lundi 24 mai 2010

à propos du film "Hors-la-loi" de Rachid Bouchareb et d'une pétition d'historiens

article_2105_CAN_HORSLALOI



À vous mes amies et mes amis

Daniel LEFEUVRE

Une pétition de soutien au réalisateur du film Hors-la-loi, signée par quelques historiens, circule. Pourquoi, seuls quelques historiens, triés sur le volet, ont-ils été convié à cette avant-première ? Pourquoi n'avoir pas invité un nombre plus large et plus divers d'historiens. Si c'est faute de carnet d'adresses, je me serais fait un plaisir et d'autres avec moi, j'en suis sûr, de compléter les références des attachées de presse.

Ou bien, fallait-il ne montrer le film qu'à des amis pour obtenir leur imprimatur et délégitimer ainsi toute contestation ? En tout cas, le texte de cette pétition est un chef d'oeuvre de jésuitisme et de contorsion. D'une part, les signataires défendent, avec raison, la liberté de création, le droit d'utiliser un décor historique pour camper une fiction.

Mais alors, il faut être clair. Et les historiens auraient dû dire que le réalisateur a pris toute liberté avec l'histoire et que cette fiction n'a pas plus de valeur historique que La Vache et le Prisonnier ou que Papy fait de la Résistance.

hors_la_loi_20100521_020515_bigintro

Mais, dans le texte, d'autres affirmations contredisent la nature simplement fictionnelle du film. D'abord lorsque nos collègues estiment que "L'évocation d'une page d'histoire tragique peut aussi bien passer par la fiction, avec ses inévitables raccourcis, que par les indispensables travaux des historiens. Aussi bien par la fiction malgré les inévitables raccourcis que par les travaux d'historiens !


de l'inutilité des historiens...!

Ainsi c'est bien d'une évocation historique dont il est question. Mais une évocation à laquelle des historiens accordent le droit de traiter les faits évoqués avec toute la licence  qui plait au réalisateur, tout en mettant cette évocation "et ses inévitables raccourcis" sur le même plan que les travaux des historiens.

Mais alors, tout se vaut ! La fiction, le roman, comme le travail méticuleux des historiens s'attachant à serrer au plus près les faits, à les peser, à tenter de les interpréter, en évitant les inévitables raccourcis et les libertés que s'accordent les romanciers ou les cinéastes.

Rarement, un tel constat de l'inutilité de notre profession aura été dressé, et par des historiens ! Une bonne fiction, quelques raccourcis légitimes (par exemple sur l'heure des premiers assassinats et les origines des massacres qui ont ensanglanté Sétif et sa région en mai 1945), et tout est dit. Le spectateur saura ! En conclusion, les signataires de la pétition affirment enfin  que "Le pire est à craindre quand le pouvoir politique veut écrire l'histoire que nos concitoyens iront voir demain sur nos écrans".

Mais alors, cher(e)s collègues, ce n'est plus d'une fiction, d'un film de gendarmes et de voleurs dont il est question, mais de  l'écriture cinématographique d'une page d'histoire, dont vous prenez la défense, même si vous évoquez, les quelques désaccords, non, pardon - le mot est trop fort - "les réserves précises" sur certaines de ses évocations du contexte historique de la période, émises par certains d'entre vous. Réserves dont le texte ne dit rien.


la fiction n'est qu'un prétexte

Ce qui est projeté n'est donc pas, d'abord, l'itinéraire de trois frères, comme on veut nous le faire croire. La fiction n'est qu'un prétexte : elle permet de se dédouaner des critiques que le film suscitera : voyez mes ailes, je ne suis que le réalisateur d'un polar !

C'est bien une "histoire" que l'on veut montrer à nos concitoyens, celle de l'Algérie de la fin de la Seconde Guerre mondiale à l'indépendance, mais une histoire qui, d'après ses historiens-avocats, s'est accommodée "d'inévitables raccourcis" et sans doute aussi des silences, dont il faudra mesurer les conséquences sur l'honnêteté du film et qui permettront de mieux apprécier ses enjeux, non point artistiques, mais idéologiques et politiques.

Bien à vous, très amicalement.

Daniel Lefeuvre, 24 mai 2010




CPBOUCHAREB



- retour à l'accueil

Posté par michelrenard à 09:59 - - Commentaires [5] - Permalien [#]


mardi 28 juillet 2009

Oujda : le livre de Saïd Zerzouri

Oujda_couv

un siècle de football à Oujda


Oujda_couv


"Ce livre est un récit d’une multitude de traditions et d’évènements sportifs qu’a connus la ville d’Oujda (Maroc) depuis la période précoloniale jusqu’à l’an 2000. Il expose la manière dont les gens sont passés des jeux traditionnels aux sports modernes suite à l’occupation de la ville par l’armée française à partir de 1907. Il explique comment le pouvoir colonial a exploité le sport, en particulier le football, à des fins politiques visant à acculturer et à contrôler la jeunesse d’Oujda qui, à son tour, en a fait un moyen et une arme de lutte et de résistance contre ce pouvoir colonial à une époque où les relations entre d’une part, les européens et d’autre part les musulmans, étaient très tendues.

Il relate aussi les années de gloire et de revers du football dans l’est du Maroc depuis la période de colonisation jusqu’à sa nationalisation après l’indépendance.

