lundi 27 octobre 2008

Binger, explorateur de l'Afrique occidentale

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un capitaine explorateur de l'Afrique

au temps des colonies

Claude AUBOIN

Présentation du livre par l'auteur

Biographie de Louis Gustave Binger (1856-1936).
Binger_assis_sous_une_tenteNé à Strasbourg, décédé à L’Isle-Adam. Explorateur de la Boucle du Niger (Mali, Burkina-Faso, Côte d’Ivoire) 1887-1889. Envoyé en mission par le gouvernement français pour délimiter les frontières entre la Gold-Coast anglaise (Ghana) et la Côte d’Or française (Côte d’Ivoire) 1892-1893. Premier Gouverneur de la Côte d’Ivoire 1893-1895. Directeur des Affaires d’Afrique au Ministère des Colonies 1897-1907.

Son exploration de la boucle du Niger, recommandée par le général Faidherbe et subventionnée par le Ministère, et qu’il réalisa pacifiquement, fut une grande réussite. Elle apporta au monde des informations géographiques, géologiques, ethniques, botaniques sur de vastes  régions inconnues de l’Afrique de l’Ouest. Jules Verne lui demanda conseils pour l’écriture d’un de ses livres. Il fit le récit de ses aventures dans un ouvrage en deux volumes qui fut un succès de librairie et constitue aujourd’hui la «mémoire» de la Côte d’Ivoire et du Burkina Faso. La carte «Binger» fit référence auprès de l’administration, des explorateurs et des militaires, pendant de nombreuses années.

La pertinence de sa mission de délimitation de frontières, sa connaissance du pays et de ses habitants lui valurent d’être le premier Gouverneur de la Côte d’Ivoire. Il est reconnu aujourd’hui comme le «père fondateur» de ce pays comme me l’expliquait l’ambassadeur de ce pays en France.

Revenu à Paris pour raison de santé, il fut nommé Directeur des Affaires d’Afrique. À ce poste, il dut préparer le règlement des grands problèmes africains de cette époque, et notamment l’affaire de Fachoda. À sa mort, l’État lui fit des funérailles nationales. Il fut le grand père de Roland Barthes, le célèbre sémiologue.


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Une exposition sera présentée à partir d’Avril 2009 au Musée de l’Isle-Adam, sur le thème «Images d’une Afrique en mutation (1884-1914) autour de l’explorateur Gustave Binger», dont l’auteur est commissaire, sous le patronage de Monsieur Axel Poniatowski, député-maire de la ville, et qui accueillera bon nombre d’invités de prestige. Le livre y sera présenté.

Plusieurs conférences, sur ce même thème, sont dors et déjà prévues et organisées pour répondre à la demande de municipalités et d’associations.

La Côte d’Ivoire fait parler et écrire sur elle depuis quelques années principalement à cause du contexte politique et elle restera au devant de l’actualité dans les mois qui viennent puisque de nouvelles élections présidentielles, qui risquent d’être mouvementées, sont prévues dans les mois qui viennent.

J’ai estimé qu’il était intéressant de revenir sur la création et les premiers pas de ce pays qui fut confié à l’administration de Binger, afin de mieux comprendre ses difficultés présentes, son maillage ethnique, ses courants commerciaux mais également d’avoir une idée sur son potentiel géologique et forestier.

Claude Auboin



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Biographie de Louis Gustave BINGER (1856-1936) Explorateur de l’ Afrique Occidentale, premier Gouverneur de la Côte d’Ivoire, Directeur des Affaires d’Afrique au Ministère des Colonies. Ayant été au cours de ses deux grandes expéditions, tour à tour, botaniste, zoologue, géographe, sociologue, géologue, ethnologue et  s’est entouré de photographes. Il a participé à la construction de l’Afrique moderne.    
Livre au format  130 x 210, de 327 pages avec 85 illustrations.

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en couverture, peinture de Richard Paraire

Bon de commande
(livraison prévue début décembre 2008)
AU TEMPS DES COLONIES  «BINGER»
Explorateur de l’Afrique Occidentale


NOM :                                       PRENOM :
ADRESSE :
E-Mail :
Nombre d’exemplaires : ……..   X  22 €   =

Frais de port : 3,90 € pour 1 exemplaire/ 5,10 € pour 2 exemplaires
Au delà, prière de contacter l’auteur.

Chèque de règlement à l’ordre de M. Claude AUBOIN
4, avenue Binder 95290 L’ISLE-ADAM
date et signature

contact : auboin.claude@wanadoo.fr

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                                 édition du 21 décembre 1889 : "Du Niger au golfe
                                de Guinée", par L.-G. Binger


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Binger Louis-Gustave, (Capitaine)
Du Niger au Golfe de Guinée par
le pays de Kong et le Mossi

Paris, Société des Africanistes, 1980,
reproduction anastatique de l'édition de 1892
 


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édition du 12 janvier 1890


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édition du 12 novembre 1897


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photographie


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cimetière Montparnasse à Paris


timbre


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palais du gouverneur à Bingerville (Côte d'Ivoire) à l'époque coloniale...


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...devenu aujourd'hui un orphelinat

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liens

- le blog de Claude Auboin (plusieurs documents iconographiques sur Louis-Gustave Binger)

- la mission du capitaine Binger en 1888, dans : "Document du mois : Traité entre la France et le roi de Djiéboudou, 4 mai 1897", capitaine  Valérie Caniart (Service historique de la Défense)

- Binger et le Burkina

Binger et Naaba Wobgho

Certes, Binger n'a pas joué un rôle primordial dans l'histoire du Burkina, ni même dans celle de la colonisation. Il a pourtant été l'un des premiers européens à visiter le royaume de Ouagadougou. De plus, son récit offre un témoignage des coutumes Mosse à la fin du XIXe siècle. D'ailleurs, saluer le Mogho Naaba aujourd'hui requiert le respect des règles pas si différentes de ce que l'on peut lire chez Binger.

Le compte rendu du voyage de Binger de 1887 à 1889, une somme de près de 1000 pages, publiée en 1892 par la "Société des Africanistes" est toujours une référence. Un livre tout à fait passionnant où l'on découvre, racontée par un de ses acteurs directs, la politique coloniale de la France (de l'Angleterre et du reste de l'Europe). Mais Binger, bien que militaire, et sûr de sa supériorité de blanc, a eu une approche assez moderne, proche de celle d'un ethnologue.

En juin 1888, il est au pays Mossi et rencontre celui qui deviendra le Mogho Naba Wobgho. Il trouve un royaume organisé, un roi dont la politique pas si naïve que ce que l'on décrit trop souvent à propos de cette époque.

Le texte de cet ouvrage est disponible sur le site de la BNF. On notera qu'il s'agit d'une publication dans "Le Tour du Monde", probablement antérieure à l'édition de la Société des Africanistes mais la BNF indique 1860, ce qui est impossible (1890 ?).

Source BNF, ouvrage de 1890

Cette illustration extraite de l'ouvrage a comme légende "Naba WOBGO de Ouagadougou à la tête de son armée (Photo d'archives)" (sic). De fait, lors du passage de Binger en territoire Mosse, Boukary, frère du Naba Sanom, n'était pas encore le Mogho Naba Wobgho mais il s'agit bien de lui !

Malgré ce premier contact pacifique et quasiment amical avec Binger, le Naba Wobgho est connu pour avoir résisté aux Français, menés il est vrai cette fois par les sanglants Chanoine et Voulet, héritiers des colonnes infernales de Tureau, précurseurs de la division Charlemagne. Hélas, et pour la honte de la France.

Allez, on se souviendra plutôt de Binger, malgré les préjugés (parfois bien lourds) qui l'empêchaient d'être totalement moderne.

source

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mercredi 16 avril 2008

réponse de Jean-Pierre Renaud et dernière réponse de Jean Fremigacci

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Mots et rapprochement de

mots pertinents ?

après la réponse de Jean Fremigacci

Jean-Pierre RENAUD

 

«Critiquez le (cet essai) mais sans m’injurier» Beaumarchais

À en juger par les mots utilisés par un historien (ridicule… ignorance abyssale...) [lire cet article], aurais-je offensé une nouvelle autorité de la critique historique ? L’histoire des historiens serait-elle à l’abri de toute critique ?

Passons ! Et revenons aux mots importants

Je rappelle tout d’abord que le sous-titre visé était : Des mots justes ? Donc avec un point d’interrogation !

 

guérilla

1 - J’ai contesté le sens donné à «guérilla» dans la phrase : «Les résistances ne peuvent s’exprimer que par la guérilla». La guérilla, dans l’acception des dictionnaires et des bons auteurs militaires (y compris Mao Tsé-Toung) est une guerre de partisans avec embuscades, ce qui ne fut pas le cas dans les colonies évoquées, au delà de celui de Madagascar, qui n’en fut pas non plus une. Il est possible d’interpréter la conquête de la grande île comme une «guerre d’opérette», mais elle mettait face à face deux petites armées, composées de milliers d’hommes, également équipées en armement moderne (canons et fusils à tir rapide), qu’il faut replacer dans le contexte des expéditions coloniales de l’époque.

Fut-elle vraiment une galéjade pour l’armée malgache et ses «honneurs» qui croyaient pouvoir pratiquer une stratégie indirecte, avec le concours efficace des deux généraux qu’étaient traditionnellement, selon Radama 1er, la fièvre et les communications ? Car il ne s’agissait évidemment pas là, comme au Soudan et au Dahomey, d’une guerre à l’échelle européenne, mais la guerre franco-chinoise du Tonkin des années 1884-1885  y ressembla beaucoup.

En ce qui concerne l’Afrique, quoi de mieux que d’inviter nos lecteurs à se reporter aux pages 149 et 151 de L’histoire générale de l’Afrique (Unesco,1987, tome VII, sous la direction de A. A. du Bohaen), pages figurant dans la partie intitulée "Initiatives et résistances africaines en Afrique occidentale de l’Ouest".

Cette analyse décrit bien des situations de résistance militaire qui n’avaient pas grand-chose à voir avec une guérilla.

 

mémoire d'effroi

2 - J’ai contesté également l’interprétation donnée à l’insurrection de 1947 : 

«Une mémoire d’effroi se constitue, longtemps refoulée du fait qu’après 1960 le pouvoir revint à des collaborateurs des Français… - ce qui rend très difficile, face à une question devenue, pour l’intelligentsia et la diaspora malgache, l’équivalent de ce qu’est l’esclavage pour les Africains et les Antillais

Ma critique porte sur le rapprochement entre l’insurrection et l’esclavage, en observant que les traumatismes de l’esclavage malgache sont beaucoup plus présents dans la mémoire malgache que l’insurrection. Le dit effroi s’inscrit beaucoup plus, à mon avis, dans l’épidémie ou la mode des victimisations mémorielles, qui escamotent la mémoire collective beaucoup plus profonde des stigmates de l’esclavage.

À ce sujet, et en premier lieu, je propose à nos lecteurs de prendre connaissance de l’éditorial intitulé "Patriotisme de pacotille", paru le 31 mars 2008 à Antananarivo dans le journal Tribune. Cet éditorial évoque précisément la mémoire de l’insurrection, pour ainsi dire inexistante, et ma foi, pour juger de l’état actuel de l’opinion malgache, le jugement d’un journaliste vaut bien celui d’un historien.

En deuxième lieu, et afin d’apprécier le sens de mes propos et l’étendue de mon ignorance abyssale, je les invite également à se reporter à un document très intéressant, intitulé L’esclavage à Madagascar - Aspects historiques et résurgences contemporaines- Actes du Colloque International sur l’esclavage, Antananarivo, 24-28 septembre 1996

Ils seront en mesure de comprendre pourquoi je continue à penser qu’il est hardi d’effectuer le rapprochement mémoriel en question.

