samedi 3 mai 2008

réponses à des questions portant sur le Maroc

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réponses : 1) archives de la France

au Maroc et

2) Chirurgie maxillo-faciale

Marie-Claire MICOULEAU-SICAULT


1) archives de la France

Pour Sirat posté le 25 mars et Delphine posté le 22 avril

Les archives dites techniques du Protectorat de la France au Maroc ont été laissées aux différents ministères correspondants dans le cas présent il faut s’adresser au :

Ministère  de la Santé Publique au Maroc
355 avenue Mohammed V
RABAT
tel (212) 037761025

Entreposées quelques années au Quai d’Orsay, les 9 000 liasses ainsi réunies furent transportées au dépôt de Nantes en 1970-1971. Archives dites de souveraineté – produites par les services politiques du protectorat –, elles ne représentent pas la totalité des archives de la présence française.

Ont été laissés aux administrations marocaines les papiers des directions «techniques» : Travaux publics, Production industrielle, Agriculture, Instruction publique, Commerce, Travail, Santé publique, Justice, Colonisation, Biens Habous, Eaux et Forêts, Mines, Séquestres austro-allemands, Législation, Finances...

- réponse détaillée en fichier pdf


2) Chirurgie maxillo-faciale

Pour Maxillo posté le 5 avril

A. Chekkoury-Idrissi fut président du Collège National Marocain de Chirurgie Maxillo-Faciale, Chef de service de Stomatologie et de Chirurgie Maxillo-Faciale, Hôpital du 20 août, CHU Ibn Rochd, Casablanca.

La spécialité «Stomatologie et Chirurgie Maxillo-Faciale» a vu le jour au Maroc au sein du premier hôpital construit dans notre pays par le Protectorat Français à Casablanca en 1917 : Hôpital J. Mauran dénommé aujourd'hui Hôpital Moulay Youssef.

Le service dirigé par Madame le Docteur Dezoteux a été transféré ultérieurement à l'hôpital militaire Jean Vial de Casablanca. Ce dernier avait fermé ses portes au début de l'indépendance (1956) et n'a rouvert qu'en 1965, prenant alors la dénomination...

J'ajoute que mon père Georges Sicault a subi un accident de voiture en 1946 où, ayant percuté le pare-brise il a eu plusieurs fractures de la face. Il a été opéré à Casa où 2 chirurgiens lui ont refait le maxillaire de la mâchoire supérieure sur 10 cm, remarquable restructuration de chirurgie réparatrice.

Marie-Claire Micouleau-Sicault
article : les médecins français au Maroc

avenueMohamed_V___Rabat
avenue Mohamed V à Rabat (source)

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lundi 21 avril 2008

L'Algérie en 1957 (Germaine Tillion)

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la chance de la France

et la malchance de l'Algérie

Germaine TILLION (1957)


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Germaine Tillion, icône idéologique

ou pensée complexe ?


M0705281328062_p1La disparition équivaut fréquemment à la simplification. Voire à la dénaturation. La pensée de Germaine Tillion (1907-2008) – souvent plus citée que réellement lue… c'est malheureusement la règle… - était réduite ces dernières années à un vocable, celui de clochardisation.

Cette grande observatrice et analyste de l'Algérie aurait stigmatisé la colonisation coupable de la clochardisation des populations soumises. Et voilà Germaine Tillion icône idéologique d'un anticolonialisme vertueux et sans concession. Il n'en est rien. La pensée de l'anthropologue n'est pas celle-là, nous l'avons déjà dit dans l'article "France-Algérie : l'impossible travail historique" (Daniel Lefeuvre, Michel Renard).

pas d'idéalisation anticoloniale

Aux premières pages de son livre, L'Algérie en 1957 (publié avant les événements de cette même année 1957...), Germaine Tillion avait repoussé tout idéalisation "anticoloniale". Elle écrivait :

"Ce n'est pas moi qui vous présenterait un beau coupable bon à pendre, ni une happy end facile et radicale, malgré le vaste choix qui nous est proposé. La tragédie algérienne, telle que je la vois, comporte beaucoup de victimes, peu de traîtres – et ses possibilités de dénouement m'apparaissent comme un bon point de départ pour d'autres tragédies" (p. 14).

L'ethnographe de la vie paysanne des Aurès n'érige pas le colonialisme en figure abstraite du Mal, elle l'inclut dans la mondialisation de l'ère industrielle : "le malheur actuel de l'Algérie était vraisemblablement inévitable - dans la mesure où il est désormais impossible d'épargner à un peuple archaïque tout contact avec ce monstre prodigieux qu'est la Civilisation Planétaire et dans la mesure où ce contact est fatal au peuple non préparé qui le subit" (p. 67-68).

...Ce que démontre, cinquante ans après, l'historien britannique Christopher Bayly dans La naissance du monde moderne (1780-1914) en insistant sur les interactions comme le note Eric Hobsbawm : "la naissance du monde moderne ne fut pas quelque chose simplement imposé de l'extérieur par l'Occident, mais un processus complexe fait d'évolutions interagissant les unes avec les autres et émanant des deux côtés bien qu'à l'évidence dominé par la force des puissances impériales et par l'hégémonie du modèle occidental…" (La naissance..., p. 13).

l'anti-colonialisme, alibi de la clochardisation

Relisons donc Germaine Tillion, et les histoires non idéologiques du temps colonial, pour comprendre que la colonisation ne fut pas cette "décivilisation" qu'éreintait Aimé Césaire. On y apprendra à dépasser les slogans : "L'anti-esclavagisme a été l'alibi du colonialisme (il l'est encore parfois), et je me demande si l'anti-colonialisme n'est pas en train de devenir l'alibi de la clochardisation. Non pas que le colonialisme soit tout à fait mort - il est seulement moribond -, ni qu'il n'ait pas aggravé la situation économique des pays où il a sévi, mais il n'est pas seul responsable de leur misère, et, à l'heure actuelle, par exemple, la situation alimentaire dans les régions d'Algérie où il n'y a jamais eu de colons apparaît comme un peu plus alarmante pour les indigents que dans celles où les colons sont en nombre..." (L'Algérie en 1957, p. 41).

Michel Renard

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extraits de L'Algérie en 1957


Alg_rie_57_couv_rectoConsidérez maintenant, dans cette perspective, le destin de notre pays - pays relativement comblé par la nature, mais pas plus que certaines régions du monde où les gens vivent encore aujourd'hui dans une sordide indigence.
Première chance : nous réussissons notre révolution politique et notre réforme agraire cinquante ans environ avant le début de l'essor industriel et un bon siècle avant la révolution biologique ; nous nous trouvons donc bien placés au moment le plus important de l'histoire du monde : la première moitié du XIXe siècle.

C'est pourquoi (malgré notre hémorragie de 1914, malgré la catastrophe de 1940, malgré onze ans de guerres mondiales, et je ne sais combien d'années de guerres coloniales, malgré nos malheurs et nos sottise) on peut dire que nous avons eu de la chance, puisque, au moment voulu, nous nous sommes trouvés dans le clan des gagnants. Entendez par là : les pays où le niveau de vie s'élève régulièrement. On imagine volontiers que le hasard seul n'a pas tout fait et que nous pouvons aussi revendiquer des mérites (mais il est possible d'avoir des mérites lorsqu'on est placé pour en tirer le meilleur parti).

Cette ligne ascendante de notre chance, chacune [ce texte fut initialement destiné aux adhérentes de l'Association nationale des Déportées et Internées de la Résistance] d'entre vous peut facilement en suivre quelques étapes, sans pour cela feuilleter des livres ou inventorier des statistiques. Asseyez-vous plutôt à côté d'un paysan pauvre ou d'un vieil ouvrier - n'importe lequel, dans n'importe laquelle de nos provinces - et, comme je l'ai fait moi-même tant de fois, laissez-le parler et écoutez-le.

Il vous racontera son enfance : à six ans l'école, "pour apprendre ses lettres" ; "placé" à huit ans comme berger - plus petit que ses moutons ; des maîtres avares, qui mesurent le pain ; pas de viande, pas de sucre. Plus tard : "on gagnait trois francs par jour, à faucher à la main, comme des martyrs ; la moisson durait deux mois. Après c'était le trimard"... (entendez : la mendicité). Et la maladie, et le chômage, et le terme...

Certes, il y a actuellement en France bien des choses qui vont mal - logements indignes, salaires insuffisants, enfants abandonnés, vieillards misérables - mais, dans tous les domaines, l'amélioration est constante et régulière. Cette amélioration, nous la retrouvons dans tous les pays qui sont en-deça du seuil - non pas un seuil qui séparerait le bloc marxiste et le bloc atlantique, mais un autre, qui ne correspond ni aux alliances ni aux programmes politiques : le bloc des Affamés, qui chaque année auront un peu plus faim, et le bloc des Rassasiés, que chaque année enrichit.


le malheur actuel de l'Algérie

était vraisemblablement inévitable

Allez maintenant en Algérie - j'en viens - et asseyez-vous à la porte d'un gourbi, à côté du grand-père - cela aussi, je l'ai fait des milliers de fois. Parlez de la dernière récolte, de l'état des pâturages, de la santé des chèvres, du prix de l'huile, du prix des dattes... Ensuite écoutez, prenez des notes, contrôlez, comparez.