Il rend hommage aussi, malgré toutes les dissensions entre les communautés, aux vedettes françaises, algériennes et marocaines qui ont marqué le football national et international et qui resterons à jamais  gravés dans nos mémoires bien qu’ils nous aient quittés."

_____________________________________________________

SOMMAIRE

I - Introduction :                            1

La période précoloniale

II - Période précoloniale, celle des jeux et des loisirs :            4

La période coloniale

III - Période coloniale : L’occupation française en 1907 :            19

1- Phase de réticence, de méfiance et de discrimination :        20
a- Le sport militaire :                    21
b- Le football civil :                    25
1- Sporting Club d’Oujda (SCO) et France-Maroc    25
2- Sporting Club France Maroc d’Oujda (SCFMO)    27
c- Construction d’un terrain de football en 1921 dans
la nouvelle ville « le Stade Municipal »            30
d- L’école et son caractère discriminatoire sur le plan culturel
et sportif entre 1920 et 1935 :                32

2 -  Phase de rapprochement, d’essai et d’initiation :            41
a- Essor du sport corporatif et début d’acculturation
des occupés dans les années trente :            41
b- La période 1939-45 et le début d’une nouvelle histoire
sportive à Oujda :                    46
c- l’Union Sportive d’Oujda (USO) :            46
d- Le football comme moyen de contrôle de la jeunesse
des quartiers périphériques d’Oujda à partir de 1940:        49

3 - Phase de nationalisme sportif (marocains et algériens d’Oujda)
à partir de 1940:                            51
a- La Jeunesse Sportive Musulmane d’Oujda (JSMO) :    51
b- La naissance du Mouloudia Club Oujda (MCO)
de football :                        52    b-1- L’emprunt du nom et sa signification :        54
b-2- L’emblème choisi et sa signification :        55
b-3- Le choix des couleurs et leur signification :    56
c- Le début du championnat dans la Ligue du Maroc
de 1946 à 1950:                        58
d- Le football de la période située entre la montée
en division d’honneur et l’indépendance (1950 à 1956) :    64


La période postcoloniale

IV - La période postcoloniale, de la gloire à la relégation :            75

1 - Diversification, multiplication et abondance des pratiques
sportives :                            75
a- Le développement des équipes de football dans
les quartiers juste après l’indépendance (1956) :        75
b- La période glorieuse du football à Oujda
de 1957 à 1962 :                        76
c- L’équipe du FLN à Oujda en 1958-59 :            91
d- Les hommes forts de cette période glorieuse :        102
d-1- Monsieur Belhachemi Mostafa le légendaire :    103
d-2- Monsieur Benbrahim Mohamed le sauveur :    105
e- Comment s’est formée l’équipe de l’Union
Sportive Musulmane d’Oujda (U.S.M.O.) ?            106
2 - La première période du déclin du football à Oujda
à partir de 1963-1970 :                        110

3 - La période de consécration du football d’Oujda
de 1970 à 1980 :                            118

4 - La période de crise du football à Oujda de 1981 à nos jours :    144
    a- La période située entre 1981 et 1988 :            144
    b- Le sport scolaire :                    151
    c- Le football en crise de 1989 à nos jours :            155

5 - Le football et la femme à Oujda :                160

V – Conclusion :                            165

BIBLIOGRAPHIE :                            168

Constatation :                                170



- retour à l'accueil

Posté par michelrenard à 17:02 - - Commentaires [13] - Permalien [#]

jeudi 30 avril 2009

Débat sur l’écriture de l’histoire controversée algéro-française

Diapositive1


Stora et Harbi

déterrent le passé colonial en Algérie

 

Débat sur l’écriture de l’histoire controversée algéro-française
jeudi 30 avril 2009.

Dans une conférence magistrale au Centre culturel français d’Alger, les deux historiens, Mohammed Harbi et Benjamin Stora, ont abordé, chacun avec son approche, la complexité de l’écriture de l’histoire contemporaine entre l’Algérie et la France.

Porté par le poids du passé colonial, le professeur de l’histoire du Maghreb, Benjamin Stora, le premier à ouvrir le débat, a estimé que «la guerre d’Algérie était au cœur de l’empire français pour avoir connu la naissance de la 5ème République».


de l'amnésie à la guerre mémorielle

Dans sa rétrospective, l’historien reconnaît que «les Français ont entretenu une stratégie d’oubli et d’amnésie après avoir consommé leur défaite politique dans cette guerre. En reléguant la question coloniale dans les banlieues de l’histoire, prise en otage par les différents groupes, entre ceux qui veulent affronter leur passé et ceux qui en font un rempart mémoriel, au lieu de devenir une question centrale dans la recherche historiographique ».

Selon Benjamin Stora, «ce n’est qu’en 1980 qu’il y a eu le réveil de l’autre mémoire, tirée par la communauté des Beurs» ou ce qu’il appelle «les partisans de la nostalgérie».

17octob2
manifestant algérien, le 17 octobre 1961 à Nanterre,
photo Élie Kagan

Revenant sur les fameuses manifestations du 17 octobre 1961, en France, le conférencier dira que ces événements lui rappellent qu’on ne peut pas «séparer le processus de l’écriture de l’histoire des mouvements sociaux».

