lundi 3 septembre 2012

l'honneur d'Hélie de Saint Marc

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déclaration du Commandant de Saint Marc

devant le Haut tribunal militaire,

le 5 juin 1961

 

Ce que j’ai à dire sera simple et sera court. Depuis mon âge d’homme, Monsieur le président, j’ai vécu pas mal d’épreuves : la Résistance, la Gestapo, Buchenwald, trois séjours en Indochine, la guerre d’Algérie, Suez, et puis encore la guerre d’Algérie…

En Algérie, après bien des équivoques, après bien des tâtonnements, nous avions reçu une mission claire : vaincre l’adversaire, maintenir l’intégrité du patrimoine national, y promouvoir la justice raciale, l’égalité politique.

On nous a fait faire tous les métiers, oui, tous les métiers, parce que personne ne pouvait ou ne voulait les faire. Nous avons mis dans l’accomplissement de notre mission, souvent ingrate, parfois amère, toute notre foi, toute notre jeunesse, tout notre enthousiasme. Nous y avons laissé le meilleur de nous-mêmes. Nous y avons gagné l’indifférence, l’incompréhension de beaucoup, les injures de certains. Des milliers de nos camarades sont morts en accomplissant cette mission. Des dizaines de milliers de musulmans se sont joints à nous comme camarades de combat, partageant nos peines, nos souffrances, nos espoirs, nos craintes. Nombreux sont ceux qui sont tombés à nos côtés. Le lien sacré du sang versé nous lie à eux pour toujours.

Et puis un jour, on nous a expliqué que cette mission était changée. Je ne parlerai pas de cette évolution incompréhensible pour nous. Tout le monde la connaît. Et un soir, pas tellement lointain, on nous a dit qu’il fallait apprendre à envisager l’abandon possible de l’Algérie, de cette terre si passionnément

aimée, et cela d’un coeur léger. Alors nous avons pleuré. L’angoisse a fait place en nos coeurs au désespoir.

Nous nous souvenions de quinze années de sacrifices inutiles, de quinze années d’abus de confiance et de reniement. Nous nous souvenions de l’évacuation de la Haute-Région, des villageois accrochés à nos camions, qui, à bout de forces, tombaient en pleurant dans la poussière de la route.

Nous nous souvenions de Diên Biên Phû, de l’entrée du Vietminh à Hanoï. Nous nous souvenions de la stupeur et du mépris de nos camarades de combat vietnamiens en apprenant notre départ du Tonkin. Nous nous souvenions des villages abandonnés par nous et dont les habitants avaient été massacrés. Nous nous souvenions des milliers de Tonkinois se jetant à la mer pour rejoindre les bateaux français.

Nous pensions à toutes ces promesses solennelles faites sur cette terre d’Afrique. Nous pensions à tous ces hommes, à toutes ces femmes, à tous ces jeunes qui avaient choisi la France à cause de nous et qui, à cause de nous, risquaient chaque jour, à chaque instant, une mort affreuse. Nous pensions à ces inscriptions qui recouvrent les murs de tous ces villages et mechtas d’Algérie :

«L’Armée nous protégera, l’armée restera ». Nous pensions à notre honneur perdu.

Alors le général Challe est arrivé, ce grand chef que nous aimions et que nous admirions et qui, comme le maréchal de Lattre en Indochine, avait su nous donner l’espoir et la victoire.

Le général Challe m’a vu. Il m’a rappelé la situation militaire. Il m’a dit qu’il fallait terminer une victoire presque entièrement acquise et qu’il était venu pour cela. Il m’a dit que nous devions rester fidèles aux combattants, aux populations européennes et musulmanes qui s’étaient engagées à nos côtés.

Que nous devions sauver notre honneur.

Alors j’ai suivi le général Challe. Et aujourd’hui, je suis devant vous pour répondre de mes actes et de ceux des officiers du 1er REP, car ils ont agi sur mes ordres.

Monsieur le président, on peut demander beaucoup à un soldat, en particulier de mourir, c’est son métier. On ne peut lui demander de tricher, de se dédire, de se contredire, de mentir, de se renier, de se parjurer. Oh ! je sais, Monsieur le président, il y a l’obéissance, il y a la discipline. Ce drame de la discipline militaire a été douloureusement vécu par la génération d’officiers qui nous a précédés, par nos aînés.

Nous-mêmes l’avons connu, à notre petit échelon, jadis, comme élèves officiers ou comme jeunes garçons préparant Saint-Cyr. Croyez bien que ce drame de la discipline a pesé de nouveau lourdement et douloureusement sur nos épaules, devant le destin de l’Algérie, terre ardente et courageuse, à laquelle nous sommes attachés aussi passionnément que nos provinces natales.

Monsieur le président, j’ai sacrifié vingt années de ma vie à la France. Depuis quinze ans, je suis officier de Légion. Depuis quinze ans, je me bats. Depuis quinze ans j’ai vu mourir pour la France des légionnaires, étrangers peut-être par le sang reçu, mais français par le sang versé.

C’est en pensant à mes camarades, à mes sous-officiers, à mes légionnaires tombés au champ d’honneur, que le 21 avril, à treize heure trente, devant le général Challe, j’ai fait mon libre choix.

Terminé, Monsieur le président.

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Saint Marc en Algérie

 

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lundi 20 août 2012

répertorier les victimes du 20 août 1955

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première réponse à Michel Mathiot sur

les victimes du 20 août 1955

Roger VÉTILLARD

 

Merci à Michel Mathiot de cette recension qu'il m'a d'ailleurs fait parvenir il y a plusieurs semaines avec plus de détails encore. Merci à lui d'attirer mon attention sur des points précis que j'ai commencé à vérifier. Il n'est pas le seul à m'avoir fait part de ses commentaires. J'ai reçu également de nouveaux documents.

Tout cela me conduit avec l'accord de mon éditeur à préparer une seconde édition revue et corrigée. Car un ouvrage d'histoire n'est jamais définitif, et l'historien doit sans cesse réviser ses publications.

Pour le 20 août 1955, les questions importantes auxquelles il reste à répondre sont au nombre de 3 au moins :

  1. Zighoud Youcef a-t-il, comme je le pense, programmé les assassinats de civils européens comme beaucoup le pensent ou ces morts sont-ils le fruit d'incidents collatéraux ? Les éléments que j'apporte au débat me paraissent assez clairs et notamment le fait qu'il y a eu des victimes dans plusieurs dizaines de localités d'une part, les témoignages des anciens de l'ALN d'autre part qui sont autant d'arguments en faveur de la première hypothèse.
  2. L'armée française était-elle informée de cette action et dans ce cas pourquoi n'a-t-elle anticipé ? Je pense que les arguments que je donne en faveur d'une réponse positive sont convaincants, en tous cas ils m'ont convaincu.
  3. Pourquoi donc en 1955 n'a-t-on pas publié un bilan humain précis ? Seul le bilan du 2ème bureau d'octobre 1955 parait avoir été établi sérieusement mais il reste difficile d'accès.

