putsch, avec Aït-Ahmed à l’image, dans les haut-parleurs le son enregistré dans les laboratoires déjà opérationnels du DRS, et les télévisions du monde entier pour porter le message.

Depuis le début de la décennie 1990, Aït-Ahmed n’a eu de rôle que de contrepoids pour le RCD de Saïd Sadi. «Un Kabyle pour en neutraliser un autre», pourrait-on faire dire à Ali Mécili. On peut citer à son actif d’avoir participé, avec bon nombre de personnalité politiques à la représentativité plus ou moins équivoque, aux réunions de la communauté chrétienne de St-Égidio visant à sortir l’Algérie de la spirale meurtrière. Une initiative qui a eu un impact nul sur le devenir des Algériens et que le FFS brandit depuis comme l’expression d’une victoire historique. Un échec patent en guise de catalogue politique.

La toute dernière bévue d’Aït-Ahmed intervient en 2012. Alors que tous ceux qui tentent laborieusement de s’opposer à ce régime appellent au boycott de l’élection législative, afin que, faute de mieux, l’on puisse au moins prouver à la face du monde l’absence totale de représentativité de ce régime, Aït-Ahmed surprend en décidant de lui offrir une nouvelle fois sa caution.

Voilà : 65 ans d’une vie politique au service de l’Algérie à l’impact positif négligeable. Des tribulations qui ont au contraire permis à la dictature d’éclore dans les structures du PPA-MTLD, de prendre ses vigueurs au cours de la guerre de libération, de prospérer et de se renforcer pendant trois décennies, et de s’envoler au point de prendre des proportions meurtrières inégalées durant la décennie 1990, avant de se muer en mafia militaro-affairo-terroriste aujourd’hui qui transforme le pays en une pagaille irréparable. Voilà en quelques mots l’histoire d’Aït Ahmed.

Un de ses anciens camarades de combat, Mohand-Arab Bessaoud, s’est fondu d’un ouvrage dont le titre, FFS, espoir et trahison, traduit à lui seul tout le ressentiment qu’il a nourri à l’égard de cet homme. Un autre, Me Mourad Oussedik, tout aussi ulcéré, a fini sa carrière en défendant dans les prétoires les dirigeants du FLN qu’il a combattus sur les terrains politique et militaire. On peut citer des dizaines d’hommes qui ont voulu se joindre à Aït-Ahmed pour tenter de renverser le régime militaire de Ben Bella puis de Boumediene, et plus tard de Larbi Belkheir. Dégoûtés, abandonnés, ils ont tous été arrêtés, éliminés physiquement ou retournés pour devenir les petits soldats de la SM puis du DRS

 

ait-2

 

Ses thuriféraires invoquent un homme d’une probité intellectuelle et morale infaillible et invoquent comme une sorte d’étendard que lui, au moins, n’a «pas de sang sur les mains». Ce serait faire peu de cas des centaines d’hommes qui l’ont suivi au sein du FFS et qui ont trouvé la mort, des milliers d’autres arrêtés durant les années 1960 par la SM et torturés jusqu’à en perdre leur équilibre mental ; d’autres encore, plus récemment, ont connu d’immenses avanies sans jamais obtenir le soutien du parti au sein duquel ils ont activé.
Des hommes qui ne méritent pas même quelque hommage de la part d’Aït-Ahmed. La mémoire de son plus proche compagnon de route, Ali-André Mécili, assassiné en 1987 par la SM à Paris, ne sert que de célébration annuelle du culte d’Aït-Ahmed.

 

quitter le FFS

Aït-Ahmed vient d’annoncer son intention de quitter le FFS au cours du printemps prochain. Ils sont nombreux à attendre son retrait prochain de la vie politique pour faire du FFS le tremplin qui les propulserait enfin dans le cercle étroit des «affaires». Une mystification de plus à laquelle un régime aux abois ne manquera pas de recourir pour gagner cinq, dix ans. Aït-Ahmed aura ainsi légué aux générations futures l’instrument de leur aliénation.

On peut se demander cependant s’il n’y a pas mieux à faire que de consacrer un portrait à un homme fini. Et l’on pourra arguer qu’il ne mérite pas ces critiques, sachant qu’il y a bien pire. En fait, Aït-Ahmed est, de cette génération, celui qui se rapproche le plus d’un «démocrate». Il y a en effet bien pire. Mais ceux qui prétendent qu’il ne faut rien dire sur les «moins pires» car il y a «plus pire», ce sont les mêmes qui ne disent rien ni sur les uns ni sur les autres. Nous avions commencé par cela, cet échange de bons procédés qui a conduit Ben Bella à envoyer des fleurs par procuration à Aït-Ahmed.

Ben Bella a jeté les jalons de la dictature, Aït-Ahmed est incontestablement comptable de complicité. Il se targue d’avoir inspiré le programme du FLN de Ben Bella, le parti unique, le socialisme, la gestion socialiste des entreprises, la gestion des biens vacants. Il est militariste quand ça l’arrange, et adepte de la «non-violence» quand il le préfère. Il est membre à part entière de la Kabylie quand celle-ci doit abriter ses menées politiques et armées, et anti-berbériste la plupart du temps. Il est démocrate quand ça le sert et adepte de la dictature le reste du temps. Il est l’ennemi d’un État policier et religieux, à condition qu’il soit seul à incarner l’alternative à ces deux faces du régime algérien.

 

Aït-Ahmed se considère-t-il comme un Kabyle ?

Il reste au final une question à élucider. Aït-Ahmed se considère-t-il comme un Kabyle, lui, le descendant d’une famille maraboutique qui a eu plusieurs siècles pour s’intégrer à la société qui l’a accueillie ? Il n’a jamais esquissé la moindre réponse à cette question. L’interrogation n’est pas anodine, car de sa réponse dépend le classement de ce présent portrait, qui peut être considéré comme l’alignement de faits historiques irrécusables, ou alors l’expression de cet atavisme anti-kabyle qu’Aït-Ahmed prête aux Kabyles.

