dimanche 25 mars 2007

la maternité maréchale Lyautey à Rabat

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Rabat, la maternité

 

la maternité maréchale Lyautey

de Rabat

réponse à une question posée par "rakkouch"

 

Sous forme de commentaire à un article de ce site, une question nous a été posée par "rakkouch", le vendredi 23 mars 2007 :

naissance

Marocaine d'origine, je suis née à Rabat entre 1958 et 1960 ??? Je vis dans la région toulousaine. Je voulais vous demander si à Rabat à cette époque là, a existé un hôpital Lyautey et quelle était sa fonction principale. Je vous remercie d'avance de votre réponse qui a beaucoup d'importance pour moi.

Nous remercions Marie-Claire Micouleau-Sicaut, auteur du livre Les médecins français au Maroc, combats en urgence (1912-1956) et d'un article récent ici-même, de bien vouloir répondre à cette question :

 

___________________________________________

 

Bonjour et merci de votre courrier.

Il n'existe pas à ma connaissance d'hôpital Lyautey à Rabat mais bien une MATERNITE MARECHALE LYAUTEY  que la maréchale avait créée dans les années 30 et à laquelle elle avait ajouté un orphelinat mixte (toutes confessions et origines)

L'oeuvre sociale de la Maréchale Lyautey n'est pas très connue et pourtant elle a fait beaucoup développer l'action sanitaire au Maroc, en coordination avec la Direction de la Santé Publique  du Maroc.

Le colonel Geoffroy, qui préside l'association Maréchal Lyautey, sise à Thorey-Lyautey a écrit un article biographique sur cette personnalité peu connue et il est en train d'ouvrir une salle Maréchale Lyautey au château de Thorey qui est devenu le musée Lyautey.

Je vous joins son article qui me parait très intéressant pour faire découvrir cette femme remarquable dont le souvenir est un peu oblitéré par celui de son illustre mari. Je vous joins aussi une photo.

Bien cordialement.

Marie-Claire Micouleau-Sicault

 

 

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Madame la maréchale Lyautey

 

la Maréchale Lyautey

colonel Pierre GEOFFROY

 

Inès de Bourgoing est née à Paris, le 5 janvier 1862. Elle fut une grande dame et le recul du temps nous permet de mieux mesurer l'étendue de son action généreuse et humaine peu connue en raison de sa grande discrétion. Il est certain qu'elle a fait œuvre de pionnier et a ouvert la voie à bien des évolutions.

Veuve en 1900 du colonel Fortoul, elle a initié au début du siècle des actions qui, dans le domaine humanitaire et social, ont devancé des actions plus structurées du type "Infirmières sans frontières". Après son mariage, en 1909, avec le général Hubert Lyautey, son champ d'activités se trouve élargi. Épouse dévouée autant que femme d'action, elle a harmonieusement complété au Maroc l'œuvre du Résident Général, qui disait volontiers qu'elle était "son meilleur collaborateur".

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Présidente du Comité central des dames de la Croix Rouge Française, cette filleule de l'Impératrice Eugénie fut la première femme à être élevée au grade de Grand Officier de la Légion d'Honneur pour récompenser son œuvre sociale, ainsi qu'au grade de Grand Officier de l'Ordre du Ouissam Alaouite en reconnaissance de son œuvre au Maroc.

Son père, le baron Philippe de Bourgoing (1827-1882), d'une vieille famille du Nivernais, fut, comme officier, le grand écuyer de Napoléon III, avant de devenir Inspecteur du Service des Haras. Il fut élu cinq fois député de la Nièvre. Sa mère, Anne-Marie Dollfus (1837-1917), était d'une ancienne famille noble de la République de Mulhouse, rattachée à la France en 1798. Elle était la petite fille de Johannès Dollfus, dernier bourgmestre de cette ville libre. Dame d'honneur de l'Impératrice Eugénie, elle lui demanda à la naissance d'Inès, la faveur d'être la marraine de l'enfant, dont le frère aîné a été l'aide de camp du Maréchal Canrobert.

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Anne-Marie Dollfus (1837-1917), la mère
d'Inès de Bourgoing

Inès, élevée aux Tuileries, reçut l'éducation très stricte des jeunes filles destinées aux cérémonies de la cour. Elle en garda le sens du devoir, celui qui fait passer au second plan les problèmes personnels et une faculté d'adaptation face aux situations les plus variées et les plus délicates.

En 1880, à l'âge de 18 ans, elle épouse le capitaine d'artillerie Joseph Fortoul, fils du ministre de l'Instruction publique et des Cultes de Napoléon III. Ce jeune officier, entré à l'École Polytechnique en 1867, avait combattu pendant la guerre de 1870, puis avait fait partie de la mission envoyée au Japon pour organiser la nouvelle armée du Mikado. Le temps de suivre à Paris les cours de l'École Supérieure de Guerre, d'épouser Inès de Bourgoing et il partait en Indochine d'où il revient grièvement blessé. À 53 ans, alors qu'il commande le 3ème Régiment d'Artillerie à Castres, il décède subitement, le 1er octobre 1900, d'un accident cardiaque.

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Castres, un régiment d'Artillerie (le 9e, pas le 3e...) au début du siècle

À 39 ans, Inès Fortoul se retrouve veuve avec deux fils déjà adultes. Antoine (1881-1963), aspirant de marine participe à la guerre des Boxers en Chine et Mathieu (1882-1969), sur le point d'entrer à l'École de Cavalerie de Saumur, sert au 3ème Dragons à Nantes. Leur petite soeur, Victoire, était décédée, en août 1888, à l'âge de 20 mois.

Portée vers le service des autres, elle va désormais leur consacrer tout son temps. Elle songe à aller soulager la misère dans les colonies, mais il lui faut une formation et une expérience. Aussi décide-t-elle de de suivre les cours d'infirmières. Son diplôme acquis en 1901, elle entre à la Société de Secours aux Blessés Militaires (S.S.B.M.), composée uniquement de bénévoles. Après quelques années de service à l'hôpital Beaujon, à Paris, un champ d'action répondant à son attente et à son besoin d'action va s'offrir à elle.
En août 1907, en effet, le détachement du Général Drude a débarqué au Maroc et se maintient difficilement à Casablanca. Dans le domaine sanitaire, tout est à faire. Madame Fortoul, devenue infirmière-major, part à la tête d'une équipe d'nfirmières volontaires expédiée en hâte par la S.S.B.M. Les conditions de vie et de travail sont précaires et le service est particulièrement dur.

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infirmières de la Société de Secours aux Blessés Militaires à Casablanca, 1907-1908

Comme il est difficile de les soigner à Casablanca, les blessés et malades graves, sont évacués par la marine nationale et accompagnés par des infirmières jusqu'à Oran, où le général Lyautey commande la Division. Celui-ci, envoyé en mission au Maroc en octobre 1907, accepte de prendre à bord du torpilleur qui l'emmène trois de ces infirmières C'est au cours de la traversée qu'il va faire la connaissance d'Inès de Bourgoing qui allait devenir sa femme.
Inès, à peine rentrée en France, repart à la tête d'une équipe à Messine où, le 28 décembre 1908, un tremblement de terre a enseveli sous les décombres plus de 80.000 habitants. Leur dévouement et leur compétence font l'admiration du corps de santé italien et leur valent décorations et reconnaissance émue de la Reine et de la Duchesse d'Aoste (princesse Hélène d'Orléans).

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Ambulance de l'Hôpital de Casablanca. Le brigadier
de Spahis salue une infirmière du Comité de Nancy
qui l'a soigné à Casablanca, 1909

Aprés leur mariage célébré à Paris le 14 octobre 1909, Hubert Lyautey âgé de 55 ans et sa femme Inés, de neuf ans sa cadette, rejoignent l'Algérie où le Général commande toujours la Division d'Oran. Fin 1910, il est promu au commandement du Xème Corps d'Armée à Rennes. En mars 1912, le voici nommé Résident Général de France au Maroc. Tous deux, en parfaite harmonie, vont marquer l'évolution et le développement de ce pays d'une empreinte indélébile.

Au Maroc, le nom de Madame Lyautey demeurera indissolublement lié à la création et à l'organisation de la majorité des œuvres d'assistance à l'enfance : gouttes de lait, pouponnières, crèches, orphelinats, jardins de soleil. La "Maternité Maréchale Lautey", première maternité du Maroc comprend aussi pouponnnière, crèche, garderie, goutte de lait et consultation infantile, un modèle du genre qui a conquis d'éminents maîtres de la puériculture francais et étrangers. C'est à la maréchale Lyautey que l'on doit aussi les premiers dispensaires antituberculeux, les premières colonies de vacances du Maroc ainsi que les écoles d'infirmières.

Douée d'une prodigieuse et inlassable activité, voyant droit et juste, appréciant aussi rapidement les possibilités matérielles que la valeur des collaborations qui s'offrent à elle, la maréchale Lyautey manifeste au Maroc les qualités maîtresses des grandes réalisatrices. Son œuvre sociale ne se limite pas à l'enfance. Fille, femme et mère de militaires, c'est tout naturellement sur la troupe aussi que se penche sa sollicitude, singulièrement sur les merveilleux combattants que furent les Tirailleurs et Spahis marocains, et sur la Légion Étrangère. Avec l'aide de la Croix-Rouge elle fonde la Maison de convalescence de Salé, près de Rabat, aussi plaisante que confortable, destinée aux légionnaires et soldats convalescents privés de famille. En complément, elle leur crée, à la Balme-les-Grottes dans l'Isère, une maison de retraite Elle reçut le titre envié et peu courant de "1ère classe d'honneur de la Légion Étrangère".

