dimanche 13 mai 2007

Spécial collèges et lycées (à venir)



Spécial collèges et lycées (à venir)







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samedi 12 mai 2007

Une histoire de la colonisation, par Jean-Pierre Renaud

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Le vent des mots, le vent des maux,

le vent du large

un livre de Jean-Pierre RENAUD

                                 

Ancien élève de l'École nationale de la France d'Outre-Mer (ENFOM) et ancien haut fonctionnaire du ministère de l'Intérieur, Jean-Pierre Renaud publie Le vent des mots, le vent des maux, le vent du large. Dans cet ouvrage de 553 pages, l'auteur expose le rôle de la communication et des communications dans les conquêtes coloniales de la France entre 1870 et 1900 (Afrique, Tonkin, Madagascar en terminant par Fachoda). À chacune des étapes de la colonisation française, il souligne le rôle tantôt auxiliaire, tantôt prépondérant  des moyens de communications.

      - édité par  Éditions JPR (ISBN 2-9510651-2-4).
      - prix : 27 € (chèque à l'ordre de "JPR Éditions").       

Contact :
 J.-P. Renaud : 3, rue   Alfred-Bruneau - 75016 Paris 
        Tél. : 01 45 20 05 17
        Courriel des éditions JPR : jp.renaud@orange .fr

 

 

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Lyautey à propos de la deuxième affaire de Lang Son (1885) : "La moralité, c'est que le télégraphe est un engin dangereux et que le premier acte de tout général en chef qui opère à 3 000 lieues devrait être de couper le fil, aussi bien pour se libérer des harcelantes instructions de la métropole que pour se garantir contre ses propres entraînements."

cité par Jean-Pierre Renaud, op. cit., p. 531

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halte française à Lang Son, rivière Claire, 1885 - photo du Dr Hocquard (source)

 

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télégraphie du temps colonial

 

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Maroc, Tiflet, le poste de télégraphie sans fil

 

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Maroc, Taourirt, génie employé à construire le pylône de la télégraphie sans fil
au sommet du Djorf (carte postale ancienne, postée le 24 avril 1913)

 

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Maroc, Oujda en avril 1907 : postes et télégraphes

 

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Maroc, Beniouarin : poste de télégraphe sans fil

 

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Maroc, Taourirt : poste de télégraphe sans fil

 

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Dakar, poste et télégraphe

 

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Saïgon, les quais et le sémaphore


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Cochinchine, 1946 (source : Caom, base Ulysse)

 

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- Répertoire des historien(ne)s du temps colonial

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vendredi 11 mai 2007

Remarques sur le Dictionnaire de la colonisation française (Matthieu Damian)

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Remarques sur le

Dictionnaire de la colonisation française

Matthieu DAMIAN (journal Témoignages, La Réunion)

 

Le 10 mai est, depuis 2006, la journée commémorative de la traite des Noirs et de l’esclavage. Celle-ci rappelle le vote de la loi Taubira qui s’est produit ce jour même de l’année 2001. Ce texte législatif condamne l’esclavage comme un "crime contre l’humanité". Dans ce cadre, il faut saluer la publication récente du Dictionnaire de la colonisation française aux éditions Larousse. Le présent ouvrage a été dirigé par Claude Liauzu, professeur émérite à l’université Paris VII. Cet ouvrage a plusieurs mérites quant à ses contributeurs. Tout d’abord, il rassemble plus de soixante-dix auteurs. En outre, nombre d’entre eux sont assez jeunes. De plus, une proportion non négligeable est originaire des DOM. Enfin, des spécialistes des anciennes colonies ont participé à la rédaction de cet ouvrage.

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Quelques idées reçues à propos de la colonisation


Revenir sur la normalité de la colonisation ou le pari de l’Histoire

Un des points importants sur lequel revient Claude Liauzu dans son introduction «est la certitude partagée par la plupart des contemporains du bien-fondé de l’expansion, la parfaite bonne conscience répandue dans les manuels scolaires depuis Jules Ferry et Lavisse jusqu’à la fin des années 1950.» (p. 14). Ainsi est-il souligné, dans l’article «République et colonisation» : «Lors de son congrès des 23-25 mai 1931, la Ligue des Droits de l’Homme, qui rassemble le gotha de la culture républicaine, exprime bien cette vision en manifestant une adhésion sans précédent dans son histoire à la colonisation (...).» (p. 556). À cette relative “normalité” de la colonisation, il oppose l’attitude actuelle qui consiste souvent à juger du passé sans connaître les représentations mentales qui dominent l’époque.
Claude Liauzu constate alors «Jamais la colonisation, un demi-siècle après les guerres d’Indochine et d’Algérie, jamais l’esclavage - cent-cinquante ans après la deuxième abolition - n’ont occupé une telle place dans la vie publique (...).» (p. 10). En tant qu’historien, il a voulu rappeler, avec d’autres, quelques faits. Au devoir de mémoire, il substitue quelque part le «travail de mémoire» cher à Paul Ricoeur qui nécessite un plus grand travail d’appropriation et donc, de réflexion.

 

L’éducation pour tous ?

L’article consacré à «l’Afrique noire» nous rapporte que l’école primaire a été mise en place dans cet espace avant même la Première Guerre mondiale. Néanmoins, sa dissémination a été très faible : «À la fin des années 1950, les taux de scolarisation variaient de 4% en Haute-Volta et au Tchad à plus de 50% au Congo et au Gabon, la moyenne des autres territoires atteignant à peine 20%. L’enseignement secondaire s’étendit, mais avec de fortes disparités, tandis que l’enseignement supérieur n’existait qu’à Dakar et à Brazzaville.» (p. 88).

 

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île de la Réunion, Saint-Denis, dépôt des immigrants (Comoriens)
carte postale ancienne

 

L’empire fardeau ou apport pour l’économie de la France ?

Entre 1850 et 1900, l’article «budget» met en évidence que l’expansion coloniale a représenté 6% du budget de la France. Puis, entre 1900 et 1946, les équipements n’ont pas été financés par la métropole. En effet, une loi sur l’autonomie financière des colonies est adoptée en 1900. Elle met fin à la subvention de la métropole et ne permet de transfert financier que si et seulement si celui-ci est provisoire et que les fonds soient remboursés avec intérêt. Elle stipule également que chaque colonie ne compte que sur ses deniers propres.

