lundi 18 septembre 2006

La naissance du monde moderne, 1780-1914 (C. A. Bayly)

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La naissance du monde moderne,

1780-1914

de l'historien britannique
Christopher Alan Bayly


«Le monde est devenu grand. Avoir des idées sommaires, mais claires et justes sur la société chinoise, sur l’Inde et sur l’islam, importe aujourd’hui davantage à un citoyen français que de connaître avec beaucoup de précision l’histoire diplomatique du XVIIIe siècle ou l’histoire parlementaire de la Restauration». Cette réflexion de Marc Bloch en 1921, plus valable que jamais, est loin de s’être imposée dans les études historiques françaises. La traduction de ce livre est donc particulièrement bienvenue.

Dans quelles conditions est né le monde moderne, pourquoi l’Europe en a-t-elle été le centre au XIXe siècle ? Ceux qui se posent ces questions loin des réponses toutes faites vantant la supériorité du marché ou de la civilisation occidentale et cherchent une alternative à la pensée unique de la guerre des cultures trouveront matière à réflexion dans ce beau livre. Ce n’est pas un des essais aussi vite lus que faits et oubliés qui encombrent les médias.

Il ne se lit pas d’une traite ! Les faits dont il fourmille, les croisements d’histoires qui sont saisis d’ordinaire de manière dissociée ne peuvent être résumés en quelques lignes.
Certains traits ressortent avec force : l’écart n’était pas si grand jusqu’au XVIIIe siècle entre l’Europe et les sociétés qu’elle va dominer. La flotte des Ming atteignait l’Afrique et les côtes arabes au XVIe siècle, et l’Inde n’était pas inerte. Des mouvements porteurs de liberté et d’égalité s’affirment à la fin du siècle un peu partout sur la planète. Des dynamiques nouvelles se manifestent.

C’est dans la plus petite partie du monde, comme le souligne l’Encyclopédie de Diderot, qu’elles s’imposent avec la puissance industrielle, la maîtrise des règles du commerce, la supériorité militaire, l’affirmation de l’Etat nation... Une société civile émerge dans ce grand mouvement.bayly_couv
Mais les forces à l’oeuvre, les tendances que ce livre a mises en lumière sont multipolaires. Et il débouche sur la grande question de la genèse du one world, dont la péninsule Europe n’est plus, aujourd’hui, la mesure. L’illustration de couverture – ce chef «tribal» néo-zélandais, le visage couvert de tatouages et vêtu d’un costume britannique très strict - montre les métissages à l’oeuvre. Son monde, le nôtre, est en effet celui des hybridations, des réseaux cablant la planète. C.A. Bayly fournit un guide passionnant pour ce grand voyage dans le temps et dans l’espace.

Claude Liauzu, professeur émérite,
université Denis Diderot


C.A. BAYLY, La naissance du monde moderne (1780-1914), éd. De l’Atelier, 2006, 608 pages, 30 euros


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Présentation de l'éditeur
Comment est né le monde moderne ? Pourquoi l'Europe s'est-elle imposée comme le centre de la planète au baylyXIXe siècle ? Cette domination est-elle le résultat d'une "culture" particulière qui serait supérieure à celle des autres continents ? Comment expliquer alors qu'à la fin du XVIIIe siècle l'Inde et la Chine fabriquaient plus de produits manufacturés et éditaient davantage de journaux que la France, l'Allemagne et la Grande-Bretagne ? C'est à ces questions et à de nombreuses autres que répond la fresque magistrale de l'historien britannique C. A. Bayly. Au terme d'une investigation historique couvrant les cinq continents, cet ouvrage croise un ensemble de données économiques, politiques, artistiques et religieuses et démontre que la domination occidentale sur le monde ne prend véritablement effet qu'au XIXe siècle. À la fin du XVIIIe siècle, une aspiration à la liberté et à l'égalité se diffuse sur la planète entière et met à mal les régimes en place. L'hégémonie des nations occidentales va se manifester quelques décennies plus tard grâce à des armées plus aguerries, à la maîtrise des règles du commerce et à l'essor en leur sein d'une société civile plus indépendante des pouvoirs politiques. D'une grande qualité pédagogique, embrassant dans son étude non seulement l'Europe, mais aussi l'Inde, l'Afrique, la Chine, ou encore l'Empire ottoman, ce livre, devenu une référence en Grande-Bretagne, met en perspective la naissance du monde moderne dans les différentes régions de la planète. Il apporte un éclairage historique inédit aux polémiques actuelles sur la prétendue "guerre des civilisations" ainsi que sur la colonisation et son bilan.

