jeudi 5 janvier 2012

8 mai 1945 à Chevreul (Beni Aziz)

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une enquête du cinéaste Jean-Pierre Lledo

général Maurice FAIVRE

 

Jean-Pierre Lledo, Grand-père a tué deux colons. Le 8 mai commence avec le massacre des innocents,  Ed. Atlantis, 2011, 232 pages, quelques photos et un DVD, 29 €.

Le cinéaste fait une enquête à Chevreul (Beni Aziz aujourd’hui) avec son ami Ahmed Zir, qui cherche à confirmer la responsabilité de son grand-père dans un assassinat de colons. L’enquête confirme que 9 Français ont été tués le 9 mai à Chevreul, mais que le grand-père d’Ahmed n’est pas coupable.

Il est évident cependant que l’insurrection, préparée depuis plusieurs mois, a été une action de  guerre sainte pour la cause de Dieu, une véritable épuration ethnique. Lledo souligne les non-dits de cette histoire et montre que les témoignages des Français et des Musulmans se recoupent et ne confirment pas ce que certains historiens appellent  la guerre des mémoires.

Cet ouvrage s’emploie ensuite à réfuter les thèses du film Hors-la-loi, en faisant appel aux  témoignages de quelques survivants et aux écrits de Maurice Villard, Roger Vétillard, Redouane Tabet et Ferhat Abbas. Le testament de ce dernier condamne les chiens enragés et les énergumènes tarés qui ont déclenché le soulèvement. Vétillard récapitule toutes les évaluations des victimes de la répression, qui vont de 1.500 à 100.000 tués ; il confirme que des milices ont été constituées dans 5 localités (Guelma, Bône, Djdjelli, Saint Arnaud et Fedj-Mzala) ; il montre qu’en 2005, Stora a produit trois estimations différentes (8.000, 15.000 et 20.000). Plus objective paraît l’estimation du général Tulard (3 à 4.000).

En conclusion de cet ouvrage, qui précise nombre de faits historiques, Wolf Albes revient sur la vision totalitaire et stalinienne des insurgés et cite Boualem Sansal, pour qui «les grands criminels font de leurs victimes des coupables qui méritent le châtiment».

 Maurice Faivre

- lien vers le site de l'éditeur

- le livre peut être commander directement sur le site des éditions Atlantis :

www.editionatlantis.de

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présentation de l'éditeur

8 mai 1945 : de nouvelles histoires à ne pas dire…

Dans Algérie, histoires à ne pas dire, pour la première fois au cinéma, des Algériens musulmans racontaient les massacres qu’ils ont commis à l’encontre de civils européens pendant la guerre d’Algérie (1954-1962).

Le livre-DVD Grand-Père a tué deux "colons" révèle de nouvelles "histoires à ne pas dire" qui se situent pendant l’insurrection manquée du 8 mai 1945 dans la région de Chevreul (Béni-Aziz). Ahmed Zir, le protagoniste de ces séquences, part à la recherche de l’histoire de son grand-père : celui-ci a-t-il vraiment tué deux colons avant d’être exécuté à son tour par l’armée française ?

Plusieurs témoins musulmans évoquent avec gêne le sort déshonorant que les insurgés réservaient à leurs victimes européennes dans ce véritable Djihad. Un chef local avoue aussi avoir été sauvé in extremis de l’exécution par son employeur pied-noir, lors d’une action de riposte de l’armée française.

En faisant voler en éclats l’histoire officielle algérienne de mai 1945, ce livre-DVD est un hommage à toutes les victimes innocentes – celles de l’insurrection musulmane, tout comme celles de la répression par l’armée française.


Dans ce livre, vous trouverez :

- un DVD de Jean-Pierre Lledo (58 minutes) ;

- le scénario complet du DVD avec 50 photos ;

- plusieurs documents, analyses et commentaires sur l'insurrection du 8 mai 1945 à Chevreul (Béni-Aziz) et à Sétif de Jean-Pierre Lledo, Roger Vétillard et Maurice Villard ;

- des extraits de Mon testament de Ferhat Abbas concernant l'insurrection de mai 1945 ;

- une analyse de Wolf Albes du film Hors-la-loi de Rachid Bouchareb (50 pages) ;

Livre-DVD : 230 pages, 50 photos

ISBN 978-3-932711-34-3

Prix : 29 €

Sortie le 9 décembre 2011.

www.editionatlantis.de



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rappel

 

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mardi 3 janvier 2012

1975, harkis, Saint-Laurent-des-Arbres

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le combat d'une vie

Hocine LOUANCHI

 

- lien vers http://www.dailymotion.com/video/xl0lyn_hocine-le-combat-d-une-vie_news

En 1975, quatre hommes cagoulés et armés pénètrent dans la mairie de Saint-Laurent-des-Arbres, dans le département du Gard. Sous la menace de tout faire sauter à la dynamite, ils obtiennent après 24 heures de négociations la dissolution du camp de harkis proche du village. A l¹époque, depuis 13 ans, ce camp de Saint Maurice l'Ardoise, ceinturé de barbelés et de miradors, accueillait 1200 harkis et leurs familles.

Une discipline militaire, des conditions hygiéniques minimales, violence et répression, 40 malades mentaux qui errent désoeuvrés et l' isolement total de la société française. Sur les quatre membres du commando anonyme des cagoulés, un seul aujourd'hui se décide à parler.

35 ans après Hocine raconte comment il a risqué sa vie pour faire raser le camp de la honte. Nous sommes retournés avec lui sur les lieux, ce 14 juillet 2011. Anne Gromaire, Jean-Claude Honnorat

Et pour compléter le documentaire, réécoutez sur SUD RADIO, «podcasts» l'émission du 8/11/11, de Karim Hacene, Enquêtes et Investigations, sur les harkis le camp de saint maurice l'ardoise en 2 parties


- autres liens : le blog de Philippe Poisson (avec de nombreux liens)

 - le blog Harkis 1. 2. 3.

 

 

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Hocine Louanchi

 

 Harkis
le Logis d’Anne en Provence

 

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lundi 2 janvier 2012

médecins de brousse au temps colonial

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médecins de brousse à l'époque coloniale

 un documentaire d'Arte mardi 3 janvier 2012

 

Mardi 3 janvier 2012 de 22h55 au mercredi 4 janvier 2012 00h20 sur Arte

Synopsis de Médecins de brousse

Pendant toute l'époque coloniale, des médecins militaires français ont accompagné l'armée dans ses périples. Le rôle de ces «médecins de brousse» n'était pas seulement de soutenir les troupes, ils voulaient aussi soigner les populations et se considéraient comme des humanistes. Ainsi ont-ils endigué, notamment en Afrique centrale, la lèpre, la peste ou encore la maladie du sommeil. Cette action impliqua parfois de s'opposer à l'administration et à l'armée, dont ces praticiens faisaient partie. Le réalisateur François Caillat s'attache plus particulièrement à l'action du docteur Léon-Clovis-Eugène Jamot, durant les années 1930.

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La critique TV de télérama du 24 décembre 2011

Ils étaient en premier lieu chargés de soigner les troupes. Au fil des années, les médecins militaires envoyés dans les colonies se sont aussi mis à soigner les populations autochtones. Par humanisme ? Curiosité médicale ? Mission civilisatrice ? C'est à cette ambivalence que s'intéressent les réalisateurs François Caillat et Silvia Radelli.

Entre Brazzaville et Yaoundé, ils retracent l'histoire d'Eugène Jamot, «médecin de brousse» connu pour avoir vaincu, dans les années 1920, la maladie du sommeil. On est sidéré par son art de la communication, à l'époque de la grande ­Exposition coloniale de 1931 : photos et films étalaient ses prouesses médicales sur les populations du Cameroun.