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, les investissements dans l’empire peuvent à nouveau être financés par la métropole. Cependant, entre 1945 et la fin de la colonisation (vers 1962), le budget dévolu aux colonies a représenté moins de 5% des dépenses totales de l’État. Des plans ont existé pour plus de grandeur. En effet, au sortir de la Première Guerre mondiale, on se rend compte à la fois de ce que l’empire a apporté à la France mais aussi de sa faiblesse économique. Pour remédier à cela, Albert Sarraut propose, en 1923, un programme de mise en valeur des colonies françaises. Cependant, il n’obtiendra jamais les financements nécessaires.

Au niveau des capitaux privés, cette question est évoquée dans l’article «capitalisme et colonisation». La première phase va jusqu’en 1850. Jusque-là, les investissements privés métropolitains dans les colonies sont à la fois connus de façon peu fiable et peu importants.
Entre 1852 et 1881, les colonies reçoivent moins de 5% des investissements français hors de l’Hexagone. Puis, entre 1881 et 1914, cette part augmente. L’empire devient un des lieux où les capitaux français sont investis de plus en plus fortement. Au cours de l’entre-deux-guerres, cette proportion explose jusqu’à atteindre la moitié des investissements français hors métropole en 1939.
Le placement dans les colonies a deux qualités : il est rentable et sûr. Avec la crise de 1929 qui atteint la France quelques années après de plein fouet, de nombreux entrepreneurs préfèrent investir dans les colonies. Néanmoins, en agissant ainsi, les entreprises françaises perdaient en compétitivité. L’auteur de l’article conclut alors : Ce n’est donc pas le marché colonial mais la stratégie de repli sur l’empire, imposé par certaines branches du capitalisme français, qui à terme isola et sclérosa l’économie métropolitaine.» (p. 172).

 

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île de la Réunion, Saint-Denis, Bureau de recrutement
carte postale ancienne

 

Chemin de fer

L’article consacré au «chemin de fer» met en évidence que, contrairement à ce qui se passe aux États-Unis et en Europe, le rail n’a pas provoqué de croissance économique là où il s’est développé. En outre, les moyens déployés n’ont pas été assez conséquents pour ce faire. Comme le montre l’article, l’avion supplantera peu à peu ce mode de transport et seul le Maghreb connaîtra réellement un réseau ferroviaire.

 

Le 10 mai pose la question de l’histoire de la sortie de l’esclavage

Un adage du Parlement de Paris stipulait : «La France, mère de liberté, ne permet aucun esclave sur son sol.» Cependant, ce mot s’est révélé être en contradiction avec les pratiques du commerce triangulaire. Comme l’indique l’article intitulé «Abolitions de l’esclavage», ce sont quelques humanistes de la Renaissance qui ont, les premiers critiqué ce système de servitude. Néanmoins, ce n’est qu’à partir de 1740 qu’un double mouvement fonde un antiesclavagisme important. Le premier repose sur quelques pasteurs britanniques. Le second vient du droit naturel qui souligne que les hommes sont égaux. Ce dernier mouvement reçoit l’appui considérable de Montesquieu [image ci-contre] qui, dans L’Esprit des Lois, publié en 1748, réfute tous les arguments desMontesprit_des_lois esclavagistes. Ses idées seront reprises et consolidées par Voltaire et Rousseau au cours des années qui suivent.
En 1770, comme l’indique encore l’article, deux publications connaissent un grand succès de librairie. Le premier est l’oeuvre de Louis Sébastien Mercier qui fait paraître, en 1770, sa fameuse utopie, L’an deux mille quatre cent quarante, Rêve s’il en fut jamais. L’année qui suit, Raynal publie le premier tome de son Histoire philosophique et politique du commerce et des établissements des Européens dans les deux Indes. Dans les deux ouvrages, une insurrection énorme des Noirs dans les colonies est décrite, ce qui ne manque pas d’effrayer les lecteurs. La décennie 1780 est celle de la création de sociétés antiesclavagistes.

Néanmoins, loin de ces débats théoriques, l’insurrection de cinquante mille esclaves à Saint-Domingue en 1791. Des renforts militaires sont dépêchés de France «par une Assemblée législative dominée par les Amis des Noirs, mais refusant l’idée d’une victoire des esclaves pour se cramponner aux schémas anciens de l’abolition graduelle.» (p. 74-75). Suite à ce mouvement, le décret du 4 février 1794 proclame la première abolition de l’esclavage. Néanmoins, dès 1802, Napoléon revient sur cet acquis. À Saint-Domingue, les esclaves refusent ce retour en arrière et obtiennent une victoire éclatante sur les troupes envoyées par Bonaparte. Suite à ce désastre, l’abolition de l’esclavage restera longtemps un sujet tabou au sein des élites françaises. Il fallut que l’Angleterre procède à cette réforme en 1834 pour qu’à nouveau certains politiques éclairés proposent de faire de même. Cependant, ce n’est qu’avec la Seconde République en 1848 qu’une telle décision fut prise, sous l’impulsion de Victor Schoelcher.


