lundi 19 décembre 2011

le livre de Lounis Aggoun

Couve_200-ANS-Recto 

 

 

l'Algérie aux mains des D.A.F. ?

(déserteurs algériens de l'armée française)

présentation du livre de Lounis Aggoun

Maurice FAIVRE

 

Lounis Aggoun,  La colonie française en Algérie. 200 ans d’inavouable. Rapines et péculats, éd. Demi-Lune, 2010, 603 pages, 23 €.

LounisAggoun

 

Le journaliste indépendant Lounis Aggoun, militant des droits de l’homme, complète son livre de 2004 sur la Françalgérie, crimes et mensonges d’État, en nous livrant une thèse révisionniste sur la nouvelle colonisation de l’Algérie par le clan des déserteurs de l’armée française (DAF).

Son ouvrage ne cache aucune des horreurs de la conquête et de la guerre d’Algérie, la guerre totale visant à l’extermination (partielle) de la population par le criminel de guerre Bugeaud et l’abominable Yussuf, la paix des cimetières qui a suivi la révolte de Mokrani, l’armée barbare de Foccart et le commando du sinistre Georges, un ramassis de dégénérés (sic). L’auteur reconnaît cependant l’humanisme des Bureaux arabes, dont il observe les successeurs parmi les porteurs de valises, auxquels il assimile Alleg, Teitgen, Bollardière, et Mauriac .

La prévarication de l’État français sur les richesses de l’Algérie dure depuis 200 ans. Elle commence en 1830 en faisant main basse sur le trésor de la casbah ; tel est le but du débarquement, qui va permettre à la famille Schneider d’implanter la sidérurgie au Creusot. La spoliation se poursuit par la razzia des terres et des troupeaux, par la mainmise des colons sur l’économie algérienne, par le développement de complexes industriels ruineux à Annaba et Arzew, par le contrôle des banques, l’exploitation du pétrole et de l’eau (CGE).

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De Gaulle en Algérie en 1959

Ce néocolonialisme a pour origine une manœuvre machiavélique du général de Gaulle, qui aurait encouragé la désertion de 500 officiers et sous-officiers, lesquels ont noyauté l’État algérien dès qu’il fut indépendant. Parallèlement, on apprend que la DST contrôle la Fédération de France du FLN, et qu’il s’établit une connivence dans l’Aurès entre l’armée française et l’ALN. Cette politique expliquerait l’échec de l’affaire Salah, le soutien accordé par l’ambassadeur Jeanneney à Ben Bella (dénonciateur de ses complices en 1951, d’une médiocrité affligeante), la poursuite dans le secret des expériences nucléaires.

L’aide au régime autoritaire algérien fut poursuivie par tous les gouvernements français : Chevènement, l'intrigant Pasqua, l’aventurier Mitterrand, Balladur et Sarkozy, avec la complicité des intellectuels bien pensants (BHL, Glucksmann, Sifaoui) et les commentaires mensongers de TF1 et Antenne 2.

La montée en puissance des canailles du DAF (Déserteurs de l'Armée française) commence par la visite de Bouteflika au prisonnier Ben Bella, instrumentalisée par Larbi Belkheir (et Hervé Bourges) dans le but de confisquer la révolution algérienne. Les DAF organisent ensuite le coup d'État de Boumediene (le serpent) en 1965 et sont majoritaires dans le Conseil de la Révolution. La classe moyenne est prolétarisée, les femmes asservies, la presse  étatisée. Larbi Belkheir manipule Chadli en 1975, puis Bouteflika en 1999.

La corruption se généralise dans les années 1970, le crime (1) politique dans les années 1980, l’éradication dans les années 1990. La Sécurité militaire est devenue une école à tuer avant de se transformer en Département du renseignement et de la sécurité (DRS) sous la direction des généraux Mohamed Mediene (alias Toufik) et Smaïl Lamari. Contrôlant le GIA, le DRS est responsable du massacre de Benthala ; les terroristes d’AQMI au Sahara sont sous sa coupe.

Cette évolution mafieuse est cependant contrariée par des retours de manivelle : la sidérurgie prise en main par les Indiens de Mittal, le pétrole par les compagnies américaines, l’infrastructure et le commerce par les Chinois. Après la mort de Belkheir et Lamari, le criminel de guerre Mediene est devenu le cerveau du régime et joue la carte américaine.

La vérité historique revendiquée par Lounis Aggoun s’appuie sur des témoignages innombrables (dont le mien). Elle semble ignorer cependant des historiens qui permettraient de la nuancer : J. Marseille et D. Lefeuvre, G. Pervillé, J. Frémeaux, B. Stora et J.-P. Brunet .

Maurice Faivre
le 26 décembre 2010

 

1 - La criminalité de l’État algérien a des antécédants : la purge de la bleuïte par la wilaya 3, l’élimination d’Amirouche par Boumediene, l’exécution des officiers disssidents par des colonels fascistes et analphabètes. Elle se poursuit par l’épuration des élites à partir de 1962, la disparition du colonel Chabou, l’assassinat de Krim Belkacem et Mohamed Khider, de Boudiaf, de l’avocat Mecili et du chef de la police Ali Tounsi, des moines de Tibehirine… etc... etc.

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Lounis Aggoun

L’AUTEUR (présentation de l'éditeur)

Ardent défenseur de la vérité, Lounis AGGOUN est avant tout un militant des droits de l’homme. Journaliste indépendant, fin connaisseur des relations entre la France et l’Algérie, il a coécrit, FRANÇALGÉRIE, Crimes et mensonges d'États, (La Découverte, 2004), un livre majeur qui révèle les dessous de la «sale guerre». Le présent ouvrage jette un regard novateur sur quelques-uns des épisodes les plus sombres de l’histoire commune de ces deux pays, de la conquête coloniale jusqu’à aujourd’hui.

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RENVERSANT (présentation de l'éditeur)

Une longue et tumultueuse histoire commune unit la France et l’Algérie en des relations fusionnelles. Se basant sur les travaux de nombreux historiens, de journalistes et de témoins, cet ouvrage apporte une grille de lecture radicalement nouvelle en allant jusqu’au bout de la logique. Faisant fi de la langue de bois, l’auteur développe un ensemble de thèses proprement explosives.

En 1962, une nouvelle forme de colonisation a commencé en Algérie, qui conserve les aspects les plus sombres de la précédente. La révolution est à peine née que débute l’élimination des dirigeants de valeur, compétents et intègres. Une petite clique d’officiers s’appuie alors sur une frange des révolutionnaires pour s’emparer graduellement du pouvoir. D’éliminations politiques en assassinats, se concentre au sommet de l’État ce que le pays nourrit de plus néfaste. L’Algérie devient un État terroriste. Aux deux bouts de la chaîne, en amont et en aval de la spoliation à grande échelle, se trouvait un homme, Larbi Belkheir, l’un des architectes de la confiscation du pouvoir en 1962 et le promoteur en 1999 du régime présidé par Bouteflika.

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Larbi Belkheir en 1968

En décidant d’envahir l’Algérie, la France a-t-elle apporté Les Lumières ou l’incendie ? La colonisation a-t-elle eu un caractère positif ou génocidaire ? De Gaulle a-t-il offert l’Indépendance ou bien a-t-il plongé le pays dans un cauchemar dont celui-ci n’arrive pas à sortir ? Les Algériens ont-ils réellement accédé à l’Indépendance ou furent-il dès le départ piégés par les aventuriers entourant le général ?

Boumediene a-t-il succombé à une mort naturelle ou fut-il empoisonné par les DAF, ces déserteurs de l’armée française dont il bridait les ambitions ? Le pouvoir qui lui succéda était-il souverain ou contrôlé en sous-main par un clan d’agents de la France (Hizb França) derrière Chadli ? L’assassinat d’Ali Mécili par la Sécurité Militaire algérienne s’est-il accompli en dépit des forces de l’ordre dirigées par Charles Pasqua ou bien ce dernier a-t-il participé à l’élimination d’un des principaux opposants algériens ?

Quel rôle la France a-t-elle joué lors de la descente aux enfers de l’Algérie au cours de la décennie 1990 ? Le terrorisme islamiste est-il, comme le présentent les médias, un fléau contre lequel les services algériens et français ont combattu pour sauver l’Algérie de la talibanisation et la France de la contagion ? Ou est-ce une aubaine pour justifier le maintien du peuple algérien sous le joug, de sorte à légitimer le pillage des ressources ? Al-Qaïda au Maghreb islamiste est-il une «franchise» du couple infernal ben Laden/Zawahiri, ou ses commanditaires sont-ils installés au Club des Pins ? Qui sont les véritables maîtres de l’Algérie ?

Voilà quelques-unes des nombreuses questions auxquelles l’auteur tente de répondre, sans peur de briser les tabous, en dévoilant certains des aspects les plus noirs de la relation entre les deux pays. Au fil des pages, les mythes ne cessent d’imploser !

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Larbi Belkheir et le général Nezzar

De Napoléon à Sarkozy, de Talleyrand à Pasqua, du dey d’Alger à Larbi Belkheir, dans de fascinants et vertigineux allers-retours entre hier et aujourd’hui, ce livre retrace près de deux siècles d’une histoire aussi complexe que tumultueuse. En revisitant l’histoire récente de manière factuelle et très documentée, il ambitionne d’apporter, avec beaucoup de courage, une parcelle de vérité dans un océan de mensonges et de désinformation. Il est temps de faire la lumière sur les «pages glorieuses de la colonisation française», sur les drames de la guerre d’Algérie, tout comme sur la situation économique actuelle d’un pays tout entier dévoré par la prévarication.

 

- Lounis Aggoun présente son livre (vidéos)

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Algérie, 1962 © Marc Riboud

 

Rania Saoudi

Interview Lounis Aggoun, La colonie française en Algérie. 200 ans d'inavoubale.

Lounis Aggoun est militant des droits de l’Homme et journaliste indépendant co-auteur de Françalgérie, Crimes et mensonges d'États (La Découverte, 2004) et auteur de La colonie française en Algérie. 200 ans d’inavouable. Il répond ici aux questions que chaque algérien est en droit de se poser. Il nous explique quelles sont les véritables relations entre la France et l'Algérie depuis "l'indépendance" jusqu'à aujourd'hui.

Q - Pouvez-vous nous expliquer quel est votre parcours ? Pourquoi avoir écrit ce livre ?

R - J’ai participé, avec Jean-Baptiste Rivoire, un confrère travaillant sur Canal+, à la réalisation de documentaires sur les événements récents en Algérie. Nous avons par exemple enquêté sur l’assassinat du chanteur kabyle Lounès Matoub, attribué un peu trop vite aux islamistes, alors que tout le monde dans la région savait qu’il s’agissait d’une élimination politique à laquelle ont participé des notables locaux. Nous avons constaté que l’impact d’un film, aussi important soit-il, dépasse rarement les semaines de sa diffusion ; il est ensuite vite oublié.

De là nous est venue l’idée d’écrire un livre pour réunir et graver dans le dur des vérités éparses ; donner quelques repères solides pour ceux qui souhaitent comprendre l’Algérie. Il s’agissait aussi de neutraliser l’argument facile selon lequel si la vérité n’est pas dite, c’est que personne ne la connaît. Or, la vérité, le monde politico-médiatique la connaissait, et c’est pourtant le mensonge officiel qui s’imposait chaque fois. Françalgérie, crimes et mensonges d’États, comme tous les ouvrages dérangeants, a subi une omerta totale. Tout ce que nous avions écrit était pourtant vrai, jamais démenti. Sur de nombreux sujets, il reste une référence, comme l’assassinat des moines de Tibhérine, les événements d’octobre 1988, la création des commandos terroristes, les attentats à Paris, etc.