Au début du siècle, beaucoup des épidémies qui ­décimaient les populations africaines (fièvre jaune, ­variole) étaient ironiquement aggravées par les colons eux-mêmes - en faisant voyager des travailleurs locaux, ils mélangeaient les tribus. Prévenir ces maladies infectieuses, qui mettaient en péril le commerce des colonies, devenait une nécessité économique. Le médecin blanc imposait alors microscopes et seringues au sein d'une culture de médecine traditionnelle où les maladies étaient l'oeuvre des «génies».

Le film donne la parole à des médecins militaires et à des historiens africains. On s'agace du corporatisme des uns et de la parole partisane des autres. S'y ajoutent un montage lent et une réalisation sans relief, qui rendent l'ensemble beaucoup trop long. Dommage : les images d'archives inédites sont riches et glaçantes, et le sujet passionnant.

Perrine Dutreil
source

 

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maternité de brousse, province de Bien Hoa en Cochinchine - source

 

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Datkar, école de médecine, 1930/1960 - source

 

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dimanche 1 janvier 2012

le suicide du colonel Robert Jambon

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ma dernière cartouche

ultime combat pour une cause orpheline

colonel Robert JAMBON

 

Le jeudi 3 novembre 2011, ont eu lieu à RIOLS (Hérault) les obsèques du colonel Robert JAMBON, Commandeur de la Légion d’Honneur. Cet officier qui avait passé quelques années dans les maquis H’mong des Hauts Plateaux s’est tiré une balle dans la tête le 27 octobre 2011 devant le monument aux morts indochinois à Dinan.

Comme le commandant Denoix de Saint Marc, comme tous ceux qui ont versé leur sang pour la liberté des peuples d’Indochine, il avait mal vécu d’avoir abandonné ses compagnons de combat H’mong.

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soldats laotiens

 

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 Ma dernière cartouche

Non ! Le LAOS n’était pas une «colonie» comme les autres. Nous ne l’avions pas pris de force: il s’était donné à nous librement à la suite d’une sorte d’attirance réciproque nouée à l’occasion d’événements dramatiques. «À la conquête des coeurs !» écrivait Auguste PAVIE dont la personnalité attachante avait séduit le vieux Roi Oun KHAM qui avait placé son royaume sous la protection de la France pour échapper à la cruelle tutelle du voisin siamois.

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jeunes filles H'mong

Non ! Les Laotiens ne sont pas un peuple comme les autres. Leur art de vivre, leur façon d’être heureux malgré, ou peut-être à cause, d’une extrême pauvreté ; leur aménité, leur nonchalance (parfois stigmatisée par leur laborieux voisins vietnamiens, la bouleversante douceur de leurs femmes, la gentillesse de leurs enfants en font un peuple à part dans un monde dominé par la loi du profit.

À l’exception notable des H’mongs, victimes depuis 1975 d’un véritable génocide, ce ne sont pas de farouches guerriers mais ils savent, sans se plaindre, mourir au combat et ont le courage de se faire tuer en se portant au secours d’un frère d’armes. C’est ainsi que, le 17 juillet 1950 vers 14 h, près de Ban Saka, le chasseur Ba LAN, mortellement frappé à mes côtés, ne prononce qu’un mot, thièp, pour signaler qu’il est blessé ; il s’éteint, 10 heures plus tard, sans avoir une seule fois crié sa souffrance !

Et lorsque, le 7 juillet 1954, je me débats dans la Nam Hin Boun en crue sous les tirs d’une cinquantaine de Viets, le sergent LIENE qui a déjà traversé la rivière fait demi-tour et se jette è l’eau pour me secourir ; il est tué d’une balle dans la tête à quelques brasses de moi ! Et le lendemain (8 juillet), alors que, blessé, j’étais dans l’incapacité de franchir une barre calcaire de plusieurs centaines de mètres de haut pour rejoindre les miens, de braves paysans lao m’ont littéralement porté par dessus l’obstacle, et cela au péril de leur propre existence !

femmes village H'mong
femmes dans un village H'mong

Non ! Les Laotiens n’étaient pas des amis comme les autres, ceux qui vous oublient lorsque viennent les épreuves et les dangers : quand les Japonais exécutèrent leur «coup de force» du 9 mars 1945 avec une traîtrise peu en rapport avec les principes du «bushido», il y eut, en de nombreux endroits, et notamment à Thakkek, une véritable chasse à l’homme blanc. Ceux qui étaient pris étaient souvent décapités. Monsieur Henri FRAISSE, Sous-préfet à Mortagne-au-Perche en 1991, se souvient : petit garçon habitant Thakkek avec ses parents, lui et sa famille ont été sauvés par des Laotiens qui, au péril de leur vie, les ont emmenés, cachés et nourris jusqu’à ce que tout danger soit écarté. Et, dans tout le pays, les Laotiens ont agi de même, au secours des Français menacés.

C’est dans ce contexte d’amitié partagée que la France, du temps de sa grandeur, a signé, après Dien Bien Phu dont le choix avait été dicté par le souci de protéger le Laos, trois traités garantissant la liberté et l’indépendance du royaume du Million d’Eléphants et du Parasol Blanc.

D’abord le Traité de Genève de 1954 mettant fin à notre guerre d’Indochine. Ensuite, les Accords de Genève de 1962 garantissant la neutralité du Laos. Enfin, le Traité de Paris de 1973 pour le respect et la reconnaissance de l’indépendance, de la souveraineté et de l’intégrité territoriale du Royaume du Laos. Or ces accords ont été violés, sans réaction notable des signataires, par la République Démocratique du Viet Nam (devenue depuis République Socialiste du Viet Nam) : dès le retrait précipité des Américains fin 1975, d’importantes forces armées nord-vietnamiennes ont envahi le Laos et permis aux maigres effectifs communistes lao de s’emparer du pouvoir par la force lors du «coup d’État» du 2 décembre 1975.

colonne de retour du Laos
colonne de retour du Laos (source : ANOM, basse Ulysse)

Il faut savoir que les effectifs vietnamiens engagés à cette occasion ont été (officiellement) démobilisés sur place et convertis en ouvriers travaillant dans le cadre d’un projet de développement rural financé par les aides internationales. En réalité, ces aides ne font qu’entretenir une armée d’occupation vietnamienne abritée dans la Zone Spéciale Stratégique de Xay Somboun (au sud ouest de Xieng Khouang), véritable Base de regroupement de soldats et cache d’armes lourdes (artillerie et blindés). Ces importantes forces vietnamiennes sont toujours prêtes à intervenir sans délai en cas de soulèvement populaire ou de coup d’État contre le gouvernement actuel, mis en place par Hanoï.

C’est d’ailleurs dans cette zone qu’ont eu lieu les répressions les plus féroces contre les résistants H’mongs désespérément accrochés au fameux massif du Phou BIA. En outre, il m’a été confirmé par différentes sources (dont certaines sont implantées au sein même du pseudo Gouvernement Laotien), que le Viet Nam avait procédé, depuis plusieurs années, à une massive colonisation de peuplement en installant au Laos, sur les meilleures terres, 3 millions de vietnamiens communistes bénéficiant d’avantages exceptionnels. De surcroît, on constate une mainmise des vietnamiens sur les différents services artisanaux (coiffeur, menuisier, épicier, boucher etc.) au détriment des Laotiens.

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 vérification d'une pirogue de marchandises, années 1920-1940 (ANOM)

Lorsque, fin 1975, les Américains se sont «désengagés» du conflit vietnamien, je n’ai pas compris que le Laos allait perdre son indépendance et qu’une inhumaine dictature communiste allait lui être imposée par la force des armes. Nos gouvernants ont feint de croire qu’il s’agissait d’une affaire intérieure laotienne, ce qui les dispensait d’agir dans le cadre de nos engagements. Et lorsque le père Jean-Marie OLLIVIER, oblat de Marie Immaculée, a voulu dénoncer, pour en avoir été témoin, cette ingérence d’une puissance étrangère dans les affaires intérieures d’un État indépendant, on lui a répondu … qu’on «ne voulait pas le savoir» ! J’ai, d’ailleurs, écrit à ce sujet un article contenant le récit détaillé du Père OLLIVIER sous le titre  «Les lépreux de SOMSANOUK et le Missionnaire qui en savait trop».

