lundi 18 juillet 2011

L'arme secrète du FLN

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la guerre d’Algérie :

un épisode de la guerre froide ?

Maurice FAIVRE

 

- Matthew Connelly, L’arme secrète du FLN : comment de Gaulle a perdu la guerre d’Algérie, Payot 2011, 507 pages 30 €. Traduit par Françoise Bouillot.

Ce livre est une réédition du livre de l’historien Connelly, publié aux Etats-Unis en 2002 sous le titre A diplomatic Revolution. Algeria’s Fight for Independance and the origine of the Post-Cold War Era. Le titre accrocheur choisi par les éditions Payot trahit donc la thèse de l’auteur, qui est une analyse diplomatique sur l’internationalisation de la guerre d’Algérie, et sur les conséquences mondiales de cette orientation.

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La documentation de cet ouvrage est particulièrement riche dans le domaine diplomatique où elle n’ignore rien des dépêches et des conversations engagées entre les autorités américaines et françaises, de la politique du GPRA et de l’habileté de ses négociateurs Yazid et Chanderli. La dimension internationale du conflit, avec l'implication du Maroc, de la Tunisie, des pays arabes et socialistes, du Tiers Monde, de l’OTAN et de l’ONU, est donc bien mise en relief, ainsi que la coexistence conflictuelle de plusieurs communautés algériennes.

Le jeu double des États-Unis, partagés entre le maintien des zones d’influence occidentales et le ménagement des Non-alignés, est concrétisé par la mise en place de bases aériennes au Maroc, la livraison d’armes aux Tunisiens  et le soutien de la CIA aux syndicats libres (CISL) qui financent les nationalistes.

La présentation de la situation militaire sur le terrain se réfère au Memento du 2ème Bureau (série 1H1682), aux livres de Tripier (Autopsie de la guerre d’Algérie) et de Shrader (The first helicopter War). Elle montre que la rébellion intérieure a atteint son potentiel maximum à la fin de 1957 (15 à 18.000 armes de guerre) pour décliner dès la fin de 1959 et se réduire à 6.000 armes pour 3.000 réguliers en 1962. Les démêlés de Bourguiba avec l’ALN et la désinformation opérée par le KGB sont soulignés.

Malheureusement, l’auteur prend pour argent comptant des erreurs manifestes qui nuisent à son objectivité  : les viols systématiques, le bombardement des villages, les regroupements affameurs, la loi du talion en août 1956, les estimations de Teitgen pour la bataille d’Alger, les 200.000 morts déclarés par de Gaulle, les 250.000 réfugiés au Maroc et en Tunisie, 200 tués au moins le 17 octobre 1961, les harkis ostracisés pendant des années dans des camps…, etc. Il situe le massacre d’Oran le 3 juillet 1962, avec 20 morts ; or c’est le 5 juillet avec environ 400 disparus.

En dépit de ces erreurs ponctuelles, l’ouvrage de Connelley ouvre la voie à des discussions intéressantes. La guerre d’Algérie est-elle effectivement un épisode de la guerre froide ? Elle se situe en effet dans une période de bouleversement des relations internationales : l’émergence de l’Europe et du Tiers Monde, le passage du XIXe au XXe siècle, l’équilibre de la terreur, les antagonismes Est-Ouest et Nord-Sud. Les nationalistes algériens se servent de ces antagonismes et utilisent les techniques léninistes de prise du pouvoir sans en adopter l’idéologie. Il en résulta  des oppositions internes, à l’origine d’une nouvelle guerre civile. La guerre d’Algérie d’ailleurs n’est pas la première guerre irrégulière, modèle de guerre dans la population. L’expérience en avait été faite en Indochine.

Selon l’analyse de Connelly, «la victoire algérienne permit à la France de se libérer elle-même - de son fardeau colonial et des États-Unis». En fait, le fardeau colonial change de forme sans réduire son coût. Le prestige du Général dans le Tiers Monde est plus médiatique que réel.

Le retrait de l’Otan coïncide avec la fin de la guerre d’Algérie ; coïncidence malencontreuse, plus que conséquence. Le général Ely écrit en effet dans son journal de marche (janvier 1960) que «le général de Gaulle fait fausse route en créant artificiellement et volontairement le malaise dans l’OTAN, tout en ayant sur les bras l’affaire algérienne qui nécessite l’appui de tous nos alliés».

Enfin, la politique gaulliste d’apaisement des tensions Est-Ouest, proche du neutralisme, n’a pas contribué au déclin du Pacte de Varsovie, qui demandait davantage de fermeté que de diplomatie.

Maurice Faivre
le 18 juillet 2011

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Matthew Connelly

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Boualem Sansal, Maurice Vaïsse, Matthew Connelly
et Aurélie Luneau à France-Culture(source)

 

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samedi 2 juillet 2011

politique coloniale française au Maroc (1912-1956)

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la politique berbère du Protectorat français

au Maroc, 1912-1956

 

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LES CONDITIONS D'ÉTABLISSEMENT DU TRAITÉ DE FEZ
La politique berbère du Protectorat français au Maroc (Tome 1)
(1912-1956)
Abraham Lahnite - Préface de Jean Martin
Histoire et perspectives méditerranéennes
Le 30 mars 1912 était signé à Fez le Traité de Protectorat qui allait être abrogé 44 ans plus tard, le 2 mars 1956. Ce fut l'une des plus courtes expériences de colonisation de l'histoire. Mais celle-ci a marqué à jamais le cours de l'histoire contemporaine du Maroc. L'objectif ici est d'éclairer le lecteur sur les conditions d'établissement de la politique berbère au Maroc, qui était à la fois l'oeuvre et l'orgueil du Maréchal Lyautey.
ISBN : 978-2-296-54980-7 • mai 2011 • 336 pages
Prix éditeur : 32 €

 

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LE SOUSS GÉOGRAPHIQUE, HISTORIQUE ET HUMAIN
La politique berbère du Protectorat français au Maroc (Tome 2)
(1912-1956)
Abraham Lahnite
Histoire et perspectives méditerranéennes
La région du Souss, véritable trait d'union entre le nord du Maroc et le Sahara, fut un des pôles les plus attractifs, au point de vue humain, de l'Empire chérifien. Les maîtres de ces vallées, les "Seigneurs de l'Atlas", deviennent des auxiliaires indispensables à la pacification du Sud marocain. Ce livre vise à combler un aspect régional et local de l'histoire du Maroc.
ISBN : 978-2-296-54981-4 • mai 2011 • 402 pages
Prix éditeur : 35 € 

 

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L'APPLICATION DU TRAITÉ DE FEZ DANS LA RÉGION DE SOUSS
La politique berbère du protectorat français au Maroc T3
(1912-1956)
Abraham Lahnite
Histoire et perspectives méditerranéennes
Le Traité de Protectorat, signé à Fez le 30 mars 1912 par le Sultan Moulay Hafid, marqua le début de la présence française au Maroc jusqu'à son indépendance en 1956. Par une étude historique solide, ce livre a pour objectif de fournir des éléments nécessaires à la compréhension de l'évolution politique et sociale du pays berbère Chleuh, loin des stéréotypes ou des mythes.
ISBN : 978-2-296-54982-1 • mai 2011 • 284 pages
Prix éditeur : 27,5 €

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mercredi 22 juin 2011

biographie de Robert Lacoste

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une biographie non partisane de Robert Lacoste

Maurice FAIVRE

 

- Pierre Brana et Joëlle Dusseau, Robert Lacoste (1898-1989). De la Dordogne à l’Algérie. Un socialiste devant l’histoire, L’Harmattan, 2010, 317 pages dont 15 de photos, 25 €.

Dans le cadre de la Fondation Jean Jaurès et de l’Office universitaire de recherche socialiste, ces deux auteurs retracent le parcours de Robert Lacoste, antimunichois et antifasciste, permanent syndical en Dordogne avant de s’engager dans la Résistance politique, et de faire partie du Comité des experts de Jean Moulin, devenu le Comité général d’études.

Son père est fusillé par les Allemands en mars 1944. Limogé de l’administration en juillet 1942, Lacoste devient en mai 1944 Délégué provisoire puis Ministre de la production industrielle ; il applique à reculons les nationalisations des ressources énergétiques. Remplacé en novembre 1945 par Marcel Paul, il est élu député et préside la Commission des Finances de l’Assemblée et le Conseil général de Dordogne ; inscrit à la SFIO, il s’oppose aux communistes et aux gaullistes ; il se prononce pour la réduction  des crédits militaires.

politique de fermeté

Après son échec lors de la journée des tomates d’Alger, Guy Mollet le nomme le 9 février 1956 ministre résidant en Algérie. Décidé à combattre les colons («je les aurai»), il est cependant fasciné par son compatriote Bugeaud et reconnaît «tout ce que la France a fait en Algérie». Il veut faire de l’Algérie un État démocratique multiracial ; ferme dans la répression des nationalistes et des communistes, il décide l’exécution des terroristes, et crée les centres d’assignation à résidence ; il approuve les zones de pacification et d’opérations du général Beaufre, qui justifient les regroupements de population . En même temps, il appuie les «perspectives décennales de développement économique», bases du futur plan de Constantine, proposées par des planificateurs compétents (Maspetiol, Bouakouir, Tixier) et  récupère 100.000 hectares pour la réforme agraire de la CAPER.

Cette politique de fermeté, favorisée par les pouvoirs spéciaux, suscite l’opposition des intellectuels, y compris au sein  de la SFIO. Se basant sur des rapports du CICR, du Commissaire Mairey, de Beuve-Méry, et sur un rapport (mal interprété) de la Commission de Sauvegarde, les critiques lui reprochent de «couvrir l’armée» et estiment que Lacoste ne pouvait pas ignorer la pratique de la torture. À l’inverse la Commission Provo fait confiance à l’armée et le Comité international de David Rousset dément l’existence d’un régime concentrationnaire en Algérie.

Lacoste est un battant. Yves Guéna le voit en patriote, quelque peu colonialiste, la tête à gauche et le cœur à droite. Il riposte aux critiques en révèlant les «aspects véritables de la rébellion». Pour lui, il faut faire la guerre de 1957 ; une révolution se combat par une autre révolution, par la fondation d’une Algérie nouvelle, sans purification ethnique. La Loi-cadre votée au deuxième tour en novembre 1957 établit le collège unique, favorise la promotion des musulmans, crée 1100 communes de plein exercice et prépare le passage à l’indépendance.

Lacoste quitte Alger trois jours avant le 13 mai 1958 en exprimant la crainte d’un Dien Bien Phu diplomatique ; il observe le noyautage des cadres pratiqué par les gaullistes Delbecque et Neuwirth ; il prend contact avec le Comité de Vincennes sans y adhérer, signe en novembre 1960 un manifeste pour le maintien de l’Algérie, et témoigne en 1962 au procès du général Salan. Le gaulliste de 1940 déclare en 1980 : «j’ai compris que de Gaulle se servait trop du mensonge pour monter ses coups».

Réélu député, conseiller général puis sénateur, Robert Lacoste reste le maître de la Dordogne jusqu’à sa mort. Ses obsèques religieux attirent peu de responsables politiques. Cette biographie détaillée, honnête et non partisane, s’appuie sur les débats internes au parti socialiste, sur la presse et sur une bibliographie sélective. Elle reproduit cependant quelques interprétations partiales et de rares données inexactes.

Maurice Faivre
25 mai 2011

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Observations critiques.

- p. 216. les DOP ne sont pas mis en place par Salan, mais par Ely en août 1956,

- p. 222.  il n’y a pas eu 100 morts au Khroubs le 22 mars 1956 (confusion probable avec le 20 août – Réf. "Mémoires d’un appelé" de Pierre Brana).

- p. 250. les 3.000 disparus de Teitgen sont mis en doute par G.Pervillé, et réfutés par Godard.

- p. 253. l’analyse des 400 rapports du CICR contredisent la généralisation de la torture ; la Commission de Sauvegarde Béteille conclut qu’on se trouve en présence d’actes perpétrés sporadiquement par des individus, en dépit des consignes qui les interdisaient, et que des sanctions ont été prises.

- p. 251 et 254. la loi-cadre de novembre  1957 aurait mérité une analyse approfondie ; un manuscrit inédit du colonel Schoen l’interprète comme une politique d’association avec une Algérie autonome ; Salan, qui l’avait approuvée, semble l’avoir oubliée ; elle aurait mérité d’être reprise par le projet gaulliste d’association.

