mardi 11 janvier 2011

Les médecins français au Maroc, 1912-1956

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La vie quotidienne d'une assistante sociale

dans le Maroc du Protectorat (1950)

Marie-Claire MICOULEAU-SICAULT


Toujours sur le terrain, «une profession qui est aussi un apostolat.» C’est le titre un peu pompeux de l’enquête à propos des Assistantes Sociales en service musulman que le quotidien, Vigie Marocaine, avait publiée les 8, 9 et 10 janvier 1950.

Le chemin n’était pas semé de roses pour les jeunes Assistantes Sociales tout juste arrivées de France et fraîchement diplômées. Leur initiation marocaine allait se faire en deux temps. Six mois de stage à l’École des Hautes Études de Rabat où on leur inculquait des notions de langue arabe, de sociologie et d’ethnographie marocaines. Ensuite, quatre mois d’expérience directe dans les hôpitaux, les postes des Affaires Indigènes, les fermes européennes etc. Et puis, au travail !

Le travail, elles se doutaient bien qu’il leur faudrait persévérance et bonne humeur pour l’aborder, mais elles n’imaginaient sûrement pas quel acharnement elles devaient déployer pour le mener à bien. Surtout, elles ne pouvaient pas deviner de quel esprit d’initiative elles devraient faire preuve, inventant par elles-mêmes des méthodes, puisqu’elles jouaient le rôle de pionnières dans des structures encore balbutiantes. Le «pas trouvé», excuse facile, n’existe pas pour la jeune Assistante Sociale qui doit non seulement aider matériellement des femmes et des enfants mais aussi quand il s’agit des nouvelles Médinas ou des nouveaux bidonvilles que l’industrialisation fait surgir, découvrir les causes d’un malaise collectif à la fois moral et physique. Fausses ou mauvaises adresses ne doivent pas la désarmer. Elle frappera à toutes les portes, obtiendra parfois le nom de l’employeur, s’adressera aux responsables des quartiers recueillera les indications précieuses qui lui permettront de se faire une idée de l’état de misère plus ou moins grand qui règne dans ces foyers déshérités.

Ce travail ressemblait parfois à des enquêtes, mais toujours pour le mieux-être des populations qui leur étaient confiées et toujours dans le respect des traditions. Les femmes musulmanes ne s’y trompaient pas, qui accueillaient toujours les visiteuses avec douceur et sympathie. Pénétrer au cœur de la misère, atteindre cette vérité sociale si difficile à approcher, sur quels points insérer l’action, il avait fallu des mois pour l’entrevoir et trouver les moyens discrets mais efficaces pour soulager les souffrances.

cet avant-poste de l'assistanat

Visitons avec la journaliste du Maroc Presse du 3/12/1949 le fameux Douar Doum situé à 4 kilomètres au Sud-Est de Rabat. Ce plateau, ainsi nommé à cause des palmiers nains (le doum) qui l’envahissaient, était «couvert de bicoques disparates, agglutinées dans une sorte de cité à la fois très étendue et très friable.» D’après l’Assistante Sociale en chef, environ 10.000 personnes habitaient ce douar, dont une population enfantine importante (environ 30%.) «Une des particularités de ce douar, écrit-elle dans son rapport à la Direction de la Santé, est son caractère familial : il est constitué presque uniquement de tribus venues du Sud, Agadir ou Marrakech qui depuis leur émigration, ont continué à vivre en tribus, à se marier entre individus d’une même tribu. Chez les Aït-Oussa et les Aït-Ahmed, les femmes conservent le costume bleu des femmes du Sud la coiffure très particulière, les bijoux berbères...»

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Rabat, infirmerie, ambulance coloniale

La journaliste, qui en 1949, visite ce douar en compagnie des pédiatres, raconte : «Des logements ayant souvent à peine hauteur d’homme, faits de planches, de bouts de tôle ou même de carton [...] L’attitude des habitants n’exprime pas l’accablement ou même la résignation, mais une calme acceptation... À l’orée de Douar Doum, se dresse une tente où nous pénétrons. Deux jeunes filles en blouses blanches soignent les bébés tandis que quelques mères, assises attendent silencieusement. Une grande propreté règne dans cet avant poste de l’assistance où les consultations se succèdent. Quand tombe le soir, les jeunes assistantes travaillent à la lueur d’une lampe à pétrole ou d’une bougie...»

Un rapport d’activité, décrit la population du Douar Doum comme la plus pauvre de Rabat les hommes y sont colporteurs, fleuristes, manoeuvres, «chaouchs» (plantons) à la Résidence. Les salaires ne dépassent pas 8.000 francs mensuels. (soit environ 800 francs actuels) Un seul point d’eau de douze robinets ; les femmes ne sortent pas du douar, elles s’occupent du ravitaillement en eau. Un poste de commandement, modeste baraque, abrite le Contrôleur Civil (fonctionnaire français) et le Khalifa du Pacha qui assurent conjointement l’administration du Douar. Une école foraine accueille environ 300 garçons et 100 filles. Mais beaucoup d’enfants traînent dans les ruelles, malgré la cantine et les onze écoles coraniques. Mortalité infantile énorme, les femmes vivent toujours comme leurs aïeules il y a des siècles.

C’est en Juillet 1949 qu’après plusieurs essais de consultations itinérantes, furent installées en bordure du douar deux tentes américaines, «embryon d’un futur centre de PMI.» Un pédiatre une fois par semaine, une sage-femme, et tous les jours une assistante sociale pour les soins aux enfants. Là aussi, un fichier devient une amorce d’état civil : 300 fiches d’enfants jusqu’à deux ans. Les consultations ne suffisent plus, des visites à domicile sont demandées par le médecin pour la surveillance à la maison de l’alimentation et de l’hygiène des nourrissons.

Des visites sont aussi demandées par la famille lors de la naissance d’un enfant, elles permettront de suivre le bébé dès sa venue au monde. Les Assistantes Sociales sont en plus chargées de liaison avec les dispensaires antituberculeux et anti-vénérien, cas douteux suivis ensuite par l’Assistante. Pendant le temps qui leur reste, (mais quand dorment-elles?) elles rencontrent le Khalifa et le Contrôleur Civil pour coordonner les actions, puis elles assurent la liaison avec l’école foraine qui signale ainsi les enfants déficients ou malades.

Avant d’avoir pu mettre en place cette sorte d’organisation somme toute compatible avec les moyens toujours augmentés mais jamais suffisants, il faut bien dire qu’elles «pataugeaient», s’adaptant au jour le jour et parfois désespérées. Une expérience, intéressante à plus d’un titre, nous est rapportée par Françoise Setin et Régine Gautier, Assistantes Sociales dès 1947 à Agadir. En 1947, les usines de conserves de sardines s’étaient développées considérablement à Agadir et le besoin de main d’œuvre s’y faisait pressant. Les directeurs des sardineries firent donc appel aux populations de la région de Goulimine et des environs de Mogador (Essaouira). Seules les femmes avaient le droit de travailler, les hommes se réservaient le privilège de rester au bled pour les travaux divers.

une "école des mères"

Ce furent des femmes bleues de Goulimine et des femmes des tribus chleues de Mogador qui arrivèrent en premier avec leurs enfants. Dans ce qu’on appela des «médinas d’usine», elles furent logées dans les fameuses tentes noires pointues, au milieu des collines de sables cernées d’euphorbes. Regroupées par tribus, elles se retrouvaient presque comme chez elles sous l’autorité d’un cheikh, toujours vêtues mais non voilées de leur haïk bleu. Si les étoffes ne déteignaient pas sur leur visage et sur leur corps, elles perdaient la «baraka»! (protection de la providence).

