dimanche 18 mars 2007

l'Occidentalisation de la personne

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l'Occidentalisation de la personne

journée d'études, E.N.S. Lyon, 21 mars 2007


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mercredi 21 mars


à l'École Normale Supérieure, Lyon


à partir de 9 heures


salle R 143



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samedi 17 mars 2007

J'avais 19 ans lorsque je suis arrivé en Indochine en 1951 (Claude Pierré)

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J'avais 19 ans

lorsque je suis arrivé en Indochine

en 1951

un commentaire de Claude PIERRÉ

 

Indochine

J'avais 19 ans lorsque je suis arrivé en Indochine en 1951, comme militaire, sous-officier. J'ai donc participé à cette guerre, avec des supplétifs, ou je combattais dans le sud une guérilla, en employant les mêmes méthodes que l'ennemi. Une guerre féroce ou dans chaque camp on ne faisait pas de prisonniers.

Pourtant, maintenant avec le recul, on se rend compte que ce pays est magnifique, sa population courageuse et généreuse. Jamais nous n'aurions dû nous faire la guerre. Tous mes camarades militaires, sans exception, ont la nostalgie de ce pays. Non seulement du pays, mais aussi de sa population. Nous étions faits pour nous entendre et travailler ensemble. Ces gens, lorsqu'ils vous donnent leur amitié, c'est sans arrière pensée, et sincère. Aucune rancune, ni d'un coté ni de l'autre.

Personnellement, je connais ici, en France, de nombreux Vietnamiens. Ce sont mes meilleurs amis, et depuis de très nombreuses années. Avec eux, l'amitié ne s'émousse jamais. L'amitié est à vie.

Je ne suis jamais retourné au Vietnam, mais j'ai bien l'intention d'y aller un jour ou l'autre. Je pourrais parler de ce pays et des Vietnamiens pendant des heures, et si nous devons aider un pays, c'est bien celui-là.

Posté par Claude Pierré,
samedi 17 mars 2007 à 22:34

 

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Je ne suis jamais retourné au Vietnam...

 

 

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vendredi 16 mars 2007

réplique à un argument de Catherine Coquery-Vidrovitch

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réplique à un argument de Catherine Coquery-Vidrovitch

un historien peut-il faire dire ce qu'il veut

aux statistiques ?


Michel RENARD

 

Dans un texte particulièrement virulent - mais c'est la règle du jeu puisque l'ouvrage de Daniel Lefeuvre7171747 l'était lui aussi...- l'historienne Catherine Coquery-Vidrovitch, grande spécialiste de l'Afrique coloniale, réplique au livre Pour en finir avec la repentance coloniale. Daniel Lefeuvre lui répondra certainement. En attendant, je souhaite réagir à l'un de ses arguments qui me semble le moins rigoureux. Il s'agit de cette assertion :
- "Faut-il rappeler à notre historien économiste que l'on peut faire dire aux statistiques ce que l'on veut, en particulier lorsqu'il s'agit de moyennes générales..."
Oui, on peut
faire dire aux statistiques ce que l'on veut, si l'on n'est pas un historien honnête. Mais Catherine Coquery-Vidrovitch ne se situe pas à ce niveau de polémique puis qu'elle gratifie son interlocuteur du titre "d'historien économiste distingué".

Elle aurait dû alors renoncer à ce genre d'affirmation qui relève d'un anti-positivisme (en vogue aujourd'hui) fleurtant avec un relativisme récusant toute vérité historique au profit de "points de vue", de "vécus", de "subjectivités fragmentaires"...

L'historien britannique Christopher Bayly vient de s'en prendre à certaines prétentions "soupçonnantes" du 6873142_pcourant post-moderniste ou post-colonial : "Il n'y a aucune raison justifiant que toutes les sciences humaines adoptent la même méthodologie. Ce genre de controverse peut se révéler tout à fait constructif. L'histoire a toujours quelque chose à gagner dès lors que l'on trouve sur un seul et même rayonnage des manières différentes d'écrire la même histoire, et dès lors que des questions du type : «que s'est-il passé ?» se voient opposer des questions comme : «qui l'a dit ?» ou «qu'est-ce que cela signifiait ?». (...) Pourtant une chose est claire. Même quand ils décrivent l'expérience spécifique des pauvres, des femmes asservies ou des «autochtones», les historiens post-modernes ou post-coloniaux font constamment référence à l'État, à la religion, au colonialisme, c'est-à-dire à des phénomènes très généraux et tenus pour tels dans leurs propres écrits. Par conséquent, les travaux post-modernes passent généralement sous silence le «métarécit» spécifique qui leur est sous-jacent, lequel est politique et moralisateur tant par ses origines que par ses implications" (La naissance du monde moderne (1780-1914), éd. de l'Atelier, janv. 2007, p. 28-29).

La question «que s'est-il passé ?» sera toujours posée à l'historien. Et il devra y répondre, comme ont tenté de le faire "l'école positiviste" et "l'école méthodique", par l'établissement d'une probabilité de vérité historique - "probabilité", parce que la "science historique" n'est pas une science exacte, même si elle se veut rigoureuse par ses méthodes. Ce qu'a fait Catherine Coquery-Vidrovitch tout au long de son oeuvre.

Alors pourquoi cet accent anti-positiviste contre les statistiques et leur traitement historien ? Jean Bouvier se retournerait dans sa tombe en entendant Catherine Coquery-Vidrovitch. Lui qui, sans faire des chiffres sa religion, les considérait comme la caractéristique de l'histoire économique, même si ils sont utilisables par d'autres branches de l'investigation historienne :
- "L'histoire économique a, en effet, ses méthodes propres. Elle est très souvent une histoire chiffrée. Elle vise à être quantitative, à mesurer les phénomènes qu'elle décrit, à dénombrer, à calculer des proportions, à établir des taux (...)". Ce que fait notamment Daniel Lefeuvre dans
Pour en finir avec la repentance coloniale.

t_bouvier_initiation1Dans son plaidoyer raisonné pour l'histoire chiffrée, Jean Bouvier ne l'idéalisait pas non plus : "En vérité, ces procédés ne sont à considérer que comme des moyens de travail et de recherche, procédés nécessaires d'enquête, de présentation, d'exposition. Les chiffres en eux-mêmes ne signifieraient rien si, derrière eux, on ne voyait les hommes (...)". Ce à quoi s'astreint Daniel Lefeuvre qui, en toute banalité historienne, s'attache à "établir les faits, (à) les replacer dans l'environnement qui les a produits, (à) en hiérarchiser l'importance, (à) en comprendre la portée", et "tant pis, dit-il, si cette affirmation me vaut d'être accusé de défendre une conception positiviste, pire, ringarde, de l'Histoire" (Pour en finir avec la repentance coloniale, p. 14).

Les statistiques ne sont donc qu'un élément de l'appareil de preuves chez Daniel Lefeuvre. Fidèle en cela à son maître Jean Bouvier pour qui : "La méthode quantitative, l'appareil statistique ne sont donc pas le privilège de l'histoire ni de l'analyse économique. Ils tendent à être les instruments d'investigation de l'histoire totale, et des sciences humaines en général" (Jean Bouvier, Initiation au vocabulaire et aux mécanismes économiques contemporains (XIXe-XXe siècle), Sedes, 1972, p. 23-24).

Les historiens rigoureux qui recourent aux statistiques ont dû définir leurs méthodes et circonscrire leurs fonds d'archives pour que, précisément, on ne fasse pas dire n'importe quoi aux séries chiffrées. Jacques10322687_p Marseille le notait en appendice méthodologique de sa thèse : "Source essentielle de cette étude, les sources statistiques constituent un ensemble particulièrement hétérogène qui exige du chercheur persévérance et prudence dans l'interprétation". Plus encore, J. Marseille explique comment il a dû constituer son propre fonds d'archives : "il nous a donc fallu «inventer» nos sources, reconstituer empiriquement un fonds «impérial» en cherchant dans les papiers des différents ministères de tutelle les fils directeurs permettant d'éclairer les stratégies des milieux d'affaires d'une part et la nature de leurs relations avec les pouvoirs publics de l'autre" (Empire colonial et capitalisme française. Histoire d'un divorce, (1984) éd. Points-Seuil, 1989, p. 427). Catherine Coquery-Vidrovitch disait elle-même quelque chose de semblable dans l'introduction de sa thèse.

 

 

Ce que disait Catherine Coquery-Vidrovitch en 1972

Comme tous les historiens qui ont abordé le matériau économique, Catherine Coquery_Vidrovitch_couvCoquery-Vidrovitch relevait, dans l'introduction de sa thèse le "gros écueil" que constitua "l'imprécision des sources" : cartographie et statistiques. À propos de ces dernières, elle écrivait :

- "Toutes les sources de la période sont sujettes à caution. Les séries fondamentales sont constituées par les statistiques annuelles d'importations et d'exportations, en valeur et en tonnage, regroupées dans deux publications : les Statistiques coloniales pour l'année..., 1890 à 1914 et 1931, et les Renseignements généraux sur le commerce des colonies françaises, 1914-1918 (2 vol. succincts) et 1920-1928. Aucune publication spécialisée ne semble avoir couvert les années suivantes, et il faut se reporter, pour le détail, au Supplément statistique du J.O.A.E.F. (1924-1926), au Bulletin économique de l'A.E.F. ou, pour une vue d'ensemble, à la Statistique générale de la France et à l'Annuaire statistique de l'A.E.F. Nous avons relevé, par année et par produit, les principaux chiffres. Mais les problèmes furent innombrables.

Les valeurs en francs se sont avérées inutilisables : calculées à partir des cours approximatifs de l'année précédente, elles étaient le plus souvent falsifiées - généralement sous-estimées - puisqu'elles servaient à établir le montant des droits de douane. En fonction de ces chiffres, les fluctuations de prix à l'unité apparaissent, d'une année sur l'autre, aussi importantes qu'inexplicables. Quant aux estimations en tonnage, elles restent approximatives. Outre d'évidentes «coquilles», on rencontre parfois des incohérences. Tantôt le chiffre correspond au volume des produits fournis par la seule colonie, tantôt à celui des exportations ayant transité par le territoire (cette remarque est surtout valable pour le Gabon et, dans une moindre mesure, pour le Moyen-Congo). D'une année sur l'autre, les colonnes changent, les regroupements par colonies ou par produit également (l'Oubangui-Chari est parfois joint au Moyen-Congo, parfois confondu avec le Tchad ; l'okoumé fait partie tantôt des «bois communs», tantôt des «essences précieuses»...).

Comme les limites administratives ont varié, il faudrait opérer, chaque fois, une pondération (par exemple lorsque, après 1922, la côte méridionale du Gabon fut cédée au Moyen-Congo). Seuls les chiffres concernant l'ensemble de l'A.E.F. présentent une certaine continuité. Mais, là encore, le moindre regroupement fait problème. L'entreprise paraissait parfois désespérée, tant les résultats étaient contradictoires, tant les documents d'époque eux-mêmes s'accordaient pour souligner le caractère approximatif des évaluations disponibles. Un rapport de 1928 constatait déjà ces difficultés : la confrontation aux statistiques générales, des renseignements fournis par les états mensuels des produits du cru exportés par la colonie, quand ils étaient disponibles, se soldait presque toujours par des différences. Le défaut d'archives à la Direction du Service des Douanes interdisait déjà toute vérification. Quant à la confrontation entre l'activité concessionnaire et celle du commerce privé, elle est impossible de façon régulière, aucun service central n'étant alors chargé de collecter ces données.