Quelques enseignements ou rappels sur La Réunion

Trois auteurs locaux ont contribué à la rédaction de l’ouvrage. Françoise Vergès a réalisé un article intitulé «Comité pour la Mémoire de l’esclavage». Yvan Combeau s’est chargé de «la départementalisation de La cafreRéunion». Reine-Claude Grondin est la plus «productive» puisqu’elle a notamment rédigé les articles intitulés : «cafre», «créole», «Indien (océan)», «Lacaussade», «Leblond», «Leconte de Lisle», «marron», «La Réunion» ou encore «Sarda Garriga». On regrettera néanmoins l’absence d’une quelconque entrée pour «L’Abbé Grégoire».
De façon chronologique, on débutera par l’article «Abolitions de l’esclavage» qui souligne que la première abolition de l’esclavage, rendue possible par le décret du 4 février 1794 n’a pas été appliquée dans les colonies de l’Océan indien. Pas un soldat n’a été dépêché pour faire respecter cet ordre.
L’article «Temps forts» rappelle que si Madagascar n’est pas conquise plus vite, cela est dû à la présence de missions aussi bien catholiques que protestantes sur place. Si ces dernières jouent bien de leur influence en obtenant les faveurs de la reine, les Réunionnais poussent la métropole à conquérir l’île. En 1885, la partie semble mieux engagée pour la France puisque un traité admet le «protectorat» de Paris. Il faut cinq ans pour que Londres l’accepte. Néanmoins, le refus de la reine de reconnaître ce traité, en 1894, entraîne la conquête de Gallieni en 1897. L’article «Réunion» met en valeur que cette conquête, «voulue par les Réunionnais pour résoudre la question sociale grâce à l’émigration», (...) contribue à la dévitalisation de l’île, désertée par ses élites.» (p. 562).
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L’entrée «Abd el-Krim» rappelle que le célèbre résistant marocain [photo ci-contre], doit se rendre en mai 1926. Il est ensuite exilé à La Réunion. Dans la même notice, il est souligné que ce lieu de bannissement avait déjà été utilisé pour l’empereur d’Annam, le sultan des Comores ou encore la reine Ravalona III de Madagascar.

À propos de l’article «cafre» Reine-Claude Grondin écrit enfin : «L’abolition n’a pas débouché sur l’intégration des cafres, désignés péjorativement par l’expression "nouveaux citoyens". S’ils ne sont pas officiellement discriminés, leur image est restée marquée par la période servile et s’exprime dans les expressions populaires telle "le cafre a sept peaux", souvenir de sa résistance au fouet et à la tâche encore qu’il a de "vilaine manières" sous-entendant son caractère "primitif". La Réunion n’a pas participé au mouvement de valorisation du "nègre" qu’ont connues les Antilles.» (p. 160).

 

Des critiques
«Ce dictionnaire s’adresse à tout un chacun», dit Claude Liauzu. Néanmoins, on peut regretter que, dans la rédaction des articles, la contextualisation ne soit pas mieux élaborée. Les articles étant souvent très courts, le lecteur a parfois du mal à saisir toute l’importance de tel ou tel fait s’il ne possède pas un certain nombre de souvenirs d’Histoire.
En outre, un propos introductif qui met en évidence la spécificité mais aussi les points communs que la colonisation française partage avec celles entreprises par l’Angleterre, le Portugal ou encore l’Allemagne aurait été pertinent.
Les auteurs ne sont pas signalés à la fin des articles et il faut aller les chercher systématiquement au début de l’ouvrage selon un procédé qui n’est pas aisé (qui a écrit l’article intitulé «Abolitions de l’esclavage» ?). En outre, il n’y a pas de photographies ou d’illustrations. En revanche, le lecteur trouvera un certain nombre de cartes.
Dans le chapitre intitulé «Temps fort», on ne peut que regretter qu’aucun bilan humain ne soit donné. Les massacres de Sétif, le 8 mai 1945, l’insurrection à Madagascar, en 1947, sont signalés sans souligner leur ampleur...
De façon plus secondaire, on peut mentionner que Zinedine Zidane est cité mais non Lilian Thuram. En revanche, on remarquera que le refus de Christian Karembeu de chanter La Marseillaise, ou le fameux RAronmatch France-Algérie de 2001 sont remis en mémoire (articles “sports” et “Zinedine Zidane”). En effet, son grand-père, un kanak, avait été amené en France afin de représenter un “cannibal” lors de l’exposition coloniale de 1931.
Enfin, on dirait que les auteurs plutôt de droite sont moins cités que ceux de gauche. Les deux ouvrages de Raymond Aron [photo ci-contre] sur la guerre d’Algérie ne sont pas mentionnés. Si Lénine est cité, Hannah Arendt l’est rarement (cette dernière n’est d’ailleurs ni de droite ni de gauche).

Matthieu Damian
Article paru dans Témoignages
le jeudi 10 mai 2007 (pages 4 & 5)

URL : http://www.temoignages.re/article.php3?id_article=22065
 

 

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Témoignages
est un journal
réunionnais fondé en
1944 par le Dr Raymond Vergès

 

 

 

 

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"Album de la Réunion"

 

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le Bernica, vue prise de la Chaussée, Saint-Paul

 

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Passage de la rivière des Remparts ; extrait du Voyage de Bory de Saint-Vincent (1801)

 

 

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jeudi 10 mai 2007

Nicolas Sarkozy se dément (Claude Liauzu)

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"En commémorant l'abolition de l'esclavage,

Nicolas Sarkozy se dément"

Claude LIAUZU

historien et directeur du Dictionnaire de la colonisation française

(éditions Larousse)

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Nicolas Sarkozy a assisté avec Jacques Chirac à la journée de commémoration de l'abolition de l'esclavage. N'est-ce pas un signe de continuité du travail de mémoire dans la politique française ?

12059193Claude Liauzu - Cela peut être vu comme cela. Je pense que Nicolas Sarkozy avait intérêt à s'afficher aujourd'hui aux côtés de Jacques Chirac, parce que ce dernier a eu un certain nombre de gestes qui ont fait avancer dans ces questions de mémoire. C'est vrai pour Vichy, en particulier. C'est vrai aussi de Madagascar, mais aussi de certains aspects de la guerre d'Algérie.

Sur la mémoire, Jacques Chirac a réalisé des avancées importantes, alors que dans son discours de campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy s'est opposé à toute repentance. Il a même affirmé que la France n'avait commis aucun crime contre l'humanité. Or, si l'on en croit la loi Taubira, et les Nations unies, l'esclavage est un crime contre l'humanité.
Nicolas Sarkozy joue sur l'équivoque du mot "repentance". C'est un mot désormais à la mode, qui a du succès, notamment à cause de certains livres, dont celui de Pascal Bruckner [La Tyrannie de la pénitence]. Si la repentance signifie la "haine de soi", pour reprendre une expression de Nicolas Sarkozy, bien sûr qu'il faut la rejeter. Mais ceux qui se jettent des seaux d'ordure ou de sang sur la tête, les masochistes, sont une petite minorité.

Pouvez-vous donner des exemples ?

