samedi 15 décembre 2007

France-Algérie : dépasser le contentieux historique (pétition)

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France-Algérie

dépasser le contentieux historique

texte de pétition

Le passé colonial ne cesse de resurgir, faisant obstacle à des relations apaisées entre la France et les pays qu’elle a autrefois colonisés. Dans ce passé, l’Algérie a une place particulière, en raison des drames qui s’y sont déroulés. Aujourd’hui encore, trop souvent, l’évocation de la guerre d’indépendance algérienne (1954-1962) est soumise à la concurrence des victimes, avec leurs souffrances et leurs mémoires, alors que l’ensemble des citoyennes et citoyens des deux rives de la Méditerranée aspirent à passer à autre chose. Mais pour construire un avenir de partage, il faut, au présent, voir en face le passé.

L’histoire apprend, au premier chef, que le système colonial, en contradiction avec les principes affichés par la République française, a entraîné des massacres de centaines de milliers d’Algériens ; et qu’il les a dépossédés, «clochardisés» – pour reprendre le terme de Germaine Tillion – à une grande échelle, exclus de la citoyenneté, soumis au Code de l’indigénat, et sous-éduqués, au déni des lois en vigueur. Mais, aussi, qu’il y eut de multiples souffrances de Français, parfois déportés en Algérie pour raisons politiques, ou embrigadés dans les guerres coloniales, ou encore pris dans un système dont ils sont devenus, à son effondrement, les victimes expiatoires – comme l’ont été les harkis, enrôlés dans un guêpier qu’ils ne maîtrisaient pas –, sans compter ceux qui ont soutenu l’indépendance algérienne et qui en ont payé le prix.

Quelles qu’aient été les responsabilités de la société, c’est bien la puissance publique française qui, de la Restauration en 1830 à la Ve République en 1962, a conduit les politiques coloniales à l’origine de ces drames. Sans omettre la complexité des phénomènes historiques considérés, c’est bien la France qui a envahi l’Algérie en 1830, puis l’a occupée et dominée, et non l’inverse : c’est bien le principe des conquêtes et des dominations coloniales qui est en cause.

En même temps, nous sommes attentifs aux pièges des nationalismes et autres communautarismes qui instrumentalisent ce passé. Ainsi qu’aux pièges d’une histoire officielle qui utilise les mémoires meurtries à des fins de pouvoir, figeant pour l’éternité la France en puissance coloniale et l’Algérie en pays colonisé. Et c’est précisément pour les déjouer – comme pour déjouer les multiples formes de retour du refoulé – que nous voulons que la souffrance de toutes les victimes soit reconnue, et qu’on se tourne enfin vers l’avenir. Cela ne peut être accompli par des entreprises mémorielles unilatérales privilégiant une catégorie de victimes, mais par un travail historique rigoureux, conçu notamment en partenariat franco-algérien.

Plus fondamentalement, dépasser le contentieux franco-algérien implique une décision politique, qui ne peut relever du terme religieux de «repentance». Et des «excuses officielles» seraient dérisoires. Nous demandons donc aux plus hautes autorités de la République française de reconnaître publiquement l’implication première et essentielle de la France dans les traumatismes engendrés par la colonisation en Algérie. Une reconnaissance nécessaire pour faire advenir une ère d’échanges et de dialogue entre les deux rives, et, au-delà, entre la France et les nations indépendantes issues de son ancien empire colonial.

Paris-Alger, le 28 novembre 2007


Pour celles et ceux qui souhaiteraient se joindre à cet appel :
- allez sur le site de la Ligue des Droits de l’Homme de Toulon (procédure de signature électronique) en indiquant vos nom et qualités.
- ou envoyez un mail à France.algerie@mailfr.com

Sidi_Ferruch_1830

 

présentation

Cette pétition résulte d'une initiative de jeunes historien(ne)s français(e)s (comme Eric Savarèse, Sylvie Thénault et Raphaëlle Branche), de Pierre Sorlin, Omar Carlier, François Gèze, Gilles Manceron, Tewfik et Brigitte  Allal et moi-même. Elle a reçu notamment l’accord de Hocine Aït Ahmed, de Abdelhamid Mehri, de Mohammed Harbi et de Benjamin Stora (ci-dessous la liste du noyau des premiers signataires), etc.

Au-delà de la critique des politiques mémorielles et des histoire officielles, ce texte est une adresse politique aux plus hautes autorités de la République française aux fins de “reconnaissance de l'implication première et essentielle des traumatismes engendrés par la colonisation en Algérie” – une adresse faite en commun par des Français et des Algériens, mais aussi par quelques autres ( Tunisiens...) qui estiment que le devenir de relations apaisées entre les deux pays est important.

Des personnalités politiques algériennes et françaises ont été pressenties pour signer cette pétition. Elle a été publiée le 1er décembre 2007 par les journaux suivants : Al Khabar (en arabe), El Watan, Le Quotidien d'Oran, L'Humanité et Le Monde.

Gilbert Meynier


parmi les premiers signataires

Hocine Aït Ahmed, Zineb Ali-Benali (professeur de lettres, université de Paris 8), Tewfik Allal (typographe, syndicaliste), Henri Alleg, Brigitte Bardet-Allal, professeur de lettres), Fethi Benslama (psychanalyste), Fatima Besnaci-Lancou (éditrice), Sophie Bessis (historienne), Simone de Bollardière, Mourad Bourboune (écrivain), Raphaëlle Branche (historienne, MC à la Sorbonne-Paris-I), Rony Brauman (médecin), Pierre Brocheux (historien, professeur, université Paris 7), Omar Carlier (historien, professeur université Paris 7), Alice Cherki (psychanalyste, Paris), Catherine Coquery-Vidrovitch (historienne, professeur émérite à l'université de Paris VII), Jocelyne Dakhlia (historienne, EHESS), Nicole Dreyfus (avocate), Driss El Yazami (journaliste, secrétaire général FIDH), Nabile Farès (psyvhanalyste, écrivain), Jacques Frémeaux (historien, Professeur à la Sorbonne-Paris IV), Jean-François Gavoury (président association des victimes de l'OAS), François Gèze (directeur des éditions La Découverte), Sadek Hadjeres (responsable politique), Mohammed Harbi (historien, professeur émérite à l'université de Paris 8), Ghazi Hidouci (économiste, ancien ministre), Badié Hima (philosophe), Jean-Charles Jauffret (historien, Professeur à l'IEP d'Aix en Provence), Feriel Lalami (politologue), Alban Liechti (association cause anticoloniale), Gilles Manceron (historien, Ligue des Droits de l'Homme), Abdelhamid Mehri (ex-secrétaire général du FLN), Arezki Metref (écrivain, journaliste), Gilbert Meynier (historien, professeur émérite à l'université de Nancy 2), Nadir Moknèche (cinéaste), Me Jean-Philippe Ould-Aouadia (président de l'association Marchand, Feraoun et leurs compagnons), Hassan Remaoun (historien, université d'Oran), Noureddine Saadi (juriste, écrivain), Eric Savarèse (MC de Sciences politiques, université de Perpignan Via Domitia), Ouanassa Siari-Tengour (historienne, université Mentouri, Constantine), Charles Silvestre (journaliste, L'Humanité, iniateur de l'Appel des douze), Pierre Sorlin (historien, professeur émérite à l'université de Paris III-Sorbonne nouvelle), Benjamin Stora (historien, professeur à l'INALCO), Wassyla Tamzali (écrivain), Sylvie Thénault (historienne, chargée de recherche, CNRS)

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vendredi 14 décembre 2007

Lettre ouverte à Monsieur Bouteflika (André Savelli)

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Lettre ouverte à Monsieur Bouteflika

Président de la République algérienne

une libre opinion d'André Savelli, professeur agrégé au Val de Grâce


Monsieur le Président,

En brandissant l’injure du génocide de l’identité algérienne par la France, vous saviez bien que cette identité n’a jamais existé avant 1830. Ferrat Abbas et les premiers nationalistes avouaient l’avoir cherchée en vain. Vous demandez maintenant repentance pour barbarie : vous inversez les rôles !

C’était le Maghreb ou l’Ifriqiya, de la Libye au Maroc. Les populations, d’origine phénicienne (punique), berbère (numide) et romaine, étaient, avant le VIIIe siècle, en grande partie chrétiennes (500 évêchés dont celui d’Hippone / Annaba, avec Saint Augustin). Ces régions agricoles étaient prospères.

Faut-il oublier que les Arabes, nomades venant du Moyen Orient, récemment islamisés, ont envahi le Maghreb et converti de force, «béçif» (par l’épée), toutes ces populations.

«Combattez vos ennemis dans la guerre entreprise pour la religion… Tuez vos ennemis partout où vous les trouverez» (Coran, sourate II, 186-7). Ce motif religieux était élargi par celui de faire du butin, argent, FRN096pierreries, trésor, bétail, et aussi bétail humain, ramenant par troupeaux des centaines de milliers d’esclaves berbères ; ceci légitimé par le Coran comme récompense aux combattants de la guerre sainte (XLVIII, 19, 20). Et après quelques siècles de domination arabe islamique, il ne restait plus rien de l’ère punico romano berbère si riche, que des ruines [ci-contre, Tipaza] (Abder-Rahman ibn Khaldoun el Hadrami, Histoire des Berbères,T I, p.36-37,40,45-46 ; 1382) .