Il n'empêche qu'à force de mettre en regard toutes nos sources (recueils imprimés, rapports locaux, renseignements fournis par les entreprises intéressées, etc.), nous pensons avoir pu donner des activités de l'Afrique équatoriale une image aussi proche que possible de la réalité et redresser, autant que faire se peut, les erreurs résultant de la méconnaissance profonde que les Européens de l'époque avaient du pays." (Le Congo au temps des grandes compagnies concessionnaires, 1898-1930, (1972) rééd. EHESS, 2001, p. 19-20).

Magnifique critique méthodologique pour un usage rigoureux des statistiques. C'est à ce prix - acquitté par Catherine Coquery-Vidrovitch, comme par Jacques Marseille et Daniel Lefeuvre - qu'on ne fait pas dire "ce qu'on veut" aux statistiques.

Michel Renard

 

Coquery_Vidrovitch_couv
la thèse de Catherine Coquery-Vidrovitch (1972,
rééditée en 2001 par l'EHESS

 

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mercredi 14 mars 2007

Mise au point sur les événements de Constantine en 1956 (Gilbert Meynier)

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Pour une histoire critique de l’Algérie

Mise au point factuelle

sur les événements de Constantine,

12 mai 1956 et jours suivants

Gilbert MEYNIER

 

Cette mise au point concerne factuellement les douloureux événements de Constantine de l’ ‘aïd as saghir 1956 – le 12 mai et les jours suivants – que j’ai évoqués dans mon Histoire intérieure du FLN, et qui a les histoire_interieure_du_FLNmois derniers suscité trouble et émotion chez nombre d’humains d’origine constantinoise juive. J’ai pensé un temps que la présente mise au point devrait être faite à l'occasion d'une synthèse historique, qui aurait elle-même valeur de mise au point, faite après analyse et recoupement du plus grand nombre possible de sources, chose que j'ai l'intention de mener à bien, avec l’aide de quelques amis, chercheurs et historiens, et de témoins. Entre autres après avoir pris sérieusement connaissance des travaux sur la question de l’historien israélien Michael Laskier, spécialiste des Juifs dans le monde arabe, avec lequel je suis depuis deux mois en rapport constant. Je voulais évidemment savoir jusqu’à quel point je m’étais ou non trompé sur un fait historique – les événements de mai 1956 de Constantine –, et essayer d'appréhender au plus près la réalité du fait en question. Peut-être ai-je eu tort de ne pas m’être exprimé plus tôt. En tout cas, les  – pressantes – amicales sollicitations de Benjamin Stora m’ont finalement décidé à faire cette mise au point.

J’ai eu tort, en tout cas, de parler à ce sujet de «pogrom», je le reconnais volontiers : ce terme appartient trop à l’histoire de l’Europe centrale et orientale du XIXe siècle pour qu’il puisse être ainsi utilisé innocemment : il n’y eut pas plus de pogrom les 12-13 mai 1956 qu’il n’y en avait eu à Constantine en 1934 : dans les deux cas, furent en jeu, à mon avis, les entrelacs d’un contentieux communuautaire judéo-musulman, à la fois à vif, et en même temps autorisant pour la vie au jour le jour – mais non sans un certain malaise – une cohabitation avérée.

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émeutes de Constantine, 1934

 

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émeutes de Constantine, 1934

J’ai eu tort, aussi, de ne mentionner dans mon livre que le seul point de vue de Anne-Marie Louanchi-Chaulet, qui était alors surveillante au lycée de filles de Constantine. Je la cite dans mon livre au conditionnel, et en précisant «d’après Anne-Marie Louanchi». Cette dernière, qui provenait du mouvement scout catholique, était sœur de Pierre Chaulet, qui représenta, au FLN, la mince cohorte des catholiques s’étant joints au combat du Front. Au FLN, ou parmi les sympathisants du FLN, rappelons qu’il y eut aussi des Juifs, comme en témoigne l’appel du Comité des Juifs pour l’indépendance de l’Algérie. Anne-Marie Louanchi, récemment décédée, dans le livre d’hommage qu’elle a consacré à son mari Salah Louanchi  – qui fut, fin 1956-début 1957, dirigeant de la Fédération de France du FLN – parle, à propos des événements de mai 1956 à Constantine, d’un bilan de 230 victimes. Elle écrit que ce bilan lui aurait été fourni par un commandant de CRS. Là, j’ai bel et bien commis une faute comme historien : j’ai cité une seule source, au lieu d’en rechercher et d’en produire d’autres, je n’ai donc pas procédé au recoupement des sources, dont le recours est une obligation de la recherche historique, et j’ai ainsi manqué à l’esprit critique historien.

Par ailleurs, j’ai, depuis deux mois, conjointement avec des amis, des témoins, et autres historiens, tenté de recueillir témoignages et documents sur ces événements. J'ai eu pendant ce temps une correspondance assidue avec Michael Laskier, dont j’ai lu les livres en anglais qui traitent de ces questions. Il a conclu qu'il y avait eu, certes non pas un «pogrom» ayant fait «230 victimes», mais bel et bien, à la suite d'explosions ayant frappé des cafés juifs, le 12 mai 1956, des réactions de Juifs constantinois, encadrées par des membres de la Misgeret (dont le rôle précis est matière à discussion historique, et là-dessus, ma religion n'est pas vraiment faite), organisation correspondante du Mossad pour l'Afrique du Nord. J'ai dû aussi faire faire le compte-rendu de son article en hébreu sur ce sujet, publié par la revue israélienne Pe'amim en 1998 – malheureusement  je ne lis pas l'hébreu – , par la professeure d'hébreu de l'Ecole normale supérieure- Lettres et Sciences humaines, Mme Dorit Shilo, à qui vont mes remerciements.

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Constantine, pont et porte El-Kantara

Les témoins sollicités, ou bien n’ont pas répondu, ou bien ont déclaré qu’ils n’avaient jamais entendu parler de ces événements, ou encore, s’ils en ont souvenir, le problème est qu’ils ne se rappellent pas tous exactement la même chose, loin de là. Le Constantinois Benjamin Stora m’a écrit (il avait 6 ans à l’époque des faits) qu’il n’en avait jamais entendu parler dans sa famille. M. Bernard Cohen, lui aussi de Constantine, tout en reconnaissant les faits, a estimé que le nombre des victimes n’avait pas dû excéder la dizaine.

Un gestionnaire du cimetière musulman de Constantine s’est rappelé, lui, avoir fait creuser, alors, 130 tombes. Le journal du FLN El Moudjahid, N° 1, a consacré quatre pleines pages aux événements de Constantine, et a produit une liste de 61 victimes – dont il avertit qu’elle n’est pas limitative. Il n’est évidemment pas question pour l’historien d’avaliser purement et simplement de tels points de vue et témoignages : il faut les analyser, les recouper avec d’autres, bref les rendre productifs au sens historique du terme. Mais, à l’inverse, il faut se rappeler que, de notoriété connue, l’amnésie est, aussi, constitutive de mémoire. La consultation de la Dépêche de Constantine – qui met les événements de Constantine sur le compte originel d’un terrorisme algérien fondateur, et qui ne dit pas un mot des Juifs –  et la consultation des cartons des Archives historiques de l’Armée, conservées au fort de Vincennes, consacrés à ces événements (malheureusement consultables seulement sur dérogation), permettront sans doute de mieux préciser les faits.

L’historien israélien Michael Laskier aboutit, lui, au bilan de 26 morts musulmans en deux jours (12 et 13 mai 1956), suite aux actions conduites par des Juifs constantinois qu’il dit liés à la Misgeret – M. Bernard Cohen estime, lui, que M. Laskier exagère le rôle de la Misgeret. Et, dans ses livres en anglais que je me suis procurés, comme dans son article de Pe’amim, Laskier s'appuie sur de solides sources, israéliennes notamment, pour rendre compte d’événements tels que ceux de Constantine.

Dans les échanges directs que je viens d'avoir avec lui, il estime qu'il y a pu y avoir, suite à ces journées des 12 et 13 mai, une répression de la part de l'armée française et d'ultras européens de l'Algérie française, qui a bien pu alourdir le bilan – mais, là, rien de spécifiquement "juif", même si des Juifs ont pu, aussi, se trouver parmi les ultras. Un vieil ami juif originaire de Constantine m'a bien affirmé de son côté que des parents à lui avaient été des activistes de l'OAS. Cela signifierait que, si, en 1956, le bilan a été lourd – chose que l’historien doit s’attacher à déterminer ou à démentir  –, il l’a peut-être bien été dans les jours qui ont suivi le 13 mai 1956, mais cela principalement du fait d’une répression de l’armée française, et non d’éléments «juifs». – il y avait, stationnés  à Constantine, la valeur d’au moins deux régiments, sans compter la gendarmerie et les CRS.

Constantine_1906
Constantine, entrée de la Casbah, carte ayant circulé en 1906

Pour expliquer ma légèreté – il ne s’agit pas là d’une excuse, mais d’une explication –,  j'avais été tellement plombé, quand j’ai réalisé mon Histoire intérieure du FLN, par la litanie des horreurs que j'ai eues sous les yeux dans d'innombrables documents, concernant de multiples autres événements la guerre de 1954-62, que je n'ai pas cherché plus avant ; et j'ai eu tort : j’ai été victime d’une manière de banalisation de l’horreur. Et j’avoue que, ayant rencontré et connaissant le frère d’Anne-Marie Louanchi, Pierre Chaulet, ce dernier m’avait fait forte impression ; et je n’ai pour cela sans doute pas, alors, songé à examiner plus avant le témoignage de sa sœur, que je n’ai jamais vue. L’historien, sur un tel sujet, se devrait bien sûr de recueillir, aussi, le témoignage de Pierre Chaulet. Il serait de même indispensable de faire une études comparative, mois par mois, pour l’année 1956, ou au moins pour le premier semestre, des registres de dé-cès de la ville de Constantine.

En un mot comme en cent, tout historien peut être amené, pour une raison ou une autre, à écrire des choses erronées. S’il est honnête, il doit le reconnaître dès qu’il s’en est convaincu. Dans l’air du temps actuel, il est vrai que bien des énormités sont proférées au jour le jour. Il est certain, par exemple, que le terme de «génocide» est mis à toutes les sauces, et qu’il n’y a pas eu, en effet, de «génocide» à Constantine en mai 1956, comme l’a pu affirmer par exemple le journal algérien El Acil. Et les propos du ministre algérien des anciens Moudjahidine Cherif Abbas, porte-parole du Président Bouteflika, au colloque commémoratif de Sétif, le 6 mai 2005, qui assimilaient la colonisation au nazisme et les fours à chaux de Guelma aux fours crématoires d’Auschwitz, représentent une évidente falsification de l’histoire.

Quelque sanglante, à raison de milliers de victimes, qu’ait pu être, par exemple la répression coloniale de mai 1945 dans le Constantinois, elle n’a pas été un «génocide», comme tend à l’alléguer le nom même de la très officielle algérienne «Fondation pour le génocide du 8 mai 1945». Il n’y a pas «génocide» toutes les foispurifier_et_d_truire_couv qu’il y a massacre : le récent livre de Jacques Sémelin, Purifier et détruire ; usages politiques des massacres et des génocides, fournit à ce sujet des critères opératoires plausibles pour désigner la spécificité historique des «génocides». Ces critères n’ont pas, semble-t-il, beaucoup modifié les termes médiatiques simplificateurs du débat actuel. Il faut dire que les contre-vérités produites à Sétif se sont inscrites dans la réaction, symétrique, aux âneries officielles françaises de la loi du 23 février 2005, prétendant faire enseigner les «aspects positifs» de la colonisation française, chose tout aussi inacceptable pour l’historien. Tout historien qui se respecte ne doit relever d’aucune injonction officielle, d’aucun communautarisme, quel qu’ils soient, et n’être complaisant avec aucun d’entre eux.