Le nombre de morts dans la communauté européenne continue à faire débat. Je pense qu'il ne sera jamais clos. Jusqu'à celui que je publie, 2 chiffres étaient avancés : 71 et 171 victimes européennes. Les plus grandes difficultés se retrouvent à El Halia.

Pour ma part j'ai additionné 174 noms et depuis la publication de mon livre on m'a signalé 3 oublis. Mais l'un d'entre eux ne peut être retenu car survenu à Jemmapes en août 1956. Un autre pose problème car si la disparition est bien survenue le 20 août 1955, je dois vérifier qu'elle s'est produite dans le territoire de la zone 2.

Mais les difficultés auxquelles je me heurte sont multiples : des morts identifiés, retrouvés dans les archives et confirmées par des témoins dignes de foi, ne sont consignées dans aucun document officiel, des femmes peuvent être portées sous leur nom de naissance ou celui d'épouse, les patronymes étrangers peuvent être notablement modifiés, etc.…

Pour ma part j'ai retenu tous les noms qui figurent dans au moins un document officiel, sinon ceux qui sont cités par au moins 3 sources différentes (presse, témoins, avis de décès ou de remerciements explicites, documents professionnels, documents de l'ALN, etc.). J'aurai l'occasion de revenir sur ce point dans quelques temps.

Enfin Michel Mathiot critique le texte de mon préfacier. Je lui rappelle que Guy Pervillé n'est pas le seul à avoir émis un avis réservé sur l'ouvrage de Claire Mauss Copeaux : Maurice Faivre, Gilbert Meynier et Jean-Charles Jauffret ont également été plutôt dubitatifs sur ses conclusions.

Roger Vétiilard

- Mon commentaire "à chaud" manque de précision. J'ai effectivement retrouvé 174 noms dans les sources consultées (documents officiels, articles de presse, témoignages, rapports de magistrats, de gendarmerie, de police....). Je n'en ai retenu que 133 en conservant tous les noms qui figuraient dans les rapports officiels et en soumettant les autres à un examen et une enquête. D'où les 41 noms supprimés pour diverses raisons. Ceci dit je reprends mon enquête à d'autres sources et je publierai son résultat.

Roger Vétillard
21 août 2012, 18 h 48

 

massacre

 

- vidéo : Roger Vétiilard, le 20 août 1955 en Algérie

 

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samedi 18 août 2012

à l’occasion de l’anniversaire du 20 août 1955

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critique du livre de Roger Vétillard,

20 août 1955 dans le Nord-Constantinois

Michel MATHIOT

 

Ce livre (1) passe en revue l’ensemble des thématiques que peut inspirer au chercheur l’insurrection du 20 août 1955 ; à une exception près, par exemple, celle des origines sur une plus longue durée. On a le loisir de pouvoir cheminer assez facilement dans l’ouvrage, de par le plan adopté.

On pourrait bien sûr en imaginer d’autres, davantage problématisés historiquement, mais il me semble que le lecteur grand-public s’y retrouve plus aisément ; surtout s’il est néophyte ; ce qui est – il faut bien le dire – le cas de la quasi-totalité des lecteurs sur ce sujet.

J’ai apprécié des chapitres tels que, par exemple, celui sur la genèse de l’opération, ou "Séparer les différentes communautés", ainsi que celui sur les intellectuels et sur Camus. Il en va de même du travail sur les conséquences du 20 août. L’ensemble est de mon point de vue propice à éveiller l’intérêt du chercheur, ne serait-ce que pour sa propre remise en question. La partie consacrée à la presse internationale méritait, à mon avis, davantage d’analyses qui auraient d’ailleurs pu s’étendre à la presse en général (algérienne et métropolitaine).

Etant spécialisé sur Philippeville et les environs, je reste un peu sur ma faim devant les développements qui en ont été faits, faute de place sans doute, et faute d’approfondissement de certaines sources.

J’ai souvent regretté de voir reprises des hypothèses rebattues, sans pouvoir ni les démontrer ni les invalider. Peut-être n’est-ce effectivement pas possible.

En résumé sur le fond, je crois que ce livre est une bonne synthèse documentaire, qui devrait intéresser un public curieux, sans le lasser comme le font souvent des livres d’histoire érudits. Notamment, l’absence de nombreuses références et justifications qui alourdiraient la présentation, va dans ce sens même si elle peut décevoir le chercheur scientifique.

Cette synthèse se suffit-elle à elle-même ? Un livre n’a jamais suffi à traiter un sujet. Il faut alors se mettre en perspective et je pense que différents auteurs pourraient se compléter au lieu de s’opposer. J’apprécie d’ailleurs assez modérément à ce sujet la préface de M. Guy Pervillé que j’estime par ailleurs. Il y avait d’après moi d’autres choses à dire avant de se livrer à une attaque peu élégante de Mme Mauss-Copeaux (Algérie, 20 août 1955, Insurrection, répression, massacres, Payot, 2011). Avec elle, nous formons un trio improbable, le seul en France à travailler sur le sujet. Mieux vaudrait capitaliser et ne pas s’opposer, voire le faire avec élégance.

 

les décédés européens de Philipeville

Je me suis donc penché sur l’étude faite par R. Vétillard des décédés européens de Philippeville (et quartiers rattachés), puisque c’est le sujet que je connais le mieux. Le but étant de retenir les noms véritablement historiquement attestés et de reporter peut-être dans une deuxième liste ceux qui resteraient néanmoins possibles, mais non publiables. Soit pour El-Alia une diminution de 15 noms, ramenant le chiffre qui serait le plus sûr de 51 à 36 tués.

Pour Philippeville au sens large (il faut préciser que tout comme El-Alia, les petites agglomérations humaines de Filfila, Carrières romaines, ainsi que le Béni-Melek ne sont pas des localités, mais des quartiers de la commune de Philippeville, certes excentrés), la liste de noms passerait ainsi de 12 à 7. Sans préjuger de l’ensemble des tués du Nord-Constantinois, au sujet desquels R. Vétillard, son préfacier et quelques commentateurs annoncent avoir fait le tour de la question, le chiffre de tués de Philippeville et agglomérations rattachées passe de 63 à 43.