Faut-il oublier aussi que les Turcs Ottomans ont envahi le Maghreb pendant trois siècles, maintenant les tribus arabes et berbères en semi esclavage, malgré la même religion, les laissant se battre entre elles. Faut-il oublier que ces Turcs ont développé la piraterie maritime, en utilisant leurs esclaves. Ces pirates barbaresques arraisonnaient tous les navires de commerce en Méditerranée, permettant, outre le butin, un trafic d’esclaves chrétiens, hommes, femmes et enfants. Dans l’Alger des corsaires du XVIe siècle, il y avait plus de 30.000 esclaves enchaînés. D’où les tentatives de destruction de ces bases depuis Charles Quint, puis les bombardements anglais, hollandais et même américain… Les beys d’Alger et des autres villes se maintenaient par la ruse et la force, ainsi celui de Constantine, destitué à notre venue, ayant avoué avoir fait trancher 12 000 têtes pendant son règne.
          
l’esclavage existait en Afrique depuis des lustres

Faut-il oublier que l’esclavage existait en Afrique depuis des lustres et existe toujours. Les familles aisées musulmanes avaient toutes leurs esclaves africains. Les premiers esclavagistes, Monsieur le Président, étaient les négriers noirs eux-mêmes qui vendaient leurs frères aux Musulmans du Moyen Orient, aux Indes et en Afrique (du Nord surtout), des siècles avant l’apparition de la triangulaire avec les Amériques et les Antilles, ce qui n’excuse en rien cette dernière, même si les esclaves domestiques étaient souvent bien traités.

Faut-il oublier qu’en 1830, les Français sont venus à Alger détruire les repaires barbaresques ottomans qui pillaient la Méditerranée, libérer les esclaves et, finalement, affranchir du joug turc les tribus arabes et berbères opprimées.

fort_turc_BiskraFaut-il oublier qu’en 1830, il y avait à peu près 5 000 Turcs [ci-contre, ancien fort turc à Biskra], 100 000 Koulouglis, 350 000 Arabes et 400 000 Berbères dans cette région du Maghreb où n’avait jamais existé de pays organisé depuis les Romains. Chaque tribu faisait sa loi et combattait les autres, ce que l’Empire Ottoman favorisait, divisant pour régner.

Faut-il oublier qu’en 1830 les populations étaient sous développées, soumises aux épidémies et au paludisme. Les talebs les plus évolués qui servaient de toubibs (les hakems), suivaient les recettes du grand savant «Bou Krat» (ou plutôt Hippocrate), vieilles de plus de 2 000 ans. La médecine avait quand même sérieusement évolué depuis !

la France a soigné toutes les populations du Maghreb

Faut-il oublier qu’à l’inverse du génocide, ou plutôt du massacre arménien par les Turcs, du massacre amérindien par les Américains, du massacre aborigène par les Anglais et du massacre romano-berbère par les Arabes entre l’an 700 et 1500, la France a soigné, grâce à ses médecins (militaires au début puis civils) toutes les populations du Maghreb les amenant de moins d’un million en 1830 en Algérie, à dix millions en 1962.

Faut-il oublier que la France a respecté la langue arabe, l’imposant même au détriment du berbère, du tamashek et des autres dialectes, et a respecté la religion (ce que n’avaient pas fait les Arabes, forçant les berbères chrétiens à s’islamiser pour ne pas être tués, d’où le nom de «kabyle» - j’accepte).

Faut-il oublier qu’en 1962 la France a laissé en Algérie, malgré des fautes graves et des injustices, une population à la démographie galopante, souvent encore trop pauvre, - il manquait du temps pour passer du moyen âge au XXe siècle - mais en bonne santé, une agriculture redevenue riche grâce aux travaux des Jardins d’Essais, des usines, des barrages, des mines, du pétrole, du gaz, des ports, des aéroports, un réseau routier et ferré, des écoles, un Institut Pasteur, des hôpitaux et une université, la poste… Il n’existait rien avant 1830. Cette mise en place d’une infrastructure durable, et le désarmement des tribus, a été capital pour l’État naissant de l’Algérie.

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Institut agricole d'Alger à l'époque coloniale

Faut-il oublier que les colons français ont asséché, entre autres, les marécages palustres de la Mitidja, y laissant de nombreux morts, pour en faire la plaine la plus fertile d’Algérie, un grenier à fruits et légumes, transformée, depuis leur départ, en zone de friche industrielle.

Faut-il oublier que la France a permis aux institutions de passer, progressivement, de l’état tribal à un État nation, et aux hommes de la sujétion à la citoyenneté en construction, de façon, il est vrai, insuffisamment rapide. Le colonialisme, ou plutôt la colonisation a projeté le Maghreb, à travers l’Algérie, dans l’ère de la mondialisation.

personne ne vous demande repentance pour avoir

laissé péricliter l'Algérie...

Faut-il oublier qu’en 1962, un million d’européens ont dû quitter l’Algérie, abandonnant leurs biens pour ne pas être assassinés ou, au mieux, de devenir des habitants de seconde zone, des dhimmis, méprisés et brimés, comme dans beaucoup de pays islamisés. Il en est de même de quelques cent mille israélites dont nombre d’ancêtres s’étaient pourtant installés, là, 1000 ans avant que le image_4039941_192_144premier arabe musulman ne s’y établisse. Était-ce une guerre d’indépendance ou encore de religion ?

Faut-il oublier qu’à notre départ en 1962, outre au moins 75.000 Harkis, sauvagement assassinés, véritable crime contre l’humanité, et des milliers d’européens tués ou disparus, après ou avant, il est vrai, les excès de l’O.A.S., il y a eu plus de 200 000 tués dans le peuple algérien qui refusait un parti unique, beaucoup plus que pendant la guerre d’Algérie. C’est cette guerre d’indépendance, avec ses cruautés et ses horreurs de part et d’autre, qui a fondé l’identité algérienne. Les hommes sont ainsi faits !

Monsieur le Président, vous savez que la France forme de bons médecins, comme de bons enseignants. Vous avez choisi, avec votre premier ministre, de vous faire soigner par mes confrères du Val de Grâce. L’un d’eux, Lucien Baudens, créa la première École de médecine d’Alger en 1832, insistant pour y recevoir des élèves autochtones. Ces rappels historiques vous inciteront, peut-être, Monsieur le Président, à reconnaître que la France vous a laissé un pays riche, qu’elle a su et pu forger, grâce au travail de toutes les populations, des plus pauvres aux plus aisées - ces dernières ayant souvent connu des débuts très précaires. La France a aussi créé son nom qui a remplacé celui de Barbarie. Personne ne vous demandera de faire acte de repentance pour l’avoir laissé péricliter, mais comment expliquer que tant de vos sujets, tous les jours, quittent l’Algérie pour la France ?

En fait, le passé, diabolisé, désinformé, n’est-il pas utilisé pour permettre la mainmise d’un groupe sur le territoire algérien ? Je présente mes respects au Président de la République, car j’honore cette fonction.

un citoyen français,
André Savelli,
Professeur agrégé au Val de Grâce


savelliLe Professeur André Savelli est né en 1927 à Rabat de parents originaires de Blida et Oued El Aleug. C’est l’aîné de 7 garçons, il fait ses études secondaires à Rabat. Il entre à la Faculté de Médecine d’Alger en 1945 puis à l’Ecole du Service de Santé de Lyon. Il passe sa thèse à Alger sous la direction du Professeur Benhamou puis passera trois ans comme médecin militaire à In Salah avant de rejoindre le 1er RTA à Blida. En 1961 il sera chef du service psychiatrique de l’Hôpital Maillot puis sera nommé Professeur Agrégé au Val de Grâce. Par la suite il fut Chargé de Cours en psychopathologie à la Faculté des Lettres de Montpellier et Chargé de Criminologie Psychiatrique à la Faculté de Droit. Il est l’auteur d’une centaine de publications en psychpathologie. Il est Chevalier de la Légion d’Honneur, Officier de l’Ordre National du Mérite et membre de l’Académie des Sciences et des Lettres de Montpellier.

source de cette biographie - source de la photo

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mercredi 12 décembre 2007

au sujet du livre de Benjamin Stora, "La guerre des mémoires"

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une vraie réflexion

sur les contorsions de mémoires

Nathalie GALESNE


profile«Benjamin Stora, souligne astucieusement Thierry Leclère, sait d’où il parle. Juif d’Algérie, né à Constantine…, il a gardé en héritage de cette saga familiale heurtée une indéracinable foi en la République, quasi mystique. Doublée d’une grande sensibilité aux minorités et d’une allergie aux dénis de justice». Thierry Leclère, lui, est journaliste, grand reporteur à Télérama, réalisateur de documentaires. Les deux hommes se sont bien trouvés. Le livre d’une fluidité rare, vu les concepts qu’il soulève, se lit d’un trait, au rythme d’une parole vivante irriguée par la clarté de l’analyse à laquelle sont soumis les faits historiques, et le décryptage du présent.

Ce petit ouvrage d’une centaine de pages tombe à point nommé. Sur fond de campagne électorale aux relents parfois haineux où la France se révèle scindée en deux, il permet de dépasser les stéréotypes pour enclencher une vraie réflexion sur les contorsions de mémoires et les soubresauts identitaires qui agitent l’hexagone, l’être français, et plus généralement sur le malaise qui traverse la France depuis plusieurs décennies. Il faut dire que cette grande dame républicaine, tantôt affublée d’une oublieuse mémoire, tantôt victime de «saignements mémoriels» a du mal à rassembler toutes ses ouailles sous ses sacro-saints principes fondateurs.

Que s’est-il passé ? Pourquoi la France a failli, par les exactions qu’elle a commises dans ses colonies, à ses valeurs républicaines et n’a toujours pas achevé le deuil de son empire colonial ? «Harkis, pieds noirs, descendants d’esclaves ou petits-enfants de colonisés… La guerre des mémoires enfle. Chaque communauté, réelle ou autoproclamée, réclame une stèle, un mémorial, une loi. Pourquoi ce débat s’est-il réveillé depuis quelques années ?» interroge Leclère. Benjamin Stora répond tout d’abord par un constat simple : la France, c’est aujourd’hui 18 millions d’individus qui ont des ascendants étrangers, huit millions environ de Français sont issus des anciennes colonies, soit le double par rapport aux années 1980. Or, il ne fait pas bon vivre en douce France 1196776476602_1_0quand on s’appelle Mohamed, Yasmina ou Abdou, que l’on cherche un emploi ou un logement, et que l’on bute quasi systématiquement sur des refus qui passent en boucle la même rengaine d’exclusion.

