vendredi 14 septembre 2018

la France au Cameroun, 1919-1960 : un livre de Marc MICHEL

bureau de vote, Yaoundé, Anom
bureau de vote, Yaoundé, 1947, Archives nationales d'outre-mer, base Ulysse

 

 

la France au Cameroun, 1919-1960

un livre de Marc MICHEL

 

 

La France au Cameroun, couv


Le Cameroun faisait partie d’une ancienne colonie de l’Empire allemand confisquée à l’issue de la Première Guerre mondiale, et «confiée» aux vainqueurs par les nouvelles instances internationales mises en place par la Conférence de la Paix en 1919 (la Société des Nations, ancêtre de l’ONU).

La France avait obtenu une partie du Togo et une partie du Kamerun. L’histoire de la France au Cameroun abordée ici est celle du Cameroun oriental, le «Cameroun français» et c’est l’histoire de la politique qu’elle a suivie dans ce pays qui ne fut jamais une colonie «comme les autres».

Après la Seconde Guerre mondiale, dans les débats et les oppositions au colonialisme, la France l’emporta dans le bras de fer engagé contre ses adversaires et elle gagna la bataille d’opinion et d’influence sur le plan international, comme aussi sur place où elle trouva des alliés et des collaborateurs à qui elle transféra finalement le pouvoir.

Aux yeux de ses opposants, elle illustra au Cameroun la politique consistant à «partir pour mieux rester» en laissant l’autorité entre les mains d’une «marionnette» à la tête d’un régime «fantoche» en 1960.

C’est de cette histoire, de ses réalités, de ses ambiguïtés et de sa fin violente dont il est question ici.

Marc Michel, professeur émérite de l’université de Provence, spécialiste de l’histoire contemporaine de l’Afrique, l’histoire coloniale et la décolonisation, a écrit de nombreux ouvrages sur ces sujets. Il a été directeur de la revue Outre-Mers. Revue d’histoire et co-fondateur du site Études Coloniales.

 

affiche Du Congo au Cameroun, Expo, 1922, Anom
affiche Exposition nationale coloniale de Marseille, 1922, Anom, base Ulysse

 

tirailleurs soudanais, Anom
tirailleurs soudanais au Cameroun, 1905-1907, Anom, base Ulysse

 

Yaoundé, bâtiment CFAO, Anom
Yaoundé, bâtiment de la CFAO, Anom, base Ulysse

 

Cameroun, carte, Anom
le Cameroun, après 1946, Anom, base Ulysse

 

 

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samedi 18 août 2018

la traite esclavagiste n'est pas à l'origine de la révolution industrielle, Bernard Lugan

Bernard Lugan, 7 avril 2018 (1)

 

 

la traite esclavagiste n'est pas

à l'origine de la révolution industrielle

Refuser la repentance coloniale

Bernard LUGAN

 

 

 

Extrait de l'intervention de Bernard Lugan au colloque "Fiers d'être Européens"

 

Que nous dit l’école de la culpabilisation européenne ? Elle nous dit que c’est grâce aux profits de la traite européenne que la révolution industrielle européenne s’est produite ; donc la substance volée à l’Afrique est à l’origine de la richesse de l’Europe ; dans ces conditions nous sommes redevables aux Africains d’aujourd’hui qu’il nous faut accueillir… puisque nous les avons pillés et que nous avons bâti notre richesse sur leur dos.

 

l'Europe ne s'est pas enrichie sur la traite

L’histoire, et notamment l’école anglo-saxonne, a fait litière de cela. L’avantage du libéralisme, au sens anglo-saxon, est qu’il n’a pas de tabou. Les découvertes scientifiques faites dans le monde anglo-saxon passent dans la réalité de tous les jours. Alors qu’en France, nous avons de grands chercheurs – Pétré-Grenouilleau, par exemple – qui ont traité la question mais qui n’arrivent pas à franchir le mur du silence parce qu’il y a le cercle de feu.

Pourquoi ? Parce que tous les programmes du Secondaire sont faits par des bolcheviks ou des post-bolcheviks ; parce que les livres du Secondaire sont faits par des gens qui sont partisans de l’école de la culpabilisation, parce que le corps enseignant est décérébré et parce que nos hommes politiques manquent de volonté.

Donc ce que nous savons, nous historiens, c’est que l’Europe ne s’est pas enrichie sur la traite. Je vais prendre l’exemple des Britanniques, de l’Angleterre, du monde britannique. Nos collègues d’Oxford et de Cambridge ont publié depuis vingt ans des sommes considérables, d’énormes livres que personne, malheureusement, ne lit en France…

L’esclavage a-t-il été à l’origine de la révolution industrielle britannique ? Non. Pour trois grandes raisons. Au XVIIIe siècle, à l’époque de l’apogée de la traite, les navires négriers anglais représentaient seulement 1,5% de la flotte commerciale anglaise, moins de 3% de son tonnage. Deuxième point, les historiens britanniques ont montré que la contribution de la traite esclavagiste à la formation du capital anglais se situe annuellement à 0,11%. Et troisième point, les bénéfices tirés de la traite ont représenté moins de 1% de tous les investissements liés à la révolution industrielle anglaise. Alors, certes, des Anglais s’enrichirent, mais pas l’Angleterre.

En France, nous avons les mêmes études. Pétré-Grenouilleau a démontré cela. Il a démontré que la traite n’est pas à l’origine de la révolution industrielle française.

 

Bernard Lugan, 7 avril 2018 (2)

 

comment expliquer...?

Prenons le problème par l’absurde. Comment expliquer, si la traite avait été à l’origine de la révolution industrielle française – qui n’a pas eu lieu au XVIIIe siècle, à l’époque de l’apogée de la traite et alors que le commerce colonial français était supérieur au commerce colonial anglais – comment expliquer que la France n’a pas fait sa révolution industrielle à cette époque ? Pourquoi la révolution industrielle française s’est produite après l’abolition de la traite ? Et enfin, pourquoi cette révolution industrielle s’est-elle faite non pas à Nantes, non pas à Bordeaux mais en Lorraine, dans la région lyonnaise, loin des ports négriers des siècles précédents ?

Si, véritablement, la traite esclavagiste avait été à l’origine des révolutions industrielles européennes, le Portugal constituerait un contre-exemple. Ce pays occupait une place énorme dans la traite sur toute la zone du golfe de Guinée jusqu’en Angola : 60% de la traite provenait de cette région et le Portugal détenait 45% de ces 60%. Si les profits de la traite expliquaient la révolution industrielle, aujourd’hui le Portugal devrait être une grande puissance. D’autant qu’il a décolonisé beaucoup plus tard. Or, le Portugal n’a jamais fait sa révolution industrielle et, jusqu’à son entrée dans l’Europe, était une sorte de tiers-monde.

Que dire, enfin, de l’industrialisation de pays qui n’ont jamais pratiqué la traite – ou seulement d’une manière anecdotique ? Que dire de l’industrialisation de l’Allemagne ? De la Tchécoslovaquie ? De la Suède ? Pays qui n’ont pas pratiqué la traite. Nous sommes donc face à un pur mensonge.

Et ce mensonge a évolué pour dire nous dire aujourd’hui que nous avons introduit la traite en Afrique, provoqué la vente des hommes. Là encore, nous sommes dans le mensonge le plus total.

 

la traite a toujours existé en Afrique

La traite a toujours existé en Afrique. Elle a existé d’une manière traditionnelle mais aussi d’une manière arabo-musulmane. C’est nous qui avons mis fin à cette traite. La réalité, c’est qu’une partie de l’Afrique s’est enrichie en vendant l’autre partie de l’Afrique. La réalité, c’est que la traite des Noirs a été faite par d’autres Noirs, des Noirs qui ont vendu leurs «frères» noirs.

 

traite Atlantique, carte Bernard Lugan

 

Toutes les taches rouges sur la carte montrent les royaumes esclavagistes partenaires des Européens. En effet, les Européens n’allaient pas chasser les esclaves. Pourquoi prendre le risque des maladies, le vomito-negro, les tribus… ? On attendait dans les bateaux, en bonne pratique commerciale, que les partenaires – maîtres du marché et des flux du marché – viennent livrer les hommes qu’ils avaient capturés ou qu’ils avaient achetés à ceux qui les avaient capturés plus au Nord.

Tous ces royaumes ont tiré une fortune considérable de la traite. D’ailleurs, cette zone s’est appauvrie après l’abolition qui a fait disparaître leurs ressources. Ces royaumes ont été rayonnants aux XVIIe, XVIIIe et début du XIXe siècles puis ont disparu au cours du XIXe quand les Européens ont aboli la traite. C’est le moment de la décadence de la zone côtière et de la renaissance de la zone sahélienne. C’est un phénomène parfaitement connu des historiens, qui a fait l’objet de dizaines de thèses. Mais, à la différence de l’Angleterre, ces idées ne passent pas dans la grand public.

 

nous avons libéré les Africains de la traite

Pourquoi l’Angleterre ne connaît-elle pas ce phénomène de la repentance ? Tout simplement parce que les découvertes des universitaires ne sont pas censurées par la doxa officielle. En France, nous sommes dans une Albanie mentale et dans le dernier pays post-marxiste.

Un exemple. En 1750, Tegbessou, le roi du Dahomey – grand royaume esclavagiste – vend chaque année plus de 9 000 esclaves, que ses forces capturaient plus au Nord, aux négriers européens. Les revenus qu’il en tirait – calculés par les historiens britanniques – infiniment supérieurs à ceux des armateurs esclavagistes de Liverpool ou de Nantes.

Ces points autorisent à dire que nous n’avons pas pillé l’Afrique à l’époque de la traite. Non seulement nous ne l’avons pas pillée mais c’est nous qui avons libéré les Africains de la traite.

Bernard Lugan
historien, universitaire
directeur de la revue L'Afrique réelle
7 avril 2018, source

 

Bernard Lugan, 7 avril 2018 (3)

 

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samedi 11 août 2018

La dimension religieuse de la guerre d'Algérie : Roger Vétillard remet les pendules à l'heure

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Roger Vétillard

remet les pendules à l'heure

par Jean MONNERET

 

«La guerre d'Algérie (1954-1962) a revêtu une dimension religieuse, manifestement, négligée ou ignorée des historiens de tous bords qui ont choisi de l'étudier à l'aune d'une vision anticoloniale ou anticommuniste» indique la quatrième de couverture du dernier livre de Roger Vétillard (1).

Il est bon que soient rappelées d'aussi saines vérités, si l'on songe au déferlement de désinformation auquel, depuis trente ans, nous sommes soumis en la matière. Que la dimension religieuse de la guerre d'Algérie ait été négligée ou délibérément ignorée, c'est peu dire. Elle fut soigneusement occultée.

les "frères", pas les "compatriotes"

Une bonne part de l'intoxication des milieux intellectuels et journalistiques français fut, à cet égard, l'œuvre de la Fédération de France du FLN, secondée par les habituels «idiots utiles» de recrutement local. Lesquels, en l'occurrence se révélèrent plus utiles qu'idiots, et même, redoutablement efficaces.

Ainsi, lorsqu'en 1956, se répandirent divers documents du Congrès de la Soummam du FLN, ces agents d'influence en mirent systématiquement quelques uns en exergue : l'autogestion ouvrière, la réforme agraire, et les appels aux Juifs d'Algérie.
  Ces derniers, tenus justement pour autochtones et d'abord considérés comme «frères», furent, après publication, simplement désignés comme
  «compatriotes». L'impact de ce texte n'en fut pas moins considérable, non pas chez les intéressés, qui le reçurent avec une notable indifférence, mais, dans les couloirs de l'ONU. C'est du moins de qu'affirmera plus tard Mohammed Lebjaoui, ex-responsable de la Fédération de France (2).

Tout cela était assez largement dû à André Mandouze, auteur chez Maspéro de La révolution Algérienne par les textes. Ce livre contribua d'importance à persuader notre intelligentsia jobarde que le FLN était un groupe de sympathiques résistants, animés de sentiments socialisants et, de surcroît, laïques.

Ce dernier point fut facilité par le fait que la Fédération de France fut la seule organisation des indépendantistes algériens à se déclarer telle. Il en résulta un effet d'optique : les porte-coton du FLN crurent que le tout ressemblait à la partie qu'ils côtoyaient. Bien sûr, certains hebdomadaires et quotidiens contribuèrent aussi, dans une vaste mesure, à masquer la nature réelle de la rébellion algérienne et l'horreur de son terrorisme.

