mardi 13 novembre 2007

la colonie en province (Corrèze et Haute Vienne), v.1830-v.1939 (Reine-Claude Grondin)

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la colonie en province :

diffusion et réception du fait colonial

en Corrèze et en Haute Vienne,

vers 1830 - vers 1939

Reine-Claude GRONDIN

 

Mme Reine-Claude Grondin soutiendra sa thèse sur La colonie en province : diffusion et réception du fait colonial en Corrèze et en Haute Vienne (v.1830-v.1939) le vendredi 23 novembre prochain à 14 heures, salle des Lombard à l'Institut d'Études de l'Islam et des Sociétés musulmanes (IISMM-EHESS), 96 bouvevard Raspail  Paris 6ème.

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Marcel Treich-Laplène, né en 1860 à Ussel (Corrèze) et mort
au large de Bassam en 1890 ; explorateur et "fondateur de la Côte d'Ivoire"

 

Le jury sera composé par :
- Jean-François Chanet, professeur à l'université Charles-de-Gaulle- Lille III
- Sophie Dulucq, professeur à l'université Toulouse II
- Herman Lebovics, professeur à l'université de l'état de New York
- Nadine Picaudou, professeur à l'université de Paris 1
- Daniel Rivet, professeur émérite à l'université de Paris 1 et directeur de thèse.

 

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Marcel Treich-Laplène, né à Ussel

 

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lundi 12 novembre 2007

Mémoire post-coloniale malmenée en Algérie (journal Libération)

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Mémoire post-coloniale malmenée

en Algérie

un article du journal Libération



En Algérie, des milliers de sépultures juives dépérissent
David THOMSON
Libération, lundi 12 novembre 2007

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Bernard Haddad s’émeut : «Au début, c’était fabuleux, mais tout s’est arrêté quand je suis arrivé au cimetière juifPour son premier retour en Algérie depuis 1956, ce pied-noir séfarade a rapidement déchanté. Les deux premiers jours, tout s’était déroulé idéalement. Il retrouvait sa maison, puis l’école de son enfance et même son proviseur, qui se souvenait encore de lui. De quoi baigner dans l’euphorie. Puis vient le passage obligé, le moment d’honorer ses morts, laissés ici au début des «événements». Mais dans le cimetière d’Annaba, sa ville natale [ci-contre] dans l’Est algérien, Bernard s’effondre.

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cimetière juif d'Annaba (ex-Bône) (source)

 

Sépultures éventrées, pillées, taguées, ossements à ciel ouvert, le paysage qu’il découvre est apocalyptique. «Je ne suis même pas parvenu à retrouver les tombes de mon frère et de mes deux grands-parents», raconte-t-il. Et pour cause : abandonné de force en 1962, le cimetière n’a jamais été entretenu. Certaines tombes auraient servi de caches d’armes et aujourd’hui, «c’est devenu un squat de drogués», assure, dépité, le retraité de 67 ans.

Son cas n’est pas isolé. De retour en Algérie après l’apaisement de la guerre civile de la décennie 90, nombre de pieds-noirs ont fait cette amère expérience. Le pays compte officiellement 523 cimetières français civils, chrétiens et juifs, contenant près de 400 000 sépultures. «En réalité, il y en avait 620 avant 1962. Certains, qui ont disparu ou qui ont été transformés en terrains de foot, ont échappé au recensement», assure Fabienne Latapie, présidente de l’Association pour la sauvegarde des cimetières en Algérie.

Non entretenus depuis près d’un demi-siècle, la plupart des ces cimetières végètent dans un état de désolation avancée. Les sépultures sont souvent profanées. Les juives en particulier. «Au Maroc, où il reste une forte communauté israélite, les cimetières juifs sont protégés, note Nicole Bricq, sénatrice PS de la Seine-et-Marne et membre de l’association Mémoire active bônoise (d’après l’ancien nom d’Annaba : Bône, ndle), mais en Algérie, dès qu’il y a un problème plus à l’est [en Palestine], les tombes juives sont vandalisées

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cimetière juif d'Annaba (ex-Bône) (source)

«Peur». Ceinte de tours HLM, la nécropole juive d’Annaba gît dans un environnement hostile. «Quand nous sommes arrivés dans ce quartier truffé de barbus, les gens nous haranguaient. J’ai eu très peur», raconte Bernard Haddad. Il est le fondateur de Mémoire active bônoise, qui compte 60 adhérents. « C’est peu, déplore-t-il, mais beaucoup de juifs ont peur de retourner en Algérie, notamment à cause du conflit israélo-arabe. Je dis toujours israélo-arabe et non israélo-palestinien, car c’est un conflit entre les Arabes et les juifs qui rejaillit en Algérie.»

La France s’est saisie de la question en 2003. Lors de sa visite triomphale à Alger, Jacques Chirac a annoncé la signature d’un accord franco-algérien et le lancement d’un vaste plan de réhabilitation des grandes nécropoles urbaines ainsi que le regroupement de 62 cimetières difficilement récupérables dans des ossuaires. 38 ont déjà été réunis. Le coût, de 1,4 million d’euros, est pris en charge par le ministère français des Affaires étrangères tandis que les autorités locales doivent se charger de l’entretien.

Chaque réinhumation donne lieu à une cérémonie solennelle. À la demande de certaines associations de rapatriés, horrifiées à l’idée que cela finisse par nier la présence française, des stèles commémoratives sont laissées sur les sites. Jusqu’ici, cette précaution était inapplicable aux cimetières juifs. La raison ? La doxa judaïque interdit le déplacement des dépouilles mortuaires. «Lorsque la question du déplacement s’est posée, la réponse de Jean Kahn, le président du Consistoire central de France, a été claire , explique Bernard Haddad, on ne déplace pas des sépultures juives !»

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cimetière juif d'Annaba (ex-Bône) (source)

L’affaire tourne alors à l’imbroglio administratif. Toutes les parties concernées s’accordent sur une unique solution : réhabiliter les tombes, les entretenir et les surveiller. Mais durant des mois chacun se renvoie la balle. «Tout le monde est scandalisé par l’état de ces cimetières juifs, assure Nicole Bricq. Mais leur entretien relève des mairies. Pour les réhabiliter, on pourrait recourir à la coopération décentralisée.» Nicolas de Lacoste, adjoint au porte-parole du Quai d’Orsay, explique pour sa part que «ces cimetières confessionnels ont un statut particulier : ils sont privés et dépendent des consistoires.» «C’est faux, enrage un militant associatif pied-noir, cela ne dépend plus de la communauté juive. Il y a déjà les cimetières chrétiens, la France ne veut pas s’occuper des juifs en plus. Mais nos morts ont été enterrés sur un sol français !»

«Jurisprudence». Ces dernières semaines, des avancées notables ont été observées. Grâce à l’accord bilatéral de 2003, un mur de protection vient d’être construit par les autorités algériennes autour du cimetière juif d’Annaba. Mieux, les travaux financés par le Quai d’Orsay viennent enfin de démarrer sur place et une trentaine de tombes ont été réhabilitées. Bernard Haddad veut croire maintenant que la France restaurera chacune des quelque 2 000 tombes juives de cette cité côtière. En espérant que son «travail de mémoire fasse jurisprudence».

David Thomson
Libération,
12 novembre 2007

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cimetière juif d'Annaba (ex-Bône) (source)

 

liens

- reportage photographique sur le cimetière juif d'Annaba (ex-Bône)

- Plan d'action et de coopération relatif aux sépultures françaises en Algérie (2005-2006)

- Cimetières chrétien et juif : indifférence des vivants (El Watan, 18 janvier 2005)

 

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cimetière juif d'Annaba (ex-Bône) (source)

 

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synagogue d'Oran à l'époque coloniale

 

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synagogue d'Oran à l'époque coloniale

 

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synagogue d'Oran à l'époque coloniale

 

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synagogue d'Alger à l'époque coloniale

 

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cimetière juif d'Annaba (ex-Bône)
(source)

 

 

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dimanche 11 novembre 2007

Au sujet d'un livre de Benjamin Stora

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au sujet du livre

La guerre des mémoires

La France face à son passé colonial,

de Benjamin Stora

Jean-Pierre RENAUD

 

Pourquoi ne pas avouer que j’ai éprouvé un malaise intellectuel à la lecture de beaucoup des stora_leclerc_guerre_memoirespages de ce livre, crayon en mains, alors que j’ai aimé l’article du même auteur à la mémoire de Camus (Études coloniales du 30 septembre 2007). Albert Camus a été un de mes maîtres à penser, à agir, et à réagir, avant, pendant la guerre d’Algérie, et après. J’y ai servi la France et l’Algérie, en qualité d’officier SAS, en 1959 et 1960, dans la vallée de la Soummam, entre Soummam et forêt d’Akfadou.

Un historien sur le terrain mouvant des mémoires chaudes, pourquoi pas ? Mais est-ce bien son rôle ? Dès l’avant propos, le journaliste cadre le sujet de l’interview de Benjamin Stora : «La France est malade de son passé colonial», mais sur quel fondement scientifique, le journaliste se croit-il permis d’énoncer un tel jugement ?

Il est vrai que tout au long de l’interview l’historien accrédite cette thèse et s’attache à démontrer l’exactitude de ce postulat : les personnes issues des anciennes colonies, première, deuxième, troisième9782707146595 génération (il faudrait les quantifier, et surtout les flux, les dates, et les origines) «se heurtent inévitablement à l’histoire coloniale» (p. 12), «la guerre des mémoires n’a jamais cessé» (p. 18), la «fracture coloniale», «c’est une réalité» (p. 33), «l’objectif est d’intégrer, dans l’histoire nationale, ces mémoires bafouées» (p. 81), «saisir comment s’élaborent en permanence les retrouvailles avec un passé national impérial» (p. 90)

Et Benjamin Stora, qui se veut «un passeur entre les deux rives», incontestablement celles de la Méditerranée, accrédite le sérieux des écrits d’un collectif de chercheurs qui n’ont pas réussi, jusqu’à présent, par le sérieux et la rigueur de leurs travaux historiques, à démontrer la justesse de la thèse qu’ils défendent, fusse avec le concours bienveillant de certains médias, quant à l’existence d’une culture coloniale, puis impériale, qui expliquerait aujourd’hui la fameuse fracture coloniale.

Et le même auteur de reprendre le discours surprenant, de la part d’historiens de métier, sur la dimension psychanalytique du sujet : «la perte de l’empire colonial a été une grande blessure narcissique du nationalisme français» (p. 31), pourquoi pas ? Mais à partir de quelles preuves ? «Refoulement de la question coloniale» (p. 32). «Pourtant la France a conservé dans sa mémoire collective, jusqu’à aujourd’hui, une culture d’empire qu’elle ne veut pas assumer» (p. 32). «Les enfants d’immigrés sont porteurs de la mémoire anticoloniale très puissante de leurs pères» (p. 40).

«Pourquoi cette sensation diffuse d’une condition postcoloniale qui perdure dans une république où les populations issues des anciens empires n’arrivent pas à se faire entendre ?» (p. 90).

Comment ne pas souligner le manque de clarté des propos de Benjamin Stora, qui écrit page 11 que la population issue des anciennes colonies a doublé entre les années 1980 et 2007, et les propos qu’il tient parallèlement sur les «mémoires bafouées» : mais les colonies sont indépendantes depuis le début des années 60, et l’Algérie depuis 1962 !

De quelles générations s’agit-il ? Des enfants d’immigrés du travail venus en France avant 1962 ? Ou pouracc_110 l’Algérie, importante source d’immigration, des enfants de pieds noirs, de harkis, ou d’enfants de citoyens algériens venus en France après l’indépendance de leur pays, notamment en raison de ses échecs économiques, puis de sa guerre, à nouveau civile ? Pour ne citer que l’exemple de l’Algérie qui est le postulat de la plupart de ces réflexions.

Benjamin Stora cite le cas de Boudiaf, un des principaux fondateurs du FLN, lequel revenu d’exil dans son pays en 1962, était inconnu des jeunes Algériens : «Les jeunes Algériens ne connaissaient même pas son nom» (p. 60).

Quant au propos tenu sur Madagascar, pays avec lequel j’entretiens des relations particulières, «Dans cette ancienne colonie française, les milliers de morts des massacres de 1947 restent dans toutes les mémoires».

Je ne suis pas le seul  à dire que la repentance de Chirac, lors de son voyage de 2005, est tombée à plat, parce que ce passé est méconnu des jeunes générations.

L’auteur de la Guerre des mémoires est-il en mesure de justifier son propos ?

Les Malgaches ne connaissent pas mieux leur passé colonial que les Français, car pour ces derniers, ce n’est pas l’enquête de Toulouse, faite en 2003, par le collectif de chercheurs évoqué plus haut, qui peut le démontrer. Cette enquête va clairement dans un tout autre sens, celui de la plus grande confusion qui règne actuellement sur tout ce qui touche le passé colonial, la mémoire, et l’histoire coloniale elle-même, et la réduction de cette histoire à celle de l’Algérie. Cette enquête révélait en effet l’importance capitale de la guerre d’Algérie dans la mémoire urbaine de Toulouse et de son agglomération.

Et ce constat avait au moins le mérite de corroborer deux des observations de l’auteur, celle relative à «l’immigration maghrébine» qui «renvoie à l’histoire coloniale», et l’autre quant à l’importance de la guerre d’Algérie dans cette « guerre des mémoires » : «Mais, c’est la guerre d’Algérie, qui est le nœud gordien de tous les retours forts de mémoire de ces dernières années.» (p. 50)

 

L’obsession de l’Algérie

Et c’est sur ce point que le malaise est le plus grand, car comment ne pas voir, que pour des raisons par ailleurs très estimables, l’auteur de ces lignes a l’obsession de l’histoire de l’Algérie, et qu’il a tendance à analyser les phénomènes décrits avec le filtre de l’Algérie, pour ne pas dire la loupe, avec toujours en arrière plan, le Maghreb.

Le tiers des pages de ce livre se rapporte à l’Algérie, et beaucoup plus encore dans l’orientation desimg173_08022007 réflexions qui y sont contenues. Les autres situations coloniales ne sont évoquées qu’incidemment, alors que l’histoire coloniale n’est pas seulement celle de l’Algérie, quelle que soit aujourd’hui l’importance capitale de ce dossier.

Un mot sur la mémoire ou les mémoires de l’Algérie et de la guerre d’Algérie. Pour en avoir été un des acteurs de terrain, je puis témoigner qu’il est très difficile d’avoir une image cohérente et représentative de la guerre d’Algérie vécue par le contingent. Chaque soldat, chaque sous-officier, et chaque officier, a fait une guerre différente selon les périodes, les secteurs, les postes militaires occupés, et les commandements effectifs à leurs différents niveaux (sous quartiers, quartiers, secteurs, et régions). [source photo ci-dessus]

Si beaucoup d’anciens soldats du contingent ont écrit leurs souvenirs, peu par rapport à leur nombre, mon appartenance à ce milieu me conduit à penser que beaucoup d’entre eux se réfugient toujours dans le silence, mais pas obligatoirement pour la raison qu’ils auraient commis des saloperies, ou assisté à des saloperies. Un silence qui pourrait s’expliquer par un fossé immense d’incompréhension entre leur vécu, l’attitude des autorités d’hier ou d’aujourd’hui, et celle du peuple français

M. Rotman a parlé de guerre sans nom. Je dirais plus volontiers, guerre de l’absence, absence d’ennemi connu, absence du peuple dans cette guerre, sauf par le biais du contingent qui, à la fin de ce conflit, s’est trouvé tout naturellement en pleine communauté de pensée avec le cessez le feu du 19 mars 1962. Et c’est sans doute le sens profond de sa revendication mémorielle.


Pour la grande majorité des appelés, l’Algérie

n’était pas la France

Les appelés ne savent toujours pas quelle guerre on leur a fait faire : guerre de l’absence et du silence, et le remue-ménage qui agite en permanence, à ce sujet, certains milieux politiques ou intellectuels leur est étranger.

Il convient de noter que pour un acteur de ce conflit, ou pour un chercheur marqué dans sa chair et dans son âme par celui-ci, c’est un immense défi à relever que de vouloir en faire l’histoire.

Et sur au moins un des points évoqués dans le livre, je partage le constat qu’il fait sur l’effet des lois d’amnistie «personne ne se retrouvera devant un tribunal» (p. 18), et personnellement je regrette qu’il en soit ainsi, parce qu’il s’agit là d’une des causes du silence du contingent, et de cette conscience d’une guerre de l’absence. À quoi servirait-il de dénoncer des exactions injustifiables si leurs responsables, c'est-à-dire les salauds inexcusables n’encourent  aucune poursuite judiciaire ? Cette amnistie n’a pas rendu service à la France que j’aime et à son histoire.

 

Le métier d’historien

Ma position de lecteur, amateur d’histoire, assez bon connaisseur de notre histoire coloniale, me donne au moins la liberté de dire et d’écrire ce que je pense des livres qui ont l’ambition de relater ce pan de notre histoire.

Ce passage permanent de la mémoire à l’histoire  et inversement, est très troublant, sans que l’intelligence critique y trouve souvent son compte! Et beaucoup d’affirmations ne convainquent pas !

Est-il possible d’affirmer, comme le fait Benjamin Stora en ce qui concerne l’Assemblée Nationale et sa grosplancomposition h_9_ill_813324_app2002042390260: «C’est d’ailleurs une photographie assez fidèle de cette génération qui a fait la guerre d’Algérie ou qui a été confrontée à elle[ci-contre, Jacques Chirac et Jean-Marie Le Pen, respectivement nés en 1932 et 1928] Une analyse existe-t-elle à ce sujet ? Et si oui, serait-elle représentative de l’opinion du peuple français à date déterminée ?

 

Tout est dans la deuxième partie de la phrase et le participe passé «confrontée» qui permet de tout dire, sans en apporter la preuve.

La mise en doute du résultat des recherches qui ont été effectuées sur l’enrichissement de la métropole par les colonies : mais de quelle période parle l’auteur et de quelle colonie ? (p.20)

L’affirmation d’après laquelle la fin de l’apartheid aurait été le  «coup d’envoi» mémoriel mondial (p.41) : à partir de quelles analyses sérieuses ?

L’assimilation de l’histoire coloniale à celle de Vichy, longtemps frappée du même oubli. (p. 21, 50, 96).  Non, les situations ne sont pas du tout les mêmes !

Et ce flottement verbal et intellectuel entre mémoire et histoire, une mémoire partagée ou une histoire partagée ? (p. 61, 62, 63). Outre la question de savoir si une histoire peut être partagée.

Et pour mettre fin à la guerre des mémoires, un appel à la reconnaissance et à la réparation (p. 93), ou en d’autres termes, à la repentance, que l’historien récuse dans des termes peu clairs dans les pages précédentes (p. 34), une récusation partielle répétée plus loin (p. 95).

Et d’affirmer qu’il est un historien engagé (p. 88) et d’appeler en témoignage la tradition dans laquelle il inscrit ses travaux, celle des grands anciens que sont Michelet, Vidal-Naquet et Vernant. Pourquoi pas ? Mais il semble difficile de mettre sur le même plan périodes de recherche et histoire professionnelles et personnelles des personnes citées.

Le lecteur aura donc compris, en tout cas je l’espère, pourquoi le petit livre en question pose en définitive autant de questions sur l’historien et sur l’histoire coloniale que sur les mémoires blessées ou bafouées qui auraient été transmises par je ne sais quelle génération spontanée aux populations immigrées, issues des anciennes colonies.

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manifestation des "Indigènes de la République" le 8 mai 2005

Nous formons le vœu qu’une enquête complète et sérieuse soit menée par la puissance publique sur ces questions de mémoire et d’histoire, afin d’examiner, cas par cas, l’existence ou l’absence de clichés, des fameux stéréotypes qui ont la faveur de certains chercheurs qui s’adonnent volontiers à Freud ou à Jung, la connaissance ou l’ignorance de l’histoire des colonies, et donc de mesurer le bien fondé, ou non, des thèses mémorielles et historiques auxquelles l’historien a fait largement écho.

 

Alors, histoire ou mémoire ?

L’histoire est-elle entrée dans un nouvel âge, celui de l’Historien entrepreneur selon l’expression déconcertante de Mme Coquery-Vidrovith (Etudes coloniales du 27/04/07), ou celui de l’histoire devenue bien culturel selon l’expression de l’auteur ? Mais en fin de compte, sommes-nous toujours dans l’histoire ?

Et à ce propos, nous conclurons par deux citations de Marc Bloch (1930), évoquant dans un cas Michelet et ses  «hallucinatoires résurrections», et dans un autre cas, le piège des sciences humaines : «Le grand piège des sciences humaines, ce qui longtemps les a empêchées d’être des sciences, c’est précisément que l’objet de leurs études nous touche de si près, que nous avons peine à imposer silence au frémissement de nos fibres.» ("Fustel de Coulanges" in Marc Bloch, l'Histoire, la Guerre, la Résistance, Quarto-Gallimard, 2006, p. 390 et 389).

Jean Pierre Renaud

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- cf. le compte-rendu de Nathalie Galesne

 

 

 

 

 

 

 

- Le vent des mots, le vent des maux, le vent du large, Jean-Pierre Renaud, éd. JPR, 2006. -  Courriel des éditions JPR : commande@editionsjpr.fr

 

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samedi 10 novembre 2007

Colonisations et répressions, XIX°-XX°siècles (colloque Sedet)

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Colloque International

Colonisations et répressions

XIXe - XXe siècles

Paris, 15-17 novembre 2007

 

 

Laboratoire Sedet – UMR CNRS 7135
Université Paris Diderot-Paris 7
Lieu du colloque :
Salle des Thèses – 2ème étage
Immeuble Montréal – 103 rue de Tolbiac / 59 rue Nationale
75013 PARIS

 

PROGRAMME

Jeudi 15 novembre 2007

13h30 - Accueil

14h00 – 18h30

Introduction : Chantal Chanson-Jabeur et Faranirina Rajaonah

1)    Les expressions de la répression brutale :

Rapporteur : D. HEMERY
T. Rakotondrabe (Univ. Toamasina) :  Les insurgés face aux militaires dans le district de Brickaville (Est de Madagascar) en 1947
• Catherine Coquery-Vidrovitch (Sedet)  (contribution écrite)  : Violence coloniale en AEF : Les “scandales du Congo” et ses suites
• Maher Charif (IFPO Damas) : Comment les Autorités du mandat britannique ont étouffé la révolte de 1936-1939 en Palestine
• Jean Martin (Univ.Lille) : La répression des mouvements de résistance aux Comores (1856-1891)
• Benjamin Stora  (Sedet/Inalco) : D’une répression à l’autre, le Nord Constantinois en 1945 et 1955
• Ouarda Siari-Tengour (Université de Constantine) : L’affaire Sidi Ali Bounab, septembre 1949
• Clotilde Jacquelard (Université d’Orléans) : Une explosion xénophobe, le massacre des chinois de Manille par les Espagnols en 1603
• Andreas Eckert (Univ. de Berlin) : Un système colonial exceptionnellement répressif ? Violence, répressions et l’Etat dans les colonies allemandes
        Discussion et débats

2) Les instruments de la répression ordinaire :

        A –
Rapporteur : I. THIOUB
• Sylvie Thénault (Centre d’Histoire Sociale du XXe siècle) : L’internement pendant la guerre d’Algérie
• Daniel Hémery (Sedet) : Poulo Condore l’archipel inversé
• Habib Belaid (ISHMN Tunis) : La prison civile de Tunis à l’époque coloniale : politique pénitentiaire et résistance (1906-1956)
• Omar Carlier (Sedet) : Le camp d’internement de Djenien Bouerezg dans l’Algérie de Vichy (1940-1943), lieu de répression et école de formation politique
• Alain Rouaud (Sedet) : Le bagne d’Obock entre mer et désert
        Discussion et débats

 

Vendredi 16 novembre 2007

9h00 – 12h30
                        B – Les appareils :
Rapporteur : A. FOREST   
• Nicolas Bancel (Univ. Strasbourg II/Univ. Lausanne) : Transmission de l’appareil policier de l’État colonial aux exécutifs territoriaux en 1957 en AOF
• Yoshiharu Tsuboï (Université Waseda, Tokyo) : La gendarmerie japonaise (Kenpei) et les répressions dans les régions colonisées – Mandchourie et Indochine – pendant la Seconde Guerre mondiale
• Joël Glasman (Doctorant Sedet) (contribution écrite) : Policer «le pays des 25 coups». Stratégies sécuritaires et police coloniale au Togo (1884-1939)
• Samuel Sanchez (Doctorant Sedet) : Escarmouches, prises d’otages. Stratégies de conquêtes et de soumission dans les petites colonies françaises de Madagascar et des Comores (1818-1885)
• Dominique Bois (Sedet) : La police à Diego Suarez
• Naoyuki Umemori (Université de Waseda, Tokyo) : On some characteristics of Japenese colonial government in Korea : Collusive relationship between nation state and colonial state
• Patrice Morlat (Sedet) et Charles Fourniau (Université d’Aix-Marseille)  :  Mouvement national et appareils  répressifs en Indochine (1905-1925)
• Amadou Ba (Doctorant Sedet) : Le rôle des tirailleurs sénégalais dans la répression dans l’Empire colonial français
        Discussion et débats

                        C – Législation :
Rapporteur : T. RAKOTONDRABE
• Laurent Manière  (Docteur - Sedet) : Code de l’Indigénat en AOF (1887-1946)
• Alain Tirefort (AIHP – UAG Martinique) : Une législation coercitive comme réponse à l’abolition de l’esclavage : la main-d’œuvre carcérale à la Martinique sous le second Empire
• Pierre Ramognino  (IHTP) : La répression en  AOF dans les colonies françaises sous l’autorité du régime de Vichy (1940-1943)
        Discussion et débats

Déjeuner buffet

14h30 – 18h30

    3) Violences coloniales et sociétés locales :

