lundi 26 août 2013

le débat à propos du 5 juillet 1962 à Oran (3) - Jean Monneret

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Oran, 5 juillet 1962,

ce qui reste à démontrer

Jean MONNERET

 

De multiples interrogations subsistent en ce qui concerne cette journée du 5 juillet. On peut les ramener à deux :

- 1) Qui a déclenché la fusillade ?

- 2) Y a-t-il eu une machination et ourdie par qui ?

S’il est une question à laquelle les gens sont susceptibles de répondre en fonction de leurs présupposés personnels, c’est bien la première. Or, il ne s’agit pas de convaincre les convaincus mais de faire un travail aussi scientifique que possible. N’ayant pas personnellement l’assurance qui permet de tout trancher, je reste sur ce point dans l’incertitude.

En revanche, tout le monde ou presque (1) paraît d’accord pour mettre hors de cause l’OAS, dont les commandos avaient quitté Oran. Seul le Général Katz fait allusion, dans son livre (2) à de possibles desperados de l’Organisation (sans la nommer). Sa démonstration est toutefois des plus laborieuses. Je l’ai souligné à la page 109 de mon ouvrage sur le sujet (3).

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Répondre à la deuxième question est tout aussi difficile. J.F Paya s’estime, pour sa part capable de résoudre ces deux énigmes. Il semble persuadé que sa présence en Oranie en 1962, qui s’est prolongée à Mers-el-Kébir jusqu’en 1965, lui donne un avantage pour analyser le 5 juillet. Toutefois ce qu’il écrit est loin d’être toujours convaincant.

Paya insiste sur le conflit qui opposait alors le GPRA (4) au clan Ben Bella/Boumediene. Ce dernier étant le chef de l’État Major Général de l’Armée de Libération Nationale (5), basée aux frontières algéro-marocaine et algéro-tunisienne. C’était en effet le problème de l’heure et toute la presse nationale et internationale ne parlait que de cela.

L’EMG défiait l’autorité du GPRA, ce qui avait pour résultat d’introduire au sein du FLN une très grave cassure à la veille du référendum. Celui-ci eut lieu néanmoins, mais au lendemain de sa tenue, les deux groupes antagonistes se redisputèrent avec ardeur la direction de la future Algérie.

L’Indépendance ayant été proclamée le 3, qu’elle était la situation le 5 juillet ? C’était une veillée d’armes. Le GPRA avait quitté Tunis pour Alger. Le clan Ben Bella/Boumediene était installé à Oujda, au Maroc, c’est pourquoi Paya les désigne comme les conjurés d’Oujda (6).

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le G.P.R.A.

Le GPRA dirigé par Ben Khedda, son président, avait le soutien de la Wilaya 4, l’algéroise ; il recevait aussi l’appui de la wilaya 3, la kabyle. Le GPRA avait lancé un appel à manifester le 5 juillet, date anniversaire symbolique de la prise d’Alger en 1830 (7), afin de fêter la «libération» du pays. L’Oranie, bien tenue en mains par les benbellistes (Paya dixit), n’avait pas prévu de manifestation (toujours selon Paya).

Néanmoins les appels à cette célébration lancés sur les ondes de Radio-Alger furent naturellement entendus à Oran et un défilé s’organisa. Paya présente les choses ainsi : «Mais à Oran, les animateurs (?) assez anti-FLN de l’extérieur, s’empressèrent d’obéir au GPRA».

Cette situation ne pouvait que déplaire à l’EMG qui voyait en le GPRA l’ennemi juré. Or, ces manifestations le mettaient en valeur. Les benbellistes entreprirent, dit Paya, de les saboter.

Ainsi, toujours selon Paya, la ville d’Oran allait devenir le 5 juillet 1962 un théâtre important de l’affrontement entre le GPRA et l’EMG. Notre auteur est très affirmatif : le massacre des Européens résulte d’une machination tramée par le clan Ben Bella /Boumediene.