Claude Liauzu - Il y a des excès, y compris chez certains historiens, qui veulent faire porter à la République le crime de la colonisation. Par exemple Olivier Le Cour Grandmaison, auteur de Coloniser, exterminer. Assimiler la colonisation à l'extermination, c'est absurde. La colonisation, c'est d'abord exploiter des territoires et non pas les détruire pour le plaisir.
Nicolas Sarkozy joue sur les mots : s'il veut dire que la France est au-dessus de toute critique, on ne peut pas le suivre. La preuve, c'est qu'il est allé se recueillir ce matin devant un monument en mémoire de l'esclavage.

 

Vous estimez que Nicolas Sarkozy se dédit en commémorant l'abolition de l'esclavage ?

Claude Liauzu - Il se dément lui-même, car il a dit que la France n'avait jamais commis de crime contre l'humanité... Mais le plus important, plus que l'esclavage, c'est l'Algérie. La guerre d'Algérie fait problème.
Sur ce point, Nicolas Sarkozy a fait beaucoup trop de promesses aux associations qui se réclament deisly_03 l'Algérie française. Par exemple dans le cas des morts de la rue d'Isly : il y a eu en mars 1962 une fusillade qui a fait une quarantaine de morts dans la population française d'Algérie, due à l'armée française. L'Organisation de l'armée secrète (OAS), opposée aux tout récents accords d'Evian et enfermée dans un quartier pied-noir d'Alger, Bab-el-Oued, avait appelé la population d'Alger à venir briser l'encerclement de l'armée française. La population s'est déplacée, s'est heurtée à un barrage de l'armée et a été victime de tirs, dans des conditions que l'on connaît mal. On pense qu'il y a dû avoir une provocation qui a déclenché les tirs de l'armée.

Ces morts sont regrettables, évidemment, mais Nicolas Sarkozy a promis de faire de ces victimes des "morts pour la France". Or la même demande de reconnaissance de "morts pour la France" a été formulée par les familles de six instituteurs assassinés la semaine précédente par l'OAS. Le gouvernement auquel participait Nicolas Sarkozy a refusé de les reconnaître.
Si l'on suit cette logique, on continue la guerre d'Algérie pendant encore cent ans. On ira vers plus de surenchère, de mécontentement, de demandes... C'est à cela qu'il faut mettre fin.

 

Le refus de la repentance n'était-il pas pour Nicolas Sarkozy un simple discours de campagne, qui sera suivi de peu d'effets ?

Claude Liauzu - On peut le penser, ne serait-ce que parce que les relations France-Algérie sontimg_energie nécessaires. C'est un pays riche en gaz et en pétrole, et nous en avons besoin. On peut penser que le discours de M. Sarkozy sur la repentance était destiné à s'attirer des voix du Front national.

Mais ce type de discours est dangereux car il peut favoriser des phénomènes de xénophobie, même s'il n'est pas suivi d'une politique. C'est exactement la même chose quand on parle des "quartiers" où l'on égorge des moutons, l'on excise des filles, etc. Tout cela est très dangereux.

 

Si vous étiez président de la République, que feriez-vous pour améliorer la politique de la France en matière de mémoire ?

Claude Liauzu - ll faudrait faire ce qu'on a fait pour la Shoah. Il ne s'agit pas de dire que la France est une puissance criminelle mais de reconnaître la réalité de crimes commis pendant la guerre d'Algérie en particulier. C'est nécessaire. Et pour le reste, qu'on laisse les historiens travailler pour établir la vérité et que les politiques fassent moins d'histoire.

 

Concrètement, une telle reconnaissance doit-elle passer par une loi ?

Claude Liauzu - Pas forcément. Je ne suis pas spécialement pour. Une déclaration publique forte, de la part d'un président, comme le geste de François Mitterrand tenant la main du chancelier allemand Helmut Kohl, peut avoir une très très grande portée.

 

Propos recueillis par Alexandre Picard
lemonde.fr, 10 mai 2007

 

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massacre de la rue d'Isly à Alger, 26 mars 1962



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mercredi 9 mai 2007

Opposé à la repentance, M. Sarkozy participe à la commémoration de l'abolition de l'esclavage (Le Monde)

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Opposé à la repentance,

M. Sarkozy participe à la commémoration

de l'abolition de l'esclavage

Le Monde, 9 mai 2007

 

Nicolas Sarkozy, le président élu, participera, jeudi 10 mai, au côté de Jacques Chirac, à la cérémonie de commémoration de l'abolition de l'esclavage et de la traite négrière. Le même Nicolas Sarkozy n'a pourtant eu de cesse de dénoncer le "mode exécrable" de la "repentance", qui "exige des fils qu'ils expient les fautes supposées de leurs pères et de leurs aïeux". Une pierre dans le jardin de M. Chirac, qui a fait du "devoir de mémoire" une constante de ses deux mandats.

"La présence, importante, de M. Sarkozy à la commémoration de l'abolition de l'esclavage, est tout à fait symbolique de l'esprit qu'il veut donner à sa présidence. Pour lui, il n'y a qu'une histoire de France qu'il faut savoir regarder sans sombrer dans la repentance : on peut commémorer sans se flageller", soutient Yves Jego, instigateur, au sein de l'UMP, du Cercle de la diversité républicaine. Pour lui, "la rupture (avec M. Chirac) se joue davantage sur le modèle économique et social, sur les rapports de la France aux autres, que sur la mémoire historique".

Secrétaire nationale de l'UMP chargée de la francophonie, Rama Yade, émanation des "minorités visibles" proche du futur président, explique l'insistance de M. Sarkozy à dénoncer la repentance "par son amour de la France. Pour lui, insiste-t-elle, si l'on hait la France, on se renie en tant que Français. Il veut rassembler le pays autour de cette idée". Dans les discours de M. Sarkozy, le thème de la repentance est, de fait, toujours associé à "la détestation de soi", au "communautarisme", à la "concurrence des mémoires".

