lundi 9 avril 2012

hommages aux victimes du 26 mars 1962, rue d'Isly à Alger

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la mémoire du 26 mars 1962

 

La fusillade de la rue d'Isly, à Alger, le 26 mars 1962, a fait des dizaines de victimes "européennes" - toutes civiles et innocentes : 54, plus d'une centaine ? En tout cas plus que la manifestation FLN du 17 octobre 1961 à Paris. Pourquoi ce silence sur un tel drame ? Pourquoi ce déséquilibre historien dans l'investigation et le traitement de cet évènement ?

En attendant une réponse à cette question - sur laquelle nous avons notre idée, bien sûr - la mémoire de ce massacre est entretenue par les descendants des victimes.

Michel Renard

 

- 26 mars 2012 : messe à Notre-Dame de Paris en hommage aux victimes de la fusillade de la rue d'Isly à Alger - reportage photo

- Cercle algérianiste d'Aix-en-Provence - reportage vidéo

 

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dimanche 8 avril 2012

Histoire des Berbères, par Bernard Lugan (nouveau livre)

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Histoire des Berbères

Bernard LUGAN

 

Présentation de l'ouvrage

Les Berbères ou Imazighen (Amazigh au singulier) constituent le fond ancien de la population de l’Afrique du Nord. Ils formaient à l’origine un seul peuple peu à peu fragmenté par une histoire à la fois riche, complexe et mouvementée. Des dynasties berbères régnèrent sur le Maghreb jusqu’au XVIe siècle.

Les partisans de l’arabo-islamisme affirment que les Berbères sont sortis de l’histoire, leur conversion à l’Islam les ayant inscrits de façon irréversible dans l’aire politico-culturelle de l’arabité. Dans les années 1950, la revue Al Maghrib alla ainsi jusqu’à écrire qu’ils ne peuvent accéder au Paradis que s’ils se rattachent à des lignées arabes. Quant au ministre algérien de l’Éducation nationale, il déclara en 1962 qu’ils «sont une invention des Pères Blancs».

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Aujourd’hui, les dirigeants arabo-islamiques nord africains doivent faire face au réveil berbère si fortement exprimé en 2004 par Mohammed Chafik au travers de sa célèbre question réponse: «Au fait, pourquoi le Maghreb arabe n’arrive-t-il pas à se former ? C’est précisément parce qu’il n’est pas Arabe». Cette phrase était incluse dans un article dont le titre explosif était : «Et si l’on décolonisait l’Afrique du Nord pour de bon !», intitulé signifiant qu’après avoir chassé les Français, il convenait désormais pour les Berbères d’en faire de même avec les Arabes…

Qui sont donc les Berbères ? Quelle est leur origine ? Comment furent-ils islamisés ? Quelle est leur longue histoire ? Comment se fait aujourd’hui la renaissance de la berbérité ? Peut-elle être une alternative au fondamentalisme islamique ?

C’est à ces questions qu’est consacré ce livre qui n’a pas d’équivalent. Son approche est ethno-historique et couvre une période de 10 000 ans. Il est illustré par de nombreuses cartes en couleur et par des photographies.

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Table des matières

Première partie : La Berbérie jusqu’à la conquête arabe

Chapitre I : Une très longue histoire

A) L’état des connaissances
B) L’Égypte, une création berbère ?

Chapitre II : Les Berbères durant l’Antiquité classique
A) Les Peuples et les Etats
B) Les Berbères furent-ils romanisés ?

Chapitre III : Les Berbères, les Vandales et les Byzantins
A) L’intrusion vandale
B) L’échec de Byzance

Deuxième partie : Les Berbères se convertissent à l’islam mais ils résistent à l’arabisation (VIe-Xve siècle)

Chapitre I : Les Berbères face à la conquête et à l’islamisation
A) Les résistances à la conquête
B) La révolte berbère du VIII° siècle

Chapitre II : Le monde berbère du IXe au XIIe siècle
A) La Berbérie au IXe siècle
B) Le Maghreb berbéro-musulman du Xe au XIIe siècle

Chapitre III : Les  grandes mutations du monde berbère (XIIe-XVe siècle)
A) Les Berbères almohades et l’arabisation du Maghreb (XIIe-XIIIe)
B) La question arabe
C) Le tournant des XIIIe-XVe siècles

Troisième partie : Des Berbères dominés à la renaissance de la Tamazgha

Chapitre I : Les Berbères perdent la maîtrise de leur destin (XVIe-XIXe siècle)
A) Le Maroc entre Arabes et Berbères
B) Les Berbères et les Ottomans (XVIe-XIXe siècle)

Chapitre II : Les Berbères et la colonisation
A) Algérie : de la marginalisation à la prise de conscience
B) Maroc : les Berbères victimes du Protectorat ?

Chapitre III : La renaissance berbère aujourd’hui
A) Maroc : de la stigmatisation à la cohésion nationale
B) Algérie : entre berbérisme et jacobinisme arabo-musulman
C) Les autres composantes de la Tamazgha

- Bibliographie
- Index des noms de personnes
- Index des tribus et des peuples

 

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Sortie du nouveau livre de Bernard Lugan :
Histoire des Berbères, des origines à nos jours. Un combat identitaire pluri-millénaire.
 
IMPORTANT : Ce livre édité par l'Afrique Réelle n'est pas disponible dans les librairies ou sur les sites de commandes en ligne. Seule l'Afrique Réelle le distribue.
 
Prix (frais de port compris) :
- 29 € pour livraison en France / Dom-Tom / Europe
- 38 € pour livraison dans le reste du monde (en recommandé avec AR)
- 25 € à partir de 5 livres
 
Pour le commander, 2 possibilités :
- Par carte bleue ou Paypal :
http://bernardlugan.blogspot.fr/2012/04/nouveau-livre-de-bernard-lugan-histoire.html
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Bondecommande

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samedi 7 avril 2012

une réaction aux émissions relatives à l'anniversaire de mars 1962 (Michel Lagrot)

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Les bombardements du cinquantenaire

le point de vue de Michel LAGROT

 

C’était prévu ! Après cinquante ans écoulés, l’offensive des media contre l’histoire de l’Algérie française est déclenchée, pour autant qu’elle ait jamais cessé…. Mais cette fois, c’est le carpet  bombing qui est activé ! Sans même parler de la presse écrite et de ses intérêts subits pour les évènements de 1962, belle occasion de vendre du papier aux «rapatriés» (sans trop se mouiller, et avec des collaborateurs triés sur le volet de la correction politique), on a eu droit à la douteuse sollicitude de la TV et des multiples stations de radio. Impossible d’analyser toutes ces productions, il y faudrait un volume…

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Les hostilités étaient ouvertes, après quelques préparations d’artillerie sur France Culture, par un film qui mérite l’examen, produit par France 2 : «La Déchirure», avec l’inévitable Benjamin Stora. La méthode, pour être classique, n’en est pas moins intéressante à étudier : le film s’ouvre sur une image de propagande tournée par le FLN, pure fiction mais présentée implicitement comme un reportage, équivoque savamment utilisée dans tout le film ; belle illustration de la formule du «documentaire fiction», immortelle invention de la chaîne ARTE quelques années auparavant à l’occasion justement de l’anniversaire de mai 45 à Sétif.

Le pseudo document n’est pas choisi au hasard : il s’agit du déraillement d’un train saboté par de vaillants djoundi du FLN, et l’on voit tout de suite à quoi ces images renvoient dans l’esprit du Français moyen….d’autres séquences suivront, comme par exemple cette scène, déjà présentée deux fois par la TV sous des dates et des lieux différents ( ! ), montrant un soldat abattant un indigène devant sa khaïma : le général Faivre rappelait récemment qu’il s’agit d’un montage de la Fox Movietone fait pour les besoins d’un article de presse..

Le mensonge est rarement «frontal» : il réside essentiellement dans le déplacement sémantique des mots, dans l’approximation ou l’ambivalence des affirmations, sans parler de l’omission, savamment  utilisée.

Cependant certaines affirmations sont carrément fausses, comme le récit des émeutes de Sétif en 1945, par ailleurs inépuisable source de contre vérités : Stora raconte que le commissaire de police de Sétif a tué le porte drapeau du MTLD et en fait l’origine du carnage… en fait, on sait que le commissaire a tiré en l’air et que les meurtres d’Européens avaient commencé 3 heures avant la manifestation.

Le drame du 26 mars 1962  rue d’Isly est présenté comme un «affrontement avec les gendarmes»… alors qu’une foule totalement désarmée a été fusillée par des tirailleurs musulmans, sans sommations.

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26 mars 1962, rue d'Isly à Alger : vicimes "européennes"

Il n’y a eu ni affrontements ni gendarmes, et le bilan affiché, systématiquement minoré dans toutes les émissions, est le bilan «officiel» auquel il est bien commode de se tenir. Pas un mot sur le scandale des inhumations quasi clandestines imposées par le pouvoir, ni surtout sur le fait que la manifestation visait à secourir Bab el Oued : ce quartier français assiégé par l’armée française, cet épisode unique de l’histoire de France, n’intéresse pas nos curieux historiens !

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Alain Juppé

Pourtant le rapprochement avec l’actualité s’impose : El Assad écrasant Homs avec ses chars et ses canons ne fait pas pire et lui, au moins, n’a pas fait intervenir l’aviation comme il fut fait par notre armée de l’air. Sur ce genre d’épisode, rappelons au passage le propos d’Alain Juppé, ministre gaulliste, à propos de la Libye : «un gouvernement qui tire sur ses citoyens n’a pas le droit d’exister»… amnésie ?

Les images d’opérations aériennes contre le FLN sont commentées par la mention que l’armée a employé le napalm «dont l’usage est condamné par une convention internationale».