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Des agents dudit clan déclenchèrent une provocation en centre-ville durant le défilé des Musulmans. Leur but : discréditer le GPRA. Citons Paya :

«…Pour les conjurés d’Oujda Ben Bella et Boumediene, qui allaient s’installer à Tlemcen, cela ne pouvait se passer ainsi. Il leur fallait démontrer que les partisans du GPRA n’étaient pas capables d’assurer l’ordre, tout en conjurant le risque d’une enclave européenne dans la zone Oran- Oran/Mers-el-Kébir (souligné par nous).

Mais surtout, ils préféraient avoir un prétexte pour faire intervenir massivement cette armée des frontières sans paraître faire un coup d’État (souligné par nous).

Bien sûr, la population ne comprenait rien à ce qui se passait. Mais une fois sur place, elles (les troupes venues du Maroc) mirent surtout au pas leurs opposants et les éléments musulmans perturbateurs que la provocation avait déchaînés…» (8).

Comme on le voit, notre auteur procède surtout par affirmations. Il est persuadé que l’appel du GPRA lancé sur les ondes fut repris à Oran par des éléments hostiles à l’EMG.


Oran benbelliste ?

De tels éléments ont sûrement existé, mais Paya les présente comme «influents». Il parle même de «responsables». Ceci paraît à première vue, contradictoire avec le fait qu’il évoque lui-même ensuite une Oranie «bien tenue en mains par les benbellistes» (9).

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Notre auteur va plus loin en affirmant quelque chose d’étonnant qui aurait bien besoin d’être solidement étayé : des banderoles furent confectionnées avec le slogan : «À bas le culte de la personnalité».

Paya a parfaitement raison d’y voir un mot d’ordre codé contre Ben Bella. Ainsi dans Alger, où dominait la wilaya 4, hostile à ce dernier, ce slogan était, à la même époque, placardé sur tous les murs. Mais la capitale où je me trouvais alors (10), était aux mains de gens farouchement opposés à l’EMG.

Rien de semblable à Oran où la situation était rigoureusement différente. L’Oranie (la wilaya 5) était un bastion benbelliste. Adhérer à l’analyse de Paya impliquerait de reconsidérer tout ce que l’on sait de la situation locale. L’Oranie, (en tous cas Oran), aurait été non pas traversée mais profondément ravagée par les luttes de clans du moment.

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Oran pourtant tenue par Si Bakhti, homme lige de Ben Bella est curieusement présentée comme influencée par les partisans du GPRA. Et bigrement puissants pour être capables d’organiser un vaste défilé, de leur propre chef (c’est le cas de le dire), et avec leurs propres slogans anti Ben Bella. C’est là un renversement de perspective surprenant qui va à l’encontre de tout ce qui s’écrivit sur le moment et dans les chroniques ultérieures. Nous verrons plus loin quelles justifications donne Paya à cette présentation des faits.

Car notre auteur va toujours plus loin. Rappelons qu’il prête à l’EMG, qu’il désigne comme  «les conjurés d’Oujda», une intention machiavélique : «…Il  leur fallait démontrer que les partisans du GPRA n’étaient pas capables d’assurer l’ordre, tout en conjurant le risque d’une enclave européenne dans la zone Oran/Oran-Mers-el-Kébir».

Attention ici ! Si les mots ont un sens, cette phrase porte inévitablement à penser que le maintien de l’ordre à Oran-ville dépendait de partisans du GPRA. Sans cela, comment les accuser d’incompétence après le massacre ?

Or, comment souscrire à une telle vision des choses ? Et Bakhti compagnon de route de Ben Bella depuis les lointains épisodes de l’Organisation Spéciale était-il une potiche ? Ou bien était-il lui-même partisan du GPRA ? Là, ce serait un scoop ! Et Souaiah El Houari, le préfet désigné par la wilaya 5 ?

Les questions sont donc nombreuses et l’analyse de Paya paraît plus que sommaire. Évidemment chacun a le droit de s’écarter des sentiers battus et de chercher à expliquer les choses à sa manière. Encore faut-il le faire avec des arguments solides et être cohérent. Est-ce le cas ?