«Les jeunes issus de l’immigration essentiellement maghrébine et africaine, explique Benjamin Stora, se posent des questions sur leurs origines et sur les raisons des discriminations dont ils sont victimes.(…) La troisième génération qui arrive aujourd’hui revendique plus d’égalité politique ; les jeunes de l’immigration post-coloniale veulent être français à part entière. Ils ne supportent plus le regard porté sur eux, et lorsqu’ils réfléchissent au pourquoi des discriminations, ils se heurtent inévitablement à l’histoire coloniale. Ils y retrouvent des processus semblables de ségrégation et de mise à l’écart. C’est pourquoi leurs revendications et leurs interrogations sur le passé colonial viennent aujourd’hui bousculer la société française, ses élites, ses intellectuels, ses historiens».

Au coeur de ses mémoires en souffrances, entre amnésie et surenchère, dans «cette foire d’empoigne» de mémoires antagonistes, la guerre d’Algérie se fraye la place d’honneur. Longtemps, massacres et torturesmedium_hollande_314456_tn perpétrés par l’armée française sur les Algériens ont en effet été gommés des discours officiels. Tous les partis politiques ont fait jouer l’oubli. Le général De Gaulle en premier lieu, qui compensa la défaite coloniale et la perte de l’empire en confectionnant à la France un nouvel habit de leader du tiers monde. La gauche aussi passa sous silence ses responsabilités durant la guerre d’Algérie puisque ce fut «le gouvernement de Guy Mollet qui remit, en 1956, les pouvoirs spéciaux à l’armée, et François Mitterrand était ministre de la justice à l’époque où l’on pratiquait la torture». Or, il faudra attendre les déclarations de François Hollande, premier secrétaire du parti socialiste, pour qu’un regard critique soit enfin porté «au nom du Parti socialiste» sur l’implication historique de son parti. En attendant, le trou de mémoire qui a prévalu en France, au lendemain de l’indépendance algérienne, a entraîné un véritable problème de retransmission : rien de cette page de l’histoire dans les manuels scolaires, aucune excuse n’a été adressée par la France au peuple algérien, d’ailleurs aucun recours n’a été possible pour les victimes du colonialisme grâce aux lois et au décrets d’amnistie signés par l’État français.

Cet évitement est symptomatique d’une incapacité de tourner réellement la page de la décolonisation, et d’accepter pleinement la perte de l’Algérie française. Grande blessure narcissique, «la perte de l’empire a conduit à une crise du nationalisme français qu’on a essayé de dissimuler», commente Benjamin Stora. Quelques 50 ans plus tard, ce symptôme ressurgit dans la loi du 23 février 2005 louant le rôle positif du colonialisme, et sur laquelle Jacques Chirac dut faire marche arrière. Comment envisager alors une réconciliation aboutissant à la construction d’un récit national qui prendrait en compte toutes les composantes de la société française ? En évitant le simplisme, propose Stora, celui par exemple d’un Nicolas Sarkosy regrettant, lors de son discours à Alger en 2006, «les souffrances des deux côtés», alors que la guerre d’Algérie fit au moins 10 fois plus de victimes côté algérien (400 000 morts minimum). Le simplisme, c’est aussi celui du fameux choc des civilisation que réfute l’historien : «Tout le monde récuse ‘le choc des civilisations’, mais en réalité, beaucoup d’intellectuels s’inscrivent totalement dedans. Je pense qu’il faut, au contraire, trouver des espaces de convergence. C’est ma ligne de conduite. Je veux être un passeur entre les deux rives. Mais pour certains, c’est déjà suspect. Dès qu’on veut entrer dans la complexité de ce monde situé au sud, on est tout de suite taxé de complaisance, On nous oblige à choisir un camp, à être dans une logique de guerre».

Rama_Yade_Rachida_Dati_y_Bernard_KouchnerPour Stora prendre en compte cette complexité ne signifie à aucun moment abandonner les valeurs de la république française auxquelles il aspire plus que jamais : «Dans ma conception, explique-t-il, la République débarrassée du système colonial, doit s’enrichir des minorités. Je crois au multiculturel, c'est-à-dire au brassage des identités». En revanche, Stora dénonce le trop plein mémoriel qui pousse certains groupes à ressasser l’histoire sans jamais parvenir à la métaboliser : «On peut étouffer sous le poids de l’histoire, dit-il. La posture victimaire devient un danger quand elle conduit à la passivité et à l’enfermement identitaire».

Malgré la pertinence des questions formulées par Thierry Leclère et la finesse des analyses proposées par Benjamin Stora, on sera en droit de leur reprocher de ne pas avoir suffisamment pris en compte les répercussions de la guerre en Irak, ou du conflit israélo-palestinien sur les populations d’origine maghrébine vivant en France. Ce sont pourtant ces grands conflits qui entretiennent, tel un feu sans cesse ravivé, la mémoire meurtrie des millions de musulmans qui participent de «ce malheur arabe» auquel Samir Kassir a consacré son dernier ouvrage. Cette remarque faite, La guerre des mémoires n’en reste pas moins un livre essentiel à lire d’urgence pour comprendre dans toute sa complexité et toute sa profondeur historique l’identité multiple des Français d’aujourd’hui.

Nathalie Galesne (6 mai 2007)
bibliographie

- cf. le compte-rendu de Jean-Pierre Renaud


compositionHoriz
en lien : bibliographie de Benjamin Stora


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mardi 11 décembre 2007

vérités et mensonges des crimes de la colonisation (Claude Liauzu et Gilbert Meynier, 2005)

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il est faux d’affirmer que

la colonisation française a été

un génocide ou une extermination

Claude LIAUZU et Gilbert MEYNIER (juin 2005)

 

Sétif : la guerre des mémoires
Les massacres de mai 1945 en Algérie provoquent une controverse passionnelle sur les crimes de la colonisation. Deux historiens examinent vérités et mensonges (NouvelObs).

bouteflicka

 

 

 

 


Les déclarations du président Bouteflika lues par le ministre des Moudjahidin, Mohamed Cherif Abbas, le 6 mai [2005] à un colloque tenu à Sétif sur les massacres du Constantinois de mai 1945, ne peuvent que relancer une polémique où les groupes de mémoires s’affrontent – les colonialophiles manichéens primaires d’un côté, les anticolonialistes primaires manichéens de l’autre. Les premiers ne pourront qu’être furieux, les seconds, comblés par les propos sans nuance du chef de l’État algérien : «L’occupation a foulé la dignité humaine et commis l’innommable à l’encontre des droits humains fondamentaux […] et adopté la voie de l’extermination et du génocide qui s’est inlassablement répétée pendant son règne funeste.»

Étant à l’origine d’une protestation contre la loi du 23 février portant «reconnaissance de la nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés» et demandant l’abrogation de l’article 4, qui prétend enjoindre à la recherche universitaire d’accorder à l’histoire de la présence française, notamment en Afrique du Nord, la place qu’elle mérite et aux enseignants d’appliquer des programmes scolaires reconnaissant en particulier le «rôle positif» de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord, nous ne pouvons pas ne pas réagir contre un autre mensonge officiel, celui du président de la République algérienne.

 

Si les mots ont un sens, il est faux d’affirmer

que la colonisation française a été un génocide conduit

sur cent trente-deux ans


Le terme «génocide» a un sens précis : «crime contre l’humanité tendant à la destruction de tout ou partie d’un groupe national, ethnique, racial ou religieux» (Larousse, 2005). Le mot «exterminer» aussi, selon le Littré (1872): «chasser entièrement, faire périr entièrement». Les faits sont connus et établis pour l’essentiel depuis longtemps par Charles-André Julien et les historiens qui l’ont suivi depuis plus de soixante-dix ans, André Nouschi et Charles-Robert Ageron notamment, qui ne sont pas, eux, des historiens de la vingt-cinquième heure.9782717845662FS

Le nombre des morts de la conquête de l’Algérie a été évalué par Jacques Frémeaux, historien fiable (La France et l’Algérie en guerre. 1830-1870, 1954-1962, Economica, 2002), à environ 400000. Si l’on ajoute les milliers de victimes des grandes famines, notamment celle de 1868, sur fond de destruction du vieux mode de production communautaire, de 1830 à 1870, on ne sera pas loin du million. La population de l’Algérie a, de fait, baissé d’environ un tiers en quarante ans.

Elle a payé un tribut épouvantable en termes de massacres, de guerre de «ravageurs» (Bugeaud), de politique de la terre brûlée, de dépossession, qui ont favorisé et aggravé famines et épidémies. Les enfumades ont été une triste réalité, une des pages les plus honteuses des crimes colonialistes. Ce sont là des réalités indéniables. Mais il est faux d’affirmer que le nombre de victimes algériennes du 8 mai 1945 aurait atteint 45000, comme l’a fait récemment à la télévision Olivier Le Cour Grandmaison lors de l’émission «Culture et dépendances», «Y a-t-il un racisme anti-Blancs ?», en reprenant sans nuance un chiffre officiel algérien qu’aucun historien n’accepte. Il est regrettable aussi que le terme «exterminer» soit utilisé dans le titre univoque de son livre Coloniser. Exterminer (Fayard, 2005).

Sur mai 1945, il est urgent de redonner la parole aux historiens. La seule thèse digne de setif1945ce nom, malheureusement demeurée inédite jusqu’à nos jours et publiée seulement de manière amputée en 1995 (Chroniques d’un massacre, 8 mai 1945. Sétif, Guelma, Kherrata, Syros), celle de l’historien algérien Boucif Mekhaled, ne parle ni de génocide ni d’extermination ; et il ne donne aucun chiffre définitif dans son bilan de victimes. Et on ne peut, comme cela a pu être fait sur d’autres sujets, travailler sur de grandes masses comptables significatives, notamment par l’utilisation des recensements, qui portent sur une population globale.