Les historiens se doivent donc d’étudier patiemment les phénomènes, en se gardant des injonctions mémorielles et victimisantes d’où qu’elles viennent. Aujourd’hui, de part et d’autre de la Méditerranée, mais aussi au sein de l’hexagone, l’historien doit ne pas se mêler des parties de ping pong mémoriels où s’affrontent tels partisans bruyants de la nostalgérie française, et tels anticolonialistes médiatiques de combat de la 25e heure. Et ce n’est pas parce qu’on a établi que l’OAS s’est rendue coupable de crimes qu’on est «antifrançais» Ce n’est pas parce qu’on a démontré que des crimes furent en effet accomplis sous la houlette du FLN –  principalement sur des Algériens  – que l’on est «colonialiste». Et ce n’est pas parce qu’on a mis en évidence que des Juifs ont, en telle ou telle occasion, pu réprimer et tuer, qu’on est pour autant «antisémite». Ou alors il faudrait accuser d’antisémitisme les auteurs israéliens d’un documentaire qui a fait récemment scandale, et qui accuse nommément l’actuel ministre des Infrastructures Benyamin Ben Eliezer d’avoir fait exécuter, lors de la guerre de 1967, 250 prisonniers égyptiens.

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Constantine, quartier arabe, carte postée en 1913

Dans les débats trop souvent frelatés d’aujourd’hui, l’historien ne peut non plus, en toute conscience déontologique, choisir entre les injonctions respectives des dogmatiques d’«Occident» et d’«Islam». D’un côté, l’universitaire idéologue Samuel Huntington parle, comme s’il s’agissait d’essences essentiellement et intemporellement opposées, de «l’Islam» et de «l’Occident», sur fond de commerce émotionnel débile d’un fondamentalisme protestant bien américain, dont George Bush est le représentant de commerce sur le champ de l’impérialisme d’aujourd’hui. De l’autre, les Ben Laden et la cohorte «islamiste» manichéenne qui se reconnaît en lui, énoncent symétriquement la même dichotomie simpliste, et historiquement fausse. L’«Islam» et l’«Occident» : comme s’il s’agissait d’essences une fois pour toutes monolithiques ; comme si l’histoire n’avait pas d’abondance démontré qu’il n’y eut jamais au fond de muraille de Chine entre les deux : des abrutis et des gens ouverts d’esprit se trouvent, et d’un côté, et de l’autre. Comme aimait à le dire plaisamment le regretté, et grand orientaliste Jacques Berque – un Pied noir qui était pénétré de culture arabe –, les imbéciles, même démonstrativement ennemis, sont «unis comme le sont les nénuphars par leurs racines».

 

l'historien ne peut renvoyer dos à dos

toutes les violences

Cela n’empêche pas que l’historien ne peut renvoyer dos à dos, concernant la guerre de 1954-62, toutes les violences : la violence française coloniale y fut industrielle et massive ; la violence algérienne fut artisanale et plus ponctuelle ; elle fut en partie une violence réactionnelle, dans une contexte de domination, de violence (re)conquérante et répressive, de discrimination et de racisme portant la marque du colonial. Personnellement, j’ai été traité de «raciste anti-algérien» et de «colonialiste» d’un côté, et, symétriquement, d’ «agent du FLN» et d’ «anti-français» de l’autre, voire même, plus poétiquement, de «capitaine de galère barbaresque» (ce qui, pour un Lyonnais originaire des Alpes du Sud, représente une spectaculaire mutation) sur un site «pied-noir». Cela notamment pour avoir osé initier l’organisation à Lyon – cela va sans dire, hors de la collaboration des mémorialistes de combat –, à l’École Normale Supérieure-Lettres et Sciences Humaines, en juin  2006 –, un colloque international sur l’histoire franco-algérienne, qui a accueilli 83 participants – algériens, anglais, français, hongrois, italiens, palestiniens, etc. : l’histoire appartient à tous, y compris à des gens ne relevant pas de la séquence franco-algérienne de l’histoire des humains de ce bas-monde.  Riad_el_Fath

L’historien se doit de regimber contre l’inflation victimisante, qu’elle émane des officiels algériens (qui martèlent, sans aucune preuve à l’appui, le chiffre de 1 500 000 morts algériens pour la guerre de 1954-62), ou qu’elle émane des harkî(s) (on a dit dans leur camp mémoriel 150 000 morts ; aujourd’hui on dit plutôt maintenant, mais là aussi, sans aucune preuve avérée, 100 000 ou 70 000 : le niveau baisse, et tant mieux…). Or, l’historien rigoureux qu’est Charles-Robert Ageron a conclu, sur la base de documents démographiques, qu’il y avait eu 250 000 victimes algériennes de la guerre de 1954-62 . De son côté, le démographe algérien Kamel Kateb, à partir de sources analogues, arrive à un total de 400 000 – ce qui est déjà énorme  : plus, proportionnellement, que les morts français de la Première guerre mondiale ; mais en aucun cas 1 500 000. Et le même Charles-Robert Ageron, dans trois articles définitifs, a aussi montré que les chiffres victimisants produits à propos des massacres des harkî(s) étaient de beaucoup exagérés. Cela n’empêche pas que, sans doute, plusieurs milliers de harkî(s) ont été massacrés, ce qui fut, là aussi, terrible. Mais, dès lors qu’il a constaté l’horreur, dans tous les cas, l’historien a mission de ne pas en rajouter.

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synagogue de Constantine

Et il importe aussi, me semble-t-il, de réfléchir aussi sur la mémoire : Benjamin Stora m'a pertinemment fait remarquer que tout le monde, parmi les Juifs de Constantine, se souvenait des événements douloureux de Constantine de 1934, et que pratiquement personne ne se rappelait ceux de 1956 – un autre Constantinois, M. Bernard Cohen, lui, m'a écrit en avoir eu connaissance, même s'il a contesté les chiffres gonflés de Anne-Marie Louanchi. Où situer, donc, la différence entre 1956 et 1934 ? Je dirais, d'une part, que, en 1934, c'étaient les Juifs de Constantine qui avaient été molestés, cela suite à la provocation - involontaire - de l'un d'eux : un zouave juif ivre surpris à uriner sur le mur d'une mosquée. En 1956, les 12 et 13 mai, à l'inverse, ce sont des Juifs qui ont molesté des Musulmans, suite à des attentats contre des cafés juifs. Chacun sait que la mémoire a toujours tendance à être sélective : n'a-t-on pas tendance à retenir les horions qu'on subit, davantage que ceux qu'on donne?

Par ailleurs, il est probable que, si un bilan lourd de mai 1956 est avéré (là, je redis que la consultation des registres de décès sera d'un apport important), il fut redevable, de manière plausible, à une répression de l'armée française/d'ultras européens, qui a continué dans les jours suivants; ce ne fut donc, à coup sûr, pas spécifiquement une répression menée par les Juifs, même si, les 12 et 13 mai – c'est, là, avéré –, des Juifs ont pu y être impliqués. L'éventuelle lourdeur du bilan se réfère à des événements postérieurs : la Dépêche de Constantine continue pendant plusieurs jours à évoquer des actions de l'armée française à Constantine.

 

les contextes de 1934 et de 1956 sont bien différents

Enfin, les contextes de 1956 et de 1934 sont bien différents : en 1934, l'Algérie n'était pas en guerre ; et un événement, même traumatisant et sanglant comme celui de 1934, a été dans la mémoire forcément mis en relief du fait même de son caractère factuellement exceptionnel.

À l'inverse, en 1956, on est bien installé dans la guerre, et les événements sanglants se succèdent à une allure vertigineuse : c'est exactement un mois avant le 12 mai 1956 (donc le 12 avril) qu'est intervenu le massacre le plus lourd de la guerre : le massacre de la totalité des habitants de la dechra Tifraten, près d'Oued Amizour, dans la Kabylie de la Basse Soummam, qui a été ordonné, on le sait, par le lieutenant Fadel H’mimi, mais couvert par Amirouche, capitaine de la zone dont dépendait la Basse Soummam : le drame a fait l’objet d’une âpre altercation lors du congrès de la Soummam, le 20 août de la même année, entre partisans et détracteurs d’Amirouche. Des sources françaises, qui furent celles à avoir été portées à la connaissance des congressistes, parlent d’un bilan de 1 200 morts. Mohamed Benyahia, lui, avance le chiffre de 490 personnes égorgées, cela en une seule nuit, pour cela dénommée depuis, en Kabylie, «la nuit rouge». Peu importe le chiffre exact, et on ne le connaîtra sans doute jamais. Mais le massacre a été à coup sûr plus important que celui de Melouza, un peu plus d'un an plus tard, qui fut bien plus médiatisé, pour des raisons que j'expose dans mon Histoire intérieure du FLN.

CONSTANTINE_rue_NationaleDonc, à Constantine, au printemps 1956, les attentats (FLN ? provocations des ultras ? Les deux ? ou encore expression de contentieux communautaristes locaux ?) se sont enchaînés avec des répressions ; il y avait déjà eu, notamment, un attentat contre un café juif en mars. Et les affrontements ont peut-être bien pu constituer, au printemps 1956, le leit-motiv d'un quotidien douloureux, cela expliquant peut-être une sorte de banalisation de la violence, laquelle a pu s'installer dans les mémoires de manière latente et synthétique, sur fond de l'horreur générale de la guerre.

Et puis, l'argument consistant à dire que, s'il y avait eu autant de morts que l'écrit Anne-Marie Louanchi, jamais les communautés composant la ville n'auraient pu continuer à vivre côte à côte jusqu'à 1962, est bien sûr à considérer, mais on peut le discuter en le contextualisant : en effet, le bilan de la grande répression d’Alger, couramment dénommée «bataille d'Alger», un an plus tard, a été autrement plus lourd, et les gens ont tout de même continué à y vivre - mal, certes -, mais ils ont survécu, avec toute la haine refoulée par une implacable répression, dans une ville où il y avait des Algériens, des Européens, des Juifs, etc. À ma connaissance, il n'y a pas eu à Constantine la même intensité répressive, étalée sur plusieurs mois, comme à Alger ; et il n'y avait pas eu, de même, à un niveau de violence comparable, un pareil enchaînement d'attentats, depuis celui de la rue de Thèbes de l'été 1956, puis ceux du Milk Bar, du casino de la Corniche, etc.
   
Pour terminer, sur ces événements de Constantine de mai 1956, j’essaierai, quand j’aurai accumulé tous les documents possibles, que j’aurai procédé aux analyses et recoupements indispensables, d’enclencher – de participer à – une synthèse historique digne de ce nom. Pour l’heure, ce serait prématuré car tout ce travail a été à peine amorcé. J’ajoute que tous ceux qui pourront aboutir à établir la vérité seront les bienvenus pour participer à ce travail. Certes, nous savons que la Vérité n’appartient qu’à Dieu si l’on y croit, en tout cas au corpus intangible de valeurs humaines auquel on adhère si l’on n’y croit pas.

