lundi 13 août 2012

notes critiques, par le général Maurice Faivre

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notes et remarques de lecture

général Maurice FAIVRE

 

1. Le livre d’Alain Michel, historien franco-israélien, Vichy et la Shoah, souligne les erreurs énoncées par le Président de la République dans son discours sur la rafle du Vel d'Hiv.

La décision était celle des autorités d'occupation et le crime celui des nazis. Ceci remet en cause la position de Chirac sur le même sujet.

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2. Le Président Chirac a commis une autre erreur au sujet de la répression de Madagascar en 1947, contrairement à ce que dit Gilles Manceron au colloque du Sénat du 30 juin-1er juillet.

Cette erreur a été relevée lors d'un débat que l'on peut consulter à l'Académie des sciences d'outre-mer ; elle est confirmée par le Contrôleur général des Armées Duval dont voici le résumé :

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Eugène-Jean Duval, La révolte des sagaies, Madagascar 1947, L’Harmattan 2002, 363 pages.

Dans cet ouvrage très documenté, le Contrôleur des armées Duval remet en question les ouvrages et articles tendancieux publiés sur l’insurrection de Madagascar. Replaçant cette révolte dans le contexte d’une France affaiblie par les crises sociales et le conflit d’Indochine, il décrit la montée du nationalisme qui, avec le soutien du parti communiste, se réclame de la Charte de l’ONU.

Dans un territoire immense et sous-équipé, des centaines de Malgaches attaquent les fermes et les garnisons le 29 mars à minuit, sans réussir à récupérer plus de 360 armes à feu. Persuadés par les sorciers de leur invincibilité, ils s’enfuient aux premiers coups de feu et entraînent dans la forêt plus d’un million d’habitants. 150 européens, 120 militaires et 1.700 autochtones sont victimes de la tuerie. 485 villages sont incendiés.

Ne disposant que de 6.500 hommes dont 4.000 Malgaches, les autorités circonscrivent la zone insurgée en attendant les renforts de métropole, qui n’arrivent que fin juillet. Après destruction des campements, des postes militaires sont implantés dans la forêt et éliminent les chefs rebelles. Fin 1948 la population a regagné les villages.

5.100 rebelles ont été tués, et 5.400 civils sont morts de faim et de froid. Sur 44 condamnés à mort par les tribunaux militaires, huit sont exécutés. On est loin de l’accusation de génocide lancée par les anticolonialistes.

Peu à peu pacifié, le peuple malgache vote pour la Communauté française en août 1958 et devient indépendant, avec le soutien de la France, en juin 1960.

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3. Gilles Manceron a commis d'autres erreurs dans son exposé. S'agissant du 8 mai 1945 et du 20 août 1955 en Algérie, il semble ignorer les ouvrages récents qui font autorité : ceux de Roger Vétillard, qui contredisent les erreurs de Jean-Louis Planche, Mauss-Copeaux, Lalaoui et Boumaza.

S'agissant de l'OAS, les travaux d'Olivier Dard devraient être cités.

Quant aux écrits de Denoix de Saint-Marc, ils sont d'une portée intellectuelle et morale qui ridiculisent les absurdités émises à son égard dans le bulletin de la LDH.

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4. La lecture par Gilles Manceron du Livre blanc de l'armée française en Algérie (Contrepoint 2001) dont le manifeste a été approuvé par 520 généraux, est manifestement tronquée, comme le montre l'extrait ci-dessous. Le Livre blanc reconnaît en effet que l'élimination du terrorisme urbain a eu recours à des procédés moralement condamnables.

Le général Gillis l'a rappelé  :

«Certains, pendant la bataille d'Alger en particulier, ont été confrontés à un dilemme : se salir les mains en interrogeant durement de vrais coupables, ou accepter la mort certaine d'innocents. S'il y eut des dérives, elles furent marginales».

Il faut donc rappeler que cette pratique n'a pas été généralisée, et qu'à l'été 1957, le renseignement sur le terrorisme a été obtenu par pénétration des réseaux adverses. C'est ce qu'a reconnu Zohra Driff : «ces méthodes n'avaient plus cours quand j'ai été prise».

Maurice Faivre

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Olivier Dard, publications

 

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dimanche 12 août 2012

une exposition idéologique, au détriment de la réalité historique

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une exposition iconoclaste

le général de Corps d'Armée FOURNIER

 

Si j’avais été un ancien «fell», j’aurais particulièrement apprécié l’exposition intitulée «Algérie 1830–1962» que le Musée de l’Armée a offert au public du 16 mai au 29 juillet, au cœur de l’Hôtel des Invalides.

Car c’est dans ce haut-lieu de la mémoire des soldats de France, où l’on ne pénètre jamais sans émotion, que l’on a osé présenter, sous couvert d’objectivité, une rétrospective de la guerre d’Algérie, dont le moins que l’on puisse dire est qu’elle est conforme à la «bien-pensance» intellectuelle et médiatique. Les organisateurs ont voulu, disent-ils, faire œuvre de pédagogie en s’inscrivant dans le «temps long» de l’histoire pour éclairer ce drame de l’histoire de notre pays.

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S’appuyant sur les réflexions d’un comité scientifique qualifié, et on le regrette, d’informel par les organisateurs eux-mêmes, cette exposition s’appuie notamment, dans ce temple de l’histoire militaire, sur une bande dessinée qui est loin d’être une œuvre d’historien, mais qui, au siècle de l’image, incruste dans la mémoire du visiteur et notamment des plus jeunes, auxquels elle est visiblement destinée, des idées fausses ou pour le moins sommaires.

Le spectateur averti découvre, quant à lui, de nombreuses contre-vérités, accentuées par des jugements exprimés sans aucune modération ni respect pour la mémoire des victimes de cette époque. Car si les organisateurs affichent le souci de ne pas prendre parti, ils en arrivent pour cela à présenter l’histoire de la guerre d’Algérie en plaçant l’armée française sur un même plan que l’armée de libération nationale algérienne.

Dès les premières salles, consacrées à la période antérieure à 1954, le visiteur est pris en main : l’Algérie était, avant le débarquement français de 1830, un pays, avec ses traditions et ses chefs, tels qu’Abd-el-Kader, qui ne pouvait que se rebeller contre cette invasion. Il est même précisé que celui-ci disposait d’une armée régulière et qu’il avait jeté les bases d’un État moderne. Sans doute les organisateurs ont-ils puisé leurs informations auprès du gouvernement algérien qui martèle ce message depuis cinquante ans.

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Abd el-Kader (1807-1883)
par Godefroid Marie Eleonore (1778-1849),
peint vers 1830-1844 à Paris

On va même jusqu’à transformer en «victoire» remportée par Abd-el-Kader le combat de Sidi-Brahim, à 1 contre 20. Les mânes du capitaine Dutertre, du 8ème bataillon de Chasseurs, qui eut la tête tranchée après avoir été fait prisonnier, apprécieront, tandis que, dans le lointain, on entend désespérément résonner la charge du clairon Rolland.

Pour confirmer ce point de vue de l’existence d’un État, on insiste lourdement sur le «royaume arabe» imaginé par Napoléon III, mais qui n’a jamais connu la moindre réalité… puisqu’il n’existait pas !

Mais ceci n’est encore qu’anecdotique et seuls les historiens y verront malice. Le plus grave est ailleurs.

Car dans la volonté de démontrer le bien-fondé de l’insurrection conduite par le F.L.N., on n’hésite pas à employer, sans l’habituelle objectivité des historiens, des termes qui ne peuvent que choquer lorsque l’on connaît la réalité des faits.

Ainsi parle-t-on de «sanglante» répression lors des événements de Sétif, qui entraîne un «bain de sang», en mai 1945. Ainsi baptise-t-on d’emblée de «début de la guerre d’indépendance» la date du 1er novembre 1954, plus connue, côté français, sous le nom de «Toussaint rouge».