Mais le saut en France, ajoutera-t-il, «a été mis en branle entre 1988-1992, notamment à l’effondrement de l’URSS, de la défaite de l’Armée rouge en Afghanistan, de la chute du mur de Berlin et de la fin du système du parti unique en Algérie». Pour Benjamin Stora, «cette période d’effervescence extrême va ouvrir les énergies sur l’écriture de l’histoire.

Obligeant pour la première fois la France, 30 années après, à ouvrir ses archives d’État, soumises certes à dérogation, mais sources intarissables de fichiers militaires et policiers».

«Durant les années 1990, poursuit l’historien, l’éclatement du récit traditionnel avec le retour des chefs historiques Aït Ahmed, Ben Bella, feu Boudiaf..., relayé notamment dans les colonnes de la presse, a été pour beaucoup dans la remise en cause des faits historiques».

Cela étant, Stora cite deux témoignages phares ayant été à l’origine de l’accélération de l’écriture de l’histoire controversée de ces deux pays, à savoir l’aveu terrible de liquidation physique de Ben M’hidi par Aussaresse et l’exercice systématique de la torture, et la très polémique loi du 23 février louant du rôle positif du colonialisme et son discours de l’anti-repentance qui a installé, selon Stora, «une guerre mémorielle sur les champs français et algérien».

S’y ajoutent, d’après lui, «de nombreuses thèses de jeunes chercheurs qui ont relevé l’existence de 15.000 militaires opposés à la guerre et quelque 150.000 photographies». Sans oublier ces nombreux ouvrages à son actif.


trois grands courants

Pour sa part, l’historien Mohammed Harbi nous renvoie aux trois grands courants qui ont traversé l’Histoire contemporaine de l’Algérie. Le premier, «de type culturaliste, caractérisé par l’interrogation identitaire des Oulémas».

thumbnail
M'barek El-Mili (1896-1955)

«Divisés en deux tendances, l’une moderniste avec à sa tête M’barek El Mili et Cheikh El Madani, l’autre de type autoritaire (croisade culturelle) à la vision excessive et simpliste prônée par El Ibrahimi et Ibn Badis».

Le second courant, «de type social incarné avant l’indépendance, en particulier par Ferhat Abbas qui a qualifié la colonisation de destruction de l’Algérie traditionnelle». S’y ajoutent après l’indépendance, selon Harbi, «les contestations contre les inégalités entre nations, l’impérialisme et les blocages infrastructurelles».

Le dernier courant politique reflète, d’après le conférencier, «la dynamique interne de la société algérienne qui croyait que si on est colonisé, c’est parce que la société avait des carences qu’un pays étranger est venu combler». Mais aussi, qu’on était gouverné par «un pouvoir non productif et autoritaire sous le règne de la caste ottomane».

La déduction du professeur Harbi, affirmant par la suite que «les secteurs liés à la colonisation sont ceux qui ont bénéficié de l’indépendance», a soulevé le courroux de nombreux présents, venus en grand nombre assister à ce débat historique. Pour Mohammed Harbi, «l'histoire a non seulement été mise au service de la légitimité des pouvoirs en place après l’indépendance, mais a ruiné les départements d’histoire de l’Algérie».

Il ajoutera que «la mise sous muselière de la liberté de parole et du débat contradictoire a fait que l’Histoire absout et condamne, fait et défait les héros. Alors que les médias et les acteurs politiques du moment ont fait de la dénonciation et de l’exclusion un attribut très fort dans cette société».

«Aucun pays ne peut se nourrir des ressentiments et des oppositions usées», dira-t-il enfin avant de revendiquer «l’examen serein du passé colonial et de cesser la mise sous haute surveillance de l’Histoire».

La Voix de l’Oranie
source

Diapositive1
Benjamin Stora, Mohammed Harbi

- retour à l'accueil

Posté par michelrenard à 09:21 - - Commentaires [9] - Permalien [#]

samedi 18 avril 2009

conférence de Benjamin Stora et Mohammed Harbi à Alger

Diapositive1


Écrire l'histoire de l'Algérie contemporaine

conférence au Centre culturel d'Alger

le mardi 28 avril 2009



La guerre d'indépendance algérienne : usages de ce passé en France,
entre histoire et mémoire

par Benjamin Stora

Depuis une quinzaine d'années, la connaissance de la séquence "guerre d'indépendance algérienne" s'est considérablement développée en France, notamment à la suite de travaux universitaires portant, par exemple, sur les images de cette guerre, les refus d'obéissance ou l'activité politique des immigrés algériens.

Mais ce qui frappe, provoque l'interrogation, c'est que cette histoire savante n'arrive pas à freiner les usages abusifs du passé s'exprimant par la puissance des revendications mémorielles, quelquefois portées par des nostalgiques du temps colonial.

Qu'il s'agisse du passé lointain ou du passé proche, une série de débats se sont organisés autour des lois mémorielles, des conflits entre groupes porteurs de la mémoire de l'Algérie. Vingt ans après la rédaction de mon ouvrage, La gangrène et l'oubli, la mémoire de la guerre d'Algérie, cette communication présente les divers aspects de ces conflits qui affectent le statut du travail historique.


Connaissance de l'Algérie à l'épreuve de l'histoire contemporaine,

par Mohammed Harbi

Où en sommes-nous dans l'écriture de l'histoire contemporaine de l'Algérie ? Comment a été élaborée son historiographie ?
Comment mettre de l'ordre dans le "commerce des idées usagées" ? Que faire du passé colonial ? Comment affirmer et consolider l'émergence du métier d'historien ?