Car tout compte fait, tout ce qu’on peut dire sur l’Algérie et les Algériens, dans ce pays colonisé, ce pays que la génération 1954 a arraché à la France pour le jeter dans les griffes de criminels accomplis, c’est autant qu’en emporte le vent…


Lounis Aggoun

 

Couve_200-ANS-Recto

 

- retour à l'accueil

Posté par michelrenard à 17:54 - - Commentaires [9] - Permalien [#]


lundi 25 février 2013

les femmes algériennes dans la guerre d'Algérie

Mémoires de femmes couv

 

Les femmes, vaincues de la Guerre d’Algérie

général Maurice FAIVRE

 

Je vous recommande ce DVD. 

Feraru Marcela. Guerre d'Algérie. Mémoires de femmes. DVD de 90 minutes, producteur Secours de France. 17 euros.

L'association Secours de France, créée en 1961 par Clara Lanzi pour aider les officiers perdus et les harkis, a demandé à Marcela Feraru (1) de réaliser un DVD sur les femmes dans la guerre d'Algérie, avec le conseil des historiens Daniel Lefeuvre et Diane Sambron. Ce DVD a été présenté le 20 février par la mairie de Charenton.
Ce DVD émouvant est fondé sur le témoignage de femmes de toutes origines : Françaises et Juives d'Algérie, Algériennes nationalistes, filles de harkis, membres des équipes médico-sociales. Toutes ces femmes ont subi, dans leur chair et dans leur cœur, les souffrances d'une guerre meurtrière. Dans leur diversité, ces témoignages illustrent la complexité de cette guerre.

MemoiresImageDVD

Diane Sambron montre que le statut islamique et patriarcal condamnait les musulmanes au mariage forcé (parfois à 9 ans), à la répudiation et à la polygamie. Émancipées par l'ordonnance de 1959, elles ont retrouvé leur condition inférieure dans le Code de la famille de 1984.
Les nationalistes expliquent les raisons de leur choix : la spoliation des terres, l'injustice de la colonisation et la pauvreté des indigènes, le refus de nationalité française, assimilée à une apostasie, le retard dans l'éducation des filles.
11.000 femmes se sont engagées dans la lutte pour l'indépendance, dont 18% ont supporté (difficilement) la promiscuité des maquis. Les autres ont accueilli et nourri les insurgés, et recueilli les cotisations. Quelques-unes ont déposé des bombes (Zora Driff ne le regrette pas), elles ont été arrêtées et certaines brutalisées. Toutes ont célébré l'indépendance dans la liesse. «Sortir les colons» fut un objectif réussi, mais certaines l'ont regretté : pourquoi tu pars, disent-elles à leur amie française ?
Les Européennes estiment en effet que les relations entre communautés étaient conviviales, dénuées de racisme, malgré l'inégalité des conditions matérielles. Elles aimaient leurs camarades d'école, et la fatma de la famille.
Les guerres de 1914 et 1940 les ont montrées capables de diriger les employés arabes de leurs exploitations. Après avoir subi le terrorisme meurtrier de 1957, elles ont cru à la fraternisation de mai 1958,. Elles n'ont pas compris la politique d'abandon du général de Gaulle, et ont approuvé malgré ses excès la révolte de l'OAS. Les enlèvements de 1962 les ont contraintes de quitter dans le douleur un pays qu'elles adoraient.
Les représentantes de l'armée et des harkis évoquent le courage des femmes, la politique de contact et d'éducation des militaires, le dévouement des équipes médico-sociales itinérantes, la séparation des familles. On notera que la fille du général Salan révèle que son père s'est révolté en sachant qu'il n'avait pas de chances de gagner.
La fin de la guerre fut ainsi «un désastre pour tous». Toutes ont perdu quelque chose. La nostalgérie des Pieds Noirs est bien connue ; ils n'ont plus de racines. Mais les nationalistes qui ont célébré «la naissance d'un pays» constatent que ce fut «une indépendance sans la liberté», consacrant la «domination des hommes». Les femmes sont les vaincues de cette guerre.

Maurice Faivre
le 25 février 2013

1 - Réalisatrice de Face à la Mort, les prisonniers de Ho Chi Minh et Histoire d'un abandon (des harkis).

- Secours de France

- Secours de France : Femmes dans la guerre d'Algérie

- vidéo : générique de début

vide_o_ge_ne_rique_Me_moires_de_femmes

 

- vidéo générique de fin

- vidéo : un témoignage

- blog de Marcela Feraru

 

autres références

kheira_mahieddine_raconte_sa_guerre_d_algerie
source

 

- retour à l'accueil

Posté par michelrenard à 14:30 - - Commentaires [6] - Permalien [#]

samedi 16 février 2013

ethnies en Afrique : réalités pré-coloniales ou "fabrications" coloniales ?

guerrier peul

 

les ethnies ne sont pas

des "fabrications" coloniales

Bernard LUGAN

 

Dans sa livraison du 26 janvier 2013, l’hebdomadaire Marianne rapporte les propos suivants tenus par Jean-Loup Amselle, anthropologue et directeur d’études à l’Ehess (École des hautes études en sciences sociales) : «J’ai passé de nombreuses années sur le terrain au Mali, avec les Peuls, les Bambaras, les Malinkés, et nous avons démontré qu’en réalité les ethnies telles qu’elles existent sont des créations coloniales».

