jeudi 5 octobre 2006

De la repentance à l'Apartheid ? (Olivier Pétré-Grenouilleau)

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marché de Kaéli, Cameroun, 4 juin 1951 - source : base Ulysse, Caom

 

De la repentance à l'Apartheid ?

Olivier PÉTRÉ-GRENOUILLEAU

 

couv_Daniel_newVeut-on vraiment une France de l'Apartheid ? Si tel n'est pas le cas, alors cessons d'opposer les Français en fonction de leurs origines par l'intermédiaire d'un passé déformé. Rompons avec une repentance coloniale qui ressasse et divise au lieu de guérir. Tel est le diagnostic formulé par Daniel Lefeuvre dans son bel essai. Celui d'un historien ayant décidé de se jeter dans l'arène, non pas pour satisfaire à quelque sensationnalisme, mais afin de montrer, tout simplement, que les choses sont souvent plus complexes qu'on ne l'imagine, et cela en puisant dans son domaine de spécialité : l'étude des relations franco-algériennes.

Nullement "nostalgique" d'une période coloniale dont il ne connaît que trop les excès, Lefeuvre prend d'emblée pour cible les "Repentants" qui mènent "combat sur les plateaux de télévision et dans la presse politiquement correcte". Substituant les mots au réel, le juste au vrai, écrit-il, ils tendent à fonder l'idée d'un continuum colonial et raciste entre une France d'hier et celle d'aujourd'hui. Le tout afin de "justifier une créance de la société" à l'égard des anciens colonisés et de "leurs descendants réels ou imaginaires". Or, écrit Lefeuvre, complexe et évolutive, la colonisation ne saurait être ramenée à une "nature" ou essence. Et d'ajouter que "les pères du régime républicain" n'ont pas "posé les fondations" d'un totalitarisme dont "le nazisme ne serait qu'un avatar dilaté".

Massacres coloniaux ? Oui, bien sûr, indique-t-il, mais l'Algérie ne fut jamais "tout entière et continûment à feu et à sang entre 1830 et 1871". L'effondrement démographique qu'elle connaît alors ne s'explique pas par les "enfumades", razzias et exécutions sommaires, atroces, réelles, connues et dénoncées dans les Chambres de l'époque, mais par l'emboîtement de crises (mauvaises récoltes, sauterelles, épidémies) aggravées par la désorganisation de l'économie traditionnelle. Spécifiques, les guerres coloniales, car premières à ne pas distinguer entre civils et militaires ? Mais quid des massacres de la guerre de Trente Ans, de la politique de la terre brûlée contre les camisards ou les Vendéens, ou d'une guerre d'EspagnePetitJournalDeta ayant vu se lever la population contre les troupes napoléoniennes ? Dans sa liste, Lefeuvre aurait pu ajouter ces cités antiques vidées de leurs populations avant d'être rasées...

Corne d'abondance coloniale ? Dans les discours, sans aucun doute. Dans les faits, beaucoup moins, note Lefeuvre, soulignant que l'Empire joua un rôle marginal pour les importations de charbon, pétrole, coton, laine et soie. Que les produits agricoles venant des colonies étaient disponibles ailleurs. Et que, finalement, l'avantage consista à les payer plus cher, mais sans sortie de devises. Apport colonial décisif pendant la Grande Guerre ? Six millions de tonnes de marchandises furent importées des colonies, contre 170 de l'étranger, et, de 10,95 % des importations françaises avant guerre, l'Empire passa à 3,5 % pendant le conflit, du fait des limites de la marine nationale.

 

RACISME CULTURALISTE
Les coloniaux furent indispensables au relèvement de la France, et ils souffriraient, aujourd'hui, d'unT970184A_t ostracisme lié à l'héritage colonial. La reconstruction proprement dite s'achève en 1950-1951. La France d'alors en compte 160 000, soit, même à considérer qu'ils travaillaient tous, moins de 1 % de la population active totale. Empêchés d'intégration ? N'est-ce pas ainsi masquer qu'elle est heureusement en marche ?

Et Lefeuvre de rappeler alors que celle des immigrés européens n'a pas forcément été plus facile. Près des deux tiers des Italiens [photo] et 42 % des Polonais sont repartis parce qu'ils étaient ou se sentaient rejetés. Quant aux autres, plusieurs générations ont souvent été nécessaires pour grimper les barreaux de l'échelle sociale. Et les clichés relatifs aux Africains d'aujourd'hui ne sont pas, écrit l'auteur, sans rappeler ceux dont on affublait les migrants européens quelques décennies plus tôt, voire les paysans français du siècle précédant. Enfin, réel, le racisme est désormais plus culturaliste et différentialiste et donc moins fondé que par le passé sur des critères physiques. Qu'il y ait des problèmes est une évidence. Mais vouloir les ramener uniquement à un héritage colonial, c'est se condamner à ignorer leurs vraies racines, à ne pouvoir les soigner, et, finalement, à "créer une France de l'Apartheid".

De tout cela on pourra évidemment discuter dans le détail tel ou tel point. Par ailleurs fallait-il être aussi direct vis-à-vis d'une "nébuleuse repentante" plus mise en avant que présentée ? Mais, utile, courageux, et pensé avec civisme, ce livre montre qu'il peut exister un espace entre repentance et "mission" colonisatrice (lesquelles renvoient toutes deux - est-ce un hasard ? - au même registre du théologique et du sacré) : celui de l'histoire et de l'historien. Car, à un moment où les mémoires deviennent traumatiques, l'histoire - une histoire assumée et dépassionnée - peut, aussi, être thérapeutique.Olivier_Petre_Grenouilleau






 

 

Olivier Pétré-Grenouilleau

 

POUR EN FINIR AVEC LA REPENTANCE COLONIALE de Daniel Lefeuvre. Flammarion, 240 p., 18 €.couv_Daniel_new

Le Monde, 29 septembre 2006

 

 

 

 

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mercredi 4 octobre 2006

Pour un débat de fond sur le passé colonial - à propos du livre de Daniel Lefeuvre (Claude Liauzu)

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Kaya (Haute-Volta), le marché, 1941961 - source :
Caom, base Ulysse

 

Pour un débat de fond sur le passé colonial

à propos du livre de Daniel Lefeuvre

Claude LIAUZU

 

couv_Daniel_newDans son livre Pour en finir avec la repentance coloniale (1) Daniel Lefeuvre dénonce vigoureusement les «contrevérités, billevesées, bricolage…en quoi consiste le réquisitoire des Repentants». C’est une incitation à réfléchir aux conditions dans lesquelles s’est engagé le débat actuel sur le passé colonial. D. Lefeuvre exprime à n’en pas douter un point de vue largement partagé parmi les spécialistes en rappelant clairement que la colonisation n’a pas été synonyme de génocide, que les procès ad satietam et la surenchère victimaire n’ont rien à voir avec l’histoire. Il a le mérite de mettre à leur place ceux qui, succès médiatique aidant, prétendent rien moins que proposer une «relecture de Hannah Arendt» et «fonder une école de recherche» (2), alors que quantité de jeunes chercheurs de qualité ne trouvent pas d’éditeur, que des années de travail scientifique mené avec passion dorment dans les rayonnages des bibliothèques universitaires.

Il pouvait aller plus loin dans la sociologie de l’adversaire et analyser sa stratégie, qui consiste d’abord à31 occuper le terrain : tel membre de l’Achac  pourfend le Mémorial de la France d’outre-mer pour colonialisme, tel autre est membre du Conseil Scientifique du même mémorial ; même scénario quant à la Cité de l’immigration ; ou encore on organise un colloque avec Christiane Taubira tout en signant l’appel demandant l’abrogation de sa loi.

Cependant, comment critiquer les «repentants» sans faire de même pour les nostalgiques de la colonisation ? Ces tâches sont indissociables, car il s’agit de deux entreprises de mémoires minoritaires, qui cultivent les guerres de cent ans, se nourrissent l’une de l’autre et font obstacle à ce qui est désormais un enjeu fondamental pour notre société : élaborer un devenir commun à partir de passés faits de conflits, de relations aussi étroites 9782707134127FSqu’inégales, d’une colonisation ambiguë, comme l’ont montré Pierre Brocheux et Daniel Hémery (3). Que Lefeuvrix, descendant d’Arverne, ironise sur l’idée de poursuites contre les descendants de Jules César pour crime contre l’humanité, soit, mais le «Cafre» des Iles à sucre n’a peut-être pas encore atteint la distance permettant cette attitude envers un esclavage dont les traces n’ont pas disparu, et on comprend que Karambeu n’ait guère envie de rire au souvenir de son grand-père cannibalisé en 1931.

