vendredi 10 novembre 2006

Réponse à la lecture de Benjamin Stora (Daniel Lefeuvre)

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je ne crois malheureusement pas

qu’on puisse combler cette demande
de reconnaissance de la souffrance par des faits
et des chiffres
(Benjamin Stora)


Réponse à la lecture de Benjamin Stora

Daniel LEFEUVRE

 

couv_Daniel_newLa lecture que Benjamin Stora propose de Pour en finir avec la repentance coloniale, dans le numéro 493 (du 30 septembre au 6 octobre 2006, p. 69) de Marianne me semble ouvrir un débat sur trois points.

Le premier point touche à la question, toujours pendante, du rapport entre l’historien et ses sources. Quelle critique Benjamin Stora m’adresse-t-il sur ce plan ? De travailler à partir des archives de l’Etat et donc, inéluctablement, de restituer la parole de celui-ci. Travail certes utile mais unilatéral puisque écrivant l’histoire d’un seul versant et qui ignore la “parole des colonisés”, contrairement à la démarche originale mise en oeuvre naguère par Charles-Robert Ageron, Annie Rey-Goldzeiguer et, actuellement, par B. Stora lui-même.

Ce postulat de Benjamin Stora selon lequel les archives ne permettent de restituer que la parole de celui qui les a constituées n’est guère soutenable. Les exemples qu’il donne contredisent d’ailleurs cette affirmation. Sur quoi, en effet, repose l’oeuvre magistrale de Ch.-R. Ageron, Les Algériens musulmans et la France, 1871-1919 (PUF, 1968, 2 vol.) sinon, pour l’essentiel, sur les archives publiques françaises ! Il en va de même pour Le Royaume arabe. La politique algérienne de Napoléon IIII, 1861-1870, (SNED, Alger, 1977) d’Annie Rey-Goldzeiger. Et c’est en puisant dans ces mêmes fonds, qu’André Nouschi a pu mener à bien son Enquête sur le niveau de vie des populations rurales constantinoises, de la conquête jusqu’en 1919 (PUF, 1961).

Plus près de nous, Raphaëlle Branche reconnaît (p. 441 de son livre) “la prépondérance des archives militaires” consultées au Service historique de l’Armée de Terre (SHAT) dans l’élaboration de sa thèse publiée sous le titre La torture et l’armée française pendant la guerre d’Algérie (Gallimard, 2001) qui, c’est le moins qu’on puisse dire, ne restitue pas le point de vue de l’armée.

Enfin, comment Gilbert Meynier aurait-il pu écrire sa monumentale Histoire intérieure du FLN, 1954-1962 (Fayard, 2002) sans disposer, lui-aussi des fonds du SHAT, auquel il paie sa dette (p. 26), à la fois parce que “les services français étaient souvent remarquablement informés” sur les activités et les militants du FLN/ANL, mais aussi parce qu’on trouve à Vincennes “des centaines de cartons renfermant des documents du FLN/ALN” dont la consultation est, aujourd’hui, toujours impossible en Algérie.

D’autres exemples venus d’autres “territoires” de l’historien pourraient, presque à l’infini, être convoqués pour prouver que le travail à partir des archives publiques ne conduit pas nécessairement à se faire le porte-parole de l’Etat, ce qu’au demeurant je n’ai pas le sentiment d’avoir fait.

Le second point porte sur l’affirmation selon laquelle je m’inscrirais dans “une querelle plus idéologique qu’historique”.

Certes, la “querelle” sur le passé colonial de la France et sur les prolongements contemporains de celui-ci est bien d’ordre idéologique et politique. Mais l’objet de mon livre est justement de rappeler que l’historien est dans son rôle lorsqu’il dénonce, avec les outils qui sont les siens, les falsifications qui se présentent comme étant des ouvrages d’histoire. Il faut bien alors, pour appuyer sa démonstration, en passer par les chiffres, les dates, les données économiques, militaires, sociales,… les plus précis possibles sans lesquels aucune interprétation scientifique, aucune compréhension ne sont possibles. Il est également dans son rôle lorsque, soixante ans après Lucien Febvre, il rappelle que l’historien n’est ni le juge, “pas même un juge d’instruction”, ni le procureur des acteurs ou des comparses du passé.

Le troisième point de désaccord avec Benjamin Stora, peut-être le plus important, touche à la fonction même de notre discipline. “Contrairement à Daniel Lefeuvre, je ne crois malheureusement pas, écrit B. Stora,  qu’on puisse combler cette demande de reconnaissance de la souffrance par des faits et des chiffres. Les arguments rationnels ne viennent pas à bout de l’affect. Du moins cette réponse rationnelle, si elle est indispensable, n’est pas suffisante.”

La question qui est ici posée est celle de la fonction de l’histoire. Certes, B. Stora admet la nécessité des “arguments rationnels” et il ne nie pas totalement la fonction de connaissance du passé. Mais cette fonction semble secondaire dans ce qu’elle ne permettrait pas “de reconnaître la souffrance” des victimes de l’histoire et donc de panser les plaies encore ouvertes.

J’avoue ne pas suivre B. Stora dans cette voie qui tend à construire une histoire compassionnelle. Connaître, comprendre, expliquer le passé pour permettre aux hommes de mieux se situer dans le présent, voilà l’objet et l’ambition de notre discipline, ce qui n’est pas peu. La souffrance des victimes n’est pas de son ressort, sauf à en faire un objet d’histoire.

Reste, et bien des drames collectifs du vingtième siècle le montrent,  la vérité est bien souvent la première exigence des victimes - ou de leurs proches - qui veulent savoir et comprendre. C’est donc en faisant leur métier que les historiens peuvent contribuer aux apaisements nécessaires, et non en se donnant comme mission d’apporter du réconfort.

Daniel Lefeuvre

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Charles-Robert Ageron, Annie Rey-Goldzeiguer, André Nouschi,

Gilbert Meynier... les grandes thèses d'histoire algérienne

ont été faites à partir des archives d'État françaises, Daniel Lefeuvre


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mardi 7 novembre 2006

Colonies : ni tabou ni repentance (Georgette Elgey)


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Trois ouvrages apportent un nouvel éclairage

sur l'histoire infiniment complexe des relations de la France

avec son empire colonial


  Colonies :

ni tabou ni repentance


Georgette ELGEY

 

Les deux premiers essais concernent les «soldats indigènes», leur place, leur rôle et leur importance dans l'armée française. Héros de Tunisie, un récit événementiel classique qui retrace plus d'un siècle d'histoire tunisienne et française, commence en 1837, bien avant que la France ait établi son protectorat sur ce pays, et se termine en 1957 quand celui-ci recouvre son indépendance. La Force noire a une autre ambition. Il se présente sous la forme de près d'une centaine de notes brèves, sur les sujets les plus variés : loin de se limiter aux questions militaires, elles traitent aussi bien la genèse du célèbre slogan publicitaire de l'entre-deux-guerres «Y'a bon Banania», que du mythe du barbare guidé par la mère patrie vers le progrès. Ainsi, à travers cette évocation qui justifie pleinement le sous-titre du livre Gloire et infortunes d'une légende coloniale, c'est tout un tableau de l'évolution des mentalités françaises qui nous est offert. Une iconographie très riche, le plus souvent inédite, contribue à l'importance de ces deux publications.

Le troisième ouvrage est d'une tout autre nature. Son auteur, Daniel Lefeuvre, spécialiste reconnu de l'Algérie coloniale, est un universitaire - il enseigne à Paris VIII - qui, en aucun cas, ne peut être classé parmi les défenseurs du colonialisme ou les nostalgiques de «l'Algérie française». Comment définir son dernier livre ? Bien que son titre Pour en finir avec la repentance coloniale indique nettement que l'auteur n'est pas neutre, ce n'est en rien un pamphlet. On pourrait plutôt l'apparenter à une mise au point, extraordinairement vivante et précise. En 230 pages, aussi passionnées qu'étayées par des faits indiscutables, Daniel Lefeuvre met à mal les «informations» qu'au nom d'une soi-disant vérité historique et dans le souci supposé de dévoiler notre passé «honteux», certains chantres de l'anticolonialisme répandent aujourd'hui avec la complaisance de bien des médias. Ceux-là même qui n'osent les contredire, par ignorance ou par crainte d'apparaître comme les défenseurs des crimes français. L'exaspération ressentie par Daniel Lefeuvre devant l'imputation à la France de tous les péchés ne le conduit par pour autant à la moindre complaisance envers notre pays. S'il lui paraît incontestable que l'armée française, même dans ses pires excès envers les Algériens, n'est pas mue par le racisme, c'est tout simplement qu'elle a eu des comportements tout aussi scandaleux dans des conflits européens, que ce soit au Palatinat, en Espagne, ou même dans son propre pays lors de la guerre de Vendée.

Que la France ait commis des atrocités en Algérie, c'est certain - ne s'est-on pas indigné à la Chambre dessaint_arnaud pairs en 1845 contre l'effroyable enfumade des grottes de Kabylie, qui se solda par plus de cinq cents victimes ? Mais voir dans ces horreurs une sorte de préfiguration des crimes nazis, établir une filiation entre la conquête de l'Algérie et la Shoah, constitue «un parallèle ignominieux, qui ne repose sur un aucun fondement...». L'objectif de la conquête n'était pas l'anéantissement des populations, mais leur domination, vérité «qu'il faut répéter inlassablement tant la confusion est entretenue». À juste titre, l'auteur souligne les conséquences perverses que peuvent avoir sur l'esprit public les déformations historiques assenées comme la révélation d'une vérité cachée : «Il y a quelque chose de profondément malsain, dans cet acharnement à faire de la conquête coloniale un laboratoire du nazisme, contre toute vérité historique. Il y a aussi quelque chose de dangereux, pour les fondements mêmes de la République, à poser ainsi les bases artificielles d'une guerre des mémoires...»

Chacun des chapitres apporte un éclairage, souvent nouveau, toujours scientifique et difficilement contestable, sur des sujets d'actualité. Par exemple, les rapports de la France avec l'immigration, ou l'islamophobie, dont l'auteur note qu'elle n'est en rien une survivance d'une culture coloniale plutôt islamophile : «Sa construction est récente. Elle est d'abord le produit de l'ignorance. Elle est, surtout, une réaction de crainte - pas totalement injustifiée au demeurant - alimentée par la violence des fondamentalistes et autres talibans et jihadistes.» Une lecture indispensable pour tous ceux que l'histoire de notre pays intéresse.

Georgette Elgey


* illustration : Saint-Arnaud. Au XIXe siècle, les militaires furent les premiers à revendiquer les horreurs de la guerre qu'ils menaient en Algérie. Faire croire aujourd'hui que cette histoire a été occultée, c'est de l'ignorance... ou de la manipulation.

_____________________________________________

- Pour en finir avec la repentance coloniale, de Daniel Lefeuvre, Flammarion, 230 p., 18 E.

