jeudi 9 août 2018

proposition de loi, massacre Oran 5 juillet 1962

Oran, 5 juillet 1962 (1)Oran, 5 juillet 1962 (2)

 

 

proposition de loi

visant à reconnaître le massacre

de la population française à Oran

le 5 juillet 1962

 

Proposition de loi présentée par Laurence Trastour-Isnart, Michèle Tabarot, Patrice Verchère, Éric Pauger, Bernard Brochand, Éric Ciotti, Bernard Deflesselles, Éric Diard.

Laurence Trastour-Isnart (2)

 

proposition loi Oran 62 (1)

proposition loi Oran 62 (2)

proposition loi Oran 62 (3)

proposition loi Oran 62 (4)

proposition loi Oran 62 (5)

 

 

Laurence Trastour-Isnart (1)
Laurence Trastour-Isnart, Nice-Matin, 21 juin 2017

 

 

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dimanche 5 août 2018

Jean-Paul Faivre, biographie

Jean-Paul Faivre, L'Expansion française dans le Pacifique (1953)

 

 

Jean-Paul Faivre, biographie *

l'historien oublié de l'océanisme

Michel RENARD

 

Jean-Paul Faivre (XXe siècle) est un historien injustement oublié. Il était spécialiste de l'océan Pacifique et de l'océan Indien aux époques pré-coloniale puis coloniale, ainsi que des voyages maritimes.

Collaborateur régulier du Journal de la Société des océanistes, de la Revue française d'histoire d'outre-mer, et du Bulletin de la Société d'histoire moderne.

 

îles Marquises, photo 2
îles Marquises

 

I - Biographie

1 - Repères

Curieusement, il n'existe aucune biographie, aucune notice nécrologique, aucun écrit in memoriam qui fournirait des renseignements personnels et d'état civil sur Jean-Paul Faivre. Les sociétés savantes auxquelles il a appartenu comme les revues pour lesquelles il a fourni des centaines de chroniques (Journal de la Société des océanistes, Revue française d'histoire d'outre-mer) n'ont jamais honoré sa mémoire.

Seul, le Répertoire des agrégés de l'enseignement secondaire (1809-1960) livre la date à laquelle il a été reçu à l'agrégation d'histoire : 1933 ; en précisant qu'il était ancien élève de l'ENS (1). L'Annuaire de l'Association Amicale des anciens élèves de l'École normale supérieure, édition de 1981, fournit la date de son entrée à l'École : 1928 ; cette année-là, la promotion Lettres compte 30 reçus parmi lesquels : Maurice Bardèche, Jean Beaufret, Robert Brasillach, Claude Jamet, Maurice Le Lannou (devenu géographe) et Simone Weil.

À ces indices, s'ajoute une allusion de Jean-Paul Faivre dans un compte rendu du livre d'Émile de Curton (1908-1993) (2), Tahiti 40. Récit du ralliement à la France Libre des Établissements français d'Océanie (1972) : «Nous avons eu l'honneur de rencontrer le docteur de Curton, ancien gouverneur de Tahiti pour la France Libre, en 1945 à Paris, alors que nous étions chargé d'une étude sur le ralliement pour le premier numéro du Journal des Océanistes. Un homme de la même génération que nous...» (3), qui permet de suggérer qu'il est né autour de 1910.

Aucun renseignement connu ne permet de préciser la date de sa mort. On constate la disparition de toute mention de ses publications après l'année 1976, et l'Annuaire de l'Association Amicale des anciens élèves de l'École normale supérieure, en 1981, le mentionne sans mettre son nom en gras, typographie réservée aux morts.

Jean-Paul Faivre habitait au n° 9 de la rue de Maubeuge à Paris (9e arr.).

 

2 - Carrière professionnelle

Jean-Paul Faivre, professeur agrégé d'histoire (4), a enseigné à Paris, au lycée Rollin (5) (6) devenu, en 1944, lycée Jacques-Decour (7).  Il y est resté jusqu'à la fin de sa carrière.

Il est docteur ès lettres en 1952, avec une thèse principale sur l'expansion française dans le Pacifique (1800-1842) soutenue en Sorbonne le 23 février de cette année-là. Le jury de thèse comprenait notamment : Pierre Renouvin, Charles-Hippolyte Pouthas, Charles-André Julien (8). En 1962, est publiée sa thèse complémentaire : Le contre-amiral Hamelin et la marine française.

 

lycée Rollin Decour
lycée Rollin devenu Jacques-Decour (Paris)

 

 

II - Activités scientifiques

1 - Société des océanistes

Dès la création de la Société des océanistes, Jean-Paul Faivre en devient membre et participe à ses activités (9). Le 26 janvier 1945, par exemple, il y fait part de son travail sur «Le ralliement à la France Libre des colonies du Pacifique» (10).

Le 20 mai 1949, il : «commente un projet de Musée de l'Homme, datant du début du XIXe siècle, dont il a trouvé la trace dans ses recherches concernant l'expédition Baudin et dont il nous expose les principales lignes en en soulignant toute la modernité» (11).

 

Journal de la Société des océanistes, n° 1, décembre 1945

 

Le 27 mai 1955 : «la parole est donnée à M. Jean-Paul Faivre, docteur ès lettres, qui, à propos des récentes commémorations en l'honneur du cinquantenaire de la mort de Jules Verne, nous donne lecture d'une communication fort érudite concernant : Jules Verne et l'exotisme indien à la fin du XIXe siècle. Le conférencier, après une étude très poussée des sources de la vie de Jules Verne et une relecture de ses œuvres, nous dit les interférences de l'Océanie dans les œuvres du grand visionnaire, tant dans la navigation maritime et sous-marine, que dans ses anticipations aériennes. L'intérêt de cette étude justifiera sa publication dans les miscellanées du prochain numéro du journal (12). La séance est levée à 18 h 30 après de nombreuses précisions données par M. Jean-Paul Faivre à des auditeurs curieux ou érudits. Elle groupa 32 personnes» (13).

  • Jean-Paul Faivre assure une rubrique régulière de comptes rendus de lecture dans le Journal de la Société des océanistes, particulièrement les parutions en langue anglaise.

 

2 - Centre de recherches historiques pour le Pacifique

Le Centre a été créé en mars 1973 sous la présidence du pasteur Raymond Leenhardt (14) et la vice-présidence de Jean-Paul Faivre. Il publie les Cahiers d'histoire du Pacifique. Son siège est à l'Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco) (15).

 

 3 - Société d'histoire moderne

Jean-Paul Faivre appartenait à la Société d'histoire moderne et participait régulièrement à ses séances de travail. Il fournissait des comptes rendus de lecture à son bulletin (16)

 

Société d'histoire moderne, bulletin, 1965

 

 

Atuona
village d'Atunoa, îles Marquises, Polynésie française

 

 

III - Œuvres et travaux

1 - L'expansion française dans le Pacifique, 1800-1842

A - La soutenance de thèse

La thèse de Jean-Paul Faivre, L'expansion française dans le Pacifique, 1800-1842, a fait l'objet de plusieurs analyses pas toujours concordantes. Comme de tradition, la soutenance - selon le compte rendu de René Rémond - a vu certains éléments du jury contester des aspects du travail présenté, par exemple, ses limites chronologiques :

  • «les vastes sujets font-ils les grands sujets ? ne sont-ce pas de faux beaux sujets ? Et d'abord les dimensions arrêtées par M. Faivre ne font-elles pas du sien un trop vaste sujet ? M. Renouvin ne semble pas loin de le penser ; M. Pouthas le déclare positivement : à son avis, M. Faivre eût bien fait de le limiter plus strictement, il eût ainsi évité de flotter entre trois sujets qui le sollicitent tour à tour : l'expansion française, et même européenne, dans le Pacifique proprement dit, la pénétration en Extrême-Orient, enfin la politique française sur la façade ouest de l'Amérique du Sud. En manière de contre-partie, M. Pouthas eût volontiers vu le sujet prolongé jusqu'en 1848, au lieu d'être borné à la date de 1842, dont il conteste la signification» (8).

Les approbations du jury compensaient les critiques :

  • «quinze années de minutieuses investigations ont patiemment assemblé les matériaux, lentement disposé les éléments. À ce travail de préparation, celui qui exige les plus longs délais, M. Faivre a apporté un certain nombre de qualités très appréciables, car ce sont celles qui font le chercheur scrupuleux et le probe érudit : la conscience, la prospection méthodique et aussi la curiosité d'esprit, le goût du détail révélateur. Animées par son amour de la mer et sa tendresse pour les marins, elles font de M. Faivre le bon historien naval auquel M. Renouvin décerne un brevet mérité» (8).

Défaut d'interprétation d'ensemble ?

Le reproche principal concerne l'élucidation globale, par-delà la masse de connaissances révélées :

  • «M. Faivre a le goût de la chronique, mais son procédé d'exposition, presque exclusivement narratif, le montre trop. L'histoire, c'est sans doute le récit, mais c'est aussi un essai d'explication. Or, M. Faivre ne s'y est risqué que trop rarement, par intermittences, et comme de biais : peut-être par excès de modestie. C'est ainsi que, d'un ouvrage riche en renseignements (qui contient entre autres des indications assez neuves sur le commerce français en Amérique du Sud), et d'une utilité certaine, M. Renouvin est amené à dire que l'horizon de l'historien est étriqué : le reproche a de quoi surprendre pour un sujet de dimensions aussi vastes, mais son horizon intellectuel n'est pas à la mesure de ses proportions géographiques. M. Faivre n'a pas formulé assez d'hypothèses, il a pêché par défaut d'imagination comme par excès de minutie, les deux vont au reste de pair. De cette expansion dans le Pacifique, il ne propose pas une interprétation d'ensemble» (8).

 

baie de Matavai, Tahiti, 1776
baie de Matavai, Tahiti, peinture de William Hodges, 1776

 

B - La portée de la thèse

 Pierre Chaunu - qui travaillait alors à sa propre thèse (Séville et l'Atlantique, 1504-1650) (17) depuis des années -, a rendu compte de la thèse de Jean-Paul Faivre dès sa publication et contrebalancé les critiques formulées lors de la soutenance :

  • «Jean-Paul Faivre a eu le mérite d'éclairer un point important d'histoire avant lui obscur : le rôle de la France dans l'océan Pacifique de la première moitié du XIXe siècle. On pourra discuter son cadre chronologique ; il était dicté par un vide bibliographique. Jean-Paul Faivre est allé droit à nos ignorances. Il les a comblées, parfois au delà de toutes espérances» (18).

Il en résume les trois branches qui correspondent aux grandes articulations de la vie politique française :

  • «La période du Consulat et de l'Empire n'a été, dans ce domaine, que l'objet d'une activité intermittente et sporadique : l'expédition Baudin (19 octobre 1800 - 16 avril 1804), plus scientifique que politique, et, de 1808 à 1811, une domination formelle sur l'Insulinde batave. La Restauration serait un vide, sans la façade d'une Amérique latine en procès d'émancipation qui s'ouvre alors au commerce étranger, même français. Plus de 150 pages, enfin, sont heureusement consacrées aux réalisations de la Monarchie de Juillet. Au moment où l'Angleterre brise le mur d'isolement de la Chine et jette un peu par inadvertance les fondations d'une Australasie britannique, la France, partie pour faire pièce à l'Anglais, pour soutenir les mission scatholiques, partie, aussi, pour affirmer une présence jugée nécessaire à notre commerce sur la côte américaine du Pacifique, prend possession des Marquises et établit son protectorat sur Tahiti (18).

Le Pacifique n'est pas un

Pour Pierre Chaunu, la grande difficulté à laquelle s'est heurtée Jean-Paul Faivre : «résidait dans l'absence totale d'unité de l'espace envisagé».

  • «Le Pacifique n'est pas un, dans la première moitié du XIXe siècle. Il n'existe plus et, de toute manière, le rôle de la France y est second. (...) Pour qu'il existe ce Pacifique, il faut attendre, en fait, autour et au delà de 1850, le débouché sur l'autre océan des États-Unis, et vingt ans après le Meiji. (...) Dans la première moitié du XIXe siècle, le pont permanent entre les deux rives n'existe pas, moins qu'avant et sans que rien n'annonce encore les lignes qui, plus tard, joindront l'Amérique-Pacifique à l'Extrême-Orient. Comment en irait-il autrement, avant l'or de la Californie, avant les premiers chemins de fer transcontinentaux, avant que la Chine ne s'entr'ouvre et que le Japon ne s'ouvre ? ce morcellement, le livre de Jean-Paul Faivre le traduit et le subit : en fait, dans chacune de ses articulations chronologiques, on retrouve les trois Pacifiques qu'il faut distinguer : une bordure extrême-orientale, un Pacifique des îles et une côte Pacifique de l'Hispano-Amérique» (18).

 

Carte_de_l'océan_Pacifique,_1906

 

L'historien se concentre sur le Pacifique des îles, celles que «les Bougainville et les Cook ont découvertes dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle» :

  • «Jean-Paul Faivre en fait admirablement l'histoire détaillée sous l'angle français. (...) On saura désormais, par le moindre détail, comment l'occupation française des Marquises et le protectorat tellement controversé, alors, de la France sur Tahiti résulta, en 1842, du dépit d'avoir laissé échapper la Nouvelle-Zélande, des rivalités missionnaires indissolublement liées au nom de Pritchard, mais surtout de la nécessité pour soutenir le commerce français sur la côté hispano-américaine du Pacifique, d'une base solide dans le grand Océan» (18).

Le Pacifique français : la côte Pacifique de l'Amérique latine ?

C'est l'aspect du livre de Jean-Paul Faivre qui paraît à Pierre Chaunu «le plus intéressant et le plus riche d'enseignement» :

  • «Le Pacifique français n'est-ce pas, paradoxalement, la côte Pacifique de l'Amérique latine ? Dans ce domaine, le commerce, et partant la présence française, a, depuis les premières années du XVIIIe siècle, de solides racines. Il vient dès l'Indépendance, très tôt, en deuxième position, loin derrière l'Anglais, mais avant le Yankee. Jean-Paul Faivre a le mérite de l'avoir bien établi, pour une Amérique hispanique qui, même au sortir de l'Indépendance, est encore - nous en sommes intimement convaincus - héritière en cela de l'époque coloniale, une Amérique Pacifique. Jean-Paul Faivre nous montre le triomphe, dans le Chili ou le Pérou naissant, des modes françaises. Le commerce français atteint l'élite, le commerce anglais, la masse indienne et métisse. Et avec le commerce, les biens culturels eux aussi pénètrent» (18).
  • «Et, finalement, dans cet espace Pacifique qui a perdu le semblant d'unité de la période coloniale, sans avoir encore atteint celle que lui conféreront la conquête de l'Ouest nord-américain, le steam-ship et l'ouverture commerciale du monde sino-nippon, l'Amérique hispanique Pacifique n'est-ce pas, dans l'espace délimité par Faivre, la meilleure et la plus sûre conquête française, une conquête culturelle que le hasard des batailles ne risquait pas de compromettre ?» (18).

 

Plaza_de_la_Independencia_(1910)
place de l'Indépendance à Concepción (Chili), 1910

 

 

2 - Jules Verne et le Pacifique

Jules Verne n'a pas connu le Pacifique. Et pourtant, par ses lectures, sa curiosité géographique, sa connaissance pratique des manœuvres à la voile et ses rencontres, il a donné de cet océan une image différente de celle que l'Europe avait eu au siècle précédent grâce aux explorations maritimes. Sur 72 ouvrages de l'écrivain, 29 touchent plus ou moins au Pacifique. Jean-Paul Faivre a analysé le rôle de cet océan dans l'œuvre de Jules Verne (12).

  • «Dans le Pacifique de Jules Verne, s'affrontent toujours, depuis le XVIIIe siècle, les races autochtones et les Blancs. Autant qu'un Kipling, il est ingénument convaincu de la supériorité de l'homme blanc et de sa mission civilisatrice. Même à un Indien européanisé comme Nemo, Cyrus Smith enseigne qu'on ne lutte pas victorieusement contre une évolution nécessaire et somme toute bienfaisante (L'Île mystérieuse, 3e partie, p. 573). Les seuls héros de couleur sont ceux des Tribulations d'un Chinois : souvenir de Voltaire ou de Montesquieu, hommage à une vieille et délicate civilisation, ou à un grand pays qui, faiblement encore, se modernise (Kin-fo utilise électricité, téléphone, phonographe)» (12).
  • «Mais l'homme de la nature n'habite plus les îles comme au temps de Bougainville, la Nouvelle-Cythère (20) a disparu, malgré l'émerveillement du “quatuor concertant” de l'Île à hélice devant la beauté tahitienne. Ici, l'indigène n'est que partie du décor» (12).
  • «Jules Verne partage le point de vue du naturaliste Leschenault qui écrivait dès 1802 : “Pour moi, je pense... qu'on ne sauroit trop se méfier d'hommes dont la civilisation n'a pas adouci le caractère”. Comme les Sioux ou les bandits mongols pilleurs de trains (Claudius Bombarnac), les anciens Taï-pings qui piratent autour de la Grande Muraille (Tribulations...), les descendants des Incas qui mettent Lima à feu et à sang (Martin Paz), les insulaires du Pacifique jouent le même rôle que ces cataclysmes dont Jules Verne est si friand : celui d'éprouver ses héros, de présenter à leur constance les obstacles à vaincre dans cette lutte contre les forces hostiles qui constitue le fond des Voyages extraordinaires. Son ethnographie est encore pauvre, malgré l'abondance des descriptions didactiques. Le morceau le plus réussi, familier à tous les lecteurs des Enfants du capitaine Grant, c'est l'évocation des funérailles d'un chef Maori et du tabou, inspirée librement mais fidèlement d'un article de Dumont d'Urville (Revue des Deux Mondes, 1831, vol. 3, p. 197-214). Mais ces races sont condamnées par l'impact de la civilisation» (12).
  • «On ne s'étonnera pas que Jules Verne ait choisi le Pacifique comme théâtre des épreuves de tant de ses héros. Immense océan, presque aux antipodes de l'Europe, toujours auréolé de mystère, mis à la mode par les grandes découvertes du siècle précédent. On pouvait encore tout y trouver, tout pouvait arriver, toute cité nouvelle pouvait s'y élever. La civilisation d'un âge positif en effleurait les bords, la barbarie y régnait encore, les outlaws ou les proscrits volontaires pouvaient toujours s'y réfugier. Des naufragés ignorés ont pu y attendre la fin de la dernière guerre. Mais le merveilleux de Jules Verne reste géographique : pas de races légendaires, d'utopies symboliques à la Butler (Erewhon) ou à la Melville (Mardi). Explorateurs et géographes, actualité et faits divers, servent de point de départ à ses constructions. Lointain, certes, le Pacifique lui était pourtant assez familier et le devenait assez aux yeux des lecteurs, pour donner à la fiction l'accent de la vérité» (12).

 

Verne Voyages extraordinaires, Hetzel, couv
Jules Verne, Voyages extraordinaires

 

 

3 - Le contre-amiral Hamelin et la marine française

Dix ans après sa thèse principale, Jean-Paul Faivre publie sa thèse secondaire en 1962 : Le contre-amiral Hamelin et la marine française. Il ne faut pas confondre Emmanuel Hamelin, né à Honfleur (1768-1839), le contre-amiral - celui dont parle Jean-Paul Faivre - avec son neveu Ferdinand Hamelin, né à Pont-l'Évêque (1796-1864), qui fut amiral sous le Second Empire.

 

Honfleur,_place_Hamelin,_cpa
Honfleur, la place Hamelin

 

L'ancien administrateur colonial Hubert Deschamps rend compte de ce travail dans la Revue française d'histoire d'outre-mer :

  • «En bon historien, il n'a pas recherché le héros exceptionnel mais l'homme moyen, significatif d'une époque. Hamelin n'a rien de brillant ; ce n'est ni un homme de lettres, ni un homme de cour ; il ne s'est signalé ni par une victoire ni par une défaite à l'échelon national. C'est un pur marin, l'incarnation même de la marine française révolutionnaire et impériale. (...) il est assez mal vu sous l'Empire par le ministre courtisan Decrès dont la pusillanimité, suggère M. Faivre, fut une des raisons des échecs maritimes napoléoniens. (...) À travers lui, dans cette biographie d'une haute qualité, dense, bourrée de faits, l'auteur a su évoquer, à sa manière exacte et minutieuse, l'histoire des océans, des découvertes et de la marine de son temps, avec ses déficiences et ses grandeurs» (20).

Dans le Bulletin de la Société d'histoire moderne, l'historien François Gadrat (21) signale ce travail sur le contre-amiral Hamelin :

  • «Cet Emmanuel Hamelin, non encore amiral, M. Faivre, l'avait déjà rencontré, tout au début d son ouvrage capital sur L'Expansion française dans le Pacifique (1800-1842). Il figurait dans la mission Baudin chargée par le Premier Consul d'une reconnaissance dans les mers australes pour y dénicher quelque Terre Napoléon. (...) Appelé sous la Révolution à servir dans la marine de guerre, il ne tarde pas à émerger en raison d'une expérience qui le distinguait de tant de chefs improvisés. (...) Sous l'Empire, une nouvelle randonnée dans les mers australes, cette fois dans l'océan Indien, devait confirmer sa réputation. Sous les ordres du général Decaen, il y pratiqua la guerre de course, onéreuse aux Anglais, et il y maintint jusqu'en 1810 le pavillon national. (...) Parvenu au rang de contre-amiral et à la dignité de baron, lorsqu'en 1814 les Bourbons furent restaurés, il ne demandait qu'à les servir maintenant que les mers étaient redevenues libres. Il dut attendre, pour un nouvel emploi, la guerre d'Espagne en 1823. Bloquer Cadix où les libéraux espagnols retenait le roi, Ferdinand VII, telle était sa mission. (...)» (22).
  • «Dans cet ouvrage abondamment documenté, on trouve mieux qu'une simple biographie, car, fidèle au titre, M. Faivre ne cesse pas d'associer son personnage aux vicissitudes d'une marine que Napoléon aurait bien aimé relever de ses défaites d'Aboukir et de Trafalgar. Compromis par les clauses du premier traité de Paris, ce redressement ne put être repris dès ses débuts par la Restauration. L'auteur avance qu'il aurait pu être hâté si les avis du contre-amiral Hamelin avaient été pris en considération, mais ce roturier ne fut jamais bien en cour» (22).

 

Voyage autour du monde, Bougainville, édition 1772

 

 

IV - Programmes scolaires

Au double titre de spécialiste et de professeur de lycée, Jean-Paul Faivre s'est souvent préoccupé de la place des grandes expéditions maritimes dans les programmes de l'enseignement secondaire.

  • «La belle histoire de la découverte du Monde vient, pour des raisons qui nous échappent, de disparaître presque totalement des programmes scolaires. Même les gens les plus cultivés n'en connaissent que les aspects pittoresques et, lorsqu'il s'agit de Tahiti, érotiques. Rares, très rares sont, même dans notre enseignement supérieur, les spécialistes qui la connaissent» (23).
  • «Si l'histoire de la découverte du monde a disparu des programmes scolaires et, malgré un Le Gentil (24) ou l'ouvrage collectif auquel ont collaboré entre autres nos collègues Mollat (25) et Charliat (26), est en général ignorée dans notre enseignement supérieur, il n'est que plus urgent de signaler la thèse récente de Jean-Étienne Martin-Allanic (27), qui renouvelle un sujet à la fois trop connu et par trop méconnu. Une étude presque exhaustive des sources imprimées, et complète des sources d'archives, privées et publiques, françaises et étrangères, a permis de replacer Bougainville à son rang - le premier - parmi les navigateurs de son temps et l'un des premiers parmi ceux de tous les temps (...)» (28).

 

colonies françaises d'Océanie
colonies française d'Océanie, manuel scolaire, 1938

 

 

V - Publications de Jean-Paul Faivre

1 - Ouvrages

  • L'expansion française dans le Pacifique, 1800-1842, éd. Nouvelles éditions latines, 1953.
  • Le contre-amiral Hamelin et la marine française, éd. Nouvelles éditions latines, 1962.

