samedi 12 janvier 2013

les harkis, selon l'anthropologue Vincent Crapanzano

Crapanzano, couv

 

les harkis auraient mérité une

analyse plus nuancée

général Maurice FAIVRE

 

Vincent Crapanzano, Les harkis. Mémoires sans issue, Essai, Chicago 2011 (the wound that never heals). Gallimard 2012, 295 pages, 26 euros.

photo_53-160x222 Anthropologue de l'université de New York, l'auteur découvre en 1980 la blessure inguérissable des harkis, alors qu'à l'époque de la guerre d'Algérie, il était partisan des nationalistes et admirait Sartre et Fanon. Il a lu de nombreux ouvrages et rencontré des militants de la cause harkie.

N'ayant pas fait de recherches en archives, ses données historiques contiennent des erreurs (1) qui nuisent à la pertinence de ses réflexions et de celles des témoins. Il reconnaît d'ailleurs que Paulette Péju est peu crédible, Saïd Ferdi excessif, Arfi et Klech confus et peu équilibrés ; beaucoup ne savent rien et se contredisent.

Les thèses des militants concernant les harkis auraient mérité une analyse plus nuancée. Sont-ils vraiment les produits de la domination et du paternalisme colonial, soumis au racisme des Français d'Algérie, à une discipline tyrannique et à l'humiliation, ont-ils été incarcérés dans des camps pendant 20 ans et séparés de leur famille ? Les commandants de camps étaient-ils corrompus, les instituteurs sadiques et incapables ?

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harkis, 1956

Certaines réalités sont heureusement prises en considération : la naissance tardive du nationalisme, les cruautés du FLN, la distinction entre la torture utilitaire des uns et expiatoire des autres, la misère des supplétifs restés en Algérie, la déception de ceux qui retournent dans le bled et la reconnaissance du mieux-vivre en France.

De nombreuses familles se sont bien intégrées, leurs enfants ont eu de remarquables réussites. Mais les pères se sont emmurés dans le silence, certains enfants ne l'ont pas supporté, ils se sont révoltés parce qu'ils ignoraient leur histoire.

S'il n'est pas niable que le gouvernement français a cru à tort qu'il n'y aurait pas de représailles, il n'est pas responsable des massacres, mais de l'improvisation initiale des rapatriements. Il a fallu six mois pour que l'armée prenne l'affaire en main.

Khemisti Bouneb, anthropologue qui a vécu dans ces camps, observe «qu'il y a eu une très grande exagération à propos de ces milieux fermés... parmi les dirigeants de ces camps, il y avait des gens formidables et dévoués... Ce n'étaient pas... des Club Med, il y régnait une discipline stricte, mais ils répondaient aux exigences du moment, à savoir la prise en charge globale de familles rapatriées dans l'urgence».

Maurice Faivre,
historien et ami des harkis

 

1 - Guy Pervillé, Anne Heinis, Jean-Jacques Jordi et Maurice Faivre sont souvent cités, mais plus discutables sont Charles-Robert Ageron, le général Buis, Jean-Pierre Vittori, Michel Roux, Tom Charbit, Dalila Kerchouche et Fatima Besnaci, alors que sont ignorés le général François Meyer, le conseiller d'État Michel Massenet, le docteur K. D. Bouneb, Daniel Lefeuvre et Roger Vétillard. Les erreurs les plus flagrantes concernent - l'évaluation des victimes : ils seraient 6.000 à 45.000 en mai 1945, des centaines jetés dans la Seine le 17 octobre 1961, 1.500.000 Algériens et 55.000 Pieds Noirs disparus, - et les effectifs : 400 SAS, 260.000 pro-français en mars 1962, 85.000 harkis rapatriés. Salan organise le quadrillage, et le plan Challe est situé en 1958.

_____________________________

 

autre erreur :

Aziz Meliani, cité p. 10, n'est général mais colonel de l'armée française.

M.R.

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mercredi 9 janvier 2013

une biographie sur Frantz Fanon, de David Macey (Marc Michel)

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Fanon, "un écorché vif"

une biographie hagiographique

Marc MICHEL

 

David MACEY, Frantz Fanon, une vie, traduit de l’anglais par Christophe Jacquet et Marc Saint-Upéry, Paris, La Découverte, 2011, 597 pages, 8 cartes, index.

Frantz FANON, Œuvres, Peau noire, masques blancs, L’An V de la Révolution algérienne, Les Damnées de la Terre, Pour la révolution africaine, Paris, La Découverte, 2011, 884 pages.

 

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Frantz Fanon fut presque un mythe dans les années 1960, considéré comme un des prosélytes du tiers-mondisme violent ; il est bien oublié aujourd’hui comme beaucoup de révolutionnaires romantiques de ces années embrasées.
Avec cette hagiographie documentée, il fait l’objet d’une résurrection quelque peu inattendue. Car il s’agit d’une hagiographie où il est difficile de trouver des réserves envers un théoricien de la violence «juste» des «damnés de la terre» pendant la guerre d’Algérie, un intellectuel révolutionnaire qui n’a partagé aucun des doutes d’un Camus, ce dernier accusé, au passage, par l’auteur d’avoir «partagé la plupart des préjugés des pieds-noirs» (p. 499) ; celui-ci ne semble donc pas avoir lu les Chroniques algériennes de l’écrivain pied-noir.
Ce qu’on retint alors de Frantz Fanon a été son engagement qui l’a mené à devenir une sorte d’ambassadeur itinérant du FLN avant sa mort, à 36 ans, d’une leucémie le 6 décembre 1961 dans un hôpital américain à Washington et, paradoxalement, un écrit, dont il ne fut pas l’auteur, la préface de Sartre aux Damnés de la Terre, en 1961.

L’auteur, professeur honoraire de traductologie de l’Université de Nottingham, a entrepris son travail sous l’émotion d’un souvenir de jeunesse lorsqu’il fut témoin d’un de ces lamentables «délits de faciès» qui émaillaient - émaillent - les contrôles de police ; il venait de découvrir les Damnés de la Terre et L’An V de la Révolution algérienne dans la librairie de François Maspero.

monumentale biographie

L’entreprise aboutit en 2000 à cette monumentale biographie, traduite et publiée aujourd’hui avec une postface engagée d’actualité dont la signification lui parait se résumer dans une réflexion empruntée à Peau noire, masques blancs : «l’explosion n’aura pas eu lieu aujourd’hui. Il est trop tôt … ou trop tard».

Car Frantz Fanon fut d’abord un médecin martiniquais avant d’être un révolutionnaire algérien. On ne résumera pas ici sa vie courte - il est mort à 36 ans, - mais particulièrement riche, retracée dans le détail par David Macey. Celui-ci commence son ouvrage par un chapitre sur la mémoire dont il ressort qu’autant l’oubli l’a emporté en France, autant le souvenir de Fanon a «proliféré» parmi les révolutionnaires du Tiers-monde, du Frélimo mozambicain au FIS algérien et aux États-Unis, depuis la vogue des études «postcoloniales».

Ensuite, David Macey suit pas à pas son héros dans sa jeunesse en Martinique dans un milieu «petit-bourgeois», sa participation dans la Seconde Guerre mondiale comme simple soldat  déjà très critique sur son engagement «pour défendre un idéal obsolète» (p. 123), sa formation en France, à Lyon, parce qu’il y avait «trop de nègres à Paris» (p. 136) et ses premières expériences de médecin psychiatre à Saint Yilié près de Dole puis à l’hôpital Saint Alban-sur-Limagnole, près de Mende où il profite de l’influence d’un médecin pratiquant une psychiatrie de pointe, Francis Tosquelles.

Revenu à Fort de France en 1952, il entre en contact avec Francis Jeanson qui accepte de rédiger une grosse préface au livre que Fanon publie alors au Seuil, Peau noire, masques blancs. Pour le jeune médecin, il n’a que 27 ans, c’est une reconnaissance littéraire, sinon scientifique, de son expérience vécue et de ses observations médicales ; il y puise une réflexion théorique à l’écart du marxisme, mais aussi de la «Négritude» senghorienne, fondée sur la différence ethnique comme inhérente à la situation coloniale, différente cependant de la réflexion d’Octave Mannoni dont la De la Psychologie de la colonisation a paru deux ans plus tôt. Derrière le travail théorique, se profile un trait de la personnalité de Fanon, décelé déjà par son compatriote poète Edouard Glissant : Fanon, «écorché vif» (p. 137).

Après sa réussite à l’examen de  médecin psychiatre en juin 1953, il est affecté en Algérie à Blida, au sud de la Mitidja, où il arrive fin 1953 avec sa femme Josie qu’il vient d’épouser. Il ne connait rien de l’Algérie. Il y trouve une vie confortable, «gagnant plus que le Français moyen d’Algérie», se consacre à son travail avec une impressionnante et redoutable volonté (les «soins» psychiatriques étaient encore très brutaux) et il tente d’imposer de nouvelles techniques : la «thérapie occupationnelle» et le recours à la psychanalyse.

virage décisif, fin 1956

Mais sa méconnaissance de l’arabe et du berbère est évidemment un handicap qu’il a du mal à surmonter. Lorsqu’éclatent les «événements» d’Algérie, en novembre 1954, l’engagement de Fanon est très problématique et il le restera longtemps.
En février 1956, le docteur Fanon est encore légaliste au point d’avertir Mandouze de l’éventualité d’une provocation droitiste à l’occasion de la venue de Guy Mollet à Alger. Il ne prend le virage décisif qu’à l’extrême fin de 1956 en présentant sa démission suivie de son expulsion en janvier 1957. Dès lors commence pour lui un «exil» en France puis en Tunisie ; il est impossible de dire qu’il a choisi la «nationalité algérienne», puisqu’elle n’existait pas encore, mais «à ses propres yeux, il n’était plus français» (p. 323).

Il est difficile aussi de bien connaître ses activités qui paraissent alors avoir été plus d’ordre théorique que pratique de médecin ; il devient surtout un porte-parole intransigeant du FLN, un polémiste «efficace» et un  collaborateur d’El Moujahid. À la fin de 1958, commence la dernière période de sa vie comme délégué du GPRA dans les pays africains. À ce titre, il participe à la Conférence des Peuples africains réunie par Nhrumah à Accra où il rencontre pour la première fois  les leaders révolutionnaires de l’Afrique noire ; il se lie curieusement à deux hommes aussi opposés que Holden Roberto (leader nationaliste angolais) et Félix Moumié (leader de l’Union des Populations camerounaises) et déclare sa foi en Sékou Touré (il est vrai encore auréolé de la gloire du «non» à de Gaulle).

