vendredi 13 avril 2012

décès de Ben Bella

 
Algérie: qui était Ahmed Ben Bella?

 

 

décès de Ahmed Ben Bella

 

Ahmed Ben Bella, militant indépendantiste de la première heure, est décédé. Il a été président de l'Algérie entre 1963 et 1965.

AFP

Ahmed Ben Bella est décédé à l'âge de 95 ans ce mercredi. Retour sur le parcours de ce militant indépendantiste devenu le premier président de l'Algérie et qui rêvait d'incarner le Tiers-Monde émergent. 

Ahmed Ben Bella est décédé ce mercredi [11 avril 2012] à l'âge de 95 ans. Lui qui fut le premier président de l'Algérie indépendante de 1962 à 1965, il fut l'un des pionniers du déclenchement de la guerre d'indépendance contre la France, Il a payé son engagement politique de 24 ans de prison, après quoi il s'est voulu l'incarnation du Tiers-Monde émergent. Cet homme, "courageux et bagarreur" selon ses proches, aura combattu toute sa vie. Et même jusqu'à la fin quand les problèmes dus à son âge avancé se sont succédés. 

C'est à la frontière marocaine, à Maghnia, qu'il est né le 25 décembre 1916. Ses parents, paysans pauvres du sud marocain, s'y étaient installés. Après des études secondaires à Tlemcen (ouest), Ahmed Ben Bella part en France pour y faire son service militaire. Il adhère en 1937 au Parti du peuple algérien (PPA) du "père" du nationalisme algérien Messali Hadj.  

En 1944, il est cité quatre fois à la bataille de Monte Cassino (Italie), où il faisait partie d'une unité d'élite, le 5e régiment de tirailleurs marocains (RTM). Il y a perdu deux de ses frères. Il a été décoré de la Médaille militaire par le général de Gaulle, chef de la France Libre. Il raconte cet épisode dans les colonnes de L'Express en 1995.  

 

Retour en Algérie

Ce sous-officier de l'armée française est bouleversé à son retour en Algérie en 1945 par l'ampleur de la répression française des manifestations d'"indigènes". Il rejoint alors le Parti du peuple algérien, rebaptisé Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD) et devient membre de sa troupe de choc, l'Organisation spéciale (OS).  

Ahmed Ben Bella se distingue alors en organisant le hold-up de la poste d'Oran pour remplir les caisses de son parti. Arrêté en 1950 et condamné à 7 ans de prison, il s'évade de la prison de Blida en 1952 et rejoint un premier noyau de dirigeants nationalistes algériens installés au Caire.

Dans la capitale égyptienne, il se lie d'amitié avec le président Gamal Abdel Nasser, patron des "officiers libres", qui deviendra son mentor politique et apportera un soutien multiforme à sa demande au soulèvement algérien. En novembre 1954, il est l'un des 22 chefs historiques initiateurs du Front de Libération Nationale (FLN) contre la France coloniale.

 

Ben Bella et De Gaulle...

La guerre d'Algérie pour toile de fond, il retrouve son "adversaire", le général de Gaulle. "J'ai une immense estime pour de Gaulle. Adversaires, nous l'avons été, et l'affrontement a forgé le respect mutuel. Quand il est revenu au pouvoir, en 1958, je savais qu'il serait redoutable, mais la stature historique du personnage me donnait confiance sur le long terme. Chef militaire, c'est lui qui nous a porté les coups les plus durs. (...) De Gaulle n'était pas un politicien. Il avait cette dimension universelle qui fait trop souvent défaut aux dirigeants actuels", disait-il dans cet article datant de 1995. 

En octobre 1956, son avion est intercepté par l'armée française au dessus d'Alger. Il est emprisonné en France jusqu'à la fin de la guerre d'Algérie, en 1962. Il s'allie alors avec le chef d'Etat major de l'Armée de libération nationale (ALN), le colonel Houari Boumediene, et se fait élire, en 1963, premier président de la République algérienne indépendante.

 

Une courte présidence

Charismatique et populaire, il tente d'implanter le "socialisme autogestionnaire" après son arrivée au pouvoir en septembre 1962. Il rêve d'incarner aux côtés du Cubain Fidel Castro, de l'Egyptien Gamal Abdel Nasser, de l'Indien Nehru et du Chinois Mao Tsé-Toung la lutte "anti-impérialiste" et le "non-alignement" du Tiers-Monde émergent. 

Il rêve d'incarner aux côtés du Cubain Fidel Castro la lutte

Il rêve d'incarner aux côtés du Cubain Fidel Castro la lutte "anti-impérialiste" et le "non-alignement" du Tiers-Monde émergent.

AFP

Mais il n'est pas resté longtemps à la tête du pays bien que confirmé par les urnes comme chef de l'Etat le 16 septembre 1963. Son compagnon, ministre de la Défense et vice-président, feu Houari Boumediene, dont l'actuel président Abdelaziz Bouteflika avait toujours été proche, l'a renversé en le 19 juin 1965 puis emprisonné."Il ne s'attendait pas à être trahi par Boumediène", selon son biographe Mohammed Benelhadj. 

En 1981, gracié et libéré par le successeur de Boumediene, Chadli Bendjedid, Ben Bella s'exile pour un temps à l'étranger, notamment en France, et fonde le Mouvement pour la démocratie en Algérie (MDA) sans parvenir à mobiliser. Rentré à Alger en septembre 1990, il se retire de la vie politique nationale et se consacre à des dossiers internationaux (Palestine, Irak) et rejoint les "altermondialistes" dans leur lutte contre "la mondialisation capitaliste".  

Revenu en Algérie après l'élection en 1999 de Bouteflika, il soutient sa politique de réconciliation nationale avec les islamistes et endosse en 2007 sa dernière fonction officielle: président des Sages de l'Union africaine, chargés de la prévention et de la résolution des conflits. 

Avec

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Ben Bella, premier chef d’État algérien,

est mort

Hassan ZERROUKY


Dirigeant historique du Front de libération national, Ahmed Ben Bella, qui s’est éteint hier à Alger, à l’âge de 96 ans, fut le premier président d’une Algérie indépendante et socialiste.

En avril 1944, quand le général de Gaulle décore de la médaille militaire l’adjudant Ahmed Ben Bella du 5e régiment des tirailleurs marocains, il ne savait pas qu’il avait devant lui le futur président de la République algérienne.

Ahmed Ben Bella, né le 25 décembre 1918 à Maghnia dans une famille de petits paysans, est décédé hier à Alger, à l’âge de 96 ans. Le premier président de l’Algérie indépendante, hospitalisé le 22 février à l’hôpital militaire d’Aïn Naadja, avait été donné pour mort par la presse algérienne avant que l’une de ses filles ne démente l’information. Il en est ressorti très affaibli au point où des sources proches du pouvoir algérien affirmaient qu’il n’en avait pas pour longtemps et qu’il était maintenu artificiellement en vie.

C’est au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, après avoir été démobilisé, qu’il s’est lancé résolument dans la lutte politique. «C’est à Oujda que me parvint l’écho des événements du 8 mai 1945 (…) La répression de Sétif avait creusé un infranchissable fossé entre les deux communautés (algérienne et européenne). Je me devais à la mienne», raconte-t-il dans un livre écrit par Robert Merle, Ahmed Ben Bella. De retour à Maghnia, il adhère au MTLD (Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques) issu du PPA (Parti populaire algérien), fondé par Messali Hadj.

Aux élections municipales de 1947, il est élu conseiller général. Mais après des démêlés avec l’administration coloniale, il plonge dans la clandestinité. Il fait partie de l’OS (Organisation spéciale) sous les ordres d’Hocine Aït Ahmed (futur dirigeant du FLN), une organisation créée par le MTLD pour préparer l’insurrection armée. Après l’attaque de la poste d’Oran à laquelle il prit part, l’OS est démantelée, Ben Bella est arrêté en 1950 et condamné à sept ans de prison. Incarcéré à Blida, près d’Alger, il s’évade en 1952 et se réfugie au Caire où se trouvent Aït Ahmed et Mohamed Khider.

C’est au Caire qu’il apprend la création, en mars 1954, du Crua (Comité révolutionnaire d’unité et d’action) dont il n’est pas membre, dont sera issu le FLN. Avec Ait Ahmed, Ben Bella est alors chargé de diriger la délégation extérieure du FLN basée au Caire.

En 1956, il est arrêté une deuxième fois lorsque l’avion qui le conduisait du Maroc en Tunisie en compagnie d’Aït Ahmed, Mohamed Boudiaf et Mohamed Khider est détourné. Incarcéré sur l’île d’Aix, il ne retrouvera la liberté qu’en mars 1962. Lors de la crise du FLN de l’été 1962, il prend le parti des militaires opposés au GPRA (gouvernement provisoire) dont il contestait la légitimité. C’est ainsi qu’il s’impose comme chef du FLN, écarte ses adversaires et prend le pouvoir en septembre 1962. Élu en septembre 1963 président de la République, Ben Bella opte pour le socialisme autogestionnaire. Le 19 juin 1965, il est renversé par un coup d’État et ne retrouvera la liberté qu’en 1980.

Hassan Zerrouky
L'Humanité, 12 avril 2012

 

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mercredi 11 avril 2012

en faveur de Benjamin Stora

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Benjamin Stora: "La France et l'Algérie

devraient respecter tous les morts"

 

[Benjamin Stora nous a fait remarquer le déséquilibre instauré sur Études Coloniales entre les points de vue favorables à son film La Déchirure et les critiques de ce documentaire (dominantes). Il a raison. Mais il faut dire que les éloges n'ont pas manqué ailleurs dans la presse et que celle-ci a très peu relayé les critiques. Dans un souci d'objectivité, nous relayons ces appréciations favorables. Études Coloniales]

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Propos recueillis par Emmanuel Hecht, publié le 18 mars 2012 à 10:04
L'Express

Historien, homme engagé, Benjamin Stora, 61 ans, est sans doute le meilleur spécialiste de l'histoire contemporaine de l'Algérie, sa terre natale. Scénariste de Guerre d'Algérie, La Déchirure, remarquable documentaire réalisé par Gabriel Le Bomin, il revient sur ce que fut la tragédie algérienne, son oubli et son retour dans les mémoires. De part et d'autre de la Méditerranée. 

Benjamin Stora, scénariste de Guerre d'Algérie, la déchirure, remarquable documentaire réalisé par Gabriel Le Bomin, revient sur ce que fut la tragédie algérienne, son oubli et son retour dans les mémoires.  

Aucune manifestation officielle n'est prévue en France pour commémorer la fin de la guerre d'Algérie. Certes, il s'agit d'une défaite, mais ne pouvait-on pas espérer une phrase, un geste, en guise d'apaisement ?

On est toujours dans la guerre des mémoires, où chaque camp dit : "Ma souffrance est supérieure à la vôtre, mes morts sont plus nombreux." Cinquante ans après la fin de la guerre, il serait temps d'en finir avec cette logique mémorielle communautaire. Je souhaiterais que la France et l'Algérie respectent toutes les victimes : Algériens, harkis, immigrés, pieds-noirs, appelés. Ne serait-ce que par considération pour les morts.

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Vous venez d'écrire le scénario de Guerre d'Algérie, La Déchirure. En revisitant cette période, avez-vous eu le sentiment qu'on n'en parle plus de la même façon aujourd'hui ?