Peut-être R. Vétillard dispose-t-il de justificatifs probants et dont il n’a pas mentionné la méthode. Des noms apparaissent en doublon dans plusieurs listes, des fautes de typographies (bien compréhensibles à l’époque entre les journalistes, les opérateurs telex, les transmissions téléphonées, les pratiques coutumières, etc) n’ont pas été critiquées à leur juste mesure, une bonne connaissance du milieu familial d’El-Alia aurait pu éliminer des doublons, parmi les enfants notamment ou entre conjoints, beaucoup de noms ne sont pas justifiés autrement que par un témoignage ou un écrit unique non convainquant, des personnes blessées ne sont pas décédées, etc.

J’ai également signalé à l’auteur quelques erreurs ne touchant pas au fond (forme, références douteuses, citations illicites, typographie, orthographe, style, répétitions, etc.) à qui la localisation peut être utile.

Cette fiche de lecture ne peut être prolongée sans devenir trop lourde et ennuyeuse. Mes textes s’en feront l’écho dans le détail, mais – par souci d’éthique intellectuelle - je l’ai communiquée à l’auteur il y a deux mois et demi, accompagnée d’une lecture critique détaillée, patronyme par patronyme, concernant les tués d’El-Alia et de Philippeville, ainsi que quelques erreurs de forme qui peuvent être corrigées dans une édition ultérieure.

Je ne comptais pas rendre ce texte public pour le moment, mais une remarque suivie d’une suggestion de M. M. Renard vient de m’y conduire, à la veille de cet anniversaire. Pour autant je réserve – par discrétion, par respect et peut-être aussi par prudence – la publication d’une liste de morts pour une édition en bonne et due forme.

Michel Mathiot
18 août 2012

 

- (1) Roger Vétillard, 20 août 1955 dans le Nord-Constantinois, un tournant dans la guerre d’Algérie ? Riveneuve Editions, 2012.

_________________________________________

 

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enterrement des victimes européennes du 20 août 1955

 

- Michel Mathiot sur le site Skikda magazine

- article de Michel Mathiot sur Études Coloniales (30 décembre 2011)

- article de Michel Mathiot sur Études Coloniales (4 août 2011)

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Roger Vétillard

 

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vendredi 17 août 2012

Algérie, référendum 1er juillet 1962 : gigantesque fraude électorale

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 1962, arithmétique électorale algérienne

général Maurice FAIVRE


Lors des élections de 1951 à l'Assemblée nationale (ou algérienne?), les candidats du docteur Bendjelloul, partisan de l'intégration, l'avaient emporté. Les nationalistes algériens, et leurs amis, avaient alors parlé de fraude électorale, dont le journal Le Monde du 3 avril 1952 donna l'explication suivante :
"Le choix n'était pas entre des élections libres et des élections fabriquées. Il était entre des élections fabriquées par des meneurs messalistes, et des élections fabriquées par le Gouvernement Général. nous avons choisi les secondes ".
Cette tradition ne s'est pas perdue, et l'on sait qu'en novembre 1995, les islamistes modérés, et les autres, ont porté plainte pour le même motif.

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référendum du 1er juillet 1962

Mais le record en matière de trucage des urnes s'est produit le 1er juillet 1962. "Il est évident, écrit l'historien Xavier Yacono dans un article de 1982, que les résultats de ce référendum sont erronés ". Comme il n'en précise pas l'importance, nous avons repris les calculs.

Monsieur Kaddour Sator, Président de la Commission de contrôle du referendum, a proclamé les résultats suivants :

Inscrits       6.549.736 Nuls             25.565
Votants      6.017.800 Oui          5.975.581
Exprimés   5.992.115 Non              16.534

Il convient de retirer du total des inscrits les électeurs européens, environ 600.000, dont la plupart n'ont d'ailleurs pas participé au vote. Il reste alors 5.950.000 inscrits musulmans.
Or la population musulmane résidant en Algérie, qui était de 8,47 millions au recensement de 1954, et 12,017 millions au recensement de 1966, a progressé d'environ 3% par an pendant la guerre d'Algérie, malgré les pertes dues au combat, aux attentats, aux disparitions et à l'émigration. Elle est estimée en juillet 1962 à 10,6 millions par l'Union médicale algérienne (chiffre repris per El Moudjahid du 1-2 mai 1981).
Sachant qu'environ 55% de cette population avait moins de 21 ans et ne pouvait donc voter, le nombre des inscrits aurait dû être :

10,6 x 45/100 = 4,77 millions, et le bourrage des urnes est égal à :
5,99 - 4,77 =  1,18 million, soit 24,7% du nombre des électeurs réels.

 Un record inégalé !
On pourra contester la précision de ces chiffres, dont il faut retenir l'ordre de grandeur, et reconnaître que  "L'Algérie, ajoute Yacono, a pris un mauvais départ dans le domaine de la régularité électorale ".
Maurice Faivre
décembre 1995

 

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Il faut rappeler que le délégué du FLN Mostefai avait imposé à l'Exécutif provisoire, contre l'avis de B. Tricot, une question unique au référendum, et avait souligné : "le résultat est connu d'avance". On peut penser qu'une 2ème question sur le maintien de la coopération aurait été majoritaire et aurait imposé au FLN le respect des accords d'Évian. Mais ceci est de l'uchronie.
Maurice Faivre
août 2012

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jeudi 16 août 2012

au sujet d'un article de Chantal Morelle sur les harkis

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questions sur l'accueil des harkis

général Maurice FAIVRE

 

J'ai lu cet article de Vingtième siècle, que je ne connaissais pas : "Les pouvoirs publics français et le rapatriement des harkis en 1961-1962", revue Vingtième siècle, 2004, n° 83, p. 109-119.

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Chantal Morelle note que les pouvoirs ont été débordés, que la logique gaulliste de respect des accords d'Évian a prévalu, mais que sa vision n'était pas accordée à la réalité du terrain.
La référence aux directives de Joxe est bonne, mais elle ignore les directives des wilayas et se réfère aux seuls articles d'Ageron, favorables à de Gaulle et à la modération du FLN,  et qui comportaient des erreurs flagrantes !
L'accueil était prévu sur le papier ! Or il n'a commencé que le 12 juin ! Selon Chantal Morelle, la responsabilité est collective (Joxe, Messmer, Frey). Ils étaient d'accord pour sauver le maximum de supplétifs (sic).
Elle ne parle pas de l'intervention de Pompidou.
La situation provisoire aurait perduré ! Elle n'avait donc rien de provisoire ?
Maurice Faivre

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camp de harkis en 1962

 

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dimanche 12 août 2012

une exposition idéologique, au détriment de la réalité historique

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une exposition iconoclaste

le général de Corps d'Armée FOURNIER

 

Si j’avais été un ancien «fell», j’aurais particulièrement apprécié l’exposition intitulée «Algérie 1830–1962» que le Musée de l’Armée a offert au public du 16 mai au 29 juillet, au cœur de l’Hôtel des Invalides.

