vendredi 11 mai 2012

La France en Algérie, 1830-1954, par Guy Pervillé

9782363580276

 

la France avait-elle une politique algérienne ?

le nouveau livre de Guy Pervillé

 

En attendant une lecture attentive du dernier ouvrage de Guy Pervillé, La France en Algérie, 1830-1954 (Vendémiaire, mars 2012), nous voulons l'annoncer et attirer l'attention sur ce travail.

La France avait-elle une politique algérienne ? L'auteur écrit en introduction : "La réponse de l'histoire à cette première question ne saurait être unique : elle doit être fonction des moments et des situations. Il est clair qu'en lançant l'expédition d'Alger en 1830 la France n'avait aucune politique algérienne définie. Ses gouvernements successifs se laissèrent entraîner dans un engrenage de décisions partielles, dont l'enchaînement créa une somme des faits accomplis difficillement réversibles.
Cependant, la présence française n'aurait pu se maintenir si longtemps en Algérie sans donner un minimum de cohérence à son action. On peut donc juger vraisemblable l'élaboration d'une quasi-politique algérienne de la France. Il convient d'en montrer la logique, en analysant les décisions fondamentales qui l'ont constituée : celle de conquérir militairement toute l'Algérie, de l'annexer politiquement et juridiquement au territoire français, et d'en faire effectivement un prolongement de la métropole par une colonisation de peuplement européen, et par une «politique indigène» tendant vers l'assimilation progressive des vaincus.
Mais il convient aussi d'en montrer l'inadaptation croissante à l'évolution imprévue des réalités algériennes, qui devint flagrante à la fin de la IIIe République. Et plus encore pendant la Seconde Guerre mondiale, au cours de laquelle, en février 1943, le Manifeste du Peuple algérien présenté par Ferhat Abbas et la plupart des élus indigènes condamna la politique française de colonisation et de pseudo-assimilation.

ferhat_abbas

C'est alors que pour la première fois un gouvernement français, le CFLN, siégeant à Alger de 1943 à 1944, décida de réviser la politique algérienne de la France pour prendre de vitesse le nationalisme algérien en plein essor. En décembre 1943, il chargea une commission d'élaborer un ensemble cohérent de mesures politiques, économiques et sociales, tendant à réaliser en vingt ans l'assimilation totale de l'Algérie à la France. Les propositions de cette commission devaient être soumises pour décision au CFLN et à son successeur le GPRF, puis ratifiées par la future Assemblée nationale constituante de la France libérée.

Cette politique de réformes, lorsqu'elle n'est pas totalement oubliée, est le plus souvent identifiée à l'ordonnance du 7 mars 1944, qui avait tenté de satisfaire toutes les revendications de droits politiques soutenues par les musulmans algériens dans les dernières années de la IIIe République, afin de détourner les élites et les masses du Manifeste. Mais l'on a oublié que cette politique se voulait beaucoup plus large." (p.12-13)

Guy Pervillé

 

GH_Catroux_Georges
le général Catroux, commissaire d'État
chargé des affaires musulmanes

 

- retour à l'accueil

Posté par michelrenard à 18:46 - - Commentaires [31] - Permalien [#]


mercredi 9 mai 2012

La Tunisie moderne et contemporaine au miroir de l'université française

Jdey couv

 

 

répertoire scientifique sur l'histoire de la Tunisie

un travail d'Ahmed JDEY

 

Un répertoire des mémoires et des thèses universitaires sur l'histoire de la Tunisie de 1893 à 2010 soutenus devant les universités françaises. Un travail présentant 1387 titres et 9 index.

Le chercheur Ahmed Jdey écrit : "Aujourd'hui, en Tunisie, le paysage universitaire se caractérise par une absence manifeste d'instruments de recherce et de travail d'ordre pédagogique et scientifique comme : les atlas, les dictionaires bio-bibliographiques, les bibliographies, les guides et répertoires de thèses et mémoires, les cartes géographiquesn et ce, dans l'ensemble des disciplines et des champs académiques ; or, ces outils sont indispensables pour l'avancement et l'évolution notoire de la recherche. Nous manquons terriblement de bibliographie générales et spécialisées sur la Tunisie ; ce manque flagrant doit être rattrapé dans et par de bonnes structures universitaires de qualité".

398px-Ahmed_JdeyAhmed Djey

Ahmed Jdey vient de fournir une contribution majeure "à l'état de la question en ce qui concerne la recherche universitaire française portant sur la Tunisie".  Son ouvrage doit figurer dans les bibliothèques universitaires et spécialisées en France.

Salambo bibliothèque
ancienne bibliothèque à Salambo (Tunisie)

 

- retour à l'accueil

Posté par michelrenard à 19:23 - - Commentaires [6] - Permalien [#]

lundi 7 mai 2012

une illustration de la conquête de l'Algérie

Conquête+de+l'Algérie

 

 

la conquête de l'Algérie : tentative d'illustration

 

Nous publions un lien vers le travail d'artiste de Johannes Sivertsen "visant à proposer une "illustration alternative" de l'Histoire sur internet, en créant des images destinées à google image. Il s'agit en quelque sorte de d'essayer de peindre l'Histoire d'une manière plus juste ou plus sincère, en admettant que cela soit possible. Le but est de faire apparaître ces images dans google image, à coté des reproductions de peintures d'Horace Vernet et des images d'Épinal sur lesquelles l'on tombe en tapant par exemple "conquête de l'Algérie"."

Nous ne partageons pas sa vision de l'histoire coloniale en Algérie. La conquête et la colonisation ne peuvent se recouvrir en totalité. La conquête a, certes, été violente - toute conquête est violente -, mais des deux côtés. Et la colonisation a consisté en autre chose que la conquête.

Cependant ce qui permet de faire réfléchir à l'histoire de la présence française en Algérie mérite d'être mis en valeur et critiqué sereinement :

http://conquete-algerie.blogspot.fr/

Michel Renard

cartealgerie
http://djazair-france.blogspot.fr/2007/12/la-conqute-de-
lalgrie-de-1830-1901.html

 

 

- retour à l'accueil

Posté par michelrenard à 11:13 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

samedi 5 mai 2012

accords d’Évian : crime d’État et/ou crime contre l’humanité ?

e60330c4ad71b84ce272cc069dac3e02-53b9d


réponse à Bernard Coll

Guy PERVILLÉ

 

Bernard Coll, président de l’association "Jeune pied-noir", m’avait invité à participer au colloque qu’il organisait le samedi 17 mars à Paris sur le thème suivant : "Les accords d’Évian du 19 mars 1962 : crime d’État et/ou crime contre l’humanité".
Ce colloque commençait par un hommage rendu au grand économiste (prix Nobel d’économie en 1988) et grand citoyen Maurice Allais (1911-2010), auteur du livre L’Algérie d’Evian, publié en 1962 et réédité par Jeune Pied-noir en mars 1999 (Maurice Allais, L’Algérie d’Évian, deuxième édition, Jeune Pied-Noir, 1999, 379 p.). N’ayant pas pu y assister, j’avais envoyé par mail mes réponses aux questions posées par Bernard Coll. Je crois devoir publier mes réponses pour les comparer aux conclusions de ce colloque et aux positions prises par Maurice Allais sur le même sujet.

a356-3-101011_490-500-allaisMaurice Allais


- Questionnaire adressé à Guy Pervillé :

1) Quelle est votre définition du «crime d’État» ?

"Il s’agit d’un crime commis par un État (ou par son gouvernement). Cette notion s’est imposée depuis que des tribunaux internationaux ont été créés à partir de la fin de la Deuxième guerre mondiale.

2) Quelle est votre définition du «crime contre l’Humanité» ?

La notion de "crime contre l’humanité" a pour origine, si je me souviens bien, la condamnation par les puissances de l’Entente (France, Grande Bretagne et Russie) de l’extermination des Arméniens par les Turcs, condamnation qui a motivé la mise en jugement des responsables de ce crime par la justice ottomane après la guerre, mais la victoire de Mustapha Kemal en 1923 a mis fin à la reconnaissance de ce crime.
Puis la notion de crime contre l’humanité à été une nouvelle fois officialisée en 1945 par les puissances victorieuses de l’Allemagne nazie, qui ont créé le tribunal interallié de Nuremberg en 1946 pour juger les responsables nazis pour trois types de crimes : les crimes contre la paix (déclenchement d’une guerre d’agression), les crimes de guerre (violation des lois de la guerre qui protégeaient les non-combattants et les combattants hors de combat par ces conventions internationales imposant des limites à la violence autorisée en temps de guerre), et enfin les "crimes contre l’humanité", dont le plus grave était celui de "génocide".
À partir de là, on a discuté pour savoir si le seul génocide avait été la tentative d’extermination des juifs par les nazis, ou si le massacre des Arméniens organisé par les Turcs méritait on non de le rejoindre dans la même catégorie (rappeler le procès intenté par les associations arméniennes contre l’historien américain Bernard Lewis pour avoir contesté le bien fondé de l’application de ce concept au massacre des Arméniens).
Mais un problème tout aussi grave est posé par la tendance à la dévaluation du concept de crime contre l’humanité. En effet, étant donné que le crime contre l’humanité est la seule catégorie de crimes qui soit imprescriptible dans notre pays, tout ceux qui veulent faire juger un crime ont intérêt à le définir comme étant un "crime contre l’humanité".