 

21712214005        Jean-Paul Faivre, Le contre-amiral Hamelin et la marine française (1963)

 

2 - Préfaces

  • Aux origines de l'anthropologie française. Les Mémoires de la Société des Observateurs de l'Homme en l'an VIII, Jean Copans et Jean Jamin, éd. Le Sycomore, 1978, p. 11-23.

 

3 - Articles

Auteur de très nombreux comptes rendus de lecture dans le Journal de la Société des océanistes : 106 publications de 1945 à 1974 ; et dans la revue Outre-Mers. Revue d'histoire : 69 publications de 1955 à 1975 (29). Il livre aussi le fruit de ses lectures au Bulletin de la Société d'histoire moderne.

 

Michel Renard

 

* Je reprends la matière (texte et images) d'un article que j'ai rédigé pour une encyclopédie en ligne. Je l'ai légèrement modifié (ajouts) et j'ai enrichi l'iconographie.

 

Notes

1 - Les agrégés de l'enseignement secondaire. Répertoire 1809-1960 [archive]. Sa qualité de normalien reste à vérifier, on n'en trouve aucune mention ultérieure.

2 - Émile de Curton, 1908-1993 : notice data.bnf.fr [archive].

3 - Jean-Paul Faivre, «Curton, Émile de, Tahiti 40. Récit du ralliement à la France Libre des Établissements français d'Océanie», Journal de la Société des océanistes, n° 42-43, tome 30, 1974, p. 128 [archive].

4 - «Procès-verbaux des séances de la Société», Journal de la Société des océanistes, tome 4, 1948. p. 140 [archive].

5 - «Au printemps de cette année [1950], Yves Person, que j'ai connu élève au lycée Rollin, se présentait à moi aux Archives de France et me parlait de certaines recherches qu'il y poursuivait.», Jean-Paul Faivre, «Les origines de la colonisation française en Nouvelle-Calédonie, d'après un travail récent», Journal de la Société des océanistes, tome 6, 1950, p. 241 [archive].

6 - «Chronique de l'histoire coloniale. L'Océanie et le Pacifique (1939-1955)», Jean-Paul Faivre, Revue d'histoire des colonies, tome 42, n° 148-149, 1955. p. 450 [archive].

7 - «Une économie polynésienne primitive : Tikopia», Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, 3ᵉ année, n° 1, 1948. p. 98 [archive].

8 - Compte rendu par René Rémond dans la Revue historique, 1953 [archive].

9 - Il devient membre du Conseil de la Société en juin 1952 ; cf. «Procès-verbaux des séances de la Société», Journal de la Société des océanistes, tome 8, 1952, p. 266 [archive].

10 - «Assemblée extraordinaire du 22 décembre 1944 suivi des Procès verbaux des séances de la Société», Journal de la Société des océanistes, tome 1, 1945, p. 120 [archive].

11 - «Procès-verbaux des séances de la Société», Journal de la Société des océanistes, tome 5, 1949, p. 173 [archive].

12 - «A propos d'un cinquantenaire : Jules Verne (1828-1905) et le Pacifique. Contribution à l'étude de l'exotisme océanien au XIXe siècle», Journal de la Société des océanistes, tome 11, 1955, p. 135-147 [archive].

13 - «Procès-verbaux des séances de la Société», Journal de la Société des océanistes, tome 11, 1955, p. 127 [archive].

14 - Raymond Leenhardt (1903-1982), fiche data.bnf.fr [archive].

15 - Jean-Claude Nardin, «Le Centre de recherches historiques pour le Pacifique» Revue française d'histoire d'outre-mer, tome 63, n° 230, 1er trimestre 1976, p. 144 [archive].

16 - Bulletin de la Société d'histoire moderne, n° 4, 1965 [archive].

17 - De 1955 à 1957, Huguette et Pierre Chaunu ont publié les sept volumes des cent cinquante ans de la comptabilité portuaire de Séville avec l'Amérique. Sur le base de cet énorme matériau, Pierre Chaunu avait soutenu sa thèse en 1954. Cf. le compte rendu de Pierre Goubert [archive] et la note critique de Fernand Braudel [archive].

18 - Pierre Chaunu, compte rendu dans la Revue historique, 1956, p. 150-153 [archive].

19 - Nom donné par Bougainville à Tahiti.

20 - Hubert Deschamps Hubert, «Jean-Paul Faivre : Le contre-amiral Hamelin et la marine française», Revue française d'histoire d'outre-mer, tome 49, n° 174, premier trimestre 1962, p. 148-149 [archive].

21 - François Gadrat (1891-1971) ; cf. sa nécrologie [archive].

22 - François Gadrat, Bulletin de la Société d'histoire moderne , n° 1, 1963, p. 13-14 [archive].

23 - Jean-Paul Faivre, «Bougainville, d'après un ouvrage récent : Bougainville navigateur et les découvertes de son temps, par Jean-Étienne Martin-Allanic», Revue française d'histoire d'outre-mer, tome 52, n° 186, premier trimestre 1965. p. 140-146 [archive].

24 - Georges Le Gentil (1875-1953) est notamment l'auteur d'une Découverte du monde (1954) [archive].

25 - Michel Mollat du Jourdain (1911-1996) est un historien médiéviste.

26 - Pierre-Jacques Charliat (1900-1984) est notamment l'auteur d'une collective Histoire universelle des explorations (1957) [archive] ; cf. sa notice data.bnf.fr. [archive].

27 - Jean-Étienne Martin-Allanic (1886-1968) ; cf. sa notice nécrologique [archive] par Patrick O'Reilly.

28 - Jean-Paul Faivre, Bulletin de la Société d'histoire moderne , 1965, p. 34 [archive].

29 - Faivre, Jean-Paul, notice des contributions, site Persée.fr [archive].

 

îles Marquises, photo
îles Marquises

 

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mercredi 25 juillet 2018

la navigation sur le Mékong, découverte d'une chaloupe française en Thaïlande (Frédéric Pécout, Inrap)

le Massi sur le Mékong, postée en 1909

 

 

 

la navigation sur le Mékong

découverte d'une chaloupe française en Thaïlande

Frédéric Pécout, Inrap

 

 

Plan

Introduction et méthodologie

1 - Localisation

2 - Les données de la découverte

3 - Historique de la navigation sur le fleuve Mékong

  A – Le fleuve Mékong

  B – La présence française, le commerce, la navigation

  C – Sur le plan local (Mékong), que se passe-t-il ?

  D – La navigation sur le Mékong au Laos et dans le secteur de la découverte

4 - Expertise de la chaloupe à vapeur

Conclusion

Discussion et critique

Bibliographie

Annexes

Études complémentaires

Listes des figures

 

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ajout iconographique par Études Coloniales

 

cours du Mékong (1)
le cours du Mékong

 

cours du Mékong (2)
le cours du Mékong

 

Haïphong, chaloupe française l'Agnès
chaloupe française L'Agnès, à Haïphong (Tonkin)

 

Haïphong, chaloupe fluviale
chaloupe fluviale à Haïphong (Tonkin)

 

Auguste Pavie, 1895
Auguste Pavie et les membres de la Commission franco-anglaise du Haut-Mékong, 1895

 

Auguste Pavie, 1895, verso

 

 

_____________________

 

 

Introduction et méthodologie

À la suite de la découverte de l’épave d’une chaloupe française à vapeur dans le fleuve Mékong en Thaïlande, la conservatrice du musée de Ban Chiang (Madame Le Chef du Musée National de Ban Chiang, Mme S. Yuanyaidee), nous a sollicités pour réaliser une expertise archéologique et historique. Cette étude permet de retracer l’histoire de la navigation et du commerce sur le Mékong, des différentes compagnies de navigation françaises présentent durant de très nombreuses années et d’apporter des indices pouvant identifier cette épave.

Une méthodologie d’analyse rigoureuse a été mise en place. Plusieurs déplacements ont été réalisés, à Paris aux Archives de la Bibliothèque de France, à Vincennes aux Archives du ministère de la Défense, à Nantes aux archives Marines du Bureau Véritas et aux archives Dubigeon (archives de la Maison des Hommes et des Techniques), à Fréjus, Nice et Aix-en-Provence afin d’étudier les Archives d’Outre-Mer.

Il est à noter qu’une bonne partie des archives de l’Indochine est restée au Vietnam. L’ensemble de la presse économique d’Indochine : Les Annales économiques d’Indochine, l’Essor économique de l’Indochine ont été étudiés (sur la plage historique de 1890 à 1950), l’Eveil économique de l’Indochine ainsi que les différents bulletins d’associations diverses : d’anciens combattants, les anciens de la Marine, collectionneurs de cartes postales du Laos…

Une analyse critique et de synthèse a ensuite été faite sur l’ensemble de cette documentation. Quatre mois ont été nécessaires à l’élaboration de cette expertise en collaboration avec les conservatrices du Musée National de Bang Chiang (Mme S. Yuanyaidee, Madame Le Chef du Musée National de Ban Chiang, Mme P. Teeravutchuvong, conservatrice).

 

1 - Localisation

L’épave de la chaloupe a été découverte dans le fleuve du Mékong dans la province de Bueng-Kan proche du village de Ban Tha kraï. Cette province est située au nord-est de la Thaïlande, elle est bordée au nord par le fleuve Mékong qui forme sa frontière avec le Laos (fig. 1).

 

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2 - Les données de la découverte

Des témoignages locaux indiquent qu’une chaloupe à vapeur française a coulé en septembre 1947 proche du village de Ban Tha Kraï Province de Bueng-Kan. Bien connue des habitants du village, deux premières tentatives de renflouement échouent en 1948 et 1951. Il faut attendre le 28 février 2016 et certainement d’autres moyens plus importants pour que l’opération réussisse (fig. 2).

 

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La coque est présente sur plus de 95%, la chaudière également mais toutes les structures supérieures ont disparu. Le Département des Beaux-Arts est chargé de l’inventaire et de l’étude (fig. 3). Les relevés de la chaloupe ont été réalisés par le bureau des fouilles sous- marines.

 

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3 - Historique de la navigation sur le fleuve Mékong et de la présence française en Cochinchine.

 

A - Le fleuve Mékong.

Le fleuve Mékong prend sa source à Lasagongma à une altitude de 5.224 mètres, dans la province de Qinghai au Tibet. Le fleuve a une longueur estimée de 4 350 à 4 909 km. Sur la moitié de sa longueur le fleuve coule en Chine pour former ensuite la frontière entre la Birmanie et le Laos sur 200 km. Il rejoint ensuite son affluent le Ruak au triangle d’or. Ce point marque la séparation entre le haut et bas Mékong.

Le fleuve forme alors la frontière entre le Laos et la Thaïlande puis coule sur un secteur uniquement au Laos (rapides et gorges). Proche de Vientiane le fleuve redevient frontière avec la Thaïlande puis passe uniquement au Laos formant la région de Si Phan Don juste avant l’ensemble des chutes de Khône.

Le fleuve passe ensuite au Cambodge (rapides de Sambor) juste avant la capitale Phnom-Penh. Après la capitale, le Mékong se divise en deux : Le Bassac et le Mékong. Au Vietnam le Mékong se sépare en deux branches qui s’appellent le Tiên Giang - Mékong ou fleuve de l’avant et le Hâu Giang - Bassac ou fleuve à l’arrière. Ces deux branches rentrent en mer de Chine par neuf estuaires appelés Sông Curu Long – le fleuve des neufs dragons.

Dans certains secteurs le fleuve dépasse 3.000 mètres de largeur pour une profondeur variant de 1 à plusieurs dizaines de mètres de profondeur (fig. 4).

 

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B - La présence française, le commerce, la navigation

Avant 1887, la Cochinchine, colonie française, le Cambodge, l’Annam et Tonkin, pays de protectorat, étaient administrés séparément, les deux premiers relevaient du ministère de la Marine et des Colonies, les deux derniers, du ministère des Affaires étrangères. Par décret d’octobre 1887, l’Union indochinoise fut placée sous l’autorité d’un gouverneur général relevant du ministère des Colonies (fig. 5).

 

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Fig 5

 

À partir de 1905, l’Indochine représente l’ensemble des possessions et protectorats qui englobent les États actuels du Vietnam, du Laos, du Cambodge (conquis entre 1858 et 1896).

Avec l’invasion de l’Indochine durant la Seconde Guerre mondiale par le Japon, la position de la France est affaiblie et fait ressurgir des nationalismes indochinois dès la fin du conflit dont le résultat fut la guerre d’Indochine avec le Viet-Minh (Ho Chi Minh) de 1946 à 1954.

 

C - Sur le plan local (Mékong), que se passe-t-il ?

Après plusieurs expéditions (dont l’expédition d’Auguste Pavie), un traité est signé en juillet 1893 entre le Royaume de Siam et la France. Ce traité porte sur le renoncement du Royaume de Siam sur les territoires de la rive gauche du Mékong. Durant plusieurs mois deux canonnières fluviales La Grandière et Le Massie (fig. 6 Localisation Tha-Kêk) ont exploré sous l’intitulé «mission Hydrographique du Haut Mékong» les différents rapides et défilés du fleuve.

 

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Ces différentes explorations ont mis en évidence la dangerosité de plusieurs rapides et chutes notamment aux défilés de Khône et envisager la construction d’un chemin de fer sur l’île principale de Khône. Les chaloupes sont démontées et acheminés par tronçon puis remontés après les rapides (fig. 7).

 

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Caractéristiques des deux chaloupes construites aux ateliers Dubigeon de Nantes : 22 tonnes, 26 mètres de long et démontables en cinq tranches.

Les pirogues, par contre, peuvent passer les chutes par «basses eaux» comme par «hautes eaux»  (fig. 8).

 

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 Fig. 8 : la chaloupe Le Garcerie transportée par voie ferrée pour le franchissement des rapides de Khône.

 

À partir de 1894 trois bateaux : Le Colombert, Le Trentinian et Le Garcerie assurent un service régulier. Un service postal est assuré par «Les Messageries Fluviales de Cochinchine». Cette compagnie française dès sa création (1881) a le quasi monopole du transport et du commerce sur le Mékong. Ces liens étroits avec le gouvernement lui permettent d’assurer à la fois des missions pour le gouvernement comme le service réguliers postales mais également le transport de denrées et de passagers.

À partir de cette période et jusqu’à l’indépendance de l’Indochine, le commerce fluvial est intense avec la création et le développement de la Compagnie des Messageries Fluviales de Cochinchine (1881-1927, dont la plupart des bateaux font partie et construits aux chantiers navals Dubigeon situés à Nantes en France).

Cette compagnie a le monopole du transport et du commerce sur le Mékong ainsi que le monopole du service du transport du courrier pour l’état comme nous l’avons déjà signalé (annexe 1 : Convention pour l’exploitation des services postaux, Gouvernement Général de l’Indochine et la Société des Messageries Fluviales).

Cette compagnie cède en 1927 sa branche transport au profit de la Compagnie Saïgonnaise de Navigation et de Transport (mais ce sont les mêmes propriétaires) qui elle-même fut rachetée en 1938 par la Société de Chalandage et Remorquage de l’Indochine.

La plupart des témoignages locaux (presses, populations, entreprises de plantations d’hévéa, de riz, bois précieux….) ne mentionne toujours que le nom des Messageries Fluviales de Cochinchine.

Pour développer le commerce et assurer un bon fonctionnement, la société fait donc appel dès 1890-95 aux Chantiers Naval Dubigeon, constructeur naval situé à Nantes pour réaliser et faire construire (en grande partie) toute une flotte de navires essentiellement des chaloupes à vapeur de différents tonnages composant plusieurs flottilles (annexe 2 liste de prix pour les voyageurs).

Dès 1923, on note déjà dans les archives la présence de la flottille du Laos composée de 8 chaloupes à vapeurs de dimensions différentes et assurant un trajet journalier entre les différentes escales (Annexes 1 et 2).

Cette flottille se composait :

- du Pavie construit vers 1909, vapeur à 2 hélices en acier, longueur 35 mètres pour une largeur de 5,5 mètres, construit aux ateliers Dubigeon pour les Messageries Fluviales (fig. 9).

 

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 Fig. 9 : plan du Pavie, archives de la Maison des Hommes et des techniques, Atelier Dubigeon, Nantes.

 

- du Massie, à l’origine chaloupe canonnière à vapeur de 26 mètres de longueur construite pour la Marine Nationale et rachetée par les Messageries Fluviales, daté de 1893 (fig. 10, 11 et 12).

Le Massie a participé à la «Mission hydrographique du Haut Mékong» du Lieutenant de vaisseau Georges Eugène Simon 1897 avec une chaloupe le Han Luong.

 

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 Fig. 10 : les Chaloupes Han Luong et Le Massie sur l’ïle de Khône

 

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 Fig. 11 : chaloupe canonnière Le Massie ?, 1893.

 

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 Fig. 12 : l'avant de la chaloupe Le Massie sur l’île de Khône.

 

- La Garcerie, vapeur de 50 mètres de longueur, construit pour les Messageries Fluviales en 1895 (fig. 13 et 14), ancien atelier naval Dubigeon à Nantes.

 

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 Fig. 13 : la chaloupe La Garcerie sur l’île de Khône.

 

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Fig. 14 : chaloupe à vapeur La Garcerie, archives de la Maison des Hommes et des techniques, Atelier Dubigeon, Nantes.

 

- Le Gougeard, cette chaloupe est un vapeur à spardeck et équivalent aux chaloupes Colombert et Trentinian.

- Le Colombert, chaloupe à vapeur à spardeck (fig.15 et 16) de 50 mètres de longueurs.

 

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 Fig. 15 : le vapeur Le Colombert au bord du Mékong, Laos.

 

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Fig. 16 : vapeur Le Colombert à l’escale, Laos.

 

- L’Albatros, aucune information sur cette chaloupe, seul indication dès 1923 comme faisant partie de la flottille de Laos pour la Compagnie des Messageries Fluviales.

- Le Trentinian  chaloupe à vapeur à spardeck, équivalent du Colombert, fera naufrage dans le Mékong en 1928, présent dans la flottille du Laos dès 1914 (fig. 17, 18 et 19).

 

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 Fig. 17 : le Vapeur à spardeck Le Trentinian à l’appontement à Nong Seng.

 

Suite à une fuite d’essence le vapeur Trentinian explose à 5 kilomètre en amont de Thakhek le 4 février 1928 causant la mort de plusieurs personnes.

 

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 Fig. 18 : passage sur la voie ferrée de l’île de Khône.

 

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 Fig. 19 : borne du naufrage du Trentinian

 

- Le Vanneau, équivalent du Massie, présent dans la flottille du laos dès 1914.

 Flottille du Laos MM. Bertron, capitaine du Pavie ; Angéli, chef-mécanicien du Pavie ; Bozec, capitaine du Garcerie ; Dursen, capitaine du Colombert : Paravissini, capitaine du Trentinian ; Boluix, patron du Vanneau ; Huu, patron du Massie ; Grangier, patron du Gougeard ; Lavopel, patron de L'Albatros ; Thomas, inspecteur-mécanicien ; Guillot, inspecteur-mécanicien. 

Mais à  la lecture des différentes archives notamment celles de la Bibliothèque Nationale en particulier le fond des archives de l’Indochine, on s’aperçoit rapidement que la Compagnie des Messageries Fluviales de Cochinchine a plutôt été un frein au développement économique du Laos et de sa région en s’opposant systématiquement au développement des routes et des voies ferrées (annexe 3). Malgré la présence de quelques chaloupes chinoises, la Compagnie des Messageries Fluviales de Cochinchine a continué à assurer des lignes régulières malgré plusieurs naufrages dont le Lagrandière en 1910 (fig. 20) et le Trentinian en 1928 (annexe 4).

 

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Fig. 20 : le naufrage de la chaloupe Lagrandière juillet 1910.

 

D - La navigation sur le Mékong au Laos et dans le secteur de la découverte.

Plusieurs difficultés pour la navigation sont présentes dans le secteur de la découverte de la chaloupe à Bueng-Kan :

- Tout d’abord le fleuve n’est pas balisé avant 1923 rendant périlleux certains passages.

- Pendant la période des basses eaux, les petits fonds essentiellement dans ce secteur, composés de sable, de roches et de galets, interdisent de naviguer à tout bateau calant plus d’un mètre. Le tirant d’eau est donc très limité d’où la nécessité d’avoir un bateau à fond plat avec hélice sous voûte comme pour l’épave de la chaloupe ou comme la chaloupe le Massie.

- Un autre problème apparait également car dans ces conditions particulières l’utilisation de l’hélice est mauvaise réclamant une puissance de machine disproportionnée avec le tonnage du navire. Les bateaux le Massie, le Vientiane et l’épave découverte à Bueng-Kan ont un moteur à vapeur avec une chaudière importante ne laissant que peu de place pour le transport des marchandises ; la qualité du bois de chauffe (local) est également en cause.

- La vitesse doit être au minimum de 12 nœuds pour franchir les différents rapides les plus puissants. Le Massie qui n’a donné aux essais que 10 nœuds 5 possède une machine de 120 chevaux ; le bâtiment a toutes les difficultés à franchir les rapides.

- Le conflit avec le Viet-Minh dès 1946 installe un climat d’insécurité notamment par la présence de mines dans certains secteurs du fleuve (deux dragueurs de mines coulent en 1949, la Glycine et le Myosotis, fig. 21, 22).

 

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Fig. 21 : naufrage du navire de guerre Le Glycine, 21 avril 1949.

 

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Fig. 22 : rapport du naufrage du navire Le Myosotis le 20 juin 1949.

 

 

 

4 - Expertise de la chaloupe à vapeur   

 

Renflouée le 28 février 2016 par deux équipes : l’armée thaïlandaise (bureau des ports et service d’archéologie sous marine), la chaloupe a fait l’objet d’un premier relevé par le Département des beaux Arts (fig. 23).

 

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 Fig. 23 : relevé de l’épave de la chaloupe. La partie centrale s’est affaissée.

 

Le bâtiment était échoué à environ 5 mètres de profondeur, le navire a coulé du côté de la Thaïlande. La proue était face au Laos d’après les informations des plongeurs et tout proche du rivage.

Le bâtiment est complet sur presque 95% de sa coque (fig. 23 et 24).

 

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 Fig. 24 : profils et coupes de l’épave (en mètre).

 

La coque est en tôles métalliques d’acier doux composée de plaques régulières rivetées, soudées et jointes par des poutrelles métalliques. L’hélice est en bronze à quatre ailes déployées de grand diamètre et la ligne d’arbre est présente. Ce type d’hélice, imposante, permet avec la forme particulière de l’arrière d’utiliser au mieux le travail transmis par le propulseur (fig. 25).

 

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 Fig. 25 : l’hélice en bronze de l’épave, Photo, Musée National de Ban Chiang, 2016.

 

L’exemple est le même pour les deux navires La Grandière et Le Massie de la Compagnie des messageries Fluviales et construit au chantier naval Dubigeon à Nantes à la fin des XIXème siècles.

La chaudière présente est plus récente que le navire, elle date de 1923 et correspond à une grande campagne de rénovation lancée cette même année (fig. 26) par Les Messageries Fluviales bien consciente de devoir moderniser une partie de sa flotte (et sous la pression du gouvernement d’Indochine et de la presse).

Un taquet (dispositif d’arrêt) de proue est aussi présent, permettant de fixer les cordages (fig. 23 et 37). Les deux taquets de la chaîne d’ancre sont également présents ainsi qu’une partie de la chaîne (fig. 23 et 37).

 

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Fig. 26 : chaudière de la chaloupe, plaque du constructeur de la machine à vapeur,
photo Musée National de Ban Chiang, 2016.

 

Le constructeur correspond à une petite entreprise Nantaise (Société A. Des Brûlais et Reliquets associé à un autre constructeur Nantais Ch. Faivre, fig. 27) spécialisée dans la construction de machine à vapeur.