 

El Moudjahid, 1958
El Moudjahid, 1958

 

D'autres furent relativement plus lucides. J'ai souvenir d'un article où Charles-Robert Ageron commentait le fait que le journal du FLN s'appelât El Moudjahid, donc, en français, le djihadiste. Pourquoi s'interrogeait-il alors n'ont-ils plutôt choisi le mot rafiq, camarade, courant chez les socialo-communistes ? La réponse s'imposait d'elle même : parce qu'ils n'étaient pas socialo-communistes mais islamistes.


Pourtant, ceux qui voulaient savoir savaient. Roger Vétillard, avec la minutie et le sérieux qu'on lui connait, détaille les mille et un textes et prises de position des chefs révolutionnaire algériens, ne laissant aucun doute sur leurs préoccupations religieuses. Ils sont innombrables.

Cela ne signifie pas, pour autant, que la rébellions ait été unie lorsqu'il s'agissait d'envisager l'avenir du pays. À ce jour encore, les militants Kabyles restent hostiles à l'arabo-islamique pour des raisons que l'on comprend. Et ils ont l'impression (très fondée) d'avoir été floués, eux, qui les premiers, parlèrent d'Algérie algérienne (3).


Il n'en demeure pas moins que l'idéologie arabo-islamique a triomphé avec Ben Bella et Boumedienne. Ce qui était dans la logique des choses ; n'en déplaise aux amis parisiens de cette révolution. Ils n'avaient pas vu ce qui crevait les yeux.

Dans cet ordre d'idées, on nous permettra de rappeler le livre d'un autre Roger (Le Doussal est son patronyme). L'auteur découvrit pendant le conflit, que le regroupement des révoltés algériens se faisait, non autour de la Nation, du Nationalisme, d'un drapeau ou de l'Histoire mais autour de la guerre sainte... dont la résurgence... «si étrangère à la mentalité laïque (m'avait paru), naïvement rangée dans les oubliettes du Moyen-Age» (4). Cette expérience pratique et directe d'un responsable du maintien de l'ordre le rendait évidemment imperméable à la propagande de ceux qu'il combattait. D'où son témoignage. Bravo aux deux Roger !

Jean Monneret

 

1 - La dimension religieuse de la guerre d'Algérie, préface de G. Mathias, éd. Atlantis.
2 - Mohamed Lebjaoui, Vérités sur la révolution algérienne, Gallimard, 1970.
3 - Notamment en 1948, lors de la crise «berbériste» qui secoua le M.T.L.D.
4 - Roger Le Doussal, Commissaire de police en Algérie, éd. Riveneuve, p. 225-256.

 

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vendredi 10 août 2018

Roger Vétillard, tous ses livres et articles

Roger Vétillard, couvertures

 

 

Roger Vétillard

tous ses livres et articles

sur Études Coloniales

 

 

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La Dépêche, 15 septembre 2017

 

 

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Roger Vétillard

 

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jeudi 9 août 2018

proposition de loi, massacre Oran 5 juillet 1962

Oran, 5 juillet 1962 (1)Oran, 5 juillet 1962 (2)

 

 

proposition de loi

visant à reconnaître le massacre

de la population française à Oran

le 5 juillet 1962

 

Proposition de loi présentée par Laurence Trastour-Isnart, Michèle Tabarot, Patrice Verchère, Éric Pauger, Bernard Brochand, Éric Ciotti, Bernard Deflesselles, Éric Diard.

Laurence Trastour-Isnart (2)

 

proposition loi Oran 62 (1)

proposition loi Oran 62 (2)

proposition loi Oran 62 (3)

proposition loi Oran 62 (4)

proposition loi Oran 62 (5)

 

 

Laurence Trastour-Isnart (1)
Laurence Trastour-Isnart, Nice-Matin, 21 juin 2017

 

 

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dimanche 5 août 2018

Jean-Paul Faivre, biographie

Jean-Paul Faivre, L'Expansion française dans le Pacifique (1953)

 

 

Jean-Paul Faivre, biographie *

l'historien oublié de l'océanisme

Michel RENARD

 

Jean-Paul Faivre (XXe siècle) est un historien injustement oublié. Il était spécialiste de l'océan Pacifique et de l'océan Indien aux époques pré-coloniale puis coloniale, ainsi que des voyages maritimes.

Collaborateur régulier du Journal de la Société des océanistes, de la Revue française d'histoire d'outre-mer, et du Bulletin de la Société d'histoire moderne.

 

îles Marquises, photo 2
îles Marquises

 

I - Biographie

1 - Repères

Curieusement, il n'existe aucune biographie, aucune notice nécrologique, aucun écrit in memoriam qui fournirait des renseignements personnels et d'état civil sur Jean-Paul Faivre. Les sociétés savantes auxquelles il a appartenu comme les revues pour lesquelles il a fourni des centaines de chroniques (Journal de la Société des océanistes, Revue française d'histoire d'outre-mer) n'ont jamais honoré sa mémoire.

Seul, le Répertoire des agrégés de l'enseignement secondaire (1809-1960) livre la date à laquelle il a été reçu à l'agrégation d'histoire : 1933 ; en précisant qu'il était ancien élève de l'ENS (1).

À cet indice, s'ajoute une allusion de Jean-Paul Faivre dans un compte rendu du livre d'Émile de Curton (1908-1993) (2), Tahiti 40. Récit du ralliement à la France Libre des Établissements français d'Océanie (1972) : «Nous avons eu l'honneur de rencontrer le docteur de Curton, ancien gouverneur de Tahiti pour la France Libre, en 1945 à Paris, alors que nous étions chargé d'une étude sur le ralliement pour le premier numéro du Journal des Océanistes. Un homme de la même génération que nous...» (3), qui permet de suggérer qu'il est né autour de 1910.

Aucun renseignement connu ne permet de préciser la date de sa mort. La seule indication disponible est relative à la disparition de toute mention de ses publications après l'année 1976.

Jean-Paul Faivre habitait au n° 9 de la rue de Maubeuge à Paris (9e arr.).

 

2 - Carrière professionnelle

Jean-Paul Faivre, professeur agrégé d'histoire (4), a enseigné à Paris, au lycée Rollin (5) (6) devenu, en 1944, lycée Jacques-Decour (7).  Il y est resté jusqu'à la fin de sa carrière.

Il est docteur ès lettres en 1952, avec une thèse principale sur l'expansion française dans le Pacifique (1800-1842) soutenue en Sorbonne le 23 février de cette année-là. Le jury de thèse comprenait notamment : Pierre Renouvin, Charles-Hippolyte Pouthas, Charles-André Julien (8). En 1962, est publiée sa thèse complémentaire : Le contre-amiral Hamelin et la marine française.

 

lycée Rollin Decour
lycée Rollin devenu Jacques-Decour (Paris)

 

 

II - Activités scientifiques

1 - Société des océanistes

Dès la création de la Société des océanistes, Jean-Paul Faivre en devient membre et participe à ses activités (9). Le 26 janvier 1945, par exemple, il y fait part de son travail sur «Le ralliement à la France Libre des colonies du Pacifique» (10).

Le 20 mai 1949, il : «commente un projet de Musée de l'Homme, datant du début du XIXe siècle, dont il a trouvé la trace dans ses recherches concernant l'expédition Baudin et dont il nous expose les principales lignes en en soulignant toute la modernité» (11).

 

Journal de la Société des océanistes, n° 1, décembre 1945

 

Le 27 mai 1955 : «la parole est donnée à M. Jean-Paul Faivre, docteur ès lettres, qui, à propos des récentes commémorations en l'honneur du cinquantenaire de la mort de Jules Verne, nous donne lecture d'une communication fort érudite concernant : Jules Verne et l'exotisme indien à la fin du XIXe siècle. Le conférencier, après une étude très poussée des sources de la vie de Jules Verne et une relecture de ses œuvres, nous dit les interférences de l'Océanie dans les œuvres du grand visionnaire, tant dans la navigation maritime et sous-marine, que dans ses anticipations aériennes. L'intérêt de cette étude justifiera sa publication dans les miscellanées du prochain numéro du journal (12). La séance est levée à 18 h 30 après de nombreuses précisions données par M. Jean-Paul Faivre à des auditeurs curieux ou érudits. Elle groupa 32 personnes» (13).

  • Jean-Paul Faivre assure une rubrique régulière de comptes rendus de lecture dans le Journal de la Société des océanistes, particulièrement les parutions en langue anglaise.

 

2 - Centre de recherches historiques pour le Pacifique

Le Centre a été créé en mars 1973 sous la présidence du pasteur Raymond Leenhardt (14) et la vice-présidence de Jean-Paul Faivre. Il publie les Cahiers d'histoire du Pacifique. Son siège est à l'Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco) (15).

 

 3 - Société d'histoire moderne

Jean-Paul Faivre appartenait à la Société d'histoire moderne et participait régulièrement à ses séances de travail. Il fournissait des comptes rendus de lecture à son bulletin (16)

 

Société d'histoire moderne, bulletin, 1965

 

 

Atuona
village d'Atunoa, îles Marquises, Polynésie française

 

 

III - Œuvres et travaux

1 - L'expansion française dans le Pacifique, 1800-1842

A - La soutenance de thèse

La thèse de Jean-Paul Faivre, L'expansion française dans le Pacifique, 1800-1842, a fait l'objet de plusieurs analyses pas toujours concordantes. Comme de tradition, la soutenance - selon le compte rendu de René Rémond - a vu certains éléments du jury contester des aspects du travail présenté, par exemple, ses limites chronologiques :

  • «les vastes sujets font-ils les grands sujets ? ne sont-ce pas de faux beaux sujets ? Et d'abord les dimensions arrêtées par M. Faivre ne font-elles pas du sien un trop vaste sujet ? M. Renouvin ne semble pas loin de le penser ; M. Pouthas le déclare positivement : à son avis, M. Faivre eût bien fait de le limiter plus strictement, il eût ainsi évité de flotter entre trois sujets qui le sollicitent tour à tour : l'expansion française, et même européenne, dans le Pacifique proprement dit, la pénétration en Extrême-Orient, enfin la politique française sur la façade ouest de l'Amérique du Sud. En manière de contre-partie, M. Pouthas eût volontiers vu le sujet prolongé jusqu'en 1848, au lieu d'être borné à la date de 1842, dont il conteste la signification» (8).

Les approbations du jury compensaient les critiques :

  • «quinze années de minutieuses investigations ont patiemment assemblé les matériaux, lentement disposé les éléments. À ce travail de préparation, celui qui exige les plus longs délais, M. Faivre a apporté un certain nombre de qualités très appréciables, car ce sont celles qui font le chercheur scrupuleux et le probe érudit : la conscience, la prospection méthodique et aussi la curiosité d'esprit, le goût du détail révélateur. Animées par son amour de la mer et sa tendresse pour les marins, elles font de M. Faivre le bon historien naval auquel M. Renouvin décerne un brevet mérité» (8).

Défaut d'interprétation d'ensemble ?

Le reproche principal concerne l'élucidation globale, par-delà la masse de connaissances révélées :

  • «M. Faivre a le goût de la chronique, mais son procédé d'exposition, presque exclusivement narratif, le montre trop. L'histoire, c'est sans doute le récit, mais c'est aussi un essai d'explication. Or, M. Faivre ne s'y est risqué que trop rarement, par intermittences, et comme de biais : peut-être par excès de modestie. C'est ainsi que, d'un ouvrage riche en renseignements (qui contient entre autres des indications assez neuves sur le commerce français en Amérique du Sud), et d'une utilité certaine, M. Renouvin est amené à dire que l'horizon de l'historien est étriqué : le reproche a de quoi surprendre pour un sujet de dimensions aussi vastes, mais son horizon intellectuel n'est pas à la mesure de ses proportions géographiques. M. Faivre n'a pas formulé assez d'hypothèses, il a pêché par défaut d'imagination comme par excès de minutie, les deux vont au reste de pair. De cette expansion dans le Pacifique, il ne propose pas une interprétation d'ensemble» (8).

 

baie de Matavai, Tahiti, 1776
baie de Matavai, Tahiti, peinture de William Hodges, 1776

 

B - La portée de la thèse

 Pierre Chaunu - qui travaillait alors à sa propre thèse (Séville et l'Atlantique, 1504-1650) (17) depuis des années -, a rendu compte de la thèse de Jean-Paul Faivre dès sa publication et contrebalancé les critiques formulées lors de la soutenance :

  • «Jean-Paul Faivre a eu le mérite d'éclairer un point important d'histoire avant lui obscur : le rôle de la France dans l'océan Pacifique de la première moitié du XIXe siècle. On pourra discuter son cadre chronologique ; il était dicté par un vide bibliographique. Jean-Paul Faivre est allé droit à nos ignorances. Il les a comblées, parfois au delà de toutes espérances» (18).