- La Force noire. Gloire et infortunes d'une légende coloniale, d'Eric Deroo et Antoine Champeaux Editions Tallandier, 222 p., 29 E

- Héros de Tunisie. Spahis et Tirailleurs d'Ahmed Bey Ier à Lamine Bey, 1837-1957, d'Eric Deroo et Pascal Le Pautremat, Cérès éditions, 173 p., 37


source :
Historia    

- historia.fr


 

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lundi 6 novembre 2006

journée d'études "les administrations coloniales" (Samya El Mechat)


journée d'études

"les administrations coloniales"

Samya EL MECHAT



Institut d’Histoire du Temps présent
Groupe de recherche : « Les administrations coloniales»

Le 6 novembre 2006

Cher(e) Collègue,

Dans le cadre du groupe de recherche «Les administrations coloniales», l’Institut d’Histoire du Temps présent organise le 3o mars 2007 une journée d’études sur le thème des administrations coloniales.

Vous trouverez ci-joint une présentation du projet de recherche ainsi que les axes d’études qui ont été retenus pour cette journée.

Si ce sujet vous intéresse, nous vous prions de bien vouloir nous envoyer avant le 20 novembre 2006, une proposition de contribution sous la forme d’un titre et d’un bref résumé.   

Nous vous remercions de votre collaboration et vous adressons nos cordiales salutations.

Samya El MECHAT
Anne-Marie PATHE
Malika RAHAL

s.mechat@wanadoo.fr
anne-marie.pathe@ihtp.cnrs.fr
rahal@ihtp.cnrs.fr

Les administrations coloniales


Objectifs du groupe

Le groupe réunira un certain nombre d’enseignants-chercheurs, de chercheurs, de chercheurs associés et de doctorants qui souhaitent travailler ensemble sur un thème en histoire coloniale à l’époque contemporaine, le thème choisi se limitant au Maghreb et à la Méditerranée orientale. Les échanges au sein du groupe permettront d’améliorer les résultats du travail de recherche individuel en créant un cadre propice à la comparaison et à la confrontation sereine des différentes approches.

Le choix du thème - les administrations coloniales - est né des premières discussions entre les initiateurs de cette démarche. Celle-ci est largement ouverte à d’autres collaborations scientifiques de chercheurs désireux de mettre en commun leurs travaux.

L’approche historique constituera l’instrument privilégié pour comprendre et développer la problématique retenue. Mais la réflexion s’appuiera sur l’apport d’autres disciplines comme la sociologie, le droit, la science politique, etc.


Présentation du projet de recherche

Historiens du droit, juristes, sociologues, philosophes et anthropologues ont pensé et repensé le concept de l’Etat. Les uns et les autres ont explicitement construit des théories de l’Etat, défini la notion même d’Etat et la signification que le concept peut revêtir en fonction des contextes, des champs théoriques, voire des idéologies.

C’est sans doute la relative absence de travaux historiques qui nous conduisent à vouloir aborder l’administration coloniale et ses pratiques avec les outils de l’historien. Sans exclure les apports des autres disciplines dont la contribution aide à poser la problématique d’ensemble, l’approche qui est proposée laisse de côté la vision théorique et abstraite de l’Etat pour s’attacher à l’étude de l’administration coloniale.

Dans le champ de réflexion qui est le nôtre, nous retiendrons surtout que l’Etat n’est pas seulement une entité abstraite, mais qu’il fonctionne aussi comme un lieu de pouvoir et de commandement, tant stratégique qu’opérationnel. Cette ambivalence est fondamentale. Un Etat ne peut exister véritablement sans l’intervention d’un élément central dans l’affirmation de la puissance étatique : l’administration, ensemble complexe, ordonné autour d’un principe d’efficience, s’étendant à tous les domaines de la vie collective et de celle des individus. L’administration est au cœur de l’Etat, c’est elle qui assoit son pouvoir et lui fournit en temps de paix les moyens de sa puissance, comparable à celle que l’armée lui assure en période de guerre ou de tension. Selon l’expression de Jacques Ellul, elle donne à l’Etat « une ubiquité impressionnante ». Au sens complet du terme, il n’y a d’Etat que lorsque le système d’encadrement de la nation, d’organisation et de coordination des grandes fonctions de l’Etat est assuré par un corps ordonné et obéissant aux ordres de l’Etat. 

Cependant cette vision de l’administration omnipotente et centralisée correspond sans doute davantage à un idéal-type qu’à une formation sociale observable. En effet, l’étude des pratiques administratives montre que, si cette forme d’organisation est bien repérable, à l’époque contemporaine, la construction administrative reste un processus singulièrement lent, dont le développement est rarement linéaire. Certes l’administration transmet et fait exécuter les ordres de l’Etat, mais elle sait aussi les adapter aux nécessités des populations concernées, voire parfois prendre quelque liberté avec les orientations et les directives données pour suivre des objectifs qu’elle-même se donne. Au-delà des limites humaines et structurelles, les administrations doivent compter avec des comportements culturels et des inclinations sociales et politiques solidement ancrés dans les sociétés qu’elles ont pour mission d’encadrer. Ces limites sont une dimension importante pour la compréhension de l’action de l’administration.
   
Pour approfondir la réflexion, notre démarche combinera, dans une perspective comparée, des travaux portant sur le rôle de l’administration dans les processus constitutifs de l’hégémonie impériale (France, Angleterre, Espagne, Italie). Elle fera place à l’étude de divergences, voire d’oppositions dans les conceptions et les pratiques administratives mises en œuvre par les puissances coloniales.

Une analyse comparative des structures et des pratiques administratives des puissances coloniales européennes permettra d’aborder la nature des liens entre les métropoles et les territoires qui leur sont rattachés. Les pratiques britanniques tenues pour «libérales» s’opposent-elles vraiment au «tout-Etat colonial» français ?

L’étude de l’administration coloniale française est particulièrement significative, car elle repose sur une illusion, une fiction. Hors de ses frontières, la France répète l’expérience intérieure par la diffusion des mêmes principes d’organisation, et elle impose partout le même moule français (Pierre Legendre). L’objectif est en effet de souder fortement à la métropole les territoires situés hors des frontières nationales, et d’en faire des éléments d’un même ensemble.

Cette volonté d’instaurer la suprématie de la métropole fait surgir une situation paradoxale et conflictuelle qui, au total, dessert l’entreprise de domination plus qu’elle ne vient la servir. La réflexion de Chailley-Bert, député de 1906 à 1914, patron de l’Union coloniale et rapporteur du budget des Colonies, «c’est une chose très singulière que nos colonies, qui ont tant de rouages administratifs, manquent d’institutions», illustre parfaitement les contradictions du système. A la différence des structures administratives ou des rouages, dont elles sont largement pourvues, les colonies manquent d’institutions, c’est-à-dire d’instances de «médiation» (Pierre Legendre), de lieux de représentation. Bien évidemment, cette lacune fondamentale n’a rien de fortuit : l’existence d’institutions impliquerait une pluralité d’acteurs, qui est jugée incompatible avec la domination coloniale. La formule de Chailley-Bert amène aussi à s’interroger sur la nature véritable et la capacité de l’administration coloniale à prévenir les risques et à promouvoir l’émergence d’une société égalitaire.

Quatre thèmes sont proposés pour guider la réflexion :

1. La centralisation, pierre angulaire de tout l’édifice administratif. Est-ce la métropole qui fait la loi, gouverne et administre ou s’agit-il plutôt d’un Etat centralisé aux pratiques administratives multiples ?  L’étude des différentes formes de la puissance étatique et les conditions de leur réception au niveau des sociétés colonisées offrent sur ce plan de nouvelles perspectives de réflexion. 

2. L’assimilation et/ou la subordination. Seront abordées la substitution d’un mode de penser à un autre (organisation administrative, justice, régime foncier…), la formation et la prépondérance des élites administratives et des fonctionnaires coloniaux (l’école coloniale), l’intégration des structures locales traditionnelles ou préexistantes et leur conversion en appareils subalternes de contrôle des populations soumises (protectorats tunisien et marocain).

3. L’évocation des dérives et des paradoxes du «tout-Etat colonial» ne permet pas seulement de rendre compte, toujours dans une démarche comparative, de l’entreprise de domination, mais aussi de mettre en perspective les objectifs contradictoires du système colonial. Ce thème traitera notamment du rôle et de l’action des institutions et des structures administratives de la métropole, du statut des personnes, et des législations spécifiques aux territoires sous tutelle.

4. Le rôle de l’administration coloniale dans le transfert des structures de l’Etat moderne (délimitation de frontières, système juridique calqué sur les concepts métropolitains, fonctionnariat). L’apport de l’histoire coloniale comparée à la connaissance générale des formations des «nouveaux Etats» sera privilégié. Dans cette perspective, l’étude des interactions entre pouvoir colonial et organisation politique et administrative des Etats post-coloniaux nous paraît intéressante.


Programme d’activités

Une première journée d’études sera organisée le 30 mars 2007. Deux axes ont été définis pour cette journée :
- L’état de l’historiographie
- Les structures et les acteurs de l’administration coloniale


Une deuxième journée d’études est prévue à l’automne 2007 ainsi que la préparation d’un ouvrage sur les administrations coloniales.

Samya El MECHAT
Professeur des universités-UNSA
Chercheur associé-IHTP


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Le siège de l'administration coloniale
Ensemble architectural construit à la fin du XIXe siècle
par Victor Ballot, premier gouverneur de la colonie du Dahomey,
au coeur du palais pour marquer sa domination sur le royaume fon.
La résidence et le bloc administratif de cet édifice colonial
servent aujourd'hui de cadre d'exposition des bas-reliefs découpés et restaurés.
(source : Musée historique d'Abomey)


 

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vendredi 3 novembre 2006

Cahiers d'histoire. Revue d'histoire critique n° 99

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photo de droite, le port de Dzaoudzi à l'époque coloniale, Mayotte.
© Archives La Documentation française. Photo Gouverneur Coudert/ R. Legrand.



Cahiers d'histoire.

Revue d'histoire critique n° 99

Relectures de l'histoire coloniale




JAHAN
Sommaire
* Le mot de la rédaction
* Dossier

Introduction

Trous de mémoire, silences et relectures apologétiques :
un négationnisme en histoire coloniale ?