Les deux tiers des Algériens ont eu le sort inverse des Français : leur malheur a voulu qu'ils se trouvent dans la zone d'ébranlement de la révolution biologique moderne avant d'avoir atteint ce niveau de vie et ce niveau de culture que je vous propose d'appeler "niveau d'auto-protection". Et c'est là qu'intervient, à mon avis, notre responsabilité.

Responsabilité et non culpabilité, car, le malheur actuel de l'Algérie était vraisemblablement inévitable - dans la mesure où il est désormais impossible d'épargner à un peuple archaïque tout contact avec ce monstre prodigieux qu'est la Civilisation Planétaire et dans la mesure où ce contact est fatal au peuple non préparé qui le subit. Il n'en est pas moins vrai que notre présence en Algérie a accéléré le phénomène de désintégration sociale de ce malheureux pays. Disons, si vous préférez, que si l'Algérie était restée indépendante, sa population aurait seulement doublé, alors qu'elle a quadruplé avec nous (ce qui aggrave considérablement sa position actuelle et contribue à la rendre insoluble). Mais c'est une conséquence imprévue et involontaire du "paternalisme colonial", dont nous sommes à la fois responsables et innocents - aussi responsables et aussi innocents que ceux qui en sont victimes.

L'Algérie compte aujourd'hui neuf ou dix millions d'habitants ; en 1830, elle en avait probablement moins de deux millions ; les statisticiens prévoyaient pour elle (si les conditions économiques de 1954 s'étaient maintenues) vingt millions dans vingt ans et quarante millions dans quarante ans. Tout cela est fou, car une Algérie autonome, donc nécessairement agricole, n'en peut nourrir - mal - que deux ou trois millions.

Ain_M_lila_la_m_dersa
Aïn M'lila, la médersa (carte ayant voyagée en 1954)

En 1954, dans la population musulmane, les illettrés en français atteignaient la proportion de 94% des hommes et 98% des femmes, et les enfants algériens allaient en classe dans la proportion de un sur quatre. Mais, attention, ce pourcentage correspondait à la totalité des enfants - garçons et filles, Musulmans et non-Musulmans. En réalité, un petit garçon musulman sur cinq allait en classe et une petite fille musulmane sur seize.

Ces chiffres honteux étaient eux-mêmes inexacts - comme le sont toutes les statistiques qu'on n'analyse pas - car, en Algérie, plus encore qu'une problème "Musulman/non-Musulman" ou "colon/indigène", c'était le problème "ville/campagne" qui tendait à s'imposer : la scolarisation totale des enfants de toutes les confessions allait être atteinte dans les villes (dans la commune d'Alger, treize enfants musulmans sur dix-huit), tandis que dans les campagnes elle constituait un rêve inaccessible. (Dans telle commune, il y place dans les écoles pour un enfant sur cinquante ; ailleurs, pour un enfant sur soixante-dix).

On ne désire pas ce qu'on ignore et, dans les cavernes aurignaciennes, nos ancêtres sont morts sans avoir souffert de l'absence de radio ou de chauffage central. Mais l'Algérie est probablement le pays où coexistent le plus constamment les connaissances directes et personnelles d'un certain nombre de privilèges (instruction, droits politiques, structure familiale évoluée, possibilité d'améliorer une situation) avec l'impossibilité pratique de les acquérir. De tous ces biens dont nous bénéficions avec indifférence, les Algériens sont frustrés, en connaissance de cause, avec une immense amertume.

Nos journaux se plaisent à comparer les niveaux de vie algériens avec d'Égypte ou d'Arabie (1). Eh oui ! on est un peu moins pauvre à Alger ou à Constantine que sur les rives de la Mer Rouge, mais, sur les rives de la Mer Rouge, on ne sait pas ce que c'est que l'aisance, la liberté ou même le simple bien-être de manger tous les jours à sa faim, et surtout on ne sait pas que ce bien-être est une chose commune et ordinaire que des peuples entiers possèdent, sans avoir même conscience d'être des privilégiés.


faim primaire et faim secondaire

Inversement, cette expérience vécue de la faim, il faut des cataclysmes comme ceux que nous avions traversés il y a douze ans pour que, dans nos pays heureux, on connaisse ses méandres et ses nuances.

Il y a deux faims :

Dans la faim primaire, on est exclusivement obsédé par une certaine masse qui remplira l'estomac - pain, farine, riz. Sous l'influence de cette "faim primaire", nous avons vu certains camarades avaler, coup sur coup, deux, trois gamelles de rutabagas (quand il y avait des malades ou des mortes dont on leur laissait la ration). Dans les blocks, lorsqu'on énumérait les précieuses denrées qui hantent le cerveau des affamés, nous avons entendu souvent répondre : "D'abord du pain, beaucoup de pain".

Ensuite, lorsque l'estomac est plein naît, une autre faim de viande, de graisse, de fruit - et, au fur et à mesure que cette "faim secondaire" est satisfaite, la consommation de pain, de pommes de terre, de riz (voire de rutabagas) diminue.

Dans les campagnes d'Algérie, les enquêtes que j'ai faites sur les consommations familiales me permettent de penser que la "faim primaire" est, vaille que vaille, grâce à l'émigration des travailleurs algériens en France, à peu près satisfaite. Pas tout le temps et pas pour tout le monde, car, hélas ! au moment de la soudure (janvier-février), on connaît en Kabylie, dans certaines maisons, la galette de glands et, dans les Aurès, les baies de genévrier bouillies. Quant à la "faim secondaire", seules les familles riches (un dizième de la population) et celles des travailleurs de l'industrie (100 000 travaillant sur place, 400 000 émigrés en France) peuvent la rassasier.

Lorsque dans un gourbi de Zaccar, de l'Ouarsenis, je demandais combien de temps dure "une charge" de blé ou d'orge, si la réponse correspondait à une consommation supérieure à un litre par personne et par jour, je savais que la "faim primaire" était apaisée, mais que la "faim secondaire" planait en permanence sur le pauvre foyer. Lorsque la consommation des céréales diminuait, cela signifiait ou bien l'aisance (un peu de sucre, un peu de beurre, un peu de viande et de lait), ou bien le dénuement total et la faim qui fait mal au ventre.

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Jeune fille réalisant un bouquet de blé, Algérie, circa 1910 (source)

Or, il ne faut pas l'oublier, un homme algérien adulte sur deux a vécu en France et, à l'arrière-plan de cette misère qu'il a sous les yeux, il peut évoquer (et il évoque) des images d'un autre monde : enfants joyeux, bien habillés, bien débarbouillés, qui mordent dans la tartine du goûter en revenant de classe, ménagères affairées faisant leurs copieuse emplettes du jour, et ces petites cuisines chaudes et commodes qu'on aperçoit parles fenêtres, le soir, entre le moment où la lampe s'allume et celui où se ferment les volets...


l'Algérien qui a travaillé en France, un privilégié...

Certes, l'homme qui travaille ou qui a travaillé en France est, par rapport à ses autres compatriotes, un privilégié : sa famille est moins mal nourrie, moins mal vêtue que celle de ses voisins, il participe aux avantages acquis par les travailleurs français, du moins dans le domaine du salaire, puisque nos lois exigent qu'on le paie au même tarif que son camarade métropolitain.

Voyons cependant les conditions de vie de ce privilégié : il gagne en France théoriquement autant que l'ouvrier d'ici, mais l'ouvrier d'ici vit en famille ; en ville, bien souvent, sa femme travaille de son côté et le ménage (qui subsiste sur deux salaires) dispose d'un peu plus que le strict nécessaire - cet "un peu plus", c'est justement une des conditions du bonheur. Lorsque la femme ne travaille pas, elle administre la maison, cuisine, lave, coud, repasse, fait le marché, économise...

Dans la famille ouvrière musulmane, il n'y a qu'un seul salaire et, en moyenne, deux fois plus d'enfants ; c'est l'homme qui fait le marché, qui coud, qui calcule, qui administre, c'est lui qui soigne le bébé malade et, lorsque l'enfant ne peut être nourri par sa mère, il arrive que ce soit le père qui doive faire le biberon. J'ai connu, dans des milieux divers, des hommes qui avaient patiemment transmis à leurs femmes quelques-uns des miettes de civilisation ramassées dans leurs voyages, mais ils avaient, croyez-moi, du mérite ; les autres - la majorité - renoncent. Je me souviens d'un petit fonctionnaire dont tous les enfants étaient trachomateux, disant à un coreligionnaire qui lui donnaient des conseils d'hygiène : "Tu sais bien que nous avons tous épousé des s...".

famille_mauresque_avant_1910
carte postale ancienne, avant 1910

Les femmes, du moins, ignorent-elles qu'il existe une autre condition que la leur ? Même pas. Dans les villes, elles vont maintenant au cinéma, elles écoutent la radio (chez elle ou chez une voisine, peu importe), elles parlent entre elles, elles s'informent et, même dans les villages du bled, j'ai entendu cette année des réflexions stupéfiantes d'amertume. Elles savent qu'il est plus facile, dans leur pays, de répudier une épouse honnête et de la séparer à jamais de ses enfants, que dans le nôtre de renvoyer une domestique.

Femmes mariées de force, petites filles vendues légalement à des vieillards, polygamie, spoliation des veuves et des orphelins, cohabitation avec les beaux-parents et, quelquefois, les beaux-frères et les belles-soeurs, tout cela est vu et senti comme une odieuse contrainte.