 

Il y a bien d’autres problèmes qui assaillent les Agériens

que l’obsession focalisée sur le colonial/post-colonial

Il est plus qu’urgent de faire advenir une histoire critique de l’Algérie coloniale, une histoire critique de l’Algérie tout court : les Algériens, pour marqués qu’ils ont été par la phase coloniale, ont eu une histoire bien avant 1830, et même une histoire à eux en pleine phase coloniale. Cette histoire n’a commencé ni en 1954 ; ni en 1830, ni en 1516, ni en 698  : en tous les temps, et dans toutes les circonstances, ils ont mené leur vie, aimé et souffert, et conduit malgré tout leur destin.

Ce serait être colonialiste que de les réifier à leur pur statut de colonisés. De même qu’il serait inepte de ne réduire «les Juifs» qu’à une judéité monolithique, les «Pieds noirs» à leur statut d’agents et/ou de fusibles coloniaux, et aussi les «Français» à une essence qui serait elle-même intemporellement coloniale : tous ont eu, aussi, une vie avant la colonie, et en dehors de la colonie, et ils continuent à en avoir une après la colonie. Et cette vie n’est pas marquée tout uniment que par le post-colonial. Il y a bien d’autres problèmes, tout à fait actuels eux, qui les assaillent, et que l’obsession focalisée sur le colonial/post-colonial a trop souvent tendance à occulter.

Gilbert Meynier

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Constantine, hôtel Cirta

 

 

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lundi 12 mars 2007

les Français d'Oujda à l'époque coloniale

Diapositive1

 

pour un dictionnaire des Français

d'Oujda à l'époque coloniale

histoire d'une ville cosmopolite

 

Nous avons reçu le message suivant :

demande

Je prends la liberté de vous féliciter tout d'abord de vos grands efforts pour la découverte de la mémoire coloniale. Il est très primordial pour moi de vous informer que je travaille sur un : Dictionnaire des Français d'Oujda, 1830-1956. C'est un appel pour toutes les personnes concernées par la "nostaloujdie" et la mémoire coloniale, qui sont deux phases d'une ville cosmopolite jadis. Merci

posté par Badr Maqri, lundi 12 mars 2007 à 21:29


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154

 

bibliographie


- Oujda. Une ville frontière du Maroc
, Yvette Katan, coll. "Histoires et perspectives méditerranéennes", L'Harmattan, 1991.

présentation éditoriale

Cet ouvrage est moins une monographie urbaine qu'une étude des interrelations entre les groupes ethno-confessionnels musulmans, juifs, chrétiens et des fractures opérées à l'intérieur de ces groupes par l'attribution plus ou moins complète de la citoyenneté française. La non-intégration dans la cité française, une politique scolaire concomitante ségrégative (étudiée ici très précisément) ne furent-elles pas un facteur accélérateur du nationalisme marocain et pour les juifs rejetés aussi de la communauté marocaine, de l'adhésion au sionisme ? À l'évidence en effet, la disparition presque complète des juifs dans cette ville comme ailleurs au Maroc pose le problème de leur intégration dans un pays qu'ils aimaient, dont ils gardent la nostalgie et où leurs ancêtres étaient installés depuis des millénaires.

 

 

iconographie

 

Oujda__8_
avenue de France et banque d'État

Oujda__1_
avenue Mohammed V et banque d'État (carte ayant circulé en 1959)

 

Oujda__2_
les "Galeries Lafayette de Paris" et la fontaine de la place de Gaulle

 

Oujda__3_
la Subdivision (carte ayant circulée en 1950)

 

Oujda__4_
le Grand Hôtel Simon

 

Oujda__5_
le Grand Hôtel Simon

 

Oujda__6_
arrivée d'un train en gare d'Oujda

 

Oujda__7_
la gare d'Oujda

 

Oujda__9_
lycée de jeunes filles


Oujda__10_
avenue de France, vers l'église Saint-Louis d'Anjou

 

Oujda__11_
rue du maréchal Bugeaud, bazar Verney

 

Oujda__14_
bazar Verney, av. du maréchal Bugeaud

 

Oujda__12_
photo de personnage anonyme à Oujda, 1948

 

Oujda__15_
le quartier européen

 

Oujda__17_
la rue du maréchal Bugeaud

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ajout de quelques photos, le 10 décembre 2007

 

Oujda_caf__Simon
rue du maréchal Bugeaud, café Simon

Oujda_la_gare
Oujda, la gare

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hôtel Lutetia

 

internat_jeunes_filles
internat du collège de jeunes filles (image un peu floue)


parc_Ren__Maitre_cpa
plan d'eau du parc René Maître

le_camp_h_pital
le Camp, intérieur de l'hôpital

Oujda_la_medina_cpa
Oujda, la medina

 

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ajout d'autres photos, le 20 janvier 2008

 

Oujda_b_timent_officiel
cour du lycée de jeunes filles Paule Fertin

 

Oujda_deux_femmes_plan
qui sont ces deux femmes...?
19 novembre 2011, un correspondant, Gérard Rastoll, nous précise
que la femme située à gauche est probablement sa mère, née en 1920

Oujda_deux_femmes
la Région civile


Oujda__glise
église



Oujda_entr_e_mosqu_e
entrée de la mosquée



Oujda_grand_h_tel_Simon
le grand hôtel Simon



Oujda_h_tel_Simon
hôtel Simon



Oujda_h_tel_Terminus
hôtel Terminus


Oujda_march_
le marché


Oujda_monument_aux_morts_dat_e_20_mai_1954
monument aux morts, carte datée du 20 mai 1954

 

Oujda_palais_de_Justice
le palais de Justice

 

Oujda_plcae_couleurs



Oujda_r_gion_civile

 

Oujda_rue_coloris_e
rue du maréchal Bugeaud

 

Oujda_comptoir_des_Mines_rue_Gambetta
Comptoir des Mines, rue Gambetta

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photos envoyées par Badr Maqri, juin 2008



Sidi_Yahya
Sidi Yahya


lyc_e_de_gar_ons
lycée de garçons

 

_cole_Lavoisier_en_1935
école Lavoisier, 1935


fanfare_municipale_fin_ann_es_1940
fanfare municipale, fin années 1940




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dimanche 11 mars 2007

l'image du Maroc dans les manuels scolaires des années 1920-1930

Diapositive1

 

l'image du Maroc dans

les manuels scolaires français

des années 1920-1930

 

isaac

Nous avons reçu le message suivant :

Bonjour

Je tiens tout d'abord à vous remercier de votre excellent travail qui vise la sauvegarde d'un passé commun entre les Français et les pays colonisés.

Ensuite, je vous demande de me renseigner sur la représentation du Maroc dans les premiers manuels scolaires français au Maroc, puisque ce dernier n'avait pas les capacités d'en faire. Evidemment la langue française a pénétré au pays grâce à la colonisation.

Je suis marocain et je suis en train de préparer un projet de fin d'étude intitulé : la représentation du Maroc dans les manuels scolaires français au Maroc.

Veuillez accepter mes salutations les plus distinguées.

Voilà mon e-mail : omar.ass@caramail.com

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un exemple :

le Malet-Isaac de 1937, Histoire contemporaine,

de 1852 à 1920, Enseignement primaire supérieur,

libairie Hachette

 

À l'ouest de l'Algérie, le Maroc est à son tour placé sous le protectorat français (1912). - Faisant tache d'huile, la pacification française s'étendit ensuite au Maroc. De ce côté, à tous égards, la tâche fut plus rude. [sous-entendu : ... plus rude qu'en Tunisie]

1° - L'intervention française. - Protégé par ses hauts massifs de l'Atlas et du Rif, le Maroc est le pays le plus fermé de l'Afrique du Nord. Au début du XXe siècle, il constituait encore un empire indépendant, mais aussi une proie convoitée en raison de ses richesses naturelles, de sa position à la jonction de la Méditerranée et de l'Atlantique, de la faiblesse du sultan Abd-el-Aziz, dont l'autorité était mal reconnue par les tribus guerrières. La France et l'Angleterre s'y disputaient l'influence prépondérante. En 1904, en échange de l'Égypte, l'Angleterre abandonna le Maroc à l'influence française, sauf le Maroc septentrional, zone réservée à l'Espagne. Surgit alors l'opposition de l'Allemagne qui visait elle aussi à obtenir des compensations et qu'il fallut désintéresser par la cession de territoires au Congo (1911). Dix ans d'efforts, d'opérations militaires et de négociations diplomatiques aboutirent enfin à la Convention de Fez (1912) qui consacrait officiellement le protectorat français.

La pénétration française s'était faite de deux côtés à la fois. À l'Est, le général Lyautey pacifia et aménagea les régions voisines de la frontière (1903-1910). À l'Ouest, les troupes françaises occupèrent sucessivement Casablanca, à la suite d'un massacre d'ouvriers européens (1907), puis la plaine voisine de la Chaouïa (1907-1908), enfin les villes de Fez, Meknès et Rabat (1911), à la suite d'une révolte des tribus contre le sultan impuissant à se faire obéir.

 

2° - La pacification du Maroc. - Il restait à conquérir, à pacifier, à organiser le pays. Cette tâche délicate fut accomplie sous l'habile direction de Lyautey, poursuivie même pendant la Grande Guerre, dans les circonstances les plus critiques, avec les moyens les plus limités, mais supérieurement utilisés. Elle peut être considérée comme le chef d'oeuvre de la colonisation française.

La méthode de Lyautey, ingénieux dosage de politique et de force, consistait à "étaler la force pour n'avoir pas à s'en servir" ; plus encore, à inspirer confiance à l'indigène par le respect des coutumes et les services rendus. Il obtint ainsi de rapides succès. Dès 1912, la région du Sud et sa capitale Marrakech, étaient soumises ; en 1914, l'occupation de Taza assura à l'Est la liaison avec l'Algérie. Maintenus pendant la Grande Guerre, ces résultats parurent un instant compromis par un violent soulèvement parti de la zone espagnole. Il fallut mener la campagne du Rif (1925-1926), qui se termina par la capture d'Abd-el-Krim, le chef de la révolte. Quelques centres de résistance subsistaient dans le Haut-Atlas. Après leur réduction (1933-1934), le Maroc peut être considéré comme entièrement pacifié.

Avec la colonisation du Maroc s'achève la formation dans l'Afrique du Nord d'un vaste empire appelé à un grand avenir économique.

(p. 138-140)

- ce texte est accompagné d'une photo de Lyautey et de cette légende :Lyautey_portrait

Envoyé au Tonkin en 1894, Lyautey se trouva placé sous les ordres du général Gallieni. Après cinq ans passés à Madagascar (1897-1902), il trouva en Afrique du Nord son domaine d'élection : commandant du territoire d'Aïn-Sefra (1903-1906), de la division d'Oran (1906-1910), Résident de France au Maroc (1912-1916, 1917-1928) [la date de 1928 est une erreur ; Lyautey s'est retiré en 1925], son nom reste attaché à la conquête de l'empire marocain comme celui de Bugeaud à la conquête de l'Algérie. (p. 139)

 

 

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samedi 10 mars 2007

biographie de Hô Chi Minh en langue anglaise

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biographie de Hô Chi Minh, par

Pierre Brocheux

une traduction en langue anglaise

 

- Ho Chi Minh. A Biography (Cambridge University Press, 2007), traduit par  Claire Duiker

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Description
Ho Chi Minh is one of the towering figures of the twentieth century, considered an icon and father of the nation by many Vietnamese. Pierre Brocheux's biography of Ho Chi Minh is a brilliant feat of historical engineering. In a concise and highly readable account, he negotiates the many twists and turns of Ho Chi Minh's life and his multiple identities, from impoverished beginnings as a communist revolutionary to his founding of the Indochina Communist Party and the League for Independence of Vietnam, and ultimately to his leadership of the Democratic Republic of Vietnam and his death in 1969. Biographical events are adroitly placed within the broader historical canvas of colonization, decolonization, communism, war, and nation building. Brocheux's vivid and convincing portrait of Ho Chi Minh goes further than any previous biography in explaining both the myth and the man, as well as the times in which he was situated.