A – Culture et religion :
Rapporteur : J. WEBER
• Faranirina Rajaonah (Sedet) : Histoire exclue, histoires revisitées. Enseignement et autres apprentissages de l’histoire  à Madagascar de 1916 à 1951
• Didier Nativel (Sedet) : Ségrégation, répressions politiques et culturelles à Lourenço Marques (des années 1940 à 1975)
• Abdelmadjid Merdaci (Université de Constantine) : Constantine et son double, les territoires de l’autre et de l’interdit
• Isabel Castro Henriques (Univ. de Lisbonne) Dynamiques africaines d’autonomisation en situation coloniale : l’exemple angolais

B – Presse, cinéma et médias :
Rapporteur : J. WEBER
• Odile Goerg (Sedet) : Cinéma et censure en Afrique coloniale française   
• Lucile Rabearimanana (Université d’Antananarivo) : Censure de presse et répression  du mouvement nationaliste après l’insurrection de 1947 à Madagascar
• Jamaa Baïda (Université de Rabat) : La presse écrite sous le Protectorat français au Maroc : un régime d’état de siège
        Discussion et débats

Samedi 17 novembre 2007
9h00 – 13h00

C – Travail et migrants :
Rapporteur : O. SIARI-TENGOUR
• Pierre Brocheux (Sedet) : La répression dans le monde du travail en Indochine
• Eric Guerassimoff (Sedet) : Répression des activités politiques des émigrés chinois à Singapour et en Malaisie entre les deux guerres
• Anissa Bouayed (Sedet) : Répression et  presse : faire état de la répression syndicale, une prise de risque
• Issiaka Mandé (Sedet) : Violences coloniales, violence au quotidien : le travail forcé en AOF
• Jean-Michel Mabeko-Tali (Howard University) :  Nkayi, ou la mémoire de violence : la corvée du transport fluvial dans le Nord Congo, sous la colonisation française
• Chantal Chanson-Jabeur (Sedet) :  Conflit syndical et répression brutale : le 5 août 1947 à Sfax (Tunisie)
• Daouda Gary-Tounkara (docteur Sedet) : Violences coloniales, migrations des sujets de l’AOF et représailles des résistants. Les peuples de la zone forestière face à la «pacification» de la Côte d’Ivoire (1903-1915)
        Discussion et débats

4) Décolonisation : discours et aspects contemporains de la répression coloniale
Rapporteur : Y. TSUBOI    
Alessandro Triulzi (Université de Naples) : Les silences de l’outre-mer : les pièges de la mémoire coloniale italienne
• Monique Chemillier-Gendreau (Sedet) (communication écrite) : La colonisation au regard du droit international
• F. Angleviel (Univ. de Noumea) : Autochtones et répression en Nouvelle Calédonie
• Alain Ruscio : L’image fausse de la décolonisation «pacifique» de la Tunisie, 1950-1956
• Anne Marchand : Légitimes, illégitimes ? Les violences coloniales sous le regard de la presse française : le cas du Maroc (1950-1956)
• Jacques Weber (Univ. Nantes) : La répression coloniale  au Bangladesh en 1971
• Marion Libouthet (Doctorante Univ. Nantes) : La répression coloniale  au Tibet depuis 1950
        Discussion et débats

13h00 – 13h30 Synthèse : A. Forest et P. Morlat

 

Diapositive1

 

 

RÉSUMÉS DES INTERVENTIONS

 

 

1) Les expressions de la  répression brutale

T. Rakotondrabe (Univ. Toamasina)
Les insurgés face aux militaires dans le district de Brickaville (Est de Madagascar) en 1947
Les commémorations du soixantième anniversaire des «évènements» au mois de mars 2007 ont, une fois de plus, montré que 1947 est toujours  l’objet d’amalgames, tant de la part des officiels que des survivants, notamment dans la présentation des différents niveaux de la répression. Il s’avère plus que jamais nécessaire de distinguer dans 1947 différents «évènements» auxquels correspondent différents types de répression. Il y a d’abord l’insurrection proprement dite à laquelle le pouvoir colonial répond par une campagne de répression militaire dans les zones rurales concernées. Ensuite, une répression policière en milieu urbain qui, sous prétexte de l’insurrection, vise à réduire au silence les appareils régionaux et l’organe national du MDRM. Enfin, le pouvoir colonial s’attelle à criminaliser  les acteurs de ces différents évènements par une répression judiciaire sans précédent. L’insurrection étant au cœur des évènements de 1947, l’étude des modalités de la répression militaire est intéressante à plus d’un titre. Partant d’une monographie de l’insurrection dans le district de Brickaville sur la côte est de Madagascar, nous tenterons de dégager en premier lieu les principales caractéristiques d’une «rébellion» anti-coloniale et rurale. Nous procèderons, dans un deuxième moment, à l’analyse des moyens (militaires, politiques et psychologiques) que le pouvoir colonial déploie dans sa campagne de reconquête coloniale. L’hypothèse sous-jacente à notre démarche étant qu’aussi bien l’insurrection que sa répression illustre bien la place centrale de la violence en situation coloniale.


Catherine Coquery-Vidrovitch (Sedet) (contribution écrite)
Violence coloniale en AEF. Les «scandales du Congo» et ses suites
En 1903, le journaliste britannique Edmund Morel contribue à lancer une campagne européenne internationale contre les abus du «caoutchouc rouge» de l’État indépendant du Congo (futur Congo belge) alors soumis au pouvoir discrétionnaire du roi des Belges. Côté Congo français, les abus sont réputés moins criants. Néanmoins ils existent, et le ministre des Colonies était au courant, qui les étouffa au nom de la raison d’État. En témoigne l’action courageuse et indignée d’un tout jeune administrateur colonial face aux exactions de la compagnie concessionnaire La Mpoko, qui exerçait son privilège aux confins du Congo et de l’Oubangui-Chari (République centrafricaine actuelle). Celui-ci a témoigné plus de cinquante ans après les faits, précisant ainsi ce qui n’était pas inscrit dans des archives par ailleurs oubliées jusqu’alors. Cette communication précisera les tenants et les aboutissants de l’affaire, qui concernait l’assassinat de quelque 1 500 « indigènes » et se conclut en 1909 par un non-lieu.


Maher Charif (IFPO Damas)
Comment les Autorités du mandat britannique ont étouffé la révolte de 1936-1939 en Palestine
La révolte de 1936-1939 en Palestine a été, comme le remarque à juste titre Ghassan el Khazen dans son ouvrage La grande révolte de 1936 en Palestine (Beyrouth, Éditions Dar An-Nahar, 2005), un des soulèvements anti-coloniaux les plus importants que l’empire britannique a affrontés dans l’entre-deux grandes guerres. Déclenchée au milieu d’une vague révolutionnaire anti-coloniale qui a déferlé sur de nombreux pays arabes, elle a été le terme de l’accumulation des sentiments faits de colère et de frustration, chez les Arabes Palestiniens, ainsi que l’expression de l’échec des tentatives menées, pendant deux décennies, par la classe dirigeante arabe, pour inciter les autorités du mandat à tempérer leur soutien au projet d’établissement d’un foyer national juif en Palestine.
Cette révolte, dans laquelle la classe des paysans arabes a joué un rôle déterminant, est passée par deux étapes : la première qui débute avec la grève générale déclenchée le 20 avril 1936, et qui s’accompagne d’une lutte armée, à partir du milieu du mois de mai, se termine avec la fin de la grève, le 12 octobre 1936 ; tandis que la deuxième, la plus violente, commence fin septembre et ne s’achève qu’avec la fin du printemps 1939. Quant à ces objectifs, ils ont été clairement formulés par : l’arrêt total de l’immigration juive ; l’interdiction totale de passage des terres arabes aux mains des juifs ; la constitution d’un gouvernement national représentant toutes les parties de la population, en vue de mettre fin au mandat et établir un traité avec la Grande-Bretagne, à l’instar du traité conclu, en 1936, entre la Syrie et la France.
Je propose, dans ma communication, de montrer comment les autorités du mandat britannique ont réussi, en recourant aux mesures de violence les plus féroces et aux diverses manœuvres politiques, à étouffer cette révolte à la veille de la deuxième guerre mondiale.
Pour cela, je vais m’appuyer sur des sources arabes contemporaines des faits, sur quelques rapports publiés par les commissions d’enquêtes britanniques, ainsi que sur des études consacrées à cette révolte.


Jean Martin (Univ. Lille)
La répression des mouvements de résistance aux Comores (1856-1991)
En 1843, la France prit possession de l’île de Mayotte, île la plus orientale du groupe des Comores, dont elle fit, après bien des atermoiements, une petite colonie sucrière. Les marins français placèrent ensuite l’île de Mohéli sous une quasi-tutelle puis en 1886, les trois îles de Mohéli, Anjouan et la Grande Comore furent officiellement placées sous protectorat français.
La domination coloniale fut mal accueillie par les populations et suscita des mouvements de résistance qui furent assez durement réprimés : là comme ailleurs le pouvoir colonial dut recourir à la politique de la canonnière. Nous avons retenu trois exemples : dès 1856, à Mayotte, la politique de confiscation du sol et d’exploitation des travailleurs «engagés libres» provoqua un soulèvement dont la garnison locale put assez rapidement venir à bout. Quelques condamnations de meneurs s’ensuivirent.
En 1867, à Mohéli, la jeune reine Djoumbé Fatima qui avait inconsidérément livré son île au planteur français Joseph Lambert s’engagea dans une politique de résistance qui valut à sa capitale, le village de Fomboni, d’être bombardée à deux reprises (1867 et 1871).  À Anjouan enfin, le protectorat français fut refusé par les insulaires dont les sympathies étaient acquises à la Grande Bretagne, qui avait promis de veiller à l’abolition de l’esclavage. Au début de l’année 1891, la mort du sultan Abdallah III marqua le début d’une guerre civile : esclaves et paysans pauvres des hauts pillèrent la capitale Mutsamudu, et formèrent un pouvoir révolutionnaire qui porta à sa tête le prince Saïd Othman. Un corps expéditionnaire venu de la Réunion écrasa le soulèvement, mais l’autorité française dut proclamer l’abolition immédiate de l’esclavage, intégration d’une revendication des insurgés.


Benjamin Stora (Sedet/Inalco)
D’une répression à l’autre, le Nord Constantinois en 1945 et 1955
En mai 1945 et en août 1955, dans le territoire du Constantinois, situé dans l’Est algérien, deux grandes répressions ont eu lieu faisant des milliers de victimes. En mai 1945, les répressions dans les villes de Sétif et de Guelma, et leurs environs, se sont produites à la suite de la victoire contre le nazisme, et la fin de la seconde guerre mondiale. Les chiffres de victimes varient de 45 000 morts (avancés par les nationalistes algériens) à 1500 morts (avancées par des sources militaires françaises). En août 1955, la grande répression dans les villes de Skikda (Philippeville), Annaba (Bône), Constantine, a provoqué la mort de 12 000 personnes, selon les nationalistes du FLN. Cet événement a marqué un véritable tournant de la guerre d’Algérie.
Cette communication traitera des questions suivantes : pourquoi les plus grands massacres d’Algériens, dans l’histoire du XXe siècle, se sont-ils déroulés dans cette région de l’Est de l’Algérie ? Pourquoi une répétition des formes de violence, par les colonisés et la puissance coloniale, à dix ans seulement d’intervalle, dans cette région particulière ? Quelles traces ces répressions dans le Nord Constantinois ont-elles laissé dans la mémoire collective des Algériens ?


Ouarda Siari-Tengour (Univ. de Constantine)
L'affaire Sidi Ali Bounab, septembre 1949
En septembre 1949, la recherche d'un insoumis – que l'on suppose réfugié au douar Sidi Ali Bounab (Kabylie) –  a mobilisé un détachement de la gendarmerie qui s'est livré à une opération de ratissage en règle. Rien ne fut épargné aux habitants: perquisitions, saccages des gourbis, brutalités contre les hommes et les femmes dont plusieurs furent violées.
Alerté, le journal Alger Républicain diligenta une enquête et livra à l'opinion publique un compte-rendu détaillé de "l’expédition de Sidi Ali Bounab".
Revenir sur le récit des évènements qui ont bouleversé la vie quotidienne à Sidi Ali Bounab (de nombreuses familles quittent le village) est l'occasion d'essayer de comprendre moins la logique de la violence coloniale que la dynamique des changements, survenus du côté des colonisés.


Clotilde Jacquelard (Univ. d’Orléans)
Une explosion xénophobe, le massacre des Chinois de Manille par les Espagnols en 1603
Trente ans après la conquête de Manille, les Espagnols réprimèrent dans le sang, en octobre 1603, plus de vingt mille Chinois, ou sangleys, révoltés contre leur autorité.
Outre l’éclaircissement des causes immédiates qui déclenchèrent l’évènement et des conséquences que celui-ci provoqua sur la situation de la colonie espagnole des Philippines, l’étude de ce massacre oblige l’historien à réfléchir tout d’abord sur la coexistence entre ces deux communautés humaines dans l’archipel, et à mettre en lumière la position géopolitique inédite des Philippines à la fin du XVIe siècle, propulsées au cœur des tensions régionales en mer de Chine méridionale.


Andreas Eckert (Univ. de Berlin)
Un système colonial exceptionnellement répressif ? Violence, répressions et l’état dans les colonies allemandes
Cette contribution analyse l’exemple des colonies allemandes en Afrique, le rôle de la violence et des mesures répressives au cours de la création et de la consolidation de l’Etat colonial dans l’Afrique allemande. Dans les colonies allemandes, l’autorité coloniale était toujours précaire, et la violence n’était pas l’expression du pouvoir omnipotent des colons, mais plutôt de leur faiblesse. C’est pourquoi les Allemands ont choisi une politique de ‘la terreur sélective’ : des massacres, la destruction complète de quelques villages, des pendaisons publiques. La violence coloniale s’est traduite également dans les modes de ségrégation spatiale (le cas de Douala est significatif dans ce contexte) et dans des pratiques juridiques souvent extrêmement racistes. Une partie considérable de ma communication sera consacrée aux deux grandes guerres coloniales quasi-génocidaires : la guerre de l’armée coloniale allemande contre les Héréro et Nama en Afrique Sud-Ouest (Namibie) et la guerre Maji Maji en Afrique de l’Est. Nous allons analyser causes, course et conséquences de ces guerres et surtout les stratégies et la résistance des colonisés. Finalement, on va essayer de mettre la violence dans les colonies allemandes dans le contexte plus large de la violence coloniale au vingtième siècle pour discuter deux questions générales : Est-ce qu’il y avait des pratiques violentes «typiquement allemandes» ? Dans quelle mesure la violence coloniale avait-elle des répercussions dans les sociétés métropolitaines ?



2) Les instruments de la répression ordinaire


A – Camps et internements

Daniel Hémery (Sedet)
Poulo Condore, l’archipel inversé
Bagne modèle de l’univers pénitentiaire colonial dans sa version française, Poulo Condore a été, précocement et durablement, l’un des sous-systèmes essentiels des structures coercitives modernes qu’en Indochine la colonisation a tenté d’acclimater à partir du milieu du XIXe siècle, au lieu et place des modes de répressions antérieurement à l’œuvre.
À la fois espace carcéral, terre de violence et de souffrance, entreprise semi-autarcique, Poulo-Condore a été aussi, et plus qu’aucun des autres bagnes indochinois, un concentré des tensions permanentes, souvent paroxystiques, entre captifs et gardiens. Au point de devenir à partir des années 1930 l’un des foyers paroxystiques, entre captifs et gardiens. Au point de devenir à partir des années 1930 l’un des foyers paradoxaux où se subvertit de l’intérieur l’enfermement colonial


Habib Belaid (ISHMN Tunis)
La prison civile de Tunis à l’époque coloniale : politique pénitentiaire et  résistance, 1906-1956
Parmi les établissements pénitentiaires de la Tunisie coloniale (prison militaire, prison du Bardo, Pénitencier du Djouggar, camps de détention, etc.), la Prison civile de Tunis occupe une place importante dans le dispositif de répression coloniale.
Construite en 1906 pour remplacer l’ancienne prison située dans la Médina de Tunis, devenue trop exiguë et source d’épidémies, la Prison civile de Tunis a été pour les nationalistes tunisiens, un haut lieu de la résistance anticoloniale.
Basée sur les archives officielles et sur quelques témoignages d’anciens prisonniers, cette étude tente de montrer comment la détention (politique essentiellement) a été gérée par les autorités coloniales, face à la montée du mouvement nationaliste en Tunisie. Ainsi, nous nous proposons d’étudier ce lieu de détention selon deux axes :
- la politique pénitentiaire coloniale ;
- la résistance dans la prison, comme les mouvements de grève et de solidarité.



Alain Rouaud (Sedet)
Le bagne d'Obock entre mer et désert
L'offre et la demande se sont conjuguées pour conduire à la création du bagne d'Obock, à l'entrée nord du golfe de Tadjoura, dont l'existence, en tout cas comme bagne colonial, a été éphémère, une décennie, de 1886 à 1895.
La demande ? ... fournir une main-d'œuvre peu coûteuse pour la construction du chef-lieu d'une colonie naissante qui sera l'Etablissement d'Obock, puis la Côte française des Somalis et enfin, à partir de 1967 le Territoire français des Afars et des Issas (avant d'accéder à l'indépendance en 1977 sous le nom de République de Djibouti). L'offre ? ... trouver un lieu de détention proche pour les condamnés des cours de justice des comptoirs de l'Inde, de la Réunion et de Sainte-Marie. L'ancienne factorerie Paul Soleillet, seul bâtiment en dur de l'embryon de ville qu'est alors Obock, est aménagé pour accueillir les transportés dont le nombre n'excédera pas 200. Ils sont affectés à différents travaux, mais leur garde par manque d'effectif est plus assurée par le désert environnant et la mer que par les hommes. Les évasions ne sont cependant pas rares et les décès fréquents.
Mais la décision de transférer le chef-lieu de la colonie sur la rive sud du golfe est bientôt prise. La nouvelle ville, Djibouti, sera reliée par un chemin de fer à Addis-abeba et équipée d'un port fréquenté. La surveillance de détenus serait dès lors trop aléatoire. À partir de 1891 des mesures sont prises pour transférer les bagnards survivants en Guyane. Les bâtiments du bagne seront toutefois plus tard utilisés comme lieu de détention civil ou militaire.
Le but de cette communication est, sur la base de travaux déjà publiés, de signaler ce bagne colonial peu connu et peu étudié.


B – Les appareils

Nicolas Bancel (Univ. Strasbourg II/Univ. Lausanne)
Transmission de l'appareil policier de l'État colonial aux exécutifs territoriaux en 1957 en AOF
L'évolution institutionnelle et politique de l’Afrique occidentale française (AOF) au milieu des années 1950 témoigne d’un changement de cap radical de la gouvernementalité coloniale. Après la défaite d’Indochine, sur fond de guerre d’Algérie et d’incertitudes au Maroc et en Tunisie, des réformateurs coloniaux – tels H. Teitgen puis G. Defferre –, réalisent l’urgence de penser une solution politique qui évite, autant que possible, l’usage de la force militaire.
En effet, à ces facteurs extérieurs s’ajoute la congruence d’une série de crises qui attestent de l’évolution politico-sociale très rapide de la fédération. Crise, d’une part, de la fonction publique africaine, désormais encadrée syndicalement, et qui se solde par plusieurs mouvements de grève où les mots d’ordre corporatistes le dispute à une rhétorique nationaliste de plus en plus présente. Crise également dans la jeunesse urbaine et lettrée – étudiants en France et à Dakar, scolaires dans toute l’AOF –, dont la radicalisation politique inquiète fortement les services de police et de renseignements. Crise budgétaire enfin, maintenant prévisible grâce aux premières projections budgétaires réalisées au début des années 1950.
C’est dans ce contexte que vont être promulguées les réformes décisives de la loi-cadre en 1956-1957, qui reconfigurent complètement le paysage institutionnel de l’AOF, redéfinissent les rapports de pouvoirs entre la métropole et la fédération, et modifient en profondeur l’adossement du pouvoir colonial à certains groupes sociaux d’AOF.
C’est le triomphe du principe d’association, longtemps évoqué mais jamais véritablement mis en œuvre dans la fédération. Celui-ci comprend des transferts de pouvoir non négligeable vers les nouvelles élites colonisées, et, dans ces transferts, sont compris les services de police territoriaux, désormais sous le contrôle des Conseils de gouvernement. Ce transfert est capital, dans le contexte troublé des années 1956-1957 car il place complètement en porte-à-faux ces élites désormais décisionnaires face à des mouvements sociaux dont ils ont parfois été les initiateurs… Le transfert de la violence légitime est donc une étape cruciale qui doit permettre, dans l’esprit des réformateurs coloniaux, de poursuivre la politique coloniale à nouveaux frais. Nous posons donc l’hypothèse que ce transfert de pouvoir inaugure en Afrique noire une articulation historique majeure, qui, avant les indépendances, transforme la politique coloniale en politique impériale.


Yoshiharu Tsuboi (Univ. Waseda, Tokyo)
La gendarmerie japonaise (Kenpei) et les répressions dans les régions colonisées – Mandchourie et Indochine – pendant la Seconde Guerre mondiale
La réputation de la Kenpei (gendarmerie japonaise) comme machine cruelle de répression est solidement établie en raison de ses exactions non seulement chez les populations colonisées et occupées, mais aussi à l'égard des simples soldats japonais. En s'appuyant sur les documents historiques, on tentera d'éclaircir les origines, les fonctions et le fonctionnement ainsi que les caractéristiques de cette Gendarmerie, comme corps de répression.


Joël Glasman (Doctorant Sedet) (contribution écrite)
Policer le «pays des 25 coups». Stratégies sécuritaires et police coloniale au Togo (1884-1939)
Le Togo colonial fut la «colonie modèle» (Musterkolonie) des Allemands, avant d'être un «territoire pilote» pour les Français. Pour les Togolais, cependant, il fut le "pays des 25 coups". Cette contribution se propose d'analyser les stratégies policières coloniales sur une longue durée (1884-1939), c'est-à-dire à cheval entre la période allemande et française, afin d'étudier les continuités et les ruptures des discours et des pratiques répressives coloniales.
L'échelle privilégiée est ici celle de l'"État colonial", afin de comprendre comment s'articulent les discours élaborés dans les ministères métropolitains d'une part, et, d'autre part, les impératifs et inerties administratives locales. Le Togo est d'abord caractérisé par une pénétration coloniale relativement rapide – à la différence de ses voisins l'Ashanti et le Dahomey- et d'un contrôle policier efficace – épargnant aux colonisateurs allemands les expériences traumatisantes du Sud-Ouest africain (Namibie). Cela fut le résultat de stratégies pourtant tâtonnantes et d'une série de réactions ad hoc par une puissance coloniale allemande sans expérience coloniale préalable et sans vision à long terme. L'ordre colonial stable et le coût relativement bas de l'occupation coloniale alimenteront ainsi le mythe de la "colonie modèle". De même, le Togo restera relativement calme (si l'on excepte la révolte de Lomé en 1933) dans l'entre-deux guerre, alors que le nouvel Etat mandataire, la France, qui, à l'inverse de son prédécesseur, s'appuie sur une longue expérience coloniale, doit composer avec le contrôle (bienveillant) de la Société des Nations.
Malgré la rupture radicale affichée par la propagande française, les stratégies policières semblent largement se perpétuer d'une période à l'autre. Celles-ci se déploient en effet, pour les deux puissances, dans une même tension entre la nécessité de monopoliser la violence légitime d'une part, et les limites budgétaires, d'autre part. Paradoxe colonial permanent, la police doit vivre des taxes dont elle garantie elle-même le prélèvement. Les limites budgétaires imposant de s'appuyer sur des troupes africaines réduites , la question centrale pour le colonisateur reste, qu'il soit français ou allemand, celle de la loyauté de ses troupes. Mais les similitudes vont plus loin. Loin de réinventer des stratégies sécuritaires à partir des principes dont elle se proclame le garant, la France coloniale semble reprendre à son compte nombre d'idées et de pratiques allemandes. Les « races guerrières » (martial race) recrutées en priorité, de l'idée selon laquelle certains groupes ethniques seraient par essence plus aptes à la pratique des armes, restent sensiblement les mêmes : Hausa, mais surtout sociétés "sans-Etat" du nord, en particulier le groupe Kabiyé. Cette remarquable continuité s'expliquant probablement autant par une insertion économique inégale (nord/sud) du Togo dans l'économie coloniale que par la transmission des «savoirs coloniaux» . Au-delà du recrutement, le problème de distribution des policiers sur le territoire en fonction de leur appartenance ethnique (policiers de l'ethnie X pour dominer efficacement les Y afin d'éviter les accointances ou au contraire X pour X et Y pour Y pour accroître l'efficacité ?) reste, tout au long de la période coloniale, l'équation insoluble à laquelle le prisme ethnique condamne les dominants. La formation des policiers enfin, même si elle évolue considérablement au cours de la période, et quand bien même on ne saurait à première vue imaginer de domaine plus éloigné entre le modèle français et le modèle allemand (Invocation de valeurs opposées, système du « concours » à la française, importance donnée à la langue, etc.), semble trahir de nombreuses continuités entre l'avant et l'après-Première Guerre mondiale. La formation est centrée sur l’apprentissage de techniques policières (en particulier le tir) mais surtout sur l’acquisition, au quotidien, des codes, des règles, des postures imposées par des puissances coloniales qui cherchent d'abord à isoler ce groupe professionnel en construction du reste de la société. Le pas cadencé, la parade, la musique militaire, tout cela contribue à forger le groupe policier tout en rendant visible l’ordre colonial. L’encadrement reste sauf exception, et jusqu'à la seconde guerre mondiale, réservée aux Blancs.
Au final, la présente contribution cherchera à déterminer, à travers l'exemple du Togo, certaines des stratégies policières liées à l'organisation des forces de l'ordre, les héritages et les inerties d'un système répressif, ainsi que les possibilités de son changement.


