lundi 14 janvier 2008

mots de la colonisation

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parution du livre

Les mots de la colonisation

Sophie DULUCQ, Jean-François KLEIN, Benjamin STORA



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Cet ouvrage est centré sur la colonisation des XIXe et XXe siècle, qui a façonné la France contemporaine et sa relation à de nombreux pays du Sud. L'étude des discours constitue une entrée privilégiée dans la compréhension de ce passé tumultueux. À travers l'analyse d'une centaine de mots - ceux des colonisateurs comme ceux des colonisés, mots de l'historiographie spécialisée aussi -, où se côtoient bled et brousse, nègre et néocolonialisme, opium et otages, ce kaléidoscope linguistique veut permettre au lecteur d'appréhender la variété et la complexité des situations coloniales.

Sophie Dulucq, professeure à l'université de Toulouse 2 (Afrique)

Jean-François Klein, maître de conférence à l'Inalco (Indochine)

Benjamin Stora, professeur à l'Inalco (Maghreb)

 

- Les mots de la colonisation, dir. Sophie Dulucq, Jean-François Klein, Benjamin Stora, Presses universitaires du Mirail (Toulouse), 2008.

 

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Avant propos

Le passé colonial constitue l’un des points de cristallisation de la réflexion fébrile qui s’est nouée çà et là autour de l’«identité nationale», au sein d’une société française éminemment diverse dans ses origines. Ainsi en atteste la virulence de débats récents autour de la loi du 23 février 2005, du manifeste des «Indigènes de la République» et des dangers de la «repentance», ou à propos des traumatismes laissés par l’esclavage. Or, on le pressent, les souvenirs de la colonisation ont laissé des traces fort inégales : l’Algérie y occupe une place centrale alors que des pans entiers de ce passé n’apparaissent plus qu’en demi-teinte – par exemple l’Afrique subsaharienne – ou sombrent quasiment dans l’oubli – comme pour l’Indochine, Madagascar ou l’Océanie française.

Pourtant, il y a moins de cent ans, durant l’apogée de l’entre-deux-guerres, cet empire colonial compte près de 100 millions d’habitants, couvre plus de 12 millions de km2 et s’étend sur quatre continents. A la suite des guerres napoléoniennes, le premier domaine colonial, constitué entre le XVIe et le XVIIIe siècle, s’est retrouvé en grande partie démantelé, réduit à quelques «vieilles colonies» que Louis XVIII et Charles X récupèrent tant bien que mal (Antilles, comptoirs de l’Inde et de la côte d’Afrique, la Réunion et quelques archipels de l’Océan indien). Mais la France – comme la plupart des puissances européennes – connaît un second souffle colonial lié, en grande partie, au développement du libéralisme, au retour du patriotisme de drapeau et, surtout, aux besoins de la révolution industrielle. Cette vague, née en 1817, prend de l’ampleur sous la Monarchie de Juillet et le Second Empire pour déferler dans les années 1880-1900. Les conquêtes se succèdent, de l’Algérie (soumise entre 1830 et 1870) au Tonkin et en Annam (de 1883 à 1885), de la Polynésie (1843) à la Nouvelle-Calédonie (colonisée en 1853), de la boucle du Niger à Madagascar (dominés dans la décennie 1890), en passant par la Tunisie et le Maroc (établissement de protectorats, respectivement en 1881 et en 1912). On assiste à la naissance d’un véritable système impérial interconnecté à la métropole grâce aux nouveaux moyens techniques de l’époque. Systématiquement exploité sur le plan économique, l’Empire devient aussi un élément central de l’identité, de la puissance et de la modernité française. C’est cette colonisation des XIXe et XXe siècles qui se trouve être le cœur du présent ouvrage.

Aujourd’hui, le jeu de mémoires souvent antagonistes braque le projecteur sur tout ce pan, un temps négligé, de l’histoire nationale. Les historiens du fait colonial n’ont pourtant jamais cessé de travailler ces questions depuis des décennies. Spécialistes de la «première» colonisation (XVIe-XVIIIe siècles) ou de la «seconde» colonisation (XIXe-XXe siècles), historiens de l’Algérie, des Antilles, de l’Afrique, de l’Indochine, etc., ils ont réussi à accumuler une somme de connaissances approfondies sur le système colonial français et sur l’émergence de sociétés «impériales» (incluant colonisés et colonisateurs), sur la diversité des populations dominées et sur leurs réponses à la présence européenne. Ils ont également contribué à mettre en évidence la complexité d’un phénomène historique protéiforme et ambivalent. Cependant, force est de constater que ces savoirs historiens se sont finalement peu ou mal diffusés hors des cénacles de spécialistes : le cloisonnement des domaines de compétence, ainsi que la faiblesse générale de la demande sociale sur les questions coloniales, ont durablement marginalisé les recherches en histoire de la colonisation.

À partir des années 1960-70, la structuration des laboratoires autour d’«aires culturelles» a limité la recherche collective : l’Empire français s’est bien sûr étendu à tous les continents, mais les chercheurs, rattachés à tel laboratoire d’études «africaines», «maghrébines» ou sur l’«Asie du Sud-Est», ont peut-être parfois perdu de vue l’intérêt qu’il y a à analyser la domination coloniale dans sa globalité. L’actuel regain d’intérêt pour le passé impérial fournit donc l’occasion de renforcer le dialogue entre spécialistes de diverses « expériences » coloniales particulières, de rapiécer, dans le champ du savoir, les morceaux épars de l’Empire français – et ce, non pas dans la perspective de lever le «tabou colonial» qui pèserait sur la société française (tabou largement fantasmé), mais dans la volonté de diffuser auprès d’un large public des connaissances rigoureuses.

Les Mots de la colonisation se proposent donc de participer à ce chantier collectif déjà bien amorcé. Contrairement à un dictionnaire, cet ouvrage n'a pas de prétention à l'exhaustivité, mais il incite à la réflexion à partir d’une sélection – forcément réduite – de termes qui ont tissé la trame coloniale. Dans l'esprit de la collection, nous avons choisi de faire entendre des vocables effectivement en usage au temps des colonies, si datés ou péjoratifs qu'ils puissent paraître aujourd'hui («nègre», «race», «mission civilisatrice»…), mais également de mettre en évidence certains termes qui ont permis aux chercheurs de penser le fait colonial («situation coloniale», «impérialisme»…).

La plupart des termes qui composent ce lexique ont été utilisés d’un bout à l’autre de l’empire français ; à l’inverse, certains des mots retenus ont prospéré dans des espaces plus délimités, en Indochine, au Maghreb ou en Afrique subsaharienne ; d’autres, enfin, correspondent à des notions que manient actuellement les historiens lorsqu’ils analysent l’histoire coloniale de la France. Certaines entrées sont plus descriptives, d’autres plus conceptuelles. Si nous avons essayé de maintenir la balance entre les trois grands pôles de l’Empire – Maghreb, Indochine, Afrique –, ce choix nous a sans doute conduits à évoquer un peu vite les «vieilles colonies» (Antilles, Réunion, Inde) ou les établissements français du Pacifique. En revanche, nous avons veillé à tenir à part égale les approches relevant de l’histoire politique, économique et sociale, tout en réservant une place importante à l’histoire culturelle de la colonisation, chantier historiographique fort dynamique depuis plusieurs années.

L’équilibre de ce petit lexique s’établit au carrefour des mots d’alors et des mots d’aujourd’hui, dans une réflexion sous-tendue par les débats historiographiques en cours. Cette sélection induit des rapprochements parfois incongrus ou cocasses, où se côtoient l’«opium» et l’«outre-mer», où le «broussard» d’Afrique occidentale rencontre la «congaï» vietnamienne. Le télescopage des mots doit permettre une initiation originale à l’histoire de la colonisation et le lecteur saura se frayer son propre chemin dans l’ouvrage. Selon leurs centres d’intérêt, certains s’arrêteront sans doute aux entrées consacrées à telle ou telle partie de l’Empire français ; d’autres choisiront de commencer par les articles les plus généraux, intéressant l’ensemble du domaine colonial ; d’autres enfin préféreront justement de se laisser porter par les associations inattendues, imputables au seul ordre alphabétique.