Le FLN le délègue au sud dans le front éloigné de la wilaya sud au Sahara, ce qui peut ressembler aussi à l’éloignement. Mais, surtout, ses nouvelles relations africaines en font en 1960, année des indépendances, le recruteur d’une mythique Légion africaine avant de revenir bredouille et épuisé à Tunis. Il continue cependant sa mission de commis-voyageur de la cause algérienne, dans les pays socialistes, à Moscou ; il écrit et publie de multiples articles militants, et, par les soins de François Maspéro, L’An V de la Révolution algérienne en 1959 et en 1961 son livre majeur Les damnés de la terre, préfacé par Sartre.

L’accueil fut mitigé ; Jean Daniel, pourtant ouvert aux thèses anticolonialistes désavoua  Sartre et Fanon dont l’ouvrage lui parut une apologie de «l’assassinat rédempteur… annonciateur des justiciers barbares» (p. 493). À posteriori, les jugements sont encore plus sévères : un ouvrage «hétéroclite», estime David Macey lui-même, on n’y observe «nulle trace de recherche documentaire», où se mélangent «les impressions de ce qu’il a vu des États nouvellement indépendants d’Afrique noire et une description cauchemardesque de l’Algérie coloniale» (p. 480-481). Au total, le lecteur peut s’interroger sur les raisons qui ont pu le faire considérer comme la cette soi-disant «Bible du tiers-mondisme».

 

livre militant pour une cause mémorielle

David Macey ne cache pas sa sympathie pour son héros. Malgré des manifestations d’adhésion ici ou là à son romantisme révolutionnaire péremptoire, force est de constater que l’idéologie de Fanon, et son engagement, correspondaient à une époque bien dépassée et que Fanon reste «une figure mystérieuse et inclassable» (p. 29).

Mais l’auteur écrit par émotion (au départ, un souvenir) et comme la vie de Fanon peut finalement se résumer brièvement, il nous assène de multiples développements sur l’histoire des lieux où Fanon a vécu ou milité. Le problème est que cette mise en contexte est loin d’être historiquement sûre. On ne saurait juger ici de la validité des développements théoriques (intéressants) sur la psychiatrie et la psychanalyse qui accompagnent plusieurs chapitres.

Par contre, on ne peut qu’être critique envers les très longs développements sur l’histoire des relations franco-algériennes, lue à travers des ouvrages de seconde main ou des publications engagées, très rarement des travaux d’historiens et aboutissant à des énormités telle que celle-ci «La France fit la conquête de l’Algérie le fusil dans une main de la quinine dans l’autre» (p. 233) ou qualifiant le massacre de Mélouza «d’incident» (p. 373).

La volonté de «bien faire comprendre» aboutit à des dizaines et des dizaines de pages plus ou moins hors sujet, les unes totalement tel un récit sommaire de la bataille de Dien Bien Phu (p. 263), les autres  faisant illusion et trahissant, en réalité, la complexité des problèmes de la guerre d’Algérie, voire de l’histoire de France elle-même. Approximativement appréhendée, elle se traduit par des erreurs parfois amusantes, par exemple lorsque l’auteur attribue à «un membre du Parti communiste» la loi de fermeture de maisons closes en 1946 ; Madame Marthe Richard eût été surprise de cette affiliation ! Détail, certes, mais qui rend soupçonneux.

Au total, un gros livre, une biographie minutieuse, une mise en contexte qui n’apporte rien de nouveau, un livre militant pour une cause mémorielle qui peut paraître fort datée. Les plus âgés d’entre nous y trouveront le souvenir d’une époque où l’engagement était «naturel», les plus jeunes l’évocation d’un personnage sulfureux qui déchaîna quelques passions parmi les intellectuels de gauche à l’époque.

Un mérite de l’ouvrage est sans doute de rappeler que Les damnés de la Terre (quel beau titre !) ne doivent pas occulter Peau noire, masques blancs, à notre sens le livre vraiment majeur de Frantz Fanon. Fort opportunément, les éditions de La Découverte ont édité en livre de poche les œuvres complètes de Fanon, ce qui permettra au lecteur d’en juger.

Marc MICHEL
Université de Provence

 

- décès de David Macey

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Fanon

 

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Franz-Fanon

 

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jeudi 3 janvier 2013

les victimes oubliées de 1956-1957

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le général Maurice Schmitt

 

terroriste honorés, victimes oubliées

général Maurice SCHMITT

 

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cliquer sur l'image pour l'agrandir et la lire plus aisément

Excellente miise au point du général Schmitt dans le numéro 94 de la revue Floréal (DPLV), Hiver 2012 (signalé par le général Maurice Faivre).

 

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dimanche 30 décembre 2012

massacres du 20 août 1955 dans le Nord-Constantinois

 

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le bilan des Européens tués le 20 août 1955

dans le Nord-Constantinois

Roger VÉTILLARD

 

En août 2012, réagissant à un commentaire concernant la listes des tués européens du 20 août 1955 publiée dans mon dernier livre traitant de ces journées dans le nord-constantinois, j'indiquais que j'avais repris une enquête pour tenter d'approcher de plus près la réalité des victimes et corriger les erreurs éventuelles de ce premier bilan qui signalait 133 victimes.

Je termine cette enquête et comme promis j'informe Études Coloniales des résultats obtenus. J'ai bénéficié de plusieurs concours de circonstances favorables concernant Collo, Philippeville, El Halia, Jemmapes et Constantine : des correspondants m'ont transmis des enquêtes et recherches faites sur ces localités.

Ainsi, il m'a été communiqué par deux sources différentes, un bilan établi à l'époque par un prêtre, le père Norbert Poupeney qui a, m'a-t-on dit, pu consulter les archives du diocèse de Constantine où il a exercé son ministère (n'y figurent en effet pas de noms de victimes non catholiques). Plusieurs familles m'ont contacté pour me dire qu'un de leurs parents avait été mis par erreur sur la liste des tués et d'autres pour me signaler des noms qui ont été oubliés.

Et surtout, le Service d'état-civil du ministère des Affaires Étrangères a cette fois pu me communiquer les actes de décès survenus les 20, 21 et 22 août concernant  des victimes dont je leur ai transmis les noms prénoms et lieu de décès. Une demande identique faite en avril 2010 était restée sans réponse. J'ai reçu 92 actes de décès. Mais les registres de certaines communes (Jemmapes et Damrémont) ne sont pas disponibles et les blessés qui sont décédés après le 22 août et ceux qui ne sont pas décédés dans la commune où ils ont été blessés n'ont pas tous été recensés.

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enterrement des victimes "européennes" au cimetière de Philipeville

bilan

J'ai retenu 117 noms soit :

- 100 personnes pour lesquelles je possède toutes les preuves de leurs décès causés par les événements du 20 août 1955 (actes de décès pour 92 d'entre elles, accompagnant témoignages familiaux, rapports professionnels, rapports officiels, avis de décès dans la presse, etc.) ;

- 11 personnes pour lesquelles je ne possède pas tous les éléments précédents notamment pas les actes de décès, pas de témoignage familial,  mais où la quasi certitude de leur décès provient de sources incontestables. Ainsi par exemple, le nom d'Armand Paiou tué à El Halia est présent dans plusieurs rapports officiels, mais absent dans d'autres, on le retrouve dans le bilan effectué par le directeur de la mine le 2 septembre, il est cité lors des procès qui ont eu lieu en 1958 et le tribunal a ordonné l'exhumation de son corps aux fins d'un examen médico-légal.

Je n'ai pas non plus l'acte de décès de monsieur Reynaud, administrateur civil d'El Milia qui ne figure pas dans les bilans officiels mais j'ai obtenu la confirmation de son décès par sa fille Fanny et j'ai retrouvé l'avis de décès paru le 24 août 1955 dans La Dépêche de Constantine qui a consacré le lendemain un article à la cérémonie des obsèques. Deux personnes me sont signalées par Jean-Claude Rosso qui mène depuis plusieurs années une grosse enquête sur les disparus concernant plus de 2000 disparus.

- Pour 6 autres, le doute n'est pas entièrement levé. Notamment pour une famille de 3 personnes de Damrémont dont le décès est signalé par un rapport de gendarmerie et un article de L'Écho d'Alger. Dans La Dépêche de Constantine il ne s'agit plus que de 2 personnes et les noms ne sont pas orthographiés de la même façon. Un témoin – Urbain Cuny  - qui travaillait au domaine Ramonatxo non loin de ce village m'a assuré qu'il s'agissait de 3 membres de la famille Rosello.

À ce jour, sauf information nouvelle, j'entérine le chiffre de 117 victimes civiles européennes directes lors de l'insurrection du 20 août 1955 dans le nord-constantinois.

Roger VETILLARD

 

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samedi 29 décembre 2012

accords d'Évian, très vite démantelés...

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des accords qui ne firent pas une réconciliation

Guy PERVILLÉ

 

Guy Pervillé, Les accords d’Évian (1962). Succès ou échec de la réconciliation franco-algérienne (1954-2012), Paris, Armand Colin, Collection U, Histoire, "Les événements fondateurs", septembre 2012, 288 p.

Ce livre reprend, complète et surtout met à jour le livret illustré d’extraits de presse que son auteur avait publié il y a vingt ans dans la collection de la Documentation française intitulée "Les médias et l’événement", aujourd’hui disparue. Partant de l’événement du 18 mars 1962 (signature des accords d’Évian destinés à mettre fin à la guerre d’Algérie), il remonte davantage vers les origines de la négociation entre la France et les chefs du nationalisme algérien, et montre même pourquoi ces négociations étaient impensables, dans l’esprit des dirigeants français, avant 1955.

Mais aussi et surtout il s’intéresse aux suites et aux conséquences de cet événement en allant jusqu’à une histoire immédiate ou presque immédiate (premier semestre 2012). Ainsi ce livre nous présente une première esquisse de l’histoire des relations toujours difficiles entre ces deux partenaires, la France et l’Algérie.

Entre 1954 et 1962, la politique algérienne de la France évolua très rapidement, du principe de l’intégration croissante de l’Algérie dans la métropole à la recherche d’une négociation sur l’autodétermination de ses habitants et la définition de nouveaux rapports entre deux États indépendants.

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négociations franco-algériennes

désillusions

Les négociations entreprises en 1961 entre le gouvernement français et le Gouvernement Provisoire de la République Algérienne (GPRA) représentant le Front de Libération Nationale (FLN) aboutirent aux accords d’Évian du 18 mars 1962. Mais leur application tourna très vite au démantèlement de ces accords, et dans le demi-siècle qui suivit toutes les tentatives de relance de relations exemplaires entre l’Algérie et la France ont abouti à des désillusions. Pourquoi ? C’est ce que ce livre se propose de rechercher et d’expliquer.

Les accords d’Évian, qui mirent fin officiellement au mythe de "l’Algérie française" et aboutirent en de longs mois chaotiques à la séparation de deux États, font bien partie des événements fondateurs de notre temps. Un demi-siècle après leur signature, il appartient à l’histoire de relayer des mémoires trop sélectives.