Samuel Sanchez (Doctorant Sedet)
Escarmouches, prises d’otages. Stratégies de conquêtes et de soumission dans les petites colonies françaises de Madagascar et des Comores (1818-1885)
Les petites colonies françaises de l’océan Indien occidental (Sainte-Marie, Nosy Be, Mayotte) sont caractérisées, au début du XIXe siècle jusqu’à la première guerre franco-malgache (1883-1885) par le faible poids des administrations coloniales. Dans les périodes où la domination coloniale se concentre autour de ports-points d’appui, la gestion des périphéries et des campagnes, théoriquement sous contrôle, est assez lâche. Les maigres moyens mis à la disposition des établissements ne pouvaient permettre aux colonisateurs d’exercer une domination incontestée sur les habitants et les pouvoirs dynastiques locaux. Les colonisateurs, cantonnés dans les chefs-lieux (Dzaoudzi, îlot Madame, Hell-Ville) de ces colonies contrôlaient mal les environs proches.
Par quels moyens les colonisateurs conservent-ils le leadership sur des zones, aux portes de leurs villes, où leur présence reste sporadique ? Il apparaît que les colonisateurs ont fait usage de stratégies pragmatiques, parfois guerrières, mais surtout ponctuelles pour rendre durable leur autorité au sein même de leurs territoires. Trois modes d’action sont particulièrement notables et caractérisent le mode de coercition que les Français ont employé à Sainte-Marie, Nosy Be et Mayotte :
- la politique d’escarmouche ou la volonté de disperser les factions rivales, installées sur le territoire colonial mais obéissant à d’autres autorités que l’administration coloniale ;
- la politique de la prise d’otage effectuée contre les familles aristocratiques influentes ;
- la stratégie d’achat de la paix civile, passant par la corruption des notables les plus puissants.
Ces trois modes d’action sont révélateurs de la faiblesse de l’autorité coloniale dans ces comptoirs. Les colonisateurs sont obligés d’avoir recours à la ruse et à des modes détournés de répression pour affirmer leur présence ponctuellement, contre des groupes qui agissent en dehors de l’autorité coloniale.

Dominique Bois (Sedet)
La police à Diego Suarez
Nous nous proposons  de présenter les institutions et les techniques de maintien de l’ordre public pendant la période coloniale dans une ville portuaire  de Madagascar, Diego Suarez.
Capitale régionale, port de débarquement de migrants venues de tous les horizons de l’Océan indien, base militaire et navale de la métropole, Diego Suarez abrite une société cosmopolite dont le contrôle est confié à différentes institutions, civiles et militaires. En fonction des groupes, l’encadrement prend des formes particulières. C’est ainsi que Yéménites et Chinois sont organisés par l’administration en congrégations.
La police ne limite donc pas son activité à la surveillance de la «population indigène autochtone» elle s’informe également sur les réseaux « ransnationaux» dont les communautés migrantes  représentent les têtes de pont dans la capitale du Nord.
Etudier le travail quotidien de maintien de l’ordre, de renseignements effectué par l’administration coloniale à travers la littérature grise, la presse etc., c’est aussi mettre en lumière les lieux névralgiques de la sociabilité urbaine coloniale.


Naoyuki Umemori (Univ. Waseda, Tokyo)
De quelques caractéristiques du mode de gouvernement colonial japonais en Corée : les affinités entre Etat national et Etat colonial
La communication se donne comme point de départ le débat sur la punition par la flagellation qui agita les intellectuels japonais au début du XXe siècle. Au Japon, la flagellation fut un mode habituel de punition jusqu'à une époque relativement récente. Ce fut seulement en 1882 que le gouvernement de Meiji abolit la flagellation avec la promulgation de premier Code criminel d'inspiration occidentale. Cependant, la flagellation redevint un important sujet à portée politique lorsque les Japonais recoururent à ce type de punition à Taiwan et en Corée, récemment soumis à leur empire. Cela suscita un débat d'une portée considérable chez les intellectuels et fonctionnaires japonais, débat largement ignoré par les historiens et spécialistes de sciences politiques dont beaucoup pensent qu'il fut de peu d'importance. Mon intention est au contraire de le traiter comme un cas exemplaire offrant quelques intéressantes perspectives sur les traits caractéristiques du mode de gouvernement colonial japonais.
Au fil du débat, les implications de l'usage de la flagellation furent radicalement réinterprétées. Alors qu'elle symbolisait jusqu'alors l'arriération des mœurs japonaises, elle fut désormais présentée comme une punition civilisée et humaine, expression d'une administration dynamique et efficace. Quels furent les effets d'une telle redéfinition en Corée et au Japon ? Telle est la question théorique à laquelle je souhaite répondre. L'érudition conventionnelle présuppose que les sociétés non-occidentales, tels le Japon, se sont toujours modernisées en s'alignant sur les modèles occidentaux. Je souhaite pour ma part montrer combien les processus réels sont éloignés de cette interprétation commune de l'histoire. J'insisterai sur le fait que les colonies furent des lieux important d'élaboration et de contestation des institutions et des pratiques modernes, et que nous ne pouvons comprendre de manière pertinente la modernité du Japon et de la Corée sans analyser la nature du mode colonial de gouvernement.


Patrice Morlat (Sedet), et Charles Fourniau (Univ. d’Aix-Marseille)
Mouvement national et appareils répressifs en Indochine (1905-1925)
Cette communication traitera de la période insurrectionnelle et patriotique de la Ligue Duy Tan, dirigée par les deux chefs charismatiques que furent Pham Boi Chau et le prince Cuong Dê. Cette lutte contre le pouvoir colonial français en Indochine débute en 1905 et se termine au début des années vingt. Elle constitue, après celle du mouvement Can Vuong des débuts de la conquête, la seconde vague insurrectionnelle vietnamienne contre la présence française et, précède la dernière, celle des derniers mouvements révolutionnaires nationalistes et communistes de 1928 à 1954. Elle donne naissance à la mutation des mouvements mandarinaux traditionnels de résistance à la conquête en partis politiques modernes. Reposant à la fois sur les techniques nouvelles d’attentats à la bombe de type anarchiste mais aussi sur les plus anciennes de bandes armées venues de Chine du Sud, la ligue Duy Tan fera peser une réelle menace sur la présence française notamment après le déclenchement de la Première Guerre mondiale.
Le pouvoir colonial, après une période de tâtonnements comme celle de la mise en état de siège d’une partie de la colonie en 1914, y répondra, au milieu des années dix, par la mise en place d’appareils de répression modernes et civils comme la police de Sûreté indochinoise et la Direction des affaires politiques. La course de vitesse qui en découlera entre la répression et la révolution façonnera à jamais l’avenir de la colonisation française en Indochine.


Amadou Ba (Doctorant Sedet)
Le rôle des tirailleurs sénégalais dans la répression dans l’Empire colonial français
L’armée coloniale française qui a conquis et pacifié la grande île africaine, était composée d’éléments issus de la métropole mais surtout dans les colonies : Kabyles, Ouest-Africains, Comoriens, ressortissants de la côte française des Somalis, Réunionnais et même des Malgaches  etc. Si les éléments de l’AOF était assez peu représentés au début de la conquête (1 bataillon de tirailleurs haoussas et 500 conducteurs sénégalais), ils deviendront de plus en plus important après la prise de Tananarive et la pénétration dans le Sud avec l’arrivée du Général Gallieni. Après la chute du royaume merina, des troubles et des actes de banditisme secouèrent la plus grande partie du pays (le centre, l’ouest, et sud notamment) en gênant considérablement l’implantation des Français. Appelé au secours à cause de son expérience dans le Soudan et le Tonkin, le Général Gallieni décida dès son installation de faire appel aux éléments de l’AOF qu’il connaissait bien.
Connus sous la dénomination de «tirailleurs sénégalais», les recrues ouest-africaines furent utilisées comme des «pacificateurs» mais surtout comme éléments de répression (surveillants de prison, chargés d’exécution des rebelles, police urbaine et rurale, etc.) Ils furent sollicités dans les régions les plus troublées comme l’Ouest et le Sud. Cette utilisation reste encore visible à Madagascar comme l’atteste ce dicton local « soanagaly nahaizu baiko » = (agir comme un Sénégalais qui reçu des ordres). Aujourd’hui encore, une sorte de mythe ou de légende circule sur les Sénégalais à Madagascar. Ils sont perçus comme des violents et des méchants.
À travers des documents d’archives (archives nationales du Sénégal, archives de la République de Madagascar, archives de l’armée de terre et de la marine à Vincennes et archives d’Outre-mer à Aix-en-Provence), des sources orales, iconographiques et des anecdotes qu’on m’a racontées lors de mon voyage dans la Grande île en avril et mai 2006, je vais essayer de montrer qui sont réellement ces Sénégalais ? Pourquoi et comment les a-t-on utilisés dans la répression ? Quelles conséquences cela a entraîné ?


C – Législation

Laurent Manière (Docteur - Sedet)
Code de l’Indigénat en AOF (1887-1946)
Le système colonial français reposait sur la distinction fondamentale entre sujets indigènes et citoyens français. Le code de l’indigénat – encore appelé régime de l’indigénat ou indigénat- s’appuyait sur cette différenciation. Il fut introduit au Sénégal par le décret du 30 septembre 1887 puis étendu à toute l’AOF.
Elaboré en marge du régime judiciaire, l’indigénat permettait aux administrateurs coloniaux de réprimer d’une peine de 15 jours de prison et/ou d’une amende de cent francs toute une gamme d’infractions spéciales aux sujets indigènes telles que le «manque de respect envers un représentant de l’autorité française» ou le «non-paiement des impôts et non-accomplissement du travail obligatoire». En outre, des peines exceptionnelles donnaient aux gouverneurs la possibilité d’interner tout individu suspecté de menacer la sûreté de l’Etat colonial pour une durée de dix ans.
Le dialogue qui s’établit sur le terrain colonial entre la stratégie définie dans les textes réglementaires et les tactiques mises en œuvre par les agents d’exécution du pouvoir administratif et les sujets indigènes témoigne de l’extrême vivacité du régime qui joua un rôle coercitif majeur et contribua largement à l’insertion des sociétés colonisées dans l’économie de marché.
En l’absence de contre-pouvoir judiciaire régulier, de nombreux abus d’autorité furent dénoncés au cours des vingt premières années. La concurrence de la justice indigène et l’évolution de la politique coloniale rendirent des ajustements nécessaires. Des efforts furent donc déployés pour réglementer et adoucir les rigueurs du régime mais les administrateurs, qui dépendaient étroitement de leurs pouvoirs répressifs, continuèrent d’appliquer le régime avec sévérité : la crise économique de 1932-1934 constitua un pic répressif exceptionnel.
L’indigénat, plus âprement contesté en France par certaines personnalités métropolitaines et en Afrique par les «évolués», continua de s’émietter jusqu’à disparaître en 1946, en même temps que le statut d’indigène.


Pierre Ramognino (IHTP)
La répression en AOF et dans les colonies françaises restées sous l’autorité du régime de Vichy (1940-1943)
De 1940 à 1943, l’Afrique occidentale française, comme d’ailleurs la plupart des colonies françaises, reste sous l’autorité du régime de Vichy. Dès la fin de 1940, le gouvernement général, dirigé par Pierre Boisson, met en place un système de contrôle de la société de plus en plus répressif que l’on peut assez précisément étudier grâce aux nombreuses archives conservées aux Archives d’outremer (Papiers Boisson) ou aux Archives nationales (archives de la Haute cour de justice de la République).
En s’appuyant sur cette documentation et en comparant la situation de l’AOF avec les autres colonies restées sous le contrôle de Vichy (principalement l’Algérie, l’Indochine et les Antilles), notre contribution tentera de dégager les caractéristiques et les spécificités de la répression dans les colonies françaises à cette époque en montrant en quoi ces caractéristiques éclairent à la fois l’histoire et la sociologie du système colonial et celle du régime de Vichy.



3) Violences coloniales et sociétés locales

A – Culture et religion

Faranirina Rajaonah (Sedet)
Histoire exclue, histoires revisitées. Enseignement et autres apprentissages de l’histoire à Madagascar de 1916 à 1951
Après «la découverte» de la société secrète Vy Vato Sakelika (Fer, Pierre, Ramifications) en 1915, le gouvernement colonial supprime l’histoire des programmes de l’enseignement indigène jusqu’en 1951. Il s’agissait de limiter l’impact subversif d’une discipline ayant vocation d’entretenir  ou de forger un sentiment national. Mais il était impossible de bannir complètement l’histoire que les élèves découvrent désormais à travers des textes de lecture en français ou en malgache dans lesquels l’annexion de l’Île est assimilée à la Révolution de 1789. Toutefois, il restait possible à des jeunes Malgaches des villes (et plus particulièrement de la capitale) d’accéder à leur histoire par la fréquentation de cercles  rattachés à des églises, par la lecture de périodiques confessionnels où la connaissance se transmet  souvent dans leur langue. Ainsi, la jeunesse  citadine a tout de même pu trouver des espaces de liberté et profiter des limites de la surveillance coloniale, sinon d’une politique qui ne pouvait viser à l’acculturation des populations  soumises.


Didier Nativel (Sedet)
Ségrégation, répressions politiques et culturelles à Lourenço Marques (des années 1940 à 1975)
Après 1945, de Mafalala (quartier africain) à Polana (partie aisée de la ville blanche) existaient des formes d’opposition au système ségrégationniste et au salazarisme, que la PIDE (la police politique portugaise) voulait réduire au silence. Après une phase de relative accalmie à la fin des années 1950 (le régime est isolé diplomatiquement et tente d’améliorer son image), la répression (surveillance constante, censure, arrestations, torture) s’accentue à la suite d’insurrections en Angola (1961) puis dans le nord du Mozambique (1964). Le contrôle de la capitale, où ont été formés les cadres du FRELIMO, devient alors un enjeu majeur pour les Portugais.
Cette contribution se propose d’analyser les modes d’action de la puissance coloniale dans le cadre urbain, véritable laboratoire identitaire. Furent particulièrement touchés, la presse, le monde associatif, les cercles intellectuels et littéraires, les milieux musicaux. Le cas de prisonniers politiques emblématiques (Virgílio de Lemos, José Craveirinha et Luís Bernardo Honwana ; des intellectuels blanc, métis et noir) sera par ailleurs abordé et contextualisé.


Abdelmadjid Merdaci (Univ. de Constantine)
Constantine et son double, les territoires de l'autre et de l'interdit
Plus que dans toute autre agglomération algérienne l'érection et le développement de la «ville européenne» de Constantine sont concomitants de l'affirmation et de la puissance coloniales. Dans l'opposition à la médina originelle d'un urbanisme différent, la construction de la ville de l'altérité  européenne dessine par sa centralité, ses symboles, sa toponymie, les territoires des interdictions de séjour, une ségrégation culturelle, sociale et ethnique. En s'appuyant sur l'histoire de l'urbanisme colonial constantinois notre communication s'attachera à questionner des formes plus souterraines de violences quotidiennes.


Isabel Castro Henriques (Univ. de Lisbonne)
Dynamiques africaines d'autonomisation en situation coloniale : l'exemple angolais
Cette communication veut mettre en évidence les permanences et les changements des hégémonies africaines dans le cadre angolais de la fin du XIXe siècle jusqu'aux années 1930, permettant aux africains d'affirmer leur originalité culturelle et de devenir des acteurs fondamentaux dans le processus historique de la construction de l'Angola moderne.


B – Presse, cinéma et médias

Odile Goerg (Sedet)
Cinéma et censure en Afrique coloniale française
Dès le début du XXème siècle, le cinéma connut un succès en Afrique. Il faut toutefois attendre les années 1950, dans la majorité des colonies, pour que ce nouveau média touche un public large et diversifié. C’est dans ce contexte que se pose réellement la question de la censure. L’élargissement de la diffusion, le choix entre diverses salles dans les grandes villes mais aussi l’existence d’un public aguerri aboutissent à une situation paradoxale ; d’une part l’urgence de la mise en place d’une censure effective, de l’autre, la difficulté d’imposer une gamme restrictive de films dans le contexte des revendications indépendantistes. Contrairement à une vision schématique, la mise en place de système de censure fut laborieuse et complexe, marquée par des hésitations et un empirisme certain, dans les colonies françaises où la volonté de centralisation administrative se heurte constamment aux soucis d’autonomie locale. Il faut donc largement nuancer la vision d’un contrôle total de la distribution et d’une censure stricte des films en circulation. S’établit en fait un jeu complexe, entre les désirs des spectateurs et des acteurs culturels diversifiés et la volonté de contrôle de la part des autorités coloniales, missionnaires ou patronales mais aussi d’interlocuteurs africains (intellectuels, nationalistes, parents) qui s’engagent activement dans le débat sur l’impact des images. Tous les acteurs politiques ou sociaux s’accordent en effet pour attribuer aux images des vertus ou des vices importants mais le pouvoir qu’on leur suppose est ambigu : d’un côté visées pédagogiques, et partant civilisatrices (sic) ou éducatives, de l’autre potentiel subversif ou lénifiant.
Cette proposition se propose de faire l’historique des mesures législatives de censure, d’en mesurer l’impact concret ainsi que d’exposer les débats qui ont opposé les divers acteurs aussi bien sur les critères de censure (consensuels ou conflictuels) que sur leur application


Lucile Rabearimanana (Univ. d’Antananarivo)
Censure de presse et répression du mouvement nationaliste après l’insurrection de 1947 à Madagascar
Le mouvement indépendantiste gagne des couches de plus en plus nombreuses de la population malgache au lendemain de la seconde guerre mondiale. Mais il est victime d’une répression multiforme qui vise à le faire taire voire à l’abattre à partir du 2ème semestre 1946, au fur et à mesure que les nationalistes et surtout le parti qui cristallise les aspirations de bon nombre d’entre eux, le Mouvement Démocratique de la Rénovation Malgache, parviennent à remporter un succès foudroyant et que le régime colonial est de plus en plus remis en question par la plupart des Malgaches. La répression coloniale des activités politiques nationalistes doit donc être examinée en fonction du contenu des aspirations de la population et des comportements de celle-ci à l’égard du régime colonial. Elle dépend aussi de la politique de la IV République à l’égard de l’Union française, que nous examinerons à travers ses manifestations locales. Elle sévit partout dans l’île, notamment après divers incidents survenus à travers le pays, et se renforce par suite de l’éclatement de l’insurrection le 29 mars 1947.
Nous analyserons alors d’abord les différentes formes de la répression des insurgés comme des nationalistes «là où il ne s’est rien passé», et ensuite les réactions des populations malgaches face à une politique coloniale immobiliste et cantonnée dans des mesures négatives. Sources écrites officielles comme enquêtes de terrain permettent de cerner l’évolution des comportements des Malgaches provenant de milieux géographiques et sociaux différents avant et après l’insurrection. La violence de la répression coloniale influe sur les manifestations du nationalisme mais ne parvient pas à le mâter.


Jamaa Baïda (Univ. de Rabat)
La presse écrite sous le Protectorat français au Maroc : un régime d’état de siège
L’instauration du régime du Protectorat au Maroc en mars 1912 a empêché un processus national de réformes, certes assez timide, d’aller jusqu’à son terme. Le projet de constitution de 1908 avait bien laissé présager un Maroc nouveau au sein duquel «chaque Marocain a le droit de jouir de sa liberté individuelle à condition qu’il ne porte pas atteinte à autrui et à la liberté d’autrui […] la liberté d’expression existe à la condition de respecter l’ordre public» (articles 13 et 14).
C’est donc un pays dépourvu d’un régime de la presse que Lyautey a trouvé lorsqu’il a été affecté au Maroc comme premier Résident général de France. Il ne tarda pas à promulguer le dahir du 27 avril 1914 pour pallier cette lacune, mais surtout pour contrecarrer toute propagande hostile émanant de l’intérieur du pays comme de l’étranger. Ledit dahir s’inspirait bien de la loi française du 29 juillet 1881, mais sur bien des points elle était moins libérale ; à l’égard de la presse arabe et hébraïque, c’est-à-dire autochtone, elle était carrément discriminatoire. Un haut fonctionnaire de la Résidence, chargé des affaires de la presse et de l’information, Eugène Margot, ne cachait d’ailleurs même pas ses convictions intimes à ce propos, puisqu’il enseignait aux futurs officiers des Affaires Indigènes :
«La presse […] est une arme dangereuse dans les mains des gens inexpérimentés. Bienfaisante à divers titres chez les nations civilisées, elle convient peu aux peuples qui en sont encore au premier stade de leur évolution, surtout aux peuples arabes et berbères si facilement impressionnables».
Trois mois après la promulgation de la loi portant réglementation de la presse au Maroc, c’est l’instauration de l’état de siège (2 août 1914) sous les impératifs de la Grande Guerre. Désormais, le champ de liberté d’expression et de publication était devenu quasiment nul. Cet état de siège devait normalement être levé après la guerre, mais ce ne fut pas le cas. Malgré les protestations de la Ligue française des droits de l’Homme, Lyautey avait trouvé divers prétextes pour le reconduire, entre autres les opérations de «pacification» et la guerre du Rif. Plus tard, sous les successeurs de Lyautey, d’autres raisons étaient évoqués : la montée du mouvement national, la seconde Guerre Mondiale, la crise franco-marocaine, etc. En somme, le Maroc a vécu sous l’état de siège de 1914 à 1956, date de son indépendance. Il s’agit dans la présente communication de voir comment cette violence coloniale a été vécue par la presse écrite et au-delà par la population marocaine et les ressortissants français du Maroc.



C – Travail et migrants

Pierre Brocheux (Sedet)
Indochine française : la répression dans le monde du travail
Infractions à l'ordre et/ou la loi dans les campagnes, les sites industriels et les services urbains (atteintes à la propriété privée,  ruptures de contrats de la main d'œuvre, grèves, manifestations et occupations des lieux de travail). L'installation du système capitaliste français s'inscrit dans le contexte de la domination coloniale avec deux conséquences: 1) l'identification ou la confusion des mouvements sociaux à caractère professionnel avec les mouvements politiques de résistance et /ou de rejet du régime colonial 2) la surveillance et la répression du monde du travail évoluent en  fonction de l'évolution politique dans la métropole colonisatrice  avec un tournant en 1936-1937 lorsqu' apparait le front populaire en France.


Eric Guerassimoff (Sedet)
Répression des activités politiques des émigrés chinois à Singapour et en Malaisie
entre les deux guerres

Les immigrés chinois installés à Singapour et en Malaisie depuis le début du XIXe siècle ont renoué des liens politiques avec leur pays d’origine ou de naissance à partir de la fin du siècle. Cette contribution examinera l’attitude du colonisateur anglais à l’égard de cette progressive prise de conscience politique de fractions de plus en plus importantes de la population chinoise vivant sur les territoires qu’il administrait ; elle exposera les différents facteurs qui conduisent l’autorité coloniale à glisser rapidement de l’indifférence à la répression, et s’efforcera de mettre en lumière l’évolution de la réaction des immigrés chinois. Cette approche de la répression coloniale dans un contexte migratoire tentera de souligner l’intérêt d’une démarche historique dans l’appréhension de notions actuellement objet de l’attention des politologues et géographes, telle que celles de territoire et de citoyenneté transnationale.


Anissa Bouayed (Sedet)
Répression et presse : faire état de la répression syndicale, une prise de risque
Dans l’Algérie de l’après deuxième guerre mondiale, les rapports sociaux sont marquées par le durcissement du face à face colonial à partir du 8 mai 1945. «Date de non retour», «le jour où le monde a basculé», «le début de la Guerre d’Algérie»… toutes ces formules disent l’impact sur les deux camps de l’immense répression du 8 mai.
Le syndicalisme aussi est un bon observatoire de l’accélération et de la massification de la répression après cette date. Comment le sait-on ?
Les militants, la presse syndicale, politique, le journal du PCA Liberté et au jour le jour, les comptes-rendus d’Alger Républicain. Dans le reste de la presse algérienne  l’absence de l’écho des luttes syndicales et des mesures coercitives prises contre les organisations relèvent du déni d’existence… sans doute pour maintenir la légende dorée de la bonne entente, d’un Alger bon enfant…, de campagnes tranquilles, de travailleurs dociles.
Premier point : Avoir un état des lieux des luttes, de la répression par le patronat local, et par les institutions métropolitaines, c’est aller de l’autre côté du miroir : agissements de la police, de la gendarmerie, de l’armée pour les territoires du sud, de la justice… relais dans la presse : les mots pour le dire. Ceux de la presse coloniale, ceux d’Alger Républicain.
Deuxième question, autour du lien répression/stratégie : quel rôle joue la répression dans le choix d’une ligne syndicale ou politique, comment la valide ou l’invalide-t-elle ? Ainsi ne pas abandonner les organisations syndicales à la dureté du rapport colonial fut longtemps un argument pour ne pas autonomiser la centrale cégétiste en Algérie.
Troisième point : L’abus d’autorité, le primat à la criminalisation de l’action sociale sont à étudier aussi dans le champ des représentations, comme autant de manifestations phénoménologiques de la Force Publique, de l’Autorité. Le Surveiller et Punir se conjuguent ici au présent et au quotidien. Quelle image du pouvoir, de la métropole, de ses institutions en ressort, quelle figure alors de cette abstraction politique qu’est la France ?
En conclusion, peut-on y voir aujourd’hui un avant-goût amer des pratiques de la Guerre d’Algérie ?


Issiala Mandé (Sedet)
Violences coloniales, violence au quotidien : le travail forcé en AOF
La France s’enorgueillit, à la fin du XIXe siècle, d’avoir supprimé l’esclavage et de mener la lutte contre les négriers en Afrique occidentale. Mais en imposant le régime colonial, elle a juridiquement établit un système inégalitaire dans lequel les colonisés, sujets français, sont astreints de manière arbitraire à des travaux d’intérêt commun. L’apostolat du travail forcé se justifiait par «l’éducation des colonisés». Mais la perversité du système est la dépendance du colonat à la main-d’œuvre indigène recrutée de force et convoyée sur les chantiers et les conditions de vie des travailleurs assimilées à du demi-esclavagisme par le gouverneur Latrille en 1944.
Ce régime de travail dit obligatoire ou forcé peut être appréhender d’après le régime juridique du colonisé (code de l’indigénat, code du travail outre-mer…), la masse documentaire résultant des rapports périodiques ou de synthèse des administrateurs coloniaux contraints de lever par la cœrcition les contingents de travailleurs tout en ayant conscience que ces populations seraient maltraitées et les différents régimes des travailleurs.
Cette communication explore les fondements, les formes du travail forcés et les moyens mis en œuvre pour son éradication en 1946. Elle s’appuiera sur une importante iconographie.