Puisse ce petit ouvrage fournir un outil de travail commode aux étudiants d’histoire, de science politique, de lettres (etc.), aux enseignants du secondaire et au large public intéressé par ces questions. Puisse-t-il aussi proposer un point d’entrée dans l’histoire contemporaine de la France, dont la dimension coloniale, loin de constituer un épiphénomène, fait partie intégrante de l’histoire nationale. Gageons enfin que ce kaléidoscope de mots contribuera à faire saisir la complexité et la variété des situations coloniales passées.

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Sous la coordination de Sophie Dulucq, Jean-François Klein et Benjamin Stora, une équipe d’une quarantaine de spécialistes de la colonisation française a été mise à contribution pour la rédaction de ce livre. La longueur de la liste des contributeurs est un bon indice de la richesse, du dynamisme et du renouveau de l’histoire de la colonisation, mais aussi de la constance et de la continuité de la recherche en ce domaine :

Robert Aldrich, Pascale Barthélémy, Hélène Blais, Claude Blanckaert, Hubert Bonin, Bénédicte Brunet La Ruche, Jean-Pierre Chrétien, Alice Conklin, Henri Copin, Christine Deslaurier, Bernard Droz, Guy Durand, Jacques Frémeaux, Jean Fremigacci, Ruth Ginio, Odile Goerg, Philippe Haudrère, Daniel Hémery, Anne Hugon, Grégory Kourilsky, Hélène Lavois, Philippe Le Failler, Sarah Mohamed-Gaillard, Patrice Morlat, Aurélie Roger, Laurence Monnais, Nguyên Thê Anh, Philippe Papin, Claude Prudhomme, Alain Ruscio, Nathalie Rezzi, Oissila Saaïdia, Francis Simonis, Emmanuelle Sibeud, Pierre Singaravélou, Marie-Albane de Suremain, Isabelle Surun, Frédéric Turpin, Frédéric Thomas, Pierre Vermeren, Laurick Zerbini.

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Soudanite

Le mot est utilisé à partir des années 1890 pour désigner une maladie aux contours flous, caractérisée par des malaises de nature variée – tant physiques que psychiques –, qui touche militaires, colons etla_soudanite fonctionnaires européens en poste dans les cercles reculés du Soudan. Ce syndrome mal défini est imputé aux effets conjugués du climat tropical, des fièvres et de la solitude qui assaillent l’homme blanc isolé au milieu des Noirs. L’alcool a sans doute sa part dans les assauts de ce mal des tropiques, même si l’on minimise systématiquement ses effets. Quoi qu’il en soit, la menace de la soudanite renforce encore la stature héroïque des pionniers de la colonisation, décidemment prêts à tous les sacrifices.

Voir BrousseBroussard

 

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une factorie de brousse, Mali
(source Caom)

 

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une fumerie d'opium, Annam, 1931 (source Caom)

 

 

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jeudi 5 juillet 2007

exposé : la colonisation française en Afrique

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exposé :

la colonisation française en Afrique

aide pour traiter le sujet



À la suite de plusieurs demandes de "plans" pour des exposés sur la colonisation française en Afrique, nous proposons les éléments d'aide suivants. Il est impossible de définir un plan passe-partout, pour deux raisons :

- 1) Généralement, le sujet est plus précis que cet énoncé : la colonisation française en Afrique. Cette Afrique, pour commencer, comprend-elle le Maghreb, ou bien ne recouvre-t-elle que l'Afrique "noire" ? Ensuite, le sujet peut évoquer les différentes phases de l'expansion, les motifs et idéologies de la colonisation, les modalités de domination et d'administration, les résistances aux Européens, ou encore des aspects particuliers (rapports avec les "indigènes", économie, influences culturelles, etc...), la confrontation avec d'autres puissances coloniales, les conditions d'émancipation des peuples colonisés... Le plan doit donc varier en fonction du sujet fourni et/ou de l'accent que veut lui donner l'auteur.

- 2) Un sujet de travail (exposé, dissertation, dossier...) est soumis avec l'objectif que celui qui le traitera devra rechercher des informations, mobiliser des connaissances, trier des références, réfléchir à une démonstration lui-même... C'est tout l'intérêt formateur de ce type d'exercice. Permettre à celui qui y est astreint, de faire l'économie de ces tâches est contre-productif. Par contre, il est du devoir de ceux qui disposent d'une certaine connaissance de ce sujet, d'aider les autres à en acquérir eux-mêmes, sans se substituer à leur responsabilité dans le traitement final du sujet.

Études Coloniales

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village de Karal (Tchad) : le ""tata"" [tam-tam] du chef du canton - Scène de fête.
Le chef de canton (homme aux lunettes noires) préside avec à ses côtés une femme coiffée
du casque
colonial, décembre 1951 (source : Caom, base Ulysse)



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quelques tables des matières d'ouvrages d'histoire

relatifs à la colonisation française en Afrique

 

- Histoire générale de l'Afrique. VII - L'Afrique sous domination coloniale, 1880-1935, collectif, dir. duabcouv7 volume, A. A. Boahen (Ghana), Unesco, 1989.

chap. premier
L'Afrique face au défi colonial
chap. 2
Partage européen et conquête de l'Afrique
chap. 3
Initiatives et résistances africaines face au partage et à la conquête
chap. 4
Initiatives et résistances africaines en Afrique du Nord-Est
chap. 5
Initiatives et résistances africaines en Afrique du Nord et au Sahara
chap. 6
Initiatives et résistances africaines en Afrique occidentale de 1880 à 1914
chap. 7
Initiatives et résistances africaines en Afrique orientale de 1880 à 1914
chap. 8
Initiatives et résistances africaines en Afrique centrale de 1880 à 1914
chap. 9
Initiatives et résistances africaines en Afrique méridionale
chap. 10
Madagascar de 1880 à 1939 : Initiatives et résistances africaines  à la conquête et à la domination coloniales
chap. 11
Le Libéria et l'Éthiopie, 1880-1914 : la survie de deux États africains
chap. 12
La Première Guerre mondiale et ses conséquences
chap. 13
La domination européenne : méthodes et institutions
chap. 14
L'économie coloniale
chap. 15
L'économie coloniale des anciennes zones françaises, belges et portugaises (1914-1935)
chap. 16
L'économie coloniale : les anciennes zones britanniques
chap. 17
L'économie coloniale : l'Afrique du Nord
chap. 18
Les répercussions sociales de la domination coloniale : aspects démographiques
chap. 19
Les répercussions sociales de la domination coloniale : les nouvelles structures sociales
chap. 20
La religion en Afrique pendant l'époque coloniale
chap. 21
Les arts en Afrique à l'époque de la domination coloniale
chap. 22
Le nationalisme africain et le colonialisme, 1919-1935
chap. 23
La politique et le nationalisme en Afrique du Nord-Est, 1919-1935
chap. 24
La politique et le nationalisme en Afrique au Maghreb et au Sahara, 1919-1935
chap. 25
La politique et le nationalisme en Afrique occidentale, 1919-1935
chap. 26
La politique et le nationalisme en Afrique orientale, 1919-1935
chap. 27
La politique et le nationalisme en Afrique centrale et méridionale, 1919-1935
chap. 28
L'Éthiopie et le Libéria, 1914-1935 : deux États africains indépendants à l'ère coloniale
chap. 29
L'Afrique et le nouveau monde
chap. 30
Le colonialisme en Afrique : impact et signification

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- L'Afrique occidentale au temps des Français. Colonisateurs et colonisés (vers 1860-1960), dir. Catherine Coquery-Vidrovitch, La Découverte, 1992

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Introduction
Le pays, son passé, ses cultures

Facteurs communs
1. Les changements sociaux
2. Quel passé pour l'Afrique ?
    2.1 De l'histoire coloniale à l'histoire africaine (1912-1960)   
    2.2 L'histoire de l'Afrique occidentale enseignée aux enfants de France
3. L'armée coloniale en Afrique occidentale française
4. Géopolitique de la colonisation
5. La politique économique coloniale
6. L'islam sous le régime colonial

"États coloniaux"
7. Sénégal-Soudan (Mali) : deux États pour un empire
8. La Mauritanie de 1900 à 1961
9. Le Niger
10. La Haute-Volta (Burkina-Faso)
11. La Côte d'Ivoire
12. La Guinée
13. Le Dahomey (Bénin)
14. Le Togo

 

 

- Pour en finir avec la colonisation, Bernard Lugan, éd. du Rocher, 2006Lugan_couv_livre.

