jeudi 10 avril 2008

Guerre des images, guerre sans image ? (Marie Chominot)

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source de la photographie

 

Guerre des images, guerre sans image ?

Pratiques et usages de la photographie pendant la guerre

 

d’indépendance algérienne (1954-1962)

 

Marie CHOMINOT



thèse de doctorat préparée sous la direction de

 

Benjamin STORA, Professeur d’Histoire contemporaine à l’INALCO.

La soutenance se déroulera le

Mercredi 14 mai à 9 heures,

Université de Paris 8 – Saint-Denis,

Salle des thèses, Bâtiment A Salle 010

 

 

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source


Le jury sera composé de :

 

- Stéphane Audouin-Rouzeau, directeur d’études à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales

- Omar Carlier, professeur à l’université Paris VII

- Christian Delage : maître de conférences HDR à l’université Paris VIII

- Abdelmajid Merdaci, maître de conférences à l’université Mentouri de Constantine

- Michel Poivert, professeur à l’université Paris I

- Benjamin Stora, professeur à l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales

 


résumé succinct


Pendant la guerre d’indépendance algérienne (1954-1962), conflit qui n’a pas officiellement le statut de guerre, les deux camps en présence incluent la photographie dans des stratégies de légitimation et de communication complexes, mettant en œuvre une véritable politique des images. Dans le cadre de l’internationalisation du conflit, la communication française est dans une perpétuelle logique de riposte aux initiatives des nationalistes algériens. Pourtant, lorsque l’on se rapproche géographiquement du cœur du conflit, le rapport de forces s’inverse et l’on voit pleinement fonctionner un système d’information mis en place par l’armée française et assumé par le pouvoir politique, qui est aussi un système hégémonique de représentation du conflit.


La photographie se trouve au cœur d’une vaste entreprise de maîtrise de la guerre : elle sert à faire la guerre (comme auxiliaire du renseignement), elle sert aussi à la dire. Dans le but de maîtriser le récit confié à l’opinion publique par les médias, l’armée a organisé une forme de monopole de production et de diffusion des images photographiques, s’efforçant de tarir à la source la réalisation de photographies par des journalistes civils, tout en alimentant régulièrement le système de diffusion médiatique qui se fait par conséquent le relais, consentant mais forcé, d’une vision univoque. Le fonctionnement du système d’information français révèle des failles dont la moindre ne fut pas de générer une «guerre sans image». L’invisibilité du conflit est la conséquence d’un système de représentation qui se veut hégémonique et qui, par l’application de filtres successifs, engendre une banalisation de la vision.

 

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source

 


présentation détaillée


Pendant la guerre d’indépendance algérienne (1954
1962), conflit qui n’a pas officiellement le statut de guerre, les deux camps en présence incluent la photographie dans des stratégies de légitimation et de communication complexes, mettant en œuvre, selon des modalités différentes, une véritable politique des images. Le conflit franco-algérien fut bien une guerre des images, et, si cette dernière fut marquée du sceau de l’inégalité en termes de production, la conclusion est tout autre si l’on déplace le curseur vers la question de la diffusion et que l’on élargit l’échelle géographique. L’enquête en terrain algérien révèle que le camp nationaliste a mis en œuvre, dès 1955-1956, une véritable stratégie de communication qui passe par une utilisation raisonnée de l’image photographique et, dans une moindre mesure filmique.


Peu importe que les Algériens n’aient pas les moyens de produire massivement des images du conflit, ils se donnent tous les moyens d’assurer la diffusion maximale de toutes celles qui leur parviennent, quelle que soit la filière empruntée. La question du déséquilibre est en effet à interroger dans une perspective multiscalaire. Si l’activité d’information par l’image menée par le camp algérien parvient à mettre en échec le système hégémonique de représentation de la guerre qu’ont tenté de construire les Français, c’est à l’échelle mondiale (dans le monde arabe, en Europe, mais surtout sur le front des pays non-alignés et à la tribune de l’ONU).


Dans le cadre de l’internationalisation du conflit, la communication française est dans une perpétuelle logique de riposte aux initiatives algériennes. Pourtant, lorsque l’on resserre la focale, que l’on se rapproche géographiquement du cœur du conflit (le territoire algérien, lieu des affrontements et la France métropolitaine, siège des décisions politiques et de l’opinion publique nationale), le rapport de forces s’inverse et l’on voit pleinement fonctionner un «système d’information» mis en place par l’armée française (et assumé par le pouvoir politique), qui est aussi un système hégémonique de représentation de cette guerre.

L’expression «système d’information» permet de décrire les différents usages de la photographie par l’armée française en Algérie et rend compte d’une soldat_karkitendance globalisante de cette armée qui tend, dans le domaine de l’information comme dans bien d’autres, à s’arroger des pouvoirs qui ne sont habituellement pas les siens. La photographie se trouve au cœur d’une vaste entreprise de maîtrise de la guerre par l’armée : elle sert à faire la guerre et à la dire, à maîtriser le faire et le dire. Le terme d’ «information» doit dès lors être entendu dans trois acceptions différentes. Dans son sens le plus classique, il renvoie à la question de la médiatisation d’un événement, à la manière dont il est mis en récit et transmis à un public. [source photo ci-contre]

Dans le but de maîtriser le récit confié à l’opinion publique par les médias, l’armée a organisé (avec l’accord plein des autorités civiles) une forme de monopole de production et de diffusion des images photographiques relatives au conflit, s’efforçant de tarir à la source la réalisation de photographies par des journalistes civils, tout en alimentant régulièrement en images le système de diffusion médiatique (agences photographiques et journaux), qui se fait par conséquent le relais, consentant mais forcé, d’une vision univoque.
Par «information», il faut aussi entendre «renseignement» car ce dernier permet, en l’informant, de maîtriser le faire de la guerre. En amont et en aval des opérations militaires, la photographie intervient pour repérer, identifier, contrôler des objectifs terrestres et humains. Aux usages proprement stratégiques de la photographie en temps de guerre (photographie aérienne, cartographie), l’armée ajoute ici des pratiques qui relèvent de l’utilisation policière et judiciaire de la photographie (fichage et identification des individus, vivants comme morts). Les populations civiles algériennes, tout comme les combattants algériens, sont pris dans les rets d’un vaste système d’images qui sert à la fois à les contrôler et à les persuader de rejoindre le camp de la France.