Lorsque j'étais étudiant à Nanterre au début des années 1970, on n'en parlait pas du tout ! La société française avait tourné la page. C'est René Rémond qui m'a suggéré de travailler sur le sujet. Il m'a présenté au grand spécialiste d'alors, l'historien Charles-Robert Ageron. C'est sous sa direction que j'ai rédigé ma thèse sur Messali Hadj (1898-1974), le pionnier du nationalisme algérien.

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Vous imaginez... Non seulement l'Algérie n'intéressait personne, mais encore moins le nationalisme, à une époque où les sujets à la mode tournaient autour du socialisme, du mouvement ouvrier, de la lutte des classes... D'ailleurs, j'étais son seul étudiant. Je dois beaucoup à Ageron. Il m'a tout appris du métier d'historien : le bon usage des sources, l'esprit critique, la méfiance à l'égard de l'idéologie. Le tiers-mondisme était très bien porté à l'époque et je militais depuis l'âge de 18 ans dans un mouvement trotskiste, que j'ai quitté quelques années après ma soutenance de thèse en 1978. 

À quelle date commence-t-on à reparler de l'Algérie ?

On sort du silence - et pour le chercheur, de la solitude... - en octobre 1988, avec les émeutes d'Alger, qui feront près de 500 morts. Une foule de questions sont alors posées. Comment les Algériens en sont-ils arrivés là ? Comment expliquer cette violence ? Y a-t-il un rapport avec la première guerre d'Algérie ? Ces événements engendrent un retour de mémoire. Les journalistes s'y intéressent, puis des chercheurs.  

Le temps passant, je suis de plus en plusfrappé par la grande violence de cette guerre 

Mais le grand tournant date de 1992 - moment de l'interruption du processus électoral en Algérie et début d'une terrible lutte entre l'Etat et les islamistes - et du trentième anniversaire de l'indépendance. Les archives françaises sont rendues publiques.

Ce matériau extraordinaire alimente les nombreuses thèses sur les appelés, les harkis, la torture... auxquelles s'attelle une nouvelle génération de chercheurs, plus distante, moins impliquée affectivement. L'année 2002 constitue une autre date marquante. Pour la première fois, un ex-officier supérieur, le général Aussaresses, reconnaît la pratique de la torture. Cet aveu va créer le scandale et l'étonnement. Du côté algérien, les témoignages sur la guerre se multiplient : pas moins de 300 ouvrages sont publiés entre 1995 et 2010. 

Dans les années 2000, également, le cinéma et la littérature s'emparent de l'Algérie...

On assiste en effet à un basculement dans la fiction cinématographique et littéraire. De mémoire, je citerai un certain nombre de ces films sortis dans ces années-là : Mon colonel, de Laurent Herbiet, L'Ennemi intime, de Florent Emilio Siri, La Trahison, de Philippe Faucon, Hors-la-loi, de Rachid Bouchareb, Nuit noire, d'Alain Tasma, sur le 17 octobre 1961, Vivre au paradis, de Bourlem Guerdjou, Sous les pieds des femmes, de Rachida Krim, etc. De jeunes romanciers s'emparent, eux aussi, du sujet : Jérôme Ferrari (Où j'ai laissé mon âme), Laurent Mauvignier (Des hommes), jusqu'au dernier Goncourt, Alexis Jenni (L'Art français de la guerre). Cette profusion par la fiction donne à la guerre d'Algérie une autre dimension.

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Avec le recul, pensez-vous que la meilleure formule pour résumer cette période est La Tragédie algérienne, le titre du livre de Raymond Aron, publié en 1957 et qui provoqua l'ire - et les insultes - de la droite ?

Oui, c'est une tragédie. Le temps passant, je suis de plus en plus frappé par la grande violence de cette guerre. Même si le bilan des victimes est toujours difficile à établir et sujet à polémique, on peut rappeler que de 350 000 à 400 000 civils algériens sont morts, soit 3 % des 9 millions d'habitants algériens : un pourcentage identique à celui des morts de la Grande Guerre de 1914-1918 ; que 1,5 million de paysans algériens ont été déplacés au prix d'un bouleversement total du paysage agricole.
On doit y ajouter de 15 000 à 30 000 harkis, 30 000 soldats français, 4 500 pieds-noirs tués et les 800 000 d'entre eux déplacés en métropole... 

Il faut bien avoir à l'esprit qu'en quelques mois un siècle et demi de présence française s'effondre. L'Algérie n'est pas une colonie comme les autres. Il y a une pénétration de la culture française, des habitudes, des comportements qui vont laisser des traces.
La France s'en remettra parce que c'est une grande nation industrielle et une puissance européenne. D'autant qu'elle feint de tourner la page. Il suffit d'écouter la chanson de Claude François, Cette année-là, consacrée à 1962. Le texte évoque le rock'n'roll, les Beatles, Marilyn... Tout y est... sauf l'Algérie. Pas un mot. Alors que les gens du Sud - pieds-noirs, harkis, soldats - vivent une tragédie, la France célèbre les années yé-yé. Deux histoires se chevauchent. Dans l'indifférence totale. 

Films, livres, préfaces, interviews : vous êtes partout une sorte de "Monsieur histoire d'Algérie". Comment expliquez-vous cette position centrale ? Est-ce seulement la consécration d'un travail ?

J'ai publié des ouvrages sur l'histoire du Vietnam et du Maroc, pays où j'ai vécu plusieurs années. Mais, en France, c'est toujours de l'Algérie qu'on me parle...

Sûrement y a-t-il le résultat de trente-cinq ans de travail, la publication de dizaine d'articles, de livres, de films. J'ai voulu très tôt transmettre mon savoir en produisant des documentaires pour la télévision, ce que, jusqu'à une période récente, peu d'universitaires faisaient. Cette exposition augmente la notoriété, mais aussi l'inimitié et la jalousie...

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Toutes ces explications ne suffisent pas. Sans doute ai-je creusé un sillon d'où surgissent des questions essentielles pour la société française d'aujourd'hui : l'histoire coloniale et les minorités, les communautés et la République, la religion et l'immigration... J'avancerai une autre hypothèse, plus personnelle. Issu de la communauté juive d'Algérie, peut-être suis-je, par mon origine, à l'intersection de ce qu'on appelait les mondes "indigène"-musulman et "européen"-pied-noir, une sorte de passerelle. Je vous livre tout cela en bloc, ce ne sont que des pistes.

propos recueillis par Emmanuel Hecht

 

Benjamin Stora en 6 dates
1950
Naissance à Constantine (Algérie).
1978
Doctorat d'histoire sur Messali Hadj, pionnier du nationalisme algérien.
1986
Maître de conférences à Paris VIII.
1991
Directeur scientifique à l'Institut Maghreb-Europe (Paris VIII).
1996
Membre de l'Ecole française d'Extrême-Orient (Hanoi).
Depuis 2001 Professeur d'histoire du Maghreb à l'Inalco ("Langues O") et à l'université Paris XIII. 

Bibliographie
Benjamin Stora a écrit une trentaine de livres. Le dernier paru est La Guerre d'Algérie vue par les Algériens, coécrit avec Renaud de Rochebrune (Denoël). À noter que son Histoire de l'Algérie en trois tomes (La Découverte) est rééditée en coffret. 

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Comment un tel gâchis a-t-il été possible ?

Quelles en furent les étapes, d’illusions

en mensonges, de crimes en crimes ?

 

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Bruno Frappat, 17 février 2012 - La Croix

Appel général : au début de mars – à une date qui sera précisée prochainement – France 2 diffusera un documentaire à couper le souffle de tous ceux qui ont connu, de près ou de loin, la guerre d’Algérie (1954-1962). Et à instruire ceux, encore plus nombreux, qui ne peuvent savoir comment ce cancer a rongé l’âme de la France, des deux côtés de la Méditerranée.

Disons-le avec netteté et émotion : on n’a pas le droit de rater cette diffusion ! Ce documentaire en deux parties (diffusées le même jour en «prime time» et suivies d’un débat) est un coup à l’estomac. Il s’appelle Guerre d’Algérie, La Déchirure.

Nous sommes sorti tout retourné de la projection en avant-première réservée à la presse. «Éprouvant» est le mot qui est venu immédiatement à l’esprit. Car ce n’est pas une partie de plaisir, ni une distraction qui attend les téléspectateurs. Mais une épreuve pour la mémoire, une épreuve pour les sentiments, une épreuve pour l’idée que l’on se fait des relations entre les êtres humains, une épreuve sur l’échelle du Bien et du Mal. Une épreuve pour l’intelligence : comment un tel gâchis a-t-il été possible ?

Quelles en furent les étapes, d’illusions en mensonges, de crimes en crimes ? Comment n’a-t-on pas perçu, à l’époque, l’engrenage maudit qui aboutirait à ce divorce d’une brutalité sans nom ?

Gabriel le Bomin, comme réalisateur, Benjamin Stora, comme historien, sont les deux auteurs de cet impeccable travail. Leur texte, dénué de tout aspect polémique, est lu par le comédien Kad Merad.

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Gabriel Le Bomin et Kad Merad

Tous les documents, dont beaucoup d’inédits, sont des films d’époque. Ils ont été retrouvés dans les archives de l’armée française, mais aussi dans celles des anciens «pays de l’est» qui, se situant du côté des «rebelles» du FLN (Front de libération nationale) ont filmé l’autre côté de la guerre. Films tournés par des soldats, par des gendarmes, par des familles de pieds-noirs au moment de leur fuite éperdue de 1962.

Il y a des images insoutenables, jamais vues, comme celles des soldats français égorgés par le FLN, la couleur ajoutant à l’horreur. Ou comme ces vues prises par des Français de soldats abattant, dans le dos, un «musulman» (ainsi parlait-on des «indigènes», à l’époque) qui marche sur un sentier et s’abat dans sa djellaba blanche. Il y a des séquences d’actualité que les Français n’avaient jamais eu la possibilité, à l’époque, de regarder, comme la visite triomphale de Fehrat Abbas, le leader algérien, en Chine. Ou des camps d’entraînement des soldats de l’ALN passés en revue, du côté de la Tunisie, par les futurs négociateurs des accords d’Évian (Krim Belkacem, notamment).

C’est un exploit que d’avoir réalisé un document non polémique, d’une grande honnêteté, ne cherchant pas à donner tort aux uns et raison aux autres. C’est un exploit que de rendre compte, avec une sobriété terrible, d’événements marqués par la passion, la violence, la haine et l’incompréhension.

Il se trouvera sûrement des gens pour critiquer cet équilibre qui ne prend pas partie. Mais l’émotion, justement, vient de cette honnêteté. Nous sommes émus de retrouver, souvent en couleurs alors que nous avions le souvenir d’une guerre en noir et blanc, les acteurs et les terrains d’un conflit qui déchira la France. Qui ne fut conclu que par la prescience et la duplicité stratégique de de Gaulle, accédant au pouvoir grâce aux partisans de l’«Algérie française» alors qu’il savait d’emblée que l’indépendance serait au bout.

Gâchis immense, à faire pleurer. Gâchis de la violence cruelle et aveugle, des attentats contre les civils, des assassinats, de la torture, de l’armée s’engageant contre la nation au prétexte de la défendre, du lâchage des harkis livrés aux vengeances, de l’abandon des pieds-noirs floués à la fois par la métropole, par les pouvoirs et par l’OAS qui, prétendant les représenter, hâta par sa fureur destructrice la fin cauchemardesque de leur présence sur la terre qui les avait vus naître.