France Algérie livre

Pour épais qu’il était, l’ouvrage laissait plusieurs questions en suspens. Dans 200 ans d’inavouable, je me suis efforcé de combler certaines lacunes et proposer une grille de lecture des événements depuis 1962 qui permet de mieux comprendre le malheur du peuple algérien. On ne peut rien construire sur le mensonge et l’occultation. L’un des non-dits qui bloquent toute connaissance sur ce pays et toute compréhension des enchaînements des événements porte sur la transition de 1962. Le tabou absolu, à l’aune duquel on sacrifie le peuple algérien et, de fil en aiguille, le peuple français aussi. La vérité est que le peuple algérien n’a jamais véritablement acquis son indépendance. Si l’on admet cela, alors tout devient clair. Si on refuse de façon intégriste cette réalité pourtant aveuglante, on fait le lit de toutes les aliénations qui minent le devenir des deux pays depuis demi-siècle.

En 1962, une colonisation brune (dans tous les sens du terme) s’est substituée à une colonisation blanche, qui reproduit à l’identique, parfois en pire (l’ancienne avait l’ambition de bâtir quand la nouvelle n’a eu de projet que de détruire), les pratiques coloniales. Cette vérité s’est dissimulée derrière l’éclat trompeur d’un tournant décolonisateur qui se résume au déracinement d’un million d’Européens d’Algérie, le rapatriement de l’armée française, avec les drames qui accompagnent de tels exodes, notamment pour les harkis et les pieds-noirs dans l’Oranais. Mais les Algériens eux, hormis de servir d’alibi magnifique, n’ont jamais acquis leur indépendance. Le seul vote, depuis 200 ans, où ils ont exprimé dans des conditions satisfaisantes leur opinion, a eu lieu le 3 juillet 1962.

Algérie 1962
Algérie, 1962

Q - Pourquoi la France n’a-t-elle pas donné son indépendance à l’Algérie comme elle l’a fait pour le Maroc ou la Tunisie ? Vous nous expliquez pourtant que dès 1947, le Général De Gaulle veut se débarrasser du «boulet algérien».

R - D’abord rien ne se donne. L’indépendance, la liberté, la souveraineté, le droit à la parole, cela s’arrache. Cela étant dit, l’Algérie était une colonie de peuplement. Ce n’était pas le cas au Maroc et en Tunisie. Après près d’un siècle et demi de présence française, plusieurs générations d’Européens d’Algérie ne connaissaient de la Métropole que de lointains échos dans la presse. L’Algérie était leur pays. Et puis il y avait les Juifs d’Algérie, qui étaient là depuis des millénaires, qui étaient des autochtones. Tous ces hommes et ces femmes ne pouvaient pas comprendre qu’il leur faille abandonner leur pays, leur terre, leur histoire, leur vie.

Imaginez les Français d’origine algérienne aujourd’hui ? Leur présence en France date d’un demi-siècle pour une grande majorité. Il serait inconcevable, eux qui sont nés en France, dont les parents sont parfois nés en France, qui n’ont pour certains aucune attache en Algérie, qu’un parti politique nationaliste et xénophobe qui accéderait au pouvoir crée les conditions de leur exode forcé, en quelques mois. C’est exactement ce qui s’est produit en 1962, sans que personne n’y trouvât à redire. La chose s’est déroulée en ces termes sans que le moindre débat n’ait eu lieu, au seul motif que c’était un «courant de l’histoire» auquel nul ne pouvait résister, «la décolonisation». Qui peut dire quel sera le mouvement de l’histoire demain ? En d’autres mots, la vérité sur ces questions s’impose non pas seulement comme un devoir d’histoire, mais comme un impératif d’actualité, pour éviter que les mêmes erreurs se reproduisent, que les mêmes inconséquences conduisent aux mêmes drames.

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explosion de la première bombe atomique française dans le désert algérien,
le 13 février 1960

Quant à De Gaulle, son désir n’était nullement de renouveler le bail de l’aliénation des Algériens. Il voulait simplement s’assurer que l’Algérie indépendante s’associe à la France et que ne soient pas fondamentalement contrariés les axes vitaux de sa politique (les expérimentations nucléaires et l’approvisionnement de la France en pétrole). C’était légitime. Le drame, c’est que les dispositions qu’il a prises pour s’assurer de cette forme de docilité de l’État algérien a été à la base de toutes les spoliations depuis. C’était le péché originel, sur lequel se sont greffés tous les autres. Une sorte d’engrenage démoniaque dont ni l’Algérie ni la France ne parviennent depuis à s’émanciper. Y avait-il d’autres solutions plus justes que celle qui s’est finalement imposée ? Une solution qui aurait permis à toutes les composantes de la nation algérienne de l’époque de gagner au change ? Certainement. Mais on ne refait pas l’histoire...

Le troisième volet de sa politique, outre le nucléaire et le pétrole, c’était donc l’indépendance algérienne, garante à rebours de la cohésion nationale française. Il a lancé diverses initiatives (militaires, politiques et, pour certaines, hélas, inavouables, via les services secrets). Mais, isolé, à la merci d’un putsch, menacé de mort par l’OAS, avec une opinion qui risquait de virer rapidement en sa défaveur, de Gaulle a été conduit à penser qu’il fallait parer au plus pressé, à procéder au «dégagement». De toutes les initiatives, c’est la démarche de l’ombre qui l’a finalement emporté, de surcroît dans la précipitation. Et tant pis alors pour les victimes !

L’ennui, c’est qu’il n’y a finalement eu que des victimes, hormis une poignée d’individus sans foi ni loi, sans scrupules, vouant une haine intarissable aux Algériens, et déterminés à les maintenir en servitude permanente. Ce sont les fameux DAF, les déserteurs de l’armée française.
Quelques noms ? Larbi Belkheir, Khaled Nezzar, Mohamed Lamari, Mohamed Touati, Abbas Gheziel, Abdelmalek Guenaïzia, Kamal Abderrahmane. Ils ont eu le renfort d’officiers formés par le KGB, la promotion «Tapis rouge», parmi lesquels figurent Yazid Zerhouni, Mohamed Mediene, dit Toufik. Vous avez là les principaux acteurs du pouvoir algérien dans toute sa splendeur…

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Ben Bella et Boumediene

Q - Comment s’est déroulée la transition du pouvoir en 1962 ? Qui sont les déserteurs ?

R - Pour s’assurer une emprise sur le pouvoir algérien naissant, de Gaulle s’est appuyé sur un ambitieux, Ahmed Ben Bella, propulsé leader de la Révolution lui qui en était la fêlure, et, à l’échelon subalterne, sur un encadrement constitué des DAF. Il y avait au sein de l’armée française des sous-officiers et des officiers qui, l’indépendance approchant, devenaient encombrants. Quoi de mieux que d’en délester les effectifs tout en les missionnant de servir les intérêts de la France au sein des institutions algériennes indépendantes ?

Je fais la démonstration irréfutable, exemples à l’appui, que ce projet existait, qu’il a été exécuté et que, concernant les objectifs vitaux tels que les concevait de Gaulle, nucléaire et pétrole, il a réussi. Le fait qu’il ait eu les suites déplorables que l’on sait ne l’en rend pas moins réel et le refus obstiné d’ouvrir les archives, le mutisme religieux qui frappe les premiers concernés dès qu’il s’agit de parler de cette question prouve que la guerre d’Algérie ne s’est pas terminée en 1962. J

e dirais même que la colonisation se prolonge dans les têtes de certaines élites françaises, les «banlieues» étant les nouveaux djebels et les immigrés de seconde et troisième générations offrant un prolongement à la politique de l’Indigénat. Que bien des acteurs politiques rêvent de déchoir de leur citoyenneté française et de refouler hors de l’Hexagone…

Bref, ce sont ces mêmes agents de l’armée française (promus rapidement officiers avant leur désertion) qui ont infiltré l’armée des frontières et qui se sont mis à la solde de l’ambitieux Boumediene pour ses coups d’États successifs, en pleine Révolution, puis en 1962 et enfin en 1965. Ces DAF (que certains ont appelés des DPA, pour "déserteurs par avion", selon Gilbert Meynier) ont peu à peu accaparé tous les leviers du pouvoir.

Ce sont eux qui ont d’abord pillé le Trésor public jusqu’en 1990, puis martyrisé le peuple durant la décennie suivante et qui, aujourd’hui, livrent leur sous-sol à tous les prédateurs de la planète. Mais si ces déserteurs ont eu tant de facilité à manœuvrer, c’est qu’ils pouvaient compter sur des cadres de la Révolution qui n’étaient en vérité que des traîtres à leur pays, mais que l’opinion considérait encore comme des patriotes. Ali Haroun, Rédha Malek, Bachir Boumaza, voilà, parmi mille, quelques noms d’individus encore actifs qui ont favorisé le dépouillement de l’Algérie et l’aliénation de leur peuple.

En 1962, il y avait une résistance à ce coup d’État. Mais les Algériens étaient fatigués. Ils scandaient «Sept ans de guerre, ça suffit», quand six mois de plus leurs auraient permis de concrétiser leur indépendance. De 1988 à 1991, ils avaient les conditions de se mobiliser pour reprendre le dessus. Chaque fois, ils ont échoué, victimes d’un manque de solidarité, de calculs étroits, d’opportunisme, d’une forme de régionalisme que le régime à beau jeu d’exacerber et, bien sûr, des manipulations d’un pouvoir dont le seul programme est de les anéantir. Les fléaux sont nombreux. Et les moyens de débat pour les prévenir inexistants.

De tous les pays d’Afrique, l’Algérie, peut-être forte de la plus grande communauté émigrée instruite, ne dispose d’aucune diaspora organisée. Il n’y a plus d’opposition autrement que fragmentée et tous les relais médiatiques à l’étranger ont été subornés par le DRS, radios communautaires, associations, etc.

 

Q - Parlez-nous du coup d’État qui a renversé Ben Bella le 19 Juin 1965 et d’Aït Ahmed? Boumediene est vu par les algériens comme un héros, qui était-il vraiment ?

R - Ben Bella, l’opportuniste absolu : «Du moment qu’il était arrêté, rien ne devait subsister après lui. C’est un ambitieux sans courage. Pour parvenir à ses fins, il passera sur le corps de ses amis. Il est sans scrupule» , disait de lui Abane Ramdane. Cela lui a coûté la vie. Jugement prémonitoire en tout cas puisque Ben Bella a livré à l’ennemi le pays et son peuple pour son seul intérêt égoïste. La vie et le destin de neuf millions d’êtres lui importait en aucune manière. Cet homme n’a jamais commis le moindre acte révolutionnaire digne d’être consacré par une page d’histoire. Sa biographie officielle est une imposture totale. Le seul acte digne d’être cité à sa gloire est d’avoir pu déposséder le peuple algérien de sa dignité, de sa liberté, de son indépendance. Ayant dit cela de Ben Bella, Boumediene, c’est pire…

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Comment se perpétue une légende usurpée ? Le mensonge qui se substitue à la vérité ; c’est même le ressort principal de toute tyrannie. Il ne faut pas oublier que les trois quarts des Algériens sortent à peine de l’adolescence et que pour toute instruction, ils ont subi le matraquage idéologique. C’est un miracle qu’ils parviennent encore à résister à la propagande. Quiconque a vécu sous Ben Bella ou Boumediene sait ce que dictature veut dire et, à moins de compter parmi les myopes et les rentiers, nul ne peut considérer ces hommes comme des héros.

