mardi 6 mars 2007

les Arabes de "Caledoun" (Claude Liauzu ; Taïeb Aifa)

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les Arabes de "Caledoun"

Claude LIAUZU - Taïeb AIFA

 

Bonjour,

Vraiment un très beau site!

Je découvre une question suite à mon texte sur le manuel, par Ahmed de Bourail.

Sa remarque sur l'oubli des "Arabes", Kabyles,ou Algériens dans l'histoire de la Nouvelle-Calédonie appelle réflexion.

N'étant pas spécialiste du "Caillou", j'ai voulu attirer l'attention sur l'importance des accords de Nouméa et la volonté d'apaisement qu'ils représentent. J'ai voulu aussi plus particulièrement attirer l'attention des historiens sur cette méthode pour aider des populations qui se sont affrontées, à élaborer leur devenir commun en partageant leur passé. Cela comme un exemple utile pour dépasser le passé algérien et les guerres de mémoires. Il y a sans aucun doute dans cette histoire à peine naissante des populations de Nouvelle-Calédonie des lacunes, des oubliés et encore beaucoup à faire.

La thèse de madame Ouennoughi a été précédée par le très beau livre de Medhi Lalloui, "Kabyles du Pacifique". Cette thèse permet désormais "d'intégrer" les déportés et forçats d'Algérie. Mais combien de cadavres encore dans les placards... Mon interlocuteur sait-il que des révolutionnaires indochinois ont été déportés en Nouvelle-Calédonie aussi, de même que le frère de Léon Bloy.

* *
*


Je livre [ci-dessous] avec l'accord de mon ami José Barbançon, spécialiste du bagne, un document.
À suivre...
Cordialement

Claude Liauzu

 

route_Moindon___Bourail

 

 

______________________________________________________

 

AIFA_150x200Discours prononcé par M. Taïeb Aifa au nom de l'Association des Arabes et des amis des Arabes, le 4 mars 2007 à l'occasion de la venue à Nessadiou de M. Azzouz Begag, ministre délégué à la Promotion de l'égalité des chances.

Salam Aleikoum Monsieur le Ministre.

L'Association des Arabes vous souhaite la bienvenue à Caledoun puisque tel était le nom que nos anciens donnaient à cette terre d'exil si loin de celle qu'ils appelaient l'Afrique. De même, ils ont choisi de se reconnaître à travers le terme "Arabe". Pourtant ils venaient en très grande majorité du Maghreb et surtout d'Algérie et très peu du Yémen et d'Aden. Nous avons maintenu leur volonté. Le terme de Maghrébins largement utilisé en Métropole l'est très rarement ici et révèle aussitôt une arrivée récente dans le pays.

En terre de Nouvelle-Calédonie, il y a donc des Arabes et ici nous prononçons ce mot avec fierté et respect, la fierté que perpétuent nos cavaliers et nos chevaux, le respect que l'offrande du lait et des dattes symbolise.
Monsieur le Ministre, au cimetière de Nessadiou vous êtes dans notre lieu de mémoire. De nombreux Arabes sont enterrés dans bien des communes de Nouvelle-Calédonie de l'Ile des Pins à Belep. Même Nouméa avait son carré des Arabes, mais Nessadiou représente une place à part, une place unique dans notre histoire. Après la révolte Kanak de 1878, la vallée de Nessadiou est affectée par l'Administration pénitentiaire à des concessionnaires pénaux de toutes origines dont quelques Arabes.

La vie y est très difficile, ce n'est pas pour rien qu'on l'appellera plus tard : "la vallée du malheur". Cependant quelques-uns réussissent. Parmi eux, Miloud ben Abdallah le concessionnaire le plus aisé du centre. Peu à peu les Arabes occupent presque exclusivement la vallée de Nessadiou qui devient : la "petite Afrique". Rares sont les "roumis" qui y sont tolérés. La tradition orale veut que le cimetière de Nessadiou tienne son origine dans la forte concentration arabe du centre. Mais d'autres, comme le vieux Eugène Barretteau expliquait que c'est avec l'ouverture du cimetière que de nombreux Arabes dispersés sur le territoire avaient rejoint Nessadiou pour y terminer leurs vies.

Quelles vies ! Près de 2000 déportés, transportés, relégués à "la Nouvelle" condamnés au nom de toutes les peines de l'arsenal du Code pénal devant des conseils de guerre ou des cours d'assises par des juges militaires ou des jurys de colons. Exilés de leurs terres souvent données à des colons, les voilà concessionnaires sur des terres prises à des tribus. Pour eux l'Histoire s'est inversée : la colonisation qu'ils subissaient en Algérie, c'est à leur tour, souvent malgré eux d'en devenir les agents, non pas pour en vivre, mais pour survivre. À eux seuls, les Arabes de Nouvelle-Calédonie concentrent toutes les contradictions d'une politique coloniale.

Survivre : donc avoir des enfants. Mais se marier avec qui ? Il n'y a pas de femmes arabes. Les premières unions ont lieu à Bourail avec des Européennes, des relations se nouent aussi avec des femmes mélanésiennes. Dans les générations suivantes, les filles de ces premières unions se marient souvent dans le milieu arabe. La souche survit, les patronymes se transmettent même quand ils sont transformés par l'administration, mais la langue qui ne peut pas être apprise aux enfants par des mères qui ne la parlent pas, se perd.
Et précisément parce que la langue s'est perdue, ce cimetière prend dans notre mémoire une autre dimension. Votre présence ici est une reconnaissance de cette dimension et elle est d'autant plus nécessaire que le tout récent manuel d'histoire a supprimé la photo du cimetière de Nessadiou ainsi que le paragraphe consacré dans le manuel précédent à la présence arabe.

Monsieur le Ministre, ne cherchez pas les noms de nos anciens dans les livres d'histoire, même celui de Bou Mezrag el Mokrani a été effacé. Ne cherchez pas une place, une école, un collège, un espace sportif qui porte un nom arabe, mais parcourez les listes de décès des centres miniers de Thio ou Ouegoa, des centres pénitentiaires, de l'île Nou, de Ducos, de l'île des Pins, du Camp Brun interrogez vous sur le jeune âge de ces décédés et vous commencerez à comprendre. Continuez par la liste des concessionnaires de Bourail, Nessadiou bien sûr mais aussi Boghen, la Route d'Ourail, la Poueo, remontez jusqu'à Pouembout, Koumac, revenez par La Foa, concentrez-vous sur Nouméa, sur la liste des chauffeurs de fiacres, sur la Vallée du Tir le quartier ouvrier, sur les ouvriers du Nickel, sur les syndicats, sur les sportifs, et aussi il faut le dire au début du XXe siècle sur la délinquance, le tout dans un environnement, où le mépris aujourd'hui disparu, n'était jamais absent et vous commencerez à avoir un idée de ce que les Arabes ont vécu dans ce pays où pendant longtemps, comme disait le vieux Bel Amiche qui repose à Nessadiou : "le cheval a été le seul ami de l'Arabe".

Victimes de la colonisation en Algérie, contraints dans l'exil de devenir acteurs de la colonisation en Nouvelle-Calédonie puis reconnus comme victimes de l'Histoire, il n'y a qu'un seul mot pour traduire ce que nous avons vécu : Mektoub. Le destin. Alors aujourd'hui quand on appelle le pays à un destin commun, quand on aspire à la constitution d'une communauté de destin, croyez bien que nous sommes prêts à y prendre toute notre part. Notre passé ne nous permet pas d'évoquer les bienfaits de la colonisation et nous n'avons pas le temps d'attendre une quelconque repentance d'où qu'elle vienne. Nous sommes des citoyens de Nouvelle-Calédonie qui avons un défi à relever dans le respect de l'histoire de nos pères et pour l'avenir de nos enfants et rien ne se fera à côté de nous ou sans nous. C'est le sens que nous voulons donner à votre visite à Nessadiou.

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"cimetière arabe" de Nessadiou à Bourail

source, M.
Ouennoughi ©)

 

À l'entrée du cimetière, il y a le croissant de lune. Quand vous rentrerez à Paris ou dans la banlieue lyonnaise s'il vous arrive d'apercevoir ce croissant de lune, ayez une pensée, Monsieur le Ministre, pour ces descendants d'Arabes qui vivent sous le ciel austral, là où le croissant est tourné à l'envers ou dans l'autre sens, mais n'en doutez jamais : le cœur des Arabes de Caledoun est pour toujours à l'endroit. Et leur endroit c'est ici.

