jeudi 15 mars 2012

morts de la guerre d'Algérie

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les mécomptes d'Hélène Cixous

à propos de l'Algérie

 

On se trompe avec Hélène Cixous ce matin dans Libération (15 mars 2012)... Il n'y a jamais eu 600 ou 700 000 morts durant la guerre d'Algérie, comme elle l'affirme mais moins de 300 000 selon l'historien Xavier Yacono voire même un chiffre inférieur à 250 000 selon l'historien Charles-Robert Ageron. Ce qui est déjà important. Les pertes françaises seraient de 24 000 dont 15 000 au combat ou par attentats.

La période de la guerre de conquête (1830-1856) provoque bien une baisse de 20% de la population mais qui ne saurait être imputable aux seules opérations militaires ; il faut compter avec les épidémies, que la Tunisie voisine connaît à la même époque sans qu'il n'y ait eu de guerre.

Enfin, les Pieds-noirs n'ont pas été 1 million et demi mais 800 000 à quitter l'Algérie en 1962.

Hélène Cixous dirige le "Libé des écrivains" aujourd'hui. Cela ne l'empêchait pas de vérifier ses dires...

Daniel Lefeuvre - Michel Renard

 

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mercredi 14 mars 2012

Stora et Zeghidour

 

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rencontre avec

Benjamin Stora et Slimane Zeghidour

 

Benjamin Stora et Slimane Zeghidour participeront à un débat au 27, rue Jacob à Paris (siège des éditions les Arènes) à 19 heures.
Toutes les informations sur le lien suivant :


http://www.27ruejacob.fr/STORA-ZHEGUIDOUR

 

Commentaire :
Voici deux hommes d'honneur, car ils ont la particularité d'avoir la force de rester impartiaux, en dépit des pressions émanants de ceux qui ont "les plus grands bouches"...

Aussi, croyez bien que j'aurais été infiniment ravi d'être à vos côtés pour pouvoir très dignement témoigner de l'histoire de ma famille.

Aussi, pour information, voci le texte que j'avais préalablement mis en ligne, à la veille du débat télévisé, qui devait faire suite au merveilleux documentaire de Messieurs Stora et Le Bomin :
"Comme beaucoup de citoyens français, à part entière ;  j’ai l’immense crainte que le prochain débat relatif à cette guerre ne soit encore et invariablement réduit à une tribune offerte à des représentants de rapatriés et de fils et de filles d'harkis.
Aussi, dans un souci du respect du contradictoire et au nom de l'Histoire, il serait pour le moins nécessaire d'inviter, non pas seulement ces personnes, aussi louables soient-elles et des historiens, mais également des enfants de ces combattants algériens, qui ont vu à là la suite de ces évènements leur vie à jamais changer ...
De la même manière, il serait pas mal de dire quelques mots sur l'appui de ces Algériens, qui déjà en 1917 avait apportés leurs concours à la France, espérant en retour leur indépendance.
En effet, bien des familles marocaines, algériennes, sénégalaises et autres, ont payé un très lourd tribu pour défendre notre grande nation et ses valeurs.
À titre d'exemple et dans ma propre famille, ce n'est pas moins de 17 membres sur 21 qui, en avril 1917 sont morts dans les Ardennes, dont certains à Verdun. Dans les 3 années qui suivirent la fin de la guerre, deux autres décéderont en raison des gaz moutardes ...
Ces gens là on en parle si peu ! Pourquoi une telle chape de plomb, y compris à une époque où l’on nous stigmatise parfois, un peu plus que de raison ?
Ceci est d'autant plus absurde et incompréhensible, lorsque l'on observe nos pays voisins nous montrer l'exemple. Lorsque l'on sait que ces personnes, à double culture sont peut-être nos meilleurs Ambassadeurs pour commercialiser nos produits et nos services hors de nos frontières !
Et, ici, je voudrais dire, en toute humilité à nos amis républicains qu’il est catégoriquement faux de laisser croire que ces personnes seraient pour bon nombre arrivées en France, à la suite de cette guerre. À titre d’exemple, mon père est arrivé en France en 1956 et le premier Préfet «musulman», issu de l'immigration a été Chérif Mecheri ..... en 1946 !
À cette suite, il eu l’honneur et l’immense privilège de devenir tour à tour conseiller spécial de deux Présidents, secrétaire général de l'Union française et secrétaire général à la Présidence de la république et ce pendant 10 années !
Au besoin, je tiens à votre disposition les homélies rendues par l’état français, dont la préfectorale ainsi que la Cour des comptes et vous l’aurez compris, je serais ravi d’être invité sur votre plateau, pour tenter de donner un autre visage à cette population française, un peu trop souvent occultée".

Très Cordialement.

Auteur : Mécheri
15 mars 2012

 

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Pierre Schoendoerffer

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Pierre Schoendoerffer,

auteur de la 317e section est mort

 

 

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- L'historien Pierre Brocheux a évoqué, pour Études Coloniales, "toute la sympathie et l'admiration qu['il] éprouve pour Pierre Schoendoerffer en tant qu'homme et cinéaste. Schoendoerffer a porté un témoignage inoubliable et lucide pour l'Indochine de "mon époque" même si nos opinions sur le fond étaient diamétralement opposées." Pierre Brocheux

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Études Coloniales

 

- en retrouvant les images de ce film, on ne peut être que frappé - c'est une remarque peut-être marginale - par l'image christique de Jacques Perrin... Intention délibérée de l'auteur Pierre Schoendoerffer ?

Michel Renard

 

Le réalisateur et écrivain s'est éteint mercredi à l'hôpital militaire Percy de Clamart.

L'écrivain et cinéaste Pierre Schoendoerffer est mort cette nuit, à 6 heures du matin, à l'âge de 83 ans, entouré de ses proches, à l'hôpital militaire Percy, de Clamart où il avait été transféré il y a quelques jours après une intervention chirurgicale.

Né à Chamalières (Puy de Dôme), il s'était engagé à 17 ans comme mousse sur un chalutier suédois avant de rejoindre le corps expéditionnaire français en Indochine comme caméraman aux armées au sein du prestigieux 1er régiment de chasseurs parachutistes. Fait prisonnier à la bataille de Diên Biên Phu, le 7 mai 1954, il est libéré après trois mois de détention dans un camp vietminh. En 1956, il réalise son premier film en Afghanistan, La Passe du diable, d'après un scénario de Joseph Kessel.

En 1963, il publie son premier roman, La 317ème section, inspiré de cette expérience indochinoise qui hantera toute son œuvre. Deux ans plus tard, il en réalise l'adaptation au cinéma avec Bruno Cremer et Jacques Perrin - prix du scénario au Festival de Cannes. Jusqu'au début des années 2000, il poursuivra en parallèle une carrière d'écrivain et de cinéaste moultes fois récompensée. En 1968, il obtient l'oscar du meilleur documentaire avec La Section Anderson, récit d'une unité de combat américaine durant la guerre du Vietnam.

Son roman L'Adieu au Roi, publié aux éditions Grasset à qui il restera fidèle toute sa vie, obtient le Prix Interallié, dont il rejoindra le jury quelques années plus tard - le réalisateur américain John Milius le portera à l'écran avec Sean Connery après s'en être inspiré pour écrire le scénario d'Apocapyse Now. Le Crabe-Tambour, lui, est honoré par le Grand Prix de l'académie française et glanera trois césars pour son adaptation sur grand écran. En 1992, il réalise son film le plus ambitieux, Diên Biên Phu, tourné au Vietnam. Amis des écrivains et journalistes Joseph Kessel, Lucien Bodard et Jean Lartéguy, grand lecteur de littérature maritime et des œuvres de Kipling, Malraux, Loti - qu'il adapta deux fois au cinéma -, il faillit porter à l'écran dans les années 90 le roman de Joseph Conrad, Typhon.

Marié à l'ancienne journaliste de France-Soir, Pat Chauvel, qu'il avait rencontrée lors d'un reportage au Maroc en 1955, il était père de trois enfants dont le réalisateur Frédéric Schoendoerffer (Scènes de crime, Agents secrets, Switch) et l'oncle du grand photographe de guerre Patrick Chauvel.

Il avait été élu en 1988 à l'Académie des Beaux-Arts et appartenait à l'Académie des écrivains de marine. Pour tous, il restera l'écrivain d'aventure par excellence et le cinéaste ayant décrit avec le plus de justesse les souffrances, les mélancolies et les tragédies de l'armée française de la deuxième moitié du XXe siècle.

 
 
Par Jean-Christophe Buisson
14 mars 2012

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- La 317ème Section ou le « cinéma-vérité » de Pierre Schoendoerffer, par Delphine Robic-Diaz

 

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mardi 13 mars 2012

culture du maintien de l'ordre (Jean-Marc Berlière)

 

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policiers et manifestants, années 1950-1960

Jean-Marc BERLIÈRE

 

Dans le climat particulier de la guerre froide et de la guerre d'Algérie, les années 1950 et 1960 démontrent la permanence d'une culture de maintien de l'ordre largement marquée par la violence parfois démesurée. Le 14 juillet 1953, le 17 octobre 1961, le 8 février 1962 constituent autant de drames humains dont la police parisienne porte une grande responsabilité [...]

Observons d'abord que ces déchaînements de violence meurtrière concernent des Nords africains et des militants de gauche, en majorité communistes. Ce n'est pas par hasard.

Les représentations policières de Français musulmans systématiquement perçus comme des fauteurs de troubles et des délinquants, déjà fortement teintées d'influences "coloniales" en 1953 ont été encore noircies par les attentats perpétrés contre les policiers par le FLN à partir de 1960.

Quant à l'anticommunisme des policiers de la Préfecture de police qui s'est déchaîné à Charonne, déjà très développée avant la guerre par les affrontements qui opposaient depuis les années 1920 la police municipale aux "salopards en casquette", il est sorti exacerbé de l'Occupation par les attentats individuels commis par les "communo-terroristes" contre les policiers et par le rôle des communistes dans l'épuration de la Préfecture de police à la Libération.

Le déchaînement d'une violence largement partagée par les deux camps lors des affrontements liés à la guerre froide, par exemple à l'occasion de la manifestation contre le général Ridgway en mai 1952 (cf. Michel Pigennet, Au coeur de l'activisme communiste des années de guerre froide. La manifestation Ridgway, L'Harmattan, 1990), ont définitivement envenimé des rapports difficiles.