Guy Pervillé

 

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Guy Pervillé, professeur émérite d’histoire contemporaine, travaille sur la politique algérienne de la France, la guerre d’Algérie, et les relations franco-algériennes, depuis plus de quarante ans.

 

- lire tout le débat entre Jean-François Paya et Guy Pervillé, puis avec Lounis Aggoun, sur le site Le coin du Popodoran.

 

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vendredi 28 décembre 2012

officiers algériens passés par l'armée française, alias "DAF"

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les leaders algériens, leur relation

avec la France et le monde (2)

   Oudainia KHALIL

 

Partie 1 : http://etudescoloniales.canalblog.com/archives/2012/11/29/25710509.html

Partie 2 : au sujet des officiers algériens qui sont passés par l'armée française, alias "DAF" (déserteurs de l'armée française).

 

la lutte des clans exploite politiquement des références  historiques

Je pense que le fait de surligner une partie non-connue sur une grande échelle, de la relation des nationalistes algériens avec l'Administration coloniale aidera bien à donner une autre dimension à l'analyse du problème des officiers indigènes de l'armée française ralliés à l'ALN durant les dernières phases de la révolution algérienne.

Ils sont qualifiés d'espions, mais personne ne le prouve, une thèse pour moi fausse, jusqu'à la preuve du contraire. J'aimerais bien que les services français nous montrent s'il y avait des espions et qui étaient-ils, puisque 50 ans se sont écoulés, et normalement l'archive est déclassée!

Probablement la France les a poussés indirectement à la désertion pour :

- se débarrasser d'officiers douteux de son armée.

- préparer son influence sur le jeune pays indépendant, privé de cadres, et par conséquent, leur positionnement est presque certain dans la haute hiérarchie du pouvoir.

C'est compréhensible, et peut-être naturel même dans les rapports de forces entre les pays, mais nous ne pouvons pas d'une facilité déconcertante les traiter tous d'agents français sans s'appuyer sur des preuves tangibles ; en notre temps l'empire des États-Unis prépare son influence en offrant des formations aux jeunes étudiants, futurs cadres, afin qu'ils privilégient des relations économiques et partenariats avec les États-Unis d'Amérique, d'Ailleurs des leaders dans le monde ont bénéficié de stages offerts par les ambassades des États-Unis ; leur politique concorde généralement avec les politique des USA.

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futurs officiers de la marine nationale algérienne en URSS (source)

Aussi en Algérie indépendante, il y avait beaucoup de cadres qui ont suivi des formations et préféraient des relations étroites avec l'URSS, nous ne pouvons dire qu'ils sont des agents de l'URSS ; ils étaient des communistes ou des socialistes et voyaient que ce pays peut apporter le mieux à leur patrie, l'Algérie.

Certes l'URSS n'occupait pas l'Algérie, et c'est une différence majeure, mais l'analyse des relations internationales nous donne une vision assez proche.

On ne nie pas qu'il puisse y avoir des agents parmi les déserteurs algériens, mais ils ne sont pas si nombreux comme on tente de prétendre à chaque crise de pouvoir.

Deux frères algériens étaient incorporés en l'armée française durant la guerre de libération, l'un d'eux a déserté, et est devenu à un certain moment un haut responsable, sinon le plus haut responsable, au pouvoir algérien, l'autre a préféré partir avec l'armée française qui quittait le pays et a devenu, des années plus tard, un officier supérieur de l'armée française !!!

Cela montre la relation complexe entre ces deux pays, vous êtes d'accord avec moi, au moins sur ce point.

Ça montre aussi que ces deux pays sont vraiment liés par l'histoire et il n'est pas facile de les dissocier, contrairement aux cas de la Tunisie et du Maroc qui étaient des Protectorats.

 

loin de la naïveté de débat : bons contre méchants, irraisonnable

En Algérie, ce constat est presque le seul qui règne. Je tire des débats algériens un exemple significatif ci-dessous, sur la polarisation qui frappe le pays et politise l'histoire et la religion :

السلام عليكم أولا أنا لم أقرء الكتاب لأنني أدرك ما سيقوله ولن يفاجئني بأي جديد. أيها القراء نحن الجزائريين شئنا أم أبينا وسواء اعترفنا أو أنكرنا شعب انقسم إلى قسمين :

الأول ... ويضم أنصار الجبهة الإسلامية و بعض الحقوقيين والوطنيين الشرفاء الذين حتى وان اختلفوا مع الفيس فلهم غيرة الرجل الشهم على وطنه وشعبه واتفقوا على الهدف.

الثاني ... ويضم كل الوصوليين اللصوص المرتزقة ومن من لا شرف ولا عزة نفس له ولا ذمة وهؤلاء هم العبيد أما أسيادهم فهم حلف غريب بين أبناء الحركى ممن يدعون الوطنية والفرنكوشيوعيين مع وهنا الكارثة مع الإسلامويين الذين قتلتهم الغيرة والحقد.

وعليه أقول الجزء الأول من الشعب ليسوا ملائكة لهم بعض الأخطاء لكنهم ليسوا سيئين
أما الفئة الثانية فو الله الذي لا اله إلا هو كل فرد فيهم يعرف الحق و يعلم حقيقة ما حدث لكن حب الوطن عفوااااااااا حب البطن أعمى قلوبهم فهم كالكفار تحسبهم متحدون لكنهم متفرقون يجمعهم حب المال والسلطة وحقدهم وغلهم على هدا الشعب.

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Ce commentaire tiré au hasard, explique et prétend que les Algériens sont divisés en deux parties :

1 - les partisans de l'Ex-FIS (Front Islamique du Salut) et leurs alliés (les bons).

2 - les ennemis de la Patrie (Harkis) selon le terme utilisé et leurs alliés "serviteurs de la France surtout", désireux d'enrichissement, qui sont des traîtres (les mauvais).

Donc à la fin, le débat conduit à jeter des avis élaborés précédemment, et à affirmer que le partisan de l'autre avis est un traître !!

Cependant l'analyse des faits sus-relatés (partie 1), sur une base de comparaison abstraite concernant les déserteurs de l'armée française et les nationalistes algériens durant l'occupation française nous conduira à des constats évidents qu'on refuse de dire, ou nous pouvons les dire, au risque de sembler appartenir à des groupements idéologiques en Algérie, selon les désirs des arbitres de conscience !

Cette analyse est farouchement attaquée d'une manière dogmatique et non raisonnable ; je présente ci-dessous deux modèles semblables illustratifs dans le monde des médias :

1 - La critique d'Israël dans les médias occidentaux, dans leur majorité, est un élément qui vous rend certainement infréquentable.

2 - En Afrique du Nord ou au Moyen-Orient, le fait de dire de l'État d'Israël est un état moins oppressant que les dictatures arabes elles le sont, et il procure un niveau de démocratie, disons-le, acceptable, est équivalent, selon certains chauvins, qui ne manquent pas dans cette région du monde, à une admiration ou à un soutien à cet état

Cet état trouve la légitimité sous le pseudo étiquette "l'oasis de la démocratie au Moyen-Orient". Cette argumentation ne signifie nullement un soutien à cet état raciste, mais comme même tout de suite vous êtes taxés de "pro-israélien" !

 

Hizb França

le dogme prévaut la raison surtout si l'avis vient d'un adversaire politique qu'on veut anéantir et non pas vaincre

C'est le même cas en Algérie, quand certains intellectuels expliquent que ce débat n'est pas la meilleure façon pour traiter la réalité algérienne, on les qualifie sans s'attarder, de serviteurs de ce qu'on nomme en Algérie "Hizb Farança" (le parti de la France) et à sa tête ces déserteurs et anciens de l'armée française.

Les choses peuvent encore être rattrapées en Algérie, bien que la situation s'aggrave de jour en jour, à cause notamment des disparités sociales entre les pauvres et les riches (parmi eux ces déserteurs et leurs cercles élargis), qu'on pose des questions légitimes sur la provenance de leurs fortunes.

Le fait de les voir comme agents et par conséquent, des ennemies à la nation, rend l'opposition à ce régime plus radical. D'autre part, à cause de certains comportements d'individus, ou de leur entourage, appartenant à cette oligarchie, et aussi à cause des sermons de leaders se prétendant représenter le courant islamiste, l'opposition s'effectuera désormais sous le titre : musulmans contre impies!

On peut relever deux points dans cette évolution d'attitude :

1 - ces mêmes comportements (déviation morale), reprochés aux détenteurs du pouvoir, sont visibles dans la société algérienne qui, contrairement à l'image diffusée en les médias occidentaux, n'est pas si réservée et conservatrice.

Outre à l'accusation d'être des agents français, les reproches sont faites surtout aux dirigeants, et non pas aux personnes venant des classes modestes, devant les mêmes accusations. C'est de l'Instrumentalisation de la Religion I.

 2 - ce fait se confronte à l'instrumentalisation de la mosquée, par l'État qui fait des compagnes dedans même lors des élections par exemple. Tandis que le ministère des affaires religieuses prône au même temps l'exclusion de cet espace des débats politiques. Instrumentalisation de la Religion II.

 

Cette exploitation de la religion par les opposants et les partisans n'a aucune base réelle dans la Religion telle que trouvée dans les sources principales (Coran et Sunna).

C'est une Instrumentalisation politique de la religion, comme c'était le cas pour l'histoire de la guerre de libération, clairement visible dans la course au pouvoir.

La critique de cette oligarchie militaire a bien des motifs et d'arguments devant elle, et n'a pas besoin de s'engouffrer dans cet itinéraire. Sa restriction en ces points, pousse l'affrontement vers un combat violent voire armé.

Beaucoup de dirigeants algériens tombent dans la paranoïa ridicule de nationalisme avéré anti-français seulement, d'une manière déconcertante, qui signifie au final de dire le gouvernement trahit la nation, et ne parvient que d'une classe francisée coupée des masses, qui a des origines provenant des serviteurs de la colonisation durant la période de l'occupation, pourtant certainement beaucoup de ces mêmes critiqueurs ne rateraient pas l'occasion d'entretenir des bonnes relations avec le pouvoir français s'ils auraient l'occasion ! De plus la masse algérienne et française n'a rien à voir avec ces querelles politisées, à l'exclusion de peu de gens comblés de préjugés de part et d'autre.

Oui cette classe francisée existe, et nous l'avons longtemps critiquée pour ces opinions, qui sont, je dirais bien, considérablement différentes des aspirations de la population, et même de la tradition de l'Algérie ; cependant si des points de vue concordent, cela ne signifie ni une convergence d'appartenance culturelle, ni même qu'il faut prendre les avis de cette partie du peuple à chaque fois comme inacceptables, car simplement, tout d'abord, ils ont droit de s'exprimer, et deuxièmement, il ne convient pas de prendre tout ce qu'elle dise comme douteux. Là où on est d'accord, on approuve ; là où n'est pas d'accord on désapprouve. Ça paraît assez simple.