Si la responsabilité de la débâcle est partagée, ces deux hommes, avec Bouteflika, occupent une place primordiale au panthéon des traîtres à leur patrie. Ils sont les destructeurs en chefs de l’Algérie. Partant de là, ceux qui leur ont succédé ont plongé le pays dans un tel état de barbarie qu’avec le recul eux-mêmes apparaissent en comparaison comme de doux humanistes. Même Chadli et Zeroual pourraient prétendre au titre de héros une fois déchus, et vus au travers du filtre déformant de 200 000 victimes innocentes.

La réalité est que chaque despote qui arrive voit autour de lui se déliter le pays et en vient à considérer, sans avoir renoncé en rien à ses penchants initiaux, qu’il ne peut plus aller au-delà de certaines limites. Or, la mécanique du régime impose que chaque lendemain génère des crimes plus graves que ceux de la veille. Il est alors renversé par plus grand despote que lui. À criminel, criminel et demi, en quelque sorte. Cela ne s’est jamais démenti : Ben Bella, Boumediene, Chadli, Zeroual, Bouteflika. La chronique d’une descente aux enfers pour le peuple algérien.

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Houari Boumediene

Seul Boudiaf est venu avec une ambition positive. Il a tenu 5 mois, avant d’être abattu froidement, face caméra. La seule ligne directrice de cette litanie morbide, l’œuvre des DAF, pilotée par Larbi Belkheir depuis 1979. Il procèdera en dix ans à l’élimination de tous ceux qui se sont mis en travers de son chemin. N’ayant pas réussi par la méthode «douce», il plonge ensuite le pays dans la barbarie dix ans encore, avant d’entamer un bail de dix nouvelles années de débauche absolue : débauche économique, prévarication financière sans égale dans l’histoire de l’humanité, débauche de la société, destruction de l’intégralité des structures et des institutions du pays… Et ce n’est pas fini.

 

Q - Le gouvernement français a-t-il participé à l’assassinat d’Ali Mecili en 1987 ? Quel rôle a-t-il joué dans les élections de 1991 ?

R - Quand on parle de la France, il faut faire le distinguo entre ce qui relève du peuple et ce dont sont responsables les dirigeants du pays. J’insiste pour dire que peuples algérien et français ont tout pour travailler ensemble et pour le bien et l’essor communs. C’est au niveau des élites que se pose le problème. Ce régime des DAF, pur produit des services secrets français, qui a éclos dans l’ombre, le détournement, la corruption, l’assassinat, le terrorisme, l’antithèse de l’humanité, s’est hélas forgé avec l’appui des autorités françaises, avec le soutien du chef de l’État quand cela est possible, à son insu ou contre son gré quand cela s’impose.

Larbi Belkheir, bon élève de l’armée française, n’a pas pu fomenter seul un plan d’une telle envergure ; un plan que l’on découvre, après coup, d’une diabolique minutie. Et depuis l’avènement de son pouvoir, derrière la façade Chadli, l’armée, les services secrets et les plus hauts dirigeants français (PS, RPR, UMP, etc.) ne lui ont jamais contesté leur aide jusqu’à sa mort en 2008. Aide financière, politique, militaire, médiatique, sécuritaire. Et les scellés mis sur les archives n’ont qu’un objectif : protéger les DAF, et leurs complices français.

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Ali Mecili, avocat assassiné sur le sol français

Concernant Ali Mécili, je fais la démonstration qu’il a servi de monnaie d’échange dans un deal entre l’État français et la SM algérienne (ancêtre du DRS actuel) pour que cessent les attentats qui ont terrorisé la France au milieu de la décennie 1980. Le maître d’œuvre de cette élimination est la SM, certes ; mais la SM avait reçu la garantie qu’elle pouvait opérer en toute quiétude, et qu’elle bénéficierait de l’impunité pour l’éternité. Charles Pasqua a joué dans ce crime monstrueux un rôle prépondérant, mais Chirac et Mitterrand ne sont pas totalement blancs dans l’affaire.

Mais, incontestablement, celui qui tire avantage de ce crime d’État qui inaugure les rapports de symbiose entre services secrets algériens et français, c’est Charles Pasqua, connu jusque-là comme le voyou de la République et qui, au sortir de cet épisode, a gagné ses brevets d’honorabilité et une place de choix dans la diplomatie française en Algérie, conçu par lui comme le prolongement de son ministère français de l’Intérieur. Le slogan était qu’il allait terroriser les terroristes.

La réalité, c’est qu’il a permis aux terroristes d’avoir un ascendant définitif sur la diplomatie française, dont la "parole est contrainte" depuis. Deux tabous donc, sur lesquels repose les destins indissociables des deux pays : L’indépendance piégée et l’assassinat de Mécili. Voilà pourquoi le verrouillage des médias est une nécessité absolue. Il n’y a pas que le peuple algérien qui en paie le prix…

Au sortir de cet épisode, toute l’administration française s’est retrouvée sous l’emprise des services secrets algériens, soumise au chantage et obligée de s’aplatir y compris lorsque ceux-ci font exploser des bombes sur le sol français ou qu’ils assassinent ses ressortissants. Depuis, ce sont les services algériens qui décident de la quiétude ou non du peuple français. C’est un peu comme si la SM (et le DRS depuis) avait les clés de place Beauvau et de rue Nélaton (siège de la DST). Et lorsque les généraux algériens ont besoin de soutien, Charles Pasqua se transforme quasiment en exécuteur de leurs basses œuvres en France, et en Algérie où il leur fournit tout le matériel qu’ils réclament, au mépris de tous les embargos.

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Robert Pandraud et Charles Pasqua

 

Q - On voit très peu de journalistes ou écrivains avec votre discours à la télévision, le traitement médiatique des évènements algériens semble à la faveur des généraux. Des gens comme Olivier Roy ou encore Anne Dissez ne sont pas invités, on n’entend que Mohamed Sifaoui et Yasmina Khadra.

R - La condition faite au peuple algérien par les élites françaises n’a rien à envier à celle qui prévalait du temps de la colonisation. Je répète, si l’on considère simplement ces deux épisodes déterminants pour les Algériens (et, par voie de conséquence, pour le peuple français), l’indépendance frelatée de 1962 et l’assassinat de Mécili, le séisme que provoquerait la divulgation de la vérité à grande échelle est inouïe ! Cela seul justifie que les archives algériennes ne soient jamais ouvertes.

C’est pour cela que le système médiatique et totalement verrouillé et que l’on s’acharne à museler quiconque éprouve quelque scrupule à mentir de façon éhontée. Il faut écarter les importuns, et combler le vide avec des escrocs intellectuels comme Sifaoui et Khadra. Les deux pays doivent un jour fonctionner de concert, mais il faudra consentir ce petit sacrifice de briser le tabou. Il y aura des victimes, bien sûr : un demi-siècle de personnel véreux. Mais il y en aura incomparablement plus si l’on perpétue le mensonge : les générations futures… La question peut se résumer ainsi, faut-il sacrifier le mythe d’hier, ou les peuples français et algérien de demain ?

 

Q - Dans votre livre, vous évoquez des agents d’influence, qui «ont milité pour empêcher la mobilisation de s’organiser pour freiner les bourreaux». Quels sont les intérêts de personnalités comme BHL ?

R - L’Algérie a beaucoup d’argent, consacré quasi exclusivement à la préservation d’un système mafieux en comparaison duquel la Tunisie de Ben Ali ou l’Egypte de Moubarak sont des havres de démocratie et d’équité. Contre grasse rémunération, les régimes les plus pourris n’ont aucune difficulté à se trouver des avocats. Au-delà de la pure prévarication, les raisons de préserver la «stabilité» de ce régime sont innombrables. Chantage financier, chantage à la fermeture du robinet de gaz, chantage au terrorisme, chantage à la révélation de corruptions auxquelles ont cédé hommes politiques, personnalités médiatiques, élites de tous ordres, etc.

Et puis la légende veut que le régime assure, en bon supplétif des intérêts étrangers, le maintien des Algériens sur leur sol, geôlier gardien de la quiétude des plages méditerranéennes de l’Europe ? Sans compter qu’il sert de rempart contre la mobilisation supposée des solidarités «des peuples arabes» pour la cause palestinienne ? L’Algérie est au carrefour de toutes les prédations, de toutes les manipulations. Il n’est dès lors pas étonnant que se coalisent tous les prédateurs, tous les manipulateurs…

Des+hommes+et+des+dieux
Des hommes et des dieux, film de Xavier Beauvois, septembre 2010

Q - Un film aujourd’hui fait beaucoup de bruit en France. Il relate l’histoire des moines de Tibhérine. En quoi la DRS est impliquée dans l’assassinat de ces moines ?

R - Les moines habitaient dans un monastère de la région de Médéa, en surplomb de la Mitidja, une zone stratégique où se concentraient tous les maquis du GIA, quasi intégralement contrôlés par le DRS. La hiérarchie militaire algérienne a tout fait pour les inciter à quitter le lieu. Ils ont refusé. Or, leur position géographique et leurs liens avec les populations locales les plaçaient en situation de comprendre les réalités de ce que le monde entier présentait comme une guerre civile menée par des islamistes contre le peuple algérien.

L’intention de départ n’était sans doute pas de les assassiner, mais simplement de les forcer à partir. Et puis, deux raisons valant mieux qu’une, de peser sur les luttes intestines au sein du pouvoir français, entre Alain Juppé et Charles Pasqua (avec Jean-Charles Marchiani comme missi dominici). La guerre entre le Quai d’Orsay et l’Intérieur se solde par des démarches contraires dans le dossier des moines de Tibhérine, ce qui conduit le DRS à donner une leçon de détermination aux autorités françaises (n’oublions pas que quoi que fassent les généraux algériens, l’État français est «contraint» au silence).

Les Français ayant trop tergiversé et l’affaire ayant trop duré, les moines ont eu sans doute le temps de comprendre que leurs ravisseurs n’étaient pas ceux qu’ils prétendaient. Le DRS pouvait-il remettre en liberté des hommes de parole et de vérité, amoureux de l’Algérie, qui n’auraient pas manqué de mettre au jour les inavouables vérités de la lutte antiterroriste, côté algérien et côté français ?

Tout concourait donc à leur élimination. Il suffisait de mettre cela sur le dos des GIA, de l’abominable Djamal Zitouni. Dix ans après, la vérité commence à être révélée. Le DRS a mitraillé les moines depuis un hélicoptère, l’un de ceux-là mêmes que Charles Pasqua a livrés aux généraux en guise de reconnaissance pour avoir fait de lui l’homme d’Etat qu’il est… Pour toutes ces raisons, je le répète, l’assassinat des moines, qui sont, rappelons-le des Algériens, est avant tout une affaire franco-française.

 

Q - Qui sont les véritables maîtres de l’Algérie ? Existe-t-il une relève ? Où va véritablement l’argent des algériens ?