Or, l’armée a très peu employé cette arme dont l’efficacité était très médiocre dans le genre d’opération qui était menée ; de plus la convention internationale citée date de 1980, donc très postérieure à la guerre d’Algérie ; enfin elle condamne son emploi contre les civils seulement, ce qui l’exclut du débat puisque l’Armée n’en a usé que dans les combats… un bel exemple de mensonge par approximation.

De même une allusion, en passant, à des milices européennes en 1961, qui n’ont jamais existé. Et, bien sur, l’occultation presque totale des massacres d’Oran présentés comme une sorte d’épilogue inévitable, non sans insinuer que l’origine pourrait bien être un tir revanchard de l’OAS. Ah, l’OAS ! si elle n’avait pas existé, ces historiens l’auraient inventée… c’est évidemment de sa faute si les Pieds noirs ont été contraints à l’exode… Stora ne l’exprime pas exactement de cette façon mais…

Le débat d’après film était ce qu’on pouvait attendre, un jeu d’acteurs caricatural dans lequel des comparses bien choisis ne débordaient jamais du politiquement corrects. Jusqu’à faire parler une victime du terrorisme FLN ; belle initiative, sauf que la victime en question est devenue anti-colonialiste et d’extrême gauche : avec elle, pas de mauvaise surprise.

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rue d'Isly, 26 mars 1962

Autre belle figure de témoin, un curé hirsute à la pensée aussi cloutée que son blouson, qui bien sur a vu la torture, milité contre elle etc. etc… refrain connu. Quant au seul historien qui avait vraiment des révélations à faire, Jean-Jacques Jordi, auteur du livre récent sur les disparus, (voir aussi le compte-rendu de Roger Vétillard) (et encore ceux du général Faivre et d'Arnaud Folch), il n’en a pas dit un mot : un homme qui avait une grenade dans la poche et ne l’a pas dégoupillée… ce seul trait en dit long sur le terrorisme intellectuel régnant sur le monde médiatique. Ne manquons pas de noter que cette émission était présentée comme une nouveauté, des inédits… mensonges ! comme étaient mensongers ou erronés presque tous les chiffres et même les dates cités.

Autre film sur ARTE, sur les «rapatriés» cette fois, intitulé justement : «Algérie, notre histoire»  Rebelote avec Benjamin Stora, plus pontifiant que jamais mais moins partial… il a eu au moins le mérite de mettre les choses au point en se défendant d’être pied-noir : ce n’est pas nous qui le disons !

Notons une saisissante interview du général Challe, réalisée peu après sa sortie de prison, et censurée à l’époque, jamais produite à la TV. Tiens, il y avait donc une censure sur les media ? On en apprend de belles ! L’ensemble des commentaires ressort de la même contorsion dialectique que le film de France 2 : ainsi l’assassinat de Raymond, le populaire chanteur juif de Constantine, est longuement décrit mais en laissant le doute sur ses auteurs, OAS ou FLN : alors que, sur place, personne n’a douté un instant de la culpabilité du FLN, et d’ailleurs quel intérêt l’OAS aurait elle eu à l’exécuter ?

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putsch des généraux, avril 1961

Le putsch des généraux est raconté avec une certaine honnêteté, chose rare : au moins les mobiles en sont ils clairs. Mais, bien sur, l’OAS est fustigée, et surtout on a droit à l’insupportable paradigme d’après lequel les Français d’Algérie étaient pris «entre l’OAS et le FLN»….

Jusqu’à présenter l’interview d’un bon Pied-Noir de base exprimant à l’époque quelques vérités banales sur l’insécurité du moment et filmé en contre jour «par crainte de l’OAS» ! Jamais n’est décrite la situation pourtant bien claire de l’année 1962 où la population française d’Algérie était prise entre les deux ennemis également féroces qu’étaient le FLN et le gouvernement gaulliste.

Une séquence filmée montre des cadavres sur le trottoir de la rue Michelet à Alger, attribuant ces morts à l’OAS…

Il est fort douteux que les morts européens de ce quartier européen aient été descendus par d’autres que les tueurs FLN, mais le commentateur a fait son choix… de la même façon que pas un seul «documentaire» ne manque d’évoquer les femmes de ménage abattues dans la rue, sans jamais mentionner que le FLN (il s’en vante aujourd’hui) envoyait des terroristes déguisés en femme, ou que les haïks des mauresques servaient à dissimuler des armes.

Inutile dire que la tuerie de la rue d’Isly le 26 mars 1962 est décrite dans la plus pure convention : le tir de provocation depuis les toits, alibi du pouvoir gaulliste depuis la première heure, est vérité biblique, malgré les témoignages ; le chiffre des morts minimisé, l’escamotage des funérailles par les autorités, l’absence d’enquête sérieuse, le mépris à l’encontre des victimes, tous les éléments de ce qui est un drame majeur de l’Histoire de France sont passées sous silence : affaire courante... comme l’est le massacre d’Oran, dont les très rares images sont également passées à la trappe, avec un bref commentaire sur l’inertie de l’Armée devant la tuerie.

Evoquons au passage un autre long film avec débat sur une chaîne TV : même schéma, même partialité, mêmes participants choisis avec soin pour leur conformisme. Tout dérapage était jugulé d’avance, et d’ailleurs aucune de ces émissions n’était produite en direct. Pas fous…

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"Troufions"

L’émission «Troufions» de France 2 (à nouveau) relatait les souvenirs très arrangés d’appelés en Algérie. Étaient ils prématurément frappés d’Alzheimer ? on avait en tous cas l’impression qu’ils répétaient tous une leçon convenue et bien apprise, sur les horreurs de la guerre, toutes imputées à l’Armée dont ils faisaient partie.

Ironisant sur la pacification, ils ignorent tous les SAS, qui pourtant ont eu tellement d’importance, jamais vu les médecins ou les enseignants, mais tous ont vu, de leurs yeux vu, la torture, bien sur… pourtant les égorgés du FLN, les mutilés par les bombes, ceux là ont inexplicablement échappé à leur regard ! Le vocabulaire même de leurs témoignages sentait la leçon, comme l’appellation de «soldats» pour les fellagha, que personne n’a jamais nommés ainsi sur place, et pour cause.

Passons sur le fait que cette guérilla, dont la plupart des vrais acteurs étaient des engagés, est constamment décrite comme Verdun : on est ancien combattant ou on ne l’est pas ! Pas de dérapage là non plus : défenseurs de l’Algérie française, au placard….

Un seul documentaire point trop orienté, celui de LCP présentant des photographies de l’époque, où l’on revoyait avec émotion les saisissantes images de Marc Flament…

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La bataille d'Alger, film de Pontecorvo

Mais notons enfin que toutes les chaînes ont ressorti des films des années passées sur notre sujet, films qui tous sans exception étaient anti-colonialistes, anti-militaristes et anti-français, jusqu’à nous ressortir le navet de Pontecorvo, «La bataille d’Alger», qui piétine si caricaturalement la vérité historique ; qu’importe cette vérité ! lorsqu’on demande à ces mêmes chaînes la projection du très récent «la valise ou le cercueil», on n’obtient qu’un refus méprisant dont ARTE donne la clef : «ce film n’entre pas dans notre ligne éditoriale». C’est clair !

La radio n’était pas en reste, avec le matraquage quotidien de toutes les grandes stations pendant au moins une semaine. Ne parlons pas de France Culture, qui avait pris de l’avance depuis des mois, avec une suite d’émissions où les grandes voix des Franz Fanon, Manceron et autres enragés de l’anticolonialisme donnaient le ton, à l’exclusion absolue des mal pensants qui auraient pu contester les accords d’Évian ou le sac de Bab el-Oued.

Là ce sont principalement les gloires du FLN qui ont la parole, justifiant l’égorgement des enfants ou la mutilation des fumeurs par les arguments que leur ont glissés nos honnêtes défenseurs des Droits de l’Homme .

Le cas de France Inter mérite d’être étudié en détail : une série d’émissions de la série «La marche de l’Histoire» est consacrée quotidiennement à notre sujet, avec la géniale trouvaille d’un  document «à deux voix», comprenez les deux parties, «algérienne» et française : en fait on a droit à un dialogue de compères, l’un FLN estampillé, l’autre «historien» d’extrême gauche, cette imposture culminant lors de la dernière émission où les deux voix tenaient en une seule… puisque l’invité avait la double nationalité !!

Le menu était donc prévisible : un pseudo historien algérien chiffre la population du pays en 1830 à 3 millions d’habitants, le double du chiffre le plus vraisemblable, ce qui permet ensuite, en produisant les premiers recensements, d’attribuer aux Français la baisse de population supposée: leur volonté d’extermination est présentée comme évidente, et d’ailleurs les calamités agricoles et naturelles de 1868 sont expressément imputées à la France… dont les colons ont pourtant autant souffert que les indigènes.

On a droit aussi au refrain usuel sur la spoliation des terres par les Français, sans jamais donner les chiffres montrant que 80% des terres cultivables de 1930, déjà, étaient propriétés des indigènes ; l’enseignement «réservé aux Français», sans chiffres, bien sur, mais surtout sans dire la résistance des ouléma interdisant aux musulmans l’école française, ni leur opposition à la scolarisation des filles, amorcée seulement après 1945...

L’inusable procès à la France censée créer des citoyens de seconde zone, sans exposer honnêtement le système juridique au terme duquel n’importe quel musulman algérien pouvait devenir citoyen français sur sa demande, en renonçant à son statut coranique. Statut coranique que, de nos jours, les extrémistes islamiques réclament en France même !