Diapositive1

__________________________________________________

Benjamin Stora est né à Constantine. Il est professeur d'histoire du Maghreb à l'université de Villetaneuse (Paris XIII). Il a publié une vingtaine d'ouvrages portant principalement sur l'histoire de l'Algérie contemporaine. Le dernier a pour titre : Les guerres sans fin. Un historien, la France et l'Algérie.

Mohammed Harbi a été maître de conférence en sociologie à l'université Paris VIII (Saint-Denis). Il ets l'auteur de nombreux ouvrages de références sur l'histoire de la révolution algérienne.

modérateurs : Ouanassa Siari Tengour, maître de conférence à l'université Mentouri de Constantine, et Abdelmajid Merdaci, maître de conférence à l'université Mentouri de Constantine.

1675433897
Illiten (El Haad), 1959, source

lien
Centre culturel français à Alger (accès internet difficile, voire impossible...) : ccf-dz.com/

Diapositive1

- retour à l'accueil

Posté par michelrenard à 06:37 - - Commentaires [4] - Permalien [#]

vendredi 27 février 2009

corsaires du Maroc

9782841332823



Salé et ses corsaires (1666-1727)

un port de course marocain au XVIIe siècle

un ouvrage de Leïla Maziane



présentation (4e de couverture)

«Chiens, rendez-vous à ceux de Salé», criaient les corsaires salétins en abordant leurs prises. Livre d’aventures maritimes et ouvrage érudit, la thèse d’histoire de Leïla Maziane retrace la vie des corsaires de Salé au cours de la seconde moitié du XVIIe siècle. Peuplée par des Morisques chassés d’Espagne, renégats, marins et marchands musulmans avides de revanche, cette cité du Maroc atlantique devient une république corsaire, un La Rochelle maghrébin, dont les navires et les équipages cosmopolites écument l’océan jusqu’en Islande et dans les parages de Terre-Neuve. À partir d’archives inédites, l’étude de Leïla Maziane nous restitue une grande page de l’histoire du Maroc au temps du sultan Mûlây Ismâ’îl.


sommaire du livre

LES CONDITIONS DE LA RÉUSSITE DE SALÉ

  • La part de l'histoire et de l'espace géographique
  • Aux origines de la fortune de Salé
  • La population urbaine

LES MOYENS MATÉRIELS ET HUMAINS DE LA COURSE

  • Les moyens matériels de la course
  • Les ports-refuges
  • Les moyens humains de la course : l'équipage des navires corsaires

OPÉRATIONS CORSAIRES ET RÉSULTATS éCONOMIQUES DE LA COURSE

  • Le déroulement des campagnes
  • Course et contre-course
  • Bilan économique de la course
  • Les captifs ou les "hommes marchandises"
          

l'auteur

Leïla Maziane est Docteur en histoire de l'Université de Caen Basse-Normandie.
Elle est professeur d'histoire moderne à l'Université Hassan II-Mohammedia et poursuit ses recherches sur l'histoire maritime du Maroc.

carte_sale


Sal__au_XVIe_si_cle
Salé au XVIe siècle

Sal__au_XVIIe_si_cle
Salé eu XVIIe siècle


_____________________________________________________



liens

- Salé et ses corsaires, de Leïla Maziane, élu meilleur livre de mer de l'année

- Leïla Maziane : bio-bibliographie

- article en ligne : "Les captifs européens en terre marocaine aux XVIIe et XVIIIe siècles" (texte intégral), Cahiers de la Méditerranée, vol. 65–2002, L'esclavage en Méditerranée à l'époque moderne


bab_Mrissa_Sale_Maroc_dvh
Salé (source)


EPIM2002MarocMalil_2
remparts de Salé

- retour à l'accueil

Posté par michelrenard à 17:48 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


lundi 12 janvier 2009

le nouveau roman historique d'Arlette Schneider

oranger_grd



De l'oranger à l'érable,

un roman d'Arlette Schneider

Brigitte Ravaud Texier, journaliste  à Bordeaux.
      

Idée originale, chère à l’auteur, de mélanger l’histoire au vécu. Cela fait «la pause café» et rebondir. Les pages «oscillent à la manière d’un pendule», notent ses premiers lecteurs.

Les collines de l'espoir, précédent livre documentaire, historique et anecdotique a déjà révélé aux lecteurs combien l'Algérie «colle à la peau» d'Arlette Schneider. L’ouvrage s'articulait tout naturellement sur des faits historiques truffés de nombreuses anecdotes

Son premier roman, De l’oranger à l’érable vous laisse découvrir le destin qui guide Robert, l'Américain et Ariane, la Française, pied-noire depuis l'Alsace en passant par l'Algérie, le Texas pour arriver aux États-Unis. Trois continents les relient. Ce n'est pas par hasard mais conformément aux numéros caractéristiques de leur patrimoine génétique : date de naissance, nom, prénom etc. Séparés à leur naissance à Alger, «les jumeaux de berceau» se retrouveront-ils un jour?

L'intrigue est serrée et d'épisode en épisode, vous découvrez des aspects souvent insolites de la vie des premiers pionniers. D'abord en Algérie où les villageois n'ont pas de montre parce qu'ils vivent en dehors du temps, au milieu des collines. Puis au Texas où plusieurs similitudes sont retrouvées.  Pionniers d'Algérie et du Texas, même combat. Le voyage s'achève à New York à la date terrible du 11 septembre 2001.