 

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arrestation d'Européens par des membres de l'ALN à Oran au lendemain
des fêtes de l'indépendance proclamée le 3 juillet 1962.
Photo publiée dans
Paris-Match du 14 juillet 1962


enclave européenne ?

Ainsi, la crainte attribuée à l’EMG de voir s’établir une enclave européenne dans cette zone et à cette époque  est fortement invraisemblable. Le FLN s’en était justement inquiété six mois auparavant, lorsque l’OAS était à son apogée. Le 5 juillet, il n’y avait plus d’OAS. D’autre part, une enclave européenne n’aurait pu exister qu’avec le soutien de l’armée française. Les chefs de celle-ci avaient en juillet 1962 des préoccupations tout autres. Parler, comme le fait Paya, d’une enclave qui se serait créée «de facto» dans la zone concernée est peu crédible. La population européenne y avait déjà considérablement diminué.

Les analyses de notre ami reposent également sur un autre point clé : Ben Bella et Boumediene auraient eu besoin d’un prétexte pour faire intervenir l’Armée des Frontières dans Oran. On ne voit pas pourquoi. La chose est pour lui évidente, et depuis plus de vingt ans, il revient inlassablement sur ce thème.

Or, il y a un point de comparaison. Quelques jours avant et après le 5, l’Armée des frontières s’installa dans le Constantinois à partir de la Tunisie. Elle le fit sans coup férir et sans se soucier de quiconque. Elle occupa d’abord Souk- Ahras puis Constantine en mettant entre parenthèses les chefs locaux trop indépendants. On ne voit pas ce qui l’aurait empêché de faire la même chose à l’Ouest avec ou sans prétexte. D’autant qu’il n y avait pas en Oranie de chefs locaux connus susceptibles de s’opposer à l’EMG. Et comme l’a bien vu Harbi, personne en Algérie n’était prêt à mourir pour le GPRA. (Mohammed Harbi, Le FLN, mirage et réalité.p. 358).

Paya a souvent présenté les troupes FLN de l’intérieur de l’Oranie comme un ramassis de gens réunis à la hâte, équipés de bric et de broc, voire dépenaillés. Absolument rien n’indique qu’ils aient eu l’intention de contrer l’ALN de l’extérieur (11). Mais si tel eût été le cas, comment auraient-ils pu s’opposer aux troupes de Boumediene bien équipées et longuement formées à la conquête du pouvoir ?

 

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Notre auteur semble fermement croire que le prétexte éventuel du maintien de l’ordre défaillant était indispensable à l’EMG pour entrer à Oran. Sans cela, dit-il, cette entrée eût ressemblé à un coup d’État ou à un putsch.

La belle affaire ! C’est là prêter à l’équipe benbelliste une délicatesse de sentiments et des préoccupations morales en politique. Franchement, peu d’indications permettent de l’en créditer et, là encore, ce type d’arguments ne convaincra que les convaincus. Rappelons qu’en investissant Constantine à l’autre bout de l’Algérie, l’ALN des frontières n’a pas hésité à arrêter un chef aussi prestigieux que le colonel Boubnider, dit Saout el Arab. Elle mit également à l’ombre, dans la foulée, un ministre du GPRA et non des moindres : Lakhdar Ben Tobbal.

Pour agir ainsi ses chefs n’avaient eu besoin d’aucun prétexte autre que leur ambition et leur soif du pouvoir. Ils se souciaient peu que cela ressemblât à un putsch, c’est ce à quoi ils se préparaient depuis des années.

 

discussion des justifications de J.-F. Paya

Pétitions de principes, postulats, simples affirmations abondent chez Paya. Voyons maintenant les justifications qu’il lui arrive de fournir de-ci de-là.

