mardi 5 novembre 2013

Daniel Lefeuvre (1951-2013)

Daniel 2007Daniel Lefeuvre en 2007, dans sa maison de la Creuse (photo M.R.)

 

la disparition de l'historien Daniel Lefeuvre

spécialiste de l'Algérie coloniale

 biographie - iconographie - hommage - réactions

 

I - Décès de Daniel Lefeuvre

Daniel Lefeuvre, historien de l'Algérie Coloniale, est mort le lundi 4 novembre 2013 à 23 heures dans une chambre de l'hôpital Saint-Louis à Paris. À l'âge de 62 ans. Prennent ainsi fin trois années d'une maladie dévastatrice dont il savait l'issue inéluctable. Et pourtant, jamais, il n'a renoncé, supportant courageusement tous les traitements sévères prescrits par le médecin très compétent et très attentionné qui s'occupait de lui.

Jamais il n'a renoncé à préserver les siens, son épouse et ses deux fils, ses proches et tous ceux qu'il côtoyait, des douleurs qu'il endurait. Il a gardé, jusqu'au bout, une belle allure et l'envie de chercher, d'écrire, de combattre et d'aider les jeunes chercheurs.

Jamais Daniel n'a abdiqué. Il a toujours répondu aux sollicitations de conférences, de débats, de publications, de projets, de responsabilités. Dernièrement, en juin 2013, il était devenu président du Conseil scientifique de la Fondation pour la mémoire de la guerre d'Algérie, des combats du Maroc et de Tunisie. Il avait été élu, l'année dernière, membre de l'Académie des Sciences d'Outre-mer.

La douleur, la peine, le chagrin de sa famille, de ses amis, de ses collègues, de ses nombreuses connaissances, sont immenses. Chacun perçoit l'injustice devant le départ prématuré d'un homme si plein d'humanité, de gentillesse, d'humour, de dévouement et d'abnégation.

Je connaissais Daniel depuis près de quarante ans. On me pardonnera cette incursion personnelle. Nous avons partagé tant de moments et de défis intellectuels, professionnels et personnels. Témoin de mariage, parrain de mon deuxième fils aujourd'hui âgé de 9 ans.
Cheminement parallèle dans la rédaction de nos mémoires de maîtrises (Daniel, avec Jean Bouvier) et de DEA, préparation des concours, réussite au Capes. Nos parcours universitaires ont, par la suite, divergé. Daniel a mené, sans se laisser distraire, les recherches minutieuses qui l'ont conduit à sa thèse de doctorat, sous la direction de Jacques Marseille (décédé lui aussi prématurément le 4 mars 2010), L'industrialisation de l'Algérie (1930-1962), soutenue en 1994.

 

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Devenu, en 1994, maître de conférence à l'université Saint-Denis/Paris VIII, à laquelle il est resté fidèle, il passe son H.D.R. (habilitation à diriger des recherches), en salle Duroselle à la Sorbonne, le 18 décembre 2001. Le jury est composé de Jacques Marseille, de Daniel Rivet, de Jacques Frémeaux, de Marc Michel, de Benjamin Stora et de Michel Margairaz.

À la fin des années 1990, il s'implique dans la relance de la Revue Française d'Histoire d'Outre-mer, avec la connivence de Pierre Brocheux.

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Accédant au rang de professeur des universités en 2002, il anime des séminaires sur l'histoire coloniale, il devient même, un moment, directeur du Département d'Histoire à Paris VIII.
Daniel prend des initiatives - auxquelles il m'associe souvent - comme ces sessions de formation à l'histoire de l'islam et de la laïcité. Il dirige le travail de nombreux étudiants en les incitant toujours à la rigueur du chercheur. Daniel Lefeuvre a été un infatigable prescripteur de recherches en archives dont il connaissait de très nombreux centres.

En 2006, nous fondons avec Daniel Lefeuvre, Marc Michel et moi-même, l'association Études Coloniales. Puis le blog homonyme, espace hybride entre la revue et le magazine, lieu d'informations, de contacts et de confrontations, ressource à laquelle ont puisé des chercheurs de dizaines de pays à travers le monde.

Tout en poursuivant inlassablement ses propres recherches dans de multiples dépôts d'archives - dont de nombreux résultats, hélas, ne donneront pas lieu à des publications scientifiques -, Daniel publie le retentissant Pour en finir avec la repentance coloniale (Flammarion, 2006).
 

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Les controverses sur cet ouvrage n'ont pas toujours été honnêtes. On trouvera sur ce blog les échanges polémiques de Daniel Lefeuvre avec quelques-uns de ses contradicteurs. En d'autres occasions, il a pu s'exprimer sereinement et infliger une leçon de rigueur historique à l'ancien ministre Jack Lang.
http://www.dailymotion.com/video/xi5ds_chez-f-o-g-jack-lang_news

2006 chez FOG

 

En 2008, nous écrivons ensemble Faut-il avoir honte de l'identité nationale ? (Larousse) pour montrer à tous les détracteurs ingorants du passé intellectuel de notre pays, que l'essentiel de l'historiographie française - à commencer par les plus grands (Michelet, Lavisse, Seignobos, Mathiez, Bainville, Marc Bloch, Braudel, Duby, Mandrou, Girardet, Chaunu, Agulhon, Zeldin, Colette Beaune, Nora, Burguière, etc.) - parlait de l'identité française sans xénophobie, sans collusions barrésiennes ni maurassiennes.
Reçus par un ministre, à Paris, en avril 2009 pour évoquer les idées de cet ouvrage, nous sortons sans trop d'illusions.
Daniel venait d'acheter L'Identité malheureuse de Finkielkraut qu'il comptait lire lors du prochain séjour projeté dans sa chère maison creusoise. Il s'apercevait que nous en avions déjà beaucoup dit sur le sujet.

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Sorbonne 9 avril 2009à Paris, sortant d'un ministère, dans la cour de la Sorbonne, le 9 avril 2009

 

En 2008, également, il organise avec le professeur Olivier Dard, à l'université de Metz, un colloque international intitulé L'Europe face à son passé colonial.
Daniel Lefeuvre termine sa propre communication par les propos suivants : "C'est pourquoi on peut gager que le passé colonial ne disparaîtra pas prochainement de l'actualité française. Mais, dans ces conditions, il revient aux historiens de s'arc-bouter sur les principes et les pratiques consacrés de leur discipline, afin qu'un savoir frelaté ne se substitue pas aux connaissances accumulées depuis plusieurs décennies et que de nombreuses nouvelles recherches savantes ne cessent d'enrichir. C'est, en tant que tel, leur seul devoir civique" (éd. Riveneuve éditions, 2008, p. 377).

 

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En 2009, il est associé au projet de déménagement des Archives nationales quittant ainsi le centre de la capitale. Il participe à la pose de la première pierre avec Isabelle de Neuschwander, conservateur du patrimoine, chargée du projet de nouveau centre à Pierrrefitte-sur-Seine.

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du nouveau Centre des Archives nationales à Peyrefitte

 

En 2010, il collabore au colloque organisé par Serge Cantin et Olivier Bédard, L'histoire nationale en débat. Regards croisés sur la France et le Québec, publié par Riveneuve éditions.

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En 2004, je découvre aux Archives d'Outre-mer le dossier racontant l'histoire de l'édification de la kouba de Nogent-Sur-Marne, dédiée aux combattants musulmans décédés en métropole (1919), mais entièrement disparue depuis. Il nous apparaît, à Daniel et à moi que ce témoignage d'histoire et de mémoire méritait d'être relevé.
Après plusieurs années de démarches après des ministères, des organismes d'anciens combattants, des communes et départements - combats politiques, financiers et épistolaires menés avec persévérance par Daniel -, le projet voit le jour. La kouba est reconstruite et inaugurée le 28 avril 2011.

kouba 28 avril 2011inauguration de la kouba du cimetière de Nogent-sur-Marne reconstruite

 

En 2013, Riveneuve éditions publie les actes du colloque organisé par Daniel, Jean Fremigacci, spécialiste de l'histoire malgache et Marc Michel, africaniste, tous trois amis de longue date : Démontages d'empires.

 

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Daniel avril 2012Daniel Lefeuvre, avril 2012

 

Nous reviendrons sur le bilan scientifique de son oeuvre. L'heure est à l'affliction. Nous pensons à toi, Daniel.

Michel Renard

 

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II - quelques images de Daniel, notre ami

 

Union dans les luttes 2Jean-Charles Venturini, Daniel Lefeuvre, Michel Renard, mai 1981 (© Denise Arias)

 

Union dans les luttes 1vente militante de journal Union dans les Luttes, mai 1981 à Paris (© Denise Arias)

 

Daniel Creuse 1982
1982, dans la Creuse

 

Daniel Creuse 1982 avec Pierrot1982, dans la Creuse, avec mon fils Pierre

 

Daniel Creuse août 82
1982, dans la Creuse, avec mon fils Pierre

 

avec Maurice Creuse 1983
1983, dans la Creuse, avec le paysan, Maurice, (mort le 11 octobre dernier)
et mon fils Pierre

 

3 juillet 20043 juillet 2004

 

Daniel à la cuisine 23 oct 2005Daniel... rabelaisien généreux, 23 octobre 2005

 

m_Dany3à Paris, XVIIIe arrondissement, en 2005



Daniel 2006Daniel Lefeuvre à Paris, en 2006

 

Daniel portant ÉmileDaniel et son filleul Émile, dans la Creuse, juillet 2007

 

IMG_1448_1 copieessai d'une nouvelle tenue professorale pour la rentrée 2007...

 

24 juin 200824 juin 2008, dans son bureau

 

7 avril 20097 avril 2009, avec son filleul

 

8 avril 20098 avril 2009

 

Daniel 2011Daniel à i-télé, le 9 mai 2011 (source)

 

avril 2012 rue Simartavril 2012, chez lui

 

 

DSCN0486 - Version 2le 17 mars 2013 à Saint-Chamond/Saint-Étienne

 

juin 2013 resto (1)en juin 2013, Paris, avec André Fontaine, médecin, et Michel Renard

 

juin 2013en juin 2013, Paris, avec André Fontaine, médecin, et Pierre Renard

 

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III - la bibliothèque de travail de Daniel Lefeuvre

 

bibliothèque 3 24 juin 200824 juin 2008

 

bureau Daniel 24 juin 2008 (1)24 juin 2008

 

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IV - Hôpital Lariboisière, le mardi 12 novembre 2013

 

faire-part Mondefaire-part du Monde, 9 novembre 2013

 

faire-part Figarofaire-part du Figaro, 8 novembre 2013

 

IMG_7986-630x350hôpital Lariboisière, Métro "Gare du Nord" ou "Barbès-Rochechouart"

 

1472772_10201681314288086_1992170892_nGuy Konopnicki (journaliste, écrivain) et Gérard Molina (agrégé de philosophie)
le 12 novembre 2013, évoquant le souvenir de Daniel, leur ami

 

Néness et Konop (1)Jean-Pierre Janesse, dit "Nénesse" et Konop, la force des souvenirs

 

André, Malika, 12 nov (3) 2013Malika et André Fontaine, amis de Daniel


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V - Hommage, le mardi 12 novembre 2013


Quatre allocutions ont été prononcées lors de la cérémonie d'hommage, en présence de plus de cent cinquante personnes, avec Denise Lefeuvre, son épouse, et Guillaume et Louis, ses deux fils.

Michel Renard, Michel Margairaz, Marc Michel et Jean Fremigacci se sont exprimés.

Michel Margairaz            Marc Michel
Michel Margairaz                                                     Marc Michel

   

in memoriam Daniel Lefeuvre (1951-2013)

Michel Renard, 12 novembre 2013

La vie de Daniel Lefeuvre, son parcours, sa pensée n’appartiennent à personne. Ils les emportent avec lui.

Mais chacun, ici, en gardera des moments, des fragments, le souvenir de discussions vives dont on ressortait plus lucide, le souvenir de l’extraordinaire humanité de Daniel, de son humour sarcastique mais toujours fraternel, de son dévouement gratuit, de la modestie qui ne sied qu’aux grands esprits, et bien sûr de son incontournable œuvre d’historien.

Je livrerai quelques fragments du Daniel que j’ai connu. En espérant que Denise, son épouse, Guillaume et Louis, ses deux fils y trouveront le témoignage de ma fidélité et de mon admiration pour leur mari et pour leur père, mon ami.

22 juillet 2007 Daniel et ÉmileDaniel Lefeuvre et son filleul, 22 juillet 2007

Daniel Lefeuvre est issu d’un milieu socialement modeste. Son père était fossoyeur au cimetière de Pantin et Daniel en parlait toujours avec vénération. Cet ouvrier, d’origine bretonne, est décédé l’année où son garçon passait son Bac à 18 ans.

Louis, le fils cadet de Daniel perd aujourd’hui son papa, à l’âge où son propre père perdait le sien. Triste symétrie d’un crève-cœur familial.

cimetière Pantincimetière parisien de Pantin

La mère de Daniel, Irène, que nous sommes plusieurs à avoir connue, était ouvrière. Je salue avec affection sa mémoire. C’était un «cœur simple» comme aurait dit Flaubert, mais avec plus de liberté acquise dans sa destinée.

Son petit pavillon de banlieue, à Bondy, était ouvert et d’une inoubliable hospitalité. On y était reçu avec spontanéité et générosité.

Il a manqué un Willy Ronis pour fixer avec poésie l’image de ces instants de «bonheur modeste» qu’Irène dispensait à tous les amis de Daniel qui devenaient immédiatement les siens.

La scolarité et les études de Daniel Lefeuvre ont été marquées par les convictions politiques et les engagements militants de l’époque. Son milieu familial ouvrier et les rencontres loyales qui accompagnèrent sa jeunesse l’orientèrent «naturellement» vers le communisme, les Jeunesses communistes au lycée, l’Union des étudiants communistes (UEC) à l’université, parallèlement au syndicalisme étudiant au sein de l’UNEF.

Il sacrifia une partie de son cursus universitaire à son volontariat partisan. Y contractant des amitiés indéfectibles et y croisant des individus dont la carrière ultérieure put lui sembler une trahison.

 

les amitiés fécondes

Au chapitre des amitiés fécondes, il y aurait une belle brassée de figures.

Parmi les plus anciennes, il faudrait citer Jean-Pierre Janesse, dit «Nénesse», avec qui Daniel effectua un mémorable tour d’Europe en moto et avec peu d’argent… ; Daniel Milekitch et Denis Maresco, étudiants à Villetaneuse, l’université des fils de banlieue, que j’ai connue quelques années après eux ; André Fontaine, notre ami médecin, et son épouse Malika, amis ultimes ; la haute stature de Gérard Vaugon, dit «Bakou», disparu en 2003 ; la culture littéraire et le sens politique de Guy Konopnicki, dit «Konop» ; l’exceptionnelle intelligence de Gérard Molina.

Entrée de VincennesParis VIII, à Viincennes

Et dans cette université de Paris VIII, à Vincennes, c’est là qu’il rencontra Denise, élève de l’historienne Germaine Willard, qui devint la compagne de toute sa vie.