- p. 256. les 69 morts dont 21 enfants de Sakiet Sidi Youssef sont déclarés par Bourguiba, mais démentis par le 2ème Bureau.

- p. 256. en janvier 1958, le général Ely approuve le principe d’une riposte automatique en Tunisie (dans les 3 heures suivant l’incident). Il est douteux qu’il n’ait pas l’accord du gouvernement (Réf. Fonds privé 1K 233).

- fautes de frappe : p. 204, divisions parachutistes, p. 255 : rébellion et non répression.


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samedi 28 mai 2011

les chercheurs formés en Algérie n’ont pas une bonne culture historique.

 

Mohammed Harbi :

«Les archives de la guerre de Libération

sont explosives»

L’historien Mohammed Harbi décortique des épisodes-clés du mouvement national et livre ses vérités.

journal algérien El Watan, 26 mai 2011

L’éminent historien Mohammed Harbi revient, dans cet entretien, sur les récentes controverses suscitées par les déclarations polémiques d’acteurs du mouvement national et livre quelques vérités cinglantes. D’après lui, l’attaque de la poste d’Oran est l’œuvre d’Aït Ahmed, Boudiaf a réussi l’organisation du 1er Novembre, et l’attitude de Yacef Saâdi à l’égard de Louisette Ighilahriz «n’est ni sérieuse ni noble.» Harbi affirme que Boussouf n’endosse pas seul l’assassinat de Abane Ramdane, et qu’on a exagéré son rôle ainsi que celui du MALG.
Il révèle, par ailleurs, que «Krim a projeté d’assassiner Bentobal» en prévenant que les archives de 2012 «sont terribles et explosives.» lAlors qu’il évalue les harkis et goumiers à environ 100 000 hommes, l’historien estime à quelque 50 000, les victimes algériennes des bavures du FLN/ALN, dont nombre de militants nationalistes authentiques. Pour Mohamed Harbi, «la société algérienne est une société de surveillance mutuelle».
Il considère que les tabous, liés aux juifs d’Algérie, aux harkis et aux pieds-noirs, en se gardant de les traiter, ont fait le lit de l’islamisme. Préconisant une déconstruction de la pensée nationaliste, il estime que la question identitaire et celle de l’autoritarisme sont deux problèmes majeurs qu’il est impératif de dépasser pour aller vers une Algérie nouvelle et apaisée.

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- Si vous le permettez, M. Harbi, nous aimerions articuler cette interview autour de quelques «noms-clés» en rapport avec l’histoire du Mouvement national. Et le premier qui nous vient à l’esprit, en l’occurrence, est Ahmed Ben Bella qui a défrayé la chronique ces derniers jours suite à ses récentes déclarations à Jeune Afrique. D’abord, comment l’avez-vous rencontré ?

- Je l’ai rencontré pour la première fois au moment de la discussion du programme de Tripoli. À ce moment-là, j’ai pu, plus ou moins, voir ce qu’était l’homme dans ses idées. Il faut noter qu’avant cela, il était en prison depuis 1956. Et dans ses idées, il y avait incontestablement chez lui un véritable amour du monde rural. En même temps, il y avait chez lui un aspect qui relève de l’éducation politique de toute une génération, à savoir l’attachement à un nationalisme de type autoritaire.

- Pour en venir à des faits précis comme l’attaque de la poste d’Oran en avril 1949, Ben Bella affirme qu’il était l’artisan de cette attaque. Selon vous, qui d’Aït Ahmed, qui était le successeur de Belouizdad à la tête de l’OS, ou de Ben Bella qui, comme vous le précisez dans vos livres, a pris en main cette organisation à partir de janvier 1949, est le véritable instigateur de cette opération fondatrice ?

- Personnellement, je pense que les éléments concrets ressortaient de l’organisation locale. Mais les projets (la planification des opérations, ndlr) étaient incontestablement du ressort de la direction centrale, donc d’Aït Ahmed. Je pense que compte tenu du fonctionnement de l’Organisation, le rôle d’Aït Ahmed a été très important.

- Et quand il dit de Boudiaf qu’il était «zéro sur le plan militaire», vous pensez que c’est une vérité ou bien une méchanceté ?

- «Zéro sur le plan militaire» ? il n’y a pas eu d’expérience de type militaire qui permet d’en juger… Boudiaf était le responsable de l’OS dans le Constantinois. C’est un membre de l’Organisation qui était assez conséquent, on l’a bien vu. Même si le 1er Novembre a été organisé dans la précipitation et l’improvisation, il l’a organisé.

- Quand des acteurs de l’histoire comme dans ce cas précis nous font des révélations de cette nature, vous, en tant qu’historien, comment les prenez-nous : pour argent comptant ? Avec des pincettes ?

- Je ne peux pas prendre pour argent comptant le témoignage d’un acteur. On est obligé de se pencher sur les archives quand on en trouve, ce qui est rare pour une organisation qui a été clandestine. Sinon, on procède à des recoupements des témoignages des acteurs.
Indépendamment de cela, vous avez des interrogations propres à partir de ces témoignages et aussi de la connaissance des acteurs. Il faut dire que ces affaires sont remontées à la surface dans des moments de crise où chacun cherchait à imposer son image propre. Et je crois qu’en Algérie, beaucoup de choses se passent comme ça. Les gens sont plus préoccupés de soigner leur image que par le souci de la vérité.

- Un autre nom nous vient à l’esprit, celui d’une grande moudjahida : Louisette Ighilahriz, qui a eu à affronter seule ses tortionnaires lors des procès qui l’ont opposée au général Schmitt et consorts, sans le moindre soutien de l’Etat algérien. C’est une femme extrêmement courageuse qui a été profondément blessée par des allégations prêtées à Yacef Saâdi qui aurait mis en doute son combat. Que pouvez-vous nous dire sur cette immense résistante ?

- Louisette Ighilahriz est une combattante, il n’y a aucun doute là-dessus, et Yacef Saâdi ne pouvait pas ignorer son rôle puisqu’il était un allié de la famille Ighilahriz. Je suppose qu’il y a autre chose qui l’a guidé. De toute manière, ce n’est ni sérieux ni noble.

- Du point de vue de l’écriture de l’histoire de la guerre de Libération nationale, pensez-vous que la participation des femmes est suffisamment mise en valeur ?

- Non, ce n’est pas le cas. Il y a une chose fondamentale qu’il convient de souligner à ce propos, c’est que les femmes sont venues à la rencontre du FLN, mais quand le FLN est allé à leur rencontre, il ne les voyait que comme infrastructure dans l’organisation. Il ne les voyait pas dans des rôles politiques et des directions politiques. Alors que le premier bulletin du FLN s’appelait Résistance, on l’a enlevé pour mettre El Moudjahid. Ça veut tout dire. Le souci du FLN, c’était d’avoir des troupes. Or, la sensibilité des troupes était incontestablement machiste et patriarcale.

- Selon vous, ces controverses soulevées par des déclarations polémiques qui sont le fait d’acteurs de la Révolution font-elles avancer l’historiographie de la guerre de Libération nationale ? Est-ce quelque chose de productif ou de contre-productif pour l’historien ?

C’est de la lave en fusion. Et à mon avis, c’est quelque chose qui ajoute au désarroi et au manque de repères de la population dans son ensemble. Qui plus est, cela discrédite la politique, surtout que cela intervient dans une atmosphère d’impasse et d’échec, et donc on a tendance à dévaloriser la révolution.

- M. Harbi, en 2012, on annonce l’ouverture d’une partie des archives françaises liées à la guerre de Libération nationale. D’aucuns y voient une opportunité pour apporter un éclairage décisif sur certaines zones d’ombre de la guerre d’indépendance. Comment appréhendez-vous ces archives ?

Il y a certainement des archives qui pourraient s’avérer fort pertinentes. Il y a par exemple le bulletin de renseignement et de documentation qu’établissait le MALG. Bien sûr, il glorifie le FLN mais il fournit une foule d’indications sur l’état d’esprit de la population, et ce bulletin ne laisse aucune impression d’unanimisme des Algériens.

- Quel genre de renseignements livraient ces bulletins ?

Par exemple des renseignements sur la conduite des populations, leur rapport au FLN, leur rapport à la France. Je dis bien c’est le bulletin du FLN, donc tout est à la gloire du FLN. Toujours est-il qu’à travers ces descriptions, si un historien s’empare de ces documents, il va donner une autre idée de l’opinion algérienne face au FLN. En tout cas, je pense que ces archives sont explosives. Moi, j’ai été au ministère des Forces armées comme conseiller de Krim Belkacem, et je peux vous dire que les dossiers sont terribles. Le rapport à la population n’est pas du tout ce qu’on dit. Ce sont des archives qui donnent une idée tout à fait différente de la révolution.

- Vous-même, en votre qualité d’historien, comptez-vous les exploiter ?

- Je ne sais pas. À 78 ans, je ne sais pas si j’aurai la force de continuer longtemps. Je pourrais travailler peut-être sur un ou deux sujets, mais je n’ai plus la même force.

- On vous souhaite beaucoup de santé et de vigueur M. Harbi pour mener à bien cette entreprise…

- Si je peux aider, pourquoi pas ? D’ailleurs, c’est ce que je fais maintenant. J’aide les jeunes chercheurs à travailler sur les archives, notamment en France.

- Quelles sont les précautions méthodologiques que vous préconisez à l’attention des jeunes chercheurs ?

- Le vrai problème, aujourd’hui, c’est que les gens s’intéressent beaucoup plus aux forces politiques indépendamment de la société. Or, si vous n’avez pas une connaissance précise de la société, vous ne pouvez pas étudier sérieusement les forces politiques en présence.
C’est quelque chose de capital. Le va-et-vient entre les deux est fondamental. Ça c’est la première chose. La deuxième, c’est que les chercheurs formés en Algérie, je le vois très bien, n’ont pas une bonne culture historique. Ils n’ont pas connaissance de tous les débats sur la méthode et tout ce qui à trait à l’analyse des documents, la capacité de maîtriser le matériau et d’en tirer la matière de l’histoire.

- Ne pensez-vous pas, justement, que c’est quelque chose, pour le moins paradoxale de voir d’un côté la grandeur et la complexité de notre Révolution, et de l’autre, l’indigence de l’appareil académique, universitaire, censé en assurer l’étude et la transmission ?

- Je vais vous dire franchement mon opinion : le pouvoir qui est là depuis 1962 n’a aucun intérêt à ce que l’histoire devienne la matrice d’une reconstruction du pays. Je me souviens quand j’étais à Révolution Africaine, j’avais publié un document sur la Fédération de France du FLN. Il y a eu tout de suite une réaction du ministre de la Défense (Boumediène, ndlr) et des pressions sur Ben Bella pour dire «cette histoire, on n’en parle plus.»

- Est-ce que vous avez foi dans les jeunes historiens formés en Algérie ?

Il y a quelques-uns qui sont remarquables, mais malheureusement, ils restent à l’étranger. Et ceux qui rentrent ici, je ne donnerai pas de noms, mais…il y en a un ou deux qui sont vraiment remarquables, qui sont capables de faire de grands historiens. Les autres, ils sont en train d’ahaner pour avoir des postes parce qu’il faut faire valider son diplôme universitaire acquis à l’étranger. C’est une manière d’avoir des historiens destinés à produire une histoire officielle.

- L’un des enjeux des relations algéro-françaises est l’écriture de l’histoire de la guerre d’Algérie. Or, nous avons l’impression que là-bas il y a une armée d’historiens, de chercheurs pour accomplir cette tâche, tandis que de ce côté-ci, il y a peu de gens de métier, comme vous le soulignez, qui font le poids. Comment parer à ce déséquilibre ?

- Ce qui est certain, c’est que nous ne pouvons pas envisager notre rapport avec les historiens français comme une compétition, mais comme un échange pour équilibrer des regards.

- Comment, lorsqu’on est soi-même acteur et témoin de l’histoire, peut-on en être également le fidèle rapporteur ?

- Je vais vous dire comment ils ont procédé en France. Tous les grands acteurs sont passés par des instituts pour livrer leurs témoignages devant des historiens qui ont étudié la période concernée. Et ces témoignages sont dûment emmagasinés dans des archives.