 

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 Fig. 27 : plaque des deux constructeurs Ch. Faivre et A. Des Brûlais & Reliquets,
photo Musée National de Ban Chiang, 2016.

 

La première machine à vapeur doit certainement correspondre au modèle affecté à ce type de bateau pour la compagnie, certainement «compound» à pilon et à condensateur par surface mais pas assez puissante (vitesse aux essais maximum de 10 nœuds).

La chaudière présente également une plaque de contrôle du bureau Véritas Marine (vraisemblablement le bureau de Saïgon) comme l’atteste les marques présentes : visites et contrôles les 26/06/1935, 02/07/1936, 17/07/1940, 07/071941 (fig. 28).

 

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Fig. 28 : plaque du Bureau Véritas Marine, contrôle de l’état de la chaudière, photo Musée National de Ban Chiang, 2016.

 

Le bâtiment mesure dans son état actuel 20m50 de longueur pour une largeur maximum dans sa partie centrale de 4,5 mètres (fig. 23 et 24). Les infrastructures supérieures ont disparu, que ce soit le pont supérieur, la cuisine, les cabines et le poste de pilotage, seul demeure la coque et la chaudière. Ceci peut s’expliquer à la fois par le nombre d’années séjournées dans le fleuve (naufrage en 1947) qui, on le rappel, par un débit très fort avec plusieurs phases de crues annuelles, par les dégâts subits par les filets des pêcheurs et vraisemblablement par le pillage (fig. 29).

 

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Fig. 29 : vue de l’intérieur de la chaloupe vers l’avant, photo Musée National de Ban Chiang, 2016.

 

D’après les témoignages des anciens, le navire aurait pris l’eau et coulé, le bateau transportait en dehors des marchandises habituelles du vin destiné à la ville de Vientiane au Laos (nord) et en provenance de Nakhon Phanom côté Thaïlande (sud).

L’ensemble du mobilier archéologique est homogène, composé de vaisselles, de bols en faïence, d’un bol de fabrication américaine de marque Cesco -1944-, provenant certainement de la dotation de vaisselle du capitaine du navire (fig. 30), de fragments de chaussures, épées, coupes-coupes, briquets, fragments de pneus Michelin modèle 130-140/50 superconfort, modèle produit dès 1934.

 

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Fig. 30 : mobilier archéologique, bol de fabrication américaine de marque CESCO-1944,
photo Musée National de Ban Chiang, 2016.

 

Tout cet ensemble témoigne d’une vie importante à bord, les différents bateaux de la Compagnie ex-des Messageries Fluviales de Cochinchine assuraient des liaisons régulières entre les différentes escales (fig. 31 et 32).

 

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Fig. 31 : mobilier archéologique, fragment de pneu Michelin vers 1934,
photo Musée National de Ban Chiang, 2016.

 

 

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 Fig. 32 : mobiliers archéologiques, photo Musée National de Ban Chiang, 2016.

 

L’étude des archives des ateliers Dubigeon (archives de La Maison des Hommes et des Techniques, Nantes) a permis de déterminer avec précision qu’un grand nombre de bateaux de la Compagnie des Messageries Fluviales de Cochinchine ont été réalisés dans ces ateliers avec plusieurs ébauches de navires de différents tonnages et de différentes propulsions (fig. 33, 34 et 35).

Ces demandes correspondent à des besoins bien particuliers comme des bateaux à faible tirant d’eau par exemple, pour les vapeurs constituant la flottille du Laos ou pour des navires plus importants à une grande capacité de stockage et affectés à la ligne Saïgon-Pnom-Penh (Annexe 2).

 

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Fig. 33 : Histoire des Ateliers navals Nantais, Les Ateliers Dubigeon,
Archives de La Maison des Hommes et des Techniques, Nantes.

 

 

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 Fig. 34 : exemple d’étude pour les Messageries Fluviales, vapeur de 26,2 mètres,
archives de la Maison des Hommes et des techniques, Atelier Dubigeon, Nantes.

 

 

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Fig. 35 : exemple d’étude pour les Messageries Fluviales,
petit vapeur destiné à la navigation du Haut Mékong,
archives de la Maison des Hommes et des techniques, Atelier Dubigeon, Nantes.

 

 

Conclusion

L’étude de l’épave de cette chaloupe à vapeur se fait l’écho d’une occupation et d’une vie intense (commerce…) sur et autour du fleuve Mékong. Le corpus du mobilier archéologique trouvé dans l’épave renvoie à un contexte de la fin du XIXe siècle et au milieu du XXe (fig. 30, 31 et 32). Il est bien sûr impossible d’effectuer une étude sur les horizons stratigraphiques, la chaloupe ayant été pillée deux fois (1948 et 1951) et les conditions de son renflouage en février 2016 ont été soignées mais aucun relevé n’a été fait en condition subaquatique.

Le mobilier archéologique renvoi à :

- du matériel  de consommation (ustensiles culinaires, bols, couverts fragments de céramiques, faïences à décor (notamment la représentation de coqs…….) ;

- du mobilier de la vie courante (fragments de chaussures, briquets, armements…) ;

- du mobilier archéologie définissant une notion de commerce (fragments de pneus….), proche de sa mission première, le commerce et le transport de marchandises et de voyageurs sur le Mékong (fig. 30, 31 et 32).

 

 

Discussion et critique.

La figure 11 citée plus haut mentionne le nom de la chaloupe Le Massie mais cette identification est fausse. L’étude plus précise des photos, cartes postales, documents divers de la chaloupe Le Massie fig. 10 et 12, précise que nous avons affaire à un bâtiment très élancé, droit avec un poste de commande en partie basse, sans pont supérieur, mesurant 26 mètres de longueur.

Deux cabines ou deux compartiments distincts sont présents. Le document photographique (fig. 11) a, sur plusieurs autres documents, été mal identifié, entrainant par là beaucoup d’erreurs d’interprétations. Cette chaloupe possède un poste de commande (ou kiosque) en partie haute, de plus, l’avant du bateau s’élève légèrement et ne présente pas du tout le même profil que pour les fig. 10 et 12 qui elles, sont certifiées comme étant Le Massie sans conteste possible.

Cette chaloupe pourrait donc être Le Vanneau, autre chaloupe faisant partie de la flottille du Laos (Annexe 1). Elle pourrait correspondre au plan des Ateliers Dubigeon sous l’inventaire n°TN 2320 A044 (fig.36). On note aussi la présence sur l’avant de l’épave d’une partie de la chaîne d’ancre (fig. 37).

L’arbre de transmission est partiellement présent malgré les nombreuses années dans le Mékong.

 

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Fig. 36 : plan type d’une chaloupe à vapeur de 20 mètres pouvant correspondre à la découverte,
archives de la Maison des Hommes et des techniques, Atelier Dubigeon, Nantes.

 

Une discussion très poussée a été entreprise notamment avec les archivistes des ateliers Nantais. Même si une grande partie des archives de l’Indochine est restée au Vietnam, l’analyse des photographies prises par les conservatrices du Musée National de Ban Chiang a permis d’apporter des informations précises sur la morphologie générale de la chaloupe. Cette chaloupe possède deux cales, une avant et une arrière, ainsi qu’un magasin en partie avant.

 

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Fig. 37 : l’avant de l’épave, photo Musée National de Ban Chiang, 2016.

 

La morphologie général de cette chaloupe correspond plutôt à celle du Pavie mais avec des dimensions plus modestes. Pour rappel le Pavie mesure 35 mètres de longueur pour une largeur maximum de 5,5 mètres et posséde deux hélices (fig. 9). L’épave fait 20,5 mètres de longueur pour une largeur maximum de 4,5 mètres dans son état actuel, mais il faut rester prudent car une partie (très minime) de l’arrière a disparu.

Est-ce la cause du naufrage ? Vraisemblablement, car les témoignages des anciens rapportent une rentrée d’eau importante, peut être à la suite d’un choc avec des rochers.

Le bateau en tout cas, va dans un premier temps s’échouer côté Thaïlandais, à proximité du rivage.

Enfin, dans un second temps, une étude sur place (Thaïlande) plus précise portant sur l’ensemble du mobilier archéologique découvert dans l’épave, associée à une analyse plus approfondie sur l’épave elle-même, semble être indispensable.

 

Bibliographie

- La Mission Pavie Indo-Chine, Atlas, A. Pavie, éditions Challamel, Paris, 1903

- L. De Reinach, Le Laos Tome II, éditions A. Charles, Paris, 1901.

- R. Meyer, Le Laos, Imprimerie d’Extrème-Orient, Hanoï, 1930.

- Fonds des archives de la Bibliothèque Nationale de France série F 2242, Les Messageries Fluviales de Cochinchine, contrats pour le service postal, Imprimerie Kugelmann, 1895.

- Fonds des archives de la Bibliothèque Nationale de France, bulletin l’Eveil économique de l’Indochine de 1890 à 1937.

- Bulletin de l’ANAI, Association Nationale des Anciens et Amis de l’Indochine et du Souvenir Indochinois, Numéro 24, 2011.

- Les ports Autonomes de l’Indochine, catalogue d’expositions, section économique, Paris 1931.

- Fonds des archives de La Maison des Hommes et des techniques, Nantes.

- Bulletins de liaison des anciens combattants d’Indochine, n°24, 2014.

- Journal Of Irish, vol.3, n°1- Une entreprise de navigation à vapeur Pondicherienne en Indochine, J.B.P. More, 2008.

- Fonds des Archives, Bureau Véritas Marine, Nantes.

- Archives Nationales d’Outre-Mer, Aix-en-Provence, Fonds l’Indochine.

- Guide des sources de l’histoire de l’Asie et de l’Océanie, Archives et Bibliothèques françaises, tome I, archives et index.

- Guide de recherche sur le Vietnam, Paris, l’Harmattan, 1983.

- État général des fonds, tome III, Marine et Outre-Mer, Paris, Séries FM17, 23, 30, 31, 77-78, 108, 128, série FP1-6, Inventaire Indo 1-4, Inventaire CP 1-3,1980.

- Archives de la SIPH (Société Internationale de Plantations d’Hévéas ex- Société Indochinoise de Plantations d’Hévéas), Paris.

- A. De Vogüé, Ainsi vint au monde La SIPH (1905-1939), Amicale des Anciens Planteurs d’Hévéas Edition Gourci, Vichères, 1993.

- Archives internet www.entreprise-coloniales.fr, Les Messageries Fluviales de Cochinchine (1181-1927), La Compagnie de Commerce et de Navigation d’Extrème-Orient, La Société Financière Française et Coloniales, La Compagnie Saïgonnaise de Navigation et de Transport, La société anonyme de Chalandage et Remorquage de l’Indo-Chine.

- L’Éveil économique de l’Indochine, journal, fonds des Archives (1890-1947).

- Les Annales Coloniales, fonds des Archives (1895-1948).

- Planteurs d’hévéas en Indochine 1939-1954, Amicales des Planteurs d’Hévéas, Editions Daupeley-Gouverneur Nogent le Rotrou, 1996.

- J. Vichot, Répertoire des Navires de Guerre Français, Edition Association des amis des Musées de la Marine, Palais de Chaillot, Paris, 1967.

- J.M. Strobino, Peter Hauff (1873-1951), Les aventures d’un marchand norvégien en Indochine au début du XXème siècle, Hors série de l’AICTPL n°5, juin 2013.

- J.B. Girard, Traité pratique des chaudières marines, Edition Béranger, 1897.

- P. Angrand, Machines marines et moteurs, Edition A. Challamel, Paris, 1913.

- J. Delvert, «Quelques problèmes Indochinois en 1947», L’Information Géographique, 1948, N°2, PP.50-61.

- M. Bodin, Combattants français face à la guerre d’Indochine 1945-1954, édition L'Hamattan, 1998.

 

Annexes

Annexe 1 : Convention pour l’exploitation des services postaux, Gouvernement Général de l’Indochine et la Société des Messageries Fluviales.

Annexe 2 : Prix des passages en premières classe.

Annexes 3 : Article de presse dénonçant le monopole de La Compagnies  ex des Messageries Fluviales de Cochinchine, de l’Eveil Economique de l’Indochine, 1928.

Annexe 4 : Le naufrage du Trentinian, article de l’Eveil Economique de l’Indochine, 1928.

Annexe 5 : Photos de renflouage de la chaloupe, février 2016.

Annexe 6 : Navigation sur le Mékong, les services de la compagnie des messageries Fluviales de Cochinchine, les différentes étapes, 1900.

Annexe 7 : L’Expédition d’Henri Mouhot 1854-1861.

Annexe 8 : Les Archives des Ateliers navals, Nantes, archives de La Maison des Hommes et des Techniques.

Annexe 9 : Archives du Bureau Véritas Marine, Nantes, novembre 2016.

Annexe 10 : Implantation de la Compagnie des Messageries Fluviales de Cochinchine à Saïgon.

Annexe 11 : différents projets de chaloupe mise à l’étude par les Ateliers Dubigeon de Nantes pour le compte des Messageries Fluviales de Cochinchine (de 1890 à 1927).

 

 

Annexe 1 : Convention pour l’exploitation des services postaux, Gouvernement Général de l’Indochine et la Société des Messageries Fluviales.

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Annexe 2 : prix des passages en premières classe

 

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Annexe 3 : article de presse dénonçant le monopole de La Compagnies  ex des Messageries Fluviales de Cochinchine, de l’Éveil Economique de l’Indochine, 1928.

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Annexe 4 : le naufrage du Trentinian,
article de l’Éveil Economique de l’Indochine, 1928.

 

 

 

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Annexe 5 : photos du renflouage de la chaloupe, février 2016
photos du Musée National de Ban Chiang, septembre 2016. 

 

 

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Annexe 6 : navigation sur le Mékong, les services de la compagnie
des messageries Fluviales de Cochinchine, les différentes étapes, 1900.

Document très intéressant, indiquant de façon précise toutes les étapes
et les différentes liaisons, dont le lieu proche du naufrage Pak-Sane (Laos).

 

 

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 Annexe 7 : l’Expédition d’Henri Mouhot 1854-1861

 

 

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Pécout (54)

Annexe 8 : les Archives des Ateliers navals, Nantes, archives de La Maison des Hommes et des Techniques,
M. Gérard Tripoteau responsable des archives, Novembre 2016.

 

 

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Annexe 9 : archives du Bureau Véritas Marine, Nantes, novembre 2016.

 Les registres consignent toutes les révisions d’une bonne partie des navires de tous tonnages depuis 1829 dans le monde.

 

 

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Annexe 10 : Implantation de la Compagnie des Messageries Fluviales de Cochinchine à Saïgon.

 

 

 

Pécout (57)

Les bâtiments sont de différents tonnages avec plus ou moins d’aménagements en fonction des souhaits et demandes de la Compagnie des Messageries ici une gamme moyenne destinée à la navigation sur le Haut Mékong.

 

 

Pécout (58)

La Chaloupe de 19 mètres l’Hirondelle des Messageries Fluviales, présente dès 1922 comme faisant partie de la flotte du Mékong (Cambodge) construite en 1894.

 

 

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Exemple de chaloupe équivalent à la chaloupe Le Massie ou le Han Luong.

 

 

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Exemple de chaloupe de 1er Catégorie, plus de 67 mètres de longueur.

 

 

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Chaloupe de 2ème catégorie Le Haïman de 50 mètres de longueur, 1898.

 

 

Pécout (62)

L’Argus, petite chaloupe des Messagerie Fluviales, vers 1890.

Annexe 11 : différents projets de chaloupe mise à l’étude par les Ateliers Dubigeon de Nantes
pour le compte des Messageries Fluviales de Cochinchine (de 1890 à 1927).

 

 

Études complémentaires

 

À la suite de nouvelles données (renflouage de la chaloupe) trouvées dans la presse locale de la province de Bueng-Kan, nous proposons une étude complémentaire portant sur les différents reportages photographiques du 28 février 2016 de la presse locale Thaïlandaise. Une préparation longue a été réalisée avec l’utilisation d’une barge et de deux pelles mécaniques (fig. 38 et 39).

 

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Fig. 38 : le renflouage de la chaloupe, les moyens techniques, presse locale, 28 février 2016.

 

Pécout (64)Fig. 39 : aménagement d’une rampe d’accès par les pelles mécaniques, presse locale.

 

 

L’arrière de la chaloupe est proche de la rive de la Thaïlande (fig.40).

 

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Fig.40 : vue arrière de la chaloupe, presse locale, 28 février 2016.

 

Une grue se positionne sur la berge. Plus de 200 bidons d’essences ou d’huiles vides sont positionnés et attachés à la coque de la chaloupe pour faire bouées (fig. 41).

 

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Fig. 41 : l’arrière de la chaloupe, presse locale, 28 février 2016.

 

Une partie de l’arrière de la chaloupe a été détruite lors du naufrage. Grâce à l’aménagement d’une rampe d’accès et avec l’utilisation d’une grue, l’épave est progressivement tirée hors de l’eau (fig. 42 et 43).

 

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Fig. 42 : l’épave sur la rampe d’accès, presse locale, 28 février  2016.

 

 

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Fig. 43 : l’épave est hors de l’eau, presse locale, 28 février 2016.

 

La chaudière est présente ainsi que l’ensemble de la machinerie. La propulsion à vapeur se compose de trois ensembles (fig. 44) :

- un appareil évaporatoire, la chaudière et ses accessoires  A

- un appareil moteur, la machine et ses accessoires  B

- un appareil propulseur, l’hélice  C

 

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Fig. 44 : la propulsion à vapeur, plan d’après P. Angrand, Machines Marines et Moteurs, 1913.

 

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On retrouve tout cet ensemble sur notre chaloupe (fig.45).

A - L’appareil évaporatoire, la chaudière et ses accessoires 

B – L’appareil moteur, la machine et ses accessoires

On observe la présence des conduits (tubes) à l’intérieur de la salle de chauffe, l’eau chaude circule et produit de la vapeur envoyée vers le moteur.

La puissance est ensuite transmise à l’appareil propulseur par la ligne d’arbre vers l’hélice (fig.46).

 

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Fig. 46 : positionnement du propulseur C l’Hélice, la ligne d’arbre de transmission.

 

La chaloupe à donc une chaudière soit à tubes de fumée ou chaudière tubulaire. L’eau entoure les tubes servant au passage de la flamme (fig. 47),

 

Pécout (72)

Fig. 47 : localisation des tubes dans la chaudière.

 

soit à tubes d’eau aquatubulaires, dans ce cas l’eau est renfermée dans les tubes autour desquels circulent les gaz. Sur ce système la vapeur formée dans le générateur est amenée par un tuyau collecteur au moteur.

Enfin le témoigne des «anciens» souligne la présence d’un couple de «farang» (étranger –français) disparue dans le naufrage.

 

 

Sources

 

- Le journal régional Thaï rath 28 février 2016.

- Le reportage Télévisé, «Le naufrage du bateau, un couple de farang mort, les fantômes nous regardent ?» mars 2016, Workpoint TV, Télé 23.

« ไทยรัฐออนไลน์ บริการข่าวไทยรัฐ ข่าว หนังสือพิมพ์ ไทยรัฐทีวี ดูย้อนหลัง ไลฟ์สไตล์ Social BUZZ คอลัมน์ นิยายไทยรัฐ คลิปข่าว กิจกรรม หน้าหลัก / ทั่ว

อ่านข่าวต่อได้ที่: http://www.thairath.co.th/content/583688 »

« …..le navire à vapeur transportant du vin .….coulé dans la rivière depuis 60 ans… »

On a également été trouvé selon les articles de presses «un stylo de marque de cognac français, 111 bouteilles de vin, un poing américain, un étui à cigarettes, 15 réservoirs de 40 litres d’huiles, deux bombes RPG, des grenades à main...».

Il est bien sur très difficile d’affiner plus l’étude à partir de photographies, un complément sur le terrain est indispensable notamment pour étudier l’ensemble du mobilier archéologique.

 

 

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La déclaration de la découverte par le département des Beaux-Arts,
le lieu, date, les circonstances.

 

 

 

C’est le petit fils du Vice-amat tri Khunindnilanuraksa (Pilane Nilasamit) qui a sorti l’épave de la chaloupe du Mékong.

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Né le 6 juin 1894 à Nong Khaï (maintenant Bueng-Kan), il semble avoir travaillé avec les Messageries Fluviales de Cochinchine, fonctionnaire du royaume de Siam et attaché au ministère des finances en 1913.

 

 

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Fragments de céramique provenant de la chaloupe, «Charlionnais et Panassier» fabricant de porcelaine à Limoges et associé de 1921 à 1943 à Panassier propriétaire de magasins de vente à Lyon et Toulouse, vaisselle ordinaire. Photo Musée National de Ban Chiang, 2016.

 

 

Listes des figures

Fig. 1 : Cartes des provinces de la Thaïlande, localisation de la découverte, Province de Bueng-Kan.

Fig. 2 : Renflouage de l’épave de la chaloupe.

Fig. 3 : Renflouage de l’épave, état de la coque.

Fig. 4 : Carte du Mékong.

Fig. 5 : Carte de l’Indochine française.

Fig. 6 P: hotographie des deux canonnières La Grandière et Le Massie.

Fig. 7 : Carte des rapides de Khône.

Fig. 8 : La chaloupe Le Garcerie.

Fig. 9 : Plan de la chaloupe Le Pavie, Archives de la Maison des Hommes et des Techniques, Atelier Dubigeon, Nantes.

Fig. 10 : Les chaloupes Han Luong et Le Massie sur l’île de Khône.

Fig. 11 : La chaloupe canonnière Le Massie ? 1893.

Fig. 12 : Avant de la chaloupe Le Massie sur l’île de Khône.

Fig. 13 : La chaloupe La Garcerie sur l’île de Khône.

Fig. 14 : La chaloupe La Garcerie, Archives de la Maison des Hommes et des Techniques, Atelier Dubigeon, Nantes.

Fig. 15 : Le vapeur Le Colombert au bord du Mékong, Laos.

Fig. 16 : Le vapeur Le Colombert à l’escale, Laos.

Fig. 17 : Le vapeur à spardeck Le Trentinian à l’appontement à Nong Seng, Laos.

Fig. 18 : Passage sur la voie ferrée de l’île de Khône.

Fig. 19 : Borne du naufrage du Trentinian.

Fig. 20 : Le naufrage de la chaloupe Lagrandière, juillet 1910.

Fig. 21 : Le naufrage du navire de guerre Le Glycine, 21 avril 1949.

Fig. 22 : Rapport du naufrage du navire de guerre Le Myosotis, 20 juin 1949.

Fig. 23 : Relevé de l’épave de la chaloupe.

Fig. 24 Profils et coupes de l’épave.

Fig. 25 : L’hélice en bronze de l’épave, photo Musée National de Ban Chiang, 2016.

Fig. 26 : Chaudière de la chaloupe, plaque du constructeur de la machine à vapeur, photo Musée National de Ban Chiang, 2016.

Fig. 27 : Plaque des deux constructeurs Ch. Faivre et A. Des Brûlais et Reliquets, photo Musée National de Ban Chiang, 2016.

Fig. 28 : Plaque du Bureau Véritas Marine, contrôle de l’état de la chaudière, photo Musée National de Ban Chiang, 2016.

Fig. 29 : Vue de l’intérieur de la chaloupe vers l’avant, photo Musée National de Ban Chiang, 2016.

Fig. 30 : Mobilier archéologique, bol de fabrication américaine de marque CESCO-1944, photo Musée National de Ban Chiang, 2016.

Fig. 31 : Mobilier archéologique, fragment de pneu Michelin vers 1934, photo Musée National de Ban Chiang, 2016.

Fig. 32 Mobiliers archéologiques, photo Musée National de Ban Chiang, 2016.

Fig. 33 : Histoire des Ateliers navals Nantais, Les Ateliers Dubigeon, Archives de La Maison des Hommes et des Techniques, Nantes.

Fig. 34 : Exemple d’étude pour les Messageries Fluviales, vapeur de 26,2 mètres, archives de la Maison des Hommes et des techniques, Atelier Dubigeon, Nantes.