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Ainsi évoque-t-on à nouveau une «contre-terreur sanglante» à la suite des massacres de Philippeville en août 1955.

Ainsi chiffre-t-on à 200 les victimes du fameux 17 octobre 1961 à Paris.

Le souci de placer l’ALN sur le même plan que l’armée française conduit également à quelques raccourcis d’autant plus surprenants qu’ils figurent sur l’un des panneaux destinés aux enfants, qui jalonnent le parcours de l’exposition : l’armée française torture et exécute, le FLN, lui, ne commet que des attentats et des assassinats d’opposants.

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armée française en Algérie

On ne renonce pas non plus à quelques approximations purement militaires : ainsi, l’attaque dite des «1000 djounouds» qui tentèrent, à une seule reprise, un franchissement de force du barrage tunisien devient-elle, cinquante ans après, «des percées en masse du barrage par l’ALN». Sans oublier quelques images complaisantes d’unités de l’A.L.N., défilant ou s’entraînant, à l’abri de la frontière tunisienne, loin des combats, sous les objectifs de quelques photographes étrangers.

Toujours pour donner une allure de troupe «régulière» aux bandes de fellaghas, on présente une note de service du F.L.N. précisant la (bonne) conduite à tenir vis-à-vis des «prisonniers de guerre» français capturés par l’A.LN. Les fantômes des 600 disparus de l’armée française en Algérie apprécieront.

Certes, par souci de paraître objectif, on présente aussi une note du chef rebelle Amirouche ordonnant de torturer systématiquement les captifs avant de les abattre : enfin une vérité !

Vérité aussitôt atténuée par divers commentaires d’une vaste salle consacrée à la torture (par l’armée française) où l’on explique savamment, en se référant à la conquête, que «la violence exacerbée du F.L.N. répond à la violence coloniale initiale» (sic), que «les mutilations spectaculaires renvoient le pouvoir colonial à ses propres violences» (re-sic).

On y présente d’ailleurs des photographies d’un Jean-Philippe Charbonnier, publiées sous le titre de «torture ordinaire», en précisant quand même, par un scrupule tardif, que l’on ne connaît pas l’origine ni les circonstances de ces photos !

Le tout conforté par une interview télévisée, tournant en boucle, de Mme Raphaëlle Branche, qui répète à l’infini ses thèses sur la torture et ses accusations, pourtant déniées par des décisions de justice.

Enfin, insiste-t-on sur le rôle des médias officiels de l’époque, qui «donnent une image négative et caricaturale du F.L.N.».

D’autant plus que les malheureux combattants du F.L.N. sont dix fois moins nombreux que l’armée française, qu’ils vont pourtant tenir en échec, malgré les impressionnants moyens de celle-ci.

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armée française en Algérie

Le terme de «rebelle» est d’ailleurs relativisé par les guillemets dont il est systématiquement accompagné, puisqu’il s’agit, dans l’esprit des organisateurs, de véritables résistants. De même, la «pacification» est également encadrée de guillemets, puisqu’elle n’est en fait que le fruit de la propagande déployée par l’armée française.

En revanche, l’utilisation par le F.L.N. de véritables films de montages (tel que celui de la Fox Movietone, par exemple, où l’on voit un gendarme français abattre tranquillement un algérien, tel un perdreau) relève des opérations d’information réalisées par le F.L.N. pour défendre sa cause.

D’ailleurs, comme il convient d’accréditer l’idée d’un soulèvement général, bénéficiant du soutien massif de la population algérienne, on explique aux visiteurs que seuls 180 000 français de souche nord-africaine ont servi dans les rangs de l’armée française, en omettant soigneusement de comparer ce chiffre aux effectifs des combattants ralliés, de gré ou de force, à l’A.L.N.

Il est douteux que, en dehors de quelques images éparses, les anciens d’Algérie se retrouvent dans cette exposition. Mais il est certain que les jeunes maghrébins du «9-3» pourront y trouver une raison supplémentaire d’en vouloir à la France, car ils trouveront reconnue, dans le sanctuaire historique de l’armée française, la preuve que le combat de leurs pères était juste, qu’il répondait à une aspiration de leur peuple à l’indépendance et qu’il répondait à un nationalisme constamment exprimé depuis le débarquement de Sidi-Ferruch et accru par le manque de reconnaissance de la France, notamment à l’issue de la Première Guerre mondiale, où les soldats de souche nord-africaine ont été abondamment mis à contribution.

Ces jeunes du 9-3 (et d’ailleurs…) trouveront enfin une légitime fierté à voir des termes arabes passés dans la langue française et que l’on invite les jeunes visiteurs à identifier en… écriture arabe, histoire de leur montrer que si la France n’a pas réussi à faire de l’Algérie une province française, l’inverse est en train de se produire !

Voilà où mène la volonté iconoclaste de mélanger imagination et histoire, de confondre histoire des faits et histoire des représentations de ces faits.

Voilà où mène le souci de privilégier l’image au détriment du texte historique : le fil directeur de l’exposition est en effet fourni par la BD de Jacques Ferrandez (qui est par ailleurs d’une excellente qualité graphique) ou par le film «Les Chevaux du soleil» d’après l’œuvre romanesque de Jules ROY, au risque de laisser dans les esprits des «images» fruits de l’imagination artistique mais pas de l’histoire.

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le dessinateur Jacques Ferrandez

Ce qui est quand même le comble pour un établissement baignant dans l’Histoire de France…

On laissera cependant le dernier commentaire à un personnage de la BD, harki s’adressant à son officier en train de lire, avec admiration, une vie d’Abd-el-Kader : «Je ne comprends pas, mon Lieutenant. C’est vous, les Français, qui donnez à vos ennemis l’importance qu’ils ont… Vous aimez vos ennemis plus que vous-mêmes !»

Oui, si j’étais fils ou petit-fils de «fell», j’aurais apprécié cette exposition.

Général (2S) Henry-Jean Fournier

 

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vendredi 10 août 2012

le point de vue de Khalil Oudainia

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l'Algérie après 50 ans de l'indépendance

l'impact de l'histoire sur la relation complexe

et controversée avec la France

le point de vue de Khalil OUDAINIA

 

Dans le cadre d'une série d'articles d'histoire concernant l'Algérie colonisée, j'ai voulu commencer par la fin, analyser les résultats, avant de revenir aux origines, durant la présence française en Algérie, en essayant, le plus possible, d'écarter mes opinions politiques, pour faire une analyse, le moins politisée possible, en collaboration avec le site Études Coloniales, auquel j'ai choisi de participer, surtout, je dis bien surtout, puisqu'il contient un nombre d'analyses, que je considère d'esprit colonialiste.

Cela suscitera un débat, que j'espère constructif. Il sera un jour répandu à une plus grand échelle, sans dénigrement ni péjoration, mais aussi pour son ouverture d'esprit et l'ensemble d'avis variés qu'elle contient.

En tant que jeune algérien, j'ai grandi dans un esprit de doute envers tout ce qui vient de la France, je me suis habitué à être sceptique et même hostile aux politiciens français, en accusant les ministres et les hommes du pouvoir algérien d'être pro-français et de serviteurs de la France, avant mon repentir, si je puisse le nommer ainsi ou prise de conscience, tout étant en même temps, pour l'apprentissage de la langue française, un grand admirateur de la culture française. Pour la petite histoire, je regardais la plupart du temps les chaînes de télévision française, par rapport aux chaînes arabes et anglophones.

De plus si j'avais eu le choix entre l'étude dans une université algérienne ou française, j'aurais certainement choisi la française. On peut donc parler de relation controversée envers notre France bien-aimée.

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Pourquoi cette contradiction, qui trouve audience à mon avis chez une grande partie des jeunes algériens?