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Pertes et profits de l’histoire : les soldats tués au combat, les civils meurtris, les habitants chassés, les relations futures entre les deux pays marquées par l’incapacité de renouer des liens qui furent trop charnels, sans doute, au «temps des colonies». Et tout cela parce que le mépris des évidences et des gens avait, durant des lustres, entretenu une illusion de puissance et de domination éternelles.

Il faut, pour revenir là-dessus à l’occasion de la vision de ce film, avoir le cœur bien accroché. Mais c’est bien avec le cœur qu’il faut le regarder. Un cœur plus large que celui des protagonistes du temps jadis. Un cœur accueillant à l’idée que nous étions dans le schéma classique d’une tragédie non maîtrisable et qui ne fait que des victimes. Sur lesquelles il y a de quoi pleurer.

Bruno Frappat

 

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"Guerre d'Algérie, la Déchirure" :

un film tout en archives, parfois inédites

 

Créé le 15 février 2012 - Le Nouvel Observateur

Pour les 50 ans des accords d'Évian, France 2 diffusera en mars un documentaire événement, "Guerre d'Algérie, la déchirure", premier film tout en images d'archives sur le conflit, dont certaines totalement inédites, avec l'ambition de restituer tous les points de vue.

Ce film, en deux parties de 55 minutes, a été conçu par le réalisateur Gabriel Le Bomin, auteur notamment d'un long métrage remarqué sur la Première guerre mondiale, "Les Fragments d'Antonin", et par l'historien Benjamin Stora, spécialiste de l'Algérie coloniale et de la guerre d'Algérie.

Pour le préparer, ils ont eu accès à des archives inédites de l'armée française, des sources algériennes, des images de la BBC et de télévisions d'Europe de l'Est, des fonds amateurs collectés par des cinémathèques régionales, des films familiaux ou de la Croix-Rouge suisse.

"Au total, on avait 140 heures de rushs disponibles, pour deux heures de récit. L'ECPAD (Établissement de communication et de production audiovisuelle de la défense, ndlr) nous a permis de travailler à partir de rushs d'origine, et non de films montés. Nous avons aussi été autorisés à utiliser des films dont la diffusion était jusque là interdite", explique Gabriel Le Bomin.

"C'était vraiment une grande nouveauté. Il y a aussi eu tout un travail dans des cinémathèques, notamment d'anciens pays de l'Est, où l'on a pu accéder aux archives des maquis algériens. C'était l'ambition du film, d'avoir un champ/contre champ: raconter le point de vue français, mais aussi celui du FLN".

Film global

L'optique était double : réaliser un documentaire global racontant de manière pédagogique l'ensemble de la guerre d'Algérie, et faire "le premier film français tout en archives" sur le sujet, sans témoignages mais accompagné d'un commentaire en voix off de l'acteur Kad Merad, lui-même né en Algérie en 1964, explique Benjamin Stora.

"C'est un film très original et très difficile à faire, parce qu'il y a des épisodes de cette histoire qui n'ont pas d'archives filmées. Donc il a fallu travailler à leur représentation filmique", ajoute-t-il.

Les attentats ou la torture manquent ainsi d'archives directes, mais ont pu être racontés notamment à travers des images de victimes.

Parmi les archives jamais vues à la télévision française, le film montre des images de cadavres de soldats, parfois mutilés. Ou la visite en 1958 en Chine de Ferhat Abbas, président du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA, front politique du FLN), accueilli par une foule immense.

Il a fallu un peu moins d'un an pour fabriquer Guerre d'Algérie, La Déchirure, qui a fait l'objet d'un travail de colorisation, certaines images étant originellement en couleur et d'autres en noir et blanc. Sa diffusion, dont la date exacte n'est pas encore précisée, sera suivie d'un débat animé par David Pujadas.

D'autres documentaires seront programmés à la télévision pour marquer les cinquante ans de la fin de la guerre d'Algérie: "Algérie, notre histoire", de Jean-Michel Meurice, avec Benjamin Stora, ou "Palestro, Algérie: histoire d'une embuscade", de Rémi Lainé, sur Arte, ou encore "Une histoire algérienne", de Ben Salama, sur France 5.

Du côté des fictions, Arte donnera le célèbre film "La bataille d'Alger", de Gillo Pontecorvo, tourné deux ans après l'indépendance et censuré en France jusqu'en 2005. France 3 diffusera "Pour Djamila", fiction TV retraçant l'histoire de Djamila Boupacha, militante du FLN accusée d'avoir posé une bombe à Alger, qui avait été défendue par l'avocate Gisèle Halimi.

source

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voir aussi : Benjamin Stora : "Guerre d'Algérie, la déchirure" in "La Provence.com". 29 mars 2012

 

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sur Études Coloniales

- réponse de Benjamin Stora à Daniel Lefeuvre et réplique de celui-ci

- Les bombardements du cinquantenaire, le point de vue de Michel Lagrot

- réponse de Benjamin Stora à Guy Pervillé et réaction de Guy Pervillé, à propos du documentaire "La Déchirure"

- critique de Guy Pervillé du documentaire "La Déchirure", sur Études Coloniales

- texte définitif de la critique de Guy Pervillé sur son site

- voir : "La Déchirure" : ce documentaire n'est pas un outil de référence, Daniel Lefeuvre

- voir la mise au point du général Maurice Faivre et les remarques de Michel Renard

 

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image du film "La Déchirure"

 

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mardi 10 avril 2012

réponse de Benjamin Stora à Daniel Lefeuvre et réplique de celui-ci

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Benjamin Stora répond à la critique

de Daniel Lefeuvre à propos de "La Déchirure",

et Daniel Lefeuvre lui réplique

 

Benjamin STORA

Dans son long compte rendu à charge paru dans Études coloniales, du documentaire dont je suis l’auteur avec Gabriel Le Bomin (La Déchirure), Monsieur Daniel Lefeuvre, de manière systématique minimise les victimes algériennes, dans les massacres de mai-juin 1945 à Sétif et Guelma ; d’août 1955 dans le Constantinois ; du Plan Challe en 1959, ou du 17 octobre 1961 à Paris.

Il critique également les chiffres avancés du déplacement des populations paysannes (rapport de M. Rocard de 1959). Il ne doute jamais des versions officielles proposées par les gouvernements français de l’époque, et ne prend jamais en compte les chiffres avancés par les nationalistes algériens.

Est-ce là la position d’un historien qui se veut rigoureux et équilibrée ? Il va de soi, qu’élève de Charles Robert Ageron (voir mon site), je me suis appuyé sur l’ensemble de ses travaux pour les faits avancés dans ce documentaire.

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Dans le même esprit, il critique systématiquement les images montrant des victimes algériennes. C’était déjà le point de vue des officiels français de l’époque. Je le renvoie aux travaux de Marie Chominot qui, dans sa thèse de doctorat sur «Les images et la guerre d’Algérie», a bien démontré le système de propagande mis en œuvre visant à décrédibiliser ces images accusatrices.

Ce documentaire a d’autre part bénéficié en partie du concours de l’ECPAD pour les images cette guerre, ce que Daniel Lefeuvre ne signale jamais dans son article.
Enfin, puisqu’il aime citer d’autres historiens, je le renvoie au texte de Jacques Frémeaux publié dans Le Figaro, et à ceux publiés dans de nombreuses revues d’histoire qui disent la qualité et l’impartialité de ce travail difficile.

Benjamin Stora
professeur à l'université Paris XIII
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Daniel LEFEUVRE

La réponse de Benjamin Stora à ma critique du film La Déchirure ne laisse pas de surprendre. D’abord, parce qu’il me prête des affirmations dont on ne trouve pas trace dans mon texte.

Ainsi, où Benjamin Stora a-t-il lu que je contestais le nombre d’Algériens déplacés dans les villages de regroupement ? Mon texte ne fait aucune allusion ni à cet épisode de la guerre d’Algérie, ni au Rapport Rocard. Il en va de même pour le bilan des victimes algériennes des opérations Challe.

J’invite Benjamin Stora à lire plus scrupuleusement les textes qu’il souhaite critiquer, c’est de bonne méthode historique.

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Au-delà de ces inexactitudes, Benjamin Stora me reproche surtout de «minimiser» de manière «systématique» les victimes algériennes, refusant de prendre en compte les «chiffres avancés par les nationalistes algériens», concernant les massacres de mai 1945, d’août 1955 et du 17 octobre 1961, et plus généralement, de la guerre d’Algérie.

Où Benjamin Stora a-t-il lu que je minimisais les pertes algériennes ? Sétif, Guelma, mai 1945 : ma critique ne porte pas sur le bilan des victimes, mais sur le fait que le documentaire impute l’origine du soulèvement au tir d’un policier sur le porteur du drapeau des nationalistes.

Or, comme Roger Vétillard l’a établi de manière indiscutable, dans son livre, avant même le départ de la manifestation, des Européens ont été tués. Pourquoi Benjamin Stora feint-il d’ignorer cette chronologie et répond-il à côté ? Pour dédouaner le PPA de ses responsabilités ?

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les chiffres des uns et des autres

Philippeville, août 1955 : le reproche que j’adresse au documentaire est de ne citer QUE les chiffres du FLN (12 000 morts), en ignorant les estimations officielles (1 273). Serait-ce que pour Benjamin Stora, les premiers ne prêteraient pas à examen critique, les seconds relevant seuls, bien évidemment, de la propagande ?

En l’espèce, Benjamin Stora témoigne d’un parti pris inacceptable de la part d’un historien pour qui le doute critique fait loi, quelles que soient les sympathies qu’il entretient avec son objet de recherche.

Plan Challe : comme pour le Rapport Rocard, je n’en parle pas et Benjamin Stora aura du mal à prouver le contraire. Je prends les lecteurs attentifs à témoin. Pourquoi me reprocher des affirmations que je n’ai pas formulées ?

17 octobre 1961 : le documentaire affirme que la répression policière a fait cent morts. Benjamin Stora connaît pourtant l’étude approfondie, scrupuleuse de Jean-Paul Brunet. À ma connaissance, il ne l’a jamais critiquée. Einaudi lui-même, lors du procès Papon, en a admis, de fait,  le bienfondé (voir la liste des victimes publiée par Michel Renard dans Études coloniales).
Pourquoi Benjamin Stora continue-t-il de donner crédit à un bilan mensonger ? Peut-il, sur ce point précis, nous éclairer ?

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Prendre en compte les chiffres avancés par les nationalistes algériens ? Que faut-il entendre par «prendre en compte» ? S’agit-il de leur donner crédit a priori ? De les considérer comme dignes de foi ?  Faut-il, par exemple, «prendre en compte» le chiffre de 45 000 victimes de la répression du 8 mai 1945 ? de 1 million, voire 1,5 millions de morts de la guerre d’Algérie ? Certainement, dans le cadre d’une étude sur la propagande du FLN, certainement pas comme mesure historiquement fondée du bilan humain de ces événements.

les chiffres de Charles-Robert Ageron

Benjamin Stora rappelle qu’il fut un élève de Charles-Robert Ageron et qu’il en connaît l’œuvre, ce qui est parfaitement exact.

Pourtant, lorsqu’il évoque – dans La Déchirure –  les «400 000 victimes» algériennes de la guerre d’Algérie, puis les «centaines de milliers» lors du débat, il s’éloigne considérablement des estimations de Charles-Robert Ageron.

À partir de quels calculs, selon quelles méthodes, Benjamin Stora parvient-il à un chiffrage 60 % plus élevé que celui d’Ageron ? Dès lors, comment, sans autre explication, peut-il soutenir s’être «appuyé sur l’ensemble» des travaux de celui-ci ?