Lorsque, dans un bidonville de Constantine ou d'Alger, on demande aux enfants ce qu'ils veulent faire quand ils seront grands, les petits garçons (comme tous les petits garçons d'Europe ou d'Amérique) parlent d'une belle auto, mais les petites filles veulent presque toutes être institutrices - et ne pas se marier. Or, quelle chance le garçon a-t-il d'avoir une auto s'il reste dans son pays ? Quant à la fille, elle sera mariée avant quinze ans, peut-être de force et peut-être à un vieux retraité en âge d'être son grand-père.

Alg_rie_enfants_et_figuier_de_barbarie

"Tout cela, c'est bien leur faute", disent certains colons. "Pourquoi divorcent-ils pour le moindre caprice ? Pourquoi séparent-ils sans pitié les mères de leurs enfants ? Pourquoi traitent-ils si mal leurs femmes ? Pourquoi ont-ils tant d'enfants ? Et si ce n'est pas leur faute, c'est celle de leur religion. En tout cas, pas la nôtre".

Non, ce n'est pas leur faute, et pas davantage celle des colons, et pas non plus celle de l'Islam (2), mais c'est la faute d'un certain état social, directement issu du choc de leurs institutions avec les nôtres. Et, à l'intérieur de cet état social, il n'est plus possible de vivre.

Les deux millions de musulmans qui sont, économiquement, des Européens, bien que relativement favorisés par rapport à leurs coreligionnaires, n'en sont que plus sensibles aux mille brimades que la désagrégation sociale de leur pays accumule contre eux. Comme il faut bien un responsable de tant de grands malheurs ou de petites vexations, on s'en prend au "colon" ou au "colonialisme" (qui ne sont ni l'un ni l'autre, complètement innocents ou complètement coupables).

Selon un processus bien connu, les hommes appartenant au groupe économiquement favorisé, mais brimé socialement et politiquement (3), ont constitué les cadres de la révolution actuelle, en sorte que, s'ils réussissent, certains figureront parmi les éléments qui chercheront à émigrer (probablement en France) pour échapper au désastre qu'ils auront contribué à provoquer. Il faut bien avouer que cette perspective a pour nous quelque chose d'agaçant, mais c'est à ce genre de sottises qu'il faut s'attendre lorsqu'on laisse dans un pays s'instaurer une situation anormale ; et c'est au fond tout aussi naturel et pas plus gribouille que les sottises qui ont été, en sens inverse, accomplies là-bas par la minorité qui se réclame de la France. Dans les deux cas, on lance un boomerang et on reçoit en plein crâne le coup qu'on destinait à "l'homme d'en face".

S'il y a, en Algérie, un être humain sur trois qui est, économiquement, un Européen, que sont les deux autres ?

Des gens qui ne participent à aucun des substantiels avantages de notre civilisation, mais qui néanmoins les connaissent infiniment mieux, les désirent infiniment plus et sont, pas conséquent, infiniment plus aptes à s'en servir que n'importe quels habitants des autres pays d'Afrique ou d'Asie.


l'indépendance n'y changera rien...

Ce contraste cruel doit être médité par les hommes d'affaires internationaux. Ailleurs - la condition de gaver d'argent une poignée de petits tyrans -, on peut encore exploiter à peu près en paix des gisements fructueux. Pas en Algérie. Et, à ce point de vue, on peut vraiment dire que "l'Algérie, c'est la France", car j'ose affirmer que, tant que tous les Algériens n'auront pas le minimum vital français, aucun capital ne pourra être investi, avec sécurité, dans leur pays. L'indépendance n'y changera rien - je dirais même : au contraire - car toutes ces amertumes, toutes ces frustrations qui convergent sur l'homme algérien se confondent plus ou moins avec la revendication politique de l'indépendance. Qu'est-ce que l'indépendance pour le fellagha militant ? "C'est la fin de notre misère", disent-ils, c'est-à-dire : du travail, des écoles, des maisons, des femmes propres et actives, de l'argent, des terres, du pain... Et pas un État arabe ? Mais si, bien sûr : un État arabe qui donnera tout cela - sinon, gare à lui, car c'est pour tout cela qu'on se bat, amèrement et douloureusement.

Et ces faits devraient être médités aussi par les chefs nationalistes et par les hommes d'État voisins de l'Algérie.

"Tout-ce-que-la-France-a-fait-en-Algérie" (des hôpitaux, des routes, des installations portuaires, des grandes villes, une petite industrie, le quart des écoles nécessaires) et "Tout-ce-que-la-France-n'a-pas-fait-en-Algérie" (les trois quarts des écoles nécessaires, d'autres industries, un plan agricole avec la réforme agraire et les techniciens qu'elle exige...) constituent, ensemble, une sorte de mélange détonant où nos méfaits et nos bienfaits se confondent avec une nocivité provisoirement équivalente et réciproquement renforcée.

Et maintenant que le bien et le mal que nous avons faits s'additionnent pour constituer une des plus redoutables machines infernales du globe, il faut bien avouer que le rêve d'une partie des Français serait de laisser l'Algérie et les Algériens se débrouiller en toute indépendance, dans leurs problèmes. Or, ces problèmes, nous avons entrepris de les résoudre et ils étaient désormais solubles, au prix d'un effort énorme, mais qui n'excède pas nos moyens. Sans nous, ils ne peuvent plus désormais être résolus, quoi qu'il arrive.

Germaine Tillion, L'Algérie en 1957,
Éditions de Minuit, 1957,p. 65-79


(1) Revenu moyen d'un Algérien, par an : 54 000 fr. ; d'un Italien du Sud : 50 000 fr. ; d'un Égyptien : 40 000 fr. ; d'un Hindou : 35 000 fr. ; d'un Arabe du Yémen : 14 000 fr.

(2) L'Islam est plus tolérant que l'Église catholique en matière de contrôle des naissances et, au VIIe siècle, époque où le Coran fut promulgué, la condition de la femme ne différait guère de pays musulmans à pays chrétiens.

(3) Il existait en Algérie, avant 1954, deux groupes d'électeurs : le Premier et le Second Collège. Chaque Collège avait le même nombre de représentants. Le Second Collège comprenait la plupart des électeurs musulmans ; le Premier Collège groupait les électeurs d'origine européenne, les électeurs autochtones juifs et certains musulmans (en particulier les Anciens Combattants). Au dernier recensement électoral, 570 000 électeurs (correspondant approximativement à une population de 1 250 000 non-Musulmans et de 350 000 Musulmans) constituaient le Premier Collège, tandis que le Second Collège (avec 1 450 000 électeurs) aurait dû représenter la quasi-totalité de la population musulmane, soit plus de huit millions d'âmes. Il est facile d'en conclure que le vote d'un électeur du premier Collège avait, pour le moins, six fois plus de valeur que celle d'un électeur du Second Collège.


Alg_rie_57_couv_recto
L'Algérie en 1957, Germaine Tiliion


Alg_rie_57_couv_verso
quatrième de couverture


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mardi 15 avril 2008

Débaptiser les rues "19 mars 1962" ?

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Faire débaptiser légalement

les rues mensongères

"19 mars 1962, fin de la guerre d'Algérie"
 

communiqué de l'A.S.A.F.

"19 mars 1962, fin de la guerre d'Algérie" et le Tribunal administratif


Lorsque le Maire d'une commune fait voter par son Conseil Municipal le baptême d'une voie «19 mars 1962, fin de la guerre d'Algérie», tout citoyen, et encore plus un membre d’une Association de Français Rapatriés ou d’Anciens Combattants, ou mieux encore, un conseiller municipal, a le droit de saisir le Tribunal Administratif du département : en effet, on ne peut afficher publiquement ce qui est contraire à la loi.

C'est la loi du 9 décembre 1974 qui a fixé la période, des opérations en AFN du 1er janvier 1952 au 2 juillet 1962. De plus, la loi du 18 octobre 1999 substitue à l'expression «opérations en AFN» celle de «Guerre d'Algérie et combats en Tunisie et au Maroc» et rappelle la période «entre le 1er janvier 1952 et le 2 juillet 1962».

Ne pas oublier qu'il s'agit de saisir le Tribunal Administratif pour faire annuler une délibération en faveur d'une voie du 19 mars portant mention «FIN DE LA GUERRE D'ALGÉRIE». Le recours est à déposer sous forme de lettre recommandée avec A.R., et, à l'audience, il faudra fournir un mémoire* assez court. La procédure est gratuite.


le_figaro

 

* voir le site JPN

Associations pouvant vous aider dans la préparation du mémoire
A.S.A.F http://asafrance.chez-alice.fr/Sommaire.htm
18, rue de Vézelay, 75008 PARIS - Tél/fax : 01 42 25 48 43
Courriel : mailto:asaf.paris@libertysurf.fr

 

VERITAShttp://veritas.cybermatrice.biz/z_4647/index.asp?page=1
Maison Alphonse Juin - B.P 21- 31620 – FRONTON
Télécopie : 05.61.09.98.73.
Courriel : maito:c.comiteveritas@tele2.fr

 

JEUNE PIED-NOIR – BP 4 – 91570 Bièvres
mailto: jeunepiednoir@wanadoo.fr
http://pagesperso-orange.fr/jeunepiednoir/jpn.wst

 

drapeau_et_m_dailles
source


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mardi 25 mars 2008

personnel infirmier Maroc colonial

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une rature anonyme a effacé le drapeau tricolore français...



statut du personnel infirmier français dans

le Maroc de l'époque coloniale


question

Monsieur
Je vous prie juste de m'informer pour effectuer recherche sur statut des personnes infirmier français à l'hopital d'Oujda (époque coloniale) dépend de quel ministère
Cordialement votre

_____________________________________________________________



réponse

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Des investigations préalables dans plusieurs centres d'archives semblent nécessaires. Mais la priorité est à accorder aux archives du ministère des Affaires étrangères :



1) archives du ministère des Affaires étrangères (MAE au quai d'Orsay à Paris)

C'est le premier ministère concerné puisque le Protectorat était sous le contrôle des Affaires étrangères :

- fonds versés aux archives du MAE

- état des versements : Protectorat français au Maroc (version pdf)


2) mission des archives nationales auprès du ministère du Travail, des relations sociales...

