dimanche 7 avril 2013

Biskra (Algérie) à l'époque coloniale

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images de Biskra à l'époque

de l'Algérie coloniale

recherche : Michel RENARD

 

En réponse (incomplète) au message suivant, nous publions ces photos issues de cartes postales anciennes de la ville de Biskra, en Algérie, durant l'époque coloniale.

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En interrogeant les bases de données archives images du CAOM sur "la Commune indigène, commune mixte puis sous-préfecture de Biskra" (1878/1959) je ne trouve pas trace de la vie coloniale entre Biskra et Touggourt dans les années 1896 à 1898.
http://anom.archivesnationales.culture.gouv.fr/ark:/61561/lj270g68i

En effet, j'ai retrouvé un récit détaillé de mon aïeul qui relate son séjour avec ses parents à Biskra , de leurs expéditions dans le désert avec des Anglais,du Casino de Biskra et des palmiers Parc du Comte de Landon et des Bat d'Af chargés de l'entretien des routes.
http://maximenemo.over-blog.fr

Je souhaiterais pouvoir corroborer ces informations et les recouper avec d'autres témoignages personnels ou romanesques de cette époque (Gide).

Je n'ai à cette heure retrouvé que le Blog suivant, consacré à Biskra
http://azititou.wordpress.com/2013/03/23/ils-ont-parler-de-lalgerie-bergot-raoul/

J'ai vu qu'André Brochier avait aussi écrit un article sur le traitement des Archives d'érudits ce qui est le cas de mon aïeul.

Je vous remercie de m'indiquer si je pourrais trouver trace du passage de mes ancêtres en Algérie, qui ne figurent pas dans la base patronymique du CAOM : Georges Albert BAUGEY (1865-1908) et Maxime NEMO (1888-1975).

NB: J'ai consulté les ouvrages de Jeanine Verdès-Leroux
Archives de l'Algérie de Jacques Borgé et Nicolas Viasnoff
Archives d'Algérie (1830-1960), Françoise Durand-Evard et Lucienne Martini (CAOM)
France et Algérie. Journal d'une passion, Dir. Jacques Marseille.

Bien sincèrement
Patrick Y. CHEVREL (Montpellier)

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hôtel Transatlantique

 

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établissement thermal de Fontaine Chaude

 

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le marché à l'orge

 

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statue du cardinal Lavigerie

 

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hôtel Transatlantique, vu du parc

 

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vue aérienne sur les écoles, 1962

 

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restaurant des Dunes de sable à Biskra

 

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les balcons de la rue Arcelin

 

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On peut ajouter :

- l'article de Henri Busson, "Les vallées de l'Aurès", Annales de géographie, 1900, volume 9, n° 43, p. 43-55
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/geo_0003-4010_1900_num_9_43_6180

- le site "Ils ont écrit sur Biskra"
http://ecrivainsbiskra.blogspot.fr/2010/04/largeau-victor-1842-1896.html

- le site "Ils ont photographié Biskra"
http://photographesdebiskra.blogspot.fr/2012/01/largeau-victor-1842-1896.html

- voir le site du CDHA et lancer une recherche avec la requête "Biskra" : http://www.cdha.fr/catalogue-en-ligne

 

Aperçu de « 1896 A Travers l’Algérie d’Aujourd’hui Oran Constantine

 

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mardi 19 mars 2013

19 mars 1962 : quelle signification ?

50e-anniversaire-du-Cessez-le-feu-en-Algerie

 

 

19 mars 1962 : fin de la guerre d'Algérie ?

une blague...!

 

La France a reconnu le 19 mars 1962 comme "Journée nationale du souvenir et du recueillement à la mémoire des victimes civiles et militaires de la guerre d'Algérie et des combats en Tunisie et au Maroc". Comme si la guerre d'Algérie s'était arrêtée à partir du moment où les autorités françaises décidaient de ne plus intervenir militairement sur le territoire algérien...!

Ainsi, la France qui ne commémore pas l'armistice du 28 janvier 1871 (et ses suites... le traité de paix, etc...) dépouillant la nation d'une partie de son territoire (Alsace et Moselle) et l'humiliant par les exigences prussiennes... la France qui ne commémore pas l'armistice du 22 juin 1940 entérinant les conditions d'occupation par l'armée allemande... cette même France commémore le "cessez-le-feu" signé le 18 mars 1962 entre les représentants du gouvernement français et le G.P.R.A. (gouvernement provisoire de la République algérienne), selon la version algérienne publiée le 19 mars.

Un "cessez-le-feu" qui n'a pas été respecté du côté algérien, qui a humilié une armée française ayant pourtant vaincu son adversaire sur le "terrain", qui a été violé par le FLN pendant des mois jusqu'à juillet 1962 et encore après avec les massacres de harkis par les vainqueurs de la 25e heure...

Tout le monde sait que la guerre n'a pas pris fin le 19 mars 1962.

Études Coloniales

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et le souvenir des victimes d'après le 19 mars 1962...?

Pierre RUBIRA

Le  mardi 19 mars, sera célébrée la "journée nationale du souvenir et du recueillement à la mémoire des victimes civiles et militaires de la guerre d'Algérie". C'est la date d'un cessez-le-feu ordonné à une armée qui avait vaincu sur le terrain. Est-ce vraiment la fin d'un conflit quand seul l'un des protagonistes baisse les armes et que l'adversaire n'en continue pas moins, et de plus belle, ses exactions sur des populations civiles désarmées ?
Nous allons donc nous souvenir des victimes d'avant le 19 mars 1962, pas des 150 000 autres victimes d'après. Que cette date ait été choisie par des partisans de l'idéologie qui a fait périr 100 millions de personnes au XXe, voilà qui ne semble pas non plus perturber le Français moyen ou la ménagère de moins de cinquante ans.

Alors pourquoi ressasser ces querelles dites "mémorielles", ces batailles de chiffres, ces doléances fatigantes, ces cris de rage ? Parce que ceux qui ont vécu cette époque sont encore vivants et je refuse de croire que ceux des générations suivantes sont déjà morts. Les premiers ont vécu le temps du mépris, du mensonge et de la honte. Aux seconds de ne pas faire fructifier un tel héritage.

Pierre RUBIRA
professeur de Lettres

19620705oran

  

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dimanche 3 mars 2013

Hocine Aït Ahmed (Lounis Aggoun)

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Hocine Aït-Ahmed
, l’albatros déplumé

Lounis AGGOUN

 

Aït Ahmed ? «Nous sommes très proches l’un de l’autre, même si parfois il y eut des différends assez graves qui nous ont éloignés l’un de l’autre. Nous avons vécu de grands moments ensemble, des moments souvent tragiques mais parfois cocasses. Personne ne peut nous séparer. Hocine et moi, on s’aime (n’thabou) comme des frères. C’est sur mon conseil qu’Abdelaziz Bouteflika a fait envoyer un mot gentil et un bouquet de fleurs à Hocine lors de sa convalescence en Suisse à la suite de son surmenage de la campagne présidentielle. J’ai dit à Abdelaziz que s’il y a un seul homme politique à honorer dans notre pays, c’est bien Hocine Aït-Ahmed. C’est un historique. Si quelqu’un doit jouer un rôle majeur dans les institutions de l’État algérien, c’est Hocine Aït-Ahmed. Je lui ai demandé de lui donner un poste très important. Si on doit impliquer un parti politique dans les affaires de l’État, c’est au FFS qu’il faut faire appel, et non au RCD, qui n’est pas représentatif. […] Je suis désolé de vous le dire, mais le RCD a été concocté dans une officine et créé par le biais d’Aboubakr Belkaïd et Larbi Belkheir».

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Ahmed Ben Bella

 Ce témoignage de fraternité d’Ahmed Ben Bella pour Aït-Ahmed peut paraître au premier abord surfait, sachant que celui-ci a mené une révolte armée contre son pouvoir en 1963 et 1964. Pourtant, cet hommage résume à lui seul les pantalonnades qui sont la règle dans cette petite cohorte fermée qui conduit le pays vers le chaos depuis un demi-siècle.