 

violences institutionnalisées et débordements

Aux désirs obsessionnels de vengeance couvant dans les commissariats et les cars de police, il faut certes ajouter les tensions au sein du FLN ou la stratégie de provocation de l'OAS.

Mais les événements, indignes d'un État de droit du 17 octobre 1961 et du 8 février 1962 résultent également d'une volonté délibérée de choc frontal de la part de la Préfecture de police, de la violence d'État institutionnalisée par un pouvoir gaullien autoritaire, et de la perte de contrôle par la hiérarchie de troupes conditionnées puis déchaînées par l'attitude du gouvernement et du préfet de police ressentie comme un encouragement tacite, une tolérance, un droit de tuer. Entre des débordements dramatiques que le premier ministre Michel Debré n'ignore pas et un risque de subversion par l'OAS d'un des derniers remparts de l'État, le choix du gouvernement est vite fait : la raison d'État, la volonté d'imposer l'ordre public dans une situation lourde de menaces commandent une fermeté sans rapport avec les manifestations concernées, comme elles imposeront ensuite le mensonge, le silence.

Si la dimension politique de ces tueries, assimilées par certains analystes à des "meurtres d'État" (cf. Alain Dewerpe, Charonne, 8 février 1962 : anthropologie historique d'un massacre d'État, Paris, Gallimard, 2006), ne surait être minorée, on se contentera ici d'apprécier les événements au regard de l'histoire du maintien de l'ordre, notamment en terme de fautes ou d'aberrations techniques.

L'étude des archives internes, les témoignages des acteurs démontrent l'incompétence, les erreurs tactiques, les fautes techniques accumulées et surtout la perte de contrôle de leurs troupes par les différentes hiérarchies. C'est très net pour la répression de la manifestation algérienne du 14 juillet 1953 marquée par un usage irraisonné et illégitime des armes hors de tout contrôle, mais c'est également vrai du 17 octobre 1961 et de la tuerie de Charonne. Des policiers déchaînés, aidés par une partie de la population le 17 octobre, se sont livrés, de longues heures durant, à des représailles et àdesactes de barbarie hors de tout contrôle ou en ignorant délibérément les rappels à l'odre de commissaires dépassés, parfois menacés par ses [sic !] propres troupes.

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Il semble légitime de lire ce déchaînement sans frein de brutalité sauvage, ces scènes de meurtres et de barbarie comme la négation radicale d'un demi-siècle de réformes et d'efforts pour apaiser et civiliser le maintien de l'ordre. On notera toutefois que ces exactions furent le fait "d'amateurs" : pour l'essentiel les gardiens de la paix des compagnies d'intervention dites de district de la Préfecture de police.

Armés de "bidules" redoutables, mal ou peu encadrés, ces policiers n'avaient ni la formation, ni l'entraînement, ni la discipline des "professionnels" - CRS, Gardes mobiles - qui, présents sur chacun de ces événements, ne semblent pas avoir participé aux exactions et notamment aux charges et chocs frontaux que tout leur entraînement et leur culture leur apprenaient à éviter, pas plus qu'aux "ratissages" et déchaînements qui succédèrent aux affrontements et n'épargnèrent ni les badauds ni les passants."

Jean-Marc Berlière, Policiers et manifestants : un siècle de mutation,
in Danielle Tartakowsky, Paris Manif', les manifestations de rue à Paris de 1880 à nos jours,
Comité d'Histoire de la Ville de Paris, Presses universitaires de Rennes, p. 255 à 257.

 

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mercredi 7 mars 2012

l'éclatement de la Libye

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l'éclatement de la Libye ou

le retour à une longue histoire

Bernard LUGAN

 
L'éclatement de la Libye que j'avais annoncé dès le 1er avril 2011 [1] a été officialisé le 6 mars 2012 avec la déclaration d'autonomie de la Cyrénaïque. Chaque jour qui passe, les résultats de l'intrusion franco otanienne dans la guerre civile libyenne apparaissent ainsi de plus en plus catastrophiques, deux réalités ayant été totalement ignorées par ceux qui décidèrent de cette insolite expédition :

1) La Libye n'existe pas. 

2) Ses deux principales composantes, la Tripolitaine et la Cyrénaïque ont toujours été opposées.
 
Au début de l'année 2011, ce ne fut pas à un soulèvement «démocratique» que nous avons assisté, mais à une tentative de sécession de la Cyrénaïque. Sur ce mouvement vinrent ensuite se greffer les islamistes arabistes radicaux, puis les Berbères arabophones de Zentan et leurs cousins berbérophones de Zouara et du Jebel Nefusa désireux d'en découdre avec un régime qui avait constamment nié leurs droits.

Ainsi donc, dans l'ignorance bétonnée du dossier, l'Élysée prit-il le parti d'un camp contre un autre, croyant, ou pire, feignant de croire, que le CNT était l'émanation d'un peuple en lutte pour ses droits démocratiques alors qu'il n'était qu'un conglomérat d'intérêts contradictoires.

Le colonel Kadhafi massacré dans les conditions que l'on connaît, ses «vainqueurs» se déchirèrent ensuite à belles dents :

- En Tripolitaine, le faible CNT navigua à vue entre les milices islamico-mafieuses de Misrata, les milices islamiques  de Tripoli, les Berbères de Zentan et du jebel Nefusa et les Warfalla [2].

- En Cyrénaïque, les chefs de tribus virent dans le CNT une émanation de la Tripolitaine et ils s'en affranchirent. Ce fut cependant un problème local qui hâta leur décision de proclamer l'autonomie de leur région. Les tribus supportaient en effet de plus en plus mal le climat anarchique résultant des agissements de certaines  milices islamistes fondamentalistes soutenues par une partie du CNT et qui s'en prenaient à leurs pratiques religieuses coutumières.

Dans cette région à forte caractéristique confrérique, l'islam salafiste ou wahhabite voulut en effet interdire le culte rendu aux saints aux les marabouts du Maghreb -  allant jusqu'à détruire leurs tombeaux (voir mon communiqué du 18 janvier 2012).
Tout ceci fit que ce qui devait arriver «arriva» avec la déclaration d'autonomie du 6 mars 2012 prononcée par l'assemblée des tribus de Cyrénaïque qui reconnut comme chef Ahmed Zubaïr al-Sanussi, parent du roi Idriss Ier renversé en 1969 par le colonel Kadhafi, et membre éminent de la famille-confrérie sénoussiste qui régnait sur la région à l'époque ottomane.

En Libye, c'est donc à un retour à la longue histoire que nous assistons. Face à ce puissant mouvement de fond, la démocratie individualiste ou les droits de l'homme apparaissent pour ce qu'ils sont, des modes occidentales passagères bien éloignées des réalités locales. Il est cependant regrettable que les dirigeants français y aient une fois de plus cédé avec pour conséquence le bouleversement de toute la géopolitique sur l'arc de tension saharo-sahélien. 

Bernard Lugan
7 mars 2012


[1] Voir mon communiqué du 1° avril 2011 ainsi que les articles de l'Afrique réelle sur toute l'année 2011.
[2] Voir à ce sujet le numéro de  janvier 2012 de l'Afrique Réelle.

http://bernardlugan.blogspot.com/p/reabonnement-2012.html

 

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mardi 6 mars 2012

le nouveau site des archives d'Outre-mer

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un nouveau site pour les ANOM

d'Aix-en-Provence

 

Découvrez le nouveau site des Archives nationales d'outre-mer. Ce cadeau n'arrive pas seul, puisque 2000 photos viennent d'être rajoutées dans la base d'images "Ulysse". Elles concernent les DOM mais aussi l'Indochine, les Comores, Madagascar, le Sahara,le Mali et l'Algérie. De nombreux d'inventaires nouveaux sont également accessibles en ligne.

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page d'accueil du nouveau site

 

Toutes les rubriques seront utiles au chercheur comme au curieux : présentation, fonds, les instruments de recherche en ligne (IREL) : site des Archives d'Outre-Mer

 

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jeudi 23 février 2012

Charonne (1962) et la CGT

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la CGT n'a rien appris de l'histoire

Michel RENARD

 

L'Union régional Île-de-France de la CGT a publié, début 2012, une plaquette commémorative de la manifestation du 8 février 1962 restée sous le nom de "Charonne" (du nom d'une station de métro du 11e arrondissement de Paris) et des neuf morts assassinés par la police (dont huit membres du Parti communiste).

Historiquement, on ne peut y être insensible. Personnellement, je le suis encore moins puisque ma propre mère fut l'une de ces manifestantes. Lorsqu'elle décéda, beaucoup plus tard, et qu'on l'inhuma, le 28 février 2008 à Bezons, j'ai prononcé ces mots au sujet de cet événement : "Le 8 février 1962, à proximité du métro Charonne, avec d'autres, elle fut malmenée par la charge policière et ne dut qu'à la vigilance d'un anonyme compagnon de manifestation d'échapper au piège qui fut fatal à plusieurs."

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8 février 1962

J'ai longtemps cru qu'il s'agissait d'une vérité familiale et historique. Or, mon père vient de m'appendre que j'ai dû confondre avec la manifestation contre la venue du général américain Ridgway le 28 mai 1952. Ce jour-là, la répression fut terrible : on compta un mort parmi les manifestants et des dizaines de blessés. C'est à cette occasion que ma mère fut renversée. Un manifestant proche puis mon père (qui se souvient du prénom du premier) se portèrent à son secours, la dégagèrent et la mirent à l'abri du danger. Ma mère n'était pas à Charonne, sinon "nous serions rentrés ensemble" me fit remarquer mon père.

Entre parenthèses, ce souvenir écran atteste de la terrible vulnérabilité du témoignage de mémoire. Et des processus complexes de déplacement de souvenirs. Il me semblait pourtant en avoir plusieurs fois discuté avec mes parents. Ma mère était à Charonne, j'en étais persuadé. À tort.

Mon père, de son côté, fait depuis longtemps partie du "Comité Vérité et Justice Charonne" (lire son interview ci-dessous paru en 2010) Je ne livre pas ces confidences famliliales comme argument d'autorité pour valider ce que je vais dire. Seulement, pour signifier que "Charonne" est loin de m'être indifférent.

Mon ami Daniel Lefeuvre, lui, a participé au cortège des obsèques de ces décédés, le 12 février 1962, ce fut sa première manifestation, je crois. Il en garda le souvenir d'un impressionnant silence. "Charonne" est l'un des ferments de notre réceptivité à la période coloniale et anti-coloniale.