Ces Actes constituent une somme de contributions riches et précises d’historiens malgaches, dans leur grande majorité, et ces contributions démontrent clairement que la mémoire de l’esclavage a beaucoup contribué à structurer l’histoire malgache, et qu’elle continue à le faire.

Donnons leur la parole :

"Après l’abolition de l’esclavage à Madagascar le devenir immédiat des esclaves émancipés", par G. A. Rantoandro (p. 273), et dans le dernier paragraphe de sa conclusion (p. 288) :

«L’insertion des esclaves émancipés s’annonce donc très longue : on a voulu laisser dans l’oubli un problème social dont les séquelles étaient, à l’époque, prévisibles. Même de nos jours, elles ne sont pas près de disparaître et dans les paysages et dans les représentations collectives.»

Madagascar_femme_hova
Madagascar : femme hova en filanzane

La quatrième partie des actes du colloque porte le titre "Résurgences et Séquelles" (p. 292). La plupart des études faites montrent que la stigmatisation des anciens esclaves et de leurs descendants existe toujours, et qu’elle revêt des aspects multiples, politiques, économiques, sociaux, culturels.

Citons également un extrait de la conclusion de l’étude de F. Rajaoson intitulée "Séquelles et résurgences de l’esclavage en Imerina"(p. 353).

"De ce qui précède, il convient de souligner la nécessité d’un dépassement pour une vraie libération sous-tendue par une lutte quotidienne. En effet, les combats menés sur le plan socio-économique, pour les droits de l’homme et contre l’exclusion, devraient intégrer la banalisation du parler vrai pour une réelle libération psychologique, aussi bien des Mainty que des Fotsy.    

Le dépassement des séquelles et des résurgences de l’esclavage, qui relèvent des non-dits de l’histoire de la société merina, suppose une éducation permanente des citoyens, notamment sur l’importance d’une conscience nationale devant transcender les particularités des groupes" (p. 353).

 

persistance des blessures

L’ensemble des contributions converge sur le constat de la persistance de blessures et de discriminations qui affectent les descendants d’anciens esclaves malgaches, et c’est la raison pour laquelle le rapprochement fait entre mémoire de l’insurrection et esclavage ne parait pas fondé.

Et comment ne pas noter enfin que depuis 1972, soit depuis 36 ans, arrivée d’un chef d’État marxiste au pouvoir, l’Amiral, les Malgaches ont eu maintes occasions de défoulement mémoriel ?

Quant à mon «ignorance abyssale» de l’histoire contemporaine de l’île, je renvoie l’auteur de cette appréciation louangeuse au contenu d’une contribution très documentée du même ouvrage, dont il connaît sans doute l’existence, celle de J. R. Randriamaro, intitulée, "L’émergence politique des Mainty et Andevo au XXème siècle" (p. 357).

Son analyse montre parfaitement le rôle qu’ont joué les différents partis qui les ont représentés dans les crises successives qui ont jalonné l’histoire récente de l’île. Rappelons que l’AKFM, parti marxiste, disputait alors au Padesm le même électorat prolétarien, pendant la période de la guerre froide.

Les différentes formations politiques qui se sont succédé au pouvoir ne se sont pas fait faute d’ailleurs de manipuler l’électorat des mainty et des andevos.

Le débat engagé sur la mémoire de l’insurrection et de l’esclavage a donc son importance, mais je regrette que le petit livre en question n’ait pas mentionné, sur un plan général, et sur le plan particulier de Madagascar, le mot ancêtre, un mot capital : la culture des ancêtres éclaire toute l’histoire de l’île, et encore son présent. Et à cet égard, le mot famadihana (retournement des morts), serait sans doute plus approprié, au même titre que fady, que les quelques mots populaires que l’auteur aurait pu citer, tels que ramatoa ou sakafo ! Mais conviendrait-il peut être de laisser les Malgaches s’exprimer à ce sujet.

Alors oui, je fais sans doute partie «des gens à qui il faut tout expliquer !»

Jean-Pierre Renaud
15 avril 2008

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Madagascar_guerriers_Antandroy
Madagascar : guerriers Antandroy

 

Seconde et dernière réponse

à Jean-Pierre Renaud

Jean FREMIGACCI

 

La réponse de M. Renaud est à côté de la plaque et ne fait qu'ajouter à ma consternation et à ma conviction qu'il n'a, hélas, pas la compétence nécessaire pour parler d'histoire de Madagascar.

campagne de 1895

- Sur la campagne de 1895 : où sont "les vraies batailles" que M. Renaud voit "au débarquement des troupes françaises" jusqu'à "enfin la prise de Tananarive" ?

Au lieu de répondre, il se replie sur une "stratégie indirecte" appuyée sur la fameuse référence aux généraux Hazo (la forêt ) et Tazo (la fièvre)... armes par excellence de la guérilla, comme on devait le voir en 1947.

En réalité, pas un Malgache n'ignore que la vraie résistance à la conquête coloniale a été constituée par les guérillas populaires de 1896 à 1902, des Menalamba aux Sakalava, Mahafaly, Antandroy... Je rappelle que nous ne traitons ici que du cas de Madagascar, et pas de l'Afrique, d'Isandhlwana ou d'Adoua. La référence au T. VII de l'Histoire de l'Afrique  de l' Unesco est hors de propos.

esclavage, problème interne

- Sur la question de l'esclavage, M. Renaud essaie encore de noyer le poisson et ne fait qu'ajouter de la confusion à son contre-sens initial.

Que l'on relise mon texte : je n'ai fait référence à la mémoire de l'esclavage que dans le cadre des relations entre Français d'un côté, Africains et Antillais de l'autre. Ce, pour préciser que ce problème ne se pose pas dans les relations franco-malgaches, et que la mémoire d'effroi de 1947 en tient lieu comme base de ressentiment et d'exigence de repentance vis-à-vis de la France.

Je n'ai bien entendu jamais écrit qu'il n'y avait pas de mémoire de l'esclavage chez les anciens andevo. Mais c'est là un problème interne à la société malgache, non un problème franco-malgache. Pour s'en sortir, M. Renaud mélange tout, mémoire de 1947 et mémoire de l'esclavage, en avançant une thèse plus que discutable suivant laquelle la seconde serait beaucoup plus pesante et présente que la première. La comparaison n'a en elle-même en effet aucune pertinence pour des raisons qu'il serait trop long d'exposer ici, mais que tout historien de Madagascar connaît bien.

Je me contenterai de citer deux phrases de M. Renaud. La première suscitera la colère de mes collègues malgaches (dont mes amis et anciens étudiants Jean-Roland Randriamaro et Gabriel Rantoandro cités par M. Renaud). Il s'agit de l'affirmation concernant :
- "...la mémoire de l'insurrection, pour ainsi dire inexistante, et ma foi, pour juger de l'état actuel de l'opinion malgache, le jugement d'un journaliste vaut bien celui d'un historien".

Heureusement, la seconde les fera rire. Il s'agit de :
- "...L'AKFM, parti marxiste, disputait alors au PADESM  le même électorat prolétarien pendant la période de la guerre froide".
Vraiment ? L'AKFM, parti de la grande bourgeoisie protestante d'origine surtout andriana de Tananarive, a été créé en 1958 à une époque où le PADESM avait disparu... Et son "marxisme " n'empêchait pas son chef, le Pasteur Andriamanjato, de prêcher le dimanche au très select temple d'Ambohitantely dans la Haute-ville de Tananarive. Il y est toujours, d'ailleurs.

Je m'arrêterai là, il y aurait encore beaucoup à dire...

Jean Fremigacci
16 avril 2008

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Madagascar : guerrier Sakalava

 

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Madagascar : guerrier Sakalava

 

 

articles de ce blog cités en références

- Réponse à J.-P. Renaud sur Madagascar, Jean Fremigacci :  11 avril 2008

- À propos du livre Les mots de la colonisation, Jean-Pierre Renaud : 14 mars 2008 

- Parution du livre Les mots de la colonisation : 14 janvier 2008
 

autres liens

- iconographie expédition Madagascar 1895 : military-photos.com
 

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Madagascar : guerrier Antandroy à la sagaïe

 

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vendredi 11 avril 2008

réponse de Jean Fremigacci

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réponse à J.-P. Renaud sur Madagascar

Jean FREMIGACCI

 

C'est avec consternation que j'ai pris connaissance de la note critique de J.-P. Renaud rendant compte du petit livre Les mots de la colonisation. M. Renaud s'en prend en particulier à la rubrique Insurrection malgache dont je me trouve être l'auteur. Je le cite :

"Première observation : la répression de 1947 n'a pas été occultée. À titre d'exemple, le livre de P. Boiteau paru en 1958 l'évoque longuement, et une multitude d'autres sources, notamment les journaux de l'époque..."

Cette critique est absurde : je n'ai jamais écrit que la répression de 1947 avait été occultée, mais exactement le contraire, en parlant de "Cette révolte, médiatisée dès mai 1947..." et je n'ignore rien des échos qu'elle a eu en Métropole, ayant entre autres dirigé l'excellent mémoire de maîtrise de Grégoire Pourtier sur "Les évènements de 1947 à Madagascar à travers la presse parisienne" (Paris I, CRA, 1999).

J'ai souligné en revanche le refoulement de la mémoire d'effroi de cette révolte. Je rappelle que j'ai enseigné à Madagascar de 1965 à 1988, J'y ai vécu la première commémoration de 1947 qui a eu lieu en... 1967 : le mot d'ordre gouvernemental était d'observer un pieux recueillement et le silence, il ne fallait pas diviser les Malgaches. Et à la Fac, les étudiants en Histoire se plaignaient auprès de leurs profs que leurs parents refusaient de leur parler de ce qu'ils avaient vécu en 47...

Madagascar_ancien_esclave

esclavage...

Mais une seconde critique est tout aussi mal venue. Elle porte sur ma phrase "...ce qui rend le travail des historiens très difficile face à une question devenue, pour l'intelligentsia et la diaspora malgaches, l'équivalent de ce qu'est l'esclavage pour les Africains et Antillais".

Il est d'abord ridicule de me mettre en demeure de démontrer mon affirmation à l'aide "d'enquêtes d'opinion". Car d'une part je rappelle que mon texte ne devait pas dépasser 3000 signes, d'autre part, tous les historiens savent combien 1947 a été pour les Malgaches le traumatisme majeur (voir mon article dans L'Histoire, n° 318, mars 2007 ).

Mais il est encore plus ridicule de m'objecter sentencieusement : "Quant à l'esclavage, il suffit de rappeler que c'est le pouvoir colonial qui l'a supprimé dans la grande île". Car c'est justement ce que sous-entend mon texte. J'ai déjà abordé la question (cf. la revue Sociétés & Représentations, n° 22, oct. 2006, pp. 81-91), mais il y a des gens à qui il faut tout expliquer :

1) l'esclavage est le grand reproche des Africains et Antillais à la France ;

2) à Madagascar, on ne peut utiliser ce thème, car l'esclavage, aboli par les Français, avait été une institution sociale majeure du royaume merina, lui-même importateur d'esclaves africains au XIXe siècle ;

3) dans ces conditions, c'est la répression de 1947, au besoin amplifiée par une légende noire, qui fournit matière à demande de repentance de la part du colonisateur.

Pour faire bonne mesure, J-P Renaud ajoute un point de vue totalement faux : "Une bonne [!!] enquête dirait peut-être que l'effroi véritable s'inscrirait beaucoup plus dans la mémoire des descendants d'andevo (esclaves) que dans celle des habitants actuels de l'île par rapport à l'insurrection de 1947".