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Maison de convalescence de Salé, fondée par la maréchale Lyautey

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Maison de convalescence de Salé, peinte par Tranchant de Lunel, 1913

Rentrée en France avec le Maréchal en octobre 1925, tous deux sont tantôt dans leur château à Thorey où ils ont fait contruire pour le village un dispensaire familial et une maison pour les jeunes, véritable MJC avant la lettre, tantôt à Paris. Elle déploie une inlassable activité et devient, en 1926, présidente du Comité Central des Dames de la Croix Rouge Française.

Après la mort du Maréchal, le 27 juillet 1934, partageant sa vie entre la France et le Maroc elle continue à faire preuve d'un légendaire dévouement. À Paris, la Maréchale, s'intéresse au sort des Marocains, étudiants en particulier, à la vie de l'lnstitut musulman de la Mosquée de Paris, aux malades de l'Hopital musulman de Bobigny. Au Maroc, elle prend part aux travaux de la C.R.F. présidant les Assemblées générales de tous les Comités aux œuvres, aux initiatives desquelles elle ne cesse de s'intéresser. En 1938, elle résilie ses lourdes fonctions à la tête de la Croix Rouge Française pour pouvoir se rendre plus souvent au Maroc.

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entrée de la Maison de l'Asnée (Villiers-les-Nancy)

En 1939 - elle allait sur ses 78 ans -  elle assume, dès la mobilisation, la direction du service de 300 lits pour les grands blessés de la tête et la moëlle à l'hopital militaire de l'Asnée à Nancy, où le professeur Fontaine, médecin-chef, devait dire : "Je considère comme un honneur tout particulier et comme une des plus grandes satisfactions de ma carrière chirurgicale d'avoir eu la joie de pouvoir compter sur une aussi précieuse collaboration »

Aprés l'armistice de juin 1940, elle n'oublie pas "ses chers Marocains", organisant des collectes pour que leurs prisonniers de guerre reçoivent des colis et réconfortant les familles au Maroc où elle se rend régulièrement.
Bloquée en France à partir de l'invasion de la zone libre par les troupes allemandes en novembre 1942, elle pense toujours aux combattants nord-africains et crée à Paris plusieurs ouvres destinées à leur venir en aide, en particulier des foyers où les blessés, les convalescents, les évadés de captivité sont assurés de trouver accueil, aide matérielle et caches pour échapper à l'occupant allemand. Au plus fort de l'hiver 1944, elle n'hésite pas à se rendre dans les Vosges pour apporter aux troupes marocaines qui livrent de rudes combats au sein de la lère Armée Française son réconfort et ses encouragements. La Libération de la France et la Victoire de mai 1945 lui permettent de retourner régulièrement passer plusieurs mois par an au Maroc où elle ne compte que des amis et elle continue malgré son grand âge, à se dévouer pour "servir".

Le 9 février 1953 à la suite d'un de ces accidents que l'âge ne permet guère de réparer la Maréchale Lyautey, qui venait d'avoir 91 ans, décède à Casablanca. Elle reposa à côté du Maréchal au mausolée de Rabat. Lorsque la dépouille du Maréchal fut transférée à Paris sous le Dôme des Invalides le 10 mai 1961, elle fut inhumée au cimetière du village de Thorey - devenu à la demande de ses habitants Thorey-Lyautey - pour conserver le souvenir du Maréchal Lyautey et de son épouse qui, chacun dans leur domaine, ont marqué le XXe siècle.

colonel Pierre Geoffroy

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colonel Pierre Geoffroy (à droite) en discussion avec Mostafa Basso,
ministre plénipotentiaire de l'ambassade du Maroc à Paris
photographie Jeune Pied-Noir ©

 

 

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samedi 24 mars 2007

Partis, organisation et travail politique en situation coloniale (29 mars 2007)

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Partis, organisation et travail politique

en situation coloniale

Malika RAHAL, Éric SORIANO

 

Journée d’étude organisée par le GRHISPO et l’IHTP

jeudi 29 mars 2007 de 10h à 17h

à l’IHTP, 59-61 rue Pouchet, 75849 Paris

renseignements :

rahal@ihtp.cnrs.fr
ou
eric.soriano@univ-montp3.fr

 

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meeting de l'U.D.M.A. en 1946

 

Dans les colonies aussi, les années d’après-guerre constituent «l’ère des partis». L'extension progressive du suffrage aux populations colonisées se conjugue à la création spectaculaire de nouvelles organisations (MTLD et UDMA en Algérie, RDA en Afrique de l’ouest…) et à l’apparition de représentants spécifiques au Parlement français. Cette période voit ainsi l’émergence du parti comme forme d’organisation privilégiée de la vie politique pour ceux que la loi Lamine-Gueye a rendu, théoriquement, citoyens – même si la visibilité de certains exemples connus ne doit pas faire conclure trop rapidement à la généralisation du phénomène –.

Pourtant, l'historiographie classique privilégie d'abord des études en termes «d’agitations» ou de «vagues» nationalistes comme pour désigner le caractère simplement réactif, spontané des mobilisations qui prennent corps durant cette période. Elles n'entrevoient pas toujours ou ne rendent pas compte de la dimension organisée, institutionnalisée des mouvements politiques qui se structurent progressivement (tout en n'étant d’ailleurs pas nécessairement nationalistes).

délégitimation des formes de la vie politique des colonisés

En outre, les pratiques et les discours des nouveaux et/ou futurs dirigeants issus des sociétés colonisées contribuent à accentuer l'illisibilité des organisations politiques en formation. En fondant leur organisation sur le parti, les sections, les militants, les adhérents, les sympathisants, leurs activités laissent parfois le sentiment d’une simple «importation» ou «imitation» des formes d’organisation considérés comme légitimes en métropole. Dans bien des cas, ces nouveaux dirigeants sont tentés au contraire de cantonner le politique dans des formes résolument étrangères au colonisateur, afin de se soustraire à son regard (autorités religieuses, néo-traditionnelles, parenté, magie…), voire à exacerber la rupture avec les modes de validation de l'État colonial. Il est dès lors aisé pour leurs adversaires de chercher à les délégitimer par la critique ou la dérision afin de minimiser leur impact sur la société colonisée.

Cette délégitimation des formes de la vie politique des populations colonisées s’exprime de façon particulièrement outrée dans les archives de surveillance administrative et policière, qui constituent une source privilégiée pour l’historien. Mais on en trouve également parfois des traces dans des travaux scientifiques qui, se fondant sur les définitions classiques des partis politiques, se demandent, parfois pesamment, si l’on a affaire, dans les colonies, à de «véritables» activités partisanes. Leurs approches se déclinent souvent en termes d’activités «pré-politiques», ou au moins «pré-partisanes», imposant une vision à la fois développementaliste et culturaliste fondée sur une opposition entre pratiques politiques modernes et survivances de pratiques traditionnelles. Cette vision n’est évidemment pas exempte d’arrière-pensées ou, tout du moins, d’impensés quant aux présupposés qu’elle renferme. Elle recoupe en partie, et à une autre échelle, la perspective par «l'apprentissage de la politique» développée par certains politistes et historiens de la politisation des campagnes françaises au XIXème.

En conséquence, le débat autour du caractère «réellement partisan» ou «réellement politique» des pratiques qui se mettent en place à l'initiative de nouveaux dirigeants et dont la vocation principale est notamment d'assurer la sélection de représentants (ainsi que leur possible professionnalisation), nous semble ici une impasse méthodologique. Nous voudrions plutôt revenir sur le «travail politique» réalisé par des cadres politiques émergeants, souvent issus de nouvelles couches sociales, et consistant notamment à "se construire" une légitimité, entre administration coloniale et sociétés colonisées.

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En effet, l’activité partisane en situation coloniale se heurte à plusieurs contraintes qui en modifient la nature et les évolutions par rapport aux formes identifiées par les historiens et politistes du contexte européen. La première tient à la nature du régime colonial, entendu comme une configuration socio-politique, et qui constitue le cadre du développement de l’activité politique. Souvent considéré comme jouant un rôle dans l’émergence des partis dans les pays occidentaux, l’élargissement du suffrage varie au gré des situations coloniales particulières et des stratégies des administrations locales. Pour autant, la pluralité des situations donne lieu à de multiples usages de cette technologie démocratique, les dirigeants n’hésitant pas à s’emparer des ressources institutionnelles pour créer les conditions d’une mobilisation des populations colonisées.

Limité et surtout contrebalancé par des pratiques antidémocratiques dans certains cas (l'Algérie…), l'activité partisane peut être un lieu de consensus favorisant le contrôle social des populations colonisées dans d'autres situations (la Nouvelle-Calédonie…). Dès lors, si dans certains contextes, les partis doivent se créer et se maintenir, malgré un jeu électoral biaisé et la surveillance constante de l’administration, ils ne sont pas nécessairement perçus comme contradictoire avec l'imposition coloniale dans d'autres. La pluralité des configurations coloniales conditionne, pour partie, la forme donnée aux nouvelles organisations, en favorisant éventuellement le développement de pratiques clandestines ou semi-clandestines.