Préambule : réflexions sur le débat colonial

Première partie :
De l'Afrique ignorée à l'Afrique approchée (du XIVe siècle à 1884)
chap. 1
Les Européens du XIVe siècle à 1800
chap. 2
Les Européens et l'Afrique du Nord de 1800 à 1870
chap. 3
Les Européens et l'Afrique Noire de 1800 jusqu'au Congrès de Berlin (1884)
chap. 4
Les explorations

 

Deuxième partie :
De l'Afrique partagée à l'Afrique dominée (1885 à 1914)
chap. 5
La colonisation française, une grande idée de gauche
chap. 6
La création de l'empire colonial français
chap. 7
La colonisation britannique ou l'impérialsime sans complexe
chap. 8
L'Allemagne entre le refus de la colonisation et la "place au soleil"
chap. 9
Les autres nations coloniales (Belgique, Portugal, Espagne et Italie)

Troisième partie :
De l'apogée du système colonial à l'amorce de la décolonisation (1914 à 1945)
chap. 10
Le premier conflit mondial en Afrique et ses conséquences
chap. 11
Les années 1919-1939 ou la transition
chap. 12
Le second conflit mondial et ses conséquences

Quatrième partie :
L'Afrique libérée (1945 à 1975)
chap. 13
La décolonisation française
chap. 14
La déchirure algérienne
chap. 15
La décolonisation britannique
chap. 16
Les autres décolonisations

Cinquième partie :
La colonisation en débats
chap. 17
Les doctrines coloniales
chap. 18
La France fut-elle ruinée par ses colonies ?
chap. 19
Les colonies africaines ne furent pas de bonnes affaires pour les colonisateurs
chap. 20
Les véritables responsabilités de la colonisation

Conclusion
De la colonisation de l'Afrique à la colonisation de l'Europe



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- L'Afrique et les Africains au XIXe siècle, Catherine Coquery-Vidrovitch, Armand Colin, 1999.

Le chapitre 6 de cet ouvrage est consacré à "l'intervention coloniale". Voici sa composition :Afrique_XIXe_couv

1 - Les débuts de l'impérialisme colonial en Afrique noire
2 - La genèse de l'administration coloniale
3 - L'achèvement des conquêtes coloniales
    3.1 - En Afrique de l'Ouest
    3.2 - En Afrique centrale
4 - Les résistances
    4.1 - Arabes, Swahili et Nyamwezi : la révolte de Pangani et le soulèvement d'Abushiri
    4.2 - L'union imprévue : la révolte shona et ndebele de 1896
5 - L'Algérie. De la conquête à la colonisation
    5.1 - Conquête et colonisation de peuplement
    5.2 - Une résistance nationale ? D'Abd el-Kader aux Kabyles
    5.3 - La misère algérienne

Signalons que Catherine Coquery-Vidrovitch ne traite, dans ce livre, que du XIXe siècle. Dans ce cadre, "S'il fallait, dans la première moitié du XIXe siècle, souligner l'importance des impacts nouveaux, les avatars de l'islam en Afrique du Nord et son expansion au sud de Sahara (...) apparaissent sur le plan interne un acteur autrement puissant que l'impact occidental" (p. 9).




- L'empire triomphant, 1871/1936 - 1. Afrique occidentale et équatoriale, Gilbert Comte, éd. Denoël, coll.Gilbert_Comte_couv "L'Aventure coloniale de la France", 1988.

Première partie : la conquête
1 - Les Républicains et le "groupe colonial"
2 - La marche de Gallieni vers le Soudan
3 - La longue poursuite de Samory
4 - Sur le Niger et dans la forêt ivoirienne
5 - Du royaume de Béhanzin aux confins sahariens
6 - Brazza aux mains nues sur le Congo
7 - La remontée de Gentil vers le lac Tchad
8 - Foureau et Lamy à travers le Hoggar
9 - La course ensanglantée de la colonne Voulet-Chanoine
10 - La défaite de Rabah et le massacre des vaincus

Deuxième partie : la colonisation
1 - La mise en place des structures
2 - L'opinion métropolitaine face aux scandales du Congo
3 - Mercantilisme et réformisme
4 - Dans les tranchées de l'Europe en guerre
5 - Bastions allemands en Afrique
6 - À la recherche d'une doctrine
7 - Apothéose au bois de Vincennes

______________________________________

 

cartographie

 

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Afrique subsaharienne en 1880 - principaux États
et empires africains (en rouge)

 

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carte de l'Afrique colonisée en 1914



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la décolonisation des pays d'Afrique



- source des trois cartes : cabinda.org/histoire

 

 

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jeudi 28 juin 2007

Protectionnisme et expansion coloniale

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Protectionnisme et expansion coloniale

Henri BRUNSCHWIG (1960)

 

Ce fut Bismarck qui, le premier, en 1878, proposa au Reichstag un tarif protectionniste. Il était, à ce moment-là encore, résolument hostile à l'expansion coloniale. Aucun des députés qui intervinrent dans la discussion n'y fit allusion et l'Allemagne ne s'y décida que cinq ans plus tard, en avril 1884. Lorsqu'en juin 1885, Bismarck définit son système colonial, il ne mentionna pas davantage le protectionnisme, pas plus redditionque Jules Ferry en juillet de la même année.

Ferry avait inauguré la politique impérialiste de la France par l'expédition de Tunis, en 1881. Mais ce fut seulement en 1892 que la France s'engagea dans le protectionnisme par le vote du tarif Méline. À ce moment, le tarif Mac Kinley (1890) avait déjà fait passer les Etats-Unis dans l'orbite protectionniste, mais ils attendirent ensuite huit ans pour se livrer à l'impérialisme en enlevant aux Espagnols leurs colonies de Cuba, de Porto-Rico et des Philippines (1898). Et ce ne furent pas les milieux économiques qui préconisèrent ces interventions. Quant à l'Angleterre, à la Belgique et aux Pays-Bas, ils ne renoncèrent pas au libre-échange, ce qui ne les empêcha pas d'acquérir des colonies.
Cette simple confrontation des dates induit en méfiance à l'égard de la filiation du protectionnisme à l'expansion coloniale.

Jules Ferry explique que la fermeture des marchés des États devenus protectionnistes obligeait ceux qui ne l'étaient pas à rechercher des débouchés ailleurs. Mais sur quoi se fondait-il ? La vérification était cependant facile : l'Allemagne appliqua son tarif protectionniste à partir de 1879. La France resta libre-échangiste jusqu'en 1892. Reportons-nous au Tableau général du Commerce de la France : nous y voyons que le commerce général de la France avec l'Allemagne passa de 882,8 millions de francs en 1878 à 883,9 en 1879, à 945,5 en 1880, à 981 en 1881 et à 993,2 en 1882.