C'est là, de la part de M. Renaud, montrer une ignorance abyssale de l'histoire contemporaine de Madagascar. Car les groupes statutaires dominés de la société merina (Mainty et Andevo) ont formé la clientèle du PADESM, le parti francophile ennemi des insurgés de 1947 et la mémoire d'effroi dont je parle concerne avant tout les groupes dominants Andriana et Hova.

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Madagascar, construction de la voie ferrée du lac Alaotra

En fait, c'est tout l'article de M. Renaud que je juge criticable. Laissant aux autres auteurs le soin d'y répondre, je citerai encore un exemple, le reproche que des mots malgaches comme fady ("tabou") ne figurent pas dans le livre : mais, outre le fait qu'il ne s'agissait pas de faire un dictionnaire ethnologique, s'il avait fallu citer des mots malgaches repris par les colonisateurs, bien d'autres mots se seraient imposés avant fady : fokonolona ("communauté villageoise"), ramatoa ("madame", qui prend le sens colonial de "bonne"), manafo ("homme de peine"), sakafo ("repas"), kapoaka (boite de lait Nestlé devenue la mesure du riz quotidien, 400 grammes ; "gagner sa kapoaka" = gagner sa vie), et j'en passe...

Je relève encore deux erreurs graves dans l'article de J.-P. Renaud :

- Lors de la conquête de 1895, il voit des batailles entre armées française et malgache au débarquement (??), puis lors de la remontée vers la capitale, et enfin avec la prise de Tananarive (!) : galéjade que tout cela... Toute la campagne de 1895 n'a fait que 14 tués au combat côté français (mais plus de 5000 morts de maladie, c'est une autre histoire).
Un historien malgache, Manassé Esoavelomandroso a fait justice de ces soi-disantes "batailles" voici plus de 30 ans : cf "Le mythe d'Andriba", revue Omaly sy Anio, n° 1-2, 1975, p. 43-73
. La prise de Tananarive ? 3 coups de canon et on a vu monter le drapeau blanc, les soldats sont restés l'arme à la bretelle...

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Tananarive, monument commémoratif
de la campagne de 1895

- J.-P. Renaud n' a jamais rencontré le terme d'«indigénophile» ? Dommage pour lui, il est d'un usage courant, surtout dans les années 1910-1930, dans la presse des colons de Madagascar, pour désigner péjorativement tout fonctionnaire colonial qui prend la défense des Malgaches notamment sur la question du travail forcé.

Très cordialement et sans rancune.

Jean Fremigacci

 

 

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Tamatave, la rue du Commerce

 

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Tananarive, l'avenue de la Libération

 

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mercredi 6 février 2008

Saint-Louis du Sénégal

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Saint-Louis du Sénégal

images d'une ville au passé colonial



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la rue principale de Saint-Louis, début du XXe siècle

 

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avenue de Guet N'Dar

 

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panorama

 

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rue principale el-Gothni

 

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mairie

 

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place des Cocotiers

 

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quais du fleuve Sénégal

 

 

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Saint-Louis du Sénégal - description Unesco

Fondée par les colons français au XVIIe siècle, Saint-Louis s'urbanisa au milieu du XIXe siècle. Elle fut la capitale du Sénégal de 1872 à 1957 et joua un rôle culturel et économique prépondérant dans l'ensemble de l'Afrique occidentale. La situation de la ville sur une île à l'embouchure du fleuve Sénégal, son plan urbain régulier, son système de quais et son architecture coloniale caractéristique confèrent à Saint-Louis sa qualité particulière et son identité.

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histoire de Saint-Louis

- une histoire de Saint-Louis, sur le site officiel de la ville

- un passé historique, une situation privilégiée

 

 

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cartes et plans

 

290px_Senegal_carte

 

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carte des régions du Sénégal
(source : senegalaisement.com)

 

saint_louis

 

 

- une photographie aérienne légendée (site officiel de la ville)

 

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bibliographie

 

- Saint-Louis. Mémoires d'un métissage, Jean-Pierre Biondi, Denoël, 1987

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mardi 27 novembre 2007

un regard réducteur et anachronique (Jean-Pierre Renaud)

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un regard réducteur et anachronique

sur le rôle

des officiers en Afrique coloniale

Jean-Pierre RENAUD

 

Cf. - "Les troupes de marine en Afrique à la fin du XXème siècle : le cas du Soudan français", Lieutenant Benjamin Leroy, Revue Historique des Armées, n° 247, année 2007

rha247Avant tout compte rendu de lecture et d’analyse, formulons une remarque préliminaire qui a son importance sur un tel sujet : la hardiesse d’interprétation dont fait preuve l’auteur de cet article, hardiesse qui fait plaisir de la part d’un représentant d’un monde militaire plus souvent formaté par la discipline et l’obligation de réserve. Mais il convient de voir si l’audace du propos trouve sa justification dans la solidité de l’analyse historique.

L’auteur examine rapidement la conquête du Haut-Sénégal, devenu le Soudan en 1886 [le Mali d'aujourd'hui], entre le commandement de Faidherbe, antérieur à 1870, et l’année 1894, date de l’occupation de Tombouctou. Une première réserve au sujet de l’affirmation : «Jusqu’en 1890, la France n’a pas de véritable politique coloniale, ni de perspective précise sur le long terme» (page 115). Pourquoi cette date de 1890 ? Aucune explication. Pour autant que la France ait jamais eu une politique coloniale...

 

 

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chemin de fer du Sénégal au Niger : un chef de section

Une description trop caricaturale du monde des officiers de l’infanterie et de l’artillerie de marine : «Portrait d’un marsouin de l’époque…» (p.116). «Les officiers de l’infanterie de marine sont, à cette époque et en règle générale, des hommes sortis parmi les derniers de Saint Cyr» (p. 117). «Combinant la soif d’aventures, de gloire, le nationalisme et la frustration née de la défaite, se dresse alors le portrait moyen d’un officier d’Afrique, d’un fanatique prêt à tout pour donner à la France un nouveau morceau de terre» (p. 118).

 

Le «régime du sabre (p.120)»…

«Ces coloniaux cherchent à agir comme ils l’entendent, sans en avoir à en référer à chaque instant à des supérieurs lointains ou à des civils incompétents. (p. 120)

Mais pour être efficaces, cela suppose le maintien sur place, non d’administrateurs étroitement contrôlés par le secrétariat des Colonies, mais d’officiers indépendants agissant comme de véritables despotes éclairés. La conception que les militaires se font du rôle de chef de la colonie est plus proche d’un Bonaparte Premier Consul que d’un préfet représentant le gouvernement. (p. 121)

Les relations entre administrateurs civils et militaires sont rarement bonnes, voire franchement mauvaises lors du renvoi d’Archinard

Ce mépris du civil et la prétention d’être seuls capables de juger des situations locales amènent ces hommes à la violation systématique des instructions reçues. Une attitude trop agressive risque cependant d’irriter le ministère, mais Faidherbe trouve la solution en camouflant des campagnes en mesures de sécurité, et en faisant vibrer la vieille corde française de la souveraineté territoriale. Il inaugure ainsi une tradition d’indiscipline et d’hypocrisie, où il garde toujours quelque mesure, mais qui fera remarquablement école parmi les commandants supérieurs

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Tombouctou : une compagnie de tirailleurs dans la brousse

 

Appréciations anachroniques

J’ai envie de dire à l’auteur de ces lignes : pourquoi autant d’appréciations anachroniques et d’affirmations péremptoires ?

Première remarque, l’auteur reprend à son compte la fable des derniers de Saint Cyr, mais aurait-il connaissance d’une étude sérieuse qui aurait été faite à ce sujet, notamment à l’initiative des autorités militaires ? Il faudrait qu’il cite sa source. Qui n’existe pas d’après moi, et aux témoignages d’une excellente historienne de ce domaine de l’histoire militaire et d’un colonel féru de l’histoire de son arme.

Et comment ne pas rappeler également que plusieurs des officiers qui se sont illustrés dans les campagnes évoquées n’étaient pas des cyrards, mais d’anciens polytechniciens, Faidherbe [ci-contre], Borgnis-Desbordes, Archinard, Joffre…, et queFAIDHERB d’autres officiers, appartenant eux, à la Marine Nationale, s’illustrèrent également en positif ou en négatif sur les fleuves Sénégal ou Niger.

Et que beaucoup d’entre eux, les plus jeunes, s’ils furent les derniers de Saint Cyr, affirmation non encore démontrée, s’illustrèrent dans de grands commandements au cours de la première guerre mondiale.

Deuxième remarque, la citation de la page 118 est très proche de la description de Person (p. 364), écrivant lui-même : «Si nous y ajoutons la frustration de 1870, nous aurons le portrait moyen d’un officier d’Afrique, d’un "fana", comme on disait, prêt à tout pour donner à la France un nouveau morceau de terre

Si l’auteur avait beaucoup fréquenté les livres de ces officiers, il n’aurait pas pu se livrer à une telle caricature, et s’il connaissait un peu mieux ce pan de notre histoire coloniale, il ne lui aurait pas été possible de commettre autant d’erreurs.

Car la plupart de ces officiers n’étaient pas les «fanatiques» décrits par l’auteur : ils savaient souvent écrire et bien, dessiner, étudier minutieusement les mœurs des populations locales, apprendre et parler leur langue. Ils n’étaient pas des «despotes», même éclairés. Péroz que cite l’auteur pour illustrer le rôle des officiers dans la politique coloniale, a procédé à beaucoup d’analyses, encore utiles, sur la géographie, l’histoire, les institutions des royaumes et empires du Haut-Sénégal et du bassin du Niger. Il s’est en particulier illustré par sa description très complète de l’Empire de Samory Outre le fait qu’il parlait plusieurs langues du pays !

 

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école des enfants de troupe des Tirailleurs indigènes

 

La description faite de l’attitude de ces officiers à l’égard des indigènes est un peu expéditive : elle ne tient compte, ni des situations stratégiques de conquête, ni de la réalité de la politique indigène concrète de ces officiers. Paternalisme envers les indigènes, sûrement, mépris radical pour les valeurs africaines, considérées comme barbares, certainement pas, si l’auteur avait eu une meilleure connaissance des récits de ces officiers, en citant au choix, Gallieni, Péroz déjà évoqué, Binger, Monteil, Toutée…car leur liste est longue, pour ne parler que de l’Afrique de l’Ouest.

Approximation également des propos que l’auteur tient à la page 118 : «Dans la politique coloniale menéef_tiche_bambara par les officiers des troupes de marine, il est une constante : celle du soutien quasi-systématique apporté aux fétichistes (animistes) [ci-contre : fétiche bambara],… son action est donc marquée par une profonde hostilité à l’Islam politique.»

Un jugement qui ne tient aucun compte du contexte militaire et politique du Haut-Sénégal de l’époque, les deux empires d’Ahmadou et de Samory, s’étant édifiés et continuant à s’édifier, avec des moyens qui n’avaient rien d’angélique, notamment celui de Samory, aux dépens des royaumes animistes, peuls, malinkés, ou bambaras du bassin du Niger.

Ce qui est vrai, c’est que la politique française a beaucoup tergiversé entre un accord avec les deux almamys musulmans, principaux chefs d’empire, Ahamadou et Samory et leur soumission, mais la responsabilité des gouvernements  de l’époque est à mettre en cause, peut-être plus que celle des officiers, très souvent, laissés à eux-mêmes, dans une colonie qui ne coûtait pas beaucoup à la France, sauf en morts de soldats, et qui n’intéressait pas grand monde à Paris.