R - J’ai cité quelques noms de généraux. Mais le régime repose sur des soutiens qui vont au-delà de ce premier cercle. Quiconque est prêt à tuer, à voler sans compter, à participer au musellement de ses semblables, à manipuler, à dilapider les ressources du pays, à débaucher son voisinage, à mentir sans sourciller, quiconque consent à faire partie de la lie de l’humanité, est bienvenu dans ce régime.

Et des individus prêts à oublier leurs devoirs pour être comblés de biens, toute société en sécrète à proportion de quelque 10 % de ses effectifs. C’est sur ce vivier que repose le régime, piloté ensuite au sommet par une caste d’officiers supérieurs, auxquels prêtent leur concours des ministres prêts à toutes les prévarications (Chakib Khelil, Barkat, Temmar, Ouyahia, Bouteflika frères, etc.).

Il y a ensuite les institutions du pays, dévoyées par un second rideau de rentiers, des députés, des sénateurs, des élus de tous ordres, la police, les douanes, les administrations, les hauts responsables des entreprises publiques, des acteurs économiques privés, les médias, les chancelleries à l’étranger, etc. Tout ce monde, qui brasse bon gré mal gré quelque 2 millions d’individus, tous secteurs confondus, forme le système politique algérien. Le dénominateur commun, l’avidité d’avoir et de pouvoir. En un mot, ce qui détient le pouvoir en Algérie, c’est «la corruption».

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Q - Quelle est la véritable relation de l’Algérie avec les USA ? Qu’en est-il de l’AQMI ?

R - Dans ce régime, sévissent diverses factions (on dit «clans») qui, toutes, partagent cette volonté d’avoir et de pouvoir et qui, pour rien au monde, ne consentiraient à laisser le peuple recouvrer la maîtrise de son destin. Mais celui qui a accès au robinet des finances, du pétrole, de la signature de contrats, est favorisé par rapports aux clans adverses. Ils se battent donc tous solidairement contre le peuple, mais s’opposent les uns aux autres pour avoir prise directe sur les robinets.

Et pour gagner cette position dominante, ils s’allient avec quiconque veut bien les aider. Avec les Français traditionnellement, et de plus en plus avec tous les prédateurs économiques de la planète, dont les USA, la Chine… L’Aqmi aide les USA, aide les Chinois, aide les Français, aide les Italiens, aide les Espagnols, aide les Hollandais, aide les Allemands, aide les Anglais, aide les Norvégiens, aide le monde entier à siphonner les ressources du Sahel au détriment des peuples de la région.

Il y a des centaines de milliers de kilomètres de pipelines dans une région censée être sous l’emprise totale de cette organisation terroriste. Il n’y a jamais eu le moindre sabotage d’aucune sorte depuis vingt ans de spoliations. Et nul ne trouve cela curieux ! C’est dire à quel point les médias ont atteint un stade terminal de compromission concernant l’Algérie…

 

Q - L’Algérie ne reconnait pas Israël. On a pourtant pu assister en 1999 à une chaleureuse poignée de main entre Bouteflika et Barak. Cependant, en juillet 2000, lorsqu’une délégation de sept journalistes algériens s’est rendue à Tel-Aviv, le président algérien a tenu des propos très durs à leur encontre ("outrage", "trahison des Libanais", "coup de poignard dans le dos des Syriens", "mépris des Palestiniens"). L’Algérie fait-elle encore partie des pays non alignés ? Quel est son positionnement sur la scène internationale ?

R - L’Algérie a toujours, sous couvert de non-alignement, été alignée sur toutes les puissances. Est et Ouest, URSS et USA en même temps. Il y a la position officielle. Et puis il y a les réalités contraires d’un pouvoir de l’ombre. Le pouvoir algérien joue ce jeu de façon admirable, il faut l’admettre. Prétendre combattre la politique sioniste, et s’en faire le supplétif en sous-main. Il faut être naïf pour croire que des journalistes algériens puissent se rendre en Israël, depuis l’Algérie, sans qu’ils en aient été dûment missionnés.

Et la polémique qui s’ensuit est un acte de la monumentale pièce de théâtre qui se joue au détriment du peuple algérien. Le régime autorise la mission, ce qui prouve sa bonne volonté envers Israël et les USA ; «l’opinion» se déchaîne, ce qui montre que le peuple algérien est barbare et inapte à la démocratie, justifiant son maintien sous le joug.

On invite Enrico Macias, ce qui démontre la volonté d’ouverture ; puis on déclenche une monstrueuse polémique, ce qui démontre la vitalité des forces rétrogrades. Et l’on affiche ensuite l’accolade chaleureuse d’Enrico Macias avec Sifaoui. Une comédie bien ficelée, à condition d’oublier les victimes, deux peuples. Dans tout ce processus, les Algériens n’ont jamais eu leur mot à dire. Le régime, Bouteflika et généraux en tête, ne sont ni pour Israël ni contre lui, ni pour la France ou les USA ni contre, ils sont contre le peuple algérien, et quiconque peut les seconder dans leur entreprise de démolition de leur pays et les aider à se maintenir au pouvoir est leur ami, sans distinction de race ou de religion.

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Q - Au vu des évènements actuels, pensez-vous qu’il puisse y avoir une véritable révolution en Algérie ? Quelle est la véritable opposition ? Qui est Said Saadi (dont on a pu voir récemment les relations privilégiées avec BHL ? Aujourd’hui, quel est selon vous le parti le plus porteur d’espoir pour le peuple algérien ?

R - La révolution en Algérie est inéluctable. On pourra la bloquer un temps, mais ce ne sera que partie remise. On pourra jouer au jeu malsain de la manipulation, mais la vérité s’imposera un jour. Aux dernières nouvelles, certains généraux soldent leurs biens en Algérie, et préparent leur exil. La fin est plus proche, même si les solidarités dont bénéficie le pouvoir algérien sont importantes.

Quant aux scènes qui se jouent à Alger depuis le 12 février, ce sont les mêmes acteurs du CNSA (Conseil national pour la sauvegarde de l’Algérie), dont faisait partie Saïd Sadi, qui ont perverti une manifestation hostile au pouvoir en janvier 1992 pour la mettre, avec la complicité d’agents d’influence en France, au service du régime des généraux.

Ce sont ceux-là mêmes qui diffusent les unes de presse stigmatisant le pro-«sionisme» de Saïd Sadi, qui lui ouvrent ensuite les canaux médiatiques français pour le brandir comme avant-garde de la révolte, de la révolution, sachant que sa seule apparition va écœurer l’ensemble des vrais révoltés et les démobiliser.

Mais il ne peut y avoir de manipulateur que s’il y a assez de gens pour accepter de se faire manipuler. Faute d’avoir tiré toutes les leçons de ce qui s’est passé il y a 20 ans, ce sont les mêmes scénarios qui sont mis en œuvre à l’heure actuelle. Le seul objectif est de torpiller la révolution algérienne et empêcher que la contagion tunisienne gagne. Le pari est que la fièvre va durer quelques mois et que tout rentrera ensuite dans l’ordre. L’ordre des baïonnettes, l’ordre de la corruption, l’ordre de la débauche intellectuelle et sociale, l’ordre du viol, de la torture, du mensonge, le contraire de l’humanité.

La véritable opposition, vous ne la verrez pas de sitôt à la télévision française. C’est le peuple algérien, des révoltés de toutes les régions de tous les villages, de l’est à l’ouest du pays, ce sont ces malheureux, jeunes et moins jeunes, qui acceptent de jouer, dans une traversée improbable, sur un rafiot en décomposition, leur vie en misant «pile», avec une pièce qui a deux «faces». L’opposition, ce sont des jeunes qui abandonnent tout et qui s’aventurent où le vent les emportera, persuadés que la mort quasi certaine qu’ils risquent de rencontrer vaut mieux que la vie misérable qui leur est imposée dans un pays qui appartient au monde entier sauf à eux, ce pays qui est pourtant le leur. Il n’y a aucun parti connu à ce jour porteur d’avenir. Tout doit être réinventé. Par la jeunesse. Et la révolte viendra, des fins fonds de l’Algérie profonde, qui viendra un jour submerger le pays de sa fureur.

 

Q - Ne subissez-vous pas de menaces ou de pressions depuis la parution de vos livres ?

R - Non ! L’omerta suffit…

Rania Saoudi pour Algerienetwork
dimanche, 20 Novembre 2011 15:25
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 Rania Saoudi
Rania Saoudi

 

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jeudi 15 décembre 2011

Document ALN du 5 juillet 1962

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l'Armée française en Algérie en juillet 1962 :

"ne jamais donner l'impression

d'une intrusion..."

 

Document ALN du 5 juillet 1962 transmis par une note de renseignement de l'Armée française (2e Bureau d'Oran, 22 juillet 1962).

Le communiqué du 5 juillet 1962 de l'état-major de l'ALN extérieur est diffusé intégralement dans le troisième volume de L'agonie d'Oran (éd Gandini à Nice). Curieuses conclusions du 2e Bureau : "affaire d'ordre intérieure", "problème interne purement algérien", "ne pas s'immiscer"...!

Aucune recherche sur la prise de pouvoir et le "maintien de l'ordre" par l'ALN extérieure (non prévue par les accords d'Évian. Après la  provocation qui suscita les massacres et les enlèvements, seuls certains journalistes, dont celui de La Dépêche de Saint-Étienne du 10 juillet 1962, impliquent "certains  civils musulmans armés provocateurs". Il était pourtant facile de savoir à qui profitait le crime et de développer une recherche.

Jean-François Paya

 

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cliquer sur l'image pour l'agrandir

 

_________________________________________

 

ajout du 13 février 2012

 

J'ai toujours spécifié que l'armée des frontières ALN du Maroc (sauf éléments minoritaires après le 19 Mars 1962, frontière ouverte aux réfugiés civils) n'était pas rentrée en Oranie du moins avant l'indépendance .

Il avait fallu, en effet, qu'elle réquisitionne des véhicules, camions et bus civils pour progresser jusqu'à Oran après le 5 Juillet, faute de logistique spécifique de transports militaires. Ce qui expliqua un certain retard dans son jeu de "Pompier Pyromane" pour "rétablir l'Ordre" et  prendre le pouvoir pour commencer en Oranie.

Ci-dessous des photos de l'ALN "intérieure" présente en Oranie le 3 Juillet 62, vrai jour de l'Indépendance.

Ici à Aïn Temouchent : rien à voir avec l'armée des frontières portant  casque et vêtue de neuf. On ne voit que treillis français, chapeaux de brousse et chaussures diverses, déserteurs, force locale en partie ! À la tribune, le sous préfet et le maire français avec les autorités locales FLN/ALN après 12 heures, les couleurs furent changées sur les bâtiments publics, mairie, sous-préfecture, écoles, postes, etc… sans incidents.