 

"Disqualifier l'histoire"

Aux yeux de nombreux historiens, cela conduit cependant à une vision réductrice de l'histoire de France. "L'anti-repentance est une grille de lecture pour repenser l'histoire de France. M. Sarkozy veut construire une vision globale de l'Histoire de France, en gommant toutes ses aspérités, en laissant dans l'ombre la complexité des événements, les rapports de pouvoirs, les luttes sociales qui les ont forgés. Cela permet de ramener l'identité nationale à une essence, alors même qu'elle est en construction permanente", juge Nicolas Offenstadt, vice-président du Comité de vigilance face aux usages publics de l'Histoire (CVUH), collectif d'historiens créé au moment de la polémique sur la loi du 23 février 2005. Pour lui, "l'anti-repentance s'inscrit dans le prolongement du discours sur le rôle positif de la colonisation" inscrit dans cette loi.

Pour Emmanuelle Saada, historienne travaillant sur les thèmes de la colonisation, de l'immigration et de l'identité, "cette présentation des mémoires comme étant toujours dans l'affrontement, la confrontation au profit d'une histoire consensuelle, est un déni de l'histoire. C'est une façon de disqualifier, de nier l'histoire de nombre de personnes, qui a pourtant été fondamentale dans l'histoire de France".

"Les discours de M. Sarkozy pousse les Français dans une attitude de dénégation de pans entiers de l'histoire", appuie le sociologue du métissage créole, Michel Giraud, qui souligne l'attente pourtant forte de toute une partie de la population à aborder sereinement toutes les facettes de l'histoire. "La demande qui s'exprime n'est pas un appel à la repentance, ne consiste pas à ce que la France batte sa coulpe. S'exprime, en revanche, un besoin culturel et social de comprendre et de savoir, qui ne relève pas d'un mouvement idéologique", confirme Françoise Vergès, politologue, auteur de "La mémoire enchaînée, question sur l'esclavage". Et d'insister : "Répondre à cette demande d'une histoire partagée où chacun puisse se reconnaître contribue à l'apaisement et non à l'affrontement."

 

Laetitia Van Eeckhout, 9 mai 2007 
article paru dans l'édition du Monde datée 10.05.07

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commentaire

- "L'anti-repentance est une grille de lecture pour repenser l'histoire de France. M. Sarkozy veut construire une vision globale de l'Histoire de France, en gommant toutes ses aspérités, en laissant dans l'ombre la complexité des événements, les rapports de pouvoirs, les luttes sociales qui les ont forgés. Cela permet de ramener l'identité nationale à une essence, alors même qu'elle est en construction permanente", juge Nicolas Offenstadt.

- L'anti-repentance peut être aussi une grille de lecture de l'histoire, non parasitée par les injonctions mémorielles et le politiquement correct. Et qui, précisément, est en mesure de restituer la complexité des événements, sans ramener la période coloniale à une essence exposée au seul jugement moral a posteriori. Ce qu'a montré Daniel Lefeuvre dans son ouvrage, Pour en finir avec la repentance coloniale.

Michel Renard

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mardi 8 mai 2007

trois ouvrages sur le Maroc entre 1830 et 1912 (Daniel Rivet, 1985)

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trois ouvrages sur le Maroc

entre 1830 et 1912

Daniel RIVET (1985)

 

L'essentiel de ce que les Marocains ont été, de ce qu'ils ont dit et de ce qu'ils ont fait durant le long répit qui s'accumule sur près de trois quarts de siècle, entre la conquête de l'Algérie et 1912, a été cerné et mis en lumière dans trois ouvrages surtout, sans l'appui desquels les pages qui suivent n'eussent jamais été écrites.

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Vingt ans après sa parution, le Maroc et l'Europe de J.-L. Miège continue de s'imposer comme une sorte d'encyclopédie du Maroc au XIXe siècle, rythmée - avec une précision parfois surchargée de micro-histoire - par le double récitatif, souvent entrecroisé, de l'événement et de la conjoncture économique.

Les Origines sociales et culturelles du nationalisme marocain d'A. Laroui constituent un point de passage obligé pour comprendre comment s'articulait, avant d'entrer en crise à partir de la seconde moitié du siècle, un "système marocain". Sans doute l'analyse philologique du discours de l'élite par l'auteur, inspirée de Benedetto Croce, tend-elle à s'essouffler au fil de la démonstration. mais sa morphologie des groupes sociaux, influencée par le concept wébérien, d'idéal-type, est éblouissante d'intelligence. On ne peut plus dessiner le canevas de la société marocain précoloniale sans s'adosser à ce schéma. Même si on lui reproche de privilégier l'élite urbaine au détriment des profondeurs rurales du pays et de négliger du coup l'apport des anthropologues anglo-saxons, en premier lieu E. Gellner et Clifford Geertz.

Parce qu'il débrouille, avec un art du raccourci et un sens de la synthèse exemplaires, la trame des événements qui s'enchaînent entre 1860 et 1912 et qu'il caractérise avec beaucoup de finesse le divorce qui s'accuse entre l'État et la société marocaine, le Prelude to Protectorate in Morocco. Precolonial Protest and Resistance, 1860-1912 d'Edmund Burke III complète, nuance, enrichit l'éclairage de Laroui sur la trajectoire du Maroc au XIXe. S'impose en particulier son approche de la révolte contre le makhzen, non seulement fronde des privilégiés ou fureur paysanne mais mouvement composite à plusieurs étages et temps sociaux, voué par conséquent à la négation plutôt qu'à l'affirmation et donc à l'éclatement rapide.

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D'autres ouvrages (1) contribuent à diversifier notre vision de ce long XIXe marocain dont le bruit et la fureur reçoivent une signification nouvelle à partir du moment où on n'y voit plus seulement la préhistoire annonciatrice du Protectorat, mais une période de transition au sens mêlé, confus, incertain : un moment historique non plus univoque mais pluridéterminé. Cette longue période de réaction à la "précolonisation" cristallise en effet des "lignes d'orientation, des zones de filtrage" (Laroui) à partir desquelles les Marocains se détermineront sous le Protectorat qui ne s'imprime pas à la surface de la société colonisée comme sur une page blanche.

Daniel Rivet, Lyautey et l'institution du Protectorat français au Maroc, 1912-1925
[thèse 1985], tome 1, éd. L'Harmattan, 1996, p. 83-84.




(1) Cf. en particulier J. Berque, L'intérieur du Maghreb, Gallimard, 1978 ; G. Ayache, Études d'histoire marocaine, Société marocaine des éditeurs réunis, Rabat, 1979 ; P. Pascon, Le Haouz de Marrakech, 2 T., Larose et Maisonneuve, 1978.