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12 février 1962

 

quelques critiques de la plaquette de la CGT

Ce qui me gêne dans la plaquette de la CGT n'est pas le rappel de ces tragiques événements. Il faut le dire et le redire. Mais ce sont plusieurs affirmations, cadres d'analyse ou même silences qu'il est impossible de continuer à répéter aujourd'hui. Par exemple :

1) la plaquette commence ainsi : le 18 mars 1962, les accords d'Évian mettaient fin à huit ans d'une guerre..." Faux. On sait très bien que la "guerre" continua pendant des mois, que la direction du FLN à Tripoli n'approuva pas les accords, que des centaines de morts tombèrent après mars 1962.

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2) le texte se poursuit par un bilan : "Environ 400 000 Algériens sont morts, 90 000 harkis, 29 000 militaires français, 6000 civils «européens». Il y eut environ 65 000 blessés". D'abord, le chiffre de morts algériens est inférieur, environ 300 000 selon l'historien Yacono et probablement inférieur à 250 000 selon Charles-Robert Ageron (cf. Guy Pervillé, Pour une histoire de la guerre d'Algérie, éd. Picard, 2002, p. 239). Ensuite, on pourrait expliciter que les harkis ont été tués par les Algériens, que des Algériens messalistes (Messali Hadj) furent égorgés par des Algériens du FLN...

3) on utilise la formule : "l'ultra-colonisation de l'Algérie". Qu'est-ce cela veut dire ? D'où sort cette caractérisation ? Aucun historien ne l'a jamais employée, personne ne l'a jamais élucidée. Pourquoi cette emphase ? Le terme de colonisation suffit, même si la réalité a montré "des" colonisations différentes. Le terme "ultra" voudrait-il renvoyer aux "ultras" de la collaboration qui s'affichèrent avec les nazis entre 1940 et 1944 ?

4) d'autant que si "l'ultra-colonisation" voulait évoquer la colonisation de peuplement, les chiffres qui figurent dans la plaquette elle-même subviennent à prouver la marginalité de ce peuplement : "la conquête du territoire se double de l'installation des colons. Quand le général Bugeaud quitte ses fonctions, 11 000 européens (notamment espagnols) et 47 000 Français colonisent l'Algérie"...! Et puis quoi encore ! Cinq dizaines de milliers de personnes colonisent l'Algérie.. Ce n'est pas sérieux. Par ailleurs, la plupart étaient à Alger et dans ses alentours immédiats.
Comme le note Jacques Frémeaux : "La véritable prospérité de la colonie ne commence réellement qu'à partir des années 1880, poussée par le développement du vignoble" (La France et l'Algérie en guerre, 1830-1870, 1954-1962, éd. Economica, 2002, p. 52).

5) l'évocation de la conquête militaire est très lapidaire : "le général Bugeaud conduit une guerre d'une sauvagerie extraordinaire. Il organise la torture contre les populations locales en pratiquant par exemple l'enfumage des populations"? La guerre de conquête a été violente. Le mot "torture" contre des populations locales est-il approprié ? Le défaut du raisonnement tient dans sa généralisation.


a) L'affrontement avec les tribus passait par le contrôle des territoires où elles trouvaient refuge, ce qui conduisit aux "razzias" avec destruction des douars, confiscation des récoltes, déplacement des populations... Ces méthodes terribles n'étaient pas spécifiquement françaises ni nouvelles.
L'historien Jacques Frémeaux précise : "Bugeaud n'est pas, à vrai dire, l'inventeur de la razzia. Celle-ci est largement inspirée de celle des anciens dominateurs turcs, qui eux-mêmes n'avaient sans doute qu'emprunté à leurs prédécesseurs une technique de domination employée depuis des temps anciens par les États du Maghreb. Faute de pouvoir occuper et administrer de manière permanente les pays relevant de leur souveraineté, ils y envoyaient régulièrement des colonnes armées, dites mehalla, chargées de lever les impôts. En cas de résistance, celles-ci opéraient des ravages qui ne cessaient qu'au moment où les notables venaient faire leur soumission. Il semble que parmi les premiers Français à avoir recours de manière systématique à ces méthodes figure le genéral Lamoricière, jeune rival de Bugeaud, mais un des plus anciens «Africains» de l'armée. Elles deviennent en tout cas une constante des campagnes françaises en Afrique du Nord (La France et l'Algérie en guerre, 1830-1870, 1954-1962, éd. Economica, 2002, p. 197). Mais ci, le terme de "torture" est inapproprié.

b) les autorités militaires coloniales considéraient les insurgés comme des rebelles à l'ordre colonial mais pas comme des Français coupables de rébellion à l'autorité de l'État. Jacques Frémeaux, encore, note : "les commandants des colonnes qui recueillent les redditions ont pour coutume d'imposer aux survivants de rendre leurs armes, et de les frapper de peines collectives, notamment sous forme d'amendes, et non de les condamner à mort ou à des peines de travaux forcés" (id, p. 88). Alors que les insurgés vaincus et prisonniers de 1848 ou ceux de 1871, en métropole furent fusillés. Là encore, on ne peut qualifier cela de "torture".

c) par contre l'affaire des enfumades des grottes du Dahra (19 juin 1845) manifeste un degré de cruauté qu'il faut cependant tempérer par les réactions des militaires qui ont eu à la mener ou à la commenter. Talonnée par les troupes de Pélissier, une partie des populations de la tribu des Ouled Riah se réfugie dans un massif montagneux à l'est de la ville de Chlef, les grottes du Dahra. Des négociations s'engagent entre les "insurgés" et les militaires français après les ripostes armées des "encavernés" qui tirent. L'accord ne se conclue pas. Pélisssier décide de faire sortir les barricadés en enfumant l'entrée des grottes et fait tirer sur ceux qui tentent de s'extraire du piège. Plus de cinq cents personnes y laissèrent la vie, hommes, femmes enfants, dit-on. Horrible épisode de guerre.
Pélissier rend compte à Bugeaud : "Ce sont des opérations, Monsieur le maréchal, que l'on entreprend quand on y est forcé, mais que l'on prie Dieu de n'avoir à recommencer jamais" (cf Jean-Pierre Bois, Bugeaud Fayard, 1997, p. 455). Ce qui prime dans ce face à face est l'aspect militaire. Il n'y a pas de caractérisation ethnico-péjorative de l'adversaire. Ni "torture", mais logique de choc militaire sans concessions. Comme l'avaient été toutes les guerres jusqu'alors.

5) La référence au "facisme" du régime gaulliste. C'est un contre-sens historique bien connu. On peut discuter des conditions du retour au pouvoir du général De Gaulle en mai-juin 1958. Mais cela n'a jamais approché le fascisme. Répéter en 2012, les slogans alarmistes et anachroniques lancés en 1958, c'est ne rien avoir appris de l'histoire.

Alors, oui, en tant que citoyen, il faut condamner la violence politique et policière de 1962. Oui, il faut honorer la mémoire des sacrifiés. Mais en tant qu'historien, on ne peut réitérer les catégories d'appréhension du passé relevant d'une idéologie et non de la rigueur d'analyse.

Michel Renard

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metro-charonne 

 

Charonne : «Un crime pour mémoire»

Daniel RENARD (2010)

21218138Quarante-huit ans après, l’État n’a toujours pas reconnu sa responsabilité dans le crime du métro Charonne. Entretien avec Daniel Renard, président du Comité Charonne pour la vérité et la justice.

Jean-Pierre Bernard, Fanny Dewerpe, Daniel Fery, Anne-Claude Godeau, Édouard Lemarchand, Suzanne Martorelle, Hippolyte Pina, Maurice Pochard, Raymond Wintgens. Il y a quarante-huit ans, le 8 février 1962, ces neuf syndicalistes de la CGT, dont huit étaient militants du Parti communiste, étaient assassinés, à la station de métro Charonne, par les brigades spéciales dirigées par Maurice Papon, à l’époque préfet de police de Paris. Ils venaient de participer à une manifestation contre l’OAS (1) et pour la paix en Algérie.
Daniel Renard, aujourd’hui président du "Comité Charonne pour la vérité et la justice", faisait partie des organisateurs de cette manifestation. Il témoigne.

Pourquoi un comité Charonne et pourquoi ce nom : vérité et justice ?

Daniel RENARD - Parce que nous voulons que l’État reconnaisse enfin sa responsabilité dans le crime du 8 février 1962 et que justice soit rendue aux familles des victimes. Nous voulons aussi faire connaître ce qui s’est passé. Beaucoup, surtout parmi les jeunes, ignorent tout de Charonne. On ne leur en parle pas à l’école.

Quel était l’objectif de cette manifestation du 8 février ?

Daniel RENARD - Elle avait deux objectifs : la riposte aux attentats de l’OAS et la paix en Algérie. Le 7 février, une charge de plastic au domicile du ministre André Malraux avait défiguré la petite Delphine Renard. D’autres attentats avaient visé notamment le député communiste Raymond Guyau et l’écrivain Vladimir Pozner qui avait été sérieusement blessé.
Le soir même, les unions départementales CGT de la Seine et de la Seine-et-Oise provoquaient donc une réunion des organisations syndicales et politiques pour riposter. Et, le matin du 8 février, un tract appelait à manifester à 18 h 30 à la Bastille. Il était signé par les syndicats CGT de Seine et de Seine-et-Oise, les organisations parisiennes de la CFTC, de l’Unef, du SGEN, les sections de Seine-et-Oise de la Fédération de l’éducation nationale (FEN) et du Syndicat des instituteurs. Les fédérations de Seine et de Seine-et-Oise du Parti communiste et du PSU, les Jeunesses communistes, les Jeunesses socialistes unifiées, le Mouvement de la paix de Seine et de Seine-et-Oise s‘associaient à l’appel.



charonne


Comment les événements se sontils déroulés ? Vous étiez parmi les organisateurs…

Daniel RENARD - J’étais secrétaire général de la FEN de Seine-et-Oise. Lorsque nous avons su que le gouvernement interdisait la manifestation, nous avons tenté en vain d’avoir un rendez- vous à la préfecture de police. Il faut rappeler que le préfet de police, Maurice Papon, venait de s’illustrer dans le massacre des Algériens lors de la manifestation du 17 octobre 1961 à l’appel du FLN – on connaît aussi son rôle, en Gironde, pendant l’Occupation. La Bastille n’étant pas accessible, nous avons constitué cinq cortèges différents. En tête de chacun il y avait des responsables des organisations qui appelaient.
On a évalué à 60 000 le nombre total de manifestants. Je me trouvais dans le cortège qui, parti du boulevard Beaumarchais, est arrivé à l’angle de la rue des Écoles et du boulevard Saint-Michel où la dislocation s’est effectuée dans le calme.
Je suis alors rentré chez moi, à Bezons. C’est dans la nuit que j’ai été informé de ce qui s’était passé au métro Charonne. Alors que des responsables de la CGT et de la CFTC venaient de s’adresser aux manifestants et avaient appelé à la dispersion, la police a chargé avec une violence inouïe. Il y a eu huit morts sur le champ, un neuvième est décédé huit semaines plus tard. Parmi les nombreux blessés, certains l’étaient très sérieusement. Selon la thèse que Papon et le gouvernement ont tenté d’accréditer, les manifestants se seraient rués dans l’escalier du métro dont les grilles étaient fermées et se seraient écrasés les uns sur les autres. Mais c’est faux, les grilles n’étaient pas fermées.