Mont2
Klaus Barbie

C’est particulièrement évident en France, où le procès de Klaus Barbie en 1985 à conduit la Cour de cassation à proposer une nouvelle définition de ce crime, qui en fait supprime la distinction claire et nette qui existait jusque là entre le crime de guerre et le crime contre l’humanité (voir mon livre Pour une histoire de la guerre d’Algérie, Picard, 2002, pp. 302-303). Cette nouvelle définition a été confirmée par le nouveau code pénal français de 1994. Mais l’avocat franco-algérien de Klaus Barbie, Maître Jacques Vergès, n’avait pas attendu cette date pour dire que désormais, on pourrait dire que le général Massu avait commis des "crimes contre l’humanité" envers le peuple algérien durant la bataille d’Alger.
Personnellement, je pense que les historiens ne doivent pas accepter cette dévaluation des mots : il faut maintenir une différence de gravité entre les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité. Ces derniers doivent, me semble-t-il, être limités à ceux qui impliquent une négation de l’humanité des victimes par les bourreaux.

3) Qui a conçu, préparé, choisi les interlocuteurs et mené à terme les Accords d’Évian ?

Du côté français, les négociateurs ont été choisis par le général de Gaulle, par le Premier ministre Michel Debré, et par le ministre des affaires algériennes Louis Joxe, ancien secrétaire général de Quai d’Orsay. Ils étaient principalement des diplomates de carrière. Du côté algérien (FLN), ils ont été choisis par les principaux membres du GPRA. Mais le GPRA en fonction au début de la négociation, présidé par Ferhat Abbas, réputé pour sa modération, fut remplacé par un nouveau GPRA de tendance plus radicale, présidé par Ben Youcef Ben Khedda à partir de la fin août 1961.

1636007_11725796-fdjalgidir-20120317-t103a

4) Par qui ont-ils été signés ? Qui engageaient-ils ?

Les accords d’Evian ont été signés du côté français par les trois ministres membres de la délégation française à Évian II (Louis Joxe, Robert Buron et Jean de Broglie), et du côté FLN par le vice-président du GPRA Belkacem Krim et lui seul (son collègue Lakhdar Ben Tobbal s’étant défilé).
Mais il avait été habilité à le faire par le vote du CNRA qui avait ratifié le pré-accord des Rousses (signé le 18 février) à l’unanimité moins quatre voix (celles des trois représentants de l’état-major général de l’ALN, dont le colonel Boumedienne, et celle du colonel de la wilaya V, Si Othmane). Il est à noter que Krim avait tenu non seulement à signer à la fin du document, mais aussi à en parapher toutes les pages, ce qui avait obligé Louis Joxe à en faire autant.

5) Qui était responsable de leur application après le 19 mars 1962 ?

C’était le général de Gaulle et son gouvernement du côté français, et le GPRA du côté du FLN. Mais on s’est rapidement aperçu que celui-ci n’avait pas de véritable autorité ni sur les leaders du FLN, ni sur les chefs de l’ALN.

6) Les signataires ont-ils respecté les clauses des Accords d’Évian ?

Non. Le FLN a rapidement violé les clauses de cessez-le-feu, mais aussi les garanties générales données aux Français d’Algérie (voir le livre de Jean-Jacques Jordi, Un silence d’Etat, les disparus civils européens de la guerre d’Algérie, Paris, SQOTECA, 2011) et aussi aux "harkis".

9782916385563FS

7) Jusqu’à quelle date la France a-t-elle été souveraine en Algérie ?

Jusqu’à la proclamation des résultats du référendum du 1er juillet 1962, qui eut lieu le 3 juillet.

8) Après cette date, par quels accords la France et l’Algérie étaient-elle engagées ?

Théoriquement, par les accords d’Évian, qui selon la théorie juridique française avaient été ratifiés par le référendum du 1er juillet 1962, et devaient donc s’imposer aux futurs dirigeants algériens

9) Quelles ont été les conséquences humaines et matérielles des Accords d’Évian ?

Des conséquences très dures pour toutes les populations concernées. Mais elles auraient pu être encore bien pires si la France avait abandonné l’Algérie à son sort et n’avait pas continué à payer les dépenses du nouvel État algérien jusqu’à la fin du mois de décembre 1962.

10) Pour vous les Accords d’Evian sont-ils un crime d’État comme l’a affirmé Michel TUBIANA, alors président de la LDH, dans Libération du 10 septembre 2001 ?

NON. C’est la violation des accords d’Evian par des Algériens qui pourrait être ainsi qualifiée, mais le texte des accords d’Evian ne peut être ainsi qualifié. Comme l’a écrit Maurice Allais, ces accords était moins critiquables par leur contenu que par l’absence de garanties contre leur violation.

75279183

11) Pour vous les Accords d’Évian sont-ils un crime contre l’Humanité comme vient de la confirmer le Colloque international organisé le 4 février 2012 à Paris par le LICRA et la LDH ?

Je ne crois pas, pour les raisons que j’ai indiquées plus haut, au point n° 2.

12) Qui porte la responsabilité de ces crimes ? L’État français en la personne de son Président de la République, le général De Gaulle, et son gouvernement ? Le FLN en la personne de ses dirigeants ?

D’abord tous ceux qui ont commis ces crimes. Ensuite les dirigeants algériens qui n’ont pas assumé leurs engagements. En dernier lieu le gouvernement français, dans la mesure où il s’est contenté de recueillir et d’évacuer les réfugiés et les fuyards, sans chercher à intervenir activement à leur secours. Mais il ne pouvait pas faire autrement sans risquer de recommencer la guerre à laquelle il avait voulu mettre fin.

13) 50 ans après, quels actes officiels permettraient la reconnaissance par la Nation de la vérité historique ?

Une reconnaissance des faits par le gouvernement, mais aussi par l’unanimité du Parlement, et surtout une entente directe entre les gouvernements français et algérien pour reconnaître enfin, des deux côtés à la fois, l’esprit des engagements d’amnistie réciproque contenus dans les accords d’Évian. Mais pour le moment, je ne vois encore aucun signe permettant de croire à une telle solution."

perville

-  J’ai ensuite été informé des conclusions du colloque, fondées sur les analyses de Pierre Descaves et de Gérard Lehmann (voir dans JPN information, n° 273-220312) lesquelles ne correspondaient pas à mes arguments ni à mes conclusions :

- DEFINITIONS ADOPTEES des notions de "crime d’État" et de "crime contre l’humanité" après vote des participants :

-  Crime d’État : crime prémédité commis par un État dont les conséquences sont prévisibles.
-  Crime contre l’Humanité : crime impliquant la négation de l’humanité des victimes par les bourreaux (définition internationale actuelle).

-  CONCLUSION : Les accords d’Évian sont bien un crime d’État et un crime contre l’Humanité. Depuis 1990, il est possible d’affirmer que le général De Gaulle est responsable d’un crime d’État dont les conséquences furent un "crime contre l’Humanité".

J’ignore comment cette conclusion fut obtenue, mais je constate qu’elle n’a tenu aucun compte de mes arguments.

 

les critiques de Maurice Allais

Je dois cependant signaler à Bernard Coll que cette conclusion me paraît également contraire à ce que Maurice Allais a plus d’une fois dit et écrit sur ce sujet. Qu’on en juge d’après ce passage très clair de l’avant-propos de son livre, publié au printemps de 1962 et reproduit dans la nouvelle édition (pp. 15-17) :

"C’est la conviction que les conséquences, non pas tant des accords d’Évian que de leur violation possible contre laquelle rien ne nous prémunit, peuvent constituer pour les Français d’Algérie et pour les Musulmans pro-français une immense injustice qui a décidé l’auteur de cet ouvrage à l’écrire. (...) Je suis convaincu que l’opinion publique française a été égarée et abusée, qu’elle n’a pas réalisé pleinement les implications possibles des accords qu’on lui a fait approuver. Je suis également convaincu que ces accords peuvent être facilement amendés en en précisant simplement les conditions d’application et en les assortissant de sanctions efficaces en cas de violation du statut de la minorité par la majorité, et qu’au surplus faute d’apporter les amendements nécessaires nous risquons d’être entraînés vers des situations qu’il sera de plus en plus difficile de contrôler.

Quelles que soient les critiques que je présente dans les deux premières parties de cet ouvrage, je ne pense d’ailleurs pas que qu’aucune des modalités d’application des accords d’Évian que je préconise dans la troisième partie puisse être valablement refusée, soit par le Gouvernement Français, soit par le GPRA, dans la mesure où leur objectif réel est de réaliser un État algérien respectant pleinement les accords d’Évian.

Sur le plan constructif, ce que je propose en effet, ce n’est pas de revenir sur ces accords, c’est de les assortir d’un contexte juridique et politique tel que la majorité nationaliste soit réellement contrainte à les respecter.

Il n’est pas nécessaire de modifier les accords d’Évian en quoi que ce soit. Il suffit de les compléter par deux sanctions efficaces réellement contraignantes, la première juridique, la seconde politique : celle du droit pour la minorité à la sécession s’il est passé outre à ce droit de véto, ces deux sanctions faisant également l’objet de garanties internationales.

La question essentielle que posent les accords d’Évian c’est : quelle garantie est donnée qu’ils soient réellement appliqués ? Quelle disposition peut effectivement contraindre la majorité à respecter les garanties accordées à la minorité ?

Les accords d’Évian n’apportent aucune réponse valable à ces questions et dès lors ils sont inacceptables. Mais si, tels qu’ils sont, ils venaient à être complétés par des sanctions réellement contraignantes, alors je pense que malgré certains défauts trop visibles, ils pourraient sans doute être acceptés et constituer la base du futur État algérien".