Sébastien Jahan (photo ci-contre)

Autour d'un anniversaire : Dien Bien Phu en 2004,
Alain Ruscio

Le rétablissement de l'esclavage en Guadeloupe :
mémoire, histoire et "révisionnisme" 1802-2002,

Frédéric Régent

Le négationnisme colonial, de l'Université à la
littérature de gare,

Francis Arzalier

Guerre coloniale française et génocide rwandais : la
responsabilité, l'implication de l'État français et sa négation,

Catherine Coquio

Colonisation et décolonisation dans les manuels
scolaires de collège en France,

Raphaël Granvaud

* Chantiers

"Années de plomb" : bataille des mémoires sur la
dictature civile-militaire au Brésil (1964-1984),
Benito Bisso Schmidt

Usages coloniaux des représentations raciales, 1880-1930,
Carole Reynaud-Paligot

* Débats

Enjeux actuels et temps coloniaux,
Daniel Hémery

* Livres lus

Pour achat :

Je souhaite recevoir  X exemplaires du numéro 99 des
Cahiers d'histoire. Revue d'histoire critique  au prix
de 12 euros l'exemplaire

Nom
Prénom
Adresse postale
Mail (si souhaitée pour être informé des activités des
Cahiers)
Je règle X euros
A adresser avant le 30 septembre à Claude Saligny
Cahiers d'histoire. Revue d'histoire critique
8, avenue Mathurin Moreau
75167 Paris Cedex 19



médecins de brousse (source)




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jeudi 2 novembre 2006

Se repentir de la repentance (Jean Dubois, Les Échos)

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Pour en finir avec la repentance coloniale

Se repentir de la repentance

Jean DUBOIS (Les Échos)


Les appels à la repentance se multiplient aujourd'hui au point que l'on finit par ne plus savoir à quoi ils riment. On vient ainsi de demander à la SNCF de se repentir d'avoir laissé rouler les trains qui, lors de la dernière guerre, emportaient les résistants vers les camps de concentration. Il faudra bientôt que tous les parents dont les enfants n'auront pas réussi dans la vie fassent acte de repentance pour ne pas leur avoir donné l'éducation adéquate. On comprend qu'un Pascal Bruckner ou un Daniel Lefeuvre puissent être exaspérés par cette tyrannie de la pénitence», mais cela justifie-t-il, pour autant, qu'il faille se repentir de la repentance ?

En prenant pour cible les militants de la repentance coloniale, l'historien Daniel Lefeuvre avait beau jeu de montrer à quel point ceux-ci, pour nourrir nos sentiments de culpabilité, ont pu travestir sans scrupules l'histoire de la colonisation. Accumulant chiffres, documents et témoignages, il s'attaque à quelques idées reçues. Non, les conquérants de l'Algérie n'ont pas commis de génocide et n'ont jamais cherché à exterminer la population indigène. Non, la métropole ne s'est pas honteusement enrichie en exploitant les colonies jusqu'à les rendre exsangues. Elle n'a pas davantage réussi sa reconstruction après-guerre grâce à l'apport d'une main-d'oeuvre qu'elle serait allée chercher en Afrique pour la rejeter ensuite. Sur tous ces points, l'historien constitue des dossiers suffisamment solides pour nous convaincre. Mais, aussi utile qu'il soit d'avoir corrigé les exagérations et restitué la complexité de l'histoire, cela permet-il d'«en finir avec la repentance coloniale» et d'absoudre définitivement les colonisateurs ?

Masochisme permanent
La visée de Pascal Bruckner est beaucoup plus radicale. Il s'intéresse moins à rétablir la vérité historique qu'à analyser et dénoncer ce qu'il considère comme une déviation majeure de l'Occident : un masochisme permanent qui l'amène à se vouloir coupable de tous les malheurs du monde. Avec une verve cruelle, il nous livre un tableau impitoyable de l'Occidental torturé par le remords des atrocités commises par ses pères ou par lui-même. Il nous le montre comme impuissant à condamner les fanatiques qui ne feraient que retourner contre lui les armes qu'il a été le premier à utiliser, paralysé par sa mauvaise conscience pour réprimer des comportements qu'il pense avoir lui-même provoqués par les humiliations infligées aux autres, etc. Le résultat dramatique de cette auto-flagellation est que les Occidentaux en viennent à renoncer à toute action qui ne pourrait être que la réplique de leurs crimes antérieurs. «La pénitence est en définitive un choix politique : celui de l'abdication.» Seule l'Amérique trouve grâce à ses yeux dans la mesure où, ne se laissant pas entamer par le doute, elle continue à avoir foi dans sa mission universelle et ne craint pas d'affronter les ambiguités de l'action : «L'Amérique est un projet, l'Europe est un chagrin.»

Même si les critiques de Pascal Bruckner tombent souvent juste, on ne peut manquer de trouver excessive - et même, à son tour, masochiste - sa peinture d'une Europe vautrée dans l'autodénigrement. Reste qu'il oblige le lecteur à affronter une question difficile : jusqu'où être fidèle au devoir de mémoire ? La crainte de l'auteur est que se complaire dans la mémoire du passé ne soit qu'«une macération narcissique» et que «déterrer tous les cadavres, c'est déterrer toutes les haines». Il préférerait que l'on s'inspire de la formule de Renan : «Celui qui doit faire l'histoire doit oublier l'histoire.» Cela ne l'empêche pourtant pas de reconnaître que le génie propre de l'Europe est cette capacité d'autoréflexion qui lui permet de « n'être pas dupe de ses zones d'ombre » et de percevoir «la fragilité des barrières qui la séparent de ses propres ignominies». Pratiquer devoir de mémoire et repentance, c'est finalement rappeler au monde qu'«aucun peuple ne peut échapper au devoir de penser contre soi».

Jean Dubois, Les Échos, 2 novembre 2006

_________________________________________________________________

 

Brazza délivre les esclaves  

"Quand j'ai pénétré dans ce pays nos couleurs étaient connues. On savait qu'elles étaient celles de la liberté. Les premiers habitants de Franceville ont été des esclaves libérés. La question de l'esclavage est une question complexe… Au début j'ai dû acheter des hommes à prix d'argent et fort cher, selon le cours, trois ou quatre cents francs. Je leur disais quand ils étaient à moi, bûche aux pieds et fourche au cou : "Toi, de quel pays es-tu? -Je suis de l'intérieur.- Veux-tu rester avec moi ou retourner dans ton pays?" Je leur faisais toucher le drapeau français que j'avais hissé. Je leur disais : "Va ; maintenant tu es libre." … L'Afrique rend la guerre à qui sème la guerre ; mais comme tous les autres pays, elle rend la paix à qui sème la paix. Ma réputation allait devant moi, m'ouvrant les routes et les cœurs. On me donnait, à mon insu, le beau nom de Père des Esclaves." (Brazza) - source



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mercredi 25 octobre 2006

les chemins de fer à Madagascar (1901-1936), une modernisation manquée (article de Jean Frémigacci, revue Afrique & Histoire)

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les chemins de fer de Madagascar

(1901-1936) :

une modernisation manquée

un article de Jean FRÉMIGACCI

dans le n° 6 de la revue Afrique & Histoire



L'âge des chemins de fer à Madagascar risque d'avoir été bref. De 1901, qui vit l'ouverture du premier chantier, à 1936, un embryon de réseau de quelque 860 kilomètres fut constitué. Mais, en 2001 sur les 4 lignes qui le composaient, seul le FCE (Fianarantsoa-Côte-Est, 163 km) était encore animé par un modeste convoi quotidien, alors même que le problème des transports était plus aigu que jamais. Depuis, le TCE (Tananarive-Côte-Est, 369 km) a repris du service pour l'acheminement de pondéreux, les hydrocarburesanivorano_chemin_de_fer principalement. Mais la tentative de remise en service du TA (Tananarive-Antsirabé, 158 km) s'est soldée par un déraillement de bien mauvais augure. Dans le contexte politique et idéologique actuel qui privilégie la privatisation de toutes les activités économiques, l'avenir dees chemins de fer malgaches est plus qu'incertain.

Or, incriminer la mauvaise gestion des Républiques successives depuis 1960 n'est pas une explication suffisante. Car une analyse remontant aux origines de ces voies ferrées fait apparaître clairement que l'entreprise a été dès l'origine mal pensée et encore plus mal exécutée. Le calcul économique resta déficient, ce qui rendait illusoires les espérances de développement, elles-mêmes obérées par de sévères contraintes, qu'il s'agisse des conditions de financement, du parasitisme d'intérêts particuliers ou d'effets pervers source de blocage économique. Et surtout, la réalisation fut menée au prix d'un coût social et humain très élevé, qui éclaire notamment les origines de l'insurrection de 1947 dont les chemins de fer furent les axes et la cible, et au-delà, l'hostilité des populations à une modernité toujours perçue comme oppressive.

Jean Frémigacci, Afrique & Histoire, n° 6, p.163

* la suite dans le n° 6 de la revue Afrique & Histoire, novembre 2006


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le FCE est la ligne de chemin de fer Fianarantsoa-Côte-Est


- Jean Frémigacci, maître de conférence à l'université Paris I-Panthéon Sorbonne


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source

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mardi 24 octobre 2006

le n°6 de la revue Afrique & Histoire est paru

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le n°6 de la revue

Afrique & Histoire est paru



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cliquer sur l'image pour l'agrandir

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Dossier : Chamanisme et art rupestre


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"Chamane en transe, Mongolie, 1934" (source de cette image)
D'après Roberte Hamayon, les comportements ritualisés des chamanes de Sibérie
ont souvent été abusivement qualifiés de "transe"



Présentation du dossier :

chamanisme et art rupestre

Jean-Loïc Le Quellec


Depuis plusieurs années, l'intérêt croissant du grand public pour la question des origines de l'homme se double d'une attention marquée pour celle des origines de l'art et pour les théories du type "out of Africa". Comme souvent lorsqu'il s'agit de questions aussi difficiles, les informations diffusées dans les médias ne rendent que très rarement compte de la complexité des discussions qui agitent le monde savant à leur propos. Surgissent alors des "vulgates" généralisantes qui monopolisent les débats au point de se réifier enChamanes_pr_histoire_couv dogmes. Concernant plus précisément les arts rupestres, l'interprétation dite "chamanique" fait grand bruit depuis la parution, il y a dix ans, d'un livre de Jean Clottes et David Lewis-Williams intitulé Les chamanes de la préhistoire. Des traductions en anglais, allemand, espagnol, ont largement diffusé les hypothèses défendues dans cet ouvrage, et elles ont été reprises par une kyrielle d'auteurs qui ne s'embarrassent pas toujours de nuances. Il est ainsi devenu fréquent de lire que les mains négatives témoignent d'une volonté de traverser le "voile" tendu par la paroi entre notre monde sub-lunaire et un monde autre… sans que le moindre argument soit avancé pour défendre cette idée. Plus fréquemment encore, on lit, à propos de peintures de tous les continents que les images de "théranthropes" (figures mi-humaines, mi-animales) représenteraient des chamanes en transe… ceci sans davantage de preuve. Enfin, sous la plume d'auteurs très nombreux, toute image géométrique simple (cercles concentriques, nuages de points, digitations, etc.) est devenue susceptible d'une interprétation comme "signe entoptique", c'est-à-dire comme reflet graphique d'un type d'hallucination dont les chamanes auraient communément l'expérience au cours de la transe.