Pour ce faire, certains services de l’armée mettent en œuvre une forme particulière d’information, qui s’applique directement sur les publics ciblés (d’abord, exclusivement en son sein, les appelés, puis les populations civiles et les combattants algériens), sans emprunter le canal des médias civils. Cette «action psychologique», forme de propagande ouvertement inspirée de l’agit-prop de tradition marxiste,
s’inscrit dans le cadre d’une interprétation théorique de la guerre pensée, à partir de la fin de l’année 1956, sur le modèle de la «guerre révolutionnaire», issu de l’expérience indochinoise. La conquête des populations (par la persuasion, la séduction ou la terreur) est alors considérée comme un élément fondamental pour gagner la guerre.

Il s’agit d’asseoir sa domination à la fois sur un territoire et sur les esprits de ceux qui le peuplent, afin que l’Algérie reste française. Outil pour garder la maîtrise du conflit, autant dans sa dimension stratégique que dans sa dimension politique, la photographie est réellement utilisée par les Français comme un instrument pour gagner la guerre. Or, malgré le déploiement de considérables moyens humains et matériels, malgré la mise en place d’un système d’information qui se veut verrouillé, les Français perdent la guerre sur le terrain médiatique.

Cet échec médiatique ne saurait être exclusivement imputé à l’activisme du FLN sur la scène internationale. Analysé de l’intérieur, le fonctionnement du système d’information français révèle des failles dont la moindre ne fut pas de générer une «guerre sans image». L’invisibilité du conflit, en effet, n’a pas été élaborée a posteriori par une occultation volontaire, elle a émergé dès l’époque. Elle est la conséquence d’un système de représentation qui se veut hégémonique et qui, par l’application de filtres successifs, engendre une banalisation de la vision.

Au regard de l’océan de photographies produites par l’armée française, la proportion des images effectivement diffusées est minime. Soigneusement choisies et filtrées à toutes les étapes (production, exploitation, diffusion), les mêmes photographies sont destinées à toutes les catégories de publics (soldats, opinion publique française et internationale, populations civiles et combattants algériens). Pendant toute la guerre, seul un petit nombre de figures photographiques, fortement stéréotypées, circule. L’armée a organisé la pauvreté visuelle de l’événement. L’impact relatif des propagandes française et algérienne doit aussi être étudié, au-delà de la question des moyens mis en œuvre de part et d’autre, à la lumière de cette opposition : invisibilité versus dévoilement.

 

Marie CHOMINOT 

 

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_____________________________________________________________________

 

Pour vous rendre à l’université Paris VIII, 2, rue de la Liberté à Saint-Denis :

- Par le Métro, descendez à la station de métro Saint-Denis Université (ligne 13).

- Par la route en provenance de Paris, prenez l’autoroute A1 (dite du Nord) à la Porte de la Chapelle, sortie N°3 direction St-Denis Universités – Pierrefitte ; après le 4e feu tricolore, tournez à droite dans la 2e rue, direction Stains – Saint-Denis Universités – Vélodrome. Après le carrefour, un parking payant se trouve sur votre gauche.

Pour rejoindre la salle A 010, empruntez l’entrée principale de l’université, prenez les escalators sur votre gauche, direction bâtiment A. Ensuite, traversez la passerelle qui franchit la rue de la Liberté et longe la bibliothèque universitaire. Descendez les escalators puis continuez tout droit. Vous arrivez dans le hall du bâtiment A. La salle A 010 se trouve juste sur votre gauche.

Dans le hall principal, des agents d’accueil peuvent vous aider.

 

 

contact : chominot@wanadoo.fr

 

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source

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mercredi 9 avril 2008

La Sfhom va bien merci (Hubert Bonin)

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La Sfhom va bien merci

Hubert BONIN *


Chers lecteurs d'Etudes coloniales, la SFHOM n'est absolument pas en péril !

Sa revue Outre-mers. Revue d'histoire a été cotée "deux étoiles" par le classement de l'Union européenne, donc juste après la catégorie "une étoile" où figurent notamment les Annales et la RHMC. Son portefeuille d'abonnés - fidèles à la version imprimée - oscille autour de 500, dont les deux tiers hors de France. Le nombre d'articles proposés se renouvelle sans cesse. Les "thèmes" semestriels sont prévus jusqu'en 2010, et des propositions affluent. Enfin, le nombre d'adhérents individuels se renouvelle lui aussi chaque année, malgré les décès des adhérents "anciens".

Par ailleurs, un site internet (www.sfhom.com) permet un lien permanent et publie des informations chaque semaine, avec des lecteurs au nombre quotidien de 40 à 80. Les thèmes sont bien appréciés par les lecteurs et les collègues ; leur principe a d'ailleurs été introduit il y a quelques années par Marc Michel et Daniel Lefeuvre eux-mêmes...

Nombre de jeunes chercheurs nous font des propositions d'articles, sur des "champs" thématiques et géographiques variés. Bref, ni l'association, ni la revue ne sont devenues des pièces de musée depuis qu'une équipe a succédé sereinement à l'équipe Michel-Lefeuvre il y a quelques années !