- coordonnées de la mission

- responsable : Hélène Lhoumeau : helene.lhoumeau@sante.gouv.fr


3) Centre des archives contemporaines (CAC) à Fontainebleau

- page d'accueil du site du CAC - voir l'état des versements


4) Centre des archives d'Outre-mer (CAOM) à Aix-en-Provence

- page d'accueil du CAOM

- faire une recherche au CAOM

Michel Renard


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mercredi 20 février 2008

France-Algérie : l’impossible travail historique (Daniel Lefeuvre, Michel Renard)

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France-Algérie :

l’impossible travail historique

Daniel LEFEUVRE - Michel RENARD


«Dépasser le contentieux historique» qui oppose la France et l’Algérie, tel et le vœu d’un appel lancé par des universitaires et diverses personnalités françaises et algériennes.
Au-delà de la démarche généreuse dont il témoigne, et à laquelle nous sommes sensibles, ce texte suscite bien des réserves qui justifient que nous ne pouvons nous y associer.

Ses auteurs appuient leur démarche sur l’idée que le passé colonial ferait «obstacle à des relations apaisées entre la France et les pays qu’elle a autrefois colonisés», en particulier avec l’Algérie. Dès lors, ils pressent «les plus hautes autorités de la République française de reconnaître publiquement l’implication première et essentielle de la France dans les traumatismes engendrés par la colonisation».

Comment ne pas s’étonner du recours à une conception aussi simpliste de la causalité en histoire qui ressemble plus à la théorie du «premier moteur» d’Aristote qu’aux structures de longue durée de Fernand Braudel ou aux temporalités plurielles et fragmentées de l’historiographie des mémoires. S’il fallait penser les relations entre la France et le Maghreb en terme de traumatismes, pourquoi alors ne pas revisiter une histoire longue, également «traumatique», intégrant les conquêtes arabes, la piraterie «barbaresque» et la mise en esclavage des chrétiens faits captifs ?

enl_vement_chr_tienne_par_Maures
il n'y a pas de "traumatisme" unilatéral...

l'usage politique de l'histoire par les dirigeants algériens

En réalité, les auteurs du texte semblent avoir été piégés par la rhétorique des dirigeants algériens qui, pendant la guerre d’Algérie et depuis l’indépendance du pays, utilisent une histoire mythifiée et diabolisée de la colonisation pour justifier leur dictature sur le peuple algérien, l’incurie de leur gestion, la prévarication des richesses nationales, en particulier des hydrocarbures, leur incapacité à assurer sécurité et progrès social à leurs concitoyens.

Ce n’est pas le passé colonial, en lui-même, qui fait obstacle à des relations franco-algériennes apaisées, mais bien plutôt l’usage politique et diplomatique qu’en font, selon les circonstances, les dirigeants algériens. La démagogie historique qu’ils déploient vise surtout à manipuler les ressentiments et les frustrations de la population ainsi qu’à mettre en difficulté le partenaire français. Quel autre sens accorder à cette mise en accusation des faits du passé ? Et quel sens aujourd’hui à vouloir les juger ? Le colonialisme serait-il d’actualité ? La re-colonisation de l’Algérie serait-elle planifiée ? Quand l’Algérie était sous domination française, les contemporains ont eu à réagir, et nombre d’entre eux l’ont fait. Mais, comme Marc Bloch le soulignait, «Le passé est, par définition, un donné que rien ne modifiera plus» et l’historien ne peut que l’étudier et s’attacher à le comprendre. Tout le reste n’est que littérature ou posture d’un anticolonialisme anachronique.

 

1954-1962 : "guerre d'indépendance algérienne"...?

L’appel parle de «la guerre d’indépendance algérienne». Cette formulation qui se substitue à celle, communément admise de «guerre d’Algérie», conduit, en premier lieu, à caractériser un événement par sa fin : l’indépendance de l’Algérie. Rien ne permettait, ni en 1954 ni dans les années qui suivirent, de prévoir cette issue qui ne se dessine véritablement qu’à partir de septembre 1959. Gilbert Meynier, dans son Histoire intérieure du FLN, écrit qu'en 1956 : "le FLN mettait en avant le préalable de la reconnaissance par la France de l'indépendance, alors qu'au fond il aurait à l'époque transigé sur des formules de compromis". Le même auteur relève que dans les Mémoires du colonel Ali Kafi, "la guerre d'Algérie est dite commencer effectivement en août 1955"…

Selon cette conception, Sur le modèle de cette nouvelle appellation, la Révolution française de 1789 devrait désormais être appelée «L’avènement de Napoléon Ier», tandis que la Première Guerre mondiale serait rebaptisée «L’effondrement des Empires centraux». Il y a déjà plus de deux siècles que Voltaire, critiquant Bossuet,  avait raillé cette conception finaliste de l’histoire.

En outre cette formule masque les réalités d’un conflit qui ne s’est jamais résumé à un affrontement binaire entre «indépendantiste» algériens et forces coloniales, mais qui a aussi été une guerre civile déchirant le peuple algérien. Elle dissimule la terreur à laquelle le FLN a systématiquement eu recours pour s’imposer au peuple algérien jamais spontanément ni massivement rangé derrière lui. Elle ignore que, jusqu’aux derniers mois de la guerre, un nombre considérable d’Algériens espérait le maintien, sous une forme ou une autre, de la présence française. Elle tait l’affrontement meurtrier entre le FLN et le MNA (cette «guerre dans la guerre», selon l’expression de Mohammed Harbi) dont le bilan se chiffre à plusieurs dizaines de milliers de victimes : militants assassinés en Algérie mais aussi en France, travailleurs immigrés et populations de douars, refusant de payer l’impôt révolutionnaires ou coupables de sentiments messalistes, communistes ou pro-français, massacrés tels les 301 habitants de la mechta Kasba, le 29 mai 1957.

À l’instar des dirigeants algériens, le texte fait ensuite une présentation partiale et réductrice des réalités coloniales, restrictivement évoquées dans leur dimension tragique et qu’ils qualifient de «système», ce qui supposerait une homogénéité de la colonisation dans l’espace et le temps alors que toutes les études historiques en ont établi, au contraire, la grande diversité et les évolutions.

 

 

"le colonialisme, vieux croquemitaine"

Germaine Tillion

Sont alors dénoncés les «massacres de centaines de milliers d’Algériens», leur dépossession, leur «clochardisation», leur soumission au Code de l’indigénat, etc. Autant d’affirmations qui méritent un examen plus attentif.
Massacre de centaines de milliers d’Algériens ? Les pétitionnaires auraient pu être plus rigoureux. Pourquoi se contenter d’une telle approximation sur le bilan humain de la colonisation et de la guerre d’Algérie qui laisse la porte ouverte à toutes les interprétations possibles ? Pourquoi ne pas préciser que la conquête a tué environ 250 000 Algériens et la guerre d’Algérie moins de 250 000, selon Ch.-R. Ageron, dont une cinquantaine de milliers tombés sous les coups du FLN ? Est-ce pour ne pas contredire ouvertement les mythes propagés par le pouvoir algérien, en particulier celui du million, voire du million et demi, de victimes de la guerre d’Algérie ? Mais alors, comment concilier cette concession au mensonge avec l’exigence de «voir en face le passé» proclamée quelques lignes plus haut, sauf à estimer que cette Horace_Vernet_bataille_Somah_1836exigence ne s’impose qu’à la France - le pouvoir et de nombreux intellectuels algériens en étant, pour leur part, exonérés ?

Tous les morts ont-ils été massacrés, c’est-à-dire tués dans des conditions odieuses ?  Évidemment non : beaucoup sont morts au combat, les armes à la main. Certes il y eut des massacres, comme les quatre (voire cinq) terribles «enfumades» de la conquête (1844-1845). Mais au total, ceux-ci ont été peu nombreux et ne constituent en rien l’ordinaire des combats. Les populations civiles algériennes ont également payé un lourd tribut à la conquête et à la guerre d’Algérie, mais jamais – exceptées lors des enfumades et des représailles aveugles qui suivirent les soulèvements du Constantinois de mai 1945 et celles engagées après la tuerie des civils européens de la mine d’El-Halia du 20 août 1955 – elles ne subirent de massacres en nombre.