Or il ne s'agit pas là d'idées nouvelles, puisque l'interprétation des arts rupestres par la pratique d'un comparatisme ethnographique lorgnant du côté des chamanes sibériens et nord-amérindiens est au contraire la plus ancienne : elle était déjà pratiquée, il y a exactement un siècle, par Émile Cartailhac et Henri Breuil [photo ci-dessous, avec Teilhard de Chardin] dans leur analyse de l'iconographie d'Altamira. Ce qui est nouveau ici, c'est la volonté affichée a_ratedd'une approche plus scientifique que celle pratiquée par les auteurs du passé, en faisant appel aux neurosciences. Cette démarche, née en Afrique du Sud à l'initiative de David Lewis-Williams [photo ci-contre] et de Thomas Dowson, fut par la suite étendue à l'Afrique australe, puis à d'autres régions du continent africain (notamment le Sahara), avant d'être élargie davantage encore, surtout vers l'art des grottes paléolithiques européennes.


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Henri Breuil (1877-1961), au centre,
avec Teilhard de Chardin, à gauche

Afrique & Histoire se devait donc de faire un point sur cette question, et d'en ébaucher l'histoire. En premier lieu, il importait de se défier d'un risque de réductionnisme touchant directement la notion même de "chamanisme" et de son rapport à la transe. En effet, il est plus correct de parler "des" chamanismes, et siberienon pas d'un chamanisme en général, et l'on s'aperçoit alors que dans la zone du chamanisme sibérien et mongol, généralement prise comme exemple d'aire chamanique par excellence, l'existence de la transe est fort sujette à caution. Pour l'élaboration de ce dossier, nulle mieux que Roberte Hamayon ne pouvait nous expliquer comment, pour contacter les "esprits", certains chamanes adoptent un comportement ritualisé dont la nature et la fonction furent souvent incomprises par des observateurs qui, en fonction de leurs propres croyances, l'ont abusivement qualifié de "transes".

Notre dossier se poursuit par une mise en perspective historique des présupposés méthodologiques de l'interprétation chamanique, des origines à celle qui est actuellement diffusée. À cet effet, Jean-Loïc Le Quellec dresse une rapide histoire des lectures chamaniques de l'art rupestre, examine la question d'un hypothétique chamanisme africain, met en cause le type de comparatisme ethnographique pratiqué par Lewis-Williams. Il apparaît alors que la réception des théories de cet auteur a certainement bénéficié du terreau néo-chamanique contemporain, qui lui a permis de sortir du cercle restreint des spécialistes pour faire florès dans les médias.

Tout historien sait qu'il est toujours utile de retourner aux sources, et c'est ce que nous propose ensuite Anna Solomon, en considérant les positions et méthodes de travail de George Stow, le pionnier des études rupestres en Afrique du Sud au XIXe siècle. Stow était de son temps, bien sûr, et il en avait certains des défauts, mais les pistes de recherches qu'il a tracées sont toujours valables de nos jours. Anne Solomon conclut qu'il conviendrait de réhabiliter son œuvre face aux attaques qu'elle subit de la part des tenants de l'hypothèse chamanique.

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George William Stow (1822-1882)

Du reste, ladite hypothèse a trop souvent été acceptée dans examen, parce qu'une véritable expertise nécessitait la mise en œuvre d'une double compétence, à la fois en art préhistorique et en neuropsychologie. C'est pourquoi Patricia Helvenston, neuropsychologue, et Paul Bahn, auteur, entre autres volumes de références, de la Cambridge Illustrated History of Prehistoric Art, se sont associés pour74423438_0_m examiner la validité de la thèse soutenue par Lewis-Williams et son école. Il nous est alors démontré que ses fondations empiriques sont extrêmement fragiles, quand elles ne sont pas fausses. De l'analyse présentée par Helvenston et Bahn il ressort qu'il s'agissait davantage, à l'origine (en 1988) d'une intuition défendue par des lectures neuropsychologiques insuffisantes, et que ses auteurs tendent maintenant désespérément de "sauver", à mesure que se multiplient les contradictions, selon un schéma courant dans l'histoire des sciences.

L'ensemble de ces contributions ne peut qu'inciter les lecteurs à la prudence et elles montrent en tout cas que la thèse chamanique est très loin de constituer la "pierre de Rosette" des arts rupestres sud-africains, ainsi que l'a souvent présentée Lewis-Williams lui-même. Si elle est impuissante à expliquer l'ensemble des arts rupestres d'Afrique australe, son extension à d'autres domaines temporels et géographiques est donc sans aucun doute prématurée. Mais son succès médiatique est toujours tel qu'il éclipse d'autres voies d'interprétation, tout aussi hypothétiques, certes, mais plus intéressantes. Au titre d'exemples peu connus du monde francophone, nous présentons, pour clore ce dossier, les travaux de Francis Thackeray – qui réhabilite avec courage, et de façon convaincante, la vieille hypothèse de la "magie cynégétique" rejetée comme obsolète par les tenants de la thèse chamanique.

Jean-Loïc Le Quellec

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source


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- site de Jean-Loïc Le Quellec

Jean-Loïc Le Quellec

- le dernier livre de Jean-Loïc Le Quellec : Art rupestre en Afrique, Flammarion, 2004

Présentation de l'éditeur
Les voyageurs qui découvrent les peintures et gravures rupestres africaines sont fascinés par leur esthétique et ne peuvent manquer de s'interroger sur leur signification. Arts rupestres et mythologies en Afrique offre un panorama des grands ensembles pariétaux de tout le continent, répartis en quatre grandes zones géographiques : le Sahara, l'ouest et le centre, la Corne et l'Afrique de l'est, l'Afrique australe. Ils se caractérisent par des choix stylistiques variés, allant d'un réalisme accentué à une symbolisation presque abstraite. Photographies, relevés et dessins viennent témoigner dejllq3 leur originalité. Après avoir replacé ces œuvres dans le contexte de leur découverte par les grands explorateurs, l'auteur s'attache à en décrypter la signification cachée, écartant des lectures erronées trop facilement reçues par la tradition et proposant des interprétations nouvelles. Il évoque des récits légendaires qui permettent d'élucider en partie ces images et de reconstituer la mythologie d'un passé plus ou moins lointain ; il analyse aussi les mythes que ces œuvres ont à leur tour suscités au sein de la culture occidentale, proposant ainsi une étude exhaustive de cet art ancestral et de ses influences.

Biographie de l'auteur
Chercheur rattaché au CNRS, Jean-Loïc Le Quellec est ethnologue, anthropologue, spécialiste de la préhistoire et de l'art rupestre saharien. Il a publié une dizaine d'ouvrages, notamment Symbolisme et art rupestre au Sahara (l'Harmattan, 1993), Préhistoire et art rupestre au Sahara (Payot, 1998) et Tableaux du Sahara (Arthaud, 2000).

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- n° 5 de la revue Afrique & Histoire, sur ce site









 

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vendredi 20 octobre 2006

Séminaire Omar Carlier

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Séminaire

La «guerre d'Algérie»,

histoire et historiographie

Omar CARLIER



Master 2.  Spécialité : Sociétés du Sud
Sém de M2 -  43 HI 5263  La «guerre d’Algérie», histoire et Historiographie (Le séminaire commencera au premier semestre et se prolongera au second. Il se tiendra un mardi sur deux, de 9  à 11h,  à compter du 10 octobre 2006 , sur le site de Tolbiac,  salle 184 (par le deuxième étage).


I - Présentation : objet, approches, sources, méthodes, enjeux.   

- 10 octobre : Omar Carlier  (Paris VII)
    1 : La guerre, les guerres. Histoire et sciences sociales
    2 : Une «guerre sans nom» ? Amnésie, hypermnésie, censure.
    3 : Sources et méthodes. Questions, objets, terrains,
   4 : Une épreuve majeure pour la France. Une geste fondatrice pour l’Algérie. Une référence pour les sociétés du Sud 

- 24 Octobre : Les archives par les archivistes
     Rémy Porte, officier historien, directeur de la recherche terre, SHD (ex SHAT),
    André Brochier, conservateur au CAOM, Aix en Provence

- 7 novembre : Nouvelles sources, nouveaux objets : iconographie, littérature
     a/ Iconographie : Marie Chominot, (doctorante) : la photo. Caroline Blache : le cinéma
     b/ Zineb Benali : la littérature

- 21 novembre : Synthèses historiques récentes.  Jacques Frémeaux (Paris IV)
     lectures croisées : Benjamin Stora, Annie Rey-Goldzeiger. Guy Pervillé, Sylvie Thénault

- 5 décembre : L’oeuvre de Mohamed Harbi. (Omar Carlier)
     Débat avec l’auteur

- 19 décembre : La «somme» de Gilbert Meynier. Sylvie Thénault (CHS-Paris I/CNRS)
    Débats avec l’auteur

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II - Renouvellements et remaniements historiographiques anciens et nouveaux

- 16 janvier 2007 : Histoires et mémoires. Benjamin Stora (Inalco)

- 13 février : Temporalité, timing, logiques d’action
Omar Carlier : printemps 1956 : la «levée en masse» ?
Fouad Soufi ( Alger) : L’événement : le 5 juillet à Oran

- 27 février : Minorités  (Berbères, Juifs, Ibadites/ femmes, jeunes/ libéraux, chrétiens, communistes, trostskystes/ harkis, MNA, etc). René Galissot, …
  (sous réserves) Débats avec F. Colonna, M. Hamoumou, R. Ayoun, B. Stora, A. Guenoun

- 13 mars : Lecture historiographique de la guerre. Raphaëlle Branche (Paris I)

- 27 mars : Économies de guerre, sociétés en guerre
    Daniel Lefeuvre (Paris VIII). L’enjeu économique
    Et retour sur la thèse de Hartmut Elsenhans

- 24 avril : Terrains. Acteurs. Echelles
    a/ La guerre au village, les femmes dans la guerre. Soraya Guiddir (doctorante)
    b/ Territoires, régions et Wilayas. Warda Tengour (CRASC), Aurès et Wilaya I
    c/ Les bases arrières de l’ALN : Maroc, Tunisie, Libye. Daho Djerbal (Alger),

- 3 mai : Histoire et imaginaire
    a/ Omar Carlier, la figure du moudjahid
    b/ Nedjma Abdelfattah (Alger), le musée du jihad


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Ryad el-Feth, Alger (musée du jihad)


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mardi 17 octobre 2006

De la construction du discours colonial (journée d'études)


 Le c[omman]dant Marchand à travers l'Afrique par Michel Morphy
affiche publicitaire en couleurs illustrée ; publicité du livre de Michel Morphy,

1901


journée d'études : 3 novembre 2006 à Lyon 2


De la construction du discours colonial

l'empire français aux XIXe et XXe siècles

Oissila SAAÏDIA, Laurick ZERBINI



Dans un contexte marqué par les polémiques soulevées autour des douloureuses questions de la traite négrière et de la guerre d’Algérie, la fonction sociale de l’historien reste plus que jamais d’actualité. Forte de cette réflexion, l’Équipe Religions, sociétés et acculturation du Laboratoire de recherche historique Rhône-Alpes propose une journée d’étude sur la question de la colonisation.