Beaucoup de recherche historique, un soupçon d'ésotérisme qui associe la numérologie pour faire rebondir l’intérêt du lecteur, une sensibilité à fleur de peau : ne secouez pas. Dégustez avec gourmandise. Ajoutez le suspens qui tient en haleine et découvrez ce roman passionnant. Il vous laissera sûrement pantois.
      
Arlette Schneider a le talent de la mémoire et de la plume. Son style est concis, poétique, précieux comme la fine dentelle, tonique et doux comme l'écume cotonneuse, quelquefois même lyrique. Le texte s'enrichit à tout moment d'images, de couleurs, de sons et d'odeurs des plus réalistes aux plus suaves.

Brigitte Ravaud Texier

- extraits du livre sur le site d'Arlette Schneider


COUVERTURE_ET_RESUME_DE_L_ORANGER_A_L_ERABLE


l'auteur

Arlette Schneider est née à Alger. Sa famille était installée sur le sol algérien depuis quatre générations. Elle vécut donc 15 ans dans le premier village français, Dély-Ibrahim, avant de rejoindre la France en 1962. Professeur en Lettres/Espagnol, elle exerce au collège Alain Fournier à Bordeaux. Reliant le pinceau à la plume, elle est membre d’associations artistiques, poétiques et littéraires en Aquitaine. Ses poèmes et nouvelles paraissent régulièrement dans des revues culturelles. Primée à plusieurs concours littéraires, les membres du jury de «Arts et Lettres de France» lui ont décerné un diplôme, au Concours international littéraire 2006, dans la section Nouvelles avec «Une page de Mélanie», texte qui figure dans Les collines de l’espoir.

- site d'Arlette Schneider


Prix littéraires

- Association Culturelle Humanitaire  - Béziers 2005

Prix spécial du jury pour son poème Mon doux oreiller.

- «L’appel», Association des Peintres, Poètes Européens Libres

Biscarosse  2005 - Premier prix de l’acrostiche Biscarosse.

- Le  «CIELA», Cercle International d’Expression Littéraire et Artistique

Eauze 2005 - Diplôme d’honneur

Particulièrement remarquée pour sa nouvelle :

Les jardins (texte qui figure dans Les collines de l’espoir)

- Association Culturelle Internationale - Arts et Lettres de France 2006

Mention avec diplôme en section Nouvelles

Une page de Mélanie (texte qui figure dans Les collines de l’espoir)

- Association Les Amis de La Poésie - Bergerac 2006-05-06

1er prix de l’Anecdote dans la série  "Arts de la table"

Le vin, la vigne (texte qui figure dans Les collines de l’espoir)

2e prix Poésie libre pour Les galets.


- bon de souscription

arton100002005
contact

- éditions Hugues de Chivré: commander le livre

- éditions Gandini : commander le livre

LA_ROMANCIERE_DE_TOUS_LES_CONTINENTS


- retour à l'accueil

Posté par michelrenard à 10:31 - - Commentaires [1] - Permalien [#]

vendredi 14 novembre 2008

un livre de Melica Ouennoughi

Diapositive1



Algériens et Maghrébins

en Nouvelle-Calédonie, de 1864

à nos jours

un livre de Melica Ouennoughi

Melica Ouennoughi vient de publier un nouvel ouvrage relatif aux déportés maghrébins en Nouvelle-Calédonie (éd. Casbah, Alger).
Elle a donné des conférences dans les deux universités d'Alger : Université Ben Aknoun - droit avec la participation de Dr Ammar Belhimer, et Université en sciences humaines et Sociales Bouzéréah (4 novembre) avec la collaboration de Dr Mohamed El Korso.

get_attachment_2
El Moudjahid, 6 novembre 2008
(cliquer sur l'image pour l'agrandir)



get_attachment


get_attachment_1


Ouennoughi_Bouteflika
Melica Ouennoughi, à droite, et le président algérien Bouteflika


- retour à l'accueil

Posté par michelrenard à 14:35 - - Commentaires [5] - Permalien [#]

vendredi 31 octobre 2008

connaissance de la langue arabe en situation coloniale

_cole_normale_Bouzar_a


les manuels d’apprentissage de l’arabe

à l’époque coloniale

séminaire de Michaël Chik, Sylvette Larzul
et Alain Messaoudi



séminaire - Histoire de la connaissance de la langue et de la culture arabes
Étude des manuels d’apprentissage de l’arabe à l’époque coloniale
(France et Maghreb, 1800-1960)

Michaël Chik, Sylvette Larzul et Alain Messaoudi

2e vendredi du mois de 15 h à 17 heures
Salle de réunion de l'IISMM 96 Bd Raspail,
du 12 décembre 2008 au 12 juin 2009

bousquet_recueil_recto

Après la conquête d’Alger en 1830 se manifeste un intérêt sans précédent pour la langue arabe, et les ouvrages destinés à son apprentissage se multiplient, constituant un important corpus qui reste aujourd’hui méconnu. Destinés à un public diversifié (militaires, administrateurs civils, colons, voyageurs, élèves des écoles…), ces ouvrages reflètent des choix différents quant à la langue ciblée (arabe dialectal, arabe littéral, moyen arabe), au contenu véhiculé (littérature contique et sapientiale, actes administratifs authentiques, matériau ethnographique…) et aux méthodes mises en oeuvre (méthodes calquées sur celles de peres_poesie_rectol’apprentissage du latin, méthode directe…). Outre l’examen de ces spécificités, l’accent sera mis, dans une perspective historique, sur le contexte parfois polémique qui sous-tend cette production.