L'entretien de cette vision idéologique qui s'attaque au préalable à la personne, et non à l'opinion exprimée, causera des clivages de plus en cette société qui nécessite plus que jamais l'unité de volonté de construire la nation, quelle que soit l'appartenance idéologique.

Je comprends qu'on soit une nation en cours d'établir et à jamais des repères idéologiques signifiants et adaptables au progrès que connaît le monde. D'ailleurs ces clivages qui persistent toujours : musulman-anti-musulman, arabisant, berbériste, francophile, etc.  proviennent surtout d'une exploitation malsaine de l'histoire, notamment durant l'occupation française, l'histoire qui reste une vision relative et ne peut être traitée comme une science exacte.

Dans la troisième partie, nous nous penchons sur la fameuse promotion dite Lacoste, tout en se référant au livre de l'ancien Premier ministre algérien Abdelhamid Ibrahimi Témoignage sur Hizb França (Le parti de la France).

                                                                                  Oudainia Khalil (20-08-2012)
traducteur et historien

 

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jeudi 27 décembre 2012

«19 mars 1962 ? Waterloo !», un livre de Michel Delenclos

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le livre de Michel Delenclos :

"Une véritable mine d'or pour les chercheurs"

(Maurice Faivre)

 

19 mars 1962 ? Waterloo !, de Michel Delenclos
éd. L'Harmattan
Conséquences et interprétations des accords d'Évian
Préface du général Maurice Faivre

Le livre - L'auteur revient ici sur les "Déclarations gouvernementales du 19 mars 1962 relatives à l'Algérie", au sujet desquelles certains entretiennent encore la confusion. L'emploi fréquent des référendums, le scrutin d'autodétermination, les disparitions, les enlèvements, les prisonniers et les massacres collectifs de civils et de militaires... tous les évènements qui ont précédé cet accord en expliquent le dénouement tragique. "Une véritable mine d'or pour les chercheurs", selon l'historien Maurice Faivre.

 

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Le mot de l’auteur

Ce livre ouvert à «Monsieur le président de la République, Mmes, MM. les Députés et Sénateurs, Maires et Citoyens de France.», redonne toute sa place à l'Histoire car, comme le soulignait l'ancien président de la République, Jacques Chirac : «...le moment est venu pour nous tous, Français, de porter un regard de vérité sur une histoire méconnue, une histoire déformée, une histoire effacée...».

«L'accord de cessez-le-feu» devait mettre fin aux opérations militaires et à toute action armée sur l'ensemble du territoire en Algérie le 19 mars 1962 à 12h00.». Il n'en fut rien. Le FLN poursuivit sa guerre révolutionnaire : les disparitions, enlèvements et les assassinats collectifs programmés vont se multiplier chez les civils comme chez les militaires jusqu'en juillet 1964. Au point même que l'ancien négociateur, Robert Buron, face à cette folie meurtrière, laissera tomber : «Le passage des Huns!». (L'Aurore du 17.05.1962).

L'emploi fréquent du référendum pour l'Algérie est avéré anticonstitutionnel par les juristes comme par les parlementaires, comme le clame le député du Nord, Paul Reynaud, le 26 avril 1962 : «Toutes les grandes questions sont réglées en passant par-dessus la tête des représentants du peuple. On soumet à ce dernier, par la voie référendaire, des matières qu'on enlève au Parlement... Là où la Constitution n'est plus respectée, il n'y a plus de République.».

L'après 19 mars 1962 deviendra champ de bataille du présent et objet de marchandage : à l'Assemblée nationale, au Sénat, au sein des mouvements et associations pour ou contre la célébration du 19 mars. Mais les discours et les communiqués politiques comme la propagande n'occulteront pas les données historiques.

Cet ouvrage donne la parole aux Algériens comme aux Français qui se sont affrontés durant plus de sept ans. Le lecteur découvrira, au fil des chapitres : l'origine historique de l'Accord du 1er novembre 1954, la crise du FLN depuis 1961 et après le cessez-le-feu, les analyses et commentaires des journalistes, observateurs et juristes, les promesses et discours de tous bords, la chronologie des faits, l'utilisation des référendums et de l'autodétermination, les travaux et analyses des historiens pour comprendre la finalité des accords, les effectifs et pertes militaires et des harkis, les civils disparus, les actions en faveur des prisonniers français, le devenir des sépultures françaises, les gouvernements successifs durant la guerre de 1954 à 1962, etc.

Delenclos Michel Henri
Chercheur en Histoire

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un autre ouvrage de Michel Delenclos

 

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mardi 18 décembre 2012

les enjeux historiens du voyage de Fr. Hollande en Algérie

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la réconciliation au prix de la falsification ?

à propos du voyage de Fr. Hollande en Algérie

Daniel LEFEUVRE

 

Si le président algérien s’est, jusqu’à maintenant, gardé de demander à la France de faire acte de «repentance» pour les crimes qu’elle aurait commis en Algérie durant la période coloniale, en revanche, d’autres dirigeants algériens exigent un tel acte de contrition.

Ainsi, mardi dernier, le ministre des Mouhdjahidins, Mohamed-Cherif Abbas, réclamait-il «une reconnaissance franche des crimes perpétrés» à l’encontre du peuple algérien. De son côté, le président de la Commission nationale consultative de promotion et de protection des droits de l'homme, Farouk Ksentini avait déclaré, la veille, que «La colonisation a été un crime massif dont la France doit se repentir si elle envisage d'établir avec l’Algérie […] de véritables relations délivrées d'un passé tragique, dans lequel le peuple algérien a souffert l'indicible, dont il n'est pas sorti indemne et qu'il ne peut effacer de sa mémoire.»

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Mohamed-Cherif Abbas

Quand on connaît un tant soit peu le fonctionnement du pouvoir algérien, on ne peut pas imaginer que de tels propos aient été tenus sans l’aval du président Bouteflika. Cela révèle une forme de partage des rôles au sommet de l’État algérien entre, d’une part, un président qui souhaite l’essor de la coopération – notamment économique – avec la France, dont son pays a besoin et, d’autre part, le ministre des Moudjahidins et les représentants des associations mémorielles (en particulier la Fondation du 8 mai 1945), dont les discours sont surtout à destination intérieure.

Ces demandes réitérées de repentance ont, en effet, pour fonction première de tenter de détourner le peuple algérien des difficultés qui l’accablent depuis des décennies : chômage massif, touchant en particulier la jeunesse ; crise du logement ; délabrement des services publics scolaires et universitaires, de santé, de transport, etc. Difficultés qui témoignent de l’incurie et de la corruption du parti au pouvoir depuis 1962.

Cette exigence de repentance repose sur une histoire falsifiée de la colonisation française et du nationalisme algérien. Le but : légitimer le pouvoir accaparé par une fraction du FLN lors de l’indépendance de l’Algérie et jalousement conservé depuis.

Falsification de l’histoire coloniale présentée comme une entreprise génocidaire.

Certes, la conquête (1830-1849, 1857) puis la guerre d’Algérie (1954-1962) ont été des conflits meurtriers. Mais en aucun cas génocidaires, ni dans les intentions, ni dans les actes. Le simple constat que la population algérienne a triplé entre 1830 et 1954 (hors populations d’origine européenne et juive) en est la démonstration la plus indiscutable. Faut-il, par ailleurs rappeler, que lors des années de conquêtes, l’émir Abd-el-Kader s’est montré impitoyable à l’égard des tribus qui lui refusaient allégeance ou qui s’étaient rangées aux côtés de la France, n’hésitant pas à les combattre et à en exterminer les hommes – y compris les prisonniers !

Quant au bilan des pertes algériennes, lors de la guerre d’Algérie, il ne s’élève pas à un million, voire à un million et demi de «martyrs», comme l’histoire officielle algérienne s’évertue à en convaincre les Algériens, mais à 250 000 morts au maximum, parmi lesquels au moins 50 000  sont à mettre au compte du FLN : assassinats, en Algérie et en France, de militants nationalistes d’obédience messaliste ou supposés tels, assassinats d’Algériens refusant d’obéir aux ordres du FLN et de ceux favorables à la France, massacres de milliers de harkis, perpétrés pour la plupart au lendemain de l’indépendance, dans des conditions d’indicible horreur.

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harki massacré

L’évocation par certains de «génocides culturels» relève, elle-aussi, de la propagande la plus grossière et non du constat historique. Jamais la France n’a tenté ni voulu empêcher la liberté du culte musulman et sa pratique. N’est-ce pas, au contraire, le seul pays à avoir acquis deux hôtels, l’un à Médine, l’autre à La Mecque, destinés aux pèlerins musulmans venus de son empire colonial ? Sous la colonisation, les Algériens n’ont pas cessé d’être des musulmans et ils ont pu, librement, s’adonner à leur culte et en observer les prescriptions – y compris lorsqu’ils ont été mobilisés dans l’armée française. Une telle tolérance religieuse existe-t-elle dans l’Algérie actuelle ?

Elle n’a pas, non plus, cherché à éradiquer la langue arabe, ni le tamazight, qui jusqu’à la fin de la période coloniale ont été les langues vernaculaires des populations locales. En revanche, c’est l’affirmation de l’arabité de l’Algérie, par le FLN – on se souvient de la déclaration de Ben Bella à l'aéroport de Tunis, le 14 avril 1962 : «Nous sommes arabes. Nous sommes arabes. Nous sommes arabes!» – qui a mis en péril la langue et la culture berbères.

Mais admettre ces réalités est impossible pour les dirigeants algériens, sauf à reconnaître qu’ils n’ont cessé de mentir et que le FLN a dû imposer son autorité – sa dictature - en usant aussi de la terreur contre le peuple dont il s’est proclamé l’unique représentant.

Daniel Lefeuvre
professeur à l'université Paris VIII - Saint-Denis

article publié le 19 décembre sur atlantico.fr

 

 

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à propos du 17 octobre 1961

 

La manifestation organisée par le FLN à Paris, le 17 octobre 1961, donne lieu, depuis quelques années, en France et en Algérie, à un déferlement de contrevérités, sur ses causes, sur son déroulement et sur son bilan.

Sur ses causes, l’appel à manifester aurait été lancé par la fédération de France du FLN pour protester contre le couvre-feu imposé par le préfet de police Papon aux Algériens du département de la Seine – couvre-feu qui fait suite à  l’assassinat par les commandos FLN d’au moins 41 policiers parisiens et de dizaines d’Algériens du département de la Seine, pro-messalistes ou refusant d’acquitter «l’impôt révolutionnaire» et d’obéir aux interdits imposés par le FLN.