Il convient de rappeler à ce sujet que Péroz a accompagné à Paris, en 1886, l’un des nombreux fils de Samory, Karamoko pour qu’il fasse connaissance avec la France, le monde moderne de l’époque, et qu’il puisse en faire témoignage à son père.

En résumé, un regard réducteur et trop souvent anachronique sur cette époque et sur le rôle des officiers.

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Soudan français (Mali), poste de Bamba

 

Troisième remarque : comment est-il possible qu’un officier puisse, en 2007, faire l’impasse sur le contexte historique de l’époque ? Mais il n’y avait pas d’administrateurs civils, et les officiers étaient les seuls à pouvoir, techniquement, exercer des commandements territoriaux. Il ne faut donc pas appeler Bonaparte et les Préfets en renfort. L’Ecole Coloniale n’existait pas encore, et elle mit beaucoup de temps pour pouvoir fournir les cadres civils nécessaires aux nouvelles colonies, qui ne s’appelaient d’ailleurs pas des administrateurs civils.

 

Le cas du docteur Colin (p. 122)

L’auteur fait un sort au cas du docteur Colin, lequel illustrerait les relations difficiles qu’entretiendraient les officiers avec les civils, épisode que l’historien Henri Brunschwig a analysé dans son livre Le Partage de l’Afrique noire.

Le docteur Colin était avant tout un chercheur d’or attiré par l’or du Bambouk et du Bouré, et s’il est vrai qu’un ministre lui donna une lettre de mission pour se rendre au Soudan, y faire ses prospections, et même y signer des traités, il faut replacer l’affaire dans son contexte historique : les troupes françaises, peu nombreuses, venaient à peine d’atteindre le Niger, à Bamako. Rien n’était encore acquis sur le plan des communications et de la sécurité de la région, et la venue d’un chercheur d’or était tout à fait prématurée, et sans doute inopportune, compte tenu de son objet. Ceci dit, le docteur Colin, selon les années, et les titulaires du commandement supérieur, fut découragé ou aidé, par exemple par Gallieni.

Je serais tenté de dire à propos de l’exemple choisi : caractère anodin.


Le «régime du sabre»
(p. 120) et la politique du fait accompli

Question sur le sous-titre «régime du sabre» : s’agit-il d’une référence à un des livres du député Vigné d’Octon ? Lequel, à la fin du XIXe siècle, s’attacha à dénoncer les exactions coloniales les plus criantes ?

Venons en à présent au discours que l’auteur tient sur la politique du fait accompli des officiers, discours assez classique, qui tient rarement compte de la réalité historique et des conditions d’exercice du commandement dans des contrées lointaines, mal reliées à la chaîne de commandement du pouvoir politique.

Je signale d’ailleurs au lecteur que les recherches historiques que j’ai13108772_p effectuées sur la période des conquêtes coloniales des années 1870-1900 sont parties de la même idée, celle d’après laquelle le concept du fait accompli expliquait une grande partie de ces conquêtes, ce qui n’est pas vrai, comme je l’ai démontré dans mon livre [ci-contre]. (1)

Ce n’est pas vrai au Soudan pour la période 1880-1888. À partir de 1888, Archinard exerça effectivement un pouvoir de proconsul, mais avec la complicité du pouvoir politique, et la ratification de ses initiatives par le gouvernement, qu’il s’agisse de la prise de Koundian, de Kankan, de Ségou, ou de Djenné. Il a fallu cinq ans à ses amis et soutiens politiques à Paris, donc complices, pour sanctionner ses multiples faits accomplis.

En ce qui concerne la prise de Mourgoula en 1882, nous renvoyons le lecteur à l’article que j’ai publié sur le blog «Etudes coloniales», intitulé «Un cas d’école au carré de l’histoire coloniale», car son classement en fait accompli n’est ni assuré, ni significatif dans les opérations de conquête du Soudan.

Il conviendrait d’ailleurs de noter que les officiers de marine sur les canonnières du Niger se sont également illustrés par leur indiscipline, renouant ainsi avec une voie largement ouverte par le fait accompli des amiraux, de La Grandière en Cochinchine, en 1867, puis Dupré au Tonkin, en 1873, et bien avant eux, en 1849,  Dupetit-Thouars à Tahiti.

Tombouctou_nouveau_march_
Tombouctou, le nouveau marché et le poste de police

L’auteur ne fait mention que du cas Boiteux, à Tombouctou. Leur indiscipline, qu’il faut toujours replacer dans son contexte historique et dans une déontologie du commandement, dépassa peut être celle des fantassins et des artilleurs. Celui de Tombouctou eut pour conclusion un des plus grands désastres humains de cette conquête.

Quatre officiers de marine, Davoust, Jaime, Hourst et Boiteux ont fait preuve d’indiscipline au cours de la période examinée, particulièrement Jaime en 1889, et Boiteux en 1893. Le mythe de Tombouctou fonctionnait à plein pour tous les officiers coloniaux, qu’ils soient fantassins, artilleurs, ou marins, mais bien au-delà des coloniaux.

bonnierLe cas de Boiteux, à la fin de 1893, est sans doute le plus emblématique, compte tenu de sa responsabilité indirecte dans la catastrophe de Tacoubao, qui, en janvier 1894, a entraîné la mort de 77 militaires, dont 11 officiers. Mais les responsabilités d’Archinard et de Bonnier [ci-contre - source] ne peuvent être écartées, compte tenu de l’ambiguïté de leurs instructions, et plus haut celles des gouvernements qui n’ont jamais donné d’instructions claires.

Outre le fait que les ministres changeaient tous les six mois ! Et que le plus souvent ils ignoraient tout de la réalité des contrées qu’on leur proposait de conquérir !

Les exemples cités pour illustrer «la violation systématique des instructions reçues» (p.123) ont un rapport limité et faible avec la réalité de la conquête militaire du Soudan. Ils ne servent que faiblement la démonstration de la thèse avancée par l’auteur.

Conclusion de notre lecture et de notre analyse du contenu, dans la forme et le fond de cet article : un survol rapide du cas du Soudan avec des observations et formulations qui sont le plus souvent dénuées de nuances dans la forme et dans le fond.

Une analyse à coups de sabre, avec la reprise des thèses développées par les historiens Yves Person [1925-1982] et Alexander Sydney Kanya-Forstner [The Conquest of Western Sudan, a study in French Militaria Imperialism, 1969, Cambridge Univ. Press], d’après lesquelles le Soudan aurait été conquis par une clique d’officiers, adeptes du fait accompli, thèses qui sont loin d’être démontrées selon les périodes examinées, et compte tenu du fonctionnement concret de la chaîne de commandement militaire et politique, avec au gouvernement des ministres qui ne prenaient pas leurs responsabilités entre 1888 et 1893. La période Faidherbe mériterait une analyse différente, compte tenu de l’époque et de la nature du pouvoir politique.

L’historien Yves Person a produit, après Péroz, une véritable somme sur Samory180px_Almamy_Samory_Tour_ [ci-contre], et il a eu le mérite de rechercher toutes les sources possibles de la tradition orale, mais on peut regretter, qu’en tant qu’historien, il ait laissé souvent courir sa plume, avec une analyse de ce qui pouvait se passer dans les têtes, et en prêtant donc des intentions, souvent orientées, aux officiers dont il a analysé l’action et les responsabilités. Quant à l’historien A.S. Kanya Forstner, dont les analyses sont souvent rigoureuses et acérées, il est possible de lui reprocher peut être sa connaissance incomplète du fonctionnement concret des colonnes et de la relation qu’elles pouvaient entretenir avec le pouvoir militaire ou politique.

Ce que l’on peut dire de façon plus modérée, comme l’a noté le grand historien Henri Brunschwig pour l’Algérie, qui appartint à la Guerre, comme la Cochinchine à la Marine, c’est que le Soudan appartint alors à l’Infanterie et à l’Artillerie de Marine, ainsi qu’aux canonnières de la marine du Niger.

Mais plus grave de la part d’un officier, une méconnaissance complète du terrain, de l’époque, des conditions concrètes du commandement, et de la relation inévitablement conflictuelle qu’entretenait ces officiers coloniaux avec le devoir d’obéissance et la liberté de commandement, problème qui conserve son actualité dans les armées modernes.

Jean-Pierre Renaud

(1)  Le vent des mots, le vent des maux, le vent du large, Jean Pierre Renaud, éditions JPR 2006.

- de Jean-Pierre Renaud, sur Études Coloniales : la parabole de la Propagande coloniale

 

 

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mosquée de Djenné (Mali)

 

 

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jeudi 15 novembre 2007

bilan chiffré des victimes de la colonisation en Afrique

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bilan chiffré des victimes

de la colonisation en Afrique ?

 

bilan ?
je recherche en vain sur internet un bilan chiffré des victimes de la colonisation en Afrique et notamment des répressions
comme il existe par exemple un bilan des guerres en Europe
ce renseignement existe-t-il?
merci de me répondre

Posté par LE HERISSE, jeudi 15 novembre 2007 à 08:59

 

 

réponse

Qu'appelle-t-on "victimes de la colonisation" ? S'il s'agit du bilan des résistances et répressions [ci-contre, Samory Touré], il n'existe pas d'estimations globales, à ma connaissance... Catherine Coquery-Vidrovitch avance dans Le livre noir du colonialisme (éd. "Pluriel" Hachette, 2004, p. 748-755) l'idée, partagée avec d'autres spécialistes,  que : "ce ne sont pas les guerres de conquête de la fin du XIXe siècle qui firent le plus de victimes. Ellessamory_toure_buste2 furent, sauf exception, courtes : la disproportion des moyens techniques mis en oeuvre fit que les pouvoirs africains résistèrent peu de temps."

Ainsi, dans son livre Le partage de l'Afrique, 1880-1914 (Denoël, 1996, p. 338-339), l'historien néerlandais Henri Wesseling évoque-t-il l'affrontement entre les mahdistes du Soudan et les troupes anglaises de Kitchener : celui ci "arriva à Omdourman, la banlieue occidentale de Khartoum. Le 2 septembre 1898, au lever du jour, la bataille s'engagea. À 11 heures 30, Kitchener rangea ses jumelles de campagne et constata que «l'ennemi avait pris une bonne raclée». Il ne se trompait pas. Dans le camp mahdiste, on dénombra 11 000 tués et 16 000 blessés. Quant à l'armée anglo-égyptienne, elle n'eut à déplorer que 48 morts et 382 blessés. Les fusils automatiques avaient une fois de plus prouvé leur utilité".

les effets induits de la colonisation

Si ce ne furent pas les guerres coloniales qui firent le plus de victimes, Catherine Coquery-Vidrovitch ajoute : "Mais il n'en alla pas de même des effets induits de la colonisation."

Il faudrait alors parler des pertes démographiques se rapportant à la période de conquête militaire et de domination coloniale, sans que les imputations causales soient évidentes à identifier.

La même auteure explique donc : "D'abord, la colonisation zanzibarite, puis la pénétration européenne massive du XIXe siècle et de la première phase coloniale firent des ravages, dus en majeure partie à l'expansion incontrôlable de grandes endémies : peste bovine introduite à la fin des années 1880, introduction probable et diffusion certaine des maladies vénériennes, expansion majeure de la maladie du sommeil, jusque'alors relativement circonscrite.(...)
Pour la fin du XIXe siècle, on a maintenant assez bien étudié le cycle infernal de la correspondance
cows_for_ibar sécheresse/famine/épizootie/épidémie qui s'attaqua à des populations fragiles, incapables de supporter un double choc, celui de la conquête en même temps qu'un cycle de sécheresses exceptionnelles à partir des années 1880-1890. En Afrique orientale, les périodes 1881-1896, puis 1899-1923 furent toutes deux caractérisées par des épidémies répétées et meutrières de choléra (dont le foyer de diffusion fut plutôt les grands rassemblements de pélerins à La Mecque). La peste bovine, sortie des steppes russes dans les années 1860, toucha d'abord l'Égypte, puis gagna le Soudan occidental en 1865. C'est surtout au début des années 1880 que du bétail infecté fut importé par les Européens en Érythrée à la fois de Russie et d'Inde. À partir de 1889, l'épizootie décima périodiquement le cheptel d'Afrique orientale et australe. En 1896, elle avait atteint la province du Cap en Afrique du Sud. (...)