Fig. 35 : Exemple d’étude pour les Messageries Fluviales, petit vapeur destiné à la navigation du Haut Mékong, archives de la Maison des Hommes et des techniques, Atelier Dubigeon, Nantes.

Fig. 36 : Plan type d’une chaloupe à vapeur de 20 mètres pouvant correspondre à la découverte, archives de la Maison des Hommes et des techniques, Atelier Dubigeon, Nantes.

Fig. 37 : L’avant de l’épave, photo Musée National de Ban Chiang, 2016.

Fig. 38 : Le renflouage de la chaloupe, les moyens techniques, presse locale, 28 février 2016.

Fig. 39 : Aménagement d’une rampe d’accès par les pelles mécaniques, presse locale.

Fig. 40 : Vue arrière de la chaloupe, presse locale, 28 février 2016.

Fig. 41 : L’arrière de la chaloupe, presse locale, 28 février 2016.

Fig. 42 : l’épave sur la rampe d’accès, presse locale, 28 février  2016.

Fig. 43 : l’épave est hors de l’eau, presse locale, 28 février 2016.

Fig. 44 : La propulsion à vapeur, plan d’après P. Angrand, Machines Marines et Moteurs, 1913.

Fig. 45 : On retrouve tout cet ensemble sur notre chaloupe.

Fig. 46 : positionnement du propulseur C l’Hélice, la ligne d’arbre de transmission.

Fig. 47 : Localisation des tubes dans la chaudière.

 

 Frédéric Pécout, Inrap

 

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samedi 30 juin 2018

le monde colonial en métropole : liste des articles

Paris, mosquée arabe

 

 

 

le monde colonial en métropole

liste des articles

 

 

 

Malo-les-Bains, marchand arabe
Malo-les-Bains (Dunkerque), "marchand arabe", avant 1914

 

 

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jeudi 28 juin 2018

l’île Sainte-Marguerite et l’histoire coloniale (texte de 2014)

Vue du fort (en mer 1)
vue du fort de l'île Sainte-Marguerite, 22 décembre 2004

 

 

l'île Sainte-Marguerite

et l’histoire coloniale

 

 

L’île Sainte-Marguerite, aujourd’hui ? À quinze minutes de Cannes en bateau. Une végétation aux noms magiques : pins d’Alep, chênes verts, lentisques, eucalyptus, cyprès…

L’ancien Fort Royal, le sémaphore, le musée de la Mer. Quelques heures de randonnées pour touristes plus ou moins informés mais fascinés par cet écrin préservé, quelques stages de formation pour des adolescents qui doivent dormir sur le sol de pierre des bâtiments, vestiges d’une époque révolue…

 

Végétation île 1

 

Mais qui se souvient que, par-delà le Masque de Fer (1687-1698), les pasteurs protestants après la révocation de l’édit de Nantes (1685) et le général Bazaine quelques mois de 1873-1874, plusieurs centaines de détenus algériens ont désespéré dans les froides cellules du fort, arpenté les allées de cette île pendant des années sans espoir d’en échapper ?  Sans espoir ? Les archives livrent le cas d’une évasion. Le prisonnier Mohamed ben Guezouaou, arrivé le 3 octobre 1849, noté comme négociant de son état dans la province d’Alger, appartenant à la tribu des Aghouass.

Les Européens qui auraient pu témoigner des conditions d'internement de ces musulmans ont fréquenté l'île Sainte-Marguerite quand il n'y en avait pas : Mérimée (octobre 1834) et Victor Hugo (fin de l'été 1839) ont visité l'île avant la présence de prisonniers algériens, Maupassant (1884) peu après. Mais ici le roman n'a pas produit d'aveux. Quant au séjour de Bazaine, il coïncide apparemment avec une absence de détenus arabes.

Il ne reste donc que l’ethnographie de terrain et les archives pour en savoir davantage Les archives, conservées à Aix-en-Provence (ANOM) ou les fonds déposés aux Archives départementales à Nice.

Divers ouvrages ont aussi évoqué ces prisonniers arabes. Le plus récent, Cannes, l’amour azur, de Richard Chambon (2011) fournit quelques chiffres corrects mais incomplets. Le livre de Jean-Jacques Antier, Les grandes heures des îles de Lérins (1975), est honnête mais comporte des lacunes sur l’importance numérique des détenus. Par contre, le roman Aïcha de Benoît Ronsard (1995) avance un chiffre de «dix mille hommes, femmes et enfants arrêtés, presque par hasard, par le duc d'Aumale (…) déportés, oubliés, enterrés là»… Ce n’est pas exact.

 

des archives prolifiques

La population carcérale algérienne présente sur Saint-Marguerite fut la plus nombreuse sur une durée de plus quarante ans, avec des éclipses cependant. Et il y a une certaine injustice à ne pas le savoir suffisamment ni à en faire référence en ces temps inflationnistes de «mémoires».

Les archives ont été d’abord été exploitées par le savant et regretté Xavier Yacono dans son article «Les premiers prisonniers de l'île Sainte-Marguerite», Revue d'histoire maghrébine, 1974, p. 39-61. Les fonds qu’il a en partie consultés sont profus en informations.

Quand, après ce pionnier, je m’y suis plongé à mon tour, j’ai découvert des dizaines de cartons d’archives contenant des centaines de pièces diverses. On peut consulter des registres nominatifs de départs vers Sainte-Marguerite ou des états nominatifs des prisonniers arabes présents sur l’île, des état d‘effectifs faisant le point sur les arrivées, les décès, les élargissements. On lit avec une certaine émotion des indications telle que «enfant à la mamelle»…

On peut compulser différents rapports entre ministères, par exemple celui de la Guerre, des Colonies et du Gouvernement général d’Alger. On peut suivre les diagnostics et observations des médecins ayant séjourné sur l’île comme le docteur Warnier à l’été 1843 ou le docteur Bukojemski en 1845 qui y resta quatre mois et demi.

 

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le docteur Warnier

 

les déportés Algériens

Pour les médecins, l’aspect principal est d’ordre psychologique. La rupture brutale avec l’Algérie, avec la famille et les traditions, l’isolement relationnel.

C’est ce que notait le docteur Bukojemski en 1845. Ce qui l’intéresse, c’est que ces Arabes «sont nés dans une autre partie du monde, leur religion, leurs mœurs, leurs habitudes, toute leur éducation physique et morale jusqu'à leur langue et leurs habits qui diffèrent essentiellement de ceux des Européens, et l'influence morale, de l'exil sur ces hommes».

Cette cassure géographique et cette désagrégation des prisonniers est délibérée. Elle entre dans les buts de guerre des conquérants français.

Le docteur Warnier, en 1843, est très lucide : «Les événements militaires accomplis depuis trois ans en Algérie, ont prouvé qu'il ne suffisait pas de vaincre les Indigènes, de brûler leurs moissons, d'anéantir leurs troupeaux par d'immenses razzias, pour soumettre des populations aussi nomades et leur faire accepter notre domination. (…) convaincu de cette vérité, [Bugeaud] comprit qu'un élément de conquête devait être ajouté à tous ceux qu'il a si habilement employés, et propose au gouvernement la déportation en masse comme moyen final, pour les tribus qui dans les provinces forment des centres politiques, qui soumises aujourd'hui, sont demain révoltées, et avec lesquelles il n'y aura de repos qu'après les avoir expulsées du pays soumis ou à soumettre».

 

combien de détenus sur cette île de Lérins ?

Il est difficile de parvenir à un total exact. Mais les archives livrent des données statistiques sur l’ampleur des déportations. Un rapport du Génie de Toulon révèle qu’une première installation avait eu lieu dès 1837 dans le fort qu’on avait entouré d’un «palissadement».

En 1843, le docteur Warnier note que : «Le fort de l'Île Sainte-Marguerite est depuis trois ans le lieu unique de dépôt de tous les prisonniers arabes déportés en France».

 D’après les relevés de l’historien Yacono, en août 1841, on compte trois prisonniers, puis neuf autres ; en 1842-1843, il y en 80. Mais quarante-trois sont libérés avant juin 1843.

D’après les archives que j’ai examinées, la smala d’Abd el-Kader, arrivée le 26 juin 1843, se chiffre à deux cents quatre-vingt-dix personnes. L’Émir n’y figure pas.

En septembre 1843, il y aurait un total de cinq cents trente détenus. On conçoit qu’à partir de ce moment, il est impossible de confiner tout le monde dans le fort. En août 1845, on redescend à deux cents quatre-vingt-huit. En septembre 1846, sept cents quarante-sept. En avril 1847, je crois que le maximum est atteint avec huit cents quarante-trois incarcérés… ! Ceux-ci ont accès à certains secteurs de l’île.

 

prisonniers devant cellules du fort, vers 1870
prisonniers arabes et leurs gardiens à Sainte-Marguerite, vers 1870

 

Entre 1859 et 1868, on note une absence d’Algériens sur l’île qui fait face à Cannes. Ce dépôt a été transféré à Corte en Corse. Mais en 1868, le ministère de l’Intérieur veut récupérer Corte pour y installer les convalescents des établissements agricoles de la Corse. Les Arabes retournent donc sur la plus grande île de Lérins.

L’histoire coloniale, entre-temps, se mêle alors au sort des entreprises militaires de Napoléon III. De nombreux convalescents de la guerre de Crimée sont installés dans un hôpital temporaire sur l’île en 1856. Trente y meurent et sont inhumés au cimetière d’Orient. Puis six cent prisonniers autrichiens sont internés au fort au cours des guerres d’Italie.

Les déportations d’Algériens recommencent en 1868 avec les condamnés de la révolte orientale de la Kabylie en 1864. Et parmi les mille condamnés de 1871, deux cents cinquante sont affectés à Sainte-Marguerite en octobre 1871. Les archives indiquent la présence de détenus jusqu’au début des années 1880. Peut-être des prisonniers Khroumirs après la campagne de Tunisie en 1881.

 

les conditions de vie des Arabes de Sainte-Marguerite

Reclus dans un premier temps dans les cellules froides de la forteresse, les réprouvés ayant dû traverser la Méditerranée pour y subir leurs peines purent se déplacer dans les allées de l’île et même se baigner – ce qui choqua une partie des Cannois qui voyaient, dit-on, leurs corps nus…

La nourriture était frugale. On leur dispensait du couscoussou – comme on disait. Les maladies ne les ont pas épargnés : fièvres, céphalines, affection pulmonaire, affection des viscères, «nostalgie» et hypocondrie, exostoses du système osseux. Mais encore des cas de gale, d’hémoptysie, de dysenterie, etc.

 

prisonniers kroumirs

 

Les décès étaient traités en observance des rites musulmans. L’intendant militaire Baron rapporte le 8 août 1845 que : «Les inhumations se font par les arabes et suivant leurs cérémonies : les 10 francs alloués sont employés à acheter le calicot qui sert d'enveloppe au corps. Ils recouvrent la fosse de morceaux de bois et de terre glaise, et y jettent quelquefois de l'essence de rose».

 

entrée principale et panneau
le cimetière musulman de l'île Sainte-Marguerite

 

Une question importante reste posée : la stèle érigée dans le cimetière musulman porte la dédicace «à nos frères musulmans morts pour la France». Elle est anonyme et non datée. Cette pierre fait violence à la vérité historique car les musulmans inhumés sur l’île Sainte-Marguerite ne sont pas morts «pour la France» mais comme contestataires de la conquête et de l’ordre colonial français. Il faut songer à la remplacer.

 

Stèle 2
"À nos frères musulmans morts pour la France"

 

 

Michel Renard, historien
publié dans
Un siècle de vie cannoise, 1850-1950
éd. Ville de Cannes, 2014, p. 118-123
photos de l'île : MR

 

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mardi 19 juin 2018

la dimension religieuse de la guerre d'Algérie, Roger Vétillard

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la dimension religieuse de la guerre d'Algérie

Roger Vétillard

 

 

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mercredi 30 mai 2018

Maroc 1908, photos et cartes postales écrites

marabout de Si Ali el-Moumen
marabout de Si Ali el-Moumen

 

 

Maroc 1908

photos et cartes postales écrites

par un médecin-major du camp de Ou-Berkan

 

 

Ces trente-et-une photos nous ont été confiées par Philippe Velin (Guainville, Eure-et-Loir). Nous les publions puis confions les originaux au Centre des Archives d'Outre-Mer à Aix-en-Provence. Elles font suite à quatre photos déjà publiées en juin 2017 ici-même.

Choisies parmi les cartes postales (18) à disposition des Européens ou réalisées par lui-même (13), elles sont l'œuvre d'un médecin-major de l'armée (au-dessus de lui se trouve un médecin-chef), du nom de Blanc et signées : Bey.

Elles couvrent une période qui va de début janvier à décembre 1908. Et offrent de nombreux renseignements sur les conditions de vie du corps d'opération français au Maroc.

Le médecin-major Blanc s'adresse à sa mère et à sa sœur domiciliées, comme lui, au n° 40 de la rue du Bac à Paris. Sa sœur, Marie-Antoinette Blanc, était la meilleure amie de la grande-mère de Philippe Velin à qui ont été légués tous ces documents.

Un nettoyage des photos a été effectué pour restaurer leur netteté, leur contraste et leur éclat.

Michel Renard

 

 

Bey, médecin-major, 1908
le médecin-major Blanc, au Maroc en 1908

 

 

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Maroc 29r
1er janvier 1908

 

Maroc 29v

 

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Maroc 27r
2 janvier 1908

 

Maroc 27v

 

 

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Maroc 26r
4 janvier 1908

 

Maroc 26v

 

 

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Maroc 31r
30 janvier 1908

 

Maroc 31v

 

 

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Maroc 23r
4 février 1908

 

Maroc 23v

 

Voilà, ma chère mimie, un spécimen des tentes sous lesquelles nous sommes logés ! Comme maintnant chaque officier en a une, tu vois que nous ne sommes guère à plaindre.

Peu de travail pour le moment : j'en profite pour battre une flemme consciencieuse car le beau temps est revenu

 

 

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Maroc 24r
23 février 1908

 

Maroc 24v

 

 

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27 février 1908

 

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19 mars 1908

 

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22 mars 1908

 

Maroc 1v

 

 

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26 mars 1908

 

Maroc 2v

 

 

 

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29 mars 1908

 

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2 avril 1908

 

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10 avril 1908

 

marabout de Si Ali el-Moumen
marabout de Si Ali el-Moumen

 

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12 avril 1908

 

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15 avril 1908 (cachet)

 

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25 avril 1908

 

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2 mai 1908

 

Maroc 6v

 

 

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Maroc 8r
5 mai 1908

 

Maroc 8v

 

 

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Maroc 9r
13 mai 1908

 

Maroc 9v

 

 

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Maroc 20r
30 mai 1908

 

Maroc 20v

 

 

 

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Maroc 10r
8 juin 1908

 

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Maroc 11r
12 juin 1908

 

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Maroc 19r
16 juin 1908

 

Maroc 19v

 

 

 

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Maroc 18r
29 juin 1908

 

Maroc 18v

 

 

 

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Maroc 12r
22 juillet 1908

 

Maroc 12v

 

 

 

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Maroc 17r
27 juillet 1908

 

Maroc 17v

 

 

 

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Maroc 13r
3 août 1908

 

Maroc 13v

 

 

 

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Maroc 16r
8 août 1908

 

Maroc 16v

 

 

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Maroc 15r
31 août 1908

 

Maroc 15v

 

 

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Maroc 14r
17 septembre 1908

 

Maroc 14v

 

 

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Maroc 30r
7 décembre 1908

 

Maroc 30v

 

 

* voir aussi : Maroc 1908, quatre photos légendées par un aide-major de Sidi-Mohammed-ou-Berkan

 

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jeudi 24 mai 2018

Trente années de lutte pour faire reconnaître le drame des Francais disparus en Algérie en 1962 - Jean MONNERET

Mur 01

 

 

Algérie : des Disparus que la France n'aura guère pleurés

 

Trente années de lutte pour faire reconnaître

le drame des Français disparus

en Algérie en 1962

Jean MONNERET

 

 

Jean Monneret mi-portrait
Jean Monneret

 

La Une de France-Soir

Pour moi, tout commença au printemps de 1982. À cette époque, France-Soir, quotidien aujourd’hui trépassé, se vendait abondamment. Dans l’après-midi, de petites cabines de toile verte s’ouvraient sur les trottoirs parisiens. Le préposé aux ventes accrochait un exemplaire à l’extérieur afin que les passants en puissent découvrir la Une. Je lus, un jour de printemps, ce titre sidérant : «Des PiedsNoirs seraient toujours détenus clandestinement en Algérie, depuis 1962».

La nouvelle m’avait interloqué. Nous étions en plein sensationnalisme, avec tout ce que cela a de douteux. En même temps, je me trouvais renvoyé à un passé déjà ancien, auquel, pendant vingt ans, je m’étais efforcé de ne plus penser : la fin catastrophique de la guerre d’Algérie.

En 1962, j’étais déjà installé en métropole depuis plus d’un an lorsque survint l’Indépendance. Celle-ci s’était produite après des combats apocalyptiques dans Alger et Oran, suivis ou plutôt accompagnés d’un flot de sang qui emporta des milliers d’Européens et de Musulmans (principalement d’ailleurs après l’accord du 19 mars 1962 signé à Évian).

Mes parents avaient pu rester à Alger jusqu’au 23 juin 1962. Ensuite la situation devint intenable. Ils avaient, ce jour-là, pris la direction de l’exil comme des centaines de milliers de compatriotes, chassés par l’insécurité. Un mois plus tard, je pris la décision, contre tout bon sens, j’en conviens, de me rendre en Algérie. J’étais chargé de récupérer les meubles et diverses choses que les miens avaient dû abandonner.

Quelques jours avant mon départ, j’appris que ma grand-mère qui avait voulu obstinément demeurer en Algérie, était décédée. Arrivé dans les faubourgs d’Alger, à Maison-Carrée où mes parents résidaient, je dus organiser son inhumation et le déménagement du mobilier. Ceci me prit un mois. Durant ce délai, je constatai que les commandos du FLN, les fidas (1), ainsi d’ailleurs que des éléments échappant à tout contrôle, enlevaient à qui mieux mieux les Européens résiduels. J’ai raconté en détail cette aventure dans un livre qui s’intitule Mourir à Alger (Ed. L’Harmattan. 2003).

 

France Soir, 19 avril 1982
France-Soir, 19 avril 1982

 

Mais revenons à 1982 et à ma lecture de France-Soir. Le problème des Pieds Noirs enlevés en Algérie m’était bien connu. J’avais failli moi-même être kidnappé et j’avais eu toute latitude ensuite de remercier la Providence qui m’avait évité cette épreuve ainsi qu’à ma famille. Plus tard, nous apprîmes en effet que la moitié voire les deux tiers des personnes ainsi enlevées après le 19 mars 1962 (date du cessez-le-feu) et après l’Indépendance (proclamée le 3 juillet 1962) étaient définitivement portées disparues. Soit selon les recherches les plus récentes (2) : 1 583 personnes en très grande majorité européennes dont 1 253 enlevées après le cessez-le-feu du 19 mars 1962. Il faudra ajouter à ces chiffres 170 personnes enlevées figurant comme disparues mais dont on a retrouvé les corps.

Les autres, retrouvées ou libérées avaient été molestées, emprisonnées, torturées pour finir dans un état de délabrement physique ou psychique grave. Je connaissais différents cas de ce genre.

J’avais décidé jadis de ne plus parler de ce malheur. Installé définitivement en France, en septembre 1962, j’avais résolu de refaire ma vie et pour commencer, je m’étais marié. L’annonce du journal France-Soir de ce printemps 1982, par son côté sensationnel, m’avait secoué. Des disparus de l’époque auraient donc continué à vivre là-bas, secrètement détenus. Je ne pouvais y croire et je ne pouvais cesser d’y penser. Ces nouvelles bouleversèrent l’idée que je m’étais faite de la phase ultime de la guerre d’Algérie. Les souvenirs des évènements de l’époque, que pendant vingt ans j’avais refoulés, envahissaient sans cesse mon esprit. J’avais voulu oublier et je n’avais RIEN oublié.

J’avais lu l’article avec une attention passionnée. Néanmoins je ne pouvais me défaire d’un tenace scepticisme. Un certain capitaine Leclair que l’on présentait comme ayant des contacts avec le milieu du renseignement, avait la conviction, difficile à partager, que tous les Pieds-Noirs disparus en 1962 n’étaient pas morts. Il suggérait, non il affirmait, que beaucoup étaient toujours vivants et détenus en Algérie.

 

Aux disparus, plaque

 

Combien étaient-ils ?

Là les chiffres devenaient flous. Toutefois, l’article rappelait qu’en 1964, le Prince de Broglie, alors chargé des Affaires Algériennes avait décompté 3 019 enlèvements. Sur ce chiffre, on dénombrait un peu plus de 1 700 (3) personnes toujours portées disparues. L’article sur Leclair suggérait qu’elles n’étaient pas toutes mortes et que, certaines au moins, demeuraient toujours en Algérie, retenues dans des prisons secrètes. Plus tard, le bruit se répandit porté par les uns et les autres que 1 400 personnes étaient détenues clandestinement en Algérie. Ceci paraissait assez extravagant.

Un problème sérieux se posait après lecture de l’article de France-Soir. Les affirmations du capitaine ne s’appuyaient sur aucune preuve concrète. Ses déclarations tonitruantes pouvaient affecter les relations de la France et de l’Algérie. Elles pouvaient aussi bouleverser les familles pieds-noires concernées ; il y en avait plus de 2 000. Le capitaine affirmait qu’il avait contacté un avocat français spécialiste de ces questions. Celui-ci allait remettre un dossier à la Commission des Droits de l’Homme de l’ONU.

Il ne m’échappa point en lisant ce passage qu’il fallait pour cela des preuves en béton, ce que quelques déclarations fracassantes ne pouvaient en aucun cas remplacer. Je notai également que les propos de Leclair pouvaient avoir une conséquence fort peu souhaitable : si de telles personnes enlevées en 1962 étaient encore vivantes et secrètement détenues, les hommes au pouvoir à Alger pouvaient avoir la tentation de s’en débarrasser en les exécutant tout aussi clandestinement.

Les affirmations du capitaine comportaient un élément de risque grave. J’imaginais donc que l’intéressé avait soigneusement réfléchi à tout cela. À ce moment-là, je ne doutais pas qu’il fût sur le point de clarifier ses affirmations et d’apporter des preuves.

 

je décidais de recueillir le maximum d’informations

En attendant, je décidais de me pencher sur le problème et de recueillir le maximum d’informations. J’étais loin de me douter que débutait ainsi une aventure qui allait durer plus de trente ans.

Au cours de la semaine qui suivit la parution de l’article de France-Soir, j’achetai tous les journaux quotidiens ou hebdomadaires évoquant la question des enlèvements de 1962. Peu reprenaient l’information. Seul, le Figaro-Magazine, dirigé à l’époque par Louis Pauwels, lui donna quelque écho. Il fut suivi par Spécial Dernière, une assez indigeste publication, consacrée aux courses et au sensationnel (elle était dirigée par un pied-noir). L’affirmation que des Pieds Noirs disparus étaient toujours vivants en Algérie, laissait les journalistes sceptiques. On attendait que Leclair prouvât ses dires mais rien de tangible ne se produisit.

Je demandai alors à l’avocat chargé de défendre le dossier à l’ONU de me recevoir. Je lui dis qu’étant pied-noir, ayant vécu cette période à Alger, et connaissant des familles de disparus, j’étais désireux d’en savoir plus. Je pensai essuyer un refus, mais l’avocat, Maître Miquel, me reçut sans difficulté. À l’époque, ses bureaux se trouvaient dans le quinzième arrondissement du côté de l’avenue de la Motte-Picquet.