La SFHOM ne sent pas le formol ni le renfermé ! Et si des "juniors" revendiquent sa diversité, qu'ils lui proposent des articles ou même des livres, puisque l'association publie Les Publications de la SFHOM ! Une association, quelle qu'elle soit, ne vit que de la sève qu'y font couler ses adhérents !

Il ne sert donc à rien de ratiociner des lieux communs ! Il faut agir et seule l'action quotidienne au sein de l'association contribue à son rayonnement. Enfin, précisons qu'une partie des tensions internes provoquées par un noyau de "dissidents" (une demi-douzaine) provient de la volonté d'inféoder la SFHOM à une université du centre de Paris, alors que cette association a toujours, au moins depuis les années 1960 - quand elle s'est éloignée des milieux d'influence impériaux -, préservé son indépendance vis-à-vis de toute université, de tout centre de recherche, de toute chapelle, de tout clan, au nom précisément du pluralisme ! Mais le dialogue et le débat sont ouverts !

Une assemblée générale extraordinaire aura lieu au début d'octobre pour une rénovation des statuts et pour préciser la stratégie des années à venir. Mais seuls les adhérents pour l'année 2008 (55 euros) y auront le droit de vote, bien entendu !

Bien dévoué, l'un des membres du Bureau de la SFHOM.

Hubert Bonin

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* réponse à l'article : "Sauver la SFHOM" de Marc Michel et Daniel Lefeuvre, publié ici-même le 23 mars 2008


 contact : h.bonin@sciencespobordeaux.fr

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Mise au point


Après avoir pris connaissance de ce texte, évoquant notamment la dernière réunion de la SFHOM (mercredi 26 mars), plusieurs participants à cette assemblée contestent formellement les propos tenus par Hubert Bonin. Les allusions à «un noyau de "dissidents" (une demi-douzaine)» et à leur prétendue «volonté d'inféoder la SFHOM à une université du centre de Paris» sont proprement attentatoires à l'honneur des personnes en cause et ne correspondent à rien de réel. Par ailleurs, prétendre envers et contre tout que la «Sfhom va bien» relève de l'auto-suggestion plus que d'un constat serein et responsable de la situation.

Études Coloniales
14 avril 2008


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mardi 8 avril 2008

Bonjour cher Dély-Ibrahimois

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cher Dély-Ibrahimois


Arlette Schneider, auteure du livre Les collines de l'espoir, avait répondu par lettre personnelle à un Dély-Ibrahimois qui avait posté un commentaire sur ce blog. Voici le texte de sa réponse.

Bordeaux le 17 novembre 2007

collines_espoir_couvBonjour cher Dély-Ibrahimois

Quelle joie d’avoir des nouvelles de mon village natal [commentaire posté le 5 août 2007]. Ainsi, j’ai l’impression de ne l’avoir jamais vraiment quitté !
Excusez-moi d’avoir tardé à vous écrire. L’adresse électronique ne fonctionnait pas. Toute lettre mérite réponse.
Merci pour votre message d’historien et de lecteur critique. «Un bon livre est celui qui apporte la critique». Je ne sais plus quel est l’écrivain qui a écrit cette maxime mais je l’adopte.

Vous avez raison lorsque vous dites que les guerres sont la bêtise humaine et qu’il faut avancer au XXI e siècle. Il faut toujours avancer quel que soit l’époque ! Malheureusement la jalousie, la méchanceté, l’égoïsme et l’orgueil humains sévissent toujours aux quatre coins du monde en nous faisant souffrir et régresser. Et tous les peuples sont concernés. Hélas !
Nous devrions plutôt réfléchir sur cette vérité d’un verset du Coran et de la Bible : «Nous appartenons à Dieu. Sur terre, nous sommes de passage

Je n’ai pas la science infuse et je n’ai pas la prétention d’être une bibliothèque. D’ailleurs qui prétend tout savoir et refaire l’histoire ? Je me suis beaucoup documenté avant d’écrire l’ouvrage. En histoire, contrairement au roman on n’écrit pas suivant sa propre inspiration. Dans mes anecdotes, quand je raconte le village, je le décris avec les yeux, l’émotion et le coeur d’une enfant qui a vécu ses joies, ses peurs et ses rêves. Quel enfant n’a pas eu peur un jour du loup garou, du croquemitaine, du Père Noël ou d’un mendiant ? N’avons-nous pas tous dans notre enfance nos propres images et nos caricatures féeriques ou terrifiantes ?

Quand on naît dans le même village, il y a des affinités qui se créent et des liens d’amitié qui se tissent au fil des ans. Pendant mon enfance, à Dély-Ibrahim, les familles musulmanes et européennes se connaissaient bien. Les enfants ont grandi ensemble jusqu’en 1962.

Avec les camarades français et musulmans de mon âge, sur les mêmes bancs, à l’école primaire puis au lycée, nous étions, les uns comme les autres, des adolescents qui ne pensions qu’à nous amuser et nous vivions en communauté tout en respectant nos religions différentes.

Etant plus jeune que moi, vous n’avez pas connu les villageois, ni les mêmes maîtres, ni les belles parties de carrioles, de boules, de cerfs volants, de patins à roulettes ou de ballon prisonnier dans la grande rue des écoles.

Vous êtes arrivé à sept ans dans le village, en 1962, à l’Indépendance. J’en avais quinze et demi. Les émotions sont personnelles. Vous avez les vôtres, j’ai les miennes. On ne peut pas percevoir les mêmes choses, c’est évident ! Nos souvenirs respectifs ne sont pas identiques. Votre enfance a été différente de la mienne et de celle de tous mes camarades. C’est ainsi et nous n’y pouvons rien !