Car c’est dans ce haut-lieu de la mémoire des soldats de France, où l’on ne pénètre jamais sans émotion, que l’on a osé présenter, sous couvert d’objectivité, une rétrospective de la guerre d’Algérie, dont le moins que l’on puisse dire est qu’elle est conforme à la «bien-pensance» intellectuelle et médiatique. Les organisateurs ont voulu, disent-ils, faire œuvre de pédagogie en s’inscrivant dans le «temps long» de l’histoire pour éclairer ce drame de l’histoire de notre pays.

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S’appuyant sur les réflexions d’un comité scientifique qualifié, et on le regrette, d’informel par les organisateurs eux-mêmes, cette exposition s’appuie notamment, dans ce temple de l’histoire militaire, sur une bande dessinée qui est loin d’être une œuvre d’historien, mais qui, au siècle de l’image, incruste dans la mémoire du visiteur et notamment des plus jeunes, auxquels elle est visiblement destinée, des idées fausses ou pour le moins sommaires.

Le spectateur averti découvre, quant à lui, de nombreuses contre-vérités, accentuées par des jugements exprimés sans aucune modération ni respect pour la mémoire des victimes de cette époque. Car si les organisateurs affichent le souci de ne pas prendre parti, ils en arrivent pour cela à présenter l’histoire de la guerre d’Algérie en plaçant l’armée française sur un même plan que l’armée de libération nationale algérienne.

Dès les premières salles, consacrées à la période antérieure à 1954, le visiteur est pris en main : l’Algérie était, avant le débarquement français de 1830, un pays, avec ses traditions et ses chefs, tels qu’Abd-el-Kader, qui ne pouvait que se rebeller contre cette invasion. Il est même précisé que celui-ci disposait d’une armée régulière et qu’il avait jeté les bases d’un État moderne. Sans doute les organisateurs ont-ils puisé leurs informations auprès du gouvernement algérien qui martèle ce message depuis cinquante ans.

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Abd el-Kader (1807-1883)
par Godefroid Marie Eleonore (1778-1849),
peint vers 1830-1844 à Paris

On va même jusqu’à transformer en «victoire» remportée par Abd-el-Kader le combat de Sidi-Brahim, à 1 contre 20. Les mânes du capitaine Dutertre, du 8ème bataillon de Chasseurs, qui eut la tête tranchée après avoir été fait prisonnier, apprécieront, tandis que, dans le lointain, on entend désespérément résonner la charge du clairon Rolland.

Pour confirmer ce point de vue de l’existence d’un État, on insiste lourdement sur le «royaume arabe» imaginé par Napoléon III, mais qui n’a jamais connu la moindre réalité… puisqu’il n’existait pas !

Mais ceci n’est encore qu’anecdotique et seuls les historiens y verront malice. Le plus grave est ailleurs.

Car dans la volonté de démontrer le bien-fondé de l’insurrection conduite par le F.L.N., on n’hésite pas à employer, sans l’habituelle objectivité des historiens, des termes qui ne peuvent que choquer lorsque l’on connaît la réalité des faits.

Ainsi parle-t-on de «sanglante» répression lors des événements de Sétif, qui entraîne un «bain de sang», en mai 1945. Ainsi baptise-t-on d’emblée de «début de la guerre d’indépendance» la date du 1er novembre 1954, plus connue, côté français, sous le nom de «Toussaint rouge».

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Ainsi évoque-t-on à nouveau une «contre-terreur sanglante» à la suite des massacres de Philippeville en août 1955.

Ainsi chiffre-t-on à 200 les victimes du fameux 17 octobre 1961 à Paris.

Le souci de placer l’ALN sur le même plan que l’armée française conduit également à quelques raccourcis d’autant plus surprenants qu’ils figurent sur l’un des panneaux destinés aux enfants, qui jalonnent le parcours de l’exposition : l’armée française torture et exécute, le FLN, lui, ne commet que des attentats et des assassinats d’opposants.

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armée française en Algérie

On ne renonce pas non plus à quelques approximations purement militaires : ainsi, l’attaque dite des «1000 djounouds» qui tentèrent, à une seule reprise, un franchissement de force du barrage tunisien devient-elle, cinquante ans après, «des percées en masse du barrage par l’ALN». Sans oublier quelques images complaisantes d’unités de l’A.L.N., défilant ou s’entraînant, à l’abri de la frontière tunisienne, loin des combats, sous les objectifs de quelques photographes étrangers.

Toujours pour donner une allure de troupe «régulière» aux bandes de fellaghas, on présente une note de service du F.L.N. précisant la (bonne) conduite à tenir vis-à-vis des «prisonniers de guerre» français capturés par l’A.LN. Les fantômes des 600 disparus de l’armée française en Algérie apprécieront.

Certes, par souci de paraître objectif, on présente aussi une note du chef rebelle Amirouche ordonnant de torturer systématiquement les captifs avant de les abattre : enfin une vérité !

Vérité aussitôt atténuée par divers commentaires d’une vaste salle consacrée à la torture (par l’armée française) où l’on explique savamment, en se référant à la conquête, que «la violence exacerbée du F.L.N. répond à la violence coloniale initiale» (sic), que «les mutilations spectaculaires renvoient le pouvoir colonial à ses propres violences» (re-sic).

On y présente d’ailleurs des photographies d’un Jean-Philippe Charbonnier, publiées sous le titre de «torture ordinaire», en précisant quand même, par un scrupule tardif, que l’on ne connaît pas l’origine ni les circonstances de ces photos !

Le tout conforté par une interview télévisée, tournant en boucle, de Mme Raphaëlle Branche, qui répète à l’infini ses thèses sur la torture et ses accusations, pourtant déniées par des décisions de justice.

Enfin, insiste-t-on sur le rôle des médias officiels de l’époque, qui «donnent une image négative et caricaturale du F.L.N.».

D’autant plus que les malheureux combattants du F.L.N. sont dix fois moins nombreux que l’armée française, qu’ils vont pourtant tenir en échec, malgré les impressionnants moyens de celle-ci.

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armée française en Algérie

Le terme de «rebelle» est d’ailleurs relativisé par les guillemets dont il est systématiquement accompagné, puisqu’il s’agit, dans l’esprit des organisateurs, de véritables résistants. De même, la «pacification» est également encadrée de guillemets, puisqu’elle n’est en fait que le fruit de la propagande déployée par l’armée française.