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Fez, intérieur de l'Arsenal ; Le Maroc Illustré, 1913

 

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Sousse

 

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Telouet

 

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lundi 7 mai 2007

Pour une nouvelle approche de la guerre d'Algérie en France

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Pour une nouvelle approche

de la guerre d'Algérie en France



Samedi 2 juin 2007

de 9 h à 17 h 30

amphithéâtre Dupuis, université Paris I, CHS, 9 rue Malher,

75004 Paris - M° Saint-Paul


38Il s'agit de faire l'histoire de la guerre d'Algérie en France dans l'objectif de réévaluer le rôle de l'espace métropolitain que l'historiographie présente trop souvent comme secondaire - base arrière du nationalisme ou siège d'une intense "bataille de l'écrit". Les travaux publiés surinvestissent la région parisienne au risque de réduire cette histoire à celle de la guerre à Paris. Cette journée d'études présente les recherches réalisées par les correspondants de l'IHTP.

avec : Raphaëlle BRANCHE, Sylvie THÉNAULT, Anne-Marie PATHÉ, Mireille CONIA, Danielle CHEVALIER, Gérard BOURDIN, Bertrand HAMELIN, Marc COPPIN, Alain TROGNEUX, Michel DLOUSSKY, Rémy FOUCAULT, Anne PASQUES, Alain MONCHABLON, Hélène CHAUBIN, Émmanuel BLANCHARD, Émilie ÉLONGBIL, ARTHUR GROSJEAN.

Institut d'Histoire du Temps Présent (IHTP)

Matinée (9h–13h)

Présidence : Fabrice d’Almeida (IHTP)
Discutante : Danièle Voldman (CHS)

9h – 9h45 : Introduction
• Raphaëlle Branche et Sylvie Thénault : «Cerner le vécu de la guerre en métropole : bilan d’une enquête»
• Anne-Marie Pathé : «Un renouvellement des sources ?»

9 h 45 – 11 h 15 : Découvrir
• Mireille Conia :«Les actions de solidarité envers les soldats» 
• Danielle Chevallier : «Les obsèques de soldats»
• Gérard Bourdin : «Les parrainages et jumelages, 1956-1962»

11h30 –13h00 : S’exprimer
• Bertrand Hamelin : «Les étudiants sont-ils des intellectuels ?» 
• Marc Coppin et Alain Trogneux : «Les réactions à certains événements marquants ayant lieu en Algérie»
• Michel Dloussky : «Référendum et élections»

Après-midi (14h –17h30)

Présidence : Annie Fourcaut (CHS)
Discutant : Denis Peschanski (CHS)

14h – 15h30 : S’opposer
• Anne Pasques : «L’École normale de Chartres pendant la guerre»
• Alain Monchablon : «L’Union des Grandes Écoles et la guerre d'Algérie»
• Hélène Chaubin : «L’OAS dans l’Hérault»

15h45 – 17h30 : Surveiller, Réprimer
• Emmanuel Blanchard : «Contrôler, enfermer, éloigner : la répression policière et administrative des Algériens de métropole»
• Émilie Elongbil : «Le centre d’hébergement de la Part-Dieu»
• Arthur Grosjean : «Le camp de Thol»

programme complet - cliquer ici    16

         





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dimanche 6 mai 2007

Histoire de la colonisation après les élections présidentielles (Claude Liauzu)

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L'histoire de la colonisation

otage des présidentielles : et après ?

Claude LIAUZU
Historien, professeur émérite Université Paris VII René Descartes,
directeur du Dictionnaire de la colonisation française (Larousse)

 

 

t_jacquesMartial 10 mai : la commémoration de l'esclavage et de son abolition devrait être relativement consensuelle, si l'on oublie les difficultés opposées à Christiane Taubira lors de la préparation de sa loi de 2001 et les retards dans son application.

Cette loi a eu le mérite d'attirer l'attention sur les insuffisances des programmes scolaires, sans imposer une vérité officielle. Malheureusement une instrumentalisation de son contenu a suscité une campagne honteuse contre un historien.

8 mai : c'est le 62e anniversaire des manifestations de Sétif et Guelma. Le jour où on fête la Libération, elles tournent à l'émeute et entraînent le massacre de dizaines de milliers d'Algériens. La dernière chance d'une évolution pacifique est perdue, et l'on s'achemine vers les sept ans de sale guerre, qui furent aussi une guerre civile où sombra la IVe et dont naquit la Ve, d'un coup de force, on l'oublie. L'ambassadeur de France a reconnu la gravité des faits en 2005, les travaux des historiens ont établi avec assez de précision les faits. Mais le silence officiel de Paris sur les crimes demeure.

Dans un discours à Lyon le 5 avril 2007, Nicolas Sarkozy déclarait : «...Je déteste la repentance qui veut nous interdire d'être fiers de notre pays...» Or, il faut rappeler aussi que sous le terme de « repentance »medium_Sarkozy_Reuters c'est toute critique du passé colonial, vichyste, antisémite qui est exclue par le nouveau président. Pire, dans sa lettre du 16 avril au Comité de liaison des associations de rapatriés, monsieur Sarkozy, qui lui promettait tout, prêchait pour un retour au «rôle positif» de la colonisation. «Vos ancêtres ont traversé la Méditerranée pour servir la France et pour bâtir un monde nouveau. Chacun peut porter sur leur oeuvre le jugement qu'il souhaite. Mais la France doit leur en être et vous en être à jamais reconnaissante.» Dans une phrase ambiguë, il affirme même qu'il est hors de question de «réécrire notre histoire avec l'Algérie», comme si cela relevait d'un pouvoir régalien. Une fois de plus, après la loi du 23 février 2005, les mêmes prétendent dicter leur copie aux historiens. Les mêmes restreignent l'accès des chercheurs aux archives, au point que des documents qui étaient consultables avant 2002 ne le sont plus.