Par ailleurs, la prégnance d'une lutte contre l'État colonial crée, dans bien des cas, les conditions d'un unanimisme nationaliste qui peut s’opposer au travail de construction d’identités partisanes multiples. Cet unanimisme est d’autant plus puissant qu’il est considéré comme une arme contre un régime colonial refusant la réforme. Le régime de parti unique des post-indépendances peut d’ailleurs être lu comme une victoire de l’unanimisme nationaliste, trempé dans la lutte pour l’indépendance (surtout lorsqu’elle est armée) contre la pluralité des identités partisanes. Dans d'autre cas, ce sont au contraire les mécanismes de l'intégration et/ou de l'imposition coloniale qui jouèrent à plein pour créer les conditions d'une adhésion électorale à l'ensemble français lors du référendum de 1958.

contrainte coloniale et unanimisme nationaliste

La prégnance de ces deux formes de contraintes, contrainte coloniale et unanimisme nationaliste, qui conditionnent également la production des sources nécessaires au travail des historiens, justifie à elle seule une réflexion spécifique autour de plusieurs séries de problématiques :

- Tout d'abord, dans un contexte où apparaissent des formes de citoyenneté limitées et variables d’un territoire à l’autre, comment les acteurs font-ils évoluer les organisations politiques vers une institutionnalisation accrue et vers une forme partisane ? En particulier, peut-on identifier les groupes sociaux porteurs des différents projets partisans ? Si oui, quelles ont été les modalités de leur(s) socialisation(s) politique(s) ? Quels sont les modèles dont ils s’inspirent pour créer et imposer un corps de règles, une discipline militante ?

- Ensuite, afin de mobiliser, le projet partisan «travaille» le tissu social de manière différente selon les lieux et les milieux. Il investit, et se nourrit de dynamiques sociales faites de rapports de parenté, du respect de rituels et de cadres de domination spécifiques. D’autres instances de socialisation, comme l’école, l’association, les syndicats, certaines pratiques religieuses ou formes de sociabilité peuvent préparer le terrain au développement du parti. Les partis se constituent autour du recyclage ces expériences, devenues autant de leviers de la mobilisation politique.

- Dès lors, quelles sont les pratiques qui naissent sur le terrain ? Comment l’organisation partisane parvient-elle à valoriser des réseaux et des pratiques lui préexistent ? Certaines pratiques ou formes d’organisation sociale sont-elles au contraire plus résistantes à l’imposition d’un projet partisan (notamment chefferies traditionnelles, notabilités nouvelles liées à l’administration coloniale, communautés religieuses, associatives, syndicales diverses) ? Il nous semble intéressant d’ouvrir la discussion, même s’il s’agit d’un puits sans fond, sur le politique qui se loge ainsi dans les pratiques associatives, religieuses, magiques ou familiales.

- Au final, dans ce contexte d’émergence des partis politiques, qu’est-ce que faire de la politique en milieu colonial ? Que signifie, pour des adhérents comme pour des dirigeants, de militer, d’appartenir, de s'engager dans un processus de construction partisane ?

Malika RAHAL (IHTP) et Éric SORIANO (CSU)


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Programme de la journée


10h - Introduction de la journée, E. Soriano et M. Rahal.

10h15 - Catherine Atlan (CEMAF) : L'invention de la politique au Sénégal : contrainte coloniale et pratiques partisanes dans les Quatre Communes avant la Seconde guerre mondiale.
10h50 - Estelle Richard (Université de Montpellier) : Une professionnalisation cosmopolite. La trajectoire politique de Marcel Henri dans l'archipel des Comores.
11h30 – Interventions des discutants, Michel Offerlé et Fabrice d’Almeida, et débats.

12h30-14h - Pause déjeuner.

14h - Malika Rahal (IHTP/CERMA) : «L'UDMA a-t-elle existé?» Un projet partisan entre répression coloniale et unanimisme nationaliste (Algérie, 1946-1956).
14h40 - Éric Soriano (CSU) : Un régime de fidélités. Les logiques du recrutement politique mélanésien en Nouvelle Calédonie (1946-1969).
15h20 – Interventions des discutants, Jérôme Heurtaux et Laure Pitti, et débats.

16h20 – Romain Bertrand (CERI) : Conclusion de la journée.


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vendredi 23 mars 2007

Les entreprises et l’outre-mer français, 1939-1945 (colloque novembre 2008)

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Les entreprises et l’outre-mer français

pendant les années 1939-1945

Appel à communications

pour le IXe colloque du groupement de recherche (GDR)

Les entreprises françaises sous l’Occupation



Organisé à Bordeaux (Gironde)
les jeudi 20 et vendredi 21 novembre 2008

par la Maison des sciences de l’homme d’Aquitaine, le GRETHA-UMR CNRS 5113) (programme Identité & gouvernance des places en économie ouverte sur les outre-mers)-Université Montesquieu Bordeaux IV et l’Université Michel de Montaigne-Bordeaux 3

Responsables scientifiques du colloque :

- Hubert Bonin, professeur à Sciences Po Bordeaux, GRETHA;
h.bonin@sciencespobordeaux.fr

- Christophe Bouneau, directeur de la Maison des sciences de l’homme d’Aquitaine et professeur à l’université Michel de Montaigne-Bordeaux 3-Centre d’études des mondes moderne et contemporain-CEMMC ; christophe.bouneau@msha.fr


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Dans le cadre du programme pluriannuel du GDR Les entreprises françaises sous l’Occupation, il nous est apparu important de consacrer un colloque spécifique à la question de l’activité des entreprises françaises dans l’outre-mer, question qui constitue l’un des six axes affichés en 2002 lors de la création du GDR et qui n’avait pu jusqu’à maintenant qu’être traité dans de trop rares communications isolées.

Le colloque s’attachera à reconstituer la stratégie, les activités et les performances des entreprises françaises insérées dans l’outre-mer impérial, qu’il s’agisse d’entreprises locales, d’entreprises métropolitaines actives en outre-mer ou même d’entreprises étrangères. Les comportements des différents acteurs impliqués, patronaux aussi bien que salariés, et la manière dont ils ont pu être appréciés après la guerre seront également appréhendés.

Le questionnement pourrait notamment porter sur les thèmes suivants :

•    les sources de l’histoire des entreprises outre-mer pendant cette période : évolution et accessibilité ;
•    la stratégie des entreprises face à l’état de guerre ;
•    la stratégie des entreprises face à la division entre métropole et empire ;
•    la stratégie des entreprises au sein de l’empire rattaché à la France libre ;
•   les choix idéologiques, politiques, militaires, personnels, des dirigeants et cadres des entreprises actives outre-mer ;
•    les questions de main-d’œuvre, de politiques de l’emploi et de conditions de travail dans les entreprises d’outre-mer ;
•   les problèmes matériels de liaison entre l’empire et la métropole : navigation, télécommunications, liaisons aériennes, etc. ;
•    le devenir des entreprises allemandes actives en 1939 dans l’outre-mer français ;
•    les débouchés des entreprises impériales coupées de la métropole ;
•    les liens entre les entreprises actives outre-mer et les armées (commandes, etc.) ;
•   les réseaux d’influence des entreprises actives outre-mer au sein de la France libre ou auprès des autorités anglo-américaines, tant en Angleterre que dans les territoires coloniaux libérés ;
•   les relations entre les entreprises françaises et les entreprises étrangères (anglaises, belges, portugaises, espagnoles, etc.) sur les territoires coloniaux : compétition, coordination ?
•   essai de comparaison avec la situation des entreprises étrangères actives dans les autres empires coloniaux pendant la même période ;
•    les circuits de l’argent, du crédit, du change pour les entreprises ultramarines ;
•   le devenir des entreprises actives outre-mer et confinées dans les ports et places métropolitains (quid des problèmes d’approvisionnements et de débouchés ? etc.) ;
•    les activités des ports tournés vers l’empire avant et après la coupure de novembre 1942 (Marseille, Le Havre, notamment) ;
•    Les entreprises de négoce et l’approvisionnement des populations autochtones pendant la guerre ;
•    la préparation de l’après-guerre pour la stratégie des entreprises ultramarines : des plans d’action ? quel empire ? au sein de l’aire économique du Reich ? puis surtout ou sein de l’aire du monde libre ?
•    les Antilles entre métropole vichyste, France libre et monde anglo-américain : quels débouchés ? quels réseaux économiques ?
•    les entreprises en Indochine (et à Shanghai) entre métropole vichyste et occupation japonaise : quel destin ?
•    les entreprises dans l’Afrique et le Proche-Orient libérés : quelles relations avec les Alliés ?
•   les entreprises dans les territoires sous autorité vichyste : quel positionnement politique éventuel ? quelle insertion dans les schémas et projets d’intensification de la «mise en valeur» de l’empire ? quelle place dans l’aire d’influence nazie ?
•    l’évolution des élites et des hommes d’influence au sein du monde des affaires ultramarin pendant et de part et d’autre de la guerre et de Vichy (mutations, continuité ?) ;
•    l’épuration dans le monde des affaires ultramarin.


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Sélection des communications
Les propositions de communication, d'une page au maximum, comprenant les titres et qualités des auteurs et le rappel de leurs récentes publications, seront reçues jusqu'au 1er octobre 2007 à l’adresse électronique
gdr2539@ish-lyon.cnrs.fr

Le comité scientifique fera connaître son avis aux auteurs des propositions au plus tard le 30 novembre 2007.
Les interventions orales seront limitées à vingt minutes. Elles pourront être présentées en français ou en anglais.
Les actes du colloque feront l’objet d’une publication en volume aux Publications de la SFHOM. Les textes définitifs des interventions devront être remis avant le 1er mars 2009.
Les frais engagés par les intervenants au colloque pour assurer leur déplacement et leur hébergement seront pris en charge par les organisateurs.