«Dépossession» des Algériens. De tous ? Certes, la colonisation a bien été une entreprise de spoliation massive des terres. Au total, la propriété européenne qui a couvert un peu plus de deux millions d’hectares, en est en bonne part le produit. Mais, dès 1830, elle s’est également développée par le fait d’acquisitions commerciales. Quant à la propriété  «indigène», représentant plus de sept millions d’ha (il est vrai souvent de qualité moindre), elle est loin d’avoir totalement disparu. Et, comme l’a montré l’historien économiste Ahmed Henni, une «classe moyenne» de paysans algériens s’est développée, dès les lendemains de la Première Guerre, en s’intégrant à l’agriculture coloniale, notamment à la viticulture. Ainsi, loin d’avoir été tous victimes de la colonisation, de nombreux Algériens, et pas seulement dans la paysannerie, en ont-ils aussi tiré profit.

Alg_rie_1957_couv

«Clochardisation à grande échelle». Les auteurs s’appuient, pour justifier cette affirmation sur Germaine Tillion qui utilise effectivement ce terme, page 27 de son livre L’Algérie en 1957 (Édition de Minuit, Paris, 1957). Mais la célèbre ethnologue ne donne pas à ce phénomène la même explication que les auteurs de la pétition. C’est même tout le contraire. Il aurait été honnête de le signaler. G. Tillion relève qu’à la veille de la Seconde Guerre mondiale, au moment où elle les quitte, les Algériens des Aurès, parmi lesquels elle vécut de longues années, «étaient tous très pauvres […] Mais normalement ils avaient – tout juste – le nécessaire pour manger.» Elle les retrouve, en décembre 1954, clochardisés. Ainsi, première rectification, la «clochardisation», dénoncée par la pétition, apparaît-elle tardivement dans l’histoire de l’Algérie coloniale, plus de cent ans après la prise d’Alger. Comment l’expliquer ? Est-ce le fait du colonialisme ?

Germaine_Tillion_jeune

Laissons la parole à G. Tillion : «seconde  série d’explications, également classique : le Colonialisme, vieux Croquemitaine». Or, relève l’ethnologue, «il n’y a jamais eu de colon, ni hier ni aujourd’hui, à moins de cent kilomètres à la ronde et seuls le vent de sable et les chèvres peuvent à la rigueur être accusés d’une diminution des terres cultivables (mais ce n’est pas le "colonialisme" qui a inventé les chèvres et le vent).» [op. cit., p. 28].

En réalité, rectifie G. Tillion, «la présence française», pour être invisible, était «omniprésente» et distribuait «à pleines mains le Bien et le Mal» : grâce à l’action menée contre le paludisme, le typhus exanthématique et la typhoïde, ces maladies «qui dévastaient encore la région il y a quinze ans ont à peu près disparu […] Dans la période antérieure, c’était [sic !] la peste et le choléra qui, par les soins invisibles de nos médecins, avaient opéré la même sortie discrète. À peu près dans le même temps, les famines mortelles et les guerres de tribu, surveillées, de loin, par les Services Préfectoraux, allaient rejoindre les vieilles légendes du passé.» [idem, p. 29]

Autrement dit, s’il faut chercher une explication à la clochardisation, c’est, selon G. Tillion, dans le fait que la colonisation a créé les conditions d’une explosion démographique qui épuise les sols, réduit les rendements et les productions, sans avoir, parallèlement, développé d’autres sources d’emplois et de richesses, en particulier l’industrialisation de la colonie. Dans sa conclusion, d’ailleurs, Germaine Tillion ne condamne pas la colonisation, mais au contraire réclame de la France un surcroît d’investissements économiques, sociaux, éducatifs en Algérie, afin de ne pas laisser les Algériens «au milieu du gué


"repentance" ou "victimes expiatoires" : un même registre...

Dans une volonté d’équilibre, le texte rappelle, mais cette fois-ci uniquement sur un mode allusif, les «multiples souffrances de Français», parmi lesquels «les déportés en Algérie pour raisons politiques». Faut-il le préciser, la plupart de ces «déportés» politiques ont été expédiés dans la colonie pour avoir participé aux journées révolutionnaires de juin 1848 ou s’être opposés au coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte. Ils ne sont donc en rien des victimes de la colonisation. La plupart, d’ailleurs regagnent la France sitôt amnistiés. Restent ceux qualifiés de «victimes expiatoires» du système colonial lors de son effondrement. Pourquoi ne pas les nommer ?

Pourquoi ne pas parler explicitement du sort des Français d’Algérie ? Pourquoi ne pas rappeler la spoliationOran_1962 massive de leurs biens par l’État algérien et au profit, pour l’essentiel, des nouveaux dignitaires du régime ? Pourquoi ne pas évoquer leurs morts et leurs disparus, notamment ceux qui, plus de 3 000, ont été enlevés par le FLN et, pour la plupart d’entre eux, massacrés même après les accords d’Évian (18 mars 1962). Seraient-elles des victimes historiquement incorrectes pour l’instauration de relations apaisées avec l’Algérie ? Pourquoi, enfin, alors les auteurs, qui récusent l’idée de repentance pour son caractère «religieux», recourent-ils à la parabole biblique de la victime «expiatoire» pour expliquer les malheurs de ceux qu’on appelle désormais les «pieds-noirs» ? Comment des historiens, des politistes, des sociologues peuvent-ils se contenter d’une telle explication, qui fait de la colonisation un péché, sinon parce qu’autrement il faudrait envisager sérieusement l’hypothèse que pour le FLN, ou du moins pour les fractions triomphantes du FLN, la guerre d’Algérie a été, aussi, une guerre d’épuration ethnique et que l’expulsion des Français était partie intégrante de leur projet politique ?

«Enrôlés dans un guêpier qu’ils ne maîtrisaient pas» les harkis ? Cessons, d’abord, de tous les considérer comme les objets passifs d’une histoire qui les aurait dépassés. Beaucoup se sont engagés par conviction, par fidélité à la France pour laquelle ils avaient combattu pendant la Seconde Guerre mondiale, d’autres pour se venger d’exactions commises par le FLN à l’encontre d’un proche, d’autres encore, et en toute connaissance de cause, pour percevoir le salaire nécessaire à leur famille, etc. Victimes «expiatoires» eux aussi ? Ou plutôt victimes d’une double raison d’État ? Celle de l’État-FLN qui fonde dans le sang le mythe du peuple algérien uni contre le colonialisme. Et celle de l’État français qui instaure, alors, un déni rétrospectif de ce qu’a été la rencontre «franco-musulmane» durant la période coloniale, tout en semblant craindre une immigration algérienne massive vers la métropole.

Boutef Enfin, quel pays, aujourd’hui, «utilise les mémoires meurtries à des fins politiques», sinon l’Algérie ? Qui instrumentalise un passé réécrit pour la circonstance ? Qui évoque les soi-disant «génocides» perpétrés par la France en Algérie ? Qui, sinon les responsables algériens ?

Il est bien inutile de s’indigner contre les «entreprises mémorielles unilatérales» parce que, par définition, la mémoire est toujours spécifique à un individu ou à un groupe. Comme telle, elle est nécessairement unilatérale et ne saurait être partagée avec d’autres individus ou d’autres groupes n’ayant pas vécu les mêmes événements. Seul, et nous rejoignons sur ce point les auteurs de l’appel, «un travail historique rigoureux» est possible.

Mais comment pourrait-il se faire, aujourd’hui, dans ce «partenariat franco-algérien» que le texte réclame, dès lors qu’en Algérie, une histoire officielle corsète la recherche et sa diffusion ? que la plupart des archives, notamment celle du FLN, restent pour l’essentiel fermées aux chercheurs ? Dès lors, au fond, que l’histoire, qui reste un élément central de justification du pouvoir pour des caciques qui n’ont plus guère d’autre source de légitimité, ne dispose d’aucune véritable liberté ? À moins, et le contenu du texte est hélas ! sur ce point particulièrement ambigu, d’entrer dans le jeu des autorités algériennes.

Daniel Lefeuvre, professeur d’histoire contemporaine,
Université Paris VIII Saint-Denis
Michel Renard, professeur d’histoire au lycée
de Saint-Chamond, chercheur

 

 

 

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samedi 19 janvier 2008

Mémoires d'Algérie

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archives audiovisuelles françaises (copie)

fournies par l'Ina à l'Algérie



04/12/2007 - L'Ina a remis à la télévision publique algérienne une copie des archives audiovisuelles françaises couvrant vingt ans de l'histoire de l'Algérie.

Cet accord de partenariat permet à l'Algérie de retrouver les témoignages audiovisuels de son histoire. Le jour de la signature de l'accord, l'Ina a remis à l'entreprise publique de télévision algérienne (EPTV) 1862 documents issus de la télévision française. Ils s'agit de programmes d'actualités couvrant une période allant de 1940 à 1962 et illustrant la vie du pays dans la diversité de ses aspects : images de fêtes traditionnelles, grands évenements sportifs, guerre d'indépendance, etc.  

La télévision publique algérienne est libre d'utiliser ces images et de les exploiter commercialement

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Vingt années d'histoire algérienne

La majorité des documents mis à disposition de l'EPTV traitent bien sûr de la guerre d'Algérie. Des séquences montrent notamment l'armée française en opération, des images d'attentats à Alger ou bien en France, ainsi que des scènes tournées au cours des évènements de 1954. D'autres documents illustrent les débats qui firent rage au sein de la société française au sujet de l'indépendance de l'Algérie : le procès de l'OAS ou encore les rapatriés d'Algérie.