Chacun y a trouvé un rôle à sa mesure, qui au plus haut sommet de l’État, comme parlementaire, comme «opposant irréductible», comme «journaliste», comme personnalité de la société civile, comme affairiste ou comme diplomate. Discrets ou en vue, ils ont en commun de partager le magot intarissable que procure un sous-sol riche à milliards et de redouter l’avènement d’une démocratie qui remettrait en cause l’ascendant usurpé qu’ils ont gagné sur leurs concitoyens. Pouvoir de l’ombre et façade civile, représentation parlementaire, armée, police, institutions, diplomatie, système bancaire, justice, administration, opposition, presse, tout cela forme un anti-État qui fait litière de la souveraineté des Algériens.
En attendant Godot…

 

L’Algérie aujourd’hui est un pays colonisé

L’État algérien, si jamais il a existé, a fait long feu. Il n’y a pas même de nation algérienne. Il y a une juxtaposition anarchique de fragments de peuple, qui pourraient entreprendre de définir les assises d’une nation à construire. Pour cela, il faut savoir d’où l’on va. On ne peut pas construire sur des sables mouvants. L’Algérie aujourd’hui est un pays colonisé. C’est un constat préalable sans lequel tout ce qui sera entrepris est vain. Cela admis, le projet à imaginer est celui de lutter pour l’indépendance.

Il y a près de 60 ans, des hommes ont nourri et entrepris ce projet colossal. Ils y sont presque arrivés. Une poignée d’individus ont contrarié ce dessein grandiose à l’instant même où il allait réussir. Ahmed Ben Bella, Mohammed Boukharouba (dit Houari Boumediene), Abdelaziz Bouteflika, entourés d’une bande d’opportunistes sans foi ni loi, ont profité de la crédulité de quelques hommes honnêtes, Ferhat Abbas, Mohamed Khider, Mohammed Chaabani pour mettre fin au rêve. L’histoire pourrait s’arrêter là, mais elle serait un peu courte. Un demi-siècle après ce jour où les Algériens, tous les Algériens, auraient dû ouvrir une nouvelle page de leur histoire, ils sont devenus parias sur leurs propres terres.

Les Harkis, les Pieds-noirs, les Européens d’Algérie, chassés de leur patrie, les «musulmans d’Algérie», réduits en servitude, clochardisés. Et la légende se poursuit… Tous les Algériens sont persuadés qu’un jour ou l’autre la démocratie leur tombera dessus, comme tombe la pluie, sous l’effet mystérieux des lois de la physique. Ils oublient que ceux qui leur contestent la liberté ne comptent pas sur les lois naturelles. Ils ont des armes pour tuer, des richesses pour corrompre, et le temps pour voir venir les opposants…

En attendant, il y a une tradition à laquelle les Algériens acceptent tous de souscrire : célébrer des anniversaires d’événements plus déplorables les uns que les autres. Massacre de Sétif en 1945, déclenchement de la révolution en 1954, Indépendance confisquée de 1962, Printemps berbère de 1980, massacres d’Octobre 1988, coup d’État de janvier 1992, etc.

Et nous sommes, apprend-on incidemment, à l’aube du 50e anniversaire de la naissance du FFS. Le personnage central de ce mouvement est, tout le monde le sait, Hocine Aït-Ahmed. Un homme couvert par une sorte d’onction unanime d’honorabilité. Et gare à ceux qui voudraient écorner cette image, sur laquelle veillent d’invisibles et tatillons gardiens. Pourtant, sortis des propos convenus, et hors du cercle étroit des apparatchiks du FFS, des affairistes véreux et des agents du DRS patentés qui gravitent autour de ce parti, il n’y a à son encontre que critiques acerbes et reproches contenus.

 

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Hocine Aït-Ahmed

Aït-Ahmed, activiste, et père des services de renseignements

Qui est Aït-Ahmed ? Sa légende esquisse une trajectoire rectiligne, l’unité d’un homme. Il est à peine sorti de l’adolescence quand il rejoint le mouvement national, aux côté de Hadj Messali. Instruit, cultivé, laïque quoiqu’issu d’une famille maraboutique aisée, il exerce des fonctions de premier rang au sein du PPA.

La «crise berbériste» qui survient en 1963 ne l’épargne pas, bien qu’il se soit astreint à une attitude de neutralité, ne cautionnant pas les dérives autoritaires du parti, mais condamnant l’initiative du groupe de militants qui soutenaient une motion prônant une «Algérie algérienne» contre l’option messaliste d’une «Algérie arabo-musulmane». La neutralité dans de tels combats conduit à la marginalisation quel que soit le vainqueur. C’est mathématique.

Écarté de la direction de l’OS, le déclenchement des hostilités par le FLN le prend de court. Il est alors envoyé au Caire en compagnie de Mohammed Khider et Ahmed Ben Bella, tous trois chargés d’assurer la logistique des maquis en formation. Mission qu’Aït-Ahmed abandonne littéralement à Ben Bella, préférant se consacrer à la diplomatie. La diplomatie aura un impact nul sur le devenir de l’Algérie. En compagnie de M’Hamed Yazid, il se rend à la Conférence Bandoeng, en avril 1955. «Mais le FLN, agrégé et pratiquement noyé dans les deux autres délégations maghrébines, ne fit guère plus que de la figuration.»

Alors qu’il côtoie Ben Bella des années durant, il ne perçoit rien de ses complots contre la révolution. Une visite de quelques jours au Caire suffit à Larbi Ben M’Hidi, venu d’Alger, pour se rendre compte du jeu malsain auquel Ben Bella s’adonne et pour le dénoncer ouvertement. L’explication se termine par une empoignade musclée. Mais lorsque les plaintes se multiplient à l’encontre de Ben Bella, c’est Aït-Ahmed qui prend sa défense : «On a dit été écrit que Ben Bella était un agent égyptien. Ce n’est pas sérieux.» Nous connaissons la suite.

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22 octobre 1956, Khider, Lacheraf, Aït Ahmed, Boudiaf, Ben Bella

L’épisode suivant intervient en prison, après l’arraisonnement de l’avion qui transporte «Ben Bella et ses compagnons» du Maroc en Tunisie au-dessus de l’espace aérien algérien. De l’amateurisme consommé, venant d’hommes (Aït-Ahmed, Khider, Ben Bella) qui revendiquent, au travers de l’OS, d’avoir formé les cadres de l’ALN-FLN.

Il reste tout à découvrir sur les circonstances de cet événement. Une chose est certaine : il permet à la propagande française et égyptienne d’auréoler un Ben Bella sur la sellette d’une casquette de «chef de la révolution algérienne». Irrémédiablement.

Approché en prison par les services français, Aït-Ahmed les éconduit sèchement. Ben Bella lui n’en demande pas tant ; il sera l’homme lige du général de Gaulle au sein de l’Algérie indépendante mais garante des intérêts vitaux de la France. Compagnon de détention de Ben Bella pendant plus de 4 ans, Aït-Ahmed ne perçoit aucunement les magouilles cousues de fil blanc que celui-ci fomente pour circonvenir la révolution à ses intérêts occultes.

 

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de gauche à droite : Ahmed Ben Bella, Hocine Ait Ahmed, Rabah Bitat et Mohamed Boudiaf, à Oujda (Maroc)

Aït-Ahmed complice à son corps défendant de la dictature

Libéré après la signature des accords d’Évian, Aït-Ahmed ne joue aucun rôle positif au cours de ce funeste été 1962. Au contraire, il fera par ses maladresses le lit de la dictature militaire. L’historien Mohammed Harbi délivre à son encontre un jugement sans appel. Il relate une succession d’erreurs de stratégie, de myopies, de fautes tactiques qui ont conduit, bon an mal an, à ouvrir la voie royale à Ben Bella et Boumediene : «La contribution d’Aït-Ahmed et Boudiaf à l’hégémonie de l’armée sur l’État, avant comme après 1962, n’est pas mince», grommelle l’historien.

Une fois le pouvoir Ben Bella-Boumediene installé à Alger, Aït-Ahmed torpille – en tout bien tout honneur, bien sûr – toutes les initiatives visant à les renverser. Il contrecarre les initiatives du «groupe de Tizi-Ouzou» qui tente d’agréger au sein d’une même coalition les forces opposées à la dictature. Une action conduite, écrit Aït Ahmed, par «des notables de la révolution».