En revanche, l’utilisation par le F.L.N. de véritables films de montages (tel que celui de la Fox Movietone, par exemple, où l’on voit un gendarme français abattre tranquillement un algérien, tel un perdreau) relève des opérations d’information réalisées par le F.L.N. pour défendre sa cause.

D’ailleurs, comme il convient d’accréditer l’idée d’un soulèvement général, bénéficiant du soutien massif de la population algérienne, on explique aux visiteurs que seuls 180 000 français de souche nord-africaine ont servi dans les rangs de l’armée française, en omettant soigneusement de comparer ce chiffre aux effectifs des combattants ralliés, de gré ou de force, à l’A.L.N.

Il est douteux que, en dehors de quelques images éparses, les anciens d’Algérie se retrouvent dans cette exposition. Mais il est certain que les jeunes maghrébins du «9-3» pourront y trouver une raison supplémentaire d’en vouloir à la France, car ils trouveront reconnue, dans le sanctuaire historique de l’armée française, la preuve que le combat de leurs pères était juste, qu’il répondait à une aspiration de leur peuple à l’indépendance et qu’il répondait à un nationalisme constamment exprimé depuis le débarquement de Sidi-Ferruch et accru par le manque de reconnaissance de la France, notamment à l’issue de la Première Guerre mondiale, où les soldats de souche nord-africaine ont été abondamment mis à contribution.

Ces jeunes du 9-3 (et d’ailleurs…) trouveront enfin une légitime fierté à voir des termes arabes passés dans la langue française et que l’on invite les jeunes visiteurs à identifier en… écriture arabe, histoire de leur montrer que si la France n’a pas réussi à faire de l’Algérie une province française, l’inverse est en train de se produire !

Voilà où mène la volonté iconoclaste de mélanger imagination et histoire, de confondre histoire des faits et histoire des représentations de ces faits.

Voilà où mène le souci de privilégier l’image au détriment du texte historique : le fil directeur de l’exposition est en effet fourni par la BD de Jacques Ferrandez (qui est par ailleurs d’une excellente qualité graphique) ou par le film «Les Chevaux du soleil» d’après l’œuvre romanesque de Jules ROY, au risque de laisser dans les esprits des «images» fruits de l’imagination artistique mais pas de l’histoire.

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le dessinateur Jacques Ferrandez

Ce qui est quand même le comble pour un établissement baignant dans l’Histoire de France…

On laissera cependant le dernier commentaire à un personnage de la BD, harki s’adressant à son officier en train de lire, avec admiration, une vie d’Abd-el-Kader : «Je ne comprends pas, mon Lieutenant. C’est vous, les Français, qui donnez à vos ennemis l’importance qu’ils ont… Vous aimez vos ennemis plus que vous-mêmes !»

Oui, si j’étais fils ou petit-fils de «fell», j’aurais apprécié cette exposition.

Général (2S) Henry-Jean Fournier

 

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vendredi 10 août 2012

le point de vue de Khalil Oudainia

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l'Algérie après 50 ans de l'indépendance

l'impact de l'histoire sur la relation complexe

et controversée avec la France

le point de vue de Khalil OUDAINIA

 

Dans le cadre d'une série d'articles d'histoire concernant l'Algérie colonisée, j'ai voulu commencer par la fin, analyser les résultats, avant de revenir aux origines, durant la présence française en Algérie, en essayant, le plus possible, d'écarter mes opinions politiques, pour faire une analyse, le moins politisée possible, en collaboration avec le site Études Coloniales, auquel j'ai choisi de participer, surtout, je dis bien surtout, puisqu'il contient un nombre d'analyses, que je considère d'esprit colonialiste.

Cela suscitera un débat, que j'espère constructif. Il sera un jour répandu à une plus grand échelle, sans dénigrement ni péjoration, mais aussi pour son ouverture d'esprit et l'ensemble d'avis variés qu'elle contient.

En tant que jeune algérien, j'ai grandi dans un esprit de doute envers tout ce qui vient de la France, je me suis habitué à être sceptique et même hostile aux politiciens français, en accusant les ministres et les hommes du pouvoir algérien d'être pro-français et de serviteurs de la France, avant mon repentir, si je puisse le nommer ainsi ou prise de conscience, tout étant en même temps, pour l'apprentissage de la langue française, un grand admirateur de la culture française. Pour la petite histoire, je regardais la plupart du temps les chaînes de télévision française, par rapport aux chaînes arabes et anglophones.

De plus si j'avais eu le choix entre l'étude dans une université algérienne ou française, j'aurais certainement choisi la française. On peut donc parler de relation controversée envers notre France bien-aimée.

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Pourquoi cette contradiction, qui trouve audience à mon avis chez une grande partie des jeunes algériens?

En fuyant librement dans l'histoire non officielle de l'Algérie, j'ai été stupéfié à la découverte de beaucoup de vérités qu'on nous a jamais dites. Et au contraire, desquelles on nous apprenait des falsifications. Je pense que beaucoup d'historiens qui se sont consacrés à l'histoire de l'Algérie ont pu bénéficier de leur existence dans les deux rives de la Méditerranée, Benjamin Stora, Henri Alleg, etc. ; je n'ai pas eu cette occasion.

Par contre, je pense qu'étant fils d'une école d'histoire officielle, révolté par la suite, me donne la possibilité d'une vision particulière à l'histoire de l'Algérie ; privilège que j'essaierai d'exploiter le plus utilement possible.

J'ai découvert combien de français, qui ont aidé le FLN, étaient emprisonnés, torturés et même tués pour l'indépendance de l'Algérie.

Comme j'ai découvert les atrocités faites par d'autres français, également, militaires surtout, et les tortures qui peuvent être traitées de toutes les qualifications, notamment dans les autobiographies si différentes de la grande histoire des évènements politiques.

J'ai compris que le FLN n'était pas seul à combattre l'armée française, mais que d'autres fractions le faisaient aussi (MNA, Communistes, …), desquelles on contestait la légitimité de le faire, pour des raisons qui peuvent être justifiées à l'époque, au nom de l'unité de l'action, et la guerre fratricide pour gagner le devant de la scène ! FLN-MNA.

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J'ai aussi découvert que durant l'invasion française en 1830 - sous le prétexte fallacieux du coup de l'éventail - il y avait des compagnies d'indigènes, ainsi qualifiées à ce moment, qui combattaient à côté de l'armée française au cours de la conquête.

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lors de la conquête de l’Algérie s’est formé le premier bataillon de zouaves
(500 hommes), majoritairement composé de kabyles

Les massacres des Harkis et des Européens d'Algérie après le 19 mars et le 5 juillet 1962.

Et également les écrits des historiens, notamment des Algérianistes de l'autre côté de la Méditerranée d'une autre histoire si différente et parfois raciste envers des indigènes à qui ils ont amené la civilisation et la prospérité !