De deux choses l’une, ou l’estimation de Charles-Robert Ageron (250 000), qui rejoint celle de Xavier Yacono (300 000), est valide, et il n’y a aucune raison de s’en départir, ou bien Stora estime qu’elle est erronée, et il lui appartient de le démontrer.

En outre, dans ce bilan, pourquoi ne pas mentionner qu’un grand nombre de victimes – au moins trente mille, sans compter les harkis massacrés après le 19 mars 1962 – sont tombés sous les coups du FLN ?

le traitement historien des images

Reste l’usage des images. Où Benjamin Stora a-t-il lu que je critiquais les images montrant les victimes du FLN ? Je mets seulement en cause le fait que les images ou les films présentés ne sont ni sourcés, ni datés et que leur statut (documents authentiques ou reconstitutions) n’est jamais mentionné.

Pourquoi faudrait-il traiter l’image autrement que toutes les autres archives sur lesquelles travaillent les historiens ? Au demeurant, que certaines aient été fournies par l’ECPAD ne change rien à l’affaire. Tout document est justiciable d’un examen critique.

Enfin, Benjamin Stora ne s’explique nulle part sur les erreurs factuelles  que j’ai relevées ni sur le silence qu’il entretient sur la pratique de la torture par le FLN.

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Au total, cette réponse n’en est pas une. Faute de pouvoir m’opposer des arguments consistants, Benjamin Stora se réfugie ici – comme il l’avait fait à propos des critiques sur le film Les Hommes libres –  dans la pratique de l’esquive.

Et je ne suis toujours pas convaincu pas de la «qualité et de l’impartialité» de son documentaire que je persiste à considérer comme outrancier dans sa charge contre la politique de la France en Algérie et les pratiques de l’armée française (faut-il rappeler une énième fois que la torture n’a pas été généralisée à toute la période de la guerre et dans tout l’espace algérien!) mais, au contraire,  très indulgent à l’égard des méthodes mises en œuvre par le FLN pendant la guerre et très complaisant à l’égard de la propagande qu’il développe depuis.

Daniel Lefeuvre
professeur à l'université Paris VIII
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Post-scriptum sur la colorisation -  Le 22 décembre 2009, Benjamin publiait sur son blog une réflexion très intéressante  «À propos de la colorisation des images » (http://blogs.mediapart.fr/blog/Benjamin%20Stora. Il écrivait alors, à propos du documentaire Apocalypse de Daniel Costelle et Isabelle Clarke :

«Une sensation étrange de nouveauté se dégage. Cela ne tient pas au ton, à la voix du commentateur Mathieu Kassovitch mais à autre chose, de beaucoup plus troublant. La nouveauté, c'est la continuité d'images en couleur. Pour l'historien que je suis, toucher à une archive, en l'occurrence ici la coloriser, est vraiment problématique.

Qui décide de la couleur des cheveux, ou des yeux, d'une femme qui regarde l'objectif d'un soldat allemand ; des haillons d'un enfant qui lève les bras dans le ghetto de Varsovie ; ou de l'uniforme d'un soldat français jeté sur les routes ? Il y a dans ce documentaire des images tournées en couleur, et des images colorisées aujourd'hui, sans que jamais le téléspectateur ne soit informé de ce passage, de ce va-et-vient perpétuel.

Ce procédé me trouble : faut-il pour capter, motiver l'intérêt du spectateur, avoir recours à la couleur ? Faudra-t-il, un jour, coloriser les archives des camps de concentration pour que le public puisse encore manifester de l'intérêt pour cette séquence tragique d'histoire ?

Ce travail de colorisation semble aujourd'hui abandonné pour les films de fiction. Le célèbre film, Les tontons flingueurs ressort aujourd'hui dans une version mastérisée, mais en noir et blanc. Ce n'est donc plus la fiction que l'on colorie, mais «le réel» du documentaire, comme si la couleur rendait la guerre plus accessible, plus supportable. Ce débat commence, et je connais désormais de nombreux historiens qui ne supportent plus cette «restitution» de couleurs du réel, au risque de la falsification des archives».

Or, comme David Pujadas en informait les téléspectateurs, avant la projection, la colorisation des images de La Déchirure a été systématique. Benjamin Stora, troublé par le procédé  en 2009, y a eu recours en 2012. Ce qui était alors «problématique» ne serait-il plus ? Cette «falsification des archives» qu’il relevait alors se justifierait-elle désormais ? Le débat vaut d’être mené et je remercie par avance Benjamin d’y apporter sa contribution, notamment en expliquant les raisons de son revirement.

 

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lundi 9 avril 2012

hommages aux victimes du 26 mars 1962, rue d'Isly à Alger

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la mémoire du 26 mars 1962

 

La fusillade de la rue d'Isly, à Alger, le 26 mars 1962, a fait des dizaines de victimes "européennes" - toutes civiles et innocentes : 54, plus d'une centaine ? En tout cas plus que la manifestation FLN du 17 octobre 1961 à Paris. Pourquoi ce silence sur un tel drame ? Pourquoi ce déséquilibre historien dans l'investigation et le traitement de cet évènement ?

En attendant une réponse à cette question - sur laquelle nous avons notre idée, bien sûr - la mémoire de ce massacre est entretenue par les descendants des victimes.

Michel Renard

 

- 26 mars 2012 : messe à Notre-Dame de Paris en hommage aux victimes de la fusillade de la rue d'Isly à Alger - reportage photo

- Cercle algérianiste d'Aix-en-Provence - reportage vidéo

 

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dimanche 8 avril 2012

Histoire des Berbères, par Bernard Lugan (nouveau livre)

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Histoire des Berbères

Bernard LUGAN

 

Présentation de l'ouvrage

Les Berbères ou Imazighen (Amazigh au singulier) constituent le fond ancien de la population de l’Afrique du Nord. Ils formaient à l’origine un seul peuple peu à peu fragmenté par une histoire à la fois riche, complexe et mouvementée. Des dynasties berbères régnèrent sur le Maghreb jusqu’au XVIe siècle.

Les partisans de l’arabo-islamisme affirment que les Berbères sont sortis de l’histoire, leur conversion à l’Islam les ayant inscrits de façon irréversible dans l’aire politico-culturelle de l’arabité. Dans les années 1950, la revue Al Maghrib alla ainsi jusqu’à écrire qu’ils ne peuvent accéder au Paradis que s’ils se rattachent à des lignées arabes. Quant au ministre algérien de l’Éducation nationale, il déclara en 1962 qu’ils «sont une invention des Pères Blancs».

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Aujourd’hui, les dirigeants arabo-islamiques nord africains doivent faire face au réveil berbère si fortement exprimé en 2004 par Mohammed Chafik au travers de sa célèbre question réponse: «Au fait, pourquoi le Maghreb arabe n’arrive-t-il pas à se former ? C’est précisément parce qu’il n’est pas Arabe». Cette phrase était incluse dans un article dont le titre explosif était : «Et si l’on décolonisait l’Afrique du Nord pour de bon !», intitulé signifiant qu’après avoir chassé les Français, il convenait désormais pour les Berbères d’en faire de même avec les Arabes…

Qui sont donc les Berbères ? Quelle est leur origine ? Comment furent-ils islamisés ? Quelle est leur longue histoire ? Comment se fait aujourd’hui la renaissance de la berbérité ? Peut-elle être une alternative au fondamentalisme islamique ?

C’est à ces questions qu’est consacré ce livre qui n’a pas d’équivalent. Son approche est ethno-historique et couvre une période de 10 000 ans. Il est illustré par de nombreuses cartes en couleur et par des photographies.

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Table des matières

Première partie : La Berbérie jusqu’à la conquête arabe

Chapitre I : Une très longue histoire

A) L’état des connaissances
B) L’Égypte, une création berbère ?

Chapitre II : Les Berbères durant l’Antiquité classique
A) Les Peuples et les Etats
B) Les Berbères furent-ils romanisés ?

Chapitre III : Les Berbères, les Vandales et les Byzantins
A) L’intrusion vandale
B) L’échec de Byzance

Deuxième partie : Les Berbères se convertissent à l’islam mais ils résistent à l’arabisation (VIe-Xve siècle)

Chapitre I : Les Berbères face à la conquête et à l’islamisation
A) Les résistances à la conquête
B) La révolte berbère du VIII° siècle

Chapitre II : Le monde berbère du IXe au XIIe siècle
A) La Berbérie au IXe siècle
B) Le Maghreb berbéro-musulman du Xe au XIIe siècle

Chapitre III : Les  grandes mutations du monde berbère (XIIe-XVe siècle)
A) Les Berbères almohades et l’arabisation du Maghreb (XIIe-XIIIe)
B) La question arabe
C) Le tournant des XIIIe-XVe siècles

Troisième partie : Des Berbères dominés à la renaissance de la Tamazgha

Chapitre I : Les Berbères perdent la maîtrise de leur destin (XVIe-XIXe siècle)
A) Le Maroc entre Arabes et Berbères
B) Les Berbères et les Ottomans (XVIe-XIXe siècle)

Chapitre II : Les Berbères et la colonisation
A) Algérie : de la marginalisation à la prise de conscience
B) Maroc : les Berbères victimes du Protectorat ?

Chapitre III : La renaissance berbère aujourd’hui
A) Maroc : de la stigmatisation à la cohésion nationale
B) Algérie : entre berbérisme et jacobinisme arabo-musulman
C) Les autres composantes de la Tamazgha

- Bibliographie
- Index des noms de personnes
- Index des tribus et des peuples

 

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Sortie du nouveau livre de Bernard Lugan :
Histoire des Berbères, des origines à nos jours. Un combat identitaire pluri-millénaire.
 
IMPORTANT : Ce livre édité par l'Afrique Réelle n'est pas disponible dans les librairies ou sur les sites de commandes en ligne. Seule l'Afrique Réelle le distribue.
 
Prix (frais de port compris) :
- 29 € pour livraison en France / Dom-Tom / Europe
- 38 € pour livraison dans le reste du monde (en recommandé avec AR)
- 25 € à partir de 5 livres
 
Pour le commander, 2 possibilités :
- Par carte bleue ou Paypal :
http://bernardlugan.blogspot.fr/2012/04/nouveau-livre-de-bernard-lugan-histoire.html
- Par chèque avec le bon de commande ci-joint à imprimer et à nous retourner
Bondecommande

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samedi 7 avril 2012

une réaction aux émissions relatives à l'anniversaire de mars 1962 (Michel Lagrot)

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Les bombardements du cinquantenaire

le point de vue de Michel LAGROT

 

C’était prévu ! Après cinquante ans écoulés, l’offensive des media contre l’histoire de l’Algérie française est déclenchée, pour autant qu’elle ait jamais cessé…. Mais cette fois, c’est le carpet  bombing qui est activé ! Sans même parler de la presse écrite et de ses intérêts subits pour les évènements de 1962, belle occasion de vendre du papier aux «rapatriés» (sans trop se mouiller, et avec des collaborateurs triés sur le volet de la correction politique), on a eu droit à la douteuse sollicitude de la TV et des multiples stations de radio. Impossible d’analyser toutes ces productions, il y faudrait un volume…

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Les hostilités étaient ouvertes, après quelques préparations d’artillerie sur France Culture, par un film qui mérite l’examen, produit par France 2 : «La Déchirure», avec l’inévitable Benjamin Stora. La méthode, pour être classique, n’en est pas moins intéressante à étudier : le film s’ouvre sur une image de propagande tournée par le FLN, pure fiction mais présentée implicitement comme un reportage, équivoque savamment utilisée dans tout le film ; belle illustration de la formule du «documentaire fiction», immortelle invention de la chaîne ARTE quelques années auparavant à l’occasion justement de l’anniversaire de mai 45 à Sétif.