Taïeb Aifa

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lundi 5 mars 2007

L'Europe face à son passé colonial (colloque international : 25, 26 et 27 avril 2007)

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L'Europe face à son passé colonial

Histoire, mémoire et débats publics contemporains

- Approches comparatives -

Metz, 25, 26 et 27 avril 2007


Colloque international organisé par Olivier Dard (Université Paul Verlaine, Metz) et Daniel Lefeuvre (Université Paris 8 Saint-Denis) - En partenariat avec Études coloniales

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Programme officiel

PROGRAMME

Mercredi 25 avril, matin

Passés coloniaux, États et sociétés impériales

Guy Pervillé (Université de Toulouse), Histoire et mémoire de la décolonisation en Algérie et en France : lesLa_difesa_della_razza causes de l'échec du traité d'amitié franco-algérien

Giorgio Rochat (Université de Turin), Le colonialisme italien, un passé oublié

Antonio Costa-Pinto (Université de Lisbonne), Colonialisme et Dictature: la démocratie portugaise face à son passé colonial

Nicola Labanca (Université de Sienne), I gas di Mussolini in Etiopia (1935-1936) : una (l'unica?) discussione italiana sul passato coloniale (1995-1996)

Rosa Maria Pardo (UNED, Madrid), Maroc et Guinée dans l’Espagne de la fin de l’ère franquiste

Yves Léonard (Institut d’Études Politiques de Paris), La question impériale dans le Portugal salazariste (années 1960-1970)


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Mercredi 25 avril, après-midi

Passés coloniaux, États et sociétés impériales (suite)

Herrick Wesseling (Université de Leyde), Les Pays-Bas face à leur passé colonial

John Darwin (Nuffield college, Oxford), Mémoire d'empire et de public en Grande-Bretagne depuis 1960

Jean-François Klein (INALCO), Un absent français du débat colonial : l’Indochine

Jean-Jacques Jordi (Mémorial) : Pourquoi un mémorial de la France d’outre-Mer ?

Arnaud Nanta (EHESS), Le Japon face à son passé colonial

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troupes japonaises en Mandchourie


Jeudi 26 avril, matin

Passés coloniaux, États et sociétés colonisées

Gaillard Gusti (université de Port au Prince), Question coloniale et question politiqueimage002 en Haïti aujourd’hui

Mohammed Hatmi (université de Fès-Sais), La commémoration du cinquantenaire de l’indépendance du Maroc

Marion Abssi (Université de Metz), Enjeux de mémoire et de pouvoir dans l’immigration algérienne en France au lendemain de la guerre d’Algérie (1962-1965)

Martine Cornède (directrice du Centre des Archives d’Outre-Mer, Caom à Aix-en-Provence), La politique d’ouverture des fonds coloniaux


Jeudi 26 avril, après-midi

Convulsions impériales, matrices de formes de lutte et de systèmes de représentations

Martin Meunier (université d’Ottawa), Un exemple de transfert transatlantique : le Front de libération du Québecphoto1magoas

Olivier Dard (université Paul Verlaine, Metz), L’Algérie française et l’OAS : un exemple transposable de lutte contre-terroriste ?

Anne Dulphy (École polytechnique), Algérie française et Espagne franquiste : quelles relations et quels regards ?

Chantal Metzger (Université de Nancy II), RDA et Afrique noire dans les années 1960-1970


Vendredi 27 avril, matin

Constructions et diffusions des mémoires des passés coloniaux

Marc Michel (Université d’Aix-Marseille II), Soldats africains de l’armée française : mémoires et débats

François Cochet (Université de Metz), Indochine et Algérie : motivations de l'époque et culture mémorielle d'aujourd'huiCefeo chez les soldats français

Hervé Lemoine (DMPA), Les témoignages oraux, des sources du temps présent pour une histoire du temps présent (titre provisoire) [ci-contre, CEFEO, cliché ECPA]

Jocelyn Grégoire (Université de Liège), La question coloniale à la RTBF depuis les années 1960

Etienne Deschamps (université de Louvain), La construction d’un savoir universitaire sur l’empire colonial en Belgique au XXe siècle


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carte datant de 1914

 

Vendredi 27 avril, après-midi

Enjeux politiques et sociétaux contemporains des passés coloniaux

Daniel Lefeuvre (université Paris 8), Colonisation : la notion de bilan est-elle incongrue ?raxhon

Philippe Raxhon (université de Liège), La commission Lumumba

Francis Balace (université de Liège), La réception du film «Indigènes» en Belgique

Michel Renard (université Paris 8), L’islam colonial : déni de l’histoire et «indigénisation»

conclusion

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Ce colloque est organisé avec le soutien des Universités de Metz (CRULH, BQR, CA 2 M, AAUL) et de Paris 8 (BQR, Relations internationales, Ecole doctorale Pratiques et théories du sens – Centre de Recherches historiques, UFR 4), de la Région Lorraine, du Ministère des Anciens combattants (DPMA), de la Direction des Archives de France, du ministère des Affaires étrangères (ambassade de France au Maroc).

Renseignements et inscription : Daniel Lefeuvre, 38 rue du Ruisseau, 75018, Paris

Daniel.Lefeuvre@tele2.fr


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dimanche 4 mars 2007

Le passé colonial : enjeux de la vulgarisation (débat le 4 avril 2007)

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Le passé colonial :

enjeux de la vulgarisation

un débat le 4 avril 2007

 

Débat : pourquoi le Dictionnaire de la colonisation française, Claude Liauzu dir. Conseil scientifique Hélène d’Almeida Topor, Pierre Brocheux, Myriam Cottias, Jean-Marc Regnault, Larousse, 2007

 

Amphithéâtre de l’EHESS - 105 boulevard Raspail
4 avril : 9-12h et 13-15 heures

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source : Caom, base Ulysse

 

 

9-12 heures, présidence de Pierre Brocheux : Les enjeux de la vulgarisation scientifique
- Hélène d’Almeida Topor : La Société française d’histoire d’Outre-Mer (SFHOM) et son rôle
- Sophie Ernst et Valérie Morin : L'enseignement en questions
- Myriam Cottias : L'esclavage, débats scientifiques et enjeux publics
- Claude Liauzu : Présentation du dictionnaire
- Débat

13-15 heures,  présidence de Hélène d’Almeida Topor : «Histoire ou entrepreneurs de mémoires ?»
- Sylvie Thénault : La loi du 23 février
- Bouda Etemad  : «Crimes et réparations. L’Occident face à son passé», Complexe
- Jean-François Klein : Sur les mots de la colonisation
- Conclusion - Débat

 

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Recensement d'un village Mossi dans le canton de Lallé, Koudougou
(Haute-Volta), 1945-1961 (?) source : base Ulysse

 

 

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samedi 3 mars 2007

"Les collines de l'espoir" (Dély-Ibrahim, 1830-1962), roman d'Arlette Schneider

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Les collines de l'espoir,

un roman d'Arlette SCHNEIDER sur la commune

de Dély-Ibrahim (Algérie)

 

 

présentation de l'éditeur
Arlette Schneider, professeur de Lettres à Bordeaux, publie un remarquable ouvrage A_Schneiderdocumentaire, historique et anecdotique, portant sur l’un des plus grands moments de la colonisation française en Algérie, en 1830. Il s’agit de la prise d’Alger par la France, de la construction par le génie civil, du premier village français et la vie bucolique à Dély-Ibrahim jusqu’en 1962.

À travers Les collines de l’espoir, le lecteur, avec beaucoup de plaisir, se  trouve au cœur de l’action en 1830 puis en 1962. Le voyage mouvementé, passionnant et émouvant le conduit à travers le temps et l’espace.
La première partie, d’une façon documentée, traite la conquête française sous la France de Charles X et de Louis-Philippe ainsi que la situation socio-économique au sein de l’empire Ottoman en 1830.
Après avoir retracé l’occupation du sol en Algérie depuis les Phéniciens, en passant par les frères Barberousse, avec des qualités d’historienne, l’écrivaine explique en un style clair et concis comment  le projet  d’expédition française a mûri depuis le règne de Louis XIV  et sous Napoléon.
Au départ, les causes de la conquête française se veulent humanitaires. Mais, Arlette Schneider nous remémore le fait historique déclencheur de la prise d’Alger avec  le récit du coup d’éventail, ainsi que la prise du célèbre trésor d’Alger, un détournement d’argent et d’or qui rejoint le roman de fiction ou les histoires burlesques de Tintin.

La deuxième partie de l’ouvrage, autobiographique et anecdotique, aborde les origines du village et sa vie jusqu’en 1962. Les premiers pionniers arrivent de France, d’Allemagne, de Suisse et des îles Baléares. Plusieurs pages sont consacrés à l’exode de tous ces émigrés qui, par centaines, fuient la pauvreté, la maladie, le chômage et les insurrections. Au moyen de diligences et d’embarcations peu sûres, ils bravent les tempêtes avant de poser le pied sur «les collines de l’espoir».

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carte postale ancienne

Le côté artistique de l’écrivaine a mis en valeur des cartes postales, des photos, des reproductions de peintures, des poésies qui brodent admirablement les lieux de cette mémoire française. Le lecteur est chaleureusement invité à la magnifique promenade ensoleillée à travers laquelle il traverse les rues du village, Dély-Ibrahim. Ce sont des odeurs exotiques et des bouquets de couleurs. Il rencontre des femmes et des hommes, Européens et Musulmans dans un décor de paysages fabuleux, au pays des jardins, des cigognes, des vaches et des chevaux. Il partage la vie communautaire des villageois. Il vit intensément l’instant.
À la fin de l’ouvrage, le lecteur a le plaisir de poursuivre sa lecture par des documents authentiques des Archives Nationales que l’écrivaine a recueillis.

les grandes figures de l'histoire
À travers les 224 pages de récit illustré, le lecteur côtoie les grandes figures de l’histoire : le Consul français, Deval , le dey Hussein, le comte de Bourmont, le Général Berthezène, le Général Clauzel, Yves Boutin le Colonel du Génie qui fut envoyé en éclaireur et détective privé afin d’étudier le lieu précis du débarquement, le duc des Cars, le général Lamoricière et ses zouaves pontificaux, le maréchal Bugeaud dont l’œuvre fut considérable tant au point de vue de la colonisation civile que militaire et religieuse et enfin Abd-el-Kader qui poursuivit la guerre à la France.