Par suite du mutisme complice des autorités françaises, je n’ai appris l’asservissement du Laos qu’en 1999, en lisant le témoignage terrifiant du Colonel Khamphan THAMMAKHANTI, l’un des rares rescapés de ces goulags qui font partie de la «culture» communiste.

Ce récit, intitulé «La vérité sur le camp-prison N°01 ou camp de la mort au point 438-745» m’a été transmis par SAR le Général Tiao SAYAVONG, ancien commandant de la 1ère Région Militaire (Luang Prabang) et demi-frère du roi Sri Savang VATTHANA. Ce Général, que j’avais connu lieutenant à Thakkek en 1954, avait lui-même passé 16 ans en camp de «rééducation». Quelque temps après avoir témoigné, lui et le Colonel THAMMAKHANTI sont morts des suites des mauvais traitements qu’ils avaient endurés…

Avec une grande naïveté, j’ai pensé que nos «médias» et nos gouvernants n’étaient pas «au courant». Il m’appartenait donc de dénoncer le crime. Ce que j’ai fait en m’adressant aux grands journaux, aux mouvements de défense des peuples opprimés, aux politiciens, à M. CHIRAC puis à son épouse, à certaine vedette de la chanson, à M. KOUCHINER. à M. MENARD, à M. d’ORMESSON, à M. DEVEDJIAN, au candidat puis au Président SARKOZY et à son épouse. Les réponses sont allées du silence méprisant aux justifications minables ou mensongères. Et j’ai fini par comprendre qu’ils étaient tous «au parfum», un parfum de cadavres, et que tous participaient à cette conspiration du silence qui protège les crimes communistes.

Et puis, au début de l’année 2010, est arrivé l’inacceptable : 4200 H’mongs enfermés depuis des décennies dans un «camp de regroupement» thaïlandais ont été livrés à leurs bourreaux lao-viets afin d’améliorer encore les bonnes relations (commerciales) nouées depuis déjà longtemps entre la République Démocratique Populaire Lao et le Royaume Thaïlandais.

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carte postale ancienne

Survenant au moment où l’on «commémorait» la sinistre «rafle du Vel. D’Hiv.» commise pour des raisons ethniques sur des effectifs comparables, ce crime (connu avant d’être consommé) aurait dû soulever une énorme vague d’indignation. C’était compter sans le pouvoir discrétionnaire des journalistes de tous bords qui ont littéralement escamoté l’événement. À part deux ou trois brefs communiqués, que personne n’a repris mais qui pourront, plus tard, servir d’alibi, et ce sont toutes les «belles consciences brevetées» qui sont restées muettes, enveloppant dans un linceul de silence les 4.200 H’mongs partis pour leur dermier voyage…

Après une période de découragement, j’ai décidé de jouer ma dernière carte ou, plus exactement, de tirer ma dernière cartouche. Dans ma tête. En d’autres termes, je vais me «faire sauter le caisson» pour expier ma part de honte et protester contre la lâche indifférence de nos responsables face au terrible malheur qui frappe nos amis Lao. Ce n’est pas un suicide mais un acte de guerre visant à secourir nos frères d’armes en danger de mort. Quant à vous, les gouvernants sans honneur, vous, les grands «média» sans courage et vous, les «collabos» sans vergogne, je vous crache mon sang et mon mépris à la gueule !

Je demande pardon à tous ceux qui m’aiment pour le chagrin que je vais leur causer.

Le Colonel Robert JAMBON
Retraité des Troupes de Marine

Merci à Elsasser

 

Laos cpa colonie française

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samedi 31 décembre 2011

traces coloniales dans le paysage français

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un guide raisonné,

plus qu’un discours historique sur la mémoire

Marc MICHEL

 

Robert ALDRICH, Les traces coloniales dans le paysage français, Monuments et Mémoires, Publications de la Société française d'histoire d’outre-mer, Paris, 2011 388 pages, index.

S’il fallait prouver la vitalité de de la Société française d’histoire d’outre-mer et l’intérêt des travaux qu’elle publie, ce livre en serait une des meilleures preuves.

Robert Aldrich, professeur d’Histoire européenne à l’Université de Sydney est déjà connu par des travaux remarquables sur l’histoire coloniale française. Le livre ici n’est pas vraiment organisé chronologiquement ; il se présente plutôt comme un catalogue systématique des œuvres de toutes sortes, statues et monuments, bien sûr, mais aussi les cimetières, les musées, les lieux de mémoire, même les commémorations etc… témoignant du passé colonial de la France. L’auteur s’adressait au départ à un public anglo-saxon à qui il voulait faire découvrir ce passé à travers les traces qu’on pouvait en trouver sur le territoire de la France métropolitaine : curieusement, il n’y inclue pas les départements d’outre-mer.

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statue de Francis Garnier, av. de l'Observatoire à Paris

Aussi son «invitation au voyage» (expression qu’il emploie lui-même) est-il plus une sorte de guide géographique et sa surprise a été, visiblement, de découvrir tant de lieux de mémoire en province… et d’une série de focalisations sur «des mémoires», celle de l’Algérie en métropole, celle de certains «héros», celle des musées et des expositions...

Les analyses de détail sont toujours intéressantes et très informées ; elles font une place importante aux débats du présent allant jusqu’aux controverses qui ont entouré la création du musée du Quai Branly et à celle du Musée de l’Immigration. On peut parfois se dire que certaines de ces analyses sont empreintes d’un caractère d’évidence un peu court, qu’on ne peut s’étonner que les musées coloniaux militaires aient été conçus comme des musées de glorification militaire (le Musée des Troupes de Marine se trouve dans l’enceinte des camps de Fréjus et puise ses origines dans  l’initiative d’Anciens de ces troupes), que les figures allégoriques de l’Asie et de l’Afrique aient été des femmes plus ou moins dénudées (la femme dénudée a été un poncif artistique) et que les «héros» aient été des hommes.

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Plus étonnant dans un livre aussi érudit, l’absence de certains monuments au profit d’autres, comme celle du fameux monument à la gloire des soldats noirs à Reims, qui fut le premier monument détruit part les Allemands en juin 1940 et dont un second exemplaire se trouve à Bamako. Il est vrai que  Robert Aldrich a pris soin de limiter son étude à des «traces» et au «paysage français».

On ne peut s’empêcher, cependant, de se poser une question de savoir quels ont été les monuments, les lieux de mémoire etc… dans les colonies elles-mêmes et quel a été leur destin.  L’ouvrage est sous-tendu par les controverses sur la mémoire de la guerre d’Algérie et la question de l’immigration ; ce sont évidemment les questions du présent. Il semble indiquer qu’une sorte de fièvre mémorielle coloniale – ou plutôt anticoloniale-  s’est emparée de de la France contemporaine ; peut-être en aurait-il fallu en relativiser l’importance par rapport à d’autres engouements mémoriels récents, la mémoire de la Grande Guerre, celle de la Résistance, celle de la Shoah etc… également «revisités».

La conception même de l’ouvrage ne permet pas de situer ces changements dans un développement historique ajusté à une périodisation ; l’ouvrage, remarquablement présenté, dense, accompagné de deux index et de photos, reste  une sorte de guide raisonné, plus qu’un discours historique sur la mémoire. L’absence de conclusion ne permet d’ailleurs pas de se faire une idée claire sur ce que l’auteur a tiré de son enquête et de sa position personnelle.  Bref, un livre érudit et utile, en particulier aux enseignants aux prises avec l’histoire locale.

Marc MICHEL

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quelques remarques au sujet

de la Mosquée de Paris

Michel RENARD

 

Robert Aldrich consacre quelques pages de son ouvrage à la Mosquée de Paris (p. 55-58). Il y commet quelques erreurs.

