mercredi 10 mai 2006

Coloniser Exterminer : de vérités bonnes à dire à l'art de la simplification idéologique

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le livre d'Olivier Le Cour Grandmaison,

Coloniser, exterminer, sévèrement critiqué

par les historiens

Gilbert Meynier et Pierre Vidal-Naquet

 

«À vrai dire, le livre d'Olivier Le Cour Grandmaison se présente comme un ajout de notes de lecture d'un infatigable lecteur, mais qui ne retient de ses lectures que ce qui conforte ses thèses et nourrit ses stéréotypes. Son texte est noyé sous une avalanche de citations illustratives, traitées en paraphrases idéologiques - cela non sans redites. À le lire, on ne peut s'empêcher de poser la question : un sottisier peut-il tenir lieu d'œuvre de réflexion et de synthèse historique ?»

Gilbert Meynier et Pierre Vidal-Naquet

 

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Coloniser, Exterminer :

de vérités bonnes à dire à l'art

de la simplification idéologique

Gilbert MEYNIER et Pierre VIDAL-NAQUET

 

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Voici un livre qui énonce certes sainement quelques vérités. Il marque bien l'accord général sur la colonisation de la grande majorité des analystes et des acteurs politiques français du XIXe siècle. Il évoque salutairement, dans un premier temps, les injonctions de l'époque sur l'«extermination» des «indigènes.» Il fait un sort à l'incroyable raciste Eugène Bodichon, et aussi à Charles Jeannel, et à son Petit-Jean, histoire scolaire édifiante de la colonisation française sous forme de questions-réponses (p. 36). Olivier Le Cour Grandmaison (OLCG) (photo ci-contre) stigmatise l'historicisme marxiste se représentant ladite colonisation - française ou autre - comme un agent éclairé de l'avènement mondial du Mode de Production Capitaliste (p. 49).

Il est vrai que, dans les classes ouvrières européennes, il y eut ambiguïté des luttes contre le colonialisme, comme l'indiquèrent les motifs ambivalents (anticolonialisme ou mots d'ordre anticapitalistes) de la grève générale contre la guerre du Rif de novembre 1925, laquelle aboutit à un semi-échec. OLCG marque bien que, si le Noir fut un «sauvage» - irréductible, mais aussi utilisable en raison de son infantile sauvagerie -, l'Arabe fut campé en «barbare», non pas «non civilisé», mais «mal civilisé» (p. 85). Mais en alla-t-il en tout très différemment, au XIXe siècle, des Allemands de l'historiographie française, campés en tristes héros des «invasions barbares», cela contre l'acception allemande de Mommsen, qui préférait, bien sûr, les «Völkerwanderungen» (les migrations de peuples) ?

OLCG a évidemment raison de fustiger les tenants à la mode actuels du «choc des civilisations» (p. 77). Raison, aussi, de rappeler que la misère et la faim furent érigées en armes de la guerre coloniale (p. 102), étant entendu que lesdites armes avaient bien autant été employées du XVIe au XIXe siècle, pour ne pas parler d'époques précédentes. Raison aussi de stigmatiser les tortures, les mutilations et les profanations (pp. 152 et sq.) - qui furent, toutefois, loin d'être seulement des spécificités coloniales -, ainsi que les mosqu_e__glise1transformations de mosquées en églises (p. 168) ; on ajoutera : et même en écuries pour chasseurs d'Afrique, ainsi que ce fut le cas pour une admirable mosquée ancienne, à Mila, dans le Constantinois. Oui, il est vrai que la population originelle de Nouvelle-Calédonie a été réduite à 20%. On ajoutera que celle de la Tasmanie ou d'Amérique du Nord l'a été plus radicalement encore. Mais ce ne fut pas vraiment le cas de l'Algérie, dont la population dut baisser d'environ 30% de 1830 à 1870 -«guerre de ravageurs» et famines aidant, sur fond de décomposition de l'ancien mode de production communautaire.

De même, on ne pourra que donner raison à OLCG quand il évoque les mécanismes de dépossession et de la constitution corrélative de la propriété privée en Algérie au XIXe siècle (p. 243). Ceci dit, on remarquera que, dialectiquement, la propriété privée put aussi représenter un acquis pour tels groupes sociaux concernés, voire in fine un appui contre la toute puissance prédatrice du pouvoir d'État algérien sui generis installé depuis 1962. On s'accordera aussi avec la représentation du Code de l'Indigénat en «monstruosité juridique.» On sait que ses dispositions coururent de 1881 à 1927 ; et elles furent, de fait, conservées dans leur esprit jusqu'à la fin de l'Algérie française. Ceci dit, monstruosité pour monstruosité, le statut des Juifs de Vichy ne fut pas moins monstrueux. Enfin, «“la coloniale” contre “la sociale”» constitue sans doute le chapitre le moins banal du livre (le chapitre 5) : il souligne combien les règles et les entraînements pratiques provenant de la gouvernance des «indigènes» d'Algérie purent être utilisées contre les prolétaires de France insurgés contre le système national/capitaliste qui les opprimait et les châtiait.

La spécificité de la violence coloniale exista, certes, mais elle fut moins tranchée qu'il n'est allégué. Le livre d'OLCG peut se lire comme une anthologie des horreurs coloniales, et à tout le moins comme un sottisier de la bêtise coloniale. Mais, à vrai dire, ne pourrait-on pas dresser de tels catalogues à propos de bien d'autres objets que celui de l'histoire coloniale ? Sur le terrain du racisme national anti-allemand, les cartes postales de la fin du XIXe siècle et du début du XXe en fournissent un ample florilège. Et l'historien ne peut ignorer, au XVIIe siècle, que la guerre d'extermination menée pendant la guerre de trente ans, en Bohèmegoya_d_sastres notamment - mais pas seulement -, que les ravages du Palatinat par les colonnes armées du roi Soleil, puis la répression de la révolte des prophètes du pays camisard sous le même monarque absolu, qui allait installer le désert protestant pour trois quarts de siècles ; et, pas davantage, que les méthodes sanglantes de la punition de celle de Vendée en 1794, puis l'atroce guerre d'Espagne quinze années plus tard (ci-contre, Goya, Les désastres de la guerre) ; et, sous la Monarchie de Juillet, que les bains de sang sanctionnant les révoltes parisiennes et lyonnaises, enfin le massacre de 20 000 communards au printemps 1871... n'eurent rien à envier à «la guerre contre les Algériens assaillis» (p. 104) : en un mot, la sauvagerie répressive ne fut pas complètement une spécificité coloniale, y compris à l'époque même de la conquête de l'Algérie.
Si «les affrontements armés qui opposent les États du vieux continent se civilisent» (p. 20), d'une part, cette «civilisation» est toute relative quand on sait la violence avec laquelle purent être traités tels civils belges par l'armée allemande en 1914, sans compter les massacres d'Oradour sur Glane ou de Tulle en 1944, d'une part, les sauvages bombardements des villes allemandes par l'aviation alliée d'autre part, sans compter bien sûr les massacres nucléaires d'Hiroshima et de Nagasaki, et le massacre de masse nazi perpétré sur les Juifs, des Tziganes et les malades mentaux, et la déportation des homosexuels.
De telles atrocités eurent-elles besoin de précédents coloniaux qui auraient entraîné de tels agissements ? Même la «guerre moderne» ne fut pas toujours, loin de là, empreinte de compassion pour les victimes civiles ; et pendant longtemps, les rapports sociaux et /ou intra-nationaux restèrent marqués, aussi, de sauvagerie. Non qu'OLCG ne touche pas juste quand il évoque «l'expérience acquise» en Afrique du Nord ; mais il note aussi qu'il y eut allers-retours sanglants dans la confrontation entre l'ordre et les «barbares» des deux côtés de la Méditerranée. L'ordre bourgeois n'eut pas vraiment besoin de précédents coloniaux pour massacrer ses prolétaires.

Nous ajouterons que, à l'heure des édifications nationales qui purent, aussi, tracer la voie à des solidarités collectives, ce fut probablement la relative décrue des répressions franco-françaises violentes qui explique la crue des répressions externes, du fait d'un phénomène classique de projection. Tout ne se passa-t-il pas comme si les censures plus marquées, concernant la violence à l'intérieur des sociétés européennes, de la Contre-Réforme à la République, via les Lumières, laissèrent libre cours à la décensure en terrain extra-européen ? Sur un point relativement mineur, à la camisardsdifférence de ce qu'allègue OLCG, cette montée des censures, et la propension à la réglementation de la violence, s'installèrent autant contre l'ordre de la Monarchie absolue que dans le sillage des injonctions de cette même Monarchie absolue : n'oublions pas que les massacres des camisards, les incendies de villages du Lubéron et les ravages concomitants des vallées de la Haute Durance furent précisément conçus et exécutés dans son cadre de pouvoir.

Et au vrai, en Algérie, fut conduite une guerre, avec son cortège d'horreurs (p. 106) de manière foncièrement assez peu différente de celle dont on usa en Europe avec les rebelles, les rétifs, ou simplement les hors normes, cela largement jusqu'au XIXe siècle. Et, même si, à partir de ce siècle, le jus belli fut posé, il fut loin d'être toujours appliqué. Car ce n'est pas ce que dit en principe le droit qui se met subitement à constituer la trame de l'Histoire. La guerre coloniale ne fut-elle pas, dans une certaine mesure, l'exportation de guerres internes, des guerres non classiques, c'est-à-dire de violences qui ne se ramenaient pas au modèle précairement codifié des conflits inter-étatiques ?

«Combien de régions, interroge OLCG (p. 190), ou de pays au monde ont-ils été frappés par la disparition de près d'un tiers de leur population à la suite d'une guerre de conquête ?» Réponse : la Bohème, déjà entrevue, a perdu, à raison de millions d'humains, près de la moitié de sa population du fait de la conquête catholique de la guerre de Trente ans. Et on a déjà parlé des Camisards, de la Vendée... Il est vrai que, en Algérie, ce fut dans la violence que fut imposé l'îlot capitaliste qui allait lui donner forme pour un siècle. Mais, dès lors que la colonisation capitaliste s'implanta vraiment, au lendemain de la révolte de Mokrani-Bel Haddad , dès les débuts de la IIIe République, peut-on passer sous silence que la population remonta ? Cela pour des raisons complexes, qui tiennent à ce que les Québécois ont appelé «la revanche des berceaux», mais aussi en raison de l'utilisation des salariés «indigènes» dans le processus productif ? Il y eut certes des fantasmes coloniaux d'annihilation, mais sur le sol algérien, ils cédèrent le pas à la réalité capitaliste de terrain qui ne fut jamais identique à la logique d'élimination et d'apartheid qui fut celle des États-Unis.

C'est dans cette acception relative, c'est-à-dire dans la dialectalisation, indispensable en histoire, qu'il convient de contextualiser «la place que les Français assignent aux hommes qu'ils asservissent, expulsent et/ou massacrent» (p. 26) ; et ces violences furent loin d'être seulement coloniales. Et ajoutons que, en00155 terrain colonial, pour qui veut faire œuvre comparatiste et s'évader du pré-carré nombriliste français, il y eut bien d'autres massacreurs que les Français : nous l'apprennent par exemple les historiens de la colonisation italienne, Giorgio Rochat, Nicola Labanca, ou Angelo del Boca. Qu'on pense aux massacres par les gaz dont ce dernier a montré qu'ils furent systématiques pendant la guerre d'Éthiopie. Ses révélations provoquèrent dans le landernau colonial italien des officiers nostalgiques de l'Oltremare, une réaction dont la violence n'est pas imaginable, même dans la France de la nostalgérie et de l'OAS réunies : c'est qu'elles mettaient à mal le mythe du «colonialismo diverso» (le colonialisme différent), soi-disant plus civilisé et plus humain que celui réputé plus sauvage des Anglais et des Français.

Certes, en théorie, sur le «vieux continent», «le respect de la vie et la condamnation des souffrances jugées inutiles conduis[ir]ent à la disqualification de nombreuses pratiques» (p. 194). Cela fut vrai, à la rigueur, khmerdans telles guerres classiques interétatiques. Mais quid  du massacre d'un millions d'Arméniens, en 1915, sous le régime jeune-turc, quid des dizaines de millions de morts, victimes du nazisme, du stalinisme, du maoïsme, quid du demi-million de morts indonésiens de la répression de 1965, quid du million et demi de victimes des Khmers rouges, sans compter les deux millions de morts du régime néostalinien de Saddam Hussein, sans compter aussi, en mineur, le Timor oriental ou les Chiapas... : ces horreurs ne relevèrent en rien de phénomènes coloniaux ; elles ne s'expliquent en rien par de «dangereux précédents» coloniaux, pas plus que la Schutzhaft (détention [préventive] de protection) prussienne (p. 212) ou le Nacht und Nebel Erlass (décret Nuit et Brouillard) nazi ; et elles ne relèvent pas non plus, bien sûr, de «guerres classiques.»

Et l'internement administratif colonial, représenté comme «l'ancêtre majeur des mesures prises plus tard en Europe visant à interner des étrangers ou des opposants politiques ou raciaux en vertu de dispositions exceptionnelles pour des motifs d'ordre public et pour une durée indéterminée» (p. 210), n'eut-il pas, aussi, d'autres «ancêtres» ? OLCG connaît-il Merlin de Douai et la loi des suspects du 17 septembre 1793 ? Et la déportation, après des simulacres de procès, des Communards en Nouvelle Calédonie ? Et, au siècle suivant, les déportations massives staliniennes des Allemands de la Volga, des Tatares, des Tchétchènes...? Même si ces deux derniers peuples peuvent être considérés comme ayant fait partie des victimes du système colonial russe, de telles abominations portèrent-elles, spécifiquement, la seule trace coloniale?

Reste la question du racisme colonial, et OLCG a raison d'y insister car il n'est pas de colonialisme qui ne porte la marque de la discrimination et du racisme. Pour autant, ce n'est pas forcément parce que tel analyste du XIXe siècle utilisa le terme de «race» qu'il fut pour autant un raciste au sens actuel du terme : faut-il préciser que, au XIXe siècle (cf. p. 32), «race» était entendu généralement au sens ordinaire de «peuple», davantage que dans les acceptions délirantes du biologisme racial telles qu'elles s'épanouirent avec le nazisme? Et que le racisme, certes justement stigmatisé, d'un Charles Jeannel (pp. 36-37) était à même de presque autant pourfendre le prolétaire/révolutionnaire européen qu'il ne stigmatisa le colonisé dominé ?


Assimiler peu ou prou le système colonial

à une anticipation du 3e Reich, voire à un

«précédent inquiétant» d'Auschwitz, est une entreprise

idéologique frauduleuse


Ajoutera-t-on que les dénonciations d'OLCG furent énoncées plusieurs décennies avant lui par de vrais historiens - Charles-André Julien, André Nouschi, Charles-Robert Ageron... -, et en un temps où il y avait courage à le faire, à la différence d'aujourd'hui, et où n'existaient pas encore les fosses d'orchestre médiatiques de la bureaucratie algérienne, toujours avide d'engranger telles cautions solidaires françaises à même de conforter le discours ordinaire victimisant de légitimation de son pouvoir. Discours auquel, faut-il le préciser, les bureaucrates en question ne croient évidemment pas, mais dont il leur paraît qu'il peut encore servir à tenir un peuple toujours imaginé sous l'emprise de la langue de bois unanimiste usuelle.