De même, il avait retracé ses prises de position sur les accords d’Évian dans son introduction à la deuxième édition de son livre en janvier 1999 :
"À la suite de mes premiers articles des amis m’ont mis en contact avec quelques députés d’Algérie française et des pieds-noirs. J’ai vivement plaidé auprès d’eux que la thèse de l’Algérie française n’était pas la bonne solution, qu’il ne pouvait être question d’imposer à une France qui, à tort ou à raison, n’en voulait pas, le maintien de sa domination politique en Algérie, qu’il fallait absolument renoncer à toute tentative de coup de force en métropole, que la seule cause susceptible d’être efficacement défendue était celle des minorités, et que la seule question essentielle était celle des garanties des accords d’Évian" (p. 19).

Cette analyse est-elle vraiment conforme aux conclusions du colloque en question ?

Guy Pervillé

 - cf. l'article de Bernard Coll

le-7-avril-1962-le-president-algerien-provisoire-abderrahmane-fares-donne-un-discours-apres-la-sign-1
7 avril 1962, allocution d'Abderrahmane Farès en présence
des délégués français et algériens

 

- retour à l'accueil

Posté par michelrenard à 09:51 - - Commentaires [3] - Permalien [#]

lundi 30 avril 2012

rapatriés et harkis : lettre ouverte à Nicolas Sarkozy

 

Diapositive1

 

lettre ouverte au Président de la République

Bernard COLL

 

Monsieur Nicolas SARKOZY

Le 30 avril 2012

Monsieur le Président de la République,

 

Le 14 avril 2012, suite à votre visite au camp de Harkis de Rivesaltes, dans votre allocution à Perpignan pour la remise de la Grand-Croix de la Légion d’Honneur à notre ami le général François MEYER, un juste qui a sauvé ses Harkis en n’acceptant pas d’appliquer les ordres criminels alors imposés par le gouvernement du général De Gaulle à l’armée française, vous avez reconnu la responsabilité de la France dans l’abandon des Harkis après le 19 mars 1962. Cinq ans après à votre engagement solennel du 31 mars 2007 devant plus de 200 représentants de la communauté harkie.

Un abandon qui ne pouvait conduire, comme l’avait démontré le professeur Maurice Allais dans son ouvrage L’Algérie d’Evian (L’Esprit Nouveau, juillet 1962), qu’au génocide de la population pro-française d’Algérie. Un abandon dont la conséquence dramatique avait été annoncée par le général De Gaulle  lui-même dans sa conférence de presse du 23 octobre 1958 : «Quelle hécatombe connaîtrait l’Algérie si  nous étions assez stupides et assez lâches pour l’abandonner».

maurice-allais--l-algerie-d-evian-le-referendum-et-la-resistance-algerienne

Depuis le 25 septembre 2008, onze annonces dans Le Monde et Le Figaro, financées par 42 associations et 1600 donateurs pour un budget de 100.000 euros, vous ont invité régulièrement à tenir votre engagement du 31 mars 2007. Comme nous l’avons aussi été fait lors de toutes les réunions Etat-Rapatriés jusqu’au départ précipité de M. Hubert Falco fin 2010.

S’il vous a fallu cinq années pour honorer votre engagement du 31 mars 2007, c’est parce que cette reconnaissance marque une rupture difficile dans 50 ans d’un «mensonge français» comme l’avait déjà souligné dans son ouvrage en 2003 votre conseiller Georges-Marc Benamou. Vous avez affirmé récemment dans le Figaro du 22 avril : «Tout doit être débattu, sans hypocrisie, sans esquive sans faux-fuyant. Les Français ont le droit à la vérité». Beaucoup de nos compatriotes Harkis et Pieds-noirs doutent encore de votre volonté officielle de « vérité ». Car en 1962 la «France» c’était le général De Gaulle. Pour que votre reconnaissance du 14 avril 2012 soit effective, il faudrait que  «sans hypocrisie, sans esquive et faux-fuyant» vous reconnaissiez le véritable responsable de l’abandon et du massacre des Harkis et de milliers des disparus pieds-noirs et soldats français et que la Nation l’entérine par une loi.

Par sa politique algérienne du 19 mars 1962, le général De Gaulle est responsable d’un crime d’État qui a conduit à un crime contre l’Humanité. C’est ce que nous affirmons, à la suite du professeur Maurice Allais, depuis 1990 dans les médias et récemment encore dans Le Huffington Post. Sans jamais avoir été contredit.

Quatre millions de Français rapatriés et descendants qui vont avoir à s’exprimer dans une semaine vous demandent d’affirmer cette vérité sur la responsabilité du général De Gaulle dans leur abandon le 19 mars 1962. Pour beaucoup de Français d’Algérie et leurs nombreux amis, seule la reconnaissance de cette réalité historique est susceptible de les convaincre de la sincérité de votre déclaration du 14 avril 2012. En cinq jours il vous est encore possible de rattraper cinq années perdues.

Nous vous prions d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de notre très haute considération.

 

Bernard COLL - Secrétaire général de JPN
BP 4 – 91570 Bièvres

Pour l’ensemble des soutiens de la campagne «2008-2012 : Vérité et Justice pour les Français rapatriés ».

 

fr-doc-201
"le général De Gaulle est responsable d'un crime d'État"

 

- retour à l'accueil

Posté par michelrenard à 10:13 - - Commentaires [2] - Permalien [#]


lundi 23 avril 2012

Ben Bella démystifié, par Lounis Aggoun

76

 

Ben Bella, l’agneau qui se voyait

plus méchant que les loups

Lounis AGGOUN

 

Si l’Histoire de l’Algérie est fâchée avec la vérité, il est un cas sur lequel tous (historiens, témoins, acteurs directs, journalistes, politiques) sont résolus à mentir. C’est l’épisode de la passation de pouvoir entre la France et l’Algérie, en 1962. Le tabou des tabous. Il est donc normal que le principal personnage de cette transition frelatée, Ben Bella, soit sous l’emprise de l’imposture permanente et du mensonge soigneusement entretenu.

On aura beau savoir que Ben Bella est le fossoyeur de tous les rêves des Algériens, le mythe persiste, colporté de plume en plume, d’ouvrage en ouvrage, un demi-siècle durant. Qui est donc Ahmed, Ben Bella ? Comment s’y est-il pris pour supplanter des révolutionnaires aguerris, Abbane, Krim, Abbas, Khider, etc. ? Ben Bella est-il un patriote ou un être méprisable ?

Vu du côté français, il a fait la campagne d’Italie et s’est distingué par sa bravoure. Il a été décoré de la main du général de Gaulle. Missionné pour garantir l’«étroite  coopération avec la France» de l’Algérien indépendante, il a fait de son mieux, n’hésitant pas à livrer les populations touarègues aux radiations nucléaires pour permettre à son mentor de se forger l’arme de la dissuasion. Mais, somme toute, le compte n’y fut pas et l’Algérie se mua vite en intarissable source de turpitudes pour la France. Vu du côté algérien, c’est la dictature, la police parallèle, les exécutions sommaires, les privations, les injures, le vol, le viol, et le renvoi aux calendes grecques de tous les rêves de liberté. Au final, Ben Bella aura trahi tout le monde…

71211849

 

Adjudant de l’armée française, arriviste accompli

Le premier épisode de son militantisme a lieu à la fin des années 1940. Et le seul acte «révolutionnaire» à mettre à son actif est le rapt de la Poste d’Oran. Un travail d’amateur délinquant. C’est Mohamed Belouizdad, créateur de l’organisation secrète, l’OS, branche militaire du PPA-MTLD, qui y initie Ben Bella. Belouizdad succombe à la tuberculose. Hocine Aït Ahmed le remplace. Puis, «crise berbériste» aidant, celui-ci est destitué par Messali, au profit de Ben Bella, sous la direction duquel l’OS est démantelée en un temps éclair.

benbella1951

Tous les hommes de valeur de cette révolution se sont vite méfiés de lui. En 1956, dit Ferhat Abbas, «le Dr Lamine Debaghine […] me mit en garde contre Ben Bella.» Quant à Abbane Ramdane, il ne mâche pas ses mots : «C’est Ben Bella qui dénonça en 1950 notre organisation spéciale, l’OS ; du moment qu’il était arrêté, rien ne devait subsister après lui. C’est un ambitieux sans courage. Pour parvenir à ses fins, il passera sur le corps de ses amis. Il est sans scrupule.» Il fit mieux, il passa sur le corps de son peuple, avec des chars.

Alors que tous les appels des maquis en mal d’armement restent lettre morte – pour rappel, cette logistique est la principale mission de Ben Bella au Caire –, «Ouamrane et Abbane échangèrent […] avec Ben Bella une correspondance tumultueuse, raconte Yves Courrière : "Envoie-nous des armes ou des fonds pour les acheter, écrivaient les Algérois. Il faut au moins 100 millions." "Impossible, répondit Ben Bella, nous n’avons pas un sou !" La réponse arriva sous forme d’ultimatum : "Si vous ne pouvez rien faire pour nous à l’extérieur, revenez crever avec nous. Venez vous battre. Autrement, considérez-vous comme des traîtres !"»

larbi-ben-mhidi3
Larbi Ben M'Hidi

Lors d’une réunion des chefs de la révolution au Caire, en 1956, «Ben M’Hidi, l’un des plus courageux Fils de la Toussaint, n’avait jusque-là fait qu’observer les hommes et écouter attentivement les propos. Depuis le début de la conférence, il semblait écœuré par l’attitude dominatrice de Ben Bella. "Dis-donc, Grunther, tu te prends vraiment pour le leader ! C’est toi qui commandes tout !" L’allusion de Ben M’Hidi cingla Ben Bella. Perdant son sang-froid, il bondit sur son compagnon pour le frapper ! Aït-Ahmed et Mahsas l’en empêchèrent.