Pour aborder ce pan de notre histoire, les organisateurs ont choisi de s’intéresser à l’historiographie — c’est à dire à la manière dont a été écrite et s’écrit l’histoire de la colonisation — et l’histoire de l’art, tant il est vrai que toute société se définit aussi par sa production artistique.

Le cadre de la journée ne permet pas d’aborder toutes les dimensions de l’histoire ni l’ensemble des zones géographiques. Ont donc été privilégiés les mondes africains, caraïbes et asiatiques de l’empire français selon une approche plus globale que locale.


 

9h30 : Introductions

Oissila Saaïdia (IUFM Strasbourg), 30 minutes

Laurick Zerbini (Univ. Lyon 2), 15 minutes

Transition :

10h15 : Claude Prudhomme (Univ . Lyon 2) : Réflexion sur les concepts et notions : acculturation, syncrétisme, métissage, race, etc., 30 minutes.

10h45 : Pause

11h30 : Philippe Delisle (Univ. Lyon 3) : Historiographie, mondes caraïbes et Guyane, 20 minutes

11h50-12h15 : Débat

12h30-14h Repas

Transition :

14h15 : André Delpuech (Musée du Quay Branly) : Historiographie, histoire de l’art des Amériques, 20 minutes

14h35 Elise Patole-Edoumba (Museum d’Histoire naturelle, La Rochelle) : Historiographie, histoire de l’art océanien, 20 minutes

14h55 : Pascale Barthélémy (ENS, Lyon) : Historiographie, mondes africains, 20 minutes

15h15 : Laurick Zerbini (Univ. Lyon 2) : Historiographie, histoire de l’art africain, 20 minutes

15h35-15h55 : Débat

16h-16h20 : Pause

16h20-16h40 : Jean-François Klein (INALCO, Paris) : Historiographie, mondes asiatiques, 20 minutes

16h40-17h : Caroline Herbelin (Univ. Paris IV) : Historiographie, histoire de l’art asiatique, 20 minutes

Transition :

17h : Débat

17h30 : Conclusion.


le 3 novembre 2006 de 9h30 à 17h30 à l’Université Lumière Lyon 2
Département d’Histoire de l’Art - Salle d’Histoire de l’Art - 18 quai Claude Bernard  à LYON
Journée d’Étude organisée par l’équipe RESEA, UMR 5190 LARHRA

courriel : ihc@univ-lyon3.fr


                z_universite2                
                                  Université Lyon 2                              


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jeudi 12 octobre 2006

Les oubliés de l’Histoire coloniale du Pacifique (Mélica Ouennoughi)

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isolat du bagne de l'île des Pins (Nouvelle-Calédonie)


 

Les oubliés de l’Histoire coloniale

du Pacifique

Anthropologie historique

du bagne des Maghrébins vers la Nouvelle-Calédonie

Mélica OUENNOUGHI



Phénomène colonial et déportation politique

L’insurrection d’El Mokrani en 1871 et son étendue dans le Maghreb est en grande partie liée à la révolte des spahis après la chute de Napoléon III. Ceux-ci en effet, étaient liés par des engagements d’honneur avec les officiers des Bureaux arabes, qui sont relégués à l’arrière plan, au profit d’administrateurs civils lors de la mise en place de la Troisième République : or ces officiers étaient pour une bonne part Saint-simoniens et avaient rêvé d’une reconnaissance réciproque entre les valeurs tribales des populations autochtones et le communautarisme saint-simonien sur la base duquel ils comptaient organiser les groupes de colons français.

Si ce rêve était certainement utopique du point de vue de l’historiographie, il s’est traduit dans la pratiqueNapol_on_III_Alg_rie_1860 par un grand respect de ces officiers pour l’organisation clanique de la société et pour ses chefs et que ces derniers aient senti disparaître à l’arrivée de la République, d’où le déclenchement des révoltes dans tout le pays jusqu’au sud tunisien. Cette époque montre la complexité aussi bien de la colonisation que de la résistance à la colonisation à cette époque et aux époques récente ; elle ouvre de plus en plus le chemin à d’autres recherches sur la conception de la colonisation en Algérie sous le second empire, qui ne se réduit pas à l’utopie du «Royaume arabe» [photo : Napoléon III en Algérie, 1860].

On peut mettre en évidence trois phases distinctes caractérisant les causes de l’insurrection de 1871 :
- La chute de l’empire de Napoléon III et les décrets de Crémieux.
- Le «nouvel ordre» et la désorganisation sociale des tribus par le retrait des privilèges séculaires.
- L’extension considérable au territoire civil et la colonisation de peuplement.


1- La chute du second empire et les décrets de Crémieux

En 1870, Adolphe Isaac Crémieux [photo], avocat d’origine israélite, inscrit au barreau de Nîmes, Garde des Sceauximage dans le gouvernement du 4 septembre, prend la décision d’accorder aux Israélites d’Algérie la qualité de citoyens français. Les décrets Crémieux désorganisèrent les services déversant par leurs considérants le blâme et l’injure sur l’administration antérieure : la population civile européenne les acclama et les indigènes algériens apprirent officiellement la déchéance de ceux qui les soutenaient. Ils surent que le gouvernement de la défense nationale avait naturalisé en bloc tous les Israélites qui pourraient, par la suite de cette mesure, être appelés à exercer certaines fonctions restées jusqu’alors le privilège des Français. Ils virent apparaître des discriminations comme la différence juridique entre Européens et indigènes.
Ainsi les Israélites formèrent dans des villes des bataillons, des compagnies de miliciens, pendant qu’on refusait l’incorporation des Musulmans dans la milice, et des postes au sein même de la juridiction française. Pourtant le senatus consulte du 14 juillet 1865 indique clairement en ces termes : «L’indigène musulman est français ; néanmoins il continuera à être régi par la loi musulmane. Il peut être admis à servir dans les armées de terre et de mer. Il peut être appelé à des fonctions et emplois civils en Algérie. Il peut, sur sa demande, être admis à jouir des droits de citoyen français ; dans ce cas, il est régi par les lois civiles et politiques de la France» (article 1). Un autre décret fut celui qui donna une extension considérable au territoire civil, sans avoir avisé aux moyens d’exécution. Jusqu’en 1870, pas plus de deux cents demandes de naturalisation ne sont enregistrées de la part de musulmans et cent cinquante-deux de la part de Juifs d’Algérie.

En 1870, le décret de 1865 est modifié par le décret Crémieux qui accorde la nationalité française aux Juifs des trois départements et non aux musulmans. Les chefs indigènes en sentirent toute la portée et n’hésitèrent pas à lever l’étendard de la révolte, notamment en Kabylie déjà préparée par les prédications des Mokaddem du Cheikh El Haddad, chef de l’ordre religieux des Khouan Rahmaniya. L’autorité SPAH5administrative fut conquise par l’autorité militaire. Après le départ en France de la presque totalité de l’ancienne administration de l’empire, officiers employés dans les affaires arabes, on craignait l’instauration de nouvelles lois par le remplacement de la nouvelle armée coloniale. De nouvelles directives provoquèrent une première résistance des spahis [photo] mariés, qui par leur acte d’engagement, ne furent pas obligés à servir hors de l’Algérie, et que le «nouvel ordre» souhaitait mobiliser en escadrons hors de leur territoire.

La résistance qui se manifesta dans plusieurs régiments des provinces d’Alger et de Constantine fut le point de départ de la révolte. Le mécontentement de la famille Rezgui, laquelle avait été autrefois été la puissante tribu des Hamencha à El Milia, fut à l’origine du premier soulèvement du 5ème escadron de spahis dans cette région. Nous retrouvons en déportation politique vers la Nouvelle-Calédonie, le caïd Ahmed ben Dahmani, l’instigateur de la révolte.

Les troubles d’El Milia sont réprimés et le Bachagha de la Medjana fait part au général commandant de la division de Constantine de sa démission lui indiquant que bien qu’il eu continué à servir la France contre l’ennemi, parce que celle-ci était en guerre contre la Prusse, la paix retrouvée, il entendit jouir de sa liberté ne pouvait être répondre à la nouvelle fonction qu’on lui attribua de simple agent d’un gouverneur civil, lequel du reste le déshonora en l’injuriant et en désigna son successeur. Par ce déshonneur, il  adressa son refus de mandat de solde par lettre au chef du bureau arabe de Bordj Bou Arreridj, Ollivier, et fit soulever la tribu du cercle d’Aumale et celle de l’annexe des Beni Mansour. Si Saïd ben Bou Daoud, Caïd du Hodna, prêchait ouvertement son combat contre l’occupant, et manifestait l’intention d’aller attaquer la ville de Boussaâda avec toute la tribu amie de la famille. L’extension se fit sentir dans le Djérid en remontant vers le nord, dans le but de soutenir la révolte des spahis de Souk-Ahras et d’attaquer Tébessa. Les insurgés s’enfoncèrent dans le sud à Biskra. Cette politique tourna le dos délibérément au «Royaume arabe» de Napoléon III.

 

2 - Le «nouvel ordre» et la désorganisation sociale des tribus

Ils se résument en ces deux termes :
- Émancipation de l’individu par la propriété individuelle
- Désagrégation sociale des tribus par le retrait des organisations séculaires.

Comment était constituée la propriété avant la conquête coloniale ?
Elle se définie en deux catégories distinctes :

- des terres dites arch ou sabega, de propriété communale, restant séculairement indivise entre toutes les familles d’une même tribu. Lorsque possédée collectivement par une tribu ou une fraction de tribu, elle ne peut s’aliéner et fait en cas de mort ou de disparition d’un des codétenteurs, retour à la communauté.

- des terres dite melk, lorsque les particuliers ou les groupes de population qui la détiennent ont le droit de jouir et d’en disposer à leur gré ; Prenons à titre d’exemple la région de Biskra [photo] que nous connaissons leBISKRA__Constantine___DAVID__photogr__1 mieux : toutes les propriétés de Biskra à l’exception des biens habbous d’ordre religieux et maraboutiques, sont des propriétés particulières. Elles sont transmises d’après les règles établies par les musulmans. De plus, par une exception qui ne se trouve qu’à Biskra, elles sont susceptibles d’être frappées d’hypothèques. Elles peuvent être aliénées. La propriété consiste en jardins plantés de dattiers, maisons, eau et terres labourées. L’impôt local est établi en fonction du nombre de palmiers-dattiers dans cette région. Cela consistait à prendre le nom de chaque propriété, le nombre d’arbres qu’elle renfermait.