En fuyant librement dans l'histoire non officielle de l'Algérie, j'ai été stupéfié à la découverte de beaucoup de vérités qu'on nous a jamais dites. Et au contraire, desquelles on nous apprenait des falsifications. Je pense que beaucoup d'historiens qui se sont consacrés à l'histoire de l'Algérie ont pu bénéficier de leur existence dans les deux rives de la Méditerranée, Benjamin Stora, Henri Alleg, etc. ; je n'ai pas eu cette occasion.

Par contre, je pense qu'étant fils d'une école d'histoire officielle, révolté par la suite, me donne la possibilité d'une vision particulière à l'histoire de l'Algérie ; privilège que j'essaierai d'exploiter le plus utilement possible.

J'ai découvert combien de français, qui ont aidé le FLN, étaient emprisonnés, torturés et même tués pour l'indépendance de l'Algérie.

Comme j'ai découvert les atrocités faites par d'autres français, également, militaires surtout, et les tortures qui peuvent être traitées de toutes les qualifications, notamment dans les autobiographies si différentes de la grande histoire des évènements politiques.

J'ai compris que le FLN n'était pas seul à combattre l'armée française, mais que d'autres fractions le faisaient aussi (MNA, Communistes, …), desquelles on contestait la légitimité de le faire, pour des raisons qui peuvent être justifiées à l'époque, au nom de l'unité de l'action, et la guerre fratricide pour gagner le devant de la scène ! FLN-MNA.

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J'ai aussi découvert que durant l'invasion française en 1830 - sous le prétexte fallacieux du coup de l'éventail - il y avait des compagnies d'indigènes, ainsi qualifiées à ce moment, qui combattaient à côté de l'armée française au cours de la conquête.

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lors de la conquête de l’Algérie s’est formé le premier bataillon de zouaves
(500 hommes), majoritairement composé de kabyles

Les massacres des Harkis et des Européens d'Algérie après le 19 mars et le 5 juillet 1962.

Et également les écrits des historiens, notamment des Algérianistes de l'autre côté de la Méditerranée d'une autre histoire si différente et parfois raciste envers des indigènes à qui ils ont amené la civilisation et la prospérité !

J'étais impressionné par le fait que l'indication des massacres contre les indigènes passait toujours au deuxième plan, et par la contestation des chiffres, notamment des morts, chiffres dont j'admets qu'ils sont fortement à reconsidérer pour se libérer des exagérations faites, mais en même temps constater que la réduction des chiffres exclura toute thèse de crime ou de massacre !

Je ne serai d'aucune courtoisie pour cette part ou l'autre, on n'est pas ici pour faire plaire, ou juger, c'est pour ça il se pourrait bien que j'aie des adversaires intellectuellement parlons, algériens et français également, mais c'est un prix à payer.

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J'admets que le dicton "Toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire" est très juste, mais seulement pour un moment et non pas éternellement comme on essaie de faire en Algérie. Après cinquante ans, je pense que nous avons atteint un certain niveau de maturité qui permet de relater l'histoire de "l'Algérie française" sans complexe, même si cela peut-être difficile, notamment la découverte que la révolution n'était pas si sainte comme on le faisait comprendre.

Je ne vais pas faire le procès des officiels algériens d'après l'indépendance ; ils ont opté pour un choix concernant la présentation de l'histoire algérienne, que je peux comprendre en partie, notamment avec les circonstances d'un pays dévasté par la guerre contre une force déterminée à anéantir la rébellion, même si cela conduisit à détruire le pays, et une courte guerre fratricide après 1962 (les vérités concernant l'histoire du Gouvernement Vichy en sont un exemple clairvoyant), mais je ne vois pas la raison pour laquelle les responsables d'aujourd'hui continuent à le faire!

Le fait historique est omniprésent dans la conscience algérienne, en ce qui concerne l'attitude vis-à-vis de la France, même chez les plus analphabètes qui ne connaissent même pas le groupe des 22 ou 23, selon la divergence des historiens, qui a déclenché l'insurrection.

Il est difficile à beaucoup d'algériens d'admettre que les indépendantistes étaient une minorité bien écartée et que c'est les évènements du Constantinois (1945) qui ont fait basculer beaucoup de partisans de l'assimilation (modérés), comme on les appelait à ce moment, vers l'approche de l'indépendance.

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Donc l'Algérie pouvait bien être  française pour plus de temps. C'est à peu près ce qu'a dit le ministre des affaires étrangères algérien, qui est l'objet d'une compagne de dénigrement à cause de ce que tout le monde ressent et ne peut le dire publiquement.

Ce n'est pas que l'Algérie n'allait pas vers l'indépendance, mais les choses pouvaient se dérouler autrement, comme c'est le cas dans toute histoire certainement. Mais il y eut ce code d'indigénat qui séparait la société en deux classes, supérieure et inférieure, les événements de mai 1945, la séparation entre ces deux communautés que peu de choses reliaient.

Personnellement, en écrivant sur ces sujets, je sais que je pourrai bien être, l'objet d'une campagne de qualifications de traître, serviteur de la France, et de francophile, mais cela ne me surprendra nullement, car l'Algérie est une jeune nation. N'oublions pas que la Suisse présentée comme modèle de liberté et de civilisation, a connu deux guerres civiles atroces avant d'atteindre ce stade, et nous avons beaucoup devant nous pour apprendre à s'accepter les uns et les autres.

Il va sans dire, que je ne me vois pas comme détenteur de la seule et unique vérité historique, car c'est clair qu'il y a beaucoup de ressources que je n'ai pas pu consulter ; d'où la critique de mes visions et analyses est très possible, et je suis prêt à en débattre.

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archives d'Outre-mer à Aix-en-Provence

Cette analyse ne contienne pas tant de faits historiques, mais j'ai considéré qu'elle est nécessaire pour la compréhension de la suite.

C'est pour dire que l'éclaircissement de certains points qui restent peu connus dans cette histoire, en Algérie notamment, influencera et pourra même modifier les relations franco-algériennes, de deux communautés liées à jamais par cette histoire commune, douloureuse et ambitieuse au même temps.

L'histoire en Algérie n'est pas une illusion, laissée pour des romanciers rêveurs ; bien qu'elle n'ait pas connue et ne fait pas l'actualité, en tant que faits substantiels, elle marque indirectement, en la pensée des nouvelles générations, les relations de l'Algérie avec le monde extérieur.

Le cas de la réaction, individuelle et populaire, dans le cas de l'intervention de l'OTAN en Libye est révélateur. Le fait historique est essentiel et ce n'est nullement à cause de quelconque soutien à l'ancien régime libyen.

Certainement la position du gouvernement s'appuie sur d'autres prétextes, que ce champs n'est pas approprié à les analyser.

Ainsi, loin d'une démarche de victimisation, qui peut être utilisée légitimement ailleurs, mais pas dans l'analyse historique, l'examen nous ouvrira des champs larges à exploiter.

Mon prochain article sera intitulé : ce qu'on ne dit pas à propos de la relation des chefs rebelles algériens avec l'administration française.

Khalil Oudainia
7 août 2012

 

 

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jeudi 9 août 2012

d'Acadie au Massachusetts au XVIIIe siècle, Adeline Vasquez-Parra

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l’accueil des exilés acadiens

suite au Grand-Dérangement dans la colonie

du Massachusetts de 1755 à 1775

Adeline VASQUEZ-PARRA

 

résumé

Cet article se concentre sur l’exil forcé des Acadiens dans la colonie du Massachusetts suite au Grand-Dérangement en 1755 et plus particulièrement sur leur accueil par les autorités et la population. Il fait ainsi état de la vision de la société puritaine au travers de la presse et des dénominations linguistiques utilisées à leur encontre : cet exode nous apporte-t-il une première approche de la perception des Anglo-américains vis-à-vis de l’immigration ?