Si nous considérons le rapport entre importations et exportations, nous constatons que la France continua d'importer plus qu'elle n'exportait. Les deux courbes restent parallèles jusqu'en 1885. Ensuite, la France rétablit peu à peu l'équilibre et, de 1892 à 1908, elle exporte plus qu'elle n'importe. À cause du tarif Mélinecouverture de 1892 ? Peut-être, mais à partir de 1910 et malgré le relèvement de ce tarif, le commerce fut de nouveau déficitaire pour la France. Les tarifs douaniers sont des armes à double tranchant et leur action ne peut être que très brève ; des négociations, qui les émoussent, s'imposent ensuite, si l'on veut éviter des guerres douanières dommageables aux deux partenaires.

La courbe des échanges entre la France et l'Allemagne est grossièrement parallèle à celle entre la France et l'Angleterre ; celle-ci accuse seulement des mouvements d'une plus grande amplitude. L'Angleterre, cependant, resta libre-échangiste.

Si l'on considère enfin la courbe du commerce général de la France au cours de cette période de 1875 à 1914, on y trouve bien des chutes, correspondant aux crises économiques générales, dont n'avons pas à traiter ici. Mais, des arguments en faveur de la thèse selon laquelle le débouché colonial est venu pallier les déficiences du commerce ? Point. L'expédition de Tunisie eut lieu en 1881, au moment où le commerce général atteignit les chiffres les plus élevés depuis 1870. La conquête de Madagascar en 1895, les interventions  au Maroc après 1905, se situèrent à des moments où le commerce était en pleine expansion. Seule la conquête du Tonkin, entre 1883 et 1885, correspondit à une période de baisse. Dans l'ensemble, il apparaît que l'expansion coloniale ne s'inscrivit pas sur la courbe du commerce extérieur.

Henri Brunschwig,
Mythes et réalités de l'impérialisme colonial français, 1871-1914,
A. Colin, 1960, p. 82-83

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les conquêtes coloniales

ne doivent rien au capital financier

Jacques MARSEILLE (1984)

 

Rien ne prouve que Jules Ferry avait un plan d'ensemble quand il décida en 1881 et 1882 l'intervention de la France en Tunisie et au Tonkin. Il faudra attendre 1885 pour qu'il justifie a posteriori la nécessité économique des conquêtes coloniales. (p. 12 éd. Points-Seuil, p. 21 éd. 2005)

(… selon) Jacques Freymond : (…) "Si l'on considère la France, on doit constater que les Français ont été moins sensibles aux appels de Jules Ferry qui jugeait les colonies nécessaires au placement des capitaux de la métropole, qu'au mirage de l'alliance russe. En 1902, sur un total d'environ 30 milliards de francs placés à l'étranger, l'Europe à elle seule en a reçu 21 milliards et l'on estime à 2 ou 3 milliards la somme totale des placements dans les colonies françaises".

Le faible pourcentage que représentaient les empires coloniaux dans le commerce et les placements de2020108941 capitaux métropolitains suffirait donc à démontrer la faiblesse de l'analyse marxiste et à prouver que les conquêtes coloniales ne devaient rien au capital financier. (p. 28 éd. Points-Seuil, p. 21, p. 40-41 éd. 2005)

Jacques Marseille,
Empire colonial et capitalisme français, (1984),
éd. Points-Seuil, 1989 et éd. "Bibliothèque de l'évolution
de l'humanité", Albin Michel 2005



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"Solution Pautauberge", entreprise pharmaceutique spécialisée dans les sirops

 

 

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dimanche 17 juin 2007

les armes de la colonisation

canonnière Yatagan sur le fleuve Rouge
"la politique de la canonnière" : canonnière le Yatagan sur le fleuve Rouge (Tonkin), 1884-1885

 

les armes de la colonisation

Sven LINDQVIST (1998)

 

Au début du XIXe siècle, la plus grande partie du monde habité se trouvait encore hors de portée de l'artillerie navale.
Ce fut donc une découverte de grande importance militaire lorsque Robert Fulton fit remonter l'Hudson au premier bateau à vapeur. Bien vite, on trouva des centaines de vapeurs sur les fleuves d'Europe. Et, au milieu du XIXe siècle, les vapeurs commencèrent à porter les canons européens bien à l'intérieur de l'Asie et de l'Afrique. Cela marqua une ère nouvelle dans l'histoire de l'impérialisme.

Et, de même dans l'histoire du racisme. Beaucoup trop d'Européens interprétèrent cette supériorité militaire en termes de supériorité intellectuelle, voire biologique.

Némésis est la déesse grecque de la vengeance, celle qui punit la présomption et l'arrogance. C'est une profonde ironie de l'histoire si le premier vapeur à remorquer les navires britanniques sur le fleuve Jaune et la Grand Canal en direction de Pékin, en 1842, portait ce nom.

Bientôt, les vapeurs ne furent plus utilisés comme remorqueurs de la flotte mais équipés d'une artillerie propre. La "canonnière" devint un symbole de l'impérialisme sur tous les grands fleuves - Nil, Niger, Congo -, permettant aux Européens de contrôler par les armes d'énormes régions jusqu'alors inaccessibles.

ancien01
canonnière Lynx, construite à Cherbourg en 1878, armée
de 2 canons de 140 mm et 2 autres de 100 mm.
Elle fit campagne en Extrême-Orient, participant notamment aux
opérations de l'amiral Courbet qui anéantit la flotte chinoise
sur le fleuve Bleu
(source)

Le vapeur était représenté comme porteur de lumières et de justice. Si, du haut du Paradis, l'inventeur de la machine à vapeur peut observer les progrès de son invention ici-bas, sur terre, écrivit Macgregor Laird dans Narative of an Expedition into the Interior of Africa by the River Niger (1837), dans ce cas, aucune autre application ne pourrait le réjouir davantage que de voir des centaines de vapeurs "apporter la paix et la bonne volonté entre les hommes dans les lieux les plus sombres de la terre où règne la cruauté".

C'était là la rhétorique officielle. À Omdurman [au Soudan, le 2 septembre 1898, victoire des troupes britanniques commandées par Kitchener contre les Soudanais dirigés par le successeur du Mahdi], il fut démontré que la canonnière était également en mesure de tuer d'une manière commode et sûre, d'anéantir ses ennemis en étant aussi intouchables que les dieux.

Jusqu'au milieu du XIXe siècle, les armes à feu du tiers-monde pouvaient se mesurer à celles de l'Europe. L'arme standard était un fusil, chargé par le canon, à canon lisse, qui était également fabriqué par les forgerons de village en Afrique.

Le fusil était une arme terrifiante pour ceux qui l'entendaient pour la première fois. Mais sa portée ne dépassait guère la centaine de mètres. Il fallait au moins une minute pour le recharger. Même par temps sec, trois coups sur dix faisaient long feu, et sous la pluie, l'arme cessait tout simplement de fonctionner.

Un bon archer tirait encore plus vite, plus loin et avec une plus grande précision. Il était seulement inférieur dans sa capacité à tirer à travers un blindage.

C'est pour cela que les guerres coloniales de la première moitié du XIXe siècle furent longues et coûteuses. Même s'ils avaient une armée de cent mille hommes [1] en Algérie, les Français progressaient lentement, puisque les armes de l'infanterie des deux camps étaient comparables.

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Auguste Raffet, Retraite de Constantine, lithographie, novembre 1836,
BnF, département Estampes

 

Mais avec la capsule fulminante [qui remplace la pierre à fusil], on obtint un fusil dont seulement cinq coups sur mille faisaient long feu. Le canon rayé améliora grandement la précision.

En 1853, les Britanniques commencèrent à remplacer leurs vieilles armes par des fusils Enfield, qui étaient efficaces jusqu'à 500 m et qui tiraient plus vite parce que la balle était contenue dans une cartouche à papier. Les Français introduisirent un fusil similaire. Les deux armes furent tout d'abord utilisées dans les colonies.

Mais ces armes étaient toujours lentes et difficiles à manier. Elles émettaient des bouffées de fumée qui dévoilaient la position du tireur, et les cartouches en papier étaient sensibles à l'humidité. En outre, le soldat était obligé de se lever pour recharger.