Jean-Michel Mabeko-Tali (Howard University)
Nkayi, ou la mémoire de violence : la corvée du transport fluvial dans le Nord Congo, sous la colonisation française
«Nkayi» signifie la rame ou pagaie. Dans la mémoire collective des populations du Nord Congo, ce nom invoque également la corvée du transport fluvial, sous la colonisation française. Chaque année, tout homme valide pouvait être réquisitionné à n’importe quel moment, toutes affaires cessantes et pour une durée indéterminée, pour transporter l’administrateur ou le commandant blanc, ou son auxiliaire africain. Et cela pouvait arriver à une même personne et une même famille, et autant de fois que cela plaisait à l’administrateur colonial, et surtout, à son auxiliaire africain, et au chef local désigné par l’administration coloniale, et pouvait durer de quelques semaines à de longs mois. Tout refus, signifiait le châtiment physique, la prison et la déportation, voire la mort pure et simple du contrevenant. Cette réquisition signifiait donc, pour tout petit village, la paralysie partielle, ou totale de toute activité économique, et donc des périodes de disettes pour des familles entières. En se basant sur le cas concret de la localité d’Enyellé (Département de la Likouala, dans l’extrême nord de la République du Congo) et contrées riveraines de la Libenga et de l’Oubangui, mon texte cherchera à revisiter la mémoire collective, les histoires vécues de certains survivants de cette période. Il s’agira de voir, en l’occurrence, d’une part, comment fonctionnait le système à ce niveau, de la part de l’autorité coloniale, et d’autre part, les réactions, formes de résistance et d’organisation des familles touchées par la longue absence du chef de famille.  Il s’agira également de  travailler sur toute la mythique créée autour de cette expérience par les générations qui l’ont vécue.


Chantal Chanson-Jabeur (Sedet)
Conflit syndical et répression brutale : le 5 août 1947 à Sfax (Tunisie)
En janvier 1946, naît la première centrale syndicale tunisienne d'après -guerre  (UGTT) sous le regard bienveillant des autorités coloniales, qui entendaient ainsi compromettre  et freiner l'essor de la centrale cégétiste, laquelle bénéficie d'un capital positif au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Deux expériences syndicales  autonomes avaient préalablement vu le jour en 1924 et 1936, mais ces expériences s'étaient soldées rapidement par une dissolution à la suite de mesures coercitives et répressives de la part des autorités coloniales. A priori, les conditions étaient donc différentes.
Cependant, la jeune Centrale syndicale tunisienne se retrouve rapidement exclue  de la Commission des salaires en 1947. Malgré les appels à engager un dialogue émis par la direction centrale de l'UGTT à Tunis, et notamment son Secrétaire général et leader, Farhat Hached, l'Union Régionale de Sfax ugététiste envisage de déclencher une grève le 4 août 1947 et appelle la population tunisienne à suivre ce mouvement. Le droit de grève est un droit reconnu en Tunisie et pourtant, la répression sera brutale et en ce jour du 5 août 1947 à Sfax, le bilan sera lourd : 49 morts, des dizaines de blessés et emprisonnés.
La communication se propose de revenir sur un des évènements les plus tragiques de la période coloniale en Tunisie et de revisiter le contexte et les différents éléments qui ont amené à cette forme extrême de la répression dans le monde du travail.


Daouda Gary-Tounkara (docteur Sedet)
Violences coloniales, migrations des sujets de l’AOF et représailles des résistants. Les peuples de la zone forestière face à la «pacification» de la Côte d’Ivoire (1903-1915)
Au début du XXe siècle, la Côte d’Ivoire constituait déjà un des territoires les plus prometteurs sur le plan économique de l’Afrique occidentale française (AOF) en raison de l’étendue de sa zone forestière et de l’abondance de ses matières premières (bois d’acajou, huile de palme, noix de cola). Pourtant, la colonie fut tardivement «pacifiée» ou conquise de 1903 à 1915 par le pouvoir colonial et ses auxiliaires africains (tirailleurs sénégalais – soldats de l’armée coloniale –, marchands de colas – Dioula –, travailleurs migrants).
Plusieurs raisons peuvent expliquer l’intégration tardive de la Côte d’Ivoire à l’AOF : le désir des premiers gouverneurs de capter l’allégeance des populations locales (Baoulé, Abbey, Bété) par le biais des échanges commerciaux, le manque persistant de tirailleurs et surtout la résistance de populations déterminées à résister à l’introduction de l’impôt de capitation, aux prestations et à l’indigénat. Cette résistance armée aux opérations de police lancées par les administrateurs en poste en zone forestière affecta indirectement les migrants originaires du reste de l’AOF que les groupes autochtones assimilaient à des alliés d’un pouvoir agressif et méprisant : restriction de la circulation des marchands, ouvriers du rail et porteurs descendant du Soudan, représailles et exécutions sommaires…
La présente communication analyse les rapports entre les administrateurs de la Côte d’Ivoire, les groupes de la zone forestière et les migrants originaires du reste de l’AOF dans le contexte de la « pacification » de la Côte d’Ivoire de 1903 à 1915. Elle montre que les migrants, sujets de fraîche date et en quête de débouchés professionnels, se retrouvèrent pris en otage par les opérations de police et les troubles politiques opposant le pouvoir colonial aux résistants locaux.



4) Décolonisation : discours et aspects contemporains de la répression coloniale


Alessandro Triulzi (Univ. de Naples)
Les silences de l’outre-mer : les pièges de la mémoire coloniale italienne
Ces dernières années, le débat sur le passé colonial du pays a été enrichi et inquiété non seulement par les résultats de nouvelles recherches des historiens sur la violence meurtrière de ce passé, mais aussi par les évènements quotidiens qui troublent nos sociétés aussi que celles de l’Italie coloniale. L’arrivée des migrants africains en particulier des ex-colonies (Somalie,Libye, Erythrée) ou de l’Ethiopie en guerre avec ses voisins ont ré-ouvert le dossier colonial italien avec son long cahier de doléances: la répression de la résistance en Libye et en Ethiopie, l’usage des gaz dans la conquête et la pacification de l’empire (AOI), la déportation des nomades en Libye dans les camps de concentration, les décimations des intellectuels et des clercs éthiopiens après les attentats au Général Graziani préparent le terrain et ouvrent la voie au racisme ouvert et accepté des lois raciales introduites par la Fascisme en 1937-38. La violence répressive des italiens ‘braves gens’ est rappelée et renouvelée aujourd’hui par les silences de la mémoire coloniale, une mémoire jadis supprimée et aujourd’hui sublimée du passé national, qui s’exprime dans le rapport contradictoire envers les nouveaux sujets/migrants post-coloniaux et dans le refus de reconnaître le lourd héritage que la violence coloniale a laissé sur place et dans la conscience de la nation.


Monique Chemillier-Gendreau (Sedet) (communication écrite)
La colonisation au regard du droit international
Trois périodes ont divisé l'histoire du droit international au regard de l'entreprise de colonisation. La première ouverte avec le début des "Temps Modernes" et l'affirmation de la souveraineté des États, a été celle de d'un colonialisme autorisé. En effet, s'affirme alors la doctrine de la souveraineté des États. Celle-ci se définit par un ensemble de fonctions régaliennes dont la plus importante est le droit de faire la guerre, et notamment la guerre de conquête. Cette doctrine sera tempérée par les interrogations sur la guerre juste. Mais celles-ci relèvent du débat entre théoriciens (le plus souvent théologiens), mais n'entraîne pas de conséquences juridiques.
La seconde période est celle de la mise en cause, puis de la condamnation du colonialisme par le droit international. Inspiré par les luttes de libération nationale, ce mouvement conduira en 1960 à une condamnation du colonialisme par l'Assemblée générale des Nations Unies, condamnation ensuite relayée dans divers textes, y compris les Pactes Internationaux des droits de l'homme qui affirment avec force le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. Cela conduira les Nations Unies à créer un Comité de la décolonisation en charge de veiller à la marche vers l'indépendance de tous les peuples colonisés.
La troisième période est la période contemporaine, marquée par une certaine confusion idéologique. D'une part, des mouvements réactionnaires tentent de revaloriser a postériori le colonialisme et ses œuvres. D'autre part, les opprimés ou anciens opprimés tentent de faire reconnaître la colonisation comme un crime contre l'humanité. Cette tension dialectique est à replacer dans les difficultés à penser la mondialisation (dont le colonialisme a été un formidable accélérateur) dans le respect de valeurs affirmées (en même temps que non respectées) à propos de l'égale liberté de chacun.


Alain Ruscio
L'image fausse de la décolonisation « pacifique » de la Tunisie, 1950-1956
Il est fréquent, dans l'historiographie dominante, d'opposer les tragédies des guerres d'Indochine, puis d'Algérie, aux décolonisations "sages", "harmonieuses" des Protectorats du Maghreb - en particulier de la Tunisie - ou des colonies d'AOF et d'AEF.
S'il est évidemment hors de question de mettre sur un même plan les indicibles souffrances des colonisés "indochinois" et algériens et les drames vécus par le reste de l'Empire (rebaptisé Union française), il ne faut pas tomber non plus dans l'angélisme.
Si l'on s'en tient à la seule Tunisie, on constate que des procédés violents furent utilisés par le colonisateur : assassinats, ratissages, emprisonnements de militants nationalistes. En 1952-1954, le mot "fellagha" fait son apparition dans la presse française ; certains évoquent même une "guerre de Tunisie" qui commence. La sagesse de Mendès-France, par son discours de Carthage, fut d'éviter cette issue (même si ce discours ne fut pas l'annonce de la décolonisation, comme une certaine légende mendésienne l'affirme aujourd'hui).
À travers l'analyse du discours politique et journalistique, il sera souligné que la violence ne fut pas absente du processus de décolonisation tunisien.


Anne Marchand
Légitimes, illégitimes ? Les violences coloniales sous le regard de la presse française : le cas du Maroc (1950-1956)
Les manuels scolaires n'hésitent pas à séparer l'indépendance de l'Algérie de celles du Maroc et de la Tunisie. Si la première fut obtenue au terme d'une guerre (qui n'a dit son nom qu'en 1999), les deux autres auraient été "accordées" par la France, au terme de quelques "négociations" avec les leaders indépendantistes.
C'est omettre l'aspiration des peuples marocains et tunisiens à mettre un terme à la tutelle coloniale, fut-elle nommée "protectorat". C'est omettre leurs capacités d'organisation et de résistance, la force de leur mouvement d'indépendance, les formes de lutte qui furent les leurs, impossible à réduire à "quelques années de trouble". C'est surtout gommer la répression et les offensives militaires  dont ils firent l'objet.
La presse française des années cinquante, en se faisant l'écho des "événements marocains", a largement témoigné de la violence de cette période : celle des "rebelles" et des "terroristes" qui assassinent "sauvagement", "étripent", "égorgent", "dépassent" des victimes françaises innocentes mais celle aussi du pouvoir colonial, de la justice et de son arbitraire, des "Ultras", des militaires qui recourent à la torture, aux opérations de représailles… Les lignes éditoriales évoluent d'ailleurs au fur et à mesure de leur gravité jusqu'à,  par peur que "la France n'y perde son âme" (Le Monde), appeler de leurs vœux la restauration rapide du sultan sur son trône. Quitte à fermer les yeux lorsque le souverain chérifien prend ensuite le relais du pouvoir colonial pour balayer des pans entiers d'une armée de libération nationale décidée à poursuivre sa lutte jusqu'à "l'indépendance totale".


Jacques Weber (Univ. Nantes)
La répression coloniale au Bangladesh en 1971
On oublie parfois que la colonisation, loin d’être un fait historique des époques moderne et contemporaine, loin d’être le fait de l’Occident, commence avec les premières sociétés. Avant la colonisation grecque de l’Antiquité, les Indo-Européens colonisèrent, au sens propre du terme, les immenses espaces s’étendant de l’Atlantique aux bouches du Gange. Avant les Espagnols et les Portugais, les Hollandais, les Britanniques et les Français, il y eut les Arabes. Lorsqu’ils font irruption en Afrique et en Asie, les Européens interrompent des processus, en cours, de domination et de colonisation. Leur départ, dans les deux décennies qui suivent la Seconde Guerre mondiale, libère ces impérialismes régionaux longtemps contenus. Tandis que certains Etats, comme la Chine au Tibet, vassalisent leurs voisins, d’autres sont déchirés par les méfaits de la colonisation interne. C’est le cas au Soudan, où le Sud, noir, animiste et chrétien, livre une longue guerre de libération au Nord, arabe et musulman. C’est également le cas au Pakistan oriental, qui a obtenu son indépendance en 1971 au terme d’une guerre de décolonisation, ce que les observateurs de l’époque et les historiens n’ont pas suffisamment souligné.
Lorsque, en mars 1971, Mujibur Rahman lance le mouvement de désobéissance civile, le Pakistan oriental est, depuis près d’un quart de siècle, une colonie d’exploitation. Pour le numéro 2 de la Ligue Awami, Tajuddin Ahmed, «une classe d’exploiteurs appartenant à la région de l’Ouest a sucé le Bengale oriental». Mais plus que d’être «la vache à lait» des Sindhi et des Pendjabi, le futur Bangladesh souffre de la colonisation culturelle et de la guerre que les dirigeants de l’Ouest livrent à sa langue et à sa civilisation.
Le conflit qui oppose en 1971 les résistants bengalis, les Mukti Bahini, aux troupes pakistanaises de Tikka Khan, le «boucher du Baloutchistan» devenu «le boucher du Bengale», a marqué toux ceux qui ont aujourd’hui plus de cinquante ans. Il fut l’un des pires désastres humains de ce XXe siècle émaillé de tant de drames et de génocides. Dès le 31 mars, Indira Gandhi qualifie de «génocide» la répression qui s’abat sur les membres de la Ligue Awami, les journalistes, les étudiants et les défenseurs de la culture bengalie. Les victimes se comptent par centaines de milliers, par millions peut-être, la Ligue Awami avançant le chiffre de trois millions de morts. L’intervention de l’armée indienne, en décembre 1971, met un terme à ce que le journaliste Paul Dreyfus considère comme «l’une des plus affreuses boucheries de l’histoire». Tandis que l’Inde consolide, au nom de la défense des droits de l’homme, ses positions politiques dans sa région, les grandes puissances, guidées par leurs intérêts géostratégiques, sont avant tout préoccupées soit d’avancer leurs pions, soit d’empêcher le bloc adverse de le faire.


Marion Libouthet (Doctorante Univ. Nantes)
La répression coloniale au Tibet depuis 1950
S’adressant aux membres du Parlement européen, Tenzin Gyatso, l’actuel quatorzième Dalai Lama, déclarait en 1996 que la question du Tibet est «une question de domination coloniale : il s’agit de l’oppression du Tibet par la République populaire de Chine et de la résistance du peuple tibétain à celle-ci.» C’est en octobre 1950, au moment même où les dirigeants des pays non-alignés condamnaient avec force toutes formes de colonialisme, que Mao Tse-toung ordonnait à ses troupes de marcher sur le Tibet afin de libérer le peuple tibétain de l’impérialisme étranger et de la féodalité de leur société. Abandonné par ses anciens protecteurs, les Britanniques, et par l’Inde de Nehru fraîchement indépendante, le Dalai Lama fut rapidement dans l’obligation d’accepter l’ «Accord en 17 points» signé en mai 1951 sous la contrainte par les délégués tibétains à Pékin. Le sort du Tibet allait désormais être scellé par cet accord. Après avoir joui d’une indépendance de facto depuis 1913, le Toit du monde rejoignait la République populaire de Chine  qui depuis maintenant plus de cinquante ans exerce sur le  Tibet une  politique coloniale dont l’un des aspects les plus marquants réside dans la violente répression exercée à l’encontre du peuple tibétain,  répression ayant entraîné d’après les chiffres généralement donnés la mort de 1,2 millions de Tibétains. S’il est délicat de parler de génocide, comme certains observateurs de la question tibétaine le  font,  il apparait néanmoins de façon claire que la politique  répressive de Pékin à l’égard du Tibet a entraîné la mort de centaines de milliers de Tibétains et la quasi-destruction de leur identité culturelle. Tandis que l’exploitation économique du Tibet au profit de la Chine ne cesse de se développer et que le transfert massif de colons chinois s’intensifie, la violation des droits de l’homme du peuple tibétain n’est contesté que de façon symbolique par la communauté internationale qui pour des raisons stratégiques et politiques a fait le choix en 1950 de sacrifier le Tibet.






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jeudi 8 novembre 2007

Groupe de recherche sur l'histoire de l'Algérie coloniale et de la guerre d'indépendance algérienne (Sylvie Thénault)

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Groupe de recherche sur l'histoire

de l'Algérie coloniale et de la guerre

d'indépendance algérienne

Sylvie THÉNAULT


thenaultL’histoire de l’Algérie coloniale et de sa guerre d’indépendance se signale à la fois par sa présence dans le débat public et son dynamisme dans le champ de la recherche.

La dimension polémique de cette histoire, enjeu politique, si ce n’est électoraliste, en effet, a été très récemment réactivée par des initiatives des pouvoirs publics locaux et nationaux dans le domaine de la commémoration et de la recherche, avec notamment l’annonce de la création d’une Fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie.

Un tel contexte d’instrumentation politique n’empêche cependant pas la recherche universitaire d’être féconde. Les travaux en cours, des thèses récemment soutenues et des livres parus témoignent de tendances dessinant ensemble un mouvement de renouvellement de cette histoire sous l’influence de divers facteurs.

En dehors du débat politique, en effet, le traitement de cette histoire tend à se banaliser et à s’inscrire dans un champ historique qui ne peut plus être défini comme étant simplement celui de l’histoire de l’Algérie : le temps de désenclavement et de la mise à distance serait-il venu ? La fin de la guerre civile sur place, par ailleurs, rend possible des recherches dans les archives conservées en Algérie, des visites sur les lieux de cette histoire, des rencontres avec ses témoins. Le post-colonialisme et ses approches, enfin, objet d’un vif engouement en France, viennent-il éclairer cette histoire d’un jour nouveau ?

Sylvie Thénault


programme de travail


23 janvier : Politique de la mémoire, politique de la recherche
Eric Savarèse [ci-contre] et Jacques Frémeaux 1164894570906
Quels liens entre des politiques de la mémoire comme l’inauguration d’un mur des disparus à Perpignan et des politiques de la recherche comme la création d’une Fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie ? Comment des historiens et des chercheurs peuvent-ils intervenir dans ce contexte ? Quelles positions diverses, tant déontologiques qu’éthiques, peuvent-ils être amenés à adopter et à défendre ?
   
20 février : Désenclaver l’histoire de l’Algérie
Yann Scioldo-Zürcher2418322
Yann Scioldo-Zürcher a choisi d’inscrire sa thèse, consacrée à la politique d’intégration des Français d’Algérie rapatriés, dans la catégorie de l’histoire migratoire française, à laquelle il a emprunté méthodologie et approches pluridisciplinaires. Une telle démarche témoigne d’un refus de l’inscription dans un champ de l’historiographie qu’un découpage en aires culturelles conduirait à qualifier d’ «histoire de l’Algérie». Cette qualification tendrait-elle à être de moins en moins pertinente pour catégoriser les travaux ? Qu’apporte le parti pris d’aller chercher des ressources bibliographiques et méthodologiques ailleurs que dans le champ traditionnellement désigné comme étant celui de l’ «histoire de l’Algérie» ? En quoi ce parti pris contribue-t-il à désenclaver cette histoire, en la sortant des problématiques et des interprétations traditionnellement retenues et débattues par ses spécialistes ?

19 mars : Les sources en Algérie
Après une introduction par Sylvie Thénault, cette séance prendra la forme de plusieurs brèves interventionsthenault destinées à partager des expériences de recherche en Algérie, tant dans les centres d’archives publiques qu’auprès d’acteurs et de témoins. Le retour d’une relative sécurité en Algérie a en effet permis la multiplication de séjours sur place. Quelles premières conclusions en tirer sur les gisements de sources, leur accessibilité ? Quels enjeux ces séjours, porteurs d’échanges entre les deux pays, font-ils apparaître tant en France qu’en Algérie ?

9 avril : Mettre à distance
Jean-Pierre Peyroulout_images_1
Auteur d’une thèse sur les massacres de mai-juin 1945 à Guelma, Jean-Pierre Peyroulou expliquera les partis pris méthodologiques et les choix d’écriture auxquels il a recourus dans le but de mettre à distance des événements aussi dramatiques, traumatisants et chargés d’enjeux au présent, y compris dans les relations bilatérales franco-algériennes. Plus généralement, alors que l’espace public est saturé de polémiques entretenues par des usages politiques de vécus traumatisants – la remarque vaut aussi pour les harkis, par exemple – l’historien peut-il se doter de moyens spécifiques, dans ses protocoles de recherche et d’écriture, pour s’en extraire ?

14 mai : Qu’est-ce qu’une approche post-coloniale de la guerre d’Algérie ?Paris_1961
Jim House et Neil MacMaster (sous réserve)
Dans leur livre Algerians, State Terror and Memory (Oxford University Press, 2006), Jim House et Neil MacMaster ont proposé une relecture des événements d’octobre 1961 en région parisienne. Dans quelle mesure leur travail relève-t-il d’une approche post-coloniale ? Qu’ont-ils puisé dans les travaux antérieurs s’en réclamant ? Qu’apporte une telle approche au renouvellement de l’histoire de cette période ?


18 juin : De l’histoire des Algériens à celle de l’Empire
Emmanuel Blanchardbarrage_1
À partir de son travail sur le traitement des Algériens par la police en région parisienne de 1945 à la fin de la guerre d’Algérie, Emmanuel Blanchard se propose de réfléchir à l’articulation des espaces au sein de l’espace impérial français. Au-delà du seul lien entre Algérie et métropole, comment repenser la relation entre espace régional, espace métropolitain, espace algérien, espace maghrébin… alors même qu’à l’époque ces espaces n’étaient pas cloisonnés, séparés, ni dans la circulation des hommes, ni dans l’esprit des contemporains ?


- source de la photo de soldats utilisée pour l'image-titre : hemaridron.com


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Riad el-Fath, aux "martyrs de la guerre d'indépendance"
à Alger : commémoration monumentale unilatérale


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Belle initiative, mais s'ouvrir sur les archives arabes

Le projet d'un tel groupe de recherche est noble et prometteur ; il va sans dire qu'il pourra s'ouvrir sur des chercheurs non occidentaux et sur des archives arabes : algériennes, tunisiennes, marocaines, égyptiennes, etc... je dois signaler qu'un chercheur tunisien prépare à l'université d'Alger un doctorat en histoire contemporaine sur "LES TUNISIENS ET LA RÉVOLUTION ALGÉRIENNE, 1954-1962" ; elle sera soutenue dans les jours qui viennent et son corpus fondamental est constitué de sources tunisiennes arabophones.

   Ahmed JDEY, Historien, Tunisie

Posté par Ahmed JDEY, vendredi 9 novembre 2007 à 18:36


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"l'armée des frontières", l'ALN au camp de l'Oued Mellègue en Tunisie vers 1960
(source)


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mardi 6 novembre 2007

La IVe République et l'outre-mer français (colloque)

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la IVe République et l'outre-mer français

Colloque organisé par Centre d'histoire de Sciences Po

Avec le concours du Centre de recherche sur les sociétés de l'Océan indien


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jeudi 29 et vendredi 30 novembre 2007

Centre d'histoire de Sciences Po - 56 rue Jacob Paris VI e


Jeudi 29 novembre

9h15 : Ouverture par Jean-François Sirinelli

Introduction par Pascal Cauchy


9h45 –12h45 : La question institutionnelle de l'Empire

Président de séance : Gilles Le Béguec

- L'Empire au sortir de la guerre : Jean-François Muracciole

- Quelle «constitution» pour l'Empire ? : Didier Maus

- Les projets de réforme de l'Union française, 1954-1958 : Bernard Droz

- La départementalisation : Yvan Combeau

- Les territoires d'outre-mer : Frédéric Angleviel

Pause

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14h30 – 18h : Les gouvernements, les forces politiques et l'outre-mer

Président de séance : Frédéric Angleviel

- Les groupes de pressions parlementaires : Gilles le Béguec

- La présidence du conseil : Maria Romo-Navarette

- Les ministères chargés de d'outre-mer : Bernard Vinay

- Le parti communiste et l'Empire : Yves Santamaria

- Les «synergies politiques» du centre droit et du gaullisme : Frédéric Turpin

- Les socialistes français face à la décolonisation: l'idéologie à l'épreuve des faits : Noëlline Castagnez


Vendredi 30 novembre

9h15 - 12h30 : La IVe République, son personnel et l'Empire

Président de séance : Marc Michel

- L'administration coloniale : Francis Simonis

- L'Armée : Hervé Lemoine

- Éduquer : Jean-Hervé Jézéquel

- La réforme par l'économie et le développement : Daniel Lefeuvre

- Le coût de l'Empire : Hugues Tertrais

Pause

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Cérémonie à Versailles (10 décembre 1947) : installation
de l'Assemblée de l'Union Française.
Cette assemblée siège dans la salle dite du Congrès,
dans l'aile du Midi, au Château de Versailles. Albert SARRAUT préside,
Vincent AURIOL est à la tribune. On reconnaît Edouard HERRIOT et Gaston MONNERVILLE
au premier rang de l'hémicycle. (Photo :France-IIlustration) -
source

 

14h15 – 16h30 : L'enjeu international et les guerres coloniales

Président de séance : Samya El Mechat

- La diplomatie française et l'Empire : Pierre Grosser

- Les enjeux de la guerre froide : Laurent Rucker

- Le renseignement : Olivier Forcade


16h45 – 17h15 : Conclusion  par Yvan Combeau

Comité d'organisation : Pascal Cauchy (Centre d'histoire de Sciences Po), Yvan Combeau (Directeur du Centre de recherche sur les sociétés de l'Océan indien), Jean-François Sirinelli (Directeur du Centre d'histoire de Sciences Po


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la France et l'Union française - Géographie pour le cours moyen de l'enseignement
primaire, par Jean Tarraire, carte de L. Bergelin, Nathan, 1950 (?)
- cliquer sur la carte pour l'agrandir -


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GAUTIER Carole
Centre d'histoire de Sciences Po
56, rue Jacob
FR 75006 Paris

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mercredi 31 octobre 2007

Lyautey avait compris avant tout le monde... (Nicolas Sarkozy)

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Lyautey avait compris avant

tout le monde...