Contents
Preface; Timeline; Chronology; 1. In search of a future; 2. Missionary for the revolution; 3. Under the sword of Damocles (1931–1945); 4.The father of the nation; 5. The force of circumstance; Bibliography.

Reviews
"The founder of the Democratic Republic of Vietnam emerges as an appealing but still somewhat enigmatic figure in this impressionistic biography." -Publishers Weekly

"A noted French scholar of colonial and contemporary Vietnam, Brocheux (The Mekong Delta) has written a fascinating account of Ho Chi Minh the man (born Nguyen Sinh Cung in 1890) and 'Uncle Ho' the myth." -Patti C. McCall, Library Journal.brocheux_gros_plan2

 

 

 

 

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l'édition en langue française

Présentation de l'éditeur
Grande figure du mouvement communiste international du XXe siècle, Hô Chi Minh (1890-1969), le père de l’indépendance vietnamienne, a pâti ces dernières décennies des révélations sur les crimes de Staline et Mao, et apparaît relégué aujourd’hui dans la galerie des tyrans rouges sur lesquels pèse désormais l’opprobre universelle. Loin de redonner une virginité à «l’oncle Hô», cette biographie, écrite par un des meilleurs spécialistes français de l’histoire de l’Indochine, cherche à comprendre comment ce redoutable homme d’action, qui changea cent fois d’identité, connut l’exil pendant plus de trente ans dans toutes les régions du globe et manqua mourir mille fois, a pu devenir cette icône figée, emprisonnée sous la chape de plomb d’un mausolée qu’il désavouait, devenu objet de culte après avoir été élevé au rang de héros2228897957 national et de génie tutélaire.

Du jeune mousse parti explorer le monde à bord d’un paquebot au président vieillissant mis à l’écart des décisions, en passant par le militant exalté du Parti socialiste à Paris (1917-1923), l’agent du Komintern en Asie (1924-1931), l’exilé de Moscou (1934-1938) puis de Canton (1938-1941), le fondateur du Viet Minh (1941), le proclamateur de l’indépendance vietnamienne (1945), le chef de la résistance nationale (1946-1954) et le président du Nord Viet Nam (1954-1969), la longue vie de Hô Chi Minh a connu bien des péripéties et s’inscrit au cœur des événements qui ont marqué l’histoire des pays dans lesquels il vécut : la naissance du PC français, les purges sanglantes de Staline, la montée en puissance de Mao, la guerre sino-japonaise, la guerre d’Indochine, la constitution du bloc soviétique, puis le conflit sino-soviétique, et enfin la guerre du Viet Nam.

L’homme, brillant quoique modeste, ne fut pourtant jamais un théoricien de la révolution ou un habile stratège militaire, à l’instar de ses illustres condisciples, Lénine, Trotsky ou Mao. Exploitant ses indéniables talents de diplomate, favorisés par un réel pouvoir de séduction et un esprit vif mû par une curiosité toujours en éveil, il fut essentiellement un organisateur et un pédagogue au service de son peuple. Résolument empiriste, il tenta avec sincérité d’adapter le léninisme à un pays non industriel et longtemps soumis à la domination coloniale, explorant une «voie nationale» qui ne sut pourtant éviter les excès de la dictature du prolétariat. Coincé entre les deux «pays frères», Chine et URSS, Hô ne parvint pas à la fin de sa vie à éviter les répercussions du schisme sino-soviétique sur le parti communiste vietnamien et ne put empêcher l’intervention massive des Américains dans le Sud Viet Nam, entraînant une guerre meurtrière qui se poursuivit après sa mort.

Loin de l’image du perfide et cruel Annamite véhiculé par une Histoire-cliché, cette biographie nous dévoile les faiblesses d’un homme en proie à ses contradictions, dont la constitution chétive lui occasionna maintes maladies mais ne l’empêchait pas de manier activement pelle et pioche aux côtés de ses soldats, et qui prit un malin plaisir à brouiller les pistes sur sa vie en rédigeant lui- même ses mémoires, tapées sur la fidèle Hermès portative qui ne le quittait jamais, une Lucky Strike, ses cigarettes préférées, à la bouche…

L'auteur vu par l'éditeur
Vietnamien d’origine, ayant enseigné à Saïgon entre 1960 et 1968, en pleine guerre du Viet Nam, Pierre Brocheux s’est toujours efforcé d’explorer les complexités de l’histoire mouvementée des pays d’Extrême-Orient. Ses ouvrages – Indochine française, la colonisation ambiguë (La Découverte, 1995) et Du conflit d’Indochine aux conflits indochinois (sous sa direction, Complexe, 2000) - en font un des meilleurs spécialistes reconnus de l’histoire de l’Indochine. Il développe ici, en se fondant sur une documentation vietnamienne inédite en France, les premières bases d’une biographie de Hô Chi Minh écrite pour les Presses de Sciences Po en 2000. Il est actuellement maître de conférence émérite de l’université de Paris VII.

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Hô Chi Minh en 1946 (source)

 

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"Oncle Hô"

 

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Giap et Hô Chi Minh

 

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(source)




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vendredi 9 mars 2007

Les médecins français au Maroc (Marie-Claire Micouleau-Sicault)

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Les médecins français au Maroc

Marie-Claire MICOULEAU-SICAULT




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- Marie-Claire Micouleau-Sicault, Les médecins français au Maroc, combats en urgence (1912-1956), L'Harmattan, 2000.

 

présentation par l'éditeur

De 1912 à 1956 la présence française au Maroc a représenté pour de jeunes médecins qui commençaient leur carrière, l'accomplissement d'un destin qu'ils consacrèrent avec passion au soulagement des souffrances de populations décimées par les épidémies et la malnutrition infantile. Cette histoire est celle de l'aventure extraordinaire de ces jeunes équipes médicales qui ont su construire au Maroc un vrai réseau sanitaire, dans le respect de la culture et des traditions du pays.

Marie-Claire Micouleau-Sicault - Née à Rabat, professeur de Lettres classiques, fille du Dr G. Sicault, directeur de la santé publique au Maroc sous le Protectorat, j'ai été témoin de la création de la première politique de santé publique du tiers-monde.

- le livre de Marie-Claire Micouleau-Sicault est publié chez l'Harmattan

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dr_sicaultLe Dr Georges Sicault a dirigé le Service Antipaludique du Maroc. Entre 1944 et 1946, il a été directeur de l'Institut d'Hygiène du Maroc (devenu après l'indépendance, Institut National d'Hygiène). A travaillé ensuite pour l'UNICEF comme directeur général adjoint à New York.

 

 

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laboratoire du paludisme, à l'Institut d'Hygiène du Maroc (créé en 1930) - (source)

 

- voir l'historique de l'INH (anciennement Institut d'Hygiène du Maroc), avec les discours prononcés lors de l'inauguration le 30 décembre 1930.

- sur le même site, le clip de présentation de l'Institut d'Hygiène du Maroc

- note historique figurant sur ce site :

L'Institut d'Hygiène du Maroc a été inauguré le 30 décembre 1930 à Rabat par le Professeur Léon BERNARD, Président du Conseil Supérieur d'Hygiène de France, sous la présidence de M. Lucien SAINT, Résident Général de la République Française au Maroc, dans le but de prendre en charge les problèmes d'hygiène et d'épidémiologie des maladies transmissibles du Maroc et de diffuser les notions élémentaires de l'hygiène et de la prophylaxie pour protéger la santé de la population.

 

INHHistor
entrée principale de l'Institut d'Hygiène du Maroc, 1930 (source)

 

L'action médicale française sous le Protectorat
Chronologie abrégée

1912 : le Corps de Santé Militaire est constitué en Direction du Service de Santé militaire avec deux sous-directeurs :
- un sous-directeur militaire
- un sous-directeur civil
Apparition des premiers cadres civils  : Lyautey dit  «Il n’y a pas au Maroc une médecine militaire et une médecine civile, il y a simplement des médecins que la besogne médicale seule distingue et non une étiquette».
1913 :  Premier plan de défense sanitaire et de protection de la santé publique.
Premiers Groupes Sanitaires Mobiles (les GSM) qui succèdent aux «Dispensaires de consultation  en marche» sur le même principe.
1921-1926 : Médecin-Général Marcel Oberlé, Chef Supérieur du Service de Santé du Maroc.
1926 : Création de la Direction de la Santé et de l’Hygiène Publiques (la SHP) : un Service Central, des services régionaux avec un Médecin Chef pour chacune des sept régions.
Docteur Jules Colombani,  Directeur du Service de la Santé et de l’Hygiène Publiques, 1926-1934.
1930 : Création de l’Institut d’Hygiène.
Docteur Maurice Gaud,  Directeur du Service de la Santé et de l’Hygiène Publiques, 1934-1944.
Docteur Maurice Bonjean,  Directeur du Service de la Santé et de l’Hygiène Publiques, 1944- 1946.
1946 : La SHP devient la Direction de la Santé Publique et de la Famille.
Docteur Georges Sicault, Directeur de la Santé Publique et de la Famille 1946-1956.
Création d’un grand Service Médico-Social. (services médico-sociaux spécialisés, Service Social de secteur, Protection Maternelle et Infantile, Education Sanitaire, Bureau de l’Assistance)
Achèvement du Grand Hôpital Musulman de Casablanca.
Construction de trois grands hôpitaux mixtes à Oujda, à Meknès, à Rabat etc…
1956 : Fin du Protectorat.

Marie-Claire Micouleau-Sicault

 

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Maroc_h_pital_Mazagan
Mazagan, intérieur de l'hôpital civil

 

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Rabat, hôpital Marie-Feuillet

 

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Casablanca, hôpital de campagne, le médecin-chef
et les infirmières (avant 1909)

 

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hôpital de Kasbah Tadla et tout son personnel, photo prise le 30 septembre 1930

 

lien

- l'oeuvre humanitaire du corps de santé colonial français (1890-1968), présenté par l'Association Amicale Santé navale et d'outre-mer

 

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préface du professeur Bernard Debré,

au livre de Marie-Claire Micouleau-Sicault

 

À l’époque où il est de bon ton de s’autoflageller, de battre sa coulpe, pour s’excuser, tantôt de l’inquisition, tantôt de la Saint-Barthélémy, tantôt des croisades, le témoignage de Marie-Claire Micouleau-Sicault sur l’œuvre accomplie par les médecins de la coloniale est tout à fait fondamental.

ponction_lombaireEn effet, la France n’a pas à rougir de l’action de beaucoup de ses enfants dans les colonies, qu’il s’agisse de l’Afrique du Nord, qu’il s’agisse de l’Afrique Noire, qu’il s’agisse de l’Asie. Et s’il en est qui doivent obtenir une mention particulière ce sont bien les médecins de la coloniale. De haut en bas de la hiérarchie, ils ont arpenté les médinas, les déserts, les souks. Ils ont été les premiers serviteurs de l’homme dans ces pays souvent déshérités.