La Prusse remplaça ses fusils à chargement par la culasse, inventée par Dreyse. L'arme fut testée pour la première fois en 1866 lors de la guerre austro-prussienne pour l'hégémonie de l'Allemagne. À la bataille de Sadowa, les Prussiens étaient allongés sur le sol et tiraient sept coups avec leurs fusils Dreyse tandis que, dans le même temps, les Autrichiens, debout, tiraient un coup. L'issue était évidente.

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fusil Dreyse

Les États européens se lancèrent dans une course pour remplacer les fusils anciens par des fusils à chargement par la culasse. Les Britanniques transformèrent la cartouche en une cartouche en cuivre, qui protégeait la poudre durant le transport, éliminait la fumée et propulsait la balle trois fois plus loin que celle du fusil Dreyse.

En 1869, les Britanniques abandonnèrent l'Enfield pour le Martini-Henry, la première véritable arme de la nouvelle génération : rapide, précise, insensible à l'humidité et aux secousses. Les Français produisient alors le fusil Gras, les Allemands le Mauser.

MartiniHenryMarkI_1871_1876
fusil Martini-Henry

Ainsi, les Européens étaient supérieurs à tout opposant possible des autres continents. Les dieux des armes conquirent un autre tiers de la planète.

Sven Lindqvist, Exterminez toutes ces brutes,
éd. Le Serpent à plumes, 1998, p. 73-76.

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[1] L'armée de Bugeaud en Algérie comptait 75 000 hommes en 1841-1844 et finit par atteindre les 100 000 au début de 1847 ; cf. Jacques Frémeaux, La France et l'Algérie en guerre, 1830-1870, 1954-1962, éd. Economica, 2002, p. 102 (note Études Coloniales)



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canonnière le Yatagan sur le fleuve Rouge (Tonkin), 1884-1885

 

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jeudi 1 mars 2007

"La naissance du monde moderne (1780-1914)" de C.A. Bayly (Olivier Pétré-Grenouilleau, Éric Hobsbawm)

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La mondialisation, une vieille histoire

En adoptant une approche planétaire, l'universitaire britannique

Christopher Alan Bayly a mis au jour des interdépendances anciennes

Olivier PÉTRÉ-GRENOUILLEAU

 

Christopher_Alan_BaylyDepuis quand le monde est-il monde? A l'heure où l'on se soucie à juste titre des vertus civiques d'un récit national à réinventer, la traduction de l'œuvre magistrale de Christopher Alan Bayly [photo ci-contre], professeur d'histoire à Cambridge et spécialiste de la colonisation, vient nous rappeler qu'il existe d'autres impératifs, notamment d'œuvrer à une vision plus planétaire du déroulement historique. De comprendre ce dernier non pas comme la résultante d'une série de grandeurs et de décadences, d'alternances entre des positions dominantes et dominées, mais comme un ensemble au sein duquel chacun a pu interagir.

Il ne s'agit donc pas de compenser les méfaits d'une vision de l'Histoire faisant encore trop souvent la part belle à l'Occident, et donc de s'intéresser aux civilisations méconnues ou méprisées dans un seul souci d'équité. Cette tentation a pu être manifeste il y a quelques décennies, lorsque l'histoire globale commençait à naître, de l'autre côté de l'Atlantique. Mais rien n'indique qu'elle ne conduise pas, à son tour, à d'autres excès, inverses de ceux auxquels elle était censée répondre. Il ne faut pas «réorienter l'histoire du monde», écrit Bayly, mais la «décentraliser». Son objectif, ce faisant, est de comprendre comment est né notre monde «mondialisé».

Érudit, à la manière de ces savants anglo-saxons sachant conter et faire réfléchir tout à la fois, il nous propose ici une véritable somme toujours agréable à lire. Ses idées-forces renvoient à la construction d'un monde de plus en plus interdépendant, évoluant à la fois vers plus d'uniformisation et plus de différenciation. Un monde que l'Occident a cru pouvoir un moment dominer mais qui lui échappa de fait dès le début, et qui fut tout autant influencé par lui qu'il ne contribua à le façonner.

Bayly souligne de nombreux synchronismes : liens entre périodes de stabilité relative et de crises en divers endroits du monde, interdépendances entre événements lointains, ou bien encore montée en puissance de changements de même nature à différents endroits bien qu'à des moments distincts. Il s'agit non pas, selon l'auteur, de simples analogies, mais de «liens de causes à effets». Il en va ainsi de la «révolution industrieuse», dont il repère des traces depuis le sud de la Chine jusqu'au Massachusetts, de l'essor d'une nouvelle gouvernance, des progrès de la rationalisation et du retour simultané de la foi. Avec des passages décapants, comme la mise en évidence de signes annonciateurs de l' «ère des révolutions» se faisant jour dans l'Inde des Moghols et dans l'Iran des Séfévides, avant de se manifester en France ou dans les treize colonies. Un livre indispensable pour toute réflexion sur la mondialisation et la modernité.

Olivier Pétré-Grenouilleau
L'Express, 20 juillet 2006

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- sur ce site : article de Claude Liauzu, présentation du livre de Cristopher Alan Bayly et compte rendus divers

- parution en édition de poche, janvier 2007

 

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Bayly ne s'embarrasse pas

avec les errements de l'histoire

"postcoloniale"

Éric HOBSBAWM

 

6873142_pLa préface que l'historien Éric Hobsbawm accorde à La naissance du monde moderne (1780-1914), publiée par Christopher Alan Bayly en 2004 et traduit l'année dernière en langue française, qualifie cet ouvrage de "première histoire" du monde moderne qui soit "véritablement mondiale dans son dessein".

Éric Hobsbawm pointe les nouveautés de cet "ensemble magistral" dont celle qui consiste à concevoir, au temps de la domination occidentale, la conquête par une puissance étrangère non comme une imposition mais comme une interaction. Et donc à invalider une histoire "postcoloniale" qui postule la pérennité de ce rapport sous la forme mécanique qu'aurait été une intervention totalement exogène.

Christopher A. Bayly écrit qu'entre 1780 et 1914, les Européens ont "spolié les peuples indigènes de vastes étendues de territoires, notamment en Afrique du Nord et du Sud, en Amérique du Nord, en Asie centrale, en Sibérie et en Océanie. (...) Cette domination physique s'accompagnait de différents degrés de soumission idéologique. Les manières de concevoir la société, les institutions et les façons de procéder qui s'étaient aiguisées dans les combats et les oppositions féroces entre nations européennes devinrent autant de moyens de contrôler les peuples non européens en leur indiquant la voie à suivre. Toutefois, ces peuples n'absorbèrent pas de manière passive les bienfaits occidentaux, et ils ne se comportèrent pas davantage en victimes résignées de l'Occident. La manière dont ils assimilèrent, puis remodelèrent les idées et les techniques de l'Occident pour les adapter à leur propre situation, contribua à fixer des limites à la nature et à l'étendue de la domination que leur faisaient subir ceux qui détenaient le pouvoir en Europe." (p. 18).

C'est la pensée des exclusions réciproques, telle que certains partisans des postcolonial studies bataillent à l'imposer, qui se trouve infirmée. Dire, comme Pascal Blanchard, Nicolas Bancel et Sandrine Lemaire, que "les effets de la colonisation n'ont pas été abolis en 1962" et que ces "effets se font toujours sentir aujourd'hui" (La fracture coloniale, 2005, p. 14) est, ou bien un truisme historien sans valeur du genre "pour comprendre la France d'aujourd'hui, il faut tenir compte des héritages coloniaux"..., ou bien une généalogie ne faisant que rééditer la vision binaire dénoncée par Christopher Bayly. La "fracture coloniale" persiste à réfléchir en termes d'imposition/rejet alors que Bayly appelle à penser en termes d'interaction.