Il en résume les trois branches qui correspondent aux grandes articulations de la vie politique française :

  • «La période du Consulat et de l'Empire n'a été, dans ce domaine, que l'objet d'une activité intermittente et sporadique : l'expédition Baudin (19 octobre 1800 - 16 avril 1804), plus scientifique que politique, et, de 1808 à 1811, une domination formelle sur l'Insulinde batave. La Restauration serait un vide, sans la façade d'une Amérique latine en procès d'émancipation qui s'ouvre alors au commerce étranger, même français. Plus de 150 pages, enfin, sont heureusement consacrées aux réalisations de la Monarchie de Juillet. Au moment où l'Angleterre brise le mur d'isolement de la Chine et jette un peu par inadvertance les fondations d'une Australasie britannique, la France, partie pour faire pièce à l'Anglais, pour soutenir les mission scatholiques, partie, aussi, pour affirmer une présence jugée nécessaire à notre commerce sur la côte américaine du Pacifique, prend possession des Marquises et établit son protectorat sur Tahiti (18).

Le Pacifique n'est pas un

Pour Pierre Chaunu, la grande difficulté à laquelle s'est heurtée Jean-Paul Faivre : «résidait dans l'absence totale d'unité de l'espace envisagé».

  • «Le Pacifique n'est pas un, dans la première moitié du XIXe siècle. Il n'existe plus et, de toute manière, le rôle de la France y est second. (...) Pour qu'il existe ce Pacifique, il faut attendre, en fait, autour et au delà de 1850, le débouché sur l'autre océan des États-Unis, et vingt ans après le Meiji. (...) Dans la première moitié du XIXe siècle, le pont permanent entre les deux rives n'existe pas, moins qu'avant et sans que rien n'annonce encore les lignes qui, plus tard, joindront l'Amérique-Pacifique à l'Extrême-Orient. Comment en irait-il autrement, avant l'or de la Californie, avant les premiers chemins de fer transcontinentaux, avant que la Chine ne s'entr'ouvre et que le Japon ne s'ouvre ? ce morcellement, le livre de Jean-Paul Faivre le traduit et le subit : en fait, dans chacune de ses articulations chronologiques, on retrouve les trois Pacifiques qu'il faut distinguer : une bordure extrême-orientale, un Pacifique des îles et une côte Pacifique de l'Hispano-Amérique» (18).

 

Carte_de_l'océan_Pacifique,_1906

 

L'historien se concentre sur le Pacifique des îles, celles que «les Bougainville et les Cook ont découvertes dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle» :

  • «Jean-Paul Faivre en fait admirablement l'histoire détaillée sous l'angle français. (...) On saura désormais, par le moindre détail, comment l'occupation française des Marquises et le protectorat tellement controversé, alors, de la France sur Tahiti résulta, en 1842, du dépit d'avoir laissé échapper la Nouvelle-Zélande, des rivalités missionnaires indissolublement liées au nom de Pritchard, mais surtout de la nécessité pour soutenir le commerce français sur la côté hispano-américaine du Pacifique, d'une base solide dans le grand Océan» (18).

Le Pacifique français : la côte Pacifique de l'Amérique latine ?

C'est l'aspect du livre de Jean-Paul Faivre qui paraît à Pierre Chaunu «le plus intéressant et le plus riche d'enseignement» :

  • «Le Pacifique français n'est-ce pas, paradoxalement, la côte Pacifique de l'Amérique latine ? Dans ce domaine, le commerce, et partant la présence française, a, depuis les premières années du XVIIIe siècle, de solides racines. Il vient dès l'Indépendance, très tôt, en deuxième position, loin derrière l'Anglais, mais avant le Yankee. Jean-Paul Faivre a le mérite de l'avoir bien établi, pour une Amérique hispanique qui, même au sortir de l'Indépendance, est encore - nous en sommes intimement convaincus - héritière en cela de l'époque coloniale, une Amérique Pacifique. Jean-Paul Faivre nous montre le triomphe, dans le Chili ou le Pérou naissant, des modes françaises. Le commerce français atteint l'élite, le commerce anglais, la masse indienne et métisse. Et avec le commerce, les biens culturels eux aussi pénètrent» (18).
  • «Et, finalement, dans cet espace Pacifique qui a perdu le semblant d'unité de la période coloniale, sans avoir encore atteint celle que lui conféreront la conquête de l'Ouest nord-américain, le steam-ship et l'ouverture commerciale du monde sino-nippon, l'Amérique hispanique Pacifique n'est-ce pas, dans l'espace délimité par Faivre, la meilleure et la plus sûre conquête française, une conquête culturelle que le hasard des batailles ne risquait pas de compromettre ?» (18).

 

Plaza_de_la_Independencia_(1910)
place de l'Indépendance à Concepción (Chili), 1910

 

 

2 - Jules Verne et le Pacifique

Jules Verne n'a pas connu le Pacifique. Et pourtant, par ses lectures, sa curiosité géographique, sa connaissance pratique des manœuvres à la voile et ses rencontres, il a donné de cet océan une image différente de celle que l'Europe avait eu au siècle précédent grâce aux explorations maritimes. Sur 72 ouvrages de l'écrivain, 29 touchent plus ou moins au Pacifique. Jean-Paul Faivre a analysé le rôle de cet océan dans l'œuvre de Jules Verne (12).

  • «Dans le Pacifique de Jules Verne, s'affrontent toujours, depuis le XVIIIe siècle, les races autochtones et les Blancs. Autant qu'un Kipling, il est ingénument convaincu de la supériorité de l'homme blanc et de sa mission civilisatrice. Même à un Indien européanisé comme Nemo, Cyrus Smith enseigne qu'on ne lutte pas victorieusement contre une évolution nécessaire et somme toute bienfaisante (L'Île mystérieuse, 3e partie, p. 573). Les seuls héros de couleur sont ceux des Tribulations d'un Chinois : souvenir de Voltaire ou de Montesquieu, hommage à une vieille et délicate civilisation, ou à un grand pays qui, faiblement encore, se modernise (Kin-fo utilise électricité, téléphone, phonographe)» (12).
  • «Mais l'homme de la nature n'habite plus les îles comme au temps de Bougainville, la Nouvelle-Cythère (20) a disparu, malgré l'émerveillement du “quatuor concertant” de l'Île à hélice devant la beauté tahitienne. Ici, l'indigène n'est que partie du décor» (12).
  • «Jules Verne partage le point de vue du naturaliste Leschenault qui écrivait dès 1802 : “Pour moi, je pense... qu'on ne sauroit trop se méfier d'hommes dont la civilisation n'a pas adouci le caractère”. Comme les Sioux ou les bandits mongols pilleurs de trains (Claudius Bombarnac), les anciens Taï-pings qui piratent autour de la Grande Muraille (Tribulations...), les descendants des Incas qui mettent Lima à feu et à sang (Martin Paz), les insulaires du Pacifique jouent le même rôle que ces cataclysmes dont Jules Verne est si friand : celui d'éprouver ses héros, de présenter à leur constance les obstacles à vaincre dans cette lutte contre les forces hostiles qui constitue le fond des Voyages extraordinaires. Son ethnographie est encore pauvre, malgré l'abondance des descriptions didactiques. Le morceau le plus réussi, familier à tous les lecteurs des Enfants du capitaine Grant, c'est l'évocation des funérailles d'un chef Maori et du tabou, inspirée librement mais fidèlement d'un article de Dumont d'Urville (Revue des Deux Mondes, 1831, vol. 3, p. 197-214). Mais ces races sont condamnées par l'impact de la civilisation» (12).
  • «On ne s'étonnera pas que Jules Verne ait choisi le Pacifique comme théâtre des épreuves de tant de ses héros. Immense océan, presque aux antipodes de l'Europe, toujours auréolé de mystère, mis à la mode par les grandes découvertes du siècle précédent. On pouvait encore tout y trouver, tout pouvait arriver, toute cité nouvelle pouvait s'y élever. La civilisation d'un âge positif en effleurait les bords, la barbarie y régnait encore, les outlaws ou les proscrits volontaires pouvaient toujours s'y réfugier. Des naufragés ignorés ont pu y attendre la fin de la dernière guerre. Mais le merveilleux de Jules Verne reste géographique : pas de races légendaires, d'utopies symboliques à la Butler (Erewhon) ou à la Melville (Mardi). Explorateurs et géographes, actualité et faits divers, servent de point de départ à ses constructions. Lointain, certes, le Pacifique lui était pourtant assez familier et le devenait assez aux yeux des lecteurs, pour donner à la fiction l'accent de la vérité» (12).

 

Verne Voyages extraordinaires, Hetzel, couv
Jules Verne, Voyages extraordinaires

 

 

3 - Le contre-amiral Hamelin et la marine française

Dix ans après sa thèse principale, Jean-Paul Faivre publie sa thèse secondaire en 1962 : Le contre-amiral Hamelin et la marine française. Il ne faut pas confondre Emmanuel Hamelin, né à Honfleur (1768-1839), le contre-amiral - celui dont parle Jean-Paul Faivre - avec son neveu Ferdinand Hamelin, né à Pont-l'Évêque (1796-1864), qui fut amiral sous le Second Empire.

 

Honfleur,_place_Hamelin,_cpa
Honfleur, la place Hamelin

 

L'ancien administrateur colonial Hubert Deschamps rend compte de ce travail dans la Revue française d'histoire d'outre-mer :

  • «En bon historien, il n'a pas recherché le héros exceptionnel mais l'homme moyen, significatif d'une époque. Hamelin n'a rien de brillant ; ce n'est ni un homme de lettres, ni un homme de cour ; il ne s'est signalé ni par une victoire ni par une défaite à l'échelon national. C'est un pur marin, l'incarnation même de la marine française révolutionnaire et impériale. (...) il est assez mal vu sous l'Empire par le ministre courtisan Decrès dont la pusillanimité, suggère M. Faivre, fut une des raisons des échecs maritimes napoléoniens. (...) À travers lui, dans cette biographie d'une haute qualité, dense, bourrée de faits, l'auteur a su évoquer, à sa manière exacte et minutieuse, l'histoire des océans, des découvertes et de la marine de son temps, avec ses déficiences et ses grandeurs» (20).

Dans le Bulletin de la Société d'histoire moderne, l'historien François Gadrat (21) signale ce travail sur le contre-amiral Hamelin :

  • «Cet Emmanuel Hamelin, non encore amiral, M. Faivre, l'avait déjà rencontré, tout au début d son ouvrage capital sur L'Expansion française dans le Pacifique (1800-1842). Il figurait dans la mission Baudin chargée par le Premier Consul d'une reconnaissance dans les mers australes pour y dénicher quelque Terre Napoléon. (...) Appelé sous la Révolution à servir dans la marine de guerre, il ne tarde pas à émerger en raison d'une expérience qui le distinguait de tant de chefs improvisés. (...) Sous l'Empire, une nouvelle randonnée dans les mers australes, cette fois dans l'océan Indien, devait confirmer sa réputation. Sous les ordres du général Decaen, il y pratiqua la guerre de course, onéreuse aux Anglais, et il y maintint jusqu'en 1810 le pavillon national. (...) Parvenu au rang de contre-amiral et à la dignité de baron, lorsqu'en 1814 les Bourbons furent restaurés, il ne demandait qu'à les servir maintenant que les mers étaient redevenues libres. Il dut attendre, pour un nouvel emploi, la guerre d'Espagne en 1823. Bloquer Cadix où les libéraux espagnols retenait le roi, Ferdinand VII, telle était sa mission. (...)» (22).
  • «Dans cet ouvrage abondamment documenté, on trouve mieux qu'une simple biographie, car, fidèle au titre, M. Faivre ne cesse pas d'associer son personnage aux vicissitudes d'une marine que Napoléon aurait bien aimé relever de ses défaites d'Aboukir et de Trafalgar. Compromis par les clauses du premier traité de Paris, ce redressement ne put être repris dès ses débuts par la Restauration. L'auteur avance qu'il aurait pu être hâté si les avis du contre-amiral Hamelin avaient été pris en considération, mais ce roturier ne fut jamais bien en cour» (22).