_______________________________________


12 décembre : Les ouvrages en usage dans les écoles arabes-françaises en Algérie (1850-1870)

9  janvier : Les manuels des professeurs de la Bouzaréa ou École Normale d’Alger (dernier tiers du XIXe s. -début du XXe s.)

13 février : L’œuvre de Desparmet (1904-1905) : orientation ethnologique et méthode directe

13 mars : Grammaires et cours d’arabe littéral : la grammaire de Silvestre de Sacy, modèle de référence

29 mai (4e vendredi de mai par exception) : L’enseignement de la littérature : une anthologie des XIXe et XXe siècles par Henri Pérès (1938) (exposé de Yahia Cheikh)

12 juin : Les manuels en usage au Maroc

yallaho01


Sylestre_de_Sacy
Sylvestre de Sacy

- retour à l'accueil

Posté par michelrenard à 19:40 - - Commentaires [3] - Permalien [#]

mardi 27 mai 2008

Sétif, Guelma, Kherrata - 8 mai 1945

Diapositive2


 

«Rien dans les archives

n'évoque une volonté de génocide»

Benjamin STORA


François Malye, Le Point - Peut-on dire que la guerre d'Agérie a, en réalité, commencé ce 8 mai 1945 ? 
Benjamin Stora : D'une certaine façon, oui. C'est un tournant. Après la répression, on passe du nationalisme pacifique classique, politique, à une volonté d'avoir recours à d'autres méthodes.    

Quel a été l'impact de ces journées ? 
Énorme. La répression a été absolument terrible et les trois villes de Sétif, Guelma et Kherrata sont devenues des symboles. Côté Européens, c'est un choc. Bon nombre d'entre eux quittent les campagnes pour rejoindre les villes.

Pourquoi, à l'époque, cette peur des Européens face à la population musulmane ? 
D'abord parce que les deux communautés cohabitent dans l'espace public, mais pas au-delà. Il n'y a pas de mixité sociale, sexuelle. C'est un univers comparable à celui du sud des États-Unis au XIXe siècle. Ce sont des pionniers, des défricheurs qui vivent dans la peur de la rébellion indigène. Avec de tels hommes, le moindre incident dégénère très vite.

Peut-on parler de génocide comme le font les Algériens ? 
Non. Il n'y a pas trace dans les archives d'une planification, d'une anticipation de la destruction de la population indigène. Le système colonial est fondé sur la conquête, la dépossession foncière, mais pas sur l'extermination des populations, dont on a d'ailleurs besoin comme main-d'oeuvre.  

Comment interprétez-vous les récentes déclarations de l'ambassadeur de France, Bernard Bajolet ? 
C'est très important, fondamental. C'est la première fois qu'un représentant de la France évoque des «épouvantables massacres». Cela reconnaît la blessure de l'autre, et c'est finalement ce que demandent les Algériens. Et puis cela vient après le premier discours important d'un chef d'État français. Quand Nicolas Sarkozy, dans son discours de Constantine, rend hommage à Abd el-Kader et déclare que le système colonial a été un «système d'asservissement» , on avance vers une plus juste mémoire.    

Pourquoi une telle douleur, de part et d'autre, autour de l'Algérie ? 
L'Algérie est un cas unique qu'on ne peut comparer à rien d'autre dans l'histoire coloniale mondiale. C'est à la fois une guerre horrible et un pays où l'on a bâti. Mais 5 millions de Français - militaires, pieds-noirs, immigrés, harkis - ont été touchés, d'une façon ou d'une autre, par le drame algérien. Pour les Français, la perte de l'Algérie est une blessure narcissique. Il faut se souvenir qu'Alger a été la capitale de la France libre. Quant aux Algériens, si l'on s'en tient aux morts de la guerre, on est, par rapport aux Européens, dans un rapport de dix contre un.  

Qu'aurait dû faire la France après Sétif ? 
La grande erreur des Européens a été de ne pas combler le fossé qui s'était creusé entre les deux communautés. Il aurait fallu jeter des passerelles, trouver des représentants. C'est ce qu'avait compris Albert Camus. «Nous sommes tellement étrangers les uns aux autres», disait-il. Mais quand il veut organiser une trêve civile en 1956, il se fait huer par les Européens lors d'un meeting. L'un des organisateurs de cette «claque» est justement André Achiary, le sous-préfet de Guelma qui a conduit, ici, les exécutions de civils. Le monde des Européens n'a pas de traduction politique, pas de leader, et personne n'essaie de comprendre les nationalistes. Il faut attendre 1962 pour que Jean-Jacques Susini, de l'OAS, rencontre un membre du FLN. Mais il est bien trop tard.

propos recueillis par François Malye
source : Le Point, n° 1862, 22 mai 2008

_1








Guelma__1_
Guelma au début du XXe siècle

                                      

Guelma__2_
Guelma, rue Scipion, début du XXe siècle


Guelma__4_
Guelma, rue d'Announa, début du XXe siècle


Guelma__7_
Guelma, rue Medjez Amar, début du XXe siècle


Guelma__6_
Guelma, école d'Alembert, début du XXe siècle


Guelma__5_
Guelma, alentours de la ville


Guelma__3_
Guelma à l'époque coloniale


- retour à l'accueil

Posté par michelrenard à 00:58 - - Commentaires [3] - Permalien [#]

dimanche 25 mai 2008

l’exode massif des Pieds-noirs d’Algérie en 1962

Diapositive1


Peut-on parler sereinement

de la guerre d’Algérie ?