Cher Dély-Ibrahimois, je ne vous connais pas, vous ne me connaissez pas, mais un ciment africain nous lie. Nous sommes nés et avons grandi dans le même pays, l’Algérie. L’on parlait deux langues avec le même accent, sous le même soleil, au pays des collines, des étoiles, des oliviers, des sauterelles, des criquets, des cigales, des pigeons, de l’enfance insouciante et innocente ainsi que de la camaraderie. L’un commeth____lamenthe__2_ l’autre, enfants de parents travailleurs, nous ne roulions pas sur l’or !

Originaires d’un même pays, nous ne pouvons qu’aimer la Terre qui nous a vus naître. Bien que notre destin ait été différent, nous avons les mêmes racines sur cette terre qui a abrité plus d’un peuple depuis les Phéniciens. N’est-ce pas cette fibre émotionnelle et culturelle qui nous rapproche vraiment ?

Allah ou Akbar ! Comme mes cousins l’ont fait l’année dernière à vos côtés, puissions-nous un jour, cher Dély-Ibrahimois, ensemble boire le thé à la menthe à Dély-Ibrahim, berceau de notre enfance, à l’ombre des palmiers, bercés par la belle ritournelle des pigeons !

Les Collines de l’espoir, cet ouvrage documentaire et autobiographique n’est pas le messager de la rancune  ni de la haine. Il est l’espoir de bâtir un monde meilleur de fraternité.

Cordialement.
Une Dély-Ibrahimoise

Je vous prie de transmettre mon bon souvenir et mon bonjour à tous les Dély-Ibrahimois que j’ai connus.

Arlette Schneider

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Dély-Ibrahim, avenue des Cheragas


- présentation du livre Les collines de l'espoir sur ce blog (3 mars 2007)

- Dély-Ibrahim en cartes postales anciennes, collection d'Isidore Rodriguez


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dimanche 6 avril 2008

loi sur la la communication des Archives

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nouveau projet de loi sur la conservation

et la communication des Archives


Le texte du nouveau projet de loi sur la conservation et la communication des Archives a été adopté par le Sénat. Des auditions ont été faites par la commission des lois de l'Assemblée nationale cette semaine et le texte doit être prochainement voté (dans la deuxième quinzaine d'avril selon le calendrier parlementaire, peut-être le 17).

Ce texte est disponible sur le site de l'Assemblée : page d'accueil aller à la rubrique «document parlementaire», projet n° 566 ou cliquez sur ce lien :

http://www.assemblee-nationale.fr/13/projets/pl0566.asp

Ce projet mérite votre attention dans son ensemble, mais plus particulièrement le chapitre «régime de communication». Il prévoit certes un raccourcissement des délais légaux d'accès à une partie des documents (vingt-cinq ans contre trente, ou cinquante contre soixante par exemple) mais comprend aussi quatre points très inquiétants.

- La création d'une nouvelle catégorie d'archives : les archives incommunicables. Elles pourront ne jamais être communiqués au nom de la «sécurité nationale» (armes biologiques) et de la «sécurité des personnes», certainement immortelles. Il y a une contradiction dans les termes du texte, qui ne permet pas de comprendre quelles sont les intentions du législateur. Il est dit :

Art. L213-1 : "Les archives publiques sont [...] communicables de plein droit" et L 231-2 :  «il existe des archives qui "ne peuvent être consultées"».

Cet art. 213-2 n'a pas de raison d'être, car :
- 1/ les informations permettant de concevoir des armes biologiques ou de destruction de masse sont nécessairement récentes ; or celles-ci sont déjà couvertes par l'art. 213-2 I 3° ;
- 2/ les informations de nature à compromettre la sécurité des personnes sont déjà visées par le 213-2 I 4°.
 
- Un nouveau délai, fixé à soixante-quinze ans, est créé, fondé sur une extension de la notion de protection de la vie privée, visant la plupart des archives publiques (Art. L. 213-2-4). Il y a ici amalgame entre la «protection de la vie privée» (celle-ci n'étant pas plus définie) et le fait de rendre publique «une appréciation ou un jugement de valeur», catégories particulièrement floues. Ou pire, le fait de «faire apparaître le comportement d'une personne dans des conditions susceptibles de lui porter préjudice».

Pratiquement tous les dossiers d'archives publiques, tels les rapports de préfets, contiennent des jugements de valeur. Qui décidera - et sur quels critères - ce qui doit être ouvert alors ? Fixer la barre à 75 ans, conduirait de plus à refermer de nombreux dossiers ouverts depuis 15 ans. Verra-t-on se de refermer pour quelques années les études sur le Front populaire, la 2e Guerre mondiale et Vichy, ou celles sur la guerre froide qui commençaient à s'ouvrir librement ? Certes, restent les dérogations, mais c'est placer les chercheurs sous le sceau du privilège individuel pour 25 ans de plus.
 
- Une notion de «secret des statistiques» est introduite de façon répétitive (14 occurrences au mot secret, dont 8 au secret statistique). L'article 25 - nouveau - dit dans un I que les documents administratifs (immédiatement consultables en vertu de la loi de 1978 sur la transparence administrative) ne sont communicables qu'aux intéressés quand ils portent atteinte au secret de la vie privée ou comportent des jugements sur les personnes.

C'est le cas des dossiers d'instituteurs par exemple. Dans un II, il ajoute que les documents visés aux I sont consultables dans les conditions fixées par le 213-2 : c'est-à-dire 75 ans. Et comme ce II de l'article 25 nouveau ne mentionne pas le 213-3, qui est l'article autorisant des dérogations, le couvercle est vissé. Nul chercheur ou citoyen ne verra les dossiers de cour de justice ou les dossiers personnels avant 75 ans : aucune dérogation n'est possible.

- L'art. 213-I 4° aurait pour conséquence d'interdire toute recherche sérielle postérieure à 1923 ; l'art. 213-2 4° rend très difficile la consultation des listes nominatives.
 