Voici ce que je lis en juin dernier sur internet émanant de lui : «…..Aujourd’hui, tous les éléments dont nous disposons : témoignages français et algériens, neutralisation d’unités de la force locale la veille du 5, ordre du jour ALN d’Oujda du 5 au matin tendent à prouver que les conditions de la réussite de la provocation à l’émeute et au désordre furent réunies et sciemment orchestrées par les éléments de l’ALN/FLN qui voulaient prendre le pouvoir en Algérie…».

Paya évoque souvent des  informateurs musulmans qui lui auraient fourni des tuyaux exceptionnels. Malheureusement, il s’agit de gens demeurés anonymes dont nous ne savons rien. Leurs témoignages datent-ils de1962 ou de plusieurs années après ? Un seul témoin de ce type est nommé  dans son livre électronique (12). Son texte ne contient aucune révélation et ne prouve rien. D’autant qu’il est unique en son genre. Testis  unus… Historiquement parlant, tout cela est sans valeur.

Autre chose : notre auteur semble persuadé, à partir d’un seul exemple, que la force locale (13) était «neutralisée» le 5 juillet. Au risque de le peiner, je dois lui signaler que les archives militaires ne confirment pas ce point. Le cahier d’enregistrement du GAOR signale au contraire qu’un européen est molesté par des éléments de ladite force locale. L’heure est indiquée : 15H30 (page 399 de mon livre La phase finale...).

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Dans le dossier 1H3206 du SHD, une autre unité de la force locale, la 502e UFO est en revanche signalée pour son souci de protéger les Européens dans les rues d’Oran. Cette unité entièrement composée de Musulmans est conduite par le lieutenant Bacouche, auquel hommage est rendu (14). Je ne vois donc pas d’où l’auteur tient l’information selon laquelle les forces en question auraient été «neutralisées». Il cite le cas d’une unité qui aurait été désarmée, mais ceci ne signifie pas qu’elles le furent toutes et partout.

Venons-en à l’ordre du jour de l’ALN d’Oujda, que Paya a publié à maintes reprises (15) et qu’il brandit comme la preuve décisive de ce qu’il affirme. Ce texte contient une recommandation : «veiller à la sécurité des populations et particulièrement sur celles (sic) de la minorité européenne».

Ceci fait écho à ce qu’avait dit 48 heures auparavant Si Bakhti lors du défilé des katibas de l’ALN (intérieure) à la lisière des quartiers musulmans, à proximité du boulevard du Corps Expéditionnaire Français. Bakhti annonçait que les Européens seraient protégés et même que ceux qui s’en prendraient à eux seraient passés par les armes. Il suffit de reprendre la presse de l’époque : Le Figaro et Le Monde par exemple pour avoir les détails.

Paya interprète le document de l’ALN extérieure d’une façon très surprenante : en effet, il est à première vue étonnant qu’un document, qui recommande de protéger les Européens, soit présenté comme la preuve qu’on va les massacrer. Pas très cartésien.

Mais, aux yeux de notre auteur il n’y a pas de contradiction et l’explication en est très simple : si l’EMG parle de protéger les Européens, c’est tout simplement qu’il sait d’avance qu’ils vont être massacrés puisque c’est ce qu’il a projeté. CQFD. Il suffisait en effet d’y penser.

Autre justification utilisée par Paya à l’appui de sa thèse : il cite un texte de Bruno Etienne de 1977 (16). Celui-ci indiquerait qu’un groupe opérationnel de l’ALN du Maroc serait entré à Oran aux premiers jours de juillet 1962. «C’est lui», dit B. Etienne, «qui paraît responsable des massacres et des disparitions du 5 juillet à Oran» 

Comme on le voit, la date est vague : aux premiers jours, le groupe concerné paraît responsable. Aucune source n’est citée. Notre auteur le constate aussi mais semble considérer qu’un historien du calibre de Bruno Étienne n’aurait pas écrit cela sans raisons. Faisons lui donc confiance et croyons-le sur parole ; c’est tellement plus simple ainsi.