Le pseudo document n’est pas choisi au hasard : il s’agit du déraillement d’un train saboté par de vaillants djoundi du FLN, et l’on voit tout de suite à quoi ces images renvoient dans l’esprit du Français moyen….d’autres séquences suivront, comme par exemple cette scène, déjà présentée deux fois par la TV sous des dates et des lieux différents ( ! ), montrant un soldat abattant un indigène devant sa khaïma : le général Faivre rappelait récemment qu’il s’agit d’un montage de la Fox Movietone fait pour les besoins d’un article de presse..

Le mensonge est rarement «frontal» : il réside essentiellement dans le déplacement sémantique des mots, dans l’approximation ou l’ambivalence des affirmations, sans parler de l’omission, savamment  utilisée.

Cependant certaines affirmations sont carrément fausses, comme le récit des émeutes de Sétif en 1945, par ailleurs inépuisable source de contre vérités : Stora raconte que le commissaire de police de Sétif a tué le porte drapeau du MTLD et en fait l’origine du carnage… en fait, on sait que le commissaire a tiré en l’air et que les meurtres d’Européens avaient commencé 3 heures avant la manifestation.

Le drame du 26 mars 1962  rue d’Isly est présenté comme un «affrontement avec les gendarmes»… alors qu’une foule totalement désarmée a été fusillée par des tirailleurs musulmans, sans sommations.

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26 mars 1962, rue d'Isly à Alger : vicimes "européennes"

Il n’y a eu ni affrontements ni gendarmes, et le bilan affiché, systématiquement minoré dans toutes les émissions, est le bilan «officiel» auquel il est bien commode de se tenir. Pas un mot sur le scandale des inhumations quasi clandestines imposées par le pouvoir, ni surtout sur le fait que la manifestation visait à secourir Bab el Oued : ce quartier français assiégé par l’armée française, cet épisode unique de l’histoire de France, n’intéresse pas nos curieux historiens !

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Alain Juppé

Pourtant le rapprochement avec l’actualité s’impose : El Assad écrasant Homs avec ses chars et ses canons ne fait pas pire et lui, au moins, n’a pas fait intervenir l’aviation comme il fut fait par notre armée de l’air. Sur ce genre d’épisode, rappelons au passage le propos d’Alain Juppé, ministre gaulliste, à propos de la Libye : «un gouvernement qui tire sur ses citoyens n’a pas le droit d’exister»… amnésie ?

Les images d’opérations aériennes contre le FLN sont commentées par la mention que l’armée a employé le napalm «dont l’usage est condamné par une convention internationale».

Or, l’armée a très peu employé cette arme dont l’efficacité était très médiocre dans le genre d’opération qui était menée ; de plus la convention internationale citée date de 1980, donc très postérieure à la guerre d’Algérie ; enfin elle condamne son emploi contre les civils seulement, ce qui l’exclut du débat puisque l’Armée n’en a usé que dans les combats… un bel exemple de mensonge par approximation.

De même une allusion, en passant, à des milices européennes en 1961, qui n’ont jamais existé. Et, bien sur, l’occultation presque totale des massacres d’Oran présentés comme une sorte d’épilogue inévitable, non sans insinuer que l’origine pourrait bien être un tir revanchard de l’OAS. Ah, l’OAS ! si elle n’avait pas existé, ces historiens l’auraient inventée… c’est évidemment de sa faute si les Pieds noirs ont été contraints à l’exode… Stora ne l’exprime pas exactement de cette façon mais…

Le débat d’après film était ce qu’on pouvait attendre, un jeu d’acteurs caricatural dans lequel des comparses bien choisis ne débordaient jamais du politiquement corrects. Jusqu’à faire parler une victime du terrorisme FLN ; belle initiative, sauf que la victime en question est devenue anti-colonialiste et d’extrême gauche : avec elle, pas de mauvaise surprise.

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rue d'Isly, 26 mars 1962

Autre belle figure de témoin, un curé hirsute à la pensée aussi cloutée que son blouson, qui bien sur a vu la torture, milité contre elle etc. etc… refrain connu. Quant au seul historien qui avait vraiment des révélations à faire, Jean-Jacques Jordi, auteur du livre récent sur les disparus, (voir aussi le compte-rendu de Roger Vétillard) (et encore ceux du général Faivre et d'Arnaud Folch), il n’en a pas dit un mot : un homme qui avait une grenade dans la poche et ne l’a pas dégoupillée… ce seul trait en dit long sur le terrorisme intellectuel régnant sur le monde médiatique. Ne manquons pas de noter que cette émission était présentée comme une nouveauté, des inédits… mensonges ! comme étaient mensongers ou erronés presque tous les chiffres et même les dates cités.

Autre film sur ARTE, sur les «rapatriés» cette fois, intitulé justement : «Algérie, notre histoire»  Rebelote avec Benjamin Stora, plus pontifiant que jamais mais moins partial… il a eu au moins le mérite de mettre les choses au point en se défendant d’être pied-noir : ce n’est pas nous qui le disons !

Notons une saisissante interview du général Challe, réalisée peu après sa sortie de prison, et censurée à l’époque, jamais produite à la TV. Tiens, il y avait donc une censure sur les media ? On en apprend de belles ! L’ensemble des commentaires ressort de la même contorsion dialectique que le film de France 2 : ainsi l’assassinat de Raymond, le populaire chanteur juif de Constantine, est longuement décrit mais en laissant le doute sur ses auteurs, OAS ou FLN : alors que, sur place, personne n’a douté un instant de la culpabilité du FLN, et d’ailleurs quel intérêt l’OAS aurait elle eu à l’exécuter ?

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putsch des généraux, avril 1961

Le putsch des généraux est raconté avec une certaine honnêteté, chose rare : au moins les mobiles en sont ils clairs. Mais, bien sur, l’OAS est fustigée, et surtout on a droit à l’insupportable paradigme d’après lequel les Français d’Algérie étaient pris «entre l’OAS et le FLN»….

Jusqu’à présenter l’interview d’un bon Pied-Noir de base exprimant à l’époque quelques vérités banales sur l’insécurité du moment et filmé en contre jour «par crainte de l’OAS» ! Jamais n’est décrite la situation pourtant bien claire de l’année 1962 où la population française d’Algérie était prise entre les deux ennemis également féroces qu’étaient le FLN et le gouvernement gaulliste.

Une séquence filmée montre des cadavres sur le trottoir de la rue Michelet à Alger, attribuant ces morts à l’OAS…

Il est fort douteux que les morts européens de ce quartier européen aient été descendus par d’autres que les tueurs FLN, mais le commentateur a fait son choix… de la même façon que pas un seul «documentaire» ne manque d’évoquer les femmes de ménage abattues dans la rue, sans jamais mentionner que le FLN (il s’en vante aujourd’hui) envoyait des terroristes déguisés en femme, ou que les haïks des mauresques servaient à dissimuler des armes.

Inutile dire que la tuerie de la rue d’Isly le 26 mars 1962 est décrite dans la plus pure convention : le tir de provocation depuis les toits, alibi du pouvoir gaulliste depuis la première heure, est vérité biblique, malgré les témoignages ; le chiffre des morts minimisé, l’escamotage des funérailles par les autorités, l’absence d’enquête sérieuse, le mépris à l’encontre des victimes, tous les éléments de ce qui est un drame majeur de l’Histoire de France sont passées sous silence : affaire courante... comme l’est le massacre d’Oran, dont les très rares images sont également passées à la trappe, avec un bref commentaire sur l’inertie de l’Armée devant la tuerie.

Evoquons au passage un autre long film avec débat sur une chaîne TV : même schéma, même partialité, mêmes participants choisis avec soin pour leur conformisme. Tout dérapage était jugulé d’avance, et d’ailleurs aucune de ces émissions n’était produite en direct. Pas fous…

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"Troufions"

L’émission «Troufions» de France 2 (à nouveau) relatait les souvenirs très arrangés d’appelés en Algérie. Étaient ils prématurément frappés d’Alzheimer ? on avait en tous cas l’impression qu’ils répétaient tous une leçon convenue et bien apprise, sur les horreurs de la guerre, toutes imputées à l’Armée dont ils faisaient partie.

Ironisant sur la pacification, ils ignorent tous les SAS, qui pourtant ont eu tellement d’importance, jamais vu les médecins ou les enseignants, mais tous ont vu, de leurs yeux vu, la torture, bien sur… pourtant les égorgés du FLN, les mutilés par les bombes, ceux là ont inexplicablement échappé à leur regard ! Le vocabulaire même de leurs témoignages sentait la leçon, comme l’appellation de «soldats» pour les fellagha, que personne n’a jamais nommés ainsi sur place, et pour cause.

Passons sur le fait que cette guérilla, dont la plupart des vrais acteurs étaient des engagés, est constamment décrite comme Verdun : on est ancien combattant ou on ne l’est pas ! Pas de dérapage là non plus : défenseurs de l’Algérie française, au placard….

Un seul documentaire point trop orienté, celui de LCP présentant des photographies de l’époque, où l’on revoyait avec émotion les saisissantes images de Marc Flament…

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La bataille d'Alger, film de Pontecorvo

Mais notons enfin que toutes les chaînes ont ressorti des films des années passées sur notre sujet, films qui tous sans exception étaient anti-colonialistes, anti-militaristes et anti-français, jusqu’à nous ressortir le navet de Pontecorvo, «La bataille d’Alger», qui piétine si caricaturalement la vérité historique ; qu’importe cette vérité ! lorsqu’on demande à ces mêmes chaînes la projection du très récent «la valise ou le cercueil», on n’obtient qu’un refus méprisant dont ARTE donne la clef : «ce film n’entre pas dans notre ligne éditoriale». C’est clair !

La radio n’était pas en reste, avec le matraquage quotidien de toutes les grandes stations pendant au moins une semaine. Ne parlons pas de France Culture, qui avait pris de l’avance depuis des mois, avec une suite d’émissions où les grandes voix des Franz Fanon, Manceron et autres enragés de l’anticolonialisme donnaient le ton, à l’exclusion absolue des mal pensants qui auraient pu contester les accords d’Évian ou le sac de Bab el-Oued.

Là ce sont principalement les gloires du FLN qui ont la parole, justifiant l’égorgement des enfants ou la mutilation des fumeurs par les arguments que leur ont glissés nos honnêtes défenseurs des Droits de l’Homme .

Le cas de France Inter mérite d’être étudié en détail : une série d’émissions de la série «La marche de l’Histoire» est consacrée quotidiennement à notre sujet, avec la géniale trouvaille d’un  document «à deux voix», comprenez les deux parties, «algérienne» et française : en fait on a droit à un dialogue de compères, l’un FLN estampillé, l’autre «historien» d’extrême gauche, cette imposture culminant lors de la dernière émission où les deux voix tenaient en une seule… puisque l’invité avait la double nationalité !!

Le menu était donc prévisible : un pseudo historien algérien chiffre la population du pays en 1830 à 3 millions d’habitants, le double du chiffre le plus vraisemblable, ce qui permet ensuite, en produisant les premiers recensements, d’attribuer aux Français la baisse de population supposée: leur volonté d’extermination est présentée comme évidente, et d’ailleurs les calamités agricoles et naturelles de 1868 sont expressément imputées à la France… dont les colons ont pourtant autant souffert que les indigènes.