 

Voyage autour du monde, Bougainville, édition 1772

 

 

IV - Programmes scolaires

Au double titre de spécialiste et de professeur de lycée, Jean-Paul Faivre s'est souvent préoccupé de la place des grandes expéditions maritimes dans les programmes de l'enseignement secondaire.

  • «La belle histoire de la découverte du Monde vient, pour des raisons qui nous échappent, de disparaître presque totalement des programmes scolaires. Même les gens les plus cultivés n'en connaissent que les aspects pittoresques et, lorsqu'il s'agit de Tahiti, érotiques. Rares, très rares sont, même dans notre enseignement supérieur, les spécialistes qui la connaissent» (23).
  • «Si l'histoire de la découverte du monde a disparu des programmes scolaires et, malgré un Le Gentil (24) ou l'ouvrage collectif auquel ont collaboré entre autres nos collègues Mollat (25) et Charliat (26), est en général ignorée dans notre enseignement supérieur, il n'est que plus urgent de signaler la thèse récente de Jean-Étienne Martin-Allanic (27), qui renouvelle un sujet à la fois trop connu et par trop méconnu. Une étude presque exhaustive des sources imprimées, et complète des sources d'archives, privées et publiques, françaises et étrangères, a permis de replacer Bougainville à son rang - le premier - parmi les navigateurs de son temps et l'un des premiers parmi ceux de tous les temps (...)» (28).

 

colonies françaises d'Océanie
colonies française d'Océanie, manuel scolaire, 1938

 

 

V - Publications de Jean-Paul Faivre

1 - Ouvrages

  • L'expansion française dans le Pacifique, 1800-1842, éd. Nouvelles éditions latines, 1953.
  • Le contre-amiral Hamelin et la marine française, éd. Nouvelles éditions latines, 1962.

 

21712214005        Jean-Paul Faivre, Le contre-amiral Hamelin et la marine française (1963)

 

2 - Préfaces

  • Aux origines de l'anthropologie française. Les Mémoires de la Société des Observateurs de l'Homme en l'an VIII, Jean Copans et Jean Jamin, éd. Le Sycomore, 1978, p. 11-23.

 

3 - Articles

Auteur de très nombreux comptes rendus de lecture dans le Journal de la Société des océanistes : 106 publications de 1945 à 1974 ; et dans la revue Outre-Mers. Revue d'histoire : 69 publications de 1955 à 1975 (29). Il livre aussi le fruit de ses lectures au Bulletin de la Société d'histoire moderne.

 

Michel Renard

 

* Je reprends la matière (texte et images) d'un article que j'ai rédigé pour une encyclopédie en ligne. Je l'ai légèrement modifié (ajouts) et j'ai enrichi l'iconographie.

 

Notes

1 - Les agrégés de l'enseignement secondaire. Répertoire 1809-1960 [archive]. Sa qualité de normalien reste à vérifier, on n'en trouve aucune mention ultérieure.

2 - Émile de Curton, 1908-1993 : notice data.bnf.fr [archive].

3 - Jean-Paul Faivre, «Curton, Émile de, Tahiti 40. Récit du ralliement à la France Libre des Établissements français d'Océanie», Journal de la Société des océanistes, n° 42-43, tome 30, 1974, p. 128 [archive].

4 - «Procès-verbaux des séances de la Société», Journal de la Société des océanistes, tome 4, 1948. p. 140 [archive].

5 - «Au printemps de cette année [1950], Yves Person, que j'ai connu élève au lycée Rollin, se présentait à moi aux Archives de France et me parlait de certaines recherches qu'il y poursuivait.», Jean-Paul Faivre, «Les origines de la colonisation française en Nouvelle-Calédonie, d'après un travail récent», Journal de la Société des océanistes, tome 6, 1950, p. 241 [archive].

6 - «Chronique de l'histoire coloniale. L'Océanie et le Pacifique (1939-1955)», Jean-Paul Faivre, Revue d'histoire des colonies, tome 42, n° 148-149, 1955. p. 450 [archive].

7 - «Une économie polynésienne primitive : Tikopia», Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, 3ᵉ année, n° 1, 1948. p. 98 [archive].

8 - Compte rendu par René Rémond dans la Revue historique, 1953 [archive].

9 - Il devient membre du Conseil de la Société en juin 1952 ; cf. «Procès-verbaux des séances de la Société», Journal de la Société des océanistes, tome 8, 1952, p. 266 [archive].

10 - «Assemblée extraordinaire du 22 décembre 1944 suivi des Procès verbaux des séances de la Société», Journal de la Société des océanistes, tome 1, 1945, p. 120 [archive].

11 - «Procès-verbaux des séances de la Société», Journal de la Société des océanistes, tome 5, 1949, p. 173 [archive].

12 - «A propos d'un cinquantenaire : Jules Verne (1828-1905) et le Pacifique. Contribution à l'étude de l'exotisme océanien au XIXe siècle», Journal de la Société des océanistes, tome 11, 1955, p. 135-147 [archive].

13 - «Procès-verbaux des séances de la Société», Journal de la Société des océanistes, tome 11, 1955, p. 127 [archive].

14 - Raymond Leenhardt (1903-1982), fiche data.bnf.fr [archive].

15 - Jean-Claude Nardin, «Le Centre de recherches historiques pour le Pacifique» Revue française d'histoire d'outre-mer, tome 63, n° 230, 1er trimestre 1976, p. 144 [archive].

16 - Bulletin de la Société d'histoire moderne, n° 4, 1965 [archive].

17 - De 1955 à 1957, Huguette et Pierre Chaunu ont publié les sept volumes des cent cinquante ans de la comptabilité portuaire de Séville avec l'Amérique. Sur le base de cet énorme matériau, Pierre Chaunu avait soutenu sa thèse en 1954. Cf. le compte rendu de Pierre Goubert [archive] et la note critique de Fernand Braudel [archive].

18 - Pierre Chaunu, compte rendu dans la Revue historique, 1956, p. 150-153 [archive].

19 - Nom donné par Bougainville à Tahiti.

20 - Hubert Deschamps Hubert, «Jean-Paul Faivre : Le contre-amiral Hamelin et la marine française», Revue française d'histoire d'outre-mer, tome 49, n° 174, premier trimestre 1962, p. 148-149 [archive].

21 - François Gadrat (1891-1971) ; cf. sa nécrologie [archive].

22 - François Gadrat, Bulletin de la Société d'histoire moderne , n° 1, 1963, p. 13-14 [archive].

23 - Jean-Paul Faivre, «Bougainville, d'après un ouvrage récent : Bougainville navigateur et les découvertes de son temps, par Jean-Étienne Martin-Allanic», Revue française d'histoire d'outre-mer, tome 52, n° 186, premier trimestre 1965. p. 140-146 [archive].

24 - Georges Le Gentil (1875-1953) est notamment l'auteur d'une Découverte du monde (1954) [archive].

25 - Michel Mollat du Jourdain (1911-1996) est un historien médiéviste.

26 - Pierre-Jacques Charliat (1900-1984) est notamment l'auteur d'une collective Histoire universelle des explorations (1957) [archive] ; cf. sa notice data.bnf.fr. [archive].

27 - Jean-Étienne Martin-Allanic (1886-1968) ; cf. sa notice nécrologique [archive] par Patrick O'Reilly.

28 - Jean-Paul Faivre, Bulletin de la Société d'histoire moderne , 1965, p. 34 [archive].

29 - Faivre, Jean-Paul, notice des contributions, site Persée.fr [archive].

 

îles Marquises, photo
îles Marquises

 

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mercredi 25 juillet 2018

la navigation sur le Mékong, découverte d'une chaloupe française en Thaïlande (Frédéric Pécout, Inrap)

le Massi sur le Mékong, postée en 1909

 

 

 

la navigation sur le Mékong

découverte d'une chaloupe française en Thaïlande

Frédéric Pécout, Inrap

 

 

Plan

Introduction et méthodologie

1 - Localisation

2 - Les données de la découverte

3 - Historique de la navigation sur le fleuve Mékong

  A – Le fleuve Mékong

  B – La présence française, le commerce, la navigation

  C – Sur le plan local (Mékong), que se passe-t-il ?

  D – La navigation sur le Mékong au Laos et dans le secteur de la découverte

4 - Expertise de la chaloupe à vapeur

Conclusion

Discussion et critique

Bibliographie

Annexes

Études complémentaires

Listes des figures

 

_____________________

 

ajout iconographique par Études Coloniales

 

cours du Mékong (1)
le cours du Mékong

 

cours du Mékong (2)
le cours du Mékong

 

Haïphong, chaloupe française l'Agnès
chaloupe française L'Agnès, à Haïphong (Tonkin)

 

Haïphong, chaloupe fluviale
chaloupe fluviale à Haïphong (Tonkin)

 

Auguste Pavie, 1895
Auguste Pavie et les membres de la Commission franco-anglaise du Haut-Mékong, 1895

 

Auguste Pavie, 1895, verso

 

 

_____________________

 

 

Introduction et méthodologie

À la suite de la découverte de l’épave d’une chaloupe française à vapeur dans le fleuve Mékong en Thaïlande, la conservatrice du musée de Ban Chiang (Madame Le Chef du Musée National de Ban Chiang, Mme S. Yuanyaidee), nous a sollicités pour réaliser une expertise archéologique et historique. Cette étude permet de retracer l’histoire de la navigation et du commerce sur le Mékong, des différentes compagnies de navigation françaises présentent durant de très nombreuses années et d’apporter des indices pouvant identifier cette épave.

Une méthodologie d’analyse rigoureuse a été mise en place. Plusieurs déplacements ont été réalisés, à Paris aux Archives de la Bibliothèque de France, à Vincennes aux Archives du ministère de la Défense, à Nantes aux archives Marines du Bureau Véritas et aux archives Dubigeon (archives de la Maison des Hommes et des Techniques), à Fréjus, Nice et Aix-en-Provence afin d’étudier les Archives d’Outre-Mer.

Il est à noter qu’une bonne partie des archives de l’Indochine est restée au Vietnam. L’ensemble de la presse économique d’Indochine : Les Annales économiques d’Indochine, l’Essor économique de l’Indochine ont été étudiés (sur la plage historique de 1890 à 1950), l’Eveil économique de l’Indochine ainsi que les différents bulletins d’associations diverses : d’anciens combattants, les anciens de la Marine, collectionneurs de cartes postales du Laos…

Une analyse critique et de synthèse a ensuite été faite sur l’ensemble de cette documentation. Quatre mois ont été nécessaires à l’élaboration de cette expertise en collaboration avec les conservatrices du Musée National de Bang Chiang (Mme S. Yuanyaidee, Madame Le Chef du Musée National de Ban Chiang, Mme P. Teeravutchuvong, conservatrice).

 

1 - Localisation

L’épave de la chaloupe a été découverte dans le fleuve du Mékong dans la province de Bueng-Kan proche du village de Ban Tha kraï. Cette province est située au nord-est de la Thaïlande, elle est bordée au nord par le fleuve Mékong qui forme sa frontière avec le Laos (fig. 1).

 

Pécout (1)

 

 

2 - Les données de la découverte

Des témoignages locaux indiquent qu’une chaloupe à vapeur française a coulé en septembre 1947 proche du village de Ban Tha Kraï Province de Bueng-Kan. Bien connue des habitants du village, deux premières tentatives de renflouement échouent en 1948 et 1951. Il faut attendre le 28 février 2016 et certainement d’autres moyens plus importants pour que l’opération réussisse (fig. 2).

 

Pécout (2)

 

La coque est présente sur plus de 95%, la chaudière également mais toutes les structures supérieures ont disparu. Le Département des Beaux-Arts est chargé de l’inventaire et de l’étude (fig. 3). Les relevés de la chaloupe ont été réalisés par le bureau des fouilles sous- marines.

 

Pécout (3)

 

 

3 - Historique de la navigation sur le fleuve Mékong et de la présence française en Cochinchine.

 

A - Le fleuve Mékong.

Le fleuve Mékong prend sa source à Lasagongma à une altitude de 5.224 mètres, dans la province de Qinghai au Tibet. Le fleuve a une longueur estimée de 4 350 à 4 909 km. Sur la moitié de sa longueur le fleuve coule en Chine pour former ensuite la frontière entre la Birmanie et le Laos sur 200 km. Il rejoint ensuite son affluent le Ruak au triangle d’or. Ce point marque la séparation entre le haut et bas Mékong.