 

Comité scientifique

- Hélène d’Almeida-Topor, professeure émérite à l’université Paris I Panthéon-Sorbonne et présidente de la SFHOM ;
- Dominique Barjot, professeur à l’université Paris IV Paris-Sorbonne, Centre Roland Mousnier, membre du conseil scientifique du GDR ;
Catherine Coquery-Vidrovitch, professeure à l’université Paris VII-Denis Diderot, SEDET ;
- Martine Cornède, conservatrice générale du patrimoine, directrice des Archives nationales de la France d’outre-mer, Aix-en-Provence ;
- Hubert Bonin, professeur à Sciences Po Bordeaux et au GRETHA ;
Christophe Bouneau, professeur à l’université Michel de Montaigne-Bordeaux 3, membre du conseil scientifique du GDR ;
- Jacques Frémeaux, professeur à l’université Paris IV Paris-Sorbonne, Centre Roland Mousnier ;
- Patrick Fridenson, directeur d’études à l’EHESS, CRH, membre du conseil scientifique du GDR ;
- Catherine Hodeir-Garcin, enseignante à l’université de Picardie-Jules Verne, Amiens, IDHE ;
- Hervé Joly, chargé de recherche CNRS-LAHRHA-Lyon 2, directeur du GDR ;
- Jean-François Klein, maître de conférences à l’INALCO et Centre Roland Mousnier ;
- Daniel Lefeuvre, professeur à l’université Paris VIII Vincennes-Saint-Denis, IDHE, membre du conseil scientifique du GDR ;
- Michel Margairaz, professeur à l’université Paris VIII Vincennes–Saint-Denis, IDHE, membre du conseil scientifique du GDR ;
- Guy Pervillé, professeur à l’université de Toulouse II-Le Mirail ;
- Philippe Verheyde, maître de conférences à l’université Paris VIII Vincennes Saint-Denis, IDHE, secrétaire général du GDR.

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jeudi 22 mars 2007

Visiteurs de ce blog jeudi 22 mars 2007 à 9 h 40

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carte du Vanuatu, ex-Nouvelles-Hébrides,
indépendant depuis 1980

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dimanche 18 mars 2007

l'Occidentalisation de la personne

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l'Occidentalisation de la personne

journée d'études, E.N.S. Lyon, 21 mars 2007


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mercredi 21 mars


à l'École Normale Supérieure, Lyon


à partir de 9 heures


salle R 143



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samedi 17 mars 2007

J'avais 19 ans lorsque je suis arrivé en Indochine en 1951 (Claude Pierré)

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J'avais 19 ans

lorsque je suis arrivé en Indochine

en 1951

un commentaire de Claude PIERRÉ

 

Indochine

J'avais 19 ans lorsque je suis arrivé en Indochine en 1951, comme militaire, sous-officier. J'ai donc participé à cette guerre, avec des supplétifs, ou je combattais dans le sud une guérilla, en employant les mêmes méthodes que l'ennemi. Une guerre féroce ou dans chaque camp on ne faisait pas de prisonniers.

Pourtant, maintenant avec le recul, on se rend compte que ce pays est magnifique, sa population courageuse et généreuse. Jamais nous n'aurions dû nous faire la guerre. Tous mes camarades militaires, sans exception, ont la nostalgie de ce pays. Non seulement du pays, mais aussi de sa population. Nous étions faits pour nous entendre et travailler ensemble. Ces gens, lorsqu'ils vous donnent leur amitié, c'est sans arrière pensée, et sincère. Aucune rancune, ni d'un coté ni de l'autre.

Personnellement, je connais ici, en France, de nombreux Vietnamiens. Ce sont mes meilleurs amis, et depuis de très nombreuses années. Avec eux, l'amitié ne s'émousse jamais. L'amitié est à vie.

Je ne suis jamais retourné au Vietnam, mais j'ai bien l'intention d'y aller un jour ou l'autre. Je pourrais parler de ce pays et des Vietnamiens pendant des heures, et si nous devons aider un pays, c'est bien celui-là.

Posté par Claude Pierré,
samedi 17 mars 2007 à 22:34

 

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Je ne suis jamais retourné au Vietnam...

 

 

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vendredi 16 mars 2007

réplique à un argument de Catherine Coquery-Vidrovitch

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réplique à un argument de Catherine Coquery-Vidrovitch

un historien peut-il faire dire ce qu'il veut

aux statistiques ?


Michel RENARD

 

Dans un texte particulièrement virulent - mais c'est la règle du jeu puisque l'ouvrage de Daniel Lefeuvre7171747 l'était lui aussi...- l'historienne Catherine Coquery-Vidrovitch, grande spécialiste de l'Afrique coloniale, réplique au livre Pour en finir avec la repentance coloniale. Daniel Lefeuvre lui répondra certainement. En attendant, je souhaite réagir à l'un de ses arguments qui me semble le moins rigoureux. Il s'agit de cette assertion :
- "Faut-il rappeler à notre historien économiste que l'on peut faire dire aux statistiques ce que l'on veut, en particulier lorsqu'il s'agit de moyennes générales..."
Oui, on peut
faire dire aux statistiques ce que l'on veut, si l'on n'est pas un historien honnête. Mais Catherine Coquery-Vidrovitch ne se situe pas à ce niveau de polémique puis qu'elle gratifie son interlocuteur du titre "d'historien économiste distingué".

Elle aurait dû alors renoncer à ce genre d'affirmation qui relève d'un anti-positivisme (en vogue aujourd'hui) fleurtant avec un relativisme récusant toute vérité historique au profit de "points de vue", de "vécus", de "subjectivités fragmentaires"...

L'historien britannique Christopher Bayly vient de s'en prendre à certaines prétentions "soupçonnantes" du 6873142_pcourant post-moderniste ou post-colonial : "Il n'y a aucune raison justifiant que toutes les sciences humaines adoptent la même méthodologie. Ce genre de controverse peut se révéler tout à fait constructif. L'histoire a toujours quelque chose à gagner dès lors que l'on trouve sur un seul et même rayonnage des manières différentes d'écrire la même histoire, et dès lors que des questions du type : «que s'est-il passé ?» se voient opposer des questions comme : «qui l'a dit ?» ou «qu'est-ce que cela signifiait ?». (...) Pourtant une chose est claire. Même quand ils décrivent l'expérience spécifique des pauvres, des femmes asservies ou des «autochtones», les historiens post-modernes ou post-coloniaux font constamment référence à l'État, à la religion, au colonialisme, c'est-à-dire à des phénomènes très généraux et tenus pour tels dans leurs propres écrits. Par conséquent, les travaux post-modernes passent généralement sous silence le «métarécit» spécifique qui leur est sous-jacent, lequel est politique et moralisateur tant par ses origines que par ses implications" (La naissance du monde moderne (1780-1914), éd. de l'Atelier, janv. 2007, p. 28-29).

La question «que s'est-il passé ?» sera toujours posée à l'historien. Et il devra y répondre, comme ont tenté de le faire "l'école positiviste" et "l'école méthodique", par l'établissement d'une probabilité de vérité historique - "probabilité", parce que la "science historique" n'est pas une science exacte, même si elle se veut rigoureuse par ses méthodes. Ce qu'a fait Catherine Coquery-Vidrovitch tout au long de son oeuvre.

Alors pourquoi cet accent anti-positiviste contre les statistiques et leur traitement historien ? Jean Bouvier se retournerait dans sa tombe en entendant Catherine Coquery-Vidrovitch. Lui qui, sans faire des chiffres sa religion, les considérait comme la caractéristique de l'histoire économique, même si ils sont utilisables par d'autres branches de l'investigation historienne :
- "L'histoire économique a, en effet, ses méthodes propres. Elle est très souvent une histoire chiffrée. Elle vise à être quantitative, à mesurer les phénomènes qu'elle décrit, à dénombrer, à calculer des proportions, à établir des taux (...)". Ce que fait notamment Daniel Lefeuvre dans
Pour en finir avec la repentance coloniale.

t_bouvier_initiation1Dans son plaidoyer raisonné pour l'histoire chiffrée, Jean Bouvier ne l'idéalisait pas non plus : "En vérité, ces procédés ne sont à considérer que comme des moyens de travail et de recherche, procédés nécessaires d'enquête, de présentation, d'exposition. Les chiffres en eux-mêmes ne signifieraient rien si, derrière eux, on ne voyait les hommes (...)". Ce à quoi s'astreint Daniel Lefeuvre qui, en toute banalité historienne, s'attache à "établir les faits, (à) les replacer dans l'environnement qui les a produits, (à) en hiérarchiser l'importance, (à) en comprendre la portée", et "tant pis, dit-il, si cette affirmation me vaut d'être accusé de défendre une conception positiviste, pire, ringarde, de l'Histoire" (Pour en finir avec la repentance coloniale, p. 14).

Les statistiques ne sont donc qu'un élément de l'appareil de preuves chez Daniel Lefeuvre. Fidèle en cela à son maître Jean Bouvier pour qui : "La méthode quantitative, l'appareil statistique ne sont donc pas le privilège de l'histoire ni de l'analyse économique. Ils tendent à être les instruments d'investigation de l'histoire totale, et des sciences humaines en général" (Jean Bouvier, Initiation au vocabulaire et aux mécanismes économiques contemporains (XIXe-XXe siècle), Sedes, 1972, p. 23-24).