- Cela nous fait penser aux psychanalystes qui doivent se faire analyser par leurs pairs avant de pouvoir exercer…

- Tout à fait ! En France, tous les acteurs militaires ont donné leurs témoignages aux historiens. Chez nous, cela se passe autrement. J’ai chez moi plus de 123 ouvrages algériens de témoignages. Ce n’est pas satisfaisant, parce que les gens ne parlent pas de la réalité culturelle, de la réalité sociale, de la stratégie des acteurs. Ils parlent de faits, comme ça… Il faut dire que chez les acteurs de la révolution algérienne, la véritable culture était plutôt rare. Partant de là, ils ne peuvent revoir et vivre d’une autre manière leur expérience qu’à travers le regard de gens du métier. L’histoire, c’est aussi un métier.

- Les choses sont-elles claires dans votre esprit, entre le Harbi historien et le Harbi acteur de l’histoire ?

- Il y a nécessairement un aspect subjectif dans cette affaire. Mais cet aspect subjectif, ce n’est pas à moi de le découvrir. Cela incombe aux lecteurs mais aussi à mes collègues historiens. De toute manière, je travaille avec la méthode historique, et donc je soumets tout ce que je fais à la critique historique. Je peux affirmer que j’ai au moins un minimum de distance à l’égard de mon expérience propre. Seulement, je ne suis pas garant de tout. J’ai mes rapports personnels avec les hommes, j’ai des côtés subjectifs, mais je pense que ce côté subjectif n’a pas réussi à prendre le dessus dans mon travail. En tous les cas, les lecteurs aviseront.

- Je reviens à cet enjeu que certains appellent «guerre des mémoires» ou «guerre des récits», même si le mot guerre est très chargé. Peut-on imaginer une écriture de l’histoire qui soit apaisée, dépassionnée, froide, voire «à quatre mains» ?

- On ne peut pas appeler cela «guerre des mémoires». Aujourd’hui, le vrai problème, c’est l’histoire. Il y a guerre des mémoires parce qu’il y a des forces politiques des deux côtés qui instrumentalisent l’histoire pour perpétuer un combat. Du côté français, les vaincus de la guerre d’indépendance sont encore nombreux. Ils sont dans des partis, ils ont des comptes à régler. Et, effectivement, on peut parler à leur sujet plus de mémoire que d’histoire.
Du côté algérien, il y a des mouvements qui connaissent des phases sensibles d’essoufflement, il y a des gens qui n’ont plus rien à dire, et qui pensent que c’est un trésor inépuisable pour essayer de solidifier une nation, qu’ils n’arrivent pas à solidifier autrement.
Si des gens actuellement passent leur temps à ânonner sur le passé, c’est uniquement dans cette perspective. La mémoire et le présent, c’est un gros problème. Le présent n’est pas un présent d’affirmation du respect de l’individu, et la mémoire, elle, rappelle un passé de non-respect de l’individu. Alors, si on veut vraiment convoquer l’histoire pour créer un esprit civique, il faut commencer par respecter l’individu en faisant en sorte que la mémoire d’avant serve de catalyseur, sinon, ce n’est pas la peine.

- Lors du colloque organisé récemment en hommage à Claudine Chaulet, vous avez rapporté ce fait révélateur, à savoir que sous le PPA la notion d’individu n’existait pas, et qu’il était par exemple inimaginable de se représenter un Algérien boire une bière dans la conception identitaire du PPA…

- Publiquement non, comme dans toutes les sociétés musulmanes qui vivent sous le signe de la schizophrénie. Vous pouvez tout faire si on ne vous voit pas. Mais, officiellement, un militant nationaliste ne buvait pas, était censé ne pas boire, et les mœurs des gens étaient sous surveillance. Ce sont des choses qu’on ne veut pas voir de près. Nous sommes des sociétés de surveillance mutuelle. Avant, la surveillance était une institution, c’était la «hissba». Le problème, c’est qu’avec la colonisation cette institution a disparu. Du coup, la surveillance est devenue l’affaire de chacun, et elle est beaucoup plus pernicieuse que s’il y avait une institution comme telle.

- Vous avez souvent souligné la prépondérance du religieux comme référent identitaire dominant au détriment de la diversité raciale, religieuse et culturelle, qui caractérisait notre pays. Pensez-vous que cela constitue un facteur bloquant qui nous empêche d’aller vers la modernité culturelle et politique ?

- Tout à fait ! Si le FIS a été ce qu’il a été, il ne le doit pas à la capacité de ses chefs mais précisément à cet élément. Il faut s’avouer que nous sommes une société fermée. Nous avons un système éducatif de type conservateur et patriarcal. D’ailleurs, je suis effrayé par la haine que les gens ont pour les femmes. C’est incroyable !
Ce n’est pas simplement de la haine, c’est de la peur. Je vois pas mal de femmes, des chercheuses surtout, qui sont tout à fait exceptionnelles, et dès le mariage, elles ont des problèmes. Elles sont confrontées à un dilemme : soit, c’est le sacrifice du métier, soit c’est la rupture. Et si vous faites une recherche statistique, vous verrez que pas mal d’universitaires de haut niveau sont des femmes seules.

- À votre avis, un travail de déconstruction de la pensée nationaliste telle qu’elle a prévalu jusqu’à aujourd’hui est-il nécessaire pour ériger une Algérie nouvelle ?

- Actuellement, l’Algérie est confrontée à deux problèmes : d’abord, la déconstruction de cette pensée à partir de l’idée d’une société multiculturelle et multiethnique, parce que la question de l’ethnicité est un vrai problème. On a beau le cacher, c’est un vrai problème. La deuxième question, c’est le problème de l’autoritarisme. L’Algérie transpire l’autoritarisme par tous ses pores. On parle du pouvoir, mais si vous voyez la vie des partis, elle n’est pas fondamentalement différente. Il faut revenir aux fondements de l’autoritarisme, et quand vous analysez ces fondements, force est de constater la nature des rapports familiaux et le poids du patriarcat. Ce n’est pas un hasard si ce modèle-là, vous le retrouvez dans le système éducatif d’une façon très forte. C’est tout cela qui fait que notre société soit très conservatrice.

- Vous avez cité un mot-clé : «surveillance». Vous avez parlé de cette fiche mystérieuse du MALG qui épie la population, et tout cela me renvoie à un autre «nom-clé» : Abdelhafidh Boussouf. D’aucuns ont fini par le mystifier tellement il cultivait le mystère. On le dépeint généralement comme un personnage intrigant qui était derrière tous les coups tordus. Est-ce que vous l’avez connu personnellement ?

- Je le connaissais très bien puisqu’il était dans la daïra de Skikda. Mais il était originaire de Mila. C’était un cadre de qualité. Je dis d’ailleurs dans mes mémoires que c’est lui qui m’avait recommandé le Que faire ? de Lénine quand j’étais au lycée. C’était un bon organisateur. Mais il était très suspicieux, il était aussi répressif. Néanmoins, je pense qu’on a exagéré les choses à son sujet. Il faut savoir que tous les accords portant sur le renseignement, conclus avec d’autres pays, étaient traités par le GPRA. C’est le gouvernement qui décidait. Il avait une puissance au sein du gouvernement, certes, mais il ne faisait pas ce qu’il voulait.

- Quand on le présente comme «l’ancêtre de la police politique et du DRS», vous pensez que c’est exagéré ?

- Il se trouve que les instruments qu’il a forgés sont passés, par la suite, au ministère de la Défense. Mais, avant, ce n’étaient pas eux qui contrôlaient (les cadres du ministère des Forces armées, ndlr). Ils ne contrôlaient rien. C’était un peu comme dans le système français : les grands commis de l’Etat, on veut bien s’assurer qu’ils n’ont pas d’antenne avec l’étranger, des trucs comme ça, ce n’était pas plus.

- Pourtant, il y a ce fait gravissime qu’on lui impute, celui d’avoir assassiné Abane Ramdane à Tétouan et d’avoir pris tout seul la responsabilité de le liquider…

- Tout seul, je ne dirais pas cela. Qu’il ait une part de responsabilité dans cette affaire, c’est sûr.  Seulement, il y a un point d’interrogation sur cette question. Quand ils ont examiné le cas Abane, Ouamrane, Krim, Mahmoud Chérif et Boussouf étaient pour son exécution.

- Et Bentobal était contre…

- Bentobal était effectivement contre. Or, il fallait un consensus. Ils ont opté alors pour son emprisonnement, mais pas en Tunisie parce que là-bas, c’était dangereux. Donc, ils l’ont emmené au Maroc sous prétexte qu’il y avait des différends qu’il fallait régler avec le sultan Mohamed V. Abane était accompagné de Krim Belkacem et Mahmoud Chérif. Une fois au Maroc, il a été assassiné. Moi, je ne peux pas répondre aussi affirmativement à la question. Krim dit «ce n’est pas moi, c’est Boussouf.» Mahmoud Chérif dit «ce n’est pas moi, c’est Boussouf.» Moi, je ne peux pas le dire, je n’étais pas là, il n’y a pas de preuves.

- Dans le livre de Khalfa Mammeri, Abane Ramdane – le faux procès, l’auteur fait mention d’un procès-verbal (qui aurait été puisé dans les archives personnelles de Boussouf déposées en Suisse, ndlr), et où ce dernier aurait imposé aux autres membres du CCE d’endosser a posteriori l’assassinat de Abane pour faire croire à une décision collégiale…

- Sur ce document, point d’interrogation. Par contre, qu’il l’ait assassiné, ça ne fait pas de doute. Mais sur la responsabilité individuelle, je me pose des questions. Je n’ai pas de réponse.

- Avez-vous des éléments de réponse à propos de ce qu’on reprochait exactement à Abane Ramdane ? Est-ce qu’on était jaloux de lui parce qu’il était brillant ? Est-ce qu’il a payé le Congrès de la Soummam ? Etait-ce une affaire d’ego ?

- Il y avait beaucoup de cela. Pour tout dire, Abane ne pensait pas que cette catégorie d’hommes pouvait diriger l’Algérie. Il faut savoir que le premier incident est survenu le 5 juin au sujet d’une conférence de presse qui devait être donnée au Caire. Krim voulait la tenir alors que c’est Abane qui devait l’animer. Ce dernier s’est adressé à Krim en le traitant d’aghyoul (bourricot). Finalement, il a été dévolu à Saâd Dahlab qui était un personnage de second ordre de l’animer. Les deux membres les plus puissants du CCE étaient ainsi aux prises l’un avec l’autre. Et je pense que Krim avait des visées sur le pouvoir depuis toujours, surtout après la Bataille d’Alger.

- Donc, vous maintenez que ça n’a pas été une décision exclusive de Boussouf d’éliminer physiquement Abane ?

- Non, parce qu’ils étaient trois et ils imputent cela à Boussouf. Or, je sais, d’après Bentobal, que Krim avait projeté d’assassiner Bentobal après cet épisode. Donc, si tant est que le témoignage de Bentobal soit véridique, Krim voulait éliminer les gens qui se dressaient sur le chemin de son pouvoir. Pourquoi Bentobal ? Parce qu’il supposait qu’étant lui aussi de Mila, Bentobal était un appui pour Boussouf.

- D’après vous, l’assassinat de Abane a-t-il affaibli le CCE ?

- Du point de vue politique, c’est sûr.

- Quand on dit qu’il y a un avant et un après-Abane, est-ce une analyse que vous partagez ?

- La machine politique a continué à fonctionner. La machine politique, ce n’était pas seulement Abane. Il y avait des hommes de grande qualité comme Ferhat Abbas, comme Abdelhamid Mehri, comme Benyoucef Benkhedda…

- Toujours est-il que Boussouf, après l’assassinat de Abane, semble avoir pris un ascendant sur les autres, vous n’êtes pas de cet avis ? On assure même qu’il terrorisait tout le monde.

- Boussouf ne contrôlait que la base du Maroc. Or, la puissance du FLN était plus en Tunisie qu’au Maroc.