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femmes bleues de Goulimine (années 1970)

On imagine les difficultés des assistantes sociales, confrontées à ce teint bleuâtre, pour diagnostiquer une quelconque pathologie ! Elles ne désarmaient pas, ces jeunes assistantes, éblouies par «ces longues files de femmes magnifiques, au port de reines, qui rapportaient sur leur tête, pour leur dîner, à défaut d’amphores, des boites de sardines en fer blanc.»

Le service médico-social débuta en 1949 à Khiam-Battoir et en 1950 à Anza. Des tentes, puis des baraques abritaient une infirmerie, des consultations de nourrissons et une «école des mères» avec démonstrations alimentaires, garderies pour les enfants où les filles apprenaient ainsi à tricoter, à baigner les petits frères, à les nourrir du mieux possible. En 1954, des locaux neufs remplacèrent tentes et baraques et la Protection Maternelle et Infantile était désormais presque idéale. À la garderie, il suffisait qu’un des enfants frappe en cadence sur une cruche, «une guedra», et les petites se mettaient à genoux pour danser en ondulant leurs bras.. C’était si beau !

Mais les difficultés ne manquaient pas : certaines des nomades dans l’âme, se sauvaient de l’hôpital ou bien, orgueilleuses, elles ne supportaient pas une remontrance à propos de leur travail à l’usine. «Aussitôt, l’interpellée se levait sans un mot, et partait suivie de toutes les bleues de sa table sous l’œil ahuri du contremaître chleu.» Les histoires de maléfices, les serments à mort «à Sidi Saanoun» les «chikayas» (querelles) de toutes sortes, venaient empoisonner la vie quotidienne des pauvres assistantes. D’ailleurs, les hommes chleuhs qui n’aimaient pas beaucoup les populations bleues répétaient le proverbe : «Qu’un homme de Mauritanie demande en mariage une femme là-bas, il ne demande pas comme chez nous si elle sait faire la cuisine et s’occuper de la maison, il demande seulement si elle sait bien. Plus tard, leurs maris se résignèrent à venir travailler. Impressionnés par les jolis bâtiments neufs de l’hôpital et par les Arabes et les Chleuhs, ils se taisaient mais gardaient leur sourire énigmatique et fier.

la toubiba...

La pauvre Assistante sentait que le ravissement des découvertes s’effaçait peu à peu, noyé par les difficultés du quotidien! Qu’importe, on était là pour travailler! Chaque région offrait aux jeunes assistantes un visage différent ; un douar du Sous n’avait rien à voir avec la Médina «Jdid» de Fez et le bidonville du Douar Doum était lui aussi bien différent des services sociaux de Casa. On improvisait selon les besoins, on essayait une méthode, on testait... telle cette invention fabuleuse du «flanellographe» que connaissaient déjà bien les éducateurs sanitaires d’Afrique. Elle avait été imaginée en pays africain anglophone et diffusée par le Centre International de l’Enfance de Boulogne. Il s’agissait de dessins découpés dans de la flanelle que l’on punaisait au mur de «l’école des Mères», pour expliquer comment baigner un bébé, préparer un biberon, puis au fur et à mesure des progrès enregistrés, comment désinfecter les yeux des enfants. Les femmes musulmanes, nous l’avons dit, devaient être promues «prolongement de la Toubiba.»

Marceline Gabel, dont nous avons parlé, utilisa cet outil pédagogique fort efficace et qui plaisait aux mamans élèves. Colette Brémond, une Assistante Sociale qui parlait bien l’arabe dialectal, fut chargée de mettre en place une causerie hebdomadaire sur Radio-Maroc, où, répondant aux questions d’une jeune femme marocaine, elle prodiguait conseils pratiques et médicaux (comment préparer un biberon de la manière la plus stérile possible, que faire en cas de diarrhée d’un bébé, etc.). Cette causerie eut beaucoup de succès auprès des Musulmanes qui, ne sortant pas, se réunissaient pour papoter l’après-midi autour du verre de thé à la menthe. Les questions les plus diverses étaient posées et les problèmes les plus insolites soulevés. Une sorte de chronique médicale, la «toubiba» de la radio était très écoutée. Des années plus tard, elle était devenue Assistante Sociale d’Entreprise en métropole, allant visiter un malade marocain hospitalisé à Paris, elle eut la surprise d’être ainsi accueillie. «Ah ! mais je reconnais ta voix, toi, tu étais la «toubiba» de la radio!».

Marie-Claire Micouleau-Sicault
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- sur Études Coloniales, le livre de Marie-Claire Micouleau-Sicault

 

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lundi 10 janvier 2011

film : une repentance en images ?

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le film "L’ennemi intime"

général Maurice FAIVRE, historien


L’ennemi intime de Florent Emilio Siri fait suite au documentaire assez orienté de Patrick Rotman, ayant le même titre, et dont le réalisateur se défend de toute «démarche militante». Venant après les porteurs de valises et la guerre sans nom cette affirmation nous semble poser problème ; ayant franchi la ligne rouge du dénigrement dans ses documentaires, il paraît difficile qu’il revienne en arrière. Les brûlures de l’histoire, c’est du journalisme, c’est la repentance en images.

L’action est centrée sur la confrontation d’un jeune lieutenant (engagé ?) et de son sous-officier adjoint, stéréotype de l’ancien d’Indochine. Ils conduisent au combat une section d’infanterie franco-musulmane, en juillet 1959, dans les montagnes de Kabylie. Là aussi, les atrocités envers la population sont partagées entre les deux camps, les habitants d’une mechta sont horriblement massacrés par les «moudjahidines», mais à mesure qu’on progresse dans l’action, ce sont les atrocités françaises qui prédominent : tortures, exécutions sommaires, destruction d’un village, et semble-t-il, assassinat de ses habitants. Il ne manque que les viols.

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Les actions de combat, filmées avec un réalisme qui rappelle les films américains du Vietnam, présentent une succession de situations exceptionnelles :
- l’embuscade où l’on inflige des pertes sensibles à une unité amie ;
- la section isolée dans un djebel impénétrable, qui ne semble pas avoir de capitaine, et qui se heurte à des katibas omniprésentes ;
- le vétéran de Monte Cassino (clin d’oeil aux Indigènes qui assassine dans le dos l’un de ses anciens compagnons d’armes ;
- un commandant vêtu de noir (un SS ?) qui donne des ordres insensés ;
- le sergent devenu fou, qui se fait torturer à la gégène par un soldat musulman ;
- les arbres abattus par le tir des fusils-mitrailleurs (on se croirait à Verdun) ;
- l’officier de renseignement tortionnaire, qui a subi les supplices de la Gestapo.
Tout cela est faux, quand ce n’est pas ridicule. On comprend parfaitement le drame de conscience de ce jeune officier placé dans des circonstances d’exception. Penser que tous les officiers d’Algérie ont vécu le même drame n’est pas conforme à l’histoire.