Les historiens rigoureux qui recourent aux statistiques ont dû définir leurs méthodes et circonscrire leurs fonds d'archives pour que, précisément, on ne fasse pas dire n'importe quoi aux séries chiffrées. Jacques10322687_p Marseille le notait en appendice méthodologique de sa thèse : "Source essentielle de cette étude, les sources statistiques constituent un ensemble particulièrement hétérogène qui exige du chercheur persévérance et prudence dans l'interprétation". Plus encore, J. Marseille explique comment il a dû constituer son propre fonds d'archives : "il nous a donc fallu «inventer» nos sources, reconstituer empiriquement un fonds «impérial» en cherchant dans les papiers des différents ministères de tutelle les fils directeurs permettant d'éclairer les stratégies des milieux d'affaires d'une part et la nature de leurs relations avec les pouvoirs publics de l'autre" (Empire colonial et capitalisme française. Histoire d'un divorce, (1984) éd. Points-Seuil, 1989, p. 427). Catherine Coquery-Vidrovitch disait elle-même quelque chose de semblable dans l'introduction de sa thèse.

 

 

Ce que disait Catherine Coquery-Vidrovitch en 1972

Comme tous les historiens qui ont abordé le matériau économique, Catherine Coquery_Vidrovitch_couvCoquery-Vidrovitch relevait, dans l'introduction de sa thèse le "gros écueil" que constitua "l'imprécision des sources" : cartographie et statistiques. À propos de ces dernières, elle écrivait :

- "Toutes les sources de la période sont sujettes à caution. Les séries fondamentales sont constituées par les statistiques annuelles d'importations et d'exportations, en valeur et en tonnage, regroupées dans deux publications : les Statistiques coloniales pour l'année..., 1890 à 1914 et 1931, et les Renseignements généraux sur le commerce des colonies françaises, 1914-1918 (2 vol. succincts) et 1920-1928. Aucune publication spécialisée ne semble avoir couvert les années suivantes, et il faut se reporter, pour le détail, au Supplément statistique du J.O.A.E.F. (1924-1926), au Bulletin économique de l'A.E.F. ou, pour une vue d'ensemble, à la Statistique générale de la France et à l'Annuaire statistique de l'A.E.F. Nous avons relevé, par année et par produit, les principaux chiffres. Mais les problèmes furent innombrables.

Les valeurs en francs se sont avérées inutilisables : calculées à partir des cours approximatifs de l'année précédente, elles étaient le plus souvent falsifiées - généralement sous-estimées - puisqu'elles servaient à établir le montant des droits de douane. En fonction de ces chiffres, les fluctuations de prix à l'unité apparaissent, d'une année sur l'autre, aussi importantes qu'inexplicables. Quant aux estimations en tonnage, elles restent approximatives. Outre d'évidentes «coquilles», on rencontre parfois des incohérences. Tantôt le chiffre correspond au volume des produits fournis par la seule colonie, tantôt à celui des exportations ayant transité par le territoire (cette remarque est surtout valable pour le Gabon et, dans une moindre mesure, pour le Moyen-Congo). D'une année sur l'autre, les colonnes changent, les regroupements par colonies ou par produit également (l'Oubangui-Chari est parfois joint au Moyen-Congo, parfois confondu avec le Tchad ; l'okoumé fait partie tantôt des «bois communs», tantôt des «essences précieuses»...).

Comme les limites administratives ont varié, il faudrait opérer, chaque fois, une pondération (par exemple lorsque, après 1922, la côte méridionale du Gabon fut cédée au Moyen-Congo). Seuls les chiffres concernant l'ensemble de l'A.E.F. présentent une certaine continuité. Mais, là encore, le moindre regroupement fait problème. L'entreprise paraissait parfois désespérée, tant les résultats étaient contradictoires, tant les documents d'époque eux-mêmes s'accordaient pour souligner le caractère approximatif des évaluations disponibles. Un rapport de 1928 constatait déjà ces difficultés : la confrontation aux statistiques générales, des renseignements fournis par les états mensuels des produits du cru exportés par la colonie, quand ils étaient disponibles, se soldait presque toujours par des différences. Le défaut d'archives à la Direction du Service des Douanes interdisait déjà toute vérification. Quant à la confrontation entre l'activité concessionnaire et celle du commerce privé, elle est impossible de façon régulière, aucun service central n'étant alors chargé de collecter ces données.

Il n'empêche qu'à force de mettre en regard toutes nos sources (recueils imprimés, rapports locaux, renseignements fournis par les entreprises intéressées, etc.), nous pensons avoir pu donner des activités de l'Afrique équatoriale une image aussi proche que possible de la réalité et redresser, autant que faire se peut, les erreurs résultant de la méconnaissance profonde que les Européens de l'époque avaient du pays." (Le Congo au temps des grandes compagnies concessionnaires, 1898-1930, (1972) rééd. EHESS, 2001, p. 19-20).

Magnifique critique méthodologique pour un usage rigoureux des statistiques. C'est à ce prix - acquitté par Catherine Coquery-Vidrovitch, comme par Jacques Marseille et Daniel Lefeuvre - qu'on ne fait pas dire "ce qu'on veut" aux statistiques.

Michel Renard

 

Coquery_Vidrovitch_couv
la thèse de Catherine Coquery-Vidrovitch (1972,
rééditée en 2001 par l'EHESS

 

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mercredi 14 mars 2007

Mise au point sur les événements de Constantine en 1956 (Gilbert Meynier)

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Pour une histoire critique de l’Algérie

Mise au point factuelle

sur les événements de Constantine,

12 mai 1956 et jours suivants

Gilbert MEYNIER

 

Cette mise au point concerne factuellement les douloureux événements de Constantine de l’ ‘aïd as saghir 1956 – le 12 mai et les jours suivants – que j’ai évoqués dans mon Histoire intérieure du FLN, et qui a les histoire_interieure_du_FLNmois derniers suscité trouble et émotion chez nombre d’humains d’origine constantinoise juive. J’ai pensé un temps que la présente mise au point devrait être faite à l'occasion d'une synthèse historique, qui aurait elle-même valeur de mise au point, faite après analyse et recoupement du plus grand nombre possible de sources, chose que j'ai l'intention de mener à bien, avec l’aide de quelques amis, chercheurs et historiens, et de témoins. Entre autres après avoir pris sérieusement connaissance des travaux sur la question de l’historien israélien Michael Laskier, spécialiste des Juifs dans le monde arabe, avec lequel je suis depuis deux mois en rapport constant. Je voulais évidemment savoir jusqu’à quel point je m’étais ou non trompé sur un fait historique – les événements de mai 1956 de Constantine –, et essayer d'appréhender au plus près la réalité du fait en question. Peut-être ai-je eu tort de ne pas m’être exprimé plus tôt. En tout cas, les  – pressantes – amicales sollicitations de Benjamin Stora m’ont finalement décidé à faire cette mise au point.

J’ai eu tort, en tout cas, de parler à ce sujet de «pogrom», je le reconnais volontiers : ce terme appartient trop à l’histoire de l’Europe centrale et orientale du XIXe siècle pour qu’il puisse être ainsi utilisé innocemment : il n’y eut pas plus de pogrom les 12-13 mai 1956 qu’il n’y en avait eu à Constantine en 1934 : dans les deux cas, furent en jeu, à mon avis, les entrelacs d’un contentieux communuautaire judéo-musulman, à la fois à vif, et en même temps autorisant pour la vie au jour le jour – mais non sans un certain malaise – une cohabitation avérée.

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émeutes de Constantine, 1934

 

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émeutes de Constantine, 1934

J’ai eu tort, aussi, de ne mentionner dans mon livre que le seul point de vue de Anne-Marie Louanchi-Chaulet, qui était alors surveillante au lycée de filles de Constantine. Je la cite dans mon livre au conditionnel, et en précisant «d’après Anne-Marie Louanchi». Cette dernière, qui provenait du mouvement scout catholique, était sœur de Pierre Chaulet, qui représenta, au FLN, la mince cohorte des catholiques s’étant joints au combat du Front. Au FLN, ou parmi les sympathisants du FLN, rappelons qu’il y eut aussi des Juifs, comme en témoigne l’appel du Comité des Juifs pour l’indépendance de l’Algérie. Anne-Marie Louanchi, récemment décédée, dans le livre d’hommage qu’elle a consacré à son mari Salah Louanchi  – qui fut, fin 1956-début 1957, dirigeant de la Fédération de France du FLN – parle, à propos des événements de mai 1956 à Constantine, d’un bilan de 230 victimes. Elle écrit que ce bilan lui aurait été fourni par un commandant de CRS. Là, j’ai bel et bien commis une faute comme historien : j’ai cité une seule source, au lieu d’en rechercher et d’en produire d’autres, je n’ai donc pas procédé au recoupement des sources, dont le recours est une obligation de la recherche historique, et j’ai ainsi manqué à l’esprit critique historien.

Par ailleurs, j’ai, depuis deux mois, conjointement avec des amis, des témoins, et autres historiens, tenté de recueillir témoignages et documents sur ces événements. J'ai eu pendant ce temps une correspondance assidue avec Michael Laskier, dont j’ai lu les livres en anglais qui traitent de ces questions. Il a conclu qu'il y avait eu, certes non pas un «pogrom» ayant fait «230 victimes», mais bel et bien, à la suite d'explosions ayant frappé des cafés juifs, le 12 mai 1956, des réactions de Juifs constantinois, encadrées par des membres de la Misgeret (dont le rôle précis est matière à discussion historique, et là-dessus, ma religion n'est pas vraiment faite), organisation correspondante du Mossad pour l'Afrique du Nord. J'ai dû aussi faire faire le compte-rendu de son article en hébreu sur ce sujet, publié par la revue israélienne Pe'amim en 1998 – malheureusement  je ne lis pas l'hébreu – , par la professeure d'hébreu de l'Ecole normale supérieure- Lettres et Sciences humaines, Mme Dorit Shilo, à qui vont mes remerciements.