J’ai rencontré Daniel, la première fois, à Villetaneuse, avec Bakou à la rentrée universitaire 1974. Bakou, inimitable Mirabeau des campus, le verbe étincelant et le charisme rayonnant. Daniel, véritable boule de révolte, en guerre avec tout ce que le monde avait fait naître en lui de déceptions et de désillusions.

Tous les deux fondèrent, peu après, une librairie dans un local de la cité HLM «Allende», à la sortie du campus de Villetaneuse. Ils croyaient en la diffusion de la culture. Pour eux, l’université devait être une grande prêtresse du livre. Ils en seraient les officiants.

Auparavant, comme élu national étudiant, Daniel fut membre du CNESER. Et il y a quelque ruse de l’histoire à ce qu’il fût devenu, il y a quelques années, membre du CNU, ayant à examiner la qualification des futurs maîtres de conférence et professeurs des universités.

 

Entre-temps, son trajet le conduisit, plusieurs années durant, à la vente du livre, de manière itinérante d’abord sur les campus universitaires, puis dans une librairie ouverte dans la Zup d’Argenteuil et intitulée «La halte des heures».

Il s’y dépensa avec Denise pour tenter d’offrir une vraie littérature à tous et des conseils de lecture pour les enfants.

Zup Argenteuilune dalle de la Zup d'Argentueil

Puis il reprit le chemin des études et des concours. En commençant par le professorat, en tant que maître-auxiliaire, dans les LEP. Et par la préparation du Capes-Agrégation à la Sorbonne où nous suivîmes les cours passionnants de Michel Vovelle, de Robert Fossier, de Michel Zimermann, de François Hincker, de François Rebuffat et de Joël Cornette dont Daniel, plus tard, devint le collègue à Paris VIII Saint-Denis.

 

la recherche historienne en histoire coloniale

Il engagea parallèlement ses recherches en archives, sous la direction de Jacques Marseille dont la lecture de Empire colonial et capitalisme français l’avait convaincu des illogismes de nos simplistes convictions de jeunesse en matière d’histoire coloniale.

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Daniel Lefeuvre eut le courage intellectuel de renoncer à celles-ci et de se confronter à la rigueur de l’histoire positiviste, particulièrement en matière économique.

Son souci de l’exactitude factuelle et de la méthodologie historienne le poussèrent, à travers l’investigation archivistique de sources nouvelles, à réfuter quelques mythes, plus politiques qu’historiens d’ailleurs.

Il retrouvait, renouvelait et prolongeait une historiographie française attachée à la neutralité axiologique qu’avait illustrée, en 1960, Henri Brunschwig dans Mythes et réalités de l’impérialisme colonial français, 1871-1914.

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La thèse de Daniel, parue en 1997 sous le titre amphibolique de Chère Algérie, 1930-1962, suscita des débats mais aucune réfutation étayée.

La colonisation, qu’elles qu’en furent les affres militaires, ne fut jamais un «pillage».

Oui, Daniel doit à Jacques Marseille. Mais il édifia son propre cheminement historien et ne suivit pas ce dernier dans l’éloge du libéralisme.

Il resta un historien libre qu’aucun «camp» ne put jamais s’approprier.

Ni les nouveaux adeptes des «études post-coloniales», qui ne voient qu’«images» et «discours» comme démiurges d’une réalité dont ils ignorent l’épaisseur sociale ; ni les nostalgiques a-critiques de l’Algérie coloniale qui oublient les injustices et inégalités de la domination des conquérants.

À distance de toutes les reconstructions mémorielles, l’historien ne sombra jamais ni dans l’anachronisme ni dans la téléologie.

Il faut dire que Daniel Lefeuvre était un infatigable lecteur en archives, acceptant ce qu’elles pouvaient lui apprendre et ce qui pouvait le surprendre. Cela le préserva de tous les dogmes partisans.

 

Caom 20 juillet 2004 copiesalle de lecture du Caom

Nous nous sommes maintes fois retrouvés au Centre des archives d’Outre-mer à Aix-en-Provence, présents à la première heure et derniers partis, en négligeant souvent le repas.

Le soir, nous retrouvions notre ami, le conservateur André Brochier, et d’autres passionnés de la recherche, comme Jean-Louis Planche et Jean Fremigacci, qui ne pouvaient se satisfaire des huit petites heures quotidiennes à compulser les papiers sortis des célèbres et épais cartons gris.

 

André Brochier 6 août 2004André Brochier, 6 août 2004

C’est dans ce scriptorium des temps modernes, et dans une multitude d’autres, que Daniel découvrit et analysa les données qui constituèrent son œuvre historienne.

Je ne dirais pas qu’il avait la religion de l’archive, parce que son esprit critique, son positivisme analytique et son sens de la problématisation l’interdiraient. Mais il avait la «passion de l’archive», comme le formula un jour l’historienne Arlette Farge.

Cette passion de l’archive et de la rigueur historienne lui fit écrire l’éclatant Pour en finir avec la repentance coloniale (2006) qui, sous une forme ramassée et d’apparence polémique est d’abord un livre de démonstration historique.

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Par son expérience politique et sa connaissance de l’histoire, Daniel Lefeuvre savait très bien qu’on ne peut jamais vraiment «en finir» avec les préjugés et les idéologies partisanes, mais à ne pas le tenter on se montrerait infidèle aux vertus du savoir comme à l’éthique du savant.

En 2006, nous fondons, Daniel Lefeuvre, Marc Michel et moi-même l’association Etudes Coloniales. Puis le blog homonyme, espace hybride entre la revue et le magazine, lieu d’informations, de contacts et de confrontations, ressource libre à laquelle ont puisé des chercheurs de dizaines de pays à travers le monde. Daniel y répondit, avec précision, caractère et courtoisie, à ses contradicteurs.

Dans la foulée est mis en ligne le Répertoire des historiens du temps colonial, comportant ce jour 225 notices auxquelles Daniel contribua largement.

 

l'identité nationale

J’ai partagé avec Daniel, la joie et la stimulation intellectuelle d’écrire Faut-il avoir honte de l’identité nationale ? (2008).

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Il ne s’agissait pas d’une histoire de l’identité française, seulement d’une réaction contre une logomachie honteuse du passé national mais ignorante de celui-ci, d’une réaction contre les ponts-aux-ânes d’un militantisme de slogans.

Il fallait rappeler l’extraordinaire bilan de l’école historique française, et anglo-saxonne, qui sut définir l’identité française sans jamais sombrer dans aucun barrésisme, dans aucun maurrassisme ni dans une quelconque xénophobie.

Historien de l’Algérie coloniale, ayant voyagé en Algérie et au Maroc, Daniel avait fait de la Creuse son havre de ressourcement. Il y retrouvait le paysan Maurice, son complice, disparu le mois dernier à l’âge de 84 ans.

Il y retrouvait aussi les traces de la longue histoire agraire de la France. Un  moment, Daniel avait envisagé de racheter la maison creusoise de l’immense historien médiéviste, Marc Bloch : «ça aurait de l’allure !», disait-il…

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Daniel Lefeuvre avait «sous le coude» et dans les innombrables fichiers de son ordinateur des centaines de pages destinées à la rédaction de plusieurs livres que la maladie lui a interdit de mener à terme.

Mais il est une entreprise qu’il eut la force d’accompagner jusqu’à sa réalisation concrète et à l’égard de laquelle il éprouva un indéniable amour-propre, ce fut la reconstruction de la kouba de Nogent-sur-Marne.

Cette initiative, selon nous, symbolisait la fusion du savoir historique et de l’hommage mémoriel.

En 2004 – pardonnez-moi de dire «je» en ce jour -, je découvre aux Archives d'Outre-mer le dossier racontant l'histoire de l'édification de la kouba de Nogent-sur-Marne, dédiée aux combattants musulmans décédés en métropole et inaugurée en 1919, mais entièrement disparue depuis 1982.

C'est principalement à Émile Piat, consul général, attaché au cabinet du ministre des Affaires étrangères et chargé de la surveillance des militaires musulmans dans les formations sanitaires de la région parisienne, que l'on doit la construction de cette kouba.

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Le monument fut édifié à la fin de la Première Guerre mondiale grâce à une conjonction d'initiatives qui importait à Daniel : la politique de gratitude et de reconnaissance de l'institution militaire à l'endroit des soldats venus du domaine colonial, l'empathie d'un consul entreprenant et l'entremise d'un officier des affaires indigènes en poste à Alger, le soutien d'un édile communal et la générosité d'un marbrier. Cette osmose dépassait toute politique d'intérêts au sens étroit.

C'est ce surplus de signification, le signe d'une mutuelle reconnaissance, qui avaient toutes raisons d'être rappelés malgré le temps passé.

Après plusieurs années de démarches après des ministères, des organismes d'anciens combattants, des communes et départements - combats politiques, financiers et épistolaires menés avec persévérance par Daniel tout seul -, le projet voit le jour. La kouba est reconstruite et inaugurée le 28 avril 2011.

Daniel disparaît alors que débutent toutes les commémorations du centenaire de la Grande Guerre. Il y aura magnifiquement participé avec la renaissance de la kouba, au sein du carré musulman du cimetière de Nogent-sur-Marne.

 

un testament d'historien

En 2008, il avait organisé avec le professeur Olivier Dard, à l'université de Metz, un colloque international intitulé L'Europe face à son passé colonial.

Il terminait sa propre communication par les propos suivants qui, aujourd’hui, résonnent comme un testament d’historien :

"C'est pourquoi on peut gager que le passé colonial ne disparaîtra pas prochainement de l'actualité française. Mais, dans ces conditions, il revient aux historiens de s'arc-bouter sur les principes et les pratiques consacrés de leur discipline, afin qu'un savoir frelaté ne se substitue pas aux connaissances accumulées depuis plusieurs décennies et que de nombreuses nouvelles recherches savantes ne cessent d'enrichir. C'est, en tant que tel, leur seul devoir civique".

Daniel 6 juin 2013Daniel Lefeuvre, 6 juin 2013

Daniel affectionnait la lecture du Journal de Jules Renard. J’y puise cette dernière formule, dont la presque inconvenance n’aurait pas, je crois, déplu à Daniel : «On ne s’habitue pas vite à la mort des autres. Comme ce sera long quand il nous faudra nous habituer à la nôtre ! ». Sans toi, Daniel…

Et ainsi que tu ponctuais souvent la fin de nos innombrables discussions : Kenavo, mon ami !

 Michel Renard

 

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VI a - L'article de l'historien Guy Pervillé

- lire ici

Conference-Guy-Perville--n--1-25-09-2012

 

VI b - L'hommage de l'historien Olivier Dard

Olivier Dard pour Daniel Cercle algérianiste
publication du Cercle Algérianiste

Olivier Dard
Olivier Dard

 

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VII - Articles de presse et liens vers des sites

Figaro 11 nov 2013 articleLe Figaro, 11 novembre 2013

 

Le monde 0
Le Monde 1
Le Monde 1_2

Le Monde, 12 novembre 2013

 

- département d'histoire de l'Université Paris VIII / Saint-Denis
http://www2.univ-paris8.fr/histoire/?p=5258

- Cril 17 info
http://cril17.info/2013/11/09/in-memoriam-daniel-lefeuvre/

- articles et vidéos où apparaît Daniel Lefeuvre
http://www.fdesouche.com/429527-lhistorien-daniel-lefeuvre-est-mort

- autres vidéos sur le site Prêchi-Prêcha
http://www.prechi-precha.fr/colonisation-de-lalgerie-rappel-historique-avec-daniel-lefeuvre-video/

- "Comment la France s'est ruinée en Algérie : hommage à Daniel Lefeuvre", par Bernard Lugan
http://bernardlugan.blogspot.de/2013/11/comment-la-france-sest-ruinee-en.html

- le site Boulevard Voltaire a relayé l'article de Bernard Lugan
http://www.bvoltaire.fr/bernardlugan/daniel-lefeuvre-un-africaniste-libre,40719

- le site Noix Vomique
http://noixvomique.wordpress.com/2013/11/13/daniel-lefeuvre-1951-2013/

- "Hommage à Daniel Lefeuvre qui vient de nous quitter", sur le site Agora Vox
http://www.agoravox.tv/tribune-libre/article/hommage-a-l-historien-daniel-41684

- "Hommage à Daniel Lefeuvre", par Pierre Cassen sur le site Ripsote Laïque
http://ripostelaique.com/hommage-a-daniel-lefeuvre-auteur-de-faut-il-avoir-honte-de-lidentite-nationale.html

- Nicolas Marty sur le site de l'Association française d'histoire économique
http://afhe.hypotheses.org/3510

- le site Enquête et débat, Jean Robin
http://www.enquete-debat.fr/archives/hommage-a-lhistorien-daniel-lefeuvre-qui-vient-de-nous-quitter-20188

- "Disparition de Daniel Lefeuvre", sur le site Bir-Heicheim, le rombier
http://www.bir-hacheim.com/disparition-de-daniel-lefeuvre/

- "Daniel Lefeuvre est mort" sur le blog de l'histoire
http://blog.passion-histoire.net/?p=13776

- "Daniel Lefeuvre", sur le site Le coin du Popodoran
http://popodoran.canalblog.com/archives/2013/11/06/28371538.html

- le site de l'APHG (Association des professeurs d'histoire-géographie), l'article nécrologique préparé par Hubert Bonin
http://popodoran.canalblog.com/archives/2013/11/06/28371538.html

- le même article sur le site de la SFHOM (Société française d'histoire d'outre-mer)
http://sfhom.free.fr/daniellefeuvre.pdf

- "un historien courageux au service de la République", site Apolocalisse laica
http://apocalisselaica.net/index.php?option=com_content&view=article&id=195393%3Adaniel-lefeuvre-un-historien-courageux-au-service-de-la-r%C3%A9publique&catid=226%3Aestero&Itemid=222

 

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VIII - Réactions, messages et condoléances

 

Daniel 30 sept 200630 septembre 2006

 

1) Messages reçus

 

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Bien chers amis,

C'est avec beaucoup de tristesse que nous avons appris le décès, hier soir, de notre ami Daniel Lefeuvre qui luttait depuis trois ans déjà contre la maladie.
Daniel était très proche du cercle qu'il avait rejoint, il devait à nouveau intervenir devant les congressistes le week-end end prochain à l'occasion de notre congres national.
Son fils Guillaume qui m'apprenait cet après-midi la triste nouvelle me disait combien son père se sentait bien parmi les algérianistes lui qui nourrissait plein de projets avec le cercle Algérianiste. Il me disait aussi l'émotion qui étreignait son père lorsque le chant des africains retentissait parmi les nôtres.
Merci à Daniel pour son soutien, pour sa compréhension de nos drames, pour avoir eu le courage de dire au sein du monde universitaire bien trop souvent monolithique une autre vérité.
Un hommage lui sera rendu samedi prochain lors du 40e anniversaire du cercle à Perpignan.
Avec mes fidèles amitiés

Thierry ROLANDO
5 novembre 2013

 

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Cher Monsieur,

Je n'ai pas eu le temps de vous répondre hier, pardonnez m'en.
La nouvelle que vous m'avez apportée m'a touché. Je connaissais peu Daniel Lefeuvre personnellement, mais chacun de nos contacts avait été simple et direct. Je crois qu'il s'est battu courageusement contre la maladie. C'est une perte douloureuse pour ses proches et ses amis, dont vous êtes, mais aussi pour l'histoire.
Le prochain numéro du Figaro Histoire (sortie fin novembre) lui rendra hommage.
Bien cordialement

Jean SÉVILLA
6 novembre 2013

 

Fondation Algérie

 





Monsieur le Président, Madame, messieurs les administrateurs, madame, messieurs les conseillers scientifiques,  Nous apprenons avec une très grande tristesse le décès de notre ami le Professeur Daniel Lefeuvre, survenue le 4 novembre. Homme d'un dévouement exceptionnel, historien de très grande qualité, Daniel Lefeuvre, était un universitaire rigoureux et respecté, d'une grande honnêteté intellectuelle.
Il avait accepté avec courage d'être  le président du conseil scientifique de la Fondation à laquelle il a immédiatement apporté un soutien éclairé. Sa présence et sa bonne  humeur vont nous manquer.  La Fondation adresse à sa famille ses condoléances les plus sincères.