C’est donc une section atypique qui est engagée sans soutiens, au coeur de l’opération Jumelles (22 juillet 1959 au 8 avril 1960), au moment où les katibas se sont dispersées, et où le combat est conduit au moins au niveau de la compagnie parachutiste. Le scénario regroupe cependant une katiba, ce qui permet d’émouvoir les spectateurs en leur montrant les horribles dégâts causés par le napalm (1).

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Alors que l’exploitation du renseignement relève du niveau régiment, cette section dispose d’un poste C9 avec génératrice, luxe inouï ! Elle torture les prisonniers (pris les armes à la main), alors que la directive Salan du 19 mars 1958 prescrit de les diriger vers les CMI (centres militaires d’internement, approuvés par le CICR) où ils seront rééduqués.

Ignorée également, l’action sociale conduite envers la population par les SAS, les EMSI, les médecins de l’AMG, les instituteurs du contingent, les moniteurs des foyers sportifs. On notera pour finir quelques erreurs historiques : - le FLN aurait demandé à négocier le 1er novembre 1954 – 2 millions d’appelés auraient servi en Algérie – 300 à 600.000 musulmans auraient été tués. Reconnaissons cependant que les paysages du Maroc sont d’une sauvagerie impressionnante, et que les acteurs sont magnifiquement dirigés, même si la mauvaise qualité de leur diction nuit souvent à la compréhension des dialogues.

Maurice Faivre


1 – Les spectateurs ne manqueront pas d’être choqués par la vision des hommes atrocement brûlés, comparables à ceux d’Hiroshima. Il faut rappeler que le napalm a été employé en Corée, en Indochine et en Algérie. Il a été autorisé le 6 avril 1956 par le général Lorillot, sauf sur les habitations. Le Comité international de la Croix Rouge n’en interdit pas formellement l’emploi contre des objectifs militaires. En 1980, une Convention des Nations-Unies en a proscrit l’emploi contre la population civile.

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- pour contre-balancer ce point de vue, lire les propos de Patrick Rotman repoussant tout simplisme et toute repentance, cliquer ici

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vendredi 7 janvier 2011

fresque historique des guerres coloniales en Afrique

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remarquable synthèse des guerres

coloniales,

mais quelques réserves

général Maurice FAIVRE


Vincent Joly, Guerres d’Afrique. 130 ans de guerres coloniales. L’expérience française, éd. Université de Rennes, 2009, 336 pages, 22 €. Cet ouvrage propose une vaste fresque historique des guerres coloniales en Afrique. Les campagnes de l’armée française y sont comparées aux expériences britanniques, allemandes et italiennes. En dépit de la supériorité de ses moyens, l’armée qui débarque à Sidi Ferruch en 1830 n’est pas adaptée à la conquête de populations et de territoires inconnus.

C’est l’expérience de la guerre d’Espagne qui permet au général Bugeaud de discipliner les troupes, d’agir offensivement avec l’aide du recrutement local, et d’encadrer les populations.Il faut imaginer et mettre en œuvre de nouvelles formes de guerre, telles que la razzia, sur le modèle de Hoche en Vendée ; or c’était une pratique courante en Afrique du Nord, où Abd el-Kader se réclame de la guerre sainte et conduit une guérilla nomade, mal comprise de ses subordonnés et de populations attentistes.

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Cavaliers Rouges d'Abd el-Kader, Algérie
Gravure sur bois, gravée par Hebert d'après Raffet. 1843

Faidherbe met fin à la logique commerciale qui avait favorisé la présence française en Sénégambie. Père de l’impérialisme français, il construit en dix ans la colonie compacte du Sénégal, base de départ pour la conquête du Soudan.

Après 1870 et dans d’autres territoires, ses successeurs mettent au point des méthodes de pacification qui font référence ; Pennequin, Galliéni et Lyautey sont imités par Mangin, Angoulvan et Psichari ; leur liberté d’action surprend souvent les gouvernements ; l’impérialisme populaire célèbre ses héros : Brazza et Marchand.

D’autres modes d’action sont mis en œuvre par les Britanniques qui utilisent les troupes locales pour intimider les populations ; n’ayant pas de tradition coloniale, les Allemands en Namibie, et les Italiens en Éthiopie et Libye, emploient des procédés brutaux de répression. Trinquier et Galula sont les références des Américains en Irak. Mais entre temps, tous les moyens militaires sont entrés en action, blindés, artillerie lourde, avions, hélicoptères, drones et missiles.

Selon Sarraut, la crise de la colonisation débute dans les années 1930. En 1944, la conférence de Brazzaville tente de proposer des réformes. Une armée aux faibles moyens, non colonialiste, est confrontée à la subversion du Kominform et de l’Islam. La répression des soulèvements de Sétif et de Madagascar est brutale, mais n’atteint pas les volumes de victimes cités par l’auteur. Partagés entre le choix de la résistance ou de la collaboration, les colonisés acceptent souvent une certaine accommodation avec le colonisateur, d’autant plus que les officiers pratiquent un paternalisme qui correspond à la structure patriarcale de la société.

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La guerre révolutionnaire est découverte en Indochine par les colonels Hogard et Lacheroy qui en font la théorie. Les regroupements de population au Cambodge sont une réussite, mais l’échec de la RC4 et de Dien Bien Phu illustrent l’absence d’un projet politique. dans une guerre politique, l’armée avait le devoir de faire de la politique L’armée des rappelés en Algérie n’est sans doute pas adaptée à ce nouveau conflit. Les postes statiques du quadrillage et l’administration des SAS auraient, selon l’auteur, échoué dans la mission d’intégration des musulmans.

Le nationalisme de la population, enjeu de cette guerre politique, serait mal apprécié par le commandement, qui surestimerait l’influence du communisme. L’action psychologique, incapable de rallier les cœurs et les esprits, aurait échoué sur tous les tableaux. Cette interprétation des dernières guerres coloniales, s’appuyant sur des auteurs contestables (1) appelle la discussion. L’armée d’Indochine, selon Giap, aurait été vaincue parce qu’elle ne faisait pas de politique ; à l’inverse, Messmer condamne la politisation de l’armée en Algérie. La réalité est la suivante : dans une guerre politique, l’armée avait le devoir de faire de la politique, à condition que ce fut la politique de la nation, et qu’il y eut unité d’action. Salan, puis Challe et Delouvrier ont réalisé cette unité et conduit une action qui n’était pas seulement militaire, mais globale, regroupant les domaines sociaux, judiciaires, éducatifs, administratifs, militaires et politiques. La fraternisation du 16 mai concrétisait un premier résultat, face à une population attachée davantage à ses clans qu’à une nation (2) qu’elle ignorait. Or ce succès n’a pas été exploité par le chef de l’État.