Le fleuve forme alors la frontière entre le Laos et la Thaïlande puis coule sur un secteur uniquement au Laos (rapides et gorges). Proche de Vientiane le fleuve redevient frontière avec la Thaïlande puis passe uniquement au Laos formant la région de Si Phan Don juste avant l’ensemble des chutes de Khône.

Le fleuve passe ensuite au Cambodge (rapides de Sambor) juste avant la capitale Phnom-Penh. Après la capitale, le Mékong se divise en deux : Le Bassac et le Mékong. Au Vietnam le Mékong se sépare en deux branches qui s’appellent le Tiên Giang - Mékong ou fleuve de l’avant et le Hâu Giang - Bassac ou fleuve à l’arrière. Ces deux branches rentrent en mer de Chine par neuf estuaires appelés Sông Curu Long – le fleuve des neufs dragons.

Dans certains secteurs le fleuve dépasse 3.000 mètres de largeur pour une profondeur variant de 1 à plusieurs dizaines de mètres de profondeur (fig. 4).

 

Pécout (4)

 

 

B - La présence française, le commerce, la navigation

Avant 1887, la Cochinchine, colonie française, le Cambodge, l’Annam et Tonkin, pays de protectorat, étaient administrés séparément, les deux premiers relevaient du ministère de la Marine et des Colonies, les deux derniers, du ministère des Affaires étrangères. Par décret d’octobre 1887, l’Union indochinoise fut placée sous l’autorité d’un gouverneur général relevant du ministère des Colonies (fig. 5).

 

Pécout (5)
Fig 5

 

À partir de 1905, l’Indochine représente l’ensemble des possessions et protectorats qui englobent les États actuels du Vietnam, du Laos, du Cambodge (conquis entre 1858 et 1896).

Avec l’invasion de l’Indochine durant la Seconde Guerre mondiale par le Japon, la position de la France est affaiblie et fait ressurgir des nationalismes indochinois dès la fin du conflit dont le résultat fut la guerre d’Indochine avec le Viet-Minh (Ho Chi Minh) de 1946 à 1954.

 

C - Sur le plan local (Mékong), que se passe-t-il ?

Après plusieurs expéditions (dont l’expédition d’Auguste Pavie), un traité est signé en juillet 1893 entre le Royaume de Siam et la France. Ce traité porte sur le renoncement du Royaume de Siam sur les territoires de la rive gauche du Mékong. Durant plusieurs mois deux canonnières fluviales La Grandière et Le Massie (fig. 6 Localisation Tha-Kêk) ont exploré sous l’intitulé «mission Hydrographique du Haut Mékong» les différents rapides et défilés du fleuve.

 

Pécout (6)

 

Ces différentes explorations ont mis en évidence la dangerosité de plusieurs rapides et chutes notamment aux défilés de Khône et envisager la construction d’un chemin de fer sur l’île principale de Khône. Les chaloupes sont démontées et acheminés par tronçon puis remontés après les rapides (fig. 7).

 

Pécout (7)

 

Caractéristiques des deux chaloupes construites aux ateliers Dubigeon de Nantes : 22 tonnes, 26 mètres de long et démontables en cinq tranches.

Les pirogues, par contre, peuvent passer les chutes par «basses eaux» comme par «hautes eaux»  (fig. 8).

 

Pécout (8)

 Fig. 8 : la chaloupe Le Garcerie transportée par voie ferrée pour le franchissement des rapides de Khône.

 

À partir de 1894 trois bateaux : Le Colombert, Le Trentinian et Le Garcerie assurent un service régulier. Un service postal est assuré par «Les Messageries Fluviales de Cochinchine». Cette compagnie française dès sa création (1881) a le quasi monopole du transport et du commerce sur le Mékong. Ces liens étroits avec le gouvernement lui permettent d’assurer à la fois des missions pour le gouvernement comme le service réguliers postales mais également le transport de denrées et de passagers.

À partir de cette période et jusqu’à l’indépendance de l’Indochine, le commerce fluvial est intense avec la création et le développement de la Compagnie des Messageries Fluviales de Cochinchine (1881-1927, dont la plupart des bateaux font partie et construits aux chantiers navals Dubigeon situés à Nantes en France).

Cette compagnie a le monopole du transport et du commerce sur le Mékong ainsi que le monopole du service du transport du courrier pour l’état comme nous l’avons déjà signalé (annexe 1 : Convention pour l’exploitation des services postaux, Gouvernement Général de l’Indochine et la Société des Messageries Fluviales).

Cette compagnie cède en 1927 sa branche transport au profit de la Compagnie Saïgonnaise de Navigation et de Transport (mais ce sont les mêmes propriétaires) qui elle-même fut rachetée en 1938 par la Société de Chalandage et Remorquage de l’Indochine.

La plupart des témoignages locaux (presses, populations, entreprises de plantations d’hévéa, de riz, bois précieux….) ne mentionne toujours que le nom des Messageries Fluviales de Cochinchine.

Pour développer le commerce et assurer un bon fonctionnement, la société fait donc appel dès 1890-95 aux Chantiers Naval Dubigeon, constructeur naval situé à Nantes pour réaliser et faire construire (en grande partie) toute une flotte de navires essentiellement des chaloupes à vapeur de différents tonnages composant plusieurs flottilles (annexe 2 liste de prix pour les voyageurs).

Dès 1923, on note déjà dans les archives la présence de la flottille du Laos composée de 8 chaloupes à vapeurs de dimensions différentes et assurant un trajet journalier entre les différentes escales (Annexes 1 et 2).

Cette flottille se composait :

- du Pavie construit vers 1909, vapeur à 2 hélices en acier, longueur 35 mètres pour une largeur de 5,5 mètres, construit aux ateliers Dubigeon pour les Messageries Fluviales (fig. 9).

 

Pécout (9)

 Fig. 9 : plan du Pavie, archives de la Maison des Hommes et des techniques, Atelier Dubigeon, Nantes.

 

- du Massie, à l’origine chaloupe canonnière à vapeur de 26 mètres de longueur construite pour la Marine Nationale et rachetée par les Messageries Fluviales, daté de 1893 (fig. 10, 11 et 12).

Le Massie a participé à la «Mission hydrographique du Haut Mékong» du Lieutenant de vaisseau Georges Eugène Simon 1897 avec une chaloupe le Han Luong.

 

Pécout (10)

 Fig. 10 : les Chaloupes Han Luong et Le Massie sur l’ïle de Khône

 

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 Fig. 11 : chaloupe canonnière Le Massie ?, 1893.

 

Pécout (12)

 Fig. 12 : l'avant de la chaloupe Le Massie sur l’île de Khône.

 

- La Garcerie, vapeur de 50 mètres de longueur, construit pour les Messageries Fluviales en 1895 (fig. 13 et 14), ancien atelier naval Dubigeon à Nantes.

 

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 Fig. 13 : la chaloupe La Garcerie sur l’île de Khône.

 

Pécout (14)

Fig. 14 : chaloupe à vapeur La Garcerie, archives de la Maison des Hommes et des techniques, Atelier Dubigeon, Nantes.

 

- Le Gougeard, cette chaloupe est un vapeur à spardeck et équivalent aux chaloupes Colombert et Trentinian.

- Le Colombert, chaloupe à vapeur à spardeck (fig.15 et 16) de 50 mètres de longueurs.

 

Pécout (15)

 Fig. 15 : le vapeur Le Colombert au bord du Mékong, Laos.

 

Pécout (16)

Fig. 16 : vapeur Le Colombert à l’escale, Laos.

 

- L’Albatros, aucune information sur cette chaloupe, seul indication dès 1923 comme faisant partie de la flottille de Laos pour la Compagnie des Messageries Fluviales.

- Le Trentinian  chaloupe à vapeur à spardeck, équivalent du Colombert, fera naufrage dans le Mékong en 1928, présent dans la flottille du Laos dès 1914 (fig. 17, 18 et 19).

 

Pécout (17)

 Fig. 17 : le Vapeur à spardeck Le Trentinian à l’appontement à Nong Seng.

 

Suite à une fuite d’essence le vapeur Trentinian explose à 5 kilomètre en amont de Thakhek le 4 février 1928 causant la mort de plusieurs personnes.

 

Pécout (18)

 Fig. 18 : passage sur la voie ferrée de l’île de Khône.

 

Pécout (19)

 Fig. 19 : borne du naufrage du Trentinian

 

- Le Vanneau, équivalent du Massie, présent dans la flottille du laos dès 1914.

 Flottille du Laos MM. Bertron, capitaine du Pavie ; Angéli, chef-mécanicien du Pavie ; Bozec, capitaine du Garcerie ; Dursen, capitaine du Colombert : Paravissini, capitaine du Trentinian ; Boluix, patron du Vanneau ; Huu, patron du Massie ; Grangier, patron du Gougeard ; Lavopel, patron de L'Albatros ; Thomas, inspecteur-mécanicien ; Guillot, inspecteur-mécanicien. 

Mais à  la lecture des différentes archives notamment celles de la Bibliothèque Nationale en particulier le fond des archives de l’Indochine, on s’aperçoit rapidement que la Compagnie des Messageries Fluviales de Cochinchine a plutôt été un frein au développement économique du Laos et de sa région en s’opposant systématiquement au développement des routes et des voies ferrées (annexe 3). Malgré la présence de quelques chaloupes chinoises, la Compagnie des Messageries Fluviales de Cochinchine a continué à assurer des lignes régulières malgré plusieurs naufrages dont le Lagrandière en 1910 (fig. 20) et le Trentinian en 1928 (annexe 4).

 

Pécout (20)

Fig. 20 : le naufrage de la chaloupe Lagrandière juillet 1910.

 

D - La navigation sur le Mékong au Laos et dans le secteur de la découverte.

Plusieurs difficultés pour la navigation sont présentes dans le secteur de la découverte de la chaloupe à Bueng-Kan :

- Tout d’abord le fleuve n’est pas balisé avant 1923 rendant périlleux certains passages.

- Pendant la période des basses eaux, les petits fonds essentiellement dans ce secteur, composés de sable, de roches et de galets, interdisent de naviguer à tout bateau calant plus d’un mètre. Le tirant d’eau est donc très limité d’où la nécessité d’avoir un bateau à fond plat avec hélice sous voûte comme pour l’épave de la chaloupe ou comme la chaloupe le Massie.

- Un autre problème apparait également car dans ces conditions particulières l’utilisation de l’hélice est mauvaise réclamant une puissance de machine disproportionnée avec le tonnage du navire. Les bateaux le Massie, le Vientiane et l’épave découverte à Bueng-Kan ont un moteur à vapeur avec une chaudière importante ne laissant que peu de place pour le transport des marchandises ; la qualité du bois de chauffe (local) est également en cause.

- La vitesse doit être au minimum de 12 nœuds pour franchir les différents rapides les plus puissants. Le Massie qui n’a donné aux essais que 10 nœuds 5 possède une machine de 120 chevaux ; le bâtiment a toutes les difficultés à franchir les rapides.

- Le conflit avec le Viet-Minh dès 1946 installe un climat d’insécurité notamment par la présence de mines dans certains secteurs du fleuve (deux dragueurs de mines coulent en 1949, la Glycine et le Myosotis, fig. 21, 22).

 

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Fig. 21 : naufrage du navire de guerre Le Glycine, 21 avril 1949.

 

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Fig. 22 : rapport du naufrage du navire Le Myosotis le 20 juin 1949.

 

 

 

4 - Expertise de la chaloupe à vapeur   

 

Renflouée le 28 février 2016 par deux équipes : l’armée thaïlandaise (bureau des ports et service d’archéologie sous marine), la chaloupe a fait l’objet d’un premier relevé par le Département des beaux Arts (fig. 23).

 

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 Fig. 23 : relevé de l’épave de la chaloupe. La partie centrale s’est affaissée.

 

Le bâtiment était échoué à environ 5 mètres de profondeur, le navire a coulé du côté de la Thaïlande. La proue était face au Laos d’après les informations des plongeurs et tout proche du rivage.

Le bâtiment est complet sur presque 95% de sa coque (fig. 23 et 24).

 

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 Fig. 24 : profils et coupes de l’épave (en mètre).

 

La coque est en tôles métalliques d’acier doux composée de plaques régulières rivetées, soudées et jointes par des poutrelles métalliques. L’hélice est en bronze à quatre ailes déployées de grand diamètre et la ligne d’arbre est présente. Ce type d’hélice, imposante, permet avec la forme particulière de l’arrière d’utiliser au mieux le travail transmis par le propulseur (fig. 25).