Ainsi les historiens sérieux qui ont pu comptabiliser les victimes juives du nazisme (les équipes d’historiens dirigées par Wolfgang Benz aboutissent au chiffre de 5,5 à 6 millions, avec une probabilité de 5,7 millions, soit 63% de la population juive d’Europe). Ils ont pu comptabiliser les victimes de la guerre d’indépendance de l’Algérie. Charles-Robert Ageron, historien qui fut pourtant honni des tenants de l’Algérie française et qui a aussi réduit considérablement l’inflation des victimes harkies, aboutit à environ 250000, soit de 2,5% à 3% de la population algérienne, soit tout de même proportionnellement autant de morts que le bilan de l’horrible guerre d’Espagne. C’est beaucoup, même si on est loin du chiffre officiel intangible du million et demi de martyrs.

 

assimiler les fours à chaux aux fours crématoires nazis

relève de la désinformation victimisante

Les historiens n’ont pas pu faire le même type de calcul pour 1945. Les archives du Parti du Peuple algérien (PPA), étudiées notamment par Mahfoud Kaddache, donnent 447 fusillés pour la région de Guelma. Le dépouillement des archives militaires françaises fait par un autre historien incontestable, Jean-Charles Jauffret, donne pour le Constantinois le chiffre de 2628 tués ; mais il s’agit des cadavres retrouvés et décomptés. Or il y eut des disparus, des familles qui cachèrent leurs morts, et l’état civil n’enregistra pas beaucoup de décès.

La seule conclusion que peut faire l’historien : il y eut en effet des milliers de morts mais, s’il est honnête, il n’en dira pas plus. Par ailleurs, s’il est vrai que des cadavres de fusillés furent brûlés, près de Guelma, à Heliopolis et à Belkheir, ce fut dans des fours à chaux et non dans des fours qui auraient été construits en vue de cette sinistre besogne. Et un siècle plus tôt, les enfumades de Pélissier, pendant la conquête de l’Algérie, furent bien une réalité. Pour autant les assimiler aux fours crématoires nazis relève de la désinformation victimisante. Il reste que la répression de mai 1945 a été horrible et qu’elle a traumatisé une génération, préparant ainsi le recours aux armes du 1er novembre 1954.

 

Il n’est pas admissible non plus que les historiens, même se posant en anticolonialistes intransigeants, restent muets sur les violences dont a été responsable le FLN militarisé, sur les massacres dont ont été victimes des populations rétives devant la loi des seigneurs de la guerre (massacre de la «nuit rouge» à Ifraten le 13 avril 1956, massacre de Melouza le 27 mai 1957…), sur les purges sanglantes qui ont décimégeno1 les wilayas, sans compter les cruels affrontements au sommet de l’appareil. Et les massacres dont furent victimes les harkis [photo ci-contre] et la fuite en panique des Européens d’Algérie sont des faits historiques qui ne doivent pas être laissés en pâture aux seuls groupes mémoriels et aux «historiens» idéologues. Le silence de ces «historiens» laisse le champ libre à l’exploitation du rôle de victime par ceux qui se prétendent leur porte-parole. Il n’y a ni bonne ni mauvaise victime. Cela dit, environ les quatre cinquièmes des victimes algériennes de la guerre furent bien tuées par les forces françaises, le reste par le FLN-ALN.

C’est aussi une réalité connue que la population algérienne, dont certains militaires rêvaient la disparition comme celle des Indiens d’Amérique, a été multipliée par plus de 4 de 1870 à 1962. Contrairement au discours justifiant la colonisation par un droit ou un devoir de civilisation, par «nos» hôpitaux et «nos» médecins, cette augmentation de la population est due à un ensemble de facteurs où la résistance populaire a pris aussi un aspect démographique – ce que les Québécois ont appelé la «revanche des berceaux». Il est non moins vrai que les Instituts Pasteur installés en Afrique du Nord, comme en Indochine et en Afrique noire, ont permis des progrès de la médecine importants. On sait qu’il suffirait aujourd’hui de pas grand-chose pour faire disparaître certaines maladies qui sévissent encore dans le tiers-monde : le paludisme, le choléra…, mais on sait aussi que c’est une affaire de gros sous, comme l’a en partie été la colonisation.

Cela permet de rappeler que la colonisation ne se réduit pas à un «choc des races», qu’il s’agit aussi d’une composante de l’histoire du capitalisme. Il y eut des confiscations massives, et plus largement un processus de dépossession foncière de 40% des terres algériennes – les meilleures en valeur – qui aboutit à la misère d’un peuple. Rappelons que l’armée d’Afrique, qui avait sauvagement brisé la résistance du peuple algérien, a non moins sauvagement – Bugeaud en tête – écrasé les mouvements populaires, les insurrections ouvrières et les grèves en France. Cela dit, l’histoire ne se réduit pas à des comptabilités macabres et approximatives.

 

La colonisation a été une réalité ambivalente, et les historiens n’ont pas pour tâche d’en soupeser le négatif et le positif. Et les rapports entre la France et l’Algérie se sont toujours construits dans la schizophrénie, tant le fait français en Algérie a suscité autant de désir et de fascination que de ressentiment colonisation_agricoleet de répulsion. Nous avons à analyser la colonisation comme un processus qui a transformé irréversiblement les sociétés, toutes les sociétés. Comment expliquer autrement les migrations, les interdépendances de plus en plus étroites aussi bien économiques que culturelles ? La part d’origine algérienne et maghrébine de la société française est une réalité, comme le fut et l’est même peut-être encore la part française de l’Algérie.

Cela exige une analyse sans complaisance des facteurs de domination et d’oppression véhiculés par le colonialisme, du racisme hérité, comme des facteurs de pouvoirs autoritaires qui furent, aussi, au cœur des mouvements de libération. L’histoire sainte des nationalismes, le mythe héroïque des guerres de libération ont trop souvent et trop longtemps servi de légitimité aux bureaucraties du tiers-monde. Il est indispensable d’aider les jeunes d’aujourd’hui à se situer dans le monde qui est le leur et qui n’est plus celui de leurs pères. Contre les tentatives d’utilisation instrumentale du passé à des fins très actuelles, les historiens doivent marquer clairement leur refus de la tyrannie des chroniques officielles. Leur rôle est de comprendre et d’enseigner, non de jouer aux procureurs ou aux avocats.

Anticolonialistes, les auteurs de ces lignes l’ont été résolument, et sans ambiguïté, et continuent à l’être. Mais ils sont aussi sans illusions et sans complaisance au sujet des machineries de pouvoir brutales qui ont pris en main les destinées des peuples libérés de la tutelle coloniale. Pour ces deux raisons, ils ont dû essuyer des horions symétriques provenant des uns comme des autres. Nous sommes quelques-uns à vouloir finir la guerre de 1954-1962. Nous pensons, comme le souhaite le président algérien, qu’il est juste que, côté officiel français, il y ait un «geste», la reconnaissance des responsabilités de la France à l’égard du peuple algérien. Mais cela ne peut se faire que si l’on rompt avec la culture du ressentiment, que si l’on aborde sereinement le passé, d’un côté comme de l’autre. Cela signifie que les Français, mais aussi les Algériens, balaient chacun devant sa porte. Les propos d’Abdelaziz Bouteflika ne vont guère dans ce sens : ils continuent d’alimenter la guerre des mémoires et à bafouer l’histoire.

À ce sujet, une urgence : revoir les manuels scolaires d’histoire des deux pays. Si les manuels français ne sont pas parfaits, en comparaison les manuels algériens sont une caricature. Et un souhait pour assainir les relations franco-algériennes : créer une commission mixte d’historiens algériens et français pour les récrire.

Claude Liauzu (décédé le 23 mai 2007), professeur à l’université Paris-VII, est notamment l’auteur d’Histoire des migrations méditerranéennes (Complexe) et récemment de Colonisation : droit d’inventaire (Armand Colin, 2004).
Gilbert Meynier, professeur à l’université Nancy-III, est l’auteur de l’Histoire intérieure du FLN, 1954-1962 (Fayard, 2002).

Le Nouvel Observateur, n° 2117, 2 juin 2005

 

 

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lundi 10 décembre 2007

Pourquoi les Vietnamiens n'ont-ils pas revendiqué des "excuses" ? (Pierre Brocheux)

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Pourquoi les Vietnamiens

n'ont-ils pas revendiqué des "excuses" ?

Pierre BROCHEUX


Plutôt qu'un commentaire hasardeux et confus posté par Pickwicks (qui semble bien être un colonialiste pur jus, en tous cas il en manie la rhétorique) qui fait appel à l'explication génético-psychologico-culturelle, je propose la suivante : les Vietnamiens (et non les Indochinois) ont battu l'armée française comme plus tard ils ont tenu en échec la superpuissance américaine : être vainqueur donne de l'assurance et évite de mariner dans la rancoeur pour finalement revendiquer des excuses et des réparations. Après le victoire de Dien Bien Phu sur le corps expéditionnaire français en 1954 (mais rappelons nous la victoire sur la RC4 en 1950), Ho chi Minh recommandait à Hoang Tung, responsable de la propagande et rédacteur en chef du Nhan Zan/ Le Peuple : "exaltez l'esprit de sacrifice et l'héroïsme de notre peuple et de nos combattants mais évitez d'humilier les Français, nous les avons battus, c'est bien et c'est tout". Dix ou douze ans plus tard, apprenant que pendant son absence les autorités de Hanoi avaient fait défiler les aviateurs américains prisonniers pour les livrer à la vindicte populaire, il demanda au même Hoang Tung "qui a pris cette décision imbécile?"...

Pierre Brocheux
maître de conférence honoraire, université Denis-Diderot, Paris VII

brocheux_gros_plan2






9782228897952FS9782724607956FS









- Hô Chi Minh, Presses de Sciences Po, 2000.

- Hô Chi Minh, du révolutionnaire à l'icône, Payot, 2003.



reponse aux fellaghas;pourquoi les indochinois victime du colonialisme sont depouiulle de tte vindicte

pourquoi la communaute vietnamienne n'intentent pas un procès contre la France à l'image des fellagas dans ce pays, la question vaut d'etre posee, car on fait comme si cela participait d'une evidence cette posture des arabes dans ce pays?