Nicolas SARKOZY

 
                                                     
Discours de Nicolas Sarkozy, président de la République
à Tanger le 23 octobre 2007

Mesdames et Messieurs les Ministres

Mesdames et Messieurs, 

D6BT8378netJe suis venu adresser au Maroc, le salut de la France et redire au peuple marocain l’indéfectible amitié du peuple français.

Ce matin j’ai parlé aux représentants du peuple marocain des relations entre nos deux nations.

 Ce sont deux vieilles nations qui ont toujours été jalouses de leur indépendance.

Ce sont deux vieilles nations qui ont subi toutes les invasions et qui à chaque fois sont ressorties des épreuves que le destin leur imposait plus libres, plus fières et plus grandes. 

Le Maroc et la France, ce sont deux vieilles nations qui ont brassé les peuples, les croyances, les langues et les cultures et qui ont su tirer leur unité de leur diversité, deux vieilles nations qui se sont toujours vécues comme des creusets, deux vieilles nations qui se sont forgées chacune au fil des siècles une identité forte et une identité singulière, deux vieilles nations qui, parmi d’autres, incarnent pour tous les hommes un idéal qui les dépasse, une cause plus grande qu’elles-mêmes, une valeur spirituelle et morale sans commune mesure avec les moyens matériels qui sont les leurs, avec leur taille, avec leur population, avec leur économie.

Ce qui fait que depuis toujours en vérité, par-delà les vicissitudes de l’histoire, le Maroc et la France, c’est ce qui fait que le Maroc et la France s’aiment et se comprennent.

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la grande figure de Lyautey

Comment venir au Maroc pour un chef de l’État français sans évoquer la grande figure de Lyautey, ce grand soldat placé par le hasard des circonstances à la tête d’un protectorat et qui n’eut jamais d’autre objectif, à rebours des préjugés et de l’idéologie qui dominaient alors les esprits, que de protéger le peuple marocain, parce qu’il aimait et parce ce qu’il respectait, de valoriser la richesse de votre patrimoine et la grandeur de votre civilisation et d’apprendre aux Marocains et aux Français à s’aimer et à se respecter.

Lyautey avait compris avant tout le monde que nul ne pourrait s’opposer à l’aspiration des peuples à disposer d’eux-mêmes et il s’était fait un devoir de les accompagner sur le chemin de cette liberté.

Il fut l’un de ceux qui ont préparé l’avènement du Maroc moderne.

Il fut l’un de ceux grâce auxquels un sentiment de fraternité a pu s’établir entre le Maroc et la France malgré les fautes et parfois les crimes que le protectorat avait engendrés.

Cette fraternité, elle sera scellée par le sang versé des vingt-cinq mille soldats marocains morts pour la France et pour sa liberté.

C’est sur cette fraternité que la France veut fonder sa relation avec le Maroc.

CPS

Cette fraternité, c’est celle qui unit deux peuples que leur histoire a portés à l’ouverture aux autres, à la tolérance, au respect de la dignité de la personne humaine, à des formes d’humanisme beaucoup plus proches l’une de l’autre que les apparences pourraient le laisser croire.

C’est ici, très exactement ici au point de rencontre de l’Europe et de l’Afrique, au point de rencontre de la chrétienté et de l’islam, sur cette terre qui fut le foyer de la grande civilisation arabo-hispanique, au milieu de ce peuple marocain qui n’a jamais haï personne, de ce peuple marocain qui n’a jamais persécuté personne, de ce peuple marocain qui s’est battu farouchement que pour être libre et de ce peuple marocain dont l’honneur est d’avoir protégé les Juifs quand, toute l’Europe ils étaient pourchassés pour être exterminés. Ici, on a protégé des juifs.

majorelle_tangerC’est ici donc, au milieu de ce peuple marocain si profondément civilisé, dépositaire de tant d’héritage.

C’est ici dans cette ville de Tanger qui fut tour à tour phénicienne, carthaginoise, romaine, byzantine, arabe, portugaise, anglaise, internationale, cette ville de Tanger, qui vit passer Espagnols, Allemands, Français et qui est redevenue pour toujours pleinement marocaine,

c’est ici dans ce grand port du Maroc sur la Méditerranée,

c’est ici où pour la première fois un souverain marocain osa parler à haute voix de l’indépendance du Maroc et de la fin des empires coloniaux,

c’est ici où le Maroc affiche sa volonté d’être d’abord une puissance méditerranéenne,

c’est ici, dans ce port, dont le Maroc veut faire l’un des plus grands et l’un des plus actifs de toute la Méditerranée,

c’est ici que j’ai souhaité lancer à tous les peuples de la Méditerranée l’appel pressant et solennel à s’unir autour du plus beau et du plus grand des idéaux humains.

 

ce qui sépare les Méditerranéens...

Ici, dans cette ville de Tanger qui a vécu toute son histoire à l’unisson de tous les drames de la Méditerranée et qui en a partagé aussi tous les succès, toutes les avancées, toutes les conquêtes intellectuelles et spirituelles, de cette ville de Tanger je veux dire à tous les Méditerranéens qu’ils ne seront réellement fidèles à l’héritage de culture, de civilisation, d’humanité, de foi dont ils sont les dépositaires que s’ils deviennent capables de comprendre que ce qui les sépare est infiniment moins important que ce qui les rapproche et s’ils ont la volonté de se parler et d’agir ensemble au nom de tout ce que nous avons en commun.

On n’a pas cessé depuis des décennies de parler de tout ce qui unit les hommes autour de la Méditerranée.

On n’a pas cessé de vanter les mérites du dialogue des cultures, des civilisations et des religions.

Au monde méditerranéen qui n’a pas cessé depuis des siècles d’être écartelé entre l’esprit des croisades [ci-contre] etCroisades l’esprit du dialogue, qui n’a pas cessé d’être tiraillé entre la haine et la fraternité, qui n’a pas cessé d’hésiter finalement entre la civilisation et la barbarie, je veux dire que le temps n’est plus au dialogue puisqu’il est à l’action, qu’il n’est plus temps de parler parce qu’il est venu le temps d’agir.

À tous les Méditerranéens qui n’arrivent pas à sortir des cycles infernaux de la vengeance et de la haine, à tous les Méditerranéens qui rêvent de paix et de fraternité et qui ne voient partout que la guerre de tous contre tous, à tous les Méditerranéens qui sont pétris de tolérance et d’humanisme et qui se désespèrent de ne rencontrer que l’intolérance et l’intégrisme, je veux dire que le moment est venu de passer du dialogue à la politique, que le moment est venu de cesser de discuter pour commencer à construire.

À tous les Méditerranéens, à tous les peuples qui vivent dans cette lumière miraculeuse qui a éclairé les plus beaux rêves de l’humanité,

à tous les hommes de bonne volonté qui se souviennent en regardant la mer qu’ils sont les fils de ceux qui par la foi et par la raison ont mis pour la première fois l’Homme au centre de l’univers et lui ont appris que son histoire était tragique,

à tous les hommes, à toutes les femmes qui se sentent les héritiers de ceux qui ont appris à l’humanité une autre façon de croire, une autre façon de penser.

 

Ici on gagnera tout ou on perdra tout.

Je veux dire que le moment est venu de mettre toutes leurs forces et tout leur cœur à bâtir l’Union de la Méditerranée, car ce qui se joue là est absolument décisif pour l’équilibre du monde. Pas seulement décisif pour l’avenir des peuples riverains, décisif pour l’avenir de l’humanité.

En Méditerranée, se décidera si oui ou non les civilisations et les religions se feront la plus terrible des guerres.

En Méditerranée se décidera de savoir si oui ou non le Nord et le Sud vont s’affronter, en Méditerranée se décidera de savoir si oui ou non le terrorisme, l’intégrisme, le fondamentalisme réussiront à imposer au monde leur registre de violence et d’intolérance. Ici on gagnera tout ou on perdra tout.

Là se décidera une forte décision de l’avenir de l’Europe et l’avenir de l’Afrique.

Car l’avenir de l’Europe, je n’hésite pas à le dire, il est au Sud. En tournant le dos à la Méditerranée, l’Europe se couperait non seulement de ses sources intellectuelles, morales, spirituelles, mais également de son futur.

Car c’est en Méditerranée que l’Europe gagnera sa prospérité, sa sécurité, qu’elle retrouvera l’élan que ses pères fondateurs lui avaient donné.

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C’est à travers la Méditerranée que l’Europe pourra de nouveau faire entendre son message à tous les hommes.

C’est par la Méditerranée, dans la prise de conscience de ce qu’elle lui doit, que l’Europe retrouvera son identité, que son projet retrouvera le sens qu’il n’aurait jamais dû perdre, qui est celui d’un projet de civilisation.

C’est à travers la Méditerranée que l’Europe et l’Afrique s’uniront.

C’est à travers la Méditerranée que l’Europe et l’Afrique se construiront une destinée commune.

C’est à travers la Méditerranée que l’Europe et l’Afrique pèseront ensemble sur le destin du monde et sur le cours de la mondialisation.

C’est à travers la Méditerranée que l’Europe et l’Afrique tendront la main à l’Orient.

Car si l’avenir de l’Europe est au Sud, celui de l’Afrique est au Nord.

J’appelle tous ceux qui le peuvent à s’engager dans l’Union méditerranéenne parce qu’elle sera le pivot de l’Eurafrique, ce grand rêve capable de soulever le monde.

L’Union méditerranéenne, c’est un défi, un défi pour chacun d’entre nous, peuples de la Méditerranée.

C’est un effort que chacun d’entre nous devra faire sur lui-même pour surmonter les haines et les rancoeurs que les enfants héritent de leurs pères depuis des générations à qui on apprend à détester l’autre, le voisin, le différent.

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C’est un effort pour que chacun cesse de transmettre la haine pour transmettre l’amour, cet amour qui est déjà dans le cri d’Antigone, il y a 2500 ans : «Je suis née pour partager l’amour, non pour partager la haine».

Cet amour qui est l’essence du judaïsme, cet amour qui est l’essence du christianisme, cet amour qui est l’essence de l’islam et que les fanatiques n’ont eu de cesse de vouloir étouffer, cet amour qui est dans notre culture, qui est dans notre pensée, qui est dans notre religion, dans notre art, dans notre poésie mais qui n’est pas assez dans les cœurs parce que ce sont des cœurs blessés que les cœurs des peuples de la Méditerranée, des cœurs déchirés par d’horribles souffrances et le souvenir d’atroces douleurs.

 

Nous ne bâtirons pas l’Union de la Méditerranée

sur la repentance

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l’Europe a vécu l’un de ces moments terribles où la souffrance et la douleur crient plus fort que l’amour. L’Europe, elle, a réussi à les surmonter. Après tant de meurtres, après tant de sang, après tant de violences et de barbaries depuis des siècles, l‘Europe s’est engagée sur le chemin de la paix et de la fraternité.

La France appelle tous les peuples de la Méditerranée à faire la même chose, avec le même objectif et avec la même méthode.Nous ne bâtirons pas l’Union de la Méditerranée sur l’expiation par les fils des fautes de leurs pères.

Nous ne bâtirons pas l’Union de la Méditerranée sur la repentance, pas plus que l’Europe ne s’est construite sur l’expiation et sur la repentance. Jean Monnet et Robert Schuman n’ont pas dit aux Allemands : «expiez d’abord, nous verrons après». Ils leur ont dit : «construisons ensemble un avenir commun».

Le Général de Gaulle n’a pas dit au Chancelier Adenauer : «expiez d’abord, nous nous serrerons la main ensuite». Il lui a dit : «maintenant, soyons amis pour toujours».

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La Méditerranée n’est pas une page blanche mais tout

son avenir n’est pas contenu dans son passé

Nous bâtirons l’Union de la Méditerranée comme l’Union de l’Europe sur une volonté politique plus forte que le souvenir de la souffrance, sur la conviction que l’avenir compte davantage que le passé.

Il ne s’agit pas d’oublier. Il ne s’agit pas de faire la politique de la table rase. Il ne s’agit pas de faire comme s’il n’y avait pas eu d’histoire.

Vouloir l’Union de la Méditerranée, ce n’est pas vouloir effacer l’histoire, ce n’est pas vouloir tout recommencer à zéro. Mais c’est vouloir prendre l’histoire où elle en est et la continuer au lieu de la ressasser. La Méditerranée n’est pas une page blanche mais tout son avenir n’est pas contenu dans son passé. Son avenir n’est pas condamné à être la répétition de son passé.

Faisons ce qu’ont fait les pères fondateurs de l’Europe. Tissons entre nous des solidarités concrètes, sans cesse plus étroites, autour de projets pragmatiques qui mettent en jeu les intérêts vitaux de tous nos peuples.

Faisons comme les pères fondateurs de l’Europe qui ont fait travailler ensemble des gens qui se haïssaient pour les habituer à ne plus se haïr.

Nous ne ferons pas d’emblée l’Union Méditerranéenne sur le modèle actuel de l’Union Européenne avec ses institutions, ses administrations, son degré élevé d’intégration politique, juridique, économique. Comme l’Union Européenne ne ressemble finalement à rien de ce qui a pu être tenté jusqu’à présent pour unir des peuples, il est probable que l’Union Méditerranéenne, à terme, ne ressemblera pas à l’Union européenne et à ce qu’elle est devenue mais qu’elle sera elle aussi, en fin de compte, une expérience originale et unique.

 

rendre irréversible

le projet d'Union de la Méditerranée

Cette expérience originale, unique, c’est à nous, c’est à notre génération de l’engager, c’est à notre génération de créer les conditions de sa réussite, c’est à notre génération de rendre irréversible le projet d’Union de la Méditerranée.

Car cette Union ne se fera pas en un jour, mais nous aurons rempli notre mission historique si, après nous, plus personne ne songe à revenir en arrière et si tout le monde au contraire veut aller à partir de ce que nous aurons fait, vers davantage d’entente, de coopération, de solidarité.

C’est notre responsabilité non seulement politique mais morale de faire ce pari que tant de gens, il y a peu de temps encore, jugeaient impossible, déraisonnable, et pour lesquels désormais tant de gens autour de la Méditerranée sont prêts à s’engager.

Comme au début de toute aventure inédite, le scepticisme, il y a quelques mois, lorsque j’en ai parlé, était grand. Mais les sceptiques sont de moins en moins nombreux parce que beaucoup d’entre eux ont compris que ce qui était déraisonnable, c’était de continuer comme si rien n’était. Parce qu’ils ont compris que ce qui était suicidaire, c’était de ne rien tenter, de ne rien essayer. Parce qu’ils ont compris que ce qui était dangereux, ce n’était pas l’audace mais l’absence d’audace.

Ils ont compris qu’à Barcelone en 1995, l’Europe avait pris conscience de ce qui se jouait pour elle et pour le monde en Méditerranée.

ccw_carte_mediterranee_800x600Ils ont compris qu’en s’engageant dans le dialogue entre l’Europe et la Méditerranée, l’Union Européenne avait fait un choix décisif.

Ils ont compris que le processus de Barcelone, la politique de voisinage de l’Union Européenne, les coopérations qui se sont tissées entre les pays de la Méditerranée occidentale, le Forum Méditerranéen, et toutes les initiatives qui, dans la recherche, dans l’université, dans l’économie, dans la culture, dans la santé, dans la lutte contre le terrorisme contribuent à réunir les deux rives de la Méditerranée sont les signes qu’une volonté existe.

 

Mais ils ont compris aussi que cela ne pouvait pas suffire, qu’il fallait que tout ce qui est bien engagé continue mais qu’il était nécessaire d’aller plus loin, plus vite, qu’il fallait franchir une étape, qu’il fallait oser imaginer autre chose qui pourrait tout changer, qu’il fallait cristalliser les initiatives en cours, passer à une autre échelle, à une autre vitesse, pour faire basculer le destin de la Méditerranée du bon côté.

C’est cela le projet de l’Union Méditerranéenne : une rupture. Une rupture avec des comportements, avec des modes de pensée, avec des précautions, avec un état d’esprit qui tourne le dos à l’audace et au courage.

On n’a aucune chance de changer le cours de l’histoire et de changer le monde si l’on ne prend pas de risque. Je n’ai pas été élu pour tourner le dos au risque. On ne fait rien, ou pas assez, quand on n’est pas prêt à prendre le risque d’échouer.

 

les pays riverains de la Méditerranée

ne forment pas deux blocs

La rupture courageuse, audacieuse, qui changerait tout, c’est que les peuples de la Méditerranée décident enfin de prendre en main leur destin, d’écrire eux-mêmes, ensemble, leur avenir, d’assumer collectivement une responsabilité, une solidarité que l’histoire de la longue durée et la géographie leur imposent et de ne plus jamais laisser personne décider à notre place.

Le pari audacieux et courageux qui, aujourd’hui, peut changer le destin de la Méditerranée et, à travers lui, celui de l’Europe, celui de l’Afrique et celui du monde car une partie du sort du monde se joue ici, ce pari, c’est qu’à l’appel lancé de tous les peuples de la Méditerranée - je dis bien à tous - à s’engager dans le processus historique qui les conduira vers leur unité, ce pari c’est que tous répondront présent.

L’audace et le courage, c’est d’oser appeler tous avec la même conviction et de penser que cet appel sera plus fort que la guerre.

L’audace et le courage, c’est d’oser dire aux pays riverains de la Méditerranée qu’ils ne forment pas deux blocs se faisant face de part et d’autre de la mer mais qu’ils forment, tous ensemble, une communauté de destin dans laquelle chacun à sa part et que tous les peuples de la Méditerranée sont égaux en dignité, en droits et en devoirs.

L’audace et le courage, c’est d’oser dire à des pays qui se combattent que faire de la Méditerranée la mer la plus propre du monde est pour chacun d’entre eux un enjeu vital et que tous n’auront d’autre choix qu’à travailler ensemble pour atteindre cet objectif.

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source

 

l’Union de la Méditerranée commencera

avec le développement durable, l’énergie,

les transports, l’eau

L’Union de la Méditerranée doit être pragmatique : elle sera à géométrie variable selon les projets.

Comme l’Europe avait commencé avec le charbon et l’acier et avec le nucléaire, l’Union de la Méditerranée commencera avec le développement durable, l’énergie, les transports, l’eau.

Mais au contraire de l’Europe qui les avait longtemps oubliés derrière l’économie, l’Union de la Méditerranée mettra d’emblée au rang de ses priorités la culture, l’éducation, la santé, le capital humain. Elle mettra au rang de ses priorités la lutte contre les inégalités et la justice sans lesquelles il n’y a pas de paix possible.

L’Union de la Méditerranée, ce sera d’abord une union de projets. Mais avec un but : faire de la Méditerranée le plus grand laboratoire au monde du co-développement, où le développement se décide ensemble et se maîtrise ensemble, où la liberté de circulation des hommes se construit ensemble et se maîtrise ensemble, où la sécurité s’organise ensemble et se garantit ensemble.

L’Union de la Méditerranée, dans l’esprit de la France, n’a pas vocation à se substituer à toutes les initiatives, à tous les projets qui existent déjà, mais elle a vocation à leur donner un élan nouveau, un nouveau souffle. Elle a vocation à faire converger vers un même but, à fédérer toutes les idées, toutes les énergies, tous les moyens.

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Méditerranée
, Christophe Cusson
(source)

 

L’Union de la Méditerranée, ce sera d’abord comme l’Europe à ses débuts, une volonté politique. Celle-ci doit se traduire dans des actions, dans des stratégies, dans des objectifs communs.

Elle doit s’exprimer dans un engagement des chefs d’Etat et de gouvernement.

Au nom de la France qui a décidé de s’engager de toutes ses forces dans ce projet, au nom de tous les peuples de la Méditerranée dont les destins sont liés les uns aux autres, au nom de nos enfants, qui, un jour, nous demanderons compte de ce que nous avons fait, j’invite tous les chefs d’Etat et de gouvernement des pays riverains de la Méditerranée à se réunir en France en juin 2008 pour jeter les bases d’une union politique, économique et culturelle fondée sur le principe d’égalité stricte entre les nations d’une même mer, l’Union de la Méditerranée.

J’invite tous les États qui ne sont pas riverains de la Méditerranée mais qui sont concernés par ce qui lui arrive à participer, en observateurs, à ce premier sommet et à contribuer à sa réussite.

Dans l’esprit de la France, l’Union de la Méditerranée ne se confond pas avec le processus euro-méditerranéen mais elle ne se construira ni contre l’Afrique ni contre l’Europe. Elle se construira avec elles, avec l’Europe, avec l’Afrique.

Je proposerai que la Commission européenne soit d’emblée pleinement associée à l’Union de lakpze6l98kyi83 Méditerranée, qu’elle participe à tous ses travaux, de façon à ce que les rapports entre les deux Unions soient des rapports de partenariat et de complémentarité, de façon à ce que les deux Unions s’épaulent et se renforcent l’une l’autre et que, progressivement, elles se forgent un seul et même destin.

Dans les mois qui viennent, je consulterai tous les pays riverains de la Méditerranée sur l’ordre du jour du sommet à venir. Je leur proposerai de travailler sur une dizaine de projets concrets autour desquels pourront se nouer les coopérations à venir

Ce projet de l’Union de la Méditerranée ne sera pas le projet de la France. Ce sera le projet de tous. Elaboré par tous. Il ne réussira que si chacun s’y engage et y met une part de lui-même. D’ores et déjà, nombreux sont ceux qui s’y engagent résolument.

Ce projet ne peut naître que de la volonté commune, de la réflexion partagée et c’est l’histoire à venir, celle que nous écrirons ensemble, nous, peuples de la Méditerranée, qui en définirons peu à peu, les contours et le visage.

À ceux qui voudraient que tout soit décidé par avance pour commencer à croire que cela peut réussir, je voudrais rappeler comment s’est faite l’Europe, qui est encore, aujourd’hui, inachevée. Je voudrais leur rappeler qu’elle fut d’abord un acte de foi, un rêve qui passait pour fou avant de devenir une réalité.

L’Union de la Méditerranée, nous la ferons si nous le voulons.

La France le veut. Le Maroc le veut.

Je sais qu’au fond d’eux-mêmes, tous les peuples de la Méditerranée le veulent et qu’ils ne se laisseront pas prendre en otage par la haine, par la violence et par la détestation de l’autre.

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"la Parisienne", palais de Cnossos (Crête), env. 1500 av. J.-C.

 

un grand rêve de civilisation

Je sais qu’au fond de chaque homme et de chaque femme qui vit sur les rives de la Méditerranée, gît le souvenir et le regret d’une unité perdue depuis 15 siècles. Je sens l’enthousiasme qui monte et l’envie d’y croire qui renaît.

Pendant 15 siècles, tous les projets pour ressusciter l’unité de la Méditerranée ont échoué, comme ont échoué jadis tous les rêves d’unité européenne, parce qu’ils étaient portés par des rêves de conquêtes qui se sont brisés sur le refus de peuples qui voulaient rester libres.

Le projet que la France propose aujourd’hui à tous les peuples de la Méditerranée de construire ensemble, ce n’est pas un rêve de conquête, c’est un projet porté par un rêve de paix, de liberté, de justice, un projet qui ne sera imposé à personne parce qu’il sera voulu par chacun.

Peuples de la Méditerranée, notre avenir est à nous, ne laissons personne nous le prendre, ne laissons personne nous voler nos rêves et nos espoirs.

Peuples de la Méditerranée, nous allons montrer à tous les hommes ce que peut accomplir encore un grand rêve de civilisation et nos enfants seront fiers de ce que nous aurons réalisé ensemble.

Je vous remercie.

 

 

Nicolas Sarkozy,
président de la République
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mardi 30 octobre 2007

Les membres des Chambres de Commerce d’Hanoi et d’Haiphong, (Claire Villemagne)

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Les membres des Chambres de Commerce

d’Hanoi et d’Haiphong,

de leur création aux années Doumer

communication dans le cadre du colloque PDR/FOM (9 novembre)

Claire VILLEMAGNE-RENARD

 

Au début des années 1880, l’extension des possessions françaises en Extrême-Orient se fait au nom du commerce et dans le but d’accroître les débouchés économiques de la France. Mais, l’inertie commerciale et entrepreneuriale des Français sur place est souvent dénoncée d’une part par les hommes politiques et par l’opinion publique de métropole, et d’autre part par le gouverneur général et les résidents sur place.

Pourtant, un groupe de commerçants et de colons n’hésitent pas à investir tous ses capitaux, ses espoirs et sa vie même dans l’économie du nouveau protectorat. Lequel ne leur laisse aucune place dans la vie politique puisqu’ils sont exclus de la représentation municipale (ils sont nommés adjoints et non élus), et ne possède aucun représentant à la chambre des députés.