En réalité, le couvre-feu n’est qu’un prétexte. Instrumentalisant le mécontentement des Algériens parisiens contre une mesure discriminatoire et qui leur rendait la vie plus difficile encore, les dirigeants de la fédération de France – ou certains d’entre eux - ont voulu faire la démonstration de sa puissance, pour s’imposer à la table des vainqueurs, au moment où la question n’est plus de savoir si l’Algérie sera indépendante dans un avenir proche – le général De Gaulle ayant levé le dernier obstacle à la reprise des négociation lors de sa conférence de presse du 5 septembre 1961 – mais comment se fera la répartition des pouvoirs entre les différentes factions frontistes.

Pacifique la manifestation ? Comment expliquer alors que des coups de feu ont été échangés, notamment au pont de Neuilly, entre militants FLN et policiers ? (Cf. Brunet Jean-Paul, Police contre FLN, Flammarion, 1999, pages 183 et suivantes).

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Quant au bilan, loin des deux cents – voire quatre cents – morts algériens, tués par balle ou des coups reçus, jetés dans la Seine, avancés en Algérie et en France par des auteurs plus idéologues qu’historiens, la seule étude sérieuse et honnête, celle de Jean-Paul Brunet citée précédemment, l’établit en totalisant les morts du 17 octobre et ceux du 18, ainsi que les blessés ultérieurement décédés et les victimes supposées d'éléments incontrôlés de la police en dehors de la manifestation,  à 14 certains, 8 vraisemblables, 4 probables et 6 possibles, soit un total de 32, en comptant large.

Une nouvelle fois, il s’agit de construire un martyrologe artificiel pour dénoncer l’horreur du colonialisme, tout en dédouanant de toute responsabilité les organisateurs de cette manifestation qui ne pouvaient pas ignorer  que la répression serait violente, compte tenu du nombre des policiers victimes les mois, les semaines et les jours précédents, de la guerre que le FLN a menée contre la police parisienne.

Comment, par ailleurs, ne pas s’étonner de voir François Hollande rendre hommage aux victimes algériennes, sans un mot pour les policiers victimes du devoir. Comment justifier que le maire de Paris ait fait apposer une plaque au pont Saint-Michel rappelant la mémoire des victimes de la répression policière, mais qu’il n’a pas jugé bon d’en faire poser dans les rues où des policiers ont été assassinés ?

Pourquoi ce silence officiel sur les centaines de Français enlevés et disparus, en Algérie, après le 19 mars 1962, date d’un cessez-le-feu qui n’a pas été respecté ? 

La France ne doit-elle honorer que ceux qui l’ont combattue ?

Daniel Lefeuvre
source première

diplome medecin colonial

la colonisation n'a-t-elle eu que des effets négatifs ?

 

Le «système colonial» injuste ? Mais alors il faut aller jusqu’au bout et dire que la colonisation arabe de l’Afrique du Nord était injuste ainsi que la colonisation ottomane. Il faut dire que la Régence d’Alger était une société discriminatoire qui imposait aux Juifs l’infâme statut du dhimmi ; une société qui pratiquait l’esclavage,  des captifs européens et des Noirs acheminés d’Afrique. Il faut dire que la masse des paysans et éleveurs de la Régence était impitoyablement exploitée et pressurée par un pouvoir parasitaire. C’est la France coloniale qui a interdit l’esclavage et qui a libéré les Juifs pour en faire des citoyens.

Certes, au temps de l’Algérie française, des inégalités politiques et sociales ont subsisté et même, dans certains domaines, se sont creusées, des injustices ont été commises dont les Algériens musulmans ont été les premières victimes. Mais la présence française en Algérie ne se réduit pas à cela. Et plutôt que de jeter des anathèmes, mieux vaut en faire l’inventaire.

Pour dresser cet état des lieux, c’est d’abord vers le grand historien algérien Mohammed Harbi que je me tourne : «La colonisation a été ambivalente dans ses effets. D'un côté, elle a détruit le vieux monde, au détriment de l'équilibre social et culturel et de la dignité des populations. D'un autre coté, elle a été à l'origine des acquis qui ont créé la modernité algérienne [...] On peut même dire, sans risque de se tromper, que la colonisation a été le cadre d'une initiation à ce qui est une société civile, même si cet apprentissage s'est fait malgré elle et s'est heurté à une culture coloniale, d'essence raciste.»

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Mohammed Harbi


C’est au cours de la période coloniale que les Algériens se sont accoutumés aux libertés de la presse, d’association et de réunion, au pluralisme politique et aux droits de vote, même limités. Le FLN au pouvoir ne les a-t-il pas, longtemps frustrés de ces libertés ? C’est également l’administration coloniale qui a élargit, progressivement et peut-être trop tardivement, les droits des femmes, contre le FLN qui s’est attaché, après l’indépendance, à les ré-enfermer dans les contraintes du cadre islamo-patriarcal.

Quant à l’infrastructure économique, sociale, culturelle, édifiée au temps de la colonisation et laissée en héritage à l’Algérie indépendante, elle faisait de ce pays, non pas un pays sous-développé, mais un pays en voie de développement. Sans doute le mieux équipé, matériellement et intellectuellement, de tous les pays africains.

Aussi, les difficultés que connaît l’Algérie actuelle ne relèvent-t-elles pas de ce legs colonial,  mais des politiques menées depuis l’indépendance et du pillage des ressources de ce pays riche – mais dont le peuple est pauvre – par les caciques du régime.

Daniel Lefeuvre
source première

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débouchés économiques contre reconnaissance

de culpabilité ?

On ne peut que se réjouir de l’approfondissement des relations économiques, mais aussi culturelles, humaines, entre nos deux pays. L’un et l’autre ont tout à y gagner.

Mais quant à l’idée de reconnaître une «culpabilité passée», cela n’aurait de sens que si l’on acceptait la vision erronée d’un passé uniment fautif, conception étrangère à l’analyse historique. La France a été une puissance coloniale, comme l’Angleterre, les Pays-Bas, la Belgique, l’Espagne, le Portugal, l’Italie et l’Allemagne. Comme le Japon, la Russie, les États-Unis et l’Empire ottoman.

La colonisation fut un phénomène complexe, mondial  et l’historien n’est pas un juge, pas même un juge d’instruction, comme se plaisait à le rappeler Lucien Febvre. Son travail, c’est  d’étudier le passé sans a priori – et beaucoup reste à faire dans ce domaine – et l’enseigner. Pas de le juger et encore moins d’en accepter la falsification, fut-ce pour gagner ou conserver quelques marchés à l’exportation.

Un pays qui accepte de s’abaisser, de salir son passé, se priverait de la cohésion et de la force morale nécessaires pour affronter les contraintes de la mondialisation. Les quelques bénéfices immédiats qu’il pourrait, éventuellement, en tirer se paieraient au prix d’une désagrégation du lien social et d’un déclassement définitif sur la scène internationale.

Ce serait, en outre, un mauvais service rendu au peuple algérien. En donnant caution au mensonge historique sur lequel repose encore, en bonne part, son pouvoir, une telle lâcheté conforterait la nomenklatura algérienne.

Daniel Lefeuvre
source première

 

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samedi 15 décembre 2012

Benjamin Stora à Saint-Chamond (Loire)

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la "nécessaire réconcilation France/Algérie" ?

une conférence-débat avec Benjamin Stora à Saint-Chamond

 

L'historien Benjamin Stora dont la notoriété, les travaux et la production livresque sont largement reconnus, était l'invité de la MJC de Saint-Chamond ce samedi 15 décembre 2012. Je connais Benjamin depuis plus de vingt ans et j'ai été content de le voir dans notre province.

Je regrette que la MJC : 1) ait demandé un droit d'entrée de 15 euros (même si cette somme permettait d'assister au concert qui suivait... tout le monde ne pouvant pas forcément rester pour le spectacle) ; 2) que les collèges et lycées de notre ville n'aient pas été prévenus et associés à la mobilisation de participants jeunes intéressés par la question. Il n'y avait aucun "jeune" à cette conférence...! Dommage...

Benjamin Stora a expliqué les obstacles toujours persistants à cette réconcilation tant du côté de l'opinion française que du côté du régime algérien. Personnellement, je n'ai pas partagé toutes ses analyses (notamment sur "l'assimilation" culturelle et religieuse qui aurait été entreprise par la France coloniale en Algérie), mais l'exposé était nourri et argumenté. Il aurait beaucoup appris à de jeunes élèves.

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Benjamin Stora au cours de sa conférence à Saint-Chamond


la réconcilation des mémoires ne pourra être que postérieure à l'accord sur la vérité historique

La question est de savoir si la "réconciliation" des "mémoires" est opportune et envisageable. Je ne suis pas convaincu par la substitution, en marche depuis des années, de la notion de "mémoire" à celle "d'histoire". Les mémoires sont segmentées, subjectives, auto-justificatives. L'histoire tend vers une objectivité qui, certes, écoute les mémoires, mais réfléchit avec une mise à distance des plaidoyers partisans.

Par ailleurs, le contentieux entre "la France" et "l'Algérie" n'est pas suffisamment déblayé par les travaux historiques et, surtout, fait l'objet d'une surenchère et d'un chantage côté algérien. Les reconnaissances exigées par Alger de "génocide" de "dépossession culturelle", de "pillage économique"... ne relèvent pas de l'histoire mais de la politique d'un régime incapable d'assumer son échec depuis plus de cinquante ans... Rendre la France encore responsable de tous les maux de la société algérienne, cinquante ans après l'indépendance, est une imposture à visée idéologique.

La réconcilation des mémoires ne pourra être que postérieure à l'accord sur la vérité historique. Encore faudrait-il que le régime algérien évolue vers la démocratie et reconnaisse la liberté d'investigation historienne à ses chercheurs. Encore faudrait-il qu'en France le lobby universitaire, intellectuel et journalistique "repentant" accepte une vision plus rigoureuse de l'histoire de la présence française en Algérie.

Michel Renard
professeur d'histoire
au lycée de Saint-Chamond

 

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au premier rang, face à la tribune, à gauche, Mohamed Zenaf ;
à ses côtés, Philippe Kizirian, maire de Saint-Chamond

 

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samedi 1 décembre 2012

nos relations avec les harkis, en Algérie et en France, par le général Maurice Faivre

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Harkis, soldats abandonnés

général Maurice FAIVRE, "homme d'honneur", Paris, 85 ans


"Ses" harkis sont arrivés en France un jour de 1963, troupe misérable d’une trentaine d’hommes rescapés d’un massacre, traqués par les autorités algériennes, indésirables en France. Ils avaient réussi à traverser la Méditerranée et à le retrouver. Ces survivants, il les a aidés à se loger, à faire venir leurs familles ; eux ont trouvé du travail. Comme dans les contes de fées, les harkis eurent beaucoup d’enfants.