Arlette SCHNEIDER


Le lundi 26 mai 2008 à 19h, à l’Hôtel de ville de Paris, la Ligue des droits de l’homme, le Monde diplomatique et Coup de soleil organisent une conférence-débat sur les causes de l’exode massif des Pieds-noirs d’Algérie en 1962. Il m’a été demandé d’animer cette rencontre. Compte-tenu des enjeux qu’elle représente, je souhaite dire ici aux membres et amis de Coup de soleil comment je compte mener les débats.

Après une brève présentation du sujet et des intervenants, après avoir aussi rappelé les règles de base d’un débat serein sur un sujet douloureux, je donnerai la parole au journaliste Pierre Daum et au cinéaste Jean-Pierre Lledo. Le premier est l’auteur d’un article paru dans le n° de mai 2008 du Monde diplomatique, intitulé «Sans valise ni cercueil, les Pieds-noirs restés en Algérie». Le second est l’auteur d’un film «Algérie, histoires à ne pas dire». Comme tout ce qui touche à la guerre d’Algérie, cet article et ce film suscitent des avis très partagés, jusque dans nos rangs. Pierre Daum et Jean-Pierre Lledo nous expliqueront le pourquoi de leurs enquêtes respectives, les conditions de leur réalisation et l’accueil qui leur a été réservé.

Nous entendrons ensuite trois historiens, qui sont aussi membres de Coup de soleil : Mohamed Harbi, Gilles Manceron et Benjamin Stora. Chacun exprimera son point de vue sur l’article et le film ; ils s’attacheront surtout à donner leurs analyse du thème central de cette rencontre : pourquoi tant de Pieds-noirs ont ils quitté leur pays natal, si soudainement et dans des conditions aussi dramatiques ?

Nous passerons ensuite aux interrogations d’un public dont nous savons qu’il sera nombreux, dont nous devinons déjà la passion et dont nous attendons aussi la courtoisie et la dignité indispensables à la qualité du débat. Tout peut être dit, pour peu que l’on sache écouter l’autre et le respecter. Mon rôle essentiel sera d’y veiller et je suis déterminé à le faire.

J’apprends en effet que des appels à pétitionner, à manifester, à venir « soutenir X…» ou «attaquer Y …», voire à saboter cette soirée circuleraient sur la Toile. On y contesterait notamment la légitimité des intervenants à parler du sujet :

- s’agit-il de nos origines ? Mohamed Harbi, Jean-Pierre Lledo, Benjamin Stora et moi sommes originaires d’Algérie et nous avons chacun vécu, de façon différente mais «en direct», le douloureux enfantement de l’indépendance : chacun de nous a donc toute légitimité pour en parler.

- s’agit-il de nos formations ? Mohamed Harbi, Gilles Manceron  et Benjamin Stora sont des historiens de renom, dont l’essentiel des travaux porte sur l’Algérie. Je suis moi-même enseignant universitaire, Pierre Daum est journaliste, Jean-Pierre Lledo cinéaste et beaucoup de nos travaux portent aussi sur ce pays. Notre connaissance du sujet ne saurait donc davantage être contestée.

Les points de vue des six participants sont d’ailleurs loin d’être identiques. Il en ira de même dans la salle et cela est très sain. Mais, face aux drames qu’ont vécu tant d’Algériens et de Français, aucune douleur ne s’apaisera jamais si chacun n’apprend pas à écouter la souffrance de l’autre et à respecter son point de vue. Depuis 1985, Coup de soleil a su faire cohabiter tous ceux qui ont en eux la passion du Maghreb en général et de l’Algérie en particulier, quelle que soit leur origine culturelle : arabo-berbère, juive ou européenne et quelle que soit l’histoire et les engagements de leur famille :  «immigrée» ou «rapatriée» . Notre profonde cohésion, dans cette étonnante diversité, vient précisément de ce souci permanent d’écouter l’autre et d’arriver ainsi, peu à peu, à mieux comprendre les heures dramatiques de notre histoire commune.

Coup de soleil n’est pas pour autant une association qui cultiverait une «neutralité» aussi confortable que stérile. Nous défendons ensemble un certain nombre de valeurs comme la justice, la dignité et la fraternité et c’est à l’aune de ces valeurs que nous prenons position, chaque fois que de besoin. S’agissant de la question des Pieds-noirs, qui sera au centre de nos débats du 26 mai, je rappelle ici aux adhérents et amis de Coup de soleil que le bureau de notre association avait condamné, à l’unanimité, la trop fameuse loi du 23 février 2005 qui, sous prétexte de valoriser la colonisation au Maghreb, rendait le pire des services à nos compatriotes «rapatriés». Ce point de vue, le bédéiste Jacques Ferrandez et moi-même l’avions exprimé en Algérie, en décembre 2005, devant le public des centres culturels français de Constantine et d’Alger où nous présentions nos deux derniers livres respectifs. On en trouvera ci-après la relation écrite.