Parce que les mouvement nationaliste vietnamien n'aviat rien de democratique et que les sud vietnamiens installes dans le confort de l'armee americiane savainet exactment ce qui leur arriverait,ils ont ete capble d'une vision realiste des choses,les boat people sont venus chercher en france et en occident les libertes fondamentales,jamais l'immigration arabe n'a vu ds son derpart vers la france,un moment d'emancipation profondement contradictoire d'avec son histoire nationaliste Prquoi; parce que l'indigen a une mentalite d'indigene..infantile irresponsable, tjrs en contradiction, tjrs inarticulee et surtout iraationnelle et profondement nevrotique,cette incapcite de formaliser l'histoire sou une forme rationnelle c'est la marque de fabrique des mususlamns...

Posté par pickwicks, jeudi 6 décembre 2007 à 12:18


P15_Vietnam_Capture_web
"être vainqueur donne de l'assurance et évite de mariner dans
la rancoeur pour finalement revendiquer des excuses et des réparations"
Pierre Brocheux


Réaction édifiante

pickwicks, votre réponse est édifiante.

Je vous suis à peu près sur vos remarques sur le gouvernement du Viêtnam-Sud (encore que l'on pourrait se poser les mêmes questions sur la Corée du Sud, qui pourtant, bien que dans les mêmes conditions que vous décrivez, critique l'ancien colonisateur japonais), mais la suite sur "l'indigène", là ce n'est même plus du néo-colonialisme mais carrément du colonialisme tout court...

Posté par Arnaud Nanta, mardi 11 décembre 2007 à 14:39

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Arnaud Nanta - bio-biblio

- "Le Japon, victime ou agresseur" (2005)


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Posté par michelrenard à 07:19 - - Commentaires [17] - Permalien [#]


mercredi 5 décembre 2007

une certaine rhétorique algérienne "anticoloniale" (Michel Renard)

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les points aveugles d'une certaine

rhétorique algérienne "anticoloniale"

Michel RENARD

 

La logomachie des propos officiels ou semi-officiels en Algérie devient insupportable. De ce qui était un stock d'arguments que le F.L.N. a utilisé dès 1962 pour capitaliser à son profit le "prestige" politique de la victoire dans la "guerre d'indépendance", le régime algérien a fait une véritable démagogie historique par laquelle il manipule les ressentiments et frustrations de la population et escompte mettre en difficulté son partenaire français.

Cette démagogie repose sur la mise en ignorance du passé et la mise en slogans du revendicationnisme mémoriel.

Ignorance du passé ? Pour la vox dominationis en Algérie, l'histoire coloniale se réduit au face à face permanent d'un monstre exploiteur, oppresseur et aliénateur et d'un peuple, victime souffrante, résistante et glorieuse. Il n'en a pas été ainsi. L'ambivalence des interrelations coloniales est mise en évidence par l'investigation historique qu'elle soit française ou, souvent, algérienne. Quant à la guerre d'Algérie (1954-1962), elle fut autant une guerre civile qu'une guerre contre la puissance française.

Mise en slogans ? Le recours aux notions de "crimes contre l'humanité" et de "génocide" se veut une force de frappe visant à anéantir sans réplique l'adversaire. Mais ces formules ne correspondent pas à la réalité historique. La France coloniale n'a jamais cherché à exterminer les populations algériennes. Et les affrontements pour la conquête coloniale n'ont pas été menés au nom du racisme ni du mépris. Une réponse à ces allégations a été présentée par les historiens Gilbert Meynier et Pierre Vidal-Naquet - ce dernier aujourd'hui disparu - dans leur analyse du livre Coloniser, exterminer, qualifié par eux "d'entreprise idéologique frauduleuse" (lire leur texte ici).

L'article critiqué ci-dessous est un véritable condensé de cette démagogie historique et politique qui a cours à Alger sans guère rencontrer de répartie...

Michel Renard

 

_____________________________________

 

article paru le 5 décembre 2007 dans le journal algérien El Watan
et sa critique en paragraphes insérés, de cette couleur

 

Il a refusé de présenter les excuses officielles

de la France à l’Algérie

La dérobade de Sarkozy

 

«Oui, le système colonial a été profondément injuste, contraire aux trois mots fondateurs de notre République : liberté, égalité, fraternité.»

En prononçant solennellement cette petite phrase, tant attendue, à Alger comme à Paris, Nicolas Sarkozy, qui a dû manifestement consentir un trésor d’efforts sur lui-même, a, en fait, lu un verdict injuste devant de très larges secteurs de l’opinion algérienne. C’est une qualification des faits qui nous renvoie tout droit vers les atrocités des années 1950. Et là, il faut bien reconnaître qu’il n’y a vraiment pas photo entre ce que fut la longue nuit coloniale et l’expression discursive du président français. En cela, tous les Algériens ont dû être déçus, voire choqués par le propos douillettement sympathique et faussement indigné de Nicolas Sarkozy à l’égard de la colonisation.

- "Atrocités des années 1950", "longue nuit coloniale"... le vocabulaire de l'outrance et de l'unilatéralité. Si on appelle "atrocités" les souffrances barbares qui ont conduit à la mort de nombreuses personnes pendant la guerre d'Algérie, il faut évoquer la torture pratiquée par l'armée française mais aussi les mutilations pratiquées par le F.L.N. sur les prisonniers français (émasculations...) et sur des populations civiles algériennes résistantes à l'embrigadement du F.L.N. (massacre de Melouza...) ou encore lors des massacres massifs de harkis à l'été 1962 et après. On ne peut concentrer la critique sur la première et délaisser les secondes. Elles s'équivalent.
Pendre Larbi ben M'Hidi comme l'a fait le commandant Aussarresses en février 1957 ou étrangler Abbane Ramdane à l'aide d'une cordellette comme l'a fait le "colonel" Boussouf en décembre 1957..., je ne vois pas la différence. Ce sont les mêmes ignominies.

Et c’est très chèrement payé puisque le chef de l’Elysée repartira demain avec 5 milliards d’euros de contrats dans l’escarcelle en contrepartie d’une énième provocation !

- Les "5 milliards d'euros" ne sont pas un cadeau algérien sans contrepartie économique...! Il s'agit de contrats négociés. Et si les entreprises françaises font des affaires, les dirigeants algériens aussi (qui dira les "commissions" détournées qui permettent à la nomenklatura algérienne d'acheter de l'immobilier à Paris et d'inscrire ses enfants dans les lycées de la capitale française...?).

En matière d'économie, il faudrait poser la question du bilan de 45 années d'indépendance : une économie qui doit importer l'essentiel de ses biens de consommation alors que l'État algérien a placé depuis l'année 2000, 43 milliards de dollars, soit la moitié des réserves de change, dans le système bancaire américain (cf. Peterson Institute for International Economics). Un système scolaire déficient, un système de santé sinistré, une agriculture dévastée, une administration sclérosée et corrompue, un système bancaire asphyxié... Un Algérien sur cinq au-dessous du seuil de pauvreté selon les normes officielles à Alger...

L'ancien ministre du Commerce Smaïl Goumeziane expliquait en avril 2000 : «De l’aveu même du président de la République, le commerce extérieur du pays serait entre les mains de dix à quinze personnes. […] Par ce biais, on estime qu’un milliard et demi à deux milliards de dollars fuient le pays chaque année. En trente ans, ce sont ainsi quelque 30 à 40 milliards de dollars de richesse nationale qui s’en sont allés se loger offshore dans les comptes numérotés de quelques banques internationales vertueuses, ou s’investir hors du pays dans l’hôtellerie, dans l’immobilier ou dans le négoce international.»

Le nouveau locataire de l’Elysée nous apprend en 2007 – nous les indigènes –

- Il n'y a plus "d'indigènes" aujourd'hui. Sauf peut-être dans l'esprit de certains dirigeants algériens qui appauvrissent leur peuple depuis un demi-siècle.

que le système colonial a été profondément injuste ! Quelle belle trouvaille sémantique ! Et quel bel euphémisme… ! Le président français dont on attendait un peu de courage politique pour quelqu’un qui a promis la rupture a donc préféré surfer sur le changement dans la continuité. Incassable, Sarkozy s’est donc laissé enfermé dans cet ego patriotique, typique aux militants de l’extrême droite française qui rechignent de nos jours à regarder leur passé aussi terrifiant qu’abominable en Algérie. Un passé fait de sang et de larmes.

- Ce genre de propos n'aura, à mes yeux, de valeur morale et intellectuelle qu'après une reconnaissance des vérités de cet autre "passé terrifiant" :

atrocit_s_FLN
enfants "européens" victimes du F.L.N. à El-Halia/Philipeville le 20 août 1955

Il n'est pas possible d'exhiber les atrocités "du colonialisme" et d'en taire de semblables parce qu'elles ont eu pour auteurs des militants nationalistes algériens. Sauf à penser que la vertu ne doit pas être partagée, et qu'on peut condamner son absence chez son adversaire mais ignorer son défaut dans "son camp". On est alors privé de toute légitimité morale à exiger la moindre "excuse".

On attendait un peu cet épilogue provocateur aux entournures d’un homme qui a cru nécessaire de se faire accompagner par son secrétaire d’Etat aux anciens combattants, Alain Marleix, pendant que le ministre algérien des Moudjahidine a été sciemment «zappé» de la liste du comité algérien d’accueil.

- Le ministre algérien des Moudjahidines, Mohamed Cherif Abbès, "zappé", a tenu des propos antisémites.112924 Un ministre raciste est-il soutenu en Algérie... et par qui...? Il faut en finir avec la langue de bois sur ce point. L'antisémitisme, la haine des juifs (et pas seulement des sionistes) sont largement répandus dans les milieux officiels en Algérie. C'est une pathologie politique dans de nombreux pays arabes et musulmans. On ne peut, sans incohérence mentale, prétendre condamner le "racisme de l'État colonial français" et se complaire dans cet antisémitisme généralisé. Sauf à prouver que l'argument du "racisme français" est complètement instrumentalisé.