Plus sérieusement, le débat porte sur un des point les plus sensibles du métier, celui de ses usages publics, des rapports entre histoire mémoire et politique. Et la profession est mal à l’aise. Elle choisit parfois un retrait sur l’Aventin mais, si cela est possible dans un espace préservé comme le CNRS, le professeur de collège et lycée confronté directement aux questions portées par ces mémoires, ne peut s’y réfugier. Il faut donc poser très clairement ces rapports complexes, difficiles, mais inéluctables. Et les tensions dont la discipline a été l’objet depuis plusieurs années fournissent matière à réflexion.

Daniel Lefeuvre rappelle qu’avec quelques collègues nous avons engagé une campagne contre la loi du 23 février 2005 (loi dont l’article 3 qui représente une menace pour la recherche n’est toujours pas abrogé). Cette campagne ne se réclamait d’aucune école, d’aucune famille de pensée et ceux qui sont signé l’appel ont des points de vue très divers. Certains désapprouvent la loi Taubira, d’autres (c’est mon cas) la considèrent «partielle, partiale», mais un «mal nécessaire». Il eût certes été préférable que l’intégration du passé colonial, des migrations et de l’esclavage à la place qui leur revient dans les programmes scolaires émane de notre profession. Pourquoi, en dépit de démarches répétées des spécialistes, d’une accumulation scientifique la rendant possible, cette réforme des programmes n’est-elle toujours pas advenue ?

Jamais, depuis un siècle, notre discipline n’a été autant en porte-à-faux par rapport à notre monde. Les sciences sociales sont par nature de la société et dans la société. Elles ne peuvent prendre la distance indispensable avec les mémoires et les usages publics en les ignorant. Cela ne veut dire en rien, tout au contraire, qu’il faille s’aligner sur les discours politiques. Contre les certitudes assénées au nom de la lutte idéologique, il faut maintenir le devoir d’histoire. Affirmer qu’on ne saurait avoir d’«ennemis à gauche» et donc qu’il ne faut pas critiquer les historiens «anticolonialistes», c’est confondre les rôles, mélanger scienceJaures3d et politique et se tromper d’époque. Les associations antiracistes, si elles veulent conserver des relations cohérentes avec les chercheurs, doivent revenir au modèle de l’affaire Dreyfus, quand les historiens et les archivistes assuraient leur fonction, celle d’expert et non de caution «scientifique» aux idéologues. Elles devraient se souvenir qu’un Jaurès [ci-contre] militant s’est fait historien et a appliqué avec rigueur les règles de la méthode pour établir les preuves de l’innocence de Dreyfus, ce qui est tout le contraire de l’instrumentalisation de l’histoire.

Il faut le redire aussi, le travail d’historien est un travail collectif qui repose sur la publicité des documents et la confrontation des points de vue. Cela est un devoir tant scientifique que civique. Ce qui est regrettable, ce n’est pas seulement la publication d’idées fausses, mais la tendance générale à préférer leur outrance à des textes élaborés rigoureusement. Même une organisation comme la Ligue des Droits de l’Homme tombe dans ce travers lorsqu’un de ses sites s’abstient de publier un texte de Gilbert Meynier et Pierre Vidal-Naquet, paru depuis un an dans Esprit, et qu’on trouve sur tous les sites s’intéressant au passé colonial, ainsi que toute critique de Olivier Le Cour Grandmaison et de l’Achac.

Cependant, on a du mal à croire que la société du maire de Marseille ou celle d’un Georges Frèche et des associations nostalgiques de l’OAS, d’un ministre des anciens combattants qui insulte les historiens, soient plus gratifiantes que celle des associations antiracistes. Les projets de mémoriaux de la France d’outre-mer ou de l’Algérie française pour lesquels les politiciens sollicitent les historiens  sont-ils scientifiquement plus solides ?  Sur tout cela, le silence de Daniel Lefeuvre affaiblit sa démonstration.

Au delà de ces péripéties, on ne pourra réagir à la Barnum history qu’en lui opposant un renouvellement des problématiques, une mise à jour de nos questionnements. Sur ce point, une remarque de Daniel Lefeuvre me fournit l’occasion d’une précision. Si j’ai donné comme exemple de profits juteux de la compagnie sfaxSfax-Gafsa le compte de 1913 ce n’est pas pour forcer une démonstration, et la série des bilans annuels confirme ces profits. C’est le résultat d’une  recherche sur le travail et le capitalisme en Tunisie à l’époque coloniale. Toute économie est politique, et les comptabilités nationales, les termes de l’échange, les comptes-rendus financiers doivent être complétés par l’analyse de la situation coloniale, notion proposée par Balandier voilà un demi siècle, et qui a été insuffisamment utilisée. Les profits de la Sfax-Gafsa reposent sur la concession d’une partie du sud tunisien, des principaux gisements de phosphates de l’époque, du chemin de fer et du port. Dans cet empire, les syndicats et les premières mesures protégeant le travail ne se sont imposés qu’au prix de grandes grèves sanglantes en 1937. Quand un inspecteur du BIT peut y pénétrer enfin en 1937 aussi, sa constatation est simple : le salaire d’un manœuvre ne permet pas de nourrir une famille, car ce capitalisme a des aspects boyards en exploitant le monde rural, qui lui fournit sa main d’œuvre et la reprend quand elle est inutile, ou usée. On ne comprend pas autrement le long refus  de faire des «zoufri» des mineurs de type métropolitain. [photo : phosphates des mines de Gafsa chargés à bord de cargos dans le port de Sfax - source]

Mais ces débats sur les données économiques et sociales qui ont eu leur importance, capitale dans les débats des décolonisations, qui ont leur importance, n’enferment pas toute l’histoire de la colonisation. Et l’une de nos responsabilités est d’élargir le champ des études en faisant leur place aux questionnements actuels et en tout premier lieu aux dimensions culturelles, qui sont déterminantes dans le devenir d’une société marquée par la pluralité héritée de la colonisation et amplifiée par la mondialisation. Une autre est de fournir une vulgarisation de qualité, accessible au large public concerné par le passé colonial, aux enseignants, soucieuse moins de défendre une opinion que d’aider les lecteurs en leur fournissant des repères, en leur présentant les pièces des dossiers, la pluralité des points de vue et des interprétations. C’est l’objet d’un Dictionnaire collectif sous presse.

Enfin, il ne suffit pas d’être un bon artisan, de travailler «à l’aide des bons vieux outils de l’historien, les sources, les chiffres, le contexte». Il faut affronter à la fois ce qui est une crise de la mémoire nationale et une crise de la discipline. «Chaque fois que nos tristes sociétés, en perpétuelle crise de croissance, se prennent à douter d’elles-mêmes, on les voit se demander si elles ont eu raison d’interroger leur passé ou si elles l’ont bien interrogé», constatait Marc Bloch.

Aujourd’hui, cette crise est étroitement liée au passé colonial, mais les études historiques françaises, enfermées dans son Hexagonalisme ne peuvent y répondre. Il faut refondre les programmes de l’enseignement et de la recherche dans le sens d'une histoire mondiale, celle de toutes les civilisations, des nations, des sans-patries, de l'histoire totale.

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Claude Liauzu

 

1 - Flammarion, 2006
2  - N. Bancel, P. Blanchard, F. Vergès, La République coloniale , Albin Michel, 2003, p. 7 ; et Zoos humains, La Découverte, 2002  p. 430
3 - Indochine, une colonisation ambiguë, La Découverte, 2001.

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Un accord et deux remarques

à la lecture du texte de Claude Liauzu

Michel RENARD

 

D'accord avec Claude Liauzu lorsqu'il écrit que "D. Lefeuvre exprime à n’en pas douter un point de vue largement partagé parmi les spécialistes en rappelant clairement que la colonisation n’a pas été synonyme de génocide, que les procès ad satietam et la surenchère victimaire n’ont rien à voir avec l’histoire". Mais pourquoi cette discrétion à le proclamer ? Pourquoi ce sentiment, qu'en général, une complaisance un peu honteuse est observée face aux allégations des membres de l'Achac ? L'un d'entre eux, Nicolas Bancel, professeur en Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportives (STAPS) à l'université Marc-Bloch de Strasbourg était l'invité, en octobre 2005, de la fête du livre à Saint-Étienne. Il a prononcé quelques absurdités sur les programmes scolaires des collèges et lycées, prétendant que l'histoire s'y réduisait à une glorification de la nation française façon catéchisme de la IIIe République...! Prouvant par là qu'il ne connaissait strictement rien de ces programmes. Si, dans ses écrits, il traite les sources historiques avec la même désinvolture, il y a de quoi s'inquiéter...

Il en va de même de leur prétention à apparaître comme les démiurges d'une lucidité historique que personne, avant eux, n'aurait jamais approchée... Le trio Blanchard/Bancel/Vergès, dans la République coloniale écrit, sans vergogne : "la déconstruction de la République coloniale reste en marge de l'historiographie actuelle" (p. 16). Ah bon...?!