Du temps du Bey Salah, le nombre de dattiers existants à Biskra a été évalué à 36.000 et est passé à 80.000 dattiers en 1876 (plantations entreprises par les cultivateurs eux-mêmes). Sur l’ensemble de ces terres, un certain nombre de familles avait acquis, dans chaque tribu, la faculté plutôt que le droit d’exploiter telle ou telle partie de la terre commune. Ces familles riches dominaient la tribu, celles auxquelles le défaut de ressources interdisait l’exploitation directe de la terre se mettaient au service des premières à titre de Khammès (métayers au cinquième). La dépossession des terres cultivées et des biens séquestrés, vendus aux premiers colons, amènera un désordre inextricable. En 1846, des commissions furent instituées pour examiner les titres de propriété et reconnurent que les 10/11 des terrains vendus étaient réclamées par deux propriétaires à la fois sans compter les irrégularités des séquestres concédés. C’est ainsi que fut établie la constitution de la «propriété coloniale» en 1851.

La propriété coloniale consista à réduire les statuts traditionnels en statuts d’administrés placés sous l’autorité coloniale. Par cette mesure, le travail et les statuts seront contrôlés et gérés comme fonction de l’Etat. La première suppression du sens collectif fut la touiza que l’autorité française fit retirer aux familles Mokrani en 1863. Ce fut le moyen de les désunir, les disperser et les contrôler.  C’est à partir de telles mesures que l’administration coloniale fit mettre en œuvre des commissions et des sous-commissions pour délimiter et contrôler les titres de propriétés. Après avoir procédé à la délimitation du douar ou de la tribu, ces commissions devaient reconnaître les terres appartenant à l’Etat, à la commune ou à l’individu ; En examinant les titres de propriété que les djemââs ou les individus peuvent avoir sur les terres délimitées, ces commissions ont pour fonction de donner leur avis et transmettent leur travail à l’autorité supérieure qui provoque l’approbation impériale. Jusqu’en 1871, les terres pouvaient être achetées indivises de manière collective par les colons ; ainsi les Algériens continuèrent à jouir de leurs biens. Cette forme de propriété collective musulmane a été en vigueur jusqu’en 1871. Ce n’est que par la suite que ses privilèges ont été supprimés.



Essai du saint-simonisme en Algérie et extension

dans les autres possessions d’Outremer

Les saint-simoniens [photo à droite] pacificateurs prêchent la nécessité d’organiser le gouvernement civil. Ils accusent les bureaux arabes de n’être que des organes d’espionnage et de ne rien faire pour apaiser, enrichir et éduquerEnfantinDet leurs administrés. Le saint-simonien Enfantin [photo], l’un des plus ardents disciples du fondateur EnfantinSaint Simon, stipule qu’il faut «éduquer» les indigènes en Algérie, afin de permettre la pacification civile plutôt que la conquête militaire, qui semble échouer par l’action militaire du général Bugeaud. Précurseur de la recherche de l’union entre l’Orient et l’Occident, Ismaël Urbain quant à lui, retrace les institutions traditionnelles berbères et démontre comment la doctrine saint-simonisme les a adaptées pour pacifier les tenants de la propriété collective. Dans cette vision assimilationniste, il s’agit pour la doctrine d’unir indigènes et européens afin d’éviter des privilèges de revendication.
La politique du «Royaume arabe» séduit l’empereur Napoléon III. Elle est une nouvelle invention «socialiste» du saint-simonisme basée sur une politique de partage des richesses et des responsabilités dont l’Etat français aura le monopole. Il faut pourtant souligner que l’organisation de la propriété indigène et la propriété coloniale sont totalement distinctes. Dans la propriété coloniale, le colon se soumet au règlement qui a défini au préalable «un lien indirect». Son immobilisation au sol est détruite car il a perdu ses privilèges de naissance de sa terre d’origine. Il n’appartient plus à telle famille d’un tel (le patriarche). Il n’existe plus de lien direct entre lui et ses ancêtres. Face à cette déculturation, il faut instituer une discipline rigoureuse par un arsenal de peines et de récompenses. Par cette hiérarchie, l’esprit du saint-simonisme fait renaître un nouveau lien direct par la sélection de chefs de familles les plus méritants. Par contre, nous voyons que le lien direct perdure dans la collectivité berbère à l’arrivée du colon. La raison majeure est la suivante : la propriété indivise découle de l’appartenance à la tribu, et plus encore, de l’individu dans le groupe qui possède un titre ancestral de naissance sur sa terre. Les Saint-simoniens se sont inspirés de cette mesure ancestrale berbère pour amener les petits colons à avoir le sens de la solidarité communale. La propriété indigène devint un concept emprunté au modèle d’organisation berbère pour la mise en concession des colons.

C’est par ce partage collectif que fut instauré le principe de «la force collective que donne l’association». Le partage des échanges des ressources et des richesses peut s’opérer de cette manière : la tâche fondatrice saint-simonienne devait détruire cette reconnaissance de «l’immobilisation au sol». Il s’agit ensuite d’appliquer au colon le nouveau régime foncier qui devait nécessiter «une mobilisation au sol» par les principes d’égalité et de liberté de jouir de la propriété foncière. Plutôt que le morcellement, comme système moderne européen, qui tue la grande culture, leur vision universaliste calquée sur le système berbère s’oriente vers l’idéologie d’une nouvelle république romaine, le fundus romain. Alors que le fonctionnement de la société berbère est appuyé par l’extrême cohésion sociale de ses habitants, représentée par leurs assemblées (djemââs) de manière démocratique et non hiérarchisée, il s’agit dans l’idéologie d’une nouvelle république romaine, de fabriquer une discipline par une hiérarchie rigoureuse : chaque village sera régi par des sociétés actionnaires, où l’individu sera personnellement intéressé. Par ses actions, le colon adopte le sens communal et acquiert le titre de chef de famille-fondateur.

Le sens communal prend naissance dans l’Algérie, terrain d’élection pour le saint-simonisme au XIXe siècle. La discipline prévoit des récompenses et punitions. Les chefs de famille-fondateurs, les plus méritants, obtiennent, des inspecteurs de la colonisation, un grade de classification de première, seconde ou troisième classe selon la qualité de leurs efforts. Ils pourront racheter leur terre cultivée en se soumettant au règlement de la propriété coloniale. L’organisation du «droit à la culture» pour les petits colons (concessionnaires), comme méthode économique, devait constituer un point de départ de la doctrine de Saint-Simon. Conformément à la loi du 30 mai 1854, si la peine du libéré est de huit années, il sera tenu d’y résider pendant toute sa vie. Cet autre protocole se voit appliquer sur les premiers transportés libérés dans d’autres possessions rurales d’Outremer, le cas de Bourail en Nouvelle-Calédonie nous est révélateur.

En Nouvelle-Calédonie, l’amiral Guillain, qui est resté un fidèle du Saint-simonisme de 1830, ne peut résister à l’idée d’appliquer ses doctrines. En 1864, «La Sybille» y débarque un convoi de transportés. L’amiral choisit dans ce groupe vingt colons, chacun exerçant une profession différente et leur concède 300 hectares dans la région de Yaté, avec l’outillage, les semences et le bétail nécessaires. Les bénéfices de l’association seront divisés en deux parts, l’une répartie également entre les colons, l’autre au prorata des journées de travail. L’emplacement de Yaté fut pour A. Saussol, «une expérience fouriériste» ; les résultats des condamnés ne furent aucunement productifs pour l’association et au bout d’un an cette première expérience, héritière du saint-simonisme, fut dissoute. Il fallait prospecter un autre lieu. C’est alors que la mission choisit Bourail [photo] comme terrain d’élection pour la colonisation pénale. La mise en concession rurale des déportés-concessionnaires maghrébins, dans le centre pénitencier agricole de Bourail, implique que lebourail_nouvelle_cal_donie concessionnaire libéré devra racheter la terre qu’il aura travaillée. La condition majeure de sa mise en liberté définitive est la rente annuelle et le capital rachat de sa concession. Le capital rachat définit ainsi sa libération définitive. Cette mesure est capitale pour l’administration qui doit faire en sorte de sélectionner ses meilleurs sujets devant des règles disciplinaires bien précises.


Le développement insurrectionnel du Hadj El Mokrani 

Nous ne pouvons aborder l’insurrection de 1871 sans développer les faits insurrectionnels antérieurs à celle-ci. Voyons l’histoire des principaux chefs des tribus de l’insurrection  de Mascara en 1864 des Ouled Hamza et des fractions qui ont suivi leur mouvement.  Celle-ci se divise en deux branches à la suite de querelles intestines : la branche des Ouled Sidi Cheikh Cheraga (de l’est) est devenue algérienne. La branche des Ouled Sidi Cheikh Gheraba (de l’ouest) est g_ryville_mosqu_edevenue marocaine de par le traité de 1845. Les Ouled Sidi Cheikh forment une confrérie religieuse qui possède une réelle influence non seulement en Algérie, mais encore au Maroc et au Gourara où elle compte de nombreux adeptes. Le siège de la confrérie est à El Abiod Sidi Cheikh, à 100 kilomètres au sud de Géryville [photo], ce qui aura des conséquences insurrectionnelles.

Au début de la conquête, les Ouled Sidi Cheikh Cheraga, avaient pour chef Si Hamza. Ils suivirent naturellement l’émir Abd el Kader. En 1839, Si Hamza à la tête des contingents du Sud prit part à l’expédition de l’Emir contre Aïn Madhi. Après la prise de la smala à Zaguin, il suivit un instant l’émir dans l’ouest mais voyant la fortune de l’émir sérieusement compromise il ne tarda pas à l’abandonner avec tout son monde dans la région d’El Abiod Sidi Cheikh, où se situe précisément le Mausolée (koubba) d’El Abiod. La destruction de la koubba d’El Abiod semble avoir été une des conséquences majeures. Les Ouled Sidi Cheikh (Zoua Cheraga) et les Rezeïgat sont précisément les tribus qui ont débuté le mouvement insurrectionnel de 1864. Elles ont été rejointes par la majorité (2/3 environ) des Ouled Yacoub. Les autres tribus ne sont entrées dans le mouvement qu’à la suite de l’affaire d’Aouïnet Bou Bekeur (8 avril 1864). Les Ouled Yacoub et les Ouled ben Naceur sont les premières tribus qui firent leurs soumissions dans les mois d’été de 1864 ; elles ont été suivies par les Makena, les Ouled Sidi Tifour et une partie des Ahl Sitten, dans les derniers mois de 1864.