- Enfin, le système des protocoles, déjà en vigueur pour les Chefs d'État et dont on a constaté les dérives dans certains cas est étendu à tous les papiers des ministres (Art. L. 213-4). Il permettra à ceux-ci de traiter les archives publiques produites par eux et par leurs collaborateurs, comme des archives privées jusqu'à leur décès.
 
Les nouvelles dispositions prévues par ce texte sont extrêmement graves : elles traduisent une défiance inquiétante de la part des pouvoirs publics envers la communauté des chercheurs certes, mais de façon plus globale, envers la communauté des citoyens. Elles sont en contradiction flagrante avec les recommandations du Conseil de l'Europe adoptées le 21 février 2002 par le comité des ministres.

Nous tenions à vous faire savoir sans attendre cette première information. Une pétition et d'autres initiatives sont en discussion. N'hésitez pas à faire circuler le texte voté par le Sénat et soumis aux députés et à diffuser ces informations.

Sylvie Thénault


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salle de lecture du Centre des archives d'outre-mer à Aix-en-Provence


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mercredi 2 avril 2008

les visiteurs de ce blog

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les visiteurs du blog Études Coloniales

le mercredi 2 avril 2008


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cette répartition géographique a été saisie à 7 heures du matin ;
elle montre bien l'audience internationale du blog "Études coloniales"
puisque plus de la moitié des visiteurs provient d'autres pays que la France
(NB - ces indications sont fournies par l'hébergeur)


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origine géographique des visiteurs vers 15 h 30 : la France est la provenance
majoritaire mais l'éventail des autres pays est diversifié


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vers 20 h 15, l'éventail des provenances étrangères est toujours diversifié...



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dimanche 30 mars 2008

guerre d'Algérie finie ?

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la guerre d'Algérie est-elle finie ?

avec Benjamin STORA à la BnF


mardi 8 avril à 18 H 30 à la Bibliothèque nationale de France (BnF), entrée libre

La guerre d'Algérie s'est achevée il y a près d'un demi-siècle mais les effets de ce conflit continuent de se manifester, puissamment, dans les deux sociétés. En France, anciens soldats du djebel et harkis, pieds-noirs et immigrés algériens ont des opinions, des visions différentes de cette période. La Sarkozy_Algerréconciliation des mémoires semble difficile. En Algérie, le pouvoir continue toujours de se légitimer à travers cette séquence d'une guerre livrée contre la France. Comment sortir de cette interminable guerre des mémoires ?

magazine L'Histoire

- avec Benjamin Stora, professeur d'histoire du Maghreb à l'Inalco (Paris) - dans le cadre du cycle de conférences "Les brûlures de la colonisation" co-organisé par le magazine l'Histoire et la BnF.


sarkozy_bouteflika


BnF - site François-Mitterrand, Grand auditorium, hall Est, quai François-Mauriac, Paris XIIIe arr. - Métro "quai de la gare" ou "Bibliothèque François-Mitterrand" - bus 89 et 62.

BNF
BnF (source)

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mardi 25 mars 2008

personnel infirmier Maroc colonial

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une rature anonyme a effacé le drapeau tricolore français...

 

statut du personnel infirmier français dans

le Maroc de l'époque coloniale

 

question

Monsieur
Je vous prie juste de m'informer pour effectuer recherche sur statut des personnes infirmier français à l'hopital d'Oujda (époque coloniale) dépend de quel ministère
Cordialement votre

___________________________________

 

réponse

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Des investigations préalables dans plusieurs centres d'archives semblent nécessaires. Mais la priorité est à accorder aux archives du ministère des Affaires étrangères :

 

 

 

1) archives du ministère des Affaires étrangères (MAE au quai d'Orsay à Paris)

C'est le premier ministère concerné puisque le Protectorat était sous le contrôle des Affaires étrangères :

- fonds versés aux archives du MAE

- état des versements : Protectorat français au Maroc (version pdf)

 

2) mission des archives nationales auprès du ministère du Travail, des relations sociales...

- coordonnées de la mission

- responsable : Hélène Lhoumeau : helene.lhoumeau@sante.gouv.fr

 

3) Centre des archives contemporaines (CAC) à Fontainebleau

- page d'accueil du site du CAC - voir l'état des versements

 

4) Centre des archives d'Outre-mer (CAOM) à Aix-en-Provence

- page d'accueil du CAOM

- faire une recherche au CAOM

Michel Renard

 

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dimanche 23 mars 2008

Sauver la SFHOM (Marc Michel, Daniel Lefeuvre)

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Sauver

la Société française d'histoire

d'outre-mer (SFHOM)

Marc MICHEL et Daniel LEFEUVRE

 

Cher(e)s Collègues,

La SFHOM (Société française d'histoire d'outre-mer) vit une crise qui met son existence en péril.

Loin de se résumer à une querelle de personnes, ses origines tiennent d'abord à la difficulté de faire vivre, aujourd'hui, une revue "papier" qui n'est pas adossée à un grand éditeur, avec toutes les conséquences qu'on imagine en matière de budget et de diffusion.

La crise tient aussi, à la nécessité qui s'impose de repenser le projet éditorial de la revue. Seule revue française généraliste en matière d'histoire coloniale, Outre-Mers n'a, nous semble-t-il, de sens que si elle devient le pôle d'une réflexion croisée sur la colonisation, en jetant les passerelles entre les différentes aires, les différents temps et les différentes dimensions de cette histoire, ce qu'elle fait de manière, encore très insuffisante.

En particulier, son ouverture internationale devrait être considérablement élargie.

La crise tient encore, à un insuffisant renouvellement des problématiques et donc, aussi, des générations au sein de l'équipe d'animation de la revue.

Toutes ces pistes, et d'autres encore, devraient faire l'objet d'une réflexion collective que la prochaine assemblée générale du 26 mars ne permettra pas de mener, compte tenu de ses conditions d'organisation, de calendrier et d'horaire.