«Avec simplicité et en employant toujours le mot juste», par les moyens de sa plume lyrique et des souvenirs colorés, Arlette Schneider a su admirablement recréé l’ambiance qui existait dans son village au cours des années soixante.

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Arlette Schneider
1958

A_SchneiderArlette Schneider a participé au forum du livre sur l’Algérie à Toulouse ainsi qu’à plusieurs salons littéraires. Née à Alger et avant de rejoindre la France en 1962, elle a vécu quinze ans dans le premier village français créé en Algérie, Dély-Ibrahim.
Reliant le pinceau à la plume, Arlette Schneider est membre d’Associations artistiques, poétiques et littéraires en Aquitaine. Elle rédige également des articles de journaux dans la revue universitaire : L’observatoire. Ses poèmes et nouvelles paraissent dans deux revues culturelles. Primée à plusieurs concours littéraires ; les membres du jury de «Arts et lettres de France», lui ont décerné un diplôme, au Concours International littéraire 2006,  dans la section Nouvelles avec «Une page de Mélanie», texte qui figure dans son ouvrage.

 

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- voir aussi : "Bonjour cher Dély-Ibrahimois", Arlette Schneider, édité le 8 avril 2008

- présentation du livre d'Arlette Schneider

 

- Arlette Schneider et son livre, sur mitidjaweb (avec récit de l'auteure et bon de commande)

- sur Dély-Ibrahim : le site de Francis Rambert (nombreuses photos anciennes)

- la photo de classe de 5e, en 1958, au lycée Ben Aknon, avec M. Amouss, professeur de Lettres

- éditions Hugues de Chivré

 

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une image de Dély-Ibrahim au temps de l'Algérie coloniale



 

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vendredi 2 mars 2007

L'Indochine, ni gloire ni honte (Antoine Audouard)

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L'Indochine, ni gloire ni honte,

Antoine AUDOUARD

 

Le 23 novembre 1946 est couramment indiqué comme date de déclenchement de la guerre d'Indochine. Cet anniversaire n'est pas en France l'occasion d'une large commémoration - pas plus que ne l'avait été, il y a 352___Image_largedeux ans et demi, l'anniversaire de la chute de Dien Bien Phu (7 mai 1954). Ce refus du masochisme peut se comprendre.

Un retour sur nous-mêmes et ce qui se joua entre ces deux dates serait pourtant utile. Dans notre perpétuel débat intérieur sur fierté (le rôle positif de la colonisation) et repentance (pratique de la torture, exactions, etc.), il peut nous donner l'occasion d'une méditation sur la nation, d'un examen de conscience qui ne débouche ni sur les hymnes revanchards, ni sur les hypocrites actes de contrition.

Comme le suggère François Bizot à propos du génocide cambodgien dont il fut témoin, il nous faudrait pouvoir, face aux événements personnels et nationaux qui nous stupéfient, nous arracher plus vite aux émotions pour répondre à la seule question qui compte : comment cela a-t-il été possible ? Et répondre suppose une distance, une forme de neutralité - ou en tout cas de tranquillité intérieure - qui nous font souvent défaut.

L'examen des conditions dans lesquelles la France tenta de rétablir ses droits dans ce qu'avant la guerre onGHLeclerc3Shat appelait sans complexe son empire, et qui fut cosmétiquement rebaptisé l'Union française, a des allures de commentaire d'actualité. Au risque de choquer, il faut donc rappeler que ce mouvement fut une expression de ce que la France avait alors de meilleur : les de Gaulle et Leclerc, ceux qui avaient gardé l'honneur dans une période où la marchandise se faisait rare. C'est la 2e DB, libératrice de Paris, qui embarqua pour Saïgon, avec pour instruction de libérer le delta du Mékong de l'occupation japonaise comme Paris et Strasbourg l'avaient été de l'occupation allemande. En mars 1946, des accords de paix furent signés avec Ho Chi Minh reconnaissant l'unité du Vietnam et son avenir comme "Etat libre".

On peut aujourd'hui questionner ce sens de la grandeur nationale qui obséda de Gaulle, lui reprocher d'avoir fait la sourde oreille aux rapports de ses proches sur la situation locale où le mouvement d'indépendance nationale s'était forgé dans la guerre et ne s'arrêterait plus ; il est enfin difficile de ne pas juger son commencement à la lumière de sa fin, la lumière grise de Dien Bien Phu, ses montagnes de cadavres, ses files de prisonniers.

Pourtant, on ne peut lui dénier sa part d'idéalisme, de désintéressement, de foi presque mystique, à vocation universelle, dans un passé et un futur. Pour la dernière fois dans notre longue histoire s'exprimait sans réserve la part guerrière et rêveuse d'une nation chez qui l'esprit de conquête avait pris diverses formes au cours de son histoire.

Au lendemain précisément de la libération de la barbarie nazie, des Français utilisèrent, au nom de ces valeurs, des moyens qui nous font toujours mal, à soixante ans de distance. Ce furent les massacres de Sétif, en Algérie ; ce fut la répression de l'insurrection de Madagascar, ce fut enfin, en ce fameux 23 novembre 1946, ce qu'il fut convenu d'appeler "l'incident de Haiphong".

Untitled_1LAu départ, dans une situation politique confuse, une ambiance d'insurrection rampante, l'arraisonnement d'une jonque chinoise donne lieu à un échange de coups de feu. Puis, à certains niveaux du commandement militaire et politique français, on juge bon de "donner une bonne leçon" aux Vietnamiens. Le bombardement de la ville de Haiphong commence. L'estimation de son bilan a notablement varié au fil du temps : au plus fort de la protestation anticoloniale, on parla de 20 000 morts, puis les chiffres semblèrent se stabiliser entre 6 000 et 10 000.

Des années plus tard, le maire de Haiphong de l'époque confia à l'historien américain Stanley Karnow que son estimation personnelle se situait aux alentours de 500, "tout au plus". On irait presque jusqu'à dire "peu importe".

Toujours est-il qu'en quelques jours, l'émotion nationale était à son comble : le malheureux Léon Blum, 5262_7revenu aux affaires pour un intérim dont il ne voulait pas, et qui avait signé quelques jours plus tôt dans le journal socialiste Le Populaire un éditorial appelant à l'indépendance vietnamienne, se trouva être celui qui, à l'unanimité, fit voter par la Chambre les crédits militaires pour l'Indochine. L'historien norvégien Stein Tonnesson rapporte que quelques jours plus tard, quand déjà en effet la guerre faisait rage à Hanoï, le vieux socialiste en versa des larmes devant l'arbre de Noël du Populaire. Bien sûr, Léon Blum ne pouvait imaginer la boue de Dien Bien Phu ou la bataille d'Alger ; mais il ne lui échappait pas, sans doute, que ce commencement tragique ne pouvait engendrer une fin heureuse.

Ces larmes me reviennent toujours en mémoire devant la pauvreté des débats dans lesquels nous nous enlisons quand nous revenons sur cette période : on nous donne le choix entre nous glorifier de notre oeuvre civilisatrice - comme si nous étions encore dans les années 1930, en train de préparer l'Exposition universelle - ou poser des plaques pour ressasser notre honte - comme si nous devions perpétuellement nous excuser du tragique même de l'histoire en général, et de la guerre en particulier.

Engagé dans un travail de recherche, j'ai rencontré des crimes affreux et des sacrifices émouvants, des moments d'horreur et d'autres de pure beauté ; j'ai parlé à des Français passionnément amoureux du Vietnam, et à des Vietnamiens qui rêvent et espèrent en français. J'ai senti peu à peu pénétrer en moi un héritage dont la complexité et les ambivalences sont la richesse même. Mais tout se passe comme si dans la tendance générale à rectifier les torts par la voie du droit, notre passé aussi passait à la moulinette.

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...des moments d'horreur et d'autres de pure beauté...

Pascal Bruckner conteste la "tyrannie de la pénitence" qui fige dans une forme de statut de la victime ceux dont les ancêtres ont subi des torts, ou des crimes ; mais on pourrait ajouter que, par un parallélisme douteux, nous nous enfermons dans un "statut du coupable" - de collabos virtuels, nous voici peu à peu par héritage transformés en tortionnaires et bientôt en nazis. L'examen honnête et exigeant du passé peut être douloureux : il ne doit pas se transformer en procès de Nuremberg permanent. Or un zèle vigilant s'exerce à faux, qui sans cesse reclasse des coupables et des victimes - camp enviable duquel, sans doute, nous nourrissons l'illusion qu'une purification rétrospective peut nous faire pardonner.

Avec cynisme, l'excellent démocrate qu'est le président Abdelaziz Bouteflika l'a bien compris, qui nous force au silence sur ses crimes présents au nom de nos crimes passés ; les Vietnamiens n'agissent pas autrement, signant avec leurs ennemis d'hier des pactes économiques ou financiers qui enterrent non seulement un regard sur des millions de victimes de ce qui fut aussi une guerre civile, mais aussi les droits politiques fondamentaux de leurs citoyens d'aujourd'hui.

Ce qui est ici mentionné ne devrait pas déboucher sur le silence, mais sur la terreur et l'admiration mêlées face à ce que nous sommes capables de faire, en tant qu'hommes et en tant que nations. C'est au prix de cette redoutable intimité avec nous-mêmes que la volonté de comprendre et l'éventuelle capacité à agir l'emporteront sur l'inutile désir de juger.