Paul MALMASSARI Directeur de la FM-GACMT
6 novembre 2013

 

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Cher Michel,
Je viens d’apprendre par un message de Hubert Bonin, la triste nouvelle, le décès de Daniel Lefeuvre. Je sais combien vous étiez proches tous les deux, et devine la peine qui doit être la tienne. Je connaissais Daniel depuis le début des années 1990 à Paris 8, et j’avais participé à son jury d’habilitation. Nous nous étions opposés ces dernières années, notamment à propos des ouvrages sur “la repentance coloniale” et “l’identité nationale”, ou sur le documentaire La déchirure.  Mais je crois pouvoir dire que nous avions un respect mutuel pour chacun de nos travaux.
Je présente à sa famille mes plus sincères condoléances.
Bien à toi.

Benjamin STORA
7 novembre 2013

 

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J’ai appris avec tristesse le décès de Daniel Lefeuvre. C’était un homme sympathique, plein d’humour et de joie de vivre. Il avait toujours plein de projets à soumettre à son entourage. Je le connaissais depuis peu de temps. Après notre rencontre de septembre 2008, nous nous sommes revus régulièrement et à chaque fois c’est avec beaucoup de plaisir que nous avons pu échanger sur bien des sujets, et pas seulement sur l’Histoire .
Le bel hommage que Michel Renard  - son complice de toujours - lui rend sur le site d’Études Coloniales mérite d’être lu. Daniel Lefeuvre a écrit sur des sujets difficiles, pas toujours politiquement conformes, avec une grande rigueur, sans langue de bois, ce qui lui a attiré des critiques pas toujours très honnêtes. C’est un grand historien qui nous quitte, nous ne l’oublierons pas.

Roger VETILLARD
8 novembre 2013

 

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Pour Daniel Lefeuvre
Pourquoi avais-je de l’estime pour l’historien Daniel Lefeuvre ?
Après avoir servi la France comme officier SAS du contingent pendant les années 1959-1960, et cru, à un moment donné, court, aux chances d’une communauté franco-africaine, je m’étais imposé une sorte de «jeûne» colonial.
C’est en reprenant contact avec l’histoire coloniale, plus de trente années plus tard, que j’ai découvert dans l’air du temps toutes sortes de nouveaux romans «nationaux», qui valaient bien celui de notre Lavisse national, porté aux nues d’une nouvelle histoire coloniale tout à la fois anachronique, médiatique, «entrepreneuriale», et à la fin, repentante.
Et dans tout ce tumulte plus idéologique qu’historique, le flux montant et renouvelé des histoires ou des mémoires de la guerre d’Algérie, et de l’Algérie elle-même, des histoires ou des mémoires dont j’avais eu soin de me garder, tant elles envahissaient tout le champ de l’histoire coloniale, en même temps qu’elles faisaient aussi top belle part à l’émotion, à la passion, et au cas personnel.
Les ouvrages de Daniel Lefeuvre m’ont sorti de cette sorte d’exil historique intérieur parce qu’elles s’inscrivaient dans le type d’histoire qui seul à mes yeux en a les caractéristiques, c’est-à-dire le respect de la chronologie et des faits, mais en même temps, et ce qui n’est pas si courant dans l’histoire coloniale, l’analyse des faits sous leur angle statistique, économique et financier, au-delà donc des histoires des idées seules beaucoup plus malléables.
Au fin du fin, l’exemple d’un historien authentique qui pratiquait son métier à contre-courant, contre toutes les dérives de notre temps.

Jean-Pierre RENAUD
9 novembre 2013

 

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J’ai connu assez tard Daniel Lefeuvre, un printemps, aux Centre national des archives d’Outre-Mer à Aix-en-Provence où il travaillait avec le rythme soutenu de ceux qui savent où ils vont, et que le chemin sera ardu. Conduit par la nécessité à suspendre un temps ses études, jeune père de famille, il entendait ne gaspiller ni un instant ni un centime. Le seul loisir qu’il se soit accordé, à la veille de son départ, fut un détour par le centre-ville pour acheter un modeste cadeau à l’intention de ses deux garçons.

Le sujet de thèse qu’il avait choisi n’était pas non plus au demeurant des plus faciles. Il entendait démontrer par l’étude du cas de l’Algérie que l’abandon par la France de ses colonies, au tournant des années soixante, avait été dicté par un raisonnement financier bien compris : le coût en était devenu bien supérieur au rapport. Il suffit de se rappeler le gouffre financier que provoquait la guerre d’Algérie, au moment où en Afrique noire des groupes armés commençaient de se constituer dans la brousse. La France qui entrait dans le Marché commun se retrouvait en concurrence face à une Allemagne, une Italie et une Hollande, débarrassées de leurs charges coloniales.

Tout, certes, ne se monnaye pas. Comment comptabiliser l’apport au rayonnement de la France qu’avait apporté un auteur comme Albert Camus ? Comment estimer la profondeur stratégique que conférait l’Algérie et qui explique le choix par les Anglo-américains en 1942 d’amorcer par leur débarquement la reconquête de l’Europe, Alger devenant du coup la capitale de la France en guerre, et le siège du gouvernement de la République ?

Cependant Chère Algérie, 1930-1962, ouvrage que Daniel Lefeuvre tira de sa thèse, provoqua parmi les progressistes et les marxistes étriqués un tollé. Il fut d’autant plus vif que la démonstration par le cas algérien venait conforter l’étude générale menée par son directeur de thèse, Jacques Marseille, sur le poids qu’était devenu pour la France son empire colonial.
On parla d’un renouveau de «cartiérisme», rangeant Daniel Lefeuvre et Jacques Marseille parmi les héritiers du journaliste Raymond Cartier, anticolonialiste conservateur, célèbre un moment pour sa phrase «plutôt la Corrèze que le Zambèze».

Mais le fait que l’Algérie soit toujours aujourd’hui le premier client de la France, et que la ville de Marseille, seconde ville de France, lui doive de garder son rang de premier port de Méditerranée, sans sombrer dans une misère totale, prouvent qu’ils savaient raison garder. Si être marxiste est d’abord faire l’analyse réelle de faits réels, Daniel Lefeuvre, accusé comme Jacques Marseille par les «bien-pensants» d’avoir trahi, restera un auteur incontournable.

Jean-Louis PLANCHE
10 novembre 2013

 

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Roger SABOUREAU (association Secours de France) n'a pas laissé de message écrit mais plusieurs témoignages oraux lors de conversations téléphoniques. Je puis en témoigner. Les signes de son attachement à l'humanité et à l'intelligence historique de Daniel ont été touchants et sincères. Il l'a plusieurs fois reçu sur Radio Courtoisie. Une complicité était née entre entre eux. Roger Saboureau est un homme droit qui a su écouter Daniel et lui prodiguer, dans les derniers temps, les soutiens et aides nécessaires, sur nombre de projets en cours et notamment sur le dossier de la Kouba de Nogent-sur-Marne. (M.R.)
- "Daniel Lefeuvre nous a quitté !" sur le site de Secours de France
http://www.secoursdefrance.com/content/view/1311/9/

 

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À Monsieur Michel RENARD
Cher Monsieur,
C'est avec une très grande tristesse - immédiatement exprimée sur le site www.clan-r.fr - que j'ai appris le décès de Daniel Lefeuvre pour qui j'avais beaucoup d'estime et même de l'amitié. Nous nous connaissions assez bien. Il était mon confrère à l'Académie des Sciences d'Outre-Mer où il présidait le conseil scientifique du Centenaire et nous siégions ensemble au conseil scientifique de la Fondation dont il était le Président.
Compétent, rigoureux, courageux, Daniel avait d'immenses qualités humaines et morales qui le faisaient apprécier d'un très grand nombre.
Il va laisser un énorme vide mais son oeuvre subsistera, je dirais même se poursuivra ; vous allez la faire vivre, nous allons tous la faire connaître et elle va assurément être à l'origine de vocations.
L'Académie des Sciences d'Outre-Mer lui rendra hommage vendredi prochain, le 22 novembre à 15 heures ; il serait bien que vous-même et ceux qui vous entourent à l'Assocation puissiez être présents.
Je vous prie d'agréer, cher Monsieur, l'expression de ma profonde sympathie.

Denis FADDA
Président (h) de l'Académie des Sciences d'Outre-Mer
18 novembre 2013

 

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2) Commentaires sur Daniel Lefeuvre (1951-2013), postés sur le blog

 

Habib-Kazdaghli

 





- J'adresse toutes mes condoléances à sa famille, à ses amis et à ses collègues. C'est un collègue généreux et disponible, à chaque fois que je l'ai rencontré à Paris 8, j'ai gardé une très bonne impression. Paix à son âme.
Habib Kazdaghli, professeur d'Histoire contemporaine
Doyen de la Faculté des Lettres, des Arts et des Humanités de Manouba-Tunisie.
Posté par Habib Kazdaghli, 5 novembre 2013

- Je m'associe à la peine de ceux qui ont côtoyé Monsieur LEFEUVRE historien émérite sur l'Algérie. J'ai rencontré le général Maurice FAIVRE et Monsieur Jean MONNERET, tous deux historiens dans le même domaine, mais je n'ai jamais eu l'opportunité de rencontrer Monsieur LEFEUVRE. En revanche, je serai heureux de pouvoir rencontrer Monsieur Michel RENARD qui doit habiter à Saint Chamond. Personnellement, je réside à St Jean Bonnefonds.
Posté par anicaud, 5 novembre 2013

- Toutes mes très sincères condoléances à sa famille, a ses amis.
Il reste une Œuvre et pour cela nous le remercions; mais nous le remercions surtout, pour sa recherche de la vérité , qui demandait le vrai courage d'aujourd'hui : le courage intellectuel.
JLF
Posté par JLf, 6 novembre 2013

- Je ne connaissais pour ainsi dire pas Daniel Lefeuvre, croisé seulement quelques fois dans des séminaires parisiens, mais j'ai toujours eu beaucoup d'estime pour le combat qu'il menait à juste titre contre ce que vous appelez le "savoir frelaté". Sur ce point tout particulièrement je partage votre analyse.
J'essaye, à ma mesure, autant que l'Université veuille bien m'en donner la possibilité de mener moi aussi ce même combat qui est, après le combat pour la vie, le seul qui vaille vraiment la peine.
Toutes mes condoléances à la famille de Daniel Lefeuvre. Très sincèrement.
J.A.
Posté par J.A., 6 novembre 2013

- Une nouvelle bien triste et des photos profondément touchantes. Mes plus sincères condoléances vont à la famille et aux proches de M. Lefeuvre.
Posté par Benjamin, 6 novembre 2013

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- Une vieille amitié nous liait, remontant à Jacques Marseille. Nous ne nous sommes pas fait mutuellement de cadeau dans le domaine historique, ayant assez souvent des interprétations divergentes depuis quelques années. Mais nous avions, je crois pouvoir le dire, une sincère affection l'un pour l'autre, faite de respect mutuel, sensible à chacune de nos rencontres. Je présente à sa famille mes plus sincères condoléances.
Catherine Coquery-Vidrovitch
Posté par Catherine C. Vid, 6 novembre 2013

 

Badr Maqri













- Mes sincères condoléances à sa famille, ses proches et ses ami(e)s.
Badr Maqri / Université Mohammed I / Oujda / Maroc
Posté par Maqri, 7 novembre 2013

Jean-François Paya













- Profondement touche j’ai eu l'honneur de rencontrer plusieures fois le professeur Lefeuvre lors de colloques et conférences dont une à notre cercle Algerianiste de Poitiers où il m’avait vivement en courage à poursuivre mes recherches sur les massacres du 5 juillet 62 à Oran, contre vents et marées, en m’affirmant que l’Histoire n’était pas le privilege des universitaires, sa vision de notre histoire algérienne reste lumineuse et toujours présente, impérissable. Merci cher Professeur.
Jean Francois Paya AC/ Algérie classe 54/2
Posté par JF PAYA, 7 novembre 2013

- Une mémoire s’en va, un drame pour notre pays au moment où nous aurions besoin de tant de tolérance
Posté par Mogondi, 7 novembre 2013

- C'est avec tristesse que j'apprends la mort de mon cher professeur. Il a été mon directeur de recherche pour ma maitrise et mon DEA.
J'ai toujours apprécié sa liberté de pensée hors des cadres dogmatiques et son exigence intellectuelle qui le caractérisait. Je prenais énormément de plaisir à assister à ces cours et à nos rencontres de suivi de travaux. Je garde le souvenir d'un homme profondément humain, sans prétention, dans ses rapports avec ses étudiants.
Toutes mes condoléances à sa famille et à ses proches.
Rodolphe Belmer
Posté par Rodolphe, 7 novembre 2013

- J'ai eu l’honneur de connaître le professeur Daniel Lefeuvre et de travailler avec lui de 2008 jusqu'à son départ. Il était mon directeur de recherche pour mon Master2 (2008-2009) et dirigeait ma thèse en cours. Je demeure très reconnaissant à son égard pour ses qualités humaines et scientifiques, son humilité, ses conseils et son accompagnement dans des conditions extrêmement difficiles et particulières.
Son départ est une grande perte pour les étudiants, les chercheurs et pour le domaine de l'histoire.
Je présente toutes mes condoléances pour ses proches et ses amis. (Tu nous a quitté mais nous ne t'oublions pas).
MARGHICH Moussa
Posté par MARGHICH, 7 novembre 2013

- Bonsoir,
j'avais dévoré son livre sur la repentance coloniale
j'apprends sa disparition sur "Enquête et Débat"
j'adresse toutes mes condoléances à sa famille
je prie pour son âme sans connaitre ses convictions religieuses et/ou sa foi
Je suis très triste car il a y a bien peu d'hommes capables comme lui de défendre la vérité historique à partir de quoi se construit la mémoire et l'identité.
Bref je pleure la disparition de cet homme que je ne connaissais pas personnellement
RIP
Posté par WOILLEMONT, 7 novembre 2013

 

Maxime Gauin







- Un historien aussi rigoureux que courageux, et un homme plein d'humanité. Sa mort est une perte à tous égards. Je renouvelle ici mes condoléances.
Posté par Maxime Gauin, 7 novembre 2013