Ben Bella dut sans répliquer entendre Ben M’Hidi, méprisant, dénoncer ses méthodes personnelles et surtout son manque d’empressement à trouver des armes. "Tu as raison Ben Bella. Il est temps que chacun regagne son poste. Le mien est à l’intérieur. Je vais rejoindre Krim et Abbane. Au moins, là-bas, nous lutterons.» Et ils moururent, laissant le champ libre à Ben Bella, l’incurable comploteur.

On chercherait en vain, hors de ses marionnettistes (Hervé Bourges, Abdelaziz Bouteflika, Fathi al-Dib, etc.) quelqu’un qui dirait du bien de Ben Bella. Le parti pris ici est de faire confiance au portrait qu’en donnent ses camarades de lutte… Un homme rongé par une ambition à laquelle ses potentialités intrinsèques ne le destinent pas (il avait le niveau de 4e), égocentrique, «sans scrupules» et prêt à passer «sur le corps de ses amis» pour parvenir à ses fins.

2858026408r

Deux épisodes principaux de l’épopée d’Ahmed Ben Bella méritent l’attention : sa rencontre avec Fathi al-Dib, pour le compte de Nasser au Caire, et avec Hervé Bourges, pour le compte du général de Gaulle. Chaque fois, il dut trahir la cause algérienne pour préserver l’éclat de son étoile. Manœuvrant dans un univers hostile, démasqué par tous les vrais combattants, il n’en finit pas moins premier Président d’une Algérie dite indépendante.

Lors de son arrestation en 1950, nul ne porte atteinte à son intégrité physique (c’est lui qui en témoigne). Pourtant, la police parvient en un temps record à démanteler tout l’appareil aux destinées duquel il présidait. Plus de 500 personnes arrêtées, dans une organisation secrète soumise à un cloisonnement sévère. En comparaison, «le Constantinois fut relativement peu touché par la répression. L’appareil, dirigé par Boudiaf, resta pratiquement intact, à la différence de l’Oranie où il fut décapité», note Gilbert Meynier.

Emprisonné à la prison de Blida, il s’en évade dans des conditions rocambolesques. Les témoignages postérieurs font peser de lourds soupçons sur Ben Bella. La suite de l’histoire démontre qu’il est, sans l’ombre d’un doute, déjà un agent de la DST. Il se retrouve alors au Caire. Partant de là, pour faire sens, son action doit être considérée sous deux points de vues antagonistes. Pour les Algériens, il doit seconder Mohamed Khider et Aït Ahmed pour ravitailler les maquis en armes. Pour la DST, il s’agit d’avoir un œil sur Gamal Abdel Nasser dont les visées nationalistes inquiètent déjà et, bien sûr, contrarier autant que faire se peut l’efficacité des réseaux du FLN de l’extérieur.

 

La Caire

«Officiellement, c’est Mohamed Khider que le MTLD a envoyé au Caire, Ben Bella et Aït Ahmed ne l’ont rejoint que plus tard. Mais Ben Bella a pris le pas sur ses deux compagnons grâce aux bonnes relations qu’il a su lier avec […] Gamal Abdel Nasser.»

ph a10

Est-ce quelque charisme irrésistible qui lui a permis de trouver ces bonnes grâces ? En fait, note Yves Courrière, dès son arrivée, «Ben Bella avait été humilié de ne pouvoir s’exprimer qu’en français […]. L’exposé de Ben Bella "en français" avait fait scandale devant la Ligue arabe où il avait expliqué la situation algérienne.» Venu pour organiser la logistique de la guerre, il n’obtint rien des Égyptiens. «Les services spéciaux de Fathi al-Dib […] auraient volontiers fourni armes et subsides si Ben Bella s’était engagé à participer en tant que section algérienne au grand projet nassérien de Révolution Nord-Africaine, groupant la Tunisie, l’Algérie et le Maroc. […] Pour l’heure, Ben Bella ne pouvait jouer d’autre rôle que celui de "public relations" de la révolution en marche. L’action ne pouvait venir que d’Algérie, que de l’Intérieur.» Mais ce n’est que partie remise.

C’est Fathi al-Dib qui est l’homme de Nasser pour la révolution algérienne, et qui fait sienne la cause de Ben Bella. Or, pour ce dernier, fournir des armes au maquis, c’est aider l’ennemi, les «Kabyles». Comment montrer qu’il est le chef de la Révolution algérienne, sans ravitailler les maquis ? Cet exploit improbable, Ben Bella le réussit néanmoins. Quelle promesse fit-il pour convaincre Nasser de l’aider dans sa quête ? On peut supposer que le Président égyptien n’est pas homme à se contenter d’effusions amicales.

Dès lors, «Ben Bella fait bande à part, avaient confié les deux beaux-frères [Mohamed Khider et Aït Ahmed], il joue un jeu bizarre avec Nasser. Il est le seul à le voir. Ils semblent assez liés.» Voyant que Fathi al-Dib n’a que le nom de Ben Bella à la bouche, Aït Ahmed explose : «Apprenez, Major, qu’il n’y a dans notre mouvement aucune place prépondérante. Je suis l’égal de Ben Bella, tout comme l’est Khider et les chefs de l’intérieur.»

Mohamed Khider
Mohamed Khider

Mouvement d’humeur qui n’est pas du meilleur effet. Et pour enfoncer le clou, Ben Bella dépeint ses camarades comme de dangereux activistes, «accusant Khider, le fidèle à la religion, d’être un frère musulman, secte dont Nasser se méfiait comme de la peste, et Aït d’être communiste. Seul Ben Bella jouait le rôle de "pur révolutionnaire ne pensant qu’à son pays. La manœuvre préparée par l’ancien adjudant auprès de ses amis égyptiens allait coûter très cher au FLN. […] Mais dès que la grossière tactique serait connue à Alger, elle allait provoquer une crise entre l’intérieur et l’extérieur qui allait influer sur toute la conduite des opérations en Algérie. Elle marquait en outre le début d’une rivalité sans exemple entre Ben Bella et Abbane Ramdane.»

 

si Ben Bella est un agent des services français...

Une crise profonde, en 1956 déjà ? Si Ben Bella est un agent des services français, il aspirerait illico à une médaille militaire et sa promotion serait assurée. Si Khider est un «frère musulman», Aït un «fanatique Kabyle», Abbane apparaîtra bientôt aux yeux de Fathi al-Dib comme un poison au sein de la révolution algérienne et Ben Bella l’antidote. D’autant que les récriminations envers l’Égypte sont injustifiées puisque Nasser finance de fait depuis des mois le ravitaillement en armement des maquis algériens.

Les injures dont Ben Bella est la cible ne peuvent dès lors provenir que de velléitaires incompétents et ingrats. Et lui-même de se donner le beau rôle, balayant tout cela d’un revers de main, plaidant même l’indulgence, comme Jésus sur son chemin de croix proclamant : «Ne les condamnez pas mon [frère], ils ne savent pas ce qu’ils font.» Ben Bella, le saint Ben Bella !

Reste à s’assurer que les armes ne parviennent jamais aux maquis algériens laminés par la répression. Pour cela, Ben Bella parvient à convaincre le chef des services égyptiens que le meilleur itinéraire est non pas via la Tunisie et la Libye, mais par le Maroc et la wilaya 5, au prix d’un immense et périlleux détour. La wilaya 5 contrôlée par Boussouf. Les armes parvenant au Maroc s’entassent ainsi dans des hangars et les maquis intérieurs continuent à se battre dans des conditions indigentes. Cela donne lieu à quelques révoltes que Boumediene, successeur de Boussouf dans l’Oranie, réprime – comme d’ordinaire – dans le sang.

Ben-Bella

La double propagande égyptienne et française fait progressivement de Ben Bella «le leader de la Révolution algérienne». Si bien que lorsque, en juin 1957, au Congrès du Caire, Abbane Ramdane tente de dénoncer l’imposture auprès du chef des services secrets égyptiens, il tombe sur une fin de non-recevoir. Voici ce qu’en dit Fathi al-Dib lui-même. «Nous devions cependant prendre conscience du fait […] qu’il nous faudrait éviter les situations pleines d’embûches qui ne manqueraient pas de se produire du fait de la présence d’Abbane Ramdane, connu pour son ambition personnelle.»

Comment un Kabyle, laïque, aspirant à mettre l’Algérie sur les rails de la démocratie, de la modernité, peut-il convaincre le chef des services égyptiens que Ben Bella est un traître à la cause de son peuple ? Le même Ben Bella qui, depuis des années, s’est attaché à le convaincre qu’il était seul à se battre pour préserver l’Algérie future dans le giron de l’arabo-islamisme. Un Ben Bella qui, selon les termes mêmes de Fathi al-Dib, «faisait de son côté tous les efforts possibles pour empêcher l’éclatement de la révolution, même au détriment de sa santé.» Et pour couronner le tout, Abbane explique que Ben Bella a failli dans sa mission de ravitailler les maquis auprès d’un Fathi al-Dib qui s’est personnellement chargé depuis des mois des envois.