Comment expliquez-vous une telle violence ?

Daniel RENARD - Papon et le gouvernement cherchaient à en découdre. Les unités de police avaient été particulièrement choisies et comportaient des éléments qui revenaient d’Algérie. Or la volonté d’écraser la lutte du peuple algérien avait été mise à mal. Avec une certaine mauvaise volonté, le gouvernement français avait dû engager, le 20 mai 1961 à Évian, des pourparlers avec le gouvernement provisoire de la République algérienne. L’OAS, qui voulait y faire échec, multipliait les attentats.
Mais la mobilisation contre la guerre s’élargissait. Le 16 janvier 1962, un appel à «agir au grand jour contre les factieux de l’OAS» avait été signé par cent anciens résistants, parmi lesquels des gaullistes comme le général Billotte. Évidemment, les militants communistes qui luttaient depuis des années contre la guerre d’Algérie étaient particulièrement motivés. Le 8 février ils constituaient le gros des cortèges, ce qui fait que sur les neuf victimes, huit étaient communistes.

Quel a été l’impact de Charonne ?

Daniel RENARD - Cela a déclenché un mouvement auquel le pouvoir ne s’attendait pas. Le lendemain, l’appel à un arrêt de travail d’une heure a été massivement suivi dans tout le pays. Les obsèques ont eu lieu le 13 février à l’appel de toute la gauche, de toutes les organisations syndicales. La foule était immense – on a parlé de 1 million de personnes. La pression pour que les négociations avec le FLN progressent est devenue telle que le 19 mars 1962 les accords d’Évian étaient signés.

Quel enjeu représente aujourd’hui la reconnaissance de ce crime ?
Daniel RENARD - Cette reconnaissance est très importante pour agir contre toutes les survivances du colonialisme. Nous associons le 8 février 1962 et le 17 octobre 1961 qui était aussi une manifestation pacifique. Faire reconnaître ces crimes par l’État français est aussi une façon de travailler à l’amitié franco-algérienne. Ces dates marquent l’histoire de France et font partie de l’identité populaire.

entretien réalisé par Jacqueline Sellem, L'Humanité, 10 février 2010


(1) Organisation de l’armée secrète dirigée par les généraux Jouhaud et Salan qui avaient participé au putsch d’Alger du 13 mai 1958. Ils seront amnistiés en juillet 1968.

 

 Capture11-copie-2
les neuf morts du métro Charonne, le 8 février 1962

 

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lundi 20 février 2012

cartes de l'Afrique pré-coloniale et coloniale

 Fort-Joseph en Galam

 

cartes de l'Afrique pré-coloniale et coloniale

tirées de

l'Histoire des colonies françaises (1931)

 

page titre
page de titre du livre de Hanotaux et Martineau

 

dos couv Hist colonies
dos de
couverture

 

carte physique Afr occ et équat
début du livre, non paginée

 

 Fort-Joseph en Galam
Fort Saint-Joseph en Galam, p. 22
lien externe : sites liés à la traite négrière


rivière de Gambie
cours de la rivière de Gambie, p. 30


carte de Gorée
carte de Gorée, p. 37  (à 4 km au large de Dakar, Sénégal),

 

entrée de la rivière de Gambie
entrée de la rivière de Gambie, p. 68

 

carte du haut Sénégal
carte du Haut Sénégal, p. 148

colonie du Sénégal
colonie du Sénégal, p. 167

 

 pénétration des pays voisins du Soudan
pénétration de pays voisins du Soudan, p. 230

 

 Guinée franaise et Côté d'Ivoire
Guinée française et Côte d'Ivoire, p. 263

 

 plan de Conakry
plan de Conacry, p. 266 (Guinée)

 

territoire du Bas-Niger
Territoires du Bas-Niger - Dahomey - Côte d'Ivoire, p. 307

 

AOF chemins de fer
Afrique occidentale française (AOF) : chemins de fer, p. 318

 

port de Dakar
port de Dakar, p. 320

 

 Afrique équatoriale française
Afrique équatoriale française, p. 358

 

Afr équatoriale XVIIe s
carte de l'Afrique équatoriale française au XVIIe siècle,
hors-planche, entre p. 368 et 369

 

Soudan égyptien
Soudan égyptien, p. 514

 

occupation du bassin du Tchad
occupation du bassin du Tchad, p. 544

 

Somalis et Djibouti
Somalis et Djibouti, p. 580

 

missions Bonchamps, Clochette et Charles Miche
Missions de Bonchamps, Clochette, Charles Michel, p. 584


- les cartes sont reproduites ici [en cliquant dessus, on peut les agrandir], à l'état brut, sans commentaires. Il en faudrait. Mais elles sont déjà à la disposition de chacun. Elles proviennent de l'énorme entreprise historique et éditoriale, en six volulmes, dirigée par Gabriel Hanotaux et Alfred Martineau, à partir de 1929, avec la collaboration de nombreux spécialistes. Le titre, Histoires des colonies françaises et de l'expansion de la France dans la monde, marque évidemment un paradigme historien qui est aujourd'hui dépassé.

Cependant, le savoir narratif et événementiel est toujours valable et peut servir de base à des analyses moins dépendantes d'une idéologie excessivemement empathique et édifiante. Car, c'est un des défauts de notre époque, que de disserter sur l'histoire coloniale en l'absence d'une connaissance de sa réalité positive (ou positiviste). Les slogans (génocide, déculturation, ultra-colonisation...) peuvent revêtir une apparence de réalité parce qu'on ignore ce qu'ont été l'histoire complexe, les rapports et contacts réels entre puissances colonisatrices et peuples colonisés.

Les massacres de la colonne Voulet-Chanoine (1898-1899) ne résument pas les innombrables expéditions, les succès et les échecs sanglants des colonisateurs en Afrique. De nombreux travaux en témoignent, y compris certains récents tels les deux livres de Marc Michel, Essai sur la colonisation positive. Affrontements et accommodements en Afrique noire, 1830-1930 (Perrin, 2009) et Fachoda. Guerre sur le Nil (Larousse, 2010). Ou encore l'incontournable travail de Jacques Frémeaux, De quoi fut fait l'empire. Les guerres coloniales au XIXe siècle (CNRS, éd. 2010), sans oublier les ouvrages de Henri Wesseling, par exemple : Les empires coloniaux européens, 1815-1919 (Folio-Histoire, 2009). La logomachie repentante actuelle est largement en dessous du savoir de ces auteurs.

Michel Renard

37658182 9782035848321FS de-quoi-fut-fait-l-empire 9782070364503FS

 

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dimanche 19 février 2012

la torture en Algérie... en prévision d'un anniversaire à venir 1962-2012

9782070760657FS 

 

 

Raphaëlle Branche,

L’armée et la torture pendant

la guerre d’Algérie

1954-1962 (2001)

Guy PERVILLÉ (2004)

 

- Ce compte-rendu du livre de Raphaëlle Branche, L’armée et la torture pendant la guerre d’Algérie, 1954-1962, Paris, Gallimard, 2001, 474 p, a été publié dans la revue Annales, Histoire, Sciences sociales, 59ème année, n° 3, mai-juin 2004, pp. 683-684. [nous le republions en prévision des débats, des controverses affrontées et effrontées de mémoires pour le 50e anniversaire de l'indépendance de l'Algérie]

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Peu de thèses d’histoire ont davantage attiré l’attention des médias que celle de Raphaëlle Branche sur les violences illégales de l’armée française pendant la guerre d’Algérie, brillamment soutenue le 5 décembre 2000 à l’Institut d’études politiques de Paris.
Sa notoriété a bénéficié de la résurgence de la mémoire de cette guerre que l’on constate depuis quelques années, et de l’exacerbation de la «guerre des mémoires», provoquée en juin 2000 par la demande de repentance du président algérien Bouteflika et par la campagne de presse lancée aussitôt après par Le Monde (puis relayée par L’Humanité), sur le thème «La France face à ses crimes en Algérie».
C’est pourquoi elle a été utilisée ou rejetée. Philippe Bernard l’a louée dans Le Monde du 7 décembre 2000 : «Une thèse souligne la généralisation de la torture. La thèse de Raphaëlle Branche montre que la torture s’inscrit dans l’histoire de la colonisation». Puis le Livre blanc de l’armée française en Algérie l’a stigmatisée comme étant la «caution de l’Université» à une campagne de dénigrement.
Raphaëlle Branche ne se cache pas de situer sa recherche dans le prolongement des livres de Pierre Vidal-Naquet - historien de métier qui a le premier affronté le problème en tant que citoyen engagé - mais elle est bien consciente de la différence entre le point de vue des témoins et des politiques d’un côté, et celui des historiens qui cherchent à connaître et à comprendre le passé de l’autre.
 