L’article s’attardera également sur le discours juridico-politique et aussi sur l’intégration des Acadiens à la société coloniale anglaise afin d’y singulariser les attitudes et le langage utilisé dans la désignation du groupe. L’insertion de ces centaines de réfugiés acadiens dans les relations de travail et familiales sera aussi abordée. Au final, peut-on déceler une évolution dans l’accueil de la population acadienne au sein de la colonie du Massachusetts de 1755 à 1775 ?

- lire l'article

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lecture de l'ordre de déportation
tableau de Charles William Jefferys

 

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jeudi 26 juillet 2012

le journalisme littéraire lit mal Camus

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Albert Camus

 

incertain Philippe Lançon

Gérard MOLINA

 

Affecter le mépris pour des auteurs du passé en les jugeant à l’aune des convictions du jour constitue une forme de présentisme paresseux grâce auquel le journalisme littéraire espère enrégimenter le lecteur en restant débonnaire.

Cinquante ans après l’indépendance de l’Algérie, l’écrivain et journaliste Philippe Lançon parcourt Alger en quête des traces laissées par la présence française (Libération, 7 et 8 juillet 2012). Devant la grande poste, un étal propose de vieux livres dont une Psychologie du peuple français par un certain Alfred Fouillée, de 1898.

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Alfred Fouillée

Le ricanement s’entend d’ici. Comment ont-ils pu être aussi bêtes ces fausses gloires de la IIIe République ? Lançon ignore sans doute qu’on vient de rééditer des textes politiques d’Alfred Fouillée (1838-1912), après plusieurs œuvres philosophiques de son beau-fils, Jean-Marie Guyau (1854-1888), sans parler du Tour de la France par deux enfants, increvable best-seller de son épouse qui signait G. Bruno en hommage au martyr de l’Inquisition romaine.

Quelle importance puisque Fouillée osa se demander s’il existait une psychologie des peuples, notion héritée d’Hérodote ou, pire, de Herder, et soupçonnée d’avoir fait le lit des crimes collectifs : la nationalisme, l’impérialisme, le racisme, tous les maux en isme qui défigurent la modernité.

Mais Lançon dispose d’un talisman pour éloigner les malfaisants, une mascotte intouchable, le nouveau fétiche de l’empire du bien : Albert Camus. L’écrivain solaire, l’humaniste universel, le contemporain capital, l’Algérien cosmopolite et citoyen du monde, l’homme de la pensée de midi… Camus dont le nom est cité 22 fois dans l’article, sans compter les œuvres mentionnées et les extraits repris !

 

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"des petits chefs-d'oeuvre"...

Hélas, trois fois hélas : le 22 novembre 1938 dans Alger Républicain, Albert Camus rend compte des Fables bônoises d’Edmond Brua qu’il définit comme des «petits chefs-d’œuvre de cocasserie et d’absurdité». Camus lance alors un appel : «À ce peuple neuf dont personne n’a tenté la psychologie (sinon peut-être Montherlant dans ses Images d’Alger), il faut une langue neuve et une littérature neuve. Il a forgé la première pour son usage personnel. Il attend qu’on lui donne la seconde».

Ce compte rendu de Camus est reproduit dans Œuvres complètes, tome 1, Pléiade, 2006, p. 803-805).

Dans les villes algériennes, des usages particuliers du français avaient surgi, que des écrivains locaux ont tenté de transformer en art propre. Après Stéphane Chaseray (1894) et Ernest Mallebay, fondateur de la Revue algérienne, il y eut Auguste Robinet, dit Musette, créateur de Cagayous, sorte de Titi ou de Gavroche d’Alger, élogieusement mentionné par Camus dans sa recension.

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Plus tard, André Lanly restitua ce parler disparu dans Le français d’Afrique du Nord (1962). Que cette littérature soit farcie de paternalisme colonial, voire de dédain, envers les indigènes n’étonnera personne, mais les écrivains arabes francophones surent s’en emparer, y compris afin de la retourner contre les colonisateurs.

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Camus lui-même fut tenté d’utiliser certaines tournures langagières dans L’étranger mais finalement atténua les particularités pour mieux universaliser son fait divers et accentuer le caractère impersonnel de sa «voix blanche» (Roland Barthes).

Cependant, dans le même temps où il réalisait des reportages sur la misère en Kabylie, l’exploitation des ouvriers nord-africains de Paris ou les manipulations de la justice coloniale, Camus trouvait naturel d’inviter à l’élaboration d’une psychologie d’un «peuple neuf», le sien.

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Et c’est bien parce qu’il vit venir l’éradication totale et définitive de ce petit peuple algérien d’origine européenne, qu’il condamna le terrorisme aveugle du FLN et fut même hostile à l’indépendance de l’Algérie. Comme sa mère, femme de ménage illettrée, en faisait partie, il lui parut que la justice ne pouvait passer par son assassinat sur un trottoir d’Alger.

De grands intellectuels parisiens qui «tournaient leurs fauteuils dans le sens de l’histoire» ne lui pardonnèrent pas cette dérobade. Cinquante ans après, un bilan en plus, on en débat encore en oubliant parfois que du côté algérien il s’agissait d’un nationalisme farouche, à tendance exclusiviste et absolutiste, avec une forte composante religieuse identitaire.

Mais il y a plus drôle encore quant à l'effroi indigné que suscite, chez les rebellocrates, l'idée d'une psychologie des peuples. Le "Cahier Livres" de Libération du 12 juillet 2012 consacre un article enthousiaste au Discours sur l'état actuel des moeurs des Italiens que Giano Leopardi rédigea en 1825. Or, "moeurs" désigne ici les habitudes communes, les coutumes, voire les caractères propres à un peuple (les Italiens, alors même que l'unité de l'Italie, de ses provinces et de sa langue n'existe pas du tout en 1825).
Leopardi dégage les constantes ethnographiques qui sont récitées en public par des écrivains actuels, car ils y voient le portrait de leur pays, expliquant l'ère Berlusconi. Et le critique de Libération affirme ainsi que Leopardi "donne une photographie de l'Italie qui, vraiment, semble avoir été prise aujourd'hui même". À Libération, on repousse toute psychologie des peuples, sauf quand elle alimente leurs moulins à vent.

 

Trois précisions enfin

1) Les écrits de la famille Fouillée, que j’ai beaucoup pratiqués, ne m’inspirent aucune adhésion spéciale (ils valent comme témoignage des débats idéologiques propres au moment républicain français) et l’idée d’une psychologie des peuples est dépourvue de sens. Je voulais juste montrer qu’avec Camus on pouvait l’employer sans ethnicisme ni rejet de l’autre, à partir d’usages singuliers et de conduites idiosyncrasiques dans une situation de distance et d’isolement. Fouillée n’est ni Wilhem Wundt (inventeur de la Volkerpsychologie) ni, surtout, Gustave Le Bon. Si l’on veut s’informer des origines et de quelques avatars de cette notion, on peut lire le recueil coordonné par Michel Kail et Geneviève Vermès, La psychologie des peuples et ses dérives (CNDP, 1999), malgré quelques contributions fort contestables.

2) D’éminents écrivains venus de Métropole se sentirent également obligés d’esquisser l’hypothétique personnalité du peuple double d’Algérie (indigènes/européens). Outre Fromentin, Maupassant ou Alphonse Daudet – mentionnés par Philippe Lançon -, on doit citer André Gide (le Journal et les poésies d’Amyntas) et, surtout, Montherlant (Coup de soleil, les premiers Carnets et La Rose des sables) que Camus admira beaucoup du temps d’Alger Républicain.

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3) Le volumineux Dictionnaire Albert Camus (Robert Laffont, Bouquins, 2009), dirigé par Jean-Yves Guérin passe presque totalement sous silence les points que j’ai abordés ici, à l’exception des entrées consacrées à la guerre d’Algérie qui sont le plus souvent impeccables.