D'autres maladies, comme la variole importée d'Inde et, localement, les maladies vénériennes, sans doute apportées par les Arabes, ont connu leur expnsion maximale avec le début de la pénétration coloniale : la variole, décelée au XVIIIe siècle, connut ses plus grands ravages en 1885, 1891, 1895, 1898 et 1900. Les maladies vénériennes se généralisèrent en Afrique francophone après la Première Guerre mondiale avec le retour des quelque 160 000 mobilisés. Elles furent de la même façon repérées à Nairobi à partir de 1914.

Certes, les phases de grande sécheresse climatique avaient toujours joué un rôle important, et le fléau acridien était aussi une donnée récurrente des crises de subsistance au Sahel. Mais, par son intrusion brutale, la colonisation eut une responsabilité indéniable en amont - dans la rupture de l'équilibre hommes/ressources ou bétail/ressources -, et en aval, par des incidences démographiques que l'on peut schématiser de la façon suivante : morbidité et mortalité accentuées dans la première moitié du siècle,DAFANCAOM01_30FI071N079_P paupérisation et migration vers les villes ensuite. (...)

L'essor démographique.
Celui-ci a été tardif et est, évidemment, redevable à la politique coloniale. Après la guerre, en effet, les équipements sanitaires furent largement améliorés et accompagnés d'investissements économiques (Fides, plan de Constantine) qui, aussi maladroits fussent-ils souvent, contribuèrent dans l'ensemble à améliorer le niveau de vie des populations. La politique sanitaire préventive, devenue la règle, fit brutalement baisser la mortalité infantile, jusqu'alors de plus de 250‰ à moins de 100‰, résultat quasi automatique des campagnes de vaccination. (...)
Il est donc hors de question d'accuser, après la Seconde Guerre mondiale, la colonisation de méfaits démographiques. Les efforts entrepris sont indéniables.
"

Au sujet des débuts de la période coloniale, le britannique, John IliffeIliffe, professeur d'histoire africaine à l'université de Cambridge [ci-contre], semble plus balancé dans ses considérations :
- "L'Afrique des débuts de la colonisation ne subit pas de catastrophe démographique globale d'une ampleur comparable à celles provoquées en Amérique latine et dans le Pacifique par la conquête et l'arrivée de maladies nouvelles. Les Africains s'étaient déjà adaptés à leur environnement, un de splus hostiles de la planète ; de surcroît, comme ils appartenaient aux populations de l'Ancien Monde, ils avaient déjà, à l'instar des Asiatiques, développé une certaine résistance aux maladies d'origine européenne. La variole, par exemple, fut sans doute plus destructrice en Afrique occidentale pendant la traite. Pourtant certaines régions avaient eu des contacts moindres, tandis que d'autres étaient particulièrement vulnérables en raison de la nature de leur environnement ou de l'invasion coloniale. Une telle diversité entraîna aux premiers temps de la colonisation une crise démographique, mais comme en sourdine : les peuples africains survécurent uneIliffe_couv fois de plus.

«Guerres, sécheresse, famine, épidémies, criquets, peste bovine ! Pourquoi tant de calamités successives ? Pourquoi ?» Le missionnaire François Coillard exprimait ainsi au Bulozi, en 1896, une angoisse très répandue. En elle-même, la conquête militaire ne fut sans doute pas la plus mortelle, mais elle eut, dans certaines régions, des effets dévastateurs.

Les vingt et un ans de guerre sintermittentes à l'issue desquelles les Italiens conquirent la Libye y tuèrent près d'un tiers de la population. En 1904, les Allemands réprimèrent une révolte de Herrero, dans l'Afrique du Sud-ouest, en les chassant dans le désert d'Omaheke ; un recensement de 1911 montre que seulement 15 130 d'entre eux (sur 80 000) avaient survécu. La répression, et la famine, qui vinrent à bout de la rébellion maji maji tuèrent non seulement près d'un tiers de la population dans la région, mais «réduisirent de plus de 25% la fécondité des femmes qui avaient survécu», selon une étude entreprise trente ans plus tard. En Afrique orientale, les combats entre Britanniques, Belges, Allemands et Portugais pendant la Première Guerre mondiale, eurent des effets tout aussi catastrophiques : le taux de mortalité fut effrayant chez les hommes de troupes africains - plus de 100 000 -, et le million de porteurs et de travailleurs, victimes de la maladie et de l'épuisement.

Ce furent des hécatombes exceptionnelles, mais elles montrent que la violence coloniale pouvait avoir des effets importants sur la démographie, bien que par ailleurs la conquête ait également mis un terme à de nombreuses violences locales. (...) À l'échelle du continent, la violence fut moins destructrice que la famine. Dans toute la savane tropicale, les pluies abondantes du milieu du XIXe siècle, diminuèrent durant les années 1880 : il s'ensuivit quarante ans de relative aridité avant qu'elles ne reprennent dans les années 1920. (...)

Les données démographiques fiables sont rares, mais la période qui suivit la conquête fut sans doute la plus destructrice en Afrique équatoriale, où violences, famines, variole, maladie du sommeil, maladies vénériennes et grippe survinrent en même temps. (...)

On ne sait trop si, des années 1880 aux années 1920,  la population totale de l'Afrique augmenta ou déclina : il ne fait aucun doute en tout cas que son évolution fut sans uniformité. Lui en donner une fut l'une des plus importantes conséquences de la domination coloniale" (John Iliffe, Les Africains, histoire d'un continent, éd. Champs-Flammarion, 2003, p. 295-300).

Le collectif d'auteurs qui a rédigé l'Histoire générale de l'Afrique publiée par l'Unesco en 1989, fait une large place aux résistances à la conquête coloniale. Mais à aucun moment on ne trouve de bilan chiffré des victimes de cette conquête. Au terme du volume VII, L'Afrique sous domination coloniale, 1880-1935, est formulée cette conclusion concernant l'héritage du colonialisme sur le plan social : "Le premier effet bénéfique important a été l'accroissement général de la population africaine au cours de la période coloniale. Caldwell a montré que cet accroissement s'était élevé à 37,5% environ, après un déclin initial de la population pendant les deux ou trois premières décennies de domination européenne" (p. 525).

Michel Renard

 

 

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mercredi 10 octobre 2007

Les vilaines contrevérités de Bernard-Henry Lévy (Michel Renard)

Diapositive1

 

Les vilaines contrevérités de

Bernard-Henry Lévy

Michel RENARD

 

«Guaino, il est raciste. C'est lui qui a fait le discours de Dakar, que le président Sarkozy a prononcé et qu'il a dû découvrir dans l'avion parce que Sarkozy n'est pas raciste. Discours ignoble où l'on disait que si l'Afrique n'était pas développée c'était parce qu'elle n'était pas inscrite dans l'histoire (...). Dire cela en effaçant complètement la colonisation, la destruction du pays par cette époque honteuse du colonialisme, c'est du Guaino et c'est du racisme (...). Ce discours est un discours raciste, celui qui l'a écrit est donc vraisemblablement un raciste» (Bernard-Henri Lévy, France Inter, mardi 9 octobre 2007, à propos d'Henri Guaino, conseiller de Nicolas Sarkozy).

Le texte intégral du discours de Nicolas Sarkozy est publié sur ce blog, avec quelques critiques. Nous le connaissons donc. Prétendre, comme le fait BHL, qu'il "efface complètement la colonisation" est une contrevérité flagrante. Flétrir la thèse d'une Afrique non inscrite dans l'histoire en omettant de dire que Sarkozy appelle justement les jeunes Africains à ne pas écouter "ceux qui veulent faire sortir l'Afrique de l'histoire"..., c'est une vilaine manipulation.

 

 

Voilà le passage controversé du discours de Nicolas Sarkozy :

- "Le drame de l'Afrique, c'est que l'homme africain n'est pas assez entré dans l'histoire. Le paysan africain,8998 qui depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l'idéal de vie est d'être en harmonie avec la nature, ne connaît que l'éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles. Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n'y a de place ni pour l'aventure humaine, ni pour l'idée de progrès. (...)"

Voilà le passage omis par BHL :

- "N'écoutez pas, jeunes d'Afrique, ceux qui veulent faire sortir l'Afrique de l'histoire au nom de la tradition parce qu'une Afrique ou plus rien ne changerait serait de nouveau condamnée à la servitude.
N'écoutez pas, jeunes d'Afrique, ceux qui veulent vous empêcher de prendre votre part dans l'aventure humaine, parce que sans vous, jeunes d'Afrique qui êtes la jeunesse du monde, l'aventure humaine sera moins belle.
N'écoutez pas jeunes d'Afrique, ceux qui veulent vous déraciner, vous priver de votre identité, faire table rase de tout ce qui est africain, de toute la mystique, la religiosité, la sensibilité, la mentalité africaine, parce que pour échanger il faut avoir quelque chose à donner, parce que pour parler aux autres, il faut avoir quelque chose à leur dire.
Écoutez plutôt, jeunes d'Afrique, la grande voix du Président Senghor qui chercha toute sa vie à réconcilier les héritages et les cultures au croisement desquels les hasards et les tragédies de l'histoire avaient placé l'Afrique."

aidsmom

 

 

 

Quant à la colonisation..., Bernard-Henry Lévy prend les gens pour des imbéciles. Ce thème occupe une grande partie du discours du président français.

Voilà ce que Nicolas Sarkozy a dit à Dakar à propos de la colonisation :

- "L'Afrique a sa part de reponsabilité dans son propre malheur. On s'est entretué en Afrique au moins autant qu'en Europe. Mais il est vrai que jadis, les Européens sont venus en Afrique en conquérants. Ils ont pris la terre de vos ancêtres. Ils ont banni les dieux, les langues, les croyances, les coutumes de vos pères. Ils ont dit à vos pères ce qu'ils devaient penser, ce qu'ils devaient croire, ce qu'ils devaient faire. Ils ont coupé vos pères de leur passé, ils leur ont arraché leur âme et leurs racines. Ils ont désenchanté l'Afrique.
Ils ont eu tort.
Ils n'ont pas vu la profondeur et la richesse de l'âme africaine. Ils ont cru qu'ils étaient supérieurs, qu'ils étaient plus avancés, qu'ils étaient le progrès, qu'ils étaient la civilisation.
Ils ont eu tort.
Ils ont voulu convertir l'homme africain, ils ont voulu le façonner à leur image, ils ont cru qu'ils avaient tous les droits, ils ont cru qu'ils étaient tout puissants, plus puissants que les dieux de l'Afrique, plus puissants que l'âme africaine, plus puissants que les liens sacrés que les hommes avaient tissés patiemment pendant des millénaires avec le ciel et la terre d'Afrique, plus puissants que les mystères qui venaient du fond des âges.
Ils ont eu tort.             
Ils ont abîmé un art de vivre. Ils ont abîmé un imaginaire merveilleux. Ils ont abîmé une sagesse ancestrale.
Ils ont eu tort.             