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L’Algérie française revendiquée par les militaires, qui selon Ely avaient le contact avec la population, n’était pas l’Algérie de papa, mais une Algérie nouvelle associée à la France [témoignages cités (3)]. Il se trouve que l’association était aussi l’objectif du général de Gaulle, qui n’a pas compris la situation et qui a interdit l’action psycho-sociale de l’armée au profit d’une action médiatique personnelle. Bien plus, il a persuadé l’opinion que tous les Algériens étaient pro-FLN.

Ces quelques réserves (4) exprimées dans d’autres recensions, ne sont pas une critique négative, mais une contribution positive à cette remarquable synthèse de toutes les guerres coloniales.

Maurice Faivre
5 janvier 2011



1 - La référence à H. Brunschwig, D. Porch, Pervillé, Harbi, Girardet, Médard, Rivet, Vaïsse est pertinente. Mais Ageron, excellent dans l’histoire de la colonisation, déraille dans son histoire des harkis, de la bataille des frontières et du général Katz. Planche, Mauss-Copeaux, Branche, Camille Lacoste-Dujardin, Lecour-Grandmaison et Boudarel présentent des interprétations partielles et partiales. Le rapport Rocard a été contesté par Delouvrier. Des ouvrages importants semblent ignorés, ceux de J. Marseille, Lefeuvre, Brunet et Vétillard.

2 - Le nationalisme algérien, qui n’a trouvé son unité qu’après 1962, s’est imposé par la guerre civile (Mohammed Harbi, La Croix du 15 mars 2002)

Une autre erreur est celle de la communisation des nationalistes algériens. Jamais les 2ème Bureaux n’ont soutenu cette thèse, mais ce fut un argument utilisé par certains généraux (Allard, Ely) pour convaincre les alliés de l’OTAN du bien-fondé de la politique algérienne.

Sur un plan général, le professeur Joly pose la question de la nature totale des guerres coloniales, conforme à la thèse de Lecour-Grandmaison. La violence fut totale sans doute en Namibie contre les Herero, où l’on peut parler de génocide. En France, la guerre totale fut initiée par la Convention pour la Vendée et pour les guerres européennes, mais non pour les conquêtes coloniales, que le congrès historique de Stokholm en août 2000 qualifie de «conflits de basse intensité».

3 - Ce que fait l’armée en 1958, est un travail révolutionnaire, observe Lacouture, confirmé par Claude Paillat, qui décrit l’élite des officiers comme «des enfants de la Révolution française : on apporte la liberté, on va régénérer les gens… on va refaire une autre société que ces colonies un peu pourries… la société française les a un peu devinés, mais pas compris. Ils sont tombés dans une aventure qui les a broyés». Hélie de Saint-Marc développe les mêmes idées.

4 - Quelques fautes d’inattentions sont à noter : pas d’opération Couronne en Oranie, surestimation des victimes de Madagascar (la plupart morts de faim et de maladie dans la forêt où ils ont été confinés par les rebelles), des disparus de la bataille d’Alger (voir Pervillé) et des effectifs de l’ALN, sous-estimation des harkis massacrés, des effectifs de 1962 et des signataires du Livre blanc.

Quelques affaires semblent oubliées : les FAFM de Si Chérif, les EMSI et le SFJA, la pacification active de Challe, le FAAD, l’échec du dégroupement.

 

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lundi 3 janvier 2011

De Gaulle et l'Algérie, 1958-1962

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"Je vous ai compris"

note de Maurice FAIVRE


Serge Moati, Je vous ai compris Docu-fiction de FR 2,  2 novembre 2010, suivi d’un documentaire de Hughes Nancy : De Gaulle et l’Algérie, le prix du pouvoir.

arton28607Malgré quelques erreurs et oublis historiques ce télé-film et le documentaire explicatif décrivent les moyens utilisés par le général de Gaulle, de 1958 à 1962, pour revenir au pouvoir et s’y maintenir (approbation de la menace para, basculement de l’armée, déstabilisation de l’Assemblée, crises exacerbées, déclarations ambiguës et contradictoires, racisme anti-arabe). Quatre ans plus tard, toutes les concessions sont faites au FLN ; l’abandon des harkis et le drame des pieds noirs en sont le prix.
Quelques documents intéressants éclairent cette histoire : le rapport Vitasse, la lettre de Gaulle à son fils ; le rôle de Neuwirt et de Delbecque est souligné.

Les justifications des historiens ne sont pas convaincantes. Benjamin Stora et Jean Daniel expliquent la décision gaulliste par l’isolement de la France, l’accession à la puissance nucléaire, l’absence d’élites musulmanes. Ils estiment que la solution associative, qui a échoué, était l’option prioritaire du général de Gaulle, mais ils n’observent pas que c’était aussi celle de Soustelle et de l’armée. Georges Fleury est le seul à avoir évoqué la fraternisation de mai 1958, que de Gaulle n’a pas su (ou pas voulu) exploiter. La volonté d’abandon des privilèges était alors réelle. Il est paradoxal d’observer que, sans l’orgueil du chef de l’État, les deux camps auraient pu s’entendre.

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Il y a en effet un contre-sens sur l’expression Algérie française : employée par les militaires, elle ne signifiait pas le maintien de l’Algérie de papa. Ce que l’armée est en train de faire en Algérie, observe Lacouture en 1958, ressemble à un travail révolutionnaire. Claude Paillat décrit les officiers comme des enfants de la Révolution française : on apporte la liberté, on va régénérer les gens... on va refaire une autre société que ces colonies un peu pourries. Hélie de Saint-Marc et le général Ely font le même constat.

Ces évènements sont décrits comme la pire des décolonisations. Le philosophe Paul Thibaud, ancien collaborateur de Vidal-Naquet, dénonce les prétentions morales de la gauche française et conclut que la guerre d'Algérie est un évènement tragiquement négatif, dont il faut rappeler les résultats : la dictature militaire en Algérie – la division des Français – l’échec de la grande politique (neutraliste) du général de Gaulle.

Maurice Faivre
le 4 novembre 2010


Erreurs et omissions : - le général Dulac à Colombey et non à Paris – pas de visite de Gaulle à Guy Mollet à Arrras – Salan n’est pas nommé Cdt en chef (il l’est déjà) mais DGGA – les chiffres des pertes sont surestimés ( 100 tués le 17 octobre 1961, et le 16 mars 1962, 800 disparus le 5 juillet Oran, 500.000 morts dont 27.000 soldats) – la manipulation du directeur politique François Coulet le 10 décembre 1960 ignorée – le revirement ultérieur de Delbecque.

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mardi 28 décembre 2010

décolonisation de l'Indochine, témoignage

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Indochine, passion persistante

Jeannette ULMANN


Mon livre est un témoignage et une biographie. Contrairement à des écrivains qui ont de bonnes rhétoriques, habiles et certes très renseignées et qui pourraient faire une thèse, moi c'est mon témoignage et mon vécu que je livre. 

Je narre l'histoire de ma famille qui se trouve être au début de la colonisation de l'Algérie. J'évoque l'historique empereur Ham Nghi,  ami de ma famille, exilé par la France d'Indochine en Algérie en I888, connu sous le nom de prince d'Annam à Alger. Je parle aussi de moi qui me trouve bien malgré moi à l'autre bout de la chaîne de la décolonisation cette fois de l'Indochine, avant celle de l'Algérie. Ma famille a donc vécu toute la colonisation et la décolonisation de ces pays. Que voulez vous de plus vrai, de plus historique ?