Faut-il leur rappeler le travail de Charles-Robert Ageron ? L'historien n'écrivait-il pas, en 1978 (!) dans son livre France coloniale ou parti colonial ? : "l'heure de l'histoire est venue dès lors que les exaltations naïves de «l'épopée coloniale» ne trouvent plus d'éditeur et que l'anticolonialisme ne fait plus recette" (1). L'Achac n'a ni le monopole ni la primeur de la déconstruction de la République coloniale. On est effaré d'avoir à le rappeler. Il est vrai que Charles-Robert Ageron, maître de l'histoire coloniale, évoquait, quelques lignes plus bas, "les ombres et les lumières de la colonisation", formule qui le vouerait, aujourd'hui aux velléités inquisitoriales. Comment ? Les "lumières" de la colonisation ? Mais, c'est du révisionnisme... Pour un peu, les néo-jdanovistes de l'antiracisme associeraient Ageron à l'édition 2007 du Petit Robert dans leur condamnation ubuesque et leur tentative de censure...

 

Repentance et Colonostalgie
Autre sujet. Que penser de cette critique que Claude Liauzu adresse au livre de Daniel Lefeuvre, quand il note : "comment critiquer les «repentants» sans faire de même pour les nostalgiques de la colonisation ? Ces tâches sont indissociables" (...) "Sur tout cela, le silence de Daniel Lefeuvre affaiblit sa démonstration".  En clair, cela ne signifie-t-il pas qu'une critique de la Repentance peut être suspectée de "rouler" pour la Colonostalgie ? Ou encore, que "pour passer" auprès d'un public de "gauche", cette critique de la Repentance doit donner des gages, en ciblant ceux qui déplorent la décolonisation...? Je ne dis pas que Claude Liauzu pense cela. Il écrit même le contraire à propos de la Ligue des Droits de l'Homme qui applique précisément cette politique en censurant les critiques formulées contre Le Cour Grandmaison ou l'Achac.

Mais, il est vrai que certains craignent d'une approbation du livre de Daniel Lefeuvre qu'elle ne vaille passage dans le "camp adverse". On se croirait revenu aux temps de la Guerre Froide : aux yeux des jdanovistes, la critique de l'URSS valait alignement sur les États-Unis. Aujourd'hui, aux yeux des néo-anticolonialistes, si on ne dit pas que la colonisation a été uniment appauvrissante, dépersonnalisante et génocidaire, le soupçon plane : vous ne seriez pas colonostalgique ? Or, il faut le dire avec forte conviction : on peut critiquer les thèses (?) de la Repentance sans se sentir obligé d'ajouter, rituellement, "il en va de même de la Colonostalgie" ; on ne passe pas pour autant dans le camp de... l'OAS...!

Devrait-on juger la pertinence intellectuelle d'une démonstration en évaluant, par anticipation, ses supposées conséquences idéologiques ? S'interdire le constat que, de 1905 à 1962, la France a versé en Algérie l'équivalent de 7 ou 8 plans Marshall, parce que la colonisation ne relèverait - croit-on - que de la seule rationalité économique du pillage ? S'interdire de considérer que, durant la guerre d'Algérie, l'emprise du FLN sur la population algérienne devait aussi à des pratiques coercitives et violentes, parce que la lutte pour l'indépendance nationale est légitime ? La vérité historique ne rend pas de comptes aux idéologies, croyances ou intérêts de pouvoir. Seule vaut la rigueur méthodologique du "métier d'historien" (Marc Bloch).

 

Généalogie de l'incrimination
Enfin. Claude Liauzu écrit, en filant la raillerie de Pour en finir avec la repentance coloniale : "Que Lefeuvrix, descendant d’Arverne, ironise sur l’idée de poursuites contre les descendants de Jules César pour crime contre l’humanité, soit, mais le «Cafre» des Iles à sucre n’a peut-être pas encore atteint la distance permettant cette attitude envers un esclavage dont les traces n’ont pas disparu, et on comprend que Karambeu n’ait guère envie de rire au souvenir de son grand-père cannibalisé en 1931". Je comprends l'amertume à songer au passé de servitude de "ses" ancêtres. C'est d'ailleurs une amertume que l'on peut ressentir sans être le "descendant" de ces ("ses" ?) victimes. Imaginer le contraire, serait nier tout humanisme dans sa tension universaliste. Mais quel sens cela a-t-il de cristalliser cette peine en opération historico-idéologique instaurant des généalogies contestables et une tout aussi contestable idée de responsabilité collective ?
Quant au "souvenir"..., il faudrait prendre du recul par rapport aux injonctions émotionnelles. D'abord, le souvenir n'est jamais strictement personnel : "on ne se souvient pas seul" écrit Paul Ricoeur en évoquant la sociologie de Maurice Halbwachs (p. 146 et sq. de La mémoire, l'histoire et l'oubli), donc il faut envisager sa déformation/manipulation par les différentes strates de transmission. Ensuite, la violence d'un traumatisme ne suffit pas à expliquer la manifestation violente de sa réitération ou de sa réminiscence. Qui demande repentance à l'Allemagne pour les 1,4 million de soldats morts pour la France de 1914 à 1918 ? Quels ressortissants du Limousin demandent repentance à l'Alsace pour les sacrifiés d'Oradour ? Et pourtant le chagrin n'a pas disparu, l'oubli ne s'est pas imposé. Mais l'histoire a dit la vérité.

MR___Port_Cros___copie

 

1 - France coloniale ou parti colonial ?, Charles-Robert Ageron, Puf, 1978, p. 5.

 

 

Michel Renard

 

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le général Randon reçoit la soumission des chefs kabyles
source



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mardi 3 octobre 2006

Colonisation : halte aux amalgames ! (Marc Riglet)

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Colonisation : halte aux amalgames!

Marc RIGLET

 

Colonisation : halte aux amalgames !
par Marc Riglet
Lire, octobre 2006

Deux historiens font le point sur les origines et l'épilogue du colonialisme. Un homme seul, un Ivoirien d'aujourd'hui, raconte son désarroi face au chaos. Trois occasions de chasser les malentendus.

Daniel Lefeuvre les appelle les Repentants. On pourrait aussi bien les nommer «flagellants». Ils fouettent et somment d'expier le colonialisme, ce grand crime resté, selon eux, impuni. Faute de consentir à cette contrition, les anciennes puissances coloniales devront affronter le juste courroux des enfants et petits-enfants des colonisés d'hier. Nul ne sait trop en quoi devrait consister l'aveu de culpabilité exigé, ni quelle forme devra revêtir ce remords enfin exprimé, mais l'impatience des inquisiteurs n'en est que plus vive. Pour qu'ils se calment, il n'y a pas d'autres remèdes que de reprendre, posément, l'histoire des colonisations, et aussi des décolonisations, qui, loin d'avoir jamais été occultée, constitue un socle solide de savoirs établis. Daniel Lefeuvre s'y applique sur un sujet qu'il connaît bien : l'Algérie.

img_1Dans un ouvrage précédent, Chère Algérie : la France et sa colonie, 1930-1962, et dans la lignée des travaux de Jacques Marseille, il avait déjà fait litière de l'idée reçue selon laquelle l'exploitation des colonies, en général, et celle de l'Algérie en particulier avaient été, pour la métropole, une «bonne affaire». De toute façon, en regard de ce que l'exploitation coloniale «rapporte», on doit aussi considérer ce qu'elle coûte. Les vociférations confuses sur le rôle «positif» ou non de la colonisation cèdent alors la place à quelques solides données qui surprendront. Ainsi, de 1957 à 1961, la part du PNB français consacré à l'accroissement de la consommation et à l'équipement des colonies n'est jamais inférieure à 2%. «Un effort qui laisse rêveur, note Daniel Lefeuvre, quand on sait qu'aujourd'hui les pays développés sont très loin de consacrer 0,7% de leur revenu national brut aux pays en voie de développement comme ils s'y étaient engagés en 1970 à l'ONU.» C'est d'ailleurs pour s'indigner de cette munificence que se développe, dans les années 1950, le «cartiérisme», du nom - s'en souvient-on ? - de Raymond Cartier qui, dans Paris-Match, avec de forts relents racistes, donne en exemple les Pays-Bas, riches parce que délestés de leurs colonies, et invite les Français à développer la Corrèze plutôt que le Zambèze !