1) Il dit dabord que "dans les années 1890, les officiels musulmans de l'Afrique du Nord française expriment leur désir de faire construire une mosquée à Paris". Il n'existe aucune trace de cette demande. Le souhait fut alors exprimé par le Comité de l'Afrique française, présidé par le prince d'Arenberg qui a créé, le 8 mai 1895, un comité pour la construction d'une mosquée à Paris. Les membres de ce groupe avaient compris qu'une domination coloniale durable devait mettre de son côté la religion des "indigènes" et non entreprendre de l'éliminer. L'initiative fut relayée quelques années plus tard par la Revue Indigène de Paul Bourdarie dès 1906. En enfin par le ministère des Affaires étrangères qui mit en place les moyens institiutionnels pour faire aboutir le projet (constitution de la Société des habous des Lieux saints de l'islam en février 1917 et financement initial de l'opération).

2) Il dit plus loin que "les gouvernements coloniaux, notamment l'administration de Lyautey au Maroc, payèrent la plupart des frais de construction du bâtiment et fournirent des meubles...". Cela est faux.
Le Maroc n'a eu aucune part prépondérante dans le financement de la Mosquée de Paris. Je ne sais pas d'où vient cette affirmation...
La France a voté une subvention de 500 000 francs (loi promulguée le 19 août 1920 par le président de la République), la Ville de Paris a voté une subvention de 1 620 000 francs (15 juillet 1920) destinée à l'achat du terrain, et des fonds ont été levés dans les pays musulmans colonisés par la France. Pour quels montants ? Le 22 mai 1925, à la séance de la Commission interministérielle des Affaires musulmanes, Si Kaddour ben Ghabrit "expose l'état d'avancement des travaux de la Mosquée de Paris dont l'achèvement a été prévu pour le mois d'octobre prochain. Il indique [que] les souscriptions consenties par les Musulmans de nos possessions et pays de protectorat sont à peu près recouvrées. Ces souscriptions se sont élevées, en chiffres ronds, à 3 250 000 francs pour le Maroc, 3 500 000 pour l'Algérie, 692 000 francs pour la Tunisie, et 240 000 francs pour les autres colonies françaises" (archives du Ministère des Affaires étrangères, Levant, 1918-1940, Arabie-Hedjaz, volume 33 : Pèlerinage à la Mecque, 1922-1927).

3) S'appuyant sur une référence à Neil MacMaster, Robert Aldrich affirme que "la plupart des 60 000 Nord-Africains vivant à Paris ne fréquentaient pas la Mosquée". Rien n'est vraiment établi sur ce point. Il n'y a aucune source. Il est probable que la fréquentation quotidienne ne devait pas être très nombreuse, tout simplement parce que les immigrés étaient des travailleurs non libres de leur emploi du temps quotidien (contrairement aux étudiants, retraités, commerçants baissant le rideau... ou chômeurs d'aujourd'hui...). Mais lors des fêtes (aïd el-Sgheir, aïd el-Kebir), l'affluence était impressionnante, les immigrés algériens venaient de la banlieue parisienne à pied pour assister à la prière et aux cérémonies. La piété n'est pas en cause, seulement les disponibilités matérielles.

4) Robert Aldrich note, enfin, que "ces dernières années, l'Institut musulman a ressenti les secousses des conflits postcoloniaux, relatif notamment à l'influence de certains pays sur ses dirigeants et sur les différents courants islamiques au sein de ses activités. Le recteur de la Mosquée est le chef du Comité national islamique établi en 2003 et le chef quasi officiel de la communauté musulmane en France".
Confusion généralisée. La Mosquée de Paris est depuis le début des années 1980 sous la coupe financière et institutionnelle de l'État algérien. L'islam en France, sous sa forme organisée, est sous la domination des affiliations nationalitaires (Algérie, Maroc, Tunisie, Turquie...), des organismes internationaux du type Tablîghî Jamâ'at ou Frères Musulmans, courants salafistes et autres, ou encore des confréries africaines. Le Conseil Français du Culte Musulman créé en 2003 sous l'initiative de Nicolas Sarkozy n'est qu'une coquille vide... Il s'occupe plus de politique que de culte. Le recteur de la Mosquée de Paris n'est pas considéré comme le "chef de la communauté musulmane en France"... sauf par le ministère de l'Intérieur... et encore...

Il était aisé de vérifier tous ces points par la lecture de l'ouvrage collectif Histoire de l'islam et des musulmans en France du Moyen Âge à nos jours, Albin Michel, 2006 ; réédité en Livre de poche, "Pochothèque" en 2010.

Michel Renard

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vendredi 30 décembre 2011

Philippeville, 1955

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L'Écho d'Alger, 21-22 août 1955

 

Philippeville et l’après 20 août 1955

Contribution à l’histoire

de la fin de l’Algérie française

Michel MATHIOT

 

Ce texte préfigure un ouvrage à paraître. Il annonce les questions principales posées aux archives, aux témoignages, et qui seront développées dans une monographie micro-historique de Philippeville, ses quartiers, ses banlieues et ses habitants au moment du 20 août 1955.

Plus de quatre-cent-cinquante récits individuels d’époque ou actuels, plus de 12 000 feuillets d’archives sont utilisés. Certains présentent un caractère unique. Partir du terrain et d’une analyse fine des archives et des témoignages pour en déduire une histoire locale, c’est introduire le genre micro-historique dans l’histoire de la guerre d’Algérie. Il s’agit d’établir des faits, ce qui n’a pas été effectué sauf de manière partielle ou globale.

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enfants "européens", victimes des massacres du FLN

Au moyen d’informations longtemps demeurées secrètes ou non élaborées, il s’agit de compléter l’étude de Claire Mauss-Copeaux dans ses deux ouvrages et de montrer la logique politico-militaire qui, à un moment donné dans le creuset philippevillois, a permis que les événements se déroulent de cette manière, de poser la question des responsabilités de centaines de morts à Philippeville, mais également de l’évolution catastrophique du conflit. À cet effet nous ne ferons pas l’économie d’une étude historique de Philippeville en perspective sur l’année 1955.

Dans la nuit du 1er novembre 1954, les «événements» d’Algérie émettent leurs premiers soubresauts. L’Algérie commence une guerre avec d’un côté des armes de civils : police, gendarmerie, justice, juste ce qu’il faut de militaires en temps de paix, et quelques maquisards de l’autre. Elle a connu différents régimes politiques pour le compte d’une intelligentsia travailleuse et fière de ses racines, d’un petit peuple non moins laborieux et d’une volumineuse population indigène qui s’en remet à ses choix. Cet ensemble en équilibre instable avait survécu à divers soulèvements en cent-vingt-quatre ans. Depuis le 1er novembre, la rébellion dure tant bien que mal.

Philipeville panorama

Entre le massif de l’Edough au levant et celui de Collo au couchant, voici Philippeville, commune de près de 70 000 habitants sur la côte où Français musulmans et Européens se répartissent à égalité, à dominante européenne en ville. Bâtie sur les flancs d’un ravin nord/sud, la ville débouche sur l’étendue fertile de la plaine du Saf‑Saf. De part et d’autre se font face le Skikda, avec l’hôpital à l’Est, le Bou Yala avec la porte des Aures à l’Ouest, qui communique avec un autre ravin : le Beni-Melek où se blottissent des villas et, plus au fond, des fermes et des mechta.

Philipeville allées Barrot
Philipeville, allées Barrot

 

Vers le sud, une route prolongeant la rue Clemenceau conduit au stade municipal par les allées Barrot, une autre traverse en oblique le faubourg de L’Espérance et le Montplaisant vers Constantine. Un peu plus loin, le djebel Soubouyou forme un V entre les routes de Valée et de Saint‑Antoine, avec le cimetière musulman abandonné de Zef-Zef, la mechta des «Carrières Romaines» et des fermes européennes du même nom.