C’est pour ceux-ci, qui ignoraient l’histoire de leurs parents, que, depuis ce jour de 1963, le général Faivre a entamé une intense recherche historique qu’il poursuit encore aujourd’hui.

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Je suis né le 19 mars 1926, dans le Doubs, d’une famille très patriote. Mon père a fait la fin de la guerre de 1914-1918, à partir de 1918, et il s’est réengagé en 1939-1940. La défaite de 1940 m’a marqué. Je m’étais dit qu’il fallait absolument qu’on redresse la situation. Une autre expérience a sûrement joué, m’incitant à faire carrière dans l’armée : je me suis occupé de scoutisme, j’ai été chef de troupe en Franche-Comté. L’esprit d’équipe, le commandement des hommes m’attiraient.
J’étais saint-cyrien, major de promotion en 1947-1949. Ensuite, Saumur, en 1949-1950, puis la Légion au Maroc, de 1951 à 1953, et cinq ans de guerre en Algérie, en deux temps. Première période de 1955 à 1957, et deuxième période, de 1960 à 1962. J’ai donc une expérience du problème algérien. Lors de mon premier séjour, j’avais quelques appelés musulmans, mais pas de harkis. J’ai été sous les ordres du colonel Gribius, qui commandait le secteur de Constantine. Un homme éminent. Il avait été le chef du troisième bureau de Leclerc pendant la campagne de 1945. Gribius avait des tas d’idées. Il avait résolu de supprimer les bidonvilles, les bidonvilles de Constantine, et de reconstruire un village à l’extérieur de la ville, à une dizaine de kilomètres. Tous les matins, un de mes officiers allait dans les bidonvilles, ramassait les hommes et les amenait dans ce village, où ils construisaient leurs maisons. C’était une expérience de pacification passionnante.
Pour mon deuxième séjour, qui a commencé en août 1960, j’étais en Petite Kabylie, où j'ai trouvé une harka constituée de soixante harkis.

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massif des Babors



La vallée sauvage d’Oued Berd

L’Oued Berd, en Petite Kabylie, est un ensemble de six ou sept villages dans une très belle région, très escarpée, isolée, sauvage. Deux montagnes massives, les Babors, couvertes de forêts, culminent à 2 000 mètres. Au XIXe siècle, les tribus locales se sont opposées à la colonisation française. Elles ont longtemps résisté à la progression du régiment de Bourbaki. Le pays fut finalement administré par une commission municipale franco-kabyle, mais aucun colon ne s’est établi dans la vallée de l’Oued Berd.

Les Kabyles sont restés à l’écart de toute colonisation. Lors du soulèvement du 8 mai 1945 contre l’occupation française, un certain nombre sont allés manifester à Kerrata, où quelques manifestants ont tué huit Européens, dont le juge de paix, et ont pillé quelques boutiques.
En 1955, au moment de la guerre d’Algérie, ils ont pris parti pour le FLN. En particulier, parce que ce sont des fellaghas de Kabylie qui sont venus dans les villages, avec lesquels ils s’entendaient très bien. Des «moussebilines», sortes de commissaires politiques, ont été recrutés, chargés d’aider les soldats du FLN. De fin 1955 à début 1958, ils ont pleinement collaboré avec le FLN.

Mais, en novembre 1957, il y a eu un changement. Le FLN avait modifié ses frontières entre les wilayas, et les Kabyles ont été remplacés par des Arabes de Djidjelli, les Jouajel. Les habitants se sont très mal entendus avec ces fellaghas exigeants, qui avaient détruit l’école, tué le contremaître de l’usine où ils travaillaient, imposé le sabotage des routes, exigé un ravitaillement qui condamnait la population à la disette. Et surtout, ils avaient demandé que des femmes, des filles, viennent au maquis. Ça, ils ne l’ont pas supporté. C’était contraire à l’honneur kabyle.

Il s’opéra un revirement d’opinion très intéressant contre la violence du FLN. Un fils de harki, de 13-14 ans, Bouchaïd Kaci, qui circulait partout dans la montagne, a vu des horreurs. Il a trouvé dans les camps du FLN des centres de torture, témoin d’horribles massacres. Sept garçons ont alors décidé de s’enfuir pour rejoindre l’armée française à quelques kilomètres et se sont engagés comme harkis. Ils ont été rejoints par d’autres, accompagnés de leurs familles.

Dans la région du djebel Babor, ces harkis ont participé à de dures opérations, dans le froid et la neige, à la suite du plan Challe en septembre 1959. C’était le début des opérations «Pierres précieuses», dont la première s’appelait «Rubis». Elle a permis d’éliminer complètement les rebelles du Babor : 513 tués et 326 prisonniers pour l’ALN, 24 tués, 67 blessés de l’autre côté.
L’escadron de dragons a alors commencé la pacification.

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photo adressée par Maurice Faivre


Mon arrivée en août 1960


Quand je suis arrivé en août 1960, comme capitaine, à mon poste, un PC isolé dans le djebel, qui s’appelait la «cote 807», c’était calme. Je commandais un escadron du 20e dragons, une harka, des autodéfenses, et j’étais responsable de ce qu’on appelait un «sous-quartier», territoire d’environ cinq mille habitants. Il n’y avait plus aucun rebelle.

On circulait dans le djebel Babor avec une section, c’est-à-dire vingt hommes, alors qu’auparavant l’artillerie, les bataillons, les avions étaient souvent indispensables. La région était pacifiée. Mes soixante harkis étaient armés, c’était une harka «amalgamée» ; ils vivaient dans le poste militaire, mélangés aux soldats français. Les trois villages dont ils étaient originaires étaient «en autodéfense». Les harkis étaient jeunes, de 20 à 30 ans, et l’armée leur donnait une solde. Les autodéfenses étaient les vieux, les anciens combattants, mal armés de fusils de chasse et de vieilles pétoires de la guerre de 1939. Ils n’étaient pas rémunérés.


Peu de temps après mon arrivée, un jour d’octobre 1960, tous les hommes d’un village, Oued Ayed, sont venus à mon PC et m’ont dit : «Cette nuit, un de nos cousins a été tué par le FLN parce qu’il refusait de payer l’impôt révolutionnaire. On vous demande des armes. On doit se défendre maintenant contre le FLN.» J’ai dit que j’allais transmettre la demande à mon supérieur, qui a accepté. Ils sont restés à mon PC, jour et nuit, pendant deux jours, jusqu’à ce que je leur donne des fusils de chasse.

Dans ce village, j’ai recruté une nouvelle section de harkis. Ils m’ont envoyé une quarantaine de jeunes. Je ne pouvais en accueillir qu’une vingtaine. Alors, j’ai organisé une course de côte, et j’ai pris les vingt premiers. Ce qui faisait que j’avais désormais quatre-vingts harkis opérationnels. J’ai installé un nouveau poste de dragons dans leur village. Je leur ai demandé de me construire une piste parce qu’on ne pouvait pas arriver jusque-là en véhicule. Tout le village s’est mis au travail, ils se sont organisés, ont désigné un chef. Ça a été très démocratique.

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École, pèlerinage, récoltes

Mon épouse Monique, isolée à Kerrata, à une quinzaine de kilomètres, avait fait, à ma demande, un stage d’EMSI (Équipe médico-sociale itinérante) organisé par le cinquième bureau à Constantine et est venue vivre avec moi, à la cote 807. Elle s’est occupée des femmes et des enfants.

Accompagnée d’un jeune harki qui lui servait d’interprète en langue kabyle et de guide, elle allait visiter les villages, et prendre contact avec les femmes. Plus tard, elle a recruté une harkette. Elle a créé un cercle féminin et organisé une assistance médicale, avec un médecin qui venait de temps à autre pour soigner les femmes et les enfants. Une école avait été aménagée dans chacun des villages d’autodéfense, où un jeune dragon faisait la classe aux enfants. Ils n’étaient pas forcément instituteurs de métier, mais ils étaient volontaires et aimaient ça.

Il y avait une très bonne coopération, des deux côtés. On continuait à patrouiller et à mener des opérations. Mais c'était vraiment une région pacifiée. À tel point que, l'orsqu'il y a eu le putsch des généraux d’Alger, le 22 avril 1961, j’ai été très surpris. Personne ne m’a contacté. Je me suis dit : «Mais qu’est-ce qui se passe à Alger ? Ils sont fous ? Nous, on est en train de gagner sur le terrain, et ils se soulèvent à Alger…» On ne comprenait pas le sens de cette révolte. Dans le bled, on poursuivait notre travail de pacification

Je n’étais pas pour «l’Algérie de papa», parce que j’avais observé la situation algérienne dès 1955, lors de mon premier séjour. En connaissant le pays, on savait que ça ne pouvait pas marcher. Je m’étais rendu compte qu’il y avait de grandes injustices vis-à-vis des musulmans. Il n’y avait pas d’égalité sociale. Je n’ai jamais pris parti non plus pour l’indépendance, mais j’étais pour une Algérie autonome qui soit associée à la France. J’étais pour une Algérie nouvelle.

Lors de mon premier séjour, j’allais dans les villages, et je disais aux maires : «Il faut que la situation évolue, il faut qu’on fasse une Algérie nouvelle.» Lors de mon deuxième séjour, je n’ai jamais dit que l’armée allait rester en permanence en Algérie. Je leur ai dit : «Nous, on est là pour vous aider à faire la paix, pour rétablir la prospérité en Algérie, mais dès que ce sera rétabli, ce sera à vous de faire l’Algérie.» C’était en fait l’idée de la majorité des officiers français.

Au printemps 1961, les habitants m’ont demandé l’autorisation d’organiser un pèlerinage qui n’avait pas eu lieu depuis le début de la guerre. J’ai accepté. Dans un de ces villages se trouvait un marabout, un genre de temple consacré à une sainte femme, le marabout de Taftis pour lequel ils avaient une grande vénération. Le pèlerinage s’est déroulé du 16 au 19 mai 1961. Des centaines de gens sont venus de toute la région, qui ont été logés, nourris dans le village, et qui ont célébré la sainte. Mes harkis sont allés au pèlerinage, le fusil à l’épaule. Ils étaient au milieu du peuple kabyle, acceptés comme tels. Et nous, nous avions une grande confiance en eux. Mon prédécesseur avait pris l’habitude de les laisser partir en permission dans leur village avec leurs fusils, alors que c’était contraire au règlement. On aurait dû enchaîner les armes, n’ouvrir les chaînes qu’au moment des sorties, etc. Mais on avait confiance. L’entente avec les harkis a été parfaite.