Certes, je ne parle pas de conquêtes dominatrices, de victoires héroïques. Je parle de ma vie en Indochine, de la décolonisation, après que mes aïeux aient colonisé. Ils furent "pieds-noirs en Algérie", ils devinrent "pieds-jaunes en Indochine".

Je suis une fille de la colonisation et l'une des dernières rapatriées, nommée par le gouvernement comme "Ayant-droit", après la perte de Dien Bien Phù. J'ai été reléguée dans le fameux CARI, puis CAFI nommé le camp des oubliés à Sainte-Livrade sur Lot (47).

L'Indochine, comme l'Algérie ne sont plus qu'un souvenir, un regret, une douleur toujours présente, mais à l'heure Française, il n'y avait pas lieu de dissocier ces trois territoires, puisqu'ils étaient liés par une seule identité, un concept, la France.

Je ne fais pas l'apologie  d'une période définitivement révolue, car le colonialisme sera toujours perçu comme une infamie, non seulement par les colonisés, mais aussi pour tous ceux qui pensent que chaque peuple a le droit de disposer de sa liberté et de son autonomie, au même titre que chaque individu.

Lorsque la guerre décime votre famille, les êtres qui vous sont chers,vous avez un devoir de mémoire envers eux. J'ai fait ce livre pour mes six enfants et mes 15 petits enfants qui ne savent encore pas tous l'histoire de leur origine. Et aussi pour que les lecteurs sachent que ma vie mérite d'être narrée car elle comporte tous les ingrédients d'une vie peu ordinaire.

Xûan Lan, Jeannette Ulmann

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remise de la gerbe en hommage aux morts de la guerre d'Indochine
devant la stelle au CAFI de Sainte-Livrade sur Lot (47) ; Jeannette Ulmann est
la troisième en partant de la gauche

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lundi 27 décembre 2010

l'opération Oiseau bleu en Kabylie, 1956

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Mise au point de 2001, non publiée par ailleurs, répondant au livre de Camille Lacoste-Dujardin, Opération Oiseau bleu, éd. la Découverte, 1997. Par ailleurs dans Guerres d'Afrique (Université de Rennes, 2009, p.285), Vincent Joly confirme que "les documents fournis par le général Faivre infirment la thèse"  de Camille Lacoste-Dujardin.


Le montage de l'affaire K, dite Oiseau Bleu

général Maurice FAIVRE

 

De nombreux ouvrages et articles  (1) ont évoqué l'affaire K (K comme Kabyle, à ne pas confondre avec l'affaire Kobus), que l'on a pris l'habitude d'appeler l'Oiseau bleu. Le but de cette mise au point historique est de préciser qui a lancé l'affaire, qui l'a organisée et suivie, et quelles en ont été les conséquences à court et moyen terme. Tout autre peut être l'intérêt de l'ethnologue qui s'intéresse aux réactions de la population locale, et qui garde toute sa pertinence à condition de ne pas éluder les données de l'histoire.

La recherche dans les archives ouvertes, et dans les ouvrages écrits avant l'ouverture des archives (1992), ne permet pas d'atteindre le résultat recherché, à savoir l'information sur les conditions du montage. Il faut recourir en effet aux archives des Services spéciaux, obtenues par dérogation, et aux documents de 1956, conservés par les acteurs principaux (notamment Jean Servier, à condition qu'il ait bien voulu les communiquer), pour comprendre le montage de cette affaire. Dans les Annales de janvier 2000, Jacques Frémeaux confirme cette analyse. Voici le résumé de l'affaire :

«Il y a quelque chose à faire sur le plan du berbérisme», aurait dit le Gouverneur Soustelle dans le courant de 1955. Henry Paul Eydoux, conseiller technique au cabinet du gouverneur, a alors l'idée de créer un "maquis kabyle" qui serait opposé au FLN. Il charge Gaston Pontal, Directeur de la DST, de monter l'affaire, qui est habilement manipulée par l'inspecteur Ousmer, proche des terroristes d'Alger (il fut condamné pour trahison en juillet 1957 et révoqué sans pension).

300 armes de guerre sont distribuées dans une dizaine de douars autour des Iflissen, en Kabylie maritime (2) à de faux maquisards qui sont pris en main par le FLN. La DST se désintéresse alors de l'organisation K, qui est transférée en mai 1956 au Service de documentation de la 10ème Région militaire, Service de renseignement opérationnel (SRO) en cours de mise sur pied par le colonel Parisot. Ce dernier charge le capitaine Hentic, assisté du lieutenant Camous, et disposant de deux sticks du 11ème Choc, de suivre l'affaire et de règler la solde des maquisards (9 millions anciens par mois).

grave échec psychologique

Arrivant à Alger en juin, l'ethnologue Jean Servier est mis au courant par le capitaine Benedetti du SRO. Deux amis kabyles lui signalent le noyautage du faux maquis par un commissaire politique nommé Babou Lounès. De leur côté, Hentic et Camous émettent de fortes réserves et suspendent le paiement des soldes. Servier met en garde les généraux Olié et Gouraud à Tizi Ouzou, et les autorités civiles et militaires d'Alger (le 12 août et le 6 septembre). Mais on ne le croit pas.

Le 1er octobre, la 2ème compagnie du 15ème BCA, stationnée dans les Iflissen, et dont le capitaine entretient des relations (jugées suspectes par Servier) avec quelques membres de l'organisation K, est attirée dans une embuscade (2 tués, 6 blessés). On constate alors que 200 faux maquisards au moins ont rejoint la rébellion. L'oiseau bleu s'est envolé (3), s'écrie Hentic (d'où le nom attribué à tort à l'affaire K). L'opération Djenad, montée par la 27ème DIA du 9 au 12 octobre dans la forêt d'Adrar, permet au 3ème RPC de Bigeard de mettre hors de combat 130 rebelles.

Le dénouement de l'affaire K constitue un grave échec pour les services de renseignement et pour l'armée française, moins grave sur le plan militaire, que sur le plan psychologique. L'opération Jumelles en 1959 neutralisera les katibas de la wilaya 3, jusqu'à ce qu'elles renaissent en mai 1962. Dix ans plus tard, Madame Lacoste rapporte le souvenir douloureux qu'en a conservé la population des Iflissen.

Maurice Faivre
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1) Jean Servier, dans Adieu Djebels, décrit en 1958 cette affaire en baptisant Hentic et Camous Béret rouge et Béret bleu.
(2) Région "conquise" mais non ralliée en 1844, et où les administrateurs, et après eux les officiers SAS, observent des oppositions, parfois violentes, entre notables de la colonisation, nationalistes et berbéristes.

3) Sans doute en référence à une chanson popularisée par Eddie Constantine en 1956
.