Jean-François Paya

 Aïn Temouchent juillet 62
ALN de "l'intérieur" et autorités civiles à Aïn Temouchent
le 3 juillet 1962 (photos JF Paya)

 

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samedi 26 novembre 2011

"L'ordre et la morale" : mensonges et inventions

Ectac 

 

à propos du film "L"ordre et la morale"

Joëlle RONDREUX de COLLORS

 

Chers amis, de métropole ou Calédoniens,
   
Comme vous le savez peut-être, même si vous n'êtes pas cinéphiles, un film de Mathieu Kassovitz au titre incompréhensible de L'Ordre et la Morale fondé sur les dires et la vision personnelle de M. Legorjus est sorti, avec une publicité fracassante, concernant ce qu'il est coutume d'appeler "l'Affaire d'Ouvéa" (1988).


mensonges et inventions
   
Malgré un devoir de réserve que j'ai toujours respecté, malgré le secret de l'instruction que j'ai  toujours pratiqué au plus haut point et que je pratique encore, malgré toutes les pressions ou menaces ou sanctions que j'ai subies, singulièrement de la part du ministère de la Justice, je tiens à m'exprimer brièvement et à m'associer aux critiques portées à ce film-fiction, qui n'est pas un documentaire. Les mensonges, les inventions, sont multiples et patents.

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image du film

J'étais le juge d'instruction des évènements de 1988 en Nouvelle-Calédonie, dont, entre autres, le plus médiatisé, "l'Affaire d'Ouvéa". À ce titre, j'ai rencontré simplement ou interrogé nombre des personnes concernées, parlé avec d'autres, indépendantistes ou non, j'ai suivi pas à pas le déroulement des évènements, j'ai assisté aux autopsies nécessaires, etc ...
 
Certains des destinataires de mon mail, qui, à l'époque, appartenaient - ou appartiennent encore - à la hiérarchie militaire de l'armée de terre, de la  gendarmerie, de la Royale, ou de la BAN de Tontouta, au commando Hubert, au GIGN, au milieu journalistique, médical, ou au milieu judiciaire, ce, en Nouvelle-Calédonie ou en métropole, ou au milieu politique local, du parti majoritaire  ou du FLNKS, seront de mon avis, se reconnaîtront,  et quelques uns d'entre eux se souviendront de mes sincères  remerciements pour l'aide qu'ils m'ont apportée, dans un temps particulièrement troublé.
 
Quelques-uns de mes destinataires n'iront pas non plus voir ce film, tant leurs blessures d'avoir perdu un membre de leur famille sont encore béantes.
 
Je m'associe bien sûr à la demande du général Vidal de faire une contre publicité à ce film, au nom  de la lutte envers toute désinformation, notamment alors que l'on parle de forger un destin commun en Calédonie, tout en conseillant à titre personnel la lecture de son livre concernant l"affaire d'Ouvéa", éclatant  d'impartialité et de précisions fondamentales.

    Joëlle Rondreux de Collors
juge d'instruction
 

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vendredi 25 novembre 2011

Européens enlevés et tués par le FLN en 1962

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du nouveau sur les Européens disparus

à la fin de la guerre d'Algérie  (1)

Jean MONNERET

 

Durant un demi-siècle, le problème des civils européens enlevés par le FLN, et jamais retrouvés pour un grand nombre, fut singulièrement occulté. Officiellement, on s'en tint à un chiffre donné en 1964 au Sénat : 3018.

La répartition des victimes en personnes enlevées, libérées, présumées décédées et cas incertains ne fut guère remise en cause. À partir de 1965, le silence des médias à ce sujet se fit assourdissant. Les Français disparus furent oubliés tandis que la France prit l'étrange habitude de réserver ses hommages aux victimes de l'autre camp, les pro-indépendantistes (particulièrement à Paris sous l'égide de la Mairie socialiste.

Dans le milieu des Français d'Algérie, on chercha à lutter contre l'oubli. Hélas, des chiffres hyperboliques furent brandis au mépris de toute rigueur historique (2). La cause des victimes du FLN risqua d'en être dépréciée, d'autant que des thèses complotardes fumeuses se répandaient aussi.

Désormais, la communauté des Historiens comme les Pieds Noirs et les familles concernées disposent d'une étude de qualité, menée selon la méthode historique. Jean-Jacques Jordi a fait des recherches poussées en de nombreux fonds d'archives. Citons : le Service Historique de la Défense, le Centre des Archives Diplomatiques,les Archives Nationales d'Outre-Mer, le Centre des Archives Contemporaines, le Centre Historique des Archives Nationales, celles de la Croix Rouge, du Service Central des Rapatriés etc...

L'auteur a ainsi apporté une contribution neuve au problème des disparus européens. Il a attaqué de front l'obstacle des 500 dossiers demeurés incertains qui gênait l'obtention de chiffres crédibles.

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Sur ce point, en 2004, nous avions nous même, ainsi que le général Faivre attiré, l'attention de la Mission aux Rapatriés sur la nécessité d'une étude exhaustive. Il fallut attendre quatre ans pour qu'elle se dessinât.

En accédant aux dossiers du Service Central des Rapatriés, Jordi a pu savoir qui parmi les incertains était réellement disparu ou entré en France métropolitaine. On y voit actuellement plus clair.

Qu'il s'agisse du massacre du 5 juillet 62 à Oran (où l'auteur confirme la responsabilité et les mensonges du général Katz, comme la criminelle ineptie des directives données à l'Armée française), qu'il s'agisse des exactions de l'été 62 dues à la wilaya 4 (où le FLN préférait enlever des familles entières pour limiter les plaintes), Jordi a montré une solide rigueur.

 

nettoyage ethnique

Il éclaire la pratique du nettoyage ethnique  par les indépendantistes. Or, il le fait, documents à l'appui, en prenant ses distances avec quelques légendes aussi tenaces qu'absurdes. Son livre est peu réfutable. Il sera plus difficile désormais aux thuriféraires du FLN et aux journalistes sous influence de nier des faits qui les dérangent.

On peut regretter que Jordi paraisse sous-estimer les divisions du FLN et les surenchères xénophobes qu'elles alimentèrent. Félicitons le toutefois d'avoir laissé de côté quelques récits controuvés et extravagants (3).

Cet ouvrage, cette étude méticuleuse manquaient. Il serait regrettable qu'ici et là, certains négligent l'atout que, dans sa percutante sobriété, il constitue pour les familles touchées et pour l'Histoire.

Jean Monneret
monneret

 

Plaque 19 mars 

 

1 - Jean-Jacques Jordi, Un silence d'État, éd. Soteca, 2011.

Les enlèvements d'Européens ont décuplé aprés le "cessez-le-feu" du 19 mars1962 L'auteur dénombre 1583 disparus présumes décédés, 123 enlevés dont on a retrouvé les corps et 171 cas incertains résiduels. Selon nous, il eût fallu comptabiliser les personnes libérées ou retrouvées.

2 - Il arriva qu'un scribe du Ministère des Rapatriés répondit par erreur : 25.000 à une question sur le chiffre des disparus européens. Il confondait avec celui des militaires français tués au combat. Ceci occasionna ultérieurement quelques bévues.

3 - En juillet 1962, depuis Alger, Max Clos du Figaro, dénonça courageusement les enlèvements massifs d'Européens. Il ajoutait : "Sur les chiffres, on ne sait rien de sûr. Tout dans ce pays est déformé et amplifié dans des proportions fantastiques". Voila qui a changé désormais.

 

VA-Algerie

 

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jeudi 17 novembre 2011

images de la guerre d'Algérie

Bled journal 

 

Retour en images sur la guerre d’Algérie

général Maurice FAIVRE

Une étude en partenariat a été engagée en 2010-2011 entre l’ECPAD et le Département Médiation de l’Université Paris III Sorbonne-Nouvelle (Censier).
Les étudiants en Licence sur la production culturelleont eu accès aux archives audiovisuelles de l’Établissement de communication et de production audiovisuelle de la Défense, qui détient sur la guerre d’Algérie 145.000 clichés dans trois recueils : SCA  Algérie, Journal Bled et collection Flament.

Après avoir étudié l’histoire  des archives audiovisuelles, les étudiants ont effectué un parcours en images dont ils ont fait une approche historique et esthétique autour de trois thématiques : - de Gaulle homme médiatique – la pacification en Algérie, réalité complexe – l’engagement des harkis.

Le résultat de cette recherche a été présenté le 12 novembre 2011 à Ivry sous la forme d’une exposition de photos et d’une projection de films accompagnée d’un exposé historique  de Benjamin Stora, suivi d’un débat avec les spectateurs.

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Les films et les rush présentés sur de Gaulle, homme médiatique et rassembleur du peuple, ont été centrés sur ses déclarations politiques et sur ses voyages en Algérie. Les fraternisations de mai 1958 ont été en particulier mises en valeur de façon impressionnante.

Les films sur la pacification ont bien montré le rôle social de l’armée, le coté humanitaire de la pacification. L’aspect guerrier n’a été montré que sous forme d’arrestations de suspects et de cadavres exposés, sans combat réellement filmé.

Les films sur les harkis ont souligné l’engagement volontaire de ceux-ci, qui n’étaient ni des traîtres ni des collaborateurs, mais des citoyens attachés à la défense de leurs villages contre le terrorisme du FLN.

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Benjamin Stora

 

Critique de l'exposé de Benjamin Stora

L’exposé de Stora, brillant, portait sur la personnalité et la politique du général de Gaulle, homme providentiel qui donne le droit de vote aux musulmans et séduit une population avide de paix, ce qui expliquerait les fraternisations de mai 1958.

En 1959 il se rend compte que la solution militaire n’est pas viable et il observe que l’opinion française souhaite la fin du conflit. En 1960-61, il est confronté à l’évolution de l’opinion internationale, qui conduit nécessairement à l’indépendance, solution qui en revanche déchire les partisans militaires et civils de l’Algérie française.

Cette interprétation est habile, mais ne rend pas compte de la réalité historique. Les raisons invoquées ont amené la chef de l’État à changer trois fois de politique :

- en 1958, il est pour l’intégration, tous les Algériens sont des Français à part entière

- en 1959 de Gaulle prône l’association ; c’est d’ailleurs la solution des cadres militaires qui selon le général Ely, sont seuls à avoir le contact avec la population. C’était déjà la solution de la loi-cadre de Robert Lacoste, et le plan Challe comportait aussi un volet politique, à savoir l’auto-défense active des Quartiers de pacification, et la Fédération amicale des Unités territoriales et des autodéfenses, qui allaient dans le même sens.

- le  4 novembre 1960, de Gaulle annonce la République algérienne… qui existera un jour ; il ne reste plus qu’à lui abandonner le Sahara. Cela explique, sans les justifier, la révolte de certains militaires et la naissance de l’OAS. L’aboutissement de la guerre de libération des Algériens sera en fait la dictature militaire du colonel Boumédiene (voir l’histoire interne du FLN de Gilbert Meynier).

- un autre non-dit, c’est que la fraternisation a été proposée aux habitants de la casbah par les capitaines Léger et Sirvent le 16 mai, douze jours avant que le général de Gaulle n’accepte de former le gouvernement. Il n’est donc pas le promoteur de la fraternisation. Bien plus, il a cassé les Comités de Salut public qui, sous l’égide des militaires, poursuivaient la réconciliation des communautés.

-  dernière erreur, le président de Gaulle n’a pas donné aux Algériens un droit de vote qui existait depuis 1863, mais de façon inégalitaire ; c’est Robert Lacoste qui a institué le collège unique en novembre  1957.

 

limites informatives des images

Ce retour en images sur la guerre d’Algérie  pose deux séries de questions :

  1. Les photos et les films peuvent illustrer une situation particulière. Les manifestations de foule par exemple sont très parlantes. Mais les films ne montrent pas toute la réalité ; le combat en particulier ne peut être présenté que par des fictions (voir les films américains du Vietnam) ; les questions politiques, sociales, juridiques, morales, appellent l’analyse des journalistes et des historiens.