- Dans son livre sur le colonel Amirouche (Une vie, deux morts, un testament) Saïd Sadi affirme que c’est Boussouf qui a donné Amirouche aux Français…

- Quand je suis arrivé en Tunisie, j’ai entendu cette version. Moi, je suis arrivé au mois de mai 1959 (Amirouche est tombé au champ d’honneur le 29 mars 1959, ndlr) et il y avait cette version qui circulait. Elle a tenu le haut du pavé pendant toute la période de la réunion des colonels. Une opposition faisait rage entre Krim d’un côté, et Boussouf, Bentobal, et Boumediène de l’autre. C’était dans le cadre de ces luttes de pouvoir qu’est sortie cette version. Personnellement, je pense que Boussouf était sans doute quelqu’un de particulier,  mais pas à ce point.

- Après l’indépendance, il a eu une vie discrète. Certains récits affirment qu’il s’est converti en armateur ou vendeur de bateaux. Pourquoi Boussouf a-t-il disparu aussi subitement de la vie publique selon vous ? Il n’a pris aucune responsabilité après 1962 ?

- Il ne pouvait pas prendre de responsabilité, personne n’aurait voulu de lui. Même quand Boumediène était devenu le grand chef, Boussouf a fait une offre de service, mais il n’a même pas été reçu par Boumediène. Vous ne pouvez pas avoir avec vous votre ancien chef qui vous connaît bien. Après, il s’est lancé dans les affaires, il avait un nom et les Irakiens l’ont beaucoup aidé. Il a trouvé de l’aide partout dans le monde arabe.

- Est-ce qu’on a donné, selon vous, sa pleine valeur au Congrès de la Soummam qu’accable par exemple Ali Kafi ?

- Je pense que c’est une version contemporaine chez Al Kafi. Je ne lui ai pas connu cette opinion avant. En réalité, chez Ali Kafi, ce n’est pas le Congrès de la Soummam qui posait problème mais plutôt la personne de Abane. Il estime que Abane, ce n’était pas l’homme qu’il fallait. C’est un parti pris, c’est le point de vue d’un clan tout simplement.

- Même les attaques de Ben Bella contre le Congrès de la Soummam ?

- C’est la même chose, c’est le point de vue d’un clan. Avec cette différence que lui en a été exclu. A mon avis, cette histoire selon laquelle il ne pouvait pas venir n’est pas crédible. S’il avait participé au Congrès, peut-être que les choses auraient pris une autre tournure. Les clans n’auraient pas eu les mêmes contours. Il faut souligner que la majorité était derrière Krim beaucoup plus qu’elle ne l’était derrière Abane. C’est l’intelligentsia qui était derrière Abane, ainsi que l’ancienne classe politique qu’il a récupérée.

- On approche à grand pas du cinquantenaire de l’Indépendance qui coïncide, à quelque chose près, avec cet éveil des sociétés civiles arabes et maghrébines pour exiger le changement. La Révolution de 1954 n’a pas tenu toutes ses promesses, il y a une grande déception de la part des Algériens qui ont le sentiment que le combat libérateur est resté inachevé. Y a-t-il de la place, d’après vous, pour une nouvelle révolution afin de réaliser les promesses de l’Indépendance ?

- Ne parlons plus de révolution, elle est terminée. Les espérances des Algériens ne trouvent pas écho dans le système auquel a donné naissance la Révolution. Les gens qui pensent qu’il faut achever cette révolution devraient réfléchir autrement maintenant.
Il faut tout recommencer. C’est un autre peuple, c’est une autre société. Je ne pense pas que les sociétés puissent se construire durablement indépendamment d’un mouvement d’idées et d’un projet, et c’est ça le problème des Algériens.

- Quand on dit que c’est la même équipe qui gouverne depuis 1962 en termes de filiation en soulignant la structure fondamentalement militaire du pouvoir, Bouteflika qui est issu du groupe de Oujda, vous êtes d’accord avec cela ?

- Non, non, il y a eu des recompositions. Il me semble qu’au niveau des dirigeants, ils sont tous pour le changement, mais ils ne savent pas par où commencer parce que le point par lequel on commence décidera de qui va en profiter.

 

Bio express :

Mohammed Harbi est né en 1933 à El Harrouch, près de Constantine. Dès 1948, il adhère au PPA-MTLD. Il part en France en 1953 pour s’inscrire à des études d’histoire à la Sorbonne. En 1956, il intègre l’UGEMA puis le comité fédéral de la Fédération de France du FLN comme responsable de l’information.

En 1958, il rejoint le GPRA au Caire dès sa création. Il devient le conseiller de Krim Belkacem au ministère des Forces armées, puis au département des affaires étrangères du GPRA. Il est nommé ambassadeur en Guinée (1960-1961). Mohamed Harbi prend part aux premiers accords d’Evian.
Après l’indépendance, il est conseiller du président Ben Bella et participe à l’élaboration du Programme de Tripoli (1962). En 1965, il fait les frais du coup d’Etat de Boumediène et se voit emprisonné pendant cinq ans, puis placé en résidence surveillée.

En 1973, il réussit à s’évader. Harbi vivra en exil forcé jusqu’en 1991. Il se consacre dès lors à l’enseignement universitaire et à son métier d’historien.
Parmi ses nombreux ouvrages : Aux origines du FLN, Le populisme révolutionnaire en Algérie (1975), Le FLN, mirage et réalité (1980), 1954, la guerre commence en Algérie (1984), L’Algérie et son destin, croyants ou citoyens (1993), Une vie debout, Mémoires (2001), Le FLN, documents et histoire 1954-1962 (2004, avec Gilbert Meynier).

Glossaire :

- L’OS : L’Organisation spéciale. Bras armé du PPA-MTLD créée en 1947. Son premier chef était Mohamed Belouizdad, avant d’être remplacé par Hocine Aït Ahmed. Elle sera démantelée en 1950 suite à l’arrestation de Ben Bella.

- Le CCE : Comité de coordination et d’exécution, organe créé par le Congrès de la Soummam. C’est l’instance exécutive du CNRA, le Conseil national de la Révolution algérienne.

- Le MALG : Ministère de l’Armement et des Liaisons générales.
Premier appareil de renseignement militaire algérien, le MALG était le service de renseignement attitré de l’ALN. Il est couramment présenté comme l’ancêtre de la police politique en Algérie. Il était dirigé par Abdelhafidh Boussouf.

- Le MNA : Mouvement national algérien. Parti créé par Messali Hadj en 1954 avec pour objectif de faire échec au FLN. Des luttes fratricides feront rage entre les deux factions, notamment au sein de l’émigration.

- L’Affaire Mellouza : Elle fait référence au massacre, dans la nuit du 28 au 29 mai 1957, de plusieurs affidés du «général Bellounis», chef des troupes du MNA, par des commandos de l’ALN dans les hameaux de Mellouza, Béni Ilmane et Mechta-Casba, dans la wilaya de M’sila, réputés être des fiefs messalistes. On évoque le chiffre de 300 hommes tués.

- L’Affaire de la «Bleuite» : Par allusion aux «bleus de chauffe», des auxiliaires algériens retournés par l’armée coloniale contre le FLN dans La Casbah durant la Bataille d’Alger.
Elle renvoie à une purge perpétrée à partir de 1958 dans les rangs de l’ALN suite à une grosse opération d’intox et de guerre psychologique menée par les services secrets français visant à faire croire à l’existence de traîtres dans les maquis de la Wilaya III. Longtemps on a imputé ces purges au colonel Amirouche, une version que réfutent ses compagnons d’armes.

- Décret Crémieux : Il s’agit du décret promulgué le 24 octobre 1870 qui octroie d’office la nationalité française aux israélites indigènes d’Algérie.

Mustapha Benfodil

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mercredi 25 mai 2011

Algérie : en finir avec les délires antisémites !

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Lettre du cinéaste Jean-Pierre Lledo au journal algérien LIBERTÉ

Messieurs les Directeur et Rédacteur en chef de Liberté. Je viens de découvrir avec stupéfaction dans votre édition du 17 Mai dernier,  un compte rendu du roman Derb Lihoud d’un certain Saïd Kessal, signé par votre collaborateur M. Laradj. Je vous saurai gré de bien vouloir publier mon indignation.
Salutations.
Jean-Pierre Lledo.

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En finir avec tous les délires !

Jean-Pierre LLEDO


Messieurs les Directeurs et Rédacteurs en chef de Liberté, vous dirigez un quotidien national au nom prestigieux et vous vous revendiquez démocrates. Comment alors avez-vous pu publier un commentaire aussi complaisant du "roman historique" Derb Lihoud (Quartier juif) d'un certain Saïd Kessal, journaliste par ailleurs à Echourouk, ce quotidien national en langue arabe bien connu pour ses obsessions anti-juives ?

Comment ne vous-êtes vous pas aperçu, qu’il s’agissait d’une simple resucée de deux fantasmes anti-juifs parmi les plus connus : le crime rituel des enfants (avec le sang duquel les Juifs feraient leurs galettes de Pâques), et la domination mondiale par le complot et l’argent, thème central des Protocoles des Sages de Sion ?

Depuis le début de l’ère chrétienne, le premier a servi de prétexte à la persécution des Juifs. Quant au second, l’on sait depuis un siècle qu’il s’agit d’un plagiat d’un ouvrage de Maurice Joly dirigé contre Napoléon III, mais qui fut détourné par la police tsariste vers la fin du XIXe siècle, pour justifier les pogroms massifs de Russie. Les Protocoles racontent donc comment les "Sages de Sion", réunis secrètement, comptent s’y prendre pour dominer le monde !

Liberté devrait aussi savoir que cet ouvrage reste, avec Mein Kampf, un des titres essentiels de l’édition du monde arabe,  ce qui a permis à "l’écrivain", d’y puiser la source de son inspiration.

"Sacrifiés sur l’autel du rite talmudique attribué aux sionistes" !!! Liberté ne pourrait-il pas lui expliquer que le Talmud n’est pas un "rite" ? !!! À l'ère du net comment peut-on écrire de pareilles inepties ?

Si l’on veut qu’un jour le monde arabe s’approche des rives de la démocratie, ne revient-il pas aux élites qui au moins s’en réclament, d’en finir avec tous les délires, notamment anti-juifs, générateurs de haine et surtout de crétinerie, sans quoi ses peuples seront maintenus dans une nuit sans fin ?

Espérant à l’avenir votre vigilance, mes salutations.

25 mai 2011

Jean-Pierre Lledo

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dimanche 22 mai 2011

exposition : l'Afrique du Nord dessinée

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L'Afrique du Nord dessinée

du 24 mai au 19 juin 2001 à Versailles

 

adresse de l'exposition : 12, rue des États-Généraux à Versailles - du mardi au samedi, de 10 h à 19 h - dimanche, de 14 h à 19 h - Tél. 01 39 24 04 25

http://jeunepiednoir.pagesperso-orange.fr/jpn.wst/Expositions.htm#versailles11

 

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jeudi 19 mai 2011

les erreurs d'une "historienne"

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un livre à éviter...

Maurice FAIVRE

 

Claire Mauss-Copeaux a publié en février 2011 un livre intitulé : Algérie 20 août 1955, Insurrection, Répression, Massacres, éd.Payot, 279 pages.

Cet ouvrage contient de grossières erreurs concernant le massacre d'El Halia :
- il surestime la population européenne du village (250 au lieu de 180).
- Il présente une situation calme du Constantinois, alors que le terrorisme a commencé en mai (huit bombes à Constantine).
- Il se réfère à la version de Brahim Ayachi, selon lequel tous les habitants d'El Halia étaient armés et se sont défendus :
- or un seul assaillant a été tué ; 
- le dépôt d'explosifs n'a pas été visité, alors que le but était de récupérer de l'armement.
Ayachi, qui n'avait aucune responsabilité dans l'ALN de 1955, se réveille 50 ans après les faits.
- les ouvriers sétifiens de la mine n'étaient pas des rescapés de mai 1945, ils venaient de M'sila, localité qui n'avait pas connu de soulèvement en 1945.

D'autres erreurs concernent :
- les soi-disant vengeances familiales de la famille Mello à Ain Abid,
- l'ignorance des victimes du Khroubs,
- les cadavres écrasés par un half-track à Guelma,
- l'audition du général Faivre par Patrick Rotman (chronologie inexacte, faits incomplets, archives consultées, action sociale de l'armée ignorée).

Le livre à paraître de Roger Vétillard, préfacé par Guy Pervillé,  fait un point précis de l'insurrection du 20 août 1955. Il s'appuie sur des archives inconnues, et sur près de 80 témoignages de Français et d'Algériens.