Bien sûr, qu'y eut-il d'autre, chez les chantres coloniaux, que de la discrimination et du racisme, à commodément stigmatiser «la violence, la superstition et la servitude qui règnent dans ces contrées»feraoun_cndpi3 (l'Afrique du Nord, NDA) (p. 47) ? Tout le monde sait maintenant qu'elles régnèrent bien ailleurs, y compris au cœur de bien des sociétés européennes. Mais qu'elles régnèrent aussi dans la patrie de Mouloud Feraoun, dont l'extraordinaire Journal le campe en témoin à chaud, et en analyste sans illusions des tares de sa société, en même temps qu'en spectateur atterré de la barbare guerre de reconquête coloniale - celles-là rejouant sur celle-ci. Et elles furent aussi présentes, par exemple en Inde - l'Inde qui ne fut pas, loin de là, ce conservatoire non violent sanctifié par Gandhi ; lequel Gandhi fut aussi, dialectiquement, et même à son corps défendant, le vecteur de violences, de superstitions et de servitudes. Et il y eut, certes, aussi des violences dans le cas douloureux de l'Irlande (p. 48). Sauf que l'Irlande, à la différence de ce qu'entend apparemment OLCG, ne fut pas vraiment une colonie comme l'entendent le sens commun anticolonialiste habituel et les taxinomies des historiens. Seule l'Ulster le fut.

Et que dire de la spécificité représentée - cela allant de soi dans son texte - comme coloniale de «la disparition dans le droit colonial des concepts d'individus et d'hommes au profit d'une sorte de masse indistincte composée de colonisés désindividualisés, et pour cela absolument interchangeables, sur lesquels pèsent des mesures d'exception permanente» (p. 216)? Ce n'est pas dénier le racisme colonial que de rappeler que les protestants, au lendemain de l'abolition de l'Édit de Nantes en 1685, les aristocrates et assimilés après la loi des suspects de 1793, ou un siècle et demi plus tard les Juifs du statut des Juifs de Vichy, et tant d'autres, ne relevèrent pas vraiment d'une logique coloniale, sauf à représenter le colonialisme comme l'étalon obligé de tout racisme, étalon que d'autres veulent identifier au nazisme et à Auschwitz.

311fL'insistance sur la forme des crânes des «Arabes» étudiés par un scientifique d'académie très officiel comme Louis Moll (p. 39), renvoie à des préoccupations analogues, de Bertillon à Vacher de Lapouge, concernant des crânes bel et bien européens, pour lesquels étaient scrutées à la loupe leur brachycéphalie ou leur dolichocéphalie respectives, préoccupations qui n'ont pas vraiment à voir avec les seules divagations coloniales. Faut-il rappeler que le XIXe siècle européen s'employa avec conviction, inlassablement, et frénétiquement, à classer et à mesurer, et pas seulement outre-Méditerranée ?

OLCG prend insuffisamment en compte à notre sens, dans la course au délire biologique, les gradations qui aboutirent au nazisme. Certes, il prend soin de préciser, à propos d'Auschwitz, qu' «il n'y eut ni identité, ni analogie, moins encore rabattement de cet événement du XXe siècle sur ceux, plus anciens et d'une autre nature qui retiennent notre attention. Il n'en demeure pas moins que ce qui a été perpétré en Algérie constitue, au sens strict du terme, un précédent inquiétant» (p. 171). Assimiler peu ou prou le système colonial à une anticipation du 3e Reich, voire à un «précédent inquiétant» d'Auschwitz, est une entreprise idéologique frauduleuse, guère moins frelatée que l'identification, le 6 mai 2005, à Sétif, par le ministre des Anciens Moudjahidines, porte-voix officiel du président Boutelfika, de la répression coloniale aux fours crématoires d'Auschwitz et au nazisme.

 

Il n'y eut en Algérie ni entreprise d'extermination

sciemment conçue et menée à son terme,

et, contrairement à ce qu'énonce OLCG, ni «projet

cohérent de génocide»

 

Il n'y eut en Algérie ni entreprise d'extermination sciemment conçue et menée à son terme, et, contrairement à ce qu'énonce OLCG, ni «projet cohérent de génocide» (p. 123) à avoir abouti en Algérie. Le statut des Juifs de Vichy fut, bien plus fermement que le Code de l'Indigénat, rattaché au délire biologique; et il fut un phénomène franco-français distinct de la discrimination ordinaire exercée sur des tiers en dehors de l'espace hexagonal. Ou alors, si les massacres coloniaux annoncent le nazisme, on ne voit pas pourquoi la répression sanglante de la révolte de Spartacus, ou le massacre des innocents, ou encore la Saint Barthélemy, ne l'auraient pas tout autant annoncé.

En histoire, il est dangereux de tout mélanger. On sera davantage d'accord avec ce qui est dénommé «le berceau étroit» (p. 132) des peuples européens ayant justifié leur faculté à conquérir des territoires extérieurs à une Europe engoncée. Sauf qu'il ne s'agit pas, quelles que soient, en la matière, les ambiguïtés du texte d'OLCG, de la quête d'un Lebensraum codifié à la nazie : entre «berceau étroit» et Lebensraum, il y avait toute la distance qui sépare un fantasme expansionniste de la justification d'un délire assumé.

À propos d'un sujet connexe grave, et qui mérite examen, que faut-il, encore, penser de l'allégation d'OLCG selon laquelle, dans le cas colonial, «nous sommes donc en présence d'une véritable politique de sélection bugeaudislyhoracevernetdes races conduite au profit des peuples supérieurs» (p. 58)? Et que dire de sa «politique de cheptellisation des races humaines»? Nous sommes certes bien persuadés qu'il y eut racisme, discrimination et apartheid, au moins politique, en Algérie, nous ne nous lasserons pas de le dire et de l'écrire.

Ceci dit, est-il besoin de préciser que fantasme n'équivaut pas, en définitive, à politique ? Et comment envisager les remarques sur la «dépravation masculine» (p. 61) dont, en effet, ce fut un lieu commun de charger les sociétés colonisées ? Rappellera-t-on à quel point de telles considérations, à partir du XVIIIe siècle, furent courantes, touchant les paysans dépeints comme arriérés d'Europe, allègrement et communément représentés, par inclination sauvage naturelle, comme homosexuels et/ou zoophiles? Et évoquera-t-on, pour faire bonne mesure, «le dangereux supplément» dans l'œuvre de Rousseau ? C'est ainsi que le digne auteur du Contrat social désignait dans L'Émile, les penchants masturbatoires adolescents qui commençaient à tenir en cervelle les contemporains des Lumières -ces soucis furent plus lancinants encore au XIXe siècle, siècle des observations coloniales.

Le texte d'OLCG comporte nombre de schématisations idéologiques, de jugements tranchés, voire d'outrances inadmissibles pour un historien, du moins dans la mesure où l'Histoire doit rendre compte, sous peine de faillir à sa mission, de toute la complexité du divers historique, et être par excellence le terrain de la dialectisation. Contenant plusieurs formules médiatiques ampoulées et nombre d'expressions journalistiques - et cela pas toujours dans le meilleur sens du terme -, il illustre bien la formule selon laquelle «la forme, c'est le fond.» On pourra s'engager dans des méditations insondables sur le concept, bien senti, de «thanatopolitique» (p. 128). On apprendra aussi, pour ce qui est de la IIe République, que, en 1848, «les noces sanglantes de la République et du colonialisme venaient d'être conclues» (p. 15). Heureusement, ici et là, de belles expressions à la mode, parfois en forme de raffarinades, détendent l'atmosphère («ceux d'en-bas» opposés à «ceux d'en-haut» [p. 14]).

On ne s'étonnera donc pas qu'OLCG se voie probablement en historien d'une espèce en voie d'apparition, dont le manifeste inscrit son auteur «contre l'enfermement chronologique et disciplinaire» (p. 22)... Et que dire de sa «voie dédisciplinarisée», sinon qu'on ne peut guère la situer autrement que dans le fourre-tout d'une évanescente thèse ad probandum ? Et qui vise-t-il lorsqu'il pourfend les «faiseurs d'histoire» (p. 28)? Serait-ce ceux des historiens qui s'obstinent à être fidèles à ce que d'aucuns dénomment encore la méthode historique ? Certes, l'Histoire appartient à tous, pour peu que cette méthode soit respectée et que l'historien pense et expose ses conclusions avec des idées pertinentes et éclaircies. Ainsi, «une tuerie ordonnée» (p. 140), on croit comprendre ce dont il s'agit, mais qu'est-ce qu'une «tuerie moderne» ? Une tuerie planifiée et exécutée selon les normes et les techniques de l'âge industriel ? Rien ne permet bien d'être fixé.

À vrai dire, le livre d'OLCG se présente comme un ajout de notes de lecture d'un infatigable lecteur, mais qui ne retient de ses lectures que ce qui conforte ses thèses et nourrit ses stéréotypes. Son texte est noyé sous une avalanche de citations illustratives, traitées en paraphrases idéologiques - cela non sans redites. À le lire, on ne peut s'empêcher de poser la question : un sottisier peut-il tenir lieu d'œuvre de réflexion et de synthèse historique ?

À la méthode historique, appartiennent l'analyse et la confrontation de documents différents, quels qu'ils soient, même - et surtout- s'ils vont à l'encontre de la thèse de l'auteur : quel historien n'a pas un jour été conduit à réviser ou à nuancer telles de ses appréciations au vu des documents consultés ? Avec OLCG, rien de tel, mais une paraphrase de texte tous publiés, émanant d'acteurs/commentateurs, tous triés pour aller dans le même sens. Il n'y a aucune autre documentation, aucune archive n'a été consultée et mise en œuvre - certes ce n'est pas un péché, si du moins on respecte les règles élémentaires de la critique historique. Tout est de seconde main, tout est discours sur le discours. L'abondance des notes infrapaginales s'explique, certes, par un grand nombre de références, mais aussi du fait que les notes peuvent constituer de simples ajouts au corps du texte. Et il n'y a aucune bibliographie, ce qui est bien dommage pour un livre aussi ambitieux. Et les références bibliographiques peuvent comporter des négligences : le journal de Jean-Baptiste Gramaye, «évêque d'Afrique» aux XVIe-XVIIe siècles, est cité (p. 61) sans mention de son traducteur et présentateur, le grand historien algérien Abd El Hadi Ben Mansour .

OLCG préfère ici et là des auteurs idéologiques de seconde main qui lui paraissent aller dans le sens de sa démonstration : il cite par exemple, longuement (pp. 263 à 267) le haut fonctionnaire colonial vichyste Marcel Peyrouton, lequel commit en son temps une Histoire générale du Maghreb, dont le moins qu'on puisse dire est qu'elle ne fit pas date dans l'historiographie de l'Afrique du Nord. En revanche, Charles-André Julien n'a droit qu'à deux références, de même que l'un des deux auteurs du présent article (PVN), tandis que l'autre de ses deux auteurs (GM), mais aussi Charles-Robert Ageron et Mohammed Harbi ne sont, chacun, cités qu'une fois. André Nouschi et Annie Rey-Goldzeiguer sont carrément ignorés. Cela même alors que ces auteurs ont analysé, chacun en ce qui le concerne, le système de violence coloniale que dénonce a posteriori OLCG en feignant de découvrir l'Amérique. Bien sûr, il vaut mieux ne citer que des auteurs de sottisiers quand on veut faire ressortir les sottises. Mais à n'engranger et à ne disserter que sur des sottises, sur le racisme et sur le colonialisme, on risque de donner l'impression que seuls des sots, des racistes et des colonialistes discoururent et agirent.

Et, s'en étonnera-t-on, son livre fait l'impasse sur l'anticolonialisme, anticolonialisme dont témoignèrent, notamment, chacun à leur manière les historiens ci-dessus. On risque d'en tirer la conclusion, à le lire, d'un consensus omnium de tous les contemporains et de tous les analystes de l'entreprise coloniale. Il est vrai, de fait, que les expéditions coloniales françaises n'ont pas suscité en France la même opposition populaire que celle que les italiennes purent éveiller, par exemple dans les villes industrielles d'Italie du Nord en 1912. Il est vrai que la gauche française, à la différence relative de la gauche italienne, se complut durablement dans le bourbier colonial, et pas seulement dans le cas terminal du national-mollettisme. Rappelons que L'Humanité dénonça dans le soulèvement du Constantinois de mai 1945 la trace d'un complot nazi...

Cela n'interdit pas de rappeler la bataille anticolonialiste menée par la SFIC, en son âge bolcheviste,abd_el_krim_1926 notamment lors de la guerre du Rif. Le lecteur d'OLCG n'en saura rien. Félicien Challaye, surtout, et, très secondairement, André Gide, ne sont cités que parce que leurs écrits apportent de l'eau au moulin de l'auteur. Mais pas en ce qu'ils témoignèrent de l'existence d'un courant anticolonialiste. Albert Londres n'est pas cité une seule fois, pas plus que les ténors communistes de l'anticolonialisme à la Chambre à l'entre-deux-guerres, Paul Vaillant-Couturier ou Jacques Doriot. Et pas davantage le colon libertaire Victor Spielmann, qui fut, à la veille de 1914, avec Gaston de Vulpillières et Paul Vigné d'Octon, le rédacteur de l'hebdomadaire anticolonialiste basé à Bordj Bou Arreridj, Le Cri de l'Algérie. Il fut après-guerre le secrétaire de l'Émir Khaled et le rédacteur de ses textes en français, puis le fondateur des si bien nommées Éditions du Trait d'Union. A sa mort en 1940, il fut célébré par Chaykh Abd El Hamid Ibn Bâdis dans son journa al chihâb comme «malâk hâris ul cha'b il jazâ'iriyy» (l'ange gardien du peuple algérien).

Le lecteur d'OLCG ne connaîtra pas davantage, plus près de nous, Henri Alleg, Maurice Audin, Henri Curiel, Francis Jeanson, Maurice Laban, le docteur Masseboeuf, Madeleine Reberioux, Lisette Vincent, Fernand Iveton... pour ne citer qu'eux. Paul Vigné d'Octon n'est signalé que comme «médecin» (note 1, page 183), et 2267012448.08.lzzzzzzznon comme le médecin militaire qu'il fut un temps. De même, provinrent de l'institution militaire française, aussi bien Jules Roy que Jacques Pâris de Bollardière, ou encore Ces officiers qui ont dit non à la torture, évoqués par Jean-Charles Jauffret. Autant dire que l'Histoire ne se satisfait jamais de l'univocité. Certes l'armée française fut une institution d'une particulière violence en Algérie, aussi bien lors de la conquête que lors de la guerre de libération nationale de 1954-1962, tout comme la colonisation fut une entreprise brutale. Mais la même colonisation a aussi comporté, jusque dans son sein, des discours de bonne conscience humanistes, voire des pare-feux, quand ce ne furent pas, même, des contestations de l'ordre colonial.