Le 4 février 1865, à la suite de l’affaire de Garet Sidi Cheikh dans laquelle Si Mohamed ben Hamza fut tué, plusieurs fractions firent leurs soumissions également : ce sont le reste des Ahl Sitten ; le douar el Merazig Sud_Oranais_Spahi_Cliche_Marc_Flamentdes Ouled Ziad Cheraga, le douar el Orf des Ouled Serour ; les Ouled ben Zian, les Tseireïat et les Ouled Thaleb Cheikh, des Derraga Gharaba ; le douar Ouled Raho, des Derraga Cheraga ; les douars Et-trô, Slamat, Roualisse et Ouled Bou Azza, les Akerma. Au mois d’avril 1866, trois fractions des Ouled Ziad, dont les douars Ouled M’Hammed et Ouled Belal ; trois douars des Derraga Cheraga et trois autres douars de Rezeïgat et des Ouled Moallah abandonnèrent leurs combats ; au mois d’octobre quelques tentes des Laghouat du Ksel et les Chambâa Mouadhi se soumirent également ; durant le mois de décembre 1866, une vingtaine de tentes de Laghouat rentrèrent encore de dissidence.

Durant les premiers mois de 1868, Si Sliman ben Kaddour ramena une grande partie des tentes restant en révolte ; parmi elles, les Ouled Abdelkrim et les Ouled Maallah. La majorité des tribus Laghouat du Ksel, des Ouled Ziad, et les douars de Trafis qui se trouvaient encore dans l’ouest ont fait leur soumission en 1871. L’agha, Eddin ben Hamza et son neveu, Si Hamza Ould Bou Bekeur, appartiennent à la branche algérienne des Ouled Sidi Cheikh, nommée Cheragas. Cette famille religieuse, très influente dans le sud oranais, fit défection en 1864, après avoir attiré dans un guet-apens le commandant Beauprêtre et sa troupe. Elle entraîne à sa suite les tribus des hauts plateaux avant d’être abandonnée dans le Sahara par la plupart de ses adeptes. En 1878, le jeune Si Hamza Ould Bou Bekeur fit sa soumission à Géryville et n’ayant pu obtenir une position administrative qu’il espérait, ne tarda pas à passer au Maroc où il rejoignit Bou Hamama qui sera plus tard l’instigateur de l’insurrection de 1881.

Nous avons retrouvé les condamnés des insurrections de 1864 et de 1880-1881 dans les convois qui ont été transportés en Nouvelle-Calédonie. Un cimetière de type mausolée a été édifié à la mort du déporté marabout Mouley Ould El Bachir originaire de Sidi Bel Abbès. Condamné avec quinze de ses parents et déportés en Nouvelle-Calédonie, il est accusé de pillage de la ville Thessalah. Ces condamnés n’ayant pas accepté d’être déportés, sont à l’origine de la rébellion (mutinerie à bord de la Frégate de déportation : la Sybille 1867). Aussi, ont-ils été conduits au bagne de l’île Nou avant leur mise en concession dans la région de Bourail. Ils édifièrent avec leurs compagnons (des autres insurrections) le cimetière-mausolée comme témoignage de fidélité à la résistance oasienne (le saint et le mausolée).

MOHAMED_EL_MOKRANIIl est à remarquer que lors des insurrections, un nombre important d’insurgés algériens, pour fuir l’occupant, se sont réfugiés, eux-mêmes, dans la région du Ziban (sud algérien) dans le Djérid tunisien. Dans le sud algérien par exemple, les Ouled Hadjerès ont rallié la cause des Ouled Mokrane. L’extrême sud est agité par les Ouled Nails de Djelfa. Alors que le Bacha-agha Mohamed El Mokrani allait en personne échouer devant Bordj Bou Arreridj, son frère Boumezrag, Caïd de l’Ouennougha avait pris la succession de son aîné et poursuivit la révolte avec ses coreligionnaires. Boumezrag El Mokrani reprit le combat et l’insurrection gagna rapidement dans le Hodna et dans l’Ouennough’a où commandaient des parents du Bacha-agha, puis s’étalait vers Sétif et Béni Ourtilane, l’ouest algérien, à Miliana, dirigée par Malek El-Berkani, puis se dirigeait vers le sud sous la direction du cheikh Bouchoucha, qui fut arrêté puis fusillé dans la prison de Constantine, Djidjell, dirigée par Chérif Moulay Chekia à Ouled Ziabra et Djaia, et enfin atteignit dans la région de Souk-Ahras, dirigée par Mohmmed Keblouni.

Les caravanes Mokrani dirigées par le chef de l’insurrection furent pourchassées des portes de fer (Bibans) aux portes du désert (Ziban). Dans la région de Biskra et Boussaâda, la transmission orale fait référence à de nombreux récits sur l’histoire des caravanes des familles Mokrani. Nous avons recherché les causes de l’insurrection d’El Amri (Biskra), là où les fractions Sidi Bouazyd entretiennent toujours des affinités avec la zaouïa d’El Hamel dans la région de Boussaâda. En 1871, les familles Mokrani y trouvèrent un lieu de refuge et fondèrent des liens d’affinité avec Cheikh Ben Belkacem, fondateur de la zaouïa, lesquels firent concrétiser une alliance matrimoniale. Puis la dispersion des familles Ouled Mokrane par les toponymes Ouennoughi et Bourenane s’opéra dans la région de Biskra.

C’est ainsi que l’insurrection de l’Oasis de Biskra (El Amri en 1876) fut ralliée, par les liens de parenté et d’affinité ancestrale, à la cause du Hadj El Mokrani. Plus révélateur est le ralliement des tribus insoumises appartenant officiellement au soff Bou Akkas mais opposées à leurs sympathies et à leurs alliances traditionnelles. Il s’agit en premier des Ouled Amor (Caïdat du Zab Chergui), des Ghamra Caïdat des Arab Cheragas, des Guemar, Behina, Debila, Oued et leurs sous branches que sont les Ouled Harkat, Ouled Rahma, les Ouled Rabah, les Ouled Khaled, les Ouled Amor, Ouled Slimane, les Ouled Naceur Caïdat des Ouled Zekri ainsi que les tribus Bouazyd, Selmya, Rahmane et Ouled Moulète inféodées aux soff  Ben Ganah, ce commandement nouvellement constitué par le Bureau arabe de Biskra dirigé par le capitaine Lefroid. Les fractions des Bouazyd sont à l’origine de246 l’insurrection de 1876. Elles furent propriétaires de la presque totalité des palmiers dattiers des oasis de Biskra ; nomades, elles ont été depuis toujours inféodées aux Ben Ganah, elles n’avaient pas cessé de battre en brèche l’autorité d’Ali Bey. Les noms des principaux acteurs de cette dissidence furent : Cheikh de Nezla, Bouchmal ben Mohamed Goubi, son frère Goubi ben Goubi, les marabouts des Medjarya, El Hadj Ahmed ben Ali el Trabelsi, El hadj Brahim ben el Hadj Amor, tous deux mokaddem Rahmania de l’obédience de Nefta (Tunisie) et ralliés dissidents de la zaouïa de Ben Abid. 

L’insurrection d’El Amri a été conduite par Cheikh Mohamed ben Yahia et le marabout Ahmed ben Aïech avec leurs 2000 combattants. La situation politique d’El Amri du 12 Avril 1876 inquiétait le Bureau arabe de Biskra. Elle  risquait de se développer dans le Zab Dahari, et la partie sud de l’Aurès que sont le Zab Chergui (Touggourt), le Souf, Djebel Amour, l’Oued Rhir et  Souf, les cercles de Boussaâda, Djelfa, Laghouat, qui, de part leurs liens ancestraux, n’hésitèrent pas à montrer leur ralliement aux sidi Bouazyd. Par mégarde, ces régions furent placées sous le contrôle des colonnes du Général Carteret, Commandant de la division de Constantine, lequel se dirigea en direction de Biskra avec le plus grand renfort militaire. L’insurrection de 1876 fut caractérisée par l'extension des mouvements insurrectionnels de 1879 dans la région des Aurès conduits par Cheikh Mohamed Ben Abderrahmane à travers le ralliement des mokkadems de la confrérie Rahmanya et le ralliement des tribus des Ouled Daoud , Béni Bouslimane, Ahmed Kheddou ainsi que certains clans des tribus de Béni Oujana, Oued Abdi, parallèlement au soutien absolu du Cheikh de la zaouia Rahmanya d'oued Abdi, Cheikh El Hachemi Ben Derdour. Nombreux sont les propos sur les insoumis des oasis de la région de Biskra : El Amri, de Bouchegroune, de Lichana, de Farfar et des Zaâtcha, l’insurrection probablement la plus tragique de toutes.


Le code de l’indigénat : une assignation

à l’origine ethnique ou religieuse,

Cette assignation est à l’origine ethnique et religieuse ; elle a été organisée en vue du contrôle de la population musulmane en Algérie, en lui imputant un certain nombre d’infractions. Le fait d’appartenir à une religion différente et non intégrée au code civil français (c'est-à-dire être musulman et pratiquer un certain nombre de traditions intégrées au système coutumier (djemââs), conduisait automatiquement à la pénalité d’acquérir la nationalité française et être un citoyen français à part entière. En 1874 une liste de 27 infractions relatives au statut d’indigénat fut établie et d’autres infractions suivirent par la suite jusqu’à leur codification définitive en 1881. Cette mesure discriminatoire devait conduire jusqu’en 1890 à forcer les indigènes à la liberté de circulation et de restreindre au maximum les rencontres dans les zaouïas ou les djemââs coutumières et religieuses villageoises.

Les plus significatives ont été les suivantes : refus ou propos offensant sur l’autorité d’un agent ou d’un service de garde, retard dans le paiement d’impôts, détention pendant de plus de vingt-quatre heures d’animaux égarés, asile donné à toute personne étrangère circulant sans permis, défaut d’immatriculation des armes à feu, habitation isolée en dehors du douar, sans permission, campement sur les lieux prohibés, départ de la commune sans avertissement, départ de résidence sans passeports, oubli de faire viser son permis là où on séjourne plus de vingt-quatre heures, défaut de certificat pour tout indigène conducteur de bêtes, tapages, scandales et autres actes de violence, refus de faire des travaux, des services ou de prêter secours en cas d’accidents, de tumulte ou de calamité ainsi qu’en cas d’insurrection, réunion sans autorisation de plus de vingt personnes à l’occasion de ziyàra ou zerda, ouverture sans autorisation à tout établissement religieux ou d’enseignement, refus comparaître devant l’officier de police judiciaire, actes irrespectueux ou propos offensants vis-à-vis d’un représentant ou d’un agent de l’autorité, etc.

Si bien que dans une même famille, on assiste à une classification étrange. Certaines familles ont été divisées et jugées les unes comme des «politiques», les autres comme des «droits communs» ou «transportés». La gestion des tribus étant dirigée par l’administration coloniale, celle-ci n’hésita pas à les réprimer en distinguant le degré de résistance ou de soumission, face aux répressions et aux biens extorqués.