En souvenir des années militantes à Paris XIII-Villetaneuse. Mes condoléances les plus attristées à sa famille et à ses proches.
Posté par christophe93200, 7 novembre 2013

- La lutte contre le politiquement correct et l'histoire frelatée, contre les bien-pensants démagos et les réflexions binaires blancs mauvais noirs gentils, basée sur le socle de la vérité vient de perdre son plus grand serviteur.
Je m'amuse encore très souvent à regarder M. Lefeuvre "moucher" quelques énergumènes du genre en direct à la télévision, sur youtube… sincères condoléances….
Posté par GAULMIN, 8 novembre 2013

 

Jean Pavée









- Professeur d'histoire dans un lycée de la banlieue de Nancy, militant et contributeur à Riposte Laïque, je remercie Daniel Lefeuvre pour m'avoir éclairé grâce à la lecture de "Pour en finir avec la repentance coloniale" et de "Faut-il avoir honte de l'identité nationale ?".
Merci à sa rigueur et à son courage.
Jean Pavée
Posté par Jean Pavée, 8 novembre 2013

- La France a perdu en la personne de Daniel Lefeuvre un très grand bonhomme, un très grand historien.
Je vous salue M .Lefeuvre. Condoléances à la famille.
Posté par lanceur, 8 novembre 2013

- Étudiant à Paris 8 il y a un peu plus de 10 ans, j'ai connu brièvement M. LEFEUVRE. Sa disparition m'attriste beaucoup. Toutes mes condoléances à sa famille.
Posté par Cyril, 9 novembre 2013

- Pour être un grand historien comme M. Lefeuvre il faut être habité par le doute et obsédé par la vérité.
Toutes mes condoléances à sa famille.
Posté par bernard, 10 novembre 2013

- C'est grâce à l'enseignement de Daniel Lefeuvre que j'ai appris ce qu'est la recherche en Histoire. Sa culture historique, sa connaissance des archives et sa rigueur resteront pour toujours un modèle. C'est aussi l'homme bienveillant et généreux que j'ai découvert au fil de ces années.
J'ai une pensée pour sa famille pour laquelle j'adresse mes sincères condoléances.
Monsieur Lefeuvre, je ne vous oublierai jamais.
Posté par DH, 10 novembre 2013

- Ma fille a été une de ses étudiantes il y a quelques années. J'ai le souvenir d'un enseignant extrêmement attentif et bienveillant, qui donnait beaucoup de conseils avisés, et mettait les mains dans le cambouis pour aider ses étudiants. Je l'ai vu malmené dans des émissions, plus ou moins accusé de relents colonialistes, alors qu'il ne faisait que dire la réalité des choses, j'en avais ressenti un profond malaise.
Mais dans ce pays, lorsqu'on s'éloigne du politiquement correct, on est sanctionné et rudoyé. Tout mon soutien à sa femme et ses enfants. C'était un monsieur bien, très bien, un honnête homme, et il y en a peu, finalement.
Posté par Dominique, 11 novembre 2013

- Simple lecteur de ses ouvrages et de ce blog, j'en apprécie la volonté de rigueur sur la période coloniale, traitée de manière historique et non manichéenne.
Il était aussi intervenu à l'émission C dans l'air, lors de la visite de F. Hollande en Algérie l'an dernier ; j'apprends donc qu'il se savait gravement malade à cette date.
Mes condoléances à ses amis et à sa famille.
Posté par ted, 12 novembre 2013

- C'est bien d'avoir posté ces photos personnelles. Elles montrent que ce n'est pas qu'un chercheur et un historien qui disparaît (et dont les commentaires déplorent avec raison la disparition) mais aussi un homme qui laisse un vide douloureux chez ses proches. De tout coeur avec vous et sa famille.
Posté par Sisyphe, 12 novembre 2013

 

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- Nous avions participé à un colloque ensemble et j'avais admiré son propos courageux car à contre courant d'une pensée dominante. C'est une grande perte pour la recherche historique. Toutes mes condoléances à sa famille.
Posté par G. Crespo, 12 novembre 2013

- je m'associe aux condoléances de tous ceux pour qui le savoir est plus important que le pouvoir ...
Posté par emmanuel, 15 novembre 2013

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- Très touché par sa disparition, je tiens à saluer Daniel Lefeuvre pour ses grandes qualités humaines, son ouverture d'esprit et son honnêteté intellectuelle. Il m'a permis de publier mon premier article et m'a donné confiance en moi.
Toujours disponible pour échanger à la fin d'un séminaire. Courageux de se montrer à contre-courant de la pensée dominante et toujours critique dans ses démarches. Boycotté par les médias traditionnels car pas assez "politisé" dans le "bon sens".
Il va nous manquer.
Mes condoléances à ses proches et l'assurance de tout mon soutien.
Posté par Olivier Berger, 15 novembre 2013

- Merci pour le partage. Il était une source d'inspiration.
Posté par emmanuel, 22 novembre 2013 

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- Ces photos de Daniel publiées en son hommage suscitent l'émotion et ravivent la douleur de sa perte. Ce fut un honneur que de travailler avec lui ; ce fut un honneur que de l'avoir comme ami. À Daniel qui continuera d'accompagner nos pensées.
Posté par Diane Sambron, 23 novembre 2013

 

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mardi 1 janvier 2013

disparition de Marie-Hélène Degroise

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un des photographes "d'outre-mer" que Marie-Hélène Degroise a patiemment étudiés

 

in memoriam Marie-Hélène Degroise

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(1947-2012)

 

Nous sommes nombreux à avoir connu Marie-Hélène Degroise, conservatrice dans ce qui s'appelait le CAOM, Centre des archives d'outre-mer à Aix-en-Provence (aujourd'hui ANOM).

Pendant des années, nous avons sollicité ses compétences et sa bienveillance. Elle a toujours répondu. Son sens de la rigueur a peut-être étonné certains chercheurs. Mais elle n'a jamais été ingrate, poussant ces derniers à la rectitude et à la précision.
Marie-Hélène Degroise est née en 1947 et est décédée précocement le 19 juin 2012. Elle souffrait alors d'une maladie rare du coeur qui lui avait été diagnostiquée 3 ans auparavant.

Pour ce que nous en connaissons, sa carrière professionnelle a commencé avec son diplôme de l'École nationale des chartes, promotion 1973. Le 1er janvier 1976, elle fut nommée conservateur aux archives départementales de la Côte-d'Or.

Puis elle est affectée au service historique de l'armée de l'Air. Elle y publie, une description de cette institution : Le Service historique de l'Armée de l'Air et ses archives, Vincennes, Service historique de l'Armée de l'Air, 1978.

En 1998, elle est donc nommée au Caom (c'est la deuxième année de ma fréquentation de ce centre d'archives). Finalement, on lui confie le service de l'iconothèque auquel personne, jusqu'alors n'avait été affecté à temps plein. Elle entreprend le recollement de ce fonds, c'est-à-dire "la description rayonnage par rayonnage, et carton par carton de leur contenu".

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Marie-Hélène Degroise témoigne :

- "On m'annonçait 60 000 photographies et cartes postales. Or, les 85 fonds et collections couvraient environ 200 mètres linéaires. De plus on y trouvait des négatifs sur plaques de verre et des négatifs souples rangés en cartons d'archives, des tirages isolés en vrac ou en cartons, des tirages collés recto-verso sur des plaques de cartons aux formats dépassant souvent l'in-folio, environ 300 albums constitués de clichés, cartes postales, dessins et gravures, des classeurs à pochettes pour les 3 000 cartes postales répertoriées (sous logiciel Texto), des agrandissements encadrés. Lorsque début juin 2009, je suis partie à la retraite, 35 mètres linéaires s'y étaient ajoutés concernant 40 fonds et 210 albums supplémentaires, le tout acquis par dons, legs, ou achats, ce que les archivistes appellent "entrées par voies extraordinaires"."

Marie Hélène Degroise a accompli un extraordinaire travail, non seulement de recollement mais d'identification biographique des centaines de photographes qui se sont intéressés à "l'outre-mer", aux colonies.

En onze années de recherches, elle a constitué un dictionnaire de 1500 noms...! On n'a pas toujours su reconnaître la valeur de ce travail ni lui accorder la reconnaissance et la diffusion qu'il méritait. Dommage. L'ingratitude acompagne souvent le lent et souterrain travail des chercheurs, qu'ils soient historiens ou archivistes. Mais les connaisseurs lui en seront infniment reconnaissants. Elle a créé son propre blog.

Marie-Hélène Degroise a terminé sa carrière au grade de conservateur en chef honoraire des Archives Nationales.

Nous lui manifestons toute notre estime et notre reconnaissance et souhaitons que l'on se souvienne longtemps d'une aussi belle figure attachée à la restitution du passé et à la rigueur des méthodes de l'archiviste et de l'historien.

Michel Renard

 

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_______________________

 

- le blog de Marie-Hélène Degroise: http://photographesenoutremer.blogspot.fr/

blog Marie-Hélène Degroise

 

Historique

De nombreux thèmes sont abordés par le biais des photographies, qui “parlent” souvent plus que les rapports, comptes rendus et autres correspondances. Le premier qui vient immédiatement à l’esprit est celui de la topographie et de la visualisation des paysages.

Les photographes qui ont vécu ou voyagé en outre-mer entre 1840 et 1944 ont "couvert" d’abord les thèmes traditionnels que l’on attend : missions et explorations, conflits coloniaux, équipements militaires, ethnologie, portraits des chefs et des administrateurs coloniaux, civils et militaires. Les vues représentant l’urbanisme et l’architecture, la création des villes nouvelles, l’habitat local et colonial constituent des domaines bien représentés. Celles montrant les infrastructures, l’agriculture, l’industrie, et le commerce, le patrimoine culturel, et l’archéologie permettent de compléter les renseignements glanés dans les fonds d’archives.

Photographies collées en albums, support idéal permettant à un militaire ou à un administrateur colonial de rassembler une collection de clichés personnels, ou de reproductions achetées sur place auprès de photographes de studios européens ou indigènes, album que l’on sera fier de présenter à toute la famille au retour en métropole.

Tirages éparses, albuminés et argentiques, cyanotypes, plaques de verre utilisées encore dans les années 1920, négatifs souples, quels que soient les supports techniques, les clichés ont souvent été abandonnés sur place, rachetés avec l'atelier quand un photographe professionnel décédait, édités en cartes postales à de multiples reprises, ou simplement oubliés dans un grenier. Certains ont été utilisés dans des publications contemporaines de leur création, ou parfois très récentes. Le plus souvent sans citer leur auteur. Or, ils sont soumis au droit d'auteur et protégés pendant 70 ans après le décès du photographe. De plus, ce dernier jouit d'un droit moral, imprescriptible et inaliénable, qui oblige l'utilisateur à mentionner son nom.

On l'aura compris, la photographie n'est plus considérée par les chercheurs comme de la simple documentation interchangeable. Au contraire, elle est une véritable archive. Comme telle, on se doit donc de la replacer dans son contexte historique.

Pour ces deux raisons, le but de nos recherches a donc été de retrouver les biographies et parcours de tous ces photographes en outre-mer (environ 1500 actuellement), afin de permettre aux chercheurs de mieux comprendre et utiliser leur travail. Pour attirer aussi l'attention des détenteurs sur des documents précieux et fragiles qui font partie du patrimoine national.

Ce blog n'aurait jamais vu le jour sans les encouragements et la participation de quelques amis. En tout premier lieu je citerai Michel Quétin, conservateur général du Patrimoine, responsable des fonds photographiques aux Archives de France. Je dois beaucoup, en ce qui concerne l'océan Indien, à Claude et Claudine Bavoux. Enfin, Serge Dubuisson, photographe aux Archives nationales d'outre-mer, m'a lancée sur les pistes indochinoises, tout comme les amis de la nouvelle Association des Amis du Vieux Hué. Cette présentation est un remerciement pour tous leurs conseils éclairés.

Marie-Hélène Degroise

 

liens

- Images & Mémoire, bulletin, n° 27

- saïgon.virtualcities

 - mousssons.revue.org

- Madagascar

- L'indochine d'Aurélien Pestel

- le capitaine Sénèque, artcle de Claude Bavoux

- http://www.dogon-lobi.ch/photographes.htm

 

blog Marie-Hélène Degroise
http://photographesenoutremer.blogspot.fr/

 

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lundi 31 octobre 2011

L'histoire coloniale n'a jamais été très importante en France...???

subrahmanyam 

 

les bévues de l'historien indien Soubrahmanyam

 

À l'occasion des Rendez-vous de l'histoire de Blois, l'historien indien a déclaré un peu légèrement : "L'histoire coloniale n'a jamais été très importante en France, ça commence maintenant. Cherchez un grand nom d'historien de l'Indochine en France, il n'y en a pas. Pour le Maghreb, c'est un peu mieux. Mais les "grands noms" de la recherche historique en France, de 1850 à nos jours, ce sont soit des gens qui travaillent sur la France, l'Europe occidentale, la Méditerranée, un peu le transatlantique, l'Amérique latine, quelques sinologues..."

http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/10/13/passer-de-l-histoire-comparee-aux-histoires-en-conversation_1587083_3232.html

Pour quelqu'un qui a longtemps fréquenté la France et ses institutions universitaires (EHESS), cette appréciation est surprenante et même scandaleuse. N'y a-t-il aucun grand historien de l'Indochine en France...? Et Pierre Brocheux alors ? qui a longtemps travaillé avec Daniel Hémery... Pierre Brocheux dont la bibliographie est impressionnante et qui vient de publier Une histoire du Vietnam contemporain. La nation résiliente (Fayard, 2011).

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Pierre Brocheux

- voir sa bio-bibliographie dans le Répertoire des historiens du temps colonial

- voir Indochina, An ambiguous colonization, 1858-1954

- voir Une histoire économique du Vietnam

- voir Une biographie de Hô Chi Minn par Pierre Brocheux

- voir À propos des souvenirs de Dang Van Viet, colonel Viet Minh

- voir À propos du quô ngu et d'agression culturelle

 

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dimanche 3 mai 2009

au sujet de la "scientificité" des soutenances de thèse

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au sujet des thèses d'histoire coloniale

Jean-Pierre RENAUD

Pertinence scientifique et transparence publique des thèses d’histoire coloniale, secret de confession universitaire ou tabou colonial ?

Au cours des dernières années, mes recherches d’histoire coloniale (d’amateur) m’ont conduit à aller à la source, c'est-à-dire à prendre connaissance de plusieurs thèses d’histoire coloniale qui donnaient, je le pensais, un fondement scientifique aux interventions verbales ou aux ouvrages écrits par leurs auteurs.

J’étais plutôt surpris par la teneur des discours que ces derniers tenaient sur ce pan largement ignoré de notre histoire nationale.