Certes, Manuel Bugeja, administrateur de commune mixte hors normes, n'empêcha pas, aux côtés de sa féministe épouse Marie, l'ordre des communes mixtes d'être brutal et oppressif. Mais les communes mixtes, tout comme les bureaux arabes, eurent aussi un côté paternaliste. Et, en histoire, des humains qui ne sont que sauvagement matraqués ne se comportent pas en tout comme des humains caressés. En témoigne la société marocaine, conquise par Lyautey, et dont la conquête coûta sans doute au Maroc dix fois moins de morts que celle de l'Algérie... Rien d'étonnant, donc, si, durablement, la société marocaine fut moins traumatisée et que sa décolonisation y fut sans comparaison moins tragique. Mais, en même temps, il y eut dans le pouvoir français en Algérie une main droite qui s'efforça de ne pas faire ce que faisait sa main gauche, et même d'en être le contre-pied, il y eut même de timides tentatives d'assimilation qui purent faire vaciller bien des humains colonisés. Résultat : les Algériens furent pris dans des réactions nettement plus schizophrènes que les Marocains ou les Tunisiens.

Soit par exemple, à la veille de la première guerre, le recteur d'Alger Jeanmaire, apôtre de «l'enseignement pour les indigènes». Certes, il resta un isolé prêchant dans le désert à un moment où un congrès des colons votait une motion demandant sa suppression. Certes le recteur Jeanmaire échoua, comme échouèrent ces instituteurs, pourtant souvent bardés de foi, qui dispensèrent, bien chichement, les lumières de l'instruction aux petits Algériens : à la veille de 1954, il n'y avait guère plus de 10% d'enfants algériens à être scolarisés256464066_small1 dans le système d'enseignement français. Mais - c'est une banalité de le rappeler -, grâce à cette école française, la colonisation produisit aussi, dialectiquement, les critiques qui aidèrent à l'emporter. Les neuf chefs historiques du FLN de 1954 étaient tous des produits de l'école française. L'éminente figure politique du FLN et maître d'œuvre de l'historique Congrès de la Soummam, en août 1956, Ramdane Abbane, était bachelier, et il était nourri des idéaux révolutionnaires français. On sait qu'il fut étranglé le 27 décembre 1957 par le bras armé brutal de la bureaucratie militaire algérienne naissante. C'était déjà là une autre (?) histoire. L'historien ne peut pas ne pas rappeler en tout cas que ce ne fut pas, alors, un bureaucrate violent qui fut assassiné, mais le plus grand politique qu'ait compté dans ses rangs le FLN. De fait, 1957 marqua une coupure dans l'histoire du nationalisme algérien.
Trop souvent, OLCG enfonce des portes ouvertes en croyant découvrir une Amérique découverte bien avant lui par tant de ses prédécesseurs, souvent de réelle conviction et de vrai talent.

Car il ne nous apprend rien sur «l'extermination», si ce n'est qu'il incite son lecteur à porter attention sur la polysémie du terme utilisé au XIXe siècle ; et que, dans les textes qu'il cite et sur lesquels il disserte, «extermination», on l'a dit, ne renvoie pas à génocide. Autre exemple : sur le prétexte que constitua la course barbaresque à la conquête entreprise en 1830, ladite course est uniquement référée à la vision caricaturale qu'en eurent les chancelleries, les bons auteurs européens et l'histoire sainte nationale française. À lire OLCG, là encore, on retire le sentiment que rien de scientifique n'a été écrit sur ce sujet. Nulle référence à Fernand Braudel, l'analyste fécond de l'exclusion des circuits d'échanges mondiaux de la Méditerranée, tout spécialement de ses rivages méridionaux. Le grand historien algérien de l'Algérie ottomane Lemnouar Merouche n'est pas davantage, ni connu, ni convoqué.

Quant au mythe kabyle dont il est, ici et là, question, faut-il rappeler, pour qui l'ignorerait encore après avoir lu OLCG, qu'il a été d'abondance traité en plusieurs de ses ouvrages par Charles-Robert Ageron, et 2912946123.08.lzzzzzzz1récemment encore revisité par Alain Mahé. Ce mythe kabyle dont l'auteur est parfois victime sans s'en rendre compte lorsqu'il glose sur les «Berbères» qui auraient été pendant la Grande Guerre «les plus nombreux» parmi les «indigènes» dans les rangs des tirailleurs. L'un de nous (GM) croit avoir depuis longtemps analysé l'inanité de tels fantasmes, qui furent assez largement des fictions officielles coloniales. Mais peut-être notre auteur a-t-il confondu les tirailleurs et les travailleurs des industries de la Défense Nationale ; pour les travailleurs, alors, il aurait dit vrai. Enfin, sur un thème somme toute modérément récurrent dans son livre, peut-on se contenter de laisser la parole aux seuls idéologues racistes dans l'évocation du «vice contre-nature» maghrébin, qui fut (est ?) bien plus largement méditerranéen ? Peut-on ignorer ce qui en a été dit depuis les recherches sur les sociétés masculines et l'éphébie entreprises par le vrai savant que fut Henri Irénée Marrou dans sa maintenant classique Histoire de l'éducation dans l'Antiquité ?


La soif de dire peut certes être une vertu ; mais l'accumulation rapide laisse souvent ici et là subsister des redites, des maladresses, voire des scories. Et elle peut tourner au vice. Page 21, l'Europe est désignée comme «vieux continent» par rapport à l'Afrique, laquelle serait, donc, a contrario, un continent neuf ? Trop souvent, OLCG brasse trop de matière à la fois pour lui permettre d'asseoir ce qu'il croit être une arendt2démonstration. Ainsi, quand il parle (p. 215) de «totalitarisme», il ne livre pas au lecteur quelle acception il réserve à ce concept : sera-ce celle de Hannah Arendt ou de Raymond Aron ? Sera-ce celle des idéologues fascistes comme Alfredo Rocco, ou crypto-fascistes comme Giovanni Gentile ? Sera-ce alors une acception banalisée par un air du temps nébuleux ? Et cette «coloniale», qui sert à lutter contre «la sociale», et qui est l'un des topoi du livre, est objet de redites sans qu'une démonstration bien convaincante permette résolument d'y voir clair. Mais ce sont là péchés véniels.

Nous permettra-t-on d'ajouter que l'accent - justifié, bien sûr - sur les violences coloniales a pour contrepoint l'exonération complète des œuvres du pouvoir régnant sur l'Algérie indépendante, pour ne pas parler de ce qui fut en germe dès la mainmise militaire sur son Front de Libération Nationale. Il est vrai que, chez OLCG, les tortures, les amendes, la responsabilité collective sont à imputer à «des régimes politiques fort divers» (p. 23), mais il n'est nulle part dit que ce fut en continuité quasi-directe entre le système colonial violent et le système bureaucratique algérien à son tour violent - et prégnant depuis 1962 -, et dont les racines remontent plus avant dans l'histoire même du FLN, et décisivement à 1957. Comme l'a suggéré Mohammed Harbi, la vision des dirigeants du FLN, en tout cas de ceux qui prirent le pouvoir en 1957 et ne le lâchèrent plus, était ni plus ni moins celle d'une vaste commune mixte coloniale. Il est dommage que, dans le livre d'OLCG, ces aspects ne soient pas abordés : on a le sentiment que, de la dénonciation légitime du système colonial à l'ignorance justificatrice (la complaisance à l'égard ?) des manipulations légitimatrices de la bureaucratie militaire algérienne, il n'y a qu'un pas. Et la conclusion du livre ne permet pas de vraiment se départir de ce sentiment. D'ailleurs, les occurrences que l'on trouve sous la plume de notre auteur à «exterminer» et à «extermination» renvoient-elles à autre chose que ce que à quoi le consortium des généraux régnant sur l'Algérie a pris coutume de dénommer «éradiquer» et «éradication ?»

Quant aux auteurs des citations critiquées, on ne regrettera certes pas le sort qui est réservé sous la plume d'OLCG à l'ineffable E. Bodichon, à E. Feydeau, à L. Moll, à R. Ricoux, pour ne pas parler de Hugonnet ou de l'ami de Tocqueville G. de Beaumont, ou encore - voici une belle découverte - de la comtesse Drohojowska, auteur d'une histoire de l'Algérie racontée à la jeunesse. Mais on sera plus circonspect sur le sort qui est faittocqueville_small1 à Tocqueville : bien sûr que ce dernier fut colonialiste ; mais l'ampleur de ses vues ne permet tout de même pas de le réduire aux préjugés coloniaux de son temps. Le concernant, on aurait pu, au demeurant, en ne puisant, à l'inverse de ce qui est fait, que dans les innombrables citations critiques sur la colonisation et les colonisateurs, faire dire à Tocqueville exactement le contraire.

Et que dira-t-on, aussi, de la stigmatisation, sans autre forme de procès, parmi les racistes ignominieux, de Pierre Loti ? Est-il besoin de dire que ledit Loti fut d'abondance, en son temps, communément dénoncé comme un islamophile irresponsable ? Est-ce faire œuvre d'historien que de ne tirer de Loti que ce qui va, de manière univoque, dans le sens de la démonstration fourbie par OLCG?

Quant à Marx, l'analyse partielle - et partiale - qui en est faite se réduit au feu roulant de ce que Marcuse a naguère appelé l'unidimensionnalité. Nous ne sommes pas des marxistes, du moins dans le sens d'un engagement politique sous la bannière du marxisme-léninisme. Mais nous tenons pour vrai que, avec Weber, Freud, Foucault et quelques autres, Marx fait partie des références communes de tout humain se risquant à analyser l'histoire marx_karldes phénomènes sociaux, politiques et idéologiques de l'Histoire. Visant Marx, le jeu de massacre conduit par OLCG tourne à l'acharnement. Est-ce bien innocent dans le contexte actuel de vacuité politique postérieur à l'effondrement apparent des régimes staliniens, corrélative au contexte actuel de triomphe d'un capitalisme sans freins ? En tout cas, Marx se situe au-delà du travestissement réducteur qui en est présenté d'après une lecture hâtive et tronquée des travaux de René Gallissot. Que dire en effet de l'état des «Arabes», «réputé stationnaire et nuisible» d'après Marx (p. 41) ? Il s'agit bien sûr, en l'état, d'une inadéquation aux évolutions historiques que Marx envisageait dans son système. On l'aura deviné : «Nuisible» ne fit partie, ni du vocabulaire, ni de la grille d'analyse de Marx.

En compilant, toujours Gallissot, OLCG découvre avec horreur que Marx fut colonialiste. Pour ce dernier, les philanthropes critiques à l'égard de l'entreprise coloniale n'auraient relevé que d' «une sensibilité qui fait obstacle au savoir» (p. 46). La réduction moralisante entreprise sous la bannière du politiquement correct est, plus d'un siècle après la mort de Marx, en proie à l'effroi face à l'historicisme du XIXe siècle. Certes, Marx ne fut pas le seul dans cette galère : qu'on pense à Auguste Comte et à sa loi des trois états ; qu'on pense à Renan et à ses considérations philologiques d'un autre âge sur les langues... tous penseurs majeurs de leur temps dont il n'est pas fait mention. C'est le seul Marx qui est dit déboucher sur «la réification des hommes» (p. 45). Dans un véritable aplatissement idéologique, OLCG passe sans transition, comme si la chose allait de soi, de Marx à Duvernois et à Maupassant, lesquels ne dirent - s'en étonnera-t-on ? - pas vraiment la même chose que Marx. Passe pour Maupassant dont les qualités littéraires ne peuvent tout de même pas être ramenées à un jugement éthique ; mais qui a jamais entendu parler de Devernois, sinon quelque amateur de jeux de massacre indifférenciés ?

«Pour de nombreux colonisateurs» (donc, aussi, pour Marx ?), les «indigènes» «ne peuvent même pas êtrealgosef7b exploités». Est-il besoin d'ajouter que, à l'usage, les colons, s'ils eurent jamais ces idées, changèrent assez vite d'avis ? Que les vignes coloniales d'Algérie n'auraient jamais existé sans les tailleurs de vigne algériens, voire sans les contremaîtres kabyles, qui eurent, chez les Borgeaud et chez les Germain, le rôle de véritables chefs d'entreprise ? Et que, plus largement, ce qu'on appelait «l'armée roulante» des désoccupés temporaires trouva à s'employer précairement, pour les travaux saisonniers, dans les fermes des colons. Pour revenir à Marx, elle constitua une véritable «armée de réserve», aux salaires de famine, mais bel et bien exploités, et salariés tout de même, quelles qu'aient pu être les conditions léonines et discriminatoires de ce salariat.

Bien sûr, OLCG a raison de pourfendre les lieux communs de l'islamophobie essentialiste. Ceci dit, par exemple, l'importante corrélation islam-guerre ne peut être seulement traitée par une pirouette méprisante (p. 86). Certes, à l'évidence, l'islam ne se réduisit pas à la guerre ; mais il ne l'ignora pas non plus. L'opposition, moquée par notre auteur, du lieu commun opposant l'islam-religion de guerre au christianisme-religion d'amour, mérite attention. L'empire musulman réalisa bel et bien son expansion du fait d'une conquête militaire. Mais l'empathie, portée par tant de facteurs de proximité socio-culturelle que l'islam rencontra au Maghreb explique bien sûr, plus que la seule conquête militaire, son rapide triomphe. Par ailleurs, si le christianisme a séduit les masses populaires, jusque, dans un premier temps, les Maghrébins, ce fut là aussi en raison d'empathies portées par le discours de l'amour. Et, si le christianisme s'imposa profondément, ce fut en raison, à la fois de la prédication missionnaire, mais aussi de l'investissement par les bureaucrates catholiques des appareils étatiques. Concernant l'islam, on renverra sur ces matières, pour complément d'information, les lecteurs insatisfaits par la lecture d'OLCG à l'essentielle synthèse du politologue tunisien (Hamadi Redissi) L'Exception islamique.

Plus complètement, il convient à ce stade d'examiner les raisons de fond pouvant expliquer que de tels livres soient écrits et publiés en 2005. C'est qu'il y a une demande dans un monde anticolonialiste dont les certitudes ont été ébranlées depuis la chute du stalinisme et la mise en évidence des dictatures du Tiers Monde. Ce monde n'accepte pas ces autres certitudes, condescendantes et méprisantes, de tous ceux qui n'envisagent pas d'avenir autre que sous la bannière du capitalisme absolu. Ces désorientés ne peuvent se défaire facilement de l'héritage lourd du stalinisme et des nationalismes bornés des États du Tiers Monde - étant entendu que nous ne considérons pas le nationalisme en soi comme nécessairement équivalent au despotisme auquel l'ont ravalé bien de ces États. La sèche brutalité de l'évolution socio-économique actuelle accroît démesurément les frustrations et les traumatismes des mal lotis, et cela à une échelle mondiale. Cette situation est éminemment propice à la construction de carrières qui se nourrissent de ces désarrois, désarrois dont ces nationalismes officiels d'État font leur profit.

Depuis un quart de siècle, dans les pays riches, les frustrés et les traumatisés voient se dérober les moyens de la connaissance et de l'analyse critique de leur situation. Ils souffrent, mais dans le désenchantement et la vacuité du politique. Les projets en forme d'utopies collectives ont été, on le sait, disqualifiés par la chute des régimes staliniens, et à vrai dire, avant même cette chute. Mai 68 en avait été un symptôme : les jeunes révoltés, principalement issus de la classe moyenne, récusèrent les partis communistes traditionnels. Ils essayaient désespérément de leur trouver des substituts en rejouant, sur le mode du point d'orgue baroque, la Révolution. En réalité, ne savaient-ils pas, inconsciemment, la Révolution condamnée ? et, toujours inconsciemment, la désiraient-ils vraiment ? Ce fut peut-être la raison pour laquelle ils la scandèrent de manière expressionniste : «Encore un instant, Monsieur le bourreau, laissez nous encore un peu mimer la Révolution avant qu'elle ne soit à jamais jetée aux orties !» Mai 68 se paraît des oripeaux du révolutionnarisme afin de ne pas avouer que les vents qui soufflaient étaient bel et bien des vents d'ouest.