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9782707126665Au début de la guerre d'Algérie, à l'automne 1956, fut tentée, par les services secrets français, en Kabylie, chez les Iflissen Lebhar, l'opération "Oiseau bleu". Elle consistait dans la création de "contre-maquis" clandestins destinés à discréditer le FLN. Or, c'est à l'avantage de ce dernier qu'a tourné cette affaire, les hommes recrutés et armés par les services français s'étant révélés être des "rebelles".
Ce drame, longtemps tenu secret et encore largement ignoré des historiens, est le point de départ de ce livre d'ethnologie original à plus d'un titre. Comment les services secrets ont-ils pu se tromper ainsi, bien qu'un ethnologue, supposé bon connaisseur de la région, ait joué un rôle important dans ce plan ?
En réalité, l'opération "Oiseau bleu" est un révélateur des illusions de l'administration coloniale et de certains ethnologues, mais aussi de l'évolution profonde de la société kabyle. De longues enquêtes auprès des Iflissen, et la consultation des archives de l'armée française (1954-1962), ont permis à l'auteur, elle-même ethnologue, spécialiste de l'Algérie, non seulement d'élucider cette étrange affaire, mais d'en analyser les raisons profondes.
Grâce à une conception renouvelée de l'ethnologie, qui prend en compte l'histoire, celle d'un certain nombre de villages, avant même la conquête coloniale jusqu'au temps présent, en passant par la guerre d'indépendance, sont étudiés les multiples changements qui ont affecté la vie des habitants de cette région. Cette étude permet de mieux comprendre ce qui fait encore la spécificité kabyle dans la crise que connaît aujourd'hui l'Algérie.

Présentation du livre de Camille Lacoste-Dujardin aux éd. La Découverte, 1997.
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Table des matières

Introduction
- I. Les débuts de la guerre - 1. Chasseurs alpins et rebelles, 1955-1958 - La Kabylie, "zone clé" stratégique - L'occupation par les chasseurs alpins : octobre 1955-septembre 1956 - L'aggravation de la "rébellion" - 2. L' "action kabyle" aux Iflissen - De la pacification aux ralliements - De l' "Action kabyle" à l'opération Oiseau bleu - 3. Le glas de la pacification - En représailles, l'opération Djenad : La guerre - De la pacification à la guerre : les conséquences - Comment Oiseau bleu et ses suites ont renforcé l'ALN.
- II. Après 1956 aux Iflissen - 4. L'armée française dans la guerre - Les formes de l'action politique après Oiseau bleu - La guerre aux Iflissen après 1956 - L'activité du 15e BCA - Les "rebelles" vus par les chasseurs - 5. La guerre vécue par les Iflissen - Les abus des administratifs locaux - La version Iflissen d'Oiseau bleu : Iguer n'Salem et Agouni-Zidoud - Le prix de la guerre.
- III. Connaissance des Iflissen - 6. Premières approches - Les sources de l'histoire - Une farouche réputation - Question de nom - Avant le colonisation - Les Iflissen contre la conquête coloniale - 7. De l'armurerie à l'émigration - Connaissance des Iflissen en 1844 - Vingt-sept années de résistance à la colonisation - L'installation coloniale - 8. Différentes pratiques de l'ethnologie - Une pratique de l'ethnologie marquée par la guerre et l'histoire - Une pratique liée à la pacification : les illusions.
- Conclusion - Des Iflissen et des ethnologues aujourd'hui - Annexes - Bibliographie.

 

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Omar el Toumi (1914-1956 ?)



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Chronologie de cette recherche historique

- Camille Lacoste-Dujardin (CLD) publie en 1997 Opération Oiseau bleu aux éditions de la Découverte.

- M.Faivre fait une recherche approfondie dans les archives militaires, en particulier celles des Services secrets.

En contact avec Jean Servier depuis les Assises de la désinformation à Nice en novembre 1989, il lui demande son avis sur le livre de CLD. J.Servier lui adresse son rapport de 1956 et son livre Adieu djebels.

M.F. consulte les écrits de Yves Courrière, Alistair Horne, Mohamed Teguia, capitaine Hentic, Ousssedik Mahiéddinne, Eric Huitric (alias Erwan Bergot), Michel Roux, le colonel Godard, El Moudjahid d'octobre 1956. Il rencontre - les anciens du service Action et du 11ème Choc : gal Decorse, colonel Parisot, cdt Muelle, cap.Hentic et Camous, la DST à Paris, - les officiers SAS concernés par l'affaire K, le chef du 2ème Bureau de Tizi Ouzou, le chef de cabinet du gal Olié et le préfet Pontal ancien DST Alger.

M.Faivre publie son article "L'affaire K comme kabyle" dans Guerres mondiales et conflits contemporains en octobre 1998. J.Servier en approuve le texte. Il est surpris que CLD ait choisi le seul village des Ifflissen dont l'instituteur était communiste. Il souligne que le capitaine M. impliqué dans les contacts avec les militants K était un ancien FTP. - en janvier 2000.

Frémeaux publie dans les Annales une critique du livre Oiseau bleu. Il note que CLD a fait des enquêtes sur le terrain en 1969 seulement, et n'a consacré que peu de pages à l'opération K. Elle accorde trop de confiance aux JMO ; elle fait un procès d'ethnologie  à J.Servier, lequel aurait inspiré l'opération. Elle ignore l'ouvrage Adieu djebels, ce qui nuit à la portée de sa démonstration.

- le 25 novembre 2000, lors du colloque en l'honneur de CR Ageron à la Sorbonne, CLD fait une critique virulente de l'article de M.Faivre, qui selon elle manque de rigueur, du fait d'une sélectivité des sources,, d'une échelle d'observation cantonnée aux instances françaises...etc. Dix pages de critiques sont reprises dans les Actes du colloque, publiés en fin d'année par la Société française d'histoire de l'outre-mer.
Il est exact que MF n'a pas rencontré les témoins algériens de cette affaire, Madame Lacoste s'étant acquittée de cette recherche.
Le but de MF étant de relater le montage de l'affaire K (que n'a pas compris CLD), les témoignages utiles étaient ceux des autorités des Services français.
MF a reproduit une carte de CLD, mais l'imprimeur a oublié d'en indiquer  la référence.

- le 30 décembre 2000, MF adresse un droit de réponse au Président de la Société française d'histoire d'outre-mer.

- le 17 janvier 2001, Jacques Frémeaux répond qu'il n'est pas possible de publier ce droit de réponse, mais il conseille à MF de rédiger une mise au point historique qui sera publiée dans la revue de la Section. En fait, cette mise au point n'est mise en ligne qu'en décembre 2010 par le site Etudes coloniales.

- le 26 juin et le 23 octobre 2001, Nicole Martinez, épouse Servier, écrit à MF que J. Servier ne pratiquait pas
une ethnologie passéiste, mais au contraire prospective, qu'il avait retourné deux fois son ouvrage à CLD, à qui il reprochait de ne pas comprendre la culture berbère, et d'avoir choisi des témoins pro-FLN. Mais il a refusé d'ouvrir une polémique avec CLD.

- MF a rédigé : - un chapitre sur Jean Servier, un ethnologue de terrain face à la rébellion algérienne, dans son ouvrage Conflits d'autorités pendant la guerre d'Algérie (L'Harmattan, 2004, p. 215).

- Un article sur Jean Servier, ethnologue recruteur (?) dans Historia d'octobre 2010.