Les historiens doivent crier casse-cou. Casse-cou contre l'article 3 de la loi du 23 février 2005 «portant reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés», qui crée une «Fondation pour la mémoire de l'Algérie et des combats d'Afrique du Nord», dont les fonctions prévoient des interventions dans l'enseignement. Singulier si l'on pense aux guerres de mémoires qui continuent à opposer rapatriés, harkis, anciens du contingent, activistes de l'OAS, immigrés et anticolonialistes ! Singulière fondation sur laquelle un rapport déposé en juin 2005 n'est toujours pas publié. Le risque est grand de voir les maigres crédits attribués aux universitaires détournés vers cette Fondation, où des associations représentant des nostalgiques extrémistes de l'Algérie française chercheraient, comme pour le Mémorial de la France d'Outre-mer à Marseille, à imposer leur point de vue et leur pouvoir. Fondation portée par un ministre des Anciens Combattants qui traite les historiens ayant protesté contre la loi de 2005 de «spécialistes auto-proclamés» et de «pseudo historiens».

anatole_france_1_sizedCasse-cou encore contre ceux qui oublient la belle formule d'Anatole France selon qui nous devons notre compassion aux victimes et la vérité aux vivants. Ce n'est pas mépriser la douleur des familles des victimes du 26 mars 1962 rue d'Isly à Alger que d'expliquer les conditions de ce drame. C'est à la demande des commandos de l'OAS, encerclés dans Bab el Oued, que la population d'Alger a cherché à imposer la levée du blocus du quartier par l'armée. Les tirs ont éclaté dans des conditions obscures faisant 46 morts et 200 blessés dont 20 mourront. La demande par des associations de rapatriés d'accorder le statut de «morts pour la France» à ces victimes est d'autant plus inacceptable qu'on a refusé ce statut à des enseignants chargés des centres d'éducation sociale, assassinés par l'OAS le 15 mars 1962, tels Feraoun, Ould Aoudia et Max Marchand. Il n'y a pas de bonnes et de mauvaises victimes. Il est temps d'en finir avec les manichéismes ! Les participants de la rue d'Isly ont été victimes aussi bien de provocations de l'OAS que du cynisme de la politique gaulliste.

Casse-cou aussi contre ceux qui s'obstinent, sous prétexte d'anticolonialisme, à assimiler coloniser et exterminer, à réduire la colonisation à un crime contre l'humanité, le colonisé au statut de «victime absolue» c'est-à-dire à considérer le FLN et le pouvoir algérien comme au-dessus de toute critique.

L'élection du candidat de la droite risque d'être saluée par des feux d'artifice de la banlieue de la «racaille», que les stéréotypes exploités dans la campagne présentent comme les quartiers où «on» voile ses femmes, «on» égorge le mouton dans son appartement, où «on» excise les fillettes. Douce France !

Autre chose est possible. Les citoyens doivent rappeler (et se rappeler d'abord) le modèle de rigueur moraleCARTE_NOUVELLE_CALEDONIE et l'effort de vérité et de justice qu'est le Préambule des accords de Nouméa en 1998. Il soulignait que la colonisation a été une domination étrangère imposée aux populations autochtones, qu'elle a été destructrice des sociétés et des cultures. Mais, sans céder à la démagogie de la «colonisation positive», il refusait de faire des Français de Nouvelle-Calédonie des boucs émissaires en montrant la diversité des raisons de leur émigration, de leur condition et de leurs comportements. Peut-être notre classe politique, si elle en a le temps, devrait-elle lire le manuel d'école primaire issu de ces accords et qui s'efforce d'aider les enfants des diverses communautés à élaborer un devenir commun.
Le gouffre entre les études historiques et la crise des mémoires de notre société (comme de la société algérienne) appelle un effort de notre métier, et d'abord l'exigence de la liberté totale de la recherche et de l'enseignement, d'un travail en commun des spécialistes des deux rives.

 

Claude Liauzu

- débat sur ce texte sur le site Marianne.fr

 

 

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samedi 5 mai 2007

Si, l'histoire de la colonisation a été travaillée (CCV)

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Si, l'histoire de la colonisation

a été travaillée...

Catherine COQUERY-VIDROVITCH

Message commenté :  Une histoire française : Dictionnaire de la colonisation (L'Express)

Si, l'histoire de la colonisation a été travaillée

"Curieusement, le travail historique sérieux sur cette épopée est pauvre… Même le brillant ouvrage de Pierre Nora, Les Lieux de mémoire (Gallimard), ne lui consacre qu'un chapitre"

Je suis pour ma part choquée que ce journaliste, qui cite Les Lieux de Mémoire de 1985, ignore en revanche les travaux sérieux sur la question, dont en particulier (et entre autres) l'histoire, initiée par Jacques Marseille, en 2 gros volumes, par 7 historiens spécialistes, de la France coloniale publiée par Colin en 1991 et rééditée en livre de Poche en 1996 (Agora-Pocket, 3 vol.). Si peu lus qu'ils sont épuisés…

CCV

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première édition

- Histoire de la France coloniale, des origines à 1914, Jean Meyer, Jean Tarrade, Annie Rey-Goldzeiguer, Jacques Thobie, éd. Armand Colin, 1990.

- Histoire de la France coloniale, 1914-1990, Jacques Thobie, Gilbert Meynier, Catherine Coquery-Vidrovitch, Charles Robert-Ageron, éd. Armand Colin, 1990.

 

en poche (actuellement indisponible)

- Histoire de la France coloniale, tome 1, la conquête, éd. Pocket, 1999

- Histoire de la France coloniale, tome 2, l'apogée, éd. Pocket, 1999

- Histoire de la France coloniale, tome 3, le déclin, éd. Pocket, 1999



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vendredi 4 mai 2007

Sultans (souverains) du Maroc de 1631 à 1999

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Sultans (souverains) du Maroc

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Succédant aux Saadiens (1524-1659), les Alouites, venus d'Arabie en 1266, étaient installés dans la région du Tafilalet. Ils portaient le titre de chorfas, c'est-à-dire de descendants de Muhammad (Mahomet) par Alî et Fatima (la fille du Prophète).