Ces vents, en même temps qu'ils étaient porteurs d'esprit libertaire et d'aspirations démocratiques, allaient bientôt proclamer la loi du capitalisme absolu.
Dans l'incertitude durable qui suivit, les vents d'ouest soufflèrent de plus belle, brise légère transmuée en Katrina avec Margaret Thatcher, Ronald Reagan, enfin George W. Bush. Les socialistes européens ne dressèrent que de fragiles contre-feux. Ils accompagnèrent le mouvement, au mieux sur le mode semi-critique, quand même ils ne lui donnèrent pas plus d'air encore. Dans cette évolution où les péans adressés au Marché avaient pour contrepoint la mise à mal des programmes sociaux des Welfare States, les armes de la critique se mirent à tourner à vide. Il y avait difficulté à cerner le présent. Il y eut bientôt absence de vrais projets politiques, en dépit de ce qui commença peut-être à émerger dans les parages encore balbutiants de Porto Alegre à la fin du siècle passé. Le collectif devint ringard. Les trajectoires individuelles furent portées au pinacle. Le cri de 1968, «no future !» (prémonitoirement il était poussé engood_bye_lenin anglais) devint réalité.
L'incapacité à concevoir des projets accompagna les pannes de l'appréhension du présent. Elles débouchèrent sur le refuge dans le passé. Que ce passé soit, déjà, tendrement évoqué par l'Ostalgie du film à succès Good bye Lenine !, ou qu'il soit négativement fossilisé dans le désarroi par les «Indigènes de la République». Pour schématiser, la trajectoire d'un OLCG rencontra celle des «Indigènes de la République», qui encadrent et donnent depuis peu forme à la protestation des groupes dominés en France. Il est devenu pour eux une manière de héraut et de héros. Nous ne disons pas cela légèrement : il y a là un problème grave et c'est gravement que nous voulons l'examiner.

Depuis plus de deux décennies, s'est donc imposé, comme norme économique/éthique, un capitalisme sauvage qui rencontre de moins en moins d'obstacles, et qui est de moins en moins modéré par des freins collectifs/étatiques : en tant que garant des solidarités collectives, le national, l'État national, se dilue progressivement dans un capitalisme désormais résolument mondial. Certes il put y avoir consentement plus ou moins vergogneux de tels États européens, ou bien adhésion enthousiaste sans fard du Royaume Uni ou des États-Unis, donnant la main à un impérialisme arrogant et brutal. Cela sous couvert de croisade démocratique à soubassements protestants fondamentalistes régressifs contre «l'Empire du Mal.» Les réactions contraires se produisirent, de même, sous le signe de ce que le philosophe égyptien Fouad Zakariya dénomme, quand il analyse le monde islamo-arabe, «l'aliénation par le passé» : un fondamentalisme islamique, symétriquement régressif. Aujourd'hui, l'impérialisme, dans sa nouvelle brutalité, ne se moule plus dans le cadre du colonialisme national d'antan. Il n'est plus vraiment colonial et il n'est plus vraiment national.

Or le colonialisme avait certes correspondu à un développement du capitalisme. Mais il serait réducteur de seulement le caractériser selon de tels canons économistes : il était aussi un enfant des États nationaux qui se construisaient, au XIXe siècle, en Europe ; notamment grâce aux états-majors des Oberlehrer dans l'Allemagne du 2e Reich, et aux troupes des hussards noirs de la République en France, qui donnaient les uns et les autres forme à la nationalisation des sociétés. La colonisation enclencha la création d'îlots capitalistes, mais sur fond idéologique d'expansions nationales. Ce n'est plus le cas aujourd'hui : les capitalismes sont de moins en moins nationaux. Le capitalisme ne revêt plus une acception nationale. Or la nationalisation des sociétés s'était accompagnée, à partir du XIXe siècle, peu ou prou, de l'installation de solidarités collectives, d'un côté en marge de l'État, voire contre lui (syndicats, bourses de travail, coopératives ouvrières...), mais aussi sous la houlette de l'État - ce que les Anglais dénommèrent ultérieurement le Welfare State. Il y eut ainsi création de systèmes d'éducations nationaux, mise sur pied de régimes de sécurité sociale, aménagement de caisses de retraite, édification de réseaux de transports publics soutenus par l'État, sans compter un développement sans précédent du fonctionnariat.

Aujourd'hui, les solidarités collectives autonomes sont en déclin ou ont disparu - malgré telles renaissances prometteuses, tout récemment, en Argentine - et les solidarités stato-nationales s'affaissent sous les coups de boutoir d'une rentabilité économique proclamée comme devant être le début et la fin de toute chose. C'est, en Europe, au Royaume Uni où, depuis le gouvernement emblématique de Margaret Thatcher, la dégradation est la plus avancée : récemment, sur la ligne Londres-Brighton, la compagnie de chemin de fer propriétaire supprime sans autre forme de procès les trains dès lors que leur taux de remplissage est jugé insuffisant...
Et les États continentaux, encore en «retard», ne perdent rien pour attendre. Partout la crise de l'école suscite des chœurs de lamentation, mais aucune politique à même d'en venir à bout. Partout les systèmes de protection sociale sont érodés, voire démantelés. Et l'un des moyens favoris d'alléger l'État est de dégraisser la fonction publique. Ici comme là, la solution politique ne pourrait, évidemment, être que globale. Désormais, place aux chefs d'entreprises célébrés comme tueurs, place aux fulgurantes carrières médiatisées, place à l'individualisme honoré comme norme éthique. Il faut trouver sa place au soleil, il faut tirer son épingle du jeu, il faut être connu et reconnu. Quitte pour cela à se ménager pour clientèle les porte-parole de tous ceux qui vivent chichement sous les décombres d'un politique mis à mal par l'effondrement des solidarités collectives.


On comprend donc pourquoi un livre comme celui d'OLCG rencontre un écho parmi les «Indigènes de la République» : ces derniers, qui se font les hérauts des jeunes, discriminés, angoissés et désemparés, sont impuissants à saisir les vraies raisons de leur mal-être. Les cadres politiques qui auraient pu être le réceptacle et l'expression de leurs ressentiments sont aujourd'hui évanescents et discrédités. Ne possédant pas les armes d'une critique adéquate aux vraies raisons qui les font saigner, ils se réfugient dans une régression qu'ils croient identitaire, dans les gestes démonstratifs provocants, dans le machisme néo-patriarcal des frères et des cousins, cela sur fond de délabrement social et de parquement dans les banlieues/ghettos pour pauvres.

Rien d'étonnant à ce qu'ils se réfugient dans ce qui est encore répertorié comme vivant et opératoire : les alluvions de la mémoire. Leurs pères ont été colonisés, exploités, maltraités, exploités par le colonialisme. Or ils continuent à souffrir ; donc le colonialisme est toujours à l'œuvre. Bush, dans sa croisade irakienne, est représenté comme un colonialiste héritier du colonialisme d'antan. Voilà ce que révèle, en arrière-plan, le livre d'OLCG. Que conclure, alors, de cet ouvrage, dont il faut bien admettre qu'il s'agit d'une publication-phare, de même que son auteur est probablement vu comme une stature-phare pour sa clientèle de représentants des mal-aimés ?

Conclusion.
Au total, les oppositions placées sous la bannière de Franco Cardini entre la guerre coloniale sans règles ni principes et la guerre européenne qui finit par se placer sous le signe du «contrôler, délimiter, humaniser» (p. 174) existèrent assurément, mais elles furent moins absolues qu'il n'est allégué chez OLCG. Le droit ne suffit pas à dire le réel, même si, au besoin, Kant est appelé à la rescousse pour peaufiner la démonstration. Moins ampoulé, plus modeste, moins accumulatif, et surtout moins idéologique, plus en prise aussi sur la critique historique, un tel livre aurait pu trouver place dans les réflexions sur la colonisation. En fait, il surfe sur une vague médiatique, avec pour fond de commerce des humains désemparés, et peu portée à l'analyse critique, cela en fignolant un sottisier plus qu'il ne s'appuie sur les travaux d'historiens confirmés, dont il reprend ici et là, toutefois, plus ou moins l'une ou l'autre conclusion. Au vrai, enfoncer des portes ouvertes ne constitue pas un véritable critère de l'innovation.
Les complaisances dont il témoigne, sans parler de l'acharnement pratiqué sur Marx et des impasses sur la culture anticolonialiste, ne convainquent évidemment pas.

Dommage que ce livre, à la fois boursouflé et hâtif, ne puisse pas vraiment faire la preuve des bonnes intentions dont il est pavé. Nous sommes trop foncièrement anticolonialistes pour nous en réjouir. Il reste que l'air du temps de la dénonciation médiatique ne suffit pas à arrimer à la science des convictions et à faire d'OLCG un historien plausible. Le contexte social, économique et politique actuel est encore fécond qui continuera à générer de telles tonitruances idéologiques à vocation surtout médiatique.

Gilbert Meynier
Pierre Vidal-Naquet

 

1 - Olivier Le Cour Grandmaison, Coloniser Exterminer. Sur la guerre et l'État colonial, Fayard, Paris, 2005, 366 p.
2 -Et, à propos de la Grande Guerre et des Algériens (p. 184), OLCG ne semble pas connaître le livre de l'un de nous (GM), L'Algérie révélée. La première guerre mondiale et le premier quart du 20e siècle, Genève, Droz, 1981, 793 p.
3 - NB : OLCG dit «révolte de Mokrani» car, s'il connaît le féodal bachagha, il ignore Bel Haddad, lequel fut pourtant, sur le mode confrérique populaire, le vrai entraîneur de la révolte.
4 - Cf. Angelo Del Boca, I Gas di Mussolini. Il fascismo e la guerra d'Etiopia, Editori Riuniti, Rome, 1996.
5 - Abd El Hadi Ben Mansour, Alger XVIe-XVIIe siècles. Journal de Jean-Baptiste Gramaye, «évêque d'Afrique», Éditions Le Cerf, Paris, 1998, 773 p.
6 - Albin Michel, Paris, 1966.
7 - Vulpillières mena de front ses travaux d'archéologue de Calceus Herculis et la défense des villageois d'El Kantara opprimés par l'administration de la commune mixte d'Aïn Touta.
8 - Autrement, Paris, 2005, 174 p.
9 - Hocine Aït Ahmed, Ahmed Ben Bella, Mostefa Ben Boulaïd, Larbi Ben M'hidi, Mohammed Boudiaf, Rabah Bitat, Mourad Didouche, Mohammed Khider, Belkacem Krim.
10 - Lemnouar Merouche, Recherches sur l'Algérie à l'époque ottomane, -I- Monnaies, prix et revenus, 1520-1830, Bouchene, Paris, 2002, 314 p.
11 - Histoire de la Grande Kabylie, XIXe-XXe siècles. Anthropologie historique du lien social dans les communautés villageoises, Bouchene, Paris, 2001, 650 p.
12 - Cf. Gilbert Meynier, L'Algérie révélée..., op. cit.
13 - Seuil, Paris, 2004, 241 p.
14 - Fouad Zakariya, Laïcité ou islamisme : les Arabes à l'heure du choix, La Découverte, Paris, 1990, 165 p.
15 - La Culture de guerre, Xe-XVIIIe siècles, Gallimard, Paris, 1992, 479 p.

 

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Olivier Le Cour Grandmaison surfe sur une vague médiatique,

avec pour fond de commerce des humains désemparés,

et peu portée à l'analyse critique, cela en fignolant un sottisier

plus qu'il ne s'appuie sur les travaux d'historiens confirmés (...)

Dommage que ce livre, à la fois boursouflé et hâtif,

ne puisse pas vraiment faire la preuve des bonnes intentions

dont il est pavé.

Nous sommes trop foncièrement anticolonialistes

pour nous en réjouir.

Il reste que l'air du temps de la dénonciation médiatique

ne suffit pas

à arrimer à la science des convictions et à faire d'OLCG

un historien plausible.

Le contexte social, économique et politique actuel est encore fécond

qui continuera à générer de telles tonitruances idéologiques

à vocation surtout médiatique.


Gilbert Meynier, Pierre Vidal-Naquet


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Maurice Bompard (1857-1936) : mosquée en Algérie, 1890 (source)

 

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mardi 9 mai 2006

La mémoire d'un "grand colonial" : Gallieni (Marc Michel)

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La mémoire d'un "grand colonial" :

Gallieni


Patriote, républicain, laïque et colonial, Gallieni (1849-1916) fut à l'unisson de ces modérés qui façonnèrent la IIIe République dans le sillage de Gambetta. Il fut certainement aussi le général qui, jusqu'à la victoire de 1918, atteignit une popularité que seul Boulanger avait égalée. Elle reposait sur le reconnaissance émue que lui témoigna le petit peuple de Paris dont, aux heures les plus sombres de 1914, il avait galvanisé la résolution et dont il avait partagé le sort.
Si l'on retient l'image du gouverneur militaire de Paris au visage sévère derrière ses lorgnons, on doit tout autant retenir celle du jeune homme ardent qui piaffait de s'enfoncer au cœur de l'Afrique et se prit d'une véritable fièvre d'écriture que celle de l'homme mûr prenant plaisir aux joies familières au milieu des siens. Esprit moralisateur mais jamais étroit, il incarna à sa manière l'honnête homme de la IIIe République, belle illustration des vertus de la "méritocratie" du temps.

(extrait de la quatrième de couverture du livre de Marc Michel)


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Joseph Simon Gallieni, 1849-1916


 

La mémoire d'un "grand colonial"

Marc MICHEL

 

[à côté des militaires qui, les premiers, revendiquèrent la mémoire de Gallieni], les plus hautes autorités académiques ne demeurent pas en reste au moment de l'Exposition coloniale pour célébrer le "pacificateur de peuples" : Grandidier en 1931, Hanotaux en 1932. Un moment, la mémoire du colonial se superposa à celle du soldat de la Grande Guerre, sans l'estomper. À trois reprises, en effet, la presse célébra la mémoire du colonial.

En pleine Seconde Guerre mondiale, d'abord, pour ses souvenirs du Tonkin, parus en 1941. Cet hommage d'époque se teintait d'une certaine ambiguïté, tant il s'agissait surtout, pour certains, par l'exemple de Gallieni, de stigmatiser "l'indécision" des gouvernants de la IIIe République rendus responsables du désastre de 1940. L'occasion se présentait aussi d'exciter la fibre anglophobe de beaucoup, comme le confirme la parution au même moment de plusieurs biographies de Marchand rappelant "la honte de Fachoda" aux esprits trop ouverts aux séductions de Londres. Curieusement, à la même époque, Jean Gottmann, un Français émigré aux Etats-Unis, professeur de géographie à la Sorbonne avant la guerre, publie à Princeton la première étude sérieuse montrant la continuité de conceptions militaires de Bugeaud à Lyautey par l'intermédiaire de Gallieni. Peut-être beaucoup de jeunes officiers coloniaux des années 20, dont ils étaient les pères spirituels, "devront-ils être crédités d'une éventuelle influence dans les décades à venir", remarquait le nouveau professeur à Princeton, en plaçant Catroux, Noguès… et Giraud dans le même héritage !
La seconde occasion, nous la trouvons, aux lendemains immédiats de la Seconde Guerre mondiale, quand la41_1_sbl "reprise du rang" de la France commandait de reconstruire l'Empire sur de nouvelles bases. Dès 1945, le gouverneur général Robert Delavignette, bientôt directeur des Affaires politiques de la France outre-mer, et Charles-André Julien, déjà connu pour ses travaux sur l'Afrique du Nord et ses engagements militants, décidèrent la publication d'une anthologie des "Constructeurs de la France d'outre-mer". Charles-André Julien y fit la louange de "l'œuvre de Gallieni".