Philipeville rue Clemenceau

Vers l’Est, La plage de Jeanne-d’Arc s’étend sur plusieurs kilomètres jusqu’à la mine de fer d’El‑Alia où les ouvriers besognent dans un isolement total.

Philippeville Béni-Melek
Philippevile, le ravin des Beni-Melek

 

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Des événements graves sont en gestation, et vont se dérouler dans ce chef-lieu d’arrondissement dont le calme est largement perturbé depuis le début de l’année. De quels événements s’agit-il ? Des massacres, il va y en avoir. Oui, mais lesquels ? Quels ont été les ressorts de ces massacres ? Quels drames les habitants de Philippeville et de ses banlieues vont-ils vivre dans les rues, les maisons, les fermes et les mechta, dans leurs biens et dans leur chair ?

Plus que des faits qu’il faut établir dans toute leur dureté, ce sont des sentiments de peur, de revanche et de violence qu’il faut ne pas oublier, dans toute leur cruauté. Entre la «loi d’urgence» du 3 avril 1955 et le départ du gouverneur général Jacques Soustelle le 9 février 1956, "l’après 20 août" à Philippeville sert de catalyseur à la guerre et fournit, en quelque sorte, un passeport pour l’exode.

 

L’attaque

Le 20 août en début de matinée un barrage de feu est déclenché à proximité des «Carrières Romaines» par une patrouille de police, dépêchée sur renseignement au-devant de colonnes de «hors-la-loi» se dirigeant vers la ville avec armes et fûts d’essence. À la mi-journée, le restant de ces colonnes populaires pénètre dans la ville, venant de Valée, des «Carrières Romaines», et du Beni‑Melek par la porte des Aures et le Montplaisant.

Cette foule vient grossir les insurgés dissimulés dans des caves et précédemment infiltrés. Environ six-cent personnes munies de serpes, de couteaux, bâtons et divers instruments tranchants avancent, canalisés par des hommes du FLN en armes et en nombre plus restreint. La caserne Mangin aux portes de la ville et le bâtiment du commandant d’Armes, les commissariats de la police d’État et des Renseignements Généraux sont harcelés.

caserne Mangin 1956caserne Mangin en 1956, à Philippeville

La gendarmerie du Faubourg est attaquée, ainsi que les petites rues du quartier des Aures sur les hauteurs vers la vieille enceinte fortifiée. Des maisons sont assaillies, des voitures incendiées, des magasins pillés. Des dizaines de plaintes instruites en sous-préfecture permettent de reconstituer l’ambiance de cet après-midi. Les Européens surpris se jettent dans des abris, ou sont pris à partie, battus, blessés, voire tués dans la rue. L’armée, déjà alertée, mais dont les effectifs étaient ce jour-là réduits, riposte assez rapidement dès le début de l’après-midi, et fait feu dans un discernement relatif. En revanche, pour le passant ignorant la réalité la surprise est totale. La presse et les archives font état d’une progression des «actes de terrorisme» depuis le début de l’année. Mais entre les «accrochages» dans le djebel ou le harcèlement de fermes isolées, et l’attaque surprise d’une petite ville européenne, il y a – pour le commun des mortels - un fossé à imaginer.

Les foules musulmanes qui ne se sont pas échappées finissent par être stoppées, puis rassemblées. Pour d’autres, c’est un combat sans merci qui se livre jusqu’à ce que mort s’ensuive.

Il est de coutume de se livrer au dénombrement de victimes. Se battre sur des chiffres, les uns faibles et précis, les autres vagues et volumineux, n’est pas le but de cet article où nous les évoquerons en quantité relative. Nous traiterons ultérieurement cet aspect qui prendra en compte les victimes recensées de toute origine et statut social. Quelques morts dus aux attaques et à la riposte immédiate sont comptés parmi les Européens et les forces de l’ordre, plus d’une centaine chez les Français musulmans. L’hôpital recueille des victimes de toute origine, pris en charge par le personnel médical présent à Philippeville ce jour-là.

À la même heure plusieurs troupes FLN d’une quarantaine d’hommes prennent El‑Alia en tenaille, rejointes par des mineurs et villageois, formant une foule d’environ 500 personnes. Les Européens sont attaqués à l’arme blanche. Il y a des femmes et des enfants dans la rue et les maisons. Certains se réfugient, se barricadent, se terrent immobiles dans des remises, des buissons. Des enfants se font liquider sur place. Les destructions sont massives. Ici aussi, la population civile est attaquée par surprise. Des hommes affolés, ayant conservé par‑devers eux quelques armes, tirent et déclenchent une spirale infernale déjà bien engagée car, face à cette maigre défense, les assaillants ripostent en redoublant de sauvagerie, se livrent à des atrocités.

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atrocités commises par le FLN contre des enfants

Des femmes sont poignardées dans le dos, des hommes sortis de leur cache également. Les photos montrant des corps mutilés - particulièrement des enfants alignés sur la terre battue - prouvent la violence employée par les insurgés. Entre temps la troupe est intervenue grâce au directeur de la mine, "marathonien miraculé" arrivé au pas de course à travers bois et dunes au camp Pehau, centre d’instruction militaire à dix kilomètres sur la plage. Aidée de l’aviation, elle riposte en anéantissant les insurgés attardés sur le terrain, abandonnés par les maquisards en fuite. Le beau livre de témoignage de Louis Arti (1) restitue l’atmosphère et les sentiments des humains assiégés et terrorisés, ayant perdu trente-cinq de leurs proches.

Les pertes officielles et publiées pour le Nord‑Constantinois sont de soixante-et-onze Européens civils, vingt-et-un Français musulmans, trente-et-un des forces de l’ordre, et il serait intéressant de brosser un tableau de l’insurrection dans son ensemble car d’autres localités sont attaquées, et l’événement va affecter le destin de l’Algérie toute entière. Nous choisissons d’en décrire l’épicentre philippevillois, archétype des modes de violence outrancière, et d’essayer de les expliquer.

Roger Vétillard prépare la publication d’un livre faisant le tour de la question (2). Nous disposons à ce jour des informations fournies sur le Nord-Constantinois par l’enquête pionnière du journaliste Yves Courrières (3) et l’article fondateur de l’historien Charles-Robert Ageron (4) tous deux décédés, ainsi que de l’ouvrage novateur de Claire Mauss-Copeaux (5). Les autres auteurs n’ayant fait – sauf exception - que se recopier les uns les autres.

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cimetière de Philippeville

 

Les origines

Il est possible que les Français ne partagent pas avec leurs anciens compatriotes algériens le même système de décodage des événements, les mêmes valeurs de référence. L’indigène observe ses conditions de vie à travers le prisme de la richesse, de la justice et de la reconnaissance, et se repose sur ses élites et ses élus. Et c’est dans un précaire équilibre que vogue ce vaste vaisseau de ligne des Français musulmans – "une majorité rurale qui n’était pas en contact avec les Français" (6) - jusqu’à ce que certains, déçus de la politique, se mettent à la barre dans l’intention de donner, en ultime recours et dans la violence, un brutal coup de gouvernail.

Mais, la petite corvette des Européens n’est pas non plus épargnée par les alea de la politique. Le petit peuple pied-noir aussi se repose sur ses élites et ses élus. Il a ses problèmes et n’a la force de s’occuper de la «misère du monde». Tacitement, il consent - comme l’ont fait avant lui ses ancêtres - à cette Société où il vit. "L’Algérie, dans son fonctionnement quotidien, était faite pour [lui]" (7). Des écarts de niveau de vie et d’instruction, de responsabilité ou de justice, il en vit lui aussi. Il ne choisit pas un modèle de Société qui pourrait être différent.