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On apprend aussi que les massacres du 5 juillet à Oran «n’ont pas de cause connue»… Des recherches incontestées nous montrent pourtant que les rivalités internes des factions du FLN ont délibérément provoqué ces tueries d’Européens et que, par ailleurs, les dirigeants de ce même FLN voulaient à tout prix éliminer ces mêmes Européens de l’Algérie nouvelle ; opération réussie, mais personne ne parle, dans ce cas, de crime contre l’humanité ni de génocide.

Une émission a été consacrée à la part diplomatique du conflit, malheureusement limitée à la période 1954/1962 : il eut été plus intéressant de l’ouvrir à la Deuxième Guerre mondiale et aux déclarations de F. Roosevelt faisant, en 1943, de la liquidation de l’Empire français (entre autres) un de ses buts de guerre ; à la stratégie de Lénine déclarant dès 1920 que la conquête de la France par les soviets se ferait en la contournant par l’Afrique ; aux appels au meurtre de mai 1945 par le grand muphti de Jérusalem… aux appuis internationaux de la totalité du Tiers-monde uni à la fameuse conférence de Bandoeng...

Bref, on comprend qu’il s’agit de préserver la légende suivant laquelle la France a fait face à une rébellion légitime causée par la gestion insuffisamment démocratique de sa colonie algérienne, sans que l’étranger soit en cause.

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un médecin français dans une SAS (section administrative spécialisée)

On pourra juger du sérieux de ces émissions en notant que le présentateur parle des SAS sans même en connaître le sens : il les nomme «sections administratives spéciales» au lieu de «spécialisées», ce qui est très différent… «spéciales» ayant un parfum de «services» bien connoté.

Évidemment il est convenu que les Harkis n’étaient pas contre l’indépendance mais… faudrait il rappeler à ces journalistes, qui n’ont évidemment jamais rencontré un harki, que cette notion d’indépendance n’était, pour ces montagnards, qu’une abstraction incompréhensible ?

Dans la même émission, relation d’un livre de fiction, La citerne, décrivant l’aventure d’un officier SAS tortionnaire, un Pied-Noir évidemment, auteur de meurtres dans le cadre de ses fonctions…

Il est presque inutile de récuser d’aussi extravagantes inventions, mais l’ambiguïté est savamment distillée sur la réalité des faits. Les bobards et chiffres fantaisistes sur les villages de regroupement sont présentés avec componction, mais personne ne saura que presque tous ces villages furent crées à la demande des paysans, qu’ils étaient tous sous assistance médicale, et qu’à l’indépendance presque aucun de leurs habitants ne les quitta, au point que le FLN s’empressa de les revendiquer comme «villages socialistes»…

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"village socialiste" en Algérie

La tarte à la crème de la torture est reprise en long et en large, avec références bibliographiques, celle de Henri Alleg entre autres, lequel n’a jamais été torturé, comme en a témoigné le médecin légiste Michaux, mais a lancé la stratégie de dénonciation communiste, puis FLN, enjoignant à tous leurs militants prisonniers de déclarer systématiquement qu’ils l’avaient été…  avec le succès médiatique et politique que l’on sait. La violence des supplices subis par la population française d’Algérie de toutes confessions n’est pas tout à fait niée, mais habilement légitimée : il y a des bonnes et des mauvaises tortures !

Au plan politique, on refait le monde avec sévérité : un invité de l’émission voit dans la décision de Guy Mollet confiant les pleins pouvoirs à Massu à Alger une preuve de faiblesse : comme si la position du politique dans n’importe quelle guerre n’était justement celle là…

Il faudrait des pages encore pour dénoncer les contre vérités dans ces émissions… Notons encore que même France Musique s’y est mise : le 19 mars au matin, son émission matinale s’ouvrait avec Benjamin Stora (quelle surprise…) déclarant, sans doute mal réveillé, «c’est aujourd’hui l’anniversaire de l’indépendance de l‘Algérie !» puis affirmant négligemment que les Français d’Algérie n’ont jamais eu de culture spécifique...

Le flot de littérature, d’œuvres d’art, de créations techniques, de découvertes scientifiques, issu de la province algérienne de la France n’a-t-il jamais été, ou peut il être rayé de l’Histoire par le cerveau fragile d’un universitaire dévoyé ? C’est la question que la journaliste n’a pas posée.

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le jeune radio amateur FA3OA, Michel Lagrot lui-même, vers 1960

Portons toutefois au crédit de cette chaîne radio le seul rayon de soleil sur ces turpitudes, une émission bien documentée sur Radio Alger d’avant 1962. Parmi des enregistrements émouvants de l’époque, quelques commentaires honnêtes et des propos élogieux sur la qualité de son orchestre symphonique, le meilleur des orchestres de province ; quelques réminiscences également de son excellente troupe théâtrale, et des meilleurs solistes régulièrement invités, témoignage de l’intense vie intellectuelle et artistique de la capitale algéroise.

Le carpet bombing de la désinformation n’est évidemment pas terminé et nous n’avons parcouru ici que le monde audio visuel. Pour le reste, la poubelle continue de se déverser sur nos têtes. Dans ce flot de débats et de documents, une constante remarquable, l’absence à peu près totale des Français d’Algérie, les seuls qui n’ont pas le droit à la parole, jamais invités dans les débats (sauf exception pour des invités muets ou acquis au politiquement correct ), présents seulement dans les reportages d’époque, sous forme d’excités analphabètes ou de victimes «de tous bords» .

Il est tout à fait significatif, par exemple, de ne jamais entendre un ancien de l’OAS, alors que l’organisation est mise en cause dans chaque émission – à l’exception de José Castano, interviewé seulement en tant que candidat aux élections-, significatif aussi que jamais le problème, pourtant capital, de l’après exode pour les «rapatriés», ne soit sérieusement évoqué ; de même d’ailleurs que le sort de l’Algérie indépendante. Le désastre de la décolonisation est un thème tabou !

S’il ne fallait qu’une démonstration de la partialité des media, comparons deux anniversaires : le 17 octobre celui d’une manifestation à Paris, fomentée par le FLN, ouvertement anti-française, réprimée par une police qui avait eu 23 morts dans ses rangs, manif qui fit une vingtaine de morts, au plus, en dépit des propagandistes de gauche qui en inventent «des centaines»…  Anniversaire qui fait la une de tous les media, commentaires horrifiés à chaque ligne.

Le 26 mars, massacre à Alger, par l’armée française, d’une foule française manifestant pour la France ; un événement inouï, sans précédent depuis la Commune de 1870, unique dans notre histoire par le fait que la manifestation, à l’inverse de la Commune, était entièrement pacifique : au moins 80 morts et 200 blessés. Anniversaire ignoré, pas un seul media audio visuel ne l’a seulement évoqué !

Quant au peuple pied-noir, à qui on reconnaît du bout des lèvres le statut de victime, il n’est mentionné qu’en passant, et rayé de l’histoire pour solde de tout compte : des Français des catacombes…

Michel Lagrot
3 avril 2012

 

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vendredi 6 avril 2012

fabrique de crin végétal au Maroc (Oujda) - recherche

Maroc crin végétalcliquer sur l'image pour l'agrandir

 

 

Oujda, fabrique de crin végétal

Driss LOUARADI

 

Bonjour,
je suis à la recherche de témoignages concernant l'industrie de crin végétal dans la région d'Oujda (Oriental marocain).
Un musée dédié au patrimoine naturel, culturel, industriel de la ville d'Ahfir (ex Martimprey du Kiss) sera bientôt créé.
Merci de diffuser l'information.
Bien à vous

Driss Louaradi
Président de Sciences & Développement
Rabat, Maroc

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le palmier nain, source du crin végétal

Le Palmier nain (nom français), Chamaerops humilis (nom scientifique), le Doume (nom vulgaire), el Âazaf (nom jebli, Rif occidental), Tigazdan (nom amazigh)
Il appartient à la famille des palmacées, Ordre des Palmales ainsi qu'il est monocotylédone.

C'est un palmier à tronc ordinairement peu élevé, ne dépassant pas 10 m, produisant à la base de nombreux rejetons, restant le plus souvent trés court, formant alors, de larges touffes compactes ; feuilles à pétiole muni d'épine sur ses marges, à limbe en éventail ; spadices dressés, courts, entourés à leur base de 2 spathes plus ou moins soudées à la base ; fleurs mâles jaunes, femelles vertes, hermaphrodites jaunes-verdâtres ;  baies solitaires, rarement géminées ou ou ternées, jaunes rougeâtre à rouge brun son nom vulgaire est ''Alghaz''.

On le trouve dans les forêts claires, matorral des plaines et des basses montagnes dans les régions bien arrosées et semi-arides sur des sols profonds, argileux en général ; dans le Nord, le Centre, l'Ouest, le Moyen Atlas, Gaâda de Debdou, Horst de l'Oriental, le Grand Atlas et l'Anti Atlas ; depuis le semi-aride au perhumide, à variante chaude à fraiche ; et de l'étage bioclimatique inframéditerannéen jusqu'au mésoméditerannéen.
cordialement à ceux qui s'intéressent à la biodiversité au Maroc.

Votre ami fidèle Izm le forestier (source)

 

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source

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le crin végétal : une histoire ancienne

«Un jour, après un déjeuner en famille sur l’herbe, et à la faveur d’une sieste générale, un agriculteur eut, par curiosité, l’idée de voir comment était faite une feuille de doum, palme du palmier nain qu’il avait à portée de main. Avec une épingle à cheveux qu’il retira de sa femme endormie, il effilocha cette feuille et se rendit compte qu’elle était faite de longues fibres unies l’une à l’autre par de la chlorophylle. L’idée de la fibre végétale était née.»