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Constantine, pont et porte El-Kantara

Les témoins sollicités, ou bien n’ont pas répondu, ou bien ont déclaré qu’ils n’avaient jamais entendu parler de ces événements, ou encore, s’ils en ont souvenir, le problème est qu’ils ne se rappellent pas tous exactement la même chose, loin de là. Le Constantinois Benjamin Stora m’a écrit (il avait 6 ans à l’époque des faits) qu’il n’en avait jamais entendu parler dans sa famille. M. Bernard Cohen, lui aussi de Constantine, tout en reconnaissant les faits, a estimé que le nombre des victimes n’avait pas dû excéder la dizaine.

Un gestionnaire du cimetière musulman de Constantine s’est rappelé, lui, avoir fait creuser, alors, 130 tombes. Le journal du FLN El Moudjahid, N° 1, a consacré quatre pleines pages aux événements de Constantine, et a produit une liste de 61 victimes – dont il avertit qu’elle n’est pas limitative. Il n’est évidemment pas question pour l’historien d’avaliser purement et simplement de tels points de vue et témoignages : il faut les analyser, les recouper avec d’autres, bref les rendre productifs au sens historique du terme. Mais, à l’inverse, il faut se rappeler que, de notoriété connue, l’amnésie est, aussi, constitutive de mémoire. La consultation de la Dépêche de Constantine – qui met les événements de Constantine sur le compte originel d’un terrorisme algérien fondateur, et qui ne dit pas un mot des Juifs –  et la consultation des cartons des Archives historiques de l’Armée, conservées au fort de Vincennes, consacrés à ces événements (malheureusement consultables seulement sur dérogation), permettront sans doute de mieux préciser les faits.

L’historien israélien Michael Laskier aboutit, lui, au bilan de 26 morts musulmans en deux jours (12 et 13 mai 1956), suite aux actions conduites par des Juifs constantinois qu’il dit liés à la Misgeret – M. Bernard Cohen estime, lui, que M. Laskier exagère le rôle de la Misgeret. Et, dans ses livres en anglais que je me suis procurés, comme dans son article de Pe’amim, Laskier s'appuie sur de solides sources, israéliennes notamment, pour rendre compte d’événements tels que ceux de Constantine.

Dans les échanges directs que je viens d'avoir avec lui, il estime qu'il y a pu y avoir, suite à ces journées des 12 et 13 mai, une répression de la part de l'armée française et d'ultras européens de l'Algérie française, qui a bien pu alourdir le bilan – mais, là, rien de spécifiquement "juif", même si des Juifs ont pu, aussi, se trouver parmi les ultras. Un vieil ami juif originaire de Constantine m'a bien affirmé de son côté que des parents à lui avaient été des activistes de l'OAS. Cela signifierait que, si, en 1956, le bilan a été lourd – chose que l’historien doit s’attacher à déterminer ou à démentir  –, il l’a peut-être bien été dans les jours qui ont suivi le 13 mai 1956, mais cela principalement du fait d’une répression de l’armée française, et non d’éléments «juifs». – il y avait, stationnés  à Constantine, la valeur d’au moins deux régiments, sans compter la gendarmerie et les CRS.

Constantine_1906
Constantine, entrée de la Casbah, carte ayant circulé en 1906

Pour expliquer ma légèreté – il ne s’agit pas là d’une excuse, mais d’une explication –,  j'avais été tellement plombé, quand j’ai réalisé mon Histoire intérieure du FLN, par la litanie des horreurs que j'ai eues sous les yeux dans d'innombrables documents, concernant de multiples autres événements la guerre de 1954-62, que je n'ai pas cherché plus avant ; et j'ai eu tort : j’ai été victime d’une manière de banalisation de l’horreur. Et j’avoue que, ayant rencontré et connaissant le frère d’Anne-Marie Louanchi, Pierre Chaulet, ce dernier m’avait fait forte impression ; et je n’ai pour cela sans doute pas, alors, songé à examiner plus avant le témoignage de sa sœur, que je n’ai jamais vue. L’historien, sur un tel sujet, se devrait bien sûr de recueillir, aussi, le témoignage de Pierre Chaulet. Il serait de même indispensable de faire une études comparative, mois par mois, pour l’année 1956, ou au moins pour le premier semestre, des registres de dé-cès de la ville de Constantine.

En un mot comme en cent, tout historien peut être amené, pour une raison ou une autre, à écrire des choses erronées. S’il est honnête, il doit le reconnaître dès qu’il s’en est convaincu. Dans l’air du temps actuel, il est vrai que bien des énormités sont proférées au jour le jour. Il est certain, par exemple, que le terme de «génocide» est mis à toutes les sauces, et qu’il n’y a pas eu, en effet, de «génocide» à Constantine en mai 1956, comme l’a pu affirmer par exemple le journal algérien El Acil. Et les propos du ministre algérien des anciens Moudjahidine Cherif Abbas, porte-parole du Président Bouteflika, au colloque commémoratif de Sétif, le 6 mai 2005, qui assimilaient la colonisation au nazisme et les fours à chaux de Guelma aux fours crématoires d’Auschwitz, représentent une évidente falsification de l’histoire.

Quelque sanglante, à raison de milliers de victimes, qu’ait pu être, par exemple la répression coloniale de mai 1945 dans le Constantinois, elle n’a pas été un «génocide», comme tend à l’alléguer le nom même de la très officielle algérienne «Fondation pour le génocide du 8 mai 1945». Il n’y a pas «génocide» toutes les foispurifier_et_d_truire_couv qu’il y a massacre : le récent livre de Jacques Sémelin, Purifier et détruire ; usages politiques des massacres et des génocides, fournit à ce sujet des critères opératoires plausibles pour désigner la spécificité historique des «génocides». Ces critères n’ont pas, semble-t-il, beaucoup modifié les termes médiatiques simplificateurs du débat actuel. Il faut dire que les contre-vérités produites à Sétif se sont inscrites dans la réaction, symétrique, aux âneries officielles françaises de la loi du 23 février 2005, prétendant faire enseigner les «aspects positifs» de la colonisation française, chose tout aussi inacceptable pour l’historien. Tout historien qui se respecte ne doit relever d’aucune injonction officielle, d’aucun communautarisme, quel qu’ils soient, et n’être complaisant avec aucun d’entre eux.

Les historiens se doivent donc d’étudier patiemment les phénomènes, en se gardant des injonctions mémorielles et victimisantes d’où qu’elles viennent. Aujourd’hui, de part et d’autre de la Méditerranée, mais aussi au sein de l’hexagone, l’historien doit ne pas se mêler des parties de ping pong mémoriels où s’affrontent tels partisans bruyants de la nostalgérie française, et tels anticolonialistes médiatiques de combat de la 25e heure. Et ce n’est pas parce qu’on a établi que l’OAS s’est rendue coupable de crimes qu’on est «antifrançais» Ce n’est pas parce qu’on a démontré que des crimes furent en effet accomplis sous la houlette du FLN –  principalement sur des Algériens  – que l’on est «colonialiste». Et ce n’est pas parce qu’on a mis en évidence que des Juifs ont, en telle ou telle occasion, pu réprimer et tuer, qu’on est pour autant «antisémite». Ou alors il faudrait accuser d’antisémitisme les auteurs israéliens d’un documentaire qui a fait récemment scandale, et qui accuse nommément l’actuel ministre des Infrastructures Benyamin Ben Eliezer d’avoir fait exécuter, lors de la guerre de 1967, 250 prisonniers égyptiens.

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Constantine, quartier arabe, carte postée en 1913

Dans les débats trop souvent frelatés d’aujourd’hui, l’historien ne peut non plus, en toute conscience déontologique, choisir entre les injonctions respectives des dogmatiques d’«Occident» et d’«Islam». D’un côté, l’universitaire idéologue Samuel Huntington parle, comme s’il s’agissait d’essences essentiellement et intemporellement opposées, de «l’Islam» et de «l’Occident», sur fond de commerce émotionnel débile d’un fondamentalisme protestant bien américain, dont George Bush est le représentant de commerce sur le champ de l’impérialisme d’aujourd’hui. De l’autre, les Ben Laden et la cohorte «islamiste» manichéenne qui se reconnaît en lui, énoncent symétriquement la même dichotomie simpliste, et historiquement fausse. L’«Islam» et l’«Occident» : comme s’il s’agissait d’essences une fois pour toutes monolithiques ; comme si l’histoire n’avait pas d’abondance démontré qu’il n’y eut jamais au fond de muraille de Chine entre les deux : des abrutis et des gens ouverts d’esprit se trouvent, et d’un côté, et de l’autre. Comme aimait à le dire plaisamment le regretté, et grand orientaliste Jacques Berque – un Pied noir qui était pénétré de culture arabe –, les imbéciles, même démonstrativement ennemis, sont «unis comme le sont les nénuphars par leurs racines».