S’agirait-il d’obscurs agents de nul ne sait quelles forces ? Non, Krim Belkacem et Mohamed Boudiaf, les principaux artisans de la révolution, soucieux de mettre en place des structures civiles et démocratiques. Pourquoi agit-il de la sorte ? Il préfère dit-il «la voie pacifique». Jusqu’à ce que celle-ci le conduise l’année suivante à prendre les armes, au sein du FFS.

 

Aït-Ahmed, chef du FFS

Comment Aït-Ahmed devient-il le leader de ce mouvement ? Ayant été aux premières loges pour assister à l’ascension de Ben Bella, désire-t-il réitérer à Tizi-Ouzou ce que son frère siamois a réalisé à Tlemcen ? Il en épouse en tout cas les méthodes en parasitant une initiative à laquelle il est initialement étranger, visant à créer un parti d’opposition pour mener une résistance armée contre les putschistes d’Oujda. Artisans de ce projet, le colonel Mohand Oulhadj, Abdenour Ali-Yahia, le colonel Saddok (Slimane Dehiles) et d’autres.

Une fois dans le groupe, il en élimine Krim Belkacem, exclut toute perspective de s’allier avec Ferhat Abbas, rejette Mohamed Boudiaf, prend par le mépris les approches du colonel Chaabani, accuse un descendant de l’émir Abdelkader venu lui offrir son soutien de provocation policière, avant de découvrir, lorsque celui-ci est arrêté, que son initiative, pour échevelée qu’elle pouvait être, était sincère et honnête.

De la prison de Boufarik où il choisit d’être emprisonné, Aït-Ahmed apprend que Mohand-Arab Bessaoud, un de ses lieutenants, entreprend des démarches pour regrouper «tous les opposants au régime, parmi lesquels figuraient Khider, Krim, Boudiaf […]. Il écrivit [alors à] Saddok pour l’inviter à "discuter de la fin des combats avec le régime" ajoutant "qu’il faut se méfier de la fange des faux amis", et insistant sur le fait qu’"il faut savoir reconnaître sa défaite"».

«Lui arrêté, disait Abbane Ramdane s’agissant d’Ahmed Ben Bella, il ne devait rien subsister» de l’OS en 1950. Aït-Ahmed arrêté, il est exclu de laisser la «fange» réussir là où lui a piteusement échoué. La «fange» en l’occurrence, c’est Krim Belkacem, Mohamed Khider, Mohamed Boudiaf, Mohand-Arab Bessaoudd, etc.

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Mohand-Arab Bessaoudd, fondateur de l'Académie berbère
à Paris en 1966, décédé en 2002

D’après Me Mourad Oussedik, la «trahison» de Mohand Oulhadj qui affaiblira l’action armée du FFS n’a strictement rien à voir avec le désir d’union avec Ben Bella contre l’ennemi extérieur (le Maroc) ; elle était simplement motivée par le dégoût que lui inspiraient les méthodes dictatoriales d’Aït-Ahmed, la «guerre des sables» lui offrant une occasion honorable de s’extraire de ses griffes.

En 1963, hors du clan étroit autour de Boumediene et Bouteflika, tout ce qui compte comme personnel politique et militaire en Algérie est désireux de s’unir pour mettre un terme à l’État policier qui s’installait. Vu à tort comme celui qui pourrait unir ces forces louables, Aït-Ahmed a réussi à anéantir toutes les bonnes volontés en quelques mois.

Cette politique à courte-vue est-elle une nouveauté dans le comportement de cet homme ? Est-ce un retournement de conduite fruit d’une expérience riche de son passage au Caire et en prison ? Quinze ans plus tôt déjà, «Lamine Debaghine […] propose à Aït-Ahmed, vers mars 1949, de faire bloc avec lui et de lui apporter le soutien de l’OS.»

On peut fantasmer sur ce que serait devenu l’Algérie si le PPA-MTLD était ainsi tombé dans l’escarcelle des «algérianistes», avec une base militante majoritairement kabyle encline à soutenir la fondation d’un État de droit. Mais on ne refait pas l’histoire et l’histoire a voulu qu’Aït-Ahmed rejette l’offre, laissant le champ libre aux «arrivistes», aux «médiocres», et à un «Comité central d’ignares et d’idiots».
Isolé, «trahi», arrêté en 1964, emprisonné, «évadé» en 1966, exilé, Aït-Ahmed s’installe en Suisse où il mène depuis une vie mi-marginale mi-active.

 

Aït-Ahmed et les services de renseignements

Opposant acharné à tout État policier, telle est l’image que s’est forgée Aït-Ahmed. Remontons à la source des services secrets algériens. Voici ce qu’en dit l’intéressé : «Déjà en 1947, la création d’un service de renseignement était si impérative pour la plupart des membres du Bureau politique du PPA – auquel j’appartenais – qu’elle fit l’objet d’un débat spécial. Le docteur Lamine [Debaghine], l’un des principaux dirigeants du parti, s’empressa de prévenir avec fermeté les dérives inévitables d’un instrument de ce genre. Son objection eut valeur de veto et on ne souleva plus ce problème dans les instances du mouvement.»

Difficile de deviner dans cette déclaration ce que pouvait être la position personnelle d’Aït-Ahmed. On pourrait même supposer que «les dérives inévitables d’un instrument de ce genre» ne pouvaient pas lui échapper, lui adepte qu’il était de L’Art de la guerre de Clausewitz. Mais les faits ainsi présentés ne correspondent pas du tout à la réalité.

Car Aït-Ahmed est en vérité l’inventeur des services secrets algériens, alors qu’il se trouve à la tête de l’OS. «À la lumière des études entreprises, Aït-Ahmed décide le redécoupage des circonscriptions de l’OS […] et la création d’un service de télécommunications et du génie et d’un service de renseignement. Si les deux premières mesures dépendaient de l’état-major de l’OS, la création d’un service de renseignement engage le parti tout entier et relève du Bureau Politique.

Aït-Ahmed soumet la question au Bureau Politique : "Le rôle du service serait de pénétrer les rouages les plus vitaux de l’appareil colonial, gouvernement, général, régions militaires, polices […] faire l’inventaire des hommes clés du corps politique et de la haute administration avec leur CV respectifs. Comment pénétrer les rouages décisifs sinon en y plaçant des hommes de confiance bien entraînés pour ce genre d’activités ou en les plaçant de telle manière qu’ils puissent exploiter les complicités. […] Il nous faut des renseignements […] aujourd’hui afin de déjouer les mauvaise surprises, les projets de répression individuelle et collective et de situer les sources d’information dont disposeraient Costes et Havard, de la police des RG et le colonel Schoen, en notre sein. Pour demain, et c’est plus essentiel qu’on ne le pense, pour être en mesure de détecter les intentions stratégiques, politico-militaires des services adverses."»

On sait à quel point les préventions de Debaghine étaient fondées au regard de ce qu’est devenu l’État algérien après 1962. C’est ce service, appelé MALG, confié à Abdelhafid Boussouf durant la guerre, qui enfanta la SM. Ce sont les Boussouf boys, renforcés par des agents formés par le KGB, entraînés par la DST, les services égyptiens, allemands et soviétiques qui constituèrent l’ossature de l’État algérien, un régime policier, de torture, de crime, de terrorisme et de spoliation.

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Abdelhafid Boussouf

Durant tout le règne de Boumediene, Aït-Ahmed, réfugié en Suisse, n’a pas arrêté de rencontrer les émissaires algériens de la SM, et de parlementer avec eux. Certains lui firent croire qu’ils étaient des opposants au système dont ils étaient les émissaires et attendaient simplement la bonne heure pour redonner à la démocratie ses lettres de noblesses.

Le moment venu, ils feraient appel à lui pour conduire les affaires du pays. «Ils lui donneraient un poste important», dirait Ahmed Ben Bella. La plupart des militants proches d’Aït-Ahmed, opposants en Algérie ou en France, se révéleront au cours des événements de 1980 et aujourd’hui encore comme des agents des services de renseignements. Lorsque le pouvoir annonce la dissolution de la SM, c’est Aït-Ahmed qui est sollicité pour donner son onction à la démarche, saluant une avancée historique. On sait tout ce que cette avancée a apporté aux Algériens : le DRS, le putsch, la décennie noire, la mafia au sommet de l’État.