La grandiloquence n’étant pas mon fort, j’ignore si «mal nommer un objet, c’est ajouter aux malheurs du monde» mais, mal lire Camus alors qu’on s’en fait le porte-parole ou le thuriféraire afin de moraliner à la cantonnade, c’est à coup sûr ajouter l’inculture à l’arrogance.

Gérard Molina
professeur agrégé de philosophie

 

- voir aussi "Albert Camus, l'homme disputé", Libération, 14-15 août 2012.

- et "Onfray reste prudent", Libération, 14-15 août 2012.

- et encore "Avant-après" (Stora et Onfray), Libération, 14-15 août 2012.

 

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Camus en 1938, photo de sa carte de journaliste

 

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mercredi 18 juillet 2012

Armée et Algérie 1830-1962

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mémoire et vérité

Armée et Algérie 1830-1962 - n° spécial 2012

association de soutien à l'armée française

présentation : Henry PINARD LEGRY

 

écusson ASAF

 

l'armée en Algérie, un engagement total

L’année 2012 marque le cinquantième anniversaire de la fin de la présence de la France sur une terre qui fut française pendant 130 ans et que son armée avait largement contribué à pacifier, administrer et développer.

Elle y avait notamment constitué l’armée d’Afrique, mosaïque de régiments composés d’européens et d’indigènes, qui ont glorieusement participé par deux fois à la défense de la patrie ou à sa libération.

Fidèle à sa devise «Mémoire et vérité», l’Association de Soutien à l’Armée Française a estimé de son devoir de réaliser un numéro spécial :

«ARMÉE et ALGÉRIE 1830-1962»

Ce document est plus particulièrement destiné aux jeunes Français de 20 ans qui n’ont souvent qu’une connaissance sommaire et partiale de cette période de notre histoire.

Mais il offre aussi aux plus anciens, qui ont vécu de près ou de loin les évènements de la période 1945-1962 sans toujours en avoir une bonne vue d'ensemble, la possibilité de les resituer dans un cadre général plus complet.

Alors que de nombreux ouvrages et magazines sont publiés et que des colloques sont organisés, dont certains sont de véritables «chefs d’œuvre» de désinformation, l’ASAF a ainsi voulu réaliser un document pédagogique présentant les faits dans leur contexte et selon une chronologie qui permette à tout lecteur non spécialiste de comprendre la logique de leur enchaînement et les comportements qu’ils ont générés.

Pendant 130 ans, notre armée et nos soldats ont rempli en Algérie toutes les missions que les autorités politiques de métropole leur ont confiées. Ils l’ont fait selon leur conscience, avec le souci de servir au mieux les intérêts supérieurs du pays.

La France et son armée n’ont pas à faire repentance, mais les Français ont le devoir de connaître et de comprendre leur histoire, l’Histoire de la France, parce qu’elle est un élément essentiel de notre identité et de notre unité nationales.

Je tiens à remercier tous les membres de l’ASAF qui ont contribué à réaliser ce numéro spécial, ainsi que l’E.C.P.A.D. et le Service Historique de la Défense (S.H.D.)

Henri PINARD LEGRY Président de l’ASAF

ARMÉE - ALGÉRIE / SPÉCIAL 2012

SOMMAIRE

ARMÉE - ALGÉRIE 1830-1962 / NUMÉRO 1 SPÉCIAL 2012

INTRODUCTION 5

I – L’ARMÉE FRANCAISE ET L’ALGÉRIE,  UNE HISTOIRE ANCIENNE (1830–1945)

II – L’ALGÉRIE EN 1954 18

III – UNE ARMÉE QUI VEUT GAGNER LA PAIX (1954–1956) 29

IV – UNE ARMÉE CONTRAINTE À UNE GUERRE TOTALE (1957) 45

V – UNE ARMÉE INSTRUMENTALISÉE (1958) 75

VI – UNE ARMÉE VICTORIEUSE (1959-1960) 79

VII – UNE ARMEE TRAUMATISEE (1961) 93

VIII – UNE ARMEE HUMILIÉE (1962 ) 97

EPILOGUE 103

ANNEXES 106

Annexe 1 - Les pertes de l’armée française en Algérie 

Annexe 2 - Engagement des Nord-Africains

Annexe 3 - L’accord de cessez-le-feu en Algérie

Annexe 4 - Déclarations gouvernementales du 19 mars 1962

Annexe 5 - Carte des principales opérations

Liste des abréviations utilisées dans l’ouvrage 

 

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- Vous pouvez vous le procurer pour 7,5 euros, port inclus, à l'ASAF, 18 rue Vézelay 75008.

 

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lundi 16 juillet 2012

tournant dans la guerre d'Algérie

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en lisant le livre

de Roger Vétillard sur le 20 août 1955

Jean-François PAYA

 

Il serait présomptueux de ma part de faire une présentation de cet ouvrage apres la préface avisée d’un historien comme le professeur Pervillé. Cependant j’aurais tendance à trouver Roger Vétillard modeste avec un point d’interrogation à la fin de son titre !

Ceci suite à sa démonstration sur l’émergence de la thématique islamique et du terrorisme ethnique massif qui trouva son apogée le 5 Juillet 1962 à Oran.

Mais ce qui me fascine, sans me surprendre, habitué "des coups tordus" dans ce conflit, ce sont les quelques pages que l’auteur consacre à la possibilité, argumentée, dont il semble convaincu, selon laquelle certains éléments de l’Armée et de l’Administration aient pu ne pas être surpris par ces événements dramatiques qui selon lui ont été a priori sous estimés dans leurs prévisions et leur ampleur.

D’aucuns risquent, comme ce fut le cas pour les massacres du 5 Juillet à Oran, de prétendre, même devant une certaine évidence, à «l’invention de véritables romans policiers» (Nouvelle Revue d’Histoire, 4H p 33).

Il est vrai que l’on disserte rarement «des trains qui arrivent à l’heure» et du non événement préalablement évité.

Pourtant il faudrait bien qu'un jour on parle de la tranquillité relative de la ville d’Oran en cette période et pourquoi les réseaux Bombes du FLN n’ont pu y proliférer ! et ce ne fut pas pour ce dernier faute de l’avoir envisagé.

Pour nous résumer il faudrait développer sur le fait que l’organisation urbaine était largement infiltrée grâce à un travail remarquable de renseignements et de contacts. De ce fait les émissaires ou formateurs généralement venus de l’extérieur étaient vite neutralisés par des opérations de guerre ciblées dont on ne retrouvera pas trace dans les archives militaires ou judiciaires ! Aussi point de Yacef Saadi et cie Oranais pour se pavaner ultérieurement.

Il faut aussi reconnaître que ce travail de l’ombre dans une guerre reconnue a posteriori, était moins gratifiant pour ces acteurs que sous les "sunligts" d’Alger !

Honneur à ceux qui firent "arriver les trains à l’heure" et peut-être encore aujourd'hui en les empêchant de dérailler.

Mais cela nous éloigne du livre de Roger Vétillard qui selon nous indique bien un véritable tournant dans la guerre d’Algérie

Jean-Francois Paya

 

Texte dédié entre autres au colonel SALA de Sidi Belabbes, polytechnicien, arabisant, capitaine au 2e Bureau d'Oran et à tous nos amis Musulmans de cette époque tragique.

 

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à Oran en 1941

Statue de Ste Jeanne d'Arc d’Oran érigée grâce à une souscription populaire dans toute l’Oranie en 1931 année de sa béatification. Exilée aujourd’hui à Caen en Calvados loin de beaucoup des siens.