Et c’est là qu’apparaît comme un grain de lumière le Dr Georges Sicault qui a été Directeur de la Santé Publique au Maroc de 1946 à 1956. C’est lui qui a organisé la défense contre les épidémies, c’est lui qui a complété les équipements sanitaires et c’est lui enfin qui a développé le service médico-social avec les PMI (protection maternelle infantile), l’hygiène scolaire, l’éducation sanitaire etc. Quand on voit l’immense travail qui a été fait par Georges Sicault on ne peut être qu’admiratif. En effet cet homme est issu d’une famille modeste, son père était né à Lezay, dans les Deux-Sèvres d’une famille d’ouvriers agricoles. La République fonctionnait vraiment, elle permettait au plus humble d’accéder à la conniassance, la République permettait aussi à ceux qui en avaient la vocation de réaliser leur rêve, leur volonté d’aller servir. C’est ainsi que le père de Georges Sicault est parti en Tunisie comme professeur au lycée Carnot de Tunis où il enseigna le français et l’histoire romaine, quelle aventure ! Quelle merveilleuse aventure ! C’est donc à Tunis qu’est né Georges Sicault, c’est là qu’il décida d’être médecin et voici de nouveau la République française qui aide, qui entoure, qui conseille et c’est au nom de cette République que Georges Sicault a été nommé au Maroc ; c’est pour la République et pour les Marocains qu’il a commencé sa carrière et qu’il a transformé l’état sanitaire du Maroc.

On ne peut imaginer quel était cet état sanitaire au début du siècle. Oh ! Certes il n’était pas brillant nonancien plus en France car les grandes découvertes médicales n’ont eu lieu qu’à la fin du XIXe siècle et pendant la première moitié du XXe siècle. Mais dans quel état terrifiant était l’Afrique, le typhus, la syphilis, les infections, les épidémies. La mortalité infantile était épouvantable, l’espérance de vie extrêmement faible. Comment construire une démocratie ? comment construire un royaume ? Comment construire la modernité alors que les enfants meurent et que les parents vivent peu ?

Oui c’est l’œuvre des Français que d’avoir aidé ces pays africains à accéder à un minimum de santé publique. C’est l’œuvre de Georges Sicault et de tant d’autres ; Les Marocains ne s’y sont pas trompés et quand aujourd’hui encore un Français va au Maroc il est toujours bien reçu. Cet amour entre nos deux pays existe et existera tant que nous nous en rendrons dignes. Mais nous avons des devoirs, devoirs de présence, devoirs de vigilance, devoirs d’aide car dans le monde actuel si torturé, si égoïste, il faut que nous prenions exemple sur ces médecins, ces ingénieurs, ces instituteurs français qui sont allés dans les pays africains pour apporter leur savoir et pour partager. Il faut que nous prenions exemple sur  ces hommes et ces femmes, sur leur abnégation, sur leur volonté, sur leur enthousiasme car nous avons l’impérieuse nécessité de faire en sorte que le monde tel que nous le vivons soit plus solidaire. Malheureusement, il n’est qu’à étudier certaines courbes de richesses, certaines courbes de mortalité, pour s’apercevoir qu’une partie du monde régresse alors que l’autre progresse de façon spectaculaire. Oui l’écart entre les riches et les pauvres se creuse toujours plus profondément et à l’aube de ce XXIe siècle il est important que nous puissions redonner à l’homme ses lettres de noblesse, redonner à l’homme son sens dans la vie, et la plus grande action que peut mener un homme c’est celle qui entraîne la solidarité et le partage.

C’est pendant son séjour marocain que mon grand-père Robert Debré a rencontré Georges Sicault. Très rapidement une amitié forte s’est installée entre ces deux hommes hors du commun. Robert Debré s’est intéressé à l’œuvre de Georges Sicault en Afrique, l’a aidé, l’a poussé, l’a conseillé. Après la Deuxième Guerre mondiale, Robert Debré avec un certain nombre de médecins a voulu faire plus encore et il a créé l’UNICEF. C’était à l’évidence une nécessité pour que non seulement il y ait un peu plus de bonheur parmi les enfants mais aussi un peu plus d’aide à travers le monde. Et c’est bien entendu naturellement également que Georges Sicault a été admis à faire partie de ces hommes de l’UNICEF de 1956 à 1970 il a été le Directeur Général Adjoint de l’UNICEF en poste à New-York. Quelle vie extraordinaire au service des autres ! Quelle vie extraordinaire au service de la France !
Ce livre est une merveille car il manie la douceur de l’écriture avec l’âpreté des réalités mais il s’en dégage tellement, tellement d’admiration qu’il est beau à lire.

Bernard Debré
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- source photo "ponction lombaire"

- source photo "à travers le Maroc" (le Marocain aveugle)

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La vie quotidienne à l'hôpital territorial

(extraits du livre de Marie-Claire Micouleau-Sicault)

Sous la pression des nécessités, les hôpitaux avaient poussé dans le pays, constituant un réseau assez dense de formations hospitalières. Mais les pavillons s’ajoutant les uns aux autres au gré des besoins successifs se ressentaient de cette prolifération un peu désordonnée.
Dès 1935, la pacification du Maroc étant achevée, un programme bien planifié fut élaboré et mis en  œuvre.
Nous avons vu que 21 hôpitaux avaient été édifiés sans compter les salles civiles des hôpitaux militaires, comme Marie-Feuillet à Rabat ou Louis à Meknès.
Il faut savoir que l’hôpital musulman moderne se devait d’accueillir tout malade qui se présentait, sous réserve qu’un interne ait constaté son état.
Cependant, par souci d’humanité et aussi de rentabilité, des relais restaient nécessaires avant les admissions : des centres de santé enserraient la ville ou la bourgade, allégeant ainsi le triage de la consultation à l’hôpital même. Autour du Nouvel Hôpital de Casa notamment, le centre Jules Mauran drainait les malades de l’ancienne médina, le dispensaire Derb Sidna, ceux de la nouvelle médina et celui des Roches Noires  recevaient les habitants du quartier industriel.

Ces centres parfaitement équipés permettaient de pratiquer des examens courants de dermato-vénérologie, de pédiatrie d’ophtalmologie et de phtisiologie. Ils constituaient un centre de passage à dimension plus humaine, où les contacts individualisés permettaient des diagnostics plus affinés, le consultant étant souvent connu du personnel soignant, avec ses antécédents, son milieu familial, ses traditions.
Le médecin chef du centre, après diagnostic, soit appliquait la thérapeutique adaptée, soit dirigeait le malade vers le Grand Hôpital.

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"hôpital indigène" de Ber-Rachid

On distinguait «l’hôpital civil» pour les Européens, «l’hôpital indigène» pour les Musulmans et les Israélites et «l’hôpital musulman» réservé aux seuls Musulmans.
On s’étonnera de nos jours de ce qu’on croira être le fait d’une volonté de ségrégation raciale. Il faut savoir que le fonctionnement d’un hôpital devait tenir compte des exigences des populations autochtones : certaines d’entre elles, selon leur degré d’évolution refusaient de se plier aux disciplines modernes. Il fallait donc composer, rappeler notamment aux musulmans leur cadre traditionnel.
C’est ainsi que fut conçu le Nouvel Hôpital Musulman de Casablanca, inauguré en 1949 par le général Juin. Il offrait à ses malades des pavillons de deux, quatre ou six lits, ouvrant deux à deux sur des patios agrémentés de bassins à zelliges et à  jet d’eau. Les tables basses des réfectoires permettaient de prendre des repas à la marocaine.
Le problème était aussi de faire cohabiter la population flottante des bidonvilles avec une fraction déjà importante de Marocains plus évolués. Les services étaient donc divisés à l’extrême afin de grouper autant que possible les différentes catégories sociales, en les faisant toutes bénéficier des services techniques modernes.
Le Nouvel Hôpital Musulman de Casa se caractérisait donc par la disposition de services en dents de peigne, le long d’une vaste circulation dessinée en arc de cercle. Dans la concavité de la courbe étaient répartis les laboratoires, la pharmacie, le bloc opératoire, la radiologie, enfin les buanderies et les cuisines. Les salles d’opération étaient précédées de plusieurs sas qui les isolaient complètement, la réanimation-transfusion était suffisamment vaste pour que les opérés puissent y séjourner le temps nécessaire.
Au sous-sol, la stérilisation comportait des circuits de circulation instruments propres/instruments sales particulièrement étudiés. Ces aménagements paraissent aller de soi aux usagers des hôpitaux modernes. Dans les années cinquante au Maroc, ils constituent une performance.

Pour se faire une idée de la vie quotidienne dans un hôpital marocain de l’époque, on peut suivre le Docteur Secret, médecin-chef de l'hôpital Cocard de Fez dans les années cinquante.
Il faut auparavant imaginer l’enceinte de la Casbah des Cherarda aux murailles crénelées et les vingt-sept tours à merlons qui contrastaient avec les bâtiments modernes de l'hôpital. Mais sa grande allée centrale qui partait du mausolée de Sidi Messaoud El Filali, bordée de pins et d’oliviers, faisait la transition entre tradition et modernité elle partait du sanctuaire de Si Boubeker Ben Larabi, le saint aux oiseaux : il avait dans la ville, il y a fort longtemps, introduit les martinets contre les moustiques dont Fez était infestée ! Une première dans la lutte antipaludique.

Bien plus tard, le Docteur Cristiani dont nous avons déjà mentionné le dévouement, avait, dès 1912, consacré sa vie à la consultation de l'hôpital Cocard alors embryonnaire.
«La consultation ne doit pas être confiée à de nouveaux venus peu au courant des mœurs marocaines et interprétant cette consultation à la façon européenne, comme une corvée tout juste bonne pour un interne» écrivait-il dans son dernier rapport.
Quand l’heure de la retraite sonna pour lui, toute la médina vint à sa dernière consultation. Un leader nationaliste avait les larmes aux yeux en lui serrant la main. À travers la foule qui se pressait autour du Docteur, une vieille femme réussit à se faire un chemin et à saisir un pan de sa blouse pour en baiser l’étoffe. Ces témoignages de reconnaissance démontrent assez le charisme qui émanait de certains de ces vieux toubibs.

La consultation à Cocard commençait, hiver comme été, au lever du soleil. Les groupes se formaient, la foule des malades venus des tribus ou de la médina s’agglutinait aux abords de la consultation envahissant les allées. Dans la première salle, médecins et infirmiers procédaient au «triage» c’est-à-dire qu’ils dirigeaient les hommes d’abord, les femmes ensuite,  vers les différents services, chirurgie vénérologie, urologie, gynécologie etc. Ils administraient aussi des soins aux malades qui ne nécessitaient pas d’hospitalisation. Une pharmacie située en face de la première salle distribuait les médicaments à emporter. Tout était gratuit évidemment : seulement 5% des Marocains auraient pu payer à cette époque.
Les médecins découvraient là, en plus des pathologies classiques, un typhus, une variole ou tout autre maladie contagieuse ce qui permettait d’alerter «là-haut» et de stopper une épidémie. C’était là encore que l’index saisonnier du paludisme dessinait sa courbe aux renseignements précieux pour les services épidémiologiques.
Les services hospitaliers étaient assurés par six médecins à plein temps qui résidaient à l’hôpital. Deux médecins à contrat dirigeaient pour l’un, le Docteur Imbert, le service de pneumologie, pour l’autre, le Docteur Fatmi Fassi, la gastro-entérologie.
On notera au passage, avec cette allusion au Docteur Fassi, que les jeunes Marocains qui souhaitaient faire des études de médecine, étaient vivement encouragés par les instances médicales françaises et trouvaient tout naturellement un poste s’ils le désiraient. Ceci, alors qu’au Congo Belge les Congolais ne pouvaient prétendre au mieux qu’à devenir «Assistants Médicaux», ils obtenaient un titre de super infirmier après trois ou quatre années d’études.
On voit que la politique coloniale de la France au Maroc tendait, grâce à Lyautey, à former au côté des praticiens français, les futurs cadres du pays.