Elle a défini sa problématique en s’inspirant des nombreuses recherches d’histoire et de sciences humaines actuellement en cours sur la violence de guerre dans les deux guerres mondiales. Elle s’est attachée à comprendre ce qui a rendu possible les violences illégales commises par l’armée française, en distinguant la torture et les exécutions sommaires à l’encontre des «hors-la-loi» - qui relevaient de l’inavouable parce que le commandement les jugeait nécessaires sans pouvoir le proclamer - et celles qui n’ont jamais été autorisées parce que nuisibles à la «pacification», telles que les vols et les viols au détriment des civils.
Elle en a recherché les traces dans les archives publiques et privées, qui ont le mérite de se démarquer des discours de propagande (même s’ils camouflent certains faits sous un langage codé) ; et par des entretiens permettant d’approcher le vécu subjectif de témoins qu’elle a choisis parmi des soldats français ayant fait la guerre sur le terrain (à l’exclusion des chefs et des états-majors). Cette entreprise était particulièrement difficile, et demandait beaucoup de courage intellectuel.  
 
 livre Raphaëlle Branche pagepage 325 du livre de Raphaëlle Branche
 
Si la lecture de la thèse est éprouvante, en dépit d’un style d’une haute tenue littéraire, cela tient à la dureté de la réalité qu’elle étudie, et qui «offre un angle de vue sur toute la guerre, permet de la saisir dans son contexte colonial mais aussi dans une histoire plus vaste de la violence de guerre» (introduction, p. 15).
Le livre suit un plan bien ordonné, combinant habilement la périodisation et l’analyse, pour montrer comment les dirigeants de la Quatrième République ont laissé les chefs militaires instaurer en Algérie le règne de l’arbitraire au nom des nécessités de la guerre anti-subversive, puis comment ceux de la Cinquième ont tenté à la fois de le limiter en le codifiant et de reprendre l’armée en main. Sa lecture attentive ne donne pas la même impression que certains résumés parus dans la presse. En suivant sa démonstration pas à pas, je l’ai trouvée globalement convaincante, à l’exception de quelques phrases.
 
confiance excessive en des idées reçues de l’anticolonialisme
Certaines affirmations m’ont semblé faire preuve d’une confiance excessive en des idées reçues de l’anticolonialisme, au sujet des bilans chiffrés de la répression de mai 1945 et de celle d’août 1955. L’étude de la «bataille d’Alger» est rigoureuseusement conduite, mais ne fournit pas la preuve indiscutable des 3024 disparitions d’Algériens affirmées par le secrétaire général de la préfecture d’Alger Paul Teitgen (p. 144).

Le-mepris-absolu-de-la-dignite-humainevictimes des barbaries du FLN

Le passage le plus malencontreux est celui de la page 44 sur les mutilations sexuelles commises par des Algériens sur les cadavres de leurs ennemis, laissant supposer qu’il s’agit d’une pratique normale et légitime. Le constat d’une suspicion généralisée des soldats français envers les musulmans et d’une volonté de terroriser les «hors-la-loi» et leurs complices est juste, mais je ne suis pas convaincu par l’affirmation que la torture visait, non seulement à arracher des renseignements, mais à «terroriser tout un peuple» (notamment dans la conclusion, p. 425).
 
En effet, le soutien unanime du peuple algérien postulé par le FLN est plutôt un problème historique à résoudre qu’un fait indiscutable. Si les responsables militaires et politiques français avaient eu conscience d’avoir contre eux un peuple unanime, auraient-ils pu persévérer si longtemps dans leur action ? Dans leur esprit, le FLN-ALN était une minorité organisée qui s’était imposée à la masse par la terreur et la propagande, et la recherche du renseignement par tous les moyens, y compris la torture, visait à éviter une répression aveugle et indiscriminée.
 
Il est vrai qu’ils ne considéraient pas les «rebelles» comme des «adversaires dignes», mais ce n’était pas seulement une «disqualification a priori» héritée du racisme colonial : l’horreur du terrorisme leur inspirait une bonne conscience relative. En histoire comme en photographie, c’est le cadrage qui crée l’image et qui lui donne son sens. La thèse de Raphaëlle Branche est un gros plan sur un aspect, particulièrement pénible à regarder en face, de l’action de l’armée française durant la guerre d’Algérie. Son très grand mérite est de l’avoir fait.

En même temps, l’image qu’elle renvoie aux anciens combattants français explique la véhémence des réactions de ceux qui n’ont pas voulu s’y reconnaître : ceux qui ont combattu ou «pacifié» sans torturer, ceux qui connaissaient l’existence de la torture mais en avaient une vision abstraite d’état-major, et enfin ceux qui l’ont pratiquée mais croient encore se justifier en disant que «ceux d’en face avaient fait bien pire» (sans voir qu’ils se sont ainsi en partie alignés sur leur comportement).

mutilation+algérieAlgérien dont le nez et les lèvres ont été mutilés
par le FLN pour avoir fumé pour avoir fumé

Peut-être Raphaëlle Branche aurait-elle pu prévenir ces réactions si elle avait davantage pris en considération les violences extrêmes de l’autre camp (reconnues dans l’introduction, p. 12, puis évacuées du sujet dès la page 14) et leurs interactions et influences réciproques avec celles de l’armée française. On ne peut lui reprocher de s’en être tenue à son sujet. Depuis lors, la publication par Gilbert Meynier en 2002 d’une Histoire intérieure du FLN sans complaisance a montré qu’une histoire dialectique de la violence de guerre dans les deux camps à la fois est désormais possible. Elle est aussi nécessaire pour dépasser enfin la guerre des mémoires, et permettre une vraie réconciliation par des examens de conscience simultanés.
Guy Pervillé
2004 - samedi 3 mai 2008.
source

terrorisme_et_guerilla_de_la_toussaint_rouge_a_la_tragedie_des_harkis_vignette_auteur

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Raphaëlle Branche


L’armée et la torture pendant la guerre d’Algérie

général Maurice FAIVRE


Cette thèse se présente sous la forme de 5 volumes : volumes 1 et 2 de texte (753 pages) ; volume 3 d’archives (81 pages) ; volume 4 de témoignages (non consultables) ; volume 5 de bibliographie, sources et index (107 pages).

L’auteur a eu accès par dérogation à plus de 150 cartons du SHAT. Elle a consulté également les archives d’Outre-mer, de l’Intérieur, de la Justice, de l’Assemblée nationale, du CARA, du POURS, du PCF, de Radio-France, de la Ligue des droits de l’Homme, et de nombreux fonds privés (dont ceux du colonel Godard à Stanford).

Le texte est articulé en quatre séquences de deux ans.

Après l’introduction consacrée à Violences de guerre, les soldats et les corps, la 1ère partie est intitulée Les nouveaux visages de la guerre (fin 1954-fin 1956). Raphaëlle Branche conclut que pour atteindre les buts de guerre : rétablir l’ordre et renforcer l’Algérie française, les lois et règlements donnent les moyens de répression dans une nouvelle "guerre de conquête qui n’épargne pas les civils".

La recherche du renseignement, nerf de la guerre, conduit à des illégalités qui sont couvertes par les autorités politiques et militaires. La pratique de la torture contre les suspects est répandue, "bien qu’on n’en trouve pas de traces écrites dans les archives" (p. 113). Des O.R. (Officiers de Renseignement) sont mis en place dans toutes les unités.

La 2e partie, de 1957 à mai 1958, consacre le triomphe des rationalisateurs. La bataille d’Alger révèle le règne de la torture, c’est le modèle et le moteur de la guerre contre-révolutionnaire, selon la théorie du 5e Bureau. L’arbitraire est organisé sous la forme des DOP (Détachements Opérationnels de Protection), qui, spécialisés dans la violence extrême, renforcent les officiers de renseignement et les CRA (Centres de Renseignement et d’Action) dans la lutte contre l’OPA (Organisation Politico-Administrative) hors des villes.

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De juin 1958 à la fin de 1959, les violences illégales sont pratiquées en toute impunité, en particulier à la ferme Améziane de Constantine. La guerre se durcit, les femmes et les enfants n’échappent pas à la torture, "les viols sont prémédités ou opportunistes" (p. 387), le corps médical est complice ou impuissant, le Délégué Delouvrier sans pouvoir contre les militaires. Mais, après le discours du 16 septembre 1959, le pouvoir politique reprend peu à peu la main.

De 1960 à mars 1962 se produit une rupture radicale. Retour dans la règle ? se demande Raphaëlle Branche. L’armée est sous haute surveillance, des procureurs militaires sont mis en place, dans les Secteurs, les Centres de tri et de transit (CTT) sont contrôlés, "le 5e Bureau (utopie totalitaire) est dissous" (p. 589). Les DOP sont débaptisés et intégrés dans la hiérarchie, mais "leur statut reste ambigu".

La Justice est impuissante, alors qu’elle a été "l’auxiliaire de la répression". Le décret d’amnistie du 22 mars 1962 interdit l’inculpation pour les actes en liaison avec le maintien de l’ordre, à l’exception des désertions. Des ordonnances de non-lieu sont prononcées par la Justice. Bien que "leur souffrance [soit] difficile à repérer", certains appelés restent traumatisés par le souvenir de la torture (p. 752).

Dans le volume 3 sont reproduits plusieurs documents intéressants : directives du commandement et des ministres, dénonciations de sévices, extraits de rapports du CICR et de la Commission de Sauvegarde des libertés, lettre de 35 prêtres à leur évêque en mars 1959.

L’importance de la recherche effectuée est impressionnante, et l’on comprend qu’elle ait convaincu une assistance venue pour applaudir et encourager la doctorante. Rédigé avec une application certaine, le texte est davantage littéraire qu’historique (1).

L’argumentation est habile, malgré un certain nombre d’erreurs factuelles (2) et l’on trouve dans la conclusion des phrases qui semblent contredire la thèse : "La torture n’était pas pratiquée systématiquement sur tous les suspects et tous les OR n’y avaient pas recours. De même bien sûr, tous les prisonniers ne la subissaient pas" (p. 750). Or trois lignes plus loin, est affirmée la thèse, à savoir que "la torture a été pratiquée sur tout le territoire algérien pendant toute la guerre et dans tout type d’unité". Ceciest présenté comme une pétition de principe, faisant suite à la "révélation" ressentie à la lecture des ouvrages de son maître Pierre Vidal-Naquet, et allant au-delà de leur confirmation.

Il ne s’agit pas pour nous de nier le fait que la torture et les exécutions sommaires ont existé. Des témoignages de militaires le reconnaissent. Mais nous pourrions citer des centaines d’officiers, dont une dizaine de chefs de corps parachutistes, qui se sont refusé à employer de tels moyens. Des milliers d’appelés, consultés par leurs associations, sont traumatisés non par le souvenir de la torture, mais par les accusations portées par une certaine presse. C’est pour eux que ces associations ont publié un Livre blanc qui met à plat tous les aspects, positifs et négatifs, de cette guerre.

9782702513149FS

désaccords de fond

Après une lecture attentive de l’ouvrage, il nous paraît opportun et salutaire de souligner les désaccords de fond qui doivent être opposés aux arguments de Madame Branche.