Avec cette phrase, l’explication des évènements maliens devient soudain claire : si les Maures du Mujao coupent les mains des Bambara et si les Songhay tabassent les Touareg du MNLA, c’est parce que tous sont les prisonniers inconscients de catégories sociales qui leur furent imposées par les colonisateurs. In fine, la France, ancienne puissance coloniale, est donc responsable de la guerre civile malienne... CQFD !

En soutenant que les ethnies africaines «telles qu’elles existent sont des créations coloniales», l’anthropologue Jean-Loup Amselle nie donc l’existence des peuples qu’il a pourtant pour vocation et pour mission d’étudier. Le paradoxe est d’autant plus réel qu’au même moment, l’histoire de ces mêmes peuples a été introduite dans les programmes français du cycle secondaire… Ferait-on donc étudier à nos enfants des peuples qui n’existèrent pas ?

village bambara
village bambara dans le Haut-Niger

Une question mérite donc d’être posée à l’anthropologue Jean-Loup Amselle : à la fin du XIXe siècle, quand débuta la colonisation, les Peul, les Bambara, les Malinké, les Maures, les Songhay et les Touareg au Mali, les Tutsi et les Hutu au Rwanda, les Darod et les Saab en Somalie, les Sotho, les Zulu et les Xhosa en Afrique du Sud, les Ovimbundu et les Kongo en Angola, les Kru et les Mano au Liberia, les Temné et les Mendé en Sierra Leone, les Baoulé et les Bété en Côte d’Ivoire, les Gbaya et les Zandé en RCA, les Tama et les Toubou au Tchad, etc., existaient-ils, oui ou non ?

ces ethnies existaient
La réponse ne fait aucun doute : ces ethnies existaient. Il ne s’agit pas là d’une affirmation ou d’une croyance, mais du résultat de la convergence de multiples éléments de connaissance qui sont notamment, mais pas exclusivement, l’histoire et les traditions des peuples en question, les observations des premiers voyageurs, les études faites par les administrations coloniales, les travaux des instituts de recherche dont le prestigieux IFAN, l’ancien Institut français d’Afrique noire, les nombreuses études récentes menées dans le domaine de l’ethno-histoire ou encore de la linguistique etc.

Or, tout cela ne compte pas pour des universalistes aveuglés par leur idéologie. Ces négateurs des enracinements refusent en effet de voir qu’en Afrique comme partout ailleurs dans le monde, l’Histoire s’écrit autour des Peuples, donc des ethnies.
Comme Jean-Jacques Rousseau dans l’introduction du Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, ils  commencent donc «par écarter tous les faits, car ils ne touchent point à la question». Loin de la méthode expérimentale, nous sommes là dans le domaine de la croyance religieuse.
Certaines ethnies africaines furent certes influencées, transformées, utilisées, parfois même valorisées ou au contraire rabaissées durant la brève parenthèse coloniale. Cependant, outre qu’influence et origine n’ont pas le même sens, et à moins de procéder par syllogisme, une telle reconnaissance n’autorise pas à affirmer que les ethnies africaines furent des «créations coloniales».
Certes encore, sur les centaines d’entre ces ethnies, une poignée fut fabriquée par les colonisateurs quand, par souci administratif, ils regroupèrent sous un seul vocable, le plus souvent un acronyme, plusieurs clans ou tribus.

Malinké
 
ancêtres communs
Mais, dans la quasi-totalité des cas, les membres de ces nouveaux ensembles étaient apparentés et ils revendiquaient des ancêtres communs. Trois exemples permettront d’y voir plus clair :
- Meru est un ethnonyme regroupant huit petites tribus apparentées aux Kikuyu et unies par la langue et par la filiation puisque leurs membres prétendent descendre d’un ancêtre fondateur commun ; il s’agit des Igembe, des Kienjai, des Muthara, des Thaîcho, des Munithû, des Ogoji, des Mwimbî et des Chuka.
- Kalenjin est un autre ethnonyme désignant un ensemble de huit autres petites tribus parentes, les Cherangani, les Elgeyo, les Kipsigi, les Marakwet, les Nandi, les Pokot, les Sabaot et les Tugen.
- En Afrique du Sud, Fingo est également un ethnonyme créé quant à lui par des missionnaires chrétiens qui regroupèrent sous ce vocable des fugitifs nguni appartenant à diverses tribus elles aussi parentes.
En dehors de ces cas et de quelques autres, tous clairement identifiés et étudiés, les autres ethnies africaines existaient bien au moment de la conquête coloniale. Soutenir le contraire est une aberration scientifique.
Toujours dans le même numéro de Marianne, Jean-Loup Amselle déclare qu’avec les ethnies : «On a fabriqué des catégories intangibles alors que tout était auparavant beaucoup plus labile et fluide. En assignant aux personnes une culture définie, on présume de l’identité que les gens se choisissent. On les enferme dans des cases, et on leur enlève toute possibilité de choix»
 
"fabrication" ?
Jean-Loup Amselle qui insiste sur la notion de «fabrication» des ethnies, cherche à faire croire qu’avant la colonisation il était possible aux Africains de choisir la leur. Une telle affirmation est proprement sidérante dans la bouche d’un anthropologue et cela au simple regard de la filiation, des généalogies familiales et du culte des ancêtres, socle des sociétés africaines qu’il est chargé d’étudier.
Voudrait-il donc faire croire que dans le Mali précolonial il était loisible à des Bambara de se déclarer Peul et à des Touareg de s’affirmer Malinké ? Si tel était le cas, Jean-Loup Amselle pourrait également soutenir qu’en Afrique du Sud les Sotho pouvaient choisir de devenir Ndebele et qu’au Rwanda les Hutu et les Twa avaient la possibilité de s’affirmer Tutsi…
N’en déplaise aux universalistes, les Africains ne sont pas comme la chauve-souris de Jean de la Fontaine ; ils ne sont pas tantôt oiseau, tantôt muridé car ils savent bien d’où ils viennent et quelles sont leurs racines… Même si, à la marge, existaient les mêmes que ceux qui, au Rwanda, furent désignés sous le nom de «troqueurs d’ethnie» après la révolution de 1959, quand les Tutsi furent renversés par les Hutu.
 
les États précoloniaux furent fabriqués par des ethnies
Quoiqu’il en soit, le postulat idéologique soutenu par Jean-Louis Amselle est contredit par l’histoire car les États précoloniaux de la région sahélienne furent tous construits par des ethnies bien identifiées qui en soumirent d’autres, elles aussi parfaitement connues.
Or, ces États ne furent pas des «melting-pot» dans lesquels l’appartenance ethnique était «labile et fluide» ; même quand ils débouchèrent exceptionnellement sur des ensembles pluriethniques puisque ce furent des entreprises sans lendemain.