 

Aït-Ahmed anti-berbériste

La meilleure preuve sur cette faillite d’une vie, c’est Aït-Ahmed en personne qui nous le fournit, notamment dans L’Affaire Mécili où son défunt ami lui permet d’exprimer par procuration les idées qu’il répugne à assumer lui-même. Un livre où s’entrechoquent anachronismes, omissions, petites ingénuités et mensonges éhontés. On y découvre ligne après ligne un anti-berbérisme viscéral. «Ali partageait aussi d’emblée mon souci d’échapper aux accusations de "berbérisme" et de "régionalisme".

Il m’épargna les interrogations habituelles qui, aussi normales et fondées soient-elles, ne tiennent pas compte des réalités têtues. Il ne me proposa donc pas de pourfendre "l’arabisme despotique et sectaire" ; [...] "Derrière l’assassinat d’un Kabyle, il y a toujours un Kabyle. Une vraie malédiction" lançait [Mécili] ensuite en guise de conclusion. Il y avait une étrange pudeur dans son silence embarrassé. Comme si, ayant osé lever le voile sur la tare congénitale d’une communauté, il se souvenait tout à coup que cette famille était aussi la sienne. […] "Cette hargne impitoyable, ces inextinguibles jalousies nous viennent de loin. Le zèle anti-kabyle des kabyles m’a toujours sidéré", remarquait Ali.»

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Ali Mécili

Mécili a-t-il pu exprimer des pensées aussi crétines ? Si tel en fut le cas, on peut trouver cavalière cette façon de disposer de la mémoire d’un homme disparu, de donner à des propos sortis de leur contexte une dimension testamentaire irrémédiable.

Ainsi, au gré des années, développe-t-il une forme de paranoïa sévère qui lui fera entrevoir tous ceux qui se présentent à lui en toute bonne foi pour partager son chemin comme des agents de la SM (puis du DRS) chargés de l’éliminer. Dans ces conditions, ceux qui auront l’heur de lui plaire et d’obtenir sa confiance sont des individus intéressés, serviles, qui lui disent ce qu’il veut entendre, en d’autres mots en grande partie des agents des services algériens.

Sa hantise, être considéré comme un Kabyle, ce qui l’amène à entrevoir les Kabyles comme souffrant d’une «tare congénitale» qui les conduit à éliminer tout autre Kabyle qui émerge. Sentiment qu’il a dû concilier avec les nécessités primaires : La Kabylie a été son fief militaire en 1963, et son fief politique durant la décennie 1990. Il en va ainsi lors de la défection du colonel Mohand Ouelhadj, chef militaire de la Wilaya III parti rejoindre Ben Bella. «Mais que pesait [la] loyauté [d’Ali Mécili] face aux compromissions des uns et des autres ? Elle n’avait pu empêcher ce que nous redoutions le plus : la division de la Kabylie» se plaint-il, ignorant l’aveuglante contradiction à considérer la Kabylie une et indivisible tout en proclamant un «souci d’échapper aux accusations de "berbérisme" et de "régionalisme».

 

Qu’est-ce donc que le berbérisme ?

Essayons de le définir non pas de façon arbitraire, mais par les ambitions politiques, sociales et culturelles proclamées par ses militants les plus connus. Deux épisodes ont marqué leur combat : Le premier, nous l’avons vu, a eu lieu en 1949 et a été porté par la volonté de donner des assises civiles et démocratiques à l’Algérie engagée sur les voies de l’indépendance. Cette volonté a été brisée par les forces conservatrices, lesquelles considéraient que les Algériens ne devaient pas s’interroger sur leur identité puisqu’ils étaient «arabes et musulmans» ; il n’y avait pas de nécessité de fonder les structures politiques civiles et démocratiques puisque le parti unique était la seule perspective envisageable, autour d’une figure emblématique, Messali Hadj.

La crise qui s’ensuivit, baptisée «berbériste», explique Mohammed Harbi, «annihile les espoirs de voir le nationalisme radical se développer indépendamment de la foi religieuse. L’aventure de Benaï Ouali, de Rachid Ali Yahia, a engagé la lutte pour la démocratisation du PPA-MTLD dans une impasse.

La saisie rationaliste et laïque du problème politique s’efface dorénavant au profit de l’approche mystique. L’épuration du mouvement berbériste a abouti a l’élimination des cadres de valeur pour faciliter la promotion de médiocres liés à l’appareil et redoutant par-dessus tout d’être taxés de matérialistes et de marxistes.» «L’aventure» aurait pu ne pas mener «dans un impasse» s’il y avait assez de démocrates pour épauler ses promoteurs…

19-04-2010
manifestation lors du "printemps berbère"

Le second épisode a lieu en 1980. Connu comme le «printemps berbère», il a vu la population de Kabylie se soulever contre le pouvoir policier, derrière les slogans : «démocratie, justice sociale, langues et cultures algériennes». Ce mouvement a brisé la chape de peur qui régnait à l’époque et conduit toutes les régions du pays à lancer leur propre révolte, avec les mêmes slogans, assortis d’un autre : «Les Kabyles avaient raison !», pour montrer à la face du régime que le discours séparatiste, régionalisme, populiste, sur lequel il prospérait n’abusait plus personne. Voilà ce que le berbérisme a concrètement revendiqué, la volonté de donner au peuple algérien les instruments de sa souveraineté, de vivre dans la dignité, dans sa culture, dans la diversité et, surtout, dans la liberté retrouvée.

C’est ce berbérisme-là qu’Aït Ahmed considère comme une de ces «tares congénitales» contre lesquelles il faut se battre, quitte pour cela à oublier incidemment que l’ennemi en face tue, torture, vole, viole, détourne, corrompt, déstructure, engendre l’obscurantisme, la pauvreté, la maladie, la peur, la pollution, selon un programme qui dessine des desseins génocidaires. Avec l’eau du bain du berbérisme, Aït-Ahmed n’hésite pas à jeter le bébé de la démocratie. Et honni soit qui mal y pense !

Arrivé en 1990 en Algérie où il n’a plus aucun repère, il toise de haut tous les militants kabyles de valeur qui se sont aguerris dans le mouvement culturel berbère. «Ces hommes-là, ils te feront un parti dans ton parti», le prévient un de ses collaborateurs si proche qu’il deviendra plus tard Secrétaire général du FFS. Lorsqu’Aït-Ahmed le soupçonna enfin d’être une taupe des services algériens, il le marginalisa. Celui-ci s’empressa de rallier le RCD, dont il devint député, puis ministre de Bouteflika. Il refusa de quitter le gouvernement lorsque Saïd Sadi, poussé par sa base, exhortera ses ministres à remettre leur démission après le printemps noir en 2002 où la police a tiré sur les jeunes Kabyles comme on fait des lapins de garenne dans une chasse à cour. Cette taupe au sein du FFS, les militants du mouvement culturel berbère l’avaient identifiée comme telle 8 ans plus tôt, en 1986.

En tout état de cause, il est devenu rapidement clair que pour se promouvoir au sein du FFS, durant les années 1990, il valait mieux montrer patte blanche. Qui est prêt à cela, sinon des «médiocres liés à l’appareil et redoutant par-dessus tout d’être taxés de» berbéristes ?

 

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Aït-Ahmed et les nouvelles générations

Les événements d’avril 1980 surprennent Aït-Ahmed. Menés par la Kabylie, notamment au nom de la culture berbère, la révolte le laisse pour ainsi dire... désarmé. Encore des «berbéristes»! Huit ans plus tard, et après que toutes les régions d’Algérie ont suivi le sillon tracé par le «printemps berbère», éclatent les événements d’octobre 1988. Il est encore une fois pris au dépourvu. Depuis 1980, la seule initiative notable à mettre à son actif a été la déclaration commune faite en 1986 avec Ahmed Ben Bella, celui qui jeta les jalons de la dictature, qui se découvre soudain des vertus insoupçonnées de «démocrate». Une initiative absurde.