S'il n'y a donc pas à se repentir, ni du pillage des ressources coloniales, ni des indécents profits qui en auraient été tirés, à tout le moins devrait-on expier les abominations des guerres de conquête. Là encore, il y a dans cette objurgation un mot juste - abomination - et un mot de trop - expier. On n'a pas attendu les «indigènes de la République» pour établir l'extrême brutalité des guerres coloniales. Pour l'Algérie, outre que tout au long des cent trente ans de colonisation les contemporains n'ont rien dissimulé de leurs sinistres exploits - razzias, exécutions collectives, femmes, enfants, prisonniers passés au fil de l'épée, enfumades et déportations -, il y a maintenant près d'un demi-siècle que l'histoire en a été scrupuleusement faite par les grands historiens que furent Charles-AndréMarius_Moutet_1936 Julien et Charles-Robert Ageron.

L'idée d'un crime en quelque sorte caché, dont l'aveu expiatoire serait l'indispensable préalable à un hypothétique pardon, est donc inepte. Plus grave, cependant, est la thèse développée par un des chefs de file de la repentance, Olivier Le Cour Grandmaison, qui soutient que la guerre coloniale aurait été le laboratoire de la «guerre totale», le banc d'essai des conflits du XXe siècle, et les peuples coloniaux les victimes d'une Shoah avant l'heure. On ne peut plus résolument renoncer aux rigueurs de la méthode historique et mélanger tout.

 

Ignorance et anachronisme se conjuguent
Daniel Lefeuvre n'a aucun mal à démontrer l'inanité de la distinction entre la «guerre conventionnelle» et «civilisée» que les «Blancs» se livreraient et celle, «brutale» ou «totale», qu'ils auraient inventée à l'usage exclusif des peuples coloniaux. Là, ignorance et anachronisme se conjuguent. Les populations massacrées du Palatinat dévasté par les troupes de Louis XIV seraient bien aise d'apprendre ainsi qu'elles furent les victimes d'une guerre «civilisée» et les descendants de Vercingétorix que nous sommes devraient sansvercingetorix doute protester de son exécution par César, en 46 avant J.-C., en infraction caractérisée de la convention de Genève de 1929 sur les prisonniers de guerre.

Daniel Lefeuvre sait se moquer de ce qu'il désigne comme le «bric-à-brac intellectuel» des Repentants. Mais il redevient grave lorsqu'il prend la mesure «des dangers dont leur conception de l'histoire est porteuse». Lorsque l'histoire prétend «dire le bien et non le vrai», lorsqu'elle «juge» plutôt qu'elle invite «à connaître et à comprendre», tout est à redouter de son instrumentalisation. Evidemment, il ne s'agit pas de professer on ne sait quelle histoire objective ni de réserver aux seuls historiens brevetés le privilège de dire le vrai. Il n'est pas d'histoire établie qu'une nouvelle approche, qu'une «révision», n'enrichisse. Encore faut-il respecter les règles de la méthode: faits vérifiés, données hiérarchisées, sources critiquées, contexte apprécié.

L'ouvrage de Bernard Droz a ces caractères. Son exposé classique de l'histoire de la colonisation instruit utilement et repose des fureurs polémiques entretenues par les Repentants. Pour bien comprendre le processus de levée de ce «lien de sujétion particulier qu'est la sujétion coloniale», Bernard Droz établit les distinctions méthodologiques et chronologiques indispensables. De même, en effet, que les colonisations timbre_indepfrançaise, anglaise, néerlandaise, portugaise, japonaise... empruntèrent des modalités distinctes, de même les processus respectifs d'émancipation des peuples colonisés furent-ils différents. L'opposition classique entre la Grande-Bretagne et la France reste, de ce point de vue, pertinente. La transformation de l'Empire britannique en Commonwealth s'effectuera plus tôt et avec moins de secousses que celle de l'Union française. Encore que la partition des Indes ne fût pas moins sanglante que nos deux longues guerres indochinoise et algérienne. Les colonisations et les décolonisations ont également commandé la nature des relations perpétuées entre les anciennes métropoles et les ex-colonisés. Au «développement séparé» et au «self-government» des Britanniques correspond le communautarisme revendiqué de leurs actuelles populations immigrées. Au mythe de la mission civilisatrice de la colonisation française, aux promesses illusoires de l'égalité des droits et de l'assimilation, répondent aujourd'hui les ratés de l'intégration nationale. Ainsi l'histoire de la colonisation peut-elle être terminée et sa mémoire, pourtant, courir encore. Bernard Droz comme Daniel Lefeuvre nous rappellent que les bilans de l'une ont peu à voir avec les comptes jamais soldés de l'autre.

Marc Riglet, octobre 200632_photo_pres_new

 

 

 

 

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lundi 2 octobre 2006

Les marchands de repentance (Jacques de Saint Victor)

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mission Crampel en 1890-1891

Les marchands de repentance

Jacques de SAINT VICTOR

 
Pour en finir avec la repentance coloniale de Daniel Lefeuvre
- Flammarion, 230 p., 18 €.
compte-rendu paru dans Le Figaro littéraire, 28 septembre 2006

À l'heure d'«Indigènes», l'historien spécialiste de la colonisation remet les «repentants» médiatiques à leur place.

DANS UN ESSAI au titre audacieux, l'historien Daniel Lefeuvre nous offre une salutaire leçon d'histoire.Daniel_rfi_29_septembre_2006__1_ Revenant sur l'exploitation du passé colonial par certains groupuscules identitaires ou gauchistes, ce spécialiste de la colonisation, professeur d'histoire à Paris-VIII, rappelle avec courage certaines évidences bien malmenées ces derniers temps par le débat médiatique et, plus grave, historique. Son propos n'est pas, loin s'en faut, de réhabiliter la colonisation et son cortège d'événements sanglants. Son ambition est tout autre : condamner l'amalgame, l'anachronisme, le parti pris idéologique de ceux qu'il appelle les «Repentants». Non, la colonisation à la française n'a en rien enfanté le «nazisme» ; non, le sous-développement actuel des anciennes colonies n'a pas pour source unique «l'exploitation» à laquelle s'est livrée en son temps la métropole ; non, la crise actuelle des banlieues n'a rien à voir avec un passé colonial «qui ne passerait pas», comme le soutiennent ceux qui voudraient nous faire croire que la crise sociale est d'abord une crise ethnique.

Triste cortège de contre-vérités que ce «roman noir» de la colonisation. Nul ne s'étonnera que la question de la «fracture coloniale» soit l'un de ces nouveaux combats menés par l'extrême gauche plurielle dont parle Philippe Raynaud (voir Le Figaro Littéraire du 20 septembre 2006), à côté de l'altermondialisme ou de la question palestinienne. Les «Repentants» appartiennent pour certains au petit syndicat des professionnels de la provocation médiatique qui savent exploiter brillamment cette «société du spectacle» qu'ils méprisent. Avide de «sang et de larmes» pour complaire à l'Audimat, celle-ci ne peut qu'encourager des empoignades ineptes sur tel ou tel pamphlet vide de tel ou tel essayiste en mal de notoriété. L'un est prêt à comparer Napoléon à Hitler ; l'autre voit partout des ancêtres des einsatzgrüppen. La reductio ad Hitlerum, sévèrement dénoncée en son temps par Hannah Arendt, ne fait plus peur aujourd'hui, du moment qu'elle crée un peu de bruit médiatique.

Engagez_vous__Troupes_coloniales__Sogno__55_x_79_cmsNégligeant ces comètes, l'auteur s'attache surtout à condamner les travaux plus substantiels de ceux qui, tels Olivier Le Cour-Grandmaison ou le groupuscule des adeptes de la «fracture coloniale», utilisent le passé de la France à des fins plus politiques. Celles-ci sont de plusieurs ordres : universitaires (obtenir de nouveaux moyens, des centres de recherches, etc.), idéologiques (la repentance) et financier (l'argent de la repentance). Falsifier l'histoire, c'est fausser le jugement. En prétendant que la France coloniale avait des projets exterminateurs, qu'elle serait l'ancêtre du nazisme, et que ce secret aurait été intentionnellement «bien gardé», prépare les esprits à toutes les démissions. Or, la colonisation, notamment celle de l'Algérie, que Daniel Lefeuvre connaît bien pour lui avoir consacré plusieurs ouvrages, a été sanglante. Mais il n'y a jamais eu de projet d'extermination générale. Les «Repentants» oublient ou feignent d'oublier que «l'histoire est tragique», comme disait Raymond Aron. Lefeuvre rappelle qu'il y a eu, avant la conquête de l'Algérie, bien d'autres tristes épisodes dans l'histoire de l'Europe, comme le sac du Palatinat par les armées de Louis XIV ou les massacres de Vendée par les colonnes infernales de Turreau. On pourrait remonter jusqu'à l'Antiquité biblique. Tous seraient les ancêtres directs du nazisme ? Cela fait un arbre généalogique un peu trop fourni.