42466237


C’est ainsi que le délitement du royaume du Mali et de l’empire Songhay se traduisit par la reprise d’autonomie, et sous leur nom, des ethnies qui y avaient été un moment englobées. Les contre-exemples sont rares : entité toucouleur ou bien certains empires musulmans nés des jihad qui furent des «agglomérateurs» ou des  coagulateurs» ethniques partiels et le plus souvent momentanés.  

Revenons un instant sur le lien attesté entre ethnie et État qui permet de mesurer l’ampleur de la dérive intellectuelle de Jean-Loup Amselle.
- Aux Xe-XIe siècles, le royaume de Ghana fut fondé par les Soninké qui s’imposèrent à la fois aux Berbères du royaume d’Aouadagost et aux ethnies noires environnantes. Or, les Soninké existaient encore en tant qu’ethnie au moment de la colonisation, 800 ans plus tard.
- Dans l’actuel Mali, le royaume Songhay qui dominait la région au XV° siècle, soit plus de 400 ans avant la colonisation, fut une création de l’ethnie éponyme laquelle commandait à des ethnies tributaires, à commencer par une partie des Touareg Iforas. Or, les Songhay existaient toujours en tant qu’ethnie quand débuta la colonisation.

empire-songhai
Songhai et royaumes vassaux vers 1520

À l’intérieur de ces deux États, ni dans un cas, ni dans l’autre, il n’y eut «labilité» ou «fluidité» parmi les peuples soumis ou tributaires puisqu’ils conservèrent leur identité jusqu’à aujourd’hui. Le même phénomène se retrouve partout en Afrique. Plus au sud, dans les royaumes Ashanti, Fanti ou Baoulé, eux aussi forgés par les ethnies éponymes, les peuples conquérants ou conquis conservèrent ou préservèrent leur personnalité et leur nom jusqu’au moment où se fit la colonisation.

Au Rwanda, l’appartenance à l’une ou l’autre  des ethnies était codifiée et elle était aussi définitive que le sexe. On naissait Tutsi ou Hutu, on ne le devenait pas. Pour Jean-Pierre Chrétien, qui, sur ce point, appartient à la même école de pensée que Jean-Loup Amselle, cette réalité n’est qu’une illusion, un «fantasme» résultant, selon son expression, de la «pensée gobinienne» des colonisateurs. L’anathème est facile, mais  comme l’idéologie de la différence véhiculée par les Tutsi reposait sur le mythe de Kigwa lequel date du XIIe siècle, on voit mal en quoi Gobineau et la colonisation pourraient y être pour quelque chose…
 
Pendant que ces messieurs du boulevard Raspail, siège de l’Ehess, consacrent leur temps et les crédits qui leur sont alloués à des divagations intellectuelles autrement nommées élucubrations, leurs  homologues anglo-saxons travaillent sur le réel, sur l’ethno-histoire.

Voilà qui explique largement pourquoi l’africanisme français n’est plus aujourd’hui que la pauvre petite butte témoin d’une idéologie moribonde, une sorte de discipline fossile dont les derniers grands prêtres clament dans la solitude de leur désert philosophique que les ethnies sont nées de la même manière que Lucinde fut reconnue muette…

Plus grave, et même moralement difficilement acceptable, en plus d’être une aberration scientifique, le postulat de l’origine coloniale des ethnies revient  à soutenir que l’Afrique d’avant les Blancs n’avait pas d’histoire, qu’elle n’était qu’un conglomérat d’individus, une masse indifférenciée de populations aux appartenances molles et floues ultérieurement structurées en ethnies par la colonisation... Existe-t-il une vision plus méprisante, plus paternaliste, plus mutilante et en définitive plus raciste de l’Afrique et des Africains ?
Bernard Lugan
14 février 2013

 

- retour à l'accueil

Posté par michelrenard à 21:27 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

vendredi 15 février 2013

Jeannette Bougrab et les harkis face à Jean-Pierre Elkabbach

3073832-4384220

 

harkis : Jeannette Bougrab a raison

général Maurice FAIVRE

 

Jeannette Bougrab (voir ci-dessous) contredit avec raison les accusations d'Elkabbach contre les harkis. Ami et historien des harkis depuis 1960, je peux affirmer que les harkis, sauf exceptions, ne participaient pas à de sinistres besognes, pour la bonne raison que parlant mal le français, ils n'étaient pas utilisés pour les interrogatoires.
D'autre part, étant originaires des villages et chargés de la protection des familles, ils étaient bienveillants envers la population.
Cependant, les harkis recrutés dans la rébellion (3.000 sur 60.000) étaient parfois brutaux avec la population.
Personnellement, j'en ai mis un à la porte.
J'aimerais que mon point de vue soit communiqué à M. Elkabbach et à la chaîne parlementaire..
général Maurice Faivre

- à ajouter à ce qui précède, le point de vue de Mohand Hamoumou. Dans sa thèse de doctorat, résumée dans Et ils sont devenus harkis, Fayard 1993, Mohand Hamoumou écrit, page 229 :

"Algériens, militaires et harkis reconnaissent que un à deux pour cent tout au plus  eurent un comportement condamnable envers les prisonniers FLN ou la population. La très grande majorité des supplétifs furent loyaux envers l'armée française... Mais ils furent sans haine envers la population. Bien au contraire, ils l'ont protégée contre les abus de militaires tentés par la contre-répression et contre les exactions du FLN dont la terreur, on ne le dira jamais assez, était son arme principale. Ce rôle de modérateur, de tampon entre l'armée et le FLN d'une part, et la population d'autre part,  est reconnu en privé par de nombreux Algériens, mais toujours officiellement refoulé."