Maurice Faivre
le 18 mai 2011

 

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enfants assassinés par le FLN à El-Halia en 1955,
dans sa "glorieuse guerre d'indépendance"

 

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mercredi 11 mai 2011

le terrorisme algérien (général Faivre)

 Dahou

 

 

le terrorisme en Algérie :

les faits historiques

général Maurice FAIVRE

 

Exposé le 4 mai 2011 à l'Université de Créteil

sommaire

FAITS HISTORIQUES

- Élimination des traîtres et des méchants
- Le terrorisme anti-européen
- L’anarchie de 1962 : deux terrorismes ennemis
- Le massacre des harkis

 INTERPRÉTATIONS

- Colonel Trinquier
- Pierre Le Goyet
- Jean Daniel
- Jean-Pierre Lledo
- Mohammed Harbi
- Gilbert Meynier
- Albert Camus
- Gérard Chaliand

RÉPÉTITIONS DE L’HISTOIRE

 

 

LES FAITS HISTORIQUES

Élimination des traîtres et des méchants

C'est d'abord contre leurs propres corréligionnaires que les membres de l'organisation spéciale  (OS) du PPA, qui donnera naissance au FLN, vont exercer leur action d'épuration. Un de leurs dirigeants, Hocine Aït Ahmed, estime en décembre 1948 que la tentation du terrorisme généralisé doit être rejetée, mais qu'il faut faire disparaître les traîtres et les méchants (1). "On ne s’allie pas aux traîtres, on les abat", confirme Mohammed Harbi.

Cette élimination a commencé à être mise en pratique depuis 1945 et s'est poursuivie de façon discrète jusqu'au déclenchement de la Révolution. Cependant la Révolution du Peuple par le Peuple, proclamée le 1er novembre 1954, était loin de faire l'unanimité parmi la population musulmane, aussi bien dans le bled que dans les villes. L'appel du FLN prévoyait même des résistances : "Se désintéresser de la lutte est un crime. Contrecarrer l'action est une trahison".

"Après la Toussaint de 1954, incapable de provoquer un soulèvement généralisé, écrit Jacques Julliard (Nouvel Observateur du 10 mai 2001), le FLN a eu recours à la terreur et aux atrocités". "Pressé de dénoncer la torture française, on oublie systématiquement l’extraordinaire sauvagerie de l’autre camp", affirme Jean-Claude Guillebaud (Sud-Ouest, 17 juin 2001).

L'indifférence et la passivité du peuple conduisirent l'ALN à lancer un nouvel appel le 1er avril 1955 : "Sortez de votre réserve et de votre silence". Abane Ramdane, principale tête politique du mouvement, proclame alors que la lutte continue et s'efforce de faire d'Alger la principale base de l'ALN. Pour ce faire, il prescrit à quelques groupes armés de nettoyer la ville des indicateurs de police qui se recrutent dans la pègre, des policiers et gardiens de prison trop zélés, des contre-terroristes et des messalistes. Pour mobiliser le peuple, il ordonne que chaque Algérien se prive de fumer, de jouer et de boire, prescription qui se traduit en des centaines de mutilations faciales (atteintes à la dignité).

Dans le Constantinois, la masse des musulmans ne croit pas à la Révolution, estime Zighout Youssef, et c'est pour entraîner les hésitants en provoquant des représailles aveugles qu'il lance l'attaque de 30 localités le 20 août 1955, au cours de laquelle 71 civils européens, 31 militaires et policiers, et 21 musulmans modérés (dont le neveu Allaoua de Ferhat Abbas, opposé à toute violence) seront sauvagement assassinés. Après vérification par R. Vétillard, ces chiffres sont portés à 135 européens, 45 militaires et policiers et 36 musulmans.

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Bien qu'il considère ce massacre comme une entreprise de fanatiques, Abane Ramdane le justifie comme une réplique à la répression, et rédige en décembre un tract appelant chaque patriote à abattre son traître. Belkacem Krim adopte la même attitude en Kabylie. "Tout le monde, écrit Mouloud Feraoun dans son journal, a choisi de narguer le Français afin de ne pas mourir en traître". Le nombre des traîtres assassinés monte alors à 150 par mois. C'est le 12 décembre que Yacef Saadi, qui vient de recruter le truand Ali la Pointe, fait jeter deux bombes dans des cinémas arabes.

Au cours de l'été 1955, Amirouche a éliminé les maquis messalistes en Kabylie ; le maquisard Mohamed Benyahia (2)rapporte la vengeance de l'officier de l'ALN H'Mimi Fadel, qui le 21 avril 1956 fait égorger, autour de Feraoun en petite Kabylie, 490 habitants, coupables d'avoir voulu se rallier à la France. En mai 1957, les Kabyles de Melouza massacrent les Arabes de Beni Ilman.        

Le FLN installe la terreur dans les villages et les quartiers. L'assassinat de musulmans va connaître en 1956 un point culminant avec une moyenne de 300 par mois, dont 488 en juillet. Dans ces chiffres, il est indéniable qu'il faut retrancher un certain nombre de victimes des "ratonnades" qui ont suivi certains attentats.

De 1955 à 1962, la guerre du FLN contre le MNA se déroule à la fois en Algérie et en métropole. Le bilan en est très lourd : 6.000 musulmans tués en Algérie et 4.000 en métropole.

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Le terrorisme anti-européen

Les nationalistes de l'UDMA et du MTLD, avant 1954, considéraient généralement les Européens comme des Algériens, appartenant à une patrie commune. La proclamation du 1er novembre 1954 affirmait le respect de toutes les libertés, sans distinction de races et de confessions. Ce jour-là, il y eut peu de victimes européennes (intituteur Monnerot).

D'autres opinions cependant se faisaient jour. Lamine Debaghine déclarait en novembre 1942 : "Il faut créer un fossé irréversible entre les Européens et nous". En 1946, le slogan "la valise ou le cercueil" fit son apparition dans l'Est algérien, dont l'un des leaders, Ben Tobbal, exigeait le rejet des Européens, à l'exception des Juifs.

Cette tendance populiste l'emporta, à partir d'avril 1955, sous la forme de destructions et de sabotages. En un an, le colonel Schoen décompte 543 fermes, 237 écoles et 60 maisons forestières détruites ou brûlées, 19.128 têtes de bétail abattues, 57.387 arbres fruitiers et 228.865 ceps de vignes arrachés (3). Cinq à sept colons, et autant de militaires, sont enlevés chaque mois et ne sont pas retrouvés.

Dans le Constantinois, ces destructions furent accompagnées en mai d'attentats individuels à Philippeville, Bône et Constantine. Les attentats par explosifs précèdent largement la riposte des contre-terroristes (rue de Thèbes le 10 août 1956). Le 20 août, la tuerie décidée par Zighout Youssef, vise à rejeter à la mer tous les infidèles, avec le secours de Nasser. Ce massacre effraya le Gouverneur Soustelle, qui avait entrepris de négocier. "C'est la guerre, il faut la faire", dit-il.

Bien qu'il eût encouragé le projet de Trêve civile d'Albert Camus en janvier 1956, Abane Ramdane affirma dans un tract de février "sa conviction profonde que tous les Français, à de rares exceptions près, sont peu ou prou des colonialistes". Il annonce alors des représailles terribles sur la population européenne, si le gouvernement fait guillotiner les condamnés à mort. Peu après, le 26 février, 8 Français sont assassinés au col de Sakamody.
Le 3 mai à Ain Beida, trois écoliers sont attirés dans un guet-apens par un de leur camarade d'école ;  martyrisés et lapidés, leurs corps seront retrouvés dans un puits deux mois plus tard. Après l'exécution capitale de deux condamnés, le 19 juin, un tract rédigé par Abane Ramdane et Ben M'hidi menace d'abattre cent Français pour chaque maquisard guillotiné. Les groupes armés reçoivent l'ordre de "descendre n'importe quel Européen de 18 à 54 ans. Pas de femmes, pas d'enfants, pas de vieux". La Zone autonome d'Alger (ZAA) perçoit ses premières bombes en juillet, alors que les Combattants de la Liberté du PCA sont intégrés dans l'ALN.

Il faut noter qu'en revanche Messali Hadj se prononce contre tout attentat raciste. Le PPA ne nourrit aucune haine ni arrière-pensée contre les Européens (4).

Le massacre et la mutilation de 21 soldats rappelés, dans les gorges de Palestro, le 18 mai 1956, a fortement choqué l'opinion. Le témoignage du lieutenant Poinsignon (encadré) en rappelle toute l'horreur.

En août 1956, le Congrès de la Soummam reconnaît que la nation algérienne est ouverte aux autres communautés, tout en préconisant l'isolement de l'ennemi colonialiste, et la neutralisation d'une fraction importante de la population européenne.

Mais de retour à Alger, le Comité de coordination et d'exécution (CCE) opte pour la stratégie du pire, et lance une offensive systématique contre les quartiers européens, en réponse aux attentats contre-terroristes. Il s'agit également de frapper l'opinion et de soulager les maquis.

Fin septembre, la ZAA de Yacef Saadi dépose ses premières bombes dans les lieux publics. Le mot d'ordre est "de tuer un Européen, n'importe quel Européen, pourvu que ce soit un Européen". On est rentré dans la logique de la revanche du colonisé, conforme à la thèse raciste de Franz Fanon. Cette série d'attentats ne prendra fin qu'en septembre 1957, faisant en 14 mois, selon le maire Jacques Chevallier, 314 morts et 917 blessés.

L'espoir d'Abane Ramdane, formulé en octobre, d'une insurrection générale contre le colonialisme français, échoue en 1957. Il sera lui-même assassiné par ses pairs, au Maroc, en décembre 1957. Bien que Yacef Saadi, de sa prison, cherche à relancer le terrorisme, la ZAA est éliminée jusqu'en 1961.

Après les manifestations de fraternisation en mai 1958, les statistiques montrent que les attentats, qui ne sont plus que des actes individuels, régressent jusqu'en juin 1961. La trêve, intitulée Interruption des opérations offensives, permet alors au FLN de relever la tête et de reprendre le contrôle des populations. Il en est de même à Oran, où les attentats qui s'étaient développés depuis 1956, avaient disparu en 1958.

Ces statistiques ne signifient pas que toute violence cesse sur le territoire algérien. Une des conséquences de la bataille d'Alger est l'infiltration des wilayas 3 et 4 par les bleus du capitaine Léger, qui conduisent Amirouche à suspecter des centaines de jeunes combattants, de préférence intellectuels, et à les livrer aux supplices de son adjoint Mayouz Ahcene, surnommé Mayouz la torture. Les purges qui s'ensuivent se traduisent par des milliers d'exécutions dans des conditions horribles.

Enfin, la guerre portée en métropole le 27 août 1958 se traduit par l’assassinat de 69  policiers et militaires, et de 150 civils Français.

 

L’anarchie de 1962 : deux terrorismes ennemis

On sait qu’au début de l’année 1961, des activistes de l’armée et de la population européenne se sont opposés à la politique d’abandon du général de Gaulle. Le putsch des quatre généraux a échoué, mais l’Organisation Armée secrète (OAS) poursuit la résistance et met en oeuvre à son tour un terrorisme pur et dur, qui s’attaque même à l’armée française, et qui est attribué par certains (J.-P. Lledo) à la situation de desperados des victimes de la purification ethnique

Un mois après le cessez-le-feu du 19 mars 1962, on assiste vers le 17 avril à une recrudescence des enlèvements de civils européens, qui monte de 150 à près de 600 par mois. Le FLN, estimant que l’effort de la France contre l’OAS est insuffisant, aurait ordonné d’éliminer les partisans de l’OAS. Cette explication n’est que partiellement exacte. Il est vrai que la majorité de la population française a espéré que la résistance de l’OAS conduirait le gouvernement français à maintenir le statu quo.