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à Caen

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à Caen

 

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samedi 14 juillet 2012

la pacification de l'Algérie, général Faivre

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source

 

De la colonisation à la pacification de l’Algérie

réflexions historiques

général Maurice FAIVRE, Académie des Sciences d'Outre-mer

 

Idées reçues

Les médias mettent l'accent sur les méfaits du colonialisme : une conquête injuste, un crime contre l'humanité, un viol (Azouz Begag), une extermination (Le Cour Grandmaison), un génocide culturel (Assia Djebar), un exemple de traite des esclaves (Taubira). Les repentants triomphent à la télévision.

Les mêmes journalistes et certains historiens présentent la pacification de l’Algérie comme l’application fumeuse des principes de la contre-révolution (JC. Jauffret), une politique sans finalité, vague et hésitante (Ph. Simon).

Pour les avocats du FLN, la pacification vise à camoufler des crimes de guerre qui sont le vrai visage de cette politique. L’armée terrorise la population (Raphëlle Branche), elle s’empare du pouvoir et multiplie exactions et sévices (Sylvie Thénault). Les accusateurs de la loi de criminalisation condamnent l’armée française qui a conduit une guerre contre l’humanité.

Or ces accusations ne sont pas partagées par les principaux acteurs politiques et militaires, ni par les historiens qui font autorité.

 

La réalité coloniale

À l'époque moderne, Henri Brunschwig note que le terme de colonialisme a été inventé au XXe siècle. On parlait auparavant de colonisation, laquelle s'inscrit dans le vaste mouvement d'occidentalisation du globe qui depuis le XVe siècle pousse les peuples européens, maîtres de techniques de plus en plus perfectionnées, à modeler le monde à leur image. La colonisation est donc un phénomène mondial, qui relève du mouvement des peuples dynamiques, à l'exemple des empires romain, ottoman et soviétique. Comme toute entreprise humaine, elle a ses bons et ses mauvais côtés, que l'historien sérieux s'efforce de prendre en considération sans prononcer de jugement de valeur.

Quant à la colonisation française du XIXe siècle, elle relevait de l'idéologie des Lumières, illustrée par Victor Hugo («C’est un peuple éclairé qui va trouver un peuple dans la nuit. Nous sommes les Grecs du monde, c'est à nous d'illuminer le monde») et revendiquée par Jules Ferry, Léon Blum et Pierre Messmer.

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Inexpiable, écrit l'historien Daniel Rivet, la guerre l'est immédiatement... La sauvagerie des indigènes rejaillit sur l'occupant par effet de contagion mimétique. Des excès sont donc commis par les deux camps. Historien du FLN, Mohammed Harbi contredit l'idée d'une idéologie visant à l'extinction totale d'un peuple. Selon Stéphane Courtois, aucun colonialisme n'a coûté autant de morts que le communisme.

Xavier Yacono et Jacques Frémeaux ont évalué les pertes importantes de la population musulmane au XIXe siècle, attribuées en partie à la guerre, mais amplifiées par les épidémies et les famines des années 1860. Le Service de Santé militaire vient alors en aide à la population, ses chercheurs éradiquent les épidémies de paludisme, de fièvre récurrente et de typhus, et permettent l'extraordinaire croissance de la démographie.

Dans une lettre de 1848, l'émir Abd el-Kader écrit : j'ai résisté aux Français...Mais quand j'ai reconnu que Dieu les avait rendus forts et qu'il leur avait donné l'empire, je leur ai abandonné le pays pour toujours

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Les objectifs de la guerre d'Algérie

Après la Toussaint 1954, incapable de provoquer un soulèvement généralisé, le FLN a eu recours à la terreur et aux atrocités (Julliard). Cette terreur s'exerce à la fois contre les musulmans qu'il faut convaincre, et contre les Européens, conformément à la doctrine de Franz Fanon, approuvée par Sartre : il faut tuer : abattre un Européen, c'est faire d'une pierre deux coups...

En revanche, Albert Camus et Robert Badinter condamnent le terrorisme : aucune cause ne saurait justifier le massacre aveugle de civils innocents par des terroristes.

Mohammed Harbi a démenti le mythe du peuple algérien unanime dans la lutte pour l'indépendance : le nationalisme, qui n'a trouvé son unité qu'en 1962, s'est imposé par la guerre civile, écrit-il. En raison des dissensions internes, il n'y a pas eu de direction stratégique, mais la naissance d'une bureaucratie qui s'est transformée en État policier.

Le but poursuivi par les responsables militaires français mérite également une analyse approfondie. Le maintien de l'Algérie française, en effet, ne signifie pas le maintien de l'Algérie de papa.

Dès juin 1956, le général Ely envisage une solution libérale. Le général Salan adhère à la loi-cadre de Robert Lacoste, qui n'exclut pas l'indépendance. Le général Challe était partisan de la même loi-cadre et ne pensait pas que l'intégration totale de l'Algérie à la métropole fut souhaitable. Proche des officiers parachutistes, Claude Paillat les décrit comme des enfants de la Révolution française : on apporte la liberté... on va refaire une autre société que ces colonies un peu pourrie. Hélie de Saint-Marc confirme que n'étant pas fanatique de l'Algérie française, notre obsession n'était pas d'empêcher l'indépendance de l'Algérie...

 

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La stratégie anti-guérilla et anti-terroriste

La plupart des observateurs reconnaissent que l’armée française a peu à peu mis au point une stratégie anti-guérilla efficace, utilisant des techniques innovantes (hélicoptères, écoutes radio, radars-canons, commandos de chasse) et couvrant tous les domaines militaires :

- protection des populations par le quadrillage et les supplétifs ;

- destruction des bandes rebelles par les unités de réserve générale ;

- contrôle des frontières par les barrages frontaliers et la surveillance maritime et aérienne ;

- intoxication des wilayas ;

- élimination des trafics d'armes ;

- commandos infiltrés en Tunisie et au Maroc.

 Cependant le plan Challe n'a pas été mené à son terme, l'ALN extérieur n'a pas été attaqué, la victoire militaire est inachevée.

L'élimination du terrorisme urbain a eu recours à des procédés moralement condamnables. Le général Gillis l'a rappelé dans un manifeste qui a été approuvé par 524 officiers généraux :

«Certains, pendant la bataille d'Alger en particulier, ont été confrontés à un dilemme : se salir les mains en interrogeant durement de vrais coupables, ou accepter la mort certaine d'innocents. S'il y eut des dérives, elles furent marginales».

Il faut donc rappeler que cette pratique n'a pas été généralisée, et qu'à l'été 1957, le renseignement sur le terrorisme a été obtenu par pénétration des réseaux adverses. C'est ce qu'a reconnu Zohra Driff : «ces méthodes n'avaient plus cours quand j'ai été prise».

 

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source

La pacification

Parallèlement, l’armée a engagé en Algérie une politique de conquête des esprits et des cœurs (Soustelle cité par Frémeaux), qui n’étaient pas des opérations militaires, mais qui confortaient les objectifs du pouvoir.

L’ampleur de l’action politico-militaire mise en œuvre par l’armée est ignorée des médias. Or elle bénéficiait de l’expérience des Bureaux arabes au XXe siècle, des principes de pacification de Galliéni, imité par Lyautey. Enrichie par les structures parallèles de Lacheroy, cette action fut engagée par Salan et Massu, elle était soutenue par Ely et Debré. Sa doctrine a été conceptualisée par Beaufre, Trinquier et Galula.

Voici quelles en sont les lignes directrices :

- en mai 1957, le Chef d’Etat-major général Ely propose de mettre en place un organisme chargé d’assurer la conduite de la guerre psychologique... qui s’impose jusqu’au commandant de compagnie qui nomadise en Kabylie. En mars 1960, il souligne au général de Gaulle que le contact est nécessaire et que seule l'armée en a la maîtrise. De Gaulle reconnaît le 4 novembre ce magnifique effort de pacification.