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Autre point qui laisse songeur : Paya a analysé le film d’Yves Courrière : La Guerre d’Algérie, souvent montré à la télévision. Il a établi, à juste titre selon moi, que le montage était «mensonger» (17) et que, concernant Oran, on présente des événements du 5 juillet comme s’étant produits le 17 juin. Mais pourquoi diantre va-t-il ensuite suggérer qu’il détient la preuve photographique de la provocation benbelliste (18) lorsque le même film, dûment trafiqué donc invalide, montre des gens «pris de bas en haut sur un immeuble récent d’Oran, se passant une arme, …car ceux-là ont été pris en plein midi d’après le soleil…» ? !!

Chacun voit midi à sa porte, comme dit le proverbe.

Nous pourrions continuer de la sorte. Il nous semble préférable d’arrêter ici. Dans une lettre qu’il a adressée à Paya, le professeur Pervillé, dont le sens de l’euphémisme est vif, voit dans les écrits de son correspondant «…une vision mémorielle rétrospective à 28 ans de distance.»

C’est aussi mon avis. Je le regrette car les intentions de notre ami sont excellentes mais son parti-pris de négliger les archives (sauf, mais ça n’arrive jamais, si elles confirment ses thèses), la légèreté de ses démonstrations, ses généralisations abusives minent sa recherche pourtant menée avec sincérité et passion.

Il peut continuer dans la même voie et s’accrocher mordicus à ses écrits, au mépris de toute méthode historique. Il y a plus intelligent à faire : revoir l’ensemble en abandonnant l’a priori du complot benbelliste. Qui sait si un jour des archives nouvelles privées ou officielles, algériennes (19) ou françaises ne contribueront pas à nous éclairer davantage. Mais actuellement, présenter de vagues indices comme des preuves, multiplier les démonstrations aventureuses, bref faire de la reconstruction mémorielle, c’est tourner le dos à l’Histoire.

Certes, on trouvera toujours du monde pour se délecter du complotisme. Voyez la légende du Masque de Fer  forgée de toutes pièces par Voltaire et récemment démolie par l’historien Christian Petitfils. Voyez aussi, les centaines d’ouvrages consacrés à la prétendue survie du Dauphin Louis XVII ; thèse aujourd’hui bien mise à mal par la science.

Car le public est ainsi. Comme l’écrivit Erasme : «L’homme est bâti de telle manière que les fictions font beaucoup plus d’impression sur lui que la Vérité».

Jean Monneret

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- débat Oran, 5 juillet 1962 - Jean Monneret (1) : débat avec Jean-François Paya

- débat Oran, 5 juillet 1962 - Jean Monneret (2) : la recherche des faits : l'heuristique

- débat Oran, 5 juillet 1962 - Jean Monneret (3) : ce qui reste à démontrer

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1 - Il est remarquable que le communiqué du FLN d’Oran, diffusé au lendemain du drame, ait évité de mettre en cause l’OAS. Contrairement d’ailleurs au FLN algérois.

2 - L’Honneur d’un général. Ed. L’Harmattan.

3 - La Tragédie dissimulée. Ed. Michalon.

4 - Gouvernement Provisoire de la République Algérienne.

5 - Désigné ci-après comme l’EMG.

6 - Ultérieurement, ils s’installèrent à Tlemcen en Algérie.

7 - Le 5 juillet est une date importante en Islam ; ceci n’est pas souvent dit. Saladin obtint ce jour-là la reddition de Guy de Lusignan après la bataille d’Hattin en 1187, ce qui marqua la fin du Royaume Franc en Terre Sainte.

8 - Livre électronique Ed. Calaméo p. 5

9 - Ibidem p.5                                                                                                               

10 - J’ai relaté ces événements dans un court récit intitulé Mourir à Alger Ed. l’Harmattan

11 - Certes Paya ne l’affirme pas ce qui rend encore moins compréhensible cette histoire de prétexte.

12 - Édition Calaméo p.19 et 20.

13 - Officiellement appelée UFO, Unités de la Force de l’Ordre.

14 - p. 254 de La Phase Finale de la Guerre d’Algérie.