C'est pourquoi nous demandons avec insistance qu'une assemblée générale extraordinaire soit convoquée au mois de juin, en fin de semaine et à une heure permettant la plus large participation.

Pour l'avenir de la Revue auquel nous sommes tous attachés, nous espérons que notre appel sera entendu.

Marc Michel, ancien président de la SFHOM
Daniel Lefeuvre
, ancien secrétaire général de la SFHOM

 

 - réactions à ce texte (9 et 14 avril 2008)

 

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lundi 17 mars 2008

Oujda et l'amalat

Lyautey_inspecte_Oujda

 

l'amalat d'Oujda

 

chercher un livre
bonjour à toutes et à tous,voilà je cherche un livre ecrit par un officier français,durant la première periode de la colonisation d'oujda (MAROC)à partir de 1907.ce livre a pour TITRE :(oujda et l'amalat),d'après un vieux vétérant,ce livre existait dans la bibliothéque de tlemcene(ALGERIE),son auteur pourrait etre un certain lieutnant voinot ou voinau ou vainau ?je vous remercie infinement,

posté par Kortas, 17 mars 2008 à 14 h 41


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Oujda_d_fil__zouaves_1907
occupation française d'Oujda, avril 1907 : défilé des zouaves dans les rues

 

réponse

Voici la note du catalogue de la BnF (Bibliothèque nationale de France) relative à cet ouvrage :

type :  texte imprimé, monographie
Auteur(s) : Voinot, Louis (1869-1960)
Titre(s) : Oudjda et l'amalat, Maroc [Texte imprimé] / capitaine L. Voinot
Édition :  [Reprod. en fac-sim.]
Publication : Saint-Germain-en-Laye ; [Marly-le-Roi] (BP 105, 78160 Cedex) : les Enfants de l'oriental, cop. 1988-1989
94-Périgny-sur-Yerres : Impr. Arts graphiques de la Brie
Description matérielle :   2 vol. (585-84 p.-XXVI f. de pl.-[2] dépl.) : portr. ; 25 cm

Note(s) Contient : "Relations algéro-marocaines sur la frontière du Tell de 1848 à 1907 : extrait". - En appendice du vol. 2, choix de documents. - Bibliogr. vol. 1, p. 4-8
Reproduction : Fac-sim. de l'éd. d'Oran : L. Fouque, 1912

 

et voici la notice auteur :

Voinot, Louis (1869-1960)  

  Nationalité(s) :  France
  Langue(s) :  français
  Sexe :  masculin
  Responsabilité(s) exercée(s) sur les documents :  Auteur
  Naissance : 4 décembre  1869
  Mort : 20 juillet 1960

Colonel. - Écrivain militaire, géographe et historien, spécialiste du Maroc

Source(s) :

- Le Tidikelt : étude sur la géographie, l'histoire, les mœurs du pays / Louis Voinot, 1995.

- Oudjda et l'amalat, Maroc / capitaine L. Voinot, cop. 1988 [Fac-sim. de 1912]

 

Je ne crois pas qu'il soit en ce moment disponible à la vente. Par contre, on trouve le Tidikelt :

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VOINOT L. - Le Tidikelt. Etude sur la géographie, l'histoire, les moeurs du pays. Extrait de : Bulletin de la Société de Géographie et d'Archéologie de la Province d'Oran.
Oran, Imprimerie L. Fouque, 1909.
In-8 broché, 155 pages, 10 figures dans le texte, 23 planches offrant de nombreuses illustrations dont 9 cartes et plans. (Rousseurs au titre, dos remplacé en kraft.) BON EXEMPLAIRE.

Cet ouvrage vous est proposé par la Librairie Picard.

Euro 60.00 |  commander ce livre

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Autre possibilité :

commander le livre aux éditions Gandini

 

 

On trouve également :

Sur les traces glorieuses des pacificateurs du Maroc, Louis Voinot; 1939.

Préface du General DOGUES , illustrations de TH. J. DELAYE CHARLES LAVAUZELLE ET CIE 1939 TRES BELLES ILLUSTRATIONS , cartes dépliables

commander ce livre

__________________________

 

Que signifile le terme "amalat" ?
- "Les indigènes (nommaient) amalat, suivant les uns, le territoire régi par un caïd, suivant les autres, une circonscription financière" (Bulletin de la Société de géographie, 1861).

 

Michel Renard

 

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vendredi 14 mars 2008

à propos du livre "Les mots de la Colonisation" (Jean-Pierre Renaud)

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à propos du livre

Les mots de la Colonisation

Jean-Pierre RENAUD

 

Un petit ouvrage rédigé sous la direction de trois historiens avec la collaboration d’une quarantaine d’auteurs, spécialistes de la colonisation. Petit livre dont l’ambition est sans doute, et c’est très bien, de simplifier le travail de documentation d’un lecteur curieux du sujet, par rapport à d’autres lexiques ou dictionnaires plus volumineux déjà publiés.

 

La méthode

Le discours de la méthode proposée par l’ouvrage :

- "Les auteurs ont eu la volonté de diffuser auprès d’un large public des connaissances rigoureuses (p. 4), …à partir d’une sélection - forcément réduite - de termes qui ont tissé la trame coloniale (p. 5),… nous avons choisi de faire entendre des mots effectivement en usage au temps des coloniesLa plupart des vocables qui composent ce lexique ont été utilisés d’un bout à l’autre de l’empire français" (p. 5).

- "L’équilibre de ce petit lexique s’établit au carrefour des mots d’alors et des mots d’aujourd’hui, dans une réflexion sous-tendue par les débats d’aujourd’hui" (p. 5).

- "Puisse ce petit ouvrage fournir un outil de travail commode aux étudiants" (p. 6).