Fréquemment en traversant les campagnes de longs bâtiments à l’abandon attirent le regard. La plupart sont d’anciennes usines de l’époque coloniale qui fonctionnèrent jusque dans les années 1970, tout comme dans le quartier industriel de la ville d’Essaouira où d’anciennes entreprises très florissantes de la première moitié du XXe siècle sont maintenant en friches.

Du côté d’El Hanchane, quelques centaines de mètres plus loin sur la route de Meskala, une maison à colonne intrigue sur le bord de la route quasi complètement cachée par des eucalyptus. Aux alentours de multiples bâtiments en ruine. Il s’agit de l’une des usines de crin végétal de la compagnie Nord Africaine qui en possédait une petite dizaine au Maroc réparties du Nord au Sud du pays, dont trois dans la région à Imintlit, du côté de Talmest et à Douar Arbalou sur la commune d’ El Hanchane. Celle ci fut opérationnelle dès 1920 et périclita en 1970, le crin végétal sera abandonné au profit des fibres synthétiques et de la mousse.

Jusqu’au milieu du XIXe siècle les sièges, les fauteuils, étaient rembourrés de crin animal tiré de la crinière et de la queue des chevaux, et les matelas avec de la laine ce qui les rendaient extrêmement coûteux. Avec l’arrivée de l’industrie automobile au XIXe siècle, il devient nécessaire de trouver un produit de substitution au crin animal et à la laine. Abondant dans les pays du Maghreb, le «doum» ou palmier nain (chamaerops humilis) va remplir cette fonction. Cette plante croit spontanément tout autour du bassin méditerranéen, sorte de buisson ramifié, aux souches parfois centenaires en Afrique du nord qui se constitue en fourrés bas et impénétrables.

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L’usine abandonnée, une famille y reste vivre. Le grand-père, le père M’Bark et le fils Omar y travaillèrent et en sont maintenant les gardiens de la mémoire. La famille d’Omar vit sur place dans la grande maison, anciennement celle du directeur de l’usine, attenante aux ateliers de mécanique aujourd’hui occupés par des montagnes de sacs de noix d’argan ou autres produits selon la saison.

Un jardin a survécu peuplé d’orangers, de mandariniers, de citronniers et d’un gigantesque figuier. Le grand réservoir qui assurait l’arrosage du jardin, ou faisait office de piscine en cas de grosse chaleur pour les enfants, témoigne de la richesse passée du lieu.

Omar est né ici, dans une petite maison entourée d’eucalyptus sur le site de l’usine. D’anciennes écuries et porcheries, en ruine également, jouxtent un côté du jardin et l’usine s’étire à l’autre bout, immenses ateliers pavés, vestiges épars, en partie occupés par les chèvres de la famille.

Le matériel a disparu mais Omar et M’Bark nous racontent l’usine, la font vivre. Ici était un moteur anglais de 50 CV, ici l’atelier de filature, là encore celui d’emballage pour les ballots qui partaient par bateau d’Essaouira ou de Casablanca destinés à l’étranger essentiellement à l’Europe.La nostalgie est grande mais la fierté aussi quand ils évoquent les bassins dans lesquels parfois le crin était teinté pour une demande spéciale du palais royal.

La maison et l’usine furent équipées en électricité avant l’heure avec une grosse dynamo, indispensable pour les poulies de filature! Un moteur hydraulique complétait le tout. Une cinquantaine d’ouvriers y travaillaient, les femmes les relayèrent pendant la guerre et le mazout et le charbon de bois qui venaient de France remplacèrent l’électricité. Omar nous explique qu’ici fut installé, devant le grand bâtiment, le premier moulin à farine de la région. Ce moulin fonctionnait jour et nuit et les femmes qui y travaillaient se donnaient du courage en chantant, imaginant des refrains avec le nom du patron. Omar nous les chante, riant comme un enfant !

Différentes étapes étaient nécessaires pour conditionner la plante afin qu’elle devienne crin, ficelle ou corde. Ici elle était essentiellement destinée au rembourrage. Le ramassage, l’effilochage qui avec le peignage produisait la fibre dans un premier temps ; une cardeuse, assurait parallèlement le nettoyage de la fibre afin d’éviter tout déchet qui aurait nuit à la qualité du crin. Les femmes étendaient ensuite la filasse sur une aire, la secouaient, pour l’aérer et la sécher avant de la rentrer dans l’atelier de filature. Le produit obtenu était rêche

Par mesure de sécurité, cet atelier était séparé de la fabrication de la fibre afin d’éviter tout risque d’incendie, car la filasse était très sèche. C’était un hangar d’environ 20 m de large sur 60 m de long, avec des fileuses où des poulies s’enchevêtraient dans un savant jeu technique et d’où sortaient, après diverses manipulations, des cordes que l’on mettait en balles de 80 Kg pour être livrées à la commercialisation et à l’exportation.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’armée française s’équipa de filets de camouflage tissés en crin, fabriqués dans les usines marocaines.

Au vu du regain d’intérêt pour les produits naturels, le crin végétal a le vent en poupe dans le monde entier, particulièrement dans les pays européens. Dans les campagnes certains continuent d’utiliser le «doum» mais de manière très artisanale. Peut être ce siècle verra-t-il un renouveau de ces usines qui, en leur temps, contribuèrent à la richesse du pays ?

source

Chamaerops-humilis-1

recherche documentaire : Michel Renard

 

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jeudi 5 avril 2012

la logomachie algérienne officielle

alger1830

 

 

la langue de bois de Mme Zohra Drif

sur le "génocide"

commis par la France en Algérie

Michel RENARD

 

D'après le site internet algérien Algérie-Focus, le 4 avril 2012, sur les ondes de la Radio nationale Chaine III dans l’émission «invitée de la rédaction», la sénatrice et la moudjahida Zohra Drif Bitat a tenu les propos suivants :

"Chiffres à l’appui, Mme Zohra Drif Bitat, a rappelé que quand le colonisateur français  est arrivé en Algérie, la population algérienne était de l’ordre de 10 millions d’habitants. Et en 1872, la population est passée à 2,5 millions d’habitants. Ce n’est qu’en 1954 que l’Algérie coloniale a atteint les 9 millions d’habitants. Ces statistiques démontrent, on ne peut mieux, insiste-t-elle, que la France coloniale a commis un «génocide caractérisé en Algérie et appliquait un système raciste et de déculturation sur le peuple algérien, dépossédé de ses biens et dépourvu de ses droit». Et de finir : «Des génocides et des crimes contre l’humanité ont été commis par la France en Algérie. La France doit reconnaître tout ceci »."

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Zohra Drif

Où est-elle allé chercher ce chiffre de 10 millions d'habitants en 1830 sur le territoire de la Régence d'Alger sous souverainté turque ottomane ? Un seul auteur avance une telle estimation, en absence totale de recensement. C'est un chiffre idéologique aussi peu fiable que le million et demi de martyrs de la guerre d'Algérie (1954-1962) avancé par le FLN dans un pur but de propagande. Mais les officiels algériens n'ont pas quitté le terrain de la désinformation et du bourrage de crâne. La désinformation tient lieu de discours politique en Algérie.

 

combien d'habitants en "Algérie" en 1830 ?

Le premier dénombrement de la population, tant européenne qu'indigène, date de 1844-45, effectué sur ordre du ministère de la Guerre. Auraparavant, on ne dispose que d'estimations dont certaines ne pas désinterressées... Le démographe algérien Kamel Kateb, venu travailler aux archives d'Outre-mer à Aix-en-Provence - et que j'ai rencontré quand il y a quelques années il compulsait les cartons d'achives de ce centre -, a écrit un livre : Européens, «indigènes» et juifs en Algérie (1830-1962) (Ined-Puf, 2001).

Kateb 3

Kamel Kateb fait le bilan de toutes les estimations relatives à la population en 1830. En voici le tableau :

Kateb 1
cliquer sur l'image pour l'agrandir

Kateb 2
cliquer sur l'image pour l'agrandir

Il n'y a que Hamdan Khodja, notable et professeur de droit musulman, auteur d'un livre écrit en français en 1833, Le Miroir. Aperçu historique et statistique sur la Régence d'Alger (éd. Sinbdad, 1985) qui avance ce chiffre rond de 10 millions d'habitants. On ne sait rien de ses sources. Le général Bugeaud, de son côté, parle de 4 millions puis de 8 millions, en 1845 et 1846 (?) sans que l'on sache non plus, d'où il tire de pareils chiffres si dissemblables.

Comme le note Kamel Kateb : "Il n'y a pratiquement pas de trace d'explication sur les méthodes d'estimation des uns et des autres. On peut estimer que les considérations politiques [Hamdan Khodja] ou militaires [Bugeaud] ont prévalu sur l'estimation objective de la population de l'époque" (op. cit., p. 12). Hamdan Khodja cherchant à accabler, outre mesure les effets militaires de la conquête française, et Bugeaud cherchant à surestimer son adversaire pour obtenir des crédits et des effectifs plus importants.

Kamel Kateb, respectant les critères démographiques mais favorable à la thèse algérienne d'une population plus importante que ne ne le disaient diverses estimations françaises conclut au conditionnel : "La population en 1830 aurait donc pu être plus proche de quatre millions en partant de l'hypothèse qu'il existe un équilibre entre populations et resssources disponibles" (Kamel Kateb, op. cit., p. 16). Rien à voir avec les 10 millions de Zohra Drif...!


L'esprit indépendant doit prendre ses distances avec ce pathos victimaire des autorités algériennes. L'historien Xavier Yacono (1912-1990) avait finalement établi que d'après le dénombrement de 1844-1845, la population à cette époque ne devait pas dépasser 2,6 milllions d'habitants et qu'en 1830, elle devait se chiffrer à 3 millions (cf. Kamel Kateb, p. 12).