Antoine Audouard, écrivain
Le Monde, 28 novembre 2006

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- extraits de : Un pont d'oiseaux

- commander : Un pont d'oiseaux d'Antoine Audouard (Gallimard, 2006)





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- compte rendu de lecture, par Alexandre Fillon, Lire.fr

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jeudi 1 mars 2007

"La naissance du monde moderne (1780-1914)" de C.A. Bayly (Olivier Pétré-Grenouilleau, Éric Hobsbawm)

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La mondialisation, une vieille histoire

En adoptant une approche planétaire, l'universitaire britannique

Christopher Alan Bayly a mis au jour des interdépendances anciennes

Olivier PÉTRÉ-GRENOUILLEAU

 

Christopher_Alan_BaylyDepuis quand le monde est-il monde? A l'heure où l'on se soucie à juste titre des vertus civiques d'un récit national à réinventer, la traduction de l'œuvre magistrale de Christopher Alan Bayly [photo ci-contre], professeur d'histoire à Cambridge et spécialiste de la colonisation, vient nous rappeler qu'il existe d'autres impératifs, notamment d'œuvrer à une vision plus planétaire du déroulement historique. De comprendre ce dernier non pas comme la résultante d'une série de grandeurs et de décadences, d'alternances entre des positions dominantes et dominées, mais comme un ensemble au sein duquel chacun a pu interagir.

Il ne s'agit donc pas de compenser les méfaits d'une vision de l'Histoire faisant encore trop souvent la part belle à l'Occident, et donc de s'intéresser aux civilisations méconnues ou méprisées dans un seul souci d'équité. Cette tentation a pu être manifeste il y a quelques décennies, lorsque l'histoire globale commençait à naître, de l'autre côté de l'Atlantique. Mais rien n'indique qu'elle ne conduise pas, à son tour, à d'autres excès, inverses de ceux auxquels elle était censée répondre. Il ne faut pas «réorienter l'histoire du monde», écrit Bayly, mais la «décentraliser». Son objectif, ce faisant, est de comprendre comment est né notre monde «mondialisé».

Érudit, à la manière de ces savants anglo-saxons sachant conter et faire réfléchir tout à la fois, il nous propose ici une véritable somme toujours agréable à lire. Ses idées-forces renvoient à la construction d'un monde de plus en plus interdépendant, évoluant à la fois vers plus d'uniformisation et plus de différenciation. Un monde que l'Occident a cru pouvoir un moment dominer mais qui lui échappa de fait dès le début, et qui fut tout autant influencé par lui qu'il ne contribua à le façonner.

Bayly souligne de nombreux synchronismes : liens entre périodes de stabilité relative et de crises en divers endroits du monde, interdépendances entre événements lointains, ou bien encore montée en puissance de changements de même nature à différents endroits bien qu'à des moments distincts. Il s'agit non pas, selon l'auteur, de simples analogies, mais de «liens de causes à effets». Il en va ainsi de la «révolution industrieuse», dont il repère des traces depuis le sud de la Chine jusqu'au Massachusetts, de l'essor d'une nouvelle gouvernance, des progrès de la rationalisation et du retour simultané de la foi. Avec des passages décapants, comme la mise en évidence de signes annonciateurs de l' «ère des révolutions» se faisant jour dans l'Inde des Moghols et dans l'Iran des Séfévides, avant de se manifester en France ou dans les treize colonies. Un livre indispensable pour toute réflexion sur la mondialisation et la modernité.

Olivier Pétré-Grenouilleau
L'Express, 20 juillet 2006

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- sur ce site : article de Claude Liauzu, présentation du livre de Cristopher Alan Bayly et compte rendus divers

- parution en édition de poche, janvier 2007

 

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Bayly ne s'embarrasse pas

avec les errements de l'histoire

"postcoloniale"

Éric HOBSBAWM

 

6873142_pLa préface que l'historien Éric Hobsbawm accorde à La naissance du monde moderne (1780-1914), publiée par Christopher Alan Bayly en 2004 et traduit l'année dernière en langue française, qualifie cet ouvrage de "première histoire" du monde moderne qui soit "véritablement mondiale dans son dessein".

Éric Hobsbawm pointe les nouveautés de cet "ensemble magistral" dont celle qui consiste à concevoir, au temps de la domination occidentale, la conquête par une puissance étrangère non comme une imposition mais comme une interaction. Et donc à invalider une histoire "postcoloniale" qui postule la pérennité de ce rapport sous la forme mécanique qu'aurait été une intervention totalement exogène.

Christopher A. Bayly écrit qu'entre 1780 et 1914, les Européens ont "spolié les peuples indigènes de vastes étendues de territoires, notamment en Afrique du Nord et du Sud, en Amérique du Nord, en Asie centrale, en Sibérie et en Océanie. (...) Cette domination physique s'accompagnait de différents degrés de soumission idéologique. Les manières de concevoir la société, les institutions et les façons de procéder qui s'étaient aiguisées dans les combats et les oppositions féroces entre nations européennes devinrent autant de moyens de contrôler les peuples non européens en leur indiquant la voie à suivre. Toutefois, ces peuples n'absorbèrent pas de manière passive les bienfaits occidentaux, et ils ne se comportèrent pas davantage en victimes résignées de l'Occident. La manière dont ils assimilèrent, puis remodelèrent les idées et les techniques de l'Occident pour les adapter à leur propre situation, contribua à fixer des limites à la nature et à l'étendue de la domination que leur faisaient subir ceux qui détenaient le pouvoir en Europe." (p. 18).

C'est la pensée des exclusions réciproques, telle que certains partisans des postcolonial studies bataillent à l'imposer, qui se trouve infirmée. Dire, comme Pascal Blanchard, Nicolas Bancel et Sandrine Lemaire, que "les effets de la colonisation n'ont pas été abolis en 1962" et que ces "effets se font toujours sentir aujourd'hui" (La fracture coloniale, 2005, p. 14) est, ou bien un truisme historien sans valeur du genre "pour comprendre la France d'aujourd'hui, il faut tenir compte des héritages coloniaux"..., ou bien une généalogie ne faisant que rééditer la vision binaire dénoncée par Christopher Bayly. La "fracture coloniale" persiste à réfléchir en termes d'imposition/rejet alors que Bayly appelle à penser en termes d'interaction.

Michel Renard

 

- (...) La seconde thèse découle de la spécialisation personnelle de Bayly dans l'histoire de l'Inde. Il présente l'Inde du XVIIIe siècle non pas de la manière traditionnelle comme une société immuable au sein d'un empire moghol en déclin, prête à se laisser conquérir par une puissance étrangère, mais comme un sous-continent caractérisé par des innovations commerciales dynamiques, au sein duquel les intérêts commerciaux et urbains s'efforçaient de se forger des moyens propres pour faire face à l'instabilité politique de la région. Les Britanniques arrivèrent politiquement au pouvoir non pas en tant que conquérants venus d'outre-mer, mais plutôt au début comme partie intégrante de la tentative imaginée par certains Indiens de modifier le rapport des forces au niveau du sous-continent.

Même après avoir été acceptée, la domination britannique dut continuer jusqu'à la fin de s'appuyer sur une combinaison de forces et de relais locaux, faisant que les Indiens acceptaient le raj (dénomination de la période de domination britannique du sous-continent indien) au nom de leurs intérêts propres. Plus généralement, la naissance du monde moderne ne fut pas quelque chose simplement imposé de l'extérieur par l'Occident, mais un processus complexe fait d'évolutions interagissant les unes avec les autres et émanant des deux côtés bien qu'à l'évidence dominé par la force des puissances impériales et par l'hégémonie du modèle occidental ; ce processus était également la seule manière de rendre les pays concernés suffisamment forts pour résister à la domination occidentale, avant finalement de s'en affranchir. Les peuples non européens s'approprièrent en les adaptant les outils politiques et idéologiques apportés par l'Occident. Bayly ne s'embarrasse pas avec les errements de l'histoire "postcoloniale".

Éric Hobsbawm, décembre 2006
préface à La naissance du monde moderne (1780-1914),
les Éditions de l'Atelier, 2007, p. 13-14.

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les administrations coloniales - journée d'études, 30 mars 2007

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«Les administrations coloniales»

journée d'études du 30 mars 2007

État de l'historiograhie. Structures et faits

 

 

Institut d’histoire du temps présent
59/61 rue Pouchet
75849 Paris cedex 17

PROGRAMME

9h30 : Accueil

Président : Jean-François Sirinelli, directeur du Centre d’histoire de Sciences Po

9h45 : Introduction, Samya El Mechat, professeure à l’université de Nice
- Présentation du projet. Le point sur l’historiographie. 


10h : 1ère séance -  Institutions et espaces

 

Caroline Treiber,  doctorante à l’université de Nice
- Le contrôle urbain au Maroc de 1947 à 1955.

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Michèle Sellès-Lefranc, doctorante à l’EHESS
- Réforme communale et institutions locales en Kabylie pendant la période coloniale (1945 – 1961)  : les ambiguïtés des outils méthodologiques d’une politique administrative. 

Anne-Claire Bonneville, maître de conférences à Saint-Cyr, Bey_de_Tunis_entour__de_sa_suite
- L’administration impériale britannique dans la Vallée du Nil.

Samya El Mechat, professeure à l’université de Nice
- Le secrétariat général en Tunisie (1883-1956).