La Seconde Guerre mondiale est également couverte par ces images. Le bombardement de la flotte française dans le port de Mers el Kebir ou bien l'annonce de la libération à Alger font partie des séquences fortes tournées à cette époque.

L'industrialisation et l'économie de l'Algérie sont largement évoquées, à travers notamment l'inauguration du Transaharien ou la construction des premiers puits de pétrole à Bou Saada.

De nombreuses images de fêtes traditionnelles et religieuses, de caravanes, mais aussi de grands évènements sportifs tels que la finale de la coupe d'Afrique du Nord de football de 1950 illustrent la vie quotidienne des Algériens.

Ces archives symbolisent enfin la naissance d'une nation, à travers des séquences prises au moment du référendum de 1962 ou des premiers jours de l'indépendance de l'Algérie.

 

L'Ina et l'Algérie

La collaboration entre l'Ina et l'Algérie s'exprime également à travers des formations et des expertises réalisées par l'Ina au profit de l'EPTV. Ces opérations portent sur la chaîne de numérisation des archives, l'analyse documentaire ou encore le cadre juridique d'exploitation des archives.

L'Ina a enfin produit quatre films du réalisateur algérien Malek Bensmaïl, et coproduit son dernier film intitulé "Poussières d'écoles", en partenariat avec l'EPTV.

source : ina.fr

 

Un dossier spécial sur "Archives pour tous" :
Les 1862 documents mis à la disposition de l'ENPTV sont intégralement mis en ligne sur le site "Archives pour tous" :

Consulter la totalité des documents


Ina_Alg_rie__1_
le départ des pèlerins pour la Mecque, 24 octobre 1946


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le voyage de De Gaulle en Algérie, 4 juin 1958


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mercredi 16 janvier 2008

groupe de recherche Sylvie Thénault

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Groupe de recherche

sur l'histoire de l'Algérie coloniale

et de la guerre d'indépendance algérienne

Sylvie THÉNAULT


L’histoire de l’Algérie coloniale et de sa guerre d’indépendance se signale à la fois par sa présence dans le débat public et son dynamisme dans le champ de la recherche.
La dimension polémique de cette histoire, enjeu politique, si ce n’est électoraliste, en effet, a été très récemment réactivée par des initiatives des pouvoirs publics locaux et nationaux dans le domaine de la commémoration et de la recherche, avec notamment l’annonce de la création d’une Fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie.
Un tel contexte d’instrumentation politique n’empêche cependant pas la recherche universitaire d’être féconde. Les travaux en cours, des thèses récemment soutenues et des livres parus témoignent de tendances dessinant ensemble un mouvement de renouvellement de cette histoire sous l’influence de divers facteurs. En dehors du débat politique, en effet, le traitement de cette histoire tend à se banaliser et à s’inscrire dans un champ historique qui ne peut plus être défini comme étant simplement celui de l’histoire de l’Algérie : le temps de désenclavement et de la mise à distance serait-il venu ? La fin de la guerre civile sur place, par ailleurs, rend possible des recherches dans les archives conservées en Algérie, des visites sur les lieux de cette histoire, des rencontres avec ses témoins. Le post-colonialisme et ses approches, enfin, objet d’un vif engouement en France, viennent-il éclairer cette histoire d’un jour nouveau ?

Sylvie Thénault

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Les séances auront lieu le mercredi de 17h30 à 19h30, dans la bibliothèque du centre d’histoire sociale du vingtième siècle (CHS), 9 rue Malher, 6e étage

 

23 janvier : Politique de la mémoire, politique de la recherche
Eric Savarese et Jacques Frémeaux
Quels liens entre des politiques de la mémoire comme l’inauguration d’un mur des disparus à Perpignan et des politiques de la recherche comme la création d’une Fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie ? Comment des historiens et des chercheurs peuvent-ils intervenir dans ce contexte ? Quelles positions diverses, tant déontologiques qu’éthiques, peuvent-ils être amenés à adopter et à défendre ?

20 février : Désenclaver l’histoire de l’Algérie
Yann Scioldo-Zürcher
Yann Scioldo-Zürcher a choisi d’inscrire sa thèse, consacrée à la politique d’intégration des Français d’Algérie rapatriés, dans la catégorie de l’histoire migratoire française, à laquelle il a emprunté méthodologie et approches pluridisciplinaires. Une telle démarche témoigne d’un refus de l’inscription dans un champ de l’historiographie qu’un découpage en aires culturelles conduirait à qualifier d’ «histoire de l’Algérie». Cette qualification tendrait-elle à être de moins en moins pertinente pour catégoriser les travaux ? Qu’apporte le parti pris d’aller chercher des ressources bibliographiques et méthodologiques ailleurs que dans le champ traditionnellement désigné comme étant celui de l’ «histoire de l’Algérie» ? En quoi ce parti pris contribue-t-il à désenclaver cette histoire, en la sortant des problématiques et des interprétations traditionnellement retenues et débattues par ses spécialistes ?

19 mars : Les sources en Algérie
Après une introduction par Sylvie Thénault, cette séance prendra la forme de plusieurs brèves interventions destinées à partager des expériences de recherche en Algérie, tant dans les centres d’archives publiques qu’auprès d’acteurs et de témoins. Le retour d’une relative sécurité en Algérie a en effet permis la multiplication de séjours sur place. Quelles premières conclusions en tirer sur les gisements de sources, leur accessibilité ? Quels enjeux ces séjours, porteurs d’échanges entre les deux pays, font-ils apparaître tant en France qu’en Algérie ?

9 avril : Mettre à distance
Jean-Pierre Peyroulou
Auteur d’une thèse sur les massacres de mai-juin 1945 à Guelma, Jean-Pierre Peyroulou expliquera les partis pris méthodologiques et les choix d’écriture auxquels il a recourus dans le but de mettre à distance des événements aussi dramatiques, traumatisants et chargés d’enjeux au présent, y compris dans les relations bilatérales franco-algériennes. Plus généralement, alors que l’espace public est saturé de polémiques entretenues par des usages politiques de vécus traumatisants – la remarque vaut aussi pour les harkis, par exemple – l’historien peut-il se doter de moyens spécifiques, dans ses protocoles de recherche et d’écriture, pour s’en extraire ?

14 mai : Qu’est-ce qu’une approche post-coloniale de la guerre d’Algérie ?
Jim House et Neil MacMaster (sous réserve)
Dans leur livre Algerians, State Terror and Memory (Oxford University Press, 2006), Jim House et Neil MacMaster ont proposé une relecture des événements d’octobre 1961 en région parisienne. Dans quelle mesure leur travail relève-t-il d’une approche post-coloniale ? Qu’ont-ils puisé dans les travaux antérieurs s’en réclamant ? Qu’apporte une telle approche au renouvellement de l’histoire de cette période ?

18 juin : De l’histoire des Algériens à celle de l’Empire
Emmanuel Blanchard
À partir de son travail sur le traitement des Algériens par la police en région parisienne de 1945 à la fin de la guerre d’Algérie, Emmanuel Blanchard se propose de réfléchir à l’articulation des espaces au sein de l’espace impérial français. Au-delà du seul lien entre Algérie et métropole, comment repenser la relation entre espace régional, espace métropolitain, espace algérien, espace maghrébin… alors même qu’à l’époque ces espaces n’étaient pas cloisonnés, séparés, ni dans la circulation des hommes, ni dans l’esprit des contemporains ?


Tlemcen_rue_Kaldoun
Algérie coloniale : Tlemcen, la rue Kaldoun


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mercredi 5 décembre 2007

une certaine rhétorique algérienne "anticoloniale" (Michel Renard)

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les points aveugles d'une certaine

rhétorique

algérienne "anticoloniale"

Michel RENARD


La logomachie des propos officiels ou semi-officiels en Algérie devient insupportable. De ce qui était un stock d'arguments que le F.L.N. a utilisé dès 1962 pour capitaliser à son profit le "prestige" politique de la victoire dans la "guerre d'indépendance", le régime algérien a fait une véritable démagogie historique par laquelle il manipule les ressentiments et frustrations de la population et escompte mettre en difficulté son partenaire français.

Cette démagogie repose sur la mise en ignorance du passé et la mise en slogans du revendicationnisme mémoriel.

Ignorance du passé ? Pour la vox dominationis en Algérie, l'histoire coloniale se réduit au face à face permanent d'un monstre exploiteur, oppresseur et aliénateur et d'un peuple, victime souffrante, résistante et glorieuse. Il n'en a pas été ainsi. L'ambivalence des interrelations coloniales est mise en évidence par l'investigation historique qu'elle soit française ou, souvent, algérienne. Quant à la guerre d'Algérie (1954-1962), elle fut autant une guerre civile qu'une guerre contre la puissance française.

Mise en slogans ? Le recours aux notions de "crimes contre l'humanité" et de "génocide" se veut une force de frappe visant à anéantir sans réplique l'adversaire. Mais ces formules ne correspondent pas à la réalité historique. La France coloniale n'a jamais cherché à exterminer les populations algériennes. Et les affrontements pour la conquête coloniale n'ont pas été menés au nom du racisme ni du mépris. Une réponse à ces allégations a été présentée par les historiens Gilbert Meynier et Pierre Vidal-Naquet - ce dernier aujourd'hui disparu - dans leur analyse du livre Coloniser, exterminer, qualifié par eux "d'entreprise idéologique frauduleuse" (lire leur texte ici).