D’emblée, il m’apparut qu’il y avait plus qu’une nuance entre ce qu’il disait et les affirmations de Leclair rapportées par France-Soir. L’avocat m’expliqua que les journalistes avaient dramatisé et sensationnalisé les choses. Certes, il était prêt à déposer une requête à l’ONU mais à cela il y avait une condition dirimante : que le capitaine apportât une preuve solide de ce qu’il prétendait. Les journalistes avaient fait l’impasse sur ce point. «Il y a un Si» me dit Maître Miquel dont l’honnêteté et la rigueur me parurent très grandes.

Je le quittais fort troublé car l’incertitude et le flou qui entouraient ce battage me paraissaient extrêmement négatifs. Comment pouvait-on en effet prendre le risque de ranimer ou d’aviver la douleur des familles touchées par les rapts de 1962, sans avoir un dossier fourni et solide à présenter ?

Je voulus encore croire que tel était le cas et que différaient simplement le calendrier de l’avocat et celui du capitaine. Pendant quelque temps j’attendis que les choses évoluent. Rien ne se produisit. Je décidai alors d’enquêter, à titre personnel, pour satisfaire mon propre besoin d’échapper à l’incertitude. J’avais appris, notamment par Madame de la Hogue qui, à l’époque, animait le Centre de Documentation Historique sur l’Algérie, le nom et l’adresse d’une personne qui s’était occupée des Pieds Noirs disparus en 1962. Celle-ci, Madame Ayme, me reçut en compagnie d’une de ses amies Madame Guise. Elles me racontèrent donc leur part de cette histoire.

Toutes deux avaient travaillé dans les milieux militaires, notamment pour l’Association Rhin-et-Danube. À l’été 1962, elles furent chargées de l’accueil des Pieds Noirs réfugiés en France. Parmi eux, certains avaient eu un membre de leur famille victime d’un rapt.

 

le général Bouvet

Madame Ayme avait assisté le général Bouvet. Celui-ci était un héros de la guerre mondiale. En août 1944, lors du débarquement en Provence de l’Armée française, il avait pris d’assaut le Cap Nègre à la tête de ses hommes.

En 1962, le général Bouvet fut ému par le sort des Pieds Noirs. Nombreux étaient ceux qui avaient combattu sous ses ordres durant le conflit mondial, et il s’était donc penché sur leur sort. Il avait tenté en utilisant des relations personnelles dans les milieux militaires d’en savoir plus et d’aider à retrouver d’éventuels survivants parmi les enlevés. Appuyé par un juriste Monsieur Chevallier et une représentante de la Croix-Rouge Mademoiselle Mallard, il avait créé l’ADDFA, Association de Défense des Droits des Français d’Algérie. Cette association recevait l’aide du Secours Catholique alors dirigé par Monseigneur Rodhain (4), son fondateur. Un ancien ministre M. Robert Bichet avait obtenu le prêt de très nécessaires locaux.

Pendant des années, l’association batailla pour connaître le sort des disparus. Elle constitua des dossiers et s’efforça d’obtenir des renseignements auprès de Monsieur de Broglie alors chargé, comme précédemment indiqué, du Secrétariat aux Affaires Algériennes. C’est à la suite de ces démarches que le Prince suggéra aux épouses de disparus de faire enregistrer au TGI de la Seine des déclarations de présomption de décès de leur mari enlevé.

En effet, l’absence de leur époux laissaient plusieurs centaines de femmes pieds-noires dans une situation délicate : beaucoup étaient privées de ressources, d’autres ne pouvaient toucher les retraites ou les revenus de leur conjoint ni disposer de leurs biens, ne serait-ce que parce que la signature du chef de famille était requise pour une multitude de démarches. Aliéner une propriété quelconque ou constituer un dossier d’indemnisation était pareillement difficile. La présomption de décès permettait de sortir de cette impasse.

Pour autant, les hésitations étaient grandes. Certaines épouses considéraient cette démarche avec suspicion. Beaucoup en effet étaient persuadées que leur mari était encore vivant et devait être recherché et retrouvé. Signer une présomption de décès les mettaient mal à l’aise psychologiquement ; pour certaines, c’était une sorte de trahison. D’autres, craignaient que la présomption de décès ne permît au gouvernement de tenir ces dossiers pour clos, bref, de s’en débarrasser.

Car, pour le général de Gaulle et ses partisans qui tenaient alors solidement en mains le gouvernement de la France, ce dossier des disparus était extrêmement gênant. Comme le dossier des harkis, qui allait faire surface quelques années après, l’affaire des Européens enlevés après le 19 mars 1962, date du cessez-le-feu signé avec le FLN était des plus embarrassants. Ces deux problèmes montraient que les Accords d’Évian étaient un désastreux échec. Cela, les dirigeants gaullistes de la France ne voulaient pas en entendre parler.

 

La seconde offensive du capitaine Leclair

Trois années s’écoulèrent ensuite. Je les occupais à recueillir des témoignages sur l’époque des enlèvements. Ainsi j’enregistrais Madame Ayme, Francine Dessaigne, Christian Chevallier, Mademoiselle Mallard et le Docteur Couniot. Ce dernier était un chirurgien originaire d’Oran. Il était demeuré en Algérie 3 ans après l’Indépendance. Il connaissait énormément de gens dans sa ville d’origine, y compris dans les milieux dirigeants algériens.

Ce fut lui qui le premier attira mon attention, sur les massacres et les enlèvements perpétrés dans la ville, le 5 juillet 1962, ce dont je n’avais alors qu’une idée encore vague. Selon lui le chiffre des européens morts ou enlevés ce jour-là avoisinait les 700 et non pas 25 comme l’avait écrit Le Monde du 8 juillet 1962 (5).

Peu à peu, grâce aux témoignages des uns et des autres, l’image se dessinait à mes yeux d’un épisode majeur, marqué de massacres divers, accompagnés au minimum de centaines et de centaines de rapts. Je pris l’habitude d’écrire à des journaux pour leur signaler le problème et leur demander de ne pas oublier nos disparus. Les réponses étaient rares. J’ai conservé l’une d’elles : j’avais envoyé un court mémorandum sur la question à Jean-François Kahn.

Il publiait alors un magazine qui s’appelait L’Evènement du Jeudi. Il en avait consacré un numéro à la Guerre d’Algérie. On y avait abondamment déploré les victimes de la torture pratiquée par les parachutistes. Il y avait également une courte interview et une photo de Si Azzedine, chef FLN et grand organisateur d’enlèvements de Pieds Noirs devant l’Eternel. J’avais envoyé mon texte à Kahn en le priant de ne pas oublier les victimes de l’autre camp, notamment les gens kidnappés par la rébellion.

Jean-François Kahn me répondit qu’il me remerciait pour ma lettre tout en m’indiquant qu’il n’avait pas l’intention de traiter ce sujet «actuellement». Je complétai in petto : «ni actuellement, ni jamais». Je venais de me heurter au politiquement correct des media français pour lesquels, il y a de bonnes victimes, celles causées par l’Armée française et que l’on déplore ad perpetuum et de mauvaises, celles qui sont dues au FLN et qu’il convient d’oublier.

Il ne fallait pas en parler car cela ternissait l’image «glorieuse» du général de Gaulle et de la gauche pro-FLN. Cela ruinait aussi l’aura révolutionnaire dudit FLN. Celle-ci était forte à l’étranger, tant dans le Tiers-Monde que dans les pays anglo-saxons. Ainsi le journal américain Time-Magazine venait-il de l’évoquer, en parlant des «combattants de la liberté algériens» (algerian freedom fighters) (6).

 

capitaine Leclair, couv
capitaine Leclair, Disparus en Algérie, 1986

 

C’est alors que le capitaine Leclair lança sa seconde offensive médiatique. Nous étions en 1987, en pleine cohabitation, Jacques Chirac était premier ministre. Un certain Michel Polac avait alors une émission de télévision relativement anticonformiste. Il eut un soir pour interlocuteur André Santini, alors ministre des «Rapatriés ». Celui-ci parla devant un parterre d’invités où dominaient les responsables d’associations concernées. Le capitaine Leclair venait de publier aux Editions Grancher un ouvrage intitulé Disparus en Algérie. Lorsque l’animateur de l’émission, Michel Polac, interrogea le ministre sur ce chiffre des Pieds Noirs disparus en Algérie, quelqu’un dans le public brandit le livre du capitaine dont les téléspectateurs purent ainsi voir la couverture.

André Santini reprit posément les chiffres qui avaient été donnés au Sénat en 1964 par le Prince de Broglie : 3 019 personnes enlevées, dont 1∞283 disparues, 1 282 retrouvées ou libérées, plus 454 présumées décédées cas incertains. [Ces chiffres diffèrent peu de ceux de Jordi en 2011]. Concernant les gens portés disparus et présumés décédés pour l’immense majorité le ministre eut cette phrase qui allait être mal interprétée. «Nous sommes à peu près sûrs du décès de quelque 1 300 d’entre eux» (il arrondissait le chiffre de 1 283).

Le lendemain le journal Présent quotidien assez lu dans le milieu des «rapatriés» entama une campagne de presse sur ce thème. Malheureusement, elle était basée sur une erreur. Le ministre avait dit : «Nous sommes à peu près sûrs du décès de quelque 1 300 d’entre eux».

Comme indiqué, il faisait allusion à des gens disparus pour lesquels il y avait présomption de décès. Les journalistes du quotidien précité ne virent pas la difficulté. Ils en conclurent que la simple soustraction 3 018 – 1 300 – 454 = 1 264 leur donnait grosso modo le chiffre des survivants détenus en Algérie qu’ils arrondirent à 1 300 (7). C’était là une erreur profonde car le différentiel de 1 300 concernait de gens enlevés certes mais libérés ensuite et des gens enlevés dont on avait retrouvé le cadavre et qui n’étant plus de ce fait, des disparus, sortaient tout naturellement de cette catégorie.

 

le capitaine Leclair avait-il sciemment induit en erreur ?

Le capitaine Leclair avait-il sciemment induit nombre de gens en erreur ? En partie sûrement car son livre portait un sous-titre bizarre : «3 000 Français en possibilité de survie» (8). Malgré l’emploi de cette prudente expression, le chiffre utilisé ne correspondait pas à la réalité et l’ouvrage ouvrit une fausse piste. Présent poursuivit en effet sa campagne pendant de longues semaines, sans que le capitaine ne se souciât de démentir quoi que ce soit. Toutefois, au bout de quelque temps, on apprit qu’il avait changé son fusil d’épaule. Il prétendit qu’il avait un document secret de la Croix- Rouge faisant allusion à quelque 500 Français retenus clandestinement en Algérie.

Nous reviendrons sur ce point un peu plus loin. Qu’est-ce qui avait provoqué la mise en circulation de ce chiffre assez différent de celui de Présent ? Nous ne le savons pas et sans doute l’ignorerons-nous toujours. Nul en tout cas ne sembla s’interroger sur cette baisse aussi brutale qu’inexpliquée.

Les associations pieds-noires de leur côté élevaient la voix afin que le gouvernement français exigeât des explications d’Alger. La France était alors présidée par François Mitterrand qui n’avait pas la moindre intention de faire de la peine à ses amis du FLN algérien (auxquels pourtant il avait taillé de belles croupières durant la guerre d’Algérie). Mais tout cela appartenait au passé et à son arrivée au pouvoir en mai 1981, le nouveau Président français avait même salué «l’expérience socialiste algérienne».

De l’eau avait coulé sous les ponts depuis. Nous étions en 1987, un an avant les tragiques évènements de 1988 qui allaient ouvrir une décennie de guerre civile, portée par la montée de l’islamisme. L’affaire des disparus, version Leclair, ne fut guère reprise par notre gouvernement et Alger se contenta d’un communiqué méprisant qualifiant de «ridicules» les assertions du capitaine qu’il reliait à une campagne inspirée par des milieux français «xénophobes et d’extrême droite» (Le journal Présent, passait à l’époque pour proche du Front National).

 

Pieds-Noirs, Nice, 1987
rassemblement des Pieds-Noirs, Nice, juin 1987

La campagne pour les disparus continua quelque temps. Elle fut même reprise à Nice en été 1987, à l’occasion, d’un Rassemblement de Pieds Noirs pour les 25 ans de leur exil en France. Un personnage aussi réputé que Jacques Soustelle, dont l’intelligence était pourtant incontestable, reprit à son compte le thème de disparus clandestinement détenus en Algérie. J’en fus très surpris, mais il est vrai que lorsqu’une rumeur, si fausse soit-elle se répand, elle acquiert vite la puissance d’une force matérielle. Ceci eut une conséquence dramatique : à ce jour des milliers de Français d’Algérie demeurent persuadés que nombre de leurs compatriotes sont restés longtemps et secrètement prisonniers outre-Méditerranée, après l’Indépendance.

Bien qu’aucune preuve solide n’ait jamais été produite, nombreux sont ceux pour qui il s’agit là d’une vérité démontrée. Encore plus nombreux sont les Français qui, à l’inverse, sont persuadés qu’il s’agit là d’une fable concoctée par des gens proches de l’extrême droite pour discréditer l’Algérie. Dans les milieux journalistiques en particulier, où les gens de gauche sont légion, et où les Pieds Noirs et leurs organisations ne jouissent que d’une sympathie fort limitée, l’affaire fut bien vite stigmatisée conne un «tissu de racontars du Front National». Les Européens disparus en Algérie étaient dès lors voués à un second oubli.

 

Le difficile relais par des historiens

Le capitaine Leclair avait affirmé dans le peu de presse qui le publiait, qu’il disposait d’un document de la Croix Rouge Internationale signé d’un certain C., responsable du CICR qui faisait allusion à quelque 500 à 700 Français détenus clandestinement en Algérie. Il s’agissait sans doute de corriger la double bévue de Présent et d’un responsable FN qui avaient utilisé des chiffres erronés allant ainsi de 1 300 à 1 400 voire initialement à 1 700.

À force d’être reprise dans Présent en 1987, la rumeur concernant la lettre du CICR et les chiffres des disparus finirent par attirer l’attention du Figaro quotidien qui se décida à étudier le cas. Un de ses journalistes Pierre Branche fit le point, en particulier sur le contenu de la lettre attribuée à la Croix-Rouge. Il n’eut aucune difficulté à montrer que ce document avait toutes les chances d’être un faux basé sur la photocopie bidouillée d’une lettre dont d’ailleurs le CICR rejetait la paternité.

Le capitaine contre-attaqua en affirmant alors qu’il avait l’original de la lettre et que celui-ci serait présenté à la Cour de La Haye par un avocat du Sud de la France qui travaillait pour lui. Il affirmait également qu’il disposait de l’enregistrement d’un appel téléphonique venu d’Algérie où l’on entendait clairement la voix d’un ingénieur disparu en 1962. Maître Miquel devait recevoir cet enregistrement ; il l’attend toujours.

 

à l’heure du bilan, fin années 1980

À l’heure du bilan, la situation pouvait paraître peu satisfaisante :

1) Certes, on avait parlé des disparus de 1962 mais d’une manière et dans des conditions qui ne pouvaient qu’induire au scepticisme.

2) Le livre de Leclair évoquait des possibilités de survie mais ne fournissait aucune preuve.

3) Intellectuellement, la méthode suivie était indéfendable : accuser l’Algérie de crimes graves, ne fournir aucune preuve et renverser la charge en proclamant à la cantonade : «Démontrez-moi que j’ai tort !» relevait de l’enfantillage. Leclair avait gravement nui à la cause qu’il prétendait défendre ; il l’avait compromise.

Nous étions à l’orée des années 90. J’étais arrivé à la conclusion que la seule façon de sortir le problème des disparus de l’ornière où l’avaient enfoncé des gens incompétents (ou manipulés par Dieu sait quelles forces occultes) était de faire ce qui n’avait jamais été fait jusque-là : écrire l’histoire de cette période, replacer le problème des enlèvements dans son contexte historique et expliquer, en historien, ce qui s’était passé.

En 1992, un évènement d’une importance capitale se produisit : les archives de la Guerre d’Algérie s’ouvraient. Trente ans après la fin du conflit, le Service Historique de l’Armée de Terre, le SHAT (9) rendait consultables les documents relatifs à cette guerre ; sauf toutefois les pièces d’archives du 2ème Bureau, le prestigieux service de renseignements de notre Armée. Ces archives-là demeuraient soumises à dérogation. Sur l’inventaire mis à la disposition du public au Château de Vincennes, elles étaient marquées d’un astérisque.

De rapides regards sur les différents chapitres de l’inventaire me convainquirent que les documents d’archives du 2ème Bureau traitaient largement du problème des enlèvements et des disparitions d’Européens (ainsi d’ailleurs que des graves épreuves subies par les harkis). En fait, la matière était abondante. Lire ces archives, en faire l’analyse, écrire sur ce qui avait été la véritable histoire de ces enlèvements, et de la tactique suivie alors par le FLN pour accéder à l’Indépendance, devint mon objectif. Je ne pensais qu’à cela. Mon but était de faire un livre d’histoire que des historiens liraient, de manière qu’ils s’en puissent inspirer.

J’avais besoin d’appuis. Deux hommes hors du commun allaient me faciliter les choses. Je venais de faire leur connaissance, en l’année 1992, pour l’un d’eux, et, peu de temps auparavant, pour le second. Ces deux hommes devinrent de proches amis et mon entreprise ultérieure allait leur devoir énormément.

 

a) Le professeur François-Georges Dreyfus

Mon fils suivait des cours de catéchisme, le mercredi. La dame chargée de les assurer était fille de militaire. Son père avait été l’aide de camp de Maxime Weygand. Lorsqu’elle était enfant, sa famille habitait sur le même palier que le prestigieux militaire. Son père ayant été un proche du généralissime, la dame catéchiste disposait d’archives intéressantes qu’elle souhaitait remettre à un service idoine. Le hasard qui fait souvent bien les choses voulut qu’elle ait pour voisin dans son immeuble le professeur François-Georges Dreyfus, historien de renom. Elle s’ouvrit à lui de son problème et il la conseilla utilement.

 

Francois-Georges Dreyfus
François-Georges Dreyfus

 Le professeur Dreyfus était un éminent spécialiste de l’Allemagne, de la Seconde Guerre mondiale, de l’Occupation et d’une manière générale, de l’Histoire contemporaine. Il fut, après la publication de son livre sur Vichy en 1990, victime d’une cabale. Celle-ci a malheureusement terni sa réputation d’une manière bien injuste. Devant de si tristes excès, on ne peut que soupirer comme Cicéron : O tempora, o mores !

Je demandai à la dame catéchiste de bien vouloir faire connaître au professeur mon souhait d’entamer avec lui un travail sur la Guerre d’Algérie. Celui-ci me fit venir à la Sorbonne et me donna son accord. François-Georges Dreyfus était d’origine juive mais il s’était converti au protestantisme. Il ne s’en était pas moins trouvé en danger durant l’Occupation, et il n’avait dû qu’au courage d’un paysan périgourdin d’échapper aux nationaux socialistes. Il n’hésitait pas à dire que la politique de Pétain et notamment son refus de quitter la France en novembre 1942, pour continuer à jouer le rôle de bouclier entre les Français et l’Occupant, lui avait sauvé la vie. Ce point de vue tranché ne l’empêchait pas d’adhérer à l’Association de Soutien au Général de Gaulle. Inutile de dire toutefois que sa franchise et son franc-parler faisaient grincer bien des dents (10).

Il était de ces hommes rares qui chérissent la vérité et s’imposent de la dire quoiqu’il en coûte. Ceci ne lui attirait pas que des amitiés mais, à ses yeux, l’homme devait être libre de penser. Il détestait plus que tout la propagande et l’instrumentalisation de l’Histoire.

Je réussis à le convaincre qu’en traitant du problème des Européens disparus à la fin de la Guerre d’Algérie, je n’avais d’autre but que de servir la Vérité. Un autre que le professeur aurait mis ses sympathies gaullistes en avant pour se dérober ; lui ne le fit à aucun moment.

Il estima qu’il y avait en la matière des faits que l’on voulait occulter. Il fallait donc les dévoiler. Il n’hésita pas une seconde et il accepta mon sujet.

Je soutins ma thèse de doctorat en 1996 et fus reçu honorablement. Le professeur Dreyfus et moi restâmes amis jusqu’à sa mort et il m’invita, à plusieurs reprises, à des émissions qu’il animait à Radio-Courtoisie. Il n’est nul besoin de préciser que son décès en 2011 m’attrista profondément. La mort d’un tel homme libre en ce temps d’épais conformisme ne pouvait qu’attrister.

 

b) Le général Maurice Faivre

Je rencontrai pour la première fois le général Faivre en 1992 dans un café appelé Le Drapeau situé en face du Château de Vincennes où sont conservées les archives militaires. Nous avions été mis en contact par le professeur Girardet et le général, qui avait ses entrées au Service Historique, m’éclaira sur les démarches à effectuer.

Auparavant, il m’interrogea sur mes projets et je lui expliquai ma profonde insatisfaction devant la manière dont on avait traité le problème des disparus européens dans la presse. Lui-même partageait mon point de vue, sévère, sur le capitaine Leclair. Il comprit vite que nous étions sur la même longueur d’ondes. J’appris au fil du temps que le général avait fait une bonne partie de sa carrière dans le renseignement. Durant le conflit, il avait servi dans la Kabylie des Babors. Il connaissait bien la guerre d’Algérie et en 1962, il s’était efforcé de sauver ses harkis des griffes du FLN.

Il m’apprit plus tard que son épouse était pied-noire et qu’elle comptait malheureusement deux disparus dans sa famille, un couple de cousins enlevés aux Issers. Le général m’aida au maximum pour avoir accès par dérogation aux archives du 2ème Bureau. Ceci me permet de rédiger mon travail dans de bonnes conditions. Il fit d’ailleurs partie de mon jury de thèse.

 

général Maurice Faivre
le général Maurice Faivre

Le général Faivre est un homme modeste. Il ne parle quasiment jamais de lui et de sa carrière militaire. J’appris plus tard et indirectement que durant son commandement en Petite Kabylie, il avait toujours refusé d’utiliser la torture. Conformément à sa foi catholique, il s’y était opposé et ceci lui valut, bien des années après, d’être mentionné dans le livre d’un historien qui énumérait un certain nombre d’officiers qui, en ce domaine, avaient su dire non. Depuis 1992, notre collaboration et notre amitié, durent, jamais entamées.

Sans le professeur Dreyfus et le général Faivre, mon travail sur les disparus eût été plus compliqué. La publication de mes recherches sous la forme d’un livre de 400 pages en l’année 2001 bénéficia aussi grandement de leur appui. La communauté pied-noire et tout particulièrement, en son sein, les familles de disparus leur doivent beaucoup.

D’autres historiens eurent connaissance de ma thèse et en apprécièrent le contenu : le professeur Jauffret, le professeur Pervillé, plus tard d’autres universitaires comme Daniel Lefeuvre, Olivier Dard, Jean-Jacques Jordi ou le professeur Frémeaux marquèrent quelque intérêt pour mon sujet. En revanche, le milieu médiatique resta obstinément silencieux comme nous allons le voir (à l’exception d’Henri-Christian Giraud et de Georges-Marc Benamou).

Avec Mgr Boz, exarque patriarcal des Melkites catholiques qui avait vécu à Oran durant la Guerre d’Algérie, ainsi qu’avec Mme Colette Ducos-Ader, veuve de disparu et Mme Astier-Leblanc, fille de disparu, nous constituâmes le GRFDA, Groupe de Recherche sur les Français Disparus en Algérie, auquel se joignit le général. Mme Ducos-Ader n’a jamais renoncé à éclaircir le mystère de la disparition de son mari survenue en juin 1962 et elle a été de tous les combats depuis un demi- siècle. À la tête d’une association complémentaire, l’ARMR, elle a inlassablement lutté pour faire connaître le drame des disparus. Son travail fut exceptionnel.