J'étais impressionné par le fait que l'indication des massacres contre les indigènes passait toujours au deuxième plan, et par la contestation des chiffres, notamment des morts, chiffres dont j'admets qu'ils sont fortement à reconsidérer pour se libérer des exagérations faites, mais en même temps constater que la réduction des chiffres exclura toute thèse de crime ou de massacre !

Je ne serai d'aucune courtoisie pour cette part ou l'autre, on n'est pas ici pour faire plaire, ou juger, c'est pour ça il se pourrait bien que j'aie des adversaires intellectuellement parlons, algériens et français également, mais c'est un prix à payer.

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J'admets que le dicton "Toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire" est très juste, mais seulement pour un moment et non pas éternellement comme on essaie de faire en Algérie. Après cinquante ans, je pense que nous avons atteint un certain niveau de maturité qui permet de relater l'histoire de "l'Algérie française" sans complexe, même si cela peut-être difficile, notamment la découverte que la révolution n'était pas si sainte comme on le faisait comprendre.

Je ne vais pas faire le procès des officiels algériens d'après l'indépendance ; ils ont opté pour un choix concernant la présentation de l'histoire algérienne, que je peux comprendre en partie, notamment avec les circonstances d'un pays dévasté par la guerre contre une force déterminée à anéantir la rébellion, même si cela conduisit à détruire le pays, et une courte guerre fratricide après 1962 (les vérités concernant l'histoire du Gouvernement Vichy en sont un exemple clairvoyant), mais je ne vois pas la raison pour laquelle les responsables d'aujourd'hui continuent à le faire!

Le fait historique est omniprésent dans la conscience algérienne, en ce qui concerne l'attitude vis-à-vis de la France, même chez les plus analphabètes qui ne connaissent même pas le groupe des 22 ou 23, selon la divergence des historiens, qui a déclenché l'insurrection.

Il est difficile à beaucoup d'algériens d'admettre que les indépendantistes étaient une minorité bien écartée et que c'est les évènements du Constantinois (1945) qui ont fait basculer beaucoup de partisans de l'assimilation (modérés), comme on les appelait à ce moment, vers l'approche de l'indépendance.

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Donc l'Algérie pouvait bien être  française pour plus de temps. C'est à peu près ce qu'a dit le ministre des affaires étrangères algérien, qui est l'objet d'une compagne de dénigrement à cause de ce que tout le monde ressent et ne peut le dire publiquement.

Ce n'est pas que l'Algérie n'allait pas vers l'indépendance, mais les choses pouvaient se dérouler autrement, comme c'est le cas dans toute histoire certainement. Mais il y eut ce code d'indigénat qui séparait la société en deux classes, supérieure et inférieure, les événements de mai 1945, la séparation entre ces deux communautés que peu de choses reliaient.

Personnellement, en écrivant sur ces sujets, je sais que je pourrai bien être, l'objet d'une campagne de qualifications de traître, serviteur de la France, et de francophile, mais cela ne me surprendra nullement, car l'Algérie est une jeune nation. N'oublions pas que la Suisse présentée comme modèle de liberté et de civilisation, a connu deux guerres civiles atroces avant d'atteindre ce stade, et nous avons beaucoup devant nous pour apprendre à s'accepter les uns et les autres.

Il va sans dire, que je ne me vois pas comme détenteur de la seule et unique vérité historique, car c'est clair qu'il y a beaucoup de ressources que je n'ai pas pu consulter ; d'où la critique de mes visions et analyses est très possible, et je suis prêt à en débattre.

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archives d'Outre-mer à Aix-en-Provence

Cette analyse ne contienne pas tant de faits historiques, mais j'ai considéré qu'elle est nécessaire pour la compréhension de la suite.

C'est pour dire que l'éclaircissement de certains points qui restent peu connus dans cette histoire, en Algérie notamment, influencera et pourra même modifier les relations franco-algériennes, de deux communautés liées à jamais par cette histoire commune, douloureuse et ambitieuse au même temps.

L'histoire en Algérie n'est pas une illusion, laissée pour des romanciers rêveurs ; bien qu'elle n'ait pas connue et ne fait pas l'actualité, en tant que faits substantiels, elle marque indirectement, en la pensée des nouvelles générations, les relations de l'Algérie avec le monde extérieur.

Le cas de la réaction, individuelle et populaire, dans le cas de l'intervention de l'OTAN en Libye est révélateur. Le fait historique est essentiel et ce n'est nullement à cause de quelconque soutien à l'ancien régime libyen.

Certainement la position du gouvernement s'appuie sur d'autres prétextes, que ce champs n'est pas approprié à les analyser.

Ainsi, loin d'une démarche de victimisation, qui peut être utilisée légitimement ailleurs, mais pas dans l'analyse historique, l'examen nous ouvrira des champs larges à exploiter.

Mon prochain article sera intitulé : ce qu'on ne dit pas à propos de la relation des chefs rebelles algériens avec l'administration française.

Khalil Oudainia
7 août 2012

 

 

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jeudi 26 juillet 2012

le journalisme littéraire lit mal Camus

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Albert Camus

 

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Gérard MOLINA

 

Affecter le mépris pour des auteurs du passé en les jugeant à l’aune des convictions du jour constitue une forme de présentisme paresseux grâce auquel le journalisme littéraire espère enrégimenter le lecteur en restant débonnaire.

Cinquante ans après l’indépendance de l’Algérie, l’écrivain et journaliste Philippe Lançon parcourt Alger en quête des traces laissées par la présence française (Libération, 7 et 8 juillet 2012). Devant la grande poste, un étal propose de vieux livres dont une Psychologie du peuple français par un certain Alfred Fouillée, de 1898.

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Alfred Fouillée

Le ricanement s’entend d’ici. Comment ont-ils pu être aussi bêtes ces fausses gloires de la IIIe République ? Lançon ignore sans doute qu’on vient de rééditer des textes politiques d’Alfred Fouillée (1838-1912), après plusieurs œuvres philosophiques de son beau-fils, Jean-Marie Guyau (1854-1888), sans parler du Tour de la France par deux enfants, increvable best-seller de son épouse qui signait G. Bruno en hommage au martyr de l’Inquisition romaine.

Quelle importance puisque Fouillée osa se demander s’il existait une psychologie des peuples, notion héritée d’Hérodote ou, pire, de Herder, et soupçonnée d’avoir fait le lit des crimes collectifs : la nationalisme, l’impérialisme, le racisme, tous les maux en isme qui défigurent la modernité.