Le chiffre de 10 millions d'habitants de la Régence en 1830 est donc une affubulation totale. Zohra Drif se moque du monde. Il y a eu des régressions démographiques dues un peu à la guerre de conquête et également aux famines connues par d'autres pays non concernés par le choc colonial. Globalement, sous la domination coloniale, la population indigène a progressé.

 

un génocide ?

Jamais, l'autorité coloniale n'a envisagé l'extermination de la population "indigène" en tant que telle. La confrontation a été militaire, culturelle mais jamais ethnique au point d'envisager l'élimination d'une population en tant que telle. Il n'y a pas eu de génocide en Algérie, (voir aussi Roger Vétillard), (et encore Yves Lacoste). L'historien Mohammed Harbi l'a déjà reconnu il y a longtemps.

 Michel Renard

 

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mercredi 4 avril 2012

Benjamin Stora répond à Guy Pervillé et celui-ci lui réplique, à propos de "La Déchirure"

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réponse de Benjamin Stora à Guy Pervillé

et réaction de Guy Pervillé,

à propos du documentaire "La Déchirure"

 


Benjamin Stora à Guy Pervillé

Je te remercie pour l’envoi de ton texte à propos du documentaire «La Déchirure», diffusé il y a un mois sur France 2.

Après celles du général Faivre, de Michel Renard et de Daniel Lefeuvre, voici donc une critique dans Études coloniales de ce documentaire sur lequel j’ai travaillé depuis un an avec Gabriel Le Bomin. Je suis aussi très pris (notamment par la préparation de mes cours à l’université), et c’est pourquoi ma réponse sera brève.

Ta critique relève deux erreurs de dates (ce que je concède concernant Jacques Soustelle et Raoul Salan à Madrid), et ne reprend pas les propos sur «la manipulation des images» ou les chiffres avancés de victimes algériennes (polémiques bien connues par les historiens depuis de nombreuses années) .

Mais elle s’attarde essentiellement sur une comparaison avec le documentaire réalisé par Courrière et Monnier il y a quarante ans. Et c’est sur ce point que je voudrais te répondre.

- Sur «la supériorité» des images anciennes

Tu attribues au documentaire de Courrière et Monnier une supériorité de qualité historique sur «La Déchirure». Mais, n’as-tu pas vu dans le documentaire de 1972 les erreurs de lecture d’images à propos des massacres de mai-juin 1945, et ceux d’août 1955 dans le Constantinois ? Et cette confusion entre les images du 17 octobre 1961, et celles de Charonne en février (erreur répétée dans le documentaire de Peter Batty en 1989) ?

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Le documentaire de 1972 ne souffle mot de l’utilisation du napalm par l’armée française ou des expériences nucléaires ; sur les déplacements de millions de paysans par l’armée française ; ne signale pas les enlèvements d’Européens, et passe vite sur Melouza….. La recherche historique a depuis bien progressé (je te rappelle par exemple mon documentaire de 1992, «Les années algériennes», avec l’entretien de Mohammedi Saïd, qui fait aujourd’hui référence).

- Sur le manque d’images

Tu relèves le fait qu’il n’y a pas de références à différentes séquences (après les «barricades», le putsch d’avril 1961 ou les négociations d’Évian). C’est vrai, pour un film de deux heures qui traite de huit ans de guerre, il a fallu faire des choix douloureux pour un historien comme moi habitué à écrire des livres…. Il manque donc, aussi, par exemple, les images de l’attentat terroriste de la rue de Thèbes en 1956, qui a fait de nombreuses victimes musulmanes (lacune relevée justement dans la presse algérienne) ; ou celles de l’assassinat de Maurice Audin, ou des coulisses de négociations secrètes. Ces images animées n’existent pas (pour «La Déchirure» n’ont été utilisées que des images animées, et non des photos fixes, ce qui rend difficile l’illustration de séquences importantes comme le congrès de la Soummam en 1956).

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éléments protégeant le congrès de la Soummam en 1956

- Sur la nouveauté des images

Tu expliques que les images nouvelles dans « La Déchirure » sont rares par rapport à 1972. Mais n’as-tu pas vu les images de Ferhat Abbas reçu par Mao à Pekin en 1960 (obtenues dans les pays de l’Est) ? Celles de réfugiés algériens en 1957 en Tunisie (réalisées par la télévision suisse) ? Celles de soldats français mutilés après Palestro (obtenues par ouverture des archives de l’ECPAD) ?  Celles de l’ALN dans les maquis (Fonds Vautier et Clément), ou du discours de Ben Bella à l’ONU (archives en Algérie) ? Il est regrettable, à propos d’images neuves, que tu n’ai pas vu, non plus, dans «Notre histoire» pour ARTE, le témoignage inédit de 1972 de Maurice Challe réalisé peu de temps avant sa mort.

Je te remercie pour l’envoi de ton texte, et j’espère que ma courte réponse (en attendant une lettre plus détaillée) sera publiée dans les mêmes conditions, ainsi le débat pourra se poursuivre.

Bien cordialement, Benjamin Stora

 

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Guy Pervillé à Benjamin Stora

Je te remercie pour ta réponse, et je te réponds à mon tour sur les trois points que tu as soulevés :

1 - je n'ai pas fait état d'une "supériorité des images anciennes" sur celles que votre nouveau film a apportées. La supériorité de celui d'Yves Courrière tient dans l'effort qu'il a fait pour respecter strictement la chronologie et pour ne rien oublier d'essentiel au niveau du texte.

2 - le manque d'images animées pour certaines périodes ne justifie pas le fait d'utiliser de telles images en dehors de leur contexte réel.

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C'est là un point commun très fâcheux avec le film d'Yves Courrière. L'exemple que je cite dans votre film est exactement aussi grave que celui qui m'avait scandalisé il y a longtemps dans un film de montage sur la bataille de la Marne : sous prétexte qu'il n'y avait aucun film de la célèbre bataille de septembre 1914, on nous avait montré à la place des images de la 2ème bataille de ce nom, celle de 1918 !

Ce n'est pas parce que les auteurs de film ont pris des habitudes déplorables que les historiens doivent abdiquer la défense des principes fondamentaux de leur discipline, et nous devons être absolument intransigeants sur ce point.

Quant aux lacunes de six mois ou plus dans le récit des faits, qui ne se trouvent pas chez Courrière, elles sont évidemment incompatibles avec le caractère historique du film. Il aurait mieux valu présenter des compléments au film de Courrière, en respectant strictement la chronologie des documents, en indiquant clairement leur origine, et sans prétendre raconter l'histoire de la guerre d'Algérie.

3 - je reconnais que tu as présenté des images très neuves, dans ce film et dans celui du mardi suivant (où l'interview du général Challe m'a rappelé l'entretien que j'avais eu avec lui à peu près au même moment).

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général Challe, 1959-1960

J'y avais été sensible au début, mais mon impression favorable a été rapidement recouverte par la déception que j'ai exprimée. La durée limitée du film y est sans doute pour quelque chose, mais la publicité qui lui a été faite a complètement nié ce problème en lui prêtant une exhaustivité qui n'y était pas.

Mon impression est que le principal auteur du film n'a pas la moindre idée de ce qu'est la méthode historique, et donc, de ce que devrait être un film d'histoire digne de ce nom. Et c'est pourquoi j'estime qu'un historien ne dois pas partager la responsabilité d'un film avec quelqu'un qui n'en est pas un. (...).

Bien cordialement, Guy Pervillé

 

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- critique de Guy Pervillé du documentaire "La Déchirure", sur Études Coloniales

- texte définitif de la critique de Guy Pervillé sur son site

- voir "La Déchirure" : ce documentaire n'est pas un outil de référence, Daniel Lefeuvre

- voir la mise au point du général Maurice Faivre et les remarques de Michel Renard

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mardi 3 avril 2012

images de la tuerie du 22 août 1955, à Aïn Abid

Life5510031Life, 5 septembre 1955 (éd. américaine) et 3 octobre 1955 (éd. internationale)

 

 

images authentifiées : les trois civils algériens

abattus le 22 août 1955 à Aïn Abid

d'après une étude de Marie CHOMINOT

 

Isssue de sa thèse soutenue en 2008, Marie Chominot a récemment présenté une explication détaillée et convaincante de la véracité des images montrant l'exécution de trois civils algériens en 1955, images souvent reprises dans des documentaires dont celui de Benjamin Stora et Gabriel Le Bomin ("La Déchirure", mars 2012). Cette démonstration est, à mon avis, sans réplique (mais si quelqu'un apporte la preuve du contraire, je l'accueillerais).

Elle retrace la polémique qu'elles déclenchèrent à l'époque, les dénégations des autorités françaises puis leur rétractation. Elle rappelle que le cameraman s'appelait Georges Chassagne et qu'il travaillait à la fois pour Gaumont et pour la firme américaine Fox-Movietone.

Elle démonte la thèse d'un montage et d'un trucage. Et cite une "interview de Chassagne, réalisée avant une conférence de presse [de décembre 1955], dans les archives Pathé-Gaumont, sous la référence 5600ENU48806. Chassagne déclare notamment : «J’affirme qu’aucune mise en scène n’a été montée, que je n’avais jamais vu le gendarme, que je ne l’ai jamais revu et qu’à plus forte raison, je ne l’ai jamais soudoyé»".