- L'historien Vincent Joly écrit dans "Guerres d'Afrique" (Université de Rennes, 2009, p. 285) : "Les documents fournis par le général Faivre infirment la thèse" de Camille Lacoste-Dujardin.

- L'historien Manceron reprend les critique de CLD sur J.Servier et M. Faivre dans : Les harkis, Histoire, Mémoire et Transmission, Ed. de l'Atelier, 2010, p. 92 et 97. Il ne répond pas à l'offre de débat que lui propose M.Faivre.

- Les lettres et documents cités ci-dessus sont disponibles.

général Maurice Faivre

 


 
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dimanche 26 décembre 2010

services secrets, guerre d'Algérie

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dans le désordre des services secrets

général Maurice FAIVRE

Constantin Melnik, De Gaulle, les Services secrets et l’Algérie, avant-propos d’Olivier Forcade, entretien avec Sébastien Laurent, articles de presse, éd. Nouveau Monde, 2010, 464 pages dont 92 d’entretien et d'articles, 22 €.

D’origine russe, analyste stratégique de l’Union soviétique à la Rand Corporation, Constantin Melnik est appelé en avril 1959 par Michel Debré, en vue de cordonner à son cabinet les affaires de renseignement. Remercié en avril 1962, l’auteur fait un nouveau passage à la Rand, puis publie de 1988 à 2000 des essais et des romans qui se réfèrent à son expérience de Matignon. Il y revient  en 2010.

La réalité n’étant pas toujours facile à déchiffrer dans ses écrits, deux historiens s’efforcent de faire un nouvel inventaire, d’où il ressort que si le renseignement relève de l’art de gouverner, le Premier ministre, chargé de l’action, n’en domine pas tous les rouages et ne réussit pas la centralisation. Le SDECE n’est contrôlé ni par l’exécutif, ni par le législatif.

Quant au général de Gaulle, chargé de la parole, il considère les Services secrets comme des instruments de la violence d’État, vulgaires et subalternes ; son génie médiatique ne l’empêche pas, par ignorance, de commettre des erreurs, telles que des contacts suicidaires dans l’affaire si Salah ; il ne comprenait rien au renseignement moderne (sic). C’est en fait Foccard qui, deus ex machina, oriente l’action contre les trafiquants d’armes et coordonne le renseignement sur l’Afrique.

le rôle de Melnik dans ce désordre

Quel est le rôle de Melnik dans ce désordre ? Au milieu de réflexions stratégiques et  morales, sur les dérapages inacceptables du service Action et des camps d’internement, sur la république bananière des barons du gaullisme, sur la mythologie de la Main rouge, sur le pouvoir qui corrompt, sur les parachutistes exaltés et l’armée mise hors jeu lors des barricades, il révèle un certain nombre d’anecdotes et d’évènements dont il fut témoin : - l’affolement du Cabinet au moment du putsch – les appels de Malraux à bombarder Alger, et de Sanguinetti à flinguer d’abord – les clivages du Cabinet entre libéraux et ultras – l’incompatibilité entre les diplomates et le renseignement – le financement à perte du journal Candide - la restitution d’une cargaison d’armes à la Tunisie - l’aveu de Mourad Oussedik sur le coup mortel porté au FLN par les harkis de Paris - la répression de la manifestation FLN du 17 octobre 1961, acte de guerre ordonnée au plus haut niveau de l’État – la bombe du SDECE qui éclate au quai d’Orsay en janvier 1962. Il évoque également les orientations du plan de recherche gaullien de juillet 1958.

Debre_3Intime collaborateur de Michel Debré (avec lequel il rompt pour épouser sa secrétaire), considéré par certains médias comme un vice-premier ministre ou un Commandant en chef (sic), Melnik apparaît avant tout comme une courroie de transmission entre le Premier ministre, le général Grossin du SDECE et le Préfet Verdier chef de la Sûreté. Ses principales initiatives concernent la centralisation des écoutes (GCR), l’orientation des RG vers les extrémistes de gauche et de droite, la désignation du préfet Hacq pour la mission C, et l’ouverture de négociations confiée à Loquin en novembre 1960.

En fait il ignore que  des contacts ont été établis par Barakrok (1) en septembre 1958, sous le contrôle d’Edmond Michelet. C’est le colonel Mathon qui suit la situation en Algérie. Melnik n’intervient pas dans la mise sur pied de la Force de police auxiliaire et des SAT à Paris, dans les rapports avec la Commission de Sauvegarde des libertés, dans les entretiens de Médéa avec Si Salah, dans l’orientation des Services (CCI et DST) en Algérie.

Intelligent et retors selon Foccard, il semble manquer de discrétion avec le journaliste Jean Cau. Il aurait souhaité que l’on négocie (2) dès 1958 avec le GPRA, et préconise l’engagement de l’armée contre l’OAS à Alger. Il prend pour argent comptant la surestimation des pertes de Sétif, de Madagascar, du 17 octobre 1961, et du total de la guerre d’Algérie.

Enfin il ne fait pas la différence entre la recherche d’un renseignement partiel, assurée par les Services secrets, et la synthèse de toutes les sources qui est confiée au Centre d’exploitation du SGDN, qu’il semble ignorer.

Maurice Faivre
le 29 novembre 2010.


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Constantin Melnik


1) M.Faivre. Les archives inédites de la politique algérienne, L’Harmattan, 2000, p.99 et 326.

2) Il proposa aux Américains de négocier avec Ho Chi Minh, solution rejetée par la Rand.

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mardi 21 décembre 2010

sur l'histoire d'Oujda par Badr Baqri

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Oujda, 1952


- Badr Maqri, Oujad, 1952 : l'organisation territoriale d'une ville marocaine sous le protectorat, 2010.

Ce livre propose une brève présentation post-coloniale de l'un des aspects de l'histoire du Maroc colonisé. Le choix de l'organisation territoriale du protectorat français dans le cas de la ville d'Oujda en 1952 (elle a été occupée par Lyautey le 29 mars 1907) est une nouvelle approche de la conception coloniale de l'organisation institutionnelle et administrative.

Ce qui a été proposé comme structure profonde dans ce livre, c'est que l'organisation territoriale n'est pas une simple démarche administrative, mais elle est en premier lieu, un genre d'organisation en marche,. Dans la conception du protectorat français, les moyens militaires doivent être doublés d'une organisation politique et économique, l'occupation de quelques points bien choisis, centres d'attraction naturels, est autrement efficace que tous les raids et toutes les colonnes du monde. Le développement des voies ferrées, des marchés, la reprise des transactions, l'appel aux intérêts matériels, la création de soins médicaux, constituent les meilleurs modes d'action, selon la vision du maréchal Lyautey.

La structure superficielle de l'organisation territoriale d'Oujda en 1952 concerne huit champs de recherche :
1 / Secrétariat général du protectorat.
2/ Direction des affaires chérifiennes.
3/ Direction des finances.
4/ Direction des travaux publics.
5/ Direction du travail.
6/ Direction de la production industrielle et des mines.
7/ Direction de l'office des PTT.
8/ Direction militaire régionale.