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Casablanca, hôpital civil

Le service des urgences nécessitant un personnel de nuit, assurait un débit opératoire non négligeable : que l’on en juge avec ces chiffres communiqués par le Docteur Secret dans le bulletin régional de la région de Fez.  Pour l’année 1948, ont été pratiqués 112 interventions lourdes, 49 amputations, 17 trépanations, 280 plâtres, 209 interventions sur plaies diverses.
La chirurgie «réglée» était en augmentation constante, témoignant ainsi de la confiance en l’hôpital des populations musulmanes et israélites. Pour la même année, ont été effectuées plus de 250 interventions en chirurgie abdominale, une centaine en chirurgie osseuse, 50 en chirurgie génitale, 30 en chirurgie urinaire et 17 en chirurgie pulmonaire. 
Ces quelques chiffres donnent une idée de l’activité considérable de l’hôpital qui totalisa cette année-là, 208 223 journées d’hospitalisation.
Les médecins ne chôment pas. Le matin, ils font la consultation (examinant, soignant et dirigeant les malades au bon endroit), ils opèrent l’après-midi, ils visitent les malades dans les différents services.
Deux ambulances sont prêtes à répondre en urgence aux appels des infirmeries du bled.
Un centre d’études, la Société Médicale des Chérarda, réunit deux fois par mois les médecins de l’hôpital et des confrères venus de l’extérieur : on confronte ses expériences, on publie des travaux scientifiques, la lèpre, Dr Flye-Sainte-Marie, le thermalisme Dr Secret . 
On y étudie aussi le folklore local, riche d’enseignement pour comprendre les malades.
Une école de sages-femmes fut créée en 1949, dirigée par le Docteur Sauvé (en religion Mère Notre-Dame-de-Paris) qui se dévouait autant à ses élèves qu’aux femmes venues de loin la consulter.

Citons enfin encore le Docteur Secret : (numéro spécial du Maroc Médical 1950)
- «La vieille casbah des Chérarda aux anciens guerriers coupeurs de têtes, évolue chaque journée en hôpital moderne qui mène le bon combat pour la santé publique».

Pour compléter notre incursion dans la vie quotidienne d’un hôpital musulman, nous ne résistons pas enfin au plaisir de transcrire le récit coloré du Docteur Dubreuil, interne en 1949 à l’hôpital Moulay Youssef de Rabat.
«L’hôpital Moulay Youssef est situé entre l’océan et le douar Debbagh, quartier populeux de la grande ville. Les nuits de grosse mer, on entend depuis l’internat le bruit des vagues qui s’écrasent contre la falaise.
Les trois internes de l’hôpital ont leurs fonctions bien définies.
Le matin Jean Bidegaray est en salle d’opération avec le Docteur Botreau-Roussel [cf. ci-dessous : ajouts au texte]. Ça barde, car ce chirurgien d’une compétence exemplaire ne tolère pas la moindre anicroche. Les coups de pied dans les tibias sous la table d’intervention ne sont pas rares, en guise de rappel pour plus de vigilance ou pour une Péan passée à la place d’une Kocher.
«Jeannine Louette assure la consultation des femmes et l’après-midi avec le Dr Popoff celle des enfants et des nourrissons.
«La consultation débute de très bonne heure, en fait hiver comme été avec le lever du soleil, elle va largement au-delà de midi. Le réveil a été donné par le chant du muezzin appelant du minaret de la mosquée qui jouxte l’internat, à la première prière du matin. Le drapeau blanc a été hissé, que je vois de la tête de mon lit dans l’encadrement de la fenêtre.
«Les consultants sont arrivés bien avant, et si l’on est rentré un peu tard le soir d’une sortie en ville, on les trouve déjà là couchés derrière le portail de l’hôpital. On est obligé de les enjamber et on ne peutnic s’empêcher de penser que c’est dans de telles circonstances que le Dr Charles Nicolle [photo ci-contre - source] découvrit le rôle du pou dans la transmission du typhus. Beaucoup viennent du bled et ont dû se mettre en route à la tombée du jour.
«Consultants : plusieurs dizaines ? Plusieurs centaines, plutôt chaque jour. Le tri est vite effectué, d’un côté les hommes regroupés par les infirmiers marocains, de l’autre côté les femmes regroupées idem.
«Un bon nombre de ces consultants viennent pour recevoir les piqûres d’entretien du traitement de leur syphilis : au moins a-t-on une thérapeutique bien codifiée : bismuth et novarsénobenzol. En ces fins d’années quarante, on ne dispose pas encore à volonté de pénicilline et ce n’est que plus tard que seront entreprises les campagnes d’éradication de la syphilis par injection de doses massives de peni.
«Restent encore quelques dizaines de patients. La difficulté consiste à ne pas laisser passer les affections graves notamment celles qui nécessitent une hospitalisation: paludisme pernicieux qui peut emporter le malade en quelques heures- à différencier d’un simple accès palustre passager- pleurésies purulentes, appendicites aiguës voire perforations d’ulcus qui attend avec patience son tour d’être examiné. De temps à autre une lèpre, une bilharziose.
«La fréquence de la tuberculose pulmonaire étonne. Le BCG ne débutera que plus tard. Les soupçonnés phtisiques sont gardés pour examens radioscopiques qui se feront dans l’après-midi.»

Cette longue citation montre mieux que des chiffres la quantité et surtout la qualité des diagnostics et des soins prodigués parfois dans des conditions difficiles. Elle est aussi révélatrice de l’enthousiasme et de la compétence des futurs praticiens qui se voyaient confrontés là à une misère particulièrement atroce et inconnue dans notre métropole.
Certains jeunes médecins, rarement il est vrai, repartaient la première semaine, se sentant incapables d’affronter cette misère.
Enfin, nous voyons bien à travers ce récit comme à travers beaucoup d’autres, que ces pauvres malades n’hésitaient pas à confier leurs souffrances en toute sérénité - et ils avaient raison - à la médecine moderne.

Marie-Claire Micouleau-Sicault

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ajout au texte par la rédaction d'Études Coloniales

«Comme vous me le demandiez dans votre courrier du 15 juillet 2004, permettez-moi de retracer en quelques lignes l’exercice médical au Maroc de mon père le Docteur Paul Botreau-Roussel, notamment lors de la fondation de l’Hôpital Ibn Sina.

Né le 13 juin 1910, mon père mena à bien ses études de médecine à la faculté de Paris et soutint une thèse sur la pathologie de l’œsophage. C’est à l’occasion de son service militaire qu’il arriva au Maroc en 1935-1936, ce qui lui donna l’occasion d’exercer en milieu rural, puis notamment dans la ville de Taza.

Il fut captivé par l’observation de la vie quotidienne dans le Maghreb de l’époque, où les  traditions coutumières étaient bien conservées avant la survenue de la deuxième guerre mondiale. Il appris d’abord l’arabe dialectal maghrébin, puis une dizaine d’années après s’adonna à l’étude de l’arabe classique.

Libéré de ses obligations militaires, il fut d’abord interne en chirurgie à Casablanca en 1936. Il exerça ensuite en qualité de chirurgien hospitalier à partir de 1938 à l’Hôpital Moulay-Youssef de Rabat.

Mon père exerça la chirurgie à l’Hôpital Ibn Sina jusqu’en 1958, puis travailla en France où il termina sa carrière en qualité d’Inspecteur général au Ministère de la santé. Il décéda le 23 avril 1978.»

Docteur Pierre Botreau-Roussel
fils du docteur Paul Botreau-Roussel
ancien chirurgien à l'hôpital
(source) et (autre source)

 

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jeudi 8 mars 2007

L'impossible unité africaine (Jean-Paul Ngoupandé)

 

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L'impossible unité africaine

Jean-Paul NGOUPANDÉ

 

Une lecture même superficielle d'une carte de l'Afrique centrale conduit à une évidence : toute la région du Darfour et de ses environs est sous-peuplée. S'agissant de la République centrafricaine, plus d'un tiers des Darfour_soudan_carte220623 000 km2 de territoire est quasiment vide. Tout au plus 70 000 habitants pour au moins 200 000 km2 : encore aujourd'hui, on peut parcourir 100 km sans rencontrer le moindre village. Au Tchad et au Soudan, des régions comme le Salamat ou le Bhar el Ghazal ont subi le même sort.

Le Darfour a été, depuis au moins six siècles, au coeur d'un vaste et florissant commerce d'esclaves noirs en direction des pays arabes. Bien entendu, le Darfour ne fut pas le seul centre de razzias esclavagistes en direction du Proche et du Moyen-Orient. Mais il est clair qu'il a fortement marqué la région. Dans mon pays, les Bandas, l'un des principaux groupes ethniques centrafricains, ont été les plus touchés ; d'où la dispersion qui fait qu'on trouve un peu partout, y compris dans le Sud-Ouest forestier, des rameaux bandas ayant cherché un refuge très loin de leurs terres d'origine. Dans la tradition orale, les légendes font une claire allusion à cette fuite sans fin, et les noms des localités et des cours d'eau portent la marque de cette longue errance. Des grottes aménagées pour servir de refuges contre les razzias arabes sont encore visibles. Dans la conscience collective, les traumatismes de cette chasse au bois d'ébène sont présents de façon tenace. Les exactions actuelles des janjawids ne peuvent que réveiller des souvenirs douloureux pour les populations concernées.

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Au-delà de ce cas précis, le très lourd contentieux de la traite moyen-orientale continue de peser sur les relations entre le monde arabe et les Noirs d'Afrique, et constitue l'un des principaux freins à l'intégration africaine. L'Organisation de l'unité africaine (OUA), fondée à Addis-Abeba en mai 1963 par les pères de l'indépendance, avait en son temps suscité un grand espoir, vite déçu par les pesanteurs de l'histoire et les divisions qu'elles sécrètent. Parmi ces pesanteurs, on pouvait déceler les rapports ambigus entre Afrique noire au sud du Sahara et Afrique du Nord, essentiellement arabe et blanche. Durant la guerre froide, des soupçons d'instrumentalisation de l'OUA à des fins qui n'étaient pas les leurs ont poussé certains dirigeants subsahariens comme le maréchal Mobutu à proposer la création d'une Ligue des États africains noirs.

L'OUA avait alors obtenu, sous la pression de pays nord-africains comme l'Algérie et l'Égypte, que tous les États membres rompent leurs relations diplomatiques avec Israël après la guerre du Kippour. Or un nombre non négligeable de ces pays subsahariens entretenaient des relations de coopération fructueuse avec l'État hébreu, dans des domaines aussi variés que la sécurité, l'agriculture ou la formation. L'Union Africaine, qui a pris la suite de cette première organisation continentale, n'a pas non plus réussi à créer l'indispensable osmose. Entre le nord et le sud du Sahara, l'ère des méfiances, des soupçons et des sous-entendus est loin d'être surmontée, malgré les proclamations officielles.

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Ces dernières années, on parle beaucoup, et à juste titre, de la traite atlantique. Les Européens ont eu l'honnêteté et le courage d'admettre que le commerce triangulaire fut un crime contre l'humanité. La loi Taubira en France est un bon exemple. Sur la traite moyen-orientale, au contraire, c'est un épais silence qui recouvre le drame, silence nourri par des faux-semblants et des arguments d'autorité. Quiconque aborde ce sujet est soupçonné de chercher à minimiser la traite atlantique. La solidarité africaine demeure le prétexte idéal au refus plus ou moins conscient de briser le sujet tabou des razzias arabes. Dans les années 1960 et 1970, au sein du mouvement étudiant africain en France, les rares personnes qui osaient évoquer la traite moyen-orientale étaient immédiatement accusées de faire le jeu du sionisme.