Les colonies : «un tonneau des Danaïdes»

L'essai de Daniel Lefeuvre est encore plus intéressant quand il démonte certaines idées reçues. Sait-on queailes_fran_aises_caom «loin de remplir les caisses de l'Etat, les colonies se sont révélées un véritable tonneau des Danaïdes» ? Sait-on encore que, contrairement à une légende tenace, le métro de Paris a été beaucoup moins construit par les Kabyles que par des ouvriers venus des quatre coins de France ? Sait-on enfin que les immigrés n'ont joué après 1945 qu'un rôle mineur dans le relèvement national, contrairement à ce qui s'était passé au cours de la Première Guerre mondiale ? Toutes ces données feront frémir les sociologues de la «fracture coloniale». Elles les embarrasseront d'autant plus que Lefeuvre ne part pas de quelque «enquête» en banlieue. C'est un travail historique, chiffré, sans faux-semblant. Même si on peut discuter çà et là quelques assertions, il faut saluer le courage d'un historien qui ne se contente pas de s'enfermer dans des colloques de spécialistes ou des articles publiés dans des revues «scientifiques» que personne ne lit, comme tant de ses confrères qui font leur petite carrière en laissant la voie libre aux bonimenteurs médiatiques.

Le Figaro littéraire
28 septembre 2006



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samedi 30 septembre 2006

La France n'a pas de dette envers ses ex-colonies, mais une histoire commune (Daniel Lefeuvre)

Constantine_Caom
affiche, vers 1930 (Caom, Aix)

 

«La France n'a pas de dette

envers ses ex-colonies, mais une

histoire commune»

Daniel LEFEUVRE

 

Daniel_30_septembreProfesseur d'histoire économique et sociale à l'université Paris VIII, spécialiste de l'Algérie coloniale, Daniel Lefeuvre publie un essai au titre choc : Pour en finir avec la repentance coloniale *.

 

Le Figaro Magazine - Pourquoi cette vague de repentance à propos de l'histoire coloniale de la France ?
Daniel Lefeuvre - Amplifié à l'extrême ces cinq ou six dernières années, le phénomène tient moins à des questions historiques qu'à des problèmes politiques. Il est lié aux difficultés rencontrées par certains jeunes des banlieues à se faire une place dans la société. Il est lié aussi au malaise qu'ont ressenti des intellectuels français engagés dans le soutien au tiers-monde quand ils ont dû constater l'échec politique, économique, social et même culturel des nations anciennement colonisées. L'exemple de l'Algérie montre qu'une référence pervertie à l'héritage colonial permet aux dirigeants algériens de s'exonérer à bon compte de leurs responsabilités. En accusant la colonisation de tous les péchés du monde, on reporte sur le passé les difficultés du présent. En France, où les politiques d'intégration et de lutte contre le racisme montrent des limites, la stigmatisation du passé colonial est un exutoire facile, mais largement abusif.

Historiquement parlant, le projet colonial fut d'abord un projet républicain, avec un fort ancrage à gauche. Pourquoi l'avoir oublié ?
Parce que la gauche républicaine est passée d'un colonialisme pensé comme «devoir de civilisation» à un anticolonialisme imposé par le monde d'après 1945, sans examen de conscience des injustices que colportait le premier ni des naïvetés qui accompagnaient le second. Au XIXe siècle, si Jules Ferry est le praticien de la colonisation, Léon Gambetta en est le théoricien. Ces deux hommes, en effet, se situent à gauche de l'échiquier politique. A cette époque, le projet impérial n'est pas très populaire. Il est dénoncé par une partie de la droite. Les plus critiques sont les nationalistes, qui estiment que le projet colonial détourne les Français de la revanche sur l'Allemagne, et les économistes libéraux dont la pensée se retrouvera, soixante-dix ans plus tard, chez Raymond Aron. Les radicaux ne se rallient à la politique coloniale qu'à l'extrême fin du siècle, alors que les socialistes glissent du rejet du colonialisme à une politique debanania réformisme colonial.

Le basculement s'opère avec la Grande Guerre. La France fait appel à des soldats coloniaux qui constituent une force d'appoint certes secondaire, mais dont la valeur symbolique est très forte. Au lendemain de la guerre, les troupes coloniales, avec la Légion, sont les plus applaudies lors des défilés du 14 Juillet : une histoire d'amour s'est ouverte entre les Français et les coloniaux. La publicité de l'époque le sent bien, puisque la thématique coloniale y est très présente. Prenons l'exemple de Banania. Au départ, les boîtes s'ornent de l'effigie d'une Antillaise. En 1915, la marque lui préfère celle du célèbre tirailleur sénégalais. Pourquoi ? Parce que pour vendre du chocolat pour les enfants, il faut une image qui soit sympathique et rassurante. On peut juger aujourd'hui que l'effigie du tirailleur est paternaliste, qu'elle ne correspond pas à nos critères moraux, mais c'est un anachronisme que de la définir uniquement comme l'expression même du racisme. Jamais une marque allemande, au même moment, n'aurait affiché un Noir.

Messali Hadj, le père fondateur du nationalisme algérien, témoigne dans ses Mémoires de l'accueil chaleureux et de la considération dont les travailleurs algériens ont été l'objet dans la France des années 20. Cette page d'amour se prolonge jusqu'aux années 50. Un nouveau basculement a lieu avec la guerre d'Algérie, opérant de fait une rupture entre Français et Algériens. Mais le problème ne se pose pas de la même façon pour la Tunisie ou pour le Maroc, ou pour l'Afrique noire, où les indépendances ont été moins conflictuelles.

La France a-t-elle une dette envers les pays qui furent jadis ses colonies ?
La notion de dette n'a pas de sens dans ce contexte. On ne parle pas de dette de la France envers les Etats-Unis à propos du plan Marshall : or la France a donné à ses territoires coloniaux trois fois et demie Ben_Barkaplus que le montant du plan Marshall. Au moment de l'indépendance du Maroc, le dirigeant nationaliste Ben Barka affirme que le pays n'est pas en voie de développement, mais qu'il est «sur la voie du développement». Et tous ses amis du tiers-monde s'extasient devant lui sur le niveau d'infrastructure légué par la France.
Il n'y a pas de dette, mais une histoire commune. La colonisation a permis l'entrée dans les relations économiques mondiales des Etats qui ont été colonisés. La colonisation est un moment de la mondialisationcouv_Daniel_new du XIXe siècle, et le mode d'intégration de ces territoires à cette économie mondialisée. On dira que ce développement a été lacunaire, inégal, injuste. C'est vrai, mais il en a été de même en Occident : toute la France n'a pas basculé en même temps dans la modernité. La colonisation fut donc un moment de la mondialisation. Est-ce bien, est-ce mal, ce n'est pas le problème de l'historien.

 

* Flammarion, 230 p., 18 euros.

entretien réalisé par Sylvie Pierre-Brossolette,
Jean Sévillia et Jean-Louis Tremblais.
Le Figaro Magazine, 29 septembre 2006

 

Transaharienne
affiche, vers 1935 (Caom, Aix)

 

La colonisation a permis l'entrée

dans les relations économiques mondiales des États

qui ont été colonisés



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mercredi 27 septembre 2006

Colonisation : pour en finir avec les idées reçues (Daniel Lefeuvre)

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Colonisation :

pour en finir avec les idées reçues

Daniel LEFEUVRE

 

Dans un essai érudit et nerveux, Pour en finir avec la repentance coloniale, Daniel Lefeuvre, professeur d’Histoire à l’université Paris-8, s’adresse aux «Repentants» et à leurs discours qui, de l’esclavagisme à la colonisation en passant par l’immigration, dressent un réquisitoire féroce contre une France coupable de tous les maux. Entretien.

Comment en est-on arrivé à considérer la colonisation accomplie par la France comme la genèse du nazisme et Hitler comme le fils spirituel de Gambetta ou Ferry ?
Le moment où un parallèle est fait entre le nazisme et la colonisation se situe lors du procès Papon. Ce dernier fut, comme on le sait, un fonctionnaire zélé de Vichy et joua un rôle important dans la déportation des juifs de Bordeaux. Plus tard, il fut préfet à Constantine et ensuite préfet de police à Paris où il mit en place des instruments de répression violents contre le FLN en France et plus largement contre la population algérienne, notamment lors de la manifestation du 17 octobre 1961 puis celle du métro Charonne. Durant son procès, on fit donc le rapprochement entre colonisation et collaboration. Par ailleurs, il y eut un travail militant sur la notion de massacres de masse et de massacres coloniaux. On développa l’idée qu’il y avait eu des massacres semblables à celui d’Oradour pendant la colonisation. On peut citer les articles de Claude Bourdet ou de François Mauriac évoquant «notre gestapo» en Algérie. Cette littérature militante, parfaitement honorable par ailleurs, a été réanimée pendant le procès Papon où l’histoire coloniale fut présentée comme un «nouveau passé qui ne passe pas» en référence à Vichy.