Dans ce contexte, la création de deux chambres de Commerce, l’une à Hanoi l’autre à Haiphong, permet à cette microsociété de se faire entendre par le biais des élections concernées. L’étude prosopographique des membres de ces chambres pose plusieurs questions : quel est l’itinéraire de ces membres ? Sont-ils représentatifs de leurs coreligionnaires ? Leur participation à ces instances modifie-t-elle leur activité ?

Le groupe se constitue d’une centaine d’individus (1), généralement les plus anciennement installés, ou ceux responsables des commerces et activités les plus lucratifs. Cette élite sociale et économique connaît une permanence certaine sur l’ensemble de la période étudiée, de la mise en place des chambres de commerce en 1886 jusqu’au départ de Paul Doumer d’Indochine en 1902.

Pour le cas d’Hanoi, les dix-huit compositions existantes permettent de dresser une liste de 49 membres (l’année 1892 est marquée par une élection des membres des deux chambres de commerce). Dans le cas d’Haiphong, les archives permettent de dégager seize compositions (il n’existe aucune donnée pour les années 1888 et 1898) qui débouchent sur une liste de 50 individus. D’emblée, la composition de la Chambre de commerce d’Haiphong montre une certaine instabilité sur l’ensemble de la période ce qui s’explique par la fragilité économique de cette place où les entreprises sont plus nombreuses, plus actives, avec des capitaux plus lourds, mais où les faillites sont également plus importantes.

Le choix de ce corpus est simple : il n’existe aucun recensement précis de la population européenne avant 1911, d’où la nécessité de choisir une structure stable aux individus facilement identifiables. D’autre part, cet échantillon de commerçants et colons français représentent environ 5% (2) de cette même catégorie de la population présente au Tonkin de 1886 à 1902. Pour constituer la liste des membres des chambres de Commerce, trois types de sources sont disponibles : les annuaires du Tonkin et de l’Indochine, les procès verbaux des séances des chambres, la presse locale. Pour autant, ces documents ne permettent d’établir que des listes. L’étude prosopographique de ce groupe nécessite donc l’analyse d’autres archives : l’état civil de l’administration coloniale, les petites annonces et les articles de presse citant la vie quotidienne, les demandes de concession de terrains, les doléances auprès de l’administration du protectorat, les casiers judiciaires et surtout les fonds notariés.

À ces difficultés matérielles, il faut ajouter que plusieurs documents sont introuvables au CAOM, comme l’établissement d’une liste des commerces patentés. Ainsi, cette étude prosopographique est difficile d’un point de vue méthodologique : il s’agit à la fois d’identifier des parcours individuels et de constituer un portrait de groupe. Dans ce cadre, la connaissance préalable et fine des archives est indispensable. Or la constitution de fiches individuelles est une démarche spécifique et de longue haleine, certains n’apparaissant que de façon lacunaire dans les documents disponibles.

Les deux chambres de commerce d’Hanoi et d’Haiphong sont créées par décision du sous-secrétariat des Colonies du 1er août 1884. Pour autant, leur mise en place ne date que de juin 1886, treize ans après la première tentative de conquête et moins de trois ans après l’instauration du protectorat. Inclure les années Doumer à cette étude permet d’établir s’il existe une rupture avec la période précédente ou s’il ne s’agit pas davantage d’une continuité générale. D’autre part, ces années sont marquées par un essor conséquent de l’activité économique de l’Indochine, nourrie par la création d’infrastructures tels les chemins de fer du Yunnan.

Chacune des chambres comptent une douzaine de membres (3), nommés par le gouverneur général. Dans un premier temps, les résidents d’Hanoi et d’Haiphong président les chambres qui ont seulement un statut consultatif. Une rupture intervient en 1889, année de réformes introduisant l’élection consulaire en vue de résoudre une crise entre les chambres et l’administration. Les délibérations deviennent libres. Les chambres de commerce se distinguent alors des conseils municipaux sur deux plans : leurs membres sont élus et leurs délibérations ne sont plus soumises à l’approbation du résident supérieur.

Cette réforme du printemps 1889 dote les chambres de commerce d’enjeux propres qui dépassent les débats économiques. L’arrêté du 16 février 1889 fixe les modalités de l’élection, les premières ayant lieu le 17 mars 1889. Dans un contexte de lutte de pouvoir entre l’armée et l’administration civile, les chambres de commerce offrent un rare espace d’expression pour les colons expatriés. Par ailleurs, on peut distinguer le cas des simples membres et celui des présidents, secrétaires et trésoriers dont les rôles sont moteurs au sein de ces institutions. Faire partie du bureau d’une chambre est une ambition pour beaucoup.

Leur rôle principal des chambres est de s’attaquer à d’importantes questions économiques. Elles relaient également les  préoccupations et les aspirations majeures des négociants et entrepreneurs concernant entre autres la péréquation des patentes, le fret, le transit, les assurances et surtout, les droits de douane à l’importation et l’exportation. Elles répondent aussi aux commerçants établis en métropole. Tous les courriers relatifs aux aspects commerciaux (renseignements concernant les produits, les associations possibles, la recherche d’emplois…) leur sont transmis et ce sont les présidents des chambres qui sont chargés de cette correspondance. À ce titre, ils jouent un rôle indispensable de médiateurs. De même au cours de leurs voyages personnels, ils témoignent de leur utilité. C’est ainsi que sont contactées les chambres de commerce de Paris, de Lyon, de Marseille, …, ou même le ministre du Commerce lors de séjours en France des présidents d’Hanoi et d’Haiphong. 


La représentativité des membres au sein

de la société coloniale

L’ensemble des membres des chambres de Commerce d’Hanoi et d’Haiphong sont des hommes. Pour autant, quelques femmes exercent une activité commerciales de façon indépendante au Tonkin. Leur activité relève de trois secteurs : restauration, couture et comédie. Parmi les premières, on peut établir la liste suivante non exhaustive : Rose de Beire propriétaire du Café des Officiers à Hanoi dès 1885 ; la veuve Carbonnel propriétaire du Restaurant français d’Haiphong en 1885 ; Jeanne Delaplace gérante d’un café d’Hanoi en 1885 également ; Anne-Marie Poulain limonadière à Hanoi en 1887 ; Eva Allen tenancière d’un café buvette à Hanoi en 1888 ; Félicie Maillard veuve Audoynaud limonadière ; Berthe Meriel, propriétaire du Café du Tour du Lac ; toutes deux à Hanoi en 1890 ; Piquemal gérante du Chalet du Lach Tray à proximité d’Haiphong en 1890… La veuve Audoyanud est emblématique de quelques tenancières de buvette soupçonnées de prostitution : son premier époux est décédé en 1887 lui laissant une fille à charge. Elle vit ensuite maritalement avec Désiré Hottois dont elle a un fils. Tous deux décèdent du choléra en 1890. Un rapport de l’administration coloniale établit en 1891 : «Actuellement cette dame tient un café, uniquement fréquenté par la troupe. Sa moralité laisse à désirer. Elle a eu un enfant le 25 novembre 1888 et est actuellement enceinte. Des renseignements de police, il résulte qu’elle se livrerait même à la prostitution. Sa fille qui doit être âgée de douze ans environ est en pension à Haiphong, mais elle vient fréquemment chez sa mère où elle a le spectacle de son inconduite.»(4) En 1896, elle épouse pourtant Clément Coutereau, mariage qui légitime ses deux enfants nés en 1892 et 1893 de père inconnu.

Jeanne de Camilli, veuve Labenski, mariée en seconde noce à Alfred Levasseur, est une ancienne cabaretière. Elle poursuit l’activité de son mari en devenant propriétaire de l’Indépendance tonkinoise en 1900. Les artistes sont moins nombreuses et souvent de passage avec des troupes en tournées. Parmi elles, on peut citer : Héloïse Longuetti, artiste lyrique sous le nom de Jeanne Préval, présente  à Hanoi en 1885. Enfin, deux couturières sont établies au Tonkin : Joséphine Prestavery à Hanoi en 1889 et Mary Memmer à Haiphong en 1890.

Les membres des chambres de Commerce appartiennent à une tranche plus âgée de la population commerçante du Tonkin. Surtout, il s’agit d’hommes d’expérience qui n’en sont pas à la gestion de leurs premières affaires. Certains exerçaient auparavant en métropole, comme Numa Bourgoin-Meiffre qui appartient à une famille vosgienne, établie dans un commerce de commissions et d’export-import basée à Paris boulevard du Temple. D’autres ont une première expérience en Asie, sur les places de Saigon ou d’Hongkong, comme Jules d’Abbadie, entrepreneur et armateur à Haiphong, directeur des Messageries fluviales du Tonkin en association avec Auguste Marty, anciennement employé de Constantin, armateur basé à Saigon.  Il existe quelques exceptions dont Guillaume fils, mais dans ce cas précis, celui-ci a été associé aux activités familiales très jeunes.

Certaines catégories de commerçants et colons sont donc exclus de représentativité aux chambres de Commerce : ceux qui s’installent après avoir été démobilisés des troupes de marine présentes au Tonkin, ceux plus jeunes qui viennent tenter leur chance dans ce nouveau protectorat…

Leur domaine d’activités est varié : négociants, pharmaciens, entrepreneurs, industriels, adjudicataires de l’administration coloniale…, ce qui est un échantillon représentatif de l’ensemble des colons. Mais, leur spécificité réside plutôt dans le volume d’affaires traitées et l’assise financière dont ils disposent. Tous sont propriétaires, associés ou gérants des plus grosses sociétés présentes alors : Daniel Bernhard est fermier des abattoirs d’Hanoi, en association avec son beau-frère Eugène Koenig en 1894 et fermier des alcools, toujours en association avec Koenig, en 1898 ;  Julien Blanc est pharmacien à Hanoi depuis 1886, d’abord en association avec Noël Reynaud, puis seul dès juin 1887, lorsque ce dernier s’installe rentier et propriétaire à Haiphong, preuve du caractère rémunérateur de l’entreprise ; son collègue d’Haiphong, Edouard Brousmiche, prend la succession de Dewost et devient propriétaire de la Pharmacie centrale française et étrangère de l’Indochine en 1890.

Quant à Bourgoin-Meiffre, cité précédemment, c’est un entrepreneur incontournable de la place d’Hanoi : il détient le monopole de la vente de badiane, ou anis étoilé, en 1890. Pour cette exploitation commerciale, il a monté une distillerie de plantes aromatiques à Hanoi en 1889. En 1896, il fonde également une entreprise de Briqueterie et tuilerie du Grand Bouddha sur un terrain de 20 000 m² avec une machine à vapeur de 300 chevaux importée de métropole. Pour autant, son activité principale reste la filature : la société Bourgoin-Meiffre et Cie est fondée en 1893, en association avec cinq industriels parisiens, alsaciens ou vosgiens. Elle succède a une première société fondée dès 1884 qui appartenait en propre à Bourgoin-Meiffre. Son capital est ouvert à 900 000 francs (soit environ 15 millions d’euros actuels) !

Si tous les membres des chambres de Commerce du Tonkin ne possèdent pas une telle richesse, aucun n’est en difficultés financières, malgré le nombre assez élevé de faillites, lesquelles sont plus nombreuses à Haiphong qu’à Hanoi. Aucun petit négociant ou petit entrepreneur, dépendant directement de l’administration ou soumis aux aléas financiers n’est présent dans ces instances. L’élite économique et financière y figure.

D’ailleurs, l’étude de la liste (5) des abonnés téléphoniques en 1899, est révélatrice. Pour Hanoi, sur neuf abonnés dont seulement cinq individuels et quatre sociétés, trois sont membres de la chambre de Commerce : Numa Bourgoin-Meiffre, Ernest Schneider et Raoul Debeaux. Celle d’Haiphong est plus longue : dix-huit abonnés dont douze individuels et six sociétés, huit sont membres des chambre de Commerce : Alcide Bleton, Charrière, Linossier, Jules Lefebvre, Jean-Baptiste Malon, Jules d’Abbadie, Porchet et Spéder. La comparaison de ces listes permet bien d’affirmer les capacités économiques des membres siégeant dans les instances commerciales.

 

Les membres des chambres de Commerce choisis

par procuration

Seule exception, des membres nettement moins fortunés qui doivent leur siège à leur fonction de représentants de grandes sociétés : tel François Jame, employé de la maison de commerce bordelaise Denis frères (6), présente à Saigon dès 1862, avec une succursales d’abord à Haiphong en 1883, puis une seconde à Hanoi.
Le premier ne laisse pas indifférent. Loin d’adopter une attitude discrète en sa qualité de mandataire de Denis frères, il n’hésite pas à multiplier les provocations et se sert de la tribune de la Chambre de commerce d’Haiphong pour sa popularité personnelle. Ainsi, lors d’un dîner en présence du gouverneur général, son discours de fin de repas ne passe pas inaperçu. Le scandale s’explique par le contenu du discours, et également par sa forme. Il s’agit d’un toast chanté au ton des plus relevés :

«M’sieur le gouverneur, j’viens vous faire
mon petit boniment
car le p’tit Jame est s’crétaire
et remplace l’président,
c’qu’est pas un’sinécure
Y me faut en toute occasion
Endosser ma noir’ pelure
R’présenter l’commerce d’Haiphong
Au nom ‘la Chambre d’Commerce
M’sieu, j’viens vous saluer,
Vous dir’ la cris’ que traverse
L’colon qu’a beau s’r’muer
Faut tend’ une oreille indulgente
Aux Haiphongeois très embêtés.
Notre ville est vraiment charmante
Mais ça schlingue de tous côtés
Le colon a été bien brave
Risquant ses capitaux,
Vidant son bas. C’est du courage
Et ça n’rapport’ pas gros !…
Nous sommes malheureux, péchaire !
L’emprunt … et vite encore !
Sans ça d’horreur, oh ! je tressaille :
Nos famill’ vont a’ler tout nu,
Une ficelle autour d’la taille,
Et rien d’aut’ pour cacher leur c…
M’sieu je vous le demande en grâce
Reniflez un instant
Vous sentez ? vous fait’ la grimace
Nos marr’puent bougrement !
Bien sûr, sans être trop difficile
Quand le vent souff’ de ce côté
F’rez bien en traversant la ville
De vous fich’ les doigts dans le nez.»(7)

La presse locale insiste sur le caractère isolé et singulier de cette démarche : 
«Piquet finit en buvant à la prospérité d’Haiphong. Alors François Jame, sans y être en rien autorisé par ses collègues de la Chambre de Commerce qui sont fort mécontents, et avec raison, donne lecture d’un factum où il parle de l’emprunt, des martres, du marasme des affaires… Si nous disons un mot de ce piteux discours, ânonné péniblement, c’est afin que le gouverneur général ne puisse pas supposer que la Chambre de Commerce d’Haiphong qui possède des hommes remarquables, ait songer à confier à Jame le soin de la représenter.» (8)

Aussi, quelques mois plus tard, lorsque Jame perd le mandat de la maison Denis frères, certains négociants s’inquiètent du maintien de Jame au sein de la chambre de Commerce. Le Courrier de Haiphong relaie ces craintes :
«On nous demande si François Jame a donné sa démission de membre de la chambre de commerce. Nous ne le pensons pas. Mais il ne peut manquer de le faire, sachant bien que s’il a été élu membre de la chambre de Commerce, ce n’est pas à lui personnellement que cet honneur a été fait par les électeurs consulaires, mais à l’agent de la maison Denis frères. Il aurait dû donner sa démission, dès le jour où la procuration de la maison Denis frères lui a été retirée.» (9)

D’autres membres siègent au nom de grandes sociétés. Ernest Bancal siège à la chambre en tant que représentant de la maison Ulysse Pila et Compagnie (10). Arrivé à Haiphong en 1884, il y établit l’agence principale de la maison et des succursales à Hanoi et Nam Dinh. Lors de sa direction des comptoirs de la société Pila au Tonkin, le Protectorat signe avec celle-ci des contrats concernant la construction et l’exploitation de Docks et de Magasins centraux. À son décès en juillet 1890, l’hommage qui lui est rendu est unanime, car Bancal a su s’imposer sur la place d’Haiphong par ses liens avec la maison Ulysse Pila et Compagnie, et au-delà par sa personnalité propre :

«Ceux qui ont approché Bancal à cette époque, ont pu voir de quelle ardeur au travail il était capable, quelle intelligence il apportait dans la direction d’une des maisons les plus importantes du Tonkin. On l’a vu ensuite organiser les Docks, défendre pied à pied contre l’administration elle-même un contrat qu’elle voulait déchirer après l’avoir signé librement, et finir par avoir gain de cause, par vaincre toutes les résistances. Nous l’avons vu apporter à ce journal dont pendant deux ans et demi, il a présidé le conseil d'administration, toujours beaucoup de calme, de bon sens dans la discussion, et au milieu des intérêts divers, parfois passionnés, se montrer toujours d’une correction parfaite, ne jamais laisser percer ni impatience ni mauvaise humeur. Et dans toutes ces luttes, au milieu de tout son travail, Bancal savait se faire apprécier et du gouvernement et de la population entière. Pendant que l’administration le nommait conseiller municipal, le suffrage des électeurs le portait à la Chambre de Commerce.» (11)

Autre exemple, Charles Henri Tartarin représente la maison Fontaine et Cie. Fondée en 1887, ses débuts commerciaux ont concerné des articles de quincaillerie en provenance de Paris.
«En 1892, la maison Fontaine avait déjà acquis un développement considérable et assuré le débouché de ses articles, tant aux particuliers qu’à l’administration, dont elle était un des principaux fournisseurs. Au mois de mars 1894, l’exploitation fut continuée par une société anonyme dont le siège social se trouve à Paris, 181 rue Saint-Honoré. Actuellement [en 1900] le comptoir français du Tonkin est une des plus fortes maisons de la place tonkinoise. Elle continue, sous la nouvelle direction, à augmenter son essor commercial, tant au point de vue de l’importation que de l’exportation. La maison s’occupe encore de commission, et offre aux acheteurs un intermédiaire assuré et sérieux pour toutes les transactions. Les magasins du comptoir français sont installés rue Paul Bert, dans la rue la plus importante du quartier européen. Leur étendue permet à cet établissement d’avoir toujours un stock de marchandises suffisant pour faire face à toutes les commandes.» (12)


Des itinéraires personnels spécifiques ?

Au-delà de ces quelques membres siégeant dans les instances commerciales par procuration, chacun offre un itinéraire particulier. A ce titre, on peut distinguer deux catégories : ceux représentatifs surtout des espoirs et des ambitions coloniales et d’autres plus consensuels. Parmi ces derniers, les deux pharmaciens du Tonkin, Julien Blanc et Edouard Brousmiche, précédemment cités. Leur position commerciale est spécifique puisqu’ils sont à la fois indépendants et bénéficiaires d’un statut protégé. Tous deux ne souffrent donc d’aucune concurrence. Pour autant, des différents personnels peuvent apparaître : ainsi Julien Blanc qui apparaît très aimé par ailleurs, est critiqué pour sa gestion de la société Philharmonique d’Hanoi. Le métier d’entrepreneurs correspond davantage à la première catégorie évoquée, incarnant les espoirs et les ambitions coloniales.

L’itinéraire de Numa Bourgoin-Meiffre a déjà été évoqué aux travers de ses activités de distillerie, de filature et de briqueterie. Celui de Charles Vézin est différent de par son métier d’entrepreneur public. Arrivé au Tonkin en 1886, en même temps que Paul Bert, il travaille surtout pour le compte de l’administration. Sa société exploite les ciments et la chaux hydraulique d’Hongay et commercialise des buses en ciment de Portland. Il est également un des quatre administrateurs du Courrier de Haiphong. En juillet 1892, alors qu’il contrôle l’avancée de travaux réalisés pour le compte du Protectorat, il est enlevé par une bande de pirates chinois contrôlée par Luu-Ky.

Prisonniers pendant plus de quatre semaines, il est relâché au prix d’une rançon de 25 000 piastres, payée par l’administration. Cet événement fait suite à un précédent : l’enlèvement des frères roque qui s’était terminé par la remise d’une rançon de 50 000 piastres. Dans un courrier que Vézin parvient à faire passer à un de ses proches le 3 juillet 1892, il écrit : «Mon cher M. Luya, j’ai reçu votre envoi, merci, je mourais de soif et de faim – ne pouvant avaler du riz. Prière de m’envoyer deux pantalons et paletots, chaussettes, et encore pain et vin. Je viens d’avoir une entrevue avec Luu-ky qui me croit fort riche et se montre exigeant ; j’ai de la peine à lui démontrer le contraire…» (13)

Au-delà des controverses (14) au sujet de la complicité de l’ensemble des congrégations chinoises installées au Tonkin,  c’est bien le statut de Charles Vézin qui a motivé son enlèvement. Déjà celui des frères Roque portait sur de riches armateurs. Ici, avec Vézin, Luu-ky frappe un grand coup : un entrepreneur aisé, proche de l’administration du protectorat. Si dans un premier temps Charles Vézin envisage de se retirer de ses affaires pour un retour définitif en métropole, il se ravise et reprend ses activités. Il s’impose dans des marchés importants dont le plus emblématique est la sous-traitance d’une adjudication réalisée entre l’administration et l’entreprise parisienne Soupe et Raveau concernant la réalisation d’une ligne de chemin de fer de Phu Lang Thuong  à Lang Son (15). L’adjudication est conclue par contrat en date du 17 février 1893 et la sous-traitance est acceptée officiellement le 29 avril 1895. Suite à une réclamation concernant le renseignement de ces travaux, Vézin perçoit, le 27 mars 1898, la somme de 160 000 piastres (16) et abandonne tout autre recours juridique possible en contentieux. Ces délais de paiement nécessite des finances saines et solides, mais les marchés s’avèrent rémunérateurs et l’entreprise Vézin et Cie est l’un des plus importantes du Tonkin.

La Chambre de Commerce d’Hanoi se distingue de celle d’Haiphong par la présence de membres d’une même famille, celle des  Schneider et celle des Guillaume. Les Schneider sont deux frères. L’aîné, Ernest Hippolyte est libraire et papetier, établi à Hanoi au 52 rue Paul Bert. En avril 1891, il ouvre une succursale (17) à Haiphong, gérée par un de ses employés : Georges Faucon. Quant à son frère, François Henri (souvent désigné par les initiales FHS), il débute sa carrière au Tonkin comme chef d’atelier de l’imprimerie du gouvernement général en 1883. Progressivement, il s’ouvre à une clientèle privée, d’abord pour l’impression de cartes de visite. Il reprend les locaux de l’imprimerie Crettier, installée rue des Brodeurs à Hanoi, en novembre 1885, et bénéficie de la reprise de l’ancienne imprimerie gouvernementale, la première établie au Tonkin, dans des conditions avantageuses.

En 1889, il fonde une nouvelle société (18) de typographie, lithographie, reliure et gravure, à Hanoi, rue du Coton. Il se distingue par la qualité de ses travaux. Ainsi en 1890, il est félicité pour l’impression d’un plan de la ville d’Hanoi, échelle 1/10 000ème, avec le commentaire du Courrier de Haiphong : «On ne ferait pas mieux en France chez le premier cartographe» (19). Sa société est prospère, surtout du fait de ses relations avec l’administration. Il est chargé de l’impression des imprimés officiels en 1890. Mais la concurrence est rude et le marché de 1891 est soumis à adjudication à laquelle participent deux autres imprimeurs : Chesnay d’Hanoi et Crébessac d’Haiphong. Une polémique s’engage avec ce dernier qui ne paie qu’une patente de libraire et non d’imprimeurs, mais qui a soumissionné à un tarif préférentiel sur Schneider. C’est pourtant ce dernier qui est retenu par l’administration. Crébessac ne manque pas de protester auprès de la chambre de Commerce d’Haiphong laquelle se positionne en sa faveur en émettant le vœu unanime : «que lorsque l’administration juge à propos de recourir à une adjudication pour fourniture quelconque, les offres les plus avantageuses soient définitivement acceptés lorsque les conditions exigées par le cahier des charges ont été rigoureusement remplies.» (20)

Par contre la Chambre de Commerce d’Hanoi refuse de s’impliquer dans le débat : «tout en désirant donner satisfaction aux vœux légitimes pouvant se produire parmi les commerçants dont elle s’efforcera toujours de soutenir les intérêts, la chambre déclare, en l’espèce, ne pouvoir se faire juge du bien ou du mal fondé de l’irrégularité invoquée par le gouverneur général, dont elle ignore absolument les motifs et passe à l’ordre du jour.» (21) D’ailleurs si Crébessac et FH Schneider siègent tous deux à la chambre de Commerce d’Hanoi, ce sont sur des années différentes : cinq années de participation pour le dernier : 1888, 1891, début 1892, 1893 et 1894 ; contre huit années pour le second qui lui succède : fin 1892, de 1895 à 1897, et de 1899 à 1902.

La saga Guillaume semble débuter en 1886 par l’exploitation de carrières de pierres calcaires à Keso (22). La concession définitive de cette propriété leur est attribuée en 1888. Dix ans plus tard, ils en deviennent propriétaires. Son exploitation leur permet de fournir des moellons, des pierres de taille pour construction et des pierres cassées destinées aux travaux de la ville de Hanoi ou à l’empierrement des routes. Les Guillaume y installent également des ateliers de marbrerie et de pierre de taille. La fratrie est composée d’Henri, Jules et Charles ; le premier décède en 1888 (23).