Certes, en comparaison avec la puissante organisation que fut le commerce triangulaire, la traite moyen-orientale peut apparaître comme une activité relevant de l'informel, donc de moindre ampleur. C'est complètement faux. Les razzias n'ont jamais été un jeu d'enfants, ne serait-ce que par leur durée. Elles ont commencé bien avant l'islamisation de l'Afrique subsaharienne. L'islam n'est pas en cause, bien entendu. Les Négro-Africains victimes des atrocités commises par les janjawids sont aussi des musulmans. Je ne comprends donc pas les cris d'orfraie qui sont poussés dès qu'est soulignée la connotation raciale du conflit du Darfour. Il est pourtant aisé de comprendre que le mépris affiché pour la vie du Noir est une survivance de l'époque de l'esclavage à visage découvert. La traite moyen-orientale fut, comme le commerce triangulaire, une activité très lucrative fondée sur la chosification du Noir. En quoi le comportement des janjawids prouve-t-il que leur regard sur leurs compatriotes négro-africains a changé ?

Contrairement à l'autre saignée, cet esclavage arabe - pour le désigner avec exactitude ! - n'a pour ainsi dire jamais cessé puisqu'on en parle peu dans les pays concernés, à l'exception notable de la Mauritanie, qui a officiellement aboli l'esclavage en... 1981 ! Mais on sait bien que l'application intégrale de cette loi tarde à se concrétiser, comme le suggère le débat électoral en cours dans ce pays. De temps en temps parviennent, un peu partout en Afrique subsaharienne, des échos, jusqu'alors invérifiés, de "disparitions" de jeunes Négro-Africains à l'occasion du pèlerinage de La Mecque. Plus concrètement, en revanche, les images de "l'accueil" réservé ces derniers mois aux jeunes subsahariens dans les pays nord-africains contribuent à approfondir la fracture que les responsables politiques s'efforcent de taire. Or il est impossible de bâtir une union solide et durable en faisant l'impasse sur les traumatismes de l'histoire parce qu'ils ont la peau dure.

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Attente de l'approvisionnement en eau, Darfour, Soudan (source)

Le drame du Darfour relève de ces traumatismes que l'Afrique contemporaine doit absolument exorciser pour parvenir à la réalisation de l'indispensable intégration. De la part des pays arabes africains, seule une condamnation ferme, sans l'ombre d'une ambiguïté, des atrocités commises par les janjawids est de nature à lever les méfiances et à consolider notre foi en ce projet exaltant.

Oui, nous sommes condamnés à vivre ensemble, Africains noirs et blancs, sur ce continent qui est notre bien commun.

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Jean-Paul Ngoupandé
essayiste, ancien premier ministre
de la République centrafricaine
Le Monde, 28 février 2007

 

 

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camps de déplacés" au Darfour (source)

 

 

- "L'Afrique suicidaire" (2002), Jean-Paul Ngoupandé

 

 

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mardi 6 mars 2007

les Arabes de "Caledoun" (Claude Liauzu ; Taïeb Aifa)

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les Arabes de "Caledoun"

Claude LIAUZU - Taïeb AIFA

 

Bonjour,

Vraiment un très beau site!

Je découvre une question suite à mon texte sur le manuel, par Ahmed de Bourail.

Sa remarque sur l'oubli des "Arabes", Kabyles,ou Algériens dans l'histoire de la Nouvelle-Calédonie appelle réflexion.

N'étant pas spécialiste du "Caillou", j'ai voulu attirer l'attention sur l'importance des accords de Nouméa et la volonté d'apaisement qu'ils représentent. J'ai voulu aussi plus particulièrement attirer l'attention des historiens sur cette méthode pour aider des populations qui se sont affrontées, à élaborer leur devenir commun en partageant leur passé. Cela comme un exemple utile pour dépasser le passé algérien et les guerres de mémoires. Il y a sans aucun doute dans cette histoire à peine naissante des populations de Nouvelle-Calédonie des lacunes, des oubliés et encore beaucoup à faire.

La thèse de madame Ouennoughi a été précédée par le très beau livre de Medhi Lalloui, "Kabyles du Pacifique". Cette thèse permet désormais "d'intégrer" les déportés et forçats d'Algérie. Mais combien de cadavres encore dans les placards... Mon interlocuteur sait-il que des révolutionnaires indochinois ont été déportés en Nouvelle-Calédonie aussi, de même que le frère de Léon Bloy.

* *
*


Je livre [ci-dessous] avec l'accord de mon ami José Barbançon, spécialiste du bagne, un document.
À suivre...
Cordialement

Claude Liauzu

 

route_Moindon___Bourail

 

 

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AIFA_150x200Discours prononcé par M. Taïeb Aifa au nom de l'Association des Arabes et des amis des Arabes, le 4 mars 2007 à l'occasion de la venue à Nessadiou de M. Azzouz Begag, ministre délégué à la Promotion de l'égalité des chances.

Salam Aleikoum Monsieur le Ministre.

L'Association des Arabes vous souhaite la bienvenue à Caledoun puisque tel était le nom que nos anciens donnaient à cette terre d'exil si loin de celle qu'ils appelaient l'Afrique. De même, ils ont choisi de se reconnaître à travers le terme "Arabe". Pourtant ils venaient en très grande majorité du Maghreb et surtout d'Algérie et très peu du Yémen et d'Aden. Nous avons maintenu leur volonté. Le terme de Maghrébins largement utilisé en Métropole l'est très rarement ici et révèle aussitôt une arrivée récente dans le pays.

En terre de Nouvelle-Calédonie, il y a donc des Arabes et ici nous prononçons ce mot avec fierté et respect, la fierté que perpétuent nos cavaliers et nos chevaux, le respect que l'offrande du lait et des dattes symbolise.
Monsieur le Ministre, au cimetière de Nessadiou vous êtes dans notre lieu de mémoire. De nombreux Arabes sont enterrés dans bien des communes de Nouvelle-Calédonie de l'Ile des Pins à Belep. Même Nouméa avait son carré des Arabes, mais Nessadiou représente une place à part, une place unique dans notre histoire. Après la révolte Kanak de 1878, la vallée de Nessadiou est affectée par l'Administration pénitentiaire à des concessionnaires pénaux de toutes origines dont quelques Arabes.

La vie y est très difficile, ce n'est pas pour rien qu'on l'appellera plus tard : "la vallée du malheur". Cependant quelques-uns réussissent. Parmi eux, Miloud ben Abdallah le concessionnaire le plus aisé du centre. Peu à peu les Arabes occupent presque exclusivement la vallée de Nessadiou qui devient : la "petite Afrique". Rares sont les "roumis" qui y sont tolérés. La tradition orale veut que le cimetière de Nessadiou tienne son origine dans la forte concentration arabe du centre. Mais d'autres, comme le vieux Eugène Barretteau expliquait que c'est avec l'ouverture du cimetière que de nombreux Arabes dispersés sur le territoire avaient rejoint Nessadiou pour y terminer leurs vies.

Quelles vies ! Près de 2000 déportés, transportés, relégués à "la Nouvelle" condamnés au nom de toutes les peines de l'arsenal du Code pénal devant des conseils de guerre ou des cours d'assises par des juges militaires ou des jurys de colons. Exilés de leurs terres souvent données à des colons, les voilà concessionnaires sur des terres prises à des tribus. Pour eux l'Histoire s'est inversée : la colonisation qu'ils subissaient en Algérie, c'est à leur tour, souvent malgré eux d'en devenir les agents, non pas pour en vivre, mais pour survivre. À eux seuls, les Arabes de Nouvelle-Calédonie concentrent toutes les contradictions d'une politique coloniale.

Survivre : donc avoir des enfants. Mais se marier avec qui ? Il n'y a pas de femmes arabes. Les premières unions ont lieu à Bourail avec des Européennes, des relations se nouent aussi avec des femmes mélanésiennes. Dans les générations suivantes, les filles de ces premières unions se marient souvent dans le milieu arabe. La souche survit, les patronymes se transmettent même quand ils sont transformés par l'administration, mais la langue qui ne peut pas être apprise aux enfants par des mères qui ne la parlent pas, se perd.
Et précisément parce que la langue s'est perdue, ce cimetière prend dans notre mémoire une autre dimension. Votre présence ici est une reconnaissance de cette dimension et elle est d'autant plus nécessaire que le tout récent manuel d'histoire a supprimé la photo du cimetière de Nessadiou ainsi que le paragraphe consacré dans le manuel précédent à la présence arabe.

Monsieur le Ministre, ne cherchez pas les noms de nos anciens dans les livres d'histoire, même celui de Bou Mezrag el Mokrani a été effacé. Ne cherchez pas une place, une école, un collège, un espace sportif qui porte un nom arabe, mais parcourez les listes de décès des centres miniers de Thio ou Ouegoa, des centres pénitentiaires, de l'île Nou, de Ducos, de l'île des Pins, du Camp Brun interrogez vous sur le jeune âge de ces décédés et vous commencerez à comprendre. Continuez par la liste des concessionnaires de Bourail, Nessadiou bien sûr mais aussi Boghen, la Route d'Ourail, la Poueo, remontez jusqu'à Pouembout, Koumac, revenez par La Foa, concentrez-vous sur Nouméa, sur la liste des chauffeurs de fiacres, sur la Vallée du Tir le quartier ouvrier, sur les ouvriers du Nickel, sur les syndicats, sur les sportifs, et aussi il faut le dire au début du XXe siècle sur la délinquance, le tout dans un environnement, où le mépris aujourd'hui disparu, n'était jamais absent et vous commencerez à avoir un idée de ce que les Arabes ont vécu dans ce pays où pendant longtemps, comme disait le vieux Bel Amiche qui repose à Nessadiou : "le cheval a été le seul ami de l'Arabe".

Victimes de la colonisation en Algérie, contraints dans l'exil de devenir acteurs de la colonisation en Nouvelle-Calédonie puis reconnus comme victimes de l'Histoire, il n'y a qu'un seul mot pour traduire ce que nous avons vécu : Mektoub. Le destin. Alors aujourd'hui quand on appelle le pays à un destin commun, quand on aspire à la constitution d'une communauté de destin, croyez bien que nous sommes prêts à y prendre toute notre part. Notre passé ne nous permet pas d'évoquer les bienfaits de la colonisation et nous n'avons pas le temps d'attendre une quelconque repentance d'où qu'elle vienne. Nous sommes des citoyens de Nouvelle-Calédonie qui avons un défi à relever dans le respect de l'histoire de nos pères et pour l'avenir de nos enfants et rien ne se fera à côté de nous ou sans nous. C'est le sens que nous voulons donner à votre visite à Nessadiou.

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"cimetière arabe" de Nessadiou à Bourail

source, M.
Ouennoughi ©)

 

À l'entrée du cimetière, il y a le croissant de lune. Quand vous rentrerez à Paris ou dans la banlieue lyonnaise s'il vous arrive d'apercevoir ce croissant de lune, ayez une pensée, Monsieur le Ministre, pour ces descendants d'Arabes qui vivent sous le ciel austral, là où le croissant est tourné à l'envers ou dans l'autre sens, mais n'en doutez jamais : le cœur des Arabes de Caledoun est pour toujours à l'endroit. Et leur endroit c'est ici.

Taïeb Aifa

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