Dans le sillage de «l’ouverture politique» esquissée par les événements d’octobre 1988, Aït-Ahmed entre en Algérie en 1990, donnant, sans exiger le moindre gage, sa caution aux processus meurtriers en gestation. Survient le coup d’État de janvier 1992.

À cette occasion, il participe en décembre 1991 à une mascarade électorale au cours de laquelle le pouvoir organise littéralement la victoire des islamistes, dans le dessein programmé d’imposer le retour à la dictature militaire «seule capable de sauver le pays de la talibanisation». C’est ensuite lui qui offre aux militaires le moyen de manipuler l’opinion mondiale. Le général Khaled Nezzar n’a aucun mal à truquer la marche organisée par le FFS en appel à l’armée en vue de suspendre le processus électoral. L’appel au putsch, avec Aït-Ahmed à l’image, dans les haut-parleurs le son enregistré dans les laboratoires déjà opérationnels du DRS, et les télévisions du monde entier pour porter le message.

Depuis le début de la décennie 1990, Aït-Ahmed n’a eu de rôle que de contrepoids pour le RCD de Saïd Sadi. «Un Kabyle pour en neutraliser un autre», pourrait-on faire dire à Ali Mécili. On peut citer à son actif d’avoir participé, avec bon nombre de personnalité politiques à la représentativité plus ou moins équivoque, aux réunions de la communauté chrétienne de St-Égidio visant à sortir l’Algérie de la spirale meurtrière. Une initiative qui a eu un impact nul sur le devenir des Algériens et que le FFS brandit depuis comme l’expression d’une victoire historique. Un échec patent en guise de catalogue politique.

La toute dernière bévue d’Aït-Ahmed intervient en 2012. Alors que tous ceux qui tentent laborieusement de s’opposer à ce régime appellent au boycott de l’élection législative, afin que, faute de mieux, l’on puisse au moins prouver à la face du monde l’absence totale de représentativité de ce régime, Aït-Ahmed surprend en décidant de lui offrir une nouvelle fois sa caution.

Voilà : 65 ans d’une vie politique au service de l’Algérie à l’impact positif négligeable. Des tribulations qui ont au contraire permis à la dictature d’éclore dans les structures du PPA-MTLD, de prendre ses vigueurs au cours de la guerre de libération, de prospérer et de se renforcer pendant trois décennies, et de s’envoler au point de prendre des proportions meurtrières inégalées durant la décennie 1990, avant de se muer en mafia militaro-affairo-terroriste aujourd’hui qui transforme le pays en une pagaille irréparable. Voilà en quelques mots l’histoire d’Aït Ahmed.

Un de ses anciens camarades de combat, Mohand-Arab Bessaoud, s’est fondu d’un ouvrage dont le titre, FFS, espoir et trahison, traduit à lui seul tout le ressentiment qu’il a nourri à l’égard de cet homme. Un autre, Me Mourad Oussedik, tout aussi ulcéré, a fini sa carrière en défendant dans les prétoires les dirigeants du FLN qu’il a combattus sur les terrains politique et militaire. On peut citer des dizaines d’hommes qui ont voulu se joindre à Aït-Ahmed pour tenter de renverser le régime militaire de Ben Bella puis de Boumediene, et plus tard de Larbi Belkheir. Dégoûtés, abandonnés, ils ont tous été arrêtés, éliminés physiquement ou retournés pour devenir les petits soldats de la SM puis du DRS

 

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Ses thuriféraires invoquent un homme d’une probité intellectuelle et morale infaillible et invoquent comme une sorte d’étendard que lui, au moins, n’a «pas de sang sur les mains». Ce serait faire peu de cas des centaines d’hommes qui l’ont suivi au sein du FFS et qui ont trouvé la mort, des milliers d’autres arrêtés durant les années 1960 par la SM et torturés jusqu’à en perdre leur équilibre mental ; d’autres encore, plus récemment, ont connu d’immenses avanies sans jamais obtenir le soutien du parti au sein duquel ils ont activé.
Des hommes qui ne méritent pas même quelque hommage de la part d’Aït-Ahmed. La mémoire de son plus proche compagnon de route, Ali-André Mécili, assassiné en 1987 par la SM à Paris, ne sert que de célébration annuelle du culte d’Aït-Ahmed.

 

quitter le FFS

Aït-Ahmed vient d’annoncer son intention de quitter le FFS au cours du printemps prochain. Ils sont nombreux à attendre son retrait prochain de la vie politique pour faire du FFS le tremplin qui les propulserait enfin dans le cercle étroit des «affaires». Une mystification de plus à laquelle un régime aux abois ne manquera pas de recourir pour gagner cinq, dix ans. Aït-Ahmed aura ainsi légué aux générations futures l’instrument de leur aliénation.

On peut se demander cependant s’il n’y a pas mieux à faire que de consacrer un portrait à un homme fini. Et l’on pourra arguer qu’il ne mérite pas ces critiques, sachant qu’il y a bien pire. En fait, Aït-Ahmed est, de cette génération, celui qui se rapproche le plus d’un «démocrate». Il y a en effet bien pire. Mais ceux qui prétendent qu’il ne faut rien dire sur les «moins pires» car il y a «plus pire», ce sont les mêmes qui ne disent rien ni sur les uns ni sur les autres. Nous avions commencé par cela, cet échange de bons procédés qui a conduit Ben Bella à envoyer des fleurs par procuration à Aït-Ahmed.

Ben Bella a jeté les jalons de la dictature, Aït-Ahmed est incontestablement comptable de complicité. Il se targue d’avoir inspiré le programme du FLN de Ben Bella, le parti unique, le socialisme, la gestion socialiste des entreprises, la gestion des biens vacants. Il est militariste quand ça l’arrange, et adepte de la «non-violence» quand il le préfère. Il est membre à part entière de la Kabylie quand celle-ci doit abriter ses menées politiques et armées, et anti-berbériste la plupart du temps. Il est démocrate quand ça le sert et adepte de la dictature le reste du temps. Il est l’ennemi d’un État policier et religieux, à condition qu’il soit seul à incarner l’alternative à ces deux faces du régime algérien.

 

Aït-Ahmed se considère-t-il comme un Kabyle ?

Il reste au final une question à élucider. Aït-Ahmed se considère-t-il comme un Kabyle, lui, le descendant d’une famille maraboutique qui a eu plusieurs siècles pour s’intégrer à la société qui l’a accueillie ? Il n’a jamais esquissé la moindre réponse à cette question. L’interrogation n’est pas anodine, car de sa réponse dépend le classement de ce présent portrait, qui peut être considéré comme l’alignement de faits historiques irrécusables, ou alors l’expression de cet atavisme anti-kabyle qu’Aït-Ahmed prête aux Kabyles.

Car tout compte fait, tout ce qu’on peut dire sur l’Algérie et les Algériens, dans ce pays colonisé, ce pays que la génération 1954 a arraché à la France pour le jeter dans les griffes de criminels accomplis, c’est autant qu’en emporte le vent…


Lounis Aggoun

 

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lundi 25 février 2013

les femmes algériennes dans la guerre d'Algérie

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Les femmes, vaincues de la Guerre d’Algérie

général Maurice FAIVRE

 

Je vous recommande ce DVD. 

Feraru Marcela. Guerre d'Algérie. Mémoires de femmes. DVD de 90 minutes, producteur Secours de France. 17 euros.

L'association Secours de France, créée en 1961 par Clara Lanzi pour aider les officiers perdus et les harkis, a demandé à Marcela Feraru (1) de réaliser un DVD sur les femmes dans la guerre d'Algérie, avec le conseil des historiens Daniel Lefeuvre et Diane Sambron. Ce DVD a été présenté le 20 février par la mairie de Charenton.
Ce DVD émouvant est fondé sur le témoignage de femmes de toutes origines : Françaises et Juives d'Algérie, Algériennes nationalistes, filles de harkis, membres des équipes médico-sociales. Toutes ces femmes ont subi, dans leur chair et dans leur cœur, les souffrances d'une guerre meurtrière. Dans leur diversité, ces témoignages illustrent la complexité de cette guerre.