La même année, le grand géographe Pierre Gourou consacrait une vingtaine de pages à celui qui montrait par son œuvre que "le colonisateur a plus de devoirs que de droits" dans un volume d'une autre collection "impériale", les Techniciens de la colonisation, également dirigée par Charles-André Julien. Gallieni est redevenu d'actualité. Après la conférence de Brazzaville et dans ces débuts de l'Union française, c'est avant tout l'homme du réalisme intelligent, souple, humain, qu'on entendait exalter, celui chez qui "la colonisation qui est entrée dans une ère nouvelle", pour reprendre la formule de Charles-André Julien, pourra trouver un "maître à organiser", des méthodes et un modèle.

gallieni22Le centenaire de la naissance de Gallieni, à Saint-Béat, fournit la troisième occasion de célébrer la mémoire et l'œuvre du "grand colonial". La France était une nouvelle fois engagée en Indochine. Le Monde publia alors, sous la plume d'Edmond Delage, une chronique où les anciens principes de la pacification par la "tâche d'huile" étaient invoqués comme modèles toujours valables : "Les temps ont changé, les moyens matériels ont été révolutionnés par la technique. La règle conserve toute sa valeur", concluait l'auteur. Mais, a contrario, Gallieni servit aussi de caution à l'adversaire qu'on espérait réduire, au cours de cette même guerre. La première édition de Gallieni au Tonkin, en 1941, contenait une phrase explosive, à la fin de son second chapitre : "J'ajouterai que, sans tenir compte des pertes des partisans, je me suis toujours efforcé de les lancer en avant pour ménager nos propres troupes ; la colonne n'a eu qu'un mitrailleur blessé et deux morts de maladie". Elle ne fut pas supprimée dans la seconde édition, en dépit de certains avertissements, ni dans les extraits publiés en 1949 par le gouverneur Paul Chauvet, ancien résident à Lang Son. Celui-ci avait même ajouté une note expliquant que c'étaient les débris des bandes organisées par les Japonais, et détruites dans la région par des colonnes concentrique en décembre 1940, qui avaient constitué plus tard les premiers éléments du Viêt Minh. Celui-ci l'avait bien remarqué, de même qu'une autre phrase que Gallieni aurait prononcée devant le ministre André Lebon, en 1895, à la veille de son départ pour Madagascar : "Il faut emmener les légionnaires là où l'on meurt…" Aussi, le Viêt Minh, passé maître dans l'art de la propagande, sut-il utiliser ces atouts dans ses tracts de 1951, qui incitaient les légionnaires et les partisans à déserter. L'Histoire procède à des retournements imprévus.

Dans la France de 1949, cependant, le "doute colonial" n'est encore qu'en germe et n'atteint que peu d'esprits. Cette année-là, deux anciens gouverneurs passés au "métier d'historien", Paul Chauvet et Hubert Deschamps – celui-ci professeur à l'Institut d'études politiques de Paris – présentèrent les "écrits coloniaux" de Gallieni, sous le titre de Gallieni pacificateur. L'ouvrage entrait dans une collection, encore patronnée par Charles-André Julien, dont l'intitulé était bien l'affirmation d'une continuité : "Colonies et Empires". Gallieni y prenait place dans la galerie des "classiques de la colonisation" aux côtés de Faidherbe, Bugeaud, Pavie et Ferry, après Richelieu, Colbert et l'abbé Raynal, le défenseur des colonisés. L'esprit de renouveau n'était pas l'esprit de rupture.

D'ailleurs, beaucoup de colonisés honoraient toujours la mémoire de Gallieni. Il est remarquable, parreine_ranavalo3 exemple, que la famille royale de Madagascar exilée continua à entretenir des relations affectueuses avec la famille Gallieni, au moins jusqu'à la mort de la princesse Marie-Louise Ranavalo, nièce de la reine déchue, en janvier 1948 ; et que de nombreux Malgaches se soient longtemps réclamés de l'héritage de leur vainqueur. Le réveil de l'ancienne légende de Gallieni, celle du général Maziaka, c'est-à-dire "le Cruel", paraît bien avoir caractérisé une prise de conscience fort postérieure.

Peut-être encore plus significatifs furent les hommages réitérés d'un des hommes politiques les plus en vue de la nouvelle Afrique qui s'éveillait au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le fdabo1député du Soudan Fily Dabo Sissoko. En 1949, à propos des campagnes de Gallieni dans le haut Sénégal et le Niger, il s'écriait à la fin d'un vibrant hommage prononcé à Saint-Béat : "Gallieni n'est pas un César. Il ne mourut pas en César. Mais comme César, il a mérité devant l'Histoire le titre de fondateur d'Empire". Discours de circonstance, dira-t-on. Peut-être, mais propos sincère auquel un des chefs politiques de l'Afrique noire "française" tenait encore en 1961, autant qu'en 1949.


mad21Le souvenir du colonial s'estompait cependant alors dans le lointain d'un passé qui paraissait bien révolu et qu'on enfouissait dans le tréfonds d'une mauvaise conscience que les drames de la décolonisation avait engendrée. (…)

les Colonies. Certes, des considérations matérielles, prosaïques et très personnelles, l'y retinrent peut-être plus qu'il n'aurait souhaité. Mais les carrières militaires outre-mer n'offraient guère d'avantages et, par contre, beaucoup de risques pour la santé. Elles n'attirèrent jamais à l'époque qu'une minorité d'officiers, et la plupart parce qu'ils n'avaient pas le choix. Cependant, pour Gallieni, les colonies furent bien autre chose. Il s'y lança à corps perdu, dans son désir de "revanche" après l'humiliation de 1870. Il y trouva surtout la vraie réalisation de lui-même par l'action. Celle-ci, au cœur de l'aventure coloniale, fut bien une sorte de sublimation d'une pulsion que la vie monotone, terne, de l'officier de garnison en métropole ne pouvait satisfaire. Mais cette action ne fut pas seulement une action militaire ; l'action "civile" s'empara de lui tout autant, le posséda.

On a retenu longtemps que la première, parce qu'on était convaincu qu'elle offrait des recettes ; la "pacification", "tâche d'huile", etc., quitte à les accommoder aux exigences du moment. Après tout, le quadrillage, le regroupement des villages, l'armement des partisans, la connaissance intime des populationslv000622 et l'action psychologique constituent des nouvelles versions des méthodes que Gallieni avait perfectionnées au Soudan, au Tonkin, puis à Madagascar. D'ailleurs, quand on en prit conscience, on s'y référa. Ces méthodes, Gallieni n'en fut tout de même pas l'inventeur exclusif. Un Pennequin les expérimenta avant lui. Le rôle de Gallieni consista surtout à les systématiser, les théoriser et les publier. On put s'en inspirer plus tard. Mais les conditions avaient changé ; là où elles avaient réussi en 1894 ou 1896, elles devaient échouer en 1950. Objets d'histoire, elles n'ont plus pour beaucoup qu'un intérêt rétrospectif.


gallieni_t_te_nueLe bilan de l'action "civile" telle que la pratiqua Gallieni est plus actuel, pas ses séquelles et ses héritages, au moins à Madagascar.

Gallieni voulut construire un État. Le seul modèle qui lui paraissait valide était celui de son propre pays et il entendait réaliser, à sa manière, le "double mandat" prôné plus tard par le célèbre administrateur colonial britannique, lord Lugard : "Que l'Europe est présente en Afrique pour le bénéfice commun de ses classes industrieuses et des populations indigènes dans leur progression vers un plus haut niveau ; que le bénéfice peut être réciproque, et que le but et le désir d'une administration civilisée sont d'accomplir ce double mandat". Il y aurait beaucoup de mauvaise foi à accuser Gallieni d'hypocrisie ou de le blâmer de tant de naïveté. Les temps étaient ainsi. Il y a plus de fondement à lui reprocher des négligences de commandement, ou plutôt du contrôle de l'autorité subalterne, une théorie abstraite et pernicieuse de "l'impôt moralisateur", une certain dureté. Mais on ne saurait prendre au pied de la lettre le procès en "erreurs et brutalités coloniales" que lui intentèrent ses ennemis, Augagneur, Jean Carol ou Vigné d'Octon.

Ce qu'il légua à Madagascar est finalement le plus décisif, qu'on le juge bon ou mauvais. Une réalité d'abord : la fin de la monarchie et l'instauration d'un État républicain, laïque et rénové. Un bouleversementtananarive_courrier des structures sociales et aussi l'unification des ethnies et des régions, qui constituèrent une véritable révolution et la condition préalable d'une prise de conscience nationale. Enfin, une tentative et un projet de construire les bases d'une économie nouvelle, capable d'un démarrage autonome. Il se heurta là à l'indifférence d'une métropole égoïste, aux appétits des colons et des affairistes de tout poil, autant qu'aux difficultés de tout pays sous-développé. Quoi qu'il en fut, son action coloniale, ce fut aussi, dans un monde en crise, une accélération décisive de la "modernité".

Ce terme, fort imprécis au demeurant, peut, certes, être rejeté au nom des valeurs "traditionnelles" de la société qu'elle a bouleversée en lui imposant le modèle de l'Occident. La réalité moderne ne peut naître que d'une revendication de cette même "modernité" par ceux qui en furent tout à la fois les victimes et acteurs. Gallieni le comprit fort bien quand il fit appel aux Hovas vaincus pour reconstruire l'État à Madagascar. Il n'exclut même pas que ce grand choc puisse permettre la naissance d'une conscience nationale malgache. Mais, évidemment, il se trompait lorsqu'il croyait qu'elle se constituerait seulement dans l'allégeance à la puissance coloniale.

Marc Michel, Gallieni, Fayard, 1989, p. 319-326.

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Marc Michel, agrégé d'histoire, ancien élève de l'école normale supérieure, a enseigné l'histoire coloniale, professeur émérite à l'université de Provence (Aix- Marseille)

- Décolonisation et émergence du tiers-monde, Hachette-Supérieur, 2005.

- Jules Isaac : un historien dans la Grande Guerre - Lettres et carnets, 1914-1917, Armand Colin, 2004.

- Les Africains et la Grande Guerre : l'appel à l'Afrique (1914-1918), Karthala, 2003.



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mercredi 26 avril 2006

La transmission de l'Etat colonial en Afrique (colloque, 28-29 avril 2006)

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Premier tour des élections présidentielles en 2001 au Bénin



La transmission de l'État colonial

en Afrique : héritages et ruptures

dans les pratiques et les technologies

du pouvoir


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28-29 avril 2006

MALD, Centre Malher

9 rue Malher, 75004 Paris (M° St-Paul)

Depuis quelques années, au sein du MALD (Mutations africaines dans la longue durée, UMR 8054), des historiens se réunissent autour d’une réflexion commune sur les modalités pratiques de la transmission de l’Etat colonial en Afrique (TECA), sur les traces des cultures et des techniques administratives et politiques léguées par les colonisateurs à leurs successeurs au moment des transitions à l’indépendance. Au fil des séminaires organisés par le groupe constitué autour de cette problématique et des rencontres qui les ont ponctuées, régulièrement depuis 2002, les attendus du programme de travail initial établi en 1997 ont considérablement évolué. En effet après plus d’une trentaine de séances au cours desquelles des historiens, mais aussi des anthropologues, des politistes ou des juristes, ont pu croiser leurs interrogations et confronter leurs perspectives avec les regards portés par des invités, témoins de l’époque et acteurs de ces passations, le projet a progressé et peu à peu son appropriation par les chercheurs l’a transformé.

Plus qu’un colloque final où l’on voudrait établir le bilan d’une étude arrivée à son terme, la réunion qui sera organisée les vendredi 28 et samedi 29 avril 2006 à Paris devrait permettre une mise en forme rigoureuse de ces changements afin que l’ampleur scientifique du sujet puisse se re-déployer dans les prochaines années. Ce ne sont pas tant les objectifs du programme initial ni ses méthodes qu’il paraît nécessaire de redéfinir, que ses cadres théoriques, chronologiques et disciplinaires qu’il semble utile de redimensionner, au regard des champs d’exploration ouverts par le dialogue de l’histoire avec les autres sciences humaines et sociales et des questions posées par l’engagement mémoriel récent des témoins des décolonisations africaines.


renseignement :
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N'Krumah et les membres de son cabinet le 8 mars 1957


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mardi 25 avril 2006

Deux ouvrages récents d'histoire coloniale : Jacques Frémeaux, Jean-Louis Planche

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Deux ouvrages récents en

histoire coloniale  :

Jacques Frémeaux, Jean-Louis Planche



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- Les colonies dans la Grande Guerre. Combats et épreuves des peuples d'Outre-Mer, Jacques Frémeaux, éd. 14-18 (février 2006). commander

Quatrième de couverture
Entre 1914 et 1918, la nation, plongée dans la Première Guerre mondiale, n'a guère mesuré l'ampleur des efforts et des sacrifices de ce qui était alors son empire colonial. De nos jours encore, ces efforts et ces sacrifices sont largement méconnus. Jacques Frémeaux entend ici remédier à cette ignorance. Dans les histoires générales de la France contemporaine, l'empire colonial n'occupe le plus souvent qu'une place limitée, circonscrite à quelques paragraphes, au mieux à un chapitre unique. C'est sans doute une preuve des faibles rapports que la masse des Français ont entretenus avec l'épisode colonial. Lorsque la question bénéficie de plus longs développements, c'est, le plus souvent, à l'occasion de débats sur l'immigration en France ou sur le devenir des anciennes colonies, trop actuels pour ne pas biaiser les faits. Il n'est question ni de bâtir une légende dorée, ni de nourrir des rancœurs, mais d'aider, si possible, les descendants des combattants et des travailleurs de toutes origines, à mieux connaître les éléments communs de leur histoire, et, par-delà les clichés et les caricatures, à mieux se comprendre.

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Tirailleurs marocains pendant la Première Guerre mondiale



Biographie de l'auteur
Jacques Frémeaux, ancien élève de l'ENS de la rue d'Ulm, agrégé d'histoire, docteur ès-lettres, est professeur d'histoire contemporaine à la Sorbonne (université de Paris-IV).