Discutante : Emmanuelle Sibeud, maître de conférences à l’université Paris VIII

12h30 : Déjeuner

 

 

14h30 :   2ème séance - Administrateurs et pratiques

Président : Pierre Boilley, directeur du  MALD-CNRS/université Paris  I

Valérie Pouzol, chargée de cours à l'université de Versailles/Saint-Quentin-en-Yvelines
- «Hygiène, moralité et maternité» : l’encadrement des femmes arabes palestiniennes par l’administration mandataire britannique (1920-1948).grande_tenue_de_gouverneur_des_colonies

Anne Dulphy, maître de conférences à l’École polytechnique
- L’administration en Algérie face à l’accueil et l’internement des réfugiés espagnols : acteurs concernés, politiques suivies et perceptions spécifiques des internés (1939-1945).

Tahar Ouachi, Fondation Mohammed Boudiaf. Département mémoire et archives
- Les auxiliaires de l’administration coloniale.

Nathalie Rezzi, docteur en histoire de l’université de Provence
- Les gouverneurs dans les colonies françaises (1880-1914) : un modèle de fonctionnaires coloniaux ?lucien_fourneau_gouverneur_

Daho Djerbal, université d’Alger, directeur de la revue Nadq
- La question de l’intérêt général ou les déconvenues de l’administrateur civil colonial face à la versatilité des élus locaux (1930-1945).

Discutante : Françoise de Barros,  maître de conférence à Paris VIII, rattachée au CSU

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Lucien Fourneau,
gouverneur des colonies
(Cameroun)

Le_site_CNRS_Pouchet

 

Contact : Anne-Marie Pathé
Mél
: anne-marie.pathe@ihtp.cnrs.fr
Tél
: 01 40 25 12                                                                                                                          site CNRS, rue Pouchet

rens. : colloque mai 2008

 

 

 

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mercredi 28 février 2007

le manuel d'histoire de Nouvelle-Calédonie (Ahmed de Bourail)

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à propos du manuel d'histoire

de Nouvelle-Calédonie

Ahmed de BOURAIL

 

Nous aimerions beaucoup savoir si le manuel d'histoire de Nouvelle-Calédonie intègre les données historiques et anthropologiques du Docteur en Histoire Mme Ouennoughi Mélica, sur l'histoire de la déportation maghrébine en Nouvelle-Calédonie, ceci est une thèse de doctorat bien connue maintenant sur le territoire calédonien et relate les insurrections algériennes, le code de l'indigénat en Algérie, la déportation des Algériens et Maghrébins, qui n'avait jamais été élucidé de manière histoirique et scientifique avant cette historienne.

On a lontemps pensé qu'il y avait 200 algériens déportés sur le territoire et cela est totalement faux, la recherche historique nous donne les éléments fondateurs et véritables, les listes émises par l'historienne donne un chiffe bien supérieur, et elle note que les déportés ont gardé leur culture, leur histoire et la descendance a hérité d'une culture ancienne algérienne, de la coutume, de la tradition par l'introduction du saint patron sidi moulay, du cimetière de Nessadiou au XIXe siècle et du palmier dattier.

Elle décrit une parenté ancienne arabo-berbère qui a permis aux familles de se constituer et ce phénomène d'introduction n'est pas récent comme certains historiens calédoniens pourraient le penser, faut de connaissance d'une Algérie ancienne de ses traditions, de ses rites et de ses coutumes voir même de sa politique culturelle et religieuse.

Rien n'avait été développé, n'a pu être décrit voir même initié aux étudiants, ou aux collégiens sur ces oubliés de l'histoire fortement de culture algérienne aujourd'hui depuis l'arrivée de leurs aieux sur ce territoire (1867 suite à l'insurrection des ouled Sidi Cheikh avant même l'insurrection de Hadj Mokrani en 1871).

Les historiens doivent consulter l'ouvrage historique de Mme Ouennoughi pour véritablement comprendre l'histoire des Algériens de Nouvelle-Calédonie, les listes des déportés sont inscrits au cimetière de Nessadiou par le travail minitieux entrepris par l'historienne. Les travaux sont rattachés au nouveau laboratoire d'histoire contemporaine de Nouméa et l'historienne donne une conférence au centre culturel Tjibaou de Nouméa le 31 mai, ainsi on ne pourra plus ignorer ces déportés politiques, leur descendants, leur culture, leur tradition et leur religiosité.

Est-ce que le manuel d'histoire nouvellement constitué à pris compte des donnés de recherche sur l'histoire des Algériens initié par Mme Ouennoughi ? Du point de vue scientifique, nous serions ravis de vérifier si cela a été respecté, sinon à quoi sert la recherche ? À quoi servent les historiens ?

Monsieur LIAUZU sait-il si de telles données ont-elles été respectées ?
Bref, un certain nombre de question que beaucoup de Calédoniens descendants d'Algériens se posent ? Quels enseignements là-dessus, et où est l'enseignante sur cette question ?

Ahmed de Bourail
message posté

 

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mardi 27 février 2007

Une enfance à Constantine (Benjamin Stora)

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Une enfance à Constantine

Benjamin STORA


Dans ma vie, il y aura toujours un avant et un après «16 juin 1962». Ce jour-là, avec ma famille, nous avons quitté Constantine, la ville de l’Est algérien, où je suis né et j’ai grandi. J’avais douze ans. Je suis allé vers un autre univers, dans l’oubli de la société d’Algérie dans laquelle j’ai vécu, et qui reviendra hanter ma mémoire bien plus tard.

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Une ville haute et secrète
Mon enfance se passe à Constantine, dans une grande ville, la troisième par ordre d’importance en Algérie. Je suis un enfant de culture citadine qui ne connaît pas les joies de la campagne. Il a fallu ma rencontre avec ma femme, avec qui je vis aujourd’hui, pour découvrir, aimer la nature. Cette origine citadine contredit un certain nombre de stéréotypes. Très souvent la tendance est de croire que les enfants «d’Européens» d’Algérie étaient des fils de colons. Ce n’est évidemment pas vrai.

J’ai donc toujours vécu dans une ville, qui était doublement encerclée. D’abord sur le plan géographique, bâtie sur un rocher, d’accès difficile, assez impénétrables, pleine de ponts. Ce sentiment d’encerclement était très fort. Mais existait également l’enfermement à l’intérieur même de la ville. Durant les deux dernières années de la guerre d’Algérie, en 1961-1962, nous sortions très peu dans la rue.

Les enfants jouaient à l’intérieur des maisons, sur les terrasses principalement, ils ne s’amusaient plus dans les rues. Cette sensation d’encerclement géographique de la ville avec des gorges gigantesques, et des ponts partout, se redoublait par l’enfermement né de la guerre, de ne plus être dans une ville ouverte, «normale». J’ai toujours éprouvé cette position très particulière : vivre dans une guerre et en même temps dans une ville en elle-même haute, secrète, austère, «fermée».

Des frontières invisibles
Autre aspect de mon enfance, la vie dans un grand quartier juif, probablement le plus important de tout le Maghreb dans les années 1950. Près de 30 000 juifs vivaient à Constantine, la «Jérusalem du Maghreb». Je suis né le 2 décembre 1950 au 2 rue Grand, rue considérée comme le cœur du quartier juif de Constantine, qu’on appelait le «Charah». Ma naissance a eu lieu à l’intérieur du petit appartement familial de ce vieux quartier, où Juifs et Musulmans vivaient imbriqués les uns avec les autres, séparés du quartier dit «Européen». Mon père m’a expliqué que c’était là qu’avait eu lieu ma circoncision, une semaine plus tard, faites par un rabbin du quartier.
Deux villes effectivement se juxtaposaient dans la ville : la judéo-arabe, la vieille ville de Constantine où s’entassait une population extrêmement nombreuse qui était complètement mêlée ; et une ville européenne qui se trouvait à Saint-Jean, de l’autre côté de la ville.

Il fallait traverser le square Vallet, la place de la Brèche, remonter la rue Rohaut de Fleury pour arriver place de la Pyramide. Là se trouvait le quartier européen. Je m’y rendais bien entendu avec mes parents, mais nous sentions bien que c’était une autre ville. Une sorte de frontière invisible, qui n’était jamais dite, apparaissait sans cesse entre deux cités, les deux univers. L’univers plus européen, «métropolitain», venait se plaquer à un monde plus traditionnel, se référant au vieux passé de la ville.

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Constantine, place général Leclerc (voiture Simca)

Il faut là signaler un processus. Les Juifs qui, traditionnellement, vivaient avec les Musulmans dans la vieille ville de Constantine, ont commencé à émigrer vers le «quartier européen» au milieu de la guerre d’Algérie dans les années 1958-1959. Ils utilisaient des argumentations diverses pour ce premier départ, comme c’est «plus moderne», «moins insalubre», mais cela indiquait une tendance, une orientation. Quelque part il y avait déjà ce signe avant-coureur d’une ville traditionnelle judéo-arabe qui se modifiait, qui commençait à se vider au profit de la ville européenne.

C’était déjà le signe de la communauté juive émigrant vers la «métropole», cette France mythique que bien peu connaissaient. A la fin des années cinquante, une partie de ma famille, du côté de mon père en particulier, avait déménagé dans le quartier européen, et nous allions leur rendre visite le samedi après-midi. Mais avec mes parents nous sommes restés jusqu’au 16 juin 1962, rue Grand, au cœur de la cité traditionnelle. Ce n’était pas le cas de l’ensemble de la communauté juive. La guerre avait séparé progressivement les communautés.