Hamoumou donne ensuite de nombreux exemples de ces comportements.

général Maurice Faivre

et_ils_sont_devenus_harkis20100424



http://www.publicsenat.fr/lcp/politique/quand-jeannette-bougrab-s-emporte-r-des-harkis-alg-rie-344087

 
Quand Jeannette Bougrab

s'emporte sur le rôle des harkis en Algérie


Invitée de Bibliothèque Médicis, diffusé vendredi à 22 heures sur Public Sénat, Jeannette Bougrab s’est exprimée vivement au sujet des Harkis.
Jean-Pierre Elkabbach l’a interrogée sur leur rôle, affirmant qu’«on leur a fait faire des sinistres besognes en Algérie, et ils les ont faites». Celle qui est fille de Harki s’est indignée de ces propos. «Comment osez-vous dire...», lance Jeannette Bougrab.
«Ils n’ont pas participé à la torture ?», demande Jean-Pierre Elkabbach. «Mais vous plaisantez ?», répond l’ex-secrétaire d’État à la Jeunesse du gouvernement Fillon.

Le ton monte vite. Elle affirme : «Mon grand père a été égorgé en 1957 parce qu’il avait fait la seconde guerre mondiale, qu’il avait contribué à la libération de la France, mon grand père était garde-champêtre, ça méritait qu’il soit égorgé par le FLN ? Mon oncle a été retrouvé tué d’une balle dans la tête... (...) Non mais attendez, c’est scandaleux, c’était une armée républicaine, alors évidemment mais vous osez dire ça mais moi mes parents ils ont été des victimes de la colonisation, ils ont été des victimes du FLN et aujourd’hui on va leur dire mais vous avez fait des sales besognes mais sincèrement...» continue Jeannette Bougrab.
«Jamais je n’accepterai d’entendre ça», prévient Jeanette Bougrab. «Oui mais c’est pourtant la vérité», rétorque Jean-Pierre Elkabbach. «Eh ben oui mais moi je ne l’accepte pas parce que vous avez cette tache sur l’histoire de France» clôt l’ex-secrétaire d’État.
Première diffusion de Bibliothèque Médicis avec Jeannette Bougrab vendredi à 22 heures sur Public Sénat.

Jeannette Bougrab Médicis
Jeannette Bougrab

 

- retour à l'accueil

Posté par michelrenard à 20:01 - - Commentaires [11] - Permalien [#]

jeudi 14 février 2013

réponse à une critique sur le film 3D "Je vous ai compris"

 120920162443013_47_000_apx_470_

 

 réponse de Georges Fleury au général Faivre

 

Chers amis,

J'ai pris connaissance de la critique du général Faivre concernant Je vous ai compris le film que j'ai co-écrit et co-dialogué avec Frank Chiche (et non Jean, comme l'a écrit le général). Je tiens à préciser que ce film d'animation, qu'il est tout à fait en droit de ne pas apprécier, est une fiction.

Il faut la prendre comme telle et non comme une leçon d'Histoire ou un film de plus sur la guerre d'Algérie. Lorsque le général Faivre se déclare surpris que j'ai pu cautionner cette oeuvre, il n'aurait pas dû ajouter que je ne serais qu'un "mémorialiste très bavard et non un historien rigoureux" puisque j'ai eu l'honneur de recevoir le Prix Maréchal Foch de l'Académie française.

20454445

 

"anachronismes"

Lorsqu'il se met en peine de relever des anachronismes dans mon travail, il rappelle que les poseuses de bombes ont sévi en 1957 et pas en 1961 et que l'intervention des parachutistes (Résurrection) se situe en 1958.
Pour le premier "anachronisme"  qu'il souligne, il apparaît clairement dès le début du film que la soeur de Jacquot a posé une bombe en 1957 ! Pour ce qui est des paras sautant sur la métropole, si le plan Résurrection, dont il n'est nulle part fait référence dans le film, a bien existé en 1958, à moins que je vive un mauvais rêve ! il n'en est pas question dans Je vous ai compris.
Je suis assez bien placé pour savoir ce qui s'est passé à Paris après l'appel va-t'en-guerre que Michel Debré a adressé à la population métropolitaine d'aller barrer les pistes des aérodromes situés en Île-de-France. J'étais cette nuit là, chef de la garde de la base aéronavale de Dugny-Le Bourget et c'est moi qui ai empêché une trentaine d'individus en armes venant de la mairie de Dugny au "nom du gouvernment" dans l'intention d'empêcher l'intrusion des paras venant  du sud-ouest ou d'Algérie.