Deux mots pour 5 milliards d’euros...

«Voilà le travail de mémoire que je suis venu proposer au peuple algérien», a dit Sarkozy du haut de sa tribune devant les hommes d’affaires nationaux et, bien sûr, devant des millions d’Algériens «scotchés» devant le petit écran épiant la phrase – sentence –, qui allait sceller, croyaient-ils, définitivement les retrouvailles entre nos deux pays. Et, la déception fut à la mesure de l’attente. Pour la reconnaissance des crimes et la condamnation de la colonisation française, il va falloir repasser… Sarkozy ne sera pas – du moins pour l’instant –, l’homme qui allait réconcilier les deux peuples.

- On ne peut "réconcilier" les peuples sur la base de mensonges. En France, les approches du passé colonial en Algérie et de la guerre de 1954-1962 sont pluralistes. Il n'y a pas d'histoire officielle. Ce n'est pas le cas en Algérie. Les moyens de pression du pouvoir sur la production historienne sont ceux d'un État despotique qui enrégimente les intelligences et manipule les esprits.

La revendication d'excuses pour les "crimes de la colonisation" n'est qu'une pièce dans un dispositif maqam_ash_shahid_Alger_2_f_idéologique basé sur le mythe d'une nation et d'un État algérien déjà constitués en 1830, d'une résistance générale et héroïsée face à la conquête et à la domination coloniale, d'une "guerre d'indépendance" consensuelle et d'un peuple dressé dès novembre 1954... Un mythe qui développe une vision unanimiste du nationalisme alors que plusieurs courants l'ont traversé. Un mythe qui veut cacher les effets ambivalents du colonialsme et notamment les apports d'une modernité qui a interrogé les archaïsmes et les oppressions de la société traditionnelle...

Comme en juillet dernier, lorsqu’il avait abusé des usages diplomatiques en déclarant qu’il n’était pas «venu s’excuser», devant son homologue algérien, le patron de l’Elysée a encore enfoncé le clou et remué le couteau dans la plaie, ce lundi au Palais du peuple. A croire qu’il n’est capable que du pire… Et, suprême injure, le président français s’est permis l’incroyable cynisme de mettre le bourreau et la victime dans le même sac. «Oui, des crimes terribles ont été commis tout au long de la guerre d’indépendance, qui a fait d’innombrables victimes des deux côtés (…), ce sont toutes les victimes que je veux honorer.» Il faut reconnaître qu’avec une aussi grossière confusion des genres, Nicolas Sarkozy a dû faire baver de jalousie Le Pen et les tortionnaires de tout acabit qui reprennent du poil de la bête en France. Il est resté indéniablement en phase avec la scandaleuse rhétorique développée par son «UMP» en 2005. Pour un président qui veut «bâtir un partenariat d’exception» avec l’Algérie, il a fait preuve d’une maladresse verbale tout aussi exceptionnelle.

- Le "bourreau" et sa "victime"... Les rôles sont facilement distribués... Le dualisme de cette configuration ne permet pas d'appréhender la complexité des relations dans la société coloniale. Bien sûr, le militant F.L.N. torturé pendant la "bataille d'Alger" est une victime et son bourreau est facilement identifiable.

Mais qui osera qualifier de "bourreaux" les jeunes militaires du contingent, débarqués en Algérie depuis une semaine, qui tombent le 18 mai 1956 à Palestro dans une embuscade et dont les corps sont retrouvés atrocement torturés...? Témoignage du lieutenant Poinsignon : "On s'était acharné avec une incroyable sauvagerie. Ce que nous avons vu était tel que j'ai demandé par écrit un examen médico-légal pour déterminer les causes de la mort et si les mutilations avaient précédé ou suivi celle-ci. Je n'en ai jamais connu les résultats ; je n'ai même jamais su si cette autopsie avait bien été faite…. Torturés à mort, les jeunes soldats ont eu les yeux crevés… Les corps ont été vidés de leurs entrailles et bourrés de cailloux. Le FLN leur ont zébré les pieds à coups de couteau et leur ont coupé les testicules…."

palestro
Maurice Feignon, jeune médecin auxiliaire, torturé au fer rouge et à
l'eau bouillante avant d'être égorgé par des maquisards du F.L.N.

Qui osera qualifier de "victimes" (et de héros...?) les 220 hommes de l'A.L.N. qui le matin du 27 mai 1957 encerclent le village de Melouza - dont le tort serait de soutenir les Algériens messalistes et non le F.L.N. - et qui assassinent 303 personnes parmi lesquelles des femmes et des enfants, tous mutilés...?

melouza
Melouza : des civils algériens massacrés par le F.L.N. en 1957

 

Et comme pour tirer une dernière salve avant son retour sans doute triomphant à Paris, l’invité du président Bouteflika fait un clin d’œil attendrissant à ses concitoyens qui ont quitté l’Algérie en 1962. Une façon bien subtile de tordre le cou aux autorités algériennes coupables, d’après lui, d’avoir renvoyé les colons chez eux et d’avoir fait preuve d’inhospitalité… «Mais il est aussi juste de dire qu’à l’intérieur de ce système, il y avait beaucoup d’hommes et de femmes qui ont aimé l’Algérie, avant de devoir la quitter.» Ainsi, aussi «profondément injuste» qu’il fut, le système colonial, suggère-t-il, était animé et encadré par des hommes et des femmes qui aimaient l’Algérie ! Et voilà qu’on est en plein dans l’article 04 de la scélérate loi du 23 février 2005 énonçant le rôle positif de la France coloniale !

Hassan Moali

- On peut considérer "juste" la lutte pour l'indépendance menée par une partie du peuple algérien. Mais on ne doit pas oublier que ce combat a aussi charrié des crimes et des abominations. Et que l'histoire ne s'écrit pas avec les catégories d'un simplisme opposant un bourreau et une victime.

Dans Apologie pour l'histoire, le grand médiéviste Marc Bloch écrivait en 1941 : "Longtemps, l'historien a passé pour une manière de juge des Enfers, chargé de distribuer aux héros morts l'éloge ou le blâme. Il faut croire que cette attitude répond à un instinct puissamment enraciné." Et en forme de rejet de cette histoire/juge, il exhortait à la production du seul savoir : "Robespierristes, antirobespierristes, nous vous crions grâce, par pitié, dites-nous simplement quel fut Robespierre".

Les faits rappelés ci-dessus - et les photos montrées - sont largement connus. Même si on hésite encore à les intégrer dans l'écriture universitaire de l'histoire. À Alger, on taxera peut-être ceux qui les mentionnent de "révisionnistes", d'extrême-droitisme ou de je ne sais quoi d'autre... On aura ainsi une preuve supplémentaire que l'exigence d'une condamnation et d'excuses pour la période coloniale relève d'une controverse politique et idéologique qui manipule l'histoire. Rien de plus.

Michel Renard

 

344310581
Algérien assassiné par le F.L.N. :
où est le bourreau, où est la victime...?

 

 

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mardi 4 décembre 2007

le système colonial a été profondément injuste (Nicolas Sarkozy)

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le  système colonial

a  été  profondément injuste

Nicolas SARKOZY


(...) Je suis venu en Algérie pour bâtir entre nos deux peuples un avenir de solidarité partagée. Parler d‘avenir, ce n'est pas ignorer le passé. Je suis convaincu depuis toujours que pour bâtir un avenir meilleur on doit au contraire regarder le passé en face. C'est d‘ailleurs ce que nous avons fait en Europe.


à l'intérieur d'un système injuste, beaucoup

ont aimé l'Algérie

C‘est le travail de mémoire que je suis venu proposer au peuple algérien. Oui, le système colonial a été profondément injuste, contraire aux trois mots fondateurs de notre République : liberté, égalité, fraternité.

Mais il est aussi juste de dire qu'à l'intérieur de ce système profondément injuste, il y avait beaucoup d‘hommes et de femmes qui ont aimé l'Algérie, avant de devoir la quitter. Oui, des crimes terribles ont été commis tout au long d‘une guerre d‘indépendance qui a fait d‘innombrables victimes des deux côtés. Et aujourd'hui, moi qui avais sept ans en 1962, c'est toutes les victimes que je veux honorer.

Notre histoire est faite d'ombre et de lumière, de sang et de passion. Le moment est venu de confier à des historiens algériens et français la tâche d'écrire ensemble cette page d'histoire tourmentée pour que les générations à venir puissent, de chaque côté de la Méditerranée, jeter le même regard sur notre passé, et bâtir sur cette base un avenir d‘entente et de coopération.

Notre relation n'a pas d'équivalent. Ce n‘est pas qu'une question d‘histoire. C‘est d'abord une affaire de géographie : nous sommes voisins de part et d‘autre d‘une mer qui a toujours été un trait d'union et non une barrière. C‘est enfin et surtout l'intensité unique de la relation entre nos deux peuples. La communauté algérienne est la première communauté étrangère en France. Mais plus important encore, c'est aujourd'hui un français sur dix qui éprouve pour l'Algérie des sentiments très forts parce qu'il y est né, parce qu'il y a vécu, parce que ses parents ou ses grands-parents en sont venus et ont fait le choix de s'établir en France.


L'antisémitisme : le visage de la bêtise et de la haine

Faire le choix d'une pleine intégration dans notre République ne signifie pas renoncer à ses racines. Au contraire : les deux doivent aller ensemble, et c'est ainsi que nous pourrons bâtir dans l'ouverture, la tolérance, le respect de l‘autre, un avenir partagé. En France comme en Algérie, nous devons combattre avec une détermination sans faille toute expression de racisme, toute forme d'islamophobie, toute forme d'antisémitisme. Quand on menace un Arabe, un Musulman ou un Juif en France, on menace la République. Le racisme, l'islamophobie, l'antisémitisme ne s'expliquent pas, ils se combattent. Ce qui vaut pour la France vaut partout ailleurs dans le monde. Il n'y a rien de plus semblable à un antisémite qu'un islamophobe. Tous deux ont le même visage, celui de la bêtise et celui de la haine.