Je garde en mémoire de Constantine cette frontière invisible, une ville presque coupée en deux. La sensation était forte de se diriger d’une ville à l’autre. Que l’on vienne de la place de la Brèche, ou que l’on remonte la rue Thiers, c’était pareil : à un moment donné, la frontière se devinait. Avec une autre vie, une autre histoire, pas les mêmes rythmes de vie, ni les mêmes sons. À la fin de la guerre d’Algérie, avec la création de l’O.A.S. en 1961, les manifestations pour «l’Algérie française» se déroulaient place de la Pyramide, dans le quartier dit européen. Je me rappelle, j’avais 11 ans à l’époque. La première manifestation pour «l’Algérie indépendante» à Constantine avait eu lieu rue de France, dans le vieux quartier judéo-arabe. J’avais vu défiler à la fin de l’année 1961 des Algériens, avec le drapeau vert, rouge et blanc, avec le croissant et qui scandaient «Algérie musulmane».

Les bruits de la ville
Constantine est une ville particulière. C’est surtout une ville fermée, austère, où tout se passe entre les murs. Dès que l’on se trouve à l’extérieur, ce sont les convenances qui priment. Je garde en mémoire la vie quotidienne de cette ville, la grande gaieté qui y régnait. Trop souvent, se manifeste la tendance à regarder une histoire par la fin, la tragédie, le départ, la séparation, la guerre, les attentats. Tout cela bien entendu a eu lieu. Mais, je me souviens aussi, quand j’étais enfant, de la gaieté qui régnait dans cette ville. Avec beaucoup de cafés et de musiques. La rue de France prolongée par la rue Caraman regorgeait de cafés fréquentés par des Juifs, des hommes bien sûr pour la plupart. Des dizaines de cafés, où partout s’échappait de la musique.

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Dario Moreno, 1959

Ce n’était pas seulement la musique de Raymond, le grand chanteur du «malouf», la musique arabo-andalouse de Constantine. Des sons de musique européenne existaient aussi : Dario Moreno, Bambino, Dalida, la musique rock, vraiment je me souviens de tout cela. Je me souviens d’un café en face de chez moi avec son enseigne «Jacky Bar», d’où s’élevait souvent la musique d’Elvis Presley. J’écoutais, déjà, avant l’arrivée en France, les tubes de l’époque, les premiers succès de Johnny Hallyday. Les histoires de musique façonnent aussi un imaginaire autour de la ville. Avec à la fois la musique traditionnelle, la musique arabe, le «malouf», et la musique européenne. Une grande gaieté régnait dans cette ville, avec le temps des fêtes, des mariages, des circoncisions. Mon père allait quelquefois au café prendre l’apéritif avant de rentrer à la maison. Je l’accompagnais. Ca riait fort, ça parlait très fort, c’étaient les grosses blagues.
Beaucoup de salles de cinéma étaient aussi pleines à craquer. J’habitais en face d’un cinéma qui s’appelait le «Vox», très connu à Constantine et qui, en 1959, a changé de nom pour s’appeler le «Triomphe». De la terrasse de ma maison, j’entendais la bande son du film, avant d’aller le voir. Je savais de quoi il en retournait. Il me suffisait de monter sur la terrasse, et j’écoutais ce que disaient les acteurs. C’était émouvant et drôle. Je me rappelle les autres salles : l’ «ABC», une très belle salle avec toit ouvrant ; le «Casino» bien sûr qui a été détruit après l’indépendance.

Une vraie perte que ce vieux bâtiment d’architecture coloniale, absolument somptueux. Les films n’arrivaient pas plusieurs années après leur sortie à Paris mais ils étaient pratiquement programmés en même temps à Alger, Paris ou Constantine. C’est ainsi que j’ai vu «Le pont de la rivière Kwaï» dès qu’il est sorti en 1957, «Quand passe les cigognes», le «Beau Serge» de Claude Chabrol, «Plein soleil» de René Clément avec Alain Delon, les films sur la seconde guerre mondiale, les westerns. De là peut- être viens mon amour du cinéma.
Parmi les bruits de la ville, il y avait aussi les chants religieux qui venaient des innombrables synagogues du quartier du «Challah», et l’appel à la prière du muezzin.

Dans la chaleur de la ville
Je garde vraiment le souvenir d’une ville gaie, où les gens faisaient la fête. Je dis cela parce que souvent Constantine est associée à l’austérité. Enfant, je ne conserve pas l’image d’austérité. La ville était secrète, fermée sur elle-même bien entendu par sa situation géographique. Mais les deux communautés principales qui y vivaient étaient joyeuses. Une proximité physique, une sensualité se dégageait de cette ville.

À l’approche de l’été, il faisait à Constantine une chaleur terrifiante la journée. Dès que le soir arrivait, il commençait à faire un peu frais, très vite les gens sortaient. Par petits groupes, ils flânaient du lycée d’Aumale vers la place de la Brèche, en empruntant la rue Caraman. C’était toujours la même promenade, mais les gens se connaissaient, se parlaient, se regardaient, se saluaient, …se draguaient. «Passéo» très méditerranéen, en Italie, en Espagne, les gens font de même. Dans cette complicité à la fois communautaire et citadine, tout le monde connaissait tout le monde. Et quand ma mère, beaucoup plus tard dans l’exil, sortait dans la rue, elle disait, tristement, «ici, pas une tête connue»….

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rue Charleroi à Oran

Nous vivions en évitant prudemment le soleil. Attitude méditerranéenne que cette peur du soleil, la hantise de la chaleur, l’obsession perpétuelle de se protéger de la «fournaise». Dès que le soleil commençait à taper très dur, tout le monde se «cachait», se protégeait. Les gens vivaient en fait beaucoup dans les appartements, les persiennes fermés. Je me souviens de ma mère et de mes tantes qui aspergeaient à grands coups de jets d’eau le carrelage en permanence pour rafraîchir les maisons.

Geste fondamental, rafraîchir la terrasse, la maison d’une manière régulière. Pourtant, il y avait le grand problème de l’eau à Constantine, et mes parents avaient fait construire un réservoir d’eau sur la terrasse. L’eau était coupée plusieurs fois par jour, et il fallait toujours faire très attention à l’eau (comme éviter de tirer la chasse d’eau pour un oui, pour un non). La vie se passait dans cette sorte de pénombre et d’obscurité dans la journée, pour sortir en fin d’après-midi. Le souvenir de cette pénombre vient en association de la sensualité dans les appartements. Les gens vivaient dans une grande proximité qui réveillait le désir sexuel.

En été, nous partions à «Stora», une plage de Skikda (ex-Philippeville). Nous ne partions pas longtemps, les gens plus riches louaient des maisons. Nous partions le vendredi pour le week-end. L’été pour nous, c’était juillet, août et septembre, les trois mois de vacances. Du 1er juillet au 1er septembre, c’était le rush vers la Méditerranée, pour se baigner, aller à la plage, se brûler au soleil, rire dans les retrouvailles familiales. La plage, c’était vraiment du 1er juillet au 1er septembre, pas plus tard.
Drôle cette règle. Plus tard quand j’ai vécu à nouveau au Maghreb, au Maroc, c’était pareil. Le 2 septembre au matin il n’y a plus personne sur les plages, alors qu’il fait aussi chaud que la veille. L’été, c’est dans la tête.

Dans mon enfance, le départ à la plage était une véritable aventure. Une aventure assez balisée quand même puisque tout était préparé. Les femmes s’occupaient de la nourriture : couscous, t’fina, etc., et organisaient tout notre déplacement sur le plan matériel...

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intérieur du bain maure, Mostaganem

Je suis allé au hammam très tard avec les femmes. Il y avait le hammam des hommes et celui des femmes. J’avais de la chance : j’allais avec les femmes jusqu’à 8-9 ans ! Jusqu’au jour où la femme qui gardait le hammam a dit à ma mère «ça suffit ! Il est grand le gosse !». J’étais malheureux parce que je me suis retrouvé au hammam avec mon père, mais ce n’était pas pareil. C’était vraiment…difficile. La proximité des garçons avec les femmes dans les appartements, les hammam, servait d’éveil à la sensualité, au désir.
Aujourd’hui dans mes voyages vers le Sud, surtout depuis mes trois années passées au Maroc de 1998 et 2001, me reviennent encore et toujours, les volets fermés contre la lumière, la manière dont on aspergeait le sol pour qu'il fasse moins chaud, les retours de la plage de «Stora», les visites familiales les samedi après-midi qui faisaient traverser la ville dès qu'il ne faisait plus trop chaud ; les bar-mitzvah (appelés «communions») et les mariages qui avaient lieu toujours les dimanches, et où les tantes et les oncles dansaient le paso-doble et le tango (il y avait toujours deux jeunes filles timides qui dansaient ensemble) et puis Dario Moreno, Dalida et Bambino, je crois qu'il y avait aussi Paul Anka et Little Richard. Je me souviens de la beauté solitaire et la désolation des plages dès le 1er Septembre, et puis ce règne du cinéma qui était notre seule culture. Tout un monde sans cesse ébranlé par la guerre.