Pour preuve, à l’été 1961, le chef du village d’Oued Ayed m’avait demandé l’autorisation d’aller faire les foins dans la montagne des Babors, où les habitants avaient leurs résidences d’été, mais déclarée zone interdite depuis le début de la guerre. Hommes et femmes, tout le village, sont partis de bon matin dans les pâturages où ils ne s’étaient pas rendus depuis plusieurs années. J’avais organisé une protection, harkis et dragons. Ils ont passé la journée dans la montagne, et le soir ils sont revenus en longue procession avec des ballots de foin sur le dos.

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photo adressée par Maurice Faivre




La «réorganisation»


Le 1er août 1961, mon régiment, le 20e dragons, a été dissous. C’était le début de la réorganisation, on commençait à préparer le dégagement. Mon escadron est déplacé de l’Oued Berd pour être affecté vers Oulad Ou Ameur, près de Sétif, à un régiment de chasseurs. Ce régiment n’était pas très engagé dans la guerre d’Algérie ; leurs officiers étaient plutôt habitués à circuler sur les routes et allaient peu voir ce qui se passait dans le bled.
Quand ils sont venus à la cote 807, les colonels et les officiers ont été horrifiés de constater que je vivais là, complètement isolé. Je leur ai dit que j’étais très heureux, que j’avais la confiance des populations, que je faisais un travail intéressant sans beaucoup de moyens. Je n’avais qu’une Jeep et un GMC. Ils n’ont eu de cesse que de me donner de nouveaux matériels, pour finalement me sortir de mon bled.

J’ai quitté la cote 807 en octobre 1961. Quand je suis parti, j’ai vu beaucoup de mes harkis pleurer parce qu’ils avaient confiance en moi. Des coloniaux sont venus ; ensuite, il y eut des tirailleurs, des gens de passage, pas attachés au pays. Après mon départ, je n’ai plus eu aucune liaison avec eux, plus aucune nouvelle. Je les ai perdus de vue. Ils étaient loin, et j’avais d’autres préoccupations.

Arrivé à Sétif, j’ai très vite demandé ma mutation. J’avais abandonné mon bled, j’avais abandonné les habitants qui me faisaient confiance, je n’avais plus aucun intérêt à rester à Sétif, et je ne m’entendais pas avec les officiers de ce nouveau régiment. Eux ne rêvaient qu’à la fin de la guerre d’Algérie, à repartir en France préparer la guerre contre les Soviétiques… J’avais un ami à l’état-major, à qui j’ai demandé de me faire affecter à Alger. Six mois plus tard, en février 1962, j’ai été affecté au deuxième bureau du commandant en chef, près d’Alger, à Reghaïa. Avant d’être rapatrié en France fin 1962. Je n’ai jamais eu l’occasion de revoir l’Oued Berd, et je n’aurai pas de nouvelles de mes harkis avant 1963, à Paris.



Coup de fil de la Préfecture

Un jour de 1963, je reçois un coup de fil de la Préfecture de police de Paris : «Des harkis vous réclament. Ils sont à Choisy-le-Roi, ils viennent d’arriver.» Le dimanche suivant, avec mon épouse, nous sommes allés à Choisy-le-Roi et nous les avons découverts, un peu plus d’une trentaine, installés dans des conditions épouvantables.

Ils m’ont appris que la moitié de la harka avait été massacrée. Le 12 août 1962, les harkis ont été emmenés à Beni Messali, où ils ont été suppliciés. Quarante-sept harkis et membres des autodéfenses ont été tués en trois jours. Les survivants avaient réussi à prendre le maquis et à s’exfiltrer par des filières familiales, des combines. Ils étaient passés par Alger ou Bône, et étaient arrivés à Choisy-le-Roi par tradition : il y avait toujours eu, au village, des émigrés qui travaillaient en France, et notamment à Choisy-le-Roi.

Ils étaient arrivés célibataires et ont été très mal reçus à Choisy-le-Roi. La municipalité était communiste, et l’importante immigration musulmane de la commune était pro-FLN. Les premiers arrivés avaient campé sur les bords de la Seine, certains allaient dormir la nuit dans des tuyauteries de béton des travaux publics. Ils s’étaient ensuite regroupés en centre-ville, où ils avaient vécu dans des caves, dans un hangar de chantier abandonné envahi par les rats, dans des conditions infectes.

Certains de leurs camarades réfugiés en Seine-Saint-Denis, apprenant leur présence à Choisy, sont venus les rejoindre. Ensuite, ils ont squatté une HLM dont la construction avait été abandonnée. L’immeuble n’avait ni porte ni fenêtre ; ils avaient bricolé des fenêtres en contreplaqué et récupéré des tuyaux d’arrosage pour avoir de l’eau. La harka avait été reconstituée !

Des bagarres ont éclaté avec les musulmans de Choisy-le-Roi. À tel point que certains se sont retrouvés à la prison de la Santé. Je suis allé les voir, puis j’ai témoigné en leur faveur au tribunal correctionnel, en tenue de capitaine. Le juge a absous mes harkis, il a prononcé un non-lieu, alors que je suis persuadé qu’ils avaient échangé des coups de couteau.


Cinquante-trois familles rapatriées

La première préoccupation des harkis était de rapatrier leurs familles restées dans leurs villages. Une seule famille avait réussi à gagner le camp de Saint-Maurice-l’Ardoise, en octobre 1962. Les autres étaient restées dans leurs bleds. Il fallait monter un dossier de rapatriement et fournir un certain nombre de documents : attestation de services, demande du chef de famille indiquant la composition de sa famille, certificat d’hébergement en métropole, etc. C’est moi qui me suis chargé, depuis Paris, de faire leurs dossiers, et qui les ai envoyés aux autorités d’Alger.

Le rapatriement n’était pas facile, parce que les garnisons françaises avaient été évacuées : Sétif, le 1er juillet 1963, Bougie, le 31 décembre. Il n’était pas possible aux épouses, aux enfants, aux vieux parents de rejoindre une caserne française, et d’y être accueillis.

Les harkis ont eux-mêmes trouvé la combine, digne de l’évasion de prisonniers. Le frère d’un harki, installé en France depuis longtemps, et qui était plutôt FLN, a accepté de faire plusieurs voyages en Petite Kabylie pour ramener les familles. Muni de tous les papiers exigés pour le transfert en métropole, il est allé voir un commerçant de Kerrata et lui a dit : «Ce soir je déménage ma famille, est-ce que tu me prêtes ton camion ?»
Il a chargé dix familles dans le véhicule, a roulé toute la nuit pour les amener à Bougie, où il y avait encore une garnison française, et un centre d’accueil de harkis. Le lendemain, les familles ont été embarquées en hélicoptère et déposées sur un navire de guerre au large. C’était une aventure extraordinaire pour ces femmes et ces enfants qui n’avaient jamais vu la mer, mais leur rapatriement était fait officiellement, avec un dossier par famille.

En 1964, la garnison de Bougie a été abandonnée. Il a fallu amener les familles près d’Alger au centre d’accueil du camp de Zeralda. On a continué suivant le même schéma, le camion de l’épicier roulant toute la nuit jusqu’à Alger. Un jour, le chef de centre de Zeralda a refusé des familles, parce qu’il a trouvé mon passeur suspect. J’étais alors en stage à Baden-Baden ; j’ai reçu un télégramme : les familles sont dans les bois à Zeralda, il faut venir à leur secours. J’avais un copain à Alger, au cabinet du général commandant le corps d’armée, qui a réglé le problème. La situation en Algérie s’étant un peu normalisée, les dernières familles ont été rapatriées par la Croix-Rouge, transférées au camp de Rivesaltes, avant de pouvoir rejoindre la HLM de Choisy.

En plusieurs voyages, on a rapatrié ainsi cinquante-trois familles.

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Le bled à Dreux

En décembre 1963, le maire de Dreux a écrit au ministère de l’Intérieur : «À Dreux, il y a quelques logements, il y a du travail, en particulier chez Renault à Flins, on peut accueillir des harkis.» Le 24 décembre, six familles s’installèrent à la cité Prodhomme, à Dreux. En janvier 1964, six autres arrivèrent à la cité Haricot. À partir du mois d’août, le regroupement familial a pu se faire grâce à la construction de logements Sonacotra rue Murger-Bardin. À Dreux, les harkis ont reconstitué leur village de Beni Dracene. Ils ont eu du travail. Ils étaient logés. Deux assistantes sociales s’occupaient d’eux à plein temps.

Moi, j’étais affecté à Saint-Germain, alors je leur rendais visite le dimanche avec mon épouse. Les femmes étaient ravies de la revoir. Je pense qu’on les a aidés à s’intégrer. Bien que l’accueil à Dreux n’ait pas été très chaleureux. Les harkis se sont retrouvés ignorés par la population, qui les considérait comme des Arabes, indésirables. Mais ça a été tout de même de bonnes années pour eux. Parce qu’ils étaient logés, qu’ils avaient du travail, qu’ils étaient soignés. Ils se sont mariés et ont eu beaucoup d’enfants.
J’ai fait une enquête démographique pour la revue Population en 1990 ; j’ai calculé que la moyenne des enfants par femme était de 9,5, avec des familles de douze, quatorze enfants. En Algérie, les familles étaient moins nombreuses en raison d’une mortalité infantile élevée. Les femmes étaient heureuses, elles accouchaient à la maternité, alors qu’en Algérie elles accouchaient à la maison, suspendues à une corde accrochée au plafond pour accélérer la descente du bébé.

Quand les familles ont été amenées à Dreux, la population totale était de deux cent dix-sept personnes. Quinze ans après, elle avoisinait les mille personnes. Beaucoup de harkis se sont mariés entre eux, comme au village. Il y a eu un repli sur soi, à cause de l’indifférence de la population française et de l’attachement à leur mode de vie.

En juin dernier, je suis allé à un mariage, qui a réuni quatre cents invités dans un local de la mairie de Vernouillet, commune voisine de Dreux. À chaque mariage, nous sommes conviés, mon épouse et moi. Hier matin encore, je suis retourné à Dreux assister à une cérémonie au monument aux morts. J’ai toujours gardé le contact avec mes harkis.


Mes recherches

Je me suis aperçu que les enfants des familles de Dreux, la deuxième génération, ignoraient tout de l’histoire de leurs parents, parce que les parents n’avaient jamais voulu raconter leurs malheurs, expliquer pourquoi ils s’étaient engagés du côté de la France, comment ils vivaient dans leurs villages. Je me suis dit qu’il fallait leur raconter d’où ils venaient.

Quand j’ai quitté l’Algérie, j’ai eu différentes affectations à Paris et en province, surtout au deuxième bureau, dans le renseignement militaire. J’ai commandé le deuxième bureau de Baden-Baden, puis celui de la 1ère armée à Strasbourg. Pendant quelques années, j’ai poursuivi des recherches sur la stratégie militaire, en particulier contre l’Union soviétique. Après avoir quitté l’armée, en 1980, j’ai soutenu une thèse de doctorat en Sorbonne, publiée en 1988, une thèse d’histoire sur la nation armée de Machiavel à nos jours. J’ai également tenu une chronique mensuelle dans la revue Défense nationale.