  2. Certains spectateurs ont souligné la partialité des images prises par des cinéastes militaires, et surtout des commentaires qui les accompagnaient. Il est vrai que l’action psychologique par tracts et haut-parleur ne suscitait pas l’adhésion du public, alors qu’elle se contentait de commenter le programme du gouvernement de l’époque.

D’autres moyens plus concrets étaient nécessaires pour gagner le cœur et l’esprit des auditeurs ; cela aussi était montré par les SAS, les médecins de l’AMG, les soldats instituteurs, les moniteurs sportifs et les foyers féminins.

On a pu noter que les spectateurs qui accusaient l’armée de faire de la propagande développaient de leur côté une contre-propagande favorable aux ennemis de la France.

Cette remarque relativise les accusations de partialité.

Maurice Faivre
historien militaire

 

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Alger, 13 mai 1958

 

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mercredi 16 novembre 2011

l'armée des frontière, par Jean-François Paya

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l'armée des frontières, Algérie

SYNTHÈSE GROUPE RECHERCHE HISTORIQUE

Jean-François PAYA

 

L'armée des frontières, regroupée en Tunisie et au Maroc, fortement dotée d'un matériel moderne, structurée comme une armée régulière, avec sa hiérarchie d'officiers sortis des écoles militaires françaises ou égyptiennes, son  règlement intérieur, ses casernes, ses recrues, son chef tout-puissant,  Boumédiene, qui n'a jamais milité en Algérie et a passé toute la guerre à l'extérieur.

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Boussouf

Il fut nommé par Abdelhafid Boussouf chef d'état-major en 1960, non pour ses talents militaires, mais parce qu'il joua un rôle décisif dans la répression du «complot des colonels», vaste soulèvement de cadres et de soldats dirigé contre le G.P.R.A. qui refusait d'envoyer des armes à l'intérieur. Par des méthodes bureaucratiques et répressives, il sélectionna un appareil militaire qui finit par coiffer toute l'A.L.N. extérieure et garda son autonomie vis-à-vis du G.P.R.A....

Après la signature des accords d'Évian, la crise éclata ouvertement entre  l'A.L.N. des frontières et le G.P.R.A., qui chercha alors à s'appuyer sur les willayas de l'intérieur, tellement délaissées pendant la guerre. Mais les objectifs du  G.P.R.A. et ceux des willayas étaient contradictoires.

Le G.P.R.A. n'avait  d'autre ambition que de se faire valoir auprès de l'impérialisme français comme l'équipe la plus apte à faire respecter les accords d'Évian ; dans le phénomène du «willayisme» s'exprimait la volonté des combattants de ne pas se contenter d'une indépendance formelle, de bâtir leur propre pouvoir. Et le caractère social différent de l'armée des frontières s'est clairement exprimé dans la violence avec laquelle  elle a œuvré à écraser «les militants de l'intérieur»...

L'A.L.N. de Tunisie entre en Algérie et s'installe facilement en willaya I (Aurès) et en willaya VI (Sud algérois). L'A.L.N. du Maroc entre facilement en  willaya V (Oranie), très peu active. Elle exerce une répression féroce sur les cadres et  les militants de «l'Organisation politique et administrative», qualifiés de  harkis, et liquide toutes les structures du F.L.N.

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au centre, Houari Boumédiene

Mais lorsqu'elle s'avança vers Alger,  l’A.L.N., illusionnée par la décomposition du G.P.R.A., se heurta en septembre à Boghari (1.300 morts) aux militants aguerris et résolus des willayas II, III  et IV, tandis que Yacef Saadi, encerclé par les forces de la «Zone autonome  d'Alger», capitulait dans la Casbah. Boumédiene, qui n'avait jamais utilisé son matériel lourd contre les Français, osa l'employer contre les djounouds.

Mais, après Boghari, un grand nombre de cadres et de soldats quitta l'armée des  frontières, soit en se faisant démobiliser, soit en emportant les armes. Les vides furent comblés par les débris de la force locale (harkis, mercenaires...).

Les cadres algériens demeurés au service de l'armée française vinrent, d'un commun accord entre l'état-major français et celui de «l’Armée nationale populaire», combler les vides laissés par les cadres révolutionnaires.

L'A.N.P. est devenue une armée régulière, pléthorique (100 000 hommes), avec  son budget énorme, son matériel lourd fourni par la France, l'Égypte ou les pays de l'Est, sa hiérarchie et ses cadres soigneusement épurés, provenant pour  l'essentiel de l'armée française des écoles égyptiennes ou des frontières, avec  des différences de soldes marquées entre les soldats, les sous-officiers et les  officiers (le soldat gagne 20 000 AF, pouvoir d'achat élevé en Algérie compte tenu de la misère générale, le sergent, 53 500 AF, l'adjudant 107 000 AF. Il ne nous a pas été possible de connaître les soldes des officiers).

L'A.N.P. possède sa presse intérieure et sa revue mensuelle, El Djeich«À côté de l'armée, la gendarmerie, la police et la sûreté générale sont devenues des annexes de l'A.N.P. depuis que Boumédiene est ministre de la Défense nationale et vice-président du Conseil.»  (idem, pp. 52-54.). Telle est la colonne vertébrale du pouvoir en Algérie.

 

POINT DE VUE : L ORIGINE DU POUVOIR EN ALGÉRIE

C’est un fait admis que le  complot s’est concocté à Oujda durant les années de braise, pendant que les wilayas de l’intérieur se faisaient étrillées par l’Armée française. «Quand  le diable assiste à nos réunions, il perd lui-même son latin», aurait  confié Chérif Belkacem, l’ex-ami de Bouteflika et l’un des piliers du Clan d'Oujda.

De leur Tkanbiss est sortie une idée géniale qu’il a fallu concrétiser avec l’aide de l’inévitable Messaoud Zeghar. Le Clan d’Oujda et leur ténor Boumédiene étant d’illustres inconnus dans la Révolution, il leur fallait un historique pour rentrer en Algérie en triomphateurs. Mais, pour  contacter les historiques qui se trouvaient en France dans une prison, la mission était apparemment impossible.

passeport diplomatique marocain pour Bouteflika

Et c’est là qu’est intervenue la CIA à  travers Zeghar, selon un avis très autorisé. Le Roi Hassan II qui détestait  au plus haut point les responsables du FLN/ALN qui se trouvaient sur son  territoire et qu’il connaissait bien par leurs agissements et les libertés  qu’ils se permettaient à la limite de la provocation, en particulier  Boussouf et Boumédiene, fut contraint de délivrer un passeport diplomatique  à un émissaire de l’État-major de l’ALN, Bouteflika en l’occurrence et ce, à  l’insu du GPRA dont dépendait l’ALN et avec lequel, il risquait de provoquer  une crise diplomatique.

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Bouteflika

Et c’est grâce à ce passeport diplomatique marocain que Bouteflika put entrer dans la prison où se trouvaient les cinq historiques. Il est absolument évident que, sans l’intervention de la CIA, la mission secrète de Bouteflika, criminelle et lourde de conséquences pour  l’avenir du pays n’aurait jamais eu lieu, Hassan II n’ayant aucun intérêt à prendre position pour l’État-major de l’ALN dans son conflit avec le GPRA. Durant la Révolution, le travail fractionnel était durement réprimé et celui  de l’État-major de l’ALN était d’une extrême gravité puisqu’il ne visait ni plus, ni moins que la division du GPRA.

Malgré cela, Boumédiene en est sorti  indemne et le GPRA n’a élevé aucune protestation auprès de la monarchie marocaine au sujet de sa complicité avec l’État-major de l’ALN. Ces  questionnements appellent des éclaircissements de la part des responsables  encore en vie : qu’ils ne laissent pas les nouvelles générations sur leur  faim.

Jean-François Paya
SOURCES : Mohammed Harbi et certains ex-agents des services Algériens retraités
Synthèse GROUPE DE RECHERCHES HISTORIQUES par cercle ALG /POITOU Septembre 2011

 

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mardi 15 novembre 2011

"La mosquée de Paris sous l'occupation", par Jean Laloum

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"La mosquée de Paris sous l'occupation"

 Jean LALOUM

 

Le film d'Ismaël Ferroukhi, Les Hommes libres, est un beau film plein d'humanité, mettant en scène – dans le Paris occupé –, un épisode de la Mosquée de Paris. Afin de pallier le petit nombre de documents traitant du sujet, le réalisateur a choisi de conjuguer fiction et sources historiques dans l'écriture du scénario. D'entrée de jeu, le spectateur est prévenu du mélange des genres, non de leur part respective.

Au cœur de l'intrigue, le "planquage" d'enfants juifs dans la mosquée-même et le subterfuge utilisé pour soustraire le chanteur juif natif d'Algérie, Simon – alias Salim – Halali aux desseins allemands et vichystes. La délivrance de faux papiers, l'inscription apocryphe du nom du père du chanteur bônois sur une pierre tombale du cimetière musulman de Bobigny, parviennent à contrecarrer le sort qui leur était réservé. Très tôt pourtant, les autorités allemandes suspectant le lieu de culte de collusion y enquêtent.

Dès septembre 1940, bien avant la création du Commissariat aux questions juives (CGQJ), Vichy est prévenu de ses possibles agissements : "Les autorités d'occupation, révèle une note interne au ministère des affaires étrangères, soupçonnent le personnel de la mosquée de Paris de délivrer frauduleusement à des individus de race juive des certificats attestant que les intéressés sont de confession musulmane. L'imam a été sommé, de façon comminatoire, d'avoir à avec toute pratique de ce genre. Il semble, en effet, que nombre d'israélites recourent à des manœuvres de toute espèce pour dissimuler leur identité."

Quelles institutions furent à l'initiative de la délivrance de faux certificats ? Quels furent les moyens de contrôle des services de Vichy en vue de déjouer ces pratiques ? Que penser de l'attitude prêtée au directeur de la Mosquée de Paris à partir d'un nombre réduit d'indices ? Son rôle, à la lumière d'autres archives, semble plus ambigu qu'il ne ressort du film.

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créé en mars 1941, le CGQJ était
installé place des Petits-Pères

Les attestations de complaisance circulent en nombre dans la France occupée. Au sein de l'imposante série AJ38 répertoriant les archives de l'ex-CGQJ (Commissariat général aux questions juives) conservées aux Archives nationales, les certificats de baptême, d'initiation ou d'ondoiement, de mariage ou d'inhumation adressés par les autorités religieuses à des familles présumés juives, y figurent très régulièrement.

Ceux-ci proviennent pour l'essentiel de la sphère chrétienne. S'ils sont adressés au CGQJ, c'est que celui-ci tient un rôle primordial dans la reconnaissance raciale des individus. C'est en effet l'une de ses directions – la direction du Statut des personnes – qui, par ses avis autorisés, entérine la décision. Un certificat de non-appartenance à la race juive (CNARJ) est alors délivré à la personne ayant fourni toutes les pièces justificatives de son aryanité.

 

l'identité raciale de l'individu

Une fois épuisées les possibilités de se procurer ces attestations religieuses, c'est en dernier recours le diagnostic du professeur George Montandon, expert "ethno-racial" à la solde des Allemands qui détermine, après examen, l'identité raciale de l'individu.