Le premier est relatif à sa méconnaissance des problèmes liés au renseignement. Sans doute le renseignement a-t-il une importance primordiale dans la guerre et plus particulièrement dans une guerre subversive, mais ce n’est pas le seul problème, et surtout, les interrogatoires n’en constituent qu’une petite partie.

Le renseignement d’habitant (anciens combattants et familles de supplétifs et de tirailleurs), les honorables correspondants des polices et de l’administration, l’observation terrestre et aérienne, la surveillance maritime, les écoutes électro-magnétiques, les documents récupérés sur le terrain, et à l’extérieur les agents des Services et les dépêches diplomatiques, sont autant de sources riches et variées qui appellent une coordination entre les deuxièmes Bureaux et les Services de renseignement, coordination assurée par les CRO, CRA et autres COMIR créés à cet effet. Quant aux officiers de renseignement, ils n’ont pas été créés pour l’Algérie (p. 300) ; il existait des OR dans tous les régiments et bataillons du temps de paix, que l’on a retrouvés dans les Secteurs et les Quartiers de pacification, et que le commandement s’est employé à adapter au contexte algérien.

 

la plus franche exagération

La torture fut-elle au centre des violences illégales relevées par cette thèse ? Ancien directeur à la Délégation générale, au temps de M. Delouvrier, le libéral René Mayer note que R. Branche, "inspirée par des considérants psychanalytiques, affirme que la torture fut motivée non seulement par la recherche du renseignement, mais par la volonté de terroriser une population entière pour la dominer. On glisse là dans la plus franche exagération... Ceux qui faisaient la guerre cherchaient surtout à ne pas la perdre, à regagner le terrain perdu et à rallier les populations". Quant à la terreur, elle s’exerçait dans les villages sous la forme d’égorgements, de mutilations faciales, d’enlèvements, et dans les villes par les bombes déposées dans les lieux publics.

Ainsi les atrocités du FLN, génératrices à leur tour de répression et de contre-terrorisme, sont-elles sous-évaluées, de même que les actions de pacification des SAS, qui ne sont pas traitées parce que les SAS étaient des organismes civils (p. 568). Le soutien de la population au FLN, affirmé par l’auteur, était loin d’être total, au moins jusqu’aux manifestations de décembre 1960.

Le thème de l’illégalité conduit à oublier le contexte historique, et à évaluer les événements d’une guerre cruelle avec les idées humanitaires de l’an 2000. C’est la guerre qui est une violence illégale, et l’État de droit est incompatible avec les lois de la guerre ; il est vrai que dans l’urgence celles-ci ne sont pas toujours respectées. Les présidents des Commissions de Sauvegarde le reconnaissent ; M. Patin estime que "la nature du conflit rend très difficile le maintien scrupuleux de la légalité". Mais l’auteur semble ignorer ce rapport, elle cite surtout les membres des Commissions qui ont démissionné (Delavignette et Me Garçon).

La focalisation de la thèse sur les violences des militaires entraîne l’auteur à des interprétations abusives et partiales. Les directives des généraux sont soumises à la critique interne et externe, base de la recherche historique. Elles lui paraissent peu claires, ambiguës, entachées de thèmes de propagande. En revanche, les témoignages des dénonciateurs sont tous crédibles, ils sont sans appel, leurs dossiers sont parfaits (pp. 204, 548, 659, 689).

Il n’est pas dit que le capitaine Thomas est un ancien FTP (p. 135), que tel journaliste est communiste ou proche du FLN, que 7 sur 12 des témoins civils consultés sont des porteurs de valises, que sur 22 témoins ex-militaires (faible pourcentage sur 1 million d’appelés, mais pour l’auteur (pp. 97, 121) ils sont innombrables), plusieurs ont déjà fait campagne contre la torture et pour l’insoumission.

Il n’est pas dit que les dénonciateurs de la torture enseignée à l’École Jeanne d’Arc se sont rétractés, ils voulaient seulement "inquiéter les bourgeois". Alors que Gisèle Halimi, citée dans la thèse, affirme que 80 % des femmes arrêtées ont été torturées, Djemila Amrane-Minne n’a recueilli aucune information sur la torture dans sa thèse sur les combattantes du FLN.

Djamila Amrane

Le même pourcentage de 80 % est attribué aux interrogés du colonel Allaire, qui déclare que "9 sur 10 parlent tout de suite". Et comme il semble que le témoin Allaire n’a pas tout dit, Raphaëlle Branche affirme sans rire : "C’est dans ce blanc qu’aurait pu être raconté l’interrogatoire de Mohamed !" N’y a-t-il pas un blanc dans la déclaration de cet autre témoin, qui déclare que "Monseigneur Duval m’a appris à lui raconter ?"

Même interprétation des archives des DOP, qui n’apportent rien de précis, mais sont interprétées dans le même sens : un suspect réticent ou difficile est forcément un suspect torturé. Les sources les plus citées sont en définitive les articles de la presse orientée, dont ceux d’El Moudjahid et de Vérité-Liberté, la feuille de Vidal-Naquet.

Alors que les viols ont été peu nombreux, et sanctionnés quand ils étaient connus, le chapitre qui leur est consacré est particulièrement excessif, et frise l’absurdité. Toutes les femmes arrêtées ont été violées, affirme Gisèle Halimi, citée dans la thèse. Le viol est même considéré par Raphaëlle Branche comme "participant à la conquête de la population", ilvise "à maintenir la France dans le corps des femmes" !…

 

témoins ignorés

Dans sa recherche de témoins, l’auteur s’est refusé à consulter des témoins à décharge, qui lui avaient été signalés par une lettre du 8 décembre 1999. Elle n’a donc pas rencontré l’ancien chef des DOP (Lieutenant-colonel Ruat), ni le capitaine Léger inventeur des bleus, ni le commandant de Saint-Marc, ni le lieutenant Durand responsable de la SOR (Section opérationnelle de recherche) de Duperré. Le témoignage du général F. Meyer a été tronqué. M. Patin émet des doutes sur la plainte tardive de Djemila Boupacha, le P. de la Morandais, dans L’honneur est sauf, contredit la thèse de la torture généralisée.

Tout n’est pas à rejeter dans la thèse de Raphaëlle Branche. Certaines analyses sont intéressantes, comme le chapitre consacré à la position des aumôniers militaires, les réflexions sur l’éthique de responsabilité, les contrôles effectués par les Inspecteurs des Centres d’internement et de détention administrative, ou les relations entre civils et militaires. D’autres sont carrément hors sujet, et inconvenantes, comme l’évocation du Bataillon de police n°101, qui en Pologne met en œuvre la solution finale !

Maurice Faivre
source

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Notes

1 - Cela l’amène parfois à des expressions dignes de M. Prudhomme, comme p. 748 : "La France coloniale réveillée de son sommeil civilisateur" ; p. 753 : "La loi soulève le voile opaque et lourd du décret du 22 mars".

2 - il n’y a pas eu 2 millions d’appelés en Algérie, mais 1,1 million ; le cumul des pouvoirs de Salan est une décision de F. Gaillard et de P. Pflimlin dans la nuit du 13 au 14 mai 1958, confirmée par de Gaulle début juin ; le colonel Schoen (bulletin mensuel du SLNA) estime à 1 200 le nombre des victimes de la répression en août 1955 ; le plan de Constantine n’était qu’une reconduction du plan Maspetiol de 1955 ; M. Delouvrier a critiqué le rapport de M. Rocard sur les centres de regroupement, publié par Le Monde du 18 avril 1959 ; ce rapport incomplet ne lui avait pas été demandé

 

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Raphaëlle Branche,

La torture et l’armée pendant

la guerre d’Algérie

(1954-1962)

Paris, Gallimard, 2001, 474 p.
Sharon Elbaz

Raphaëlle Branche, La torture et l’armée pendant la guerre d’Algérie (1954-1962), Paris, Gallimard, 2001, 474 p.

Cet ouvrage de Raphaëlle Branche, comme celui de Sylvie Thénault, est issu d’une thèse de doctorat d’histoire soutenue en décembre 2000, au moment précis où une polémique fait rage sur la pratique de la torture pendant la Guerre d’Algérie.
Un débat relancé par l’appel des douze, d’intellectuels demandant à l’État, dans L’Humanité (31 octobre 2000), la reconnaissance et la condamnation de la torture durant cette période, appel à son tour relayé par les révélations du Général Aussaresses, personnage-clé de la «Bataille d’Alger», dans son livre Services Spéciaux, Algérie 1955-1957 (mai 2001).
Pur hasard de calendrier qui témoigne néanmoins des relations complexes que la recherche historique entretient avec la «demande sociale» articulée autour du devoir de mémoire. Un travail que l’accès aux archives publiques notamment celles de l’Armée de Terre (directives, rapports, journaux de marche) distingue de travaux plus militants, contemporains ou postérieurs à la guerre d’Algérie, à la documentation naturellement plus fragmentaire, tels que les travaux de Pierre Vidal-Naquet.
 
un objet circonscrit
Pour parer à toute critique Raphaëlle Branche prend soin dès l’introduction de circonscrire l’objet de sa recherche : «on ne traitera pas ici de l’internationalisation du conflit, des violences des nationalistes algériens, notamment en métropole, ni de l’OAS», mais de «l’utilisation de la torture par l’armée française dans la répression du nationalisme algérien entre novembre 1954 et mars 1962» (p. 14).
Si la pratique de la torture durant cette période est présentée comme «arme de guerre, une violence employée à dessein, pour gagner», elle est inséparable de la logique de domination à l’œuvre dans le rapport colonial. Pourtant l’historienne réintroduit la chronologie dans cette longue durée coloniale en démontrant comment à partir de 1957 et de la «Bataille d’Alger» la torture devient «l’arme reine du conflit». La période gaullienne ne s’inscrit pas immédiatement en rupture avec un processus qui place la torture au cœur du système répressif. Il faut attendre le printemps 1960 et le «rappel à l’ordre de l’armée d’Algérie par le pouvoir politique» pour qu’une «amélioration lente et très imparfaite» intervienne. Mais jusqu’à la fin de la guerre tant que les illégalités servent la raison d’État, et restent commises dans l’ombre, elles demeurent «autorisées au plus haut niveau».
Au-delà d’une périodisation qui rejoint celle de Sylvie Thénault, Raphaëlle Branche substitue une approche de la torture comme «système», produit de la «guerre contre-révolutionnaire» chère au général Salan, à une approche de la torture comme «dérapage» inhérent à ce type de conflit, aux vertus absolutoires.
En effet l’auteur s’attache à démontrer le processus qui conduit à une institutionnalisation de la torture allant de pair avec la priorité accordée au Renseignement : l’officier de Renseignement (OR) constitue ainsi avec l’officier d’action psychologique l’un des piliers de la «guerre contre-révolutionnaire» puis en 1957 un Centre de Coordination interarmées (CCI) est mis sur pied en Algérie, qui coordonnera l’action des Détachements Opérationnels de Protection (DOP), véritables «instruments sur mesure de la guerre contre-révolutionnaire» qui évolueront jusqu’à la fin de la guerre dans la semi-clandestinité.
Dans une optique pluridisciplinaire, Raphaëlle Branche enrichit la méthode historique d’une approche anthropologique dans la lignée des historiens de la Grande Guerre en s’attachant à restituer les «microhistoires de la douleur». Pour ce faire, elle explore minutieusement aussi bien les lieux que les différentes méthodes de tortures dans toute leur âpreté.