- Challe dans sa directive du 22 décembre 1958 écrit que : Nous ne pacifierons pas l’Algérie sans les Algériens. Détruire les bandes n’est pas suffisant.

- en juillet 1961, le Chef d’Etat-major général Olié justifie la politisation de l’armée... Les gouvernements ont accepté que les militaires exécutent des tâches non militaires… On ne peut reprocher aux exécutants d’avoir fait cette guerre politique et d’avoir voulu la gagner.

Des observateurs non militaires observent les réalisations de cette pacification :

- en 1958, Jean Lacouture estime que l’action menée par quelques officiers et leurs hommes m’a paru en tout état de cause positive et fructueuse… ce que l’armée est en train de faire ressemble à un travail révolutionnaire,

- le préfet Benmebarek confirme que dans les équipes constituées... par quelques généraux convaincus, et par des officiers de terrain, il y eut dans le domaine de la promotion sociale, un réel esprit «mai 1958».

 

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source

 

La pacification couvre ainsi de nombreux domaines :

- l’action politique, grâce aux élections libres, qui rencontrent un grand succès auprès des femmes en octobre 1958 ;

- la fraternisation de mai 1958, et des Comités de Salut public, instruments de réconciliation malencontreusement dissous ;

- l’autodéfense active des quartiers de pacification (plan Victor) approuvée par Ely et Debré ;

- la Fédération amicale des U.T. et des autodéfenses, qui selon Challe doit devenir le grand parti européen-musulman ;

- l’ordonnance de février 1959 sur la condition féminine ;

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- l’action éducative : tardivement relancée, la scolarisation est portée à 66% en 1961 ; l'ensemble de la jeunesse est suivie par le Service de formation (SFJA), créé à l'initiative du colonel Lacheroy ; il forme à Issoire et Nantes des moniteurs qui animent Foyers de Jeunes et Foyers sportifs ; libérer la femme musulmane, déclare le général de Segonzac aux monitrices de Nantes, voilà la mission exaltante qui vous est proposée ;

- la promotion militaire vise aussi à la formation d'une élite musulmane

- 700 Sections administratives spécialisées (SAS) et 30 Sections urbaines constituent les instruments de cette politique ; créées par Soustelle en 1956 ; elles rétablissent le contact avec la population, gèrent les nouvelles communes et conduisent une action de développement agricole et artisanal ; 1400 officiers, 650 sous-officiers et 3.700 employés civils y participent. Les képis bleus, écrit Alistair Horne, formaient un corps d'hommes dévoués et courageux qui partout savaient se faire aimer de la population ;

- 350 Equipes médico-sociales itinérantes (EMSI) contribuent à l'action humanitaire auprès des femmes et des enfants. Dans le bled, écrit leur présidente, les femmes étaient avides d'apprendre et aspiraient à une vie meilleure, à l'européenne, disaient-elles... Pour la pacification, selon un commandant de Quartier, une EMSI vaut un bataillon.

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Cette action auprès des femmes fut aussi conduite par le Mouvement de Solidarité féminine créé par Suzanne Massu, qui en janvier 1960 comptait 300 Cercles et 60.000 femmes. Cette activité allait de pair avec l'Association Jeunesse chargée de recueillir les yaouleds [enfants] abandonnés dans les rues d'Alger, et qui sera transférée dans le Béarn en 1963.

- l'Assistance médicale gratuite est sans doute l'action sociale la plus connue. 1.600 médecins assurent leur mission de soutien et d'AMG (16 millions de consultation en 1960).

- moins connue est l'action judiciaire : le plan Gerthoffer décentralise la justice afin de la rendre plus rapide et plus humaine ; 12 Tribunaux permanents des Forces armées, et 75 Procureurs militaires sont mis en place en 1960,

- la Commission de Sauvegarde du Droit et des libertés s'efforce de moraliser le traitement des prisonniers; son président Maurice Patin constate que la nature du conflit rend très difficile le maintien scrupuleux de la légalité,

- les Centres militaires d'internement créés par Salan en 1958 pour se conformer aux Conventions de Genève, permettent de soustraire à la justice les djounoud pris les armes à la main (PAM) ;

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centre de regroupement, 1961

- le regroupement des populations constitue l'une des actions les plus critiquées de l'armée en Algérie ; elle vise à soustraire la population du bled aux pressions du FLN, et à créer des zones interdites où les rebelles seront pourchassés sans danger collatéral. Militairement, elles diminuent le nombre des attentats. Le commandant de la wilaya 4 déplore : «nous sommes coupés de tout, la population ne nous suit pas».

Il est vrai que certaines installations trop hâtives ont été mal choisies. Le FLN exploite cette situation en dénonçant des camps de concentration. Le Délégué général Delouvrier constate que le taux de mortalité dans les regroupements est inférieur à celui que l'on enregistrait dans les mechtas. Les centres provisoires sont alors remplacés par 1.000 villages qui seront de véritables centres ruraux.

Le général Parlange note en août 1960 que la population, lasse des exactions et des crimes des fellaghas, vient se réfugier dans les nouveaux villages, créés avec sa totale approbation. Lorsqu'en 1961 on offre aux regroupés de regagner leurs anciennes mechtas, 90 % préfèrent rester dans les nouveaux villages.

**

La pacification était ainsi une politique globale, humaine et légale, qui a obtenu sur le terrain de remarquables résultats. Reposant sur l’unité d’action entre militaires et politiques, elle aurait dû conduire à une solution associative, prônée à la fois par Lacoste et de Gaulle. Les causes de son abandon sont donc politiques, elles résultent de la mésentente entre les responsables militaires et le gouvernement.

Maurice Faivre

 

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affiche du 5e Bureau (source)

 

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jeudi 12 juillet 2012

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deux photos inédites : Oran, 1958 et 1962

Jean-François PAYA

 

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De Gaulle, voyage à Oran (4-7 juin 1958)

 

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Ben Bella à Oran à l'été 1962

 

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décoration de Jean-François Paya :
médaille d'Or de la Marine Nationale, pour services rendus

 

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mardi 10 juillet 2012

les dérives du régime de Biya au Cameroun

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lente dégradation de l’État et de la société

au Cameroun

à propos du livre de Fanny Pigeaud

Marc MICHEL

 

Fanny PIGEAUD, Au Cameroun de Paul Biya, Paris, Karthala, coll. «Les terrains du siècle », 2012, 266  pages.

Voilà un livre passionnant, documenté et… désespérant. L’auteure a longtemps été correspondante de l’Agence France Presse au Cameroun, nous offre un livre «d’histoire immédiate» magistrale.

Après les travaux de Jean-François Bayart, voici un livre courageux. Certes, l’historien aurait souhaité que l’appareil documentaire soit plus référencé, que les faits dénoncés soient étayés de preuves écrites ou orales avérées ; mais on comprendra que le métier de journaliste d’investigation comporte une part de risque (et il est clair que Fanny Pigeaux ne saurait revenir au Cameroun de Paul Biya sans risque comme jadis Thierry Michel dans le Zaïre de Mobutu…) et qu’il suppose une part de discrétion sur les sources utilisées. Ces faits sont effectivement accablants. Malheureusement, la plupart d’entre eux sont avérés et de notoriété publique.

 

l’espérance trahie qui suivit le départ d’Ahidjo

On admirera d’abord l’intelligence de la mise en ordre de cette histoire immédiate. Elle s’ouvre par deux chapitres retraçant l’histoire de la période allant de l’indépendance en 1960 aux années 2010.

On peut ne pas partager certains jugements idées reçues sur la politique de la France avant 1960 qui nous paraissent relever des idées reçues, même parfois d’erreurs. On ne saurait s’y attacher cependant car l’objectif de l’auteur n’est pas de retracer la décolonisation dramatique du pays, mais de décrire l’évolution du pouvoir au Cameroun depuis 1983, date retour manqué au pouvoir d’Ahmadou Ahidjo.