Leur consultation me donna la conviction qu’elles ne suffisaient pas toujours, totalement ou partiellement, à donner une accréditation scientifique à leurs travaux, dans le domaine de la presse, des sondages, des images coloniales quasiment absentes et sans aucune référence sémiologique dans les thèses en question, et d’une façon générale en ce qui concerne la méthodologie statistique, économique ou financière

Constat surprenant, alors que le terme de «scientifique» est souvent mentionné dans les arrêtés qui ont défini la procédure d’attribution du titre de docteur par les jurys : intervention d’un conseil scientifique, intérêt scientifique des travaux, aptitude des travaux à se situer dans leur contexte scientifique…

communication des rapports de jury

Il me semblait donc  logique d’aller plus loin dans mes recherches, c'est-à-dire accéder aux rapports du jury visés par les arrêtés ministériels de 1992 et 2006, rapports susceptibles d’éclairer l’intérêt scientifique des travaux. J’ai donc demandé au Recteur de Paris d’avoir communication des rapports du jury, communication qui m’a été refusée, alors que la soutenance était supposée être publique.

Mais comment parler de soutenance publique, s’il n’est conservé aucune trace du débat, du vote (unanimité ou non) du jury, et s’il n’est pas possible de prendre connaissance des rapports des membres du jury, et donc de se faire une opinion sur la valeur scientifique que le jury a attribué à une thèse, ainsi que des mentions éventuellement décernées.

Je m’interroge donc sur la qualité d’une procédure :

- qui ne conserverait aucune trace d’une soutenance publique, sauf à considérer que celle-ci n’a qu’un caractère formel ;

- qui exclurait toute justification de l’attribution d’un titre universitaire, appuyé seulement sur la notoriété de membres du jury, alors même que ce titre est susceptible d’accréditer l’intérêt scientifique de publications ultérieures, ou de toute médiatisation de ces travaux.

Conclusion : les universités et leurs jurys seraient bien inspirés de lever ce secret, sauf à jeter une suspicion légitime et inutile sur le sérieux scientifique des doctorats qui sont délivrés, sauf également, et cette restriction est capitale, si mon expérience n’était aucunement représentative de la situation actuelle des thèses et des jurys.

La transparence publique devrait être la règle. Pourquoi en serait-il différemment dans ce domaine de décisions, alors que la plupart des décisions publiques sont aujourd’hui soumises à des contraintes utiles de transparence publique.

Il parait en effet difficile d’admettre que, sous le prétexte de préserver le secret de la vie privée, le secret des délibérations sûrement, mais pas le reste, il soit possible de sceller tout le processus supposé «scientifique» du même sceau du secret. À l’Université, en serions-nous encore, à l’âge du confessionnal et de l’autorité d’une nouvelle Église ? Les jurys auraient donc quelque chose à cacher ? Un nouveau tabou ?

Jean Pierre Renaud
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dimanche 7 septembre 2008

In memoriam. Charles-Robert Ageron (1923-2008) (Guy Pervillé)

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In memoriam.

Charles-Robert Ageron (1923-2008)

Guy PERVILLÉ

Charles-Robert Ageron, historien de l’Algérie coloniale et de la décolonisation française, est décédé dans la nuit du 2 au 3 septembre 2008 à l’âge de 84 ans, après une longue maladie. Cette nouvelle, outre les réactions naturelles de condoléances que suscite normalement tout décès, risque de provoquer des réactions divergentes. Pour tous les historiens de l’Algérie et de la colonisation française, quelle que soit leur nationalité, sa mort ne peut être ressentie que comme une lourde perte, car Charles-Robert Ageron fut pendant de longues années, après la retraite de Charles-André Julien, le maître reconnu et incontesté de l’histoire de la colonisation et de la décolonisation françaises.

Mais pour d’autres, et notamment pour ceux des Français d’Algérie restés partisans de l’Algérie française, il est à craindre que son décès soit avant tout ressenti comme celui d’un adversaire de leur cause, même si ses anciens élèves d’Alger ont conservé du respect pour lui sans avoir nécessairement partagé ses opinions politiques. C’est pourquoi il convient de revenir sur son œuvre et sur ses motivations pour mieux comprendre les raisons de ces jugements divergents, et pour les surmonter.

 

Une oeuvre et ses motivations

Charles-Robert Ageron, né à Lyon en 1923, a été marqué dans sa jeunesse par les idées des historiens catholiques de gauche Henri-Irénée Marrou et André Mandouze, et par l’expérience de l’occupation allemande et de la Résistance. En convalescence en Algérie, où il avait de la famille, durant l’été de 1945, il n’en retira pas le projet de lui consacrer son activité d’historien, bien au contraire.

C’est après avoir réussi l’agrégation d’histoire, en 1947, qu’il y fut nommé contre son gré. Il resta pendant dix ans en poste dans un grand lycée d’Alger, où il entama ses recherches sur l’histoire de la colonisation de l’Algérie. À partir de la rentrée 1957 il enseigna dans la banlieue parisienne, puis fut chargé de cours à la Sorbonne. Dès 1964, il se fit connaître en publiant un «Que-sais-je ?» intitulé Histoire de l’Algérie contemporaine, qui révisait le passé de l’Algérie française à la lumière de son échec final.

Sa thèse de doctorat d’Etat, réalisé sous la direction de Charles-André Julien, et intitulée Les Algériens musulmans et la France (1871-1919), publiée en 1968, fut remarquée pour son ampleur quasi-encyclopédique, Ageron_musulet par la fermeté de sa conclusion, indiquant que l’inachèvement des réformes de 1919 avait signifié l’échec de la politique d’assimilation, et condamné à terme l’Algérie française : «L’historien n’a ni à le regretter, ni à s’en réjouir. Il doit seulement marquer que le péché d’omission de la politique française tellement évident à la date du Centenaire, en 1930, était prévisible, dès lors qu’en 1919 la France avait, pour ménager les préjugés d’une partie de ses nationaux, renoncé à ses principes et à la logique de ses traditions» (1). Œuvre monumentale qu’il reprit et compléta en publiant en 1979, sous le même titre et chez le même éditeur que son «Que-sais-je ?», Histoire de l’Algérie contemporaine, t. 2, 1871-1954 (2).

À la suite de sa thèse, il fut élu professeur à l’Université de Tours (où il fonda le Centre d’étude de la presse et de l’opinion), puis à celle de Paris-XII-Créteil. Il dirigea des thèses en rapport avec l’histoire de la colonisation et de la décolonisation à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS). Mais il contribua surtout au développement de l’histoire dite coloniale en animant d’abord le Groupe d’études et de recherches maghrébines (GERM) dans les années 1970 et 1980, et un groupe de recherche sur l’histoire de l’Empire colonial français dans le Comité d’histoire de la deuxième guerre mondiale, qui devint ensuite le groupe de recherche sur la décolonisation de l’Institut d’histoire du temps présent (IHTP) à partir des années 1980.

En plus d’un séminaire régulier, ce groupe organisa et publia sous son impulsion toute une série de colloques :
- Les chemins de la décolonisation de l’empire colonial français, 1936-1956 (3)  ;
- Brazzaville, janvier-février 1944, Aux sources de la décolonisation (4) ;
- L’Afrique noire française : l’heure des indépendances (5) ;
- L’ère des décolonisations, actes du colloque international d’Aix-en-Provence (1993) (6).

À quoi il faut encore ajouter sa participation à une grande Histoire de la France coloniale en deux tomes  (7), œuvre collective qu’il préfaça, et deux colloques sur la guerre d’Algérie :
- La France en guerre d’Algérie, publié sous la direction de Jean-Pierre Rioux (8) ;
- La guerre d’Algérie et les Algériens (9) , colloque franco-algérien.

Et aussi un grand nombre d’œuvres moins importantes par leurs dimensions, publiées sous forme de livres, de communications dans des ouvrages collectifs ou d’articles dans des revues. Une republication de ses principaux écrits en cinq grands volumes a été heureusement réalisée par Gilbert Meynier pour les éditions Bouchène (Saint-Denis) en 2005.

Reconnu par ses pairs

Il n’est donc pas étonnant que Charles-Robert Ageron ait été honoré deux fois par des Mélanges qui lui ont été Ageron_miroir_1offerts devant une nombreuse assistance d’historiens. D’abord les Mélanges Charles-Robert Ageron en deux tomes, réalisés par la Fondation du professeur Abdeljelil Temimi à Zaghouan (Tunisie) et remis à l’occasion du premier colloque d’histoire maghrébine le 27 novembre 1997. Puis le colloque intitulé La guerre d’Algérie au miroir des décolonisations françaises, organisé à la Sorbonne en novembre 2000, et publié en même temps par la Société française d’histoire d’outre-mer (10) .

On comprend ainsi pourquoi Charles-Robert Ageron a été reconnu par tous ses pairs comme le modèle incontesté des historiens de la colonisation française – il présida pendant plusieurs années la Société française d’histoire d’Outre-mer - et pas seulement de celle de l’Algérie. Et aussi bien par les historiens français que par les Algériens et par ceux d’autres pays décolonisés.

Pourtant, en France tout au moins, les historiens plus jeunes de l’Afrique du Nord qui s’étaient formés dans la lutte anti-impérialiste l’avaient longtemps considéré comme un «libéral» (au mauvais sens du terme dans leur esprit), c’est-à-dire un homme trop modéré, attaché à relever les «occasions perdues» par la France en Algérie au lieu de condamner en bloc la colonisation capitaliste.  Ils ont ensuite révisé leur jugement, comme l’a rappelé Gilbert Meynier.

"Conscience française" contre "présence française"

Mais les préventions les plus fortes et les plus durables contre sa personne sont encore le fait des partisans de l’Algérie française. Le fait est que nombre d’entre eux n’ont pas oublié sa participation au groupe de «libéraux» qui tentaient en 1956 et au début 1957 de publier le bulletin Espoir-Algérie, ses tentatives de tirer des leçons politiques de l’histoire de l’Algérie coloniale dans la revue socialiste Demain, puis son ralliement à la politique algérienne du général de Gaulle.

Et ils pouvaient d’autant moins l’oublier qu’il avait conclu son «Que-sais-je ?» de 1964 par deux pages de réflexions très sévères sur les causes et les responsabilités de l’échec de la France en Algérie, qui avaient le ton d’un réquisitoire : «Bien des aspects de cette longue tragédie algérienne échappent encore à l’historien, qui ne saurait donc porter sur ces derniers moments des jugements motivés. Du moins se doit-il de rejeter les explications trop commodes des esprits partisans, de ceux surtout qui ne savent pas encore qu’ils ne peuvent accuser personne qu’eux-mêmes.»

Il indiquait que, selon les observateurs les plus lucides, «entre les Musulmans gagnés à l’idée nationale et les Européens rebelles à toute évolution libérale, le rôle de la France ne pouvait être que celui d’un arbitrage constant, aidant à la délivrance de ce nationalisme et permettant pour l’avenir la construction d’une nation algérienne authentiquement franco-musulmane. ‘Quand on veut éviter une Révolution, il faut la vouloir et la faire soi-même’ (Rivarol)».

Et plus loin vers la fin : «il n’y a pas à désigner de ‘bradeur‘ de l’Algérie française : quel que fût son régime, jamais la France n’aurait pu mener à terme la francisation de l’Algérie par une guerre  engagée, à l’âge de la décolonisation, contre un nationalisme arabe. Les vrais responsables sont ceux qui, obstinément de 1919 à 1954, refusèrent ou sabotèrent toutes les réformes et qui, après 1958, prêchèrent l’intégration, comme alibi commode et mensonger. C’est dire qu’est surtout engagée la responsabilité collective des Européens d’Algérie ; ceux-ci font aujourd’hui reproche aux divers gouvernements de la France de n’avoir pas su imposer la politique métropolitaine en brisant ‘la résistance de quelques élus locaux‘. En fait les Européens d’Algérie furent toujours unanimes dans leur hostilité à toute forme de politique libérale envers les Musulmans. Les retards successifs exigés par leurs élus, puis par les divers fronts de l’Algérie coloniale, aboutirent seulement au déracinement final du peuple européen d’Algérie» (11) .

Ces formules-choc, où l’on voyait s’effacer la différence souhaitable entre l’histoire et la politique, donnèrent l’impression d’une hostilité fondamentale envers l’ensemble des Européens d’Algérie, ne distinguant même plus entre «colonialistes» et «anticolonialistes» ou «libéraux». Et l’on comprend aussi que par la suite, certains n’aient pas été apaisés par la citation de Tocqueville qu’il avait placée en tête du tome 2 de l’Histoire de l’Algérie contemporaine :  «Je n’ai craint, je le confesse, de blesser personne, ni individus, ni classes, ni opinions, ni souvenirs, quelques respectables qu’ils puissent être. Je l’ai souvent fait avec regret, mais toujours sans remords. Que ceux auxquels j’ai pu déplaire me pardonnent en considération du but désintéressé et honnête que je poursuis» (12). 

C’est pourquoi il n’est pas étonnant qu’il ait été visé par certains de ses collègues qui ne partageaient pas ses options politiques. Ce fut d’abord l’historien algérois Xavier Yacono, qui publia un point de vue critique sur sa thèse dans la Revue historique en 1970 (13). Charles-Robert Ageron déplaça le débat dans le numéro suivant (pp. 355-365) en déclarant que ses analyses et celles de son contradicteur s’expliquaient par leur appartenance aux deux tendances que l’on pouvait symboliser par des noms bien connus à l’époque : «Conscience française » et «Présence française». Xavier Yacono, dans la réponse qu’il publia dans la Revue d’histoire et de civilisation du Maghreb  (14), eut l’habileté de rester sur le terrain de l’analyse de faits historiques. Plus tard, Charles-Robert Ageron me dit qu’il avait eu tort de politiser ainsi le débat et qu’il ne le referait plus.

 

Ageron_Puf


Polémique sur l'historiographie algérienne

Une deuxième polémique fut déclenchée contre lui par François Caron, historien spécialiste de l’histoire économique et auteur d’un ouvrage de synthèse intitulé La France des patriotes, 1852-1919 (15). Celui-ci y attaquait le caractère outrancier de l’histoire coloniale, et d’elle seule, dans son orientation bibliographique, après avoir rendu hommage au renouvellement de toutes les spécialités historiques (16) : «Un seul domaine reste en dehors du champ de cette relecture : c’est celui de l’histoire coloniale. Celle-ci est trop souvent tombée dans la dénonciation polémique et le pamphlet injurieux. Le cas de l’historiographie algérienne est à cet égard caricatural. Ce retard est inexplicable».

Auparavant, il avait directement attaqué : «Charles Ageron, historien quasi officiel de l’Algérie, voue à cette population une haine et un mépris féroces parfaitement inexplicables. Il s’appuie sur la pire des littératures du temps. Il entretient le mythe absurde d’une ‘fusion des races’ d’origine européenne qui se serait immédiatement réalisée et aurait abouti à la formation d’un ‘peuple franco-algérien’, différent du peuple français… Il décrit cet ‘Algérien’ comme uns sorte de matamore inculte et orgueilleux, imbu d’un ‘sentiment de supériorité ‘ sans limite, dont l’attachement à la France s’explique uniquement par la peur des ‘indigènes’, et va jusqu’à prétendre que les Français d’Algérie   se sont ‘embusqués’ en masse pendant la guerre, alors que c’est l’inverse qui est vrai ! La réalité est en effet différente de celle décrite par Ageron : la communauté française d’Algérie est infiniment diverse dans ses opinions et dans ses comportements, comme le sont les Français de métropole. Ils fournissent une image exacerbée, caricaturale parfois, des passions françaises. Il n’y a pas de Français d’Algérie, mais des Français tout court !» (17)

Et après avoir donné ses propres analyses, il conclut : «Il convient donc d’aborder les problèmes de l’histoire coloniale avec plus de sérénité que ne le font les historiens universitaires actuels : la colonisation ne fut pas seulement une vaste entreprise d’exploitation et de massacre. Elle fut aussi dans bien des cas une étape possible vers le développement (…)» (18).