Mais Lançon dispose d’un talisman pour éloigner les malfaisants, une mascotte intouchable, le nouveau fétiche de l’empire du bien : Albert Camus. L’écrivain solaire, l’humaniste universel, le contemporain capital, l’Algérien cosmopolite et citoyen du monde, l’homme de la pensée de midi… Camus dont le nom est cité 22 fois dans l’article, sans compter les œuvres mentionnées et les extraits repris !

 

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"des petits chefs-d'oeuvre"...

Hélas, trois fois hélas : le 22 novembre 1938 dans Alger Républicain, Albert Camus rend compte des Fables bônoises d’Edmond Brua qu’il définit comme des «petits chefs-d’œuvre de cocasserie et d’absurdité». Camus lance alors un appel : «À ce peuple neuf dont personne n’a tenté la psychologie (sinon peut-être Montherlant dans ses Images d’Alger), il faut une langue neuve et une littérature neuve. Il a forgé la première pour son usage personnel. Il attend qu’on lui donne la seconde».

Ce compte rendu de Camus est reproduit dans Œuvres complètes, tome 1, Pléiade, 2006, p. 803-805).

Dans les villes algériennes, des usages particuliers du français avaient surgi, que des écrivains locaux ont tenté de transformer en art propre. Après Stéphane Chaseray (1894) et Ernest Mallebay, fondateur de la Revue algérienne, il y eut Auguste Robinet, dit Musette, créateur de Cagayous, sorte de Titi ou de Gavroche d’Alger, élogieusement mentionné par Camus dans sa recension.

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Plus tard, André Lanly restitua ce parler disparu dans Le français d’Afrique du Nord (1962). Que cette littérature soit farcie de paternalisme colonial, voire de dédain, envers les indigènes n’étonnera personne, mais les écrivains arabes francophones surent s’en emparer, y compris afin de la retourner contre les colonisateurs.

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Camus lui-même fut tenté d’utiliser certaines tournures langagières dans L’étranger mais finalement atténua les particularités pour mieux universaliser son fait divers et accentuer le caractère impersonnel de sa «voix blanche» (Roland Barthes).

Cependant, dans le même temps où il réalisait des reportages sur la misère en Kabylie, l’exploitation des ouvriers nord-africains de Paris ou les manipulations de la justice coloniale, Camus trouvait naturel d’inviter à l’élaboration d’une psychologie d’un «peuple neuf», le sien.

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Et c’est bien parce qu’il vit venir l’éradication totale et définitive de ce petit peuple algérien d’origine européenne, qu’il condamna le terrorisme aveugle du FLN et fut même hostile à l’indépendance de l’Algérie. Comme sa mère, femme de ménage illettrée, en faisait partie, il lui parut que la justice ne pouvait passer par son assassinat sur un trottoir d’Alger.

De grands intellectuels parisiens qui «tournaient leurs fauteuils dans le sens de l’histoire» ne lui pardonnèrent pas cette dérobade. Cinquante ans après, un bilan en plus, on en débat encore en oubliant parfois que du côté algérien il s’agissait d’un nationalisme farouche, à tendance exclusiviste et absolutiste, avec une forte composante religieuse identitaire.

Mais il y a plus drôle encore quant à l'effroi indigné que suscite, chez les rebellocrates, l'idée d'une psychologie des peuples. Le "Cahier Livres" de Libération du 12 juillet 2012 consacre un article enthousiaste au Discours sur l'état actuel des moeurs des Italiens que Giano Leopardi rédigea en 1825. Or, "moeurs" désigne ici les habitudes communes, les coutumes, voire les caractères propres à un peuple (les Italiens, alors même que l'unité de l'Italie, de ses provinces et de sa langue n'existe pas du tout en 1825).
Leopardi dégage les constantes ethnographiques qui sont récitées en public par des écrivains actuels, car ils y voient le portrait de leur pays, expliquant l'ère Berlusconi. Et le critique de Libération affirme ainsi que Leopardi "donne une photographie de l'Italie qui, vraiment, semble avoir été prise aujourd'hui même". À Libération, on repousse toute psychologie des peuples, sauf quand elle alimente leurs moulins à vent.

 

Trois précisions enfin

1) Les écrits de la famille Fouillée, que j’ai beaucoup pratiqués, ne m’inspirent aucune adhésion spéciale (ils valent comme témoignage des débats idéologiques propres au moment républicain français) et l’idée d’une psychologie des peuples est dépourvue de sens. Je voulais juste montrer qu’avec Camus on pouvait l’employer sans ethnicisme ni rejet de l’autre, à partir d’usages singuliers et de conduites idiosyncrasiques dans une situation de distance et d’isolement. Fouillée n’est ni Wilhem Wundt (inventeur de la Volkerpsychologie) ni, surtout, Gustave Le Bon. Si l’on veut s’informer des origines et de quelques avatars de cette notion, on peut lire le recueil coordonné par Michel Kail et Geneviève Vermès, La psychologie des peuples et ses dérives (CNDP, 1999), malgré quelques contributions fort contestables.

2) D’éminents écrivains venus de Métropole se sentirent également obligés d’esquisser l’hypothétique personnalité du peuple double d’Algérie (indigènes/européens). Outre Fromentin, Maupassant ou Alphonse Daudet – mentionnés par Philippe Lançon -, on doit citer André Gide (le Journal et les poésies d’Amyntas) et, surtout, Montherlant (Coup de soleil, les premiers Carnets et La Rose des sables) que Camus admira beaucoup du temps d’Alger Républicain.

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3) Le volumineux Dictionnaire Albert Camus (Robert Laffont, Bouquins, 2009), dirigé par Jean-Yves Guérin passe presque totalement sous silence les points que j’ai abordés ici, à l’exception des entrées consacrées à la guerre d’Algérie qui sont le plus souvent impeccables.

La grandiloquence n’étant pas mon fort, j’ignore si «mal nommer un objet, c’est ajouter aux malheurs du monde» mais, mal lire Camus alors qu’on s’en fait le porte-parole ou le thuriféraire afin de moraliner à la cantonnade, c’est à coup sûr ajouter l’inculture à l’arrogance.

Gérard Molina
professeur agrégé de philosophie

 

- voir aussi "Albert Camus, l'homme disputé", Libération, 14-15 août 2012.

- et "Onfray reste prudent", Libération, 14-15 août 2012.

- et encore "Avant-après" (Stora et Onfray), Libération, 14-15 août 2012.

 

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Camus en 1938, photo de sa carte de journaliste

 

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mercredi 18 juillet 2012

Armée et Algérie 1830-1962

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mémoire et vérité

Armée et Algérie 1830-1962 - n° spécial 2012

association de soutien à l'armée française

présentation : Henry PINARD LEGRY

 

écusson ASAF

 

l'armée en Algérie, un engagement total

L’année 2012 marque le cinquantième anniversaire de la fin de la présence de la France sur une terre qui fut française pendant 130 ans et que son armée avait largement contribué à pacifier, administrer et développer.