Michel Renard

 

- (...) La seconde thèse découle de la spécialisation personnelle de Bayly dans l'histoire de l'Inde. Il présente l'Inde du XVIIIe siècle non pas de la manière traditionnelle comme une société immuable au sein d'un empire moghol en déclin, prête à se laisser conquérir par une puissance étrangère, mais comme un sous-continent caractérisé par des innovations commerciales dynamiques, au sein duquel les intérêts commerciaux et urbains s'efforçaient de se forger des moyens propres pour faire face à l'instabilité politique de la région. Les Britanniques arrivèrent politiquement au pouvoir non pas en tant que conquérants venus d'outre-mer, mais plutôt au début comme partie intégrante de la tentative imaginée par certains Indiens de modifier le rapport des forces au niveau du sous-continent.

Même après avoir été acceptée, la domination britannique dut continuer jusqu'à la fin de s'appuyer sur une combinaison de forces et de relais locaux, faisant que les Indiens acceptaient le raj (dénomination de la période de domination britannique du sous-continent indien) au nom de leurs intérêts propres. Plus généralement, la naissance du monde moderne ne fut pas quelque chose simplement imposé de l'extérieur par l'Occident, mais un processus complexe fait d'évolutions interagissant les unes avec les autres et émanant des deux côtés bien qu'à l'évidence dominé par la force des puissances impériales et par l'hégémonie du modèle occidental ; ce processus était également la seule manière de rendre les pays concernés suffisamment forts pour résister à la domination occidentale, avant finalement de s'en affranchir. Les peuples non européens s'approprièrent en les adaptant les outils politiques et idéologiques apportés par l'Occident. Bayly ne s'embarrasse pas avec les errements de l'histoire "postcoloniale".

Éric Hobsbawm, décembre 2006
préface à La naissance du monde moderne (1780-1914),
les Éditions de l'Atelier, 2007, p. 13-14.

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samedi 24 février 2007

La colonisation est un rapport de force (Pierre Pluchon, 1991)

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le rapport de force initial, sans jamais s'effacer complètement...



La colonisation est un rapport de force

Pierre PLUCHON (1991)

 

La colonisation est un rapport de force qui oppose plusieurs acteurs. Le peuple dominateur, qui vient imposer sa loi et sa culture dans une contrée où il est étranger. Le peuple dominé, qui, s'il n'est pas exterminé, résiste jusqu'à la soumission, dans l'ombre de laquelle ses traditions se cachent et survivent en partie. La nature, même dans les atours les plus beaux, déroute par son climat éprouvant, ses ressources alimentaires inhabituelles et sa pathologie meurtrière : souvent la maladie livre les combats les plus funestes, les plus longs, traversant les siècles.

Les relations entre les maîtres et les assujettis, indigènes, ou transportés, comme dans le cas des esclaves fournis par la traite africaine, se familiarisent, tout en conservant une rigidité hiérarchique jamais abolie. Elles s'interpénètrent pour engendrer, à terme, des comportements indédits où dominateur et dominé se fondent tout en restant différents. Le rapport de force initial, sans jamais s'effacer complètement, donne le jour à un métissage, où des patries et des sociétés nouvelles, issues de la colonisation, trouvent un fonds culturel commun, même quand les composantes sociales s'en défendent. Ainsi, l'Amérique ibérique n'est plus européenne, sans pour autant être nègre ou indienne. Elle présente un visage original dont les traits évoquent, tantôt l'ascendance hispano-portugaise, tantôt la filiation africaine, ou encore l'hérédité asiatique.

La colonisation a pour moteur la recherche des métaux précieux, la maîtrise de régions qui procurent de la richesse et de la puissance et l'enseignement du vrai Dieu, que Jésus-Christ a révélé. Avant tout, lesintro1a possessions d'outre-mer sont donc filles de la volonté de puissance des nations maritimes, plus que de la passion du Christ, ou de la curiosité d'explorer le monde. Le partage de la planète, auquel l'Espagne et le Portugal procèdent dans les dernières heures du XVe siècle, est remis en cause par les Pays-Bas. À la charnière des XVIe et XVIIe siècles, ils se soulèvent contre l'Espagne et tournent la fermeture de Lisbonne en se taillant une chaîne de possessions dans l'empire colonial portugais, un temps annexé à l'immense domaine madrilène. La France, en compagnie de l'Angleterre, apparaît la dernière sur la scène coloniale à la fin du XVIe siècle et surtout au XVIIe siècle. [ci-contre, Jacques Cartier à Gaspé (Québec) en 1534 - source]

Pourquoi le royaume a-t-il pris tant de retard ? Malgré la vocation maritime que lui assigne la géographie et qu'illustre l'étendue de ses côtes (environ 2 500 km), la France ne possède pas, à la différence de l'Italie, une capitale thalassocratique, où se forment le grand négoce, aux ambitions tournées vers le large, et les pilotes à l'esprit audacieux et conquérant. Elle a été paralysée, ensuite, par sa lutte contre les Habsbourg, par les guerres de religion et Fronde. Grâce à Henri IV puis à Mazarin, elle recouvre une pleine autonomie d'agir au-delà des mers.

La nation, affranchie de la menace hispano-autrichienne, s'emploie, en quelques années, à rattraper le temps perdu. Colbert, reprenant certains projets de François 1er, l'y invite d'une main ferme, mais réussit de manière incomplète. Ce demi-succès donne un empire extérieur au roi, mais ouvre des hostilités avec l'Angleterre, qui ne s'éteindront qu'au XIXe siècle. Autant dire que l'expansion de la France organise un conflit qui se joue et se jouera sur mer, et paradoxalement sur les champs de bataille continentaux, où la Grande-Bretagne coalise tout ou partie de l'Europe tant contre le roi que contre la révolution.

La colonisation française, partie intégrante de la politique étrangère, inscrite en lettres majuscules dans la vie économique de la seconde partie du XVIIIe siècle, liée au destin des armées navales et du grand commerce maritime, présente dans l'histoire des idées, ne recueille - par un phénomène étrange - que le mépris des historiens. Les serviteurs de Clio estiment  avoir tout dit quand ils ont affirmé que le Français est un paysan, étranger à toute vocation maritime et coloniale. Les institutions emboîtent le pas : le musée des Colonies devient une galerie d'art ; les Archives coloniales de l'Ancien Régime sont installées dans la campagne aixoise, loin de celles, complémentaires, de la Marine et de l'Armée, rassemblées au château de Vincennes, et des fonds coloniaux que conserve la Bibliothèque nationale.

Comment expliquer cette attitude, inconcevable de la part des autres nations colonisatrices d'Europe ? Vraisemblablement parce que la colonisation a été l'oeuvre de marginaux qui ne représentaient pas les ambitions de la classe dirigeante.
D'Henri IV à Napoléon, jamais une personnalité du grand négoce maritime, c'est-à-dire colonial au XVIIIe siècle, jamais un mandataire du capitalisme industriel ou commercial n'ont été appelés à siéger au gouvernement peuplé de non-producteurs : magistrats, administrateurs, hommes du système fisco-financier, ouvert, sur le tard, à la haute noblesse et enfin à Necker, banquier mi-allemand mi-suisse, ami des Anglais !

"Le labourage et le pastourage, voilà les deux mamelles de la France, les vraies mines et trésors du Pérou", disait Sully au roi Henri qui, contrairement à son ministre, voulait un destin français au-delà des mers. Le Gascon est mal suivi par ses successeurs qui, au réflexe terrien, ajouteront un tropisme continental, oubliant que la Hollande et l'Angleterre tirent partie de leur puissance de l'outre-mer.

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L'Amérique du Nord au milieu du XVIIIe siècle (source)

 

La monarchie, paradoxe singulier, mesure la valeur de ses possessions, à la fin de la guerre de Sept Ans, en 1763, quand au traité de Paris elle abandonne son empire territorial d'Amérique septentrionale, et ses ambitions en Inde. Alors que les dirigeants du royaume, qui ont sauvé les îlots antillais du naufrage, se consolent de conserver ce petit domaine commercial dont la production permettra bientôt à la France de dominer le trafic international des sucres et des cafés.