Ce discours actuel sur la repentance émane de groupes marginaux et militants, mais a aussi été repris dans des cercles plus institutionnels. Vous citez Le Monde et sa fixation sur la guerre d’Algérie, on pense aussi à Libération…
On peut constater ce glissement. Il y a une espèce de discours bien-pensant qui autorise que l’on dise n’importe quoi sur la colonisation en lui attribuant tous les maux possibles : idéologiques, politiques ou économiques avec le sous-développement des anciens colonisés.

Ce discours repentant n’est-il pas le prolongement d’une certaine tendance à l’autoflagellation ou à l’autodénigrement qui va de L’Idéologie française de BHL à «la France moisie» de Philippe Sollers ?
Il s’inscrit effectivement dans ce courant intellectuel qui nous dit que nous devons avoir honte de ce que nous sommes, honte de ce qu’est la France et honte de notre passé.

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Parmi les idées reçues que vous dénoncez et démontez, il y a celle selon laquelle la France aurait «conduit un véritable pillage aux colonies dont le sous-développement est une séquelle scandaleuse».
Que la colonisation ait été entreprise notamment pour des raisons économiques, c’est évident. Mais ce n’est pas parce que l’on espère tirer profit de la colonisation que l’on va en tirer profit. Pour certains milieux, qu’il s’agisse d’entreprises ou d’hommes, la colonisation a pu être une «bonne affaire». Ensuite, le budget de l’État s’est-il engraissé grâce aux colonies qui auraient été la vache à lait de l’économie française ? Si l’on observe les principales matières premières dont la France avait besoin, on se rend compte que l’apport des colonies joue un rôle tout à fait marginal. L’exemple le plus frappant est celui du coton, mais le cas du pétrole algérien est assez éloquent et n’a jamais été une manne. Par ailleurs, certaines entreprises ou secteurs d’activités ont trouvé dans les colonies des débouchés importants, plus stables que l’étranger et plus rémunérateurs. Cependant, si cet aspect compte, les colonies n’ont jamais fourni plus de 10 ou 20 % des débouchés extérieurs de la France tandis qu’elles ont été considérablement subventionnés par le Trésor, c’est-à-dire par le contribuable, pour absorber ces richesses. La France a dépensé en net dans son empire trois fois et demi plus que ce que l’aide américaine a apporté à la France du lendemain de la seconde guerre mondiale à la fin du plan Marshall.

Vous rappelez que l’argument économique selon lequel les colonies coûtaient plus cher que ce qu’elles rapportaient était brandi par certains anticolonialistes libéraux ou de droite, comme Raymond Cartier dans Paris Match dont l’expression «La Corrèze avant le Zambèze» est restée fameuse… 
Effectivement, tout un courant d’économistes libéraux, dès le début de la conquête coloniale, remarque que celle-ci, faite en partie au nom de réalités économiques, est une illusion. Pour eux, la prospérité européenne ne peut pas reposer sur la domination coloniale. Cette tradition est étouffée de la première guerre mondiale jusqu’au début des années cinquante, mais retrouve une audience avec Cartier sur un mode indiscutablement raciste et surtout avec Raymond Aron sur un mode plus savant et plus intelligent.

Chez les repentants, vous déplorez l’idée que la torture et les massacres de masse seraient nés chez les Français avec la colonisation. Vous rappelez d’autres épisodes historiques tragiques comme la Vendée…   Évidemment, il y a eu des massacres de masse pendant la conquête coloniale et en particulier pendant la conquête de l’Algérie qui fut longue et dure. En revanche, il n’y a pas eu de spécificité dans la guerre coloniale qui aurait institué, selon certains, des massacres de populations civiles. Ainsi, avant la conquête de l’Algérie, il y a eu des guerres où l’on a usé de ces procédés. C’est vrai pour la guerre en Vendée comme pour la guerre d’occupation française menée en Espagne. D’ailleurs, la plupart des chefs militaires qui ont conquis l’Algérie sont passés soit par la Vendée soit par l’Espagne, comme Bugeaud. Rien de nouveau donc en Algérie. On retrouve aussi les mêmes méthodes en Europe avant le premier conflit mondial avec les terribles guerres balkaniques.


À propos de l’immigration algérienne de l’après-guerre, il y a l’idée reçue selon laquelle le capitalisme français l’aurait provoquée. Or, elle répondait à une volonté politique, et non économique, qui se situait dans la perspective de garder l’Algérie française.
L’immigration algérienne de travail correspond à une nécessité économique lors de la première guerre mondiale. Ensuite, cette immigration répond essentiellement à un facteur : l’accroissement démographique en Algérie allié à la stagnation du nombre d’emplois. Pour ces populations, l’immigration apparaît comme une solution de subsistance. Pour l’État français, la misère en Algérie peut nourrir des sentiments nationalistes contestant la présence française. L’immigration est alors une solution immédiate qui permet de soulager la misère et de réduire les risques politiques. Donc, la France facilite l’accès des Algériens au monde du travail en métropole en mettant en place des mécanismes de préférence nationale. Le patronat n’a jamais été enthousiaste quant à la main-d’œuvre algérienne. Après l’indépendance, ce sont les autorités algériennes qui vont négocier pour que la porte reste ouverte à leurs ressortissants confrontés au chômage.

Autre idée reçue : la main-d’œuvre coloniale aurait reconstruit la France. Vous écrivez que son rôle dans le relèvement national est marginal…  
couv_Daniel_newTout simplement parce que cette main-d’œuvre est très peu nombreuse. Au début des années cinquante, il y a environ 250 000 Algériens en France, 50 000 Marocains et quelques milliers d’autres travailleurs, soit 300 000 personnes pour une population active de 17 ou 18 millions de personnes. Même dans les secteurs où elle est concentrée, elle ne représente que 2 ou 3 % de la population active du secteur.

 

Vous terminez votre livre en exprimant la crainte de voir s’ériger une France du communautarisme et de l’Apartheid. Cependant, ce chemin semble bien engagé… 
Cette idée de repentance conduit à nourrir toute une série de revendications, notamment sur une «fracture coloniale» qu’il faudrait résorber. Il y aurait d’un côté les Français de souche et ceux issus des anciennes colonies. Ces revendications politiques s’appuient sur le principe de la discrimination positive qui définit des droits particuliers en fonction de la communauté à laquelle on appartient. Cela est très grave car ce principe détricote la nation française telle qu’elle s’est construite depuis un gros millénaire. C’est grave aussi pour ces populations qui sont surreprésentées dans les milieux populaires, chez les petits employés et chez les chômeurs. Or, les traiter différemment sous prétexte de répondre à ces problèmes risque de les ghettoïser. Ce type de système fait émerger quelques représentants des communautés dans les élites – on le voit bien aux Etats-Unis – mais la masse de ces gens est reléguée aux marges de la société. Si l’on se lance dans un modèle communautariste, on écarterait ces populations de l’ascenseur social et du creuset républicain français qui, à mon avis, continue de fonctionner malgré ses imperfections.

Propos recueillis par Christian Authier
photo : © D. Pruvot / Ed. Flammarion

 

Pour en finir avec la repentance coloniale, Daniel Lefeuvre
Flammarion, 230 p, 18 euros.

- article paru dans l'édition du vendredi 22 Septembre 2006
de l'Opinion indépendante (Haute-Garonne)

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* Éric Conan, dans l'Express (21 septembre 2006) :
"Faut-il avoir honte d'être français ?"




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mardi 26 septembre 2006

Ne cédons pas à l'intimidation (commentaire des Échos)

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le commentaire du journal Les Échos
(mardi 26 septembre 2006)

 

Ne cédons pas à l'intimidation

 

Non, la conquête coloniale n'est pas la répétition générale du nazisme ! Non, il n'y a eu ni volonté génocidaire ni pillage systématique des colonies ! Non, les travailleurs immigrés n'ont pas été appelés par un patronat français suceur de sang ! Non, les Nord-Africains n'ont pas reconstruit à eux seuls la France !

Quel plaisir de tomber sur un livre décapant, argumenté, offensif, qui ne s'en laisse pas compter par les ci-devant «Indigènes de la République», jeunes Français le plus souvent, dont les parents sont originaires des ex-colonies et qui exigent que les Français de métropole expient pour leur passé colonial. «Pour en finir avec la repentance coloniale», de Daniel Lefeuvre, appartient à cette catégorie de livres à rebrousse-poil de la bien-pensance. Mais ce n'est pas un pamphlet gratuit, c'est un livre d'historien, argumenté, bourré de chiffres, qui s'appuie sur des sources (archives, thèses...).