16"Européens" d'Algérie (Oran)

Le Statut de l’Algérie a huit ans d’existence. Aux yeux des élites françaises musulmanes il reste "gangrenée" par l’injustice du «double collège» électoral : une voix européenne valait neuf voix indigènes. Depuis le début de l’année les «actes de terrorisme» ne cessent pas. Le législateur invente «l’état d’urgence» pour le constantinois. Pour être à même d’opposer à ces «actes de terrorisme» une riposte efficace, la loi donne pouvoir à la police et à l’armée pour régler rapidement des situations ordinairement examinées par des juges. D’autre part, aux «hors-la-loi» n’est pas reconnu le statut de combattant lorsqu’ils sont faits prisonniers. Enfin, la récente directive militaire sur la «responsabilité collective» entraîne inévitablement des injustices, en condamnant des populations innocentes de crimes, seraient-elles néanmoins sympathisantes du FLN.

En ce printemps 1955 la «rébellion» totalise quelques centaines d’hommes dans la Zone II de Constantine (future wilaya II), traqués par les paras de Ducourneau. La logistique des maquis n’est pas celle de l’armée française. Les fellagha sont sans bases ni nourriture, sans ressources ni armes et sans liaisons. C’est une caricature, mais il y a beaucoup de vrai.

La «révolution» s’essouffle. En face, le gouverneur Soustelle annonce des réformes. Des élites musulmanes dites modérées vont se voir proposer des discussions, danger majeur aux yeux des chefs FLN dont le but de guerre est l’indépendance. Les efforts déployés par ceux qui ont déclenché le 1er novembre ne sont pas reconnus internationalement. Et surtout manque l’adhésion du peuple indigène qui se montre indécis, effrayé et au mieux attentiste, et qui ne fournit pas le moteur essentiel à une guerre de maquis.

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Zighoud Youssef

C’est au chef de la Zone II, Zighoud Youssef, que revient l’élaboration de la stratégie : grossir les rangs en mobilisant le peuple, trouver gîte et nourriture, capter les ressources des paysans, chercher de l’armement, effrayer les «modérés», se donner un statut dans le concert des nations. Et avant tout, se mouvoir dans le bled "comme un poisson dans l’eau", en enrôlant une population à l’existence précaire et pouvant tout attendre de ceux qui se présentent comme ses sauveurs.

L’idée de base est qu’une bonne stratégie est une stratégie gagnante à long terme, devrait-elle imposer à court terme d’importants dégâts dans les deux camps : Provoquer une levée en masse aux yeux de tous en relançant un conflit qui se meurt, pour passer de «l’acte de terrorisme» à la «guerre de libération». Pour parachever son dessein politique, Zighoud fait coïncider les attaques avec le deuxième anniversaire de la déposition du Sultan du Maroc (20 août 1953). Enfin, il a peut-être répondu à un appel à l’aide des chefs de l’Aures pour détourner vers d’autres cibles les pilonnages de l’armée française, pilonnages constituant en eux-mêmes un appel à la violence.

Mais qu’est-ce que le 20 août ? Des «massacres» seulement ? Claire Mauss‑Copeaux défend la thèse de l’insurrection primant sur «les massacres». Aucun des papiers saisis dans la sacoche de Zighoud Youssef le jour de sa mort en septembre 1956, et dont nous avons consulté une traduction retrouvée dans les archives, ne vient accuser ce dernier de massacres prémédités à finalité politique.

En attaquant non plus des fermes isolées, mais une ville européenne, l’A.L.N. de Zighoud Youssef a voulu montrer au monde qu’elle existait. Mais cette question de l’origine des massacres des Européens mérite de rester en discussion car a contrario dès le mois de juin 1955, alors que le chaudron commençait à bouillir, un rapport des RG de Constantine accrédite la thèse de la préméditation. Pour autant les autorités françaises, aveuglées, manipulés ou non par le FLN, vont reproduire de manière contre‑productive des erreurs déjà commises dix ans plus tôt.

 

Les ripostes

Il faut revenir à Philippeville, car «le 20 août», ce n’est pas le 20 seulement. Ce n’est pas non plus El-Alia seulement. Le «20 août» n’est pas terminé. Celui de Zighoud Youssef est fini. Celui des Français commence.

La riposte a consisté - on l’a vu - à essayer d’étouffer l’attaque en début de matinée : la mechta des «Carrières Romaines» a été neutralisée dès les premiers quarts d’heures. Puis dans les rues tous les efforts se sont portés sur les tireurs et les foules qui ne se s’étaient pas échappées. La caserne Mangin, le stade Cuttoli (le stade municipal), se remplissent sous surveillance militaire. Selon des témoignages des GMC chargés de prisonniers sillonnent les rues. Dans le stade municipal sont alignés les cadavres d’hommes tombés dans les combats de rue. Des camions transportent des prisonniers en direction du djebel Soubouyou qui domine le stade municipal.

À deux kilomètres de la route de Saint‑Antoine, un chemin mène au cimetière de Zef-Zef. Les hommes sont poussés le long des fosses creusées par le bulldozer de l’Ecole d’Agriculture et de Viticulture. À la vue des armes automatiques dirigées vers eux, ils meurent - eux aussi - dans des hurlements de terreur, semblables - dans le même malheur - aux victimes d’El‑Alia. La vulgate mémorielle conserve le stade municipal comme lieu emblématique d’exécutions sommaires et de charnier. Est-ce la réalité ? Aucune source ne le mentionne, contrairement à Zef-Zef. Paul Aussaresses ne valide d’exécutions ni sur le stade ni à Zef-Zef, mais reconnaît la création de la fosse.

À part ses confessions il n’est jusqu’à présent fait mention d’aucune archive détaillant les pertes. Des sources d’époque restées secrètes permettent d’approcher la réalité, de se mettre dans la peau des hauts décideurs de l’époque. Pour l’ensemble du Nord‑Constantinois les historiens se contentent avec dépit d’une "fourchette" de mille-deux-cent soixante-treize (chiffre officiel) à douze mille (chiffre du FLN). Il y eut à Philippeville et sa banlieue cinq cent tués en tout, avec des femmes et des enfants. La description de la mechta martyre faite par le reporter du MONDE, qui a fait l’objet d’une polémique sur laquelle nous ferons la clarté, est aussi éloquente que celle des rescapés d’El-Alia. Elle a le mérite d’exister et d’avoir provoqué le lever d’un voile. Pour autant, les faits révélés grâce à sa présence ainsi que celle de l’envoyé spécial de l’Humanité n’ont pas été retenus par la postérité. Le nombre, la qualité des victimes de la mechta et les circonstances de sa destruction ne sont pas publiés, mais ils seront approchés à l’aide de l’extraordinaire capacité d’archivage de l’administration française.

Au Beni-Melek, la mechta de la Prise d’eau est détruite le 23 et tous les hommes sont enlevés sans espoir de retour. À la Cité Indigène au Faubourg, des dizaines d’habitations sont incendiées. Avec les «Carrières Romaines», ce sont les lieux authentiques de la répression touchant les habitations, leur contenu et leurs occupants : des baraques en dur, des gourbis avec le mobilier, les effets et objets personnels, l’argent et les papiers, ainsi que les réserves alimentaires sont détruits.

Des plaintes évoquent des fusillades mortelles et des enlèvements. Notre monographie s’attachera à entrer pour la première fois dans le détail de cette micro-histoire qui a touché plusieurs dizaines de familles nommément désignées, soit plusieurs centaines de personnes. Entre-temps, c’est dans une atmosphère délétère, mélange de désespoir, de terreur, de ressentiment et de menace que se déroulent le 23 les obsèques européennes devant le cimetière de Philippeville. On n’a pas retrouvé à ce jour et à notre connaissance de récit faisant état d’enterrement des morts indigènes du 20 août.

Du côté d’El-Alia, les reporters de presse n’ont pas laissé de trace. Le gendarme de la brigade des recherches de Philippeville a immortalisé les corps massacrés dans des photos universellement connues. Hormis ces photos les archives sont pour le moment muettes et les sources jusqu’alors utilisées sont exclusivement orales. Mais des rapports inexploités et des archives privées vont permettre de compléter les analyses de Claire Mauss-Copeaux. La découverte de charniers à Filfila et les allusions de l’ancien commandant Aussaresses tendent à attester le scénario de représailles, officiellement autorisées - il faut le rappeler - par l’état d’urgence. Il y eut à El-Alia de deux-cent à trois-cent tués (dont une soixantaine de prisonniers exécutés dans la foulée et une centaine quelques jours plus tard).