img_pres_long_4505- "Les dynasties mérinide et saadienne qui gouvernèrent le Maroc montèrent au zénith, atteignirent leur apogée et déclinèrent. Leur trajectoire fut brillante, mais éphémère. Lorsque le dernier souverain saadien mourut en 1659, il laissait le Maroc dans une situation navrante. Si l'unité territoriale était disloquée, le pouvoir central ne l'était pas moins. Les limites du Maghzen n'avaient cessé de se rétrécir. Dans le Moyen Atlas, la famille Dilaî occupait Fès et tout le nord du pays. dans le Souss, la famille Filali avait érigé en capitale sa forteresse d'Iligh. Dans le nord-ouest du Maroc, des chefs militaires s'étaient arrogé des prérogatives exorbitantes, sous prétexte de lutter contre les Portugais et les Espagnols qui occupaient les côtes de l'Atlantique et de la Méditerranée. Les derniers souverains saadiens ne conservaient plus que Marrakech. Encore n'y exerçaient-ils que l'ombre du pouvoir...
Vers qui se tourner pour sauver le pays ? Des esprits éclairés estimèrent que seuls les Alaouites étaient en mesure de le faire. Ne descendaient-ils pas directement du Prophète ? N'étaient-ils pas investis d'une baraka qui avait déjà fait ses preuves ? Une délégation d'ulémas se rendit à Sigilmassa auprès de leur chef, Moulay Ali Cherif, qu'auréolait une atmosphère de sainteté. Ils le conjurèrent de prendre la situation en main.
L'heure historique des Alaouites avait sonné. Les dynasties précédentes s'étaient hissées au pouvoir par la force des armes et de leurs allégeances tribales. Eux étaient conviés à monter sur le trône en raison de leur ascendant religieux."

Histoire des Alaouites [1970], Perrin, 1994, réimpr. 2001, p. 65-66
Jacques Benoist-Méchin (1901-1983)

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- Moulay Cherif ben Ali : 1631-1640

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Moulay Mohammed ben Cherif : 1640-1664

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- Moulay Er Rachid : 1664-1671

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- Moulay Ismaïl : 1671-1727

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- "Alors apparut sur la scène marocaine une des personnalités les plus fascinantes de son histoire, le Roi-Soleil d'un pays où le soleil brille d'un éclat particulier. On a souvent comparé Moulay Ismaïl à Louis XIV en raison de son goût du faste, de sa fureur de construire, de la longueur de son règne et des relations diplomatiques qu'il entretint avec la cour de Versailles. Mais serait-il plus juste de le comparer à Shah Jahan ou à Soliman le Magnifique, car la violence de son tempérament et ses réactions imprévisibles le rapprochaient davantage de ces grands conquérants que du fils de Louis XIII et d'Anne d'Autriche.

Dans l'histoire du Maroc, Moulay Ismaïl représente un sommet. À travers lui, toute l'énergie accumulée pendant des siècles dans les steppes du Tafilalet, explose comme un ouragan. S'il consacra vingt-six ans de son règne à réprimer les révoltes toujours récurrentes des Sanhaja, des Dilaï et des Aït-Atta - opérations au cours desquelles son armée, rentrant un jour de Marrakech, fut surprise et dispersée par une tempête de neige au col de Telouet (1679) -, cette activité guerrière lui permit de mener une foule d'autres tâches : création d'un vaste réseau routier, acquisition d'une flotte, renforcement de l'administration et réoganisation de l'armée. Ses déplacements étaient si rapides qu'il semblait posséder le don d'ubiquité. Étonnée de voir un seul homme paraître presque simultanément en tant d'endroits différents, la rumeur publique assura qu'il s'était rendu possesseur de l'anneau magique de Salomon et qu'il lui suffisait d'en tourner le chaton vers l'intérieur de sa main pour que les djinns accourussent de toutes parts pour se mettre à son service.

Bâtir était une de ses passions dominantes. On a calculé que, durant son règne, il a déplacé une masse de terre représentant huit fois le volume de la grande pyramide. De cette frénésie de constructions il nous reste le palais de Meknès, dont Moulay Ismaïl avait fait sa résidence.
C'est un ensemble cyclopéen d'une superficie de 475 000 mètres carrés, entouré de 42 kilomètres de remparts flanqués de bastions, à l'intérieur desquels se trouvent des bâtiments d'habitation, des jardins, des réservoirs d'eau, des greniers à blé et des écuries assez vastes pour contenir dix mille chevaux et soixante-dix mille cavaliers. Quant au palais lui-même, l'impression qui s'en dégage est celle d'une volonté de puissance proprement illimitée."

Histoire des Alaouites [1970], Perrin, 1994, réimpr. 2001, p. 70-71
Jacques Benoist-Méchin (1901-1983)

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Meknès, palais royal

 

- Moulay Ahmed Ed Dehbi  : 1727-1728

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- Moulay Abdelmalek : 1728-1729

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- Moulay Abdallah : 1729-1757

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- Sidi Mohammed : 1757-1790

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- Moulay Yezid : 1790-1792

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- Moulay Slimane : 1792-1822
mène une politique religieuse anti-confrérique après son adhésion au wahabisme

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- Moulay Abderrahmane : 1822-1859

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- Sidi Mohammed : 1859-1873

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- Moulay Hassan (Hassan 1er) : 1873-1894 m. lors expédition contre rebelles

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les trois sultans qui lui succèdent sont ses fils :

- Moulay Abdellaziz : 1894-1907 monte sur le trône à 14 ans

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- Moulay Hafid (frère du précédent) : 1907/1908 -1912
  confirmé par oulémas à Fez, le 3 janvier 1908
  c'est Moulay Hafid qui signe le traité de protectorat, le 30 mars 1912

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à gauche Si Kaddour ben Ghabrit

 

- Moulay Youssef  : 1912-1927
sultan depuis le 12 août 1912 (proclamé le 17 août à Fez)
mort le 17 novembre 1927
c'est lui qui inaugure la Mosquée de Paris en juillet 1926

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à gauche, à Paris en juillet 1926 ; à droite, en compagnie de Lyautey (derrière ce dernier, Si Kaddour ben Ghabrit)

 

- Sidi Mohammed Ben Youssef : 1927-1953/1961
déposé le 20 août 1953
retour le 16 novembre 1956
Roi sous le nom de Mohammed V le 15 août 1957
meurt le 26 février 1961

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- Hassan II : 1961-1999

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- Mohammed VI : 1999

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