Cette fois-ci, Charles-Robert Ageron réagit beaucoup plus habilement par une réponse dactylographiée qu’il envoya à la plupart des historiens français de la colonisation. Il défendit ces derniers, que François Caron avait eu l’imprudence d’attaquer tous en bloc, puis réfuta point par point toutes les accusations portées contre lui, et conclut en les rejetant : «M’étant toujours imposé l’impartialité, je ne puis accepter des accusations infondées et des propos volontairement blessants et diffamatoires».

Quelques années plus tard, dans la préface de l’Histoire de la France coloniale écrite en 1990, il exprima de nouveau l’idée que les conditions étaient réunies pour une «histoire scientifique de la France coloniale», et que «au-delà des affrontements stériles de naguère entre chantres et détracteurs de la colonisation, nous avons tenté d’écrire, sinon ‘l’histoire totale’ de la France coloniale, du moins une approche large des réalités multiples que contient ce concept (…) dont nous voudrions ressusciter la richesse» (19).


 

Une histoire "dépassionnée" ?

Peu après l’un de ses premiers disciples, l’historien Daniel Rivet, publia dans XXème siècle, un important article intitulé «Le fait colonial et nous, histoire d’un éloignement» (20), qui permettait de remettre toutes ces controverses à leur juste place. Il retraçait dialectiquement en trois grandes étapes l’évolution de l’histoire dite coloniale. D’abord le temps de l’histoire coloniale triomphante, jusqu’au milieu des années 1950. Puis à partir des années 1960, le temps de l’histoire anti-coloniale victorieuse, mais avec une résistance au «tiers-mondisme de la part d’historiens néo-coloniaux (tels que Xavier Yacono et Raoul Girardet) et aussi d’inclassables tels que Charles-Robert Ageron». Et enfin la situation actuelle, caractérisée à la fois par l’absence d’une école unique ou dominante,  le «refus du rejet de l’histoire historicisante par les deux premières générations de l’école des Annales» (sic), et une polarisation entre deux grandes tendances : l’étude de la colonisation comme processus en fonction des forces profondes et des décisions (suivant les conceptions des grands maîtres de l’histoire politique (Pierre Renouvin, Jean-Baptiste Duroselle et René Rémond),  et celle de la colonisation comme système suivant des conceptions structuralo-marxistes.

Si la plupart des auteurs de l’Histoire de la France coloniale appartenaient à cette dernière tendance, comme par exemple Gilbert Meynier ou Annie Rey-Godzeiguer,  Charles-Robert Ageron appartenait incontestablement à la première. Mais l’article de Daniel Rivet, que je résume beaucoup trop brièvement, surestimait largement ce qu’il estimait être une tendance générale au dépassionnement de l’histoire en fonction du temps écoulé.

On hésitera sans doute à croire que cette savante analyse correspondait bien à l’évolution réelle des travaux d’historiens sur la période coloniale et la décolonisation, et à celle de  Charles-Robert Ageron en particulier. Pourtant, la phrase de Charles-André Julien qu’il aimait à citer, «J’ai vécu ces événements, donc je ne les connais pas», témoigne de la réalité de ses scrupules intellectuels, qui lui interdisaient de prétendre apporter la vérité scientifique sur la guerre d’Algérie avant le début de l’ouverture des archives publiques (juillet 1992).

Par la suite, sa présentation du recueil d’articles de la revue L’Histoire , L’Algérie des Français (21), intitulée «Pour une histoire critique de l’Algérie de 1830 à 1962», confirma la réalité de ces scrupules. Il s’en prenait désormais, non plus seulement aux illusions des Français d’Algérie, mais à toutes les erreurs admises dans les  deux pays : «Nos contemporains ont subi successivement les effets d’affirmations scolaires, d’informations partiales et contradictoires. Aux mythes de l’Algérie française se sont surimposés les mythes de l’Algérie algérienne pour le plus grand dommage d’une histoire authentique. Or c’est à une histoire résolument critique que je voudrais appeler dans cette préface, invitant tous les historiens à s’y associer des deux côtés de la Méditerranée».

 

Équilibre entre les mythes «colonialistes»
et «anticolonialistes»

Il commençait par réfuter, dans l’ordre chronologique, toutes les idées fausses qu’il distinguait dans les conceptions historiques chères aux deux pays, avec une impartialité manifeste entre les nationalités et entre les tendances. Mais il ne se faisait pas trop d’illusions sur ce que les historiens pouvaient faire : «Il faut admettre, hélas, qu’il est pour l’heure impossible d’écrire une histoire scientifique de la guerre d’Algérie. Trente ans après ce drame, des blessures restent ouvertes et les passions flambent à chaque rappel imposé aux mémoires.  On ne peut demander une vision sereine à ceux qui croient avoir perdu ou gagné une guerre, moins encore à ceux qui souffrent d’être des "expatriés" et non des rapatriés. Pour l’heure les historiens, qui ne disposent pas de l’ensemble des archives conservées par les deux parties, peuvent du moins travailler à éliminer les affabulations ou les chiffres nés de la guerre psychologique ou de partis pris idéologiques».

Et il concluait : «s’agissant de drames récents dont la mémoire risque d’être transmise déformée aux jeunes générations qui n’ont connue ni ‘l’Algérie de papa’ ni ‘l’Algérie des colonialistes’, les historiens ont le devoir d’être plus prudents encore que leur métier ne l’exige habituellement. Si l’objectivité est philosophiquement impossible,  l’impartialité est une vertu que tout historien peut et doit s’imposer. Et les enfants de France comme les enfants d’Algérie ont un droit semblable à la vérité de leur histoire» (22).

La réalité de cette position d’équilibre entre les mythes «colonialistes» et «anticolonialistes» fut prouvée peu après, quand Charles-Robert Ageron fut attaqué pour son refus d’admettre des nombres mythiques de victimes, aussi bien par des auteurs «anticolonialistes» protestant contre la réduction des prétendus bilans admis jusque-là sans examen critique (Yves Benot, dans son livre Massacres coloniaux) que par des auteurs «colonialistes» comme un défenseur des «150.000 harkis massacrés de la vérité historique» (23).

La formulation d’accusations semblables contre le même homme par des militants aux opinions diamétralement opposées aurait dû suffire à leur en démontrer l’inanité. Il n’avait fait que son devoir d’historien en refusant d’admettre des nombres mythiques répétés sans examen critique et en vertu de l’argument d’autorité, qu’il s’agisse de massacres coloniaux ou de massacres anti-coloniaux. Ceux qui l’avaient accusé ne croyaient avoir rien en commun, mais ils partageaient pourtant le même attachement à des convictions dogmatiques symbolisées par des nombres également sacralisés (bien que différents), et la même intolérance envers leur remise en question.

Il est pourtant vrai que, durant les années 1990 et surtout à partir de 1995 ou 1997, l’essor du «devoir de mémoire» prenant le pas sur le «devoir d’histoire» a de plus en plus démenti les prévisions de Daniel Rivet sur la tendance naturelle au dépassionnement des événements qui s’éloignent de nous, comme si l’écoulement naturel du temps s’était subitement inversé. Trop d’historiens s’y sont laissés prendre, et se sont laissés utiliser comme garants de revendications mémorielles de tel ou tel camp, mais pas de tous à la fois.

Charles-Robert Ageron a lui aussi été impliqué dans certaines querelles (concernant la valeur des estimations hautes du nombre de harkis massacrés admises par Mohand Hamoumou, et le crédit qu’il  crut devoir accorder aux Mémoires du général Katz, en acceptant de les préfacer, sur les tragiques événements d’Oran en 1962) (24). Certains ont vu dans ses prises de position un retour à ses partis pris politiques gaullistes de l’époque de la guerre d’Algérie, et ce n’était pas nécessairement faux dans la mesure où la notion de «devoir de mémoire» confondait de nouveau l’histoire du passé avec la politique actuelle. On doit regretter qu’il ne se soit pas suffisamment gardé de cette confusion, mais le fait est qu’il ne fut malheureusement pas le seul dans ce cas (25).

 

Résistance à la version officielle algérienne

À ceux qui ne seraient pas suffisamment convaincus que Charles-Robert Ageron avait clairement indiqué, au début des années 1990, l’attitude qui devait être celle des historiens,  je veux citer encore plusieurs faits précis. Dans son article sur «L’opinion française à travers les sondages», d’abord publié en 1976 dans la Revue française d’histoire d’Outre-mer (n° 231, 2ème trimestre 1976, pp. 256-285, et republié en 1990 dans La guerre d’Algérie et les Français, il écrivait  au sujet de l’approbation massive des accords d’Evian en métropole par le référendum du 8 avril 1962 : «Faut-il s’indigner de l’indifférence  avec laquelle les Français acceptent d’avance les résultats du référendum d’autodétermination quels qu’ils soient, alors que plus de la moitié d’entre eux ne se sentent plus solidaires des Européens d’Algérie ? Ont pourtant voté oui des métropolitains qui se posaient avec angoisse la question ‘Qu’as-tu fait de ton frère ?’ Mais l’historien ne peut cacher les marques d’un égoïsme déplaisant : ainsi, en août 1961, alors qu’une majorité relative de Français pensait que les Européens n’auraient pas la possibilité de rester dans l’Algérie indépendante, 69% refusaient d’être mis à contribution pour les indemniser» (26).

Dans le même colloque de 1988, publié en 1990, il terminait sa communication sur «Les Français devant la guerre civile algérienne» (FLN-MNA) en posant la question : «les réactions de peur et de colère face au terrorisme algérien, sous-estimées aujourd’hui par les chroniqueurs, ne furent-elles pas l’une des composantes de l’opinion profonde des couches populaires ? Et n’ont-elles pas contribué à renforcer les stéréotypes racistes de l’Algérien agressif et violent, vindicatif et impitoyable ? Parmi les séquelles de la guerre d’Algérie, on aurait probablement tort d’oublier la marque, dans la mémoire des Français, de cette guerre entre Algériens qu’ils jugèrent absurde et révoltante» (27).

En 1992, alors qu’il avait présenté et publié dans XXème siècle une analyse des accords d’Évian  beaucoup plus optimiste que la mienne, il me demanda un article sur la question pour la Revue française d’histoire d’Outre-mer (29),  qu’il dirigeait alors, en sachant très bien que mes analyses risquaient d’être sensiblement différentes des siennes. Enfin, les trois études qu’il consacra aux événements de mai 1945 témoignent avec éclat de sa volonté de ne pas être dominé par ses premières réactions personnelles très défavorables à la répression quand il en avait  recueilli l’écho en 1945. Que ce soit dans les pp. 572 à 578 du tome 2 de l’Histoire de l’Algérie contemporaine  paru en 1979, ou dans son article : «Les troubles du Nord-Constantinois en mai 1945 : une tentative insurrectionnelle ?», paru dans XXème siècle en 1984 (30), ou enfin dans «Mai 1945 en Algérie, enjeu de mémoire et d’histoire», paru dans Matériaux pour l’histoire de notre temps en 1996 (31), il a très fermement résisté à la version officielle algérienne faisant de cette répression implacable d’une insurrection manquée un «génocide» ou un «crime contre l’humanité» assimilable à celui commis contre les juifs par les nazis.

Pour ma part, je retiens de ma fréquentation de Charles-Robert Ageron pendant près d’un tiers de siècle le fait qu’il n’a jamais prétendu me diriger à sa guise en me mettant à son service, comme un «mandarin». Au contraire, il m’a accordé toute sa confiance et m’a laissé me diriger moi-même (en lui demandant conseil chaque fois que j’en ressentais le besoin, mais sans qu’il exigeât rien de ma part).

En cela, il fut un modèle de libéralisme au meilleur sens du terme. Et j’en conserve précieusement les traces écrites, telles que son appréciation sur mes articles historiographiques de l’Annuaire de l’Afrique du Nord, (à voir sur mon site), ou son avant-dernière lettre me remerciant, après l’avoir lu, pour l’envoi de mon livre Pour une histoire de la guerre d’Algérie en 2002 : «Je vous félicite et je vous remercie au nom de tous les historiens». J’y vois un juste retour pour tout ce que je lui dois.

Guy Pervillé
guyperville

 

1 - Paris, Presses universitaires de France, 1968, t. 2, p. 1227.
2 - Paris, PUF, 1979, 643 p. Le tome 1, «Conquête et colonisation», avait été publié en 1964 par son maître Charles-André Julien.
3 - Paris, Editions du CNRS, 1986, 564 p.
4 - Paris, Institut Charles de Gaulle, IHTP, et Plon, 1988, 384 p.
5 - Paris, CNRS Editions, 1992, 729 p.
6 - Paris, Karthala, 1995, 516 p., et  un deuxième volume publié en souscription par les Presses de l’Université de Provence à Aix-en-Provence.
7 - Paris, Armand Colin, 1990, t. 1, 846 p. et t. 2, 654 p.
8 - Paris, Fayard, 1990, 700 p.
9 - Paris, Armand Colin, 1997, 346 p.
10 - Paris, SFHOM, 2000, 688 p.

11 - 7ème édition, 1980, pp. 112-114.s
12 - Histoire de l’Algérie contemporaine, t. 2, p. 4.
13 - Revue historique, Paris, janvier-mars 1970, pp. 121-134.
14 - Alger, juillet 1970, n° 9, pp. 108-115.
15 - La France des patriotes, 1852-1919, Fayard, 1985.
16 - Ibid., p. 625.
17 - Ibid., p. 550.
18 - Ibid., p. 552.
19 - Histoire de la France coloniale, t. 1, pp. 7-9.
20 - XXème siècle, revue d’histoire, n° 33, janvier-mars 1992, pp. 127-138.
21 - Paris, Le Seuil, collection Points-histoire, 1993.

22 - Ibid., pp. 7, 10 et 13.

23 - Voir dans mon article «Les historiens de la guerre d’Algérie et ses enjeux politiques en France», paru en 2003, sur mon site, rubrique Textes.
24 - Ibid. Voir aussi mon exposé «Mémoire, justice et histoire : à propos de la plainte contre le général Katz  (2000), sur mon site, rubrique Textes.

25 - Voir notamment mon article déjà cité plus haut, «Les historiens de la guerre d’Algérie et ses enjeux politiques en France», paru en 2003,

26 - La guerre d’Algérie et les Français, op. cit., pp. 25-44.
27 - Ibid., p. 62.
28 - «Les accords d’Evian (1962)»,  XXème siècle, n° 35, juillet-septembre 1992, pp. 3-15.
29 - «Trente ans après : réflexions sur les accords d’Evian (1992)», Revue française d’histoire d’outre-mer, n° 296, 3ème trimestre 1992, pp. 365-379.
30 - XXème siècle, revue d’histoire, n° 4, octobre 1984, pp. 23-38.
31 - Matériaux pour l’histoire de notre temps, Nanterre, BDIC, n° 39, juillet-décembre 1995, pp. 52-56.