Philippeville en 1950
Philippeville en 1950

La poursuite du «nettoyage» n’est pas terminée dans la région. Les opérations de répression dans le Nord‑Constantinois, liées aux événements du 20 août, sont supposées prendre fin vers le 28, si l’on se réfère à une directive sibylline du général Lavaud en date du 26 : «[…] toute action de représailles y compris aérienne risquant mettre en cause vie femmes et enfants sera soumise à décision personnelle général commandant division» (9). Avant cette date les militaires avaient les mains libres. Nous appuyant sur des sources restées secrètes, nous réfléchissons au déroulement du processus de décision dans l’esprit du gouverneur général Soustelle et des généraux de l’état-major entre le 20 et le 26 août. Nous aboutirons à une répartition plus juste des responsabilités que celle ayant habituellement cours dans les écrits sur le 20 août.

Poser des chiffres disponibles et mettre à plat les responsabilités, c’est permettre une petite avancée de l’Histoire, une fin de deuil pour les familles des victimes innocentes et oubliées, et tous les exilés de cette guerre. Plus qu’une journée, le 20 août c’est une semaine. Plus qu’une mine, c’est une ville. Plus qu’un mort, c’est dix morts. Le 20 août est un marqueur essentiel de la guerre en Algérie. On ne peut évoquer les enfants et les femmes égorgés d’El-Alia sans connaître les femmes et les enfants exécutés des «Carrières Romaines» ; les mineurs abattus sans les paysans fusillés de Zef‑ZEF ni les hommes disparus de la Prise d’eau, dont les familles attendent toujours l’acte de décès.

Car si les égorgés ont droit à notre compassion, les fusillés ont droit à la vérité. Les balles des FM français, pas plus que les autres, ne savent faire de différence entre les innocents et les autres. La presse a rendu compte en février et mars 1958 de quinze condamnations à mort sur quarante-quatre prévenus par le tribunal militaire. Le rapport du légiste reconnu erroné, et, plaidant les aveux obtenus sous la torture, les avocats obtinrent le renvoi en cassation. Le jugement du 1er décembre 1958 a maintenu deux condamnations, commuées plus tard en réclusion. Aux yeux de la justice, les «tueurs d’El-Alia» n’en étaient pas.

La semaine du 20 août, ce sont des massacres à analyser ensemble, en perspective historique. Celui d’El-Alia, les fellagha n’ont pas su l’éviter. Celui de Philippeville les Français non plus. La violence est toujours idiote. L’Algérie n’a-t-elle été «soldée» par les Français eux-mêmes ? Les uns depuis des décennies par égoïsme et négligence, les autres depuis cette semaine du 20 août par absence de maturité politique ? L’envoi du contingent et l’élargissement de l’état d’urgence firent le reste. En septembre, les élus du deuxième Collège quittèrent la séance à l’Assemblée Algérienne, estimant ne plus être en mesure de représenter la République aux yeux de leurs mandataires. La violence politique s’empare désormais de la partie la plus massive de la population d’Algérie. Dans la «motion des 61» - soixante-et-uns élus indigènes protestataires - est inscrit «l’exode» de 1962. Dans l’intervalle, tout fut péripétie, sanglante, coûteuse et inutile.

Michel MATHIOT
20 août 2011

 

1 - Louis Arti, EL HALIA, Comp’act, 1997.
2 - Roger Vétillars, Le 20 août 1955, D’El Halia à Aïn Abid, Constantine et Philippeville : un tournant dans la guerre d’Algérie, ouvrage à paraître en 2012 aux éditions Riveneuve
3 - Yves Courrières, La Guerre d’Algérie, T2, Le temps des léopards, 1969.
4 - Ch.-Robert Ageron, « L’insurrection du 20 août 1955 dans le Nord-Constantinois. De la résistance armée à la guerre du peuple », in La guerre d’Algérie des Algérien, 1954-1962, A. Colin, 1997.
5 - Claire Mauss-Copeaux, Algérie, 20 août 1955, Insurrection, répression, massacres, Payot, 2011. Voir également notre critique dans Etudes Coloniales du 4 août 2011.
6 - Mohammed Harbi, El Watan, 26 mai 2011, cité dans LDH Toulon, Les deux rives de la Méditerranée, 30 mai 2011.
7 - M. HARBI, op. cit.
8 - « […] les séparatistes espèrent qu’une répression ‘’sévère et aveugle’’ s’ensuivra et qu’ils pourront, grâce à la complicité du Parti Communiste et d’une certaine presse métropolitaine ‘’monter l’affaire en épingle’’ sur le plan international […] » (ANOM, Préfecture de Constantine, 93 5Q/228, Police des Renseignement Généraux, Constantine, 8 juin 1955).
9 - ANOM 93/424, 93/177, ainsi que Cl. Mauss-Copeaux, Appelés en Algérie, La parole confisquée, Paris, Hachette, 1998, p. 175.

 

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Philippeville, quartier arabe, carte postale ancienne postée en 1905

 

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jeudi 29 décembre 2011

fonds d'archives André Mandouze

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André Mandouze

 

fonds d'archives André Mandouze à Lyon

Gilbert MEYNIER

 

Cher(e)s ami(e)s,
Je ne pense pas vous avoir informés de la mise à la disposition des chercheurs du fonds André Mandouze ("De résistance en résistances") qui a été confié au Centre d'Histoire de la Résistance et de la Déportation (14 avenue Berthelot, 75007 Lyon), dirigé par Madame Isabelle Doré-Rivé.
Ce fonds est important pour les chercheurs, autant ceux qui s'intéressent à l'itinéraire de ce grand latiniste et historien de l'Antiquité (1916-2006) qu'à la résistance durant la 2e Guerre, ainsi que ceux qui travaillent sur la guerre d'indépendance algérienne, sur les réistances qu'elle a suscitées (notamment de la part d'A. Mandouze, cf. Consciences Maghrébines, etc.)
Je me permets de vous donner ci-dessous le site web sur lesquels vous pouvez consulter ce fonds.

Bien cordialement,   
Gilbert Meynier

http://www.chrd.lyon.fr/static/chrd/contenu/pdf/ressources_histo/32000INVENTAIRE-MANDOUZE.pdf

 

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- lien vers le site : http://www.chrd.lyon.fr/chrd/sections/fr/ressources_historiqu/archives_et_collecti/archives

 

9782204070904FS 

 

 

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mardi 27 décembre 2011

génocide en Algérie : la Turquie devrait faire son mea culpa

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Kheir Din Baba Arroudj (Barbe Rousse)

 

Algérie :

la Turquie a la mémoire courte 

 Bernard LUGAN

 

Les déclarations du Premier ministre turc, Monsieur Erdogan, à propos du «génocide» que la France aurait commis en Algérie, relèvent à la fois de l’hystérie verbale et de la plus grotesque manipulation historique. De plus, Monsieur Erdogan est bien mal placé pour parler de «génocide» en Algérie, région qui fut durant trois siècles une colonie ottomane sous le nom de Régence d’Alger (Wilayat el-Djezair en arabe et Gezayir-i Garp en turc), et dans laquelle les janissaires turcs s’illustrèrent par leurs méthodes particulièrement brutales et expéditives.

En 1520, Sidi Ahmed ou el Kadhi fut le premier résistant kabyle à la colonisation turque, réussissant même à s’emparer d’Alger et forçant le chef de bande Khar ad-Din Barberos à se replier à Djidjelli.
En 1609, les Kabyles vinrent battre les murs d’Alger puis, entre 1758 et 1770, ce fut toute la Kabylie qui se souleva. Au début du XIX° siècle, plusieurs autres insurrections se produisirent, notamment entre 1805 et 1813, puis en 1816 et enfin en 1823.