15 - Notamment p.158 et suivantes du tome III du livre l’Agonie d’Oran.

16 - Selon Paya, dans Culture et Révolutions. Ed. du Seuil 1977.

17 - Vol.II p.152. L’Agonie d’Oran.

18 - Ibidem p. 140.

19 - Des historiens algériens se montrent de plus en plus rétifs aux versions historiques d’État que l’on veut leur imposer.

 

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jeudi 15 août 2013

film "Je vous ai compris", Georges Fleury

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une diffusion internationale

Georges FLEURY

 

Bonjour, je ne tiens pas à revenir [voir ici] sur la critique acide du général Faivre concernant le film Je vous ai compris auquel j'ai participé en tant que coauteur et co-scénariste. Même à ma proche entrée dans ma 75e année, je considère toujours qu'on dort très mal sur le matelas du passé ! Que seul, l'avenir est porteur d'espoir, puisque, au passé, on ne peut plus rien changer, sinon avec d'inutiles "on aurait pu" ou "on aurait dû" ou encore des nuées de "si"...!

Après les deux premières diffusion sur Arte en France, en Suisse alémanique et en Belgique, du film dont je parle, sont nés un DVD, une version plus historique destinée aux lecteurs de tablettes. Puis la version papier paraîtra le 28 août prochain chez Casterman.

Et, grâce aux relais de TV5 Pacifique et TV5 Asie, le film lui-même sera diffusé le 18 septembre en Asie puis le 25 du même mois en Inde. À ces fins, Je vous ai compris a été sous-titré en anglais, français, japonais , vietnamien, chinois et coréen.

TV5 Monde Asie et Pacifique est accessible à 42 millions de foyers en Inde, au Vietnam, au Japon à Hong Kong, à Singapour, au Népal, au Kazakstan, en Papouasie, en Mongolie etc...

Si je me permets de vous adresser ce message, c'est parce-que j'estime sincèrement que votre site ne manque jamais de courage. Dans la vie, il faut savoir cueillir par-ci par-là des petits bonheurs qu'on ne peut se retenir de partager. Je vous ai compris est pour moi de ceux-là.

Comme l'est également la récente et inattendue impression en Algérie - sans aucune censure, je l'ai contrôlé ! - d'un de mes livres publié chez Perrin Comment l'Algérie devint française (1830-1848) par un éditeur de Béjaia !

Cordialement vôtre.

Georges Fleury

 

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lundi 12 août 2013

Camus et le terrorisme, par Jean Monneret

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 «À l'heure ou nous parlons, on jette des bombes

dans les tramways d'Alger. Ma mère peut ...»

 un livre de Jean Monneret sur Camus

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Dans cet ouvrage, Jean Monneret s'applique à retracer ce que fut l'évolution intellectuelle d'Albert Camus face au système politique du terrorisme. Il analyse les principaux ouvrages de l'auteur, dont l'Homme révolté et Les Justes, et les commentaires qu'en ont tirés Olivier Todd, Robert Zaretsky et Michel Onfray.

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Il part de la déclaration du Prix Nobel en décembre 1947 - déclaration souvent falsifiée - qu'il rectifie comme suit :
«À l'heure ou nous parlons, on jette des bombes dans les tramways d'Alger. Ma mère peut se trouver dans l'un de ces tramways. Si c'est cela la justice, je préfère ma mère». Il contredisait ainsi le sens de l'Histoire des idéologues, et l'idée que «la fin justifie les moyens».
 
Exclu du parti communiste en 1937, Camus a suivi les contradictions du communisme à l'heure du voyage de Laval en Russie. En Algérie, ces contradictions conduisaient à accuser les nationalistes de fascisme.

En 1942-43, l'expérience de la Résistance, à Lyon puis à Paris, révèla à Camus l'abjection totalitaire du nazisme et du stalinisme, et lui fit condamner l'avilissement de l'homme dans les camps. Il constatait également que la résistance française ne pratiquait pas le terrorisme, contrairement à l'opinion de Badinter.
 