 

l'historien ne peut renvoyer dos à dos

toutes les violences

Cela n’empêche pas que l’historien ne peut renvoyer dos à dos, concernant la guerre de 1954-62, toutes les violences : la violence française coloniale y fut industrielle et massive ; la violence algérienne fut artisanale et plus ponctuelle ; elle fut en partie une violence réactionnelle, dans une contexte de domination, de violence (re)conquérante et répressive, de discrimination et de racisme portant la marque du colonial. Personnellement, j’ai été traité de «raciste anti-algérien» et de «colonialiste» d’un côté, et, symétriquement, d’ «agent du FLN» et d’ «anti-français» de l’autre, voire même, plus poétiquement, de «capitaine de galère barbaresque» (ce qui, pour un Lyonnais originaire des Alpes du Sud, représente une spectaculaire mutation) sur un site «pied-noir». Cela notamment pour avoir osé initier l’organisation à Lyon – cela va sans dire, hors de la collaboration des mémorialistes de combat –, à l’École Normale Supérieure-Lettres et Sciences Humaines, en juin  2006 –, un colloque international sur l’histoire franco-algérienne, qui a accueilli 83 participants – algériens, anglais, français, hongrois, italiens, palestiniens, etc. : l’histoire appartient à tous, y compris à des gens ne relevant pas de la séquence franco-algérienne de l’histoire des humains de ce bas-monde.  Riad_el_Fath

L’historien se doit de regimber contre l’inflation victimisante, qu’elle émane des officiels algériens (qui martèlent, sans aucune preuve à l’appui, le chiffre de 1 500 000 morts algériens pour la guerre de 1954-62), ou qu’elle émane des harkî(s) (on a dit dans leur camp mémoriel 150 000 morts ; aujourd’hui on dit plutôt maintenant, mais là aussi, sans aucune preuve avérée, 100 000 ou 70 000 : le niveau baisse, et tant mieux…). Or, l’historien rigoureux qu’est Charles-Robert Ageron a conclu, sur la base de documents démographiques, qu’il y avait eu 250 000 victimes algériennes de la guerre de 1954-62 . De son côté, le démographe algérien Kamel Kateb, à partir de sources analogues, arrive à un total de 400 000 – ce qui est déjà énorme  : plus, proportionnellement, que les morts français de la Première guerre mondiale ; mais en aucun cas 1 500 000. Et le même Charles-Robert Ageron, dans trois articles définitifs, a aussi montré que les chiffres victimisants produits à propos des massacres des harkî(s) étaient de beaucoup exagérés. Cela n’empêche pas que, sans doute, plusieurs milliers de harkî(s) ont été massacrés, ce qui fut, là aussi, terrible. Mais, dès lors qu’il a constaté l’horreur, dans tous les cas, l’historien a mission de ne pas en rajouter.

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synagogue de Constantine

Et il importe aussi, me semble-t-il, de réfléchir aussi sur la mémoire : Benjamin Stora m'a pertinemment fait remarquer que tout le monde, parmi les Juifs de Constantine, se souvenait des événements douloureux de Constantine de 1934, et que pratiquement personne ne se rappelait ceux de 1956 – un autre Constantinois, M. Bernard Cohen, lui, m'a écrit en avoir eu connaissance, même s'il a contesté les chiffres gonflés de Anne-Marie Louanchi. Où situer, donc, la différence entre 1956 et 1934 ? Je dirais, d'une part, que, en 1934, c'étaient les Juifs de Constantine qui avaient été molestés, cela suite à la provocation - involontaire - de l'un d'eux : un zouave juif ivre surpris à uriner sur le mur d'une mosquée. En 1956, les 12 et 13 mai, à l'inverse, ce sont des Juifs qui ont molesté des Musulmans, suite à des attentats contre des cafés juifs. Chacun sait que la mémoire a toujours tendance à être sélective : n'a-t-on pas tendance à retenir les horions qu'on subit, davantage que ceux qu'on donne?

Par ailleurs, il est probable que, si un bilan lourd de mai 1956 est avéré (là, je redis que la consultation des registres de décès sera d'un apport important), il fut redevable, de manière plausible, à une répression de l'armée française/d'ultras européens, qui a continué dans les jours suivants; ce ne fut donc, à coup sûr, pas spécifiquement une répression menée par les Juifs, même si, les 12 et 13 mai – c'est, là, avéré –, des Juifs ont pu y être impliqués. L'éventuelle lourdeur du bilan se réfère à des événements postérieurs : la Dépêche de Constantine continue pendant plusieurs jours à évoquer des actions de l'armée française à Constantine.

 

les contextes de 1934 et de 1956 sont bien différents

Enfin, les contextes de 1956 et de 1934 sont bien différents : en 1934, l'Algérie n'était pas en guerre ; et un événement, même traumatisant et sanglant comme celui de 1934, a été dans la mémoire forcément mis en relief du fait même de son caractère factuellement exceptionnel.

À l'inverse, en 1956, on est bien installé dans la guerre, et les événements sanglants se succèdent à une allure vertigineuse : c'est exactement un mois avant le 12 mai 1956 (donc le 12 avril) qu'est intervenu le massacre le plus lourd de la guerre : le massacre de la totalité des habitants de la dechra Tifraten, près d'Oued Amizour, dans la Kabylie de la Basse Soummam, qui a été ordonné, on le sait, par le lieutenant Fadel H’mimi, mais couvert par Amirouche, capitaine de la zone dont dépendait la Basse Soummam : le drame a fait l’objet d’une âpre altercation lors du congrès de la Soummam, le 20 août de la même année, entre partisans et détracteurs d’Amirouche. Des sources françaises, qui furent celles à avoir été portées à la connaissance des congressistes, parlent d’un bilan de 1 200 morts. Mohamed Benyahia, lui, avance le chiffre de 490 personnes égorgées, cela en une seule nuit, pour cela dénommée depuis, en Kabylie, «la nuit rouge». Peu importe le chiffre exact, et on ne le connaîtra sans doute jamais. Mais le massacre a été à coup sûr plus important que celui de Melouza, un peu plus d'un an plus tard, qui fut bien plus médiatisé, pour des raisons que j'expose dans mon Histoire intérieure du FLN.

CONSTANTINE_rue_NationaleDonc, à Constantine, au printemps 1956, les attentats (FLN ? provocations des ultras ? Les deux ? ou encore expression de contentieux communautaristes locaux ?) se sont enchaînés avec des répressions ; il y avait déjà eu, notamment, un attentat contre un café juif en mars. Et les affrontements ont peut-être bien pu constituer, au printemps 1956, le leit-motiv d'un quotidien douloureux, cela expliquant peut-être une sorte de banalisation de la violence, laquelle a pu s'installer dans les mémoires de manière latente et synthétique, sur fond de l'horreur générale de la guerre.

Et puis, l'argument consistant à dire que, s'il y avait eu autant de morts que l'écrit Anne-Marie Louanchi, jamais les communautés composant la ville n'auraient pu continuer à vivre côte à côte jusqu'à 1962, est bien sûr à considérer, mais on peut le discuter en le contextualisant : en effet, le bilan de la grande répression d’Alger, couramment dénommée «bataille d'Alger», un an plus tard, a été autrement plus lourd, et les gens ont tout de même continué à y vivre - mal, certes -, mais ils ont survécu, avec toute la haine refoulée par une implacable répression, dans une ville où il y avait des Algériens, des Européens, des Juifs, etc. À ma connaissance, il n'y a pas eu à Constantine la même intensité répressive, étalée sur plusieurs mois, comme à Alger ; et il n'y avait pas eu, de même, à un niveau de violence comparable, un pareil enchaînement d'attentats, depuis celui de la rue de Thèbes de l'été 1956, puis ceux du Milk Bar, du casino de la Corniche, etc.
   
Pour terminer, sur ces événements de Constantine de mai 1956, j’essaierai, quand j’aurai accumulé tous les documents possibles, que j’aurai procédé aux analyses et recoupements indispensables, d’enclencher – de participer à – une synthèse historique digne de ce nom. Pour l’heure, ce serait prématuré car tout ce travail a été à peine amorcé. J’ajoute que tous ceux qui pourront aboutir à établir la vérité seront les bienvenus pour participer à ce travail. Certes, nous savons que la Vérité n’appartient qu’à Dieu si l’on y croit, en tout cas au corpus intangible de valeurs humaines auquel on adhère si l’on n’y croit pas.

 

Il y a bien d’autres problèmes qui assaillent les Agériens

que l’obsession focalisée sur le colonial/post-colonial

Il est plus qu’urgent de faire advenir une histoire critique de l’Algérie coloniale, une histoire critique de l’Algérie tout court : les Algériens, pour marqués qu’ils ont été par la phase coloniale, ont eu une histoire bien avant 1830, et même une histoire à eux en pleine phase coloniale. Cette histoire n’a commencé ni en 1954 ; ni en 1830, ni en 1516, ni en 698  : en tous les temps, et dans toutes les circonstances, ils ont mené leur vie, aimé et souffert, et conduit malgré tout leur destin.

Ce serait être colonialiste que de les réifier à leur pur statut de colonisés. De même qu’il serait inepte de ne réduire «les Juifs» qu’à une judéité monolithique, les «Pieds noirs» à leur statut d’agents et/ou de fusibles coloniaux, et aussi les «Français» à une essence qui serait elle-même intemporellement coloniale : tous ont eu, aussi, une vie avant la colonie, et en dehors de la colonie, et ils continuent à en avoir une après la colonie. Et cette vie n’est pas marquée tout uniment que par le post-colonial. Il y a bien d’autres problèmes, tout à fait actuels eux, qui les assaillent, et que l’obsession focalisée sur le colonial/post-colonial a trop souvent tendance à occulter.