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Diane Sambron montre que le statut islamique et patriarcal condamnait les musulmanes au mariage forcé (parfois à 9 ans), à la répudiation et à la polygamie. Émancipées par l'ordonnance de 1959, elles ont retrouvé leur condition inférieure dans le Code de la famille de 1984.
Les nationalistes expliquent les raisons de leur choix : la spoliation des terres, l'injustice de la colonisation et la pauvreté des indigènes, le refus de nationalité française, assimilée à une apostasie, le retard dans l'éducation des filles.
11.000 femmes se sont engagées dans la lutte pour l'indépendance, dont 18% ont supporté (difficilement) la promiscuité des maquis. Les autres ont accueilli et nourri les insurgés, et recueilli les cotisations. Quelques-unes ont déposé des bombes (Zora Driff ne le regrette pas), elles ont été arrêtées et certaines brutalisées. Toutes ont célébré l'indépendance dans la liesse. «Sortir les colons» fut un objectif réussi, mais certaines l'ont regretté : pourquoi tu pars, disent-elles à leur amie française ?
Les Européennes estiment en effet que les relations entre communautés étaient conviviales, dénuées de racisme, malgré l'inégalité des conditions matérielles. Elles aimaient leurs camarades d'école, et la fatma de la famille.
Les guerres de 1914 et 1940 les ont montrées capables de diriger les employés arabes de leurs exploitations. Après avoir subi le terrorisme meurtrier de 1957, elles ont cru à la fraternisation de mai 1958,. Elles n'ont pas compris la politique d'abandon du général de Gaulle, et ont approuvé malgré ses excès la révolte de l'OAS. Les enlèvements de 1962 les ont contraintes de quitter dans le douleur un pays qu'elles adoraient.
Les représentantes de l'armée et des harkis évoquent le courage des femmes, la politique de contact et d'éducation des militaires, le dévouement des équipes médico-sociales itinérantes, la séparation des familles. On notera que la fille du général Salan révèle que son père s'est révolté en sachant qu'il n'avait pas de chances de gagner.
La fin de la guerre fut ainsi «un désastre pour tous». Toutes ont perdu quelque chose. La nostalgérie des Pieds Noirs est bien connue ; ils n'ont plus de racines. Mais les nationalistes qui ont célébré «la naissance d'un pays» constatent que ce fut «une indépendance sans la liberté», consacrant la «domination des hommes». Les femmes sont les vaincues de cette guerre.

Maurice Faivre
le 25 février 2013

1 - Réalisatrice de Face à la Mort, les prisonniers de Ho Chi Minh et Histoire d'un abandon (des harkis).

- Secours de France

- Secours de France : Femmes dans la guerre d'Algérie

- vidéo : générique de début

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- vidéo générique de fin

- vidéo : un témoignage

- blog de Marcela Feraru

 

autres références

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source

 

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jeudi 14 février 2013

réponse à une critique sur le film 3D "Je vous ai compris"

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 réponse de Georges Fleury au général Faivre

 

Chers amis,

J'ai pris connaissance de la critique du général Faivre concernant Je vous ai compris le film que j'ai co-écrit et co-dialogué avec Frank Chiche (et non Jean, comme l'a écrit le général). Je tiens à préciser que ce film d'animation, qu'il est tout à fait en droit de ne pas apprécier, est une fiction.

Il faut la prendre comme telle et non comme une leçon d'Histoire ou un film de plus sur la guerre d'Algérie. Lorsque le général Faivre se déclare surpris que j'ai pu cautionner cette oeuvre, il n'aurait pas dû ajouter que je ne serais qu'un "mémorialiste très bavard et non un historien rigoureux" puisque j'ai eu l'honneur de recevoir le Prix Maréchal Foch de l'Académie française.

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"anachronismes"

Lorsqu'il se met en peine de relever des anachronismes dans mon travail, il rappelle que les poseuses de bombes ont sévi en 1957 et pas en 1961 et que l'intervention des parachutistes (Résurrection) se situe en 1958.
Pour le premier "anachronisme"  qu'il souligne, il apparaît clairement dès le début du film que la soeur de Jacquot a posé une bombe en 1957 ! Pour ce qui est des paras sautant sur la métropole, si le plan Résurrection, dont il n'est nulle part fait référence dans le film, a bien existé en 1958, à moins que je vive un mauvais rêve ! il n'en est pas question dans Je vous ai compris.
Je suis assez bien placé pour savoir ce qui s'est passé à Paris après l'appel va-t'en-guerre que Michel Debré a adressé à la population métropolitaine d'aller barrer les pistes des aérodromes situés en Île-de-France. J'étais cette nuit là, chef de la garde de la base aéronavale de Dugny-Le Bourget et c'est moi qui ai empêché une trentaine d'individus en armes venant de la mairie de Dugny au "nom du gouvernment" dans l'intention d'empêcher l'intrusion des paras venant  du sud-ouest ou d'Algérie.

"la valise ou le cercueil"
En poursuivant la lecture éreintante de la critique du général Faivre je relève que l'OAS n'était pas ostentatoirement représentée à Alger durant le putsch. Il y avait pourtant un calicot qui barrait l'entrée d'un immeuble où se tenait un "bureau d'engagement ".
Les brassards OAS ont bien entendu disparu sitôt le putsch terminé.
Si l'un des protagonistes use du slogan "La valise ou  le cercueil " c'est en réponse aux  nationalistes qui l'avaient utilisé avant 1954.
Le "général-critique" n'a pas le droit de refuser que dans une oeuvre de fiction, une jeune militante du FLN se serve du mot fasciste pour désigner les manifestants qu'elle voit passer dans une rue.
Lorsqu'il ajoute que ni Challe ni Salan n'étaient pas des fascistes, sous-entendrait-il ce faisant que Jouhaud et Zeller, eux, en étaient ?
Il rappelle aussi que tous les colons ne faisaient pas "suer le burnous"... Mais le seul colon qui apparaît dans notre film est justement le meilleur ami de son régisseur Karim, le père de Malika, une étudiante militante du FLN !

Puisque d'après le général Faivre je serais un "mémorialiste très bavard ", je pourrais écrire des heures durant une plaidoirie dont notre Je vous ai compris n'a nul besoin pour exister. D'ailleurs, il sera bientôt accesible aux lecteurs de tablettes en trois volets de 30' dont le premier est déjà téléchargeable gratuitement et les deux autres le seront très bientôt au prix de 3,99 €.
Si ces trois volets existent c'est justement  pour que grâce à des illustrations dessinées et mes textes historiques le public puisse aller plus loin que dans notre fiction qui est en fait une véritable tragédie grecque dont le putsch ne sert que de décor. En dire plus ici, ce serait dévoiler son intrigue.
Croyez en mon amitié sincère...
Georges Fleury,
Chevalier de la Légion d'Honneur, Médaille militaire,
Croix de la Valeur militaire avec palme et étoile de bronze,
55 livres au compteur et chevalier des Arts et des Lettres. 

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vendredi 8 février 2013

propagande en 3 D, "Je vous ai compris"...

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un film "graphique" bourré d'anachronismes

et d'erreurs sur le FLN et l'OAS

général Maurice FAIVRE

 

Le film de Jean Chiche Je vous ai compris a été diffusé par ARTE le 1er février à 22h.10. Il présente quelques jeunes garçons et filles qui au moment du putsch choisissent des voies différentes : OAS, FLN, gaullistes.

C'est une fiction fondée sur un moment historique (sic). Seuls sont historiques les discours du général de Gaulle. Je suis surpris que Georges Fleury ait donné sa caution à ce film ; il est pour moi un mémorialiste très bavard et non un historien rigoureux.

L'histoire présentée au moment du putsch présente des anachronismes :

- les poseuses de bombes ont été actives en 1957 et non en 1961, elles ne circulaient pas en voiture dans Alger ;
- l'opération Résurrection d'intervention parachutiste en métropole se situe en 1958 ;
- l'OAS est un mouvement subversif qui ne se déplace pas en camion avec des panneaux d'identification ;
- les militants de l'OAS ne pratiquaient pas le viol ;
- la valise ou le cercueil était un mot d'ordre du FLN et non de l'OAS ;
- ni Challe ni Salan n'étaient des fascistes ;
- les colons n'étaient tous des exploiteurs du burnous ;
- les Kabyles n'étaient pas des Arabes.