 

c’est Fathi al-Dib qui fait tout le boulot

Car c’est Fathi al-Dib qui fait tout le boulot ; c’est lui qui affrète les bateaux (7 envois, selon ses dires) pour assurer leur transport. Le rôle de Ben Bella s’est borné à fournir les coordonnées de destination, au Maroc. Charge à Boussouf et à Boumediene de faire que leurs légitimes destinataires ne les reçoivent ensuite jamais. Si l’on examine Ben Bella sous l’angle du révolutionnaire algérien, il a totalement failli. En revanche, si on le conçoit comme un agent de la France, alors il a accompli sa mission à la perfection.

À ce stade, Ben Bella peut même s’offrir le luxe de la grandeur : les reproches que lui font les maquis de l’intérieur, disait-il à Fathi al-Dib, il faut les mettre sur le compte de la fatigue des combattants, plaidant pour que «ces événements n’aient pas de conséquences sur la livraison d’armes par l’Égypte et que ce conflit soit minimisé.» Et de surtout ne pas tenir rigueur à ses invités : «Ben Bella m’avait demandé de bien accueillir Ferhat Abbas et son groupe pour leur remonter leur moral et leur faire sentir que l’Égypte soutenait leur cause.» Machiavel aurait-il ressuscité en cet homme ?

Au sortir de ce congrès, les leaders de la révolution s’alignent sur les thèses des militaristes, les «3 B» [colonel Belkacem Krim, Ben Tobbal Lakhdar, Boussouf Abdelhafid]. Éconduit par Fathi al-Dib, Abbane ressort écœuré. «Contre les thèses sécularisées de la Soummam, satisfaction était aussi donnée à Ben Bella : la résolution finale réaffirmait la légitimation religieuse : la future "république algérienne démocratique et sociale" ne serait "pas en contradiction avec les principes de l’islam."».

Les germes de la dictature sont plantés. Abbane exprime alors son souhait de rentrer en Algérie pour reprendre la lutte aux côtés des maquisards. Sentant le danger, décision est prise de le liquider physiquement. Il est étranglé dans une ferme isolée à la frontière marocaine où Belkacem Krim et Bentobbal l’entraînent pour le remettre à Boussouf.

Aban+Ramdane
Abane Ramdane

En apprenant l’assassinat d’Abbane, Ben Bella exulte : «En vérité, nous n’avons jamais désespéré de voir un jour se normaliser nos relations. Il est en effet impensable qu’une révolution comme la nôtre puisse se laisser égarer par une ou plusieurs personnes quand ces dernières sont animées d’un esprit malsain, partout intéressé et partout malfaisant. Nous ne pouvons que vous encourager dans cette voie de l’assainissement. Il est de notre devoir à tous, si nous tenons à sauver la révolution de l’Algérie et de demain, de nous montrer intraitables sur le chapitre de l’épuration […] Nous considérons qu’un grand pas vient d’être fait. Le devoir vous commande, vous qui êtes libres, de ne pas vous arrêter là […] Nous ne pouvons que vous appuyer dans la chasse de tous les germes de la décomposition qui ont pu se faufiler dans notre sein.»

La radio «Saout al-Arab» forge la légende Ben Bella, charge à Fathi al-Dib de remplir la mission qui lui incombe. Une fois cependant, il décide de donner de sa personne. Et quel navire Ben Bella affrète-t-il ? L’Athos, un yacht universellement connu pour le trafic d’armes : «J’avais eu une discussion très vive à ce sujet avec Ben Bella […], raconte Fathi al-Dib, car j’avais déjà préparé pour le voyage [un autre navire…] le Davax et d’autre part parce que je n’avais confiance ni en Ibrahim Nayal [l’armateur], ni dans le navire Athos […]. Au cours de cette discussion, je m’étais rendu compte que Ben Bella voulait occuper le devant de la scène depuis son conflit avec Abbane.» Il était temps ! Mais cette prise de conscience n’infléchit en rien le soutien qu’il accorde à son protégé.

Qu’advient-il à l’Athos ? Il est arraisonné au large du Maroc. Ce qui permet à la France de présenter au monde la preuve que l’Égypte finance «les terroristes», de claironner que le Caire est le siège de la rébellion et que Ben Bella en est de ce fait le «Chef» suprême. Rappelons qu’à ce stade, l’homme n’a à son actif que l’attaque de la Poste d’Oran, un fiasco, et l’armement de l’Athos, arraisonné en haute mer par la marine française. Ou l’art de faire d’aucune pierre deux coups.

 

De la prison dorée à la Présidence

Le 22 octobre 1956, l’avion transportant la délégation extérieure de la révolution de Rabat à Tunis est arraisonné en plein ciel. C’est encore un de ces épisodes invraisemblables de cette drôle de guerre. Toujours est-il que voici maintenant Ben Bella en prison. Dès lors, la Fédération de France ne lésinera pas sur les moyens pour l’en extraire.

arrestation ben bella1

Les réseaux Curiel, les réseaux Jeanson, tout ce qui compte comme «porteurs de valises», amis de la cause algérienne, se mettent à la disposition de la rébellion pour l’aider à s’évader. Ben Bella laisse faire et attend. À l’approche du jour J, il trouve un prétexte quelconque pour différer l’opération ou pour l’annuler. Les bruits ont couru sur le projet d’une évasion qui se solderait par la liquidation des fuyards. Un homme y a cru fermement : Fathi al-Dib.

Qui se donne pour mission de sauver le soldat Ben Bella à tout prix. «Nous avions chargé, fin 1957, nos attachés militaires en Europe de prendre contact avec des spécialistes des opérations d’évasion parmi ceux qui avaient déjà une réputation», raconte-t-il. Il renonce à ce premier projet, trop violent à son goût, avant de se voir proposer une autre option, «grâce à deux hautes personnalités allemandes, aidées par huit jeunes nazis, et en s’appuyant sur l’accord conclu avec l’un des directeurs de la prison de la Santé [contre] 15 000 livres égyptiennes.»

Tout est prêt. Mais Fathi al-Dib a la malencontreuse idée de soumettre le plan à Ben Bella. «Après quatre jours d’attente, […] à la demande de Ben Bella, […] l’opération [est reculée] de trois jours […]. Quatre jours plus tard, les Allemands nous [font] savoir que Ben Bella demandait de reculer encore de huit jours l’opération et que, pendant ce temps, il ne fallait pas le contacter. […] Le 28 juin, […] l’avocat de Ben Bella était arrivé […] pour m’informer que l’opération avait été découverte.»

La raison pour laquelle Ben Bella ne voudrait quitter la prison pour rien au monde tient à cela qu’il est au centre de toutes les sollicitudes. Une fois au chaud en Métropole, il n’est pas question pour lui de repartir au front, où on «purge» à tout va. Il faut préparer l’avenir, l’Algérie indépendante. Nasser veut quelqu’un pour l’ancrer dans le giron «islamique et arabe». Ben Bella sera cet homme-là.

 

Mohamed Bourges, et Hervé Bella, ou vice versa…

Hervé Bourges est missionné pour chaperonner cet ambitieux désillusionné. Cela se passe alors que de Gaulle piétine, et n’entrevoit de porte de sortie que dans une «Algérie indépendante, en étroite coopération avec la France». Il lui faut quelqu’un pour assurer cette perspective. Ben Bella sera cet homme-là.

712041403
Hervé Bourges dans les années 1990

Ben M’Hidi est éliminé par le 11e de Choc du général Aussaresses, après qu’il ait décliné l’habituelle offre de «retournement». Abbane est étranglé dans une ferme isolée à la frontière marocaine par les «3B». Ce sont les deux yeux lucides de la révolution qui sont ainsi crevés, l’un par les militaires français, l’autre par les militaires algériens. Les «3B» : Trois colonels qui éprouvent l’un pour l’autre une haine sourde. Une aubaine pour plus ambitieux et plus résolu qu’eux : Boumediene. Lequel a besoin d’une caution politique. Ben Bella sera cet homme-là.

Ben Bella est prêt à servir la cause de quiconque lui promet un bel avenir. Fathi al-Dib le bien nommé chef des services égyptiens, Boumediene, le sanguinaire, de Gaulle, l’éternel Sauveur pressé par le temps. Trois hommes aux grandes ambitions, et dont les plans désignent le futur président de l’Algérie : Ben Bella. Pourquoi voudrait-il quitter cette prison dorée où tout lui sourit ?

de_gaulle_5
De Gaulle, 1960

On connaît l’argumentation de Boumediene pour l’enrôler, on peut aisément imaginer celle développée par Hervé Bourges. Ben Bella, c’est l’homme de la campagne d’Italie, un «vrai» révolutionnaire, que des gueux sans épaisseur risquent de reléguer à des accessits insignifiants. Qu’il joue le jeu du Général et il sera le prochain Président.

 

Un coup d’État, et l’impossible partage du butin…

Ben Bella sort de prison après la signature des accords d’Évian, qu’il s’empresse de dénoncer, disqualifiant en un coup toute la frange politique de la révolution. Reste à s’imposer par la force. Il s’envole illico pour le Caire.