 

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 Fig. 25 : l’hélice en bronze de l’épave, Photo, Musée National de Ban Chiang, 2016.

 

L’exemple est le même pour les deux navires La Grandière et Le Massie de la Compagnie des messageries Fluviales et construit au chantier naval Dubigeon à Nantes à la fin des XIXème siècles.

La chaudière présente est plus récente que le navire, elle date de 1923 et correspond à une grande campagne de rénovation lancée cette même année (fig. 26) par Les Messageries Fluviales bien consciente de devoir moderniser une partie de sa flotte (et sous la pression du gouvernement d’Indochine et de la presse).

Un taquet (dispositif d’arrêt) de proue est aussi présent, permettant de fixer les cordages (fig. 23 et 37). Les deux taquets de la chaîne d’ancre sont également présents ainsi qu’une partie de la chaîne (fig. 23 et 37).

 

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Fig. 26 : chaudière de la chaloupe, plaque du constructeur de la machine à vapeur,
photo Musée National de Ban Chiang, 2016.

 

Le constructeur correspond à une petite entreprise Nantaise (Société A. Des Brûlais et Reliquets associé à un autre constructeur Nantais Ch. Faivre, fig. 27) spécialisée dans la construction de machine à vapeur.

 

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 Fig. 27 : plaque des deux constructeurs Ch. Faivre et A. Des Brûlais & Reliquets,
photo Musée National de Ban Chiang, 2016.

 

La première machine à vapeur doit certainement correspondre au modèle affecté à ce type de bateau pour la compagnie, certainement «compound» à pilon et à condensateur par surface mais pas assez puissante (vitesse aux essais maximum de 10 nœuds).

La chaudière présente également une plaque de contrôle du bureau Véritas Marine (vraisemblablement le bureau de Saïgon) comme l’atteste les marques présentes : visites et contrôles les 26/06/1935, 02/07/1936, 17/07/1940, 07/071941 (fig. 28).

 

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Fig. 28 : plaque du Bureau Véritas Marine, contrôle de l’état de la chaudière, photo Musée National de Ban Chiang, 2016.

 

Le bâtiment mesure dans son état actuel 20m50 de longueur pour une largeur maximum dans sa partie centrale de 4,5 mètres (fig. 23 et 24). Les infrastructures supérieures ont disparu, que ce soit le pont supérieur, la cuisine, les cabines et le poste de pilotage, seul demeure la coque et la chaudière. Ceci peut s’expliquer à la fois par le nombre d’années séjournées dans le fleuve (naufrage en 1947) qui, on le rappel, par un débit très fort avec plusieurs phases de crues annuelles, par les dégâts subits par les filets des pêcheurs et vraisemblablement par le pillage (fig. 29).

 

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Fig. 29 : vue de l’intérieur de la chaloupe vers l’avant, photo Musée National de Ban Chiang, 2016.

 

D’après les témoignages des anciens, le navire aurait pris l’eau et coulé, le bateau transportait en dehors des marchandises habituelles du vin destiné à la ville de Vientiane au Laos (nord) et en provenance de Nakhon Phanom côté Thaïlande (sud).

L’ensemble du mobilier archéologique est homogène, composé de vaisselles, de bols en faïence, d’un bol de fabrication américaine de marque Cesco -1944-, provenant certainement de la dotation de vaisselle du capitaine du navire (fig. 30), de fragments de chaussures, épées, coupes-coupes, briquets, fragments de pneus Michelin modèle 130-140/50 superconfort, modèle produit dès 1934.

 

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Fig. 30 : mobilier archéologique, bol de fabrication américaine de marque CESCO-1944,
photo Musée National de Ban Chiang, 2016.

 

Tout cet ensemble témoigne d’une vie importante à bord, les différents bateaux de la Compagnie ex-des Messageries Fluviales de Cochinchine assuraient des liaisons régulières entre les différentes escales (fig. 31 et 32).

 

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Fig. 31 : mobilier archéologique, fragment de pneu Michelin vers 1934,
photo Musée National de Ban Chiang, 2016.

 

 

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 Fig. 32 : mobiliers archéologiques, photo Musée National de Ban Chiang, 2016.

 

L’étude des archives des ateliers Dubigeon (archives de La Maison des Hommes et des Techniques, Nantes) a permis de déterminer avec précision qu’un grand nombre de bateaux de la Compagnie des Messageries Fluviales de Cochinchine ont été réalisés dans ces ateliers avec plusieurs ébauches de navires de différents tonnages et de différentes propulsions (fig. 33, 34 et 35).

Ces demandes correspondent à des besoins bien particuliers comme des bateaux à faible tirant d’eau par exemple, pour les vapeurs constituant la flottille du Laos ou pour des navires plus importants à une grande capacité de stockage et affectés à la ligne Saïgon-Pnom-Penh (Annexe 2).

 

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Fig. 33 : Histoire des Ateliers navals Nantais, Les Ateliers Dubigeon,
Archives de La Maison des Hommes et des Techniques, Nantes.

 

 

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 Fig. 34 : exemple d’étude pour les Messageries Fluviales, vapeur de 26,2 mètres,
archives de la Maison des Hommes et des techniques, Atelier Dubigeon, Nantes.

 

 

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Fig. 35 : exemple d’étude pour les Messageries Fluviales,
petit vapeur destiné à la navigation du Haut Mékong,
archives de la Maison des Hommes et des techniques, Atelier Dubigeon, Nantes.

 

 

Conclusion

L’étude de l’épave de cette chaloupe à vapeur se fait l’écho d’une occupation et d’une vie intense (commerce…) sur et autour du fleuve Mékong. Le corpus du mobilier archéologique trouvé dans l’épave renvoie à un contexte de la fin du XIXe siècle et au milieu du XXe (fig. 30, 31 et 32). Il est bien sûr impossible d’effectuer une étude sur les horizons stratigraphiques, la chaloupe ayant été pillée deux fois (1948 et 1951) et les conditions de son renflouage en février 2016 ont été soignées mais aucun relevé n’a été fait en condition subaquatique.

Le mobilier archéologique renvoi à :

- du matériel  de consommation (ustensiles culinaires, bols, couverts fragments de céramiques, faïences à décor (notamment la représentation de coqs…….) ;

- du mobilier de la vie courante (fragments de chaussures, briquets, armements…) ;

- du mobilier archéologie définissant une notion de commerce (fragments de pneus….), proche de sa mission première, le commerce et le transport de marchandises et de voyageurs sur le Mékong (fig. 30, 31 et 32).

 

 

Discussion et critique.

La figure 11 citée plus haut mentionne le nom de la chaloupe Le Massie mais cette identification est fausse. L’étude plus précise des photos, cartes postales, documents divers de la chaloupe Le Massie fig. 10 et 12, précise que nous avons affaire à un bâtiment très élancé, droit avec un poste de commande en partie basse, sans pont supérieur, mesurant 26 mètres de longueur.

Deux cabines ou deux compartiments distincts sont présents. Le document photographique (fig. 11) a, sur plusieurs autres documents, été mal identifié, entrainant par là beaucoup d’erreurs d’interprétations. Cette chaloupe possède un poste de commande (ou kiosque) en partie haute, de plus, l’avant du bateau s’élève légèrement et ne présente pas du tout le même profil que pour les fig. 10 et 12 qui elles, sont certifiées comme étant Le Massie sans conteste possible.

Cette chaloupe pourrait donc être Le Vanneau, autre chaloupe faisant partie de la flottille du Laos (Annexe 1). Elle pourrait correspondre au plan des Ateliers Dubigeon sous l’inventaire n°TN 2320 A044 (fig.36). On note aussi la présence sur l’avant de l’épave d’une partie de la chaîne d’ancre (fig. 37).

L’arbre de transmission est partiellement présent malgré les nombreuses années dans le Mékong.

 

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Fig. 36 : plan type d’une chaloupe à vapeur de 20 mètres pouvant correspondre à la découverte,
archives de la Maison des Hommes et des techniques, Atelier Dubigeon, Nantes.

 

Une discussion très poussée a été entreprise notamment avec les archivistes des ateliers Nantais. Même si une grande partie des archives de l’Indochine est restée au Vietnam, l’analyse des photographies prises par les conservatrices du Musée National de Ban Chiang a permis d’apporter des informations précises sur la morphologie générale de la chaloupe. Cette chaloupe possède deux cales, une avant et une arrière, ainsi qu’un magasin en partie avant.

 

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Fig. 37 : l’avant de l’épave, photo Musée National de Ban Chiang, 2016.

 

La morphologie général de cette chaloupe correspond plutôt à celle du Pavie mais avec des dimensions plus modestes. Pour rappel le Pavie mesure 35 mètres de longueur pour une largeur maximum de 5,5 mètres et posséde deux hélices (fig. 9). L’épave fait 20,5 mètres de longueur pour une largeur maximum de 4,5 mètres dans son état actuel, mais il faut rester prudent car une partie (très minime) de l’arrière a disparu.

Est-ce la cause du naufrage ? Vraisemblablement, car les témoignages des anciens rapportent une rentrée d’eau importante, peut être à la suite d’un choc avec des rochers.

Le bateau en tout cas, va dans un premier temps s’échouer côté Thaïlandais, à proximité du rivage.

Enfin, dans un second temps, une étude sur place (Thaïlande) plus précise portant sur l’ensemble du mobilier archéologique découvert dans l’épave, associée à une analyse plus approfondie sur l’épave elle-même, semble être indispensable.

 

Bibliographie

- La Mission Pavie Indo-Chine, Atlas, A. Pavie, éditions Challamel, Paris, 1903

- L. De Reinach, Le Laos Tome II, éditions A. Charles, Paris, 1901.

- R. Meyer, Le Laos, Imprimerie d’Extrème-Orient, Hanoï, 1930.

- Fonds des archives de la Bibliothèque Nationale de France série F 2242, Les Messageries Fluviales de Cochinchine, contrats pour le service postal, Imprimerie Kugelmann, 1895.

- Fonds des archives de la Bibliothèque Nationale de France, bulletin l’Eveil économique de l’Indochine de 1890 à 1937.

- Bulletin de l’ANAI, Association Nationale des Anciens et Amis de l’Indochine et du Souvenir Indochinois, Numéro 24, 2011.

- Les ports Autonomes de l’Indochine, catalogue d’expositions, section économique, Paris 1931.

- Fonds des archives de La Maison des Hommes et des techniques, Nantes.

- Bulletins de liaison des anciens combattants d’Indochine, n°24, 2014.

- Journal Of Irish, vol.3, n°1- Une entreprise de navigation à vapeur Pondicherienne en Indochine, J.B.P. More, 2008.

- Fonds des Archives, Bureau Véritas Marine, Nantes.

- Archives Nationales d’Outre-Mer, Aix-en-Provence, Fonds l’Indochine.

- Guide des sources de l’histoire de l’Asie et de l’Océanie, Archives et Bibliothèques françaises, tome I, archives et index.

- Guide de recherche sur le Vietnam, Paris, l’Harmattan, 1983.

- État général des fonds, tome III, Marine et Outre-Mer, Paris, Séries FM17, 23, 30, 31, 77-78, 108, 128, série FP1-6, Inventaire Indo 1-4, Inventaire CP 1-3,1980.

- Archives de la SIPH (Société Internationale de Plantations d’Hévéas ex- Société Indochinoise de Plantations d’Hévéas), Paris.

- A. De Vogüé, Ainsi vint au monde La SIPH (1905-1939), Amicale des Anciens Planteurs d’Hévéas Edition Gourci, Vichères, 1993.

- Archives internet www.entreprise-coloniales.fr, Les Messageries Fluviales de Cochinchine (1181-1927), La Compagnie de Commerce et de Navigation d’Extrème-Orient, La Société Financière Française et Coloniales, La Compagnie Saïgonnaise de Navigation et de Transport, La société anonyme de Chalandage et Remorquage de l’Indo-Chine.

- L’Éveil économique de l’Indochine, journal, fonds des Archives (1890-1947).

- Les Annales Coloniales, fonds des Archives (1895-1948).

- Planteurs d’hévéas en Indochine 1939-1954, Amicales des Planteurs d’Hévéas, Editions Daupeley-Gouverneur Nogent le Rotrou, 1996.

- J. Vichot, Répertoire des Navires de Guerre Français, Edition Association des amis des Musées de la Marine, Palais de Chaillot, Paris, 1967.