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Mais à partir du 26 mars, date de la fusillade de la rue d’Isly contre des manifestants pacifiques, les Français de souche se détachent peu à peu de l’OAS. Le FLN poursuit cependant sa guerre, fidèle à son slogan "la valise ou le cercueil", mais pour ne pas porter atteinte aux accords d’Évian, il évite les attentats mortels ; les enlèvements sont ainsi une sorte de terrorisme silencieux. Le colonel Azzedine, responsable de la Zone autonome d’Alger (ZAA), reconnaît que "l’exode massif des Européens est dû aux enlèvements" (Et Alger ne brûla pas, p.217)

Environ un tiers des enlevés sont retrouvés, tous sont torturés dans des prisons clandestines et les deux tiers tués après interrogatoire ; certains sont vidés de leur sang. Cette campagne n'atteint pas les membres de l'OAS au centre des villes, mais elle touche les Français qui, sans distinction d'âge ou de sexe, résident dans les quartiers périphériques où les communautés cohabitent .

La psychose de terreur qui se répand est énorme et à cet égard, le but recherché est atteint. En faisant disparaître des Européens, on intimide la population pied-noire, on la pousse à l'exode. Les témoignages, les archives militaires et privées laissent penser que la population européenne fut indistinctement visée. Tout Européen passant dans les zones contrôlées par le FLN courrait le risque d’être enlevé. Du 17 avril au 1er juillet, le département d’Alger subit 404 enlèvements, celui d’Oran 237, l’ensemble des autres département 213. Selon Jean Monneret, témoin et historien, ce sont les attentats et les  enlèvements qui ont facilité la purification ethnique.

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Les rivalités internes au FLN produisent dans toute l'Algérie une situation anarchique dans laquelle quatre pouvoirs (le GPRA, le Bureau politique de Ben Bella, les Wilayas et l’Exécutif provisoire) se font concurrence. Cette anarchie facilite tous les excès, ceux des wilayas, ceux des marsiens qui se sont ralliés tardivement, ceux des truands qui profitent du désordre. Le prétexte invoqué est toujours celui de la lutte contre l'OAS, alors que les commandos Delta ont quitté l'Algérie à la fin juin.

Les massacres du 5 juillet 1962 à Oran amplifient le cycle des violences. À onze heures, après des coups de feu dont l’origine n’est pas établie, la foule qui descend des faubourgs enlève des centaines d’Européens. Bien qu’il dispose  de 18.000 hommes, le général Katz impose la consigne à la garnison d’Oran, ce qui facilite les disparitions ; l'engagement tardif des gendarmes mobiles ne peut empêcher ces enlèvements. Certains musulmans protègent leurs amis, mais des centaines d’Oranais disparaissent à tout jamais (de 350 à 450).

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Les enlèvements se poursuivent en août et septembre et diminuent ensuite. Mais les attentats contre les personnes se sont poursuivis après la prise de pouvoir de Ben Bella le 25 septembre 1962. 295 disparitions sont signalées de janvier à août 1963. Au total, 1823 Français ont été enlevés, dont 175 incertains. 72 corps seulement ont été retrouvés.

Le bilan des pertes met en tête les départements d’Alger et d’Oran, qui sont les plus peuplées d’Européens. Ordre est donné en août à l'armée française d'aller chercher les Français isolés, de les ramener sains et saufs à la côte et de les embarquer (JM. Jeanneney, op.cit., p.164).

 

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Le massacre des harkis (5)

Dès l'été 1961, des directives du FLN font état du sort réservé aux supplétifs engagés dans l'armée française : "Ils seront égorgés... Nous garderons les moins mauvais. Non payés et soumis comme des cochons, ils travailleront à votre place". Contrairement à la promesse verbale, obtenue à Bâle en novembre 1961, selon laquelle il n'y aurait pas de représailles, les chefs des wilayas prescrivent de "se montrer conciliant avec les harkis, afin de ne pas provoquer leur départ en métropole, ce qui leur permettrait d'échapper à la justice de l'Algérie indépendante"(wilaya 2). "Envers les harkis, que le Peuple frappe de son mépris... user de tact et de souplesse afin de les gagner provisoirement. Leur jugement final aura lieu dans l'Algérie indépendante, devant Dieu et devant le Peuple qui sera alors seul responsable de leur sort "(wilaya 5).

C'est à partir de juillet, et jusqu'en novembre, que furent perpétrés des massacres massifs dans des conditions affreuses, rapportées par de nombreux témoins.

Le rapport le plus véridique est celui du sous-préfet d'Akbou, M. Robert, resté en place après l'indépendance. Il observe que jusqu'au 27 juillet 1962, "l'ALN fut d'une correction parfaite, rassurant les harkis et élus... leur disant que le passé était totalement oublié, qu'ils étaient tous frères, que la France était seule responsable de leur action, et que les promesses d'amnistie et les accords d'Évian seraient scrupuleusement respectés... Il était cependant précisé que quitter l'Algérie serait une trahison qui ne pourrait être admise.

La répression va s'abattre soudainement. Une cinquantaine d'ex-supplétifs ou de civils furent tués par l'ALN dans les villages les plus éloignés. Mais surtout 750 personnes furent arrêtées et regroupées dans trois centres d'interrogatoires... Dans ces centres où l'on entendait très loin à la ronde les cris des torturés, près de la moitié des détenus furent exécutés...

Un conseiller général dont le président du comité FLN m'avait dit qu'il avait toute l'estime de la population... a été arrêté le 1er août... puis il fut enterré vivant le 7 août, la tête dépassant et recouverte de miel... Son agonie, le visage mangé par les abeilles et les mouches, dura cinq heures".

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Camille Brière, Président d'une Amicale de Rapatriés, a recueilli des témoignages de rescapés, dont il fait un horrible tableau :

"Certains furent crucifiés sur des portes, les yeux crevés, le nez et les oreilles coupés, la langue arrachée, systématiquement émasculés... Quant aux familles, voici ce qui les attendait. Des vieillards et des infirmes étaient égorgés, des femmes violées puis éventrées..."

Bien qu'aucun décompte n'aît pu en être effectué, on estime que le bilan se monte à des dizaines de milliers de supplétifs massacrés au cours de l'été 1962.

 

INTERPRÉTATIONS HISTORIQUES

L'arme terroriste

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Le colonel Roger Trinquier, éminent chef de corps parachutiste et théoricien de la guerre moderne (6), considère que "la guerre révolutionnaire ou subversive dispose de deux armes essentielles : l'action psychologique et le terrorisme...Arme du temps de paix, l'action psychologique visait à obtenir l'adhésion des populations à une cause, et à les dresser contre le pouvoir établi par des moyens pacifiques. Le terrorisme brisera leur volonté de résistance et obtiendra leur soumission par l'emploi sans limite de la violence.

...Aujourd'hui, il a changé d'objectif. Il n'attaque plus l'État au sommet, mais à sa base pour qu'il perde tout contact avec ses administrés, et pour que ses rouages tournent à vide. Les petits cadres, tous les individus capables de faciliter l'exercice du pouvoir seront les premiers supprimés ou neutralisés.

La population, privée de ses petits cadres et de ses éléments actifs, ne résistera pas à une telle épreuve. Elle perdra confiance dans l'État, dont la mission première est d'assurer sa sécurité. Elle devra se soumettre à la volonté des terroristes, seuls, en définitive, capables de la ménager. Elle deviendra une masse confuse que les organisations subversives manipuleront à leur gré...

Ce qui caractérise le terroriste, et fait sa force essentielle, c'est qu'il tue, dans le cadre d'une législation qu'il connaît bien, des individus sans défense, souvent des femmes et des enfants, en évitant les risques que prend un criminel ordinaire, un soldat sur le champ de bataille ou même un guerillero... Il se bat sans uniforme et ne s'attaque qu'à des civils désarmés...

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Pierre le Goyet, qui après avoir combattu en Indochine et en Algérie, fut chef de la section Études du Service historique de l'Armée de terre, partage cette analyse (7) et estime que "le véritable vainqueur de la guerre d'Algérie, c'est le terrorisme.

Battu sur le terrain militaire, c'est par le terrorisme que le FLN s'est imposé, qu'il a vaincu le MNA, c'est par le terrorisme qu'il a obligé la grande masse des indécis, des indifférents, des modérés, de ceux qui étaient favorables à la France, à se ranger définitivement sous sa bannière. Car le nationalisme algérien en 1954 était plutôt pressenti qu'exprimé... C'était encore un sentiment imprécis et dont l'évolution aurait sans doute demandé du temps, peut-être plusieurs générations, sans l'intervention du terrorisme, et elle n'aurait pas revêtu cette forme de violence fanatique.

Il a fallu ce terrorisme pour annihiler l'influence française, beaucoup plus enracinée qu'il est prétendu, car comment expliquer jusqu'aux derniers moments les effectifs des musulmans se battant pour la France ?

Le terrorisme est donc une véritable arme de guerre, destinée à briser la volonté de résistance d'un État ou d'une nation. S'il lui arrive d'attaquer au sommet, c'est surtout sur la base que se poursuit maintenant l'action ; elle agit d'une façon anomyme, pour que chacun ait l'impression d'être une cible, la police ne pouvant protéger tout le monde. Tous les habitants, chez eux, dans la rue, dans les moyens de transport, les stades, les autres lieux de réunion, risquent d'être abattus, et cela sans grand risque pour les agresseurs, qui se fondent dans la masse dès leur forfait accompli."

 

Terreur et répression

Jean Daniel, peu suspect de sympathie pour l’Algérie française, note que les premiers maquisards ont fait ce rêve insensé de livrer d’abord une guerre civile, pour transformer en traîtres tous ceux qui n’étaient pas pour l’indépendance ou qui n’y songeaient pas. Cela ne pouvait se faire que dans le sang, par la terreur, le sectarisme, l’intimidation religieuse… Il fallait inventer le concept de trahison et faire de tous les incertains , et de tous les tièdes, comme de tous les passifs, des renégats, des apostats et  des collaborateurs (La  blessure, Grasset, 1992, page 129).

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Nous avons à entraîner le peuple algérien, ajoute Ahmed Boumendjel. Il faut que notre terreur soit supérieure à toutes les autres, celle de l’État français et celle des autres partis algériens. Pour être recruté par le FLN, il fallait faire ses preuves en tuant deux collaborateurs. Qui étaient-ils ? Le commandant Azzedine précise : n’importe qui, puisque tout le monde l’était (8).

Le cinéaste Jean-Pierre Lledo recueille le témoignage des terroristes de Philippeville et d’Alger, qui affirment qu’ils avaient l’ordre d’égorger les gour (non-musulmans), y compris leurs amis, leurs collègues de travail, des femmes et des enfants, pour les faire partir. Il est effrayant de constater qu’une propagande mensongère, fondée sur l’arrivée de Nasser et des Américains, et inspirée du djihad, transforme en assassins sadiques des foules villageoises de plus de 10.000 personnes, qui auparavant vivaient en bonne intelligence avec les colons (Algérie, Histoires à ne pas dire, Ed.Atlantis, 2011).

L’historien-militant du FLN Mohammed Harbi observe qu’en juin 1956, le leader politique Abane Ramdane opte pour une offensive systématique contre les quartiers européens, désavouant la politique modérée adoptée au Congrès de la Soummam. Il y voit la preuve que "la guerre n’était pas pensée du côté algérien" et qu’il fallait "l’examiner comme un enchaînement d’initiatives et de ripostes". En revanche, Khalfa Mameri, biographe de Ramdane, y voit une stratégie délibérée "d’accélération voulue de la répression". (réf. Guy Pervillé, op.cit. L’Histoire, octobre 1997)

Historien de l’intérieur du FLN, Gilbert Meynier souligne davantage la guerre sans merci menée par l’armée française que le massacre de civils innocents. Le CCE préconisa la reprise du terrorisme au printemps 1957, écrit-il. Une bombe causant la mort de dix personnes et en blessant cinquante autres équivaut sur le plan psychologique à la perte d’un bataillon français… Lors de l’anarchie (la fawda libertaire) de 1962, les résistants du 19 mars affluent dans les rangs de l’ALN pour se racheter, mais aussi parfois pour assouvir des vengeances ou partir à la chasse aux biens matériels… Sous-estimant le massacre des harkis, il estime que l’épuration sanglante fut très inégale selon les régions. (réf. Histoire intérieure du FLN, Fayard 2002, pages 325 et  643).