Elle y avait notamment constitué l’armée d’Afrique, mosaïque de régiments composés d’européens et d’indigènes, qui ont glorieusement participé par deux fois à la défense de la patrie ou à sa libération.

Fidèle à sa devise «Mémoire et vérité», l’Association de Soutien à l’Armée Française a estimé de son devoir de réaliser un numéro spécial :

«ARMÉE et ALGÉRIE 1830-1962»

Ce document est plus particulièrement destiné aux jeunes Français de 20 ans qui n’ont souvent qu’une connaissance sommaire et partiale de cette période de notre histoire.

Mais il offre aussi aux plus anciens, qui ont vécu de près ou de loin les évènements de la période 1945-1962 sans toujours en avoir une bonne vue d'ensemble, la possibilité de les resituer dans un cadre général plus complet.

Alors que de nombreux ouvrages et magazines sont publiés et que des colloques sont organisés, dont certains sont de véritables «chefs d’œuvre» de désinformation, l’ASAF a ainsi voulu réaliser un document pédagogique présentant les faits dans leur contexte et selon une chronologie qui permette à tout lecteur non spécialiste de comprendre la logique de leur enchaînement et les comportements qu’ils ont générés.

Pendant 130 ans, notre armée et nos soldats ont rempli en Algérie toutes les missions que les autorités politiques de métropole leur ont confiées. Ils l’ont fait selon leur conscience, avec le souci de servir au mieux les intérêts supérieurs du pays.

La France et son armée n’ont pas à faire repentance, mais les Français ont le devoir de connaître et de comprendre leur histoire, l’Histoire de la France, parce qu’elle est un élément essentiel de notre identité et de notre unité nationales.

Je tiens à remercier tous les membres de l’ASAF qui ont contribué à réaliser ce numéro spécial, ainsi que l’E.C.P.A.D. et le Service Historique de la Défense (S.H.D.)

Henri PINARD LEGRY Président de l’ASAF

ARMÉE - ALGÉRIE / SPÉCIAL 2012

SOMMAIRE

ARMÉE - ALGÉRIE 1830-1962 / NUMÉRO 1 SPÉCIAL 2012

INTRODUCTION 5

I – L’ARMÉE FRANCAISE ET L’ALGÉRIE,  UNE HISTOIRE ANCIENNE (1830–1945)

II – L’ALGÉRIE EN 1954 18

III – UNE ARMÉE QUI VEUT GAGNER LA PAIX (1954–1956) 29

IV – UNE ARMÉE CONTRAINTE À UNE GUERRE TOTALE (1957) 45

V – UNE ARMÉE INSTRUMENTALISÉE (1958) 75

VI – UNE ARMÉE VICTORIEUSE (1959-1960) 79

VII – UNE ARMEE TRAUMATISEE (1961) 93

VIII – UNE ARMEE HUMILIÉE (1962 ) 97

EPILOGUE 103

ANNEXES 106

Annexe 1 - Les pertes de l’armée française en Algérie 

Annexe 2 - Engagement des Nord-Africains

Annexe 3 - L’accord de cessez-le-feu en Algérie

Annexe 4 - Déclarations gouvernementales du 19 mars 1962

Annexe 5 - Carte des principales opérations

Liste des abréviations utilisées dans l’ouvrage 

 

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- Vous pouvez vous le procurer pour 7,5 euros, port inclus, à l'ASAF, 18 rue Vézelay 75008.

 

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lundi 16 juillet 2012

tournant dans la guerre d'Algérie

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en lisant le livre

de Roger Vétillard sur le 20 août 1955

Jean-François PAYA

 

Il serait présomptueux de ma part de faire une présentation de cet ouvrage apres la préface avisée d’un historien comme le professeur Pervillé. Cependant j’aurais tendance à trouver Roger Vétillard modeste avec un point d’interrogation à la fin de son titre !

Ceci suite à sa démonstration sur l’émergence de la thématique islamique et du terrorisme ethnique massif qui trouva son apogée le 5 Juillet 1962 à Oran.

Mais ce qui me fascine, sans me surprendre, habitué "des coups tordus" dans ce conflit, ce sont les quelques pages que l’auteur consacre à la possibilité, argumentée, dont il semble convaincu, selon laquelle certains éléments de l’Armée et de l’Administration aient pu ne pas être surpris par ces événements dramatiques qui selon lui ont été a priori sous estimés dans leurs prévisions et leur ampleur.

D’aucuns risquent, comme ce fut le cas pour les massacres du 5 Juillet à Oran, de prétendre, même devant une certaine évidence, à «l’invention de véritables romans policiers» (Nouvelle Revue d’Histoire, 4H p 33).

Il est vrai que l’on disserte rarement «des trains qui arrivent à l’heure» et du non événement préalablement évité.

Pourtant il faudrait bien qu'un jour on parle de la tranquillité relative de la ville d’Oran en cette période et pourquoi les réseaux Bombes du FLN n’ont pu y proliférer ! et ce ne fut pas pour ce dernier faute de l’avoir envisagé.

Pour nous résumer il faudrait développer sur le fait que l’organisation urbaine était largement infiltrée grâce à un travail remarquable de renseignements et de contacts. De ce fait les émissaires ou formateurs généralement venus de l’extérieur étaient vite neutralisés par des opérations de guerre ciblées dont on ne retrouvera pas trace dans les archives militaires ou judiciaires ! Aussi point de Yacef Saadi et cie Oranais pour se pavaner ultérieurement.

Il faut aussi reconnaître que ce travail de l’ombre dans une guerre reconnue a posteriori, était moins gratifiant pour ces acteurs que sous les "sunligts" d’Alger !

Honneur à ceux qui firent "arriver les trains à l’heure" et peut-être encore aujourd'hui en les empêchant de dérailler.

Mais cela nous éloigne du livre de Roger Vétillard qui selon nous indique bien un véritable tournant dans la guerre d’Algérie

Jean-Francois Paya

 

Texte dédié entre autres au colonel SALA de Sidi Belabbes, polytechnicien, arabisant, capitaine au 2e Bureau d'Oran et à tous nos amis Musulmans de cette époque tragique.

 

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à Oran en 1941

Statue de Ste Jeanne d'Arc d’Oran érigée grâce à une souscription populaire dans toute l’Oranie en 1931 année de sa béatification. Exilée aujourd’hui à Caen en Calvados loin de beaucoup des siens.

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à Caen

Jeanne d'Arc Oran à Caen
à Caen

 

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