Fathi al-Dib l’accueille : «Ben Bella a cherché refuge auprès du Président Gamal Abdel Nasser pour lui exposer le plan qui pouvait lui permettre d’affronter les partisans du compromis avec la France et pour lui demander de renforcer ses effectifs afin de donner plus de force à son action.» Il rencontre Nasser en tête à tête. «Ben Bella avait renouvelé sa demande de soutien à Nasser pour faire face à la situation de l’intérieur, surtout du côté de l’armée. […] Nasser lui avait demandé de quelle nature étaient les difficultés auxquelles il s’attendait. […] Nasser avait conclu en assurant Ben Bella du soutien inconditionnel et illimité de la RAU à l’Algérie. Après s’être donné l’accolade, les deux chefs s’étaient séparés.»

À la frontière tunisienne, l’armée des frontières commandée par Boumediene reçoit rapidement du renfort. Ses troupes, raconte Fathi al-Dib, «seraient appuyées par une force aérienne de : 12 Mig-17 (dont les pilotes avaient été formés sur ces appareils). 8 hélicoptères d’une capacité de 16 hommes. 1 poste central radio. Tous les techniciens égyptiens nécessaires pour faire fonctionner l’aéroport. Nasser avait lui-même porté la mention suivante sur le plan : "La livraison sera effectuée dans 30 jours à partir du 9 avril 1962" pour les matériels [suivants] : 100 jeeps, 100 camions de 3 tonnes, 100 camions divers, 20 cuisines roulantes, 5 voitures de dépannage, 50 voitures 750 kg pour tracter les canons, 40 voitures blindées, 6 Mig-15, 6 avions égyptiens.»

Mais contre qui cette armada restée inerte durant les années de feu compte-t-elle se battre, puisque la France a entériné la fin de la colonisation ?

Fort des garanties de Nasser, Ben Bella se rend le 11 avril à Tripoli pour préparer le Congrès qui sonnera le glas de la liberté pour les Algériens, inaugurant le malheur d’un million d’Européens, et la mort pour plusieurs milliers d’entre eux, tandis que la chasse déjà ouverte au harki fera au moins 50 000 victimes. «De leur côté, écrira Fathi al-Dib, Khider et Aït Ahmed étaient restés au Caire quelques jours pour se reposer avant de rejoindre Tripoli.» Il est des repos de guerrier qui se paient cher.

 

l’armée des frontières envahit l’Algérie

Telle une nuée impitoyable, l’armée des frontières envahit l’Algérie. Elle écrasera sous les chenilles de ses blindés ce que les opérations du général Challe ont épargné de l’ALN, l’armée de libération nationale. Et jettera aux orties tous les rêves de liberté des Algériens.

Devenu président, Ben Bella doit maintenant payer la facture de son couronnement. Il a dû tout promettre à Nasser. Promettre le même tout à de Gaulle. Et le promettre de nouveau à Boumediene. C’est dans cette conjoncture où une proie frêle, l’Algérie, est convoitée par maints prédateurs, que se déroulent les premiers pas de l’Indépendance. Une indépendance de polices parallèles, de services égyptiens, de services français, de KGB, de torture, de liquidations sommaires, d’exodes, d’exils, de deuils individuels par millions que les décennies n’apaiseront jamais. Une dictature qui ira en se sophistiquant.

Mais Ben Bella en avait posé les jalons essentiels : pour régner en maître, il suffit d’accuser les uns d’être «frères musulmans, secte dont le monde se méfie comme de la peste», et les autres d’être «communistes» ou «berbéristes». Un cocktail imparable, pour diviser et régner, une malédiction que le peuple algérien ne parvient pas à conjurer cinquante ans après…

Lounis Aggoun
23 avril 2012
LounisAggoun

 

- retour à l'accueil

Posté par michelrenard à 17:49 - - Commentaires [33] - Permalien [#]

jeudi 19 avril 2012

débat idéologique (Jean-François Paya)

Oran2
boulanger éventré pa le FLN à Oran, le 5 juillet 1962 à Oran


 

informations pour contrer le débat idéoogique

Jean-François PAYA

 

Chers amis Algérianistes,

Devant nos efforts pour faire connaître les drames issus de "La guerre d'Algérie" surtout, depuis qu'elle était virtuellement terminée (officiellement le 2 Juillet 1962) et depuis l'Indépendance (massacre des Harkis ; 5 Juillet à Oran et autres) nos détracteurs gênés se rabattent sur des évènements antérieurs.

Ceux-ci sont à discuter mais ils oublient ces précisions fondamentales alors que le FLN vient de faire adopter massivement "les accords d'Évian" et que toutes ses exactions antérieures, "terroristes ou pas" (actions de guerre pour lui!) sont amnistiées et les protagonistes condamnés libérés !

La LDH de Toulon qui a passé plus de 12 articles, contre un des miens (avec une observation de partialité!) sur le 5 Juillet 62, vient de poursuivre son combat idéologique sur ce terrain en ayant "oublié" aussi de rendre compte des travaux de Jean-Jacques Jordi et de son dernier ouvrage Un Silence d'État sur les disparus civils européens et du

9782916385563FS

récent livre de Guillaume Zeller sur les massacres d'Oran, ainsi que nos interventions dans l'excellent Blog de la revue Etudes Coloniales où contrairement à celui de la LDH chacun peut exprimer son point de vue librement,

http://etudescoloniales.canalblog.com/archives/2012/02/16/23538008.html

Estimant qu'il faut connaître ce "qu'ils disent" avec lucidité, quitte à être critiqué. Je porte à votre connaissance ces informations, pour ceux qui veulent savoir et contrer ce combat idéologique.

J.-F. Paya

EXTRAIT texte  de la LDH

Le massacre des Européens d’Oran au moment de l’indépendance algérienne commence à être connu en France, et reconnu par les pouvoirs publics. Certains rapatriés d’Algérie en avaient fait une de leurs revendications mémorielles fondamentales.

L’historien algérien Fouad Soufi écrivait en novembre 2000 : «Le 5 juillet 1962, alors que partout la population algérienne célèbre la fête de l’indépendance, dans le centre de la ville d’Oran, des hommes, des femmes et des enfants algériens et européens trouvent la mort dans des conditions atroces, non encore élucidées» .

D’autres attentats meurtriers intervenus auparavant sont, en revanche, à peu près complètement ignorés en France : ceux visant des civils algériens que l’OAS a multipliés à Alger et à Oran au cours de la période allant de début janvier à début juillet 1962… Ci-dessous, un petit dossier sur cet aspect mal connu de la fin de la guerre d’Algérie.

[Mis en ligne le 26 février 2012, mis à jour le 27]

http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article4880 

 

- retour à l'accueil

Posté par michelrenard à 20:27 - - Commentaires [9] - Permalien [#]

lundi 16 avril 2012

Ben Bella, biographie

picture-Ahmed-Ben-Bella

 

 Ahmed Ben Bella, un itinéraire

 Jean-Louis PLANCHE

 

Mercredi 11 avril dans l’après-midi mourrait à Alger Ahmed Ben Bella, premier président de la République algérienne de 1962 à 1965. Cette mort à 95 ans, entouré des siens, est venue conclure paisiblement une vie dont les engagements avaient pourtant été longtemps consacrés à la politique, sous une forme parfois aventureuse.

Transporté le lendemain au Palais du Peuple, l’ex-Palais d’Eté, résidence du chef de l’État, le corps du défunt recevait les hommages des personnalités et de ses anciens compagnons de combat, avant d’être accompagné vendredi par le président de la République Abd-el-Aziz Bouteflika au cimetière d’El-Alia, et d’être inhumé au Carré des Martyrs où reposent Houari Boumedienne, second président de la République, et l’Émir Abdelkader, héros légendaire. Un deuil national de huit jours était décrété.

Ahmed-Ben-Bella-des-funerailles-solennelles-dans-Alger-sous-la-pluie_reference
les obsèques de l'ex-président Ahmed Ben Bella

La presse algérienne rapporta que l’événement n’avait suscité aucune émotion dans l’opinion algérienne. Tout juste fut remarquée la coïncidence de cette mort, à quelques semaines près, avec le cinquantième anniversaire de l’indépendance recouvrée par l’Algérie en 1962. Le long retrait de la vie politique que subit Ahmed Ben Bella n’explique qu’en partie ce silence.

Certes, emprisonné puis assigné à résidence pendant 15 ans par Houari Boumedienne qui l’avait destitué violemment en 1965, Ahmed Ben Bella a vécu exilé en Suisse de 1981 à 1990, puis, de retour en Algérie s’est gardé de toute activité politique nationale, se consacrant à des causes lointaines (soutien à l’Irak et à la Palestine), puis à l’altermondialisme et à la religion. La presse ne l’évoquait même plus, les livres d’histoire ne citaient pas toujours son nom. Politiquement, le tumultueux Ahmed Ben Bella n’était plus de ce monde, sinon paradoxalement en France.

 

Né en 1916 à Maghnia en Oranie

Né en 1916 à Maghnia en Oranie, à la frontière avec le Maroc dont son père est originaire, Ahmed Ben Bella a la jeunesse d’un fils de petit paysan, scolarisé jusqu’au brevet, passionné par le football pour lequel il a des dispositions. À la veille de la Seconde Guerre mondiale, il joue à l’Olympique de Marseille et ne porte aucun intérêt marquant à la politique. Mobilisé en 1943, il fait une guerre exemplaire, s’illustre à Monte Cassino, est promu adjudant et décoré des mains du général De Gaulle.

weapon_mg42_5
soldats allemands au Mont Cassino

À son retour au pays en 1945, l’atrocité de la répression menée en mai-juin 1945 dans le Constantinois le bouleverse. Il quitte l’armée et adhère au PPA-MTLD de Messali Hadj dont il devient rapidement un permanent, est élu conseiller municipal de Maghnia, prend en Oranie la tête de l’Organisation spéciale du parti, sa branche armée.