Une classification de déportation

Aux mesures consécutives à l’application du décret Crémieux, fut ajoutée une «classification de déportation». On distingua le degré de bagne__le_des_pins_jaunerésistance ou de soumission. La protection ancestrale ayant succombé, on ne manquait pas de déporter des tribus entières dans le pays, dans le Maghreb et dans les autres colonies françaises. Eloignées les unes des autres, les structures communautaires séculaires vont être désorganisées au profit de l’émergence d’un système colonial exogène «foncièrement organisé». Désormais déracinés, les anciens chefs et leurs compatriotes devaient devenir de simples condamnés au bagne à perpétuité, loin de la protection ancestrale et de l’habitat traditionnel. L’identité sociale n’existe plus. Le résultat fut pour eux un déracinement déchirant. En voulant étendre son autorité vers d’autres territoires d’Outre-mer, l’administration coloniale visera, par l’implantation agricole productive selon ses nouvelles méthodes et valeurs, qui sont contraires aux anciennes solidarités, à diviser les membres d’une même famille ou d’un clan. Les uns ou les autres seront, à une même époque, transférés en Nouvelle-Calédonie [photo : bagne de l'île des Pins] ou en Guyane. Prenons l’exemple de Amar ben Mohamed (n° écrou : 1434), fils de Mohamed ben Yahia des Ouled Sidi Yahia, condamné à perpétuité et transporté en Guyane. Aurait-il un lien de parenté avec le chef de l’insurrection d’El Amri de 1876 ?

Les registres des transportés ou relégués consultés réunissent la masse de condamnés métropolitains et maghrébins. En somme, nous pouvons voir figurer dans une même liste plusieurs noms de maghrébins enregistrés à destination du bagne guyanais, et d’autres provenant de la même tribu enregistrés à destination du bagne calédonien. Prenons un autre exemple : Le convoi Le Calédonien du 5 août 1888 fait embarquer à son bord des condamnés pour la Nouvelle-Calédonie ; deux semaines auparavant, en date du 25 juillet 1888, le condamné Amara ben Saïd ben Mokrani (n° écrou : 1324), 23 ans cultivateur né à Biskra et d’autres de ses compatriotes embarquaient pour la Guyane. Serait-il un membre des familles du patriarche Mokrani ben Saïd ayant acquis une concession à Bourail en Nouvelle-Calédonie ?



Nouvelle-Calédonie


Les convois vers la Nouvelle-Calédonie

Condamnés à la déportation en enceinte fortifiée en Nouvelle-Calédonie, les Maghrébins de la déportation se retrouvèrent parmi les Communards, qui étaient leur porte parole pour défendre leurs causes respectives. Au cours de leur peine, se construit une influence réciproque qui liait la cause sociale et culturelle algérienne à celle des Communards. Le célèbre Communard Henry de Rochefort tissa des liens amicaux avec les chefs de l’insurrection de 1871, Abdallah ben Ali Chabbi, Ahmed ben Dahmani, le caïd de Souk-Ahras, et les Chioukh Ahmed ben Brahim et Brahim ben Chérif, membres de la confrérie Rahmanya. Dans cette situation de condamnation commune, ces hommes insurgés ont établi des contacts et des rapports socioculturels et politiques communs. Henry de Rochefort, à son retour à Paris en 1886, lors de l’amnistie, a créé le premier mouvement associatif de France proclamant la libération de ses compatriotes algériens.

ILE DES PINS. Prison Ruins

Nombre de documents relatifs à la déportation en général ont été endommagés que ce soit en Métropole (durant la guerre mondiale) ou en Nouvelle-Calédonie (inondations). Pour identifier les déportés politiques originaires du Maghreb, il nous a semblé nécessaire de faire un comparatif des registres de la déportation, aux registres des lieux de détention consultés dans les différentes archives. L’état actuel des archives est incomplet. Par ailleurs, les jugements des Conseils de guerre et des Cours des Assises étant parfois longs, les déportés durent attendre plusieurs mois avant leur embarquement dans les convois destinés à la Nouvelle-Calédonie. C’est la raison pour laquelle, ces prisonniers furent internés deux à trois mois dans les dépôts ou lieux de détention avant leurs embarquements définitifs. Fort heureusement, c’est précisément dans les fonds d’archives des lieux d’internements, que nous avons pu répertorier l’origine et la naissance de chacun des condamnés originaires de l’ancien Maghreb - au destin commun par les frontières d’alliances culturelles ancestrales - ainsi que leurs dates d’embarquements convoi naval par convoi naval vers la Nouvelle-Calédonie (1867-1895).


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source : Chocolat Télévision

Chronologiquement, les convois de transportés maghrébins en Nouvelle-Calédonie s’effectuent à partir des premiers convois de 1867, dans lesquels nous avons comptabilisé un total de 178 condamnés sous le régime des droits communs. Ces premiers font partie de l’insurrection des Ouled Sidi Cheikh de 1864. Nous identifions ensuite les déportés politiques à la suite de l’insurrection de Kabylie en 1871 et d’El Amri (Biskra) en 1876, dont nous avons comptabilisé un total de 120 embarqués dans les convois entre les périodes 1874 et 1878. D’autres convois abriteront de nouveaux déportés politiques à la suite de l’insurrection du sud-oranais de 1881-1882 (Ouled Sidi Cheikh ; fractions à la fois algérienne et marocaine). Ils forment un total de treize embarqués dans les convois qui suivront entre 1881 et 1882. Seront déportés ensuite les douze Tunisiens entre 1890 et 1892, à la suite de l’insurrection du sud-tunisien (Djérid/Taberka) en 1881, dont certains sont nés ou demeuraient en Algérie pendant le développement insurrectionnel de 1871.

C’est dans ce contexte, qu’il faut noter que le sud-algérien a joué un rôle croissant à partir du Djérid Tunisien.  Jugés sous le régime des droits communs par le Conseil de guerre de Tunis et la Cour d’Assises de Tunis, les motifs principaux de leur condamnation seront rejet du pouvoir en Tunisie et dégradation militaire. D’autres convois suivront la déportation des Tunisiens. Les archives nous signalent, à cet effet, un certain nombre de prisonniers algériens destinés au bagne calédonien. Ces derniers seront enregistrés sous des numéros d’écrou comme relégués et feront partis des derniers convois effectués entre 1887 et 1895. Vu le travail considérable entrepris, et pour ne pas négliger ces autres condamnés, probablement à l’origine d’une longue résistance au débordement colonial, l’état actuel du classement et les listes généalogiques, entrepris avec la collaboration des Archives de Brest, donnera un aperçu définitif des mouvements des convois destinés au bagne Calédonien. Condamnés aux travaux forcés ou à la réclusion, on applique aux insurrections de 1871 (Kabylie), 1876 (El Amri) et 1879 (les Aurès) la loi du 23 Mars 1872 relative aux insurgés de la Commune de Paris de 1871.



bagne de Nouvelle-Calédonie


Par son esprit de révolte contre toute injustice, cette «communauté» d’individus maghrébins a toujours donné l’impression d’être «malsaine» et pouvant porter atteinte à l’esprit de Loi de 1864. Les Maghrébins (majoritairement Algériens) déportés s’installent dans la vallée de Bourail (Nouvelle-Calédonie) et un noyau important se forme. Dans le cimetière-mausolée du saint patron sidi Moulay (Nessadiou), dont nous avons retrouvé l’identité de l’insurgé, on trouve un grand nombre de noms patronymiques de tribus qui correspondent à la présence historique d’insurgés à majorité politique.

Malgré l’exil, par cette appartenance commune, l’entente initiale produit des alliances à fort regroupement familial de type éponyme. Les héritages familiaux (terres et creusement de puits) sont le résultat d’une démarche de résistance où la descendance se réclame en tant que telle. Deux dattiers vénérés plantés près du cimetière de Nessadiou jouent un rôle essentiel par leur fonction symbolique. Le palmier dattier de Bourail représente des hommes qu’un chagrin commun a réunis dans ces lieux. Le phénomène maraboutique a fortement imprégné les deux vallées d’étude débouchant sur l’identification particulière d’une micro-société encore appelée aujourd’hui «La petite Afrique» à travers son mythe fondateur. Il existe une hagiographie populaire qui associe les anciens déportés à des Cheikhs El Fellagha. Séduits par le paysage montagneux et verdoyant, ils ont labouré leurs champs et développé des cultures méditerranéennes diversifiées avec des méthodes ancestrales. Ils pratiquèrent la transhumance selon la tradition bédouine, de part et d’autres des vallées, de la haute-Boghen à la vallée de Nessadiou. Les fromages commercialisés à Bourail, à la fin du XIXe siècle, confirment l’important cheptel caprin. Le degré d’implication des déportés maghrébins majoritairement cultivateurs d’origine, dans la mise en valeur de la terre, est lié aux conditions écologiques favorables et au fonctionnement social du palmier dattier.  Ainsi en devient-il le témoin d’un transfert de civilisation arabo-berbère.

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Mélica Ouennoughi
docteure en Anthropologie historique
Membre-enseignant-chercheur
Université de Nouméa


- Mélica Ouennoughi sur Études Coloniales

- contact Mélica Ouennoughi


274759601Xr- Mélica Ouennoughi, Les déportés maghrébins en Nouvelle-Calédonie et la culture du palmier-dattier (1864 à nos jours), L'Harmattan, 2006. (commander chez L'Harmattan)


notice de l'éditeur : L'auteur analyse la situation des descendants de Maghrébins en Nouvelle-Calédonie dont les ancêtres ont été déportés à la suite des insurrections algériennes et le ralliement d'autres clans tunisiens et marocains. De plus, l'auteur suit également l'histoire de ce lien entre le Maghreb ancien et la Nouvelle-Calédonie, grâce au fil conducteur que constitue l'introduction par les déportés de la culture du palmier dattier. Un éclairage sur la complexité historique de la colonisation française en Algérie puis en Nouvelle-Calédonie.



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Mokrani


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- reportage vidéo sur le bagne de Nouméa
(lien proposé par le blog)



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iconographie de l'auteure


ile_des_pins
«Camps des Arabes, île des Pins, N.C».  Lithographie Hugan, 1876, Rome, APM
(Collection Amsterdam - Archives Territoriales Nouméa,
©)


insurrection_bordj
 «Algérie, Siège de Bordj-Bou-Arreridj – Insurrection Kabylie 1871, par
Hamed-ben-Mohamed» (Archives Historiques de Vincennes,
©)


El_Amri
«Fresque commémorative - Insurrection El Amri-Biskra 1876»
(source, M.
Ouennoughi ©)


ksar_el_amri
«Oasis El Amri - Biskra & son ksar ancien» (source, M. Ouennoughi ©)


cimetiere_nessadiou
«Tombes des "Vieux-arabes"». En mémoire
des déportés maghrébins. Des noyaux de
dattes furent "jetés"
à la mort du premier marabout mort déporté en 1891. Ainsi
fut édifié le cimetière-mausolée de sidi Moulay
(Nessadiou, Bourail, source, M.
Ouennoughi ©)

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Mélica Ouennoughi
docteure en Anthropologie historique
- contact Mélica Ouennoughi


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