 

la phase finale, couv

 

Mon livre : La Phase Finale de la Guerre d’Algérie

J’avais été admis au titre de docteur de l’Université. J’avais soutenu ma thèse dans l’amphi Richelieu sous le portrait du grand Cardinal, qui dirigea la France à cette époque où elle était une superpuissance, et où elle avait la volonté de l’être. J’avais éprouvé une certaine émotion à ce moment-là, car, j’étais conscient de représenter, d’une certaine façon, tous mes compatriotes et de faire accéder à un palier important la reconnaissance de leurs épreuves et de leurs souffrances. Reconnaissance, bien insuffisante à vrai dire. C’est pourquoi je voulus que ma thèse fût connue et diffusée sous une forme grand public. Hélas, les éditeurs n’étaient guère demandeurs et malgré le prestige qui s’attache parfois à un travail universitaire, je ne réussis pas à décrocher de contrat.

Je crus y être parvenu à un moment lorsque François de Vivie, haut cadre des éditions Plon, ancien officier SAS, connaissant bien le problème algérien, me dit après avoir feuilleté mon manuscrit : «Ce n’est pas mal. Sans doute le publierons-nous». Il ajouta ceci : «Je pars en vacances au Pérou. Rappelez-moi dans deux semaines et nous prendrons rendez-vous». Malheureusement, à son retour il avait changé d’avis : «Je ne vois pas, me dit-il, qui ce livre pourra intéresser. Comme vous parlez des événements du 5 juillet 1962 à Oran, il intéressera peut-être les Oranais. Bof !» C’était une fin de non-recevoir. Je contactai encore une ou deux maisons pour m’entendre dire en substance : «Ces événements sont anciens. Les gens ont oublié. C’est aussi bien comme ça. Le public ne s’y intéressera pas». Je venais de me heurter au politiquement correct si puissant dans la France actuelle.

 

deux piliers idéologiques à surmonter

En réalité, il y avait bel et bien un public pour le sujet traité et l’avenir allait le montrer abondamment. Toutefois, deux piliers de la République Française, insurmontables, énormes, inattaquables et très difficiles à contourner, bouchaient la voie.

Le premier est la légende gaulliste. Pour de très nombreux Français, le général de Gaulle a sauvé l’honneur de la France durant la Seconde Guerre mondiale. En ce qui concerne la guerre d’Algérie, il a sorti le pays d’un interminable conflit, d’un «guêpier» où il risquait de «perdre son âme». La chose se fit certes en sacrifiant la population pied-noire et de nombreux harkis, et en bazardant l’Algérie elle-même, malheureux pays remis clefs en mains, aux terroristes du FLN. Ceux-ci y ont installé depuis cinquante ans une dictature militaire corrompue, une kleptocratie, pour parler savamment. Cela beaucoup de Français le savent ou s’en doutent confusément. Cela ne les empêche pas de tenir de Gaulle pour une haute et valeureuse figure de notre histoire récente.

Un exemple parmi d’autres le montrera : il y a quelques années, l’Amiral de Gaulle, fils du susnommé, publia un double volume de souvenirs sur son père intitulé De Gaulle, mon père. Ce livre de fort basse qualité était un tissu d’erreurs historiques, bourré d’attaques ad hominem contre toutes sortes de personnes ayant eu le malheur de s’opposer au Grand Homme.

En dépit de ces défauts qui eussent été rédhibitoires pour tout autre ouvrage, les deux livres totalisèrent près d’un million d’exemplaires vendus. Un défi, au bon sens, à l’histoire et à l’intelligence française, en tous points consternants.

Le second pilier est constitué par la doctrine du Parti socialiste. C’est l’idéologie semi-officielle de la République Française. Ceux qui en douteraient n’ont qu’à répertorier les avenues et les places Jean Jaurès qui parsèment villes et villages de France (11). Elles sont des milliers, ce qui en dit plus long que tous les discours. La France est socialiste dans ses profondeurs. Cela va des lycéens qui n’aspirent qu’à devenir fonctionnaires jusqu’aux romans de Zola, scrupuleusement étudiés au collège sous la houlette d’enseignants n’omettant jamais d’affirmer que rien n’a changé depuis. N’oublions pas la diabolisation des entreprises privées, comme les appels à l’État républicain et à ses copieuses subventions s’élevant un peu partout en une irrésistible déferlante.

À l’opposé, les doctrines non-socialistes, hostiles aux impôts, à la lutte des classes ; mais louant l’esprit d’entreprise et l’activité capitalistes si ordinairement répandues dans les pays anglo-saxons, voire en Inde, en Chine ou au Japon, ont toutes les peines du monde à s’implanter chez nous. L’assistanat et la défiance «envers les riches» y paraissent au contraire indéracinables.

Depuis le 10 mai 1981 et l’arrivée de Mitterrand aux affaires, le Parti socialiste a réussi à se tailler, malgré de retentissants scandales et une participation gaillarde à la ruine de notre économie, une réputation de tolérance, d’humanisme et même, de compétence, certes imméritée, mais durable. Elle est aussi difficile à contester que la légende gaulliste. C’est là un tour de force remarquable qui ne peut s’expliquer que par le poids des manipulations audio-visuelles sur l’esprit des citoyens français.

Or, mon livre La Phase Finale de la Guerre d’Algérie, tout en évitant les attaques personnelles, ne pouvait pas manquer de porter atteinte aux deux piliers du politiquement correct français. Ne retenant que des faits indiscutables, appuyés sur des documents et des archives, je dérangeai. J’avais réalisé rapidement que je ne trouverais pas d’éditeur installé, ayant un nom et un circuit de diffusion approfondie. Je n’avais pu faire autrement que de me tourner vers un réseau particulier, non négligeable certes mais moins percutant : les éditions L’Harmattan.

Leur directeur est un homme avisé, compétent, d’opinions plutôt tiers-mondistes, mais, comme ancien combattant en Algérie, très au fait de certains problèmes humains de 1962, relatifs à la fin malheureuse du conflit. Il tient à publier et même à publier beaucoup mais dans des conditions qui permettent rarement une large diffusion. Il prend en charge l’impression des livres, gratuitement pour certains, moyennant finances pour d’autres. Pour les premiers et dès lors que le livre a des chances d’intéresser, il y a une certaine mise en place dans les librairies. En revanche, il n’y a pas de service de presse au sens habituel du terme, ni de démarche auprès des journalistes spécialisés.

En somme, l’auteur imprimé dans ces conditions doit se débrouiller pour diffuser son livre par ses propres moyens. Ceci peut fonctionner si l’intéressé a l’appui d’un réseau constitué. Dans mon cas, ceci fut possible grâce à l’aide des associations d’anciens combattants et grâce aux réseaux pieds noirs, en particulier les cercles algérianistes, qui couvrent une grande partie de la France, surtout dans le Sud. Néanmoins, ce type de diffusion reste limité et j’estime qu’un livre ainsi distribué ne réalise que 10 % de la circulation et des ventes qui seraient les siennes avec un grand éditeur. En somme, L’Harmattan et c’est son signalé mérite, sert de béquille aux auteurs estropiés par le politiquement correct.

 

Phase finale, verso

 

Je m’en rendis très vite compte. J’eus beau adresser moi-même des exemplaires accompagnés de lettres personnelles à de grands journalistes choisis pour l’intérêt qu’ils portent à l’Algérie, rien ne se produisit. Mes démarches rencontrèrent un silence assourdissant. Le Monde et Libération demeurèrent, comme il fallait s’y attendre, imperturbablement muets. Le Figaro quotidien et le Figaro Littéraire (12) itou. Seul le Figaro Magazine consacra une brève colonne à mon livre, enfouie dans les pages ultimes de l’hebdomadaire. Ce fut tout, mais, de la part du Fig Mag c’était tout de même gentil et j’appréciai.

Il n’était pas question d’espérer quoi que ce soit dans la grande presse. L’Express ou Le Point m’ignorèrent superbement. À partir du moment où il n’y a pas de recensions dans les journaux, il y a peu à attendre de la télévision ou de la radio.

Je me retrouvai (avec mon livre) dans un ghetto médiatique. L’ouvrage était imprimé certes, mais sa diffusion était vouée au confinement dans un milieu assez minoritaire. Alors que mon livre évitait toute attaque systématique, toute référence politique tranchée et se présentait, comme doit l’être un travail universitaire, avec des points de vue contrastés voire opposés sur des sujets aussi délicats que l’OAS, l’exode des pieds-noirs, les enlèvements et les harkis, il n’en était pas moins marginalisé dès le début et condamné à une circulation réduite. Je me retrouvai dissident sans avoir vraiment choisi de l’être.

 

Monneret
Jean Monneret

 

Fort heureusement il y eut Radio Courtoisie. Ce medium est pour des auteurs comme moi un ballon d’oxygène. Je n’hésite pas à dire que sans cette radio, j’eus été réduit à un quasi silence. Hélas, dès sa naissance, elle fut cataloguée extrême-droite. Si floue, injuste et absurde que soit parfois cette classification, elle est banale, courante en France. On y a entendu des gens comme le professeur Debré, Pierre Chaunu ou Jean d’Ormesson, ou encore Maître Vergès et tant d’autres, mais rien n’y fait. Le stigmate est là et, avec lui, la ghettoïsation. Mon livre fut donc diffusé mais hors des grands circuits, en un milieu restreint.

Or, grâce au professeur Dreyfus d’abord, qui y avait une émission, grâce au général Faivre (13) ensuite, qui me faisait inviter chaque fois qu’il l’était lui-même, grâce à Claude Giraud, une ancienne journaliste qui avait aussi une émission, je fus assez fréquemment convié à m’exprimer. Lentement, je me fis connaître. Des ventes signatures régulières à France-Livres complétèrent la chose. Ma réputation de spécialiste de la guerre d’Algérie s’affermit peu à peu.

Des collaborations régulières à la Nouvelle Revue d’Histoire que dirigeait Dominique Venner, m’assurèrent aussi une certaine notoriété. Toutefois, celle-ci se bornait aux milieux de la droite nationale, officiellement tenu pour extrême, et proche du Front National.

Je n’ai jamais adhéré à cette dernière organisation, mais il est évident que je fus amené à connaître nombre de personnes gravitant dans cette mouvance. En conséquence, en quelques mois, et, bien que je ne l’eus pas initialement voulu, je me retrouvai déporté plutôt à droite sur l’échiquier politique. Mes amis Dreyfus et Faivre n’étaient pas des excités, mon livre n’avait rien d’un pamphlet hargneux et vociférant, j’avais tout de même été refoulé vers les marges.

La France actuelle fonctionne ainsi : si vous êtes de gauche vous trouverez éditeur et revues de presse selon votre talent. Il est particulièrement bien vu pour ce qui concerne l’Algérie de dénoncer l’Armée «coloniale» et l’œuvre française outre-Méditerranée. La guerre d’Algérie, «guerre sans nom» (14) attire beaucoup les détracteurs de la colonisation, les spécialistes de l’auto-flagellation et les thuriféraires du FLN. Or, mon livre mettant l’accent sur les Européens enlevés après le 19 mars 1962 et rappelant le calvaire des harkis faisait d’emblée plus d’un mécontent. Cracher sur l’Armée et la colonisation voilà qui satisfaisait grandement, dénoncer l’abandon de l’Algérie, sans véhémence et à partir de faits indiscutables, avait en revanche tout pour déplaire.

 

Libre blanc de l'armée française

 

Je voyais face à moi des Stora (15), des Thénault, des Branche bénéficier de toutes les diffusions par de grands éditeurs, de tous les accès aux media, de sorte que le premier nommé devenait le big brother de l’audiovisuel. J’inventoriais quant à moi mes faibles moyens et ma diffusion réduite. Encore qu’elle parut trop large à certains. Ainsi irritais-je Mademoiselle Branche qui m’aurait sans doute souhaité plus silencieux. La parution en 2001 d’un Livre Blanc de l’Armée Française en Algérie souleva l’ire de cette charmante. J’y rappelais, il est vrai, les massacres perpétrés par le FLN et les enlèvements de Pieds-Noirs opérés dans le cadre de sa stratégie d’épuration ethnique. Ceci lui déplut et dans un de ses livres elle nous assimila faussement, le général Faivre et moi, à l’extrême-droite.... Très original !

Un autre épisode vaut la peine d’être narré. En 2002 pour le quarantième anniversaire de l’Indépendance de l’Algérie, je reçus un journaliste de la 2 chez moi. Celui-ci se présenta accompagné d’un photographe. Il m’interrogea longuement sur les enlèvements et réalisa de minutieux clichés de tous les documents que je lui présentais. Vers la fin de l’entretien qui avait bien duré 1 heure et demie, il devint nerveux. À deux ou trois reprises, il lança à son acolyte : «Je sens mal ce sujet, je le sens mal». Inquiet de la possible signification de cette phrase assez sibylline, je lui demandai s’il y avait une assurance quelconque que cet entretien passât au journal du Soir. Il prit un air grave et me dit que la décision ne lui appartenait pas. Il avait pour fonction de transmettre l’information, la rédaction et l’organisation du journal ne relevait pas de sa responsabilité. Je me dis intérieurement que le bonhomme m’avait gaillardement fait perdre mon temps et que je ne verrais jamais son reportage à l’écran.

Le soir même en effet on parla de l’Indépendance en Algérie et un bureaucrate du FLN s’exprima assez longuement en un flot de balivernes stéréotypées sur la lutte du peuple algérien. J’aurais dû prendre la parole après lui pour une sorte de contrepoint. Il n’en fut rien. J’avais été purement et simplement censuré.

Hélas ! Au politiquement correct officiel, faisait aussi pendant le politiquement correct de certains milieux pieds-noirs. Si le mouvement algérianiste m’a souvent soutenu et invité à des conférences, et même, plus rarement, à écrire dans sa revue, d’autres groupes heureusement moindres mais souvent acerbes n’apprécient que modérément mes écrits. Il existe en effet une vulgate pied-noire à laquelle il est de bon ton de se conformer rigoureusement (16).

Or, mon travail ne consiste pas à couvrir de malédictions de Gaulle et ses hommes de main, ou à dénoncer le Parti socialiste et les anticolonialistes primaires. Il est de défendre la vérité, documents à l’appui. Non pas évidemment  que je possède seul la Vérité à l’exclusion de tout autre. Non, mes efforts ne valent que dans la mesure où fidèle à la méthode historique, j’essaie de présenter des faits aussi irréfutables que possible. C’est un travail difficile et délicat qui ne s’accommode guère, des imprécations tonitruantes et des à-peu-près. Au contraire, lorsque j’écris je m’efforce de le faire fortiter in re sed suaviter in modo (fort quant au fond, modéré dans la forme). Pour les malédictions, les insultes et les prises de position politiques acérées, il y a des gens dont c’est le métier ; politiciens parfois, bateleurs de foire et agitateurs divers en d’autres cas.

 

Jean Monneret vidéo (2)
Jean Monneret

Je suis historien. Je ne suis pas un militant de telle ou telle cause. Je ne recherche, je ne défends que la vérité. En trente ans, j’ai souvent eu l’occasion de constater qu’elle ne plaît qu’à très peu de monde ; pour ne pas dire à personne.

C’est pourquoi, alors que je suis barré par le système médiatique officiel totalement verrouillé au profit de l’anticolonialisme d’État, il s’est trouvé également quelques organisations de «Rapatriés» du sud de la France pour me prendre à parti.

Pourquoi ? Parce que mon style mesuré diffère largement de celui des imprécateurs. Ceci s’est concentré sur un point précis : le chiffre des Européens enlevés. Leclair, malgré ses dérives, s’en tenait aux chiffres du Sénat : 3 018 et parlait de 5 000 disparitions «possibles».

La plupart des nôtres s’en tenaient à ces chiffres non négligeables et même accablants comme des minima.

Tout bascula à partir des années 90. Une association se mit à parler de 25 000 pieds noirs enlevés en 1962 et massacrés par le FLN. Le chiffre de Leclair, comme celui de de Broglie au Sénat avait été multiplié par huit ; tout simplement. L’emploi de ce nombre arbitraire brandi, sans aucune justification dans les réunions et les publications était extrêmement gênant. Il ôtait en effet toute crédibilité aux revendications pieds-noires dans les milieux universitaires, dans la communauté des historiens en particulier, ainsi que dans le milieu médiatique déjà fort mal disposé envers nos compatriotes. Ce chiffre, une fois de plus, reposait sur une erreur. Quelle en était la source ? Un questionnaire envoyé par l’association concernée à Monsieur Santini, ex-ministre des Rapatriés, était revenu avec la réponse 25 000 à la question : Combien y a-t-il eu de disparus après le 19 mars 1962 ?

Un(e) scribouillard(e) de ce ministre avait confondu les civils européens enlevés et disparus avec le chiffre des militaires tombés au combat entre 1954 et 1962. Cette réponse eût dû appeler les vérifications les plus soigneuses. Hélas ! Elle fut agitée, à tort et à travers, comme émanant de Santini lui-même. Ancien ministre de Rapatriés, celui-ci était censé savoir «de quoi il parlait». Le chiffre de 25 000 fut dès lors propagé partout, sans la moindre précaution, et, abusivement présenté comme certifié par le ministère lui-même. Ceci ne pouvait évidemment que compliquer le travail d’information de ceux qui cherchaient à sérieusement faire connaître le problème des disparus.

Le général Faivre et moi nous efforçâmes de faire front et de contourner cette association aussi bavarde que mal inspirée. Aidés de Monseigneur Boz, ancien père blanc en Algérie qui avait vécu le conflit et d’un sénateur Monsieur Michel Guerry dont l’épouse pied-noire avait vu son frère disparaître dans l’Orléansvillois, nous essayâmes de remonter le courant.

Nous obtînmes, dans un premier temps, grâce à une démarche du GRDFA entreprise par Mme Ducos-Ader, que fût publié le rapport de la Croix-Rouge correspondant à l’enquête qu’elle fit en Algérie en 1963. Nous révélâmes ainsi les limites du travail que cette organisation avait pu effectuer. Il devint toutefois évident pour ceux qui réfléchissent que cette enquête n’avait pas porté sur 25 000 personnes mais sur un chiffre bien moindre. Certes, il était également clair que l’enquête avait été incomplète et ne pouvait pas ne pas l’être. De là à multiplier les chiffres au-delà du bon sens...

Nous demandâmes alors, par l’intermédiaire du GRDFA, et nous l’obtînmes grâce entre autres à l’entregent du général Faivre, que soient publiées les listes des Européens enlevés en Algérie en 1962. Elles étaient déposées au Ministère des Affaires étrangères (puisque l’Algérie est devenue à notre époque terre étrangère). Nous suggérâmes et obtînmes que nous soit ouverte la possibilité d’étudier ces listes et de présenter à partir de là des chiffres fiables.

 

Fig mag 28 janv 2002
Le Figaro Magazine, 28 janvier 2012

 

 

L’enquête de 2004

Je ne saurais décrire ici dans tous ses détails la recherche qui fut menée en 2004. Elle marquait un progrès, car confiée à des historiens et basée sur un travail en archives, elle faisait sortir le problème des disparus des surenchères de certaines associations.

L’enquête se heurta à diverses difficultés et elle ne put être menée à bien que par les efforts inouïs des enquêteurs et du directeur de l’ANIFOM, Monsieur Vautier. Certains de ses collaborateurs se dévouèrent grandement. Ceci effaça un début difficile car je me rappellerai longtemps l’accueil que le général Faivre et moi reçûmes au ministère des Affaires étrangères, le premier jour. Deux dames extrêmement énergiques étaient alors à la tête du service des Archives. Je signalai d’emblée à l’une d’elles que la formulation choisie pour classer les victimes d’enlèvements n’était pas toujours heureuse. Certaines étaient en effet rangées dans la rubrique : cas douteux.

Je fis valoir que les familles concernées pourraient se trouver froissées et objecter à cette classification. «L’élément psychologique» fis-je remarquer «est important». La dame en question me répondit sur un ton sarcastique. «Les problèmes psychologiques ? Quarante ans après ? Vous savez Monsieur». Il n’était pas difficile d’imaginer en effet qu’elle s’en contretamponnait.

Je dus faire appel à toutes les ressources de ma bonne éducation pour ne pas m’énerver. Mais, je sus raison garder car un esclandre m’eût contraint à quitter l’enquête. Je décidai de rester coi pour éviter que les familles de disparus ne soient lésées. Elles avaient besoin de moi et je ne pouvais me soustraite à ce nécessaire travail. Je ravalais mon mécontentement pour simplement dire avec tristesse : «Croyez-vous Madame que les gens aient oublié leurs enfants, leurs frères, leurs maris, leurs soeurs disparus ; même après 40 ans ?».

 

Pieds-Noirs, exode bateau

 

Fort heureusement, toutes les personnes que nous côtoyâmes en 2004 n’étaient pas sur ce modèle. L’une d’elles, une jeune femme chargée de nous installer et de faciliter nos recherches se révéla d’une grande compétence et d’une inaltérable gentillesse. Il est si appréciable de rencontrer un être humain là où abondent la morgue et la condescendance.

Malgré cela, je ne pus continuer mon effort jusqu’au bout. Je n’étais pas encore à la retraite à cette époque et j’avais dû prendre quelques jours de congé mais le travail allait s’étendre sur plusieurs mois et ma contribution ne pouvait pas être ce qu’il aurait fallu.

Néanmoins un gros progrès se fit. Ce travail apporta beaucoup pour une bonne connaissance sérieuse, du problème des disparus. Par exemple, il apparut vite que des erreurs existaient dans les fichiers : des personnes ayant été inscrites deux fois, sous leur nom de jeune fille et sous celui de leur mari. Certaines avaient été libérées et ne pouvaient être tenues pour disparues. De plus, le chiffre des cas douteux devenus après mon intervention, cas incertains, s’élevaient en fait à près de 600. Le nombre était important et tant que n’était pas éclairci le sort des personnes ainsi répertoriées, il était difficile d’aboutir à un chiffre définitif (ou quasi tel) des Européens disparus.

Néanmoins, la liste du ministère avait été considérablement dégrossie. On distinguait mieux, les personnes portées disparues stricto sensu, et, les personnes enlevées puis assassinées dont on avait retrouvé le corps (lesquelles de ce fait, ne pouvaient plus être tenues pour disparues). L’outil informatique avait permis de considérablement progresser et, désormais, tant ces chiffres que les faits, devenaient plus clairs.

Les archives confirmaient un point avec éclat : en huit ans, de 1954 au 19 mars 1962, les enlèvements se chiffraient à moins de 400 pour les civils. À partir de la date du cessez-le-feu proclamé et, jusqu’en octobre et novembre 1962, ce chiffre avait quintuplé. Il avait été particulièrement élevé en mai, juin et juillet 1962.

Il apparaissait aussi que les cas incertains demeuraient nombreux ce que seule une vérification complète dans le fichier central des Rapatriés pourrait éclaircir. Dans le cas où les personnes concernées n’y étaient pas inscrites, il y avait de fortes chances qu’elles aient disparu en Algérie. Au total et malgré ses limites, l’enquête de 2004 avait préparé le terrain à une intervention ultérieure (17).

Ce fut celle de Jean-Jacques Jordi en 2010, et 2011 qui permit ce nouveau travail. L’intéressé put ainsi apporter une contribution décisive à la connaissance de ce dossier. On en retrouvera l’essentiel dans son ouvrage Un Silence d’État. Une nouvelle commission avait été créée à cet effet sur l’initiative de M. Bachy qui présidait alors la Mission Interministérielle aux Rapatriés. Deux dirigeants importants des cercles algérianistes y étaient associés.

 

Jordi, couv

 

Et maintenant ?

Jordi a pu établir aussi des choses que nous savions mais dont il a apporté et c’est énorme les preuves documentaires : on se reportera à la page 11 de son livre où il énumère l’ensemble des archives qu’il a consultées et analysées.

En 2012, nous étions arrivés au cinquantenaire de l’Indépendance de l’Algérie. Nous eûmes droit à un déferlement de films, de documentaires et de reportages divers sur l’Algérie, le passé, et le conflit qui aboutit au départ des Européens d’Algérie. Le problème des disparus ne fut pas traité sérieusement. Il n’eut droit qu’à la portion congrue, comme il fallait s’y attendre de la part du système médiatique soviétoïde français.