La méthode choisie ne court-elle pas le risque d’une confusion inévitablement chronologique compte tenu des termes mêmes annoncés de la sélection, le carrefour des mots d’alors et des mots d’aujourd’hui ? Ne court-elle pas le risque aussi d’une confusion géographique entre des champs historiques arpentés d’un bout à l’autre de l’empire français ?

Dans un article paru dans les Cahiers d’Etudes Africaines de janvier 1960, intitulé "ColonisationBrunschwig -Décolonisation. Essai sur le vocabulaire usuel de la politique coloniale", Henri Brunschwig [ci-contre] écrivait dès la première ligne : "Les vocables politiques s’usent vite et leur sens varie selon les temps et les lieux". Il donnait quelques exemples de ces faux amis coloniaux.

En premier lieu, celui du terme colonisation, mais aussi celui du mot protectorat qui n’avait pas du tout le même sens selon les périodes de référence et les territoires de conquête, chasse gardée en Afrique avant et après le Congrès de Berlin, en même temps que projet de tutelle ou tutelle en Tunisie, en Annam ou à Madagascar ? Au cours de la période de conquête, les hommes politiques divergeaient d’ailleurs sur le sens de ce concept, ainsi que sur son intérêt.

En commentant le mot protectorat, le petit livre n’a pas repris cette distinction chronologique importante, mais il est vrai que le dictionnaire Liauzu n’en fait même pas mention.

Après pointage, et sauf erreur, sur plus de 120 mots cités, 37% d’entre eux s’inscrivent dans un temps colonial fractionné, et 63% dans un temps complet, temps postcolonial compris.

Sur le plan géographique, 70% des mots s’inscrivent dans le champ colonial ou impérial complet et 30% dans des champs coloniaux déterminés, 7% pour l’Afrique noire, 10% pour l’Extrême-Orient et l’Océanie, et 13% pour l’Afrique du Nord.

Autre question de méthode. De qui sont les mots retenus, des colonisateurs ou des colonisés ? Des premiers sûrement, et rarement ceux des colonisés, et il faudrait le préciser.

La sélection de ces mots résulte-t-elle d’une méthode de lecture statistique éprouvée, par exemple des journaux des différentes époques considérées ? Aucune information n’est donnée à ce sujet.

On pouvait aussi imaginer que la quarantaine d’auteurs aurait pu se réunir, ce qui a peut-être été fait, et qui n’a pas été dit, et qu’ils auraient procédé à un inventaire des mots clés de la colonisation. On ne voit pas en tout cas de différence entre les mots importants et ceux qui le sont moins.

En résumé, un réel apport d’informations, mais entaché de quelques réserves de fond quant à la méthode historique choisie.

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Le contenu : des mots justes ?

Congo Océan - Chemins de fer en Afrique (p. 34) : la datation des lignes citées ne correspond pas à la réalité. Le chemin de fer n’atteignit le Niger qu’en 1904.

Conquête (p. 36) : "Les résistances ne peuvent donc s’exprimer que par la guérilla".

Un commentaire étrange qui ne rend pas fidèlement compte des vraies batailles qui ont eu lieu au Tonkin avec des bandes de pirates et l’armée chinoise, de celles qui ont eu lieu entre les troupes coloniales et les armées de Samory, ou l’armée de Béhanzin, et enfin de celles de Madagascar au débarquement des troupes françaises et lors de leur remontée vers la capitale, avec enfin la prise de Tananarive.

Insurrection malgache (p. 58) : l’évoquant (p. 59) : "Une mémoire d’effroi se constitue, longtemps refoulée du fait qu’après 1960 le pouvoir revint à des collaborateurs des Français - ce qui rend aujourd’hui le travail des historiens très difficile face à une question devenue, pour l’intelligentsia et la diaspora malgache, l’équivalent de ce qu’est l’esclavage pour les Africains et Antillais".

Première observation : la répression de l’insurrection de 1947 n’a pas été occultée. À titre d’exemple, le livre de Pierre Boiteau paru en 1958, l’évoque longuement, et une multitude d’autres sources, notamment les journaux de l’époque.

Deuxième observation : celle d’après laquelle le travail des historiens serait difficile face à une question devenue l’équivalent… de ce qu’est l’esclavage pour les Africains et Antillais.

1° - Qu’est-ce qui autorise l’auteur de ce texte à formuler un tel jugement ? Des enquêtes d’opinion qu’il pourrait citer ?

2° - Quant à l’esclavage, il suffit de rappeler que c’est le pouvoir colonial qui a supprimé l’esclavage dans la grande île, et qu’une bonne enquête d’opinion dirait peut-être que l’effroi véritable s’inscrirait beaucoup plus dans la mémoire des descendants d’andevo (esclaves), que dans celle des habitants actuels de l’île par rapport à l’insurrection de 1947.

Parti colonial (p. 88 et 89) : dans la diffusion de l’idée impériale, l’auteur cite les livres scolaires les programmes scolaires eux-mêmes sont progressivement aménagés : le célèbre Tour de la France par deux enfants, dans ses diverses rééditions, fait désormais un détour par l’empire.

Le livre en question fait une place très modeste aux colonies, une page au maximum sur 318, et la fameuse  vignette des quatre races, dont la blanche, la plus parfaite, un tiers de page (p. 184). C’est dire l’importance d’un tel livre !

Plus grande France (p. 91, 92) : le texte note (p. 92) : "Les années 1930 démontrent l’enracinement de l’esprit impérial".

Le verbe démontrer n’est-il pas de trop ? Alors que cette thèse de l’enracinement du colonial est pour le moins contestée, à lire, en tout cas, les travaux des historiens Charles-Robert Ageron et Gilbert Meynier.