«la torture visait bien autre chose que des renseignements» [1]

Aux termes de cette analyse, il est clair que «la torture visait bien autre chose que des renseignements, plus que faire parler, elle voulait faire entendre», perdant par là même sa justification externe, l’obtention du renseignement, pour recouvrer son vrai visage, celui d’un instrument politique au service d’un discours de domination : «Jusque dans le corps des prisonniers, l’électricité peut être considérée comme une marque de civilisation française…».
outefois, décontextualisée, la pratique de la torture pendant la Guerre d’Algérie perd quelque peu de sa spécificité. Consubstantielle au rapport colonial, elle n’est pas l’apanage de la Guerre d’Algérie, ni de l’Algérie elle-même comme l’attestent les multiples exemples de répression en Indochine ou à Madagascar.
À la différence certaine que le drame algérien introduit des «tortionnaires ordinaires», des appelés confrontés directement ou indirectement à une réalité à laquelle ils n’étaient pas accoutumés. L’ouvrage, s’il rend compte avec précision de la constitution d’un groupe de professionnels militaires prenant la relève de policiers dans la pratique de la question, ne permet pas de déterminer avec certitude le degré d’implication du contingent soumis au volontariat pour le service de renseignement ou les «corvées de bois».
En conclusion, Raphaëlle Branche envisage l’épineuse question des responsabilités en soulignant la difficulté de saisir des responsabilités collectives alors que le droit ne reconnaît que des responsabilités individuelles. Au delà c’est bien la question de la responsabilité de l’État qui est posée, un débat aux réminiscences très contemporaines.

Sharon Elbaz, «Raphaëlle Branche, La torture et l’armée pendant la guerre d’Algérie (1954-1962)», Cahiers d'histoire. Revue d'histoire critique [En ligne], 85 | 2001, mis en ligne le 22 novembre 2009, Consulté le 06 février 2012. URL : http://chrhc.revues.org/index1759.html

source : http://chrhc.revues.org/index1759.html
Doctorant Paris X, prépare une thèse sur «Les avocats de la décolonisation de 1945 à 1962»

[1] thèse réfutée par le général Maurice Faivre dans l'article ci-dessus

 

monde21juin2000-51038

 

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GUERRE D’ALGERIE, TORTURE, JUSTICE : LA PAROLE AUX HISTORIENS

Dans l’OURS n°310 (juin 2001) nous avons ouvert un premier dossier sur la guerre d’Algérie à l’occasion de la sortie de l’ouvrage de Denis Lefebvre, Guy Mollet face à la torture en Algérie 1956-1957 (Editions Bruno Leprince).
Les choix et attitudes des gouvernements français pendant les « événements » d’Algérie
(1954-1962), et notamment le ministère Guy Mollet, continuent à susciter débats et controverses, historiques et politiques et à mobiliser les éditeurs.
Vincent Duclert analyse ici deux ouvrages issus de travaux universitaires soutenus récemment par deux jeunes historiennes.


RAPHAËLLE BRANCHE
La torture et l’armée pendant la guerre d’Algérie (1954-1962)
Gallimard 2001 474 p. 175 F 26,6 e

SYLVIE THENAULT
Une drôle de justice. Les magistrats dans la guerre d’Algérie
préface de Jean-Jacques Becker, postface de Pierre Vidal-Naquet,
La Découverte 2001 347 p. 150,90 F 23 e

Issus de deux thèses de doctorat d’histoire, les ouvrages de Raphaëlle Branche et de Sylvie Thénault traitent de deux sujets distincts, la torture dans la guerre d’Algérie, la magistrature dans la guerre d’Algérie. Malgré cette différence d’objet, ils abordent en réalité une question commune et centrale, celle de l’Armée, de son pouvoir dans la guerre alors même que l’état de guerre n’était pas reconnu à cette époque (1) et de la place qu’elle a fini par occuper dans la République.

Torture et violence coloniale
En effet, tant la torture que la justice relevèrent de la responsabilité de l’autorité militaire. Celle-ci créa des systèmes administratifs propres permettant d’une part l’application d’une violence extrême sur les détenus algériens (ou européens), et d’autre part l’usage aux fins de répression policière de l’outil judiciaire.

Il exista ainsi des institutions interarmées spécialisées, destinées à rationaliser l’administration de la torture, les Détachements opérationnels de protection (DOP) dépendant d’un service né de la guerre d’Indochine et recréé le 1er juin 1956, le Renseignement, action, protection (RAP). Le développement de ces services qui attestent du caractère systématique (au sens de système) de la torture dans la guerre d’Algérie découle notamment des constats faits pendant la bataille d’Alger au cours de laquelle l’action des policiers avait provoqué des dysfonctionnements dans la répression.

Il exista aussi une fonction spécifique, celle de l’officier de renseignement (OR) «entre tâches policières, militaires et judiciaires» qui doit être, avec l’officier d’action psychologique, «l’incarnation de la guerre nouvelle» que veut mener l’armée en Algérie et qui placent ces hommes en position de détenir un droit de vie ou de mort sur les suspects.

Ces dispositifs administratifs à grande échelle organisent et codifient des pratiques qui s’inscrivent dans une double tradition, celle de la violence coloniale que l’on méconnaît et mésestime toujours, et celle de la guerre d’Indochine encore elle aussi très méconnue. Les pratiques elles-mêmes sont décrites et expliquées par Raphaëlle Branche. Elles jettent un regard désespérant sur l’humanité en général et sur la France en particulier.

La torture et l’armée démontre ainsi que la torture n’est pas seulement un outil pour le renseignement (dont le «rendement» est présupposé plutôt que validé) mais aussi l’acte par lequel un pouvoir, et des agents de ce pouvoir, exercent et expriment leur domination. «Torturer un homme, résume Raphaëlle Branche, c’est s’octroyer sur lui un pouvoir absolu, puisque c’est manipuler l’idée de sa mort. […] C’est s’autoriser des gestes qui contiennent la potentialité de la mort de l’autre, c’est transformer le rapport de forces en rapport de domination absolue.»

Les voies par lesquelles des soldats et des officiers se transforment en milliers de bourreaux ordinaires suggèrent inévitablement une réflexion sur les processus de culture de terreur, fondés ici sur des éléments objectifs tels le racisme envers les Algériens, l’obsession de la victoire dans un conflit sans nom et sans issue, le culte de la rationalisation et de l’organisation, l’expression de la supériorité masculine et de la virilité, la construction de la subversion révolutionnaire, ou bien la seule riposte à la violence des nationalistes…

Raphaëlle Branche s’intéresse courageusement aux gestes, aux rites et aux méthodes de la torture, réalisant un travail d’anthropologie sur l’acte, sur le moment et le lieu, sur le rite, sur le bourreau, sur la victime, sur le témoignage enfin qui a permis, incontestablement, à des tortionnaires qui n’étaient pas des monstres de libérer leur conscience. Cette histoire du reste, de ce point de vue-là, ne fait que commencer. De cette lecture de La torture et l’armée pendant la guerre d’Algérie, personne ne peut sortir indemne et pourtant celle-ci est absolument nécessaire, à la fois parce que la qualité d’écriture restaure l’humanité qui a fui cette histoire et parce que l’éthique de connaissance constitue un antidote efficace au retour de ces pratiques.

Une justice aux ordres
Devant la torture menée par l’armée en Algérie, et dans un cadre nécessairement encore civil puisque l’état de guerre n’est pas déclaré (même si l’autorité militaire se voit confier de nombreux pouvoirs et prérogatives), la magistrature ordinaire est impuissante quand bien même elle choisirait de réagir aux violations du droit, de la loi et in fine aux principes fondateurs de l’ordre judiciaire. A partir de 1957, la justice est devenue, à l’instar de la torture, un instrument de la guerre révolutionnaire. La magistrature ordinaire n’existe pratiquement plus en Algérie parce qu’elle est soumise, en droit ou en fait, à l’autorité militaire.

Dès 1956, analyse Sylvie Thénault, la coopération des tribunaux civils avec la justice militaire, inscrite dans les lois et permise par l’état d’urgence, «rodée, s’amplifie […] Par la suite, les pouvoirs spéciaux accentuent la participation de la justice militaire et l‘activité des tribunaux militaires».
Le tout culmine vers le décret du 12 février 1960 qui «rompt avec la procédure aménagée par les décrets issus de l’état d’urgence puis des pouvoirs spéciaux. Il écarte la justice civile, supprime l’instruction, confie aux TPFA [tribunaux permanents des forces armées] le jugement de tous les actes commis par les nationalistes et leurs partisans ; il conduit aussi au rappel massif de magistrats civils sous les drapeaux pour exercer une fonction nouvelle : procureur militaire.»

L’histoire de la magistrature pendant la guerre d’Algérie conduite par Sylvie Thénault est bien celle d’une «drôle de justice» dans la mesure où les juges ont abdiqué de ce qui fait leur souveraineté, leur compétence et leur indépendance afin de servir l’ordre administratif et politique établi dans les trois départements algériens par les autorités militaires.
Certes, des magistrats comme le procureur général Jean Reliquet ou son subordonné Paul Pézaud tentent de démontrer que l’intérêt de la France résidait bien dans la lutte contre «les agissements excessifs de l’Armée». Mais la soumission générale des corps judiciaires, le choix du politique en métropole, le poids des armées en Algérie font que toute défense de la procédure, de la légalité et du droit – et pour ne pas parler d’éthique ou de morale du juge – est vaine.