Aventureux et athlétique, il dirige en 1949 le hold-up contre la grande poste d’Oran qui rapporte au PPA-MTLD 3 Millions de Francs (env. 90 000 €).

Cela lui vaut en 1949 d’être promu responsable national de l’Organisation spéciale et en 1950 d’être arrêté, l’enquête sur l’affaire d’Oran ayant abouti. Condamné à 7 ans de prison, il s’évade en mars 1952.

Réfugié en Égypte, il est membre de la Délégation extérieure du PPA-MTLD qui représente les intérêts du parti. Chaleureux, inspirant la sympathie, il se lie d’amitié avec le colonel Nasser et Fethi Al Dib, chef des services de renseignements, se spécialise dans les questions militaires et les commandos. L’Égypte devient en 1954 le principal soutien du FLN et de sa Délégation extérieure.

 

Ben Bella et le FLN d'Abane Ramdane

Les relations de Ben Bella avec Abane Ramdane, principal organisateur et théoricien du FLN en Algérie, sont très vite détestables. Ben Bella supporte mal les décisions prises par le Congrès de la Soummam en 1956 sous l’impulsion d’Abane Ramdane, notamment la primauté au FLN des civils sur les militaires.

Benbella-Nasser-Bourkiba-1963
Ben Bella, Nasser et Bourguiba

Il voyage beaucoup, et c’est au retour d’une conférence au Maroc que l’appareil où il se trouve, le 22 octobre 1956, avec la délégation algérienne, est intercepté au-dessus de la Méditerranée par l’aviation française, acte de piraterie aérienne qui compta dans l’isolement de la France en guerre d’Algérie.

Emprisonné jusqu’en 1962 en forteresse militaire, il y gagne de survivre aux aléas de la guerre et des conflits au FLN. Peu connu mais rendu célèbre par sa détention, il devient pour l’opinion algérienne une légende.

 

Président de la République algérienne

Dans ces conditions, et celle du morcellement des centres de décision, à l’issue d’une guerre civile impitoyable qui a duré 8 ans, parvenir au pouvoir suprême est une affaire de chance et d’habileté. Libéré très vite à la suite des Accords d’Évian, il sait jouer le groupe de Tlemcen et l’Armée des frontières qui, n’ayant pas combattu, dispose d’un potentiel militaire intact, contre le Gouvernement Provisoire de la République Algérienne, l’improbable Exécutif provisoire, réfugié à Rocher Noir, son radeau de la Méduse, n’ayant qu’une réalité formelle.

Son sourire radieux et sa mince silhouette d’éternel jeune sportif captivent les foules. Le 27 septembre 1962, il est désigné Président du Conseil, tandis que l’armée achève de ramener l’ordre dans Alger et sa banlieue.

3417621

Tout puissant, il ne peut pas grand-chose tant que la désorganisation n’a pas été jugulée. Elle est si profonde qu’il y faudra du temps. La lecture de la courbe de la consommation nationale d’électricité est éloquente. Elle ne cesse de baisser depuis 1962 et ne commença à se redresser qu’en 1967. La SNCFA par exemple n’a conservé qu’une poignée de techniciens. Par ailleurs, aventuriers, escrocs et pillards venus de tous les horizons se sont abattus sur le pays.

En sens inverse, la destination est mondaine. On peut dîner à Alger à l’improviste chez la nièce d’un futur et hautain président de la République française. Si à l’automne 1962 des rafales de pistolets-mitrailleurs s’entendent encore du côté d’El-Harrach, la ville d’Alger est ensuite la capitale la plus sûre de la Méditerranée, et peut sans danger se traverser de nuit à pied pour les romantiques solitaires.

Certes, il ne faut pas tenter le diable, comme ces jeunes écossaises trop belles et trop inconscientes qui acceptèrent d’être invitées à un mariage dans l’Atlas saharien. C’était leur mariage. Devenues grand-mères, elles y vivaient encore il y a quelques années, entourées de leurs petits-enfants.

slide_219965_861058_large
Fidel Castro et Ben Bella

L’époque est aussi au socialisme qui paraît triomphant. Cuba, aux portes des États-Unis, s’est converti à un système qui semble ouvrir les portes du futur. En France même, au Parti communiste, certains responsables rêvent qu’un jour les rapatriés français d’Algérie, conquis eux aussi par contagion, puissent lui servir de tête de pont en France.

 

Les coopérants français

Avec les retours de l’automne 1962, les Français sont plusieurs centaines de milliers en Algérie, où plus de 20 000 coopérants venus de France s’activent dans tous les ministères, jusqu’au Palais du Gouvernement (ex-Gouvernement général). Des fonctionnaires français locaux quittent cependant le pays à l’automne, quand les salaires sont réduits des 2/3, l’Algérie ne pouvant plus leur servir les salaires de la colonie, et les coopérants lui coûtant cher.

Le grand départ des Français se fit après les décrets de mars 1963 qui ont nationalisé les terres coloniales et les ont mise en autogestion, s’inspirant du modèle de la Yougoslavie socialiste. Des Espagnols quittent aussi. "Les Arabes ne peuvent plus nous nourrir", disent-ils.

Il restait cependant à l’automne 1965 près de 60 000 Français d’Algérie. Ceux-là acceptent d’être commandés par des Arabes, et ne partirent que l’âge venant, la médecine n’ayant pas le niveau français, les filles grandissant, le niveau de l’Université baissant, tandis que la France en face est emportée par la hausse continue du pouvoir d’achat que suscitent les "Trente glorieuses", et l’esprit mai 1968 attirant les plus jeunes. Au demeurant, l’émigration des Algériens vers la France bat ses records. Un ouvrier qualifié chez Renault peut gagner autant qu’un jeune coopérant en Algérie.

Ben Bella signe, les attributions de biens vacants, comme les décrets de mars. Il parle bien d’union de l’Islam et du Socialisme. Mais les milieux religieux font grise mine, certains regrettant, en conversation privée, "le temps de la France". Les critiques contre lui sont rares. Elles sont le fait d’opposants politiques, en Kabylie notamment, et de bourgeois dont souvent les familles ont préféré passer sur la rive nord de la Méditerranée, le frère ou le cousin connu pour être un progressiste assurant sur place la gestion des affaires familiales.

Pas dupe, ou revenant vite à la réflexion, l’opinion algérienne apprécie au total Ben Bella. Sa dictature de fait est progressiste, permissive, et accepte de fait bien plus qu’elle ne le dit. Son accord paraît total avec le chef d’état-major des Armées, le colonel Boumedienne, dont la chevelure châtain clair se teint peu à peu en noir, cependant qu’une moustache lui pousse. Et les opposants sont peu à peu ralliés par des prébendes, des rentes de situation, des sinécures, qui désarment leur hostilité.


-1
Ben Bella et Boumedienne

Une bourgeoisie d’État, discrète, se forme sous ses yeux. Elle choisit d’aller passer le carnaval à Rio plutôt qu’à Nice, apprécie la Suisse pour sa discrétion et son respect de l’argent, préfère Paris, où la discrétion et le respect sont incontestables, mais dont les prix sont si exagérés. Avant la guerre, elle levait parfois le poing dans les manifestations du Parti communiste algérien, ou l’index, dans ceux du PPA-MTLD. Aujourd’hui, elle lève le doigt, à l’adresse du croupier, aux tables de roulettes des casinos d’Europe.

 

La chute

Mais Ben Bella ne voit rien, écoute à peine. Peu à peu, devant les obstacles que la réalité des hommes et des forces économiques lui opposent, il renforce ses pouvoirs. En septembre 1963, candidat unique du parti unique, le FLN, il a été élu président de la République. Il cumule les ministères, donnant l’impression à son entourage qu’il vise au pouvoir personnel. Le gouvernement français lui fait de plus en plus grise mine, mais il se rapproche de l’URSS et de la Chine. Il refuse de prendre au sérieux les mises en garde qu’il inquiète et qu’un coup d’État se prépare.

Les blindés de l’armée qui se mettent en place dans Alger le 18 juin 1965 ne sont destinés qu’à la figuration dans le film La Bataille d’Alger que Pontecorvo tourne. En fait, les armes sont approvisionnées. Le samedi 19 juin, à 1h30 du matin, Ben Bella, éberlué, est arrêté au centre d’Alger, dans sa villa dont le service de protection est trop insignifiant pour le défendre.

Ses amis, le colonel Boumedienne et Abdelaziz Bouteflika, sont à la tête du coup d’État militaire qui l’arrête et le déporte. Dans le pays, les manifestations de protestation sont insignifiantes. La fête, commencée le 5 juillet 1962, est finie.

Jean-Louis Planche
auteur de Sétif 1945 : histoire d'un massacre annoncé, Perrin, 2001.

 

thumbnail 

 

- retour à l'accueil

Posté par michelrenard à 20:14 - - Commentaires [1] - Permalien [#]

dimanche 15 avril 2012

"Bye bye Ben Bella"

enterrement-ben-bella-604

 

un article très critique sur Ben Bella

 

Scan_121060000
cliquer sur l'image pour l'agrandir

Philippe Le Claire est chef du service politique de L'Union (Reims)

 

- retour à l'accueil

Posté par michelrenard à 12:20 - - Commentaires [1] - Permalien [#]

vendredi 13 avril 2012

décès de Ben Bella

 
Algérie: qui était Ahmed Ben Bella?