L'article critiqué ci-dessous est un véritable condensé de cette démagogie historique et politique qui a cours à Alger sans guère rencontrer de répartie...

Michel Renard

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article paru le 5 décembre 2007 dans le journal algérien El Watan
et sa critique en paragraphes insérés, de cette couleur


Il a refusé de présenter les excuses officielles

de la France à l’Algérie

La dérobade de Sarkozy


«Oui, le système colonial a été profondément injuste, contraire aux trois mots fondateurs de notre République : liberté, égalité, fraternité.»

En prononçant solennellement cette petite phrase, tant attendue, à Alger comme à Paris, Nicolas Sarkozy, qui a dû manifestement consentir un trésor d’efforts sur lui-même, a, en fait, lu un verdict injuste devant de très larges secteurs de l’opinion algérienne. C’est une qualification des faits qui nous renvoie tout droit vers les atrocités des années 1950. Et là, il faut bien reconnaître qu’il n’y a vraiment pas photo entre ce que fut la longue nuit coloniale et l’expression discursive du président français. En cela, tous les Algériens ont dû être déçus, voire choqués par le propos douillettement sympathique et faussement indigné de Nicolas Sarkozy à l’égard de la colonisation.

- "Atrocités des années 1950", "longue nuit coloniale"... le vocabulaire de l'outrance et de l'unilatéralité. Si on appelle "atrocités" les souffrances barbares qui ont conduit à la mort de nombreuses personnes pendant la guerre d'Algérie, il faut évoquer la torture pratiquée par l'armée française mais aussi les mutilations pratiquées par le F.L.N. sur les prisonniers français (émasculations...) et sur des populations civiles algériennes résistantes à l'embrigadement du F.L.N. (massacre de Melouza...) ou encore lors des massacres massifs de harkis à l'été 1962 et après. On ne peut concentrer la critique sur la première et délaisser les secondes. Elles s'équivalent.
Pendre Larbi ben M'Hidi comme l'a fait le commandant Aussarresses en février 1957 ou étrangler Abbane Ramdane à l'aide d'une cordellette comme l'a fait le "colonel" Boussouf en décembre 1957..., je ne vois pas la différence. Ce sont les mêmes ignominies.

Et c’est très chèrement payé puisque le chef de l’Elysée repartira demain avec 5 milliards d’euros de contrats dans l’escarcelle en contrepartie d’une énième provocation !

- Les "5 milliards d'euros" ne sont pas un cadeau algérien sans contrepartie économique...! Il s'agit de contrats négociés. Et si les entreprises françaises font des affaires, les dirigeants algériens aussi (qui dira les "commissions" détournées qui permettent à la nomenklatura algérienne d'acheter de l'immobilier à Paris et d'inscrire ses enfants dans les lycées de la capitale française...?).

En matière d'économie, il faudrait poser la question du bilan de 45 années d'indépendance : une économie qui doit importer l'essentiel de ses biens de consommation alors que l'État algérien a placé depuis l'année 2000, 43 milliards de dollars, soit la moitié des réserves de change, dans le système bancaire américain (cf. Peterson Institute for International Economics). Un système scolaire déficient, un système de santé sinistré, une agriculture dévastée, une administration sclérosée et corrompue, un système bancaire asphyxié... Un Algérien sur cinq au-dessous du seuil de pauvreté selon les normes officielles à Alger...

L'ancien ministre du Commerce Smaïl Goumeziane expliquait en avril 2000 : «De l’aveu même du président de la République, le commerce extérieur du pays serait entre les mains de dix à quinze personnes. […] Par ce biais, on estime qu’un milliard et demi à deux milliards de dollars fuient le pays chaque année. En trente ans, ce sont ainsi quelque 30 à 40 milliards de dollars de richesse nationale qui s’en sont allés se loger offshore dans les comptes numérotés de quelques banques internationales vertueuses, ou s’investir hors du pays dans l’hôtellerie, dans l’immobilier ou dans le négoce international.»

Le nouveau locataire de l’Elysée nous apprend en 2007 – nous les indigènes –

- Il n'y a plus "d'indigènes" aujourd'hui. Sauf peut-être dans l'esprit de certains dirigeants algériens qui appauvrissent leur peuple depuis un demi-siècle.

que le système colonial a été profondément injuste ! Quelle belle trouvaille sémantique ! Et quel bel euphémisme… ! Le président français dont on attendait un peu de courage politique pour quelqu’un qui a promis la rupture a donc préféré surfer sur le changement dans la continuité. Incassable, Sarkozy s’est donc laissé enfermé dans cet ego patriotique, typique aux militants de l’extrême droite française qui rechignent de nos jours à regarder leur passé aussi terrifiant qu’abominable en Algérie. Un passé fait de sang et de larmes.

- Ce genre de propos n'aura, à mes yeux, de valeur morale et intellectuelle qu'après une reconnaissance des vérités de cet autre "passé terrifiant" :

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enfants "européens" victimes du F.L.N. à El-Halia/Philipeville le 20 août 1955

Il n'est pas possible d'exhiber les atrocités "du colonialisme" et d'en taire de semblables parce qu'elles ont eu pour auteurs des militants nationalistes algériens. Sauf à penser que la vertu ne doit pas être partagée, et qu'on peut condamner son absence chez son adversaire mais ignorer son défaut dans "son camp". On est alors privé de toute légitimité morale à exiger la moindre "excuse".

On attendait un peu cet épilogue provocateur aux entournures d’un homme qui a cru nécessaire de se faire accompagner par son secrétaire d’Etat aux anciens combattants, Alain Marleix, pendant que le ministre algérien des Moudjahidine a été sciemment «zappé» de la liste du comité algérien d’accueil.

- Le ministre algérien des Moudjahidines, Mohamed Cherif Abbès, "zappé", a tenu des propos antisémites.112924 Un ministre raciste est-il soutenu en Algérie... et par qui...? Il faut en finir avec la langue de bois sur ce point. L'antisémitisme, la haine des juifs (et pas seulement des sionistes) sont largement répandus dans les milieux officiels en Algérie. C'est une pathologie politique dans de nombreux pays arabes et musulmans. On ne peut, sans incohérence mentale, prétendre condamner le "racisme de l'État colonial français" et se complaire dans cet antisémitisme généralisé. Sauf à prouver que l'argument du "racisme français" est complètement instrumentalisé.


Deux mots pour 5 milliards d’euros...

«Voilà le travail de mémoire que je suis venu proposer au peuple algérien», a dit Sarkozy du haut de sa tribune devant les hommes d’affaires nationaux et, bien sûr, devant des millions d’Algériens «scotchés» devant le petit écran épiant la phrase – sentence –, qui allait sceller, croyaient-ils, définitivement les retrouvailles entre nos deux pays. Et, la déception fut à la mesure de l’attente. Pour la reconnaissance des crimes et la condamnation de la colonisation française, il va falloir repasser… Sarkozy ne sera pas – du moins pour l’instant –, l’homme qui allait réconcilier les deux peuples.

- On ne peut "réconcilier" les peuples sur la base de mensonges. En France, les approches du passé colonial en Algérie et de la guerre de 1954-1962 sont pluralistes. Il n'y a pas d'histoire officielle. Ce n'est pas le cas en Algérie. Les moyens de pression du pouvoir sur la production historienne sont ceux d'un État despotique qui enrégimente les intelligences et manipule les esprits.

La revendication d'excuses pour les "crimes de la colonisation" n'est qu'une pièce dans un dispositif maqam_ash_shahid_Alger_2_f_idéologique basé sur le mythe d'une nation et d'un État algérien déjà constitués en 1830, d'une résistance générale et héroïsée face à la conquête et à la domination coloniale, d'une "guerre d'indépendance" consensuelle et d'un peuple dressé dès novembre 1954... Un mythe qui développe une vision unanimiste du nationalisme alors que plusieurs courants l'ont traversé. Un mythe qui veut cacher les effets ambivalents du colonialsme et notamment les apports d'une modernité qui a interrogé les archaïsmes et les oppressions de la société traditionnelle...

Comme en juillet dernier, lorsqu’il avait abusé des usages diplomatiques en déclarant qu’il n’était pas «venu s’excuser», devant son homologue algérien, le patron de l’Elysée a encore enfoncé le clou et remué le couteau dans la plaie, ce lundi au Palais du peuple. A croire qu’il n’est capable que du pire… Et, suprême injure, le président français s’est permis l’incroyable cynisme de mettre le bourreau et la victime dans le même sac. «Oui, des crimes terribles ont été commis tout au long de la guerre d’indépendance, qui a fait d’innombrables victimes des deux côtés (…), ce sont toutes les victimes que je veux honorer.» Il faut reconnaître qu’avec une aussi grossière confusion des genres, Nicolas Sarkozy a dû faire baver de jalousie Le Pen et les tortionnaires de tout acabit qui reprennent du poil de la bête en France. Il est resté indéniablement en phase avec la scandaleuse rhétorique développée par son «UMP» en 2005. Pour un président qui veut «bâtir un partenariat d’exception» avec l’Algérie, il a fait preuve d’une maladresse verbale tout aussi exceptionnelle.

- Le "bourreau" et sa "victime"... Les rôles sont facilement distribués... Le dualisme de cette configuration ne permet pas d'appréhender la complexité des relations dans la société coloniale. Bien sûr, le militant F.L.N. torturé pendant la "bataille d'Alger" est une victime et son bourreau est facilement identifiable.