Le peuple algérien, au cours des années 90, a eu à livrer un terrible combat contre la barbarie terroriste. Les terroristes sont des barbares. Le peuple algérien a combattu, seul, au nom de valeurs qui nous sont communes : la tolérance, la liberté, le refus de la violence. Sa victoire sur le terrorisme est un succès majeur qui nous concerne tous, car l'installation à Alger d'un régime de type taliban n'aurait pas été seulement une tragédie pour l'Algérie : elle aurait été une catastrophe pour tous les pays riverains de la Méditerranée.

Je n'ai jamais été de ceux qui ont donné des leçons aux Algériens pendant ces années sombres. D'abord parce que l'Algérie n'a pas de leçons à recevoir. Et ensuite parce que ceux qui lui faisaient la leçon se plaçaient de facto du côté des ennemis de la démocratie. Je dirai demain au Président Bouteflika mon respect pour le courage et la détermination du peuple algérien tout au long de cette épreuve. Je lui dirai aussi la confiance de la France dans l‘avenir de l'Algérie.

Oui, j'ai confiance. Oui, je crois en l'avenir de l‘Algérie. Une Algérie stable et pluraliste, prospère et dynamique, capable de transformer sa richesse d'aujourd'hui en investissements pour demain. Une Algérie où tous les Algériens doivent pouvoir espérer un avenir meilleur. Participer à cette grande ambition est dans notre intérêt. Parce qu'un échec de l'Algérie serait aussi un échec pour la France et serait un échec pour toute l'Europe. Nous devons tous contribuer à l‘avenir de l'Algérie, dans le respect de ses choix et de ses souhaits, avec amitié. Mieux : dans un esprit de fraternité. C‘est pourquoi nous devrons aussi aller plus loin pour faciliter la circulation des personnes entre les deux rives de la Méditerranée.

Nicolas Zarkozy
3 décembre 2007, Alger

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Koléa, rue du Marché à l'époque coloniale


la perception politique

n'épuise pas la réalité historique

Michel RENARD


L'homme politique affronte le passé à travers les éléments historiques constitutifs des identités (nation ou autre...) mais aussi à travers les rapports de force créés à partir des mémoires.

Réclamer, comme les dirigeants algériens, la qualification du passé colonial par les titres de "crime contre l'humanité" ou de "génocide" n'a rien à voir avec l'intelligence historique. C'est un expédient permettant d'éviter le bilan de 45 ans d'indépendance et cultivant un sentiment anti-français comme un dérivatif utile face aux déboires quotidiens dans lesquels se débat la population algérienne.

De son côté, le président français refuse une repentance non seulement parce qu'il n'en accepte pas les présupposés (un bilan univoquement négatif de la période coloniale) mais parce que cela placerait la France en position de faiblesse dans les rapports diplomatiques avec l'Algérie. Il tient compte, en sus, des mémoires catégorielles s'exprimant dans la société française en cherchant à maintenir un équilibre entre elles.

Il en sort donc des formules comme celles du 3 décembre à Alger : reconnaître "l'injustice profonde" du "système colonial" et persister à dire qu'une partie de ses protagonistes "dominants" ont vécu une autre expérience, une relation d'amour avec leur pays de naissance. C'est "mieux" que les diatribes algériennes officielles, mais cela reste de la politique. Et ne saurait rendre compte - ce n'est d'ailleurs pas son objet - de la complexité des interrelations durant la période coloniale.

Affirmer que le "système" colonial (la colonisation ne fut jamais un "système"...) a été "profondément injuste" n'est ni vrai ni faux. À ce niveau de généralité, il s'agit d'une abstraction dont on peut se demander qui la vivait ainsi de 1830 à 1962. Certains ont indéniablement conçu leur destinée dans les termes de l'injustice et de l'oppression : les résistants à la domination coloniale, les militants nationalistes... mais cela n'a jamais fait "un" peuple. La plupart ont probablement vécu dans un autre horizon mental. Car la perception politique d'une situation n'épuise pas, loin s'en faut, la psychologie de la vie quotidienne. Ni les espérances de s'en arracher.

Michel Renard


en Algérie coloniale :


il y eut ceci...

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convoi de prisonniers algériens à la suite de l'insurrection de Margueritte (1901)


mais aussi cela...

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intérieur d'un café maure : un "Européen" et des "musulmans" (carte datée 1902)


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hôpital de Tlemcen : l'infirmière et les malades convalescents


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la "domination" coloniale ne se réduit pas à la conflictualité ouverte et permanente


Blida_march__europ_en
"indigènes" et "Européens" dans ce "marché européen" à Blida


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"Européens" et "indigènes" dans ce "marché arabe" à Bône (Annaba)


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modestie sociale ce ces "Européens dominateurs"


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lundi 3 décembre 2007

Algérie : reconduire les servitudes volontaires

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Reconduire les servitudes volontaires

Au moment même où s’élaborait un appel* initié par des historiens algériens et français qui «demande aux plus hautes autorités de la République française de reconnaître publiquement l’implication première et essentielle de la France dans les traumatismes engendrés par la colonisation en Algérie, une reconnaissance nécessaire pour faire advenir une ère d’échanges et de dialogue entre les deux rives, et, au-delà, entre la France et les nations indépendantes issues de son ancien empire colonial», le ministre algérien des anciens combattants, Mohammed Cherif Abbès, dans un entretien accordé lundi 26 novembre au quotidien algérien Al-Khabar, évoque l’origine juive du président ou de tel ou tel de ses ministres, et attribue l’élection présidentielle au «lobby juif qui a le monopole de l'industrie en France». Rappelons que c’était le même Mohammed Cherif Abbas qui avait lu, le 5 mai 2005, lors d’un colloque à Sétif, l’incroyable discours qui assimilait la colonisation au nazisme, et les fours à chaux d'Heliopolis (Guelma, 1945) aux fours à gaz d'Auschwitz, en présence d’historiens français dont un certain nombre avaient quitté la salle.

Indépendamment du caractère grotesque de cette déclaration – qui, apparemment, n’a guère soulevé de protestations en Algérie et qui a même été soutenue par le président de l’Organisation nationale des moudjahidin, Saïd Abadou –, indépendamment de «la résurgence qu’elle manifeste des préjugés antisémites les plus nauséabonds», pour reprendre les termes du communiqué de la Ligue des droits de l’homme, elle est révélatrice d’un certain état d’esprit, dont la conclusion de cet entretien donne quelques clés : «Aujourd’hui des rapports d’égal à égal ne sont pas envisageables, les Français ne sont pas prêts, en particulier durant le mandat de M. Sarkozy. Si je devais rencontrer le président français, je lui dirais : “Faute avouée est à demi pardonnée”

À quoi servent «les juifs» dans la rhétorique du pouvoir algérien actuel, au prix d’un déni de l’histoire de l’Algérie dans laquelle s’inscrit l’intime du rapport entre musulmans et juifs indigènes ? À nourrir indéfiniment le ressentiment pour se légitimer et refaire du consensus – et quel consensus ! –, à faire fond de commerce d’un antisémitisme latent très sensible dans les cercles du pouvoir et dans les mouvances islamistes ; à rejouer la colonisation, et la fierté nationale sur un théâtre désert auquel personne ne croit plus ; à «reconduire les servitudes séculaires propres à un passé révolu» (Mohammed Harbi, «Une presse sans déontologie», juin 2005).

Ce sont précisément ces servitudes séculaires que l’appel «France-Algérie : dépassons le contentieux historique» (http://www.ldh-toulon.org) se propose d’ébranler, c’est cette parole d’égal à égal à laquelle il donne réalité, sans qu’il soit question de repentance, de faute ou de pardon : il est question de la reconnaissance par la République française d’un fait historique donné. C’est le déni des faits qui ouvre la porte au racisme, qu’il soit contre les Arabes ou contre les juifs : aux citoyens algériens de découvrir ce que l’antisémitisme officiel veut dénier.
 

Paris, le 2 décembre 2007
Association du Manifeste des libertés

* Appel rendu public le 1er décembre 2007, dans Le Monde :
(http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0,36-984515,0.html),
l’Humanité, et dans les quotidiens algériens El Watan, le Quotidien d’Oran  et Al-Khabar (en arabe, et que nous soutenons (il est affiché pour signatures sur le site de la LDH-Toulon : http://www.ldh-toulon.org).

 


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Mohamed Cherif Abbès : "(les) véritables architectes de l’arrivée
de Sarkozy au pouvoir, le lobby juif qui a le monopole de l’industrie en France
".


- interview du ministre algérien des Moudjahiddines (Anciens combattants), Mohamed Cherif Abbès : texte sur le site voltairenet.org

- Mohamed Cherif Abbas : bio

- Algérie : message d'accueil antisémite pour Sarkozy: lefigaro.fr

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la synagogue d'Alger, place Randon, à l'époque coloniale


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dimanche 2 décembre 2007

D'Algérie (bande dessinée de Morvandiau)

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D'Algérie...

une bande dessinée de Morvandiau (novembre 2007)


Luc Cotinat, alias Morvandiau, alias Christine de Saint-Simon, alias Luc Lémans, est dessinateur.

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extrait d'un reportage sur Morvandiau

(...) Puis son visage s’assombrit avant d’évoquer un projet plus intime, qui lui tient à cœur depuis 1994, depuis l’assassinat de son oncle par le GIA à Tizi-Ouzou. “Ma famille paternelle est pied-noir. Mon père a grandi à Alger avant de venir faire ses études à Rennes, où il est resté. Mon oncle, lui, était moine là-bas.” Il aimerait remonter les fils de l’histoire familiale, avec des interviews filmées, pour comprendre cette autre guerre sans nom dans une Algérie qu’il connaît peu. Pas drôle, même si “on peut rire de tout”.

source


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- Le site de Morvandiau, consacré à D'Algérie

L'idée du livre D'Algérie est née en 2003. Il m'a fallu du temps pour, conjointement, préciser mon projet, sa tonalité, et digérer puis synthétiser les documents glanés, lus ou vus ici et là.