Toute la puissance médiatique s’est mise, au contraire, au service d’une version anticoloniale, anti-armée française, anti-pieds-noirs et anti-harkis de la guerre d’Algérie. Celle-ci a été présentée d’une manière très proche des thèses du FLN algérien. Dans ce contexte, les très graves crimes commis par cette organisation ont été sinon passés sous silence, du moins très très édulcorés.

 

l'exaltation de la vision libératrice du peuple algérien

Ceci fut particulièrement sensible à une exposition organisée au Musée de l’Armée aux Invalides. Cette exposition prétendant retracer 132 ans de présence française en Algérie, conflit compris donc. Elle a complètement occulté le fait majeur que la guerre d’Algérie fut une guerre contre le terrorisme en exaltant une vision libératrice du peuple algérien par l’utilisation manipulatrice de l’appellation guerre d’Indépendance Algérienne. Elle faisait écho, venant d’historiens, à la guerre d’Indépendance américaine et donc soulèvait subtilement et inconsciemment, pour bien des gens, des réminiscences émancipatrices. Comparaison qui, soit dit en passant, n’est guère flatteuse pour la révolution américaine, qui mérite mieux.

Cette exposition fut préparée sous la présidence Sarkozy et ne saurait être mise au passif des socialistes de Hollande. Ceux-ci n’en sont pas moins des anticolonialistes acharnés eux aussi, et le nouveau président a dit à Alger, alors qu’il n’était encore que le chef du parti socialiste «qu’il ne voyait aucun élément positif à la colonisation». L’anticolonialisme est donc aujourd’hui la doctrine officielle de l’État français dans sa fausseté.

Les Européens disparus, ces pauvres familles pieds-noires endeuillées ont donc peu de chances que l’on s’intéresse à elles. Certes, elles ont obtenu que les noms de leurs parents kidnappés et disparus soient inscrits sur la colonne blanche du Quai Branly. Naturellement c’est bien. Rien ne garantit pour autant que des «anticoloniaux» ne viendront pas remettre tout cela en question un beau matin.

Un film remarquable de Claire Feinstein intitulé Les Disparus a été réalisé. Hélas ! Il ne fut diffusé que sur la chaîne Histoire qui reste assez confidentielle. Nos disparus sont bien marginalisés comme les harkis. Il ne manque d’ailleurs pas de prétendus historiens et de prétendus journalistes pour suggérer que ces problèmes sont bien exagérés et n’ont peut-être même pas existé (18). Le négationnisme se porte bien.

Le journal Le Monde n’a-t-il pas affirmé pendant des années que le 5 juillet à Oran avait fait 25 morts européens ? Depuis des livres ont été écrits, des recherches, des enquêtes menées. La classe médiatique, claquemurée dans son anticolonialisme de principe, n’en a cure. Les pieds-noirs disparus, les harkis massacrés dérangent toujours autant. Alors c’est le règne du Silence d’État comme l’a très bien dit Jordi.

 

La deuxième mort des Pieds- noirs ?

«Partir c’est mourir un peu» dit-on souvent. Quand nous avons dû quitter notre terre natale, nous sommes morts une première fois, ou bien, si l’on juge le terme excessif, nous nous retrouvâmes à demi morts.

 

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Oran, juillet 1962

 

Comme me le lança un jour un compatriote : «En partant, nous avons perdu la joie de vivre». Il faut être de cette terre aux aubes féériques pour comprendre ce qu’il coûte de s’exiler. L’arrachement de 1962 fut pour les nôtres une injustice profonde venant sanctionner, pour la plupart, des vies de labeur et de dévouement, au terme d’un conflit horrible dont les soldats français sortirent vainqueurs. Rien ne pouvait paraître plus absurde et incompréhensible pour un homme du peuple que cette affreuse punition succédant à une confrontation mortelle où l’adversaire avait été écrasé.

On a toujours dit «Malheur aux vaincus !» Mais là ? Le vaincu fut politiquement honoré ; ses victimes discréditées (19). Il faut se représenter cette situation : gagner, et, devoir faire ses valises quand même. Ce fut pour l’immense majorité des nôtres, le comble du malheur.

Un intellectuel pourra toujours argumenter, invoquer l’Histoire, le passé ou les conjonctures internationales ; pour presque tous nos compatriotes ce fut une dégringolade que vinrent ponctuer leur révolte, puis leur échec, puis leur exil. L’affaire des enlèvements d’Européens auxquels se livra le FLN après le cessez-le-feu du 19 mars, fut la marque d’une profonde hostilité de cette organisation à notre présence permanente sur un sol qu’elle avait toujours considéré comme arabo-musulman. C’est bien pourquoi, dès le 1er novembre 1954, le FLN avait fixé comme son objectif fondamental la restauration de l’État algérien. Aucun historien digne de ce nom ne cautionnera l’idée qu’il pouvait y avoir un État algérien en 1830.

 

Régence d'Alger, fin XVIIe s
la Régence d'Alger à la fin du XVIIe siècle

 

L’État turc qui existait sous le nom de Régence d’Alger était un État prédateur, l’ancêtre des États-voyous, organisé sur une base raciste (20) considérant la population autochtone : maures, berbères, juifs, descendants des esclaves africains comme autant de brebis à tondre et de vaches à traire. Tout historien digne de ce nom sait que le nom même d’Algérie fut donné à ce territoire par les Français, le 31 octobre 1838. En réalité, la thèse historiquement farfelue de la restauration de l’État algérien remplissait pour le FLN une fonction idéologique.

Affirmer qu’il y avait un État algérien avant la présence française, c’était dénier à celle-ci toute légitimité ainsi qu’à la présence de citoyens français sur le territoire algérien. De ce point de vue, les Accords d’Évian, furent une belle opération d’enfumage, parfaitement mise au point par les diplomates, acceptée par la partie du FLN qu’influençait son signataire Krim Belkacem et contestée par une autre.

Est-ce cette seconde partie du FLN qui mit en route l’épuration ethnique des Européens consécutive à cette signature ? Ce n’est pas certain. Les choses sont demeurées assez obscures, car le FLN étant divisé, les responsabilités dès lors se diluaient. Ce que l’on sait avec certitude, c’est que le déclenchement des enlèvements massifs des Pieds-Noirs a démarré le même jour, le 17 avril 1962, dans toute l’Oranie et dans tout l’Algérois.

Il ne pouvait s’agir que d’un mot d’ordre central donc venant de Tunis, et donc du GPRA signataire d’Évian. Il n’y a nul besoin de telle ou telle théorie complotiste mettant en cause tel ou tel homme ou tel ou tel clan. Le FLN d’avant la scission entre le GPRA et l’armée des Frontières survenue à l’été, le FLN globalement parlant porte une responsabilité entière. Il n’y a pas de doute également que le gouvernement français, parfaitement informé de ce qui se passait (21), n’a pratiquement pas réagi et a préféré passer la chasse aux Pieds-Noirs et les massacres de harkis par profits et pertes. Ceci est un fait désormais incontestable.

En 1962, et dans les années subséquentes, Pieds-Noirs et Harkis avaient donc un excellent dossier à faire valoir sur le plan juridique et éventuellement politique.

Le gouvernement français sut, par des manœuvres diverses, détourner le mécontentement vers des revendications purement matérielles, voire catégorielles, tout en influençant, autant qu’il le pouvait, la multiplication des associations, des groupes et des rivalités. L’opération fut couronnée de succès et, en France, au début des années 80, personne ou presque ne parlait des rapts de 1962 en Algérie. En revanche, on y dénonçait quotidiennement les enlèvements commis... en Argentine ou au Chili par diverses juntes... Peut-on imaginer une situation plus surréaliste ? Il y avait nombre d’organisations et de militants des droits de l’Homme qui menaient, tous les jours, campagne contre des enlèvements perpétrés à 10 000 kms de chez nous, mais ignoraient superbement tout de quelque 2 000 familles françaises vivant dans la douleur et le désespoir depuis 17 ans (22).

Il faut dire que si les gouvernements gaullistes successifs avaient, en la matière, parfaitement joué leur rôle d’éteignoirs, les associations de «Rapatriés», à l’exception de quelques-unes, très tenaces, n’avaient pas montré une grande lucidité politique. Parfois même, elles se désintéressaient du sujet, laissant les familles victimes dans un grand isolement.

Du reste, pendant ces années-là, le Pied-Noir de base fut emblématiquement et médiatiquement représenté par l’ineffable Enrico Macias qui nous inonda de ses fadaises. La foire aux images et aux chansons, qu’il animait, réussit presque à noyer tous les problèmes dans la guimauve la plus épaisse. Entre temps, les thuriféraires du FLN faisaient des films (23) et écrivaient des livres à la gloire des terroristes.

Néanmoins, le problème des enlèvements refit surface plus tard ; dans les conditions décrites plus haut. Le problème des harkis refit surface aussi mais surtout à partir de 1991. Or, ces deux dossiers étaient très lourds. Il y avait de quoi déstabiliser des gouvernements et changer complètement la vision que l’on avait peu à peu installée de la fin de la guerre d’Algérie.

 

Mur des disparus, Perpignan
Mur des disparus, Perpignan

 

Ce fut hélas le drame des Pieds-Noirs, tout au long de leur histoire, de n’avoir guère su se donner des chefs avisés et d’une certaine envergure. Leur excellent dossier de 1962 fut donc platement gâché par les surenchères, les divisions et parfois, l’incompétence criante de certains. Plus tard, bien plus tard, une nouvelle génération de dirigeants prit d’importantes décisions comme celle d’ériger un Mur des Disparus à Perpignan. Une part ineffaçable de ces mérites revient à Thierry Rolando, Suzy Simon-Nicaise et au maire pied-noir de la ville, Rémy Pujol.

Mais alors qu’il devenait clair que la guerre n’avait pas fait de victimes dans un seul camp ou dans une seule communauté mais dans tous, une offensive médiatique de réécriture de l’Histoire se mit en place dans les années 90 (24). Elle allait avoir une grande importance. Alors que jusque-là les productions favorables au FLN avaient été espacées, elles devinrent régulières et de plus en plus denses à partir de la première série de films concoctés par Benjamin Stora et Alfonsi (25).

Le plan d’une véritable vision officielle et anticoloniale de la présence française et de la guerre d’Algérie, s’amorçait. En une décennie, les productions cinématographiques, faisant l’éloge des porteurs de valise, ou dénonçant l’Armée française à propos du 8 mai 1945 dans le Constantinois ou de la Guerre, se multiplièrent. Les écrits du même genre proliféraient aussi, tandis que de jeunes historiens nés après le conflit publiaient livres sur livres pour dénoncer la torture et la violence «coloniales» comme indiqué plus haut.

En 2003, année de l’Algérie, il n’y eut pas moins de 12 films et téléfilms sur les ondes hertziennes. Des livres innombrables parurent allant tous dans le sens de l’anticolonialisme, de la dénonciation de la torture, de l’Armée française, des Pieds-Noirs etc... Tout cela devait culminer avec la diffusion massive (assortie d’une publicité gigantesque) du film anti-français de Bouchareb Hors-la-Loi. Heureusement cette «œuvre» se révéla un des pires navets de l’histoire du cinéma et elle disparut des écrans en quelques semaines.

 

l'anticolonialisme d'État, doctrine officielle

Cependant, le ton était donné, et l’année 2012 et le cinquantenaire de l’Indépendance furent l’occasion d’un terrible déferlement de films, téléfilms, livres en tout genre orientés dans le sens de la propagande FLN. Ce dernier réclamait la repentance de la France. Il ne l’eut point. Mais l’anticolonialisme devint une doctrine officielle de l’État français. C’est ce que Nicolas Sarkozy alla proclamer en Algérie à l’Université de Mentouri au début de son quinquennat. C’est ce qu’une exposition très discutable sur la France en Algérie organisée au Musée de l’Armée au printemps de 2012 consacra à la fin du même quinquennat (26). Nous l’avons évoquée.

Enfin, c’est ce que confirma François Hollande dès son premier voyage en Algérie comme Président de la République le 19 décembre 2012 en stigmatisant 132 ans de colonisation.

La France nous a ainsi tourné le dos, à nous Pieds-Noirs et Harkis. Nos ancêtres qui se sont escrimés jadis pour faire de l’Algérie ce qu’elle fut, la perle de l’Empire, nos ancêtres qui ont fait toutes les guerres françaises, notamment la Seconde qui nous coûta fort cher, nos ancêtres, qui ont répandu leur sang en abondance, qui se sont échinés à servir des politiques qui étaient celles qu’avaient voulu les différents gouvernements français à Paris, ont été désavoués.

Quant à nous qui avons été frappés par le terrorisme dans des proportions inouïes, qui avons été victimes de l’épuration ethnique de 1962 (27), nous avons été outragés. En 1965, Mgr Duval, chef de l’Église d’Algérie, qui s’était toujours tenu du côté du FLN et qui n’avait jamais eu que des paroles très floues lorsqu’il s’agissait de compatir à nos maux, fut nommé cardinal. Cette ordination fut ressentie par beaucoup des nôtres comme une insulte à notre destin tragique (28). Mais encore pouvait-elle passer pour un événement isolé n’engageant que des autorités et des hiérarchies non politiques.

Aujourd’hui avec les discours successifs de Sarkozy et de Hollande, notre destin  dramatique a été doublement et même triplement insulté. Nous avons été reniés par notre patrie. Est-ce notre seconde mort ? Peut-être pas, si nous savons jusqu’au bout témoigner pour la vérité, sans nous diviser. Et n’oublions pas la petite fée espérance chère à Péguy.

Jean MONNERET
13 avril 2013

 

Jean Monneret vidéo (1)

 

 

1 - En arabe fidayyines au singulier fidaï. Du verbe fda qui signifie se rédimer, se racheter. Désigne ceux qui se sacrifient pour l’Islam.

2 - Jean-Jacques Jordi. Un silence d’État. Editions Soteca, pages 155 et seq. Sa recherche est basée sur l’ouverture d’un nombre très important d’archives militaires et civiles, ainsi que du fichier central des Rapatriés.

3 – 1 736 exactement, en tenant compte de 454 cas incertains.

4- Monseigneur Jean Rodhain portait le titre (rare en Occident) de chorévèque. Il a fondé le Secours Catholique en 1946. Il a été amené, en 1962, à s’occuper des Français disparus en Algérie. Il fut de ceux qui pensèrent, à partir de 1965, qu’il n’y avait plus de survivants demeurés dans ce pays, après avoir été enlevés durant la dernière année de la souveraineté française et au début de l’Indépendance. Sa conviction se basait sur son expérience de la guerre mondiale. Selon lui, des personnes retenues contre leur gré, même dans les pires régimes dictatoriaux arrivent toujours à faire connaître leur situation. Le cas de l’Algérie, où de nombreux Français résidaient encore et constituaient autant de témoins potentiels, le nombre de nos compatriotes se déplaçant dans le cadre de la coopération, ne permettait pas de penser que des Pieds-Noirs y soient encore détenus même clandestinement. Sans parler, des multiples contacts existant officiellement et officieusement avec les Algériens devenus les citoyens du nouveau pays et les immigrés en France. Dès lors, l’Association de Défense des Droits des Français d’Algérie (ADDFA) cessa son activité. Elle ne voulait pas en effet entretenir de faux espoirs au sein des familles concernées.

Une partie des adhérents décida de continuer. Deux ans plus tard, en 1967, la capitaine Leclair qui restait, lui, persuadé de la possibilité de survie de certaines victimes de rapts, créa, avec quelques fidèles, l’Association de Soutien des Familles et Enfants de Disparus, dont il inspira l’activité dans le sens que nous décrivons ici.

5 - Ce chiffre de 700 pourrait même aller jusqu’à 800 selon Jordi, si l’on y ajoute une centaine de Musulmans tués. Les uns étaient sans doute profrançais, d’autres furent exécutés par le FLN pour indiscipline.

Pour ma part, dans mon ouvrage publié en 2006 sur Oran, je signalais que les archives militaires fixaient le chiffre des enlevés et disparus à 365 personnes : chiffre ne pouvant être tenu pour définitif à mes yeux. Jordi ayant pu consulter d’autres archives notamment le rapport Huille additionne à 353 disparus quelques 326 personnes dont les décès ont pu être constatés. Son chiffre de 679 personnes auquel il propose d’ajouter celui d’une centaine de Musulmans paraît beaucoup plus sérieux que celui de 3 000 à 5 000 tués que brandissent, sans preuves, diverses associations.

6 - J’écrivis au magazine pour contester cette appellation. Je rappelais les orientations «anti-impérialistes» du FLN et ses méthodes terroristes. «Ce qu’il y a de triste en cette affaire», dis-je pour conclure : «c’est que les terroristes qui échouent demeurent des terroristes, tandis que ceux qui réussissent et atteignent leurs objectifs politiques, comme en Algérie, deviennent pour les bien-pensants des «combattants de la liberté». Une certaine mademoiselle Mac Govern me répondit, au nom de la Rédaction, que l’appellation comportait souvent une nuance idéologique. Elle en voulait pour preuve le fait que le Président Reagan appelait les anti-communistes du Nicaragua des freedom-fighters. Elle conclut néanmoins, au terme d’un raisonnement biscornu, que l’emploi de ce terme par le magazine pour désigner le FLN était justifié. Comme disent les italiens : « À laver la tête d’un âne on gâche son savon».

7 - Une requête de Bernard Antony en décembre 1986, faisait allusion, Dieu sait pourquoi, à 1 400 survivants détenus.

8 - Leclair ne pouvait ignorer à l’époque qu’une certaine proportion de personnes enlevées avait été aussi libérée ou retrouvée. En jouant sur ce chiffre inexact de 3 000 personnes enlevées qu’il confondait avec autant de personnes demeurées disparues, il semait une indiscutable confusion.

9 - Devenu aujourd’hui le SHD, Service Historique de la Défense.

10 - Son livre Histoire de Vichy (Ed. Perrin) comportait des passages très peu politiquement corrects comme les chapitres portant le titre «L’antisémitisme républicain» et «Vichy avant Vichy» qui lui valurent, entre autres, bien des inimitiés. Il aggrava son cas dans son Histoire de la Résistance où il écrivit p. 320 que les abbés Glasberg et Chaillet ayant demandé à Mgr Gerlier de protester contre l’internement des juifs étrangers, il leur présenta Monsieur Heilbronner qui leur expliqua que cette démarche n’était pas souhaitable. Monsieur Heilbronner était le président du Consistoire Central israélite. Cette révélation qui exonérait les évêques français de la responsabilité qu’on voulait leur imputer dans les media : s’être tus volontairement durant cette période, contraria beaucoup.

11 - Selon l’odonymie officielle, il y a 2 046 communes avec une rue, avenue ou place Jean Jaurès soit 5 % de l’ensemble et 3 640 communes pour De Gaulle soit 10 %. Il y a 36 400 communes en France.

Léon Blum est un peu moins bien servi comme si, plus ou moins consciemment, certains Français l’associaient encore (non sans raison) à la défaite de 1940. Les responsabilités de Jaurès dans la non-préparation de la France au conflit de 1914 sont pourtant tout aussi lourdes.

12 - Le Figaro Littéraire ne publie d’ailleurs que très rarement des comptes rendus de livres relatifs à l’Algérie. Ayant écrit à son directeur pour le déplorer, celui-ci me répondit qu’il était contraint à «des choix» qu’il qualifia de «déchirants parfois». En l’occurrence, ils sont surtout déchirants pour ceux qui en sont victimes : les auteurs de livres sur l’Algérie, que cette publication a tranquillement exclus.

13 - Sûrement pas, ni l’un, ni l’autre, des hommes d’extrême droite.

14 - Prétendre que la guerre d’Algérie était une guerre qui «n’osait pas dire son nom» ou comme l’écrivent des farceurs «une guerre sans nom» relève de la calembredaine journalistique la plus épaisse. À l’époque du conflit, tout le monde parlait de la guerre d’Algérie. Officiellement, le terme n’était pas employé car l’Algérie était un territoire français. Il n’y avait donc pas de guerre au sens juridique du terme entre deux nations constituées. Il y avait en revanche une guerre civile au sein de la population habitant le pays. Sur le plan de la violence et de l’ampleur des opérations c’était en tout cas une guerre au sens strict du terme et c’est pourquoi, chacun en parlait en ces termes dans la rue et dans les journaux de l’époque.

15 - Benjamin Stora, Sylvie Thénault et Raphaëlle Branche sont des universitaires dont les travaux sont marqués par un anticolonialisme systématique, bien dans l’air du temps.

16 - Ainsi en 2006, fus-je censuré par l’Écho de l’Oranie qui refusa de publier un entretien que je lui avais accordé à sa demande, probablement parce que le chiffre que je donnais pour le 5 juillet à Oran, ne correspondait pas aux évaluations hyperboliques de quelques excités de la revue. Je me contentais d’indiquer les chiffres contenus dans les archives militaires en indiquant que le bilan réel était sans doute plus élevé (ce que démontrèrent d’ailleurs les recherches complémentaires de Jordi). Mais cela était trop subtil pour les irresponsables de la publication.

17 - Voici les chiffres auxquels sont arrivés différents chercheurs :

Madame Ducos-Ader (femme de disparu travaillant depuis 50 ans sur ce sujet à partir de listes privées et publiques.

Sur 3 847 personnes civiles enlevées. M C DA recense :

484 portés disparus avant le 19 mars 1962

2 240 après le 19 mars

1 631 personnes libérées. Chiffre probablement légèrement supérieur car 82 dossiers sans date + 380 cas incertains.

Jean-Jacques Jordi, dans son ouvrage Un Silence d’État, p. 155 : 330 personnes disparues avant le 19 mars 1962 ; 1 253 personnes après.

170 personnes dont le sort demeure incertain.

Jordi ne fait pas allusion à des dossiers sans date.

Cet auteur fait allusion en revanche à 1 551 personnes libérées ou retrouvées recensées par le ministère des Affaires étrangères et sur lesquelles, il n’a donc pas travaillé puisque leurs dossiers n’entraient pas dans le cadre de son enquête.

Jean-Claude Rosso (ancien militaire, informaticien collaborant avec Mme Ducos-Ader)

Ce chercheur a fait une étude très précise à partir de données regroupant toutes les listes publiques et privées, de civils et de militaires enlevés. Chaque nom figure avec mention du sort de l’intéressé : disparu, non disparu, libéré, cas incertain, corps retrouvé et inhumé.

À l’heure où nous écrivons, les chiffres correspondant à ces différentes catégories n’ont pas été encore calculés.

18 - Voici ce que l’on peut lire sous le titre : Algérie les derniers survivants, sur le site www.alterinfo.net à la date du 6 octobre 2012 : «Ce que l’on appelle le massacre des harkis n’eut probablement pas lieu. Bien que des tueries se sont (sic) produites entre tribus rivales sur fond de vendettas comme c’est souvent le cas en pays méditerranéen »...

19 - Aujourd’hui, la période dite coloniale est officiellement vilipendée. L’anticolonialisme est devenu une doctrine d’État sous Sarkozy puis sous Hollande. Cette période et la création d’un vaste Empire ultramarin fut pourtant une oeuvre éminemment républicaine (cf. Jules Ferry). Mais pour que soit établi un «partenariat privilégié» avec l’Algérie, il faut que l’œuvre française d’alors soit discréditée. Les Pieds-Noirs resteront donc diabolisés et leurs malheurs minimisés.

20 - Car seuls et héréditairement, les Turcs pouvaient participer à la direction du régime et être janissaires dans la Milice. Les enfants nés de mariage entre Turcs et femmes indigènes, les Kouloughlis étaient tenus pour inférieurs et, s’ils pouvaient porter les armes, ils ne pouvaient en principe exercer de commandement dans les unités où ils servaient. Cette interdiction fut cependant appliquée avec une rigueur fluctuante selon les périodes.