- bio-bibliographie de Jacques Frémeaux

- commander : La France et l'Algérie en guerre : 1830-1870, 1954-1962 (éd. Economica, 2002)2717845666.08.lzzzzzzz_1_2207241203.08.lzzzzzzz_1_2717851488.08.lzzzzzzz_1_
- commander : Les Bureaux arabes dans l'Algérie de la conquête (Denoël, 1993)
- commander : Intervention et humanisme : le style des armées françaises en Afrique au XIXe siècle (éd. Economica, 2005)



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les massacres du Constantinois en 1945 :

un important travail de recherche

en archives

effectué par Jean-Louis Planche


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- Sétif 1945. Chronique d'un massacre annoncé, Jean-Louis Planche, éd. Perrin (avril 2006). commander


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maison d'Européens, incendiée à Kerrata en mai 1945


Quatrième de couverture
Le 8 mai 1945, deux faits mineurs survenus à Sétif et à Guelma déclenchent le plus grand massacre de l'histoire de la France contemporaine, en temps de paix : au moins 20 000 et peut-être 30 000 Algériens sont tués par les Européens.
Grâce au dépouillement des archives des ministères de l'Intérieur, de la Guerre et de Matignon, à de multiples entretiens avec des témoins, des acteurs et des journalistes, Jean-Louis Planche reconstitue le processus de cette "Grande Peur", survenue dans le département d'Algérie le moins politisé. Il montre, à l'origine, l'imbrication entre les conséquences immédiates de la guerre mondiale (notamment la présence américaine), les ravages du marché noir qui a destructuré la société coloniale et une épuration politique manquée. Il explique comment on passe d'une psychose complotière à une peur de l'insurrection générale, puis à une répression aveugle. Il analyse le rôle des partis politiques prompts à instrumentaliser l'affaire, au moment où ils se déchirent pour le contrôle du pouvoir dans la France d'après guerre.
Résultat : deux mois tragiques pour le Constantinois et une chape de plomb qui, soixante ans après, continue de peser sur les relations franco-algériennes et de hanter la mémoire nationale. Ce livre lève enfin le voile.

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- note sur ce livre : Stéphane Haffemayer sur Clionautes

- un article de la presse algérienne (9 mai 2005) avec propos de Jean-Louis Planche : Ghada Hamrouche

- le site de l'Union Nationale des Combattants : le.cri.net


Ainsi Jean-Louis Planche a-t-il terminé cet ouvrage auquel nous le voyons travailler depuis des années, notamment au Centre des Archives d'Outre-Mer (Caom), à Aix-en-Provence. Il y a des cartons d'archives ouverts et des dossiers dépouillés derrière ce travail... (M.R.)

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Jean-Louis Planche au Caom en 2002



Extrait de l'introduction
"L'événement analysé est présenté sans en exclure la part souterraine. En mai-juin 1945, une brèche s'est ouverte au nord du Constantinois dans le tissu uniforme des jours. Ont alors déferlé les créatures surgies de l'inconnu, les monstres nés de «la fécondité de l'imprévu» dont Proudhon nous dit qu'elle «excède de beaucoup la prudence de l'homme d'Etat» (cité par Anna Arendt). De ces créatures de violence, les archives nous donnent une image fugace, mais concrète. Nous les décrirons de notre mieux. Le sociologue Edgar Morin nous rappelle que «le soi-disant irrationnel, l’événement, la crise, ont leur logique et leur structure». Étudier les forces à l’œuvre, dans «la perspective clinique» qu’il propose, permet d’espérer mieux comprendre comment, selon les mots d’un témoin, «une psychose colonialiste, où la frousse se mêlait à la haine» a pu provoquer un tel drame."

Jean-Louis Planche, Sétif 1945. Chronique d’un massacré annoncé, p. 17.

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colloque "Michel Debré et l'Algérie" (27-28 avril 2006)

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27 janvier 1960

colloque "Michel Debré et l'Algérie"

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colloque

Michel Debré et l'Algérie

27 et 28 avril 2006

à l'Assemblée Nationale

Organisé par l'Association des Amis de  Michel Debré sous la Présidence d'Honneur
de M. Jacques Chirac, Président de la République,
Président M. Pierre Messmer, ancien Premier ministre

Programme

JEUDI 27 AVRIL 2006

Première séance présidée par Pierre Messmer :
Les convictions de Michel Debré

Deuxième séance présidée par Yves Guéna : Les combats de Michel Debré, Premier Ministre

VENDREDI 28 AVRIL 2006

Troisième séance présidée par Pierre Mazeaud :
Les combats de Michel Debré, Premier Ministre, et leur perception

Quatrième séance présidée par Jean Foyer : Les déceptions de Michel Debré

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P r o g r a m m e   d é t a i l l é   d u   C o l l o q u e

Jeudi 27 avril 2006

8 h 45
Accueil des participants
9 h 15 Allocution de Jean-Louis Debré, Président de l’Assemblée Nationale

Première séance présidée par Pierre Messmer
Les convictions de Michel Debré

9 h 30 Ouverture des travaux par Pierre Messmer, Président de l’Association des Amis de Michel Debré

9 h 45
Odile Rudelle, directeur de recherches CNRS/FNSP (er) :
«l’Algérie dans la République»

9 h 55
Jacques Frémeaux, professeur à l’Université de Paris IV :
«La perception des problèmes nord-africains par Michel Debré»

10 h 20 Débat et réponses aux questions des participants
10 h 50 Pause

11 h 10
Nicole Racine, directeur de recherches CNRS/FNSP :
«L’éditorialiste du Courrier de la colère»,
commentaires par André Fanton

11 h 30
Patrick Samuel, contrôleur général (économie et finances),
biographe de M. Debré :
«La théorie du complot : mythe et réalité»,
commentaires par
Georgette Elgey

12 h 20 Débat et réponses aux questions des participants
13 h 00 Déjeuner dans les salons de l’Hôtel de Lassay,
Présidence de l’Assemblée Nationale


Deuxième séance présidée par Yves Guéna  : Les combats de Michel Debré, Premier ministre

14 h 30
Gilles Le Beguec, professeur à l’Université de Paris X  :
«L’entourage de Michel Debré à Matignon»,
commentaires par Antoine Dupont-Fauville

15 h 00
Bernard Lachaise, professeur à l’Université de Bordeaux 3  :
«Michel Debré au Parlement»,
commentaires par Michel Habib-Deloncle

15 h 30 Débat et réponses aux questions des participants
16 h 00 Pause

16 h 20
Alessandro Giacone IEP – Paris III  :
«Paul Delouvrier et le plan de Constantine»,
commentaires par Yves Roland-Billecart

17 h 00
Chantal Morelle, professeur de classes préparatoires aux grandes écoles  :
«Le combat international»

17 h 25 Débat et réponses aux questions des participants
18 h 00 Fin des travaux de la première journée

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Vendredi 28 avril 2006

Troisième séance présidée par Pierre Mazeaud  : Les combats de Michel Debré, Premier ministre, et leur perception

8 h 45
Accueil des participants

9 h 15
Ouverture des travaux par Pierre Mazeaud, Président du
Conseil Constitutionnel
«Michel Debré, un juriste en politique»

9 h 30
Roger Benmebarek, ancien Préfet de région  :
«La promotion sociale »

10 h 00
Général Maurice Faivre (Cr)  :
«Une troisième force introuvable ?»

10 h 25
Débat et réponses aux questions des participants
10 h 45
Pause

11 h 00
Olivier Dard, professeur à l’Université de Metz  :
«Michel Debré et les “activistes”»

11 h 20
Christian Delporte  :
«Michel Debré et la presse française»,
avec les témoignages de Jean Ferniot et Jean Bergonier

12 h 00
Elodie Le Breton, doctorante en Histoire  :
«La perception de Michel Debré par les pieds-noirs»,
commentaires par Roger Roth, ancien député-maire de
Philippeville,
ancien Vice-président de l’Exécutif provisoire algérien

12 h 30
Rédha Malek, ancien ambassadeur d’Algérie en France,
ancien Premier ministre et négociateur des accords d’Evian :
«Michel Debré vu par le FLN et les Algériens»

12 h 50 Débat et réponses aux questions des participants
13 h 15 Déjeuner libre

Quatrième séance présidée par Jean Foyer  : Les déceptions de Michel Debré

14 h 30
Reprise des travaux

14 h 40
Guy Pervillé, professeur à l’Université de Toulouse  :
«Continuité et évolution des idées de Michel Debré sur l’Algérie»

15 h 00
Dominique Borne, Inspecteur Général (ER) de l’Education Nationale  :
«Michel Debré et la justice»

15 h 20
Marie-Catherine Villatoux , docteur en Histoire (SHD)  :
«Michel Debré et l’armée»,
commentaires par le général Michel Forget

16 h 15 Débat et réponses aux questions des participants

16 h 45 Pause

17 h 00
Daniel Lefeuvre, Université Paris VIII  :
«Michel Debré et l’avenir des Français d’Algérie»

17 h 20
Jean Morin, ancien Délégué général en Algérie  :
«De Gaulle et Michel Debré»

17 h 45
Débat et réponses aux questions des participants

18 h 00
Conclusion
Maurice Vaïsse, professeur à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris

18 h 15
Cocktail de clôture du colloque dans les salons de l’hôtel de Lassay

Secrétariat du colloque : Tél. : 01 45 62 62 95 - Fax : 01 45 63 33 73

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lundi 17 avril 2006

L'écriture au Vietnam

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Lettrés et interprètes à la Résidence, Hanoï - photo du Dr Hocquard
(cf. Une campagne au Tonkin, prés. Philippe Papin, arléa,1999, p. 179)



L'écriture au Vietnam

 

calligraphie

 

Dans un commentaire, posté le 16 avril 2006, "Patrice" écrit :

Bonjour,
Il est sain de réapprendre aux gens ce que fut réellement la colonisation française : phénomène en soi bien sûr, mais aussi phénomène international parmi d'autres. Récemment, un immigré vietnamien croyait raisonnable de rejoindre une manifestation des prétendus "Indigènes de la République" pour clamer son ressentiment contre la France. Son argument était simple : la colonisation française aurait traumatisé le peuple vietnamien en lui imposant une nouvelle écriture. Cet homme ignorait que la romanisation fut revendiquée par les révolutionnaires vietnamiens eux mêmes ! En plus, l'ancienne écriture vietnamienne fut elle même une écriture imposée par un autre colonisateur : la Chine. Et cette colonisation là dura mille ans. Laquelle des deux écritures est la plus vietnamienne ?

Patrice

 

l'écriture au Vietnam

En complément de cette réaction, quelques "liens" sur l'écriture vietnamienne :

 

- Tan Loc NGUYEN propose un sujet sur la calligraphie (mais c'est en vietnamien) et une hang_rong1explication des problèmes d'écriture informatique vietnamienne

 

 

 

- un site très complet sur les écritures au Vietnam : de l'idéogramme à l'alphabet, du pinceau à la plume, des estampes à l'ordinateur

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le camp des lettrés pendant le concours
Le Petit Journal, 28 juillet 1895

 

 

historique de l'écriture au Vietnam

- sur le site de l'université Laval au Québec (TLFQ - Trésor de la langue française au Québec) :

Les Vietnamiens ont utilisé les caractères chinois jusqu'au jusqu'au XIIIe siècle. Tout comme pour le chinois, les mots vietnamiens contenaient deux symboles: le premier indiquait la signification et le second la prononciation. Puis, les Vietnamiens ont inventé leur propre système d'écriture: le nôm.

Par la suite, au XVIIe siècle, Alexandre de Rhodes (1591‑1660), un jésuite français de nationalité portugaise,
derhodes introduisit l'alphabet phonétique romanisé (appelé quõc ngu), toujours en vigueur actuellement. C'est lui qui, le premier, a classé systématiquement les phonèmes de la langue vietnamienne ; par ses publications, il a systématisé, perfectionné et vulgarisé le nouveau mode d'écriture.

L'alphabet vietnamien n'a pas de lettre
f (remplacée par le graphème Ph équivalant au son [f]) ni de z (remplacé par le graphème GI équivalant au son [z]). De plus, afin de tenir compte des tons, les lettres peuvent porter des signes diacritiques différents.

Le vietnamien d'aujourd'hui peut encore s'écrire à l'aide de caractères chinois (le
chu nôm) dans des occasions spéciales ou comme forme d'art, mais la graphie romanisée, le quõc ngu, est devenue l'écriture officielle du pays. Malgré une influence chinoise omniprésente, le Vietnam demeure le seul pays du Sud-Est asiatique à posséder une écriture romanisée. Sous sa forme orale, le vietnamien présente des différences importantes d'accent et de vocabulaire entre le Nord, le Centre et le Sud, mais l'intercompréhension demeure relativement aisée.

 


bientôt un mémorial à Hanoï pour Alexandre de Rhodes

Le quõc ngu (graphie romanisée du vietnamien) fut créé au XVIIe siècle par un missionnaire français : le père Alexandre de Rhodes. Nombre d'intellectuels de la capitale appellent depuis des années à redresser son mémorial, abattu il y a une trentaine d'années.

matteoricci_clAlexandre de Rhodes est né le 15 mars 1591 à Avignon, dans le Sud de la France. Ce missionnaire s'est rendu de 1627 à 1645 au Vietnam pour propager le catholicisme. Pour convertir ses ouailles, il a cherché à maîtriser le vietnamien, ce qui lui a demandé peu de temps - le jésuite était en effet très doué pour les langues. Il commença, paraît-il, à prêcher en vietnamien seulement six mois après son arrivée ! Ensuite, grâce aux travaux de certains missionnaires portugais et espagnols qui avaient commencé à retranscrire en caractères romains le vietnamien, il réussit à mettre au point le quôc ngu. En remplaçant les caractères chinois par cette graphie romanisée, le père de Rhodes facilita la diffusion de l'Évangile. Rappelons qu'à cette époque, le vietnamien s'écrivait avec des idéogrammes (chu nho et chu nôm ) et il fallait de nombreuses années d'études pour maîtriser cette écriture complexe, domaine exclusif des lettrés, des mandarins et que le peuple était bien incapable de déchiffrer. Ce système d'écriture perdura jusqu'au début du XXe siècle, puis le quôc ngu le remplaça largement à partir de la Première Guerre mondiale. Parallèlement à sa mission évangélisatrice et à ses travaux sur la langue vietnamienne, le père de Rhodes s'intéressa aussi aux us et coutumes des locaux, à l'histoire et aussi aux ressources naturelles du pays. Il rédigea de nombreux ouvrages, les plus connus étant un "Dictionnaire annamite-portugais-latin", des "Explications brèves sur un voyage de mission religieuse au Tonkin", une "Histoire du royaume tonkinois"...

Pour rendre honneur à cet inventeur du vietnamien romanisé, un mémorial fut dressé fin mai 1941, donc pendant la présence coloniale française, sur une petite place au nord-est du lac Hoàn Kiêm, à côté du temple de Bà Kiêu. C'était une stèle en pierre, haute de 1,7 m, large de 1,1 m et épaisse de 0,2 m, sur laquelle étaient gravés, en quôc ngu , en chinois et en français, les mérites d'Alexandre de Rhodes.
Le journal Tri Tân du 13 juin 1941 informa ses lecteurs de la manière suivante : "M. Alexandre de Rhodes a revécu parmi les habitants de Hanoi lors de l'inauguration de son mémorial ; la cérémonie a été réalisée dans une atmosphère solennelle et émouvante... Maintenant, le quôc ngu est considéré comme les fondements de la langue nationale, c'est pourquoi, nous ne pouvions pas ne pas remercier sincèrement celui qui l'a inventé, M. Alexandre de Rhodes".