- J.M. Strobino, Peter Hauff (1873-1951), Les aventures d’un marchand norvégien en Indochine au début du XXème siècle, Hors série de l’AICTPL n°5, juin 2013.

- J.B. Girard, Traité pratique des chaudières marines, Edition Béranger, 1897.

- P. Angrand, Machines marines et moteurs, Edition A. Challamel, Paris, 1913.

- J. Delvert, «Quelques problèmes Indochinois en 1947», L’Information Géographique, 1948, N°2, PP.50-61.

- M. Bodin, Combattants français face à la guerre d’Indochine 1945-1954, édition L'Hamattan, 1998.

 

Annexes

Annexe 1 : Convention pour l’exploitation des services postaux, Gouvernement Général de l’Indochine et la Société des Messageries Fluviales.

Annexe 2 : Prix des passages en premières classe.

Annexes 3 : Article de presse dénonçant le monopole de La Compagnies  ex des Messageries Fluviales de Cochinchine, de l’Eveil Economique de l’Indochine, 1928.

Annexe 4 : Le naufrage du Trentinian, article de l’Eveil Economique de l’Indochine, 1928.

Annexe 5 : Photos de renflouage de la chaloupe, février 2016.

Annexe 6 : Navigation sur le Mékong, les services de la compagnie des messageries Fluviales de Cochinchine, les différentes étapes, 1900.

Annexe 7 : L’Expédition d’Henri Mouhot 1854-1861.

Annexe 8 : Les Archives des Ateliers navals, Nantes, archives de La Maison des Hommes et des Techniques.

Annexe 9 : Archives du Bureau Véritas Marine, Nantes, novembre 2016.

Annexe 10 : Implantation de la Compagnie des Messageries Fluviales de Cochinchine à Saïgon.

Annexe 11 : différents projets de chaloupe mise à l’étude par les Ateliers Dubigeon de Nantes pour le compte des Messageries Fluviales de Cochinchine (de 1890 à 1927).

 

 

Annexe 1 : Convention pour l’exploitation des services postaux, Gouvernement Général de l’Indochine et la Société des Messageries Fluviales.

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Annexe 2 : prix des passages en premières classe

 

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Annexe 3 : article de presse dénonçant le monopole de La Compagnies  ex des Messageries Fluviales de Cochinchine, de l’Éveil Economique de l’Indochine, 1928.

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Annexe 4 : le naufrage du Trentinian,
article de l’Éveil Economique de l’Indochine, 1928.

 

 

 

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Annexe 5 : photos du renflouage de la chaloupe, février 2016
photos du Musée National de Ban Chiang, septembre 2016. 

 

 

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Annexe 6 : navigation sur le Mékong, les services de la compagnie
des messageries Fluviales de Cochinchine, les différentes étapes, 1900.

Document très intéressant, indiquant de façon précise toutes les étapes
et les différentes liaisons, dont le lieu proche du naufrage Pak-Sane (Laos).

 

 

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 Annexe 7 : l’Expédition d’Henri Mouhot 1854-1861

 

 

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Annexe 8 : les Archives des Ateliers navals, Nantes, archives de La Maison des Hommes et des Techniques,
M. Gérard Tripoteau responsable des archives, Novembre 2016.

 

 

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Annexe 9 : archives du Bureau Véritas Marine, Nantes, novembre 2016.

 Les registres consignent toutes les révisions d’une bonne partie des navires de tous tonnages depuis 1829 dans le monde.

 

 

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Annexe 10 : Implantation de la Compagnie des Messageries Fluviales de Cochinchine à Saïgon.

 

 

 

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Les bâtiments sont de différents tonnages avec plus ou moins d’aménagements en fonction des souhaits et demandes de la Compagnie des Messageries ici une gamme moyenne destinée à la navigation sur le Haut Mékong.

 

 

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La Chaloupe de 19 mètres l’Hirondelle des Messageries Fluviales, présente dès 1922 comme faisant partie de la flotte du Mékong (Cambodge) construite en 1894.

 

 

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Exemple de chaloupe équivalent à la chaloupe Le Massie ou le Han Luong.

 

 

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Exemple de chaloupe de 1er Catégorie, plus de 67 mètres de longueur.

 

 

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Chaloupe de 2ème catégorie Le Haïman de 50 mètres de longueur, 1898.

 

 

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L’Argus, petite chaloupe des Messagerie Fluviales, vers 1890.

Annexe 11 : différents projets de chaloupe mise à l’étude par les Ateliers Dubigeon de Nantes
pour le compte des Messageries Fluviales de Cochinchine (de 1890 à 1927).

 

 

Études complémentaires

 

À la suite de nouvelles données (renflouage de la chaloupe) trouvées dans la presse locale de la province de Bueng-Kan, nous proposons une étude complémentaire portant sur les différents reportages photographiques du 28 février 2016 de la presse locale Thaïlandaise. Une préparation longue a été réalisée avec l’utilisation d’une barge et de deux pelles mécaniques (fig. 38 et 39).

 

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Fig. 38 : le renflouage de la chaloupe, les moyens techniques, presse locale, 28 février 2016.

 

Pécout (64)Fig. 39 : aménagement d’une rampe d’accès par les pelles mécaniques, presse locale.

 

 

L’arrière de la chaloupe est proche de la rive de la Thaïlande (fig.40).

 

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Fig.40 : vue arrière de la chaloupe, presse locale, 28 février 2016.

 

Une grue se positionne sur la berge. Plus de 200 bidons d’essences ou d’huiles vides sont positionnés et attachés à la coque de la chaloupe pour faire bouées (fig. 41).

 

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Fig. 41 : l’arrière de la chaloupe, presse locale, 28 février 2016.

 

Une partie de l’arrière de la chaloupe a été détruite lors du naufrage. Grâce à l’aménagement d’une rampe d’accès et avec l’utilisation d’une grue, l’épave est progressivement tirée hors de l’eau (fig. 42 et 43).

 

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Fig. 42 : l’épave sur la rampe d’accès, presse locale, 28 février  2016.

 

 

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Fig. 43 : l’épave est hors de l’eau, presse locale, 28 février 2016.

 

La chaudière est présente ainsi que l’ensemble de la machinerie. La propulsion à vapeur se compose de trois ensembles (fig. 44) :

- un appareil évaporatoire, la chaudière et ses accessoires  A

- un appareil moteur, la machine et ses accessoires  B

- un appareil propulseur, l’hélice  C

 

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Fig. 44 : la propulsion à vapeur, plan d’après P. Angrand, Machines Marines et Moteurs, 1913.

 

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On retrouve tout cet ensemble sur notre chaloupe (fig.45).

A - L’appareil évaporatoire, la chaudière et ses accessoires 

B – L’appareil moteur, la machine et ses accessoires

On observe la présence des conduits (tubes) à l’intérieur de la salle de chauffe, l’eau chaude circule et produit de la vapeur envoyée vers le moteur.

La puissance est ensuite transmise à l’appareil propulseur par la ligne d’arbre vers l’hélice (fig.46).

 

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Fig. 46 : positionnement du propulseur C l’Hélice, la ligne d’arbre de transmission.

 

La chaloupe à donc une chaudière soit à tubes de fumée ou chaudière tubulaire. L’eau entoure les tubes servant au passage de la flamme (fig. 47),

 

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Fig. 47 : localisation des tubes dans la chaudière.

 

soit à tubes d’eau aquatubulaires, dans ce cas l’eau est renfermée dans les tubes autour desquels circulent les gaz. Sur ce système la vapeur formée dans le générateur est amenée par un tuyau collecteur au moteur.

Enfin le témoigne des «anciens» souligne la présence d’un couple de «farang» (étranger –français) disparue dans le naufrage.

 

 

Sources

 

- Le journal régional Thaï rath 28 février 2016.

- Le reportage Télévisé, «Le naufrage du bateau, un couple de farang mort, les fantômes nous regardent ?» mars 2016, Workpoint TV, Télé 23.

« ไทยรัฐออนไลน์ บริการข่าวไทยรัฐ ข่าว หนังสือพิมพ์ ไทยรัฐทีวี ดูย้อนหลัง ไลฟ์สไตล์ Social BUZZ คอลัมน์ นิยายไทยรัฐ คลิปข่าว กิจกรรม หน้าหลัก / ทั่ว

อ่านข่าวต่อได้ที่: http://www.thairath.co.th/content/583688 »

« …..le navire à vapeur transportant du vin .….coulé dans la rivière depuis 60 ans… »

On a également été trouvé selon les articles de presses «un stylo de marque de cognac français, 111 bouteilles de vin, un poing américain, un étui à cigarettes, 15 réservoirs de 40 litres d’huiles, deux bombes RPG, des grenades à main...».

Il est bien sur très difficile d’affiner plus l’étude à partir de photographies, un complément sur le terrain est indispensable notamment pour étudier l’ensemble du mobilier archéologique.

 

 

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La déclaration de la découverte par le département des Beaux-Arts,
le lieu, date, les circonstances.

 

 

 

C’est le petit fils du Vice-amat tri Khunindnilanuraksa (Pilane Nilasamit) qui a sorti l’épave de la chaloupe du Mékong.

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Né le 6 juin 1894 à Nong Khaï (maintenant Bueng-Kan), il semble avoir travaillé avec les Messageries Fluviales de Cochinchine, fonctionnaire du royaume de Siam et attaché au ministère des finances en 1913.

 

 

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Fragments de céramique provenant de la chaloupe, «Charlionnais et Panassier» fabricant de porcelaine à Limoges et associé de 1921 à 1943 à Panassier propriétaire de magasins de vente à Lyon et Toulouse, vaisselle ordinaire. Photo Musée National de Ban Chiang, 2016.

 

 

Listes des figures

Fig. 1 : Cartes des provinces de la Thaïlande, localisation de la découverte, Province de Bueng-Kan.

Fig. 2 : Renflouage de l’épave de la chaloupe.

Fig. 3 : Renflouage de l’épave, état de la coque.

Fig. 4 : Carte du Mékong.

Fig. 5 : Carte de l’Indochine française.

Fig. 6 P: hotographie des deux canonnières La Grandière et Le Massie.

Fig. 7 : Carte des rapides de Khône.

Fig. 8 : La chaloupe Le Garcerie.

Fig. 9 : Plan de la chaloupe Le Pavie, Archives de la Maison des Hommes et des Techniques, Atelier Dubigeon, Nantes.

Fig. 10 : Les chaloupes Han Luong et Le Massie sur l’île de Khône.

Fig. 11 : La chaloupe canonnière Le Massie ? 1893.

Fig. 12 : Avant de la chaloupe Le Massie sur l’île de Khône.

Fig. 13 : La chaloupe La Garcerie sur l’île de Khône.

Fig. 14 : La chaloupe La Garcerie, Archives de la Maison des Hommes et des Techniques, Atelier Dubigeon, Nantes.

Fig. 15 : Le vapeur Le Colombert au bord du Mékong, Laos.

Fig. 16 : Le vapeur Le Colombert à l’escale, Laos.

Fig. 17 : Le vapeur à spardeck Le Trentinian à l’appontement à Nong Seng, Laos.

Fig. 18 : Passage sur la voie ferrée de l’île de Khône.

Fig. 19 : Borne du naufrage du Trentinian.

Fig. 20 : Le naufrage de la chaloupe Lagrandière, juillet 1910.

Fig. 21 : Le naufrage du navire de guerre Le Glycine, 21 avril 1949.

Fig. 22 : Rapport du naufrage du navire de guerre Le Myosotis, 20 juin 1949.

Fig. 23 : Relevé de l’épave de la chaloupe.

Fig. 24 Profils et coupes de l’épave.

Fig. 25 : L’hélice en bronze de l’épave, photo Musée National de Ban Chiang, 2016.

Fig. 26 : Chaudière de la chaloupe, plaque du constructeur de la machine à vapeur, photo Musée National de Ban Chiang, 2016.

Fig. 27 : Plaque des deux constructeurs Ch. Faivre et A. Des Brûlais et Reliquets, photo Musée National de Ban Chiang, 2016.

Fig. 28 : Plaque du Bureau Véritas Marine, contrôle de l’état de la chaudière, photo Musée National de Ban Chiang, 2016.

Fig. 29 : Vue de l’intérieur de la chaloupe vers l’avant, photo Musée National de Ban Chiang, 2016.

Fig. 30 : Mobilier archéologique, bol de fabrication américaine de marque CESCO-1944, photo Musée National de Ban Chiang, 2016.