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Des images de la guerre
Le 1er novembre 1954 éclate l’insurrection algérienne. J’avais à ce moment quatre ans. Mais la première image de la guerre d’Algérie qui arrive dans ma tête, brutalement, c’est l’entrée dans notre appartement de la rue Grand de militaires français qui observaient les gorges du Rhummel. D’autres soldats, en contrebas, ont tiré avec des mitrailleuses sur les parois des gorges du Rhummel. C’était le 20 août 1955, les Algériens nationalistes étaient rentrés dans la ville ce jour-là. Ils avaient été repoussés, pourchassés. Les militaires français s’étaient installés sur les abords de la corniche pour tirer sur ceux qui s’enfuyaient. C’était ma première image de guerre : la pénétration dans l’appartement de militaires français. J’avoue que ce fut une grande frayeur. L’autre image de la guerre, ce sont les rues «barrées» par l’autorité militaire.

Pour acheter le pain, faire ses courses, il fallait faire un grand détour. On ne pouvait pas aller d’une rue à l’autre. Je me rappelle les barbelés, les barrages, les chicanes qui ont fait irruption dans la cité en 1957-1958. La troisième image très forte est celle d’un attentat. Je me rappelle un cadavre qui avait été brandi à bout de bras, la nuit, par des hommes. Je ne sais plus qui c’était, j’avais à peine six ans, et c’était la nuit.
J’avais observé la scène du balcon de ma grand-mère. Le cadavre était posé sur un de brancard de fortune. Une image de mort directe faisait irruption dans ma tête. Ce sont là les trois images que j’ai gardées de la guerre d’Algérie.

La peur
La guerre était présente dans les conversations des adultes, bien sûr. Ils disaient tout devant nous. J’avais très peur. Enfant, je n’avais pas conscience que je pouvais mourir, par contre je me souviens très bien d’une chose, j’avais peur de la mort possible de mon père. Il vendait de la semoule, et quand il partait le matin pour le travail, il devait traverser la rue de France. Ensuite il remontait vers sa boutique qui se trouvait rue Richepanse. Il faisait 300 mètres à peine. Malgré cela, j’avais peur qu’il lui arrive quelque chose, qu’il soit victime d’un attentat, qu’il puisse mourir.
Longtemps j’ai gardé cette peur en moi. Lorsque mon père est décédé plus tard, en juillet 1985, tous ces souvenirs sont revenus, ces images. Mon père m’a eu assez tard, à plus de 40 ans. Ce n’était plus un jeune homme, et je le sentais très vulnérable.

La peur n’était pas pour soi, elle était pour la famille très proche, et pas pour la famille élargie. Je vivais dans une grande famille, avec je ne sais combien de cousins germains, d’oncles et de tantes. Mais dans la situation de guerre la famille se resserre : le père, la mère, ma sœur, c’est le regard d’enfant que j’avais. Je dormais dans une petite chambre, parce que nous habitions dans un tout petit appartement. Mes parents dormaient dans une chambre séparée par une petite cloison du couloir où je dormais.

La nuit, j’entendais mes parents parler. Ils étaient inquiets, surtout vers la fin de la guerre. Ils se demandaient s’il fallait rester ou partir, comment faire dans ce cas (ils ne connaissaient pas la France). Ces conversations murmurées à mi-voix dans la nuit m’angoissaient. Les parents s’imaginent toujours quand ils couchent les enfants, que ceux-ci dorment. Nous ne dormions pas avec ma sœur, nous écoutions, à l’affût de la moindre information. Il n’y a rien de plus terrible pour un enfant que de sentir l’incertitude et la souffrance de ses parents. Le gouffre incertain qui s’ouvrait devant eux, avec les peurs nocturnes venant s’accumuler aux attentats, construisaient un climat d’angoisse.

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funérailles des victimes du 20 août 1955

 

Constantine était une ville où il y a eu des irruptions brutales de la guerre comme le 20 août 1955, et quelques attentats à la grenade. Ce dont je me souviens aussi ce sont les plastiquages de l’OAS dans les années 1961-1962. Pratiquement toutes les nuits, j’étais réveillé en sursaut par le bruit assourdissant des bombes. L’OAS plastiquait les magasins, ou les cafés, qui appartenaient aux Algériens musulmans comme on disait à l’époque. Vers la fin de l’année 1961, les «nuits bleues» se succédaient. Il n’y avait plus de carreaux à nos fenêtres. Mon père les avait changé trois ou quatre fois, avant d’en avoir marre : il avait mis du plastique à la place des vitres.

Une photo de classe
J’ai été scolarisé au lycée d’Aumale au départ, car les cours dans cet établissement allaient du primaire à la terminale. J’ai fait la classe préparatoire, puis j’ai été mis à l’école Diderot. Il y avait là une particularité, la «composition ethnique» de la classe.

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le lycée de Constantine

Dans mon souvenir, la moitié était composée d’enfants juifs. Le reste, moitié musulmans, moitié européens. Au final, il y avait à peu près quinze enfants juifs, sept à huit musulmans et sept à huit européens. À l’époque de l’école primaire, il y avait des enfants algériens. Sur les photos de classe, entre les Juifs et les Musulmans, il s’avère difficile de faire la différence. Ce sont des enfants d’Algérie. Mais quand je suis arrivé au lycée d’Aumale en 6e, le choc était grand : il n’y avait pratiquement plus d’Algériens musulmans dans la classe. Je ne comprenais pas ce qui s’était passé.

Cette disparition me «travaillait». Les manifestations au lycée d’Aumale étaient pro «Algérie française». Les élèves de Terminale se regroupaient dans la cour, dans les années 1961-1962, criant «Algérie française», «De Gaulle au poteau», «Vive Salan», etc. Le paradoxe voulait que ce lycée était implanté au cœur du quartier juif, le quartier judéo-arabe, comme une enclave européenne. En tous cas, je le vivais ainsi.

Pratiquement de janvier 1962 à juin 62, je n’allais plus au lycée. Je restais à la maison, comme tout le monde. Nous n’avions pas de télé à la maison, seulement la radio. À la fin de ma scolarité dans le primaire, à l’école Diderot, la convivialité s’était effondrée entre les Juifs et les Musulmans. La haine intercommunautaire s’était développée à l’école. Un fossé terrible s’était creusé, tout le monde avait peur, tout le monde se méfiait de tout le monde. Quand les gens se croisaient, c’est la peur qui l’emportait. La gaieté dont je parlais avait disparu en 1961. Jusqu’en 1959-1960 j’avais le sentiment d’une ville gaie, les gens continuaient à vivre ensemble, les cafés étaient bondés.

La mort de Raymond
Enfant, j’avais intériorisé cette peur communautaire, d’autant qu’elle faisait référence à un événement lointain qui s’était imprimé dans l’imaginaire des Juifs de Constantine, avec les récits sur les affrontements sanglants du 5 août 1934, entre Juifs et Musulmans. Les «événements d’août 34» continuaient d’exister dans les conversations, bien plus que la période de Vichy où les Juifs de la ville avaient été chassés de la fonction publique.

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"Cheikh Raymond"

Cette peur a été ravivée le 22 juin 1961, avec l’assassinat de «Raymond». Dans la communauté juive de Constantine, c’était le choc. Le grand chanteur de malouf Raymond Leyris dit «Cheikh Raymond» avait été assassiné au marché. Je m’en souviens bien, j’étais au marché ce jour-là avec ma mère. A l’époque, ma mère faisait le marché tous les jours. J’avais dix ans, je n’allais plus à l’école à cause des «événements». Ma mère ne savait pas quoi faire avec moi ; une fois sur deux, elle m’emmenait avec elle. Quand les coups de feu ont retenti je me trouvais sur le marché d’en haut, place Négrier.

La foule s’est immédiatement dispersée et revenue ensuite. «Ils ont tué Raymond !» C’était quelque chose d’énorme, de gigantesque. La communauté juive de Constantine était choquée, bouleversée. L’enterrement se fait tout de suite chez les Juifs, comme chez les Musulmans. Je crois que l’enterrement a du avoir lieu rapidement. Il y avait beaucoup de monde : enfants, femmes et hommes, toute la communauté juive était dans la rue, présente. Je me souviens qu’il ne faisait pas très beau ce jour-là, ciel gris, soleil voilé.

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"Cheikh Raymond"

L’un de mes oncles qui était à l’enterrement avait dit, en regardant le ciel : «Raymond a été tué. Même Dieu le pleure.» Je me souviens de cette phrase, et d’avoir assisté à cet enterrement, d’avoir suivi ce long cortège avec mon père, qui remontait vers le cimetière. Là-bas, les gens disaient : «on monte au cimetière», le cimetière juif de Constantine est situé tout en haut de la ville. L’expression est restée : quand mon père est mort, ma mère me disait : «on monte au cimetière», à Paris. Je ne la contredisais pas.
Le cimetière juif de Constantine était magnifique, il se trouvait à côté du «Monument aux morts» qui domine toute la ville. Une procession gigantesque a suivi la dépouille de Raymond qui a été enterré, si mes souvenirs sont bons, tout à fait au début du cimetière. C’était le grand tournant, le moment où ce qui restait de la communauté juive de Constantine en 1961 a choisi de partir vers la France. La question n’était plus de savoir s’il fallait partir ou pas, mais : «qu’est-ce qu’on va devenir là-bas ?»