Marie Chominot : "Algérie, août 1955 : la mort filmée en direct"

Marie Chominot rappelle cependant que : "Quelques précautions méthodologiques sont à appliquer à la lecture des images, comme pour toutes les autres sources historiques. Dans le cas des séquences incriminées ici, elles permettent de réfuter l’argument de la mise en scène et du trucage. D’abord, les images seules ne suffisent pas pour écrire l’histoire. Il faut les croiser avec d’autres sources (sources écrites, mais aussi témoignages oraux) afin de les éclairer et, notamment, pour comprendre leurs conditions de production, leur contexte de diffusion et les réactions que cette diffusion a suscitées, à toutes les époques." (source, ibid.)

 

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L'Express, 19 décembre 1955

Précautions qui ne sont pas souvent respectées dans "La Déchirure"... Mais plus généralement, l'utilisation de l'image à forte charge émotionnelle pose la question de l'intelligibilité historique. Elle a tendance à subsumer un contexte général à partir d'un segment particulier. Il ne s'agit pas d'excuser quoi que ce soit. Mais l'historien doit tenter de restituer la complexité d'une situation, l'enchevêtrement des événements.

À Philippeville, et notamment dans le village d'El-Halia, des dizaines de civils européens ont été masssacrés par le FLN le 20 août 1955. Une horreur ne saurait, bien sûr, en justifier une autre. Il s'agit seulement de comprendre les enchaînements de faits dans les mentalités d'une époque et le caractère toujours exceptionnel d'une guerre.

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Philippeville, 20 août 1955

"La guerre est totalement différente de ces domaines [économie, diplomatie, politique] parce qu'elle est menée par des hommes dont les valeurs et les compétences ne ressemblent en rien à celles des politiciens ou des diplomates. Ce sont celles d'un monde à part, un monde très ancien qui existe parallèlement au nôtre mais qui ne lui appartient pas", John Keegan, Histoire de la guerre (éd. Dagorno, 1996, p. 17).

Sur le massacre d'El-Halia, on peut lire le témoignage de Marie Jeanne Pusceddu. Et on aura une idée du ressentiment des "Européens" d'Algérie. Il n'y a pas d'équilibre justifiable de la terreur. Mais on peut dire cela après coup, quand on n'a pas été mêlé à de tels drames. Sur le coup... qui peut dire ?

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L'historien n'est pas un moraliste. Sa fonction est de tenter de restituer les probabilités de la vérité du passé. Et celle-ci ne peut se réduire aux images, surtout lorsqu'on plaque sur elles des commentaires qui ni ne les expliquent ni ne les contextualisent.

Michel Renard

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Tout n'est pas aussi définitif

Roger VÉTILLARD


Je voudrais apporter quelques commentaires à l'article de Michel Renard.

J'ai enquêté sur ces affaires d'exécutions de civils algériens en 1955 que trois séquences filmées montrent et que Marie Chominot analyse. Sans tirer de conclusions définitives, je donne à leurs propos plusieurs éléments de réflexion dans mon livre à paraître le 26 avril 2012 aux éditions Riveneuve : 20 août 1955 dans le nord-constantinois Un tournant dans la guerre d'Algérie ?

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Il est certain que la répression de la révolte du 20 août 1955 a été importante puisqu'elle a fait plus de 6000 victimes et injuste parce qu'elle a puni de nombreux innocents. J'en parle longuement dans tout un chapitre. Loin de moi donc l'idée de la minimiser.
Je n'ai pas d'informations nouvelles sur la victime tuée sous une raïma (khaima) alors que les images tournées dans une rue d'un village ou d'une mechta sont probablement bien réelles.


Toutefois, l'enquête de Marie Chominot est incomplète car elle ne tient pas compte des informations apportées par deux documents télévisés importants concernant la séquence où l'on voit un militaire tirant et abattant Mohamed Saoud qui s'enfuit et qui ont été diffusés le 27 février 2000 sur La Cinq dans l'émission de Patrick Jeudi "Le Club des Archives" et le 5 juin 2000 dans celle de Daniel Schneidermann "Arrêt sur Image".

Georges Chassagne qui témoigne fait comprendre assez clairement combien est difficile le métier de chasseur d'images et que quelques fois il lui est nécessaire de construire des séquences pour laisser penser qu'elles ont été prises sur le vif. Ces déclarations survenues 45 ans après la diffusion du reportage en question éclairent d'un jour nouveau une affaire qui continue à faire parler d'elle et doivent nous inciter à beaucoup de prudence.

Il est certain que dans le contexte judiciaire de 1955 et 1956 en pleine guerre d'Algérie, le caméraman ne pouvait que nier toute manipulation alors que 45 ans plus tard il est beaucoup plus libre. D'autant plus qu'il fait comprendre qu'il a été surpris et dépassé par les conséquences nationales, judiciaires, médiatiques et surtout internationales de ces quelques minutes de film.
Mais même si de telles images ne sont pas sincères, des scènes similaires ont existé au cours de la guerre d'Algérie, l'évocation des "corvées de bois" n'est pas qu'une légende.


Roger Vétillard
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lundi 2 avril 2012

critique du documentaire "La Déchirure", par Guy Pervillé

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"La Déchirure" :

erreurs de méthodes et graves oublis

Guy PERVILLÉ

 

Ma première impression sur le film de Gabriel Le Bomin, co-signé par Benjamin Stora, était favorable à cause de la relative nouveauté des images et de leur colorisation qui donnait une impression inhabituelle d'actualité, mais au cours de leur déroulement j'y ai trouvé des erreurs de méthode qui m'ont de plus en plus choqué.

Dans mon esprit, la comparaison s'est imposée avec le film d'Yves Courrière et Philippe Monnier, La guerre d'Algérie, daté de 1972, qui reste un modèle du genre, même si la publicité de ce nouveau film l'a présenté abusivement comme une nouveauté sans précédent. Et la comparaison a tourné très vite à l'avantage du plus ancien de ces deux films, car le plus récent a réussi a cumuler les défauts du premier avec d'autres beaucoup plus graves.

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En effet, j'ai retrouvé dans les deux films la même tendance à utiliser les images prises du côté algérien sans se soucier de leur date et de leur lieu réels de tournage, sous le mauvais prétexte qu'aucun film n'avait été tourné du côté FLN à l'intérieur de l'Algérie avant 1957.

Cela n'excuse pas le fait de nous présenter des images tournées en Tunisie en 1958 ou 1959 pour illustrer le FLN-ALN de 1955. S'il n'y avait pas encore de films pour nous les montrer, il y avait au moins des photographies authentiques. Mais le film de Gabriel Le Bomin m'a fait regretter celui d'Yves Courrière, qui au moins s'imposait de nous présenter tous les personnages importants à l'heure de leur apparition.

 

l'histoire intérieure du FLN ?

En effet, ce nouveau film nous permet de suivre à peu près les méandres de la politique française, mais il reste extrêmement flou sur l'histoire intérieure du FLN.

Il nous montre des images de personnages connus des spécialistes sans les nommer, et répare ou ne répare pas ces oublis plus ou moins tardivement. Sauf inattention de ma part, Ferhat Abbas est nommé, ainsi que Ben Bella, mais pas les autres chefs historiques du 1er novembre 1954, sauf Belkacem Krim au moment de la signature des accords d'Évian (alors qu'on le voit, comme je l'ai dit plus haut, passer en revue les troupes de l'ALN à l'extérieur en 1958 ou 1959, dans une scène faussement placée en 1955).

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Abane Ramdane

Rien sur Abane Ramdane, l'organisateur du Congrès de la Soummam en 1956, et rien sur le colonel Boumedienne (encore une fois, sauf erreur de ma part). Mais j'ai aussi entendu des phrases très approximatives, ou même carrément fausses : Jacques Soustelle qui serait de retour à Alger avant le 13 mai, le général Salan qui serait reparti à Madrid après l'échec du putsch, la fusillade du 26 mars 1962 rue d'Isly attribuée aux gendarmes et non aux tirailleurs.

 

trame historique discontinue

Mais le plus incroyable et inadmissible est le caractère discontinu de la trame des faits mentionnés. Il n'y a rien entre la semaine des barricades (fin janvier 1960) et les journées de décembre 1960, ce qui règle le problème du rapport entre l'affaire Si Salah et la rencontre de Melun en juin 1960...

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Si Salah

De même il n'y a rien entre le putsch des généraux (22-25 avril 1961) et le 17 octobre 1961 : pas de négociations entre le gouvernement français et la direction extérieure du FLN à Evian et Lugrin durant l'été, pas de rupture ni de recherche d'autres solutions éventuelles. Qu'une journaliste du Monde ne se soit même pas aperçue de ces énormes lacunes m'inquiète sur sa compétence en la matière...

En fin de compte, je trouve le film d'Yves Courrière incomparablement meilleur, sauf sur la journée du 5 juillet 1962 à Oran qu'il avait coupée parce que son scénario s'arrêtait le 1er juillet, tout en en récupérant des images pour les utiliser à d'autres dates antérieures.

À ce détail près, je dois conclure que le nouveau film est incomparablement moins bon que son prédécesseur. Et j'en conclus que son auteur est inconscient du fait que l'histoire n'est pas la même chose que la fiction, qu'elle doit donc répondre à des règles rigoureuses qui sont incompatibles avec la fameuse "liberté du romancier".

benjamin-stora2Benjamin Stora

Et c'est aussi pourquoi je suis très étonné de voir Benjamin Stora prêter l'autorité de son nom à une telle entreprise, au risque de compromettre sa réputation d'historien.

Qu'on ne s'y trompe pas : dans la quinzaine qui a précédé le cinquantième anniversaire du 19 mars 1962, j'ai eu l'occasion de lire de très nombreuses interviews dans lesquelles il a exposé son analyse sur le problème de la mémoire du conflit dans les deux pays, et je les ai approuvées, notamment quand il a pris position pour une opération "Vérité et réconciliation" inspirée de l'exemple sud-africain  au lieu de la revendication algérienne de repentance adressée à la France.