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Georges Montandon

Il se targue d'une connaissance quasi universelle sur les religions. Or, pour nombre de juifs d'origine nord-africaine justement, revêtir l'identité d'un Arabe de confession musulmane constitue un subterfuge courant. La langue arabe, longtemps langue vernaculaire de ce judaïsme d'outre-Méditerranée, est encore couramment pratiquée dans les familles installées en France. Du coup, c'est d'instinct que ceux-ci jouent sur l'ambiguïté, aussitôt qu'ils sont menacés. Très tôt cependant, le CGQJ s'avise de débusquer les fraudeurs.

La direction du Statut des personnes s'adjoint d'experts pour transcrire et authentifier les certificats en langues étrangères qui lui sont soumis. Elle fait également appel à la collaboration des différents représentants religieux pour évaluer, par des avis étayés, les déclarations des postulants se réclamant de la race aryenne, même si elle soupçonne ces religieux de se prêter à des conversions de complaisance. Ne pouvant se passer d'eux, elle les sollicite, quoiqu'avec la plus grande défiance.

Les autorités musulmanes constituées sont donc périodiquement consultées pour statuer sur les requérants se réclamant de la religion musulmane. L'onomastique, le lieu de naissance et la filiation sont les critères retenus par la direction du Statut des personnes pour déterminer la race, car la circoncision, pratiquée également par les musulmans, n'est pas un indice probant dans le cas des juifs nord-africains. Une note du CGQJ adressée le 14 septembre 1943 au directeur de l'Institut musulman – mosquée de Paris demande son avis "sur le patronyme de Amsellem Salomon, Yacouta née Ben Rhamin Bent Chemoun et enfin : Ben Aroch Messaoudah. […] Je vous demanderai également de bien vouloir me dire si ces noms vous semblent être ceux que portent les musulmans ou les arabes, et si, selon votre sens, les juifs d'Algérie peuvent porter ces mêmes noms. Une prompte réponse de votre part m'obligerait".

demandes d'expertise sur la judéité

Le 23 septembre suivant, une même demande concernant un individu natif de Guelma, Joseph Krief (ou Kriel) qui, s'étant déclaré juif par erreur alors qu'il serait musulman, souhaiterait revenir sur cette première déposition. De façon inattendue, la direction laisse la Mosquée de Paris libre d'invoquer l'incertitude, ce qui jouera au bénéfice de l'examiné. Le verdict, cinglant et circonstancié, tombe comme un couperet moins de deux semaines après : "L'Institut Musulman à qui j'avais soumis aux fins d'authentification le document que vous m'avez communiqué, vient de m'indiquer que votre nom était un nom juif algérien. Le nom de votre père, Vidal Kriel, confirme cette origine..."

Ces demandes d'expertise auprès de la Mosquée de Paris n'ont rien d'exceptionnel. Ces échanges sont répétés, sinon réguliers. Le 17 juin 1944 une nouvelle requête est adressée à Si Kaddour Ben Ghabrit au sujet de la position raciale de Germaine Roland, née Marzouk, originaire de Tunisie : "Vous avez eu l'amabilité, à diverses reprises, de me donner votre avis sur des cas d'espèce analogues à celui-ci, lui écrit-il. Puis-je vous demander à nouveau de me faire savoir si l'attestation dont il s'agit peut être tenue pour valable ou non et si les patronymes des ascendants de l'intéressée sont d'origine juive ou musulmane […]."

Le 12 juillet 1944, le CGQJ avise le mari de l'intéressée qu'en vertu des conclusions convergentes de la Mosquée de Paris et de l'"expert ethno-racial" George Montandon, Germaine Roland sera considérée comme juive au regard de la loi du 2 juin 1941. Transférée le 5 août 1944 du camp de Bassano à celui de Drancy, elle n'évite la déportation qu'en raison de la date tardive de son internement.

Jean Laloum, chercheur au CNRS
groupe Sociétés, religions, laïcités
Le Monde, 7 novembre 2011
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- articles sur le film Les hommes libres publiés sur le blog d'Études Coloniales

 

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mercredi 9 novembre 2011

les disparus européens de la guerre d'Algérie

9782916385563FS 

 

les disparus civils européens en Algérie,

1954-1963

un scandale d'État ?

 Roger VÉTILLARD

 

Il s'agit d'un sujet très sensible. Les recherches sur les disparus européens de la guerre d'Algérie n'ont pas été rares. Mais elles ont toujours été approximatives faute de pouvoir recourir aux documents et archives mises à part celles de Jean Monneret qui a pu en utiliser quelques-unes.

La plupart de ces recherches n'ont utilisé que des témoignages parfois imprécis, parfois convergents mais critiquables car difficilement vérifiables. Et en la matière quand on ne sait pas tout, la tendance est à l'exagération ou à la récusation, selon le côté où l'on se situe.

Le travail de Jean-Jacques Jordi, historien universitaire spécialiste de l'Algérie, vient combler les incertitudes. Il a pu – enfin, avec un demi-siècle de retard – accéder aux archives du Comité International de la Croix Rouge, des ANOM, du CHAN–CARAN, du Ministère des Affaires Étrangères, du CAC de Fontainebleau, du SHD, du Cabinet Militaire de la délégation générale du gouvernement en Algérie et du Service Central des Rapatriés. La consultation de la quasi-totalité de ces archives reste soumise à autorisation dérogatoire. Il a ainsi pu consulter près de 12 000 dossiers.

des révélations impressionnantes

Ce qui est révélé dans ce livre est saisissant. Ce que beaucoup d'Européens d'Algérie affirmaient pour l'avoir vécu est ici confirmé par les archives, rapports, références précises et témoignages. L'enquête est très transparente. Rien n'est avancé sans que la source, toujours vérifiable, ne soit précisée. C'est un travail d'histoire scientifique qui ne peut être contesté. Mais peut-être sera-t-il occulté, ignoré et escamoté ?

Ainsi est-il affirmé, preuves à l'appui, qu'au moins 1583 personnes dont l'état-civil est précisé sont présumées décédées, que le sort de 171 autres personnes est incertain et que les corps de 123 autres personnes ont été retrouvés. Ainsi donc, il n'est plus possible de dire que moins de 1877 personnes sont concernées par ces disparitions.

Et qui dit disparition veut parler des personnes victimes d'un enlèvement, c'est-à-dire d'une mise au secret, d' une privation de liberté avec une dénégation complète des responsables de l'enlèvement et une dissimulation du sort réservé à la personne disparue. On ne parle pas ici des personnes dont le corps a été retrouvé ou qui ont été tuées sans être enlevées.

Et pourtant les archives confirment que les autorités françaises savaient que des Européens étaient disparus, que bien souvent elles connaissaient les ravisseurs, les lieux de détention et qu'elles ont toujours refusé d'intervenir en particulier après le 19 mars 1962 période où se situe la plupart des enlèvements et même quand il s'agissait encore d'un territoire où les forces de l'ordre françaises pouvaient intervenir sans difficultés.

Elles savaient que ces personnes enlevées subissaient des sévices corporels importants, qu'elles étaient parfois, donneurs de sang forcés, saignées à blanc jusqu'à ce que mort s'ensuive, qu'elles étaient torturées puis exécutées, que les femmes étaient violées et parfois enfermées dans des bordels. Dès lors les autorités militaires et civiles françaises peuvent être accusées de non assistance à personne en danger et on peut affirmer que ces exactions de l'ALN envers les Européens d'Algérie sont également des crimes contre l'humanité (Commission de droit international - 1995- vol. II -2ème partie). Et leurs auteurs parfois parfaitement identifiés (par exemple Attou à Oran) ne sont jamais inquiétés.

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une épuration ethnique

Il faut rappeler que sous couvert de lutte contre l'OAS, c'est en fait à une épuration ethnique que nous avons assisté en Algérie sur un mode "mineur" avant la signature des accords d'Evian (il s'agit de 320 personnes) , d'une façon méthodique après le 19 mars 1962 (cela concerne près de 3000 personnes) avec parfois le concours de l'administration française ou des "barbouzes" qui n'hésitaient pas à livrer des pieds-noirs au FLN, voire même à remettre à l'ALN des personnes qui avaient réussi à échapper à leurs agresseurs et qui croyaient naïvement que demander la protection de la gendarmerie française leur épargnerait d'être renvoyés vers leurs tortionnaires.

Les noms de ces Français coupables qui ont laissé faire ce massacre sont cités de Fouchet à Katz, de Lemarchand à Louis Joxe… Les archives du CICR et les autres sont éloquentes sur ce sujet. En effet à partir du cessez-le-feu l'ennemi en Algérie pour l'armée et la gendarmerie c'est l'OAS. Et comme les Européens sont réputés dans leur grande majorité être favorables à cette organisation clandestine, ils deviennent tous présumés coupables d'assistance à organisation terroriste. Et une justice immanente est dès lors légitimée.

 

faire fuir le Français d'Algérie par la terreur

Les exactions algériennes se sont poursuivies plusieurs mois après l'indépendance. On en recense 1128 entre le 19 mars et le 1er juillet 1962, 1849 au cours du second semestre de cette année 1962, 367 entre le 1er janvier le 30 septembre 1963. Il est désormais difficile de continuer à soutenir que la guerre d'Algérie a pris fin le 19 mars 1962 et il est impossible d'affirmer que le déchaînement de violence, fin 1961 - début 1962, venait essentiellement de l’OAS, comme le soutient Pierre Daum. Car la stratégie, des commandos du FLN est claire : faire fuir le Français d'Algérie par la terreur.

L'auteur s'attarde 34 pages durant sur les massacres survenus à Oran en juin et Juillet 1962. Ici les documents parlent. Il n'est nul besoin de les commenter ; ils accablent le général Katz en dépit des interventions de plusieurs officiers qui ont bravé les interdits de leur hiérarchie. Un général Katz à la mémoire défaillante dans le livre qu'il a publié en 1992 où il contredit ses propres rapports dans cet ouvrage qu'il a osé intituler L'Honneur d'un Général !

Il faut lire cet ouvrage de Jean-Jacques Jordi. Il qui se situe bien au-delà de ce que beaucoup imaginaient et il est écrit par un historien rigoureux et averti qui parait surpris par ce qu'il a découvert. Alors Silence d'État ou Scandales d'États ?

Il reste à écrire au moins trois autres études du même calibre concernant les militaires, les civils musulmans et les harkis disparus.

 Roger Vétillard
historien

Jean-Jacques Jordi, Un silence d'État – Les disparus européens de la guerre d'Algérie, SOTECA éd. St Cloud, 2011 – 200 p - ISBN 978 2 9163 8556 3

Disparus Marseille 5 juillet 2006 C Garcia 16060 JOURS

 

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samedi 5 novembre 2011

Les disparus civils européens de la guerre d’Algérie

 9782916385563FS

 

 

Jean-Jacques Jordi, attaché à la réalité des faits

Maurice Faivre

Jean-Jacques Jordi,  Un silence d’État. Les disparus civils européens de la guerre d’Algérie, Soteca 2011, 200 pages, 25 €.