Biographie de l'auteur
C.A. Bayly est professeur d'histoire, spécialiste de la colonisation à l'université de Cambridge. Il a écrit de nombreux ouvrages sur les empires coloniaux publiés en Grande-Bretagne. La parution de La naissance du monde moderne en Grande-Bretagne a été saluée comme un événement par la presse britannique et américaine (Newsweek, Sunday Times, Daily Telegraph, The Independent).
Michel Cordillot, traducteur de cet ouvrage, est professeur de civilisation américaine à l'université Paris VIII. Il a notamment publié La sociale en Amérique. Dictionnaire biographique du Mouvement ouvrier francophone aux États-Unis (1848-1922) (Les Editions de L'Atelier, 2002).

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le professeur Christopher Alan Bayly

Liens

rubon1749- la naissance du monde moderne : introduction à la Naissance du monde moderne, par Christopher Alan Bayly, professeur d’histoire, spécialiste britannique de la colonisation à l’université de Cambridge

- les causes de l'exception européenne, extrait de la Naissance du monde moderne, parhall Christopher Alan Bayly

- le point de vue de Rich Ngapi, dans Le Potentiel, Kinshasa (20 mars 2006)

- compte-rendu de The Birth of the Modern World 1780–1914. Global Connections and Comparisons (2004), en langue anglaise, par Catherine Hall (University College London) en octobre 2004 :

The Birth of the Modern World is a wonderfully ambitious book that effectively demonstrates the global nature of the modern world and the need to decentre national histories and think big. It is a 'thematic history' demonstrating how 'historical trends and sequences of events, which have been treated separately in regional or national histories, can be brought together'. Bayly's emphasis is on the interdependencies and interconnectedness of political and social changes across the world in a period well before contemporary globalisation. It is in part a culmination of his own work over a long period – using his rich and detailed knowledge of Indian and South Asian history as he did previously in Imperial Meridian – as a basis from which to reflect on national, imperial and global concerns. It is an intervention in the current debates over globalisation, for he shares the insistence of A. G. Hopkins and others that the contemporary version of this is not the first; theorists must be more careful to specify the particularities of phases of globalisation given its long history. It is also an attempt to put a particular reading of connection and interdependence at the heart of the making of the modern world, thereby unseating E. J. Hobsbawm's magisterial four volumes on the long nineteenth century, The Age of Revolution, Industry and Empire, The Age of Capital and The Age of Empire with its drama of the unfolding logic of capitalism and exploitation, and providing a new account for these post-Marxist times. (lire l'article en entier)

- évocation du livre, en langue allemande, par Andreas Eckert (Université de Hamburg) : "HistLit 2005-4 : Kategorie Außereuropäische Geschichte und Weltgeschichte"

- recension du livre, en langue allemande, par Sebastian Conrad (institut Friedriech Meinecke, Berlin) :conrad

"The Birth of the Modern World", die 2004 erschienene Globalgeschichte des ‚langen’ 19. Jahrhunderts aus der Feder des Cambridger Historikers C.A. Bayly, ist ein großer Wurf. Ambitionierte Visionen einer zukünftigen global history haben seit einigen Jahren Konjunktur, aber Baylys Buch ist eine der ersten Studien, die diese Programmatik empirisch und darstellerisch einholen. Sein Werk versucht sich an einer Analyse der übergreifenden Trends der Herausbildung der globalen Moderne, ist zugleich voller Einzelheiten und überraschende empirische Befunde; es dokumentiert überzeugend die Notwendigkeit, die Entstehung der modernen Welt als dezentralen und zugleich zusammenhängenden Prozess zu begreifen. (lire la suite)

- compte-rendu dans l'Express (20 juillet 2006) par Olivier Pétré-Grenouilleau : "la mondialisation, une vieille histoire"

- bio-biblio (juin 2006)

- interview de C. A. Bayly dans Télérama du 8 juillet 2006


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lundi 17 juillet 2006

La colonisation française redéfinie à partir de l'histoire de l'Amérique française

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Samuel Champlain dans la Georgian Bay (lac Huron) vers 1615,
par J. D. Kelly (1875)


La colonisation française redéfinie

à partir de

l'histoire de l'Amérique française

 

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Samuel Champlain (1567-1635)
fondateur de Québec, père de la Nouvelle France


un processus de colonisation

ne s'accompagne pas, par définition,

de la soumission des peuples autochtones


Gilles HAVARD et Cécile VIDAL

 

Il est possible, à condition de refuser la seule perspective métropolitaine, d'écrire une autre histoire de l'Amérique française. Cet ouvrage, qui se veut à la fois synthétique et "global", s'efforce ainsi de réconcilier les deux tendances majeures de l'histoire coloniale : l'histoire diplomatique, militaire et économique, présentée traditionnellement selon le point de vue européen, et l'histoire socioculturelle attachée à l'étude des populationsphoto064 allochtones et autochtones du Nouveau Monde. Dans la même optique, nous nous interrogeons sur le rôle de tous les acteurs de la scène coloniale : l'État, l'Église, les compagnies, les colons d'origine européenne, ainsi que les Amérindiens et les Africains, libres ou esclaves.