Mais malheureusement, le monument disparut un jour, il y a une trentaine d'années. Qui l'enleva ? Nul ne le sait ! Acte politique ou simple vandalisme, le mystère reste entier... Il faut dire que les missionnaires n'ont jamais eu bonne presse au sein des milieux révolutionnaires en lutte pour l'indépendance du pays. C'est un fait que, dans l'histoire du colonialisme, et pas seulement au Vietnam, la croix a souvent précédé l'épée et le canon. La stèle, donc, bien que volumineuse, disparut de son piédestal... Un temps, on la revit dans l'échoppe d'un serrurier qui s'en servit comme... enclume. Puis une marchande de thé l'utilisa comme comptoir - bien pratique pour boire et se cultiver à la fois ! Certains la virent même au bord du fleuve Rouge... Dans les années 1980, l'espace dédié à Alexandre de Rhodes vit l'érection d'un superbe monument révolutionnaire blanc immaculé, à la gloire des patriotes : trois grandes statues de combattants, dont une femme. Sur le piédestal, cette inscription : "Prêts à se sacrifier pour la Patrie".


Redresser la vieille stèle ou élever un buste ?
En 1993, le Club des historiens organisa une causerie sur Alexandre de Rhodes. Le professeur Nguyên Lân évoqua le mémorial du Français. Pour lui, il n'aurait jamais dû être abattu. Cet acte révélait une certaine étroitesse d'esprit, une méconnaissance totale de l'histoire et, de toute manière, c'était indigne de notre peuple. Le Vietnam a toujours été une nation reconnaissante envers ses bienfaiteurs. En mangeant un fruit, garde le souvenir de celui qui a planté l'arbre, dit un adage fameux. Même sous la domination chinoise, Shi Nie, un administrateur chinois, fut élevé à un rang supérieur, en raison de ses efforts pour propager l'écriture chinoise au sein du peuple vietnamien. Ce dernier bâtit d'ailleurs un temple pour lui rendre hommage.

À Hanoi, un monument vantant les mérites d'un Français célèbre a survécu à la révolution d'Août 1945 : le buste de Pasteur (chimiste et biologiste français, 1822-1895). Et la rue Yersin existe toujours (microbiologiste français d'origine suisse, qui est mort en 1943 à Nha Trang, Vietnam, là où il étudia pendant des années le bacille de la peste). À Hô Chi Minh-Ville, il existe également des rues Yersin et Calmette (médecin et bactériologiste français, qui a découvert, avec Guérin, le vaccin antituberculeux, dit BCG). Une statue de Yersin trône aussi à Nha Trang, province de Khánh Hoà (Centre).
Et Alexandre de Rhodes n'a-t-il pas aussi oeuvré pour le peuple vietnamien ? L'écriture romanisée, d'apprentissage beaucoup plus facile que les idéogrammes, a favorisé l'accès au savoir et à l'information de larges pans de la population, et il a permis aussi d'affaiblir le pouvoir des mandarins qui était en grande partie fondé sur leur savoir traditionnel écrit en scriptes chu nho et chu nôm.

Et le missionnaire était aussi un humaniste, proche de la population... C'est pourquoi, il est temps de redonner à de Rhodes un espace de mémoire au cœur de la capitale vietnamienne. Le professeur Nguyên Lân a proposé d'élever un buste au parc Tao Dàn, devant l'Université de pharmacie de Hanoi. Mais il est aussi possible de remettre en place la vieille stèle qui a finit son parcours rocambolesque dans les rues de Hanoi, et qui est maintenant entreposée dans les locaux du Comité de gestion des vestiges historiques et des sites touristiques de la capitale.
En 1995, le Centre des sciences sociales et humaines a organisé un colloque sur la vie et l'œuvre du missionnaire français. Dans son intervention relative aux contributions du jésuite au Vietnam, le docteur Nguyên Duy Quy a conclu : "Nous comptons déposer la vieille stèle dans l'enceinte de la Bibliothèque nationale. Nous voulons aussi redonner à une rue de Hô Chi Minh-Ville le nom du célèbre missionnaire, débaptisée il y a quelques décennies."
L'histoire de la stèle du jésuite a enfin reçu un écho dans le monde des intellectuels, après une "disparition" de plusieurs décennies. Selon une circulaire publiée le 29 juillet 1997, le Service de conservation des monuments historiques et des musées - dépendant du ministère de la Culture et de l'Information - avait l'intention de remettre la stèle au parc Canh Nông, dans l'actuelle rue Diên Biên Phu, à Hanoi.
Le professeur Vu Khiêu, lui, est partisan de remettre le mémorial à sa place initiale, au bord du lac Hô Guom (lac à l'Épée restituée). Alors ce plan d'eau, véritable cœur de la capitale, abritera les trois symboles les plus importants du pays : la Paix (symbolisée par la restitution, à une tortue géante du lac, de l'épée magique qui servit au roi Lê Loi à chasser les Ming au XVe siècle - selon une légende populaire), la Culture (le Tháp Bút - obélisque en forme de pinceau - érigé par Nguyên Siêu) et l'Amitié entre les peuples (la stèle d'Alexandre de Rhodes, inventeur du quôc ngu ).

Hông Nga et Sébastien - Le Courrier du Vietnam - 4 Juillet 2004.



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* voir la contribution de Pierre Brocheux : "À propos de quôc ngu et d'agression culturelle"

 

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lundi 3 avril 2006

La question postcoloniale (Yves Lacoste) - n° 120 de la revue Hérodote

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la question postcoloniale en France :

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la société française dénoncée comme une société coloniale



La question postcoloniale

Yves LACOSTE

extraits de la présentation du n° 120 de la revue Hérodote



Dans les pays qui ont été colonisés, surtout ceux dont l'indépendance nationale est relativement récente, et où les manifestations du sentiment national sont une des composantes majeures de la vie politique, le rappel de la lutte commune contre le colonialisme est presque un rituel, mais il est convenu. En revanche, dans les pays d'Europe occidentale, où l'idée de nation ne s'exprime plus guère de façon majoritaire, la presse, de plus en plus souvent, donne un écho généralement favorable à de nombreux discours et ouvrages qui dénoncent - pour reprendre une formule consacrée - les crimes qu'a commis durant des siècles la colonisation, y compris dans ses dernières années. Celle-ci est souvent assimilée à l'esclavage, et même, de plus en plus souvent, à des entreprises de génocide plus ou moins délibérées.
Or, loin d'en appeler à une attitude générale de repentance envers des peuples qui en ont été les victimes, cette mise en accusation du colonialisme s'inscrit surtout dans le champ politique interne, notamment en France. Sont ainsi dénoncées, rétrospectivement la droite et l'extrême-droite, accusées des guerres coloniales, et même la gauche classique, à laquelle sont reprochées la politique colonisatrice de la IIIe République et même son implication décisive dans la guerre d'Algérie. (...)

De nos jours, un nouveau mouvement anticolonialiste (un néo-anticolonialisme ?) soutient, certes au plan international, des mouvements d'indépendance comme celui des Tchétchènes ou des Palestiniens (en dénonçant parfois l'imminence ou même la perpétuation d'un génocide), mais ses enjeux essentiels sont, à mon avis, de politique intérieure. Pour en mesurer l'importance, il faut vraiment prendre acte que les relations entre les pays d'Europe occidentale et ceux d'Asie ou d'Afrique ont subi de très grands changements, au plan non seulement politique, mais aussi démographique. Il ne s'agit plus de colonisation, mais de postcolonial. (...)

Poser la question postcoloniale consiste à examiner les interactions principalement culturelles qui existent aujourd'hui entre deux nations ayant été autrefois situées dans un rapport géopolitique de type colonial - à savoir une autorité politique étrangère exercée durablement sur un peuple, par droit de conquête (et avec la complicité de notables locaux), la population autochtone étant soumise à des formes d'organisation conçues et commandées par des cadres porteurs d'une autre culture nationale et venus d'un pays plus ou moins lointain. (...)

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Alors que cette relation géopolitique de type colonial fut en quelque sorte culturellement à sens unique, la relation postcoloniale est dans une certaine mesure beaucoup plus réciproque. En effet, si une partie plus ou moins significative de la population colonisée entendait et apprenait la langue du colonisateur et parfois même imitait certains de ces comportements, en revanche dans la métropole coloniale (exception faite des "cercles coloniaux") on ignorait autrefois pratiquement tout des cultures "d'outre-mer". Aujourd'hui, en France par exemple, du fait de l'accroissement du nombre d'habitants issus de pays de culture musulmane, mais aussi de l'évolution des idées, le nombre de gens qui entendent du raï, mangent du couscous et qui ont des copains "arabes" est incomparablement plus grand qu'au temps de "l'Algérie française". C'est la preuve de l'importance des relations postcoloniales.

Yves Lacoste, extrait de l'introduction au n° intitulé "La question postcoloniale"
de la revue Hérodote, n° 120, 1er trimestre 2006


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        la revue Hérodote                       Yves Lacoste   

                    n° 120 - La question postcoloniale


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samedi 25 mars 2006

à la mémoire du professeur Paul Sebag, Tunis-Paris, 1919-2004

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Paul Sebag, 1955-56


à la mémoire du professeur Paul Sebag

Tunis-Paris, 1919-2004


dimanche 2 avril 2006
initialement prévue à la SORBONNE - PARIS

la manifestation aura lieu à l'Hôtel de la Monnaie :

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11, quai Conti (Paris 6e)


Journée organisée par :
La Société d'Histoire des Juifs de Tunisie


 


MELANGES À LA MÉMOIRE

DU PROFESSEUR PAUL SEBAG

Historien des Juifs de Tunisie



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Paul Sebag (au centre) en 1994



Entrée : 17 rue de la Sorbonne 452px_la_sorbonne_photo12
75005 - Paris


                                       

                                                   changement d'adresse
                                                   la manifestation aura lieu :

                                                                Hôtel de la Monnaie,

                                                                                             11 quai Conti (Paris 6e)



Dimanche 2 Avril 2006
Première séance
10h – 12h
Amphithéâtre Louis Liard

HISTOIRE ET POLITIQUE

Sous la présidence de
Habib KAZDAGHLI
Vice-Doyen de la Faculté des Lettres de Manouba


Entre Tunis et Alger : les élites juives vers 1800
par Yaron Tsur
Université de Tel-Aviv

Alger à la veille de la conquête française
par Jacques Taïeb
Université Panthéon-Sorbonne (Paris I)

Le premier voyage d’un Bey de Tunis en France (Ahmed Bey 1837)
par Fayçal Bey
Ecrivain

La politique française à l’égard des Juifs de Tunisie sous le Protectorat
(1910-1923)
par Armand Maarek
Université Panthéon-Sorbonne (Paris I)




Dimanche 2 Avril 2006
Deuxième séance
14h – 16h 00
Amphithéâtre Louis Liard

CULTURE ET RELIGION

Sous la présidence de
Mireille HADAS-LEBEL
Professeur à l’Université de Paris-Sorbonne (Paris IV)


Le complot des Juifs de Khaybar :
un poème en melhûn de Sidi Ben Khalûf al-Akhdar (Algérie, XVIème siècle)

par Paul Fenton
Université de Paris-Sorbonne (Paris IV)

La question linguistique dans la presse judéo-arabe de Tunis à la fin du XIXème siècle
par Yossef  Chetrit
Université de Haïfa

Joseph Cohen-Tanuji Hadria : un rabbin moderniste à l’époque du Protectorat
par Denis Cohen-Tannoudji
Ecole Normale Supérieure

Osiris et la Grande Synagogue de Tunis
par Dominique Jarrassé
Université de Bordeaux III



Dimanche 2 Avril 2006
Troisième  séance
16h 15 – 18h 30

PAUL SEBAG : L’HOMME, LE PROFESSEUR, L’ERUDIT

Sous la présidence de
Claude NATAF
Président de la Société d’Histoire des Juifs de Tunisie

 

La bibliothèque de Paul Sebag
Par Jean-Claude Kuperminc
Conservateur de la bibliothèque de l’Alliance Israélite Universelle

Paul Sebag dans son siècle
par Lucette Valensi
Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales

L’apport de Paul Sebag à la recherche et à l’enseignement de la sociologie en Tunisie
par Lilia Ben Salem
Faculté des Sciences Humaines et Sociales de Tunis

L’historiographie des Juifs de Tunisie de Cazès à Paul Sebag
par Colette Zytnicki
Université de Toulouse Le-Mirail

La ville de Tunis dans l’œuvre de Paul Sebag
par Abdelhamid Larguèche
Faculté des Lettres de Manouba


Société d’Histoire des Juifs de Tunisie
45, rue La Bruyère – 75009 Paris




sur Paul Sebag (1919-2004)


- en hommage à Paul Sebag : in memoriam, par Mohamed Kerrou

- hommage à Paul Sebag, par Noura Borsali dans Réalités, magazine hebdomadaire tunisien

- souvenirs de Claude Sitbon et de Bruno Proïetto : carnottunis

- réflexion publiée sur le "blog perso d'un tunisien qui se cherche..." : zizou from djerba

- articles de Paul Sebag parus dans la Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée (fondée en 1966 par un groupe d'universitaires aixois sous le titre de Revue de l'Occident musulman et de la Méditerranée)


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Paul Sebag, professeur de français, année scolaire 1955-56
(source : Association des anciens élèves du lycée Carnot de Tunis)




2738410278.08.lzzzzzzz

Histoire des Juifs de Tunisie (éd. L'Harmattan, 2000)


2738466109.08.lzzzzzzz

Tunis, histoire d'une ville (éd. L'Harmattan, 2000)




les intervenants


Habib KAZDAGHLI
Vice-Doyen de la Faculté des Lettres de Manouba
- journée d'études "La mise en tourisme du Sahara (depuis la période coloniale)" : cnrs framespa/diasporas
- articles parus dans la Remm
- article : "apport et place des communautés dans l'histoire de la Tunisie moderne et contemporaine" : barthes.ens.fr/clio


Yaron TSUR
Université de Tel-Aviv
- "L’AIU et le judaïsme marocain en 1949 : l’émergence d’une nouvelle démarche politique" : cfaj
Jews in Muslim Lands in the Period of the Reforms, 1830-1880 (
The Littman Library of Jewish Civilization, 2006)


Jacques TAÏEBjacques_ta_eb2226068023.08.lzzzzzzz
Université Panthéon-Sorbonne (Paris I)
Être juif au Maghreb à la veille de la colonisation (Albin Michel, 1994)





Fayçal BEYpres147_4749
Ecrivain
- La dernière odalisque (Livre de Poche, 2003)

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Armand MAAREKarmand_maarek
Université Panthéon-Sorbonne (Paris I)





Mireille HADAS-LEBEL2070533565.08.lzzzzzzzhadas_lebel
Professeur à l’Université de Paris-Sorbonne (Paris IV)

- Entre la Bible et l'histoire : le peuple hébreu (Gallimard, 1997)
- Flavius Joseph. Le juif de Rome (Fayard, 1989)
- Hillel : un sage au temps de Jésus (Albin Michel, 2005)

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Paul FENTON2743609826.08.lzzzzzzzgf37.fenton.m
Université de Paris-Sorbonne (Paris IV)
professeur de langue et civilisation hébraïques, responsable de la "filière hébraïque" du département d'études arabes et hébraïques
- article : "La musique sacrée de tradition ashkénase", in L'Arche, n° 571 (2005)
- Sefer Yesirah ou le Livre de la Création : exposé de cosmographie hébraïque ancienne (éd. Rivages, 2002)