Et c'est à travers ces champs de recherche, que l'auteur présente en détails, le cadre institutionnel et administratif d'Oujda en 1952, dans 10 chapitres :
1. Activités marocaines
2. Réorganisation territoriale et administrative d'Oujda et sa région (1948-1950)
3. Organigramme administratif : région civile d'Oujda
4. Analectes démographiques historiques
5. Indices professionnels (198 indices)
6. Colons d'Oujda
7. Cercle d'Oujda, qui contrôle : El-Aïoun, Jerada, Berguent et Touissit-Boubker
8. Cercle des Béni-Snassen, qui comprend : Berkane, Martimprey-du-Kiss et Taforalt
9. Circonscription de contrôle civil de Taourirt, qui contrôle : Taourirt et Debdou
10. Cercle de Figuig, qui comprend : Figuig, Tendrara et Bouarfa.
Cet ouvrage de 237 pages prolonge l'engagement de Badr Maqri dans l'étude de l'intersection (mémoire-identité) et dans une nouvelle réflexion sur l'anthropologie sociale et culturelle coloniale du Maroc."

Badr Maqri

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Badr Maqri


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jeudi 9 décembre 2010

témoignages

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 notes de lecture

général Maurice Faivre

 

Deux livres de témoignages enrichissent notre connaissance de la guerre d'Algérie.


product_fulldef_144_191Serge Cattet, La tourmente. La France en Algérie, 1830-1964, annexe sur accords d'Évian, photos ECPAD, éd. LBM, 381 pages, 29 euros.

L'Union nationale des combattants a demandé aux Savoyards, anciens d'Algérie, de faire un travail de recherche sur leur participation à la guerre. Ce travail, richement illustré par les photos de l'ECPAD, met en parallèle l’Histoire et la Mémoire.

L’histoire, c’est d’abord la synthèse du professeur Serge Cattet, ancien officier d’Algérie, qui met en évidence la complexité de la guerre d’Algérie et la diversité des situations auxquelles ont été confrontés les combattants. Ce sont aussi les documents et les déclarations du diplomate Bruno de Leusse, qui montrent les reculs consentis par le chef de l’État et le grave échec de la solution associative.

La mémoire, ce sont les témoignages de 167 Savoyards, qui ont passé 6 à 28 mois en Algérie, la plupart dans des unités combattantes (infanterie alpine, paras, arme blindée, artillerie), et dont environ 28% ont exercé des responsabilités de commandement. 45 témoignages sont reproduits in extenso.

Les sentiments exprimés vont de la réprobation des rappelés et des appelés pour une guerre inutile, à la résignation de ceux qui ont fait leur devoir de citoyens, et même à la fierté de ceux qui ont découvert un pays nouveau et ont aidé sa population à survivre. Le souvenir dominant est celui de la solidarité qui les a aidés à supporter l’angoisse, l’inconfort, l’insécurité, et surtout la disparition des camarades morts au combat.

Au retour, tous les témoins ont rapidement trouvé un emploi et créé une famille, tout en gardant le silence face à un entourage resté indifférent à leur aventure.

Beaucoup se remettent à parler et expriment leur exaspération quand certains médias les accusent injustement et globalement d’exactions qu’ils n’ont pas commises et souvent ignorées. Le grand mérite de ce livre est de mettre en lumière ce refus de la médisance.

voir boutique Ecpad

 

1062612_gfGeorges Fleury, Nous les combattants d’Algérie, 1954-1964, éd. Bourin, 2010, 392 pages, 23 €.

Sous l’égide de l’association des écrivains combattants (AEC), Georges Fleury présente et commente 70 témoignages qui ont été sélectionnés par trois autres écrivains.

Certains textes sont extraits  d’ouvrages connus de Jean Vaujour, Jean Delmas, Hélie de Saint-Marc, du professeur Godeau, de Francine Dessaigne, Isabelle Henry, François Meyer, Pierre Pélissier, Henry de Wailly, Michel Lemonnier, et des souvenirs des Haut-Marnais combattants. Quelques correspondances familiales sont reproduites.
Ces témoignages relatent la complexité du conflit, la diversité et le caractère inhumain de certaines situations. Les anciens SAS expriment en particulier la honte ressentie lors de l’abandon des harkis et moghaznis.
On regrettera cependant la surestimation des effectifs et des pertes.

Maurice Faivre
le 9 décembre 2010

 

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dimanche 5 décembre 2010

les guerres coloniales au XIXe siècle

AlgerieVernet



les guerres coloniales au XIXe siècle

un nouveau livre de Jacques Frémeaux


CouvDeQuoi

Guerres lointaines, commerce et comptoirs, affrontements entre «blancs» et «peuples de couleur». Conquérants et vaincus, migrations, esclaves, épidémies. Mais aussi diffusion du savoir et du progrès technique, par la force des armes et pour l’orgueil des impérialismes européens.

Voici la première histoire totale des politiques de conquête menées par les puissances coloniales au XIXe siècle. Une histoire que Jacques Frémeaux fait débuter en 1830 : les Français débarquent en Algérie, les Anglais sont engagés aux Indes, les Russes se battent au Caucase et songent à l’Asie centrale. Les Américains se lancent dans l’occupation des Grandes Plaines, où ils vont affronter des tribus indiennes. Jusqu’en 1914, l’histoire des empires coloniaux occidentaux sera celle d’une immense expansion.

Jacques Frémeaux fait revivre cette aventure exceptionnelle, fondatrice des grands équilibres et déséquilibres mondiaux dont nous sommes toujours tributaires. Une fresque de grand style qui renouvelle en profondeur l’histoire politique, militaire, diplomatique et culturelle du XIXe siècle.

Historien, professeur des universités (Paris IV Sorbonne), Jacques Frémeaux est l’un des plus grands spécialistes de l’histoire coloniale. Il est notamment l’auteur de L’Afrique à l’ombre des épées, 1830-1930 (3 vol., 1993-1995), Les Empires coloniaux dans le processus de mondialisation (2002) et de La France et l’Algérie en guerre (2002).

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Jacques Frémeaux


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la bataille de Lang Son en 1885 (imagerie)

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Abd-el-Kader

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de Jacques Frémeaux également


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Le Sahara, qui fut l'une des grandes entreprises impériales françaises, demeure sans doute un de ses mythes les plus marquants.
Sa conquête, jalonnée par des épisodes tragiques, ne fut ni rapide ni facile, et illustra l'endurance légendaire des guerriers du désert. Elle contribua à former un type d'officier français qui, sans illusion sur "l'oeuvre civilisatrice", sut partager la vie des nomades, les comprendre, et imposer ses arbitrages. La découverte des peuples et des paysages sahariens nourrit un imaginaire toujours vivace, et inspira d'innombrables artistes.
En pleine guerre d'Algérie, les découvertes pétrolières apparurent comme une nouvelle raison d'espérer en l'avenir de la France outre-mer, au point que l'on envisagea un moment de conserver le Sahara en le dissociant de l'Algérie indépendante. Relire toute cette histoire à la lumière des travaux récents permet de mieux comprendre, à travers l'épisode colonial, l'importance de ce sous-continent, zone de contact entre le Maghreb et l'Afrique noire depuis des temps immémoriaux.        


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