Arlette Schneider

Diapositive1













[Extrait de la «Lettre de Coup de soleil» n° 26]

Quant à la loi de février, Jacques et moi en avons beaucoup parlé, depuis deux semaines et ce matin encore avec Jean-Jacques Jordi. Nos analyses concordent : il s’agit d’une loi électoraliste, qui vise, selon ses promoteurs, à "défendre les pieds-noirs et les harkis". Quand donc nos élus cesseront-ils de prendre nos compatriotes pour des citoyens débiles qui voteraient comme des moutons ?

Quand comprendront-ils qu’il n’y a pas en France de vote pied-noir, comme il n’y a pas de vote protestant, de vote juif ou de vote beur, que dans ces populations comme chez tous les Français, chacun se détermine pour partie en fonction de sa propre histoire, mais surtout de son appartenance sociale, de son éducation, de ses rencontres, de ses conditions de vie et de travail ? Le problème vient sûrement du fait que, dans toutes ces minorités qui font aussi la France, certains s’en sont auto-proclamés les représentants alors qu’ils ne représentent souvent qu’eux-mêmes ! Mais les élus et les journalistes privilégient toujours le point de vue de ces "représentants", le seul qui s’exprime.

Et pour les Pieds-noirs, cela est dramatique car cela conforte dans beaucoup d’esprits l’image d’une "pseudo- communauté" bornée, raciste et revancharde : puisqu’ils sont censés regretter "le bon temps des colonies", on va donc leur faire plaisir et glorifier la colonisation ! Et, comme toujours, depuis 1962, les mâchoires du piège se referment : ou bien l’on dit du mal du système colonial et on doit donc attaquer les Pieds-noirs ; ou bien on soutient les Pieds-noirs et on doit donc encenser la colonisation ! Cela nous est insupportable !

Ferrandez___Caillou
BD de Jacques Ferrandez

Pour Ferrandez, Morin, Jordi et tant d’autres Européens d’Algérie (ceux qui militent à Coup de soleil notamment), nous avons compris depuis longtemps tout le mal qu’ont pu représenter pour les Algériens la conquête, avec son cortège de massacres et de spoliations, puis l’humiliation et l’indignité permanentes que faisait peser sur eux un système colonial brutal et inégalitaire par essence. Pour autant, et c’est là-dessus que nous insistons, nous n’acceptons pas que l’on fasse porter tout le poids de ce drame historique sur nos épaules ou sur celles de nos parents. Qu’il y ait eu de francs salauds et des racistes à tout crin parmi les Pieds-noirs, qui songerait à le nier ? Mais est-il un peuple qui échappe à cette lèpre ? La mère de Camus ou celle de Roblès étaient femmes de ménage, le père de Ferrandez médecin à Belcourt, la mère de Morin infirmière à Constantine : étaient-ils des bourreaux ou des tortionnaires ? Doivent-ils et leurs enfants après eux, être déclarés responsables de la conquête, des enfumades, de l’indignité et de la répression ? Bien pire encore, sont-ils censés en tirer, de manière quasi-atavique, un quelconque titre de gloire ?

Allons plus loin, cependant : tout en acceptant cette version des choses, beaucoup de Pieds-noirs et d’autres Français avec eux d’ailleurs, avancent en toute bonne foi que la colonisation a quand même eu quelques aspects positifs  pour les Algériens : des villes et des villages, des ports, des barrages, toutes sortes d’infrastructures modernes construites par la France. Cela est vrai mais encore faut-il se rappeler pour qui tout cela a été construit, c’est-à-dire pour le bien-être des Européens et pour celui de l’économie française ; et cela cohabitait avec un sous-développement généralisé dans le monde rural où vivaient 90 % des Algériens. Alors certes, aujourd’hui les Algériens en profitent mais ils l’ont payé cher tout au long de la colonisation.

Ferrandez_Derni_re_demeure

Reste alors l’incompressible : la santé (hôpitaux, dispensaires, etc.) et l’éducation (écoles, collèges, lycées, médersas, université d’Alger, etc.). Bien sûr, ce serait injuste de le nier, sauf qu’il faut là aussi comprendre que seule une minorité d’Algériens en bénéficiaient.

Que les plus déterminés d’entre eux se soient ensuite approprié la langue française et les valeurs de la République pour contribuer à se libérer du joug colonial, alors là, oui, ce clin d’œil de l’Histoire peut nous faire plaisir !… Et puis, comment ne pas évoquer cet autre produit "positif" d’une histoire tragique : l’existence de ces millions de Français d’Algérie et d’Algériens de France, qui sont autant de passerelles potentielles entre les deux pays !

Tout le monde, et ce fut notre conclusion, en a assez de ces histoires officielles, simplistes et réductrices que l’on veut imposer dans les esprits, en France comme en Algérie. Elles n’ont pour effet que de cacher les réalités, d’empêcher nos peuples de comprendre leur histoire et donc de l’assumer pleinement pour pouvoir bâtir solidement leur avenir.

[Texte intégral de l’article «Carnet de voyage à Constantine et à Alger» lisible sur le site de l’association : www.coupdesoleil.net]

Georges Morin
président de Coup de soleil

Diapositive1


exode_pieds_noirs_Oran
Oran, 1962

- retour à l'accueil

Posté par michelrenard à 13:35 - - Commentaires [7] - Permalien [#]