Ils ont créé une angoisse, un mal de vivre. Ils ont nourri la haine. Ils ont rendu plus difficile l'ouverture aux autres, l'échange, le partage parce que pour s'ouvrir, pour échanger, pour partager, il faut être assuré de son identité, de ses valeurs, de ses convictions. Face au colonisateur, le colonisé avait fini par ne plus avoir confiance en lui, par ne plus savoir qui il était, par se laisser gagner par la peur de l'autre, par la crainte de l'avenir.

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Brazzaville, transport d'ivoire, 1946 (source)

 

Le colonisateur est venu, il a pris, il s'est servi, il a exploité, il a pillé des ressources, des richesses qui ne lui appartenaient pas. Il a dépouillé le colonisé de sa personnalité, de sa liberté, de sa terre, du fruit de son travail.
Il a pris mais je veux dire avec respect qu'il a aussi donné. Il a construit des ponts, des routes, des hôpitaux, des dispensaires, des écoles. Il a rendu féconde des terres vierges, il a donné sa peine, son travail, son savoir. Je veux le dire ici, tous les colons n'étaient pas des voleurs, tous les colons n'étaient pas des exploiteurs.
Il y avait parmi eux des hommes mauvais mais il y avait aussi des hommes de bonne volonté, des hommes qui croyaient remplir une mission civilisatrice, des hommes qui croyaient faire le bien. Ils se trompaient mais certains étaient sincères. Ils croyaient donner la liberté, ils créaient l'aliénation. Ils croyaient briser les chaînes de l'obscurantisme, de la superstition, de la servitude. Ils forgeaient des chaînes bien plus lourdes, ils imposaient une servitude plus pesante, car c'étaient les esprits, c'étaient les âmes qui étaient asservis. Ils croyaient donner l'amour sans voir qu'ils semaient la révolte et la haine.

La colonisation n'est pas responsable de toutes les difficultés actuelles de l'Afrique. Elle n'est pas responsable des guerres sanglantes que se font les Africains entre eux. Elle n'est pas responsable des génocides. Elle n'est pas responsable des dictateurs. Elle n'est pas responsable du fanatisme. Elle n'est pas responsable de la corruption, de la prévarication. Elle n'est pas responsable des gaspillages et de la pollution.
Mais la colonisation fut une grande faute qui fut payée par l'amertume et la souffrance de ceux qui avaient cru tout donner et qui ne comprenaient pas pourquoi on leur en voulait autant.
La colonisation fut une grande faute qui détruisit chez le colonisé l'estime de soi et fit naître dans son cœur cette haine de soi qui débouche toujours sur la haine des autres.
La colonisation fut une grande faute mais de cette grande faute est né l'embryon d'une destinée commune. Et cette idée me tient particulièrement à cœur.
La colonisation fut une faute qui a changé le destin de l'Europe et le destin de l'Afrique et qui les a mêlés. Et ce destin commun a été scellé par le sang des Africains qui sont venus mourir dans les guerres européennes.
Et la France n'oublie pas ce sang africain versé pour sa liberté.             
Nul ne peut faire comme si rien n'était arrivé.             
Nul ne peut faire comme si cette faute n'avait pas été commise.             
Nul ne peut faire comme si cette histoire n'avait pas eu lieu.             
Pour le meilleur comme pour le pire, la colonisation a transformé l'homme africain et l'homme européen."

* *

 

Bernard-Henri Lévy n'a jamais lu le discours de Dakar. Il n'a retenu qu'une formule citée par les détracteurs du président français sans vérifier par lui-même. Pourquoi prétendre que Sarkozy "efface la colonisation" alors, qu'au contraire, ce dernier affirme qu'il s'agit d'une "grande faute"...? C'est lamentable. Et on ne trouve pas un journaliste pour lui rétorquer cela...

Michel Renard

 

 

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dédouaner sarkozy

Je suis un peu surprise par votre défense de Sarkozy quand on voit l'instrumentalisation qu'il fait de la question de la colonisation. Que je sache - il était au gouvernement quand la loi sur les bienfaits de la colonisation a été votée. Que dire aujourd'hui de sa politique et de la création d'un ministère de l'identité nationale. S'il veut aller au bout de son discours - qu'il nous donne d'abord le droit de vote comme il en était question lors de sa campagne électorale. Et qu'il arrête de faire du Le Pen sans Le Pen - bien à vous et merci pour la qualité de votre blog.

Fériel
commentaire, 13 octobre

 

Réponse

Je ne défends pas le discours de Dakar prononcé par Nicolas Sarkozy le 26 juillet dernier. Je ne comprends pas qu'on puisse l'évoquer publiquement sans l'avoir lu... C'est tout.
Sur ce blog, il a été publié, accompagné des critiques qu'il a soulevées. C'est un texte évidemment discutable. Mais le taxer de raciste en affirmant avec aplomb qu'il "efface complètement la colonisation" (Bernard-Henry Lévy), est un mensonge, tout simplement.
J'entendais, mercredi dernier sur une radio, Gaston Kelman, auteur notamment de Je suis noir et je n'aime pas le manioc, expliquer que le président Sud-africain Tabo M'Beki n'avait pas été choqué par ce discours. Gaston Kelman se disait, par contre, gêné par le fait que le discours s'adressait à la jeunesse alors que cette dernière veut précisément "s'éloigner de cette image de l'Afrique".
Mais, continuait-il, "quant à savoir si l'Africain a de la difficulté à entrer dans l'histoire, c'est un fait que personne ne nie aujourd'hui. C'est un fait réel qu'il y a des difficultés à s'approprier les outils du progrès, à sortir d'une certaine mythologie qui place l'esclavage, la colonisation, la mondialisation et l'Apartheid comme étant les sources de toutes les difficultés de l'Afrique à se développer. Vu sous l'angle de l'Afrique et des mythes, le Président avait tout à fait raison." (source audio)

Michel Renard

mbeki
le président Sud-africain Tabo M'Beki

 

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dimanche 23 septembre 2007

Le massacre des tirailleurs sénégalais en mai-juin 1940 (Raffael Scheck)

Diapositive1

 

Le massacre des tirailleurs sénégalais

en mai-juin 1940

un livre de Raffael Scheck (Tallandier)



présentation du livre par l'éditeur

9782847343762FSMai-juin 1940 : s'engouffrant dans la percée réalisée par ses divisions blindées, l'armée allemande déferle sur la France.
Ce Blitzkrieg fulgurant a fait l'objet de nombreux ouvrages d'histoire militaire, qui ont souligné dans l'ensemble le comportement korrekt des troupes allemandes à l'égard des populations civiles et des prisonniers de guerre. C'est oublier pourtant le sort des dizaines de milliers de soldats venus d'Afrique noire pour défendre la métropole contre les armées du Reich. Ils furent des milliers - 1 500 au moins, 3 000 sans doute - à être victimes de massacres, qu'ils aient été fusillés en groupe ou abattus isolément.
Et cela sans compter le traitement discriminatoire et souvent brutal qui leur fut infligé dès leur capture. Dans ce livre sans complaisance, l'historien allemand Raffael Scheck retrace le déroulement de ces crimes de guerre et s'interroge sur leur généalogie, faisant la part des préjugés raciaux contre les Noirs, de la peur des francs-tireurs, de la propagande haineuse des nazis et de la dynamique des combats.
Ces massacres, bien qu'ils soient connus dès le moment de leur perpétration, n'ont fait l'objet d'aucun débat public et d'aucun procès après la guerre. Leur commémoration et la recherche historique à leur sujet sont toujours restées discrètes. Ils donnent pourtant à la campagne de 1940 une dimension inédite : celle d'une guerre raciale, maillon essentiel entre les crimes de la Wehrmacht pendant l'invasion de la Pologne et les atrocités systématiques du front de l'Est.

 

biographie de Raffael Scheck

scheckRAFFAEL SCHECK est professeur d'histoire moderne de l'Europe à Colby College (Maine). Ses recherches ont porté notamment sur la Kriegsmarine et la droite allemande et sur le rôle politique des femmes sous la République de Weimar. Il s'intéresse actuellement au sort des prisonniers de guerre originaires des colonies dans les camps allemands pendant la Seconde Guerre mondiale.

 

 



- Une saison noire. Les massacres de tirailleurs sénégalais, mai-juin 1940, Raffael Scheck, Tallandier, 2007.

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lentil_2__1
Dédiée aux 18 Tirailleurs sénégalais massacrés
par les SS de la division Totenkopf, cette stèle fut décidée
par un vote du conseil municipal de Lentilly du 5 avril 1942.
Elle fut d’abord érigée sur le lieu principal des exécutions,
au "Valluy". En 2002, elle a été déplacée près de l’église du village
pour être plus visible
(source)

 

plaque_champ
Champagne-au-Mont-d’Or (Rhône), à l’angle de la N 6 et de la rue Louis-Tourte

(source)

 

 

- sur le capitaine Ntchorere, prisonnier fusillé le 7 juin 1940 à Airaines dans la SommeCHARLE43

 

 

- le "tata sénégalais" (cimetière) à Chasselay dans le Rhône

- sur les massacres de Chasselay

SETata












tata

 

- le "Tata" sénégalais de Chasselay dans le Rhône, un film de Patrice Robin et Evelyne Berruezo

 

 

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samedi 25 août 2007

Un cas d’école «au carré» sur la conquête du Soudan (Jean-Pierre Renaud)

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debout à gauche, Archinard au fort de Kita (Mali, ex-Soudan)



Un cas d’école «au carré» sur la

conquête du Soudan

Jean-Pierre RENAUD


cas d’école historique dans la méthode et dans l’interprétation, avec

la prise de Mourgoula en 1882 et de Koundian en 1889 : discipline,

fait accompli, et liberté de commandement ?


rha247
La Revue Historique des Armées a fait paraître dans son dernier numéro (n° 247, juin 2007) un article du lieutenant Benjamin Leroy,  intitulé : "Les troupes de marine en Afrique à la fin du XIXème siècle, le cas du Soudan français" (p. 114-123).

La lecture de cet article soulève beaucoup de questions, mais nous porterons pour le  moment notre attention uniquement sur une des affirmations de l’auteur, quant aux opérations militaires qu’il cite pour illustrer l’indiscipline des officiers coloniaux et leur pratique du fait accompli.

 

 

 

Citons le passage concerné :

"L’expansion coloniale est donc le fait des troupes de marine qui, peu à peu, imposent leur autonomie. À chaque campagne, la France s’engage plus loin dans la conquête, souvent sous l’impulsion des commandants supérieurs ou des officiers qui agissent sans en référer au ministère ou au gouverneur, parce qu’il faut une décision rapide ou parce qu’ils l’ont délibérément voulu. Avec une attitude de mépris et d’indiscipline calculée envers Paris, ils placent plusieurs fois le ministère et le gouverneur devant le fait accompli pour obliger le gouvernement à entériner l’avance coloniale. Comme c’est le cas avec les affaires de Mourgoula, en décembre 1882, de Koundian, en 1889, et avec la prise de Tombouctou par le lieutenant de vaisseau Boiteux". (page 119)

Qu’en a-t-il été exactement pour autant que l’on puisse proposer une approximation de la vérité historique ?


Le cadre géographique et historique :

La première affaire citée, Mourgoula, se situe le 22 décembre 1882, à l’occasion de la deuxième campagne du commandant supérieur Borgnis-Desbordes. Il en fit trois. La deuxième affaire citée, Koundian, eut lieu le 18 février 1889, au cours de la première campagne du commandant supérieur Archinard. Il en fit quatre.

1882, au tout début de la conquête du Haut Sénégal vers le bassin du Niger. Cette année là, le gouvernement donna le feu vert aux troupes de marine pour atteindre le Niger, et fonder un poste à Bamako. Cette avance continua à ébranler l’empire Toucouleur d’Ahmadou installé à Ségou, sur le fleuve Niger. Ahmadou était le fils d’Hadj El Omar, vaincu par Faidherbe dans le Fouta.