- site de Guy Pervillé, professeur d'histoire contemporaine à l'université Toulouse-Le Mirail

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mercredi 3 septembre 2008

décès de Charles-Robert Ageron

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Charles-Robert Ageron,

un grand historien

Benjamin STORA
       

Je viens d'apprendre aujourd'hui, mercredi 3 septembre, le décès de mon maître en histoire de l'Algérie, Charles-Robert Ageron. Voici le texte que je lui ai consacré dans mon livre Les guerres sans fin, à paraitre aux éditions Stock.

Une rencontre

J’ai commencé à m’intéresser à l’histoire algérienne en préparant ma thèse, en 1974, sur Messali Hadj, l’homme qui avait construit les premières organisations nationalistes algériennes, puis avait été vaincu par le FLN pendant la guerre d’Algérie. Le choix d’un directeur de recherches était délicat, peu de professeurs d’universités s’intéressaient dans le début des années 1970 à l’histoire algérienne.

Un nom cependant s’imposait, celui de Charles-Robert Ageron, auteur d’une monumentale thèse sur les Algériens musulmans et la France soutenue en 1968. Je l’avais croisé pour la première fois dans un séminaire d’histoire à la faculté de Nanterre. Il était grand, impressionnant par sa corpulence physique, un mince collier de barbe entourait son visage. Mais il ne fallait se fier à ce physique de géant.

Discret, quasi effacé, il était constamment à l’écoute de ses étudiants ou d’autres universitaires, et de sa voix calme s’attachait à révéler, par des expressions simples, les fissures et les ombres de l’histoire. Affable, souriant, il ne laissait rien paraître de ses désaccords intérieurs, sans pour autant renoncer à n’en faire qu’à sa tête, bref il était à l’opposé des tribuns, des orateurs aux voix assurées et puissantes que je pouvais entendre du haut les tribunes des meetings de l’époque.

Né en 1923 à Lyon, Charles-Robert Ageron, agrégé d’histoire, avait rencontré l’Algérie en pleine guerre, au moment de la fameuse «Bataille d’Alger» en 1957, alors qu’il enseignait au lycée de cette ville. Il appartenait au groupe des «libéraux», ces hommes et ces femmes qui avaient cru possible une réconciliation des communautés en Algérie, et, qui, sans se prononcer de manière explicite pour l’indépendance de l’Algérie, se battaient pour la paix. Sa position, à la charnière des camps qui se déchiraient, complexe et ambiguë, m’intriguait rétrospectivement.

J’étais convaincu que l’indépendance algérienne était inéluctable, et que cette idée d’une conciliation sans rupture avec la France, manquait de réalisme. Cette position était toujours sévèrement jugée par les historiens de l’après indépendance. Les questions qu’Ageron soulevaient alors, celles des «occasions perdues» et des «bifurcations échouées» dans l’Algérie coloniale, m’apparaissaient plus pertinentes, à l’époque, que les certitudes définitives de ceux qui regardaient l’histoire déjà accomplie. En procédant de la sorte, il donnait plus d’épaisseur humaine aux situations historiques, en mouvement, en devenir, loin des victoires spectaculaires données d’avance.

C’est lui que j’ai choisi pour commencer mes recherches, il était alors professeur d’histoire contemporaine dans une université de province, à Tours, n’ayant pas pu imposer un enseignement d’histoire de la colonisation à la Sorbonne où il avait été assistant. En 1975, rue Richelieu, à Paris, dans le silence et le calme de la Bibliothèque Nationale, mes rencontres avec lui étaient des moments de coupure dans le tourbillon de la vie militante des années 1970. Nous allions dans la cour de la BN, ou au café, et il écoutait mes démonstrations laborieuses sur «la révolution algérienne» et la mise à l’écart des messalistes, les algériens adversaires du Front de Libération Nationale (FLN)[1]. Puis il posait quelques questions me ramenant toujours aux faits, aux dates, aux personnages, aux archives.

Tout dans son récit était d’une logique irréfutable. Nous étions de part et d’autre d’un continent, l’histoire de l’Algérie et de la France, à explorer : j’étais dans la débrouillardise nomade de celui qui croit savoir, et va enfin révéler une vérité dissimulée ; il avait l’espièglerie de l’érudit qui patiente, face au culot désinvolte du jeune chercheur. Je lui apparaissais certainement comme un «cosaque de l’histoire» parcourant un siècle d’histoire algérienne à bride abattue, et il m’incitait, avec patience, à construire des typologies de faits,une sociologie des acteurs des mouvements politiques en situation coloniale. Il me demandait de ne pas concevoir cette histoire comme une machinerie à dénoncer perpétuellement sans préciser qui étaient les acteurs, comment fonctionnait le pouvoir colonial, bref, de construire des nuances.

Je possédais l’impatience du néophyte avançant en territoire inconnu, nouveau de cette histoire (l’élimination de militants algériens par d’autres militants….), et il me disait qu’il fallait s’appuyer sur les textes, suivre leur sédimentation, leur constitution, d’étudier les archives autrement. J’ai aussi découvert, au fur et à mesure de nos entretiens un chercheur capable, contrairement aux apparences, de se remettre en question, de bousculer les certitudes acquises et d’accepter les critiques pour faire avancer les connaissances. La relation entre un étudiant et son directeur de recherche est, on le sait, éminemment complexe, toujours forte et particulière. À évoquer ce souvenir, c’est sans doute l’idée de confiance qui me vient d’emblée à l’esprit. Une confiance qui, une fois acquise allait de soi.

Le professeur Ageron m’a montré comment dissocier l’écriture de l’histoire de ses enjeux idéologiques. J’étais alors profondément marqué par mes engagements politiques à l’extrême gauche, dans la période toujours bouillonnante de l’après 1968[2]. Il m’a appris à traquer les faits, à me défier des idéologies simples et «totalisantes», à chercher et croiser des sources, à ne pas me laisser séduire par les discours enthousiastes des acteurs-militants. Bref, à aller à la recherche du réel, à écrire l’histoire, à m’éloigner des rivages de la pure idéologie. Sous sa direction, j’ai soutenu en mai 1978 ma thèse à l’EHESS, avec un jury présidé par le regretté Jacques Berque, et où siégeait Annie Rey Goldzeiguer, auteur d’un grand livre sur le Royaume Arabe au temps de Napoléon III [3].

Puis il m’a encouragé à poursuivre dans le sens d’un plus grand dévoilement des histoires algériennes, ou françaises. C’était l’époque des séances du GERM (Groupe d’Etudes et de Recherches Maghrébines) qu’il animait. Je me souviens, en 1979-1983, des réunions de travail du samedi matin à la MSH où nous nous retrouvions en petit comité, en général une quinzaine de chercheurs. Il invitait les jeunes à livrer le fruit de leurs réflexions, ce que nous faisions bien volontiers. Puis il s’exprimait à son tour et parvenait, en quelques phrases, à structurer notre propos, explicitant les liens qui les sous-tendaient.

Au GERM, nous avons aussi écouté les interventions de l’historien Mohamed Harbi, du sociologue Abdelmalek Sayad avec qui je me suis lié d’amitié, ou les propos contradictoires de Charles-André Julien et René Gallissot, sur les rapports conflictuels entre nationalisme et communisme au Maghreb dans la période coloniale. Puisque j’étais saisi, depuis l’âge de dix sept ans, et pour si longtemps, de cette passion typique du XXe siècle qu’est la politique, il parait raisonnable de se demander quel part cet engagement occupait dans mon activité universitaire, intellectuelle. C’est difficile à reconstruire.

Ma génération a vécu dans une atmosphère imprégnée de politique, et les affaires du vaste monde occupaient en permanence nos esprits. Le problème consistait à faire la distinction entre mes lectures personnelles, académiques, et les personnes que je voyais alors, engagées dans une activité militante. Avec Charlesb-Robert Ageron, il me fallait pratiquer les distances, les écarts voulus par le travail de l’historien avec les fidélités des milieux d’où je venais et que je fréquentais.

Benjamin Stora

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[1] Le FLN, qui a lancé la guerre contre la France le 1er novembre 1954 s’est affronté à d’autres militants indépendantistes algériens, les partisans du Mouvement National Algérien de Messali Hadj. Le FLN l’emportera dans cette guerre fratricide.

[2] Sur mon engagement à l’extrême-gauche, voir La dernière génération d’octobre, op. cit., Hachette, poche, 2008.

[3] Annie Rey Goldzeiguer, Le Royaume arabe, Alger, SNED, 1977

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Obsèques de Charles-Robert Ageron

 

Chers collègues,

 

Nous avons la tristesse de vous faire part du décès de Charles-Robert Ageron dans la nuit du 2 au 3 septembre.

Nous vous informons que ses obsèques auront lieu le mardi 9 septembre à 10h30 en l'église Saint Léonard à l'Häy-les-Roses.

Pour s'y rendre, si vous êtes disponible à ce moment-là, vous pouvez emprunter le RER B en descendant à Bourg-la-Reine (autobus n° 172 : arrêt à l'église de l'Haÿ-les-Roses) ou bien prendre, place d'Italie, le bus n° 186 (arrêt Henri Thirard).

Notre liste d'adresses écrite dans la précipitation est très incomplète. Pouvez-vous répercuter la nouvelle, en particulier auprès de ses collègues et amis algériens ?

Avec nos sentiments cordiaux.

Guy Pervillé, Daniel Rivet, Benjamin Stora

 

 

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église Saint-Léonard
11, avenue Aristide Briand
94240 - L'Hay-les-Roses

 

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Charles-Robert Ageron : bio-bibliographie

 

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Charles-Robert AGERON
ancien professeur à l'université Paris-XII
- bibliographie : catalogue des bibliothèques du service historique de la Marine
- bio-biblio : SFHOM
- hommage à Charles-Robert Ageron sur le site des éditions Bouchène
commander les livres de Charles-Robert Ageron réédités chez Bouchène

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Charles-Robert Ageron  ageron_puf

commander : La guerre d'Algérie et les Algériens, 1954-1962 (Colin, 1997)
commander : Histoire de l'Algérie contemporaine (Puf, "Que sais-je ?", 1999)
commander : L'ère des décolonisations : colloque "Décolonisations comparées", Aix-en-Provence, 1993 (avec Marc Michel, Karthala, 2000)
commander : L'Algérie des Français (dir., Seuil, 1993)2020203030.08.lzzzzzzz1
commander : La décolonisation française (Colin, "Cursus", 1994)

article : Le "parti" colonial (L'Histoire, hors-série n° 11, avril 2001)
page personnelle de Pierre Ageron (fils de Charles-Robert)

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le parcours de Charles-Robert AGERON
Professeur au lycée Lakanal de Sceaux (1957-1959)
Attaché de recherches au CNRS (1959-1961)
Assistant puis maître-assistant à la Sorbonne (1961-1969)
Doctorat d'État ès-lettres (1968) : Les Algériens musulmans et la France (1871-1919)
Maître de conférences, puis professeur à l'Université de Tours (1969-1981)
Professeur, puis professeur émérite à l'Université Paris XII (1981-)

président d'honneur de la SFHOM
membre de l'Académie des sciences d'outre-mer 

 

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Charles-Robert Ageron, Histoire de l'Algérie contemporaine, 2 / 1871-1954, Puf, 1979

 

9782200018955FS

 

9782912946683FS

 

9782200215767FS

 

9782020203036FS

9782130421597FS

 

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liens

 

- La Tribune d'Alger, 4 septembre 2008

- Algérie-Express, 4 septembre 2008

- Sur deux livres de Charles-Robert Ageron (1981), Guy Pervillé

- liste des articles parus dans la REMMM (Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée)

- Charles-Robert Ageron sur dzlit

- le professeur Charles-Robert Ageron n'est plus (Amar Naït Messaoud)

- Mohammed Harbi : "Nous avons une dette à son égard" (Quotidien d'Oran)

- "Spécialiste de l'histoire de l'Algérie : décès de l'historien Charles-Robert Ageron" (El Moudjahid)

- Charles-Robert Ageron, historien de l'Algérie coloniale. Le chercheur nous laisse une oeuvre riche et rigoureuse (Gilbert Meynier, L'Humanité, 8 septembre 2008)

 

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hommages

 

en souvenir de Charles Robert Ageron

J'étais responsable éditorial de la Revue française d'Outre-mer (puis Outre-mers. Revue d'Histoire) lorsque C-R Ageron présidait la Société française d'Histoire d'Outre-mer. J'ai conservé un excellent souvenir de cette collaboration confiante qui a duré presque une décennie. Pour moi, Charles-Robert Ageron est un grand historien et mieux, un authentique historien qui fait honneur à l'école historique française. Chapeau bas devant lui !

Pierre BROCHEUX

La souplesse d'esprit

J'ai connu Charles-Robert AGERON à travers ses écrits sur l'histoire de l'Algérie coloniale. Vers les années 70 du dernier siècle, je l'avais connu comme conférencier à l'université de Tunis alors que j'étais encore étudiant. Vers les années 80 du même siècle, il venait à Tunis lors des colloques annuels et internationaux sur l'histoire de la Tunisie contemporaine et notamment celle du mouvement national tunisien.

Charles-Robert AGERON s'imposait à tous les niveaux. La Fondation TEMIMI (en Tunisie) lui a offert des mélanges de valeur et à sa hauteur ; il avait servi la science historique de l'école républicaine ; sa modestie et son savoir-faire le rapprochaient beaucoup des chercheurs et des étudiants. Il méritait et mérite encore tout le respect et toute la reconnaissance.

Ahmed JDEY, Historien, Universitaire, Tunisie



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Charles-Robert Ageron, 1923-2008

 

 

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samedi 24 mai 2008

Historiens du temps colonial


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l'École Coloniale, av. de l'Observatoire à Paris, a été créée en 1895


Historiens (et anthropologues)

du temps colonial

sommaire


universit__ALger







université d'Alger
à l'époque coloniale



historiens spécialistes
- Mohammed Harbi
- Charles-Robert Ageron

historiens disparus
- Jean Chesneaux (1922-2007)
- Mahfoud Kaddache (1921-2006)
- Mostefa Lacheraf (1917-2007)
- Pierre Lamant (2007)
- Claude Liauzu (1940-2007)
- Hommages à Claude Liauzu
- Yvan-Georges Paillard (1928-2007)
- Paul Sebag (1919-2004)

autres historiens
- À la mémoire de Pierre Vidal-Naquet (1930-2006)

anthropologues
- Germaine Tillion a cent ans
- Germaine Tillion (1907-2008)

*** répertoire des historien(ne)s
répertoire des historien(ne)s du temps colonial (Michel Renard)






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mardi 29 avril 2008

Yvan-Georges Paillard

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Yvan-Georges Paillard (1928-2007)

historien de Madagascar au temps colonial

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Yvan-Georges Paillard, né en 1928, historien de Madagascar, est décédé le 22 novembre 2007. Il était maître de conférence honoraire à l'université de Provence et ancien directeur adjoint de l'institut d'histoire des pays d'outre-mer (IHPOM). Il avait aussi enseigné à l'université de Madagascar et assuré un service de cours à l'université de Berkeley. Ses recherches et ses publications étaient principalement consacrées à l'histoire de Madagascar aux XIXe et XXe siècles et à celle du colonialisme français.

