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Roger Vétillard

remet les pendules à l'heure

par Jean MONNERET

 

«La guerre d'Algérie (1954-1962) a revêtu une dimension religieuse, manifestement, négligée ou ignorée des historiens de tous bords qui ont choisi de l'étudier à l'aune d'une vision anticoloniale ou anticommuniste» indique la quatrième de couverture du dernier livre de Roger Vétillard (1).

Il est bon que soient rappelées d'aussi saines vérités, si l'on songe au déferlement de désinformation auquel, depuis trente ans, nous sommes soumis en la matière. Que la dimension religieuse de la guerre d'Algérie ait été négligée ou délibérément ignorée, c'est peu dire. Elle fut soigneusement occultée.

les "frères", pas les "compatriotes"

Une bonne part de l'intoxication des milieux intellectuels et journalistiques français fut, à cet égard, l'œuvre de la Fédération de France du FLN, secondée par les habituels «idiots utiles» de recrutement local. Lesquels, en l'occurrence se révélèrent plus utiles qu'idiots, et même, redoutablement efficaces.

Ainsi, lorsqu'en 1956, se répandirent divers documents du Congrès de la Soummam du FLN, ces agents d'influence en mirent systématiquement quelques uns en exergue : l'autogestion ouvrière, la réforme agraire, et les appels aux Juifs d'Algérie.
  Ces derniers, tenus justement pour autochtones et d'abord considérés comme «frères», furent, après publication, simplement désignés comme
  «compatriotes». L'impact de ce texte n'en fut pas moins considérable, non pas chez les intéressés, qui le reçurent avec une notable indifférence, mais, dans les couloirs de l'ONU. C'est du moins de qu'affirmera plus tard Mohammed Lebjaoui, ex-responsable de la Fédération de France (2).

Tout cela était assez largement dû à André Mandouze, auteur chez Maspéro de La révolution Algérienne par les textes. Ce livre contribua d'importance à persuader notre intelligentsia jobarde que le FLN était un groupe de sympathiques résistants, animés de sentiments socialisants et, de surcroît, laïques.

Ce dernier point fut facilité par le fait que la Fédération de France fut la seule organisation des indépendantistes algériens à se déclarer telle. Il en résulta un effet d'optique : les porte-coton du FLN crurent que le tout ressemblait à la partie qu'ils côtoyaient. Bien sûr, certains hebdomadaires et quotidiens contribuèrent aussi, dans une vaste mesure, à masquer la nature réelle de la rébellion algérienne et l'horreur de son terrorisme.

 

El Moudjahid, 1958
El Moudjahid, 1958

 

D'autres furent relativement plus lucides. J'ai souvenir d'un article où Charles-Robert Ageron commentait le fait que le journal du FLN s'appelât El Moudjahid, donc, en français, le djihadiste. Pourquoi s'interrogeait-il alors n'ont-ils plutôt choisi le mot rafiq, camarade, courant chez les socialo-communistes ? La réponse s'imposait d'elle même : parce qu'ils n'étaient pas socialo-communistes mais islamistes.


Pourtant, ceux qui voulaient savoir savaient. Roger Vétillard, avec la minutie et le sérieux qu'on lui connait, détaille les mille et un textes et prises de position des chefs révolutionnaire algériens, ne laissant aucun doute sur leurs préoccupations religieuses. Ils sont innombrables.

Cela ne signifie pas, pour autant, que la rébellions ait été unie lorsqu'il s'agissait d'envisager l'avenir du pays. À ce jour encore, les militants Kabyles restent hostiles à l'arabo-islamique pour des raisons que l'on comprend. Et ils ont l'impression (très fondée) d'avoir été floués, eux, qui les premiers, parlèrent d'Algérie algérienne (3).


Il n'en demeure pas moins que l'idéologie arabo-islamique a triomphé avec Ben Bella et Boumedienne. Ce qui était dans la logique des choses ; n'en déplaise aux amis parisiens de cette révolution. Ils n'avaient pas vu ce qui crevait les yeux.

Dans cet ordre d'idées, on nous permettra de rappeler le livre d'un autre Roger (Le Doussal est son patronyme). L'auteur découvrit pendant le conflit, que le regroupement des révoltés algériens se faisait, non autour de la Nation, du Nationalisme, d'un drapeau ou de l'Histoire mais autour de la guerre sainte... dont la résurgence... «si étrangère à la mentalité laïque (m'avait paru), naïvement rangée dans les oubliettes du Moyen-Age» (4). Cette expérience pratique et directe d'un responsable du maintien de l'ordre le rendait évidemment imperméable à la propagande de ceux qu'il combattait. D'où son témoignage. Bravo aux deux Roger !

Jean Monneret

 

1 - La dimension religieuse de la guerre d'Algérie, préface de G. Mathias, éd. Atlantis.
2 - Mohamed Lebjaoui, Vérités sur la révolution algérienne, Gallimard, 1970.
3 - Notamment en 1948, lors de la crise «berbériste» qui secoua le M.T.L.D.
4 - Roger Le Doussal, Commissaire de police en Algérie, éd. Riveneuve, p. 225-256.

 

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