Il en fut de même dans l'Aurès où les Chaouias réussirent à interdire toute présence effective du pouvoir ottoman. Constantine fut un cas à part car les Ottomans y avaient de solides alliés avec la tribu des Zemoul, ce qui n’empêcha pas les autres tribus kabyles de se soulever régulièrement.

Tous ces mouvements furent noyés dans le sang, à l’image de ce qui fut la règle en Libye : «La force est employée à la turque : les colonnes de réguliers, Turcs et Couloughlis, usent du sabre, du fusil et du canon, brûlent récoltes et villages, s’emparent d’otages, empalent et décapitent, exposant par dizaines les têtes coupées. L’usage de la force démontre la résolution du maître et l’irréversibilité de la situation» (1).

violence ottomane
Dans la Régence d’Alger, les Turcs pratiquèrent une ségrégation institutionnalisée, la politique de l’élite dirigeante militaro administrative ottomane étant d’éviter de se dissoudre par mariage dans la masse de la population. La violence ottomane ne s’exerça pas uniquement contre les populations locales. Quelques exemples :

- Le 27 mai 1529, après un siège de trois semaines, les 25 survivants de la garnison espagnole qui défendait le fort construit dans la baie d’Alger capitulèrent contre la promesse qu’ils auraient la vie sauve ; or, leur chef, le comte Martin de Vargas, grièvement blessé, fut massacré à coups de bâton par les soldats turcs.
- Le 20 juillet 1535 Khayr ad-Din Barbaros lança un raid sur l’île de Minorque, aux Baléares, enlevant plusieurs centaines de captifs, hommes, femmes et enfants qui furent vendus sur le marché aux esclaves d’Alger.
- En 1682, après que le Dey eut déclaré la guerre à la France, l’amiral Duquesne se présenta devant Alger où les Turcs massacrèrent le père Jean Le Vacher, consul de France, en l’attachant à la bouche d’un canon (2).
- En 1688, pour lutter contre les pirates, le maréchal d’Estrées bombarda Alger et plusieurs captifs français furent également attachés à des canons.

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1683 : captifs chrétiens massacrés par les obus
 
La piraterie constitua jusqu’au début du XIXe siècle le cœur de la vie politique et économique de la Régence turque d’Alger. Il s’agissait bien de piraterie et non de Course puisque les raïs, les capitaines, n’obéissaient pas aux règles strictes caractérisant cette dernière. La recherche historique a en effet montré que son but n’était pas de s’attaquer, avec l’aval des autorités, à des navires ennemis en temps de guerre, mais que son seul objectif était le butin.
À l’exception du raïs Hamidou, tous les acteurs de cette piraterie étaient des Turcs, de naissance ou renégats, aucun n’était d’origine algérienne.

Ceci étant, deux choses doivent être claires :
1) Les lois mémorielles (loi Gayssot, loi Taubira et autres) interdisent et assassinent la recherche historique et c’est pourquoi tout historien sérieux doit exiger leur abrogation.
2) Les politiques n’ont pas à encadrer l’Histoire ; quant aux députés, au lieu de voter des lois mémorielles électoralistes, ils feraient mieux de se préoccuper du sort des Français qui les ont élus. Mais, comme le disait Charles Maurras : « À quoi songe un élu ? À être réélu ».
Bernard Lugan
23 décembre 2011

 

1 -  Martel, A., «Souveraineté et autorité ottomane : la Province de Tripoli du Couchant (1835-1918)». Université Paul Valéry. Montpellier, en ligne.
 2 - En 1830, après la prise d’Alger, le canon surnommé la «Consulaire», fut envoyé à Brest où il se trouve actuellement.

 

- source : blog de Bernard Lugan

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lundi 26 décembre 2011

tirailleurs africains en Bretagne

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Nous n’avions jamais vu de Noirs

 

- 300 tirailleurs africains en Centre-Bretagne
Trévé, 1944-1945

Fin 1940 environ 80 000 prisonniers «indigènes», venant des colonies et territoires extérieurs à la métropole, vivent dans les camps de la France occupée. Fin 1944, 300 tirailleurs sénégalais sont placés dans un camp à Trévé, une petite commune des Côtes d’Armor, gardés par des F.F.I.... Des témoins de l’époque livrent leurs souvenirs...

Cet ouvrage rend hommage à ces hommes injustement traités et oubliés et à ces habitants qui les ont accueillis avec humanité. Il évoque une Histoire qui se veut universelle.

Extrait de la préface de Noël Lagadec :
Lors de la dernière Guerre mondiale, comme en 1914 la France a fait appel aux populations coloniales. En 1940, les prisonniers métropolitains sont massivement envoyés en Allemagne au service de l’économie du pays. Pour ce qui concerne les prisonniers coloniaux, aussi appelés «indigènes», les Allemands imposent leur transfert vers la France occupée. Ils craignent outre les contacts raciaux, la propagation de maladies comme la tuberculose et des maladies tropicales transmissibles.

Les prisonniers sont des militaires et ont donc droit à leur solde. De plus les Allemands les utilisent dans les usines ou entreprises travaillant pour l’économie de guerre. Solde et salaires plus ou moins réguliers, cumulés de septembre 1939 à fin 1944 font que de nombreux indigènes pouvaient à la fin de la guerre espérer se retrouver à la tête de sommes importantes.

Les autorités décident que ces pécules seront reversés à chacun au moment de la libération.

Vers 1942, les Allemands remplacent les sentinelles par des militaires français issus de l’Armée d’Armistice dissoute mais aussi des fonctionnaires de l’administration civile... De prisonniers de guerre des Allemands, les «indigènes» se retrouvent prisonniers des Français aux côtés de qui ils ont combattu. Cette situation dura jusqu’au débarquement des alliés en juin 1944 sans régler le retour au pays.

En 2010, Armelle Mabon, historienne universitaire, sort le livre Prisonniers de guerre indigènes. Visages oubliés de la France occupée. On y apprend que le 3 novembre 1944, 2000 tirailleurs sénégalais sont à Morlaix attendant d’embarquer sur un navire anglais pour être rapatriés. 300 refusent d’embarquer tant qu’ils n’auront pas perçu, comme promis, la totalité de l’argent qui leur est dû. Jusqu’au 11 novembre, ils vivent dans un grand hangar sur de la paille et quelques uns sont hébergés par des particuliers. Le 11 novembre, après quelques troubles, une centaine de gendarmes et des F.F.I. interviennent. Ils rassemblent les tirailleurs, faisant 6 blessés, et les dirigent vers Trévé où le camp abandonné depuis août est disponible...

Fin 2010, à la demande de la section Loudéac centre- Bretagne de la Ligue des droits de l’Homme soutenue par la municipalité de Trévé, des recherches de témoignages ont été entreprises. Des articles dans la presse locale et régionale ont semble-t-il provoqué des discussions dans les familles, les réseaux d’amitiés et ravivé les mémoires. Une trentaine de Trévéens de l’époque ont raconté ce qu’ils avaient vu et vécu. Chacun a perçu cet "épisode" à sa manière.

Notre objectif n’était pas de reconstituer des faits exacts ou de remplacer des documents inexistants mais seulement de fixer des souvenirs sur cette page d’histoire méconnue.


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Le livre est disponible (8 € - 70 pages)

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Aux Editions Récits
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 - contact vers le site de l'éditeur

P1013409-blog 

 

Trévé-11-11-2011-005
inauguration de la stèle de Trévé, M. le Maire, Joseph Collet

 

Trévé-11-11-2011-Mr-le-Maire-A
intervention d'Armelle Mabon, historienne

 

- source des deux photos précédentes

 

jpg_Prisonniers

 - vidéo : Armelle Mabon explique sa démarche de recherche sur les prisonniers de guerre coloniaux

 

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Posté par michelrenard à 07:43 - - Commentaires [0] - Permalien [#]