Rejet du terrorisme

Dans ses chroniques algériennes (Actuelles II, Gallimard 1965), Albert Camus condamne le terrorisme appliqué par le FLN. "Quelle que soit la cause qu’elle défend, elle sera toujours déshonorée par le massacre d’une foule innocente où le tueur sait d’avance qu’il atteindra la femme et l’enfant". On peut rapprocher de Camus le rejet de la Révolution par Chateaubriand : Jamais le meurtre ne sera à mes yeux un objet d’admiration et un sentiment de liberté ; je ne connais rien de plus servile, de plus méprisable, de plus lâche, de plus borné qu’un terroriste, les niveleurs, régénérateurs, égorgeurs, transformés en valets, espions, sycophantes…

Théoricien de la stratégie, Gérard Chaliand estime que si la guérilla est l’arme du faible, le terrorisme est l’arme du plus faible encore. Substitut à la guérilla, c’est la forme la plus violente de la guerre psychologique… Il observe que le FLN a eu recours abondamment au terrorisme, dans les buts de liquidation des agents du colonialisme, intimidation des populations pour asseoir son contrôle, liquidation des mouvements concurrents, terrorisme indiscriminé pour scinder les communautés selon des critères ethniques. (réf. Les guerres irrégulières, Gallimard 2008, page 799 et Terrorisme et guérillas, Flammarion 1985).

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Le terrorisme a pour résultat d'obliger les services de sécurité à employer des procédés rigoureux de protection des populations et des institutions, sans toujours respecter la légalité du temps de paix. Les arrestations de suspects, perquisitions, contrôles inopinés, interrogatoires musclés, internements administratifs provoquent des oppositions, des campagnes de presse  et des troubles dans l'opinion publique. La torture, selon Germaine Tillion et Pierre Messmer, est indissolublement liée au terrorisme. En même temps, les victimes du terrorisme sont  tentées de recourir aux violences du contre-terrorisme, et à pratiquer des attentats et des exécutions sommaires.

Le FLN a parfaitement su exploiter cette situation en transmettant aux médias des dossiers de torture, et à la justice des plaintes qui n'étaient pas toujours fondées. C'est ainsi que la Fédération de France du FLN a donné l'ordre à ses membres de déclarer, quoi qu'il arrive, qu'ils avaient été torturés (9).

Le terroriste peut ainsi tirer un avantage politico-médiatique des actions violentes qu'il exécute contre des personnes innocentes, se présenter comme un martyr et un héros de la "résistance" et amener le pouvoir qu'il combat à infléchir sa politique. Cet effet pervers du terrorisme a joué un rôle certain dans le dénouement de l'affaire algérienne.

Ces directives ont conduit ses hommes de main à exercer les sévices les plus barbares, assimilables à des crimes contre l'humanité. La faculté de médecine d’Alger s’interroge sur la complexité du fait algérien, et relève les atrocités qui ont été perpétrées dans le passé.

 


RÉPÉTITIONS DE L'HISTOIRE

En dehors de la guerre de 1954-62, enlèvements et crimes de guerre ont été pratiqués à plusieurs occasions dans l’histoire "algérienne" (10):

- la traite saharienne, du VIIe au XIXe siècle, a touché des millions d’Africains noirs,

- les incursions sarrazines ont dévasté une partie de l’Europe du VIIIe au Xe  siècle,

- la piraterie barbaresque, du XVIe au XIXe siècle, a enlevé un million d’Européens qui ont  subi la cruauté des maîtres (Cervantès) ou la souffrance des galériens,

- les razzias intertribales et la journée du tri instituée par les Almoravides ont causé de lourdes pertes,

- la guerre civile des années 1990 s’est traduite par 200.000 morts et 7.000 disparus.

Souvent, ce sont les plus radicaux qui se sont imposés, profitant d’une crise sociale ou économique pour rallier la masse inculte des mécontents, des obscurantistes et des fanatiques  religieux. C’est dans de telles circonstances que se font jour des risques de libanisation, lesquels, soulignés par la sociologue algérienne Malika Sorel-Sutter, appellent une fermeté de réaction. L’appel au djihad et à la charia sont en effet des anachronismes insupportables pour les Français.

Hélène L’Heuillet  exprime la même mise en garde contre le terrorisme islamique (11).

Maurice Faivre, le 4 mai 2011

 

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pièces documentaires

Le massacre de Melouza-Beni Ilmann,     

28 mai 57

"Plus de 300 cadavres, la plupart ignominieusement mutilés,

avec un sadisme proprement révoltant "

 

"Ce n'est plus, hélas! l'explosion spontanée d'instinct sadique

plus ou moins comprimé en temps normal. cela fait partie

d'un système consciencieusement élaboré et froidement appliqué"

 

" à coups de couteaux et de haches, les charcutant en une sanglante

frénésie"

 

"des Algériens ont immolé d'autres Algériens... les Musulmans ont

mené à la boucherie d'autres Musulmans "

 

Tribune de Genève

 

 

 

Maurice Duverger

 

 

Time Magazine

 

Témoignage

chrétien

 

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victimes algériennes du FLN à Melouza en 1957

 

"Oradours" algériens

La formule n'est pas outrée. Qu'il suffise de savoir qu'à Ain Abid, une petite fille de cinq jours, Bernadette Mello, fut tronçonnée sur le rebord de la baignoire, devant sa mère, dont on ouvrit ensuite le ventre pour y replacer le nouveau-né ! Que sous le même toit, le père, est assassiné dans son lit, amputé à la hache, des bras et des jambes. Que la tuerie n'épargne ni Marie-José Mello, une fillette de onze ans, ni la grand-mère de soixante-seize ans. Qu'à El Halia, sur 130 Européens, 32 sont abattus à coups de hache, de serpe, de gourdin, de couteau, les femmes violées, les tout petits enfants fracassés contre les murs.

Ces exemples peuvent aider à comprendre la réaction de ces Européens dont le frère, ou le fils, ou la femme, eurent à subir pareil sort.

La réaction de l'armée est vive, brutale... La répression frappe dès lors tous les musulmans... "l'escalade du sang" commence.

Cette relation de Marie Elbe dans Historia n°206 est contredite par le fils Mello, gendarme, et par R. Vétillard, historien.

La Commission de Sauvegarde du droit et des libertés constate "l'atrocité de la guerre de rébellion...le terrorisme frappe de préférence des innocents...les fellaghas tuent pour tuer, pillent, incendient, égorgent, violent, écrasent contre les murs les têtes des enfants, éventrent les femmes, émasculent les hommes.."

Rapport du préfet Haag, septembre 1957

 

Manquant de troupes, Zirout Youssef avait mis au point une technique qui consistait à rameuter des civils arabes, au préalables gavés de slogans et de fausses nouvelles, à les armer de tout ce qui se présentait, puis de les lancer, solidemment mais discrètement encadrés, contre des objectifs précis. Dès les premières réactions, les soldats du FLN se retiraient rapidement, laissant les masses musulmanes face à la répression.

Gérard Lemel, Paroles d'officiers, p.187.

  

Des atrocités que je ne veux ni oublier ni révéler

21 rappelés du 9ème RIC, dont 15 pères de famille, tombent dans une embuscade le 18 mai 1956 près de Palestro. Un horrible spectacle attend le lieutenant Poinsignon commandant la compagnie... Deux cadavres mutilés gisent dans les buissons. Les yeux sont crevés, les corps vidés de leurs entrailles et bourrés de cailloux. Les testicules ont été coupés et les pieds, dépouillés de leurs chaussures, sont zébrés de coups de couteau.

"Extermination au cours de la bataille, se demande le lieutenant ? Torture et massacre des survivants ? Macabre férocité sur des corps sans vie par la population du village voisin ou avec sa complicité ?

Sur certains des cadavres, on s'était acharné avec une effroyable sauvagerie... ce que nous avons vu était tel que j'ai demandé par écrit un examen médico-légal pour déterminer les causes de la mort et si les mutilations avaient précédé  ou suivi celle-ci. Je n'en ai jamais connu les résultats...

La gravité de mes constatations comme la douleur des familles m'ont fait un devoir de ne pas faire état de ces atrocités ".

Pierre Poinsignon, Historia n° 23-216

 

Le Casino de la Corniche

9 juin 1957, jour de la Pentecôte

Il est 18h30. On danse au coude à coude et joue contre joue sur la piste cirée du Casino... Soudain, en quelques secondes, c'est le drame. Une terrible explosion secoue tout l'établissement... La salle s'emplit instantanément de fumée et de poussière. À travers ce nuage, on distingue des fantômes qui titubent avant de s'abattre dans un invraisemblable désordre... L'estrade a été pulvérisée...Des dizaines de corps sont allongés parmi les débris de tables, de chaises, de verre pilé... Les rescapés se portent au secours des blessés. Ils marchent sur des jambes, des bras, des mains arrachées.

Des hommes et des femmes fuyaient comme s'ils venaient de s'échapper de l'enfer. Les vêtements déchirés, les yeux remplis d'épouvante, ils fonçaient droit devant eux.

 François Attard, Historia n° 35-228

 

Collaboration avec les barbouzes

Michele Chehbouni, Française pro-FLN, dénonce aux barbouzes un ingénieur de Berliet, Petitjean, qui serait membre de l'OAS. Elle participe à son arrestation et à son interrogatoire, rapportés par Azzedine :

Petitjean est attaché sur une chaise. Sur son front, de l'acide coule goutte à goutte d'une boite de conserve suspendue au-dessus de sa tête. Michèle reprend mot à mot la conversation surprise dans le bureau du directeur... Petitjean nie. L'acide coule, creusant d'atroces rigoles. Au bout de quelques heures, le point de limite de résistance est dépassé. Petitjean avoue...

Son corps découpé en morceaux sera découvert dans un sac, à quelques kilomètres d'Alger... Ponctuellement, l'opération est un succès.

Commandant Azzedine, Et Alger ne brûla pas, Stock, 1980, p.277

 

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1 - Les références sur les directives du FLN sont empruntées aux articles de Guy Pervillé : "La guerre d'Algérie sans mythes ni tabous" (L'Histoire d'octobre 1986) et "Terrorisme et torture" (L’Histoire d'octobre 1997), et aux articles de Historia-Magazine consacrés au terrorisme.

2 - Mohamed Benyahia, L'imposture au pouvoir, L'Arcantère, 1988,p. 47.

3 - Bulletins mensuels du colonel Schoen (SLNA) en 1955-56.

4 - Déclaration à Rivarol le 30 juillet 1964 et témoignage de Jacques Simon.

5 - Référence Maurice Faivre, Les combattants musulmans de la guerre d'Algérie, L'Harmattan, 1995, p.152-66. AEZ Meliani, Le drame des harkis, Perrin, 1993, p. 68, 77, 79. C. Brière. Qui sont les harkis ? l'Atlanthrope. 1974.

6 - La guerre moderne, Table ronde, 1961, et "Terrorisme et torture" , in Historia Magazine n°33-226

7 - Le Goyet,  La guerre d'Algérie (Perrin, 1989), p. 470-479

8 - La guerre d’Algérie. La fin de l’amnésie, Laffont 2004, p .496.

9 - Bulletin clandestin  de la Fédération de France, du 17-9-1959, cité par Pierre le Goyet p. 471 de son livre, en se référant aux archives de Jean Lamy.

10 - Malek Chebel, L’esclavage en terre d’Islam, Fayard, 2007. Charles-Emmanuel Dufourq, La vie quotidienne dans l’Europe médiévale sous domination arabe, Hachette 197. Jacques Heers, Les Barbaresques, la course et la guerre en Méditerranée, Perrin, 2001. Habib Souaïdia, La sale guerre, Gallimard, 2001.

11 - Malika Sorel-Sutter, "La France fait trop de concessions", Valeurs actuelles du 21 avril 2011. Hélène L’Heuillet, Aux sources du terrorisme, Fayard, 2009.

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samedi 9 avril 2011

Algériens déportés en Nouvelle-Calédonie (avec listes nominatives)

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La déportation vers la Nouvelle-Calédonie

Introduction

Carte Nouvelle-CalédonieAprès la défaite de la légendaire Commune de Paris (mai 1871), quelques milliers d'insurgés furent envoyés, comme mesure de punition, à l'autre bout du monde. La Nouvelle-Calédonie, un archipel du Pacifique Sud, était depuis une vingtaine d'années territoire français où, tout comme en Guyane, il avait été mis en place une colonie pénitentiaire.
Une centaine d'Algériens furent également déportés vers le Pacifique. Ils avaient, eux, en ce moment même, commencé une guerre d'indépendance audacieuse contre l'occupant français, et avaient finalement dû se rendre après de longs mois de combats.
Le sort des Communards bannis a été consigné nommément sur le site web les Déportés de la Commune et a été décrit en détail dans la littérature.