 

 

décès de Ahmed Ben Bella

 

Ahmed Ben Bella, militant indépendantiste de la première heure, est décédé. Il a été président de l'Algérie entre 1963 et 1965.

AFP

Ahmed Ben Bella est décédé à l'âge de 95 ans ce mercredi. Retour sur le parcours de ce militant indépendantiste devenu le premier président de l'Algérie et qui rêvait d'incarner le Tiers-Monde émergent. 

Ahmed Ben Bella est décédé ce mercredi [11 avril 2012] à l'âge de 95 ans. Lui qui fut le premier président de l'Algérie indépendante de 1962 à 1965, il fut l'un des pionniers du déclenchement de la guerre d'indépendance contre la France, Il a payé son engagement politique de 24 ans de prison, après quoi il s'est voulu l'incarnation du Tiers-Monde émergent. Cet homme, "courageux et bagarreur" selon ses proches, aura combattu toute sa vie. Et même jusqu'à la fin quand les problèmes dus à son âge avancé se sont succédés. 

C'est à la frontière marocaine, à Maghnia, qu'il est né le 25 décembre 1916. Ses parents, paysans pauvres du sud marocain, s'y étaient installés. Après des études secondaires à Tlemcen (ouest), Ahmed Ben Bella part en France pour y faire son service militaire. Il adhère en 1937 au Parti du peuple algérien (PPA) du "père" du nationalisme algérien Messali Hadj.  

En 1944, il est cité quatre fois à la bataille de Monte Cassino (Italie), où il faisait partie d'une unité d'élite, le 5e régiment de tirailleurs marocains (RTM). Il y a perdu deux de ses frères. Il a été décoré de la Médaille militaire par le général de Gaulle, chef de la France Libre. Il raconte cet épisode dans les colonnes de L'Express en 1995.  

 

Retour en Algérie

Ce sous-officier de l'armée française est bouleversé à son retour en Algérie en 1945 par l'ampleur de la répression française des manifestations d'"indigènes". Il rejoint alors le Parti du peuple algérien, rebaptisé Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD) et devient membre de sa troupe de choc, l'Organisation spéciale (OS).  

Ahmed Ben Bella se distingue alors en organisant le hold-up de la poste d'Oran pour remplir les caisses de son parti. Arrêté en 1950 et condamné à 7 ans de prison, il s'évade de la prison de Blida en 1952 et rejoint un premier noyau de dirigeants nationalistes algériens installés au Caire.

Dans la capitale égyptienne, il se lie d'amitié avec le président Gamal Abdel Nasser, patron des "officiers libres", qui deviendra son mentor politique et apportera un soutien multiforme à sa demande au soulèvement algérien. En novembre 1954, il est l'un des 22 chefs historiques initiateurs du Front de Libération Nationale (FLN) contre la France coloniale.

 

Ben Bella et De Gaulle...

La guerre d'Algérie pour toile de fond, il retrouve son "adversaire", le général de Gaulle. "J'ai une immense estime pour de Gaulle. Adversaires, nous l'avons été, et l'affrontement a forgé le respect mutuel. Quand il est revenu au pouvoir, en 1958, je savais qu'il serait redoutable, mais la stature historique du personnage me donnait confiance sur le long terme. Chef militaire, c'est lui qui nous a porté les coups les plus durs. (...) De Gaulle n'était pas un politicien. Il avait cette dimension universelle qui fait trop souvent défaut aux dirigeants actuels", disait-il dans cet article datant de 1995. 

En octobre 1956, son avion est intercepté par l'armée française au dessus d'Alger. Il est emprisonné en France jusqu'à la fin de la guerre d'Algérie, en 1962. Il s'allie alors avec le chef d'Etat major de l'Armée de libération nationale (ALN), le colonel Houari Boumediene, et se fait élire, en 1963, premier président de la République algérienne indépendante.

 

Une courte présidence

Charismatique et populaire, il tente d'implanter le "socialisme autogestionnaire" après son arrivée au pouvoir en septembre 1962. Il rêve d'incarner aux côtés du Cubain Fidel Castro, de l'Egyptien Gamal Abdel Nasser, de l'Indien Nehru et du Chinois Mao Tsé-Toung la lutte "anti-impérialiste" et le "non-alignement" du Tiers-Monde émergent. 

Il rêve d'incarner aux côtés du Cubain Fidel Castro la lutte

Il rêve d'incarner aux côtés du Cubain Fidel Castro la lutte "anti-impérialiste" et le "non-alignement" du Tiers-Monde émergent.

AFP

Mais il n'est pas resté longtemps à la tête du pays bien que confirmé par les urnes comme chef de l'Etat le 16 septembre 1963. Son compagnon, ministre de la Défense et vice-président, feu Houari Boumediene, dont l'actuel président Abdelaziz Bouteflika avait toujours été proche, l'a renversé en le 19 juin 1965 puis emprisonné."Il ne s'attendait pas à être trahi par Boumediène", selon son biographe Mohammed Benelhadj. 

En 1981, gracié et libéré par le successeur de Boumediene, Chadli Bendjedid, Ben Bella s'exile pour un temps à l'étranger, notamment en France, et fonde le Mouvement pour la démocratie en Algérie (MDA) sans parvenir à mobiliser. Rentré à Alger en septembre 1990, il se retire de la vie politique nationale et se consacre à des dossiers internationaux (Palestine, Irak) et rejoint les "altermondialistes" dans leur lutte contre "la mondialisation capitaliste".  

Revenu en Algérie après l'élection en 1999 de Bouteflika, il soutient sa politique de réconciliation nationale avec les islamistes et endosse en 2007 sa dernière fonction officielle: président des Sages de l'Union africaine, chargés de la prévention et de la résolution des conflits. 

Avec

source

SIPA_00492462_000022

___________________________________

 

 

Ben Bella, premier chef d’État algérien,

est mort

Hassan ZERROUKY


Dirigeant historique du Front de libération national, Ahmed Ben Bella, qui s’est éteint hier à Alger, à l’âge de 96 ans, fut le premier président d’une Algérie indépendante et socialiste.

En avril 1944, quand le général de Gaulle décore de la médaille militaire l’adjudant Ahmed Ben Bella du 5e régiment des tirailleurs marocains, il ne savait pas qu’il avait devant lui le futur président de la République algérienne.

Ahmed Ben Bella, né le 25 décembre 1918 à Maghnia dans une famille de petits paysans, est décédé hier à Alger, à l’âge de 96 ans. Le premier président de l’Algérie indépendante, hospitalisé le 22 février à l’hôpital militaire d’Aïn Naadja, avait été donné pour mort par la presse algérienne avant que l’une de ses filles ne démente l’information. Il en est ressorti très affaibli au point où des sources proches du pouvoir algérien affirmaient qu’il n’en avait pas pour longtemps et qu’il était maintenu artificiellement en vie.

C’est au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, après avoir été démobilisé, qu’il s’est lancé résolument dans la lutte politique. «C’est à Oujda que me parvint l’écho des événements du 8 mai 1945 (…) La répression de Sétif avait creusé un infranchissable fossé entre les deux communautés (algérienne et européenne). Je me devais à la mienne», raconte-t-il dans un livre écrit par Robert Merle, Ahmed Ben Bella. De retour à Maghnia, il adhère au MTLD (Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques) issu du PPA (Parti populaire algérien), fondé par Messali Hadj.

Aux élections municipales de 1947, il est élu conseiller général. Mais après des démêlés avec l’administration coloniale, il plonge dans la clandestinité. Il fait partie de l’OS (Organisation spéciale) sous les ordres d’Hocine Aït Ahmed (futur dirigeant du FLN), une organisation créée par le MTLD pour préparer l’insurrection armée. Après l’attaque de la poste d’Oran à laquelle il prit part, l’OS est démantelée, Ben Bella est arrêté en 1950 et condamné à sept ans de prison. Incarcéré à Blida, près d’Alger, il s’évade en 1952 et se réfugie au Caire où se trouvent Aït Ahmed et Mohamed Khider.

C’est au Caire qu’il apprend la création, en mars 1954, du Crua (Comité révolutionnaire d’unité et d’action) dont il n’est pas membre, dont sera issu le FLN. Avec Ait Ahmed, Ben Bella est alors chargé de diriger la délégation extérieure du FLN basée au Caire.

En 1956, il est arrêté une deuxième fois lorsque l’avion qui le conduisait du Maroc en Tunisie en compagnie d’Aït Ahmed, Mohamed Boudiaf et Mohamed Khider est détourné. Incarcéré sur l’île d’Aix, il ne retrouvera la liberté qu’en mars 1962. Lors de la crise du FLN de l’été 1962, il prend le parti des militaires opposés au GPRA (gouvernement provisoire) dont il contestait la légitimité. C’est ainsi qu’il s’impose comme chef du FLN, écarte ses adversaires et prend le pouvoir en septembre 1962. Élu en septembre 1963 président de la République, Ben Bella opte pour le socialisme autogestionnaire. Le 19 juin 1965, il est renversé par un coup d’État et ne retrouvera la liberté qu’en 1980.

Hassan Zerrouky
L'Humanité, 12 avril 2012

 

- retour à l'accueil

Posté par michelrenard à 00:08 - - Commentaires [3] - Permalien [#]