21 - Voir nos ouvrages La Phase Finale de la Guerre d’Algérie, éd. L’Harmattan et La Tragédie Dissimulée, éd. Michalon.

22 - Lorsque le problème des disparus pieds-noirs fut soulevé, la Ligue des Droits de l’Homme notamment à Toulon y vit une tentative de défendre «le colonialisme».

23 - Comme le film de Laurent Heymann, La Question ou celui d’Yves Boisset, RAS.

24 - Ayant pour figure de proue l’ex-trotskiste Benjamin Stora cette offensive «historique» fournissait une version de la guerre d’Algérie acceptable à la fois par les gaullistes et les socialistes et susceptible d’être ultérieurement acceptée par le FLN.

25 - Benjamin Stora devint ensuite «le spécialiste» omniprésent et omniscient à propos de l’Algérie. Toutes les chaînes de radio et de télévision en firent leur Big Brother. Son orientation anticolonialiste et anti-armée française prépara la voie de l’anticolonialisme d’eÉtat actuel.

26 - Avec comme conseillers historiques le trio infernal Branche, Stora, Thénault, bien entendu.

27 - Lors de son voyage à Alger, F. Hollande rendit hommage à Maurice Audin, ce membre du Parti Communiste Algérien disparu en 1957 durant la Bataille d’Alger du fait, a-t-on dit, de certains militaires français engagés dans le démantèlement des réseaux terroristes. Rien n’est transparent dans cette affaire et l’ouverture des archives annoncée par le nouveau Président ne clarifiera rien. Toutefois, en sélectionnant un disparu, comme emblématique parce que situé dans le camp indépendantiste, F. Hollande a agi comme s’il y avait dans le guerre d’Algérie de bonnes victimes : celles qu’il faut déplorer car elles sont tombées, à la suite d’exactions alléguées de l’Armée française et celles qui sont tombées sous les coups du FLN et qu’il faut oublier. Les familles de nos 3 000 enlevés et de nos 1 453 portés disparus apprécieront.

28- Selon la juste expression de Mgr Boz dans son livre, Une fin des temps, éd. DDB.

 

Perpignan, Mur des disparus
Perpignan, Mur des disparus

 

 

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jeudi 14 décembre 2017

Gilbert Meynier est mort

L'Algérie révélée 1981 couv

 

 

 

Gilbert Meynier est mort

un maître de l'historiographie coloniale

 

 

Capture d’écran 2017-12-15 à 18
Gilbert Meynier, 1942-2017

 

L'historien de l'Algérie coloniale, puis de l'Algérie "des origines", est mort le mercredi 13 décembre 2017 à Lyon, à l'âge de soixante-quinze ans. Gilbert Meynier a marqué l'historiographie par sa thèse d'État (L'Algérie révélée : la guerre de 1914-1918 et le premier quart du XXe siècle), soutenue en 1979 : un apport majeur à la connaissance comme on n'en produit plus aujourd'hui ; et par ses investigations, longues et rigoureuses, sur l'histoire du FLN algérien.

Sympathisant de la cause anti-coloniale, son œuvre universitaire et savante n'est marquée par aucun préjugé doctrinaire ni par aucune concession aux différentes mémoires concurrentielles.

Il a, certes, qualifié les harkis de "mercenaires" mais a refusé pour eux le terme de "collaborateurs" (source). Il a certes eu recours à un anachronisme sémantique en nommant Algériens les habitants qu'on appelait alors Arabes ou Kabyles ou indigènes ou musulmans et en refusant le vocable aux Européens d'Algérie qui se désignaient pourtant ainsi ; mais c'est qu'il a choisi une dynamique historique, celle du mouvement des Jeunes-Algériens qui, dans la décennie qui précède la Première Guerre mondiale, pose les jalons initiateurs qu'empruntèrent les partisans de la sécession d'avec la France. Comme le dit Pierre Vidal-Naquet, dans sa préface à L'Algérie révélée : "la valeur nationale du mot algérien triompha".

Gilbert Meynier a été un historien sans concession à l'égard de la réalité coloniale. Mais il a refusé les divagations des anti-colonialistes post-coloniaux et autres indigénistes ou racialistes en écartant les discours délirants du régime algérien ou d'un politologue exalté tel Olivier Le Cour Grandmaison. Ainsi, il a écrit avec Claude Liauzu, en 2005 : "Il est faux d'affirmer que la colonisation a été un génocide ou une extermination" (lien). Et avec Pierre Vidal-Naquet, il a descendu en flammes le livre de Le Cour Grandmaison (2006) : "Coloniser, exterminer : de vérités bonnes à dire à l'art de la simplification idéologique" (lien).

 

Itinéraire

Gilbert Meynier est né à Lyon, le 21 mai 1942. Son père était instituteur. Il effectue toute sa scolarité dans cette capitale régionale.

À l'université, il devient responsabe de l'Unef. Et rencontre Pierre Vidal-Naquet : "Pierre Vidal-Naquet était pour moi un emblème respecté lorsque, à 22 ans, je fis sa connaissance à la rentrée 1964, alors qu’il venait d’être nommé maître-assistant d’histoire grecque à l’université de Lyon. À moi, chez qui les enseignants que j’avais jusque alors connus n’avaient pas réussi à susciter de vif intérêt pour cette matière, il la fit vraiment découvrir en en présentant un visage pour moi inaccoutumé — je venais de terminer mon diplôme d’études supérieures (aujourd’hui la maîtrise) en histoire médiévale et je préparais l’agrégation. Je me souviens en particulier d’une brillante synthèse de notre nouveau professeur sur le roi hellénistique — la période hellénistique était alors l’une des questions d’histoire ancienne au programme." (Confluences Méditerranée, 24 août 2006, en ligne).

Son premier contact avec l'Algérie date de l'été 1963 "lors d'un chantier d'alphabétisation à Oued Ouchaya (Hussein Dey), [il] y retourne l'été suivant, comme enseignant dans un «chantier culturel» à Ben-Aknoun" (Catherine Simon, Algérie, les années pieds-rouges, 2009).

En 1965-1966, Gilbert Meynier enseigne au lycée d'Ussel (Corrèze). En 1966, il est reçu à l'agrégation d'histoire, et affecté au lycée Alain-Fournier à Bourges (Cher) pour l'année scolaire 1966-1967.

ORAN 2009 JUILLET LYCEE PASTEUR EX LAMORICIERE
lycée Pasteur à Oran (photo de 2009)

En 1967, "il obtient un poste de professeur au lycée Pasteur à Oran, où il enseigne l'histoire-géographie. Il est ensuite coopérant, maître-assistant d'histoire contemporaine à l'université de Constantine, de 1968 à 1970." (Catherine Simon, op. cit.).

À la même date (1967), il renonce à sa thèse d'histoire médiévale et s'inscrit, sous la direction d'André Noushi, pour une thèse sur l'Algérie et la guerre de 1914-1918.

Il exerce encore une année dans le secondaire, au lycée Georges Clemenceau à Reims, en 1970-1971.

Sa carrière universitaire se déroule à l'université de Nancy-2, de 1971 à 2002, d'abord maître-assistant puis professeur à partir de 1984. Le 9 juin 1979, il soutient sa thèse à l'université de Nice.

Maître de son savoir, il n'a pas l'orgueil de refuser celui des autres. C'est avec Ahmed Koulakssis qu'il écrit un livre sur l'émir Khaled (1987). C'est avec Mohammed Harbi qu'il publie Le FLN, documents et histoire (2004).

Gilbert Meynier a habité à Malzeville, commune limitrophe de Nancy, puis à Villeurbanne et enfin à Lyon. Marié à Pierrette Arnaud (décédée le 1er novembre de cette année), ancienne professeure au lycée Hihi-El-Mekki de Constantine, il a trois enfants : Hélène (1967), Pierre-Antoine (1968) et Jean-Luc (1973).

Meynier Voix d'Algérie

 

Pierrette Meynier
Pierrette Meynier

 

 

repères autobiographiques

Gilbert Meynier a évoqué quelques étapes de sa vie lors d'un entretien avec l'écrivain algérien Kaddour M'Hamsadji, en mars 2005. (source)

  • J'ai fait mes études d'histoire à l'université de Lyon, où l'un de mes maîtres, en histoire grecque, fut Pierre Vidal-Naquet, le célèbre dénonciateur de la torture colonialiste, l'auteur de L'Affaire Audin, et la cheville ouvrière du Comité Maurice Audin. J'ai été très jeune un militant anticolonialiste – de sympathie originelle libertaire. J'ai notamment milité à l'Unef à Lyon.
    Aux étés 1963 et 1964, j'ai participé aux chantiers culturels à Alger. J'ai fait durant tout un été des cours d'alphabétisation (en français) au bidonville d'Oued Ouchaïh. Il m'est alors apparu qu'alphabétiser des humains dans une langue qui n'était pas la leur était un défi au bon sens.
    À l'origine, jeune chercheur, je m'étais orienté vers l'histoire socio-économique de la région lyonnaise au Bas Moyen-Age. Je lisais alors les chartes en latin médiéval aussi couramment qu'aujourd'hui je lis le journal.
    Mais mon intérêt pour l'Algérie a été le plus fort : j'ai abandonné en 1967 la thèse de doctorat que j'avais entreprise en histoire médiévale.
    L'année suivante, je me suis inscrit en doctorat d'État avec André Nouschi pour traiter un sujet d'histoire algérienne : l'Algérie et la guerre de 1914-1918. Le résultat en est paru, sous une forme abrégée de 792 pages, sous le titre L'Algérie révélée (Genève, Droz, 1981).
    Je suis resté trois ans enseignant en Algérie, un an enseignant de lycée à Oran (1967-1968), deux ans enseignant à la jeune université de Constantine (1968-1970).
    Si j'ai pu lire certains documents en arabe, c'est que j'ai entrepris l'apprentissage de cette langue dès 1967 avec un ami algérien qui a commencé à m'y initier.
    J'ai suivi ensuite un été de cours intensifs à Bourguiba School, à Tunis (1970). Je l'ai ensuite étudiée à l'université de Nancy-2, où j'ai enseigné de 1971 à 2002, et dont je suis professeur émérite. J'ai passé un semestre sabbatique au Caire en 1988.
    Ceci dit, je ne suis pas un vrai arabisant : depuis mon séjour au Caire, j'ai perdu la pratique, je m'exprime de manière hésitante, en cherchant mes mots. J'arrive à mener à bien la lecture de livres d'histoire et de documents en arabe, mais toujours avec un dictionnaire à portée de main.

 

Meynier avec livre

 

 

la thèse de Gilbert Meynier

 

Denise Bouche

Cr thèse Meynier par Denise Bouche (1)

Cr thèse Meynier par Denise Bouche (2)

Cr thèse Meynier par Denise Bouche (3)

Cr thèse Meynier par Denise Bouche (4)

  • Compte rendu de Denise Bouche, Revue d'histoire moderne et contemporaine, 1984, n° 31-2, p. 357-360.

 

 

Xavier Yacono

thèse Meynier cr Yacono (1)

thèse Meynier cr Yacono (2)

thèse Meynier cr Yacono (3)

thèse Meynier cr Yacono (4)

  •  Compte rendu de Xavier Yacono, Revue historique, juillet 1982, n° 7, p. 266-268.

 

Guy Pervillé

Ce compte-rendu de la thèse de Gilbert Meynier, L’Algérie révélée. La guerre de 1914-1918 et le premier quart du XXème siècle, préface de Pierre Vidal-Naquet, Genève, Librairie Droz, 1981, XIX - 793 pages, a été publié dans Annales Économie - Sociétés - Civilisations n° 4, juillet-août 1982, pp. 839-841.

La thèse de Gilbert Meynier, soutenue à l’Université de Nice le 9 juin 1979, nous est présentée par les Éditions Droz sous une forme allégée de ses notes, mais encore massive : près de 800 pages d’une typographie très dense. Ce travail considérable recoupe la dernière partie de la thèse de Charles-Robert Ageron (1), mais il ne fait pas double emploi avec elle. Non seulement parce que son auteur a poussé plus loin l’enquête, ajoutant aux archives utilisées par son devancier d’autres que celui-ci n’avait pu consulter, ainsi que des sources en arabe et des interviews systématiques de survivants. Mais surtout parce qu’il nous propose une interprétation sensiblement différente de faits qui restent, dans l’ensemble, hors de cause.

Les deux spécialistes semblent d’accord sur l’idée que la guerre de 1914-1918 a accéléré l’évolution de l’Algérie musulmane vers sa prise de conscience nationale, mais ils apprécient différemment la rapidité de cette évolution. Pour Charles-Robert Ageron, la guerre donne le coup de grâce au vieux «nationalisme musulman», et le mouvement national algérien proprement dit se forme progressivement à partir de 1919. Pour Gilbert Meynier, au contraire, la prise de conscience esquissée dès avant 1914 est achevée pour l’essentiel en 1919. L’Algérie sort de la guerre «révélée» à elle-même.

Ayant milité contre la guerre coloniale dès 1957 (à l’âge de quinze ans), puis découvert l’Algérie comme moniteur d’alphabétisation après l’indépendance, enfin comme coopérant à l’Université de Constantine, l’auteur sympathise visiblement avec la cause algérienne. Historien d’inspiration marxiste, il analyse avec une maîtrise enviable l’infrastructure économique de l’«impérialisme» colonial français, ainsi que les rapports de classes qui opposent les deux sociétés française et algérienne, et qui divisent chacune d’entre elles. À ses yeux, le colonialisme ou l’impérialisme colonial est un système d’exploitation et de domination (même s’il corrige le schéma léniniste pour tenir compte des réalités particulières de l’impérialisme français et de son cas algérien).

Puisque le colonialisme est un système, la bourgeoisie coloniale est par destination la «fondée de pouvoirs» de la bourgeoisie métropolitaine, et ses velléités d’autonomie, sans être négligeables, ne doivent pas être exagérées. C’est pourquoi les clivages politiques entre «colonialistes» et «libéraux» ne correspondent pas à l’opposition colons / métropolitains, à laquelle Charles-Robert Ageron semble tenté de l’identifier.

Comme Xavier Yacono, Gilbert Meynier admet donc l’existence d’une minorité de libéraux «algériens», mais il relativise ce libéralisme en le situant dans le cadre incontesté du projet colonial. Pour cette raison, il ne croit pas qu’il y ait eu d’«occasion perdue», en 1919 ni plus tard : le libéralisme ne pouvait aller jusqu’au bout de ses réformes sans mettre en danger le projet colonial et ouvrir la voie au nationalisme.

Celui-ci est évidemment la seule réponse adéquate au colonialisme, et l’indépendance, le seul remède efficace. C’est pourquoi l’auteur réserve dès les premières lignes le nom d’Algériens, suivant sa définition légale d’après l’indépendance, à la population «indigène» ou «musulmane», et appelle les colons Européens, ou «Algériens» entre guillemets, pour citer leur propre discours. Parmi les vrais Algériens, il distingue des «collaborateurs» et des «résistants», voire des «vichystes» et des «gaullistes» ; le «loyalisme» n’est mentionné qu’entre des guillemets ironiques, et assimilé, soit à l’attentisme, soit à un calcul intéressé.

Anachronismes ou simples anticipations ? L’auteur reconnaît que le terme Algériens ne s’impose vraiment qu’entre les deux guerres mondiales, mais il se justifie en montrant tous les signes de l’émergence progressive d’une conscience nationale de type moderne, se dégageant du vieux «nationalisme musulman» à travers l’échec du djihad prêché par le Sultan-Khalife, puis l’éclatement et la défaite de l’Empire ottoman. Ce nationalisme algérien se manifeste dès avant 1914 dans le mouvement Jeune Algérien, pendant la guerre par l’action d’émigrés maghrébins à Berlin, à Constantinople et en Suisse, et dès 1919, par celle du capitaine Khaled, petit-fils de l’émir Abdelkader, à Alger et à Paris.

La récente découverte par Claude Paillat à Washington du texte de la pétition adressée par l’«émir» Khaled au président Wilson en mai 1919, pour lui demander l’autodétermination de l’Algérie sous l’égide de la SDN (2) permet à Gilbert Meynier de marquer un point très important. Mais le fait que l’émir Khaled ait camouflé ses sentiments nationalistes sous le discours assimilationniste ou intégrationniste des Jeunes Algériens permet-il de conclure que tous ou la plupart d’entre eux dissimulaient dès avant 1914 leurs buts véritables ?

Tout en rejetant les affirmations excessives du «complot panislamiste», cher au colonialiste André Servier et de la dissimulation consciente, admise par l’historien arabe Belkacem Saadallah, Gilbert Meynier reconnaît avec le premier la «réalité nationalitaire du mouvement Jeune Algérien», et avec le second, que « ’élite crée une nouvelle conscience nationale et de nouveaux modes d’opposition» (page 226). Mais ses arguments ne nous semblent pas entièrement convaincants.

Même si la revendication avant tout égalitaire des Jeunes Algériens et la réaction coloniale devaient nécessairement les entraîner vers le nationalisme, cela ne prouve pas qu’ils étaient d’emblée conscients de cette nécessité. Le nationalisme «latent», ou plutôt virtuel n’excluait pas un désir sincère de s’assimiler ou de s’intégrer à la France, comme le montre l’exemple postérieur de Ferhat Abbas (De la colonie vers la province, 1931 ; La France, c’est moi ! 1936).

Et ce désir était bien réel chez les intellectuels formés par l’enseignement supérieur français, même s’il était contrarié, chez la plupart d’entre eux, par le souci de ne pas se couper de leur communauté naturelle. C’est pourquoi le mouvement Jeune Algérien, à notre avis, ne peut être considéré dans son ensemble comme le précurseur du nationalisme algérien. Ou bien comment expliquer que les intellectuels francisés aient pu jusqu’en 1936 nier l’existence de la nation algérienne et du nationalisme algérien ? Et que les véritables nationalistes n’aient cessé, jusqu’en 1954 au moins, de tirer à boulets rouges sur l’élite acculturée et embourgeoisée, accusée de trahir les aspirations de son peuple ?

Quant à ce peuple, on admettra volontiers que ses traditions et l’oppression coloniale le prédisposaient au sentiment national algérien (qui risquait pourtant de se perdre dans l’universalité de l’Oumma ou de se fragmenter dans les multiples particularismes ethniques, tribaux et locaux). L’influence de la guerre, avec la contrainte du recrutement forcé des soldats et des travailleurs et leur déracinement temporaire, semble devoir évidemment peser dans le même sens. Mais en fait, la thèse montre bien que le peuple algérien n’a guère bougé (sauf deux révoltes contre le recrutement, en 1914 et en 1916-1917, la seconde peut-être inspirée par l’exemple des Tripolitains et les appels des Turcs), et que la France a réussi à en tirer bon gré mal gré les hommes dont elle avait besoin. Derrière le «loyalisme» affecté par les notables, l’attentisme domine ; mais en dehors des chanteurs et des poètes frondeurs, les «résistants» actifs ne sont qu’une infime minorité.

De plus, l’expérience des quelque 300.000 Algériens déracinés ne fut pas uniformément défavorable à la cause française ; elle a pu dans certains cas renforcer le mythe séduisant de la « vraie France » opposée au colonialisme «algérien». L’auteur est obligé de reconnaître que l’intégration des soldats algériens à l’armée française (après les paniques, les désertions et les répressions des années 1914-1915) fut un grand succès, dû au paternalisme des officiers.

Tel ne fut pas le cas des travailleurs, recrutés de force et traités en «parias» dans les usines et les camps. Mais les uns et les autres découvrirent en France le monde moderne et le désir de s’approprier la science et la technique, bases de la puissance des nations. C’est après la guerre que le «refus scolaire» céda la place à la revendication de l’école française. Certes, le «mimétisme» n’est pas l’assimilation ; mais il ne l’exclut pas nécessairement.

Ne peut-on penser que la guerre a renforcé deux tendances politiques longtemps rivales : le nationalisme, faible et discret avant 1936, et l’«intégrationnisme» des élus Jeunes Algériens qui ne disparut pas à cette date, ni même en 1943, mais connut plusieurs résurgences jusqu’en pleine guerre d’indépendance ?

L’évolution politique de l’Algérie ne nous paraît donc pas si univoque, ni si linéaire, que le suggère la brillante thèse de Gilbert Meynier. Naissance d’une nation (comme le dit Pierre Vidal-Naquet dans sa préface) ou naissance d’un nationalisme (pour reprendre le titre d’un livre d’André Nouschi) ? La nuance est importante. Mais ces réserves ne diminuent en rien le mérite de l’auteur, ni l’intérêt considérable de son apport à l’histoire de l’Algérie, qui suscitera un débat fécond.

Guy Pervillé
source

(1) Les Algériens musulmans et la France, 1871-1919, Paris, PUF, 1968.

(2) Texte publié par Charles-Robert Ageron, dans la Revue d’Histoire maghrébine,Tunis, n° 19-20, juillet 1980.

 

 

le FLN : documents et histoire

  • compte rendu de lecture par Abdelkrim Badadja : source

 

 

l'Histoire intérieure du FLN

  • compte rendu de lecture par Fouad Soufi : source

Référence papier : Fouad Soufi, «Meynier Gilbert, Histoire intérieure du FLN, 1954-1962», Insaniyat / إنسانيات, 25-26 | 2004, 309-314.

Référence électronique : Fouad Soufi, «Meynier Gilbert, Histoire intérieure du FLN, 1954-1962», Insaniyat / إنسانيات [En ligne], 25-26 | 2004, mis en ligne le 14 août 2012, consulté le 16 décembre 2017. URL : http://journals.openedition.org/insaniyat/6610

 

 

la question des archives

Gilbert Meynier : D’abord je dois dire que la surabondance d’ouvrages édités pour ce cinquantenaire me laisse pantois. Cependant, aujourd’hui encore, beaucoup de documents font défaut.
Les six wilayas algériennes, j’ai pu les connaître grâce aux archives d’Aix-en-Provence et de Vincennes. Je n’ai reçu aucune réponse des autorités algériennes quant à mes nombreuses demandes de consulter leurs archives.
Ça a donc été un vrai manque qui m’a empêché de poursuivre correctement mes travaux. Je n’ai pas pu aller en Algérie pendant vingt et un ans. Aujourd’hui, j’y suis invité très régulièrement. Le contexte a changé, il est plus apaisé. Une nouvelle génération est là, qui n’a pas connu la guerre d’Algérie, cet entonnoir de l’époque coloniale.

  • Forum des écrivains, du 26 au 28 octobre 2012, Paris, mairie du Ve arrondissement (source)

 

 

Gilbert Meynier sur Charles-Robert Ageron, selon Benjamin Stora

 

Meynier sur Ageron par Stora

  • Benjamin Stora, Les guerres sans fin : un historien, la France et l'Algérie, 2008.

 

vidéos

 

 

 

 

 

Gilbert Meynier sur Études Coloniales

 

  • Il est faux d'affirmer que la colonisation française a été un génocide (avec Claude Liauzu) (2005) (lien)
  • Lettre ouverte à Arte au sujet des "Trois couleurs de l'Empire" (2006) (lien)
  • Avant-propos à L'Algérie des origines (2006) (lien)
  • Coloniser, exterminer : de vérités bonnes à dire à l'art de la simplification idéologique (avec Pierre Vidal-Naquet) - critique du livre d'Olivier Le Cour Grandmaison (2006) (lien)
  • Mise au point factuelle sur les événements de Constantine, 12 mai 1956 et jours suivants (mars 2007) (lien)
  • Du bon usage politique du passé colonial (juin 2007) (lien)
  • "Italiani, brava gente" : l'histoire de l'Italie entre national et colonial (janvier 2008) (lien)

 

 

 

photos

 

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bibliographie

 

L'Algérie révélée 1981 couv

 

Meynier couv

 

Emir Khaled couv

 

FLN docs couv

 

FLN hist int couv

 

Algérie au cœur couv

 

Pour une histoire franco-algérienne couv

 

Meynier couv (1)

 

Deux siècles d'histoire croisée couv

 

dossier : Michel Renard

 

 

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