 

Yossef  CHETRITchetrit
Université de Haïfa
- bio-biblio : mimouna.nat


 

 

Denis COHEN-TANNOUDJI
Ecole Normale Supérieuredenis_cohen_tannoudji
- "Deux personnages dans la généalogie Cohen-Tanoudji : le rabbin Yismaël et le Caïd Yoshua", revue du CGJ, n° 56 (1998)





Dominique JARRASSÉ2130495842.08.lzzzzzzz2742712623.08.lzzzzzzz
Université de Bordeaux III
professeur d'histoire de l'art contemporain
- bio-biblio : institut universitaire d'études juives
- bio admin : ufr histoire de l'art et archéologie
- Existe-t-il un art juif ? (éd. Biro, 2006)
- Une histoire des synagogues française (Hébraïca, Actes Sud, 1999)
- Les synagogues (avec Maurice-Ruben Hayoun, Puf, "Que sais-je ?", 1999)



Claude NATAFclaude_nataf
Président de la Société d’Histoire des Juifs de Tunisie
- "L'établissement du Protectorat en Tunisie", colloque international Zadoc Kahn, 1839-1905 : judaïsme.sdv
- "Les institutions culturelles en Afrique du Nord",   Le Consistoire durant la Seconde Guerre mondiale, revue d'histoire de la shoah, n° 169
- "Le Consistoire et les fidèles au lendemain de la Shoah", les Cahiers de la Shoah, n°5

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Jean-Claude KUPERMINCku_rminc
Conservateur de la bibliothèque de l’Alliance Israélite Universelle
- "La reconstitution de la bibliothèque de l’Alliance israélite universelle, 1945-1955" : cfaj et article@inist



 

 

Lucette VALENSI2020135051.08.lzzzzzzz2020541459.01.lzzzzzzz
Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales
- bio-biblio : chsim
- Fellah tunisiens : l'économie rurale et la vie des campagnes aux XVIIIe et XIXe siècles (éd. EHESS, 1977)
- La fuite en Égypte : histoires d'Orient et d'Occident (Seuil, 2002)
- Mémoires juives (avec Nathan Wachtel, Gallimard, 1986)
- Fables de la mémoire. La glorieuse bataille des trois rois (Seuil, 1999)

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Lilia BEN SALEM
Faculté des Sciences Humaines et Sociales de Tunis
- maître de conférence en sociologie
- articles parus dans la Remmm
- article : "Le statut de "l'acteur social" dans la sociologie tunisienne" : irmc

 

Colette ZYTNICKI
Université de Toulouse Le-Mirail
- cf. répertoire des historien(ne)s du temps colonial




Abdelhamid LARGUÈCHElargu_che
Faculté des Lettres de Manouba
- bio-biblio (1) : agence universitaire de la francophonie
- bio-biblio (2) : crlv
- "Les abolitions de l'esclavage en Tunisie : approches pour une histoie de la communauté noire", in Les abolitions de l'esclavage (Presses universitaires e Vincennes)
- Les ombres de Tunis (2000)
- article : "Pauvres, marginaux et minoritaires à Tunis aux XVIIIe et XIXe siècles" : irmc
- Abdelhamid Larguèche cité dans un forum de discussion sur Tunis et la Goulette
- article : "Le Maghreb n'est pas une terre de racisme", 25 juillet 2004, in Jeune Afrique.com (accès payant)




campus
université de la Manouba


incident antisémite en Tunisie


Des étudiants ont perturbé une cérémonie dédiée à un historien juif tunisien.


par José GARÇON
Libération, jeudi 16 mars 2006


L'affaire aurait dû être une cérémonie hautement symbolique : la donation à l'université de la Manouba, près de Tunis, d'une partie de la bibliothèque d'un historien et sociologue juif tunisien décédé en 2004, Paul Sebag. Ayant vécu en Tunisie jusqu'aux années 70, où il a formé les premiers sociologues tunisiens, Paul Sebag est notamment l'auteur de deux ouvrages de référence Tunis, histoire d'une ville et Tunis au XVIIe siècle. La célébration de son geste est devenue au contraire un nouvel exemple de la très forte radicalisation existant dans le monde arabo-musulman et s'est transformée en incident suintant la haine.

Le 10 mars donc, la faculté de lettres de la Manouba a prévu un petit colloque scientifique pour célébrer cette donation. La fille de Paul Sebag et l'historien Claude Nataf, président de la société d'histoire des juifs de Tunisie, venus de France, ainsi que l'attaché culturel français, des professeurs tunisiens et des représentants des autorités doivent y participer. Alors que tous sont reçus par le doyen de la Manouba, des cris fusent à l'extérieur. «Revendications étudiantes», affirment les Tunisiens, qui sont toutefois nerveux et retardent le début du colloque.

Les choses se corsent quand le groupe veut rejoindre un amphi dont l'entrée est bloquée par 100 à 150 personnes qui crient des slogans en arabe. «A bas Israël», «Vive la Palestine», «Vive le Hamas», «Pas de normalisation (avec Israël, ndlr)», «les juifs à la mer», «Nous ne voulons pas de la bibliothèque d'un communiste juif stalinien» et autres amabilités du même genre. Quelques coups partent. Les professeurs font la chaîne pour séparer les manifestants des invités qui peuvent enfin entrer dans l'amphi et tenir leur colloque.

Les autorités universitaires, qui, selon Claude Nataf, ont «tout fait pour empêcher les choses de dégénérer», se sont confondues en excuses. Absente, la police n'a pu intervenir. Officiellement car elle «n'entre pas sur les campus», mais la raison laisse songeur dans un pays aussi quadrillé. Dans une lettre à l'ambassadeur de Tunisie en France, le Crif demande des sanctions contre les auteurs de cet «incident antisémite». Un peu moins de 2000 juifs vivent encore en Tunisie.

***

 

- sur cet événement, cf. Guysen, Israël news, 18 mars 2006

- lire aussi  : "Incidents antisémites à l'université de Tunis" sur le site du Crif



contact
michelrenard2@aol.com



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vendredi 17 mars 2006

Le soldat inconnu était noir (Jacqueline Sorel)


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soldat d'une unité sénégalaise en tenue kaki

(source troupesdemarine)



Le soldat inconnu était noir

Jacqueline SOREL




On fleurit les tombes, on réchauffe le Soldat Inconnu.
Vous mes frères obscurs, personne ne vous nomme.
Léopold Sédar Senghor (Hosties noires, 1938)


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L'historien africaniste Marc Michel raconte le drame des soldats africains dépéchés sur le sol de France pendant la Première Guerre mondiale pour défendre une mère-patrie qui les considérait comme de la vulgaire chair à canon*. Un document utile pour comprendre cette page essentielle des relations franco-africaines.

Ce n'est pas sans un certain serrement de cœur que l'on imagine l'engagement des soldats africains sur le sol de France lors des guerres qui ensanglantèrent l'Europe. De ces "frères obscurs", célébrés par le poète Senghor dans Hosties noires, Marc Michel a reconstitué l'histoire dans une première thèse parue en 1982, et revue aujourd'hui pour une publication destinée à toucher le grand public.

Marc Michel est un professeur émérite de l'Université de Provence. Il a enseigné en Afrique et en France à de nombreux élèves, dont beaucoup d'Africains qui se souviennent de lui avec émotion. Sa contribution à l'histoire qui réunit dans un même combat les militaires africains et français est un document essentiel pour qui veut se souvenir du passé colonial et de la participation des "tirailleurs sénégalais" à la guerre. Le livre en fait l'historique et se limite à la guerre de 14-18.

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                                                                                                                                                                                                                                                                                                                        Marc Michel


Aux origines de la force noire, Charles Mangin, alors lieutenant qui, sous ce titre, développe en 1910 son projet de faire de l'Afrique noire le réservoir de la puissance française de demain devant le défi allemand. Le projet va cheminer dans l'esprit des autorités militaires, avec enquêtes auprès des administrateursmangin coloniaux et des chefs locaux, et avec des prises de positions diverses, dont celle très hostile de Jean Jaurès qui, au nom du parti socialiste pose le problème en ces termes : "...le prolétariat se demandera si vous ne voulez pas jeter sur le champ de bataille... une armée prétorienne au service de la Bourgeoisie et du Capital..."
                                                                                                                                                                                                                                                                                                        général Mangin   

La mise en place de "la force noire" n'est encore qu'à l'état d'expérience lorsque la conquête du Maroc vient modifier la situation. La métropole qui ne trouve pas aisément des militaires prêts à ces futurs combats, fait appel aux Africains recrutés tant bien que mal en Afrique Occidentale pour renforcer ses bataillons. Entre 1908 et 1914 ces "Tirailleurs sénégalais" font partie de l'armée d'Afrique qui impose le protectorat au Maroc.

tirailleurs_4En 1914, c'est la mobilisation générale contre l'Allemagne. L'appel à l'Afrique commence au mois d'août. Marc Michel analyse finement les diverses attitudes des responsables face à la guerre : William Ponty, gouverneur général de l'AOF, celui-là même dont le nom fut donné à la grande école de formation des élites, propose d'envoyer plusieurs milliers d'hommes et affirme que : "l'enthousiasme serait extrême si les populations étaient informées que les indigènes sont admis à l'honneur de se battre en France". Cette vision est souvent démentie sur le terrain. Dans la province du Bélédougou en particulier, le recrutement suscite une révolte et cet avertissement d'un chef qui déclare fièrement qu' : "à tout prendre, puisque ces guerriers ne devaient jamais revoir leurs villages, ils préféraient se faire tuer sur leur sol." Dans d'autres régions, c'est la fuite en brousse qui sauve les présumées recrues.

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                                                                                           village du cercle de Kolokani (Mali)




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"L'impôt du sang"
Plus complexe fut l'attitude des "évolués" dont beaucoup se disent attachés à la "mère patrie". Les notables font preuve de prudence, les marabouts sont accusés d'avoir un discours ambigu, tous sont pris entre le besoin de s'accommoder des autorités coloniales et de soutenir les populations hostiles à la conscription. L'intervention de Blaise Diagne élu député du Sénégal en 1914 est alors décisive. Au parlement français, il est considéré comme la voix de l'Afrique. Il propose d'échanger "l'impôt du sang" contre l'octroi "aux plus évolués de la population africaine" de la citoyenneté française. Ses propositions, débattues à l'Assemblée, aboutiront, en mars 1916 à une loi accordant aux natifs de quatre communes, Gorée, Dakar, Saint-Louis, Rufisque, de n'être plus des sujets mais des citoyens, ce qui implique le service militaire. Pour eux, "l'égalité est reconnue à travers le sacrifice ".

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La guerre franco-allemande fut sanglante, en particulier pour les forces noires envoyées de façon massive sur la Somme, à Verdun, puis au Chemin des Dames. Mangin y recevra le titre de "boucher des noirs". Le livre de Marc Michel analyse les conséquences des nouveaux recrutements imposés par le gouvernement français à l'Afrique et les troubles qu'ils provoquent. De la chasse à l'homme à l'appât financier, tous les moyens sont mis en oeuvre pour enrôler des hommes sous le drapeau français entre 1915 et 1916. Ils s'accompagnent de grandes révoltes, souvent peu connues, que le livre de Marc Michel racontent en détails, telle celle de l'Ouest Volta décrite par un témoin effaré mais admiratif du courage de ces résistants.


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Blaise Diagne (1872-1934)

L'année 1918 voit la montée en puissance de Blaise Diagne, élevé à la dignité de commissaire de la République. Son prestige en Afrique est immense. Il est chargé de faire à nouveau appel à la force noire, mais il veut que l'on offre des contreparties à ses concitoyens. Le "réservoir africain" fonctionne durant cette dernière année de guerre qui doit ouvrir des perspectives nouvelles pour les Africains qui ont servi sous les drapeaux français. L'armée coloniale est née ; elle aura son école, Blaise Diagne y croit : "Il y a le plus grand intérêt au point de vue politique et social à faire passer le plus grand nombre possible par l'Ecole de l'Armée de façon à ce qu'ils soient rendus à leur colonie d"origine plus instruits et mieux pénétrés de l'influence française".

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Le livre de Marc Michel montre bien la rupture que constitua La Grande Guerre au sein même de l'Afrique Occidentale Française. Les modifications apportées aux structures coloniales, les changements dans les mentalités, notamment suite aux récits des anciens combattants, la prise de conscience des évolués qui pour certains suivent les traces de Blaise Diagne, et pour d'autres prennent une voie radicalement différente, transforment les regards et les relations de part et d'autre de la barrière coloniale. Le récit en est passionnant pour qui s'intéresse aux relations entre la France et l'Afrique dans ces années évolutives ; il fournit de nombreuses informations et permet de recréer une époque et de donner quelques clés pour comprendre la suite des événements de ce 20e siècle qui vit l'Afrique combattre à nouveau aux côtés des soldats français, avant de gagner son indépendance et de prendre en main son destin.

Jacqueline Sorel
5 mars 2004 - source rfi.fr

* C'est un sort qu'ils ont partagé avec tous les Français mobilisés... (MR)


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Première Guerre mondiale : tirailleurs sénégalais traversant une ville (Reims ?)


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Les Africains et la grande guerre. L'Appel à l'Afrique,
par Marc Michel. Ed. Karthala, 304 pages, 26 euros.







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Jacqueline Sorel,
Léopold Sédar Senghor. L’émotion et la raison,
Saint-Maur-les-Fossés, Editions Sépia, 1995





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jeudi 9 mars 2006

Le devenir du Maghreb ne se fera pas seulement contre la période coloniale (Jacques Berque)


où trouverait-il l'assise de ce qu'il veut être, sinon

dans la mise à jour de ce qu'il était ?


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Azemmour (Maroc), 1935, autochrome de Gabriel Veyre




Le devenir du Maghreb ne se fera pas

seulement

contre la période coloniale

Jacques BERQUE


Avouons-le, même si l'assertion que voici risque de scandaliser. Le devenir du Maghreb ne se fera pas seulement contre la période coloniale, mais de son dépassement. Par une démarche symétrique, il devra mettre en cause, jacques_berque_phototout ensemble, et revivifier les périodes antérieures. Il lui faudra tout à la fois les récuser et les prolonger, bref les soumettre à une fidélité iconoclaste, seule capable de démêler en elles l'invariant du contingent, le personnel du déformant et de l'adventice.

Et cela débouche sur une question plus grave.

L'identité du Maghreb va-t-elle se transposer tout ou partie en termes de civilisation industrielle ? Ou prêter ses contenus physiques et humains, et les véhémences qu'il eut toujours en partage à l'opération qui les fondrait dans un système plus vaste, planétaire si l'on veut ? Tel pourrait être en effet l'un des sens de la décolonisation, ou plutôt des révolutions qu'elle annonce.

Mais c'est en tant que personne, croyons-nous, que le Maghreb entend participer à un système de la Terre. Dès lors où trouverait-il l'assise de ce qu'il veut être, sinon dans la mise à jour de ce qu'il était ?

Jacques Berque, L'intérieur du Maghreb, XVe-XIXe siècle,
Gallimard, 1978, p. 545-546.


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commander : L'intérieur du Maghreb, XVe-XIXe siècle


 






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