Gilbert Meynier

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Constantine, hôtel Cirta

 

 

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lundi 12 mars 2007

les Français d'Oujda à l'époque coloniale

Diapositive1

 

pour un dictionnaire des Français

d'Oujda à l'époque coloniale

histoire d'une ville cosmopolite

 

Nous avons reçu le message suivant :

demande

Je prends la liberté de vous féliciter tout d'abord de vos grands efforts pour la découverte de la mémoire coloniale. Il est très primordial pour moi de vous informer que je travaille sur un : Dictionnaire des Français d'Oujda, 1830-1956. C'est un appel pour toutes les personnes concernées par la "nostaloujdie" et la mémoire coloniale, qui sont deux phases d'une ville cosmopolite jadis. Merci

posté par Badr Maqri, lundi 12 mars 2007 à 21:29


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154

 

bibliographie


- Oujda. Une ville frontière du Maroc
, Yvette Katan, coll. "Histoires et perspectives méditerranéennes", L'Harmattan, 1991.

présentation éditoriale

Cet ouvrage est moins une monographie urbaine qu'une étude des interrelations entre les groupes ethno-confessionnels musulmans, juifs, chrétiens et des fractures opérées à l'intérieur de ces groupes par l'attribution plus ou moins complète de la citoyenneté française. La non-intégration dans la cité française, une politique scolaire concomitante ségrégative (étudiée ici très précisément) ne furent-elles pas un facteur accélérateur du nationalisme marocain et pour les juifs rejetés aussi de la communauté marocaine, de l'adhésion au sionisme ? À l'évidence en effet, la disparition presque complète des juifs dans cette ville comme ailleurs au Maroc pose le problème de leur intégration dans un pays qu'ils aimaient, dont ils gardent la nostalgie et où leurs ancêtres étaient installés depuis des millénaires.

 

 

iconographie

 

Oujda__8_
avenue de France et banque d'État

Oujda__1_
avenue Mohammed V et banque d'État (carte ayant circulé en 1959)

 

Oujda__2_
les "Galeries Lafayette de Paris" et la fontaine de la place de Gaulle

 

Oujda__3_
la Subdivision (carte ayant circulée en 1950)

 

Oujda__4_
le Grand Hôtel Simon

 

Oujda__5_
le Grand Hôtel Simon

 

Oujda__6_
arrivée d'un train en gare d'Oujda

 

Oujda__7_
la gare d'Oujda

 

Oujda__9_
lycée de jeunes filles


Oujda__10_
avenue de France, vers l'église Saint-Louis d'Anjou

 

Oujda__11_
rue du maréchal Bugeaud, bazar Verney

 

Oujda__14_
bazar Verney, av. du maréchal Bugeaud

 

Oujda__12_
photo de personnage anonyme à Oujda, 1948

 

Oujda__15_
le quartier européen

 

Oujda__17_
la rue du maréchal Bugeaud

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ajout de quelques photos, le 10 décembre 2007

 

Oujda_caf__Simon
rue du maréchal Bugeaud, café Simon

Oujda_la_gare
Oujda, la gare

h_tel_Lutetia
hôtel Lutetia

 

internat_jeunes_filles
internat du collège de jeunes filles (image un peu floue)


parc_Ren__Maitre_cpa
plan d'eau du parc René Maître

le_camp_h_pital
le Camp, intérieur de l'hôpital

Oujda_la_medina_cpa
Oujda, la medina

 

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ajout d'autres photos, le 20 janvier 2008

 

Oujda_b_timent_officiel
cour du lycée de jeunes filles Paule Fertin

 

Oujda_deux_femmes_plan
qui sont ces deux femmes...?
19 novembre 2011, un correspondant, Gérard Rastoll, nous précise
que la femme située à gauche est probablement sa mère, née en 1920

Oujda_deux_femmes
la Région civile


Oujda__glise
église



Oujda_entr_e_mosqu_e
entrée de la mosquée



Oujda_grand_h_tel_Simon
le grand hôtel Simon



Oujda_h_tel_Simon
hôtel Simon



Oujda_h_tel_Terminus
hôtel Terminus


Oujda_march_
le marché


Oujda_monument_aux_morts_dat_e_20_mai_1954
monument aux morts, carte datée du 20 mai 1954

 

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le palais de Justice

 

Oujda_plcae_couleurs



Oujda_r_gion_civile

 

Oujda_rue_coloris_e
rue du maréchal Bugeaud

 

Oujda_comptoir_des_Mines_rue_Gambetta
Comptoir des Mines, rue Gambetta

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photos envoyées par Badr Maqri, juin 2008



Sidi_Yahya
Sidi Yahya


lyc_e_de_gar_ons
lycée de garçons

 

_cole_Lavoisier_en_1935
école Lavoisier, 1935


fanfare_municipale_fin_ann_es_1940
fanfare municipale, fin années 1940




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dimanche 11 mars 2007

l'image du Maroc dans les manuels scolaires des années 1920-1930

Diapositive1

 

l'image du Maroc dans

les manuels scolaires français

des années 1920-1930

 

isaac

Nous avons reçu le message suivant :

Bonjour

Je tiens tout d'abord à vous remercier de votre excellent travail qui vise la sauvegarde d'un passé commun entre les Français et les pays colonisés.

Ensuite, je vous demande de me renseigner sur la représentation du Maroc dans les premiers manuels scolaires français au Maroc, puisque ce dernier n'avait pas les capacités d'en faire. Evidemment la langue française a pénétré au pays grâce à la colonisation.

Je suis marocain et je suis en train de préparer un projet de fin d'étude intitulé : la représentation du Maroc dans les manuels scolaires français au Maroc.

Veuillez accepter mes salutations les plus distinguées.

Voilà mon e-mail : omar.ass@caramail.com

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un exemple :

le Malet-Isaac de 1937, Histoire contemporaine,

de 1852 à 1920, Enseignement primaire supérieur,

libairie Hachette

 

À l'ouest de l'Algérie, le Maroc est à son tour placé sous le protectorat français (1912). - Faisant tache d'huile, la pacification française s'étendit ensuite au Maroc. De ce côté, à tous égards, la tâche fut plus rude. [sous-entendu : ... plus rude qu'en Tunisie]

1° - L'intervention française. - Protégé par ses hauts massifs de l'Atlas et du Rif, le Maroc est le pays le plus fermé de l'Afrique du Nord. Au début du XXe siècle, il constituait encore un empire indépendant, mais aussi une proie convoitée en raison de ses richesses naturelles, de sa position à la jonction de la Méditerranée et de l'Atlantique, de la faiblesse du sultan Abd-el-Aziz, dont l'autorité était mal reconnue par les tribus guerrières. La France et l'Angleterre s'y disputaient l'influence prépondérante. En 1904, en échange de l'Égypte, l'Angleterre abandonna le Maroc à l'influence française, sauf le Maroc septentrional, zone réservée à l'Espagne. Surgit alors l'opposition de l'Allemagne qui visait elle aussi à obtenir des compensations et qu'il fallut désintéresser par la cession de territoires au Congo (1911). Dix ans d'efforts, d'opérations militaires et de négociations diplomatiques aboutirent enfin à la Convention de Fez (1912) qui consacrait officiellement le protectorat français.

La pénétration française s'était faite de deux côtés à la fois. À l'Est, le général Lyautey pacifia et aménagea les régions voisines de la frontière (1903-1910). À l'Ouest, les troupes françaises occupèrent sucessivement Casablanca, à la suite d'un massacre d'ouvriers européens (1907), puis la plaine voisine de la Chaouïa (1907-1908), enfin les villes de Fez, Meknès et Rabat (1911), à la suite d'une révolte des tribus contre le sultan impuissant à se faire obéir.

 

2° - La pacification du Maroc. - Il restait à conquérir, à pacifier, à organiser le pays. Cette tâche délicate fut accomplie sous l'habile direction de Lyautey, poursuivie même pendant la Grande Guerre, dans les circonstances les plus critiques, avec les moyens les plus limités, mais supérieurement utilisés. Elle peut être considérée comme le chef d'oeuvre de la colonisation française.

La méthode de Lyautey, ingénieux dosage de politique et de force, consistait à "étaler la force pour n'avoir pas à s'en servir" ; plus encore, à inspirer confiance à l'indigène par le respect des coutumes et les services rendus. Il obtint ainsi de rapides succès. Dès 1912, la région du Sud et sa capitale Marrakech, étaient soumises ; en 1914, l'occupation de Taza assura à l'Est la liaison avec l'Algérie. Maintenus pendant la Grande Guerre, ces résultats parurent un instant compromis par un violent soulèvement parti de la zone espagnole. Il fallut mener la campagne du Rif (1925-1926), qui se termina par la capture d'Abd-el-Krim, le chef de la révolte. Quelques centres de résistance subsistaient dans le Haut-Atlas. Après leur réduction (1933-1934), le Maroc peut être considéré comme entièrement pacifié.

Avec la colonisation du Maroc s'achève la formation dans l'Afrique du Nord d'un vaste empire appelé à un grand avenir économique.

(p. 138-140)

- ce texte est accompagné d'une photo de Lyautey et de cette légende :Lyautey_portrait

Envoyé au Tonkin en 1894, Lyautey se trouva placé sous les ordres du général Gallieni. Après cinq ans passés à Madagascar (1897-1902), il trouva en Afrique du Nord son domaine d'élection : commandant du territoire d'Aïn-Sefra (1903-1906), de la division d'Oran (1906-1910), Résident de France au Maroc (1912-1916, 1917-1928) [la date de 1928 est une erreur ; Lyautey s'est retiré en 1925], son nom reste attaché à la conquête de l'empire marocain comme celui de Bugeaud à la conquête de l'Algérie. (p. 139)

 

 

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