 Pour en finir... démonte les mensonges colportés par les «idiots utiles» des «Indigènes de la République», Olivier Le Cour Grandmaison ou Gilles Manceron entre autres, qui n'ont de cesse de faire des colons les précurseurs des nazis, de Jules Ferry le père spirituel de Goebbels, des «enfumades» des «pré-Oradour», des colonnes mobiles de Bugeaud la matrice de la division Das Reich... Les «Indigènes» - Daniel Lefeuvre préfère les appeler, eux et leurs compagnons de route, les «Repentants» - n'ont qu'un but : «prouver» que le colonialisme est un hitlérisme avant l'heure et que la France est consubstantiellement un pays raciste à l'origine de leurs «malheurs». Daniel Lefeuvre a écrit ce livre courageux et d'utilité publique par souci de la vérité. Et civisme, pourrait-on dire. Car il redoute de voir une partie des Français, «bien persuadés qu'ils seront à jamais les indigènes d'une République irrémédiablement marquée du sceau de l'infamie coloniale», rejeter nos institutions et son principe phare, l'égalité en droit des individus. Au bout de ce travail de sape, se dessine une France des «communautés», avec leurs règles et leurs droits propres. Une «France de l'Apartheid», selon Daniel Lefeuvre. À moins que ce ne soit une France de guerre civile.

Emmanuel HECHT

Pour en finir avec la repentance coloniale,
de Daniel Lefeuvre, Flammarion, 30 pages, 18 euros.

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Religions et espaces coloniaux (Dominique Borne et Benoit Falaize)

http://peres-blancs.cef.fr/image2/fontainenoviciat.jpg
groupe des novices Pères Blancs en 1885 (source)



Religion et espaces coloniaux :

quel enseignement ?

IESR - EPHE
Institut Européen en Sciences des Religions
École Pratique des Hautes Études - Sorbonne

                            

Religion et espaces coloniaux : quel enseignement ?
Séminaire (2006-2007) animé par Dominique Borne et Benoit Falaize
à l’Institut Européen en Sciences des Religions et à l’INRP

Ce séminaire de recherche vise à explorer une question encore mal connue et peu abordée, celle des liens complexes qu’entretiennent entre eux la religion et le monde colonial. Le séminaire tentera de renouveler la façon d’enseigner le processus de colonisation /décolonisation. Ce séminaire dédoublé se tiendra à Paris (IESR) et à Lyon (INRP). Des spécialistes des questions traitées interviendront lors de chaque séance. Ce séminaire est ouvert à tous.

Cath�drale Catholique de Phat Diem
cathédrale de Phat Diem (Vietnam, XIXe siècle)

     dates (en doublons Paris le jeudi 17h-19h /Lyon le lundi 17h-19h) :

- Christianisme et islam en terre coloniale d’Afrique noire : les cas anglais et français, avec Bernard Salvaing (Nantes), jeudi 19 octobre (à l’iesr) et lundi 23 octobre (à l’inrp)

- La gestion coloniale du pluralisme religieux en Asie du sud-est, avec Claire Tran Thi Lien (Lille) et Rémi Madinier (ehess), jeudi 16 novembre (à l’iesr) et lundi 13 novembre (à l’inrp) 

- Religion et colonisation dans l’aire Pacifique, avec Claire Laux (Bordeaux) et Alban Bensa (ehess), le 14 décembre (à l’iesr) et 18 décembre (à l’inrp)

- Missions et colonisation entre connivence et divergence : points de vue catholique et protestant, avec Jean-François Zorn (Montpellier) et Claude Prudhomme (Lyon), le 1 février (à l’iesr) et 5 février (à l’inrp) 

- Religion et colonisation au Proche-Orient, avec Chantal Verdeil (Lyon) et Jean Leca (Paris), le 15 mars (à l’iesr) et 19 mars (à l’inrp).

- Religion et processus de décolonisation, avec Gilbert Meynier (Lyon) pour : nation et islam dans le FLN entre 1954 et 1962, le 26 avril (à l’iesr) et le 23 avril (à l’inrp)

- Bilans, pédagogies, avec Daniel Rivet (Lyon), Dominique Borne (iesr) et Benoit Falaize (inrp), le 31 mai (à l’iesr) et le 4 juin (à l’inrp).

Le nom des intervenants est donné sous réserve.
La participation au séminaire est libre de tout frais d’inscription.

dominique_borne
Dominique Borne et Benoit Falaize

Pour toute information complémentaire, s’adresser à Philippe Gaudin
Responsable formations à l’IESR,
philippe.gaudin@ephe.sorbonne.fr
Tél : 01 40 52 10 03


Ben Badis et Tayeb el-Oqbi, de
l'Association des Oulémas algériens (1931)

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Inscription au séminaire " Religion et modèles coloniaux : quel enseignement ?"

Bulletin à imprimer et à envoyer à l’IESR, 14 rue Ernest Cresson, 75014

Je participerai au séminaire à Paris,  Lyon  (rayer la mention inutile)

Nom :
Prénom :
Adresse :
Tél :
Courriel :
Fonction :

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Cardinal_Lavigerie.jpg (14774 octets)
le cardinal Lavigerie (1825-1892), fondateur de la
société des Pères Bancs et des Soeurs missionnaires d'Afrique




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lundi 25 septembre 2006

Les harkis, prisonniers de mémoire (Fatima Besnaci-Lancou et Claude Liauzu)

 

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(source)

25 septembre : journée nationale
d'hommage aux harkis

 

Les harkis, prisonniers de mémoire

Il faut lever l'opprobre qui

pèse sur ces anciens soldats autochtones supplétifs

de l'armée française en Algérie

Fatima BESNACI-LANCOU et Claude LIAUZU

 

Libération - mardi 02 août 2005

À Madagascar, le président Chirac a pris ses distances avec la loi du 23 février 2005, dont l'article 4 impose la reconnaissance dans les programmes scolaires du «rôle positif de la colonisation» ; et avec les commémorations en l'honneur de l'OAS en rappelant «le caractère inacceptable des répressions engendrées par les dérives du système colonial». A sa majorité d'en tirer les conclusions et de revenir sur la faute qu'a été le vote de cet article de loi, qui a suscité en France des protestations grandissantes, bien au-delà du milieu des historiens, et en Algérie des réactions très vives. Il n'est que temps d'abroger cet article. C'est là une condition nécessaire pour fermer «la boîte à chagrin algérienne». Elle n'est pas suffisante, il faut aller plus loin et cela nontimbre_hommage_aux_harkis seulement à Paris mais aussi à Alger. Selon les mots de Chirac, «on doit assumer son histoire, ne pas oublier les événements ni nourrir indéfiniment aigreur et haine».

Des mémoires blessées ne peuvent que cultiver les rancoeurs. La légitimité de l'indépendance de l'Algérie ne doit pas laisser dans l'ombre la douleur des pieds-noirs qui ont perdu une terre, leurs biens, leurs cimetières, ni la détresse des appelés lancés dans une guerre sale, ni le massacre et le bannissement des familles de harkis, poursuivies parfois au-delà de la mort. Ainsi, la dépouille d'un Français, ancien harki, venue de Normandie pour être inhumée dans sa terre natale des Aurès a été refoulée au printemps dernier. Le défunt bénéficiait pourtant aussi de la nationalité algérienne. Harki ! Ce cas n'est pas rare. Qui ignore l'importance symbolique du repos en terre d'islam ? Pourquoi cette humiliation, se demandent ses enfants ? Dans un autre contexte, à l'occasion de la visite à Batna du conseil municipal de Rouen, un des élus, unDESTIN DE HARKI seul, Brahim Sadouni, auteur de Destin de harki (1), considéré comme persona non grata, s'est vu interdire le sol algérien. Harki !

Pourquoi Paris laisse-t-il faire ? Est-ce pour préserver des intérêts économiques et diplomatiques ? Ne serait-ce pas simplement de l'indifférence, quand l'on sait que la première commémoration en l'honneur des anciens harkis remonte au 25 septembre 2001, quarante ans après ! Le cynisme, cette communauté de destin en connaît bien le goût, tellement amer qu'il lui faudrait des générations pour s'en débarrasser.

La «boîte à chagrin algérienne» n'est pas facile à fermer. En France, le silence officiel a laissé le champ libre aux guerres de mémoire. En Algérie, la mémoire officielle est ressentie de plus en plus comme un alibi justifiant le pouvoir des pères du Maghreb, le Maghreb des pères, où les jeunes ne trouvent pas leur place.