La reconnaissance des disparitions d’Européens lors de la guerre d’Algérie est restée en France un secret d’État pendant plus de 40 ans ; elle fait toujours l’objet d’un déni de la part des Algériens. Une première recherche scientifique a été engagée en 2004 par une équipe constituée par la Mission interministérielle aux rapatriés (MIR), en coopération avec le Haut Conseil des Rapatriés et la Direction des archives diplomatiques. Le rapport de cette équipe, en novembre 2006, concluait à la disparition d’environ 2000 Français d’Algérie dont 320 avant le cessez-le-feu (1). Mais ce total comprenait 535 personnes au sort incertain.

L’auteur est donc parti de ce résultat et a conduit une recherche approfondie dans des fonds d’archives, autres que diplomatiques, qui n’avaient pas été consultés : les Centres des archives nationales, contemporaines, militaires, d’outremer, de la Croix-Rouge, et surtout du Service central des Rapatriés.

La consultation de 12.000 dossiers lui a permis de réduire les cas incertains à 170, et de publier les listes - des présumés décédés (1.583 dont 145 Musulmans) - des cas incertains - des personnes dont le corps a été retrouvé (123). En outre 349  faux disparus sont  rentrés en France et 84 militaires ont été inscrits au mémorial du quai Branly. La répartition des disparus est précisée par année, mois de 1962 et par département : 40% ont eu lieu à Alger et 35% à Oran (679 Oranais du 26 juin au 10 juillet 1962).

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Des charniers sont découverts près d’Alger,  et des lieux de détention connus ; des témoignages précis confirment la réalité des enlèvements de familles entières. Il apparaît enfin que 900 noms ont été gravés par erreur sur le mur des disparus édifié à Perpignan.

 

cofirmation de faits historiques seulement contestés

par les historiens manichéens

Ce travail considérable met en évidence et confirme des faits historiques qui sont contestés par des historiens inspirés par une vision manichéenne du bon et du mauvais combat. En voici quelques-uns :

- le terrorisme du FLN-ALN a été beaucoup plus meurtrier que celui de l’OAS ; dès 1955, il visait à l’extermination de tous les Français d’Algérie, préconisait la mutilation des corps et éliminait en masse les Français-Musulmans loyaux,

-  les disparitions forcées sont considérées par l’ONU comme des crimes contre l’humanité,

 or les auteurs d’enlèvement n’ont jamais été condamnés (cas de Attou à Oran),

- réagissant à la violence des nationalistes, les Français d’Algérie se sont repliés dans les villes, ont riposté aux attentats par des ratonnades et ont soutenu l’OAS ; le commandant Azzedine confirme que leur exode massif est la conséquence des enlèvements.

les accords d’Évian n’ont pas été respectés par le FLN, dont les dirigeants se déchirent pendant  tout l’été 1962, ce qui a facilité les exactions et les sévices,

- les directives de non-intervention militaire du Premier ministre confirment les décisions gaullistes au Comité des Affaires algériennes (20 décembre 1961, 27 février et 23 juin 1962) ; le général Katz prétend ne pas avoir de consignes, alors que les directives du général Fourquet (19 et 27 juin) sont très claires ; le 5 juillet à Oran, les interventions militaires ont été plus nombreuses qu’on le dit,

- la majorité des enlevés ont été torturés, et certains vidés de leurs sang (confirmation de Gregor Mathias).

 La recherche historique progresse ; il faut faire confiance aux historiens qui tels que Jordi, sont attachés à la réalité des faits.

Maurice Faivre
le 31 octobre 2011

1 - Les listes publiées par les Affaires étrangères de 2004 à 2007 indiquaient des données légèrement différentes.

Jean-Jacques-Jordi
Jean-Jacques Jordi


la face obscure des "héros de l'indépendance"

Arnaud FOLCH, Valeurs Actuelles

 

Dans son livre choc, “Un silence d’État” (Soteca-Belin), l’historien Jean-Jacques Jordi dévoile des centaines d’archives interdites d’accès. Cinquante ans après, celles-ci remettent en question la vision à sens unique propagée jusque-là sur la guerre d’Algérie.

C’est un historien réputé, plutôt classé à gauche, qui a eu la lourde tâche de “fouiller” les archives inédites de la guerre d’Al­gérie. Docteur en his­toire, enseignant, no­tamment à l’École des Hautes études en sciences sociales, auteur d’une dizaine d’ouvrages et de plusieurs documentaires télévisés consacrés à ce conflit (France 2, France 3, M6), Jean-Jacques Jordi, 56 ans, n’a rien d’un “extrémiste” – d’une cause ou d’une autre. «Mon travail est scientifique, dit-il. Je ne suis ni un juge qui décide “c’est juste ou injuste” ni un religieux qui décrète “c’est bon ou mauvais”.»

Raison pour laquelle Re­naud Bachy, président de la Mission in­terministérielle aux rapatriés, l’a ex­ceptionnellement autorisé il y a quatre ans, au nom du gouvernement, à plonger dans ces archives, normalement interdites d’accès pour une période allant de soixante à cent ans.
Centre historique des Archives nationales, Service historique de la Défense, Service central des rapatriés, Archives nationales d’outre-mer, Centre des archives contemporaines, Centre des archives diplomatiques, Comité international de la Croix-Rouge : en tout, ce sont près de 12 000 documents administratifs classés “très secret”, “secret” et “secret confidentiel” que Jean-Jacques Jordi a pu consulter et photographier.

 

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"Européens" d'Algérie arrêtés par le FN en 1962 après mars et les Accords d'Évian

 

«Jamais, je n’aurais imaginé découvrir de tels faits»

Ras­sem­blés (pour partie) dans son livre, Un si­lence d’État, dont Va­leurs ac­tuelles pu­blie des ex­traits en ex­clusivité, le résultat de son en­quête et les documents qu’il porte au­jourd’hui à la connaissance du public sont absolument stupéfiants. Pourtant spécialiste de la question, lui-même le reconnaît : «Jamais, confie-t-il, je n’aurais imaginé découvrir de tels faits.» Depuis près de cinquante ans, l’histoire de la guerre d’Algérie s’écrit en noir et blanc : d’un côté, les “gentils” (le FLN et les partisans de l’indépendance), de l’autre, les “méchants” (les pieds-noirs et les défenseurs de l’Algérie française).

Les travaux de Jean-Jacques Jordi remettent totalement en question ce manichéisme mémoriel. Non pour ré­habiliter une violence par rapport à une autre, mais pour rétablir une vérité autrement plus complexe que celle propagée de­puis 1962. Jusque-là, la thèse officielle était que l’OAS, refusant les accords d’Évian, avait plongé l’Algérie dans la terreur, légitimant la riposte du FLN, rap­pelle l’auteur. Cela n’est qu’en partie vrai. D’abord parce que le terrorisme FLN a précédé celui de l’OAS, mais aussi parce qu’il a été beaucoup plus meurtrier. Ensuite, sous pré­texte de lutte anti-OAS, le FLN et l’ALN (Armée de libération nationale) se sont essentiellement livrés à des exactions dirigées non contre les activistes, mais de manière aveugle contre l’ensemble de la population – l’instauration de ce climat de terreur ayant pour but avoué de précipiter le départ des Français, y com­pris après le 19 mars (cessez-le-feu) et le 5 juillet (indépendance).»

Documents parfois terribles à l’appui, Jean-Jacques Jordi révèle une “autre” guerre d’Algérie, où les “héros de l’indépendance” – tout du moins une par­tie d’entre eux – livrent la face obscure de leurs méthodes : enlèvements, viols, tortures, actes de barbarie…
Jusqu’à ces «quarante Européens séquestrés» jus­qu’à ce que mort s’ensuive pour servir de «donneurs de sang» aux combattants FLN !

 

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Charnier de l'Haouch Adda (Maison Carrée)
le 22 mai 1962
Collection Photos Général Rolet

source

Ces faits, démontre l’ouvrage, étaient connus, et même soutenus, par les dirigeants algériens de l’époque. Aussi incroyable que cela puisse paraître, écrit-il, «il n’y eut aucune poursuite judiciaire de la part de la justice algérienne contre ceux qui s’étaient rendus coupables d’exactions ou de meurtres».

 

complicité française

Mais les archives secrètes  n’épargnent pas non plus les autorités françaises et le rôle des “barbouzes” envoyés sur place : oui, des Français ont torturé d’autres Français ; oui, des listes de militants supposés de l’OAS ont été transmises aux insurgés ; oui, des ordres ont été donnés afin de ne pas intervenir, con­damnant à mort des centaines d’hommes, de femmes et d’enfants… Au-delà de la passivité, une véritable complicité.

Comment qualifier autrement l’attitude – révélée par un rap­port – de ces gendarmes mobiles ren­dant à ses bourreaux FLN un ressortissant français «torturé à l’électricité et battu» qui était parvenu à s’enfuir et  à se réfugier dans leur cantonnement ?

«Que la raison d’État – des deux côtés de la Méditerranée – l’ait emporté sur quelques milliers de vie, cela n’est pas propre à la guerre d’Algérie, au moins faut-il le reconnaître», écrit Jean-Jacques Jordi. Pas plus que les événements ne le furent, la repentance ne peut pas, et ne doit pas, être à sens unique.

Cinquante ans après, le moment est sans doute venu pour l’Algérie, comme pour la France, de reconnaître ce que fut – aussi – ce conflit : le martyre des pieds-noirs et des harkis. Nicolas Sarkozy s’y était engagé en 2007 à Toulon lors de sa campagne électorale. Osera-t-il, à l’occasion des cérémonies du cinquantenaire, braver le “politiquement correct”, aujourd’hui clairement désavoué, et tenir sa promesse ?

Arnaud Folch
source

 

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lundi 31 octobre 2011

L'histoire coloniale n'a jamais été très importante en France...???

subrahmanyam 

 

les bévues de l'historien indien Soubrahmanyam

 

À l'occasion des Rendez-vous de l'histoire de Blois, l'historien indien a déclaré un peu légèrement : "L'histoire coloniale n'a jamais été très importante en France, ça commence maintenant. Cherchez un grand nom d'historien de l'Indochine en France, il n'y en a pas. Pour le Maghreb, c'est un peu mieux. Mais les "grands noms" de la recherche historique en France, de 1850 à nos jours, ce sont soit des gens qui travaillent sur la France, l'Europe occidentale, la Méditerranée, un peu le transatlantique, l'Amérique latine, quelques sinologues..."

http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/10/13/passer-de-l-histoire-comparee-aux-histoires-en-conversation_1587083_3232.html

Pour quelqu'un qui a longtemps fréquenté la France et ses institutions universitaires (EHESS), cette appréciation est surprenante et même scandaleuse. N'y a-t-il aucun grand historien de l'Indochine en France...? Et Pierre Brocheux alors ? qui a longtemps travaillé avec Daniel Hémery... Pierre Brocheux dont la bibliographie est impressionnante et qui vient de publier Une histoire du Vietnam contemporain. La nation résiliente (Fayard, 2011).

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Pierre Brocheux

- voir sa bio-bibliographie dans le Répertoire des historiens du temps colonial

- voir Indochina, An ambiguous colonization, 1858-1954

- voir Une histoire économique du Vietnam

- voir Une biographie de Hô Chi Minn par Pierre Brocheux

- voir À propos des souvenirs de Dang Van Viet, colonel Viet Minh

- voir À propos du quô ngu et d'agression culturelle

 

9782213661674 

 

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Posté par michelrenard à 15:35 - - Commentaires [1] - Permalien [#]