J'ai également apprécié sa participation au débat qui a suivi le film, et deux jours plus tard sur Arte sa participation très intéressante ainsi qu'émouvante au film Algérie notre histoire, de Jean-Michel Meurice, qui sortait des sentiers battus.

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Algérie, notre histoire

Mais je suis plus convaincu que jamais que les historiens doivent tracer une ligne rouge infranchissable entre ce qui est de l'histoire et ce qui n'en est pas, au lieu d'aider à faire disparaître cette différence capitale dans l'esprit du public. Même si le mal est déjà fait, et depuis longtemps, cela n'est pas une raison valable de renoncer à faire connaître la différence qui devrait séparer nettement l'histoire et les mémoires.

Guy Pervillé
professeur émérite à l'université de Toulouse Le Mirail

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- texte définitif sur le site de Guy Pervillé

- voir "La Déchirure" : ce documentaire n'est pas un outil de référence, Daniel Lefeuvre

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samedi 31 mars 2012

critique du documentaire "Troufions"

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À propos du film "Troufion"

 général Henry-Jean FOURNIER

 

Il y a des films qui portent bien leur nom. Ainsi en est-il du documentaire que la chaîne de télévision France 2 a présenté  mardi 27 mars 2012, à 23 h 00.

Car ce sont bien des «troufions» que l’on nous a complaisamment présentés pour témoigner de leur guerre d’Algérie. Sans aller jusqu’à rappeler l’origine étymologique de ce terme qui s’apparente plus à «trou-du-cul» qu’au sympathique ami bidasse, on notera que le discours de ces grands-pères repentants (à l’exception de celui qui, ayant perdu une jambe, aurait eu de bonnes raisons de critiquer la guerre qu’on lui a fait faire….) était uniformément convenu et que l’on entendait sans surprise leur témoignage, tant il était manifestement le fruit d’une restitution.

L’un citant le général de Bollardière (combien de soldats ont entendu parler de lui en Algérie ?), l’autre évoquant l’exploitation des algériens et la richesse des colons….

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Et inévitablement, chacun évoque la torture et les viols qui ont été, bien entendu, l’activité permanente des soldats du contingent en Algérie, en dehors des scènes de beuverie qui doit accompagner, dans l’esprit des réalisateurs, toute image de l’armée.

Mais, bizarrement, ces témoignages sonnent faux. Comme s’ils étaient le résultat d’une leçon bien apprise, que l’on récite avec des regards faux-fuyants, en employant les termes que 50 ans de matraquage médiatique ont fini par imposer aux mémoires défaillantes, occultant notamment tout ce que les soldats de français ont réalisé dans ce pays. La pacification est citée, mais uniquement de manière ironique.  Pas un de ces témoins n’a rencontré un médecin dans les douars et un seul évoque son rôle d’instituteur.

On y parle en revanche des «soldats» du FLN, alors que le terme couramment employé dans la troupe était les «fells» ou les «fellouzes». On y parle aussi d’armée d’occupation imposant sa violence à des résistants.

On y parle de baignoire… sous la tente, dans le djebel.

Pour faire sérieux, on évoque d’un air entendu les «bidons» de napalm.

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Et dans tout cela, on se demande où étaient les cadres de ces «troufions»  livrés à eux-mêmes ?

L’on n’épargne même pas au spectateur le long plan final d’un homme vaincu, cherchant ses larmes en baissant la tête, comme s’il récitait son acte de contrition.

Triste image que celle donnée par ces hommes qui, au soir de leur vie, se sont laissés influencer pour dénoncer une guerre qu’ils n’ont en fait jamais acceptée (mais dont ils se font remettre volontiers les décorations) et dont ils n’ont tiré aucun motif de fierté, pas même celle de leur engagement au service de la France.

Il est vrai qu’ils ont combattu pour rien, puisque la France a perdu et ne peut justifier les sacrifices accomplis par ceux qui, eux, ne sont pas revenus.

Heureusement, tous les soldats français en Algérie n’ont pas ressemblé à ceux-là. On attend que MM. Demaizière et Teurlai leur donnent la parole, car ils auraient aussi beaucoup à dire….

Général (2S) Henry-Jean FOURNIER

 
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________________________
 
 
Le 31 mars 12 à 16:35, breton.veuillac a écrit  [adressé au général Maurice Faivre] :
 
Mon général,

Merci de m'avoir adressé votre commentaire sur le film Pour Djamila. J'ai été très intéressé par vos remarques sur le film lui-même (que je n'ai pas vu) et je partage tous vos avis sur le débat (que j'ai vu). Ce soit-disant débat violait les règles élémentaires de la déontologie : des intervenants unanimes dans leur idéologie anticolonialiste dirigés par un animateur complaisant, qui, par exemple, qualifie l'armée française "d'armée d'occupation". Le message est clair : disculper le terrorisme du FLN et discréditer encore la France et son armée.

J'ai aussi pris connaissance de votre "Mise au point" concernant "La Déchirure" et j'y adhère totalement (j'ai vu le film et le débat). J'avais par ailleurs constaté dans ce film la volonté de caricaturer les SAS en réduisant leur rôle à une action humanitaire intéressée, ayant pour but de recruter des harkis. Et quel débat inadmissible : cinq compères et commères anticolonialistes derrière Stora, parfois devant, et un Pujadas incompétent sollicitant de l'auteur des éloges sur son film. Seul impartial, seul contre tous, Jean-Jacques Jordi s'est forcément peu exprimé.

Cette semaine a eu aussi son lot de désinformation sur la guerre d'Algérie avec la projection le mardi 27 mars à partir de 23 heures (heureusement) de deux films sur France 2. Le premier, "Les Troufions ", met en scène des anciens appelés français pitoyables (sauf un), encore écœurés et honteux des "atrocités" commises par les autres à cause de la France (ah si, l'un avait tourné " la gégène" une fois!).

Le deuxième film, "Guerres secrètes du FLN en France", consiste en une série d'entretiens avec "des acteurs majeurs de la lutte pour l'indépendance algérienne". Ces "acteurs majeurs" sont des anciens cadres FLN en France, responsables du terrorisme vis-à-vis de leurs coreligionnaires et de combien d'assassinats. Eux, ils n'ont pas de repentir et sont fiers de leur "lutte" (intervient aussi Vergès, exposant avec fierté sa double trahison, envers la France et envers sa déontologie d'avocat).

Il me semble que toute cette désinformation sur la guerre d'Algérie vise à inculquer dans la tête des Français l'idée fausse suivante : pendant la guerre d'Algérie, il y a eu de la violence des deux côtés (français et FLN), mais elle était justifiée du coté FLN par une belle cause, celle de l'indépendance, et condamnable du coté français où elle servait l'affreux colonialisme.

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Que la télévision nationale diffuse une telle propagande antifrançaise est évidemment contraire à sa mission, contraire aussi à l'engagement écrit pris par son président de "veiller à l'expression de toutes les sensibilités sur nos chaînes"  (lettre du 11/1/11, privée, donc confidentielle).
Que puis-je faire actuellement ? Seulement, je crois, être un pion dans une éventuelle action collective (j'avais fait une proposition précise à l'UNC, il y a un an : elle n'a pas été retenue).

Mon Général, je vous remercie pour ce que vous faites, pour votre oeuvre historique mais aussi parce que vous êtes souvent la seule voix de la France et de la vérité, une voix qui fait autorité.

Je vous prie d'accepter, Mon Général, mes sentiments de respectueuse sympathie.
 
Jean-Marie BRETON
Veuillac 19300 Darnets
ancien chef de SAS en Oranie
 

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jeudi 29 mars 2012

nouvelle critique de "La Déchirure"

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"La Déchirure" : ce documentaire n'est pas

un outil de référence

Daniel LEFEUVRE

 

La Déchirure, est-il bien cette « première histoire générale de la guerre d'Algérie, factuelle et impartiale » comme le soutient L’Express ? Un visionnage attentif du documentaire de Gabriel Le Bomin et Benjamin Stora, diffusé le 11 mars par Antenne 2, conduit à une lecture beaucoup plus réservée.

Je ne reviendrai pas sur la séquence qui précède le générique : directement inspirée de La Bataille du Rail (René Clément) ou de Lucie Aubrac (Claude Berri). À l’évidence, il s’agit d’un film de propagande tournée par l’ALN. Les auteurs du documentaire ne pouvaient pas l’ignorer. Pourquoi, dès lors, laisser le téléspectateur croire qu’il s’agit d’un document authentique ? Une explication paraît s’imposer : parce qu’il permet de construire un parallèle entre les attentats perpétrés par le FLN, en novembre 1954, et l’action de la Résistance française contre l’occupation allemande. Ainsi, d’emblée, la France en Algérie est-elle constituée en puissance occupante que le FLN est évidemment fondé à combattre.

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Une deuxième remarque concerne le statut des images projetées : elles ne sont jamais référencées, ni datées, ni localisées, ce qui permet toutes les équivoques : un Algérien est froidement abattu, d’une balle, dans le dos par des soldats français. Mise en scène ou scène authentique ? Qui est la victime ? Pourquoi est-elle exécutée ? Quelles sont les circonstances de cette exécution ?

Épisode de la répression du soulèvement de Sétif en mai 1945 ou de celle de Philippeville, en 1955 ? Aucune précision n’est apportée, rien ne permet de comprendre ce qui apparaît comme un assassinat froidement exécuté, un crime de guerre perpétré par des soldats français.

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Loin de l’impartialité revendiquée, on constate également qu’images et commentaires minimisent la violence du FLN mais amplifient celle de l’armée française. Enfin, toute une série d’erreurs factuelles et d’approximations n’autorisent pas à faire de ce documentaire un outil de référence.