On doit reconnaître également que le fort ressentiment de beaucoup de Camerounais à l’égard de la France s’enracine dans une décolonisation dramatique marquée par la répression de l’UPC puis la guerre civile.

Le récit de l’espérance trahie qui suivit le départ d’Ahidjo est convaincant, voire mesuré ; l’ancien président est même crédité d’avoir «permis de bâtir en partie le pays» et, il est vrai, que la tâche était colossale dans un pays encore en proie à la guerre civile, à des compétitions de personnes et de clans, aux haines d’ethnies et aux surenchères révolutionnaires.

Mais ce qui intéresse, et ce que veut dénoncer, Fanny Pigeaud ce sont, bien les dérives du régime de Biya après 1983 : le parti-État (L’Etat RDPC), les manipulations (Intrigues, manipulations et sorcellerie), l’ethnicisation du pouvoir (L’État ethnique), les collusions d’intérêts (Détournements et criminalité) , leurs effets pernicieux dans les mentalités (La mise à l’écart de la pensée), la société (La société délitée) et dans la politique (Démobilisation, fuites et résistances, Complicités).

À lire ces têtes de chapitres, on pourrait croire à une charge outrancière et systématique, un simple catalogue polémique. Malheureusement, il n’en est rien. L’analyse est minutieuse et fondée sur des preuves précises et très abondantes.

 

privatisation du pouvoir au profit d’une oligarchie

Fanny Pigeaud décrit impitoyablement les mécanismes de privatisation du pouvoir au profit d’une oligarchie et de son chef. Un véritable «système» prédateur a été  mis en place dont les prémisses remontent à Ahmadou Ahidjo. Mais, comme elle le souligne à plusieurs reprises, même sous Ahidjo, le pouvoir n’avait pas été si loin dans la prédation et  l’autoritarisme (par exemple en ce qui concerne la mise au pas de l’Université).

Ses composantes essentielles, parti (bien qu’en principe il n’existe plus de parti unique), État, administration, affaires sont, dans la réalité, tellement intriquées entre elles que ce sont souvent les mêmes hommes qui en cumulent les bénéfices (non sans risques de déplaire brusquement au roi, inquiet ou sourcilleux).

Bien sûr, il n’y a pas vraiment d’originalité dans cette dérive qui fut celle du Zaïre de Mobutu, du Gabon de Bongo et de bien d’autres États africains vers une sorte d’État totalitaire «à l’Africaine».

Au Cameroun, la personnalisation du pouvoir ne revêt pas le caractère caricatural qu’elle a revêtu au Zaïre, par exemple ; elle parait plus discrète, d’autant plus que le chef de l’État s’isole de plus en plus n’apparaissant à son peuple qu’une fois par an et passant parfois de longs séjours à l’étranger, sans que, parfois, ses propres ministres le sachent ! «L’énigmatique Biya» titre l’auteur dans un de ses développements (p. 61).

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Paul Biya

C’est à une lente dégradation de l’État et de la société au Cameroun qu’on assisterait. Une certaine périodisation apparait ; une tentative de libéralisation avortée en 1983 ; le choix d’une politique sécuritaire aboutissant au raidissement très brutal du régime au début des années 1990, que les Camerounais qualifièrent «d’années de braise»), et, depuis un immobilisme aggravé par les crises consécutives aux injonctions de la Banque mondiale en 1993, la dévaluation du franc CFA en 1994, la paralysie économique.

La classe moyenne a disparu dans une paupérisation globale (p. 61) au bénéfice d’une haute hiérarchie du pouvoir dont les profits sont redistribués périodiquement par le chef, avec une nette préférence pour les membres de sa propre ethnie.

La division des opposants en multiples clans, l’obligation souvent de s’exprimer à l’extérieur, sert évidemment, la propension de beaucoup à se laisser «récupérer» sert évidemment le dictateur qui peut laisser ouvertes quelque soupapes de sécurité et s’exprimer plus ou moins ouvertement la parole de la rue ; mais ni aucun journaliste, ni aucun universitaire ne peut les utiliser sans risques.

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émeutes de février 2008

À tous les niveaux de la société, la peur annihile l’action. L’auteur montre bien, comment, dans ces conditions, le regain des pratiques occultes (magie noire, sacrifices) et l’adhésion aux sectes (Rose Croix, loges franc-maçonnes), constituent à la fois des moyens du pouvoir et des refuges pour les individus.

Tous les paramètres du pourrissement sont examinés ; peut-être l’auteure néglige-t-elle l’un d’entre eux cependant, l’importance de l’antagonisme francophones/anglophones dans ce pays en principe bilingue en réalité lourdement francophone, ce qui est une exception dans le monde à souligner, mais n’empêche nullement les ressentiments à l’égard de la France

Pigeaud a terminé son livre en 2011 ; à l’époque, elle prédisait que le président Biya allait se représenter aux élections d’octobre. Sur ce point elle ne trompait pas ; elle appelait à un changement.

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Par contre, sur cet espoir, elle s’est trompée ; le président a été réélu par pratiquement 80,2% des voix contre un peu moins de 11% à son adversaire «historique» John Fru Ndi. La participation a diminué (65,8%), mais l’essentiel de ce qui aurait été souhaitable pour que le Cameroun cesse de «s’enfoncer dans le chaos» eût été «un changement complet de son système de gouvernement et des mentalités» ; des mentalités, cela est sûr, tant la «bonne gouvernance», pour employer un de ces poncifs à la mode, dépend des mentalités.

Ces maux ne sont pas spécifiques du Cameroun, loin s’en faut. Ils ne doivent pas non plus être généralisés au point d’en faire des caractéristiques de l’État en Afrique. Croire que l’abolition des «complicités» occidentales suffirait à les éradiquer serait bien illusoire. Ils sont suffisamment graves et habituels qu’on ne peut que saluer l’intérêt du démontage de ce «cas-type». Il est fascinant et profondément inquiétant.

 Marc MICHEL

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Fanny Pigeaud

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supplément

Dans l’introduction du livre Au Cameroun de Paul Biya, Fanny Pigeaud annonce la couleur du triste tableau qu’elle dresse sur le pays. « “Quand j’essaie d’expliquer à mes collègues ce qui se passe au Cameroun, j’ai toujours l’impression qu’on croit que je raconte des histoires, que je mens”, confie un journaliste camerounais travaillant au siège régional d’une agence de presse internationale installée dans un autre État africain.

Pourtant, le Cameroun est bien un pays où il peut se passer deux ans sans que le président de la République préside un conseil des ministres ; où le patron de la police peut faire emprisonner des innocents pour couvrir les coupables d’un meurtre ; où lorsqu’un citoyen téléphone en urgence à la police pour signaler l’agression d’une femme dont il vient d’être le témoin et donner la description des fautifs, il s’entend répondre : «Mais laissez la femme se plaindre elle-même! De quoi vous mêlez-vous ? », avant de se faire raccrocher au nez ; où le chef de l’État paie en valises de cash le ravitaillement en kérosène de l’avion qui le transporte ; où l’on peut louer, pour une somme dérisoire, l’arme d’un policier ; où l’on met deux jours à retrouver la carcasse d’un Boeing 737-800 qui s’est écrasé, avec ses 114 occupants, trente secondes après son décollage ; où moins de trois mois avant une élection présidentielle, personne ne sait à quelle date le scrutin aura précisément lieu et aucune des deux grandes formations politiques, le parti présidentiel et le principal parti d’opposition, n’a de candidat déclaré...

Dans ce Cameroun, qui semble naviguer sans tête et sans but, les jeunes, soit la moitié de la population, ne parviennent plus à s’imaginer un avenir. »

source

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Posté par michelrenard à 11:36 - - Commentaires [0] - Permalien [#]