Les préparatifs du départ
Il faut voir l’atmosphère qui était née dans la ville, je m’en souviens très bien. J’avais onze et demi, j’allais en classe de sixième et je me souviens de cette atmosphère de panique, chez les Européens et les Juifs d’Algérie. Le départ ne s’est pas fait tout de suite après les accords d’Évian, non ! On s’interroge beaucoup maintenant sur les accords d’Evian du 18 mars 1962, mais là-bas personne ne se préoccupait de les lire, la plupart des gens ignoraient leur contenu. Ils ne retenaient des accords d’Évian que le référendum, fixé dans 3 mois.
Au fil des générations, et depuis le décret Crémieux, les Juifs d’Algérie se considéraient comme faisant partie de la communauté française. Ce référendum signifiait la fin de l’Algérie française. Le reste, comme avoir la double nationalité par exemple, ce n’était pas leur problème. La date principale pour eux ce n’était pas les accords d'Évian, mais le référendum pour l’indépendance fixé au début juillet qui signifiait dans leur esprit la fin de la nationalité française. Les Juifs de Constantine, comme ceux de toute l’Algérie, ne voulaient pas revivre la période de Vichy où ils avaient perdu la nationalité française et s’étaient retrouvés dans le statut de l’indigénat. Ils voulaient conserver ce statut de citoyen français obtenu depuis 1870, depuis au moins trois générations.
Le départ ne s’est pas fait tout de suite. À la fin du mois de mars et tout le mois d’avril 1962, les attentats et les plasticages de l’OAS ont alourdi l’atmosphère. La ville a été secouée par une série d’attentats au plastique. Les Juifs se tenaient dans une position d’expectative, de neutralité ; ils ne pouvaient pas rejoindre l’OAS, cette organisation truffée d’anciens de Vichy qui les avaient exclus de la fonction publique quinze ou vingt ans auparavant. En même temps, ils ne pouvaient être avec le FLN, se vivant complètement français depuis plusieurs générations.

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Oran, 22 mai 1962 (source)

À la fin du mois d’avril 1962 mon père a pris la décision de partir. A ce moment-là, il avait un double souci, ce qui l’angoissait terriblement. D’abord, comment partir. Constantine n’est pas une ville de bord de mer, mais une ville située à l’intérieur du pays. Deux possibilités se présentaient : soit partir par bateau d’Annaba (ex-Bône), soit partir par avion.
Avoir des billets, ce n’était pas du tout évident à ce moment avec l’exode qui commençait, la panique. Je me souviens très bien que mon père avait décidé de partir par avion, pour cela il fallait faire la queue. Les places d’avion étaient distribuées, données ou vendues, je ne me souviens plus, à la mairie de Constantine qui se trouvait en face de la place de la Brèche. La queue s’allongeait sur plusieurs centaines de mètres. Il fallait pratiquement dormir là-bas sur place pour être prêt le lendemain matin. L’attente pouvait durer deux à trois jours. Je me souviens que ma mère, ma sœur et mon père ont fait la queue pendant trois jours pour avoir les billets.

L’arrachement
Nous sommes partis le 16 juin 1962, parmi les derniers. Nous avons embarqué de Télerghma, à quelques kilomètres de Constantine. Il fallait prendre un camion pour nous emmener à l’aérodrome. Je savais que c’était un départ définitif. J’avais tellement entendu mes parents en parler pendant un an, sur la terrasse, dans leur chambre, avec les oncles, que j’avais acquis la certitude d’un départ définitif. Je savais que c’était quelque chose de très grave. Ce n’était pas un départ en vacances. Je savais que c’était une déchirure. J’avais onze ans, mais j’avais compris la gravité des choses.

Je me souviens d’une scène cruelle de ma mère nettoyant à fond l’appartement avant de partir. Jusqu’à la dernière minute, elle a lavé le parterre, juste avant de descendre les marches de l’escalier et monter dans le camion militaire. Elle a nettoyé totalement l’appartement, sans prêter attention aux réprimandes de mon père qui trouvait son attitude totalement absurde. Elle était extrêmement attachée à son appartement de Constantine qu’elle considérait comme une espèce de joyau, alors que c’était un tout petit appartement. C’était l’attachement à une histoire. Cet appartement, elle l’avait quitté impeccable. Elle avait même fini par laver l’escalier.

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arrivée de harkis à Marseille, juin 1962

Le «cadre»
Le deuxième souci de mon père, c’était ce qu’on appelait à l’époque le «cadre», pour mettre nos affaires le jour de notre départ. Il faut imaginer un exode. Je me souviens de cette vision incroyable de la rue de France, avec des dizaines de personnes qui mettaient leurs affaires dans les «cadres», dans la rue. Mon père avait vu partir les gens qu’il connaissait, les voisins de palier, ses amis, ceux de son milieu social, ceux qu’il fréquentait dans la ville ou à la synagogue. Il avait réalisé que l’exode commençait, et il a cédé, lui aussi à la panique. Quand il a voulu partir, c’était trop tard pour faire le «cadre». Nous n’avions pas réussi à faire partir le fameux «cadre», trop de monde et trop de demandes. Il n’y avait pas la possibilité de le faire partir avant. Mes parents s’étaient résolus à partir avant l’indépendance, mais en laissant le «cadre», en laissant l’appartement.

Nous sommes donc partis chaudement habillés, alors qu’il faisait très chaud, pour une raison simple : nous ne pouvions pas mettre les manteaux dans les valises, cela prenait trop de place. Nous avions droit à deux valises chacun. Je portais deux petites valises, ma sœur deux également, ma mère et mon père aussi. Quand on regarde les photos des rapatriés qui s’en vont d’Algérie en juin 1962, beaucoup portent des manteaux et pull-over. Ceux qui ne pouvaient pas partir avec leur «cadre» emportaient avec eux avec le maximum d’affaires. Ceux qui partaient moins vêtus, cela signifiait que leur cadre était déjà parti. Ce n’était pas notre cas. En fait, mon père a cru jusqu’au bout qu’il pouvait rester en Algérie.

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ce n'est pas l'aéroport de Telerghma, mais celui d'Alger

Il ne pouvait se résoudre à s’arracher de cette terre. À l’aérodrome militaire de Télerghma, nous avons attendu plusieurs heures sur le tarmac le moment d’embarquer. C’était épouvantable d’attendre ainsi, «emmitouflés» dans nos manteaux, sous un soleil de plomb. À cette époque, mon père avait 53 ans et mère 46 ans.

Le départ, les manteaux, les pull-overs des sans-cadre sous le soleil, une détresse qu’aucun livre d'histoire ne pourra jamais faire comprendre.
Nous sommes arrivés de nuit à l’aéroport d’Orly où nous attendait mon oncle Robert. Mon père est revenu à Constantine en septembre 1962 chercher les meubles et…. Le «cadre» ! Tout l’été mes parents étaient obsédés par cela, récupérer leurs meubles. À l’angoisse des discussions nocturnes sur la guerre avaient succédé les discussions de l’été 1962 sur le «cadre», la perte possible de nos affaires. Quand mon père avait dit qu’il retournait pour chercher les meubles, ma mère avait dit «non, si tu retournes, ils vont te tuer». Il n’avait pas peur d’être tué. Il savait qu’il ne risquait rien. Deux de ses employés, Sebti et Smaïl, étaient au FLN. Mon père soupçonnait qu’ils étaient FLN, même s’ils le niaient. Il était en contact avec l’univers politique algérien, connaissait personnellement Abdelhamid Ben Badis parce que son magasin était en dessous de l’immeuble où habitait ce dernier. Mon père avait une culture de l’Algérie, qu’il m’a transmise d’ailleurs, et qui n’était pas celle de ma mère qui avait une culture plus traditionnelle, communautaire juive.

Il est donc retourné en Algérie en septembre 1962 ; il a fait le cadre et il est revenu avec. Il nous a raconté son retour à Constantine. Dès qu’il était arrivé à l’aéroport de Aïn El Bey, il avait pris un taxi. Le chauffeur de taxi était de Khenchela qu’il connaissait et l’avait reconnu immédiatement. Ce dernier s’est mis à pleurer instantanément. Il lui disait «pourquoi vous êtes parti ? Ce n’est pas possible cette histoire ; il faut revenir, c’est votre pays.» Le chauffeur de taxi était resté avec lui le temps de son séjour à Constantine. Mon père y est resté trois ou quatre jours. Il était extrêmement ému par l’accueil de ce chauffeur de taxi. Il avait pleuré, il savait qu’avec le cadre qu’il avait envoyé par Annaba, c’était fini. Il m’avait raconté qu’il était «monté» une dernière fois au cimetière pour voir la tombe de son père.

Plus tard, quand je suis retourné à Constantine, en 1983, mon père m’avait demandé d’aller voir la tombe de mon grand-père et de prendre des photos. Mais j’étais tellement ému par ce premier retour en 1983 à Constantine, que je n’ai pas trouvé cette tombe. Je voulais absolument exaucer le vœu de mon père, j’ai pris l’appareil photo mais je n’avais pas trouvé la tombe. Je ne l’ai pas dit à mon père. C’était un mensonge, je ne pouvais pas lui dire autre chose.

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Benjamin Stora à Constantine

Quand je suis retourné à Constantine en octobre 1985, j’ai retrouvé tout de suite la tombe de mon grand-père, mais mon père était mort entre temps. Il est décédé le 1er juillet 1985 à Sartrouville en banlieue parisienne. Quand j’ai vu la tombe de mon grand-père, j’étais profondément troublé. C’était écrit «Benjamin Stora», je porte le même prénom que mon grand-père. J’éprouvais la sensation étrange que c’était ma propre tombe qui était là, à Constantine.

Benjamin Stora
8 avril 2003
Georgetown University

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lundi 26 février 2007

Origines géographiques des visiteurs de ce blog (26 février 2007)

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