Dans ce paysage confus, les surenchères se multiplient. L'association Harkis et droits de l'homme a, dès le 28 février, désapprouvé par un communiqué de presse les articles de la loi du 23 février qui les associent, à leur corps défendant, à la réhabilitation du colonialisme et des anciens membres de l'OAS. La seule décision pouvant leur rendre justice est de reconnaître les responsabilités de la gauche comme de la droite dans cette guerre, dans les pouvoirs spéciaux attribués à l'armée, la responsabilité de l'Etat dans la fin tragique de cent trente-deux ans de domination française.

Il n'est pas d'abus de mémoire ni d'occultation qui résiste à un peu d'histoire. Qui sont donc les harkis ? Le terme vient de l'arabe harka, qui signifie mouvement. Les harkis sont les soldats de certaines unités supplétives autochtones recrutés par l'armée française pendant la guerre d'Algérie. Leur contrat était très précaire, hors du droit civil, d'une durée d'un mois, révocable à tout moment. Cette appellation recouvre une réalité complexe et hétérogène. Il y eut ceux qui étaient des instruments du colonialisme, bien sûr. D'autres, anciens soldats et gradés, ont pu être sensibles à la «fraternité des tranchées», à certaines valeurs de la vie militaire. L'importance des troupes coloniales lors des guerres mondiales et outre-mer est une évidence.

Mais tous les protagonistes n'ont pas eu la possibilité de choisir : la violence française a été accompagnéemelouza d'enrôlements forcés, et la propagande de guerre a tiré parti de l'image de ce «loyalisme». Le FLN, lui aussi, a tout autant usé de la terreur comme moyen de pouvoir sur la société : on citera seulement le massacre des partisans de Messali Hadj, qui a fait 374 morts en mai 1957 dans le village de Melouza [photo ci-contre]. Mouloud Feraoun, assassiné par l'OAS en 1962, écrivait le 8 novembre 1956 dans son Journal 1955-1962 (Seuil) : «Les prétentions des rebelles sont exorbitantes, décevantes, elles comportent des interdits de toutes sortes, des interdits dictés par le fanatisme le plus obtus, le racisme le plus intransigeant, la poigne la plus autoritaire... Défense de faire appel au toubib (?), à la sage-femme (?), au pharmacien (?). Et puis, il faut recevoir selon notre tradition hospitalière nos braves invités qui prennent des allures de héros et d'apôtres tout comme les grands saints de l'islam d'illustre mémoire... Il ne reste aux femmes qu'à youyouter avec entrain en l'honneur de la nouvelle ère de libération qui semble pointer pour elles à l'horizon qui barre inexorablement nos montagnes sombres.»

De plus, les vengeances personnelles, assassinat d'un proche, haines ancestrales, code de l'honneur ont aussi parfois imposé de s'enrôler dans un camp ou dans l'autre. On est loin des grands choix idéologiques tels que les présentent les discours nationalistes. Combien de familles sont traversées par des allégeances opposées ? Combien d'individus ont traversé les camps ? Les harkis ont subi le vae victis, malheur aux vaincus.

Victimes de la haine des vainqueurs, soumis à des supplices épouvantables, privés de toute dignité, traqués, combien sont morts lors de «l'été rouge» ? Ceux qui ont pu parvenir ici, malgré le pouvoir gaulliste, qui arivesaltes_1962_1 tout fait pour les en empêcher, ont été parqués dans des sortes de réserves indiennes, maintenus dans une dépendance coloniale, perçus par une bonne partie de la gauche comme des suppôts du colonialisme et par la France profonde comme des tribus indignes de la citoyenneté à part entière. Cependant, les nouvelles générations ont bénéficié de la scolarisation : une élite s'est constituée, qui, à l'image des enfants issus de l'immigration, a entrepris un travail de mémoire, de réhabilitation de la figure humiliée du père.

Comment ne pas voir que, dans les deux cas, ces paysans souvent pauvres, non scolarisés, ont été victimes des nationalismes français et algérien ? Même origine sociale et ethnique, même ségrégation par la population dominante, même déchirure identitaire ! C'est le sort de tous les êtres et groupes frontières. C'est le sort de ce chrétien venu de l'islam, de ce citoyen français qui se voulait aussi algérien, du grand écrivain Jean Amrouche, mort lui aussi à la veille de l'indépendance, auteur de Un Algérien s'adresse aux Français. «Les hybrides culturels sont des monstres. Je me considère donc comme condamné par l'Histoire. Le Jean Amrouche qui existe aujourd'hui, algérien cent pour cent par le sang ; né de père et de mère kabyles, appartenant à la famille musulmane et cependant élevé dans la religion catholique, avec comme langue principale (bien que le kabyle soit aussi ma langue maternelle) le français, harkis_femmesce Jean Amrouche n'a aucun avenir.»

Mais en 2005, les conditions ne sont plus les mêmes. «La guerre est faite à deux/L'un est mort/Et l'autre aussi», comme le dit Siham Jabbar, écrivaine irakienne. N'est-il pas temps que les vivants comprennent que cette guerre les traverse tous, qu'ils ont tous du fellaga et du harki, de l'immigré ou de l'émigré en eux ? Que des convergences s'affirment à partir de mémoires partagées ? Que les millions de passeurs de rives obtiennent enfin d'être reconnus comme des fruits de cette histoire ?

(1) Editions Cosmopole, 2002.

Fatima BESNACI-LANCOU présidente de l'association
Harkis et droits de l'homme
Claude LIAUZU professeur à Paris-VII

 

 

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Harkis_150_000_tu_s_SHAT
lettre du général Forret, chef du Service historique de l'Armée de Terre, en 1977,
citant un document (1975) du "Bureau d'aide aux musulmans français"
(Hôtel National des Invalides) qui fait état de 150 000 "supplétifs disparus ou exécutés
par le F.L.N.". Reste à établir la généalogie de ce document et de cette estimation.
(source internet de cette image)
- cliquer pour agrandir

 

harkis_drapeau_et_m_dailles
rassemblement d'anciens harkis en 2006 (source)

 

 

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dimanche 24 septembre 2006

Les Nord-Africains n'étaient pas de la chair à canon (Daniel Lefeuvre)

indig_nes_debbouze

 

Les Nord-Africains

n'étaient pas de la chair à canon

Daniel LEFEUVRE

 

CINEMA

Le film vu par un historien, Daniel Lefeuvre : «Les Nord-Africains n'étaient pas de la chair à canon»
- Les Échos - 22 septembre 2006

Indigènes est «un bon film où l'on ne s'ennuie pas, et c'est un film utile, car ces combattants, qui ont été l'«épée de la France», selon l'expression de De Gaulle, méritent notre reconnaissance», estime l'historien Daniel Lefeuvre, qui vient de publier Pour en finir avec la repentance coloniale (Flammarion). Le traitement historique du film n'en suscite pas moins quelques questions.

Pourquoi voit-on aussi peu de combattants français ? Sur les cinq personnages principaux, un seul incarne un soldat pied-noir : le sous-officier Martinez (interprété par Bernard Blancan). Par ailleurs, ce sous-officier aurait une mère arabe. Peu plausible. Arabes et Européens n'avaient pas de relations intimes et, à supposer, qu'ils en aient eues, l'enfant n'aurait pas été reconnu par la famille du père. Plus discutable encore : les scènes des durs combats de la vallée du Rhône, qui ont entraîné de lourdes pertes, semblent vouloir accréditer l'idée que les «indigènes» étaient de la chair à canon.

Les statistiques de la mortalité des différentes composantes de l'armée d'Afrique, répertoriées par Daniel Lefeuvre à partir des archives, réfutent cette opinion. Le taux de mortalité des soldats nord-africains, les plus nombreux, est de 5 %, celui des soldats d'Afrique noire d'un peu moins 5 %, celui des Français «de souche», y compris des Corses, qui ont constitué un fort contingent, de 5,70 %, et celui des Français d'Algérie de 8 %. Autre indicateur pertinent, le pourcentage de mobilisés pour une classe d'âge : il est de 45 % pour les pieds-noirs, proche de 9 % pour les colonisés.

En revanche, Daniel Lefeuvre juge tout à fait «positives» certaines scènes : le respect des traditions musulmanes (notamment des sépultures) par l'armée ; l'accueil chaleureux de la population française, à Toulon, à Marseille, en Alsace. Dernier point, incontestable, souligné par le film : la carrière à deux vitesses des soldats. Les «indigènes» avaient des soldes inférieures du tiers, voire de moitié, à celles des Français, et leur progression en grade était plus lente et limitée.

Dès 1943, pourtant, les autorités coloniales avaient demandé l'égalité de traitement. L'administration des Finances s'y est opposée. Les difficultés financières de l'après-guerre, la «cristallisation» (le gel) des pensions en 1959 ont empêché ce geste minimum de reconnaissance pour le sang versé, réclamé un mois avant sa mort par le général Leclerc.

journal Les Échos, 22 septembre 2006




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