En 1889, la France était solidement installée sur le fleuve Niger et avait signé avec Samory, fondateur récent d’un nouvel empire dans le haut Niger, un traité qui lui laissait les mains libres sur la rive gauche du fleuve. La partie politique et militaire se jouait à présent entre la France et Samory.

Le tata de Koundian faisait toujours partie de l’empire Toucouleur d’Ahmadou.

La forteresse de Mourgoula, située entre Kita et Bamako, distance entre les deux d’environ 200 kilomètres, contrôlait la rivière Bakhoy, voie d’accès naturelle vers Bamako, donc d’intérêt stratégique pour un chef militaire La citadelle était tenue par un vassal féodal d’Ahmadou. Ce tata très bien fortifié, doté de trois enceintes de défense, faisait partie du dispositif militaire de contrôle des voies de communication et des territoires de l’empire déclinant d’Ahmadou, avec les forteresses de Ségou, Nioro, Mourgoula, et Dinguiraye.

Archinard_debout_Kita
la porte principale du fort de Kita (Mali, ex-Soudan), capitaine Archinard debout

Koundian était située sur le Bafing, voie d’accès naturelle vers le haut Niger, donc vers l’empire de Samory et sa capitale, à un peu plus de cent kilomètres de Kita. Dans la perspective d’une confrontation avec Samory, souhaitée par Archinard, le contrôle du tata de Koudian revêtait également un intérêt stratégique.

La stratégie de conquête du Soudan imposait donc le contrôle de ces tatas, pacifique ou non, à partir du moment où le gouvernement aurait pris la décision d’aller sur le Niger, et d’étendre ses conquêtes en amont (Samory) ou en aval  (Ahmadou) de Bamako.

Nous laisserons de côté le cas de Tombouctou, où l’indiscipline du lieutenant de vaisseau se manifeste dans un contexte de relations et d’ambitions qui complique sérieusement l’analyse du fait accompli.

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Kayes, ex-Soudan, à l'époque coloniale (carte postale ancienne)

 

Question : les prises de Mourgoula et de Koundian sont-elles à ranger dans la catégorie des faits accomplis par les deux commandants supérieurs Borgnis Desbordes et Archinard ?

L’auteur fait sans doute référence, sans la citer, au texte du grand historien Henri Brunschwig qui dans son livre Le partage de l’Afrique Noire, écrivait :

"Au cours de ces vingt ans, les militaires du Soudan imposèrent leur politique de conquête aussi bien aux Africains qu’au gouvernement français. Ils n’hésitèrent pas à engager des opérations malgré les instructions qui le leur interdisaient. Borgnis Desbordes, par exemple, s’empara par surprise, en décembre 1882, de Mourgoula, dont l’émir était ami de la France, et que le ministre de la Marine Jauréguiberry, avait explicitement ordonné de ménager. Archinard de même, en 1889, prit Koundian, dont le traité de protectorat, signé l’année précédente par Gallieni avec Aguibou de Dinguirraye, reconnaissait la souveraineté de ce dernier : mais le lieutenant colonel avait besoin d’un succès pour être inscrit au tableau d’avancement" (éd. Flammarion, p. 38).

En ce qui concerne Mourgoula, la réalité est un peu différente, et je me demande encore si Brunschwig n’a pas confondu l’épisode de Kéniera avec celui de Mourgoula. Car une colonne commandée par Borgnis Desbordes passa une première fois à proximité de la forteresse en février 1882, sans anicroche, lorsqu’elle se dirigeait vers Kéniera, au-delà du fleuve Niger, au secours des chefs de ce village. C’était la première fois qu’une colonne française franchissait le Niger. La colonne arriva trop tard. Samory avait brûlé le village et emmené les habitants en captivité.

Folle entreprise, dont la conclusion fut heureuse, et qui s’inscrivait effectivement dans la catégorie des faits non seulement accomplis, mais imprudents dans le contexte de l’époque.

Bafoulab__R_sidence
Bafoulabé (Mali, ex-Soudan), la Résidence

 

Je me suis également demandé s’il n’y avait pas eu une confusion avec la destruction du village de Goubanko, en février 1881, destruction qui dépassait les instructions données, mais qui pouvaient avoir une explication dans la nécessité absolue d’obtenir du ravitaillement, que les habitants de Goubanko  refusaient de céder. Ce ravitaillement était devenu vital pour la colonne, à plus de mille deux cents kilomètres de Saint Louis, compte tenu des pertes subies, lors de son transport sur le fleuve Sénégal.

Car la prise de Mourgoula le 22 décembre 1882 se fit sans coups de fusils (1) (Person, p. 402, sans source indiquée), uniquement parce que Borgnis Desbordes, à la tête d’une colonne militaire puissante, marchant vers le Niger et son objectif Bamako, sur instructions du gouvernement, négocia la reddition de son almamy et l’évacuation de la place par ses troupes. Person notait d’ailleurs que les Toucouleurs avaient pris possession de ce pays quarante ans auparavant.

Toutes les sources consultées concordent à ce sujet, et l’expression «s’empara par surprise, en décembre 1882, de Mourgoula», est pour le moins ambiguë, mais nul n’est à l’abri d’erreurs ponctuelles, fusse le grand historien mis en cause à ce sujet. Kanya Forstner (2) écrit que Borgnis Desbordes expulsa la garnison Toucouleur et détruisit les fortifications (p. 94) et plus loin (p. 97), il utilise le mot «capture». Le lieutenant Gatelet (3) (p. 45) relate ces faits dans son récit, rédigé à partir des rapports d’opérations des officiers.

Dire que la chute de cette forteresse fut un fait accompli des troupes de marine ne semble pas une formulation exacte, en tout cas pas dans le sens donné au concept de fait accompli, avec son élément de violence, et parallèlement avec celui d’une liberté de commandement nécessaire à un chef militaire.

Alors qu’il y eut bien fait accompli, avec usage de la force des armes avec la prise du tata Toucouleur de Koundian par Archinard en 1889. Marchand, le célèbre Marchand de Fachoda, en qualité de sous lieutenant, s’y illustra lors des combats qui précédèrent le contrôle du tata.

pirogue_sur_le_Niger
pirogue d'Européen sur le Niger (carte postale envoyée en 1909)

 

Ce "fait accompli"  soulève d’autres questions relatives :

1°) Aux relations très ambiguës qu’entretenait Archinard avec le personnel politique, qui soulèvent la question de fond : à savoir fait accompli de tel ou tel ministre, ou de tel clan colonial, ou celui du chef militaire qui exerce le commandement sur place ?

2°) À la problématique de l’obéissance militaire et de la liberté de commandement nécessaire à tout chef militaire.

Car, il convient de rappeler le contexte stratégique de l’époque en matière de communications, grandes difficultés de communication verbale dans la chaîne de commandement (ordres et comptes rendus) et matérielle (hommes, armement et ravitaillement), avec pour conséquence une grande et nécessaire liberté de commandement. Il ne faut jamais oublier que les colonnes du Soudan ne pouvaient compter que sur leurs propres forces pour réussir, et quelquefois survivre. Kita était à plus de douze cents kilomètres de Saint Louis, et à plus de trois cents kilomètres de Kayes, qui ne pouvait être ravitaillé par chalands qu’en période de hautes eaux du Sénégal.

Or la prise de cette citadelle Toucouleur entrait parfaitement dans le champ de la deuxième observation, puisqu’il était nécessaire de contrôler la voie d’accès vers les territoires du haut Niger, et vers l’empire de Samory, dont incontestablement Archinard voulait la destruction.

Almamy_Samory_Tour_
l'Almamy (chef religieux et militaire)
Samory-Touré (1830-1900)

 

Le plus surprenant dans cette affaire de citation d’exemples vrais ou supposés de faits accomplis militaires est que le grand historien Brunschwig aurait pu choisir d’autres exemples beaucoup plus éclatants d’insubordination, à rattacher au proconsulat d’Archinard, la prise de Kankan en 1891, celle de Ségou, la même année, puis celle de Djenné et de Bandiagara, l’année suivante.

Mais avec la complicité incontestable des hommes politiques, puisque tout le monde savait à Paris, Saint Louis, et Kayes, qu’il s’était procuré de gros canons de 95 pour aller prendre la forteresse de Ségou.

Une analyse minutieuse du déroulement de la conquête du Soudan marque une frontière, celle de 1888, date à laquelle Gallieni céda son commandement à Archinard.

Mais la véritable question, mentionnée plus haut, qui se pose à ce sujet est celle de savoir s’il s’agissait de faits accomplis militaires, ou politiques, ou mi-politiques, mi-militaires, avec la problématique difficile de la liberté de commandement délicate à apprécier à des milliers de kilomètres de Paris. Et même dans le cas extrême d’Archinard, il est possible de plaider en faveur de l’une des trois hypothèses.

Et pour conclusion, une question : est-ce que cette lecture de l’histoire, la citation que nous venons d’analyser, apporte une plus-value à la recherche historique sur la conquête du Soudan ?

Jean Pierre Renaud, Le vent des mots, le vent des maux, le vent du large
- Rôle de la communication et des communications
dans les conquêtes coloniales de la France- 1870-1900

 

Sources - (1) Yves Person, Samory (trois tomes), 1968 (2) Kanya-Forstner, The conquest of western Soudan A study in French  military impérialism (3) Lieutenant Gatelet, Histoire de la conquête du Soudan Français, 1901.

________________________________

 

- résumé de l'article de Benjamin Leroy (Revue Historique des Armées, n° 247, 2007)

La conquête du Soudan s’est déroulée dans des conditions particulières et cela en fait un cas à part dans l’histoire de la colonisation française car les motivations économiques sont pratiquement absentes. Le moteur de cette expansion est le nationalisme débridé des officiers des troupes de marine ; motivée par la volonté de contribuer à «la plus grande France» en lui donnant un nouveau morceau de terre. Les officiers des troupes de marine entretiennent un lien privilégié avec le Soudan et, sous plusieurs aspects, cette colonie apparaît même comme leur «chose». Ils n’ont jamais eu ailleurs une telle liberté d’action que sur ce territoire qu’ils dirigent sans partage durant les vingt premières années de la conquête. Avec une attitude de mépris et d’indiscipline calculée envers Paris, les officiers pratiquent volontiers la politique du fait accompli pour obliger le gouvernement à entériner la conquête. À bien des égards, et à l’instar des territoires militaires en Algérie, c’est le «règne du sabre», selon l’expression de l’époque, qui est le mode de gouvernement. Dans ce territoire les civils n’ont  pas leur place et les relations sont souvent tendues avec les militaires. Mais cela va progressivement prendre fin avec la mise en place du gouvernement général de l’AOF en 1899.

 

1mosqu_e_Djenn_
Djenné, la mosquée

 

 

- sur la bataille de Goubanko, cf. la communication de Martine Cuttier, (2004)

1couv

 

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Jean-Pierre Renaud
- Le vent des mots, le vent des maux, le vent du large,  éd. JPR, 2006.
-  Courriel des éditions JPR : commande@editionsjpr.fr

 

 

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vendredi 1 juin 2007

la colonisation française en Afrique noire : aspects économiques et sociaux (Marc Michel, 1985)

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Bobo-Dioulasso. Les indigènes voyagent dans le train,
Haute-Vota (1930/1960)


la colonisation française

en Afrique noire :

aspects économiques et sociaux

Marc MICHEL (1985)

 

"Le mouvement colonial français représente le stade suprême, non du capitalisme français, mais du nationalisme français", ont pu écrire Christopher Andrew et Sydney Kanya-Forstner dans un raccourci provocant et iconoclaste (1). Les travaux les plus récents sur l'Empire colonial français dans son ensemble paraissent leur donner largement raison (2). A fortiori en ce qui concerne l'Afrique noire française dont l'importance, l'utilité et la rentabilité économiques ne se sont révélées que tardivement dans ses relations avec la métropole et avec le monde.