Georgian Bay aujourd'hui

Ces interrogations permettent de redéfinir les concepts souvent galvaudés de colonisation et d'impérialisme. L'importance du peuplement allochtone, comme le signalent les dictionnaires des XVIIe et XVIIIe siècles, constitue évidemment un critère majeur pour jauger une entreprise coloniale, mais des formes de colonisation peuvent s'établir alors même que l'immigration européenne se révèle dérisoire. Il convient également de dire qu'un processus de colonisation ne s'accompagne pas par définition de la soumission des peuples autochtones (assujettissement, déculturation, etc.), ni de la domination, en tous lieux et à toute période, des colons (lesquels sont soumis, pour le moins, à des formes d'adaptation au nouveau territoire et à leurs habitants) ; ce processus n'a pas non plus nécessairement pour conséquence la confrontation entre autochtones et allochtones.

Le cas de l'Empire français est ici éclairant. La colonisation, en effet, y a pris la forme d'une alliance interculturelle entre Français et Amérindiens, placés dans une situation d'interdépendance ; de la même façon, dans la société louisianaise, les esclaves d'origine africaine n'étaient pas totalement impuissants et ont réussi à préserver une autonomie économique et culturelle relative.
Si nous parlons "d'Empire" à propos de la Nouvelle-France, c'est bien parce que l'espace concerné, d'une manière ou d'une autre, subit l'impérialisme français. On ne saurait définir nécessairement un "empire" comme un territoire placé sous le joug d'une autorité politique. Il s'agit avant tout d'un espace dont l'unité, si relative soit-elle, est dictée par l'action d'un "centre" impérial, en l'occurrence la monarchie française, et de tous les acteurs qui agissent plus ou moins en son nom. Que les peuples qui l'habitent – régnicoles français, autochtones, esclaves, etc. - le veuillent ou non, et qu'ils en aient conscience ou non, cet espace est soumis objectivement à une entreprise de domination et d'unification.

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la Nouvelle France au XVIIe siècle

L'Empire français en Amérique du Nord n'existait pas, au sens strict, comme espace de souveraineté unifiée, mais en tant que s'exerçaient en son sein des formes de pouvoir qu'il avait suscitées. Loin d'être une entité juridique reconnue comme telle par toutes ses composantes, il constituait plutôt une unité territoriale et sociale qui s'élaborait tant localement, à travers l'interaction des peuples et des individus, que par l'entremise des directives coloniales venues de Versailles. La Nouvelle-France, dans ses marges n'était qu'une zone d'influence française et, de façon générale, tous les groupes ethniques présents au sein de l'Empire ont joué un rôle actif dans le processus de colonisation et dans la construction de sociétés nouvelles.

Gilles Havard et Cécile Vidal, Histoire de l'Amérique française, Flammarion, 2003 ;
éd. Champs-Flammarion, 2006, p. 18-20.


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- auteurs : Gilles Havard est l'auteur de Empire et métissages, Indiens et Français dans le Pays d'En-Haut (1660-1715), Septentrion-Presses universitaires de Paris-Sorbonne, 2003. Spécialiste de la Louisiane, Cécile Vidal est maître de conférences à l'université de Grenoble.

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Le pays d'en Haut, sis au cœur de l'Amérique du Nord, sur les rives des Grands Lacs et du Mississippi, est né de l'imbrication de deux "sociétés" : quelques centaines de Français d'un côté (coureurs des bois, missionnaires et militaires) et plusieurs dizaines de milliers d'Indiens de l'autre. Cette rencontre suscita de multiples formes d'échanges, d'acculturation, de métissage et d'interdépendance. Dans cette approche reposant à la fois sur l'histoire, l'anthropologie et la géographie, Gilles Havard étudie la genèse de ce territoire. Il met en scène les relations franco-autochtones entre 1660 et 1715, époque où la Nouvelle-France, d'abord confinée dans la vallée du Saint-Laurent commence à se dilater à l'échelle du continent. Attentif à la dimension "génésique" du contact, mais aussi aux mécanismes objectifs de la colonisation et de la conquête, l'auteur analyse simultanément l'indianisation des Français et la manière dont le pays indien se transforme en marge d'empire. Loin des préjugés ethnocentriques de l'historiographie traditionnelle comme des poncifs de la bienséance politique, cet ouvrage renouvelle notre compréhension de la construction des empires coloniaux et des relations interculturelles à l'époque moderne (présentation de l'éditeur).


- source de la carte ci-dessus : université du Québec à Montréal

-  la France en Amérique : quelques références bibliographiques (BnF Galica)

-  histoire du Québec : quelques notes bibliographiques





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Posté par michelrenard à 15:33 - - Commentaires [0] - Permalien [#]