"la valise ou le cercueil"
En poursuivant la lecture éreintante de la critique du général Faivre je relève que l'OAS n'était pas ostentatoirement représentée à Alger durant le putsch. Il y avait pourtant un calicot qui barrait l'entrée d'un immeuble où se tenait un "bureau d'engagement ".
Les brassards OAS ont bien entendu disparu sitôt le putsch terminé.
Si l'un des protagonistes use du slogan "La valise ou  le cercueil " c'est en réponse aux  nationalistes qui l'avaient utilisé avant 1954.
Le "général-critique" n'a pas le droit de refuser que dans une oeuvre de fiction, une jeune militante du FLN se serve du mot fasciste pour désigner les manifestants qu'elle voit passer dans une rue.
Lorsqu'il ajoute que ni Challe ni Salan n'étaient pas des fascistes, sous-entendrait-il ce faisant que Jouhaud et Zeller, eux, en étaient ?
Il rappelle aussi que tous les colons ne faisaient pas "suer le burnous"... Mais le seul colon qui apparaît dans notre film est justement le meilleur ami de son régisseur Karim, le père de Malika, une étudiante militante du FLN !

Puisque d'après le général Faivre je serais un "mémorialiste très bavard ", je pourrais écrire des heures durant une plaidoirie dont notre Je vous ai compris n'a nul besoin pour exister. D'ailleurs, il sera bientôt accesible aux lecteurs de tablettes en trois volets de 30' dont le premier est déjà téléchargeable gratuitement et les deux autres le seront très bientôt au prix de 3,99 €.
Si ces trois volets existent c'est justement  pour que grâce à des illustrations dessinées et mes textes historiques le public puisse aller plus loin que dans notre fiction qui est en fait une véritable tragédie grecque dont le putsch ne sert que de décor. En dire plus ici, ce serait dévoiler son intrigue.
Croyez en mon amitié sincère...
Georges Fleury,
Chevalier de la Légion d'Honneur, Médaille militaire,
Croix de la Valeur militaire avec palme et étoile de bronze,
55 livres au compteur et chevalier des Arts et des Lettres. 

 AVT_Georges-Fleury_8094

 

130201175051726_98_000_apx_470_

- retour à l'accueil

Posté par michelrenard à 19:08 - - Commentaires [2] - Permalien [#]


vendredi 8 février 2013

propagande en 3 D, "Je vous ai compris"...

 affiche_je-vous-ai-compris

 

un film "graphique" bourré d'anachronismes

et d'erreurs sur le FLN et l'OAS

général Maurice FAIVRE

 

Le film de Jean Chiche Je vous ai compris a été diffusé par ARTE le 1er février à 22h.10. Il présente quelques jeunes garçons et filles qui au moment du putsch choisissent des voies différentes : OAS, FLN, gaullistes.

C'est une fiction fondée sur un moment historique (sic). Seuls sont historiques les discours du général de Gaulle. Je suis surpris que Georges Fleury ait donné sa caution à ce film ; il est pour moi un mémorialiste très bavard et non un historien rigoureux.

L'histoire présentée au moment du putsch présente des anachronismes :

- les poseuses de bombes ont été actives en 1957 et non en 1961, elles ne circulaient pas en voiture dans Alger ;
- l'opération Résurrection d'intervention parachutiste en métropole se situe en 1958 ;
- l'OAS est un mouvement subversif qui ne se déplace pas en camion avec des panneaux d'identification ;
- les militants de l'OAS ne pratiquaient pas le viol ;
- la valise ou le cercueil était un mot d'ordre du FLN et non de l'OAS ;
- ni Challe ni Salan n'étaient des fascistes ;
- les colons n'étaient tous des exploiteurs du burnous ;
- les Kabyles n'étaient pas des Arabes.

Enfin le film est présenté comme "graphique". En effet les personnages ressemblent à des dessins de BD, ils n'ont aucune consistance psychologique. Ce sont de ridicules marionnettes, manipulées par le cinéaste.
ARTE reste ainsi fidèle à sa tradition de propagande nationaliste (FLN).
général Maurice Faivre
 

affiche_je-vous-ai-compris

 

- retour à l'accueil

Posté par michelrenard à 18:55 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

mardi 29 janvier 2013

mobilisation de l'Algérie, 1942-1945

TERRE-10214-R55
à Maximiliansau, un tirailleur de la 3e section de la 3e compagnie du 1er bataillon de la 3e RTA
(Régiment de Tirailleurs Algériens) à son poste de guet devant les blockhaus allemands de la ligne Siegfried

source

 

la mobilisation de l'Algérie pour la Libération

(1942-1945)

Julie LE GAC

 

La prochaine séance du séminaire "Pour une histoire sociale de l'Algérie colonisée", aura lieu le mercredi 6 février, à 17h30, (Paris, 9 rue Malher, 6 étage).
 
Julie Le Gac (ISP-ENS Cachan), prononcera une intervention intitulée : «Fissures d'Empire : la mobilisation de l'Algérie pour la Libération (1942-1945)».


- Julie LE GAC : bio-biblio

 

244831086973824979881000007318064981038973948386n

 

- retour à l'accueil

Posté par michelrenard à 11:49 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

dimanche 27 janvier 2013

documents d'archives sur le drame de Malpasset, 1959 (fatalité ou FLN ?)

59-1

 

Le drame du barrage

de Malpasset/Fréjus en 1959 :

simple accident ou attentat du FLN ?

éditions Atlantis : documents et traduction

 

www.editionatlantis.de

Voici quelques documents autour du reportage : Le long chemin de l’amitié – Der steinige Weg zur Freundschaft1, diffusé sur ARTE, le 22 et le 26 janvier 2013

Auteurs : Michael Müller, Peter F. Müller.

© Textes et Documents: Erich Schmidt-Eenboom/EditionAtlantiS © Traduction : Wolf ALBES, Friedberg (Bavière) www.editionatlantis.de

Voici quatre documents que M. Erich Schmidt-Eenboom, directeur du Forschungsinstitut für Friedenspolitik à Weilheim (Bavière) et un des principaux acteurs dans le documentaire en question a mis à notre disposition et que nous vous proposons donc en version allemande et en traduction française.