Ceci n'est pas le cas des Algériens déportés. Leurs noms apparaissent dans un document fascinant issu de la Nouvelle-Calédonie, dans lequel on trouve les noms, professions et autres informations sur des prisonniers, qui furent consignés dans un registre lors de chaque arrivée de bateau de transport. Ce registre officiel a mystérieusement échoué dans les archives d'un collectionneur et anarchiste et se trouve (donc) maintenant dans les collections de l'IISG [Institut international d'histoire sociale, à Amsterdam].

Noms des déportés algériens En lire d'avantage ...
• En Algérie
• Le transport
• En Nouvelle-Calédonie
• Intégration et retour
• Noms des déportés algériens
• Sources

Texte et compilation : Margreet Schrevel, mas@iisg.nl

 

Noms des déportés algériens

Les noms des déportés algériens entre 1874-1876 (archive Nettlau n° d'inv. 3155*)
NB Le noms ont été notés phonétiquement par le fonctionnaire du 'Commandant Territorial'. L'orthographe est donc incertaine
Voir une liste avec tous les noms (.pdf, 950Kb)

9me Convoi (arr. 16.08.1874) Loire, Déportation Simple

Noms des déportés algériens

2745 Ahmed ben Amor, cultivateur (farmer, landbouwer)
2746 Ali ben Saad, cultivateur
2747 Ahmed ben Saïd, cultivateur
2748 Ali Amzian Ou Rezzouz, d[joua]d (= noble, nobleman, edelman)
2749 Ali Amzian Naït Ou Azzoug, djouad
2750 Bel Kassem ben Gassem, djouad
2751 El Arbi ben Laribi, djouad
2752 Haoussim ben Ali, mokrain (mokadem, inspecteur des impôts, inspector of taxes, belastinginspecteur(?))
2753 Lounès-ben-El-Hadj-Mohamed-ou-Allah, cultivateur
2754 Mady Mohamed ben Moussa, djouad
2755 Hasen El Achebeb, caïd (chef)
2756 Lakdar ben Doudou, caïd, France
2757 Mohamed ben Belkassem, cultivateur
2798 Mahmed ben Messaoud, djouad
2759 Mohamed ben Ahmed ou El Haoussin, djouad
2760 Mohamed ben El Hadj Ahmed ben Caleb, fs de Saron?
2761 Mohamed Ben Ali, cultivateur
2762 Mohamed ben Belkassem ou Hanouch, domestique
2763 Mohamed ben El Hadj Ahmed ben Dahmani, cultivateur
2764 Mohamed dit Ahmed ben El Hadj Ali ben Dahmani, djouad
2765 Mohamed Ben Saad, djouad
2766 Mohamed Ben Saïd, cultivateur
2767 Si Ahmed ben Saïd dit Al Beggare, khadji, Dumbéa (juge, judge, rechter)
2768 Mohamed ben Haz Allah, khadji
2769 Omar Hamided, caïd
2770 Rabah Naït Zerroug, cultivateur, 10 ans de détention
2771 Ramdan ben Mohamed, djouad
2772 Saïd ben Ahmed, cheik
2773 Si Raham ben Mohamed ou El Hadj, cultivateur
2774 Simain ben Omar, djouad
2775 Si Saadi ben Allel, propriétaire (land owner, grondbezitter)
2776 Tahar ben Akli, cultivateur, décédé, le 7 7me 1876
2777 Tahar ben Kerrich, djouad

11e Convoi Calvados (arr. 18.01.1875), Déportation Simple

2919 Ahmed Amar Amziam, cultivateur
2920 Ahmed ben ben cheik Messaoud, djouad
2921 Ahmed ben Naceur ben ali Chabbi, djouad
2922 Ahmed Boumezrag El hadj El Mokrani, djouad
2923 Ahmed ou Arab Naït ou Yahia, cultivateur
2924 Ahmed ou Lounès, caïd
2925 Aïssa ben Béchar, cultivateur
2926 Ali ben Galouz, kalif, mort le 18 9me 1875
2927 Ali ben Mohamed ou Kafsi, caïd (=chef)
2928 Ali ben Ostman, bachaga(?) (directeur, director, leider)
2929 Ali ben Telaache, caïd, mort le 18 Janvier 1875
2930 Ali ben Tahar, cultivateur
2931 Ali Boudjema, djouad
2932 Ali ou Ameur ou Boudjemah, caïd
2933 Ali ou Saïd, spahi (cavalier, horseman, ruitersoldaat)
2923 Amar ben el Ouennoughi, spahi
2935 Ameur ou Ahmed, cultivateur
2936 Ameur Naït Amara, djouad, mort en rade le 18 Janvier 1875
2937 Azzis ben Mohamed Amzian ben cheik El Haddad, caïd
2938 Bachier ben ali Bouguerrah, cultivateur
2939 Brahim ben Amar, spahi
2940 Cheikh Mohamed ou El Maoussin, spahi
2941 El Hadj ben Mohamed El Djadj, spahi
2942 Kaddour ben Kaddour ben Ali Embarredz (?), cultivateur
2943 Mohamed ben Mohamed Amziam ben cheikh El [H]addad, marabout (teachter, leraar)
2944 Messaoud ben El Kaïd, marabout
2945 Mohamed Amokrani ben Belkafsem ou Kafsi, propriétaire
2946 Mohamed Aresqui ben Amadouch, mokkadem (chef)
2947 Rabia ben Ali, amir (chef, commander, legeraanvoerder)
2948 Mohamed ben Ali, cultivateur
2949 Mohamed ben Lakdar, spahi
2950 Mustapha ben Naceur, cultivateur, P.D. [presqu’ile Ducos]
2951 Saïd Naït ou El Hadj, amir
2952 Salah ben Aiech ben Chitter, cheikh
2953 Si Saïd ben Ali, amir
2954 Taeb ben Embarreck ben Bonfils, cultivateur
2955 Si Saïd ben Ramdan, fertkath (?)
2956 Touzi ben Amara, cultivateur
2957 Yousef ben Amokrani, adel (?)
2958 M’ahmed ben Kaddeche, cultivateur
2959 Mohamed ou Ali ou Saanoum, mokkadem
2960 Hadj Ahmed ben Abed, cheikh

11e Convoi Calvados (arr. 18.01.1875), Enceinte fortifiée

838 Adallah ben ali Chabbi, cultivateur. D.S. [= Déportation simple]
839 Abdallah ben Amar, djouad. D.S.
840 Ahmed ben Brahim, djouad. N[ou?]
841 Ahmed ben Dahmani, djouad. D.S.
842 Ali ben Amor, djouad
843 Ali El Srir ben Yalaoui (?), cheik
844 Amar ben Adallah El Yalaoui, cultivateur. D.S.
845 Brahim ben Cherif, cheik. N
846 Hadj Ahmed ben Abed, djouad. Commué D.S.
847 Khaled ben Dahmani, cultivateur
848 Lakdar ben Ali Chabbi, djouad. D.S.
849 M’ahmed ben Kaddèche, djouad. D.S.
850 M’ahmed Naït Amar. D.S.
851 Mohamed ou Ali ou Gaumoun (?) mokadem. Commué D.S.
852 Mohamed ou Ameur, cultivateur
853 Mohamed ben El Hadj ben Ganah, cheik. Commué D.S.
854 Salah ben Abassi, djouad. Décédé le 13 Avril 1877
855 Salah ben Ali Bouguerrah, Krammes (?). D.S.
856 Salah ben Dahmani, cheik
857 Tahar ben Ahmed Salah, cultivateur. N

12me Convoi Garonne (arr. 12 mars 1875); Commués

2968 Mohamed-ben-El-hadj-ben-Ganah, cheikh

15e Convoi Rhin (arr. 30 janvier 1876) Déportation Simple

3101 Abdallah-ben-Amar
3102 Amar ben Abdallah ben Yalaoui
3115 Si-Mohammed Naït Braham
3128 Ahmed-ben-Dalmani
3129 Addallah ben Ali Chabbi
3130 Salah ben Ali Bouguerrah
3131 Lakdar ben ali Chabli
3237 El Hadj ali ben Reghris
3242 Sadock ben el Moulock
3351 Salah ben Dalmani
3352 Ali et Amir ben Malahoui
3353 Tohab ben Ahmed Jallah

15e Convoi Rhin (arr 30 janvier 1876) Enceinte fortifiée

887 Boudjenah ben Cheik. Décédé le 11 juin 1877
897 Ahmed ben Aiech. "Eclaireur" (= corps d’armée, armed forces, legermacht, 1878)
898 Amar ben Salem
899 Chelehi-ben-Dou
900 El Mebrouk ben Saïd "Eclaireur"
902 Mohamed ben Salem "Eclaireur"

 

 

 

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vendredi 8 avril 2011

affaire Henri Pouillot (Maurice Faivre)

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la villa Sesini à Alger
 

 

lettre du général Maurice Faivre

à la chaîne LCP

 

Mademoiselle,

Ne connaissant pas l'adresse courriel de Benoit Duquesne, je vous serais obligé de lui transmettre les éléments historiques ci-dessous, concernant les déclarations de Henri Pouillot.

Je ne comprends pas qu'une chaîne sérieuse comme LCP puisse faire confiance à un tel agitateur politique, affabulateur de crimes qu'il n'a pas commis.

Je possède d'autres éléments sur les affaires Audin, Sesini, Alleg, Boupacha, Ighilariz, Aissat Idir, mais la directrice des Archives de France m' a interdit de les publier (lettre du 10 avril 2003, confirmée par le CADA le 26 septembre 2003).

Je transmets ce message aux historiens avec lesquels je travaille, et au général Schmitt.

Je mets en copie le sénateur Guerry, qui connaît bien le problème des 1.700 disparus de la guerre d'Algérie.

Maurice Faivre
février 2011

 

 

Affaire Pouillot.

Le témoignage des personnels de la Sécurité militaire Air (4 officiers et le Commissaire divisionnaire Lecornec), et le contrôle des personnels de l'unité 01360 font apparaître qu'en 1961, ils occupaient la villa Sesini, où le soldat du Train Pouillot n'avait pas accès. Ces cinq témoins certifient qu'ils n'ont jamais vu de torture à la villa Sesini en 1961 (1). Ce n'est que du 23 décembre 1961 au 6 mars 1962 qu'une section du 584ème BT y a séjourné. Pouillot n'y aurait donc pas passé 10 mois, il n'a pas pu se procurer de documents militaires attestant de son affectation.

La tension règnant au début de 1962 à Alger, où 20 escadrons de gendarmerie mobile et 6 CRS contrôlent la ville, laisse planer de sérieux doutes sur les arrestations, tortures et viols massifs qui se seraient déroulés dans la villa. Ni le commandement de la gendarmerie, ni la Commission de Sauvegarde n'en font état. La priorité des forces de sécurité était alors la lutte contre l’OAS.

Le général Schmitt a été condamné en première instance parce que selon le Tribunal, il a «manqué de prudence» en prétendant que Pouillot raflait des filles en ville pour les violer. Schmitt a reconnu cette erreur.  Le Tribunal estime cependant que «Schmitt a assez d’éléments pour penser que Pouillot est menteur sur certains points». Ces points sont les suivants :

- il décrit une expédition punitive du 584ème bataillon du Train qui aurait fait 400 morts le 24 juillet 1961, or il s’agissait d’une opération ordonnée et encadrée qui avait donné lieu à des escarmouches qui firent 4 blessés, dont un décéda le 25 juillet,

- 4 à 5.000 Algériens auraient été torturés en 10 mois à la villa Sesini, chiffre extravagant,

- une centaine de femmes y auraient été victimes de viols, c’est aussi extravagant.

Pouillot ne se souvient d’aucun nom de ses camarades ni de ses chefs, ce qui ne permet pas à Rotman de vérifier ses accusations, et ce qui prouve l’affabulation de Pouillot. En revanche le général Schmitt a produit deux officiers du 584ème BT (André Cousine et Hardy) qui démolissent la version de Pouillot.

Maurice Faivre

 

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Henri Pouillot

(1) Florence Aubenas, article de Libération du 16 juillet 2003.

 

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