D'ailleurs, longtemps confinée dans l'offre de ses hommes, l'Afrique noire n'acquit nullement une position de force lorsqu'elle remplaça, au XIXe siècle, les hommes par des produits qui, après tout, ne jouèrent qu'un rôle marginal dans la Révolution industrielle, pas plus que ses marchés, supposés extraordinaires, ne constituèrent des débouchés réellement décisifs. L'Afrique noire, comme le Tiers-Monde dont elle est tout de même une composante géographique essentielle, ne serait pas sortie de cette situation avant le début des années 1950 (3).

Les possessions françaises qui y étaient peu peuplées et peu favorisées malgré leur gigantisme ne pouvaient échapper à ces conditions générales, même si elles nouèrent progressivement des liens privilégiés maintenus au-delà des indépendances.

 

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Manoka. Société Nationale Camerounaise (SNC). Locomoteur
à moteur diesel sur voie de 0,60 m.
Exploitation forestière.
(1919/1945)
source : base Ulysse, Caom

 

Aussi, doit-on remarquer l'extraordinaire continuité du discours officiel de la colonisation à la décolonisation, de la "mise en valeur" au "développement", de Leroy-Beaulieu en 1891 à Albert Sarraut [photo] enAlbert_Sarraut 1923 et à René Pleven en 1944 (4). C'est la litanie du "non-développement" auquel il faudrait remédier par un effort de bonne volonté de la métropole, l'engagement de ses capitalistes et l'initiative de l'État. Très longtemps les réalités correspondirent au constat d'échec. En 1914, même si l'Empire était bien devenu le troisième partenaire commercial de la France, les colonies d'Afrique noire, elles, n'étaient pas sorties de "l'âge du comptoir", et plus de trente ans après les débuts de la "course au clocher", elles n'occupaient encore qu'une place dérisoire dans les échanges et les investissements de la métropole (5). Il ne faut donc pas s'étonner de la faiblesse, voire de l'inexistence des réalisations (ports, chemins de fer, pistes...) à la veille de la Première Guerre mondiale. Les années 1920 furent, certes, marquées par un élan de l'effort public des gouvernements locaux (puisque la métropole s'était dérobée) et de l'action privée. Fut-il brisé ou "remodelé" par la Crise (6) ?

Celle-ci eut, en effet, des conséquences à longue portée ; elle relança l'initiative de l'État métropolitain, réorienta les investissements et souda économiquement, monétairement les colonies françaises d'Afrique noire à la métropole en vue de l'établissement de ce que Sarraut appela "l'autarchie" (7). En ce sens, la crise préluda aux grandes mesures de l'après Seconde Guerre mondiale qui tendirent tout à la fois à renforcer le "bloc franco-africain" dans l'Union française et à associer les "territoires" d'Afrique et de Madagascar à une Europe reconstruite, où la France serait ainsi affermie. Dans ces conditions, la décolonisation acceptée et négociée à la fin des années 1950 fut assortie d'une véritable politique compensatoire destinée à garantir l'intégration de l'Afrique francophone dans le monde occidental (8).

 

"mission civilisatrice" et "coopération"

Un autre leit-motiv du discours officiel fut celui de l'Homme, celui de la "mission civilisatrice de la France", du "progrès" à la "coopération", là aussi un langage décelable depuis Leroy-Beaulieu jusqu'à Sarraut et de Sarraut au général De Gaulle à Brazzaville et à Georges pompidou définissant les principes de la "coopération" en 1964 (9). Que de bonnes intentions ! Et que de lenteurs, dira-t-on, dans les réalisations si l'on en juge par l'état de l'enseignement en 1919 (10) ou de la santé en 1939 (11).

Profitant de l'acquis, tout de même considérable, et d'une évolution qui fut peut-être moins affectée par la guerre qu'on ne serait porté à le croire, aiguillonnés par l'extérieur, sincèrement persuadés de la nécessité de changer les choses et convaincus de l'avenir de "l'association", les responsables d'après 1945 entraînèrent la France dans l'effort qu'elle n'avait pas effectuée jusque-là. Cela n'alla pas sans mal car beaucoup partagèrent vite la conviction qu'il valait mieux choisir "la Corrèze que le Zambèze", parodiant ainsi la retentissante prise de position de Raymond Cartier en 1956. En tout cas, les responsables métropolitains firent alors de l'Afrique noire francophone le lieu privilégié de l'aide au développement et les réalisations progressèrent effectivement à un rythme particulièrement accéléré dans les années 1950. On ne peut que remarquer que cet ultime effort "colonial" se fit en pleine décolonisation.

Au cœur de cette transformation du tissu social se posait la question fondamentale des fins dernières de la colonisation française en Afrique noire. On peut se demander, à cet égard, à partir de quand et comment elle s'était posée clairement. "La suzeraineté européenne ne devra pas être temporaire dans la majeure partie de l'Afrique" et "toutes les colonies ne sont pas destinées à s'émanciper", croyait Leroy-Beaulieu en 1891. Avait-on changé d'avis après la première Guerre mondiale ? Révéler l'indigène à lui-même, "c'est là une fin véritable de notre venue en ces pays", affirmait le gouverneur général Carde en 1930. Ce fut aussi le langage de Brazzaville en 1944 : acheminer les populations africaines vers l'accomplissement de leur "personnalité propre". En réalité, le discours officiel français à l'égard de l'Afrique noire fut une variation continuelle sur les thèmes de l'assimilation et de l'association qui masqua jusqu'au bout un esprit d'intégration que René Pleven reconnaissant à Brazzaville en soulignant que la préoccupation constante de cette conférence était "l'incorporation des masses indigènes dans le monde français".

 

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30 janvier 1944, discours de De Gaulle à Brazzaville ;
à gauche, René Pleven

Cette attitude qui imbriquait les dimensions du culturel et du politique, dut, par la force des choses, se modifier avec les indépendances. Mais, fondamentalement, elle continua à inspirer la conception officielle des relations avec les pays où s'était forgé "cet art de vivre ensemble, qu'ont créé, au cours d'une histoire qui ne fut pas sans difficultés, les Africains et les Malgaches d'une part, les Français de l'autre" (13).

Alors bien sûr, on se demande quelle fut la réponse africaine à cette solliciation continuelle. Il y eut naturellement un premier temps de résistances, résistances à l'agression physique de la conquête, résistances à l'agression sociale de l'installation de l'État colonial. Mais, elles eurent aussi, naturellement, leur correspondance dans une collaboration dont les dimensions et la signification socio-culturelle furent peut-être plus importantes encore pour l'avenir (14). Cette collaboration, dans sa phase assimilationniste, culmina dans doute avec Blaise Diagne (15). À son tour, elle suscita des rejets d'abord intellectuels puis politiques et enfin parfois passionnels mais ces rejets n'ont pas gommé l'imprégnation socio-culturelle - le problème de l'héritage colonial étant, finalement, la mesure entre le rejet et l'adhésion.

Marc Michel, professeur à l'université en Provence
in L'Afrique noire depuis la conférence de Berlin,
publications du Cheam (diff. Documentation française), 1985, p. 121-124.

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- source de la photo-titre : base Ulysse, Caom

_______________________________

(1) Andrew C. et Kanya-Forstner S., "The french Colonial Movement during the Third Republic. The unofficial mind of imperialism, Transactions of the Royal Historical Society, 5th series, vol. 26, 1976, p. 148.
(2) Marseille Jacques, Empire colonial et capitalisme français. Histoire d'un divorce, A. Michel, 1984.
(3) Bairoch Paul, "Le bilan économique du colonialisme, mythes et réalités", in Histoire et sous-développement, éd. par Leiden Center for the History of European Expansion et la Maison des Sciences de l'Homme, Paris, 1980, p. 35-39.
(4) Leroy-Beaulieu Paul, De la colonisation chez les peuples modernes, 3e éd. 1891 ; Sarraut Albert, La mise en valeur des colonies françaises, 1923 ; Discours de René Pleven à l'ouverture de la Conférence Africaine de Brazzaville, le 30 janvier 1944.
(5) Michel Marc, L'Appel à l'Afrique, contributions et réactions à l'effort de guerre en A.O.F. 1914-1918, Publications de la Sorbonne, 1982 ; et Coquery Catherine, "L'économie coloniale en Afrique noire : le financement et la “mise en valeur“, 1900-1940. Méthodes et premiers résultats", in Eighth International Economic Congress, Budapest, 1982, republié dans les Études africaines offertes à Henri Brunschwig, École des Hautes Études en Sciences Sociales, 1982.
(6) L'Afrique et la crise de 1930 (1924-1938), colloque de l'université Paris VII publié par la Revue française d'Histoire d'Outre-Mer, n° 232-233, 3e et 4e trim., 1976.
(7) Marseille J., op. cit., p. 187 et sq ; et Poquin J.-J., Les relations économiques extérieures des pays d'Afrique noire de l'Union française (1925-1955), A. Colin, 1957.
(8) Michel Marc, "La coopération intercoloniale en Afrique noire, 1942-1950 : un néo-colonialisme éclairé ?" in Relations Internationales, n° 34, été 1983, p. 155-171.
(9) Discours sur la coopération prononcé par Georges pompidou, Premier ministre, devant l'Assemblée nationale, 10 juin 1964.
(10) Bouche Denise, L'enseignement dans les territoires française de l'Afrique occcidentale. Mission civilisatrice ou formation d'une élite ? Thèse d'État, Paris, 1974.
(11) Domergue-Cloarec Danielle, La santé en Côte d'Ivoire, 1900-1962. Mythes et réalités, thèse d'État, Poitiers, 1984.
(12) Articles de Raymond Cartier dans Paris-Match en août et septembre 1956. Sur l'opinion, voir Ageron Ch.-Robert, "L'opinion publique face aux problèmes de l'Union française", communication au colloque sur les Prodromes de la décolonisation de l'empire français (1936-1952), 4-5 octobre 1984, Institut d'Histoire du Temps Présent.
(13) Les accords de coopération entre la France et les États africains et malgache d'expression française, La Documentation française, 1964, préface de Jacques Foccart.
(14) Sur les problèmes des "résistances" et des "collaborations", voir en particulier les Études Africaines offertes à Henri Brunschwig, op. cit., 5e partie (articles de Jean Suret-Canale, Chhristophe Wondji et Charles Owana sur l'Afrique francophone) et surtout Brunschwig Henri, Noirs et Blancs dans l'Afrique noire française, Flammarion, Nouvelle bibliothèque scientifique, 1983.
(15) Sur Diagne et les "évolués" assimilationnistes, voir Johnson W.-R., The emergence of Black Politics in Senegal, The Struggle for Power in the Four Communes (1900-1920), Stanford, 1971 ; et Crowder Michael, Senegal, A study in French Assimilation, Methuen, 1967. Sur l'A.E.F., Mbokolo Elikia, "Forces sociales et idéologies dans la décolonisation de l'A.E.F.", in Journal of Africain History, 22 (1981), p. 393-407.

Sur les suites politiques, Benoist Joseph-Roger (de), L'Afrique Occidentale Française de 1944 à 1960, Les Nouvelles Éditions Africaines, 1982.

 

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Boutilimit (Mauritanie), la visite au dispensaire (1930/1960) - source : Caom

 

 

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