Fig. 31 : Mobilier archéologique, fragment de pneu Michelin vers 1934, photo Musée National de Ban Chiang, 2016.

Fig. 32 Mobiliers archéologiques, photo Musée National de Ban Chiang, 2016.

Fig. 33 : Histoire des Ateliers navals Nantais, Les Ateliers Dubigeon, Archives de La Maison des Hommes et des Techniques, Nantes.

Fig. 34 : Exemple d’étude pour les Messageries Fluviales, vapeur de 26,2 mètres, archives de la Maison des Hommes et des techniques, Atelier Dubigeon, Nantes.

Fig. 35 : Exemple d’étude pour les Messageries Fluviales, petit vapeur destiné à la navigation du Haut Mékong, archives de la Maison des Hommes et des techniques, Atelier Dubigeon, Nantes.

Fig. 36 : Plan type d’une chaloupe à vapeur de 20 mètres pouvant correspondre à la découverte, archives de la Maison des Hommes et des techniques, Atelier Dubigeon, Nantes.

Fig. 37 : L’avant de l’épave, photo Musée National de Ban Chiang, 2016.

Fig. 38 : Le renflouage de la chaloupe, les moyens techniques, presse locale, 28 février 2016.

Fig. 39 : Aménagement d’une rampe d’accès par les pelles mécaniques, presse locale.

Fig. 40 : Vue arrière de la chaloupe, presse locale, 28 février 2016.

Fig. 41 : L’arrière de la chaloupe, presse locale, 28 février 2016.

Fig. 42 : l’épave sur la rampe d’accès, presse locale, 28 février  2016.

Fig. 43 : l’épave est hors de l’eau, presse locale, 28 février 2016.

Fig. 44 : La propulsion à vapeur, plan d’après P. Angrand, Machines Marines et Moteurs, 1913.

Fig. 45 : On retrouve tout cet ensemble sur notre chaloupe.

Fig. 46 : positionnement du propulseur C l’Hélice, la ligne d’arbre de transmission.

Fig. 47 : Localisation des tubes dans la chaudière.

 

 Frédéric Pécout, Inrap

 

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samedi 30 juin 2018

le monde colonial en métropole : liste des articles

Paris, mosquée arabe

 

 

 

le monde colonial en métropole

liste des articles

 

 

 

Malo-les-Bains, marchand arabe
Malo-les-Bains (Dunkerque), "marchand arabe", avant 1914

 

 

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jeudi 28 juin 2018

l’île Sainte-Marguerite et l’histoire coloniale (texte de 2014)

Vue du fort (en mer 1)
vue du fort de l'île Sainte-Marguerite, 22 décembre 2004

 

 

l'île Sainte-Marguerite

et l’histoire coloniale

 

 

L’île Sainte-Marguerite, aujourd’hui ? À quinze minutes de Cannes en bateau. Une végétation aux noms magiques : pins d’Alep, chênes verts, lentisques, eucalyptus, cyprès…

L’ancien Fort Royal, le sémaphore, le musée de la Mer. Quelques heures de randonnées pour touristes plus ou moins informés mais fascinés par cet écrin préservé, quelques stages de formation pour des adolescents qui doivent dormir sur le sol de pierre des bâtiments, vestiges d’une époque révolue…

 

Végétation île 1

 

Mais qui se souvient que, par-delà le Masque de Fer (1687-1698), les pasteurs protestants après la révocation de l’édit de Nantes (1685) et le général Bazaine quelques mois de 1873-1874, plusieurs centaines de détenus algériens ont désespéré dans les froides cellules du fort, arpenté les allées de cette île pendant des années sans espoir d’en échapper ?  Sans espoir ? Les archives livrent le cas d’une évasion. Le prisonnier Mohamed ben Guezouaou, arrivé le 3 octobre 1849, noté comme négociant de son état dans la province d’Alger, appartenant à la tribu des Aghouass.

Les Européens qui auraient pu témoigner des conditions d'internement de ces musulmans ont fréquenté l'île Sainte-Marguerite quand il n'y en avait pas : Mérimée (octobre 1834) et Victor Hugo (fin de l'été 1839) ont visité l'île avant la présence de prisonniers algériens, Maupassant (1884) peu après. Mais ici le roman n'a pas produit d'aveux. Quant au séjour de Bazaine, il coïncide apparemment avec une absence de détenus arabes.

Il ne reste donc que l’ethnographie de terrain et les archives pour en savoir davantage Les archives, conservées à Aix-en-Provence (ANOM) ou les fonds déposés aux Archives départementales à Nice.

Divers ouvrages ont aussi évoqué ces prisonniers arabes. Le plus récent, Cannes, l’amour azur, de Richard Chambon (2011) fournit quelques chiffres corrects mais incomplets. Le livre de Jean-Jacques Antier, Les grandes heures des îles de Lérins (1975), est honnête mais comporte des lacunes sur l’importance numérique des détenus. Par contre, le roman Aïcha de Benoît Ronsard (1995) avance un chiffre de «dix mille hommes, femmes et enfants arrêtés, presque par hasard, par le duc d'Aumale (…) déportés, oubliés, enterrés là»… Ce n’est pas exact.

 

des archives prolifiques

La population carcérale algérienne présente sur Saint-Marguerite fut la plus nombreuse sur une durée de plus quarante ans, avec des éclipses cependant. Et il y a une certaine injustice à ne pas le savoir suffisamment ni à en faire référence en ces temps inflationnistes de «mémoires».

Les archives ont été d’abord été exploitées par le savant et regretté Xavier Yacono dans son article «Les premiers prisonniers de l'île Sainte-Marguerite», Revue d'histoire maghrébine, 1974, p. 39-61. Les fonds qu’il a en partie consultés sont profus en informations.

Quand, après ce pionnier, je m’y suis plongé à mon tour, j’ai découvert des dizaines de cartons d’archives contenant des centaines de pièces diverses. On peut consulter des registres nominatifs de départs vers Sainte-Marguerite ou des états nominatifs des prisonniers arabes présents sur l’île, des état d‘effectifs faisant le point sur les arrivées, les décès, les élargissements. On lit avec une certaine émotion des indications telle que «enfant à la mamelle»…

On peut compulser différents rapports entre ministères, par exemple celui de la Guerre, des Colonies et du Gouvernement général d’Alger. On peut suivre les diagnostics et observations des médecins ayant séjourné sur l’île comme le docteur Warnier à l’été 1843 ou le docteur Bukojemski en 1845 qui y resta quatre mois et demi.

 

warnier
le docteur Warnier

 

les déportés Algériens

Pour les médecins, l’aspect principal est d’ordre psychologique. La rupture brutale avec l’Algérie, avec la famille et les traditions, l’isolement relationnel.

C’est ce que notait le docteur Bukojemski en 1845. Ce qui l’intéresse, c’est que ces Arabes «sont nés dans une autre partie du monde, leur religion, leurs mœurs, leurs habitudes, toute leur éducation physique et morale jusqu'à leur langue et leurs habits qui diffèrent essentiellement de ceux des Européens, et l'influence morale, de l'exil sur ces hommes».

Cette cassure géographique et cette désagrégation des prisonniers est délibérée. Elle entre dans les buts de guerre des conquérants français.

Le docteur Warnier, en 1843, est très lucide : «Les événements militaires accomplis depuis trois ans en Algérie, ont prouvé qu'il ne suffisait pas de vaincre les Indigènes, de brûler leurs moissons, d'anéantir leurs troupeaux par d'immenses razzias, pour soumettre des populations aussi nomades et leur faire accepter notre domination. (…) convaincu de cette vérité, [Bugeaud] comprit qu'un élément de conquête devait être ajouté à tous ceux qu'il a si habilement employés, et propose au gouvernement la déportation en masse comme moyen final, pour les tribus qui dans les provinces forment des centres politiques, qui soumises aujourd'hui, sont demain révoltées, et avec lesquelles il n'y aura de repos qu'après les avoir expulsées du pays soumis ou à soumettre».

 

combien de détenus sur cette île de Lérins ?

Il est difficile de parvenir à un total exact. Mais les archives livrent des données statistiques sur l’ampleur des déportations. Un rapport du Génie de Toulon révèle qu’une première installation avait eu lieu dès 1837 dans le fort qu’on avait entouré d’un «palissadement».

En 1843, le docteur Warnier note que : «Le fort de l'Île Sainte-Marguerite est depuis trois ans le lieu unique de dépôt de tous les prisonniers arabes déportés en France».

 D’après les relevés de l’historien Yacono, en août 1841, on compte trois prisonniers, puis neuf autres ; en 1842-1843, il y en 80. Mais quarante-trois sont libérés avant juin 1843.

D’après les archives que j’ai examinées, la smala d’Abd el-Kader, arrivée le 26 juin 1843, se chiffre à deux cents quatre-vingt-dix personnes. L’Émir n’y figure pas.

En septembre 1843, il y aurait un total de cinq cents trente détenus. On conçoit qu’à partir de ce moment, il est impossible de confiner tout le monde dans le fort. En août 1845, on redescend à deux cents quatre-vingt-huit. En septembre 1846, sept cents quarante-sept. En avril 1847, je crois que le maximum est atteint avec huit cents quarante-trois incarcérés… ! Ceux-ci ont accès à certains secteurs de l’île.

 

prisonniers devant cellules du fort, vers 1870
prisonniers arabes et leurs gardiens à Sainte-Marguerite, vers 1870

 

Entre 1859 et 1868, on note une absence d’Algériens sur l’île qui fait face à Cannes. Ce dépôt a été transféré à Corte en Corse. Mais en 1868, le ministère de l’Intérieur veut récupérer Corte pour y installer les convalescents des établissements agricoles de la Corse. Les Arabes retournent donc sur la plus grande île de Lérins.

L’histoire coloniale, entre-temps, se mêle alors au sort des entreprises militaires de Napoléon III. De nombreux convalescents de la guerre de Crimée sont installés dans un hôpital temporaire sur l’île en 1856. Trente y meurent et sont inhumés au cimetière d’Orient. Puis six cent prisonniers autrichiens sont internés au fort au cours des guerres d’Italie.

Les déportations d’Algériens recommencent en 1868 avec les condamnés de la révolte orientale de la Kabylie en 1864. Et parmi les mille condamnés de 1871, deux cents cinquante sont affectés à Sainte-Marguerite en octobre 1871. Les archives indiquent la présence de détenus jusqu’au début des années 1880. Peut-être des prisonniers Khroumirs après la campagne de Tunisie en 1881.

 

les conditions de vie des Arabes de Sainte-Marguerite

Reclus dans un premier temps dans les cellules froides de la forteresse, les réprouvés ayant dû traverser la Méditerranée pour y subir leurs peines purent se déplacer dans les allées de l’île et même se baigner – ce qui choqua une partie des Cannois qui voyaient, dit-on, leurs corps nus…

La nourriture était frugale. On leur dispensait du couscoussou – comme on disait. Les maladies ne les ont pas épargnés : fièvres, céphalines, affection pulmonaire, affection des viscères, «nostalgie» et hypocondrie, exostoses du système osseux. Mais encore des cas de gale, d’hémoptysie, de dysenterie, etc.

 

prisonniers kroumirs

 

Les décès étaient traités en observance des rites musulmans. L’intendant militaire Baron rapporte le 8 août 1845 que : «Les inhumations se font par les arabes et suivant leurs cérémonies : les 10 francs alloués sont employés à acheter le calicot qui sert d'enveloppe au corps. Ils recouvrent la fosse de morceaux de bois et de terre glaise, et y jettent quelquefois de l'essence de rose».

 

entrée principale et panneau
le cimetière musulman de l'île Sainte-Marguerite

 

Une question importante reste posée : la stèle érigée dans le cimetière musulman porte la dédicace «à nos frères musulmans morts pour la France». Elle est anonyme et non datée. Cette pierre fait violence à la vérité historique car les musulmans inhumés sur l’île Sainte-Marguerite ne sont pas morts «pour la France» mais comme contestataires de la conquête et de l’ordre colonial français. Il faut songer à la remplacer.

 

Stèle 2
"À nos frères musulmans morts pour la France"

 

 

Michel Renard, historien
publié dans
Un siècle de vie cannoise, 1850-1950
éd. Ville de Cannes, 2014, p. 118-123
photos de l'île : MR

 

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mardi 19 juin 2018

la dimension religieuse de la guerre d'Algérie, Roger Vétillard

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la dimension religieuse de la guerre d'Algérie

Roger Vétillard

 

 

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