La magistrature sortira profondément atteinte, dans son identité même et dans celle de ses membres. Elle saura réagir néanmoins à travers un réinvestissement dans des valeurs professionnelles incarnées dans le nouveau Syndicat de la magistrature né des conséquences de ce suicide légal et consenti des serviteurs de la justice. De cette lecture des Magistrats dans la guerre d’Algérie, on ne ressort pas non plus indemne, et pourtant la grande qualité d’analyse de la question judiciaire qui s’y déploie permet de comprendre comment la justice s’est perdue dans l’armée.

Séparer les fonctions, distinguer les pouvoirs, refuser l’impunité constituent les moyens les plus élémentaires et les plus essentiels pour conjurer cette violence d’État que la République a tolérée sans la comprendre. Le livre de Sylvie Thénault démontre la validité de l’histoire intellectuelle, sociale et politique de l’État et la nécessité de connaître le mécanisme des administrations pour reconnaître à la fois le phénomène de la faillite généralisée qui affecte la justice dans la guerre d’Algérie et la portée des actes de résistance qui honore certains magistrats dans l’exercice de leurs fonctions.

l’heure de l’histoire
Dans cette double instrumentalisation à grande échelle de la violence sur les personnes et de l’exercice de la justice, l’Armée, les armées, ses officiers généraux, ses acteurs sur le terrain portent une terrible responsabilité. Il ne s’agit pas d’accabler ses responsables actuels pour des actes dont ils sont bien évidemment étrangers mais il faut inciter toute l’institution à un travail de mémoire sur cette époque où un corps de la République s’est transformé en pouvoir autonome au service d’une mission de terreur.

On sait aujourd’hui que ce travail de mémoire se fonde sur la recherche en histoire : les deux livres de Raphaëlle Branche et de Sylvie Thénault constituent les prolégomènes d’une histoire militaire de la guerre d’Algérie qui serait, ni plus ni moins, qu’une histoire politique de l’État dans une guerre qui ne disait pas son nom.

À cet égard et compte tenu du vœux des plus hautes autorités politiques en faveur d’une lecture lucide du passé national, il conviendrait que ces déclarations d’intention et la ronde des rapports débouchent sur des actions concrètes et volontaires, en matière de politique et de loi pour les Archives en France, un secteur totalement sinistré depuis vingt ans (2).

L’autonomie administrative et la force politique que l’armée a pu conquérir en Algérie s’expliquent par la relative politisation de ce corps confronté au traumatisme non assumé de la Seconde Guerre mondiale et de la fascination pour la guerre subversive apparue dans la guerre d’Indochine.

Tout est stratégie du point de vue des officiers généraux investis de pouvoirs extra-militaires, y compris lorsqu’ils exigent le respect des formes élémentaires de légalité, simples moyens pour récuser les mises en cause de journaux de «trahison». Elles s’expliquent aussi – mais ceci n’excuse pas cela, elle l’éclaire – par la défaillance de l’autorité politique représentée constitutionnellement par le parlement et le gouvernement. Sur ce plan, les années 1956-1957 sont accablantes pour le ministère Guy Mollet.

De manière froide et méthodique, Raphaëlle Branche et Sylvie Thénault montrent que le sommet du système de concentration militaire des pouvoirs est atteint à ce moment. Guy Mollet ne l’a pas objectivement voulu mais il n’a pas voulu s’y opposer comme un de Gaulle en 1960.

Cependant, il ressort des deux livres que la volonté politique en faveur d’une guerre respectueuse du droit et de l’adversaire n’existait pas. Certes, le général de Gaulle combattit l’usage de la torture et l’exercice de la justice par l’armée, mais il le fit d’abord pour restaurer le pouvoir civil et son propre pouvoir de président de la République, chef de l’État, chef des armées. La chronologie établie par Raphaëlle Branche et Sylvie Thénault le montre bien puisque la fin des pratiques les plus scandaleuses sur le plan du droit et de l’intégrité physique intervient à partir de 1960. C’est «le retour à la règle ?».


Histoire de l’insoutenable, histoire difficile, histoire nécessaire, ces recherches publiées ici par deux grands éditeurs aux traditions humanistes posent toutes deux la question de la responsabilité et de son éthique. La responsabilité est aussi celle de l’historien qui n’a pas pour fonction d’accuser ou de juger mais de savoir et de comprendre. Les livres de Raphaëlle Branche et de Sylvie Thénault défendent cette responsabilité-là qui oblige à toujours nuancer, distinguer, contextualiser, une tâche contraignante mais indispensable si l’on veut que la recherche serve non seulement au progrès de l’histoire mais aussi à l’apaisement des mémoires.

Vincent Duclert
source

(1) La loi du 10 juin 1999 a permis de substituer à l’expression d’ «opérations de maintien de l’ordre en Afrique du Nord» celle, plus conforme, de «guerre d’Algérie».
(2) Les recherches qui pourraient être menées actuellement au Service historique de l’Armée de terre se heurteraient tout simplement au fait que les salles de lecture de Vincennes sont fermées jusqu’à nouvel avis !

 

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vendredi 17 février 2012

sorties de guerre en Algérie, 1962-1963

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Algérie : sorties de guerre

(19 mars 1962-1963)

appel à contributions


vendredi 30 mars 2012  |  Saint-Brieuc (22000)

 

Encore souvent prisonnier de «mémoires affrontées», le traitement historique de la guerre d’Algérie a eu peine à sortir de ces questions de mémoires. Qu’il s’agisse des mémoires combattantes (surtout françaises), de celles des victimes de toutes natures, de leurs collatéraux, voire des États, la liste est longue des travaux, colloques, journées d’études portés par le besoin — plus ou moins affirmé et conscient —, de faire le deuil, sans qu’on sache toujours ce qui relève de la mise à jour objectivée ou de l’enfouissement.

La Depeche d Algerie du 24 ma
Dépêche d'Oran, 24 mars 1962

Argumentaire :

L’objet de cette rencontre  (26-27 septembre 2012) n’est précisément pas de verser dans un tel registre. Sa tenue à l’automne 2012 exclut toute dimension commémorative. En revanche, est jugé nécessaire un retour bien compris à l’événementialité, dans le cadre d’une certaine conception de l’«histoire publique».

En la matière, la période postérieure au 19 mars 1962 est souvent absorbée dans les images mentales des métropolitains par un besoin de passer à autre chose, créant une asymétrie voisine et violente, rappelant celle vécue après septembre et surtout décembre 1944. L’oblitération métropolitaine des violences, désormais civiles (dans leur immense majorité) du printemps et de l’été 1962, doit donc être évaluée à l’aune de contemporanéités concurrentes ou du moins divergentes. Ce «hiatus», évoqué notamment par Daniel Lefeuvre, requiert l’examen d’un certain nombre de dossiers.

Quatre thèmes seront privilégiés :

      1 - La sortie de guerre rime, par définition, avec arrêts des combats. Les circonstances et applications effectives de ces modalités méritent d’être replacées dans le temps court. Mais on a moins insisté sur les départs physiques de l’Algérie — notamment en matière de démantèlements logistiques du matériel militaire —, le rapatriement des unités, leur dissolution, ou encore leurs réaffectations territoriales en métropole induisant le transfert par exemple des salles de tradition.
      2 - Au-delà des dérives de la violence d’État — qui ne sera pas abordée ici —, se déploient à la fois des fièvres massacreuses et une conflictuosité latente, à la fois dans le temps court de l’été 1962, en Algérie, et dans le temps un peu plus long de la métropole dont les marges urbaines sont le théâtre d’affrontements transplantés. Disparus, harkis, travailleurs immigrés mais aussi rappelés livrés à eux-mêmes au retour sont les victimes d’un déni d’État dont l’intentionnalité reste un horizon d’attente. Le temps d’un premier bilan en ces domaines est sans doute venu.
      3 - Au plan politique et plus particulièrement à l’échelle régionale, la liquidation du passé colonial dont l’akmé est bien le départ d’Algérie, a contribué à structurer des identités partisanes, à restructurer des rapports de formations et à peser sur les débats. Il ne s’agira pas de mesurer les effets au long cours, mais d’examiner au plus près de la chronologie courte comment la maturation des courants, opérée pendant et à cause de la guerre, a rejailli sur les identités politiques. Ceci avec une nette dimension comparatiste, le Gard ou l’Hérault n’ayant évidemment pas le même rapport au politique que les départements bretons par exemple.
      4 - À cet égard, si la variable confessionnelle peut avoir été valide, il n’est pas sûr en revanche que les dimorphismes religieux régionaux aient, eux, été pertinents. Reste néanmoins, et dans le contexte de temps court, toujours, de crise de l’Église et des débuts de la réunion conciliaire, une très forte interrogation autour du témoignage et de l’engagement. La question de savoir si la guerre d’Algérie a «fait sens» pour les croyants et surtout pour les clercs invite à reconsidérer des trajectoires individuelles.
 

Une attention toute particulière — sans exclusive cependant —, sera accordée aux propositions de communication à dimension régionale ou introduisant la variable régionale. La question, notamment, des rapatriés dans l’Ouest de la France a besoin d’être éclairée.

Publié le jeudi 16 février 2012 par Julien Gilet

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depeche-algerie
La Dépêche d'Algérie, 9 mai 1962

 

Modalités :

Les propositions de communication (quelques lignes en vue d’une communication ne dépassant pas 30 minutes) sont à envoyer avant le 30 mars 2012

 à patrick.harismendy@wanadoo.fr et/ ou catvin.joly@wanadoo.fr

Pour assurer une publication au plus près de la rencontre, les textes définitifs (30.000 signes maximum) seront à rendre pour le 31 décembre 2012 au plus tard.

Lieu :

Saint-Brieuc, Campus Mazier

Organisateurs :

Patrick Harismendy, Vincent Joly
Université européenne de Bretagne, Rennes 2, UMR CNRS 6258 CERHIO

Comité scientifique :

    • Jacques Frémeaux, Professeur d’histoire contemporaine, Université Paris-Sorbonne Paris IV, Institut Universitaire de France
    • Patrick Harismendy, Professeur d’histoire contemporaine, UEB Rennes 2
    • Vincent Joly, Professeur d’histoire contemporaine, UEB Rennes 2
    • Yvon Tranvouez, Professeur d’histoire contemporaine, UEB UBO Brest
Url de référence

 - les illustrations sont le choix d'Études Coloniales

 

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Ben Bella à l'été 1962

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