Enfin le film est présenté comme "graphique". En effet les personnages ressemblent à des dessins de BD, ils n'ont aucune consistance psychologique. Ce sont de ridicules marionnettes, manipulées par le cinéaste.
ARTE reste ainsi fidèle à sa tradition de propagande nationaliste (FLN).
général Maurice Faivre
 

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mardi 29 janvier 2013

mobilisation de l'Algérie, 1942-1945

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à Maximiliansau, un tirailleur de la 3e section de la 3e compagnie du 1er bataillon de la 3e RTA
(Régiment de Tirailleurs Algériens) à son poste de guet devant les blockhaus allemands de la ligne Siegfried

source

 

la mobilisation de l'Algérie pour la Libération

(1942-1945)

Julie LE GAC

 

La prochaine séance du séminaire "Pour une histoire sociale de l'Algérie colonisée", aura lieu le mercredi 6 février, à 17h30, (Paris, 9 rue Malher, 6 étage).
 
Julie Le Gac (ISP-ENS Cachan), prononcera une intervention intitulée : «Fissures d'Empire : la mobilisation de l'Algérie pour la Libération (1942-1945)».


- Julie LE GAC : bio-biblio

 

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samedi 12 janvier 2013

les harkis, selon l'anthropologue Vincent Crapanzano

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les harkis auraient mérité une

analyse plus nuancée

général Maurice FAIVRE

 

Vincent Crapanzano, Les harkis. Mémoires sans issue, Essai, Chicago 2011 (the wound that never heals). Gallimard 2012, 295 pages, 26 euros.

photo_53-160x222 Anthropologue de l'université de New York, l'auteur découvre en 1980 la blessure inguérissable des harkis, alors qu'à l'époque de la guerre d'Algérie, il était partisan des nationalistes et admirait Sartre et Fanon. Il a lu de nombreux ouvrages et rencontré des militants de la cause harkie.

N'ayant pas fait de recherches en archives, ses données historiques contiennent des erreurs (1) qui nuisent à la pertinence de ses réflexions et de celles des témoins. Il reconnaît d'ailleurs que Paulette Péju est peu crédible, Saïd Ferdi excessif, Arfi et Klech confus et peu équilibrés ; beaucoup ne savent rien et se contredisent.

Les thèses des militants concernant les harkis auraient mérité une analyse plus nuancée. Sont-ils vraiment les produits de la domination et du paternalisme colonial, soumis au racisme des Français d'Algérie, à une discipline tyrannique et à l'humiliation, ont-ils été incarcérés dans des camps pendant 20 ans et séparés de leur famille ? Les commandants de camps étaient-ils corrompus, les instituteurs sadiques et incapables ?

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harkis, 1956

Certaines réalités sont heureusement prises en considération : la naissance tardive du nationalisme, les cruautés du FLN, la distinction entre la torture utilitaire des uns et expiatoire des autres, la misère des supplétifs restés en Algérie, la déception de ceux qui retournent dans le bled et la reconnaissance du mieux-vivre en France.

De nombreuses familles se sont bien intégrées, leurs enfants ont eu de remarquables réussites. Mais les pères se sont emmurés dans le silence, certains enfants ne l'ont pas supporté, ils se sont révoltés parce qu'ils ignoraient leur histoire.

S'il n'est pas niable que le gouvernement français a cru à tort qu'il n'y aurait pas de représailles, il n'est pas responsable des massacres, mais de l'improvisation initiale des rapatriements. Il a fallu six mois pour que l'armée prenne l'affaire en main.

Khemisti Bouneb, anthropologue qui a vécu dans ces camps, observe «qu'il y a eu une très grande exagération à propos de ces milieux fermés... parmi les dirigeants de ces camps, il y avait des gens formidables et dévoués... Ce n'étaient pas... des Club Med, il y régnait une discipline stricte, mais ils répondaient aux exigences du moment, à savoir la prise en charge globale de familles rapatriées dans l'urgence».

Maurice Faivre,
historien et ami des harkis

 

1 - Guy Pervillé, Anne Heinis, Jean-Jacques Jordi et Maurice Faivre sont souvent cités, mais plus discutables sont Charles-Robert Ageron, le général Buis, Jean-Pierre Vittori, Michel Roux, Tom Charbit, Dalila Kerchouche et Fatima Besnaci, alors que sont ignorés le général François Meyer, le conseiller d'État Michel Massenet, le docteur K. D. Bouneb, Daniel Lefeuvre et Roger Vétillard. Les erreurs les plus flagrantes concernent - l'évaluation des victimes : ils seraient 6.000 à 45.000 en mai 1945, des centaines jetés dans la Seine le 17 octobre 1961, 1.500.000 Algériens et 55.000 Pieds Noirs disparus, - et les effectifs : 400 SAS, 260.000 pro-français en mars 1962, 85.000 harkis rapatriés. Salan organise le quadrillage, et le plan Challe est situé en 1958.

_____________________________

 

autre erreur :

Aziz Meliani, cité p. 10, n'est général mais colonel de l'armée française.

M.R.

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mercredi 9 janvier 2013

une biographie sur Frantz Fanon, de David Macey (Marc Michel)

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Fanon, "un écorché vif"

une biographie hagiographique

Marc MICHEL

 

David MACEY, Frantz Fanon, une vie, traduit de l’anglais par Christophe Jacquet et Marc Saint-Upéry, Paris, La Découverte, 2011, 597 pages, 8 cartes, index.

Frantz FANON, Œuvres, Peau noire, masques blancs, L’An V de la Révolution algérienne, Les Damnées de la Terre, Pour la révolution africaine, Paris, La Découverte, 2011, 884 pages.

 

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Frantz Fanon fut presque un mythe dans les années 1960, considéré comme un des prosélytes du tiers-mondisme violent ; il est bien oublié aujourd’hui comme beaucoup de révolutionnaires romantiques de ces années embrasées.
Avec cette hagiographie documentée, il fait l’objet d’une résurrection quelque peu inattendue. Car il s’agit d’une hagiographie où il est difficile de trouver des réserves envers un théoricien de la violence «juste» des «damnés de la terre» pendant la guerre d’Algérie, un intellectuel révolutionnaire qui n’a partagé aucun des doutes d’un Camus, ce dernier accusé, au passage, par l’auteur d’avoir «partagé la plupart des préjugés des pieds-noirs» (p. 499) ; celui-ci ne semble donc pas avoir lu les Chroniques algériennes de l’écrivain pied-noir.
Ce qu’on retint alors de Frantz Fanon a été son engagement qui l’a mené à devenir une sorte d’ambassadeur itinérant du FLN avant sa mort, à 36 ans, d’une leucémie le 6 décembre 1961 dans un hôpital américain à Washington et, paradoxalement, un écrit, dont il ne fut pas l’auteur, la préface de Sartre aux Damnés de la Terre, en 1961.

L’auteur, professeur honoraire de traductologie de l’Université de Nottingham, a entrepris son travail sous l’émotion d’un souvenir de jeunesse lorsqu’il fut témoin d’un de ces lamentables «délits de faciès» qui émaillaient - émaillent - les contrôles de police ; il venait de découvrir les Damnés de la Terre et L’An V de la Révolution algérienne dans la librairie de François Maspero.

monumentale biographie

L’entreprise aboutit en 2000 à cette monumentale biographie, traduite et publiée aujourd’hui avec une postface engagée d’actualité dont la signification lui parait se résumer dans une réflexion empruntée à Peau noire, masques blancs : «l’explosion n’aura pas eu lieu aujourd’hui. Il est trop tôt … ou trop tard».

Car Frantz Fanon fut d’abord un médecin martiniquais avant d’être un révolutionnaire algérien. On ne résumera pas ici sa vie courte - il est mort à 36 ans, - mais particulièrement riche, retracée dans le détail par David Macey. Celui-ci commence son ouvrage par un chapitre sur la mémoire dont il ressort qu’autant l’oubli l’a emporté en France, autant le souvenir de Fanon a «proliféré» parmi les révolutionnaires du Tiers-monde, du Frélimo mozambicain au FIS algérien et aux États-Unis, depuis la vogue des études «postcoloniales».