«Dans ces ateliers, une scierie à vapeur débite le marbre en plaques d’épaisseurs diverses, pour tables, cheminées, carrelages… Deux sortes de marbres sont utilisées par messieurs Guillaume : le marbre noir et le marbre blanc et rouge. Le premier provient des carrières que ces messieurs possèdent à Ninh Binh. Le deuxième est extrait des carrières de Thanh Hoa. Leur qualité est excellente. Les carrières de Ninh Binh fournissent aussi des pierres de taille qui sont également débitées dans les ateliers de Keso. Pour assurer le transport des matériaux, à leur extraction des carrières de Ninh Binh et de Thanh Hoa, (ils) ont organisé un service de jonques qui fonctionne avec régularité sur les cours d’eau qui relient Keso, Hanoi, Ninh Binh et Thanh Hoa. 75 jonques, de 40 à 70 tonnes, font le service de Keso à Hanoi, et 20 autres jonques assurent le transport de Ninh Binh et de Thanh Hoa à Hanoi.» (24)

Le tout est géré par une société en nom collectif, sous la raison Guillaume frères, fondée le 28 décembre 1891 par Charles et Jules, avec un capital très restreint de vingt piastres (25). Il s’agit d’une «entreprise de travaux de constructions de bâtiments et autres». Jules est plus spécialement chargé de la trésorerie. Tous deux constituent une seconde société (26) en association avec Joseph Borel, agriculteur à Keso, pour une exploitation de caféiers. La société commencera à partir du 1er janvier 1892. Les Guillaume fournissant les terrains appelés Vallée de la Cressonnière qu’ils ont acquis en 1888, dont ils sont propriétaires situés à Keso et les plants de caféiers ainsi que tous les autres terrains qu’ils pourront acquérir à Keso durant la durée de la société. Ils ont choisi Joseph Borel pour ses compétences : c’est lui qui est chargé de la direction du travail de la surveillance et de la conduite de toutes les personnes attachées à l’exploitation et généralement de tout ce qui a rapport aux travaux de culture, alors que Jules Guillaume gère la partie administrative dont les achats, les ventes et la correspondance.

En 1898, la plantation est un exemple de réussite pour les deux familles, Joseph Borel étant secondé par ses frères. Elle exploite alors près de 330 000 caféiers (27). Les éloges ne s’arrêtent pas là puisqu’ils « n’ont pas borné là leurs efforts. Ils ont encore adjoint à la plantation une ferme importante qui comprend 250 vaches et 500 chèvres qui, non seulement fournissent des fromages et des beurres vendus à Hanoi, mais donnent, en outre, le fumier nécessaire à la plantation. Deux taureaux français sont attachés à cette belle ferme, et leur croisement avec les vaches du pays fournit un bétail très apprécié.» Leur participation à la chambre de Commerce d’Hanoi est difficile à appréhender. Contrairement au cas des Schneider, l’étude prosopographique s’avère plus délicate dans le cas des Guillaume. Les documents de la chambre de Commerce font état des «frères Guillaume», de «Guillaume père», de «Guillaume fils», de « Guillaume aîné» ou de «Guillaume». Trop rarement les prénoms sont mentionnés pour se repérer facilement dans cette fratrie pourtant incontournable d’Hanoi. Sur l’ensemble de la période, les Guillaume siègent treize années, avec des absences uniquement en 1886, 1888, 1889 et 1901. L’hypothèse la plus vraisemblable est qu’ils se succèdent : Henri en 1888, puis Jules jusqu’en 1900, puis Charles.

Pour compléter cette étude prosopographique des membres des chambres de Commerce, il convient d’en présenter quatre membres qui offrent la particularité d’avoir siéger sur l’ensemble de la période.


Des candidats inamovibles

Quatre membres se dégagent ici : pour Hanoi, Debeaux et Sébastien Godard  avec respectivement treize et quinze participations ; et pour Haiphong, Félix Charrière et Raoul Linossier avec chacun onze participations. Cette longévité remarquable se double d’un poste à responsabilité au sein des instances commerciales, pour trois d’entre eux : Debeaux occupe le poste de secrétaire et de vice-président , Godard est président  ou vice-président, chacun pendant cinq années. Quant à Linossier, il est secrétaire de la chambre d’Haiphong durant sept années.

D’où la question de la spécificité de ces membres que l’on peut établir sur leur âge ou leur expérience, leur connaissance et leur pratique commerciale précédente d’une place asiatique, et enfin leur participation dans diverses association ou aux conseils municipaux.
Le cas Debeaux est révélateur puisque comme les Guillaume et les Schneider il s’agit d’une fratrie. Honoré et Raoul siègent tous deux, de façon successive à la chambre de commerce d’Hanoi. Ils fondent les Magasins généraux Debeaux frères en 1885 (28).

Par contre, ils offrent deux particularités : être plus jeunes que leurs confrères : Honoré est sans doute né en 1861 seulement (29) et Raoul en 1858 (30) ; avoir commencé dans le ravitaillement des troupes et avoir réussi leur reconversion après le départ des troupes. Ainsi, ils se lancent dans l’exportation de quelques produits du Tonkin comme les peaux de buffles, la soie ou les essences des bois de benjoin. Preuve de leur réussite, l’Union de France, compagnie d’assurance métropolitaine, leur confie la direction d’une succursale. «Les magasins sont installés à Hanoi, rue Paul Bert, et la clientèle y trouve un choix magnifique de toutes sortes d’articles. (…) Tous les articles sont représentés dans ces magasins généraux. Les objets les plus divers y sont rassemblés : l’acheteur n’a que l’embarras du choix. L’orfèvrerie, la faïencerie, la porcelaine, la lingerie, les chaussures, les armes de chasse et de guerre, les costumes coloniaux, la parfumerie, l’horlogerie, l’ameublement, toutes ces diverses branches d’articles commerciaux sont débitées par la maison, et dans des conditions exceptionnelles de qualité et de garantie. Les magasins de Debeaux jouissent, du reste, d’une réputation méritée, et sont les fournisseurs très appréciés de la plupart des villes du Tonkin.» (31)

En dehors de cette maison de commerce d’Hanoi, les frères Debeaux possèdent l’Hôtel du Commerce à Haiphong (32), construit en 1887, ouvert au public le 8 janvier 1888, les premiers propriétaires étant Gandaubert et Peyre. Le 1er mai 1898, les frères Debeaux le rachètent avant de l’agrandir et de le moderniser :
«L’hôtel par lui-même se compose d’un bel établissement qui peut mettre 50 chambres à la disposition des voyageurs ; les chambres comprennent, si on le désire, des cabinets de toilette fort bien aménagés. La maison possède aussi de très confortables salles de bains et des appareils à douches. Une vaste salle à manger, des salons particuliers et une grande salle qui sert de café sont à la disposition des voyageurs. Le service est fait par des boys indigènes qui s’acquittent avec adresse de leurs différentes fonctions. Stylés à l’européenne, ils servent avec une correction parfaite et une soumission évidemment préférable à l’arrogance de certains serviteurs des grands cafés parisiens. L’éclairage, la ventilation et les sonneries sont mues par l’électricité. En un mot, l’hôtel du Commerce de Haiphong rivalise, de la façon la plus avantageuse, avec bien des hôtels de premier ordre de la Métropole.» (33)
L’ensemble est complété par un magasin général qui permet aux voyageurs de se munir de tout le nécessaire avant de s’installer ou de visiter l’intérieur du Tonkin.

   
Parmi les conseillers municipaux d’Hanoi, un des frères Debeaux siège en 1890, 1892 et 1893. Tous deux restent associé dans leur affaire de commerce, mais Raoul développe également des activités personnelles, sans doute fortement rémunératrices, d’abord comme entrepreneur de transport en 1895 et 1896. Surtout en 1899, il devient fermier des alcools en association avec un certain Danzer ; ce qui lui permet de fonder en 1901 la Société du Nord de l’Annam, qui gère la distillation et la vente d’alcool, de l’opium et du sel dans les trois provinces de Than Hoa, Vinh et Ha Tinh.
Sébastien Godard jouit d’une respectabilité sans faille. C’est certainement aussi un des négociants les plus âgés d’Hanoi (34). Précédemment négociant en Lorraine à Jouy aux Arches, puis à Hongkong  en 1885. Il correspond donc à un profil déjà signalé de commerçant expérimenté. Sa société est une importante maison de commerce : elle compte des ateliers spéciaux pour la sellerie, la cordonnerie, la ferblanterie, le mobilier. En 1903, ses ateliers sont dirigés par des contremaîtres français. Par ailleurs, Godard fait l’unanimité dans la communauté européenne. Preuve en est une lettre du résident maire d’Hanoi en réponse à une enquête de sociabilité et d’honorabilité commerciale. Il le décrit comme un des plus sérieux et des plus importants négociants de cette ville, où il jouit d’une excellente réputation sous le rapport de l’honorabilité et de la droiture dans les affaires, parmi ses collègues. «De plus ce négociant dont les affaires sont prospères, possède dans Hanoi deux immeubles que l’on peut évaluer à 100 000 francs au minimum.» 35)


Quant à Félix Charrière, 38 ans en 1894, c’est aussi un commerçant précédemment installé sur une place asiatique. Associé à un certain Berthet de Saigon, leur maison est spécialisée pour la commission, l’expédition dans l’intérieur et la consignation de divers produits, particulièrement le vin et le tabac, et pêle-mêle horlogerie, parfumerie, quincaillerie, articles de Paris, articles de ménage et de popotes, conserves alimentaires, comestibles et fromage de gruyère, armes, munitions, articles de chasseurs et de fumeurs, bonneterie, lingerie, sellerie (36). En 1894, la succursale d’Haiphong est suffisamment importante pour que Charrière engage un employé de commerce : Alphonse Poinsard (37). Cette maison est rattachée à Bertrand et Charrière de Besançon (38). Il est également membre du conseil municipal d’Haiphong de 1892 en 1894, et à nouveau en 1899, et membre  des Prévoyants de l’avenir en 1891 et président  de la même association en 1894 (39). 

Enfin, Raoul Linossier est d’abord attaché à une grande maison de commerce de Saigon, E. Baud et Cie. D’employé de commerce à Saigon, il devient gérant administrateur des succursales d’Hanoi et d’Haiphong (40) en avril 1889. Il est également membre de diverses associations : il est ainsi commissaire de la Société des Courses en 1893 et 1899, trésorier des Prévoyants de l’avenir en 1893 et 1894, jusqu’au poste enviable de membre du conseil municipal d’Haiphong de 1895 à 1899, sans interruption. En 1899, il s’associe à Jean-Baptiste Ricardoni, pour le commerce de quincaillerie avec deux succursales : Hanoi et Haiphong. Le 5 avril 1894, ils achètent à Noël Reynaud négociant à Haiphong un terrain de 1750 m², borné par le boulevard de la République, au prix de 10 000 francs (41). Leur entreprise reste pour autant liée à Baud et Cie par des échanges de procuration par exemple.

En conclusion, il apparaît bien des traits spécifiques aux membres des chambres de Commerce du Tonkin : expérience, pratique commerciale de l’Asie, assise financière de leur société, investissement personnel dans plusieurs structures. Pour certains, on peut rajouter l’appartenance à une famille reconnue, une certaine proximité avec l’administration (adjudicataires divers, exécutant dans le cadre de contrat ou membre des conseils municipaux) ou encore la reconnaissance unanime des places d’Hanoi et d’Haiphong, soit par une forme d’honorabilité, soit par une absence de concurrence marquée. Dans ces deux cas, l’entrepreneur ou le négociant se trouve placé en dehors de confrontations trop fortes. L’appartenance aux structures consulaires valide bien un statut social enviable des plus enviables. Par ailleurs, les années Doumer n’apportent aucune modification sensible de la composition consulaire, tout au plus un renouvellement générationnel.

Claire Villemagne-Renard
le blog "Pionniers du Tonkin"

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dimanche 28 octobre 2007

le contact colonial : des individus et des groupes (9 et 10 novembre à Paris)

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cliquer sur l'image pour l'agrandir


Les jeunes chercheurs du groupe «France Outre-mers»

avec le soutien des universités
d'Aix-Marseille I, Bretagne-Sud (Lorient), Panthéon-Sorbonne (Paris I), Paris-Sorbonne (Paris IV), Saint-Denis (Paris VIII) et de l'École des Hautes études en sciences sociales (EHESS)
vous convient à la synthèse de leurs travaux :


Le contact colonial :

des individus & des groupes


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Au campement du groupe nomade d'Akjoujt, Mauritanie, 1945/1960 (source)


Le programme «France Outre-mers : parcours croisés, destins partagés ?», lancé à l’initiative d’un groupe de doctorants issus de six universités, a réuni pendant trois années (2005-2007) des jeunes chercheurs en histoire autour d’une problématique commune :

«Dans l’ensemble des territoires sous influence française, de la monarchie de Juillet à la Ve République, comment des individus ou des groupes, locaux ou métropolitains, civils, religieux et agents de l’État, participent du fait colonial, soit en l’imposant, soit en l’accompagnant, soit en le dépassant ?»
Dans le cadre de quatre ateliers électroniques, les participants ont confronté leurs approches - en particulier, la biographie, la prosopographie et d’autres formes d’études de groupes -, mis à disposition leurs apports sur des points précis et exposé leurs questionnements.

Ces deux journées de colloque proposent de faire la synthèse de ces échanges.


COMITÉ SCIENTIFIQUE
Robert ALDRICH, Université de Sydney
Hélène d’ALMEIDA-TOPOR, Université Paris I
Eric ANCEAU, Université Paris IV
Dominique d’ANGLÈS D’AURIAC, Archives de l’A.N.
Frédéric ANGLEVIEL, Université Nouvelle-Calédonie
Dominique BARJOT, Université Paris IV       
Pierre BOILLEY, Université Paris I
Hubert BONIN, IEP Bordeaux
Pierre BROCHEUX, Université Paris VII
André BROCHIER, Conservateur chef du Centre des Archives d'outre-mer (Aix-en-Provence)
Jean-Pierre CHALINE, Université Paris IV
Michel GOEH-AKUE, Université de Lomé
Claude LIAUZU, Université Paris VII (†)
Isabelle MERLE, CREDO Marseille
Marc MICHEL, Université d’Aix-Marseille
Guy PERVILLÉ, Université Toulouse-Le Miral
Josette RIVALLAIN, Musée de l’Homme (Paris)
Daniel RIVET, Université Paris I

PROFESSEURS RÉFÉRENTS
Colette DUBOIS, Université de Provence Aix-Marseille 1
Jacques FREMEAUX, Université Paris IV
Maurizio GRIBAUDI, EHESS
Daniel LEFEUVRE, Université Paris VIII
Olivier PETRE-GRENOUILLEAU, Univ. de Bretagne Sud
Hugues TERTRAIS, Université Paris I


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campement targui, Mali 1933 (source)


 

Programme

VENDREDI 9 NOVEMBRE 2007    / MATINEE

9h00 - Accueil des participants

9h15 - Ouverture & introduction aux travaux du colloque par Dominique BARJOT


EXERCICES DU POUVOIR ET DE L’AUTORITÉ

Présidence : Hugues TERTRAIS

9h45- Julie d’ANDURAIN : «Le général Gouraud, parcours d’un colonial (1867-1946)»
Laure COURNIL et Pierre  JOURNOUD : «Le passage de relais entre les armées française et vietnamienne au Sud-Vietnam (1949-1965)»
Tramor QUEMENEUR : «Étude des soldats refusant de participer à la guerre d’Algérie : entre morale et politique»

10h45 - pause

Isabelle DENIS et Nathalie  REZZI : «République et élites locales : l’exemple de Mayotte, 1880-1947»
Valérie  VALEY : «Place et rôle du personnel diplomatique et consulaire dans la politique expansionniste française à Madagascar (1862-1896)»
Komla Obuibé BASSA : «Les Conseils des notables au Togo du mandat à la tutelle française (1922-1958) : tribunes d’expression d’une future opposition au pouvoir colonial»
Benoît K. BEUCHER : «Les souverains moosé Naaba Sagha II et Kugri : un père et son fils dans la tourmente de la colonisation puis de l’indépendance (1942-1982)»
Anne-Laure JAUMOUILLIE : «Processus de reconnaissance des chefs Kanak, entre rejet et collaboration avec l’administration coloniale (Nouvelle-Calédonie, 1878-1946)»

12h30 - Première table ronde animée par Sylvie THÉNAULT

13h00 - déjeuner

VENDREDI 9 NOVEMBRE 2007    / APRES-MIDI

ACTEURS CIVILS DU CONTACT COLONIAL   
Présidence : Pierre BROCHEUX

14h15 - Claire VILLEMAGNE-RENARD : «Les commerçants et les colons français, acteurs de la vie économique et politique du Tonkin : les membres des chambres de Commerce et des chambres d’Agriculture, de leur création aux années Doumer»
Yves PANIS : «Alfred Ernest Babut, publiciste, militant de la Ligue des Droits de l’Homme et du Citoyen, défenseur des enfants métis abandonnés au Tonkin (1900-1908)»
Thierry  LEVASSEUR : «L’activité politique des étudiants vietnamiens en France de la Libération à la fin de la guerre d’Indochine (1944-1954)»

15h30 - pause

15h40 - Christelle LOZERE : «Les commissaires des sections coloniales des expositions nationales et internationales provinciales françaises de 1850 à 1896 : discours, ambitions et scénographie»
Laure  DEGRAS : «Logique d’une histoire / Logique de l’Histoire  : Joseph Roux (1896-1968), de la Provence aux colonies françaises»
David LAMBERT : «Approche du pouvoir colonial : les notables municipaux français dans le protectorat marocain (1912-1939)»
Diane SAMBRON : «Les femmes comme groupe reconnu dans la guerre d’Algérie (1954-1962)»

17h00 - Deuxième table ronde animée par Éric ANCEAU et Isabelle DASQUE


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Dressage des boeufs et leçon de labour, Mali, 1900/1960 (source)


SAMEDI 10 NOVEMBRE 2007    / MATINEE

AGENTS DE L’ÉTAT, REPRÉSENTANTS POLITIQUES
ET ADMINISTRATEURS

Présidence : Hubert BONIN

9h00 - Nathalie REZZI : «Les gouverneurs de 1880 à 1914»
Céline RONSSERAY: «Les administrateurs coloniaux en Guyane française au XVIIIe siècle : enjeux prosopographiques, parcours professionnels et réseaux de solidarité»
Gérard THABOUILLOT
: «Être chef de poste en Inini»
Amaury LORIN : «Paul Doumer, gouverneur général de l’Indochine (1897-1902)»

10h30 - pause

10h45 - RODET Marie : «Femmes et Droit colonial au Soudan Français (1900-1945)»
BRUSCHI Francesca : «Le pluralisme juridique au Sénégal entre assimilation et maintien des identités locales (1916-1946)»
Vanina PROFIZI : «Une approche prosopographique des phénomènes identitaires en contexte colonial : les fonctionnaires d’origine corse en AOF (1900-1920)»

11h30 - pause

11h45 - Anne-Christine TREMON : «Le positionnement de l’élite polynésienne face à la question des droits politiques durant la période coloniale»
Rodolphe  BELMER : «Étude des candidats élus aux élections législatives du 28 au 30 novembre 1958 en Algérie»
Sarah MOHAMED-GAILLARD, Maria ROMO-NAVARRETE : «Les représentants de l’Outre-mer dans les assemblées de la IVe République, 1945-1958»

12h30 - Troisième table ronde animée par Jean-François KLEIN
13h00 - déjeuner


SAMEDI 10 NOVEMBRE 2007    / APRES-MIDI

ÉCHANGES DE SAVOIRS ET DE SAVOIR-FAIRE
Présidence : Colette DUBOIS et Josette RIVALLAIN

14h15 - Alain MESSAOUDI : «Prosopographie des professeurs d’arabe des établissements français au Maghreb (1880-1962)»
Simon DUTEIL : «Institutrices françaises à Madagascar. 1896-1939»
Mylène THELIOL : «Le service des Beaux-Arts, des Antiquités et Monuments Historiques, clef de voûte de la politique patrimoniale coloniale française au Maroc sous le mandat du Général Hubert Lyautey (1912-1925)»

15h15 - pause

15h30 - Hines MABIKA : «Échange ou transfert du savoir médical ? Le Cas du Gabon, 1860-1960»
Rodrigue LEKOULEKISSA : «Aménagement hydroélectrique de Kinguélé : Rôle et savoir-faire des entreprises françaises au Gabon, 1947-1973»
Véronique DIMIER : «Parcours d’administrateurs coloniaux de Dakar à Bruxelles : réflexion sur l’histoire de la DG8, dernière des colonies françaises ?»

16h30 - Quatrième table ronde animée par Armelle ENDERS

17h00 - Conclusions de la journée par Jacques FRÉMEAUX

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SCOA, fusion de karité, Bamako, 1900/1960 (source)


Adresse pour les deux journées :
Maison de la Recherche
Université de Paris-Sorbonne
28, rue Serpente
75 006 Paris.
(grand amphithéâtre, rez-de-chaussée)
Métro : stations Saint-Michel, Cluny ou Odéon.

Contact / coordination du programme :
Sarah Mohamed-Gaillard smg@security-labs.org
Maria Romo-Navarrete maria.romo-navarrete@neuf.fr

Contact / organisation du colloque :
Rodolphe Belmer rodolphe_belmer@hotmail.com
Éric Gady erikgady@yahoo.fr
Valérie Valey valey@univ-ubs.fr


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Yaoundé (Cameroun), un bureau de vote, 1947 (source)


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samedi 27 octobre 2007

l'histoire de l'émigration des Algériens au Canada (Marion Camarasa)

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Quand les hommes vivront d'amour...

quelques jalons sur l'histoire de l'émigration

des Algériens au Canada

Marion CAMARASA

 

"Quand les hommes vivront d'amour, il n'y aura plus de misère, et commenceront les beaux jours, mais nous, nous serons morts mon frère" . Ces paroles célèbres sont issues de la chanson québécoise deraymond_levesque_1955 Raymond Lévesque, qui écrivit cette œuvre en s'inspirant des malheurs causés par la guerre d'Algérie. Elle fut un succès populaire et peu de gens se doutent en écoutant cette mélodie qu'elle y fait allusion. Au Québec, lorsque Raymond Lévesque y retourne en 1958, la population s'intéresse d'avantage à ce conflit de décolonisation et la chanson revêt souvent une autre signification qu'en France ou de par le monde. Ainsi l'Algérie et le Québec partagent une mémoire commune qui a permis tout au long des années d'après guerre de forger une relation privilégiée entre ces deux gouvernements.

La communauté algérienne installée au Québec est fille de l'histoire algérienne. Elle ne peut se comprendre qu'en appréhendant les soubresauts de la politique algérienne depuis l'Indépendance et leurs conséquences économiques. Cet article tente de mettre en lumière les principales caractéristiques et les enjeux que soulève cette émigration atypique à bien des égards au Québec.

L'Algérie de 1962 est un pays à façonner. Toutefois, malgré ce rêve en marche, l'émigration qui a débuté au tournant du XIXème siècle, ne cesse d'évoluer et va même progresser, se dirigeant traditionnellement vers la France. Elle poursuit son installation, tout en restant cependant accrochée à l'idée d'un possible retour en 5297Algérie. L'arrêt de l'émigration en 1973 par Houari Boumédiène et la politique du regroupement familial, instaurée en 1974 par la France, modifia peu à peu son visage qui, d'immigration de travail passa à une immigration de peuplement.

Toutefois, cette émigration vers l'ancienne métropole est régie par des accords bilatéraux, avantageux pour les Algériens, entraînant alors la constitution d'une forte communauté, comptant au début des années 1980 près de 600 000 personnes. Cependant, on voit poindre le début d'un phénomène qui prit de l'ampleur dans les années 1990 : le départ vers le Québec. Ces flux migratoires sont le résultat de la dégradation progressive des conditions de vie et la détérioration du climat politique en Algérie. Le besoin de partir, de tenter de construire une vie meilleure à l'étranger devient le leitmotiv des ces Algériens, cadres, universitaires ou étudiants qui n'entrevoient plus de perspectives d'avenir dans leur pays d'origine. L'émigration politique vers le Canada n'aura pas lieu, les liens privilégiés avec la France seront toujours prépondérants dans ce domaine. L'évolution de l'histoire algérienne de ces quarante dernières années symbolise alors ces vagues migratoires successives.

L'arrivée en 1988 d'une ouverture démocratique (cependant bien vite refermée) n'a pas apporté une amélioration des conditions de vies bien au contraire, elle marque, avec la montée des violences islamistes, le début d'un phénomène migratoire sans précédent. La jeunesse algérienne ne rêve plus alors que de partir pour l'étranger et tout est bon pour réussir. La rumeur, immortalisée par Fellag dans l'un de ses spectacles, d'un bateau australien venant chercher des candidats à l'exil symbolise cette détresse morale et matérielle. Le Canada et surtout le Québec vont devenir cet "Eldorado à la sauce francophone" dont rêve tant les Algériens.

 

Canada terre d’immigration

Le Canada est l'un des pays symbole d'immigration, à l'image de son voisin américain. Il s'est ainsi construit, chassant les Indiens de leurs territoires et accueillant des vagues migratoires de plusieurs nationalités venant s'ajouter aux premiers colons, francophones et anglophones. Ce pays du nord a su, tout au long de la seconde moitié du XXème siècle se fabriquer une image lisse et policée. Monarchie parlementaire (la Reine d’Angleterre est reine du Canada, représentée par un gouverneur général, actuellement Mme Michaëlle Jean), le Canada n’a rapatrié  sa constitution qu’en 1982, ne s’est doté d’un drapeau (l’unifolié) qu’en 1965. En 1931, par le Statut de Westminster, il devient pays à part entière et s’émancipe de la Grande Bretagne en restant membre du Commonwealth. Cette affirmation nationale se double d’une expansion économique et est la source des dissensions et des fissures du fédéralisme canadien.