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un homme chaleureux, un historien scrupuleux

J’ai été le collègue d’Yvan Paillard depuis 1985-1986. J’ai trouvé auprès de lui une amitié spontanée et une collaboration jamais démentie. Nous avons eu souvent les mêmes étudiants ; ceux-ci trouvèrent chez lui toujours la même disponibilité, la même écoute attentive.

Yvan Paillard fut longtemps l’animateur dévoué de l’Institut d’Histoire des Pays d’Outre-Mer aux côtés d’Anciens de l’Université de Provence comme Régine Goutalier et sous la direction de Jean-Louis Miège qui lui confia la responsabilité de nombreuses rencontres.

Tout le monde connaissait et estimait l’enseignant compétent et apprécié, l’Homme discret et chaleureux, l’Historien auteur de nombreux travaux sur et l’auteur d’une magistrale synthèse publiée en 1994, Expansion occidentale et dépendance mondiale. Yvan Paillard appartenait à la première génération de l’Université de Madagascar, après l’indépendance de ce pays. Il avait participé activement à sa genèse et il a été un spécialiste reconnu de l’histoire de la Grande Ile. Il fut historien scrupuleux, soucieux de ne rien avancer sans la preuve des archives et, à cet égard, il a été un modèle pour les jeunes chercheurs.

Marc MICHEL
professeur émérite à l'université de Provence

 

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les ouvrages et articles d'Yvan-Georges Paillard

 

 

 

- Les incertitudes du colonialisme. Jean Carol à Madagascar, l'Harmattan, 1990. [Jean Carol, 1848-1922]

- Expansion occidentale et dépendance mondiale, fin du XVIIIe siècle-1914, éd. Armand Colin, coll. "U", 1994 et 1999.

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- Australes : études historiques aixoises sur l'Afrique australe et l'océan Indien occidental, préf. [et présentation de] Marc Michel et Yvan-G. Paillard, l'Harmattan et IHCC d'Aix-en-Provence, 1996.

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- «Les échanges de population entre la Réunion et Madagascar à la fin du XIXe : un marché de dupes», in Minorités et gens de mer dans l'océan Indien, XIXe siècle, n° 12, 1979.

- «Les recherches démographiques sur Madagascar au début de l'expansion coloniale et les documents de l'"AMI"», Cahiers d'études africaines, 1987, vol. vol. 27, no 105-106, p. p. 17-42.

- «Domination coloniale et récupération des traditions autochtones. Le cas de Madagascar de 1896 à 1914», Revue d’Histoire Moderne et Contemporaine, janvier-mars 1991, p.73-104.

- «Les avatars de la "Grande Nation" à Madagascar de 1895 à 1914», in Révolution française et océan Indien, prémices, paroxysme, héritages et déviances, textes réunis par Claude Wanquet et Benoît Jullien, l'Harmattan, 1996.

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- «De l’exploration à la reconnaissance : Madagascar dans la seconde moitié du XIXe siècle», Sources, Travaux Historiques, n°34-35, Actes du colloque International de Bordeaux, «Découvertes et Explorateurs», Paris, L’Harmattan, 1994, p. 289-299.

- «Faut-il admettre les jeunes "indigènes" dans les collèges français de Madagascar (1913)», in L’Information Historique, n° 33, Mai-Juin 1971, p. 115-120.

- «Victor Augagneur, socialisme et colonisation», in Bulletin de l’Académie malgache, tome 52/1-2, Tananarive, 1974, p. 65-79.

- «Les premières générations d’auxiliaires merina de l’administration coloniale et l’identification d’une nation moderne (1896-1914)», La nation malgache au défi de l’ethnicité, dir. Françoise Raison-Jourde et Solofo Randrianja, Khartala, 2002, p. 153-168.

- (2000). «La Colonisation par le verbe ? Le discours colonial et la diffusion de la langue française (fin XIXe-début XXe s.)», dans Dubois, C., Kasbarian, J.-M. & Queffélec, A. (éds), L'expansion du français dans les Suds (XVe-XXe siècles). Hommages à D. Baggioni (Actes du colloque international d'Aix-en-Provence, Mai 1998), Aix-en-Provence, Publications de l'Université de Provence, 2000, p. 191-197.

- «Les étapes de la colonisation de l’Afrique subsaharienne», Historiens et géographes, juillet-août 1999, n° 367, p. 137-150.

- «Les Rova de Tananarive et Ambohimanga : représentations et manipulations coloniales (fin XIXe siècle-1939)», Annuaire des pays de l'océan Indien, 1999/2000, vol. 16, p. 325-356.

 

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textes d'Yvan-Georges Paillard

Les incertitudes du colonialisme

 

 

 

incertitudes_colonialisme_couvA-t-on moralement le droit de priver par la conquête coloniale des nations lointaines de leur liberté ? Leur assurances de "civilisés" face à des peuples réputés inférieurs rassure très vite les rares Européens qui, à la fin du XIXe siècle, se posèrent la question.

Romancier, journaliste Gabriel Laffaille, alias Jean Carol, partage cette bonne conscience. Mais le voici qui, fin 1895, s'embarque pour Madagascar comme secrétaire particulier du résident général Laroche, chargé de mettre en place un régime de protectorat français. Hommes de bonne volonté, Laroche et Carol découvrent dans les "Hova" (les Mérina) une nation certes techniquement en retard, mais qui possède une civilisation originale avec ses propres valeurs et qui, éprise de progrès, souhaite n'adopter des Européens que les innovations convenant à son génie particulier.

Avec les cadres Mérina Laroche organise une collaboration qui ménage leur susceptibilité tout en préservant les intérêts métropolitains. Carol envoie au Times des correspondances où, faisant part de ses étonnements, il veut éveiller la curiosité et la sympathie de ses compatriotes pour les dominés.

Mais le protectorat devient rapidement colonie pure et simple. Laroche cède la place à Gallieni : dans la "paix française" que Gallieni doit faire régner, plus question de dialoguer avec les Malgaches. Dénonçant dans Le Temps les méthodes militaires qui le révulsent, Carol est bientôt prié de se réembarquer. À Paris, il regroupe ses articles dans le livre Chez les Hova..., publié en 1898.

Solidaire par patriotisme de la prise de possession, mais le coeur torturé, il se fait un devoir de témoigner, rejoignant le petit groupe de ceux par la faute de qui l'européocentrisme cesse d'être tranquille.

 

Les incertitudes du colonialisme. Jean Carol à Madagascar,
Yvan-Georges Paillard,
l'Harmattan, 1990, quatrième de couverture

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une femme hova en filanzane (chaise à porteurs)

 

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«Les Rova de Tananarive et Ambohimanga : représentations et manipulations coloniales (fin XIXe siècle-1939)», résumé

Le terme malgache de rova, enceinte entourant la résidence royale et se situant toujours sur une hauteur, est aussi traduit par celui de "colline sacrée". Cet article pose la question de savoir si les Français, à partir de la fin du XIXe siècle, coloniaux ou métropolitains, étaient conscients de la signification de ces rova pour leurs nouveaux sujets les Malgaches, l'importance de cette image transparaissant ou non dans les expositions universelles (Paris 1889, Marseille 1906 et 1922, Vincennes 1931) et les récits de voyage.

Sous le gouverneur général Albert Picquié, le site d'Ambohimanga, dans les environs de Tananarive, redevient un haut lieu historique reconnu. C'est une manifestation de la "politique d'association" que le gouverneur général veut mettre en place à Madagascar, visant à se rapprocher des autochtones et à les ouvrir aux techniques modernes tout en les préservant de tout déracinement culturel. Le rapatriement des cendres de l'ex-reine Ranavalona III en 1938 favorise un regain de fidélité à la famille royale. Mais les diverses célébrations coloniales aux rova de l'après-guerre n'empêcheront pas l'avènement de l'indépendance.

«Les Rova de Tananarive et Ambohimanga : représentations et manipulations coloniales (fin XIXe siècle-1939)», Annuaire des pays de l'océan Indien, 1999/2000, vol. 16, p. 325-356.

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la reine Rasoherina (1863-1868)

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Les recherches démographiques sur Madagascar
au début de l'expansion coloniale - résumé

L'exploitation des archives coloniales, et précisement des archives médicales de l'AMI (Assistance Médicale Indigène), mise en place à Madagascar des 1898, fournit de précieuses informations sur : la population de l'île au début du XXe siecle (estimée à 2,5 ou 3 millions), sa distribution, les variations dans les taux de natalité et de mortalité, ainsi que sur les maladies, leur diffusion et leurs effets démographiques.

«Les recherches démographiques sur Madagascar au début de l'expansion
coloniale et les documents de l'"AMI"»
, Cahiers d'études africaines, 1987,
vol. vol. 27, no 105-106, p. p. 17-42

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débarquement à Madagascar, mai 1895

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témoignages

J'ignorais la disparition de M. Paillard dont je garde un excellent souvenir. Ayant perdu le contact avec l'IHPOM (j'avais déposé un sujet de thèse sur Léon Cayla à Madagascar en 1988, mais je n'ai pu mener à bien ce projet), c'est donc par vous que j'apprends son décès.

J'étais coopérant en Algérie quand je rencontrai le fils de Léon Cayla qui y travaillait. Il me parla de son père et me proposa de consulter ses archives à son domicile à Saint-Germain-en-Laye. Je fis part à M. Paillard de cette découverte, et il me conseilla vivement d'en tirer parti. J'avais soutenu une maîtrise avec Jacques Valette sur l'Algérie en 1983 à Poitiers, mais M. Valette n'était pas intéressé par Léon Cayla.

Il m'accueillit à Aix avec la plus grande cordialité, et me donna tous les conseils nécessaires pour ce travail. Les archives étaient très importantes, je mis du temps à les dépouiller. Il y avait un très grand nombre de photos notamment, la correspondance avec Lyautey, dont Cayla était le disciple et l'ami, etc.

Je rencontrai M. Paillard à plusieurs reprises avant la soutenance du DEA, notamment au cours d'un colloque à Aix en 1988 à l'IHPOM dirigé par Jean-Louis Miège, et il fit preuve à chaque fois de la même gentillesse, et j'avais besoin d'être rassuré car M. Miège était impressionnant...

Après la soutenance (le jury était composé de Miège et lui-même), il m'encouragea à poursuivre mon travail et me parla de Madagascar où il avait enseigné, et dont il gardait un souvenir enthousiaste.

Jean-Pierre Jourdain
(Montgeron, Essonne)

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Yvan-Georges Paillard, 1928-2007

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samedi 24 novembre 2007

Décès de Pierre Lamant

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Kampot (Cambodge) (source)


Décès de Pierre Lamant


L'Institut National des Langues & Civilisations Orientales et le département d'Asie du Sud-Est ont la tristesse de faire part du décès de Pierre-Lucient Lamant, professeur émérite des Universités, spécialiste de l'histoire moderne et contemporaine de l'Asie du Sud-Est et, plus particulièrement, du Cambodge, membre de l'Académie des Sciences d'Outre-Mer et vice-président de l'Association Française d'Histoire d'Outre-Mer, décès survenu le mardi 22 novembre.

Les obsèques de Pierre-Lucien Lamant auront lieu le mercredi 28 novembre, à 15 heures, au cimetière du Père-Lachaise (rendez-vous est fixé à 15 h  devant l'entrée principale).

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- bio-biblio, sur le site de la SFHOM

- au sujet de l'affaire Yukanthor

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Exposition coloniale de Marseille, 1906 : visite du roi du Cambodge


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dimanche 2 septembre 2007

En mémoire de Jean Chesneaux (Pierre Brocheux)

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En mémoire de Jean Chesneaux

Pierre BROCHEUX

L’historien Jean Chesneaux nous a quittés le 23 juillet. Historien connu et reconnu pour ses travaux sur l’Extrême-Orient plus précisément sur la Chine contemporaine (il a consacré sa thèse de doctorat au mouvement ouvrier chinois au début du XXe siècle), il n’a pas limité son horizon à la seule Chine, il a porté un intérêt constant à la péninsule indochinoise, particulièrement au Viet-Nam. Jean Chesneaux n’était pas un savant de cabinet bien que son parcours universitaire soit passé par les étapes et les épreuves requises pour faire une brillante carrière : l’agrégation d’Histoire et le doctorat ès Lettres. Pierre Renouvin, maître des études d’histoire à la Sorbonne, nous le cita en exemple lorsqu’il accueillit  les étudiants de première année  en octobre 1952.

Jean Chesneaux était aussi un homme d’action : militant de la JEC, il était entré jeune dans un réseau de la résistance anti-allemande, il fut incarcéré à Fresnes à 19 ans et fut sauvé de la déportation par la libération de la France. En 1946, il partit pour un voyage d’études en Asie, de l’Égypte jusqu’en Chine ; il fit un bref séjour à Saïgon déjà plongé dans la guerre d’Indochine. Là bas, pendant plus de quatre mois il connut l’hospitalité de la prison centrale pour avoir rendu visite au comité de la résistance vietnamienne dans la Plaine des joncs. Après un séjour dans la Chine en proie à la guerre civile, il revint en France en 1948. De son intérêt pour le pays il nous a laissé une Contribution à l’histoire de la nation vietnamienne ; ce livre de facture classique mais solide, n’a pas vieilli. L’engagement anticolonialiste de son auteur n’oblitérait pas une méthode de travail exigeante, Jean Chesneaux aimait à nous recommander «ne faites pas de l’anticolonialisme à quatre sous». Expulsé vers la France il poursuivit son action anticolonialiste en militant au Parti communiste français jusqu’à ce que les désillusions vis-à-vis du «socialisme réel», le conflit sino-soviétique et finalement la crise de mai 1968, ne le conduisirent à la rupture avec le PCF.

Son engagement dans les luttes sociales et culturelles qui suivirent, le trouvèrent aux côtés des «gauchistes» mais avec une capacité de distanciation permanente. Il eut une carrière d’enseignant riche et novatrice, d’abord à l’École pratique des Hautes études puis à la faculté des lettres de Paris, enfin à l’université Paris 7 dont il fut l’un des fondateurs en 1970. C’est ce rôle de formateur de jeunes historiens de l’Asie orientale et plus largement de ce que l’on appelait le Tiers-monde que je retiens. Il prit une retraite anticipée pour se permettre d’aller plus loin que l’historiographie empirique et de se consacrer à la réflexion philosophico-politique sur notre avenir, l’avenir de nos sociétés étant lié à ses yeux de façon indissociable à celui de notre planète, d’où son engagement écologiste. Il consacra les dernières années de sa vie à voyager, non pas pour rechercher un ailleurs idéal, et confortable mais pour élargir son approche à l’humanité plurielle avec le but d’élaborer un «humanisme générique» c’est-à-dire reconnu par tous les hommes, une façon de dépasser l’universalisme européo-centré, le combat anticolonialiste n’avait été que la première étape d’une vie bien remplie.

Pierre Brocheux

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