Dès lors, la dimension de l'empire, la préoccupation de créer des établissements dans les immensités où la stratégie commande et où une géopolitique en formation invite, laissent les ministres français indifférents, à l'exception de Sartine et de Castries, sinon hostiles, comme Vergennes. Versailles, qui croit avoir emprunté à l'ennemi, sa méthode - ce commerce tant envié ! - vit dans une euphorie aveugle, rejetant l'ambition des conquêtes diversifiées.

Or, les Anglais préparent l'ère prochaine qui les confirme dans leur protectorat sur l'Amérique ibérique, leur livre la domination de l'Asie et de l'Australie, leur ouvre les portes de l'Afrique. Ils entrent dans l'avenir, qui n'appartient plus au sucre, mais au coton, dont ils font l'axe de la révolution industrielle. Napoléon voudra redresser la barre. Il était bien tard, et pour réussir, il lui fallait anéantir les marchands de Londres. Il échoue - près du but - après les rois. La nation se retrouve en 1815, dans ses limites continentales, comme Sully l'eût aimée : entre propriétaires terriens, notables de la routine.

Mais les temps ont changé. Désormais, la France devra se soumettre à la loi internationale de l'Angleterre - jusqu'à la Seconde Guerre mondiale - et subir deux assauts terribles d'une Allemagne encore vagissante, mais aussi peuplée qu'elle.

Pierre Pluchon, Histoire de la colonisation française (tome premier).
Le premier empire colonial, des origines à la Restauration
,
Fayard, 1991, p. 11-13

 

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lundi 18 septembre 2006

La naissance du monde moderne, 1780-1914 (C. A. Bayly)

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La naissance du monde moderne,

1780-1914

de l'historien britannique
Christopher Alan Bayly

 

«Le monde est devenu grand. Avoir des idées sommaires, mais claires et justes sur la société chinoise, sur l’Inde et sur l’islam, importe aujourd’hui davantage à un citoyen français que de connaître avec beaucoup de précision l’histoire diplomatique du XVIIIe siècle ou l’histoire parlementaire de la Restauration». Cette réflexion de Marc Bloch en 1921, plus valable que jamais, est loin de s’être imposée dans les études historiques françaises. La traduction de ce livre est donc particulièrement bienvenue.

Dans quelles conditions est né le monde moderne, pourquoi l’Europe en a-t-elle été le centre au XIXe siècle ? Ceux qui se posent ces questions loin des réponses toutes faites vantant la supériorité du marché ou de la civilisation occidentale et cherchent une alternative à la pensée unique de la guerre des cultures trouveront matière à réflexion dans ce beau livre. Ce n’est pas un des essais aussi vite lus que faits et oubliés qui encombrent les médias.

Il ne se lit pas d’une traite ! Les faits dont il fourmille, les croisements d’histoires qui sont saisis d’ordinaire de manière dissociée ne peuvent être résumés en quelques lignes.
Certains traits ressortent avec force : l’écart n’était pas si grand jusqu’au XVIIIe siècle entre l’Europe et les sociétés qu’elle va dominer. La flotte des Ming atteignait l’Afrique et les côtes arabes au XVIe siècle, et l’Inde n’était pas inerte. Des mouvements porteurs de liberté et d’égalité s’affirment à la fin du siècle un peu partout sur la planète. Des dynamiques nouvelles se manifestent.

C’est dans la plus petite partie du monde, comme le souligne l’Encyclopédie de Diderot, qu’elles s’imposent avec la puissance industrielle, la maîtrise des règles du commerce, la supériorité militaire, l’affirmation de l’Etat nation... Une société civile émerge dans ce grand mouvement.bayly_couv
Mais les forces à l’oeuvre, les tendances que ce livre a mises en lumière sont multipolaires. Et il débouche sur la grande question de la genèse du one world, dont la péninsule Europe n’est plus, aujourd’hui, la mesure. L’illustration de couverture – ce chef «tribal» néo-zélandais, le visage couvert de tatouages et vêtu d’un costume britannique très strict - montre les métissages à l’oeuvre. Son monde, le nôtre, est en effet celui des hybridations, des réseaux cablant la planète. C.A. Bayly fournit un guide passionnant pour ce grand voyage dans le temps et dans l’espace.

Claude Liauzu, professeur émérite,
université Denis Diderot

 

 

C.A. BAYLY, La naissance du monde moderne (1780-1914), éd. De l’Atelier, 2006, 608 pages, 30 euros

 

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Présentation de l'éditeur
Comment est né le monde moderne ? Pourquoi l'Europe s'est-elle imposée comme le centre de la planète au baylyXIXe siècle ? Cette domination est-elle le résultat d'une "culture" particulière qui serait supérieure à celle des autres continents ? Comment expliquer alors qu'à la fin du XVIIIe siècle l'Inde et la Chine fabriquaient plus de produits manufacturés et éditaient davantage de journaux que la France, l'Allemagne et la Grande-Bretagne ? C'est à ces questions et à de nombreuses autres que répond la fresque magistrale de l'historien britannique C. A. Bayly. Au terme d'une investigation historique couvrant les cinq continents, cet ouvrage croise un ensemble de données économiques, politiques, artistiques et religieuses et démontre que la domination occidentale sur le monde ne prend véritablement effet qu'au XIXe siècle. À la fin du XVIIIe siècle, une aspiration à la liberté et à l'égalité se diffuse sur la planète entière et met à mal les régimes en place. L'hégémonie des nations occidentales va se manifester quelques décennies plus tard grâce à des armées plus aguerries, à la maîtrise des règles du commerce et à l'essor en leur sein d'une société civile plus indépendante des pouvoirs politiques. D'une grande qualité pédagogique, embrassant dans son étude non seulement l'Europe, mais aussi l'Inde, l'Afrique, la Chine, ou encore l'Empire ottoman, ce livre, devenu une référence en Grande-Bretagne, met en perspective la naissance du monde moderne dans les différentes régions de la planète. Il apporte un éclairage historique inédit aux polémiques actuelles sur la prétendue "guerre des civilisations" ainsi que sur la colonisation et son bilan.

Biographie de l'auteur
C.A. Bayly est professeur d'histoire, spécialiste de la colonisation à l'université de Cambridge. Il a écrit de nombreux ouvrages sur les empires coloniaux publiés en Grande-Bretagne. La parution de La naissance du monde moderne en Grande-Bretagne a été saluée comme un événement par la presse britannique et américaine (Newsweek, Sunday Times, Daily Telegraph, The Independent).
Michel Cordillot, traducteur de cet ouvrage, est professeur de civilisation américaine à l'université Paris VIII. Il a notamment publié La sociale en Amérique. Dictionnaire biographique du Mouvement ouvrier francophone aux États-Unis (1848-1922) (Les Editions de L'Atelier, 2002).