Mais qui osera qualifier de "bourreaux" les jeunes militaires du contingent, débarqués en Algérie depuis une semaine, qui tombent le 18 mai 1956 à Palestro dans une embuscade et dont les corps sont retrouvés atrocement torturés...? Témoignage du lieutenant Poinsignon : "On s'était acharné avec une incroyable sauvagerie. Ce que nous avons vu était tel que j'ai demandé par écrit un examen médico-légal pour déterminer les causes de la mort et si les mutilations avaient précédé ou suivi celle-ci. Je n'en ai jamais connu les résultats ; je n'ai même jamais su si cette autopsie avait bien été faite…. Torturés à mort, les jeunes soldats ont eu les yeux crevés… Les corps ont été vidés de leurs entrailles et bourrés de cailloux. Le FLN leur ont zébré les pieds à coups de couteau et leur ont coupé les testicules…."

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Maurice Feignon, jeune médecin auxiliaire, torturé au fer rouge et à
l'eau bouillante avant d'être égorgé par des maquisards du F.L.N.

Qui osera qualifier de "victimes" (et de héros...?) les 220 hommes de l'A.L.N. qui le matin du 27 mai 1957 encerclent le village de Melouza - dont le tort serait de soutenir les Algériens messalistes et non le F.L.N. - et qui assassinent 303 personnes parmi lesquelles des femmes et des enfants, tous mutilés...?

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Melouza : des civils algériens massacrés par le F.L.N. en 1957

Et comme pour tirer une dernière salve avant son retour sans doute triomphant à Paris, l’invité du président Bouteflika fait un clin d’œil attendrissant à ses concitoyens qui ont quitté l’Algérie en 1962. Une façon bien subtile de tordre le cou aux autorités algériennes coupables, d’après lui, d’avoir renvoyé les colons chez eux et d’avoir fait preuve d’inhospitalité… «Mais il est aussi juste de dire qu’à l’intérieur de ce système, il y avait beaucoup d’hommes et de femmes qui ont aimé l’Algérie, avant de devoir la quitter.» Ainsi, aussi «profondément injuste» qu’il fut, le système colonial, suggère-t-il, était animé et encadré par des hommes et des femmes qui aimaient l’Algérie ! Et voilà qu’on est en plein dans l’article 04 de la scélérate loi du 23 février 2005 énonçant le rôle positif de la France coloniale !

Hassan Moali

- On peut considérer "juste" la lutte pour l'indépendance menée par une partie du peuple algérien. Mais on ne doit pas oublier que ce combat a aussi charrié des crimes et des abominations. Et que l'histoire ne s'écrit pas avec les catégories d'un simplisme opposant un bourreau et une victime.

Dans Apologie pour l'histoire, le grand médiéviste Marc Bloch écrivait en 1941 : "Longtemps, l'historien a passé pour une manière de juge des Enfers, chargé de distribuer aux héros morts l'éloge ou le blâme. Il faut croire que cette attitude répond à un instinct puissamment enraciné." Et en forme de rejet de cette histoire/juge, il exhortait à la production du seul savoir : "Robespierristes, antirobespierristes, nous vous crions grâce, par pitié, dites-nous simplement quel fut Robespierre".

Les faits rappelés ci-dessus - et les photos montrées - sont largement connus. Même si on hésite encore à les intégrer dans l'écriture universitaire de l'histoire. À Alger, on taxera peut-être ceux qui les mentionnent de "révisionnistes", d'extrême-droitisme ou de je ne sais quoi d'autre... On aura ainsi une preuve supplémentaire que l'exigence d'une condamnation et d'excuses pour la période coloniale relève d'une controverse politique et idéologique qui manipule l'histoire. Rien de plus.

Michel Renard


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Algérien assassiné par le F.L.N. :
où est le bourreau, où est la victime...?


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dimanche 2 décembre 2007

D'Algérie (bande dessinée de Morvandiau)

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D'Algérie...

une bande dessinée de Morvandiau (novembre 2007)


Luc Cotinat, alias Morvandiau, alias Christine de Saint-Simon, alias Luc Lémans, est dessinateur.

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extrait d'un reportage sur Morvandiau

(...) Puis son visage s’assombrit avant d’évoquer un projet plus intime, qui lui tient à cœur depuis 1994, depuis l’assassinat de son oncle par le GIA à Tizi-Ouzou. “Ma famille paternelle est pied-noir. Mon père a grandi à Alger avant de venir faire ses études à Rennes, où il est resté. Mon oncle, lui, était moine là-bas.” Il aimerait remonter les fils de l’histoire familiale, avec des interviews filmées, pour comprendre cette autre guerre sans nom dans une Algérie qu’il connaît peu. Pas drôle, même si “on peut rire de tout”.

source


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- Le site de Morvandiau, consacré à D'Algérie

L'idée du livre D'Algérie est née en 2003. Il m'a fallu du temps pour, conjointement, préciser mon projet, sa tonalité, et digérer puis synthétiser les documents glanés, lus ou vus ici et là.

Comme pour mes livres précédents, bien qu'il soit très différent de ceux-ci, j'ai dû m'efforcer d'avoir en tête une voix et un ton particuliers qui me permettraient de borner son écriture.

Bref, de trouver la distance nécessaire.

L'expérience de chercheurs en sciences humaines me fut, de ce point de vue, d'un grand secours. Comme Pierre Bourdieu , d'autres - Germaine Tillion, Romain Bertrand ou Clarisse Buono - m'ont donc mâché le boulot !

Les plus curieux d'entre vous auront déjà visionné ici un documentaire sur l'ethnologue Germaine Tilliono (dont il semble difficile de ne pas être admiratif).

Par ailleurs, le fort intéressant site Études Coloniales m'a permis de découvrir le travail de Romain Bertrand.

 extrait de ce site : 28 novembre 2007

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- commander : D'Algérie, Morvandiau, éditions Maison Rouge, novembre 2007.


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mercredi 14 novembre 2007

Savants, artistes, médiateurs : approches et connaissances du Maghreb (Claire Fredj, Alain Messaoudi)

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Savants, artistes, médiateurs :

approches et connaissances du Maghreb


Claire FREDJ, Alain MESSAOUDI

 

Que sait-on du Maghreb en Europe aujourd’hui ? À partir d’une question très générale sur la connaissance empirique, lettrée et sensible qu’ont les Européens du Maghreb, sur sa place dans les imaginaires contemporains et sur la situation de la recherche savante qui le prend comme objet – ou comme cadre d’étude, on cherchera à comprendre les modes et les processus de constitution de ces savoirs et les œuvres qui les ont fixés.

Pour mieux cerner l’élaboration d’un corpus savant et la diffusion de représentations, on sera attentif à la variété des approches qui se renforcent mutuellement ou s’opposent, en fonction du statut de leurs auteurs, qu'il s'agisse de leur situation institutionnelle (amateurs ou professionnels, militaires ou administrateurs, universitaires et journalistes), de leur appartenance nationale (Français intégrés dans l’appareil colonial, étrangers collaborateurs ou subversifs, «indigènes» à la parole à la fois reconnue et délégitimée, plus ou moins insérés dans le dispositif savant) ou de leurs engagements politiques.

Nous nous intéresserons aussi aux relations qu'entretiennent entre eux savants, artistes et médiateurs, selon des clivages politiques et idéologiques, ou sans les recouper.

1er, 3e et 5e mercredis du mois de 17 h à 19 h
(IISMM, salle de réunion, 1er étage,
96 bd Raspail 75006 Paris)

messaoud@ehess.fr ; claire.fredj@wanadoo.fr

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Programme

1e séance (7 novembre) : Approches historiques coloniales et post-coloniales du Maghreb.

2e séance (21 novembre) : Savoirs coloniaux, médiateurs indigènes et constructions d’histoires nationales (1). La constitution d’une histoire de l’Algérie : Ernest Mercier, William Marçais, Émile-Félix Gautier et les siècles obscurs du Maghreb.

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William Marçais (1872-1956)

3e séance (5 décembre) : Savoirs coloniaux, médiateurs indigènes et constructions d’histoires nationales (2) : Postérité, réappropriations et rejets des approches ethnographiques et anthropologiques (Michèle Sellès-Lefranc).

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4e séance (19 décembre) : Le Maghreb, terrain d’investigations archéologiques (Clémentine Gutron)

5e séance (16 janvier) : Le Maghreb des militaires. Les topographes militaires dans les premières années de la conquête en Algérie (Hélène Blais)

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Géographie de l'Algérie, Achille Fillias

6e séance (30 janvier) : Le Maghreb des géographes de l’école d’Alger. L’œuvre d’Augustin Bernard (Florence Deprest)

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7e séance (6 février) : Réorganisation des archives et processus colonial. Sources ottomanes et colonisation : histoire d'un fonds archivistique algérien (Isabelle Grangaud).

8e séance (20 février) : Le Maghreb en musées. Présentation des collections maghrébines du musée du Quai Branly

9e séance (5 mars) : Regards d’hommes de lettres. Hugo et l’Algérie (Frank Laurent)

10e séance (19 mars) : Structures scolaires et modalités de l’instruction

11e séance (2 avril) : Les langues : enjeux politiques et outils de connaissance

12e séance (16 avril) : Le Maghreb des médecins


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