Ainsi dès les années 1960, le Québec – jusqu’alors on parlait de Canadien-Français – revendique sa spécificité et la "Révolution tranquille" voit naître le concept du Québécois et du nationalisme moderne. Cette nouvelle théorie, portée par le parti de René Lévesque , revendique la spécificité du Québec, dans ou hors du Canada. Il promulgue, en 1977, la loi 101 protégeant le français dans la Belle Province . Le premier référendum sur la souveraineté-association organisé le 20 mai 1980 est rejeté par plus de 60% des Québécois. Des tentatives de réformes du système fédéral sont entreprises au cours des années 1980 et 1990, mais se heurtent toujours au refus de certaines provinces et même, comme en 1992, sont rejetées par référendum par le peuple canadien . En 1995 (le 30 octobre) le référendum sur la libre-association présenté par le Parti Québécois (PQ) est rejeté par une très faible majorité de Québécois (50,6% pour le Non et 49,4% pour le Oui) et démontre ainsi la très fragile constitution du système fédéral canadien.

feuilLe Canada n’a cependant pas cessé d’être, au même titre que les Etats-Unis ou l’Australie un "pays de rêve" pour l’immigration. Jean-Claude Redonnet, ancien conseiller culturel auprès de l’Ambassade de France au Canada, présente ainsi ce vaste pays dans l’introduction de son ouvrage Le Canada : "Le Canada s’est forgé au cours des ans une réputation de sûreté et de responsabilité. Célébré comme terre d’accueil, il s’est vu également reconnaître les mérites d’honnête courtier de la paix et de serviteur du développement grâce à ses interventions dans le monde, sous ses propres couleurs ou celles des Nations Unies. […] Né de la colonisation et du peuplement, fondé par deux peuples rivaux, il se veut et se proclame autre et sait cultiver la différence, autre trait de son identité. Américain sans être à l’image des Etats-Unis d’Amérique, francophone sans être français, universaliste sans être dogmatique ni dominateur, le Canada se place à part dans le monde et prétend, dans un même temps, refléter le monde qui l’entoure. Champion de l’environnement et des ressources naturelles de la planète, avocat des droits de la personne et des communautés, il se présente comme un pays à découvrir ou à redécouvrir dans sa complexité géographique et dans sa richesse humaine, dans les contradictions internes de sa société, transcendées par une simplicité et un bon vouloir naturels".

Ainsi le Canada se revendique comme une terre d’immigration et menant une politique sélective de peuplement, accueillant de nombreux migrants chaque année, contingentés pour les besoins du pays. C'est pour ses besoins économiques et démographiques que le Québec va ainsi faire venir ces Algériens,canada francophones, éduqués et offrant une perspective démographique que le Québec estime indispensable à son maintien dans l'ensemble canadien. Les échanges économiques et diplomatiques relancés depuis le début des années 1980 ne peuvent qu'encourager cette migration méditerranéenne sur les rives du Saint Laurent. En effet, de nombreuses ententes sont signées, notamment dans le domaine de l'éducation et les relations d'affaires s'intensifient avec les investissements québécois symbolisés par la société SNC-Lavalin, fer de lance des entreprises québécoises en Algérie.

 

communauté algérienne au Canada

La communauté algérienne a débuté son installation avant l'Indépendance. Toutefois, il s'agit de quelques dizaines d'individus seulement dont nous ne savons pas beaucoup de choses. En 1962 il n'y avait au Canada que quelques centaines d'Algériens : le ministère des Communautés Culturelles et de l’Immigration québécois propose le chiffre de 400 personnes dans un opuscule consacré aux différentes communautés culturelles du Québec  pour la communauté algérienne d'avant 1961. Cette émigration originaire des pays arabes s’inscrit dans une vague d’immigration de toute évidence bien restreinte au Canada, dès la fin de la seconde guerre mondiale. L'émigration algérienne est extrêmement faible eu égard à l'importance des arrivées au Canada. Mais elle représente une évolution spectaculaire sur ces quarante dernières années et sans commune mesure avec l'augmentation de la population canadienne pour la même période.

La communauté algérienne s'est développée dans un rapport de 100, tandis que le Canada n'a accru sa population que dans un rapport de 1,8. À titre d’exemple, pour la période 1976-1980, la population d’émigrés algériens au Québec est très faible par rapport à l’ensemble de l’immigration de la province et infime sur l’ensemble du Canada. Ainsi de 1976 à 1980, le Québec a accueilli 83 582 ressortissants étrangers qui se sont installés et le Canada a absorbé quant à lui 456 455 nouveaux immigrants. Les Algériens émigrés étaient 285.

3elementsDurant ces vingt années, le nombre d'arrivées ne dépasse pas les 100 par an et plafonne entre 3 et 80. Nous pouvons retracer cette lente émigration par le biais des chiffres de Statistique Canada. Ainsi cette population a fait halte dans les proportions d'un tiers en France avant d'émigrer vers le Canada. Certains résidaient en Belgique, en Grande-Bretagne ou bien en Suisse ou encore en Italie, d'autres au Japon, au Danemark, au Liban, en Allemagne, aux Pays Bas, en Suède, en Espagne, au Brésil ou bien aux Antilles,  mais dans un ordre de grandeur ultra minoritaire. En effet cela concerne pour chaque pays une dizaine de personnes. Il est également intéressant de souligner la venue au Canada, d'Algériens ayant résidés en Israël durant la décennie 1970. Il s'agit sans aucun doute de personnes de confession juive, des Sépharades.

La décennie 1980 peut se lire à la manière d’une courbe exponentielle. En effet, l’accélération des entrées est progressive mais relativement basse dans la première moitié des années 1980 et s’accentue fortement par la suite. De 1981 à 1985, on compte 290 immigrés algériens entrant au Québec, alors que de 1986 à 1990, leur nombre s’élève à 1 180. Lors du recensement de 1986, le Ministère des Communautés Culturelles et de l’Immigration fait état de 2 110 ressortissants algériens installés au Canada.

La politique d'immigration de la province de Québec, durant les années 1980, a enclenché un tournant, tant par les moyens de sélection mis en œuvre que par la sélection elle-même. Le gouvernement a souhaité mettre à l'épreuve la nouvelle entente signée avec Ottawa pour diversifier davantage ses aires culturelles de recrutement.

Cette demande accentuée, dès la fin des années 1980, est en corrélation directe avec la dégradation des conditions de vie et du climat sécuritaire en Algérie. Octobre 1988 et les événements sanglants qui y font référence ont entraîné un bouleversement et une augmentation marquée des départs vers le Canada. C'est le début d'une deuxième vague migratoire bien plus considérable et plus diversifiée que la première, tant sur le plan quantitatif que sur le plan de la nature de l'émigration. Au cours de l'année 1988, 236 Algériens ont obtenu le droit de résidence permanente au Canada, tandis que l'année suivante, ce chiffre s'élève à 437. 1990 voit s'accroître l'arrivée d'Algériens (491), chiffre qui ne faiblira plus durant toute cette décennie. Cette nette évolution se ressent à travers plusieurs facteurs et va alors entraîner une sts_118_moustaphapolitique de recrutement de plus en plus massive de la part des instances québécoises. Le Canada devient ainsi, à partir de la fin des années 1980, une destination de plus en plus prisée pour les Algériens de tous bords politiques, des islamistes aux démocrates, en passant par les sans opinions, les familles ou les hommes non accompagnés. Cette émigration, toujours composée d'élites, se modifie peu à peu en gardant toutefois ses caractéristiques fondamentales. [photo : Mustapha Kerouch, arrivé au Canada avec ses parents en 1995 - source]

Cette crise incontestable de la nation algérienne a entraîné le départ de près d'un million de personnes selon les chiffres de la presse quotidienne du pays. Ils sont peut être exagérés, mais il est avéré que l'Algérie a connu une hémorragie manifeste d'une très grande partie de ses élites durant cette période. Presque 40 000 personnes (sans compter les clandestins) ont alors émigré au Canada ayant eu la chance d'être retenus à titre de résident permanent. L'évolution est constante durant ces dix ans et Immigration Canada à la demande des Services Immigration du Québec et du gouvernement québécois, a augmenté le recrutement de cette population. Francophone et éduquée, elle répondait aux critères québécois.

De 1992 à 1996, 5 256 Algériens ont été reçus officiellement par le Canada, ce qui représente à peu près l'équivalent de 30 ans d'immigration pour cette communauté. La période ultérieure connaît une augmentation encore plus significative avec près de 14 500 résidents permanents reçus par le Canada. Ces six années correspondent à l'instauration par les autorités fédérales du moratoire sur les expulsions ayant offert la possibilité à de nombreux Algériens de s'installer au Canada. L'Algérie est devenue un pays de recrutement en expansion sans bien sûr qu'il puisse être comparé à des pays fournisseurs comme la Chine notamment. Cependant les événements du 11 septembre 2001 et leurs conséquences ont entraîné une dégradation de l'image des pays où la religion musulmane est très fortement implantée et des pays stigmatisés par le discours sécuritaire canadien. Aux yeux de la population canadienne et québécoise, le rejet de cette immigration en est d'autant plus marqué. Toutefois, cette immigration, après avoir atteint un seuil de stabilité autour de 3 000 à 4 000 Algériens par an, ne peut que devenir et pour plusieurs années une source de recrutement intensif d'immigrants pour la province de Québec.

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fête de l'indépendance de l'Algérie, Montréal, 2002 (source)

L'implantation géographique de cette population, est dans des proportions bien plus importantes encore que la plupart des communautés au Canada, installée au Québec. Concentrée sur l'île de Montréal et sa proche banlieue elle est le fruit de la nature francophone et francophile de ces Algériens. Toutefois, la rencontre entre l'idée que se font les Algériens de la culture francophone québécoise et la réalité dans la société d'accueil amène nombre d'entre eux à modifier leur perception sur la nature française de cette province. Ils pensaient trouver une sorte de francité et d'Amérique française mais doivent se plonger dans une francophonie d'Amérique à bien des égards différentes de leurs idéalisations de départ. L'accroissement de la communauté algérienne durant la période 1996-2001 ne se conjugue pas avec une implantation régionale forte, bien au contraire. Le renforcement de l'attraction montréalaise et de son marché de l'emploi coïncide avec l'évolution de la nature de l'émigration algérienne au Québec. Les régions n'apportent pas à ces néo-québécois les conditions favorables d'une insertion sur le marché de l'emploi, capital pour une "intégration".

Avec l'afflux de la seconde moitié des années 1990, l'implantation géographique change également et l'attrait de la région montréalaise se transforme en attirance irrésistible. Cela traduit peut être aussi des changements perceptibles dans la société québécoise tout entière avec la désertification des régions rurales au profit de la métropole économique, Montréal. Cette tendance s'accentue au fil des ans et peut provoquer à plus ou moins long terme, des disparités et un dépeuplement de certaines contrées. De toute évidence, les politiques, développées par les autorités québécoises, d'incitations pour les immigrants à s'installer en province ne portent pas encore leurs fruits. Les Algériens qui, durant les premières décennies, s'installaient pour une petite partie hors de Montréal, ont alors modifié leurs stratégies et tendent à ressembler ainsi à l'immense majorité des immigrants au Québec qui se rassemblent à plus de 85 % à Montréal.

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Montréal (Canada)

 

les Algériens, dans leur grande majorité,

restent au Québec

La mobilité géographique au Canada est assez importante du fait des migrations inter provinciales. Toutefois, les Algériens restent dans leur grande majorité au Québec. On retrouve une toute petite communauté en Colombie Britannique où le climat est plus doux ainsi qu'en Ontario, province la plus riche du pays. Cette tendance à la concentration s'accentue avec le temps du fait de l'arrivée d'Algériens qui  s'installent là où la communauté est la plus présente. L'activité pétrolière qui a été intensifiée en Alberta ces dernières années a offert la possibilité aux Algériens de trouver des débouchés professionnels dans cette branche de l'industrie pétrochimique et une petite communauté est en train de s'organiser à Calgary, avec quelques milliers de personnes.

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Algériens de Calgary, province d'Alberta (source)

Cette timide diversification de l'implantation géographique s'explique pour une large part par la difficulté à s'intégrer dans le marché du travail, au niveau des compétences acquises par l'immigrant. Ainsi les Algériens, spécialistes et diplômés dans les hydrocarbures, peuvent facilement trouver des débouchés en Alberta. Le boom économique lié à l'exploitation des sables bitumineux aidant, cela attire alors une population en quête d'insertion professionnelle. Cette nouvelle tendance migratoire de la communauté algérienne au Canada est cependant sans commune mesure avec le monde québécois. Elle apparaît pourtant comme une orientation à ne pas négliger dans les prochaines études sur cette émigration car elle symbolise dans des proportions toutes relatives une part de l'échec de la politique d'intégration du Québec en matière d'immigration.

Dès les années 1960 et ce phénomène ira en s'accentuant, vont se créer des associations à buts variés symboliques de cette émigration éclatée. Cette proto-communauté est tout de même déjà marquée par la caractéristique principale de l'Algérie et de son émigration : la fragmentation et la division. Ainsi cette jc100_4538bmosaïque d'opinions se traduit par des dissensions fortes et l'accentuation des clivages idéologiques entre "berbéristes" et "non berbéristes", démocrates et islamistes, FLNistes et anti-FLN entre autres. La politique et les choix de société (démocratique ou religieuse si l'on veut tirer à grand traits les différenciations essentielles) engendrent la reproduction du modèle sociétal algérien où les relations personnelles, les liens familiaux et régionaux, les structures presque tribales parfois, se poursuivent et même dans certains cas s'accentuent. (source photo)

L'émigration algérienne est multiple dès les premières années d'installation et la dynamique de cette proto-communauté est incarnée par le monde kabyle algérien. Ce sont les premiers à développer un petit système associatif à Montréal. Ils souhaitent faire vivre la culture berbère dans l'émigration, afin de dynamiser la langue et la perpétuation de cette civilisation. La montée de l'islamisme et de son cortège de violences et d'interdits, durant la fin des années 1980, va peu à peu modifier le paysage associatif de l'émigration. Ce phénomène s'inscrit dans l'accroissement et la modification de la nature de la population migrante en provenance d'Algérie. Les centres d'intérêts se diversifient et apparaît parfois, pour ces nouveaux émigrés, un sentiment de joie mêlé à de la culpabilité d'avoir laissé famille, amis, dans l'enfer de la violence. Le besoin d'aider, de réagir, de ne pas rester sans rien faire, génère alors la création d'associations d'entraide pour les Algériens. (Ce sentiment se reproduira au sein de la société kabyle du Canada lors des évènements du Printemps Noir en 2001.) Les réactions sont diverses, et là encore, la multiplication des initiatives et la fragmentation du mouvement de solidarité sont à relever.

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Association des Algériens de Calgary (source)

Pas moins de neuf associations ont vu le jour pour porter secours et assistance aux Algériens restés au pays. Certaines furent très actives mais éphémères, n'arrivant par à surmonter les dissensions de fonctionnement, de conscience idéologique et de personnes. Cependant ce phénomène de soutien a apporté une visibilité de la communauté algérienne dans la société d'accueil et un intérêt différent porté sur elle par les élites politiques et militantes du Québec. Cette émigration des années 1990 s'implique alors dans les mouvements de solidarité et investit le champs des associations  communautaires pour prendre part, et de manière très dévouée pour certains, aux actions politico-humanitaires. L'exemple le plus marquant et typique de ce nouveau phénomène est la création du Comité Québec-Algérie. Des personnalités syndicales, politiques, artistiques, des professions libérales ont alors pesé de tout leur poids pour sensibiliser la population québécoise au drame algérien.

Ce tournant idéologique a été capital dans la perception des Algériens par les Québécois. L'accentuation du sensationnel, la mise en scène par la presse des actions islamistes, ainsi que la découverte des réseaux terroristes et l'exploitation policière et médiatique qui en ont été faites, ont transformé l'image stéréotypée de l'Algéro-Québécois en un supposé terroriste pour une grande partie de la population. Ce sentiment s'est notamment développé avec la deuxième vague importante d'émigration algérienne essentiellement composée de jeunes hommes durant la décennie 1990-2000. Ainsi la sensibilisation de l'opinion publique québécoise s'est réalisée dans une double perspective, (volontaire ou non, nous ne nous prononcerons pas sur la question). Cette implication d'une partie des élites a offert un dynamisme nouveau dans leimg_accueil_ru mouvement associatif algérien : de confidentiel qu'il était dans les années 1970-1980, il a réussi à percer le rideau médiatique et à obtenir un soutien capital à la cause algérienne.

La politisation de la crise algérienne au sein de l'émigration n'a pas contribué à souder la communauté, mais à la fragmenter et à apporter la suspicion. Les associations ont cependant œuvré durant cette décennie noire à l'accueil des réfugiés, à la mise en place des organisations et à l'élaboration au sein de l'émigration algérienne, de l'idée première de structuration communautaire. Les années 2000 n'ont pas vu se concrétiser cette aspiration mais connaissent cependant une volonté d'organisation tant par les autorités consulaires que par les membres de l'émigration eux-mêmes. Le foisonnement associatif de ces dernières années démontre cette tendance, mais également ce morcellement. Même les associations berbères se multiplient et n'arrivent pas à unir leur voix, tant sur des questions culturelles, que politiques. Ce mouvement associatif est le reflet de cette émigration algérienne, éclatée, politisée, fortement identifiée culturellement et gardant des liens émotionnels très fort avec son pays d'origine.

Les difficultés d'insertion professionnelle durant la décennie 1990 ont engendré des rancœurs à l'égard de la société d'accueil. Ainsi, recrutés pour leurs compétences, ces émigrés, à leur arrivée, ne se voient pas reconnaître la valeur de leurs diplômes. Les ordres professionnels se ferment à leurs demandes et nombre de ces personnes sont alors obligées de travailler dans un domaine largement différent. Montréal est la ville qui possède les chauffeurs de taxis les plus instruits et les plus diplômés au monde. Cette réalité mine les immigrants, car l'insertion dans la société d'accueil passe immanquablement par une insertion professionnelle réussie. Elle engendre également des dissensions dans le couple car très souvent l'homme se retrouvant au chômage, la femme s'émancipe et tente de faire vivre la famille en occupant des emplois tels que caissières… Cette situation provoque des frustrations et se termine souvent par un divorce. D'autresqueneige facteurs viennent parfois aggraver ce changement de vie. Le premier hiver est redouté mais très souvent perçu comme exotique, la magie de la neige, le tourbillon des flocons dans les tempêtes, tout apparaît assez nouveau, assez changeant.

Cependant, les autres hivers sont alors beaucoup plus compliqués à supporter, l'effet de surprise est parti et ne reste que le froid et beaucoup d'inconvénients ; le manque de soleil et le plafond nuageux quasiment quotidien éloignent davantage des rives méditerranéennes. Plusieurs Algériens nous ont dit, qu'ils ne pensaient pas, en ayant choisi le Québec découvrir une société complètement américanisée. Ils s'imaginaient qu'ils pourraient trouver quelques traces bien solides de la culture européenne et notamment française. Ils souhaitaient faire vivre une sorte de petite francophonie. La société québécoise est d'abord et avant tout une société nord-américaine, qu'on qualifiera de francophone et non une Amérique française. Cette distinction sémantique n'avait pas été perçue dans la traduction sociétale de ces émigrés. Leur surprise en fut d'autant plus importante. Les valeurs nord-américaines, construites autour de l'individualisme et du profit marquent profondément les relations humaines. Bien que se voulant "les plus latins des nord-américains", les Québécois ont adopté ce mode de gestion des relations humaines. L'omniprésence de l'argent, de sa valeur, du travail, transposent au second plan les valeurs humanistes et épicuriennes qui font défaut à la société québécoise. Les amitiés québécoises sont très difficiles à lier, le travail se substituant à beaucoup de choses.

Les Algériens sont alors assez étonnés et observent ces comportements avec l'œil du Huron. L'arrivée dans une grande ville telle que Montréal conduit effectivement à des changements importants ; et la perte des repères traditionnels s'exprime parfois par un certain vague à l'âme. La famille constitue un des piliers de l'identité algérienne, elle est construite autour d'une famille élargie à plusieurs générations et les liens de parenté se traduisent par des liens de solidarité très prononcés. L'émigré s'arrache alors à cet environnement familial et nombreux sont ceux qui ont tendance à vouloir reconstituer ce réseau en parrainant, en aidant et en faisant venir certains membres de leurs familles.

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Algériens de Calgary (source)

La société québécoise renvoie une image assez repliée sur elle-même et l'emploi du "nous" est en cela significatif. Nous avons eu plusieurs conversations avec des immigrants montréalais et le sentiment général reste très souvent le même. "Le sentiment que porte sur nous la société sera toujours celui d'un immigrant, nous ne faisons pas partie pour eux du "nous québécois", le "nous" des "francophones pure laine"". Qu'on soit ingénieur, homme politique ou simple ouvrier, cette impression traverse les classes sociales. Elle se double parfois de la sensation d'un racisme latent, non affirmé et revendiqué, mais bel et bien existant. L'immense émotion qu'ont soulevé au Québec les événements autour des accommodements raisonnables en témoigne. Cette commission, sillonnant la province pour recueillir l'avis des habitants sur la question de l'immigration et de l'identité québécoise donne lieu à des débordements verbaux très violents qui ne sont pas finalement si étonnant dans cette société cloisonnée.

Les Québécois "de souche", surtout ceux vivants en dehors de Montréal, se sont sentis petit à petit dépossédés de leur identité et de toute leur histoire, faite pour une grande part de résistance aux anglophones. Certains immigrants, usant des politiques mises à leur disposition, ont ainsi revendiqué des droits (tels que des principes religieux) mettant en cause la liberté commune. Les Québécois ont alors la sensation d'être les oubliés de leur propre histoire et amorcent un repli identitaire et culturel sur eux-mêmes qui se traduit aujourd'hui par les propositions et les discours recueillis auprès de la population, dans la commission Bouchard-Taylor, sur les accommodements raisonnables. Cette question identitaire cruciale pour l'avenir du Québec mériterait d'associer l'ensemble de la population, ainsi que d'élaborer des réflexions politiques et culturelles sur l'avenir du Québec. Il serait alors souhaitable pour une meilleure compréhension mutuelle de se replonger dans l'histoire de ce pays et de ces immigrants ce qui apporterait une mise en perspective historique bénéfique à la construction de la nation québécoise.

Cette recherche identitaire, où se mêlent regrets et espoirs déçus pour les uns, où les racines profondes des individus ne coïncident pas avec les principes affichés pour les autres, après avoir été transcendée, devrait aboutir à une cohésion inter ethnique favorisant l'intégration de tous les immigrants.

Marion Camarasa
docteure en histoire

 

Bibliographie
Il est à noter qu'aucune étude sur l'émigration algérienne au Canada n'avait été faite jusqu'à ce jour tant au Canada, qu'en Algérie et qu'en France.
* Académie Universelle des Cultures, Migrations et Errances,  Introduction par Paul Ricoeur, Grasset, Paris, 2000.
* AKTOUF Omar, Algérie entre l’exil et la curée, L’Harmattan, Paris, 1989.
* AMAR Marianne, MILZA Pierre, L'immigration en France au XXe siècle, Armand Colin, Paris, 1990.
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* BENRABAH Mohamed, Langue et pouvoir en Algérie : histoire d'un traumatisme linguistique, Coll. Les Colonnes d'Hercule, Antaltica Séguier. Biarritz Paris, 1999.
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* COTE Marc, L’Algérie espace et société, Coll. U, Masson-Armand Colin, Paris, 1996.
* FERHI Salah, "L’émigration algérienne aux Etats-Unis et la formation d’une élite", Hérodote, n°94, 3ème trimestre 1999.
* GILLETTE Alain et SAYAD Abdelmalek, L'immigration algérienne en France, Coll. Minorités, Editions Entente, Paris, 1984, 2ème ed.
* HIFI Belkacem, L'immigration algérienne en France, origines et perspectives de non-retour, Coll. Recherches universitaires et migrations internationales, L'Harmattan, Paris, 1985.
* KEPEL Gilles, Jihad, Expansion et déclin de l’islamisme, Ed. Gallimard, Paris, 2000.
* MARTINEZ Luiz, La guerre civile en Algérie, Coll. Recherches Internationales du CERI, Karthala, Paris, 1998.
* PATRY André, Le Québec dans le monde, Léméac, Montréal, 1980.
* RARRBO Kamel, L’Algérie et sa jeunesse, marginalisation et désarroi culturel, Coll. Histoires et Perspectives Méditerranéennes, L’ Harmattan, Paris, Montréal, 1995.
* ROUADJIA Ahmed, Grandeur et décadence de l'État algérien, Coll. Les Afriques, Ed. Karthala, Paris, 1994.
* SAYAD Abdelmalek, Histoire et recherche identitaire, suivi d'un Entretien avec Hassan Arfaoui, Éditions Bouchene, Saint-Denis (France), 2002.
* SAYAD Abdelmalek, La double absence. Des illusions de l'émigré aux souffrances de l'immigré, Coll. Liber, Ed. Seuil, Paris, 1999.

 

Biographie
1996 : Lycée Jules Fil, Baccalauréat mention scientifique, Carcassonne
1996-2004 : Université Toulouse le Mirail, Toulouse
• 1996-1999 DEUG et Licence d’histoire mention géographie
• 1999-2000 Maîtrise d’histoire mention Très Bien
• 2000-2001 DEA d’histoire et civilisations mention Très Bien
• 2001-2007 Doctorat d’histoire mention Très Honorable
• 2001 échange franco-québécois dans le cadre du CREPUQ

 

Articles et publications
Les Cahiers d'Histoire Immédiate, n° 20 Automne 2001 GRHI : Un Mouvement de soutien aux démocrates algériens
• Publication Internet : dans le cadre du GREC "les Algériens dans l'Ouest canadien" (site du GREC mentionné plus haut)
• Publications dans un ouvrage collectif, Le Canada Revisité, Canada revisited, dir. M. Kaltembach et M. Rocard, Edition Universitaire du Sud, Toulouse 2005.
• Publication d'un entretien sur le site Internet de l'Association des Algériens de Calgary 2007.

Colloques et Tables rondes :
• 2001 participation à la Table Ronde organisée par le GRHI La société civile et les associations en France au XXème siècle.
• Avril 2003 participation au Colloque du GREC à Toulouse : La réinvention de l'Ouest canadien
• mars 2004 participation au Colloque du GREC à Toulouse : Un nouveau regard sur les marges du Canada
• mars 2006 participation au colloque international  sur les Etudes Post Coloniales, Toulouse, dans le cadre du CAS (laboratoire Cultures Anglo-Saxonnes)
• intervention sur la chaîne communautaire CNJT Montréal dans l'émission la caravane du Maghreb Octobre 2007

 

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