Ces documents émanent

- des renseignements généraux est-allemands, la Stasi (Staatsministerium für Innere Sicherheit) et

- du tapuscrit des Mémoires de l’agent des services secrets ouest-allemands, le BND (Bundesnachrichtendienst), Richard CHRISTMANN (nom d’emprunt "Markus"). Selon M. Schmidt-Eenboom, ce tapuscrit inédit aurait été rédigé au début des années 1970.

À vous de juger...

barrage_de_malpasset

 

______________________

Ging der Bruch des Staudamms Malpasset bei Fréjus im Dezember 1959 tatsächlich auf ein Attentat der algerischen FLN zurück, so wie es der Leiter des Forschungsinstituts für Frie- denspolitik in Weilheim, Erich Schmidt-Eenboom in dem Dokumentarfilm Der steinige Weg der Freundschaft (ARTE, 22. und 26. Januar 2013) behauptet ?
Herr Schmidt-Eenboom hat uns vier Dokumente zur Verfügung gestellt, die wir im deutschen Original sowie in französischer Übersetzung anbieten. Es handelt sich um ein Dokument der Stasi und Auszüge aus dem Typoskript der unveröffentlichten Memoiren des BND-Agenten Richard CHRISTMANN (Deckname "Markus"), das Anfang der 70er Jahre entstand.
Urteilen Sie selbst...

1 Nota bene : la traduction correcte du titre allemand est bien Le chemin cahoteux de l‘amitié. Pourquoi avoir choisi "long" au lieu de "cahoteux" ?

 

20100818202400_blog_579_frejus
restes du barrage de Malpasset

______________________

 

Document n° 1

Il s’agit d’un rapport officiel de la Stasi ("Blatt 2 zu Formblatt 37018"), non daté et signé par un collaborateur de la section XI, dans lequel plusieurs noms de personnes encore vivantes ont été supprimés (=) pour ne pas les compromettre. Ce document (BStU 000023) est également disponible auprès de la BStU (= Behörde des Bundesbeauftragten für die Stasi-Unterlagen) à Berlin.

[...]

 signale que Christmann de Tunis lui a rendu visite à Brême. Il n’y a plus aucun doute sur le fait que Christmann est à la recherche de formateurs experts en explosifs allemands pour l’Armée de Libération en Algérie. Il a avoué ce fait sans ambages à  et a réitéré sa demande de l’aider à trouver de tels experts.

 

Document n° 2

Il s’agit d’un rapport de Richard Christmann signé par "ton vieux Markus" [= Christmann] 206, 25/08/58, le soir

Lb. H. – Vu les conclusions d’hier et d’aujourd’hui, ma proposition 182.L. du 20 juin est d’actualité.

B.) – Dès qu’une certaine accalmie interviendra, on s’attaquera aux projets "centrale hydroélectrique" et "barrage". Par ailleurs, le niveau de l’eau sera plus favorable dans quelques mois.

[...].

 

Document n° 3

Extraits du tapuscrit des Mémoires de Richard Christmann :

Programme des actions de sabotage de l’ALN/du FLN (1959/61)

[...].

3. Dynamitage de barrages moyennant des charges explosives déclenchées à air comprimé, éventuellement aussi de manière téléguidée. (2)

[...]

Toutes les mesures citées ci-dessus (et bien d’autres aussi) devraient servir à terroriser la population. On ne s’attendait pas à en tirer un avantage sur le plan militaire.

[...]

______________________

(2) M. Schmidt-Eenboom nous a signalé que lors d’une de ses conférences, un auditeur lui aurait expliqué que cette méthode avait été utilisée pour laisser moins de traces tout en précisant que les membres du FLN avaient été formés par de véritables spécialistes en la matière.

[Précisions n° 3 :] Après qu’un attentat contre un petit barrage dans le sud de la France n’avait rencontré qu’un succès partiel, bien qu’il ait provoqué la mort de beaucoup de personnes, toutes les autres actions terroristes furent stoppées sur ordre du groupe autour de Ben Bella qui, à l’époque, était encore incarcéré. Cet ordre de stopper les actions fut transmis par l’avocat parisien de Ben Bella, le nom, l’adresse etc. sont connus du BND. – Le groupe radical de l’ALN/FLN autour de Boumedienne, Chabou (3) et Hofmann n’était pas d’accord avec la cessation de ces sabotages. (4)

 

Document n° 4

Extraits du tapuscrit des Mémoires de Richard Christmann :

Les Algériens formés à l’époque par le BKA5 ont été engagés par la suite dans la lutte et l’infiltration de groupes favorables à Ben Bella dans le pays. Moi-même, j’ai été enlevé dans des conditions dramatiques par le gouvernement de Boumedienne et extradé par la suite. Cependant mes rapports avec le groupe de Ben Bella en Algérie n’ont pas été interrompus.

[...].

Il y a environ 3 semaines, j’ai reçu un message via Paris selon lequel début septembre, au moins deux fonctionnaires algériens appartenant au groupe des personnes formées à l’époque par le BKA et pourvus de passeports officiels (des passeports diplomatiques ???) se seraient rendus en Europe pour nouer des contacts avec "la résis- tance allemande" (je suppose qu’il s’agit de la RAF6). – Il s’agirait de spécialistes du contre-sabotage (donc aussi pour des "actes de sabotage" !!!). Auparavant, ces personnes auraient formé à leur tour des bédouins algériens, camouflés en "Polisario", dans le territoire de l’ERG IGUIDI, près de la frontière mauritanienne.

______________________

(3) - Christmann signale en bas du document n° 4 que le colonel Chabou, proche collaborateur de Boumedienne et mort lors d'un acte de sabotage, était marié à une communiste allemande, Johanna Schramm, originaire de Tübingen et bien connue des services secrets allemands (ALA 38 ou JOTA). Elle aurait haï le gouvernement allemand parce qu’on l’aurait traitée de "gonzesse arabe" ("Araberweib").