Ensuite, David Macey suit pas à pas son héros dans sa jeunesse en Martinique dans un milieu «petit-bourgeois», sa participation dans la Seconde Guerre mondiale comme simple soldat  déjà très critique sur son engagement «pour défendre un idéal obsolète» (p. 123), sa formation en France, à Lyon, parce qu’il y avait «trop de nègres à Paris» (p. 136) et ses premières expériences de médecin psychiatre à Saint Yilié près de Dole puis à l’hôpital Saint Alban-sur-Limagnole, près de Mende où il profite de l’influence d’un médecin pratiquant une psychiatrie de pointe, Francis Tosquelles.

Revenu à Fort de France en 1952, il entre en contact avec Francis Jeanson qui accepte de rédiger une grosse préface au livre que Fanon publie alors au Seuil, Peau noire, masques blancs. Pour le jeune médecin, il n’a que 27 ans, c’est une reconnaissance littéraire, sinon scientifique, de son expérience vécue et de ses observations médicales ; il y puise une réflexion théorique à l’écart du marxisme, mais aussi de la «Négritude» senghorienne, fondée sur la différence ethnique comme inhérente à la situation coloniale, différente cependant de la réflexion d’Octave Mannoni dont la De la Psychologie de la colonisation a paru deux ans plus tôt. Derrière le travail théorique, se profile un trait de la personnalité de Fanon, décelé déjà par son compatriote poète Edouard Glissant : Fanon, «écorché vif» (p. 137).

Après sa réussite à l’examen de  médecin psychiatre en juin 1953, il est affecté en Algérie à Blida, au sud de la Mitidja, où il arrive fin 1953 avec sa femme Josie qu’il vient d’épouser. Il ne connait rien de l’Algérie. Il y trouve une vie confortable, «gagnant plus que le Français moyen d’Algérie», se consacre à son travail avec une impressionnante et redoutable volonté (les «soins» psychiatriques étaient encore très brutaux) et il tente d’imposer de nouvelles techniques : la «thérapie occupationnelle» et le recours à la psychanalyse.

virage décisif, fin 1956

Mais sa méconnaissance de l’arabe et du berbère est évidemment un handicap qu’il a du mal à surmonter. Lorsqu’éclatent les «événements» d’Algérie, en novembre 1954, l’engagement de Fanon est très problématique et il le restera longtemps.
En février 1956, le docteur Fanon est encore légaliste au point d’avertir Mandouze de l’éventualité d’une provocation droitiste à l’occasion de la venue de Guy Mollet à Alger. Il ne prend le virage décisif qu’à l’extrême fin de 1956 en présentant sa démission suivie de son expulsion en janvier 1957. Dès lors commence pour lui un «exil» en France puis en Tunisie ; il est impossible de dire qu’il a choisi la «nationalité algérienne», puisqu’elle n’existait pas encore, mais «à ses propres yeux, il n’était plus français» (p. 323).

Il est difficile aussi de bien connaître ses activités qui paraissent alors avoir été plus d’ordre théorique que pratique de médecin ; il devient surtout un porte-parole intransigeant du FLN, un polémiste «efficace» et un  collaborateur d’El Moujahid. À la fin de 1958, commence la dernière période de sa vie comme délégué du GPRA dans les pays africains. À ce titre, il participe à la Conférence des Peuples africains réunie par Nhrumah à Accra où il rencontre pour la première fois  les leaders révolutionnaires de l’Afrique noire ; il se lie curieusement à deux hommes aussi opposés que Holden Roberto (leader nationaliste angolais) et Félix Moumié (leader de l’Union des Populations camerounaises) et déclare sa foi en Sékou Touré (il est vrai encore auréolé de la gloire du «non» à de Gaulle).

Le FLN le délègue au sud dans le front éloigné de la wilaya sud au Sahara, ce qui peut ressembler aussi à l’éloignement. Mais, surtout, ses nouvelles relations africaines en font en 1960, année des indépendances, le recruteur d’une mythique Légion africaine avant de revenir bredouille et épuisé à Tunis. Il continue cependant sa mission de commis-voyageur de la cause algérienne, dans les pays socialistes, à Moscou ; il écrit et publie de multiples articles militants, et, par les soins de François Maspéro, L’An V de la Révolution algérienne en 1959 et en 1961 son livre majeur Les damnés de la terre, préfacé par Sartre.

L’accueil fut mitigé ; Jean Daniel, pourtant ouvert aux thèses anticolonialistes désavoua  Sartre et Fanon dont l’ouvrage lui parut une apologie de «l’assassinat rédempteur… annonciateur des justiciers barbares» (p. 493). À posteriori, les jugements sont encore plus sévères : un ouvrage «hétéroclite», estime David Macey lui-même, on n’y observe «nulle trace de recherche documentaire», où se mélangent «les impressions de ce qu’il a vu des États nouvellement indépendants d’Afrique noire et une description cauchemardesque de l’Algérie coloniale» (p. 480-481). Au total, le lecteur peut s’interroger sur les raisons qui ont pu le faire considérer comme la cette soi-disant «Bible du tiers-mondisme».

 

livre militant pour une cause mémorielle

David Macey ne cache pas sa sympathie pour son héros. Malgré des manifestations d’adhésion ici ou là à son romantisme révolutionnaire péremptoire, force est de constater que l’idéologie de Fanon, et son engagement, correspondaient à une époque bien dépassée et que Fanon reste «une figure mystérieuse et inclassable» (p. 29).

Mais l’auteur écrit par émotion (au départ, un souvenir) et comme la vie de Fanon peut finalement se résumer brièvement, il nous assène de multiples développements sur l’histoire des lieux où Fanon a vécu ou milité. Le problème est que cette mise en contexte est loin d’être historiquement sûre. On ne saurait juger ici de la validité des développements théoriques (intéressants) sur la psychiatrie et la psychanalyse qui accompagnent plusieurs chapitres.

Par contre, on ne peut qu’être critique envers les très longs développements sur l’histoire des relations franco-algériennes, lue à travers des ouvrages de seconde main ou des publications engagées, très rarement des travaux d’historiens et aboutissant à des énormités telle que celle-ci «La France fit la conquête de l’Algérie le fusil dans une main de la quinine dans l’autre» (p. 233) ou qualifiant le massacre de Mélouza «d’incident» (p. 373).

La volonté de «bien faire comprendre» aboutit à des dizaines et des dizaines de pages plus ou moins hors sujet, les unes totalement tel un récit sommaire de la bataille de Dien Bien Phu (p. 263), les autres  faisant illusion et trahissant, en réalité, la complexité des problèmes de la guerre d’Algérie, voire de l’histoire de France elle-même. Approximativement appréhendée, elle se traduit par des erreurs parfois amusantes, par exemple lorsque l’auteur attribue à «un membre du Parti communiste» la loi de fermeture de maisons closes en 1946 ; Madame Marthe Richard eût été surprise de cette affiliation ! Détail, certes, mais qui rend soupçonneux.

Au total, un gros livre, une biographie minutieuse, une mise en contexte qui n’apporte rien de nouveau, un livre militant pour une cause mémorielle qui peut paraître fort datée. Les plus âgés d’entre nous y trouveront le souvenir d’une époque où l’engagement était «naturel», les plus jeunes l’évocation d’un personnage sulfureux qui déchaîna quelques passions parmi les intellectuels de gauche à l’époque.

Un mérite de l’ouvrage est sans doute de rappeler que Les damnés de la Terre (quel beau titre !) ne doivent pas occulter Peau noire, masques blancs, à notre sens le livre vraiment majeur de Frantz Fanon. Fort opportunément, les éditions de La Découverte ont édité en livre de poche les œuvres complètes de Fanon, ce qui permettra au lecteur d’en juger.

Marc MICHEL
Université de Provence

 

- décès de David Macey

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Fanon

 

damnes

 

Franz-Fanon

 

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jeudi 3 janvier 2013

les victimes oubliées de 1956-1957

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le général Maurice Schmitt

 

terroriste honorés, victimes oubliées

général Maurice SCHMITT

 

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Excellente miise au point du général Schmitt dans le numéro 94 de la revue Floréal (DPLV), Hiver 2012 (signalé par le général Maurice Faivre).

 

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