Quelques exemples, présentés ci-dessous, en témoignent.

- Le soulèvement du Constantinois du 8 mai 1945 : conséquence du coup de feu d’un policier qui tue le porteur du drapeau algérien, en tête de la manifestation organisée ce jour-là par le Parti du Peuple Algérien ?

À l’issue d’une longue et scrupuleuse enquête, Roger Vétillard a démontré qu’en réalité, avant ce tragique épisode intervenu un peu après 9 heures du matin, deux Français avaient déjà été assassinés : à 7 heures, Gaston Gourlier, régisseur du marché aux bestiaux et, quelques minutes plus tard, M. Clarisse.

L’émeute, qui fit au total 40 morts parmi la population européenne (28 le jour même, les autres des suites de leurs blessures) s’inscrit dans une stratégie de tension délibérément mise en oeuvre par le PPA qui avait programmé, depuis le mois d’avril, une insurrection et parmi les manifestants du 8 mai nombreux étaient armés.

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- «Les hommes politiques de la IVe République ne voient pas la marche inexorable de la décolonisation».

Cette affirmation n’est pas totalement fondée. Le mouvement de décolonisation a bien été pris en compte, en particulier par Pierre Mendès France (accords de Genève mettant fin à la guerre d’Indochine ; discours de Carthage ouvrant la voie à l’indépendance de la Tunisie, cession à l’Inde, entre 1951 et 1956, des Établissements français). Simplement, pour tous les hommes politiques de la IVe République, l’Algérie n’est pas une colonie, c’est la France.

- À la suite des massacres épouvantables perpétrés par le FLN dans la région de Philippeville en août 1955, 123 tués dont 71 Européens, hommes, femmes et enfants, la répression de l’armée française a fait, selon le FLN, 12 000 morts. Pourquoi le documentaire donne-t-il crédit à ce bilan, exagérément grossit et ne cite-t-il pas le bilan officiel de 1 273 morts ?

- Palestro : l’embuscade du 18 mai 1956, qui se solde par la mort de 17 soldats du contingent, est présentée comme la réponse au vote, par l’Assemblée nationale, de la loi sur les pleins pouvoirs. Comme si le FLN avait attendu la loi pour tendre des embuscades. Rien n’est dit, en revanche, sur les tortures subies par les soldats blessés faits prisonniers, avant leur mise à mort, ni sur les mutilations infligées aux cadavres.

- Torture : à plusieurs reprises, en revanche, le documentaire insiste sur le caractère «généralisé» de la torture pratiquée par l’armée française, alors même que les historiens – notamment Jean-Charles Jauffret et Jacques Frémeaux – ont démontré qu’elle n’avait pas été générale, ni dans le temps de la guerre, ni dans l’espace algérien.

- Mélouza : en mai 1957, le FLN massacre 300 habitants du village de Mélouza, convaincus de sympathie pour l’organisation nationaliste rivale, le MNA de Messali Hadj. Des images de ce carnage sont montrées mais, à entendre le commentaire qui suit, l’important semble ne pas être là, mais dans le fait que, mise à profit par les autorités françaises qui présentent à la presse internationale les cadavres des victimes, «la tragédie devient propagande».

 

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- Pétrole : les hydrocarbures découverts dans le Sahara (le pétrole, en juin 1956, à Hassi-Messaoud et le gaz naturel, en octobre de la même année à Hassi r’Mel) sont présentés, à deux reprises dans le documentaire, puis par Benjamin Stora lors du débat qui a suivi, comme de «précieuses ressources dont économie moderne a besoin. Pas question de s’en séparer». Voilà qui expliquerait l’acharnement des autorités françaises à vouloir garder, coûte que coûte, le Sahara français, jusqu’au revirement de septembre 1961.

- Dans le contexte actuel de cherté du pétrole, cette explication est susceptible de rencontrer un écho important. Mais la conjoncture pétrolière de la fin des années 1950-début des années 1960 n’est pas celle née avec le choc pétrolier de 1973. Lorsque le pétrole d’Hassi-Messaoud est découvert, le marché mondial est saturé par l’offre (du Moyen-Orient, de l’URSS et de la Libye) et le pétrole algérien, particulièrement coûteux, n’offre pas d’avantage immédiat à la France, c’est même, selon l’expression du conseiller du commerce extérieur français à Washington, «un problème» tant son écoulement est difficile à assurer.

À tel point que le co-inventeur d’Hassi-Messaoud, la CFP-A (Total), ne souhaite pas que le gisement soit exploité tant que les cours du brut  ne permettront pas de la rentabiliser. Pour plus de détails, que les lecteurs de cette note me permettent de les renvoyer à l’article re-publié dans le numéro de mars de Guerre&Histoire. (Un détail, révélateur d’une certaine approximation de l’information offerte par le «documentaire» : le pipe-line d’Hassi-Messaoud n’aboutit pas à Arzew – terminal gazier - mais à Bougie).

- À propos des manifestations du 10 décembre 1961 à Alger, le documentaire affirme que des ultras de l’Algérie française, réfugiés sur les toits, tirent sur les Musulmans qui s’aventurent dans leurs quartiers, causant la mort de plus de 200 d’entre eux.
La version de l’historien Gilbert Meynier est très différente : «À l’occasion de la visite de De Gaulle en Algérie prévue pour décembre, les ultras du Front pour l’Algérie Française organisèrent des manifestations contre la politique gaullienne “d’abandon”. Elles tournèrent parfois au combat de rue et furent émaillées de provocations contre les Algériens et de “ratonnades”. À Alger, ce fut au départ en réaction contre les ultras que […] des milliers de jeunes gens descendirent dans la rue, à partir de l’après-midi du 10 décembre […] Les manifestations culminèrent le lendemain 11. Armés de gourdins, de barres de fer, de chaînes de vélos, les manifestants […] s’en prirent aux Européens rencontrés et ils saccagèrent la grande synagogue de la Casbah […] Dans l’après-midi […] des troupes françaises […] ouvrirent le feu à l’arme automatique sur les foules de manifestants» (G. Meynier, Histoire intérieure du FLN, Fayard, 2002, p. 465).

Le bilan officiel (cité par G. Meynier, p. 466), est de 120 morts, dont 90 à Alger, parmi lesquels 112 Algériens (dont 84 à Alger). Si, de source algérienne, le bilan serait plus lourd, la question se pose une nouvelle fois : sur quoi les auteurs du documentaire se fondent-ils pour avancer le chiffre de 200 morts algériens pour la seule ville d’Alger ? Pourquoi font-ils peser sur les “ultras” l’initiative des coups de feu ? Pourquoi n’évoquent-ils pas le caractère xénophobe des manifestations algériennes, relevé par de nombreux témoins ? Pourquoi taisent-ils l’incendie de la grande synagogue de la Casbah ?

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- Manifestation du 17 octobre 1961 à Paris.

1°. Dans leur présentation du contexte expliquant cette manifestation, les auteurs du documentaire évoquent «les agressions» dont ont été victimes de nombreux policiers de la part du FLN. Quel bel euphémisme ! Voici ramenés à de simples «agressions» l’assassinat de 22 policiers entre janvier et le 16 octobre 1961 (et plus 74 blessés).

2°. «Trente mille Algériens se réunissent pour protester contre le couvre-feu» qui leur est imposé par la Préfecture de Police. Spontanément ? On pourrait le supposer puisque le documentaire oublie d’avertir que cette manifestation est organisée par le FLN et que tous les Algériens de la région parisienne devaient y participer sous peine de sanction.

3°. Quant au bilan de la répression policière, pourquoi le documentaire accrédite-t-il le chiffre faux d’une centaine de victimes, alors que ses auteurs n’ignorent évidemment pas le livre de Jean-Paul Brunet, Police contre FLN, Le drame d’octobre 1961 (Flammarion, 1999) qui, après une étude scrupuleuse des sources, avance le bilan, jamais sérieusement contestée, de 30 à 40 morts ?

- Enlèvements de civils Européens par le FLN après le 19 mars 1962 : le documentaire les justifie par la politique de terre brûlée de l’OAS. C’est oublier que ces enlèvements, pratiqués dès 1955, sont bien antérieurs à la création de l’OAS (Jean-Jacques Jordi, Un Silence d’État, SOTECA, 2011) et qu’ils relèvent d’une politique délibérée d’épuration ethnique mise en œuvre par le FLN, même si tout ses militants et dirigeants ne partageaient pas cette option.

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- Enfin, pour en terminer avec cette énumération, il n’est pas acceptable non plus d’affirmer que la guerre d’Algérie a fait quatre cents mille victimes au sein de la population algérienne, évaluation qui est loin d’être partagée par les historiens : Xavier Yacono  les estime à moins de 300 000, Charles-Robert Ageron à 250 000, dont au moins 30 000 victimes du FLN – non compris les harkis massacrés après l’indépendance.  250 000 à 300 000, voilà l’estimation qui fait consensus (se reporter à Jacques Frémeaux La France et l’Algérie en guerre, 1830-1870, 1954-1962, Economica, 2002 et à Guy Pervillé, Pour une histoire de la Guerre d’Algérie, Picard, 2002).

Lors du débat Benjamin Stora a évoqué les «centaines de milliers» de victimes, formule suffisamment floue pour accréditer le million, voire le million et demi de «martyrs» revendiqués par la propagande algérienne. Comment expliquer qu’un historien aussi bien informé s’abandonne à une telle imprécision ?

Daniel Lefeuvre

 - voir la mise au point du général Maurice Faivre et les remarques de Michel Renard

 - voir "La Déchirure" : ce documentaire n'est pas un outil de référence, Daniel Lefeuvre

 

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