On a droit aussi au refrain usuel sur la spoliation des terres par les Français, sans jamais donner les chiffres montrant que 80% des terres cultivables de 1930, déjà, étaient propriétés des indigènes ; l’enseignement «réservé aux Français», sans chiffres, bien sur, mais surtout sans dire la résistance des ouléma interdisant aux musulmans l’école française, ni leur opposition à la scolarisation des filles, amorcée seulement après 1945...

L’inusable procès à la France censée créer des citoyens de seconde zone, sans exposer honnêtement le système juridique au terme duquel n’importe quel musulman algérien pouvait devenir citoyen français sur sa demande, en renonçant à son statut coranique. Statut coranique que, de nos jours, les extrémistes islamiques réclament en France même !

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On apprend aussi que les massacres du 5 juillet à Oran «n’ont pas de cause connue»… Des recherches incontestées nous montrent pourtant que les rivalités internes des factions du FLN ont délibérément provoqué ces tueries d’Européens et que, par ailleurs, les dirigeants de ce même FLN voulaient à tout prix éliminer ces mêmes Européens de l’Algérie nouvelle ; opération réussie, mais personne ne parle, dans ce cas, de crime contre l’humanité ni de génocide.

Une émission a été consacrée à la part diplomatique du conflit, malheureusement limitée à la période 1954/1962 : il eut été plus intéressant de l’ouvrir à la Deuxième Guerre mondiale et aux déclarations de F. Roosevelt faisant, en 1943, de la liquidation de l’Empire français (entre autres) un de ses buts de guerre ; à la stratégie de Lénine déclarant dès 1920 que la conquête de la France par les soviets se ferait en la contournant par l’Afrique ; aux appels au meurtre de mai 1945 par le grand muphti de Jérusalem… aux appuis internationaux de la totalité du Tiers-monde uni à la fameuse conférence de Bandoeng...

Bref, on comprend qu’il s’agit de préserver la légende suivant laquelle la France a fait face à une rébellion légitime causée par la gestion insuffisamment démocratique de sa colonie algérienne, sans que l’étranger soit en cause.

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un médecin français dans une SAS (section administrative spécialisée)

On pourra juger du sérieux de ces émissions en notant que le présentateur parle des SAS sans même en connaître le sens : il les nomme «sections administratives spéciales» au lieu de «spécialisées», ce qui est très différent… «spéciales» ayant un parfum de «services» bien connoté.

Évidemment il est convenu que les Harkis n’étaient pas contre l’indépendance mais… faudrait il rappeler à ces journalistes, qui n’ont évidemment jamais rencontré un harki, que cette notion d’indépendance n’était, pour ces montagnards, qu’une abstraction incompréhensible ?

Dans la même émission, relation d’un livre de fiction, La citerne, décrivant l’aventure d’un officier SAS tortionnaire, un Pied-Noir évidemment, auteur de meurtres dans le cadre de ses fonctions…

Il est presque inutile de récuser d’aussi extravagantes inventions, mais l’ambiguïté est savamment distillée sur la réalité des faits. Les bobards et chiffres fantaisistes sur les villages de regroupement sont présentés avec componction, mais personne ne saura que presque tous ces villages furent crées à la demande des paysans, qu’ils étaient tous sous assistance médicale, et qu’à l’indépendance presque aucun de leurs habitants ne les quitta, au point que le FLN s’empressa de les revendiquer comme «villages socialistes»…

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"village socialiste" en Algérie

La tarte à la crème de la torture est reprise en long et en large, avec références bibliographiques, celle de Henri Alleg entre autres, lequel n’a jamais été torturé, comme en a témoigné le médecin légiste Michaux, mais a lancé la stratégie de dénonciation communiste, puis FLN, enjoignant à tous leurs militants prisonniers de déclarer systématiquement qu’ils l’avaient été…  avec le succès médiatique et politique que l’on sait. La violence des supplices subis par la population française d’Algérie de toutes confessions n’est pas tout à fait niée, mais habilement légitimée : il y a des bonnes et des mauvaises tortures !

Au plan politique, on refait le monde avec sévérité : un invité de l’émission voit dans la décision de Guy Mollet confiant les pleins pouvoirs à Massu à Alger une preuve de faiblesse : comme si la position du politique dans n’importe quelle guerre n’était justement celle là…

Il faudrait des pages encore pour dénoncer les contre vérités dans ces émissions… Notons encore que même France Musique s’y est mise : le 19 mars au matin, son émission matinale s’ouvrait avec Benjamin Stora (quelle surprise…) déclarant, sans doute mal réveillé, «c’est aujourd’hui l’anniversaire de l’indépendance de l‘Algérie !» puis affirmant négligemment que les Français d’Algérie n’ont jamais eu de culture spécifique...

Le flot de littérature, d’œuvres d’art, de créations techniques, de découvertes scientifiques, issu de la province algérienne de la France n’a-t-il jamais été, ou peut il être rayé de l’Histoire par le cerveau fragile d’un universitaire dévoyé ? C’est la question que la journaliste n’a pas posée.

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le jeune radio amateur FA3OA, Michel Lagrot lui-même, vers 1960

Portons toutefois au crédit de cette chaîne radio le seul rayon de soleil sur ces turpitudes, une émission bien documentée sur Radio Alger d’avant 1962. Parmi des enregistrements émouvants de l’époque, quelques commentaires honnêtes et des propos élogieux sur la qualité de son orchestre symphonique, le meilleur des orchestres de province ; quelques réminiscences également de son excellente troupe théâtrale, et des meilleurs solistes régulièrement invités, témoignage de l’intense vie intellectuelle et artistique de la capitale algéroise.

Le carpet bombing de la désinformation n’est évidemment pas terminé et nous n’avons parcouru ici que le monde audio visuel. Pour le reste, la poubelle continue de se déverser sur nos têtes. Dans ce flot de débats et de documents, une constante remarquable, l’absence à peu près totale des Français d’Algérie, les seuls qui n’ont pas le droit à la parole, jamais invités dans les débats (sauf exception pour des invités muets ou acquis au politiquement correct ), présents seulement dans les reportages d’époque, sous forme d’excités analphabètes ou de victimes «de tous bords» .

Il est tout à fait significatif, par exemple, de ne jamais entendre un ancien de l’OAS, alors que l’organisation est mise en cause dans chaque émission – à l’exception de José Castano, interviewé seulement en tant que candidat aux élections-, significatif aussi que jamais le problème, pourtant capital, de l’après exode pour les «rapatriés», ne soit sérieusement évoqué ; de même d’ailleurs que le sort de l’Algérie indépendante. Le désastre de la décolonisation est un thème tabou !

S’il ne fallait qu’une démonstration de la partialité des media, comparons deux anniversaires : le 17 octobre celui d’une manifestation à Paris, fomentée par le FLN, ouvertement anti-française, réprimée par une police qui avait eu 23 morts dans ses rangs, manif qui fit une vingtaine de morts, au plus, en dépit des propagandistes de gauche qui en inventent «des centaines»…  Anniversaire qui fait la une de tous les media, commentaires horrifiés à chaque ligne.

Le 26 mars, massacre à Alger, par l’armée française, d’une foule française manifestant pour la France ; un événement inouï, sans précédent depuis la Commune de 1870, unique dans notre histoire par le fait que la manifestation, à l’inverse de la Commune, était entièrement pacifique : au moins 80 morts et 200 blessés. Anniversaire ignoré, pas un seul media audio visuel ne l’a seulement évoqué !

Quant au peuple pied-noir, à qui on reconnaît du bout des lèvres le statut de victime, il n’est mentionné qu’en passant, et rayé de l’histoire pour solde de tout compte : des Français des catacombes…

Michel Lagrot
3 avril 2012

 

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vendredi 6 avril 2012

fabrique de crin végétal au Maroc (Oujda) - recherche

Maroc crin végétalcliquer sur l'image pour l'agrandir

 

 

Oujda, fabrique de crin végétal

Driss LOUARADI

 

Bonjour,
je suis à la recherche de témoignages concernant l'industrie de crin végétal dans la région d'Oujda (Oriental marocain).
Un musée dédié au patrimoine naturel, culturel, industriel de la ville d'Ahfir (ex Martimprey du Kiss) sera bientôt créé.
Merci de diffuser l'information.
Bien à vous

Driss Louaradi
Président de Sciences & Développement
Rabat, Maroc

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le palmier nain, source du crin végétal

Le Palmier nain (nom français), Chamaerops humilis (nom scientifique), le Doume (nom vulgaire), el Âazaf (nom jebli, Rif occidental), Tigazdan (nom amazigh)
Il appartient à la famille des palmacées, Ordre des Palmales ainsi qu'il est monocotylédone.

C'est un palmier à tronc ordinairement peu élevé, ne dépassant pas 10 m, produisant à la base de nombreux rejetons, restant le plus souvent trés court, formant alors, de larges touffes compactes ; feuilles à pétiole muni d'épine sur ses marges, à limbe en éventail ; spadices dressés, courts, entourés à leur base de 2 spathes plus ou moins soudées à la base ; fleurs mâles jaunes, femelles vertes, hermaphrodites jaunes-verdâtres ;  baies solitaires, rarement géminées ou ou ternées, jaunes rougeâtre à rouge brun son nom vulgaire est ''Alghaz''.

On le trouve dans les forêts claires, matorral des plaines et des basses montagnes dans les régions bien arrosées et semi-arides sur des sols profonds, argileux en général ; dans le Nord, le Centre, l'Ouest, le Moyen Atlas, Gaâda de Debdou, Horst de l'Oriental, le Grand Atlas et l'Anti Atlas ; depuis le semi-aride au perhumide, à variante chaude à fraiche ; et de l'étage bioclimatique inframéditerannéen jusqu'au mésoméditerannéen.
cordialement à ceux qui s'intéressent à la biodiversité au Maroc.

Votre ami fidèle Izm le forestier (source)

 

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source

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le crin végétal : une histoire ancienne

«Un jour, après un déjeuner en famille sur l’herbe, et à la faveur d’une sieste générale, un agriculteur eut, par curiosité, l’idée de voir comment était faite une feuille de doum, palme du palmier nain qu’il avait à portée de main. Avec une épingle à cheveux qu’il retira de sa femme endormie, il effilocha cette feuille et se rendit compte qu’elle était faite de longues fibres unies l’une à l’autre par de la chlorophylle. L’idée de la fibre végétale était née.»

Fréquemment en traversant les campagnes de longs bâtiments à l’abandon attirent le regard. La plupart sont d’anciennes usines de l’époque coloniale qui fonctionnèrent jusque dans les années 1970, tout comme dans le quartier industriel de la ville d’Essaouira où d’anciennes entreprises très florissantes de la première moitié du XXe siècle sont maintenant en friches.

Du côté d’El Hanchane, quelques centaines de mètres plus loin sur la route de Meskala, une maison à colonne intrigue sur le bord de la route quasi complètement cachée par des eucalyptus. Aux alentours de multiples bâtiments en ruine. Il s’agit de l’une des usines de crin végétal de la compagnie Nord Africaine qui en possédait une petite dizaine au Maroc réparties du Nord au Sud du pays, dont trois dans la région à Imintlit, du côté de Talmest et à Douar Arbalou sur la commune d’ El Hanchane. Celle ci fut opérationnelle dès 1920 et périclita en 1970, le crin végétal sera abandonné au profit des fibres synthétiques et de la mousse.