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le professeur Christopher Alan Bayly

Liens

rubon1749- la naissance du monde moderne : introduction à la Naissance du monde moderne, par Christopher Alan Bayly, professeur d’histoire, spécialiste britannique de la colonisation à l’université de Cambridge

- les causes de l'exception européenne, extrait de la Naissance du monde moderne, parhall Christopher Alan Bayly

- le point de vue de Rich Ngapi, dans Le Potentiel, Kinshasa (20 mars 2006)

- compte-rendu de The Birth of the Modern World 1780–1914. Global Connections and Comparisons (2004), en langue anglaise, par Catherine Hall (University College London) en octobre 2004 :

The Birth of the Modern World is a wonderfully ambitious book that effectively demonstrates the global nature of the modern world and the need to decentre national histories and think big. It is a 'thematic history' demonstrating how 'historical trends and sequences of events, which have been treated separately in regional or national histories, can be brought together'. Bayly's emphasis is on the interdependencies and interconnectedness of political and social changes across the world in a period well before contemporary globalisation. It is in part a culmination of his own work over a long period – using his rich and detailed knowledge of Indian and South Asian history as he did previously in Imperial Meridian – as a basis from which to reflect on national, imperial and global concerns. It is an intervention in the current debates over globalisation, for he shares the insistence of A. G. Hopkins and others that the contemporary version of this is not the first; theorists must be more careful to specify the particularities of phases of globalisation given its long history. It is also an attempt to put a particular reading of connection and interdependence at the heart of the making of the modern world, thereby unseating E. J. Hobsbawm's magisterial four volumes on the long nineteenth century, The Age of Revolution, Industry and Empire, The Age of Capital and The Age of Empire with its drama of the unfolding logic of capitalism and exploitation, and providing a new account for these post-Marxist times. (lire l'article en entier)

- évocation du livre, en langue allemande, par Andreas Eckert (Université de Hamburg) : "HistLit 2005-4 : Kategorie Außereuropäische Geschichte und Weltgeschichte"

- recension du livre, en langue allemande, par Sebastian Conrad (institut Friedriech Meinecke, Berlin) :conrad

"The Birth of the Modern World", die 2004 erschienene Globalgeschichte des ‚langen’ 19. Jahrhunderts aus der Feder des Cambridger Historikers C.A. Bayly, ist ein großer Wurf. Ambitionierte Visionen einer zukünftigen global history haben seit einigen Jahren Konjunktur, aber Baylys Buch ist eine der ersten Studien, die diese Programmatik empirisch und darstellerisch einholen. Sein Werk versucht sich an einer Analyse der übergreifenden Trends der Herausbildung der globalen Moderne, ist zugleich voller Einzelheiten und überraschende empirische Befunde; es dokumentiert überzeugend die Notwendigkeit, die Entstehung der modernen Welt als dezentralen und zugleich zusammenhängenden Prozess zu begreifen. (lire la suite)

 

 

- compte-rendu dans l'Express (20 juillet 2006) par Olivier Pétré-Grenouilleau : "la mondialisation, une vieille histoire"

- bio-biblio (juin 2006)

- interview de C. A. Bayly dans Télérama du 8 juillet 2006

 

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lundi 17 juillet 2006

La colonisation française redéfinie à partir de l'histoire de l'Amérique française

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Samuel Champlain dans la Georgian Bay (lac Huron) vers 1615,
par J. D. Kelly (1875)

 

La colonisation française redéfinie

à partir de

l'histoire de l'Amérique française

 

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Samuel Champlain (1567-1635)
fondateur de Québec, père de la Nouvelle France

 

un processus de colonisation

ne s'accompagne pas, par définition,

de la soumission des peuples autochtones

Gilles HAVARD et Cécile VIDAL

 

Il est possible, à condition de refuser la seule perspective métropolitaine, d'écrire une autre histoire de l'Amérique française. Cet ouvrage, qui se veut à la fois synthétique et "global", s'efforce ainsi de réconcilier les deux tendances majeures de l'histoire coloniale : l'histoire diplomatique, militaire et économique, présentée traditionnellement selon le point de vue européen, et l'histoire socioculturelle attachée à l'étude des populations allochtones et autochtones du Nouveau Monde. Dans la même optique, nous nous interrogeons sur le rôle de tous les acteurs de la scène coloniale : l'État, l'Église, les compagnies, les colons d'origine européenne, ainsi que les Amérindiens et les Africains, libres ou esclaves.

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Georgian Bay aujourd'hui

Ces interrogations permettent de redéfinir les concepts souvent galvaudés de colonisation et d'impérialisme. L'importance du peuplement allochtone, comme le signalent les dictionnaires des XVIIe et XVIIIe siècles, constitue évidemment un critère majeur pour jauger une entreprise coloniale, mais des formes de colonisation peuvent s'établir alors même que l'immigration européenne se révèle dérisoire. Il convient également de dire qu'un processus de colonisation ne s'accompagne pas par définition de la soumission des peuples autochtones (assujettissement, déculturation, etc.), ni de la domination, en tous lieux et à toute période, des colons (lesquels sont soumis, pour le moins, à des formes d'adaptation au nouveau territoire et à leurs habitants) ; ce processus n'a pas non plus nécessairement pour conséquence la confrontation entre autochtones et allochtones.

Le cas de l'Empire français est ici éclairant. La colonisation, en effet, y a pris la forme d'une alliance interculturelle entre Français et Amérindiens, placés dans une situation d'interdépendance ; de la même façon, dans la société louisianaise, les esclaves d'origine africaine n'étaient pas totalement impuissants et ont réussi à préserver une autonomie économique et culturelle relative.
Si nous parlons "d'Empire" à propos de la Nouvelle-France, c'est bien parce que l'espace concerné, d'une manière ou d'une autre, subit l'impérialisme français. On ne saurait définir nécessairement un "empire" comme un territoire placé sous le joug d'une autorité politique. Il s'agit avant tout d'un espace dont l'unité, si relative soit-elle, est dictée par l'action d'un "centre" impérial, en l'occurrence la monarchie française, et de tous les acteurs qui agissent plus ou moins en son nom. Que les peuples qui l'habitent – régnicoles français, autochtones, esclaves, etc. - le veuillent ou non, et qu'ils en aient conscience ou non, cet espace est soumis objectivement à une entreprise de domination et d'unification.

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la Nouvelle France au XVIIe siècle

L'Empire français en Amérique du Nord n'existait pas, au sens strict, comme espace de souveraineté unifiée, mais en tant que s'exerçaient en son sein des formes de pouvoir qu'il avait suscitées. Loin d'être une entité juridique reconnue comme telle par toutes ses composantes, il constituait plutôt une unité territoriale et sociale qui s'élaborait tant localement, à travers l'interaction des peuples et des individus, que par l'entremise des directives coloniales venues de Versailles. La Nouvelle-France, dans ses marges n'était qu'une zone d'influence française et, de façon générale, tous les groupes ethniques présents au sein de l'Empire ont joué un rôle actif dans le processus de colonisation et dans la construction de sociétés nouvelles.

Gilles Havard et Cécile Vidal, Histoire de l'Amérique française, Flammarion, 2003 ;
éd. Champs-Flammarion, 2006, p. 18-20.

 

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- auteurs : Gilles Havard est l'auteur de Empire et métissages, Indiens et Français dans le Pays d'En-Haut (1660-1715), Septentrion-Presses universitaires de Paris-Sorbonne, 2003. Spécialiste de la Louisiane, Cécile Vidal est maître de conférences à l'université de Grenoble.

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Le pays d'en Haut, sis au cœur de l'Amérique du Nord, sur les rives des Grands Lacs et du Mississippi, est né de l'imbrication de deux "sociétés" : quelques centaines de Français d'un côté (coureurs des bois, missionnaires et militaires) et plusieurs dizaines de milliers d'Indiens de l'autre. Cette rencontre suscita de multiples formes d'échanges, d'acculturation, de métissage et d'interdépendance. Dans cette approche reposant à la fois sur l'histoire, l'anthropologie et la géographie, Gilles Havard étudie la genèse de ce territoire. Il met en scène les relations franco-autochtones entre 1660 et 1715, époque où la Nouvelle-France, d'abord confinée dans la vallée du Saint-Laurent commence à se dilater à l'échelle du continent. Attentif à la dimension "génésique" du contact, mais aussi aux mécanismes objectifs de la colonisation et de la conquête, l'auteur analyse simultanément l'indianisation des Français et la manière dont le pays indien se transforme en marge d'empire. Loin des préjugés ethnocentriques de l'historiographie traditionnelle comme des poncifs de la bienséance politique, cet ouvrage renouvelle notre compréhension de la construction des empires coloniaux et des relations interculturelles à l'époque moderne (présentation de l'éditeur).

- source de la carte ci-dessus : université du Québec à Montréal

-  la France en Amérique : quelques références bibliographiques (BnF Galica)

-  histoire du Québec : quelques notes bibliographiques

 

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Posté par michelrenard à 15:33 - - Commentaires [0] - Permalien [#]