(4) -  Dans le document n° 3, Christmann signale également que les services secrets allemands furent toujours informés des plans et des préparatifs du FLN concernant les actes de sabo- tage contre des raffineries et des dépôts de munitions en France au préalable ("B.N.D. wurde über die Vorbereitungen, Pläne usw. stets vorab unterrichtet"). Mais ceci est une autre question...

(5)  BKA = Bundekriminalamt ; service allemand chargé d’enquêter sur les crimes au niveau fédéral (comme le FBI aux États-Unis).

(6)  RAF : Rote Armee Fraktion = Fraction Armée Rouge, la "Bande à Baader"

 

 

Barrage-de-Malpasset-cinquante-ans-jour-pour-jour_article_popin
restes du barrage de Malpasset

 

Dokument Nr.1


Stasi-Bericht, in dem die Namen noch lebender Personen unkenntlich gemacht wurden (= )

 [...]
 teilt mit, daß Christmann aus Tunis ihn in Bremen besucht hat. Es besteht kein Zweifel mehr, daß Christmann für die Freiheitsarmee in Algerien deutsche Sprengstoffausbilder sucht. Er hat dies offen (…) gegenüber zugegeben und ihn erneut gebeten, bei der Suche nach derartigen Fachleuten behilflich zu sein.

Dokument Nr. 2

Es handelt sich um einen Bericht von Richard Christmann, der mit "stets Dein alter Markus" gezeichnet ist [Markus = Christmann]:

Dokument Nr. 3
Auszüge aus dem Typoskript der Memoiren von Richard Christmann alias "Markus" :

BStU 000023

Dokument Nr. 4
Auszüge aus dem Typoskript der Memoiren von Richard Christmann alias „Markus“:

© Textes et Documents: Erich Schmidt-Eenboom/EditionAtlantiS © Traduction : Wolf ALBES, Friedberg (Bavière)

Barrage_de_Malpasset_-_P1220951-P1220957
restes du barrage de Malpasset

 

source : www.editionatlantis.de

Voir aussi les site du Point et de France 3 : http://www.lepoint.fr/chroniqueurs-du-point/emmanuel-berretta/catastrophe-de-frejus-arte-sur-la-these-de-l-attentat-fln-24-01-2013-1619610_52.php

- http://cote-d-azur.france3.fr/2013/01/25/un-attentat-pourrait-etre-l-origine-de-la-catastrophe-du-barrage-de-malpasset-187629.html

 

5169373595_cba944c6bb
restes du barrage de Malpasset

 

discussion sur Facebook

Michel Renard
- la rupture catastrophique (plus de 400 morts) du barrage de Malpasset-Fréjus en 1959, une fatalité naturelle ou un attentat du FLN algérien ?
Documents d'archives allemandes /
http://etudescoloniales.canalblog.com/archives/2013/01/27/26265080.html

- documents d'archives sur le drame de Malpasset, 1959 (fatalité ou FLN ?) - études-coloniales

 

- retour à l'accueil

Posté par michelrenard à 18:20 - - Commentaires [3] - Permalien [#]

vendredi 25 janvier 2013

les éditions Atlantis

25

 

un éditeur franco-allemand

dédié au travail historique et mémoriel sur

l'Algérie coloniale

 

Bienvenue sur le site Internet des éditions Atlantis.

Herzlich willkommen auf der Homepage der Edition Atlantis !

- les éditions Atlantis

 

31

 

8

 

12

 

16

 

18

 

19

 

21

 

22

 

23

 

25

 

26

 

29

 

30

 

31

 

33

 

 

35

 

50

 

52

 

56

 

59

34

 

... et d'autres ouvrages encore...!

- les éditions Atlantis

 

- retour à l'accueil

Posté par michelrenard à 14:03 - - Commentaires [1] - Permalien [#]

mercredi 23 janvier 2013

lectures "coloniales"

9782070119585

 

 

quelques références bibliographiques

Gérard SAMPAIX

 

- Tidiane N'Diaye, Le génocide voilé. Enquête historique, Gallimard, coll. "Continents noirs", 2008.

Sur la traite négrière arabo-musulmane. Livre bien informé, savant et grand public, très virulent contre l'esclavage arabe mené au nom de la religion islamique. Avec des annexes très intéressantes. L'auteur a publié d'autres ouvrages qui ont l'air très sérieux.

blog+-traite+arabo-musulmane+des+Noirs_illust

g1328

 

 

- Hela Ouardi, "De l'autorité en Islam", in Le Débat, n° 171, sept.-octobre 2012. (acheter l'article)

L'auteure est professeure à l'université de Tunis El-Manar. Passionnant sur les différentes interprétations historiques de la question : qui est le dépositaire de l'autorité divine en Islam, et comment celui-ci l'exerce-t-il ?

Héla Ouardi
-Hela Ouardi

 

- lire aussi : "La fin de l'illusion lyrique", 5 février 2012, in La Presse de Tunis

- voir : http://www.youtube.com/watch?v=y2wYz2oAjoM

 

 

- Paul-François Paoli, Pour en finir avec l'idéologie antiraciste, François Bourin éditeur, 2012.

L'auteur est journaliste au Figaro Littéraire. Le titre vous plaira. Des chapitres très bien venus.

9782849412893FS

 

- lire aussi : "La colonisation n'est pas née d'un projet prédateur" (Études Coloniales, 19 mai 2006)

 

- Yvan Stéfanovitch, Aux frais de la princesse, Nouveau Monde poche, 2010.

Sur les privilégiés de la République dans quantité de domaines et d'institutions. Une lecture qui rend dégoûté et fou de rage.

9782709627825FS

 

- retour à l'accueil

Posté par michelrenard à 19:22 - - Commentaires [1] - Permalien [#]