J’avais un réel penchant pour l’histoire et la stratégie militaires.

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Alors, pour les enfants de mes harkis, j’ai effectué des recherches en archives et publié mon premier livre Un village de harkis, des Babors au pays drouais, chez L’Harmattan en 1994 [compte rendu par Jacques Frémeaux] . J’y raconte l’histoire de ma harka, l’histoire de leur village. J’y dresse une liste des victimes. Il aurait fallu que tous les chefs de harkas fassent ce même travail de dénombrement, on aurait ainsi pu savoir combien de harkis avaient été tués après l’Indépendance. Je n’étais donc plus sur place quand les massacres ont eu lieu, mais, étant à l’état-major d’Alger, je savais qu’ils avaient été perpétrés dans toute l’Algérie.

Seulement, on était très mal renseignés, on n’avait plus les contacts avec les anciens harkis parce qu’on n’avait plus de troupes dans le bled, les régiments ayant été ramenés dans les grandes villes, à Alger, Oran, Bône, puis rapatriés en France. Voilà pourquoi certains témoignages sont très imprécis et sous-estimés. Lacouture a estimé à dix mille le nombre de harkis massacrés, dans un article du Monde en novembre 1962. Or, à mon avis, il y en a eu beaucoup plus, entre soixante mille et quatre-vingts mille. Mais on ne le saura jamais. Il aurait fallu enquêter dans toutes les harkas et dans tous les villages.

Pour écrire ce premier livre, j’avais recueilli tellement d’archives que j’avais suffisamment d’éléments pour un deuxième. J’ai élargi mon sujet à l’Algérie tout entière. Les Combattants musulmans de la guerre d’Algérie, édité en 1995 chez L’Harmattan, est consacré non seulement aux harkis, mais aux tirailleurs, méharistes, spahis, et tous les musulmans engagés dans l’armée française.

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En quinze ans, j’ai publié une dizaine d’ouvrages, et participé à autant d’autres, sur la guerre d’Algérie. Peu d’auteurs ont fait des recherches en archives sur les harkis. J’ai passé des jours et des jours à Vincennes, aux Archives nationales, aux Affaires étrangères, à la gendarmerie de Le Blanc, dans l’Indre, aux Archives d’outre-mer à Aix-en-Provence, à la Croix-Rouge à Genève. Personne n’avait ouvert avant moi les cartons que j’ai consultés. Et pour beaucoup de documents, j’ai dû demander des dérogations parce qu’ils ne sont pas accessibles au public je les ai d’ailleurs pratiquement toujours obtenues.

Je lis tout ce qui paraît sur les harkis. On continue à dire des choses fausses à leur sujet, contre lesquelles je me bats. Mais je me heurte à des problèmes. Par exemple, la directrice des Archives de France m’a accordé une dérogation pour consulter les archives de la Commission de sauvegarde du droit et des libertés, créée pendant la guerre d’Algérie, pour obtenir que les prisonniers ne soient pas maltraités, qu’il n’y ait plus de torture, qu’il n’y ait plus d’exécutions sommaires. Toutes ces archives m’ont été ouvertes, et elles sont passionnantes.
J’ai demandé à publier certaines conclusions, en particulier sur les avocats du FLN. Cela m’a été refusé, comme ç’aurait été refusé aux autres historiens qui auraient pu en faire la demande, parce que la direction des Archives considère que la publication de leurs noms, et des noms des victimes d’ailleurs, pourrait porter atteinte à leur notoriété et à leur vie privée.

Pour certains, je suis une référence. J’ai de bonnes relations avec des historiens reconnus, et je ne m’entends pas du tout avec d’autres. Actuellement, je suis mal vu de la DMPA, la Direction de la mémoire du patrimoine et des archives, qui dépend du ministère de la Défense, parce que j’ai été critique à son égard. J’ai participé à plusieurs de leurs travaux, notamment au moment où a été créé le Mémorial des combattants de la guerre d’Algérie, quai Branly.

L’année dernière, les responsables de la DMPA ont organisé une journée sur la guerre de 1939-1945, et je n’étais pas d’accord avec les conclusions. Je le leur ai dit, ça ne leur a pas plu. D’autant plus que j’avais organisé, la même année, un colloque sur l’armistice de 1940, où la conclusion était que cet armistice était indispensable, qu’on n’aurait pas pu faire autrement. Ce n’est pas la thèse officielle, actuellement, on dit : «De Gaulle avait raison…»

Quand j’étais encore à l’armée, mon action en faveur des harkis n’a jamais été mal considérée par mes supérieurs, qui ne m’ont ni sanctionné ni freiné. J’ai eu de bons rapports avec les généraux de Boissieu et Vanbremersch. J’ai été promu général. J’ai été reçu à l’Élysée plusieurs fois. Mais les harkis sont un sujet encore brûlant. Moi, je continue de chercher la vérité. Cependant, je n’irai pas en Algérie. Je n’y suis jamais retourné, et il n’est pas question que j’y retourne. Je ne peux pas supporter de rencontrer ces gens qui ont massacré mes harkis en 1962.

général Maurice Faivre
Pour ceux qui n'ont pas lu "Harkis, soldats abandonnés", publié par XO en 2012,
voici le témoignage publié dans l'album, recueilli par Brigitte X.
C'est le seul article où je raconte nos relations avec les harkis, en Algérie et en France.

 

 

Photos : docteur Sangline à Alger -harka Catinat - ilot K Rivesaltes - langes par des Emsi - camp de transit près de Bône.

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compte rendu des deux livres de Maurice Faivre

par Jacques Frémeaux (1996)

Faivre Maurice, général, Un village de harkis, des Babors au pays drouais, Paris , L'Harmattan, 1994, 259 p., 140 F.; Les combattants musulmans de la guerre d'Algérie, Paris, L'Harmattan, 1995, 270 p. (coll. «Histoire et perspectives méditerranéennes»), 140 F.

Le général Faivre a commandé une harka pendant la guerre d'Algérie. Il estime que les hommes qu'il commanda n'ont pas à se voir reprocher d'avoir combattu aux côtés des Français. Il n'est d'homme de bon sens ou d'homme de cœur qui ne jugera ces convictions non seulement parfaitement respectables, mais même nécessaires, pour qui veut mettre un peu d'apaisement dans une société française en devenir. L'engagement des harkis constitua en effet un acte fondateur par lequel une collectivité que rien ne destinait à s'implanter en France fut amenée à faire ce choix.

Le premier ouvrage montre comment la collectivité rurale de l'Oued Berd (Kabylie des Babors), qui avait pris part à l'insurrection nationaliste de 1945, puis fourni un support au FLN, passe au printemps 1959 du côté de l'armée française. Les motifs tiennent aux excès de l'ALN, et au caractère de ses groupes, étrangers au pays. Il faut aussi évoquer, chez ces paysans épris de paix, l'incapacité du FLN à les protéger des grandes offensives menées dans le cadre du plan Challe (opération Rubis).

Les engagements se font selon la vieille tradition des «supplétifs» de l'armée d'Afrique (contrats courts, enrôlements directs auprès des officiers). Ils représentent une centaine de harkis pour une population d'environ 3 000 personnes, soit un peu plus d'un homme adulte sur dix. 53 ex-supplétifs furent transportés en France (227 personnes, familles comprises), contre 42 assassinés. Le livre se termine sur les conditions de l'installation de ces familles à Dreux.

Le second livre reprend et élargit le précédent. Il s'agit d'abord d'un travail de

recherche, fondé sur la consultation de nombreux documents d'archives. Le lecteur y trouvera une masse d'éléments et de renseignements qui constitueront pour longtemps une documentation de référence (citation des cartons d'archives dont sont extraits les renseignements). On doit cependant regretter une présentation foisonnante, combinant texte, documents et notes, qui rend la consultation quelquefois difficile.

De l'apport de ce livre, on retirera trois séries d'éléments. Tout d'abord, quantité de données sur les musulmans algériens employés dans l'armée française, troupes régulières (engagés et appelés), et supplétifs de toute sorte (les «harkis» n'en constituant qu'une partie), au total près de 250000 hommes en 1961.

Ces hommes étaient dangereusement exposés en cas de prise du pouvoir par le FLN. Les risques étaient particulièrement grands pour les supplétifs, volontaires ne jouissant pas des garanties données aux engagés de l'armée régulière, et ayant, dans l'ensemble, donné moins de gages au FLN, si l'on s'en tient aux taux de désertions relativement faibles. Il eût fallu sans doute ajouter que le comportement de ces troupes plongées dans une guerre atroce ne fut pas exempt de tout reproche. Il est dommage que cette question n'ait pas été abordée, étant bien entendu que la confirmation de tels débordements ne serait pas de nature à diminuer les responsabilités du camp adverse.

La seconde contribution importante de ce travail est la recherche faite sur le massacre des harkis. On doit d'abord condamner l'attitude des chefs de l'Algérie nouvelle, qui ne tinrent pas la parole donnée à Évian d'amnistier les actes commis avant mars 1962. Les massacres commencèrent à partir de l'indépendance, ce qui peut expliquer les lenteurs apportées par le gouvernement français à faciliter les départs sur la métropole. Ceux-ci ne furent cependant pas négligeables, en particulier ceux des familles, qui s'échelonnèrent jusqu'en 1964.

Toutefois, l'armée française se vit interdire d'intervenir en force pour aller au secours des victimes. Là réside sans doute la principale responsabilité du gouvernement français qui ne voulait pas recommencer la guerre. Le général Faivre situe entre 37000 et 66000 morts le bilan des massacres, chiffre bien en retrait sur celui de 100000 ou 150000 morts parfois avancé, mais infiniment supérieur aux estimations officielles françaises de 10000 morts. On a enfin beaucoup débattu des motivations de l'engagement des «harkis»: patriotes français ou traîtres à la patrie algérienne? Défenseurs de leurs familles, mercenaires ou seulement pauvres gens abusés ?

Il semble surtout que les harkis furent les principales victimes de l'échec de la constitution, sous l'égide de l'armée, et avec l'approbation plus ou moins réticente des pouvoirs publics d'un parti favorable au maintien français en Algérie. C'est sur un tableau nuancé, éloigné du misérabilisme trop souvent de rigueur sur cette question, que débouche l'ouvrage : l'installation des harkis en France a abouti à créer un groupe dynamique, tout à fait apte à s'intégrer à la nation française avec sa sensibilité propre.

Jacques Frémeaux
université Paris IV Sorbonne
revue Vingtième Siècle, n° 51, 1996.

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harkis à l'instruction (source)

 

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