Jusqu’au milieu du XIXe siècle les sièges, les fauteuils, étaient rembourrés de crin animal tiré de la crinière et de la queue des chevaux, et les matelas avec de la laine ce qui les rendaient extrêmement coûteux. Avec l’arrivée de l’industrie automobile au XIXe siècle, il devient nécessaire de trouver un produit de substitution au crin animal et à la laine. Abondant dans les pays du Maghreb, le «doum» ou palmier nain (chamaerops humilis) va remplir cette fonction. Cette plante croit spontanément tout autour du bassin méditerranéen, sorte de buisson ramifié, aux souches parfois centenaires en Afrique du nord qui se constitue en fourrés bas et impénétrables.

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L’usine abandonnée, une famille y reste vivre. Le grand-père, le père M’Bark et le fils Omar y travaillèrent et en sont maintenant les gardiens de la mémoire. La famille d’Omar vit sur place dans la grande maison, anciennement celle du directeur de l’usine, attenante aux ateliers de mécanique aujourd’hui occupés par des montagnes de sacs de noix d’argan ou autres produits selon la saison.

Un jardin a survécu peuplé d’orangers, de mandariniers, de citronniers et d’un gigantesque figuier. Le grand réservoir qui assurait l’arrosage du jardin, ou faisait office de piscine en cas de grosse chaleur pour les enfants, témoigne de la richesse passée du lieu.

Omar est né ici, dans une petite maison entourée d’eucalyptus sur le site de l’usine. D’anciennes écuries et porcheries, en ruine également, jouxtent un côté du jardin et l’usine s’étire à l’autre bout, immenses ateliers pavés, vestiges épars, en partie occupés par les chèvres de la famille.

Le matériel a disparu mais Omar et M’Bark nous racontent l’usine, la font vivre. Ici était un moteur anglais de 50 CV, ici l’atelier de filature, là encore celui d’emballage pour les ballots qui partaient par bateau d’Essaouira ou de Casablanca destinés à l’étranger essentiellement à l’Europe.La nostalgie est grande mais la fierté aussi quand ils évoquent les bassins dans lesquels parfois le crin était teinté pour une demande spéciale du palais royal.

La maison et l’usine furent équipées en électricité avant l’heure avec une grosse dynamo, indispensable pour les poulies de filature! Un moteur hydraulique complétait le tout. Une cinquantaine d’ouvriers y travaillaient, les femmes les relayèrent pendant la guerre et le mazout et le charbon de bois qui venaient de France remplacèrent l’électricité. Omar nous explique qu’ici fut installé, devant le grand bâtiment, le premier moulin à farine de la région. Ce moulin fonctionnait jour et nuit et les femmes qui y travaillaient se donnaient du courage en chantant, imaginant des refrains avec le nom du patron. Omar nous les chante, riant comme un enfant !

Différentes étapes étaient nécessaires pour conditionner la plante afin qu’elle devienne crin, ficelle ou corde. Ici elle était essentiellement destinée au rembourrage. Le ramassage, l’effilochage qui avec le peignage produisait la fibre dans un premier temps ; une cardeuse, assurait parallèlement le nettoyage de la fibre afin d’éviter tout déchet qui aurait nuit à la qualité du crin. Les femmes étendaient ensuite la filasse sur une aire, la secouaient, pour l’aérer et la sécher avant de la rentrer dans l’atelier de filature. Le produit obtenu était rêche

Par mesure de sécurité, cet atelier était séparé de la fabrication de la fibre afin d’éviter tout risque d’incendie, car la filasse était très sèche. C’était un hangar d’environ 20 m de large sur 60 m de long, avec des fileuses où des poulies s’enchevêtraient dans un savant jeu technique et d’où sortaient, après diverses manipulations, des cordes que l’on mettait en balles de 80 Kg pour être livrées à la commercialisation et à l’exportation.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’armée française s’équipa de filets de camouflage tissés en crin, fabriqués dans les usines marocaines.

Au vu du regain d’intérêt pour les produits naturels, le crin végétal a le vent en poupe dans le monde entier, particulièrement dans les pays européens. Dans les campagnes certains continuent d’utiliser le «doum» mais de manière très artisanale. Peut être ce siècle verra-t-il un renouveau de ces usines qui, en leur temps, contribuèrent à la richesse du pays ?

source

Chamaerops-humilis-1

recherche documentaire : Michel Renard

 

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jeudi 5 avril 2012

la logomachie algérienne officielle

alger1830

 

 

la langue de bois de Mme Zohra Drif

sur le "génocide"

commis par la France en Algérie

Michel RENARD

 

D'après le site internet algérien Algérie-Focus, le 4 avril 2012, sur les ondes de la Radio nationale Chaine III dans l’émission «invitée de la rédaction», la sénatrice et la moudjahida Zohra Drif Bitat a tenu les propos suivants :

"Chiffres à l’appui, Mme Zohra Drif Bitat, a rappelé que quand le colonisateur français  est arrivé en Algérie, la population algérienne était de l’ordre de 10 millions d’habitants. Et en 1872, la population est passée à 2,5 millions d’habitants. Ce n’est qu’en 1954 que l’Algérie coloniale a atteint les 9 millions d’habitants. Ces statistiques démontrent, on ne peut mieux, insiste-t-elle, que la France coloniale a commis un «génocide caractérisé en Algérie et appliquait un système raciste et de déculturation sur le peuple algérien, dépossédé de ses biens et dépourvu de ses droit». Et de finir : «Des génocides et des crimes contre l’humanité ont été commis par la France en Algérie. La France doit reconnaître tout ceci »."

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Zohra Drif

Où est-elle allé chercher ce chiffre de 10 millions d'habitants en 1830 sur le territoire de la Régence d'Alger sous souverainté turque ottomane ? Un seul auteur avance une telle estimation, en absence totale de recensement. C'est un chiffre idéologique aussi peu fiable que le million et demi de martyrs de la guerre d'Algérie (1954-1962) avancé par le FLN dans un pur but de propagande. Mais les officiels algériens n'ont pas quitté le terrain de la désinformation et du bourrage de crâne. La désinformation tient lieu de discours politique en Algérie.

 

combien d'habitants en "Algérie" en 1830 ?

Le premier dénombrement de la population, tant européenne qu'indigène, date de 1844-45, effectué sur ordre du ministère de la Guerre. Auraparavant, on ne dispose que d'estimations dont certaines ne pas désinterressées... Le démographe algérien Kamel Kateb, venu travailler aux archives d'Outre-mer à Aix-en-Provence - et que j'ai rencontré quand il y a quelques années il compulsait les cartons d'achives de ce centre -, a écrit un livre : Européens, «indigènes» et juifs en Algérie (1830-1962) (Ined-Puf, 2001).

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Kamel Kateb fait le bilan de toutes les estimations relatives à la population en 1830. En voici le tableau :

Kateb 1
cliquer sur l'image pour l'agrandir

Kateb 2
cliquer sur l'image pour l'agrandir

Il n'y a que Hamdan Khodja, notable et professeur de droit musulman, auteur d'un livre écrit en français en 1833, Le Miroir. Aperçu historique et statistique sur la Régence d'Alger (éd. Sinbdad, 1985) qui avance ce chiffre rond de 10 millions d'habitants. On ne sait rien de ses sources. Le général Bugeaud, de son côté, parle de 4 millions puis de 8 millions, en 1845 et 1846 (?) sans que l'on sache non plus, d'où il tire de pareils chiffres si dissemblables.

Comme le note Kamel Kateb : "Il n'y a pratiquement pas de trace d'explication sur les méthodes d'estimation des uns et des autres. On peut estimer que les considérations politiques [Hamdan Khodja] ou militaires [Bugeaud] ont prévalu sur l'estimation objective de la population de l'époque" (op. cit., p. 12). Hamdan Khodja cherchant à accabler, outre mesure les effets militaires de la conquête française, et Bugeaud cherchant à surestimer son adversaire pour obtenir des crédits et des effectifs plus importants.

Kamel Kateb, respectant les critères démographiques mais favorable à la thèse algérienne d'une population plus importante que ne ne le disaient diverses estimations françaises conclut au conditionnel : "La population en 1830 aurait donc pu être plus proche de quatre millions en partant de l'hypothèse qu'il existe un équilibre entre populations et resssources disponibles" (Kamel Kateb, op. cit., p. 16). Rien à voir avec les 10 millions de Zohra Drif...!


L'esprit indépendant doit prendre ses distances avec ce pathos victimaire des autorités algériennes. L'historien Xavier Yacono (1912-1990) avait finalement établi que d'après le dénombrement de 1844-1845, la population à cette époque ne devait pas dépasser 2,6 milllions d'habitants et qu'en 1830, elle devait se chiffrer à 3 millions (cf. Kamel Kateb, p. 12).

Le chiffre de 10 millions d'habitants de la Régence en 1830 est donc une affubulation totale. Zohra Drif se moque du monde. Il y a eu des régressions démographiques dues un peu à la guerre de conquête et également aux famines connues par d'autres pays non concernés par le choc colonial. Globalement, sous la domination coloniale, la population indigène a progressé.

 

un génocide ?

Jamais, l'autorité coloniale n'a envisagé l'extermination de la population "indigène" en tant que telle. La confrontation a été militaire, culturelle mais jamais ethnique au point d'envisager l'élimination d'une population en tant que telle. Il n'y a pas eu de génocide en Algérie, (voir aussi Roger Vétillard), (et encore Yves Lacoste). L'historien Mohammed Harbi l'a déjà reconnu il y a longtemps.

 Michel Renard

 

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mercredi 4 avril 2012

Benjamin Stora répond à Guy Pervillé et celui-ci lui réplique, à propos de "La Déchirure"

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réponse de Benjamin Stora à Guy Pervillé

et réaction de Guy Pervillé,

à propos du documentaire "La Déchirure"

 


Benjamin Stora à Guy Pervillé

Je te remercie pour l’envoi de ton texte à propos du documentaire «La Déchirure», diffusé il y a un mois sur France 2.

Après celles du général Faivre, de Michel Renard et de Daniel Lefeuvre, voici donc une critique dans Études coloniales de ce documentaire sur lequel j’ai travaillé depuis un an avec Gabriel Le Bomin. Je suis aussi très pris (notamment par la préparation de mes cours à l’université), et c’est pourquoi ma réponse sera brève.

Ta critique relève deux erreurs de dates (ce que je concède concernant Jacques Soustelle et Raoul Salan à Madrid), et ne reprend pas les propos sur «la manipulation des images» ou les chiffres avancés de victimes algériennes (polémiques bien connues par les historiens depuis de nombreuses années) .

Mais elle s’attarde essentiellement sur une comparaison avec le documentaire réalisé par Courrière et Monnier il y a quarante ans. Et c’est sur ce point que je voudrais te répondre.

- Sur «la supériorité» des images anciennes

Tu attribues au documentaire de Courrière et Monnier une supériorité de qualité historique sur «La Déchirure». Mais, n’as-tu pas vu dans le documentaire de 1972 les erreurs de lecture d’images à propos des massacres de mai-juin 1945, et ceux d’août 1955 dans le Constantinois ? Et cette confusion entre les images du 17 octobre 1961, et celles de Charonne en février (erreur répétée dans le documentaire de Peter Batty en 1989) ?

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Le documentaire de 1972 ne souffle mot de l’utilisation du napalm par l’armée française ou des expériences nucléaires ; sur les déplacements de millions de paysans par l’armée française ; ne signale pas les enlèvements d’Européens, et passe vite sur Melouza….. La recherche historique a depuis bien progressé (je te rappelle par exemple mon documentaire de 1992, «Les années algériennes», avec l’entretien de Mohammedi Saïd, qui fait aujourd’hui référence).