 

Des mots absents

Ce qui frappe à la lecture, c’est la faible part attribuée aux mots de la culture des peuples des colonies, à leurs croyances, différentes selon les continents : en Afrique spécialement, l’islam, cité par le livre, mais tout autant l’animisme et le fétichisme, les initiations et les classes d’âge, la circoncision et l’excision, les masques,les totems, et les sorciers … ; en Asie, le confucianisme, le taoïsme, le bouddhisme, et aussi, le ciel des empereurs d’Hué ou de Pékin. Et pour l’Afrique, l’Asie et Madagascar, le culte des ancêtres, capitalFRCAOM08_9FI_00176R_P dans la grande île.

Ce qui frappe également, c’est l’absence des mots de la conquête, le portage, les colonnes, les captifs, les canonnières, et les maladies tropicales, fièvre jaune et paludisme, au lieu de la soudanite, qui fut une affection plutôt rare par rapport à ces maladies, avec les hécatombes de cette période, et les fameuses quarantaines en cas d’épidémie. La rubrique médecine (p. 68) réduit beaucoup trop le champ du mot.

Rien sur les cultures vivrières, le mil et le manioc, le riz ! Alors que le mot indigénophile est retenu : avouerai-je que tout au long de mes lectures coloniales, je n’ai pas souvenir d’avoir rencontré ce mot. Le Larousse paru en 1931 (six volumes) n’en fait pas mention.

Et les gros mots ou les mots interdits, les fady des malgaches ! Le lexique ne cite pas le cannibalisme, religieux ou pas, qui exista bien dans certaines régions d’Afrique et d’Océanie. Ainsi que les sacrifices humains dans certaines cultures ! Et la polygamie coutumière dans beaucoup de ces colonies !

 

Les mots de la fin ?

Les explications données pour certains mots font incontestablement problème quant à leur pertinence historique.

Postcolonies studies - études postcoloniales. Le lexique évoque avec une prudence justifiée le discours d’un collectif de chercheurs, puisque insuffisamment démontré, sur la relation qui existerait entre la colonisation et la crise des banlieues.

orientalism_couvDans le même commentaire, le lexique fait référence au livre d’Edward Saïd, l’Orientalisme (1978) : … est un ouvrage majeur pour les postcolonial studies : il insiste sur l’impact des stéréotypes construits par l’Occident sur l’Orient et sur l’importance de la présence des empires coloniaux au cœur des productions culturelles européennes.

La thèse de M. Saïd mériterait à elle seule un très long commentaire, mais relevons simplement quelques observations à son sujet.

Comment pouvait-il en être autrement du regard de l’Occident sur l’Orient, qui ne se réduisait d’ailleurs pas au Moyen-Orient et au monde musulman et arabe. C’était autant sinon plus l’Extrême-Orient de l’Inde et de l’Asie ? Un Occident dominant, sûrement ! Souvent aussi fasciné ! Qui tentait de comprendre, avec ses propres codes de pensée, un Orient qui n’existait pas en tant que tel, et qui n’existe toujours pas par lui-même.

Sans doute la construction d’un système de fictions idéologiques, mais qui ne se résumaient pas à la littérature de Flaubert, et à sa courtisane égyptienne, ou à une peinture orientaliste seulement captivée par les harems arabes... L’auteur suggère de sortir de l’ancienne camisole de force idéologique, mais est-ce que tous les intellectuels, écrivains, artistes, historiens de cette époque ont eu besoin d’une telle thérapeutique ? Non ! Et paradoxalement aussi les missionnaires, souvent défricheurs d’autres civilisations.

Ce type de thèse porte toujours en creux la responsabilité de l’Occident, et sans le dire, ses fautes, sa culpabilité. Chacun est libre de le penser, mais il ne s’agit alors plus d’histoire, mais de morale.

E. Saïd défend une thèse qui pourrait être celle d’un occidental coupable, mais on peut se demander dans quelle position l’auteur situe sa thèse, occidentale ou orientale ? Et pourquoi ne pas regretter que l’Orient ne nous ait pas fait connaître sa propre thèse, son antithèse sur l’Occident, afin de tenter une synthèse, qui ne sera pas obligatoirement la fameuse histoire partagée dont rêvent certains.

Le mot violence (p.119) et son commentaire appellent également un peu d’explication.

Le sens de ce terme, par définition complexe, et très variable selon les époques, méritait un commentaireesclavage2_illust plus nuancé et plus circonstancié en rigueur historique.

Il ne faut pas avoir fréquenté beaucoup de récits et d’études ethnologiques de l’époque coloniale pour croire que la paix civile régnait dans les territoires conquis par la France, sur le Sénégal, le Niger, le Congo, le fleuve Rouge, ou dans les îles d’Océanie !

Sans faire silence sur les violences de la conquête et du maintien de l’ordre colonial, la colonisation fut aussi pour beaucoup de populations coloniales une période de paix civile. Et l’esclavage existait alors dans la plupart de ces territoires.

Il convient donc d’examiner les faits, sans faire appel au procédé jésuite qui consiste à répéter qu’on ne prône jamais le remords, tout en tenant continûment un discours qui le postule, sans que l’on demande naturellement et expressément la rémission de ses péchés coloniaux.

Comment est-il donc possible d’écrire dans le commentaire du mot violence la formule suivante : "Cette violence… n’en reste pas moins une tache indélébile sur l’histoire nationale" (p. 120) ...? S’agit-il d’histoire ou de morale ?

En conclusion, un petit livre de poche utile grâce à son format et à son contenu, avec le conseil sans doute inutile, que je donnerais volontiers aux étudiants historiens : lisez-le en conservant votre esprit critique !

Jean Pierre Renaud
9 mars 2008

 

- iconographie ci-dessus : esclaves emmenés à la fourche, photographie de la mission de Victor Liotard en Oubangui [Centrafrique] en 1891 (source : Caom)

 

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