Comme pour mes livres précédents, bien qu'il soit très différent de ceux-ci, j'ai dû m'efforcer d'avoir en tête une voix et un ton particuliers qui me permettraient de borner son écriture.

Bref, de trouver la distance nécessaire.

L'expérience de chercheurs en sciences humaines me fut, de ce point de vue, d'un grand secours. Comme Pierre Bourdieu , d'autres - Germaine Tillion, Romain Bertrand ou Clarisse Buono - m'ont donc mâché le boulot !

Les plus curieux d'entre vous auront déjà visionné ici un documentaire sur l'ethnologue Germaine Tilliono (dont il semble difficile de ne pas être admiratif).

Par ailleurs, le fort intéressant site Études Coloniales m'a permis de découvrir le travail de Romain Bertrand.

 extrait de ce site : 28 novembre 2007

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- commander : D'Algérie, Morvandiau, éditions Maison Rouge, novembre 2007.


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vendredi 30 novembre 2007

«Il faut savoir ce que l’on veut et où l’on va» dixit Lyautey

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«Il faut savoir ce que l’on veut et

où l’on va» dixit Lyautey

Colonel (er) Pierre GEOFFROY


Que s’est-il passé depuis l’envoi au Président de la République du Plaidoyer pour le respect de Lyautey et de la mémoire coloniale outragés grâce à des fonds public ?
 
Le 10 octobre 2007 un simulacre d’inauguration a installé l’imposture au Palais Lyautey dit de la “Porte Dorée”
 
Les initiateurs et les réalisateurs du projet de “Cité nationale de l’histoire de l’immigration” ont voulu inaugurer, après plusieurs reports, des dissensions internes et malgré des travaux inachevés, leur installation au Palais Lyautey.
 
Que la création d’une “Cité de l’immigration”, comme le titre la presse, soit une bonne ou un mauvaise idée, ça peut se discuter.
 
Ce qui est inquiétant, ce sont les buts poursuivis et les moyens de les atteindre, car dès le départ, il y a amalgame entre immigration et colonisation et une volonté de “communautariser” les immigrés.
 
Ce qui est infamant, c’est l’installation de cet organisme au Palais de la Porte Dorée avec la volonté de faire oublier, avec cynisme, la raison d’être de ce lieu de mémoire.
 
Ce magnifique bâtiment, seul témoin à Paris de l’architecture de son époque et seule survivance de9bbb_1_sbl l’Exposition coloniale internationale de 1931 avait été voulu et réalisé par Lyautey avec le concours de l’architecte Laprade et du sculpteur Janniot.
 
Si les adeptes de la repentance et de l’humiliation de la France n’y avaient pas fait obstacle, ce palais devrait présenter aujourd’hui avec les Savorgnan de Brazza, Laperrine, Faidherbe, Galliéni, Lyautey, et tant d’autres jetés aux oubliettes, ce qu’Arthur Conte a dépeint dans un livre sous le titre L’épopée coloniale de la France.


 
Défigurer les lieux pour mieux se les approprier
 
Le projet de cité de l’immigration a cheminé non sans mal, mais avec discrétion pour éviter les réactions. Une fois validé par décret du 16 novembre 2006, il fallait faire vite pour s’approprier le site, en défigurer l’intérieur pour mieux en faire oublier l’histoire et l’auto-inaugurer pour tenter de rendre irréversible la situation créée.
 
Les interviews donnés à cette occasion reflètent l’auto-satisfaction et la manipulation de l’histoire. La recette pour abuser l’opinion est simple : fournissez un dossier de presse tronqué, trouvez des “historiens” et des “philosophes” adeptes de votre idéologie pour valider vos propos, ainsi que des comparses pour servir de faire-valoir, puis livrez-vous à des journalistes qui ne vous poseront que les bonnes questions.
 
Nous avions adressé sous forme de Plaidoyer une lettre ouverte au Président Sarkozy pour qu’il fasse arrêter le gâchis historique, architectural, politique et financier de cette affaire. Outre les arguments forts, malheureusement confirmés par les faits, que nous avions mis en avant, il faut en ajouter un de poids, à savoir le jugement porté par un visiteur averti comme Jean-Pierre Rouart de l’Académie française sur ce suicide culturel. (article paru dans le quotidien Nice-matin du 14 octobre 2007).
 
Il écrit : «Un couscoussier, une machine à coudre, un fer à repasser, des valises en carton, des théières marocaines, et des scoubidoubidous : c’est ce dépotoir dont aucun marché aux puces ne voudrait qu’on ose nommer musée. Eh oui, les Musées de France lui ont donné ce label. L’État est-il devenu fou ? Je manque de mots pour exprimer mon indignation au sortir de la visite de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration

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Le ministère de la Culture finance la non-culture
 
Ce bric à brac, est, en fait, à l’image de ceux qui l’ont pensé  pendant de nombreuses années comme devant participer à “l’empoisonnement” de notre culture et de notre civilisation et J-M Rouart discerne les composants de ce mélange tout à la fois poison et explosif : «On aura rarement mêlé sans aucune pudeur le népotisme présidentiel, l’instrumentalisation de la culture à des fins politiques et la gabegie financière.»  Le gouvernement précédent a accordé vingt-trois millions pour les travaux, plus sept millions pour le budget annuel de fonctionnement. On pourrait poser la question  À qui profite le crime ? si on ne connaissait pas la réponse.
 
Confiants dans la volonté de rupture avec les archaïsmes, l’immobilisme, les inepties et les dérives affichée par le  Président de la République , nous nous sommes adressés à lui. Nous n’avons pas encore reçu de réponse, ce qui laisse supposer qu’il a sans doute des dossiers plus urgents à résoudre, mais aussi que le remède est difficile à trouver, tant le mal a des racines profondes et difficiles à extirper.
 
Ce qui est certain et rassurant, c’est que ni le chef de l’État, ni les membres du gouvernement n’ont cautionné de leur présence la pseudo-inauguration du 10 octobre portant outrage à la mémoire de Lyautey, chassé des lieux, ainsi qu’à la mémoire coloniale piétinée.
 
Il n’y avait d’ailleurs pas besoin de cérémonie d’inauguration pour que se crée tout naturellement un lieu de rendez-vous, utilisé le jour-même, pour manifestations hostiles à la maîtrise de l’immigration, donc hostiles à l’action du gouvernement. Mais c’est bon, c’est même tout bon ! puisque c’était prévu ainsi par ceux qui veulent “retourner les symboles”, soutenus par le précédent ministre de la culture (non réélu député). En effet, il a laissé la “Cité de l’immigration” mettre en ligne sur son site  internet ces propos :
«Il s’agit donc avec ce projet et ce lieu, de déconstruire l’imagerie héritée de la colonisation, de retourner les symboles. De dire et de montrer que la page de la colonisation est définitivement tournée et détourner le bâtiment de sa vocation première.»

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“L’espoir changea de camp, le combat changea d’âme”
 
Au moment où je terminais cette chronique mon attention a été attirée par la nouvelle d’un discours du Président de la République Nicolas Sarkozy prononcé au Palais Royal Marshan à Tanger le 23 octobre 2007, sur le thème de l’Union de la Méditerranée, dans lequel il citait Lyautey et son rôle de visionnaire.
 
N’ayant trouvé aucun écho de cette citation dans les médias, ni de la part de ceux qui habituellement dénigrent tout ce qu’il y a de positif, ni de ceux qui ont traité de raciste le discours de Dakar, j’ai fait appel à internet ce qui me permet de reproduire l’extrait suivant de ce discours.
 
- «Comment venir au Maroc pour un chef de l’État français sans évoquer la grande figure de Lyautey, ce grand soldat placé par le hasard des circonstances à la tête d’un protectorat et qui n’eut jamais d’autre objectif, à rebours des préjugés et de l’idéologie qui dominaient alors les esprits, que de protéger le peuple marocain, parce qu’il l’aimait et parce qu’il le respectait, de valoriser la richesse de votre patrimoine et la grandeur de votre civilisation, et d’apprendre aux Marocains et aux Français à s’aimer et à se respecter.
 
Lyautey avait compris avant tout le monde que nul ne pourrait s’opposer à l’aspiration des peuples à disposer d’eux-mêmes et il s’était fait un devoir de les accompagner sur le chemin de cette liberté.
 
Il fut l’un de ceux qui ont préparé l’avènement du Maroc moderne.
 
Il fut l’un de ceux grâce auxquels un sentiment de fraternité a pu s’établir entre le Maroc et la France, malgré les fautes et parfois les crimes que le protectorat avait engendrés.
 
Cette fraternité, elle sera scellée par le sang versé des vingt-cinq mille soldats marocains morts pour la France et pour sa liberté.
 
C’est sur cette fraternité que la France veut fonder sa relation avec le Maroc.
 
Cette fraternité, c’est celle qui unit deux peuples que leur histoire a portés à l’ouverture aux autres, à la tolérance, au respect de la dignité de la personne humaine, à des formes d’humanisme beaucoup plus proches l’une de l’autre que les apparences pourraient le laisser croire

On peut parler d’une rupture du Président avec la pensée unique. On peut attendre une cohérence entre parler et agir, Il y aurait incohérence à rendre au Maroc un hommage appuyé et justifié à Lyautey  et, dans le même temps en France, à  laisser financer ce qui contribue à effacer sa mémoire et celle de l’action coloniale, tout en favorisant l’anti-colonialisme et le communautarisme. Il y a là aussi matière à rupture avec l’incohérence politique souvent dénoncée.

Colonel (er) Pierre GEOFFROY
Président de l'Association Nationale Maréchal Lyautey

- http://www.lyautey.fr

courriel : chateau-lyautey@wanadoo.fr


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