- Sur le manque d’images

Tu relèves le fait qu’il n’y a pas de références à différentes séquences (après les «barricades», le putsch d’avril 1961 ou les négociations d’Évian). C’est vrai, pour un film de deux heures qui traite de huit ans de guerre, il a fallu faire des choix douloureux pour un historien comme moi habitué à écrire des livres…. Il manque donc, aussi, par exemple, les images de l’attentat terroriste de la rue de Thèbes en 1956, qui a fait de nombreuses victimes musulmanes (lacune relevée justement dans la presse algérienne) ; ou celles de l’assassinat de Maurice Audin, ou des coulisses de négociations secrètes. Ces images animées n’existent pas (pour «La Déchirure» n’ont été utilisées que des images animées, et non des photos fixes, ce qui rend difficile l’illustration de séquences importantes comme le congrès de la Soummam en 1956).

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éléments protégeant le congrès de la Soummam en 1956

- Sur la nouveauté des images

Tu expliques que les images nouvelles dans « La Déchirure » sont rares par rapport à 1972. Mais n’as-tu pas vu les images de Ferhat Abbas reçu par Mao à Pekin en 1960 (obtenues dans les pays de l’Est) ? Celles de réfugiés algériens en 1957 en Tunisie (réalisées par la télévision suisse) ? Celles de soldats français mutilés après Palestro (obtenues par ouverture des archives de l’ECPAD) ?  Celles de l’ALN dans les maquis (Fonds Vautier et Clément), ou du discours de Ben Bella à l’ONU (archives en Algérie) ? Il est regrettable, à propos d’images neuves, que tu n’ai pas vu, non plus, dans «Notre histoire» pour ARTE, le témoignage inédit de 1972 de Maurice Challe réalisé peu de temps avant sa mort.

Je te remercie pour l’envoi de ton texte, et j’espère que ma courte réponse (en attendant une lettre plus détaillée) sera publiée dans les mêmes conditions, ainsi le débat pourra se poursuivre.

Bien cordialement, Benjamin Stora

 

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Guy Pervillé à Benjamin Stora

Je te remercie pour ta réponse, et je te réponds à mon tour sur les trois points que tu as soulevés :

1 - je n'ai pas fait état d'une "supériorité des images anciennes" sur celles que votre nouveau film a apportées. La supériorité de celui d'Yves Courrière tient dans l'effort qu'il a fait pour respecter strictement la chronologie et pour ne rien oublier d'essentiel au niveau du texte.

2 - le manque d'images animées pour certaines périodes ne justifie pas le fait d'utiliser de telles images en dehors de leur contexte réel.

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C'est là un point commun très fâcheux avec le film d'Yves Courrière. L'exemple que je cite dans votre film est exactement aussi grave que celui qui m'avait scandalisé il y a longtemps dans un film de montage sur la bataille de la Marne : sous prétexte qu'il n'y avait aucun film de la célèbre bataille de septembre 1914, on nous avait montré à la place des images de la 2ème bataille de ce nom, celle de 1918 !

Ce n'est pas parce que les auteurs de film ont pris des habitudes déplorables que les historiens doivent abdiquer la défense des principes fondamentaux de leur discipline, et nous devons être absolument intransigeants sur ce point.

Quant aux lacunes de six mois ou plus dans le récit des faits, qui ne se trouvent pas chez Courrière, elles sont évidemment incompatibles avec le caractère historique du film. Il aurait mieux valu présenter des compléments au film de Courrière, en respectant strictement la chronologie des documents, en indiquant clairement leur origine, et sans prétendre raconter l'histoire de la guerre d'Algérie.

3 - je reconnais que tu as présenté des images très neuves, dans ce film et dans celui du mardi suivant (où l'interview du général Challe m'a rappelé l'entretien que j'avais eu avec lui à peu près au même moment).

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général Challe, 1959-1960

J'y avais été sensible au début, mais mon impression favorable a été rapidement recouverte par la déception que j'ai exprimée. La durée limitée du film y est sans doute pour quelque chose, mais la publicité qui lui a été faite a complètement nié ce problème en lui prêtant une exhaustivité qui n'y était pas.

Mon impression est que le principal auteur du film n'a pas la moindre idée de ce qu'est la méthode historique, et donc, de ce que devrait être un film d'histoire digne de ce nom. Et c'est pourquoi j'estime qu'un historien ne dois pas partager la responsabilité d'un film avec quelqu'un qui n'en est pas un. (...).

Bien cordialement, Guy Pervillé

 

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- critique de Guy Pervillé du documentaire "La Déchirure", sur Études Coloniales

- texte définitif de la critique de Guy Pervillé sur son site

- voir "La Déchirure" : ce documentaire n'est pas un outil de référence, Daniel Lefeuvre

- voir la mise au point du général Maurice Faivre et les remarques de Michel Renard

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mardi 3 avril 2012

images de la tuerie du 22 août 1955, à Aïn Abid

Life5510031Life, 5 septembre 1955 (éd. américaine) et 3 octobre 1955 (éd. internationale)

 

 

images authentifiées : les trois civils algériens

abattus le 22 août 1955 à Aïn Abid

d'après une étude de Marie CHOMINOT

 

Isssue de sa thèse soutenue en 2008, Marie Chominot a récemment présenté une explication détaillée et convaincante de la véracité des images montrant l'exécution de trois civils algériens en 1955, images souvent reprises dans des documentaires dont celui de Benjamin Stora et Gabriel Le Bomin ("La Déchirure", mars 2012). Cette démonstration est, à mon avis, sans réplique (mais si quelqu'un apporte la preuve du contraire, je l'accueillerais).

Elle retrace la polémique qu'elles déclenchèrent à l'époque, les dénégations des autorités françaises puis leur rétractation. Elle rappelle que le cameraman s'appelait Georges Chassagne et qu'il travaillait à la fois pour Gaumont et pour la firme américaine Fox-Movietone.

Elle démonte la thèse d'un montage et d'un trucage. Et cite une "interview de Chassagne, réalisée avant une conférence de presse [de décembre 1955], dans les archives Pathé-Gaumont, sous la référence 5600ENU48806. Chassagne déclare notamment : «J’affirme qu’aucune mise en scène n’a été montée, que je n’avais jamais vu le gendarme, que je ne l’ai jamais revu et qu’à plus forte raison, je ne l’ai jamais soudoyé»".

Marie Chominot : "Algérie, août 1955 : la mort filmée en direct"

Marie Chominot rappelle cependant que : "Quelques précautions méthodologiques sont à appliquer à la lecture des images, comme pour toutes les autres sources historiques. Dans le cas des séquences incriminées ici, elles permettent de réfuter l’argument de la mise en scène et du trucage. D’abord, les images seules ne suffisent pas pour écrire l’histoire. Il faut les croiser avec d’autres sources (sources écrites, mais aussi témoignages oraux) afin de les éclairer et, notamment, pour comprendre leurs conditions de production, leur contexte de diffusion et les réactions que cette diffusion a suscitées, à toutes les époques." (source, ibid.)

 

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L'Express, 19 décembre 1955

Précautions qui ne sont pas souvent respectées dans "La Déchirure"... Mais plus généralement, l'utilisation de l'image à forte charge émotionnelle pose la question de l'intelligibilité historique. Elle a tendance à subsumer un contexte général à partir d'un segment particulier. Il ne s'agit pas d'excuser quoi que ce soit. Mais l'historien doit tenter de restituer la complexité d'une situation, l'enchevêtrement des événements.

À Philippeville, et notamment dans le village d'El-Halia, des dizaines de civils européens ont été masssacrés par le FLN le 20 août 1955. Une horreur ne saurait, bien sûr, en justifier une autre. Il s'agit seulement de comprendre les enchaînements de faits dans les mentalités d'une époque et le caractère toujours exceptionnel d'une guerre.

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Philippeville, 20 août 1955

"La guerre est totalement différente de ces domaines [économie, diplomatie, politique] parce qu'elle est menée par des hommes dont les valeurs et les compétences ne ressemblent en rien à celles des politiciens ou des diplomates. Ce sont celles d'un monde à part, un monde très ancien qui existe parallèlement au nôtre mais qui ne lui appartient pas", John Keegan, Histoire de la guerre (éd. Dagorno, 1996, p. 17).

Sur le massacre d'El-Halia, on peut lire le témoignage de Marie Jeanne Pusceddu. Et on aura une idée du ressentiment des "Européens" d'Algérie. Il n'y a pas d'équilibre justifiable de la terreur. Mais on peut dire cela après coup, quand on n'a pas été mêlé à de tels drames. Sur le coup... qui peut dire ?

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L'historien n'est pas un moraliste. Sa fonction est de tenter de restituer les probabilités de la vérité du passé. Et celle-ci ne peut se réduire aux images, surtout lorsqu'on plaque sur elles des commentaires qui ni ne les expliquent ni ne les contextualisent.

Michel Renard

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Tout n'est pas aussi définitif

Roger VÉTILLARD


Je voudrais apporter quelques commentaires à l'article de Michel Renard.

J'ai enquêté sur ces affaires d'exécutions de civils algériens en 1955 que trois séquences filmées montrent et que Marie Chominot analyse. Sans tirer de conclusions définitives, je donne à leurs propos plusieurs éléments de réflexion dans mon livre à paraître le 26 avril 2012 aux éditions Riveneuve : 20 août 1955 dans le nord-constantinois Un tournant dans la guerre d'Algérie ?

9782360130955


Il est certain que la répression de la révolte du 20 août 1955 a été importante puisqu'elle a fait plus de 6000 victimes et injuste parce qu'elle a puni de nombreux innocents. J'en parle longuement dans tout un chapitre. Loin de moi donc l'idée de la minimiser.
Je n'ai pas d'informations nouvelles sur la victime tuée sous une raïma (khaima) alors que les images tournées dans une rue d'un village ou d'une mechta sont probablement bien réelles.


Toutefois, l'enquête de Marie Chominot est incomplète car elle ne tient pas compte des informations apportées par deux documents télévisés importants concernant la séquence où l'on voit un militaire tirant et abattant Mohamed Saoud qui s'enfuit et qui ont été diffusés le 27 février 2000 sur La Cinq dans l'émission de Patrick Jeudi "Le Club des Archives" et le 5 juin 2000 dans celle de Daniel Schneidermann "Arrêt sur Image".

Georges Chassagne qui témoigne fait comprendre assez clairement combien est difficile le métier de chasseur d'images et que quelques fois il lui est nécessaire de construire des séquences pour laisser penser qu'elles ont été prises sur le vif. Ces déclarations survenues 45 ans après la diffusion du reportage en question éclairent d'un jour nouveau une affaire qui continue à faire parler d'elle et doivent nous inciter à beaucoup de prudence.

Il est certain que dans le contexte judiciaire de 1955 et 1956 en pleine guerre d'Algérie, le caméraman ne pouvait que nier toute manipulation alors que 45 ans plus tard il est beaucoup plus libre. D'autant plus qu'il fait comprendre qu'il a été surpris et dépassé par les conséquences nationales, judiciaires, médiatiques et surtout internationales de ces quelques minutes de film.
Mais même si de telles images ne sont pas sincères, des scènes similaires ont existé au cours de la guerre d'Algérie, l'évocation des "corvées de bois" n'est pas qu'une légende.


Roger Vétillard
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Posté par michelrenard à 18:57 - - Commentaires [1] - Permalien [#]