L'opposition de Sartre contre Camus, développée dans les colonnes des Temps modernes, met en lumière le rôle des juges-pénitents, compagnons de route de la révolution soviétique, elle-même héritière de la terreur de 1793. La même illusion conduit au soutien du FLN, adepte du terrorisme révolutionnaire, et dont la prétention laïque s'appuie en fait sur la théocratie islamiste et provoque la guerre civile arabo-musulmane.

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Tout en condamnant la pratique de la torture, Camus observe que la dénonciation de la répression encourage les terroristes. L'échec de sa campagne pour la Trève civile entraîne son refuge dans le silence, face à une situation inextricable où l'Algérie meurt de résignation généralisée.
 
Passant en revue les justifications de la violence «libératrice du peuple», de Zohra Driff à Pontecorvo et à l'exposition du Musée de l'Armée, l'auteur relève un nœud inextricable d'accusations qui se poursuit dans la guerre civile des années 90. La vertu du révolté, selon Camus, serait au contraire de ne pas céder au mal.
 
La thèse camusiennne de 1937, Métaphysique chrétienne et néoplatonisme, révèle certains ressorts de sa philosophie. Il oppose l'héritage gréco-latin de Plotin et Saint Augustin au messianisme marxiste et au nihilisme des mauvais génies de l'Europe (Hegel et Nietzsche). Il se prononce ainsi pour la philosophie méditerranéenne de la mesure.
 
En conclusion, Jean Monneret estime que le terrorisme, devenu islamiste et mondial, appelle le recours aux armes spirituelles. Plusieurs annexes documentées complètent cette réflexion enrichissante.
Maurice Faivre
le 12 août 2013

Jean Monneret, Camus et le terrorisme, Michalon, septembre 2013, 190 pages, 16 euros.

 

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samedi 10 août 2013

Juifs de Tunisie, 1942-1943, par Claude Nataf

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les juifs de Tunisie sous le joug nazi

9 novembre 1942 - 8 mai 1943

Claude NATAF

 

À l’occasion du 70e anniversaire de la rafle des Juifs de Tunis, la Fondation pour la Mémoire de la Shoah publie en partenariat avec les éditions Le Manuscrit : Récits et témoignages rassemblés, présentés et annotés par Claude Nataf. Préface de Serge Klarsfeld.

À la veille de la Seconde Guerre mondiale, 90 000 Juifs vivaient en Tunisie. Entre novembre 1942 et mai 1943, le pays fut occupé par les forces de l’Axe. Les Juifs connurent alors «l’angoisse, les rançons, les pillages, les souffrances du travail forcé et des dizaines de morts» (Serge Klarsfled).

L’action anti-juive était dirigée par le colonel SS Walter Rauff. Ce dernier avait été responsable de la mort de centaines de milliers de Juifs, assassinés dans des camions à gaz (ancêtres des chambres à gaz) des pays baltes à la Yougoslavie.

En Tunisie, l’objectif était également de mettre en œuvre la «Solution finale». Quelques personnes furent ainsi déportées vers l’Europe. L’avancée des Alliés et leur domination militaire ont heureusement contrarié les plans nazis.

- Collection «Témoignages de la Shoah» : Les Juifs de Tunisie sous le joug nazi 9 novembre 1942 - 8 mai 1943, 358 pages / 27 illustrations EAN : 9782304040623.
Prix : 25,90 €

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rafle, décembre 1942


Cet ouvrage regroupe plusieurs témoignages, dont celui de Maximilien Trenner, interprète en charge des relations avec les Allemands et celui de Georges Krief, jeune avocat.
Il présente des récits sur les camps de travail comme celui de Bizerte, directement géré par les SS, ou ceux qui dépendaient de l’armée italienne. Le sort des Juifs de Sousse et de Sfax y est également évoqué.
«Ces récits sont éclairés par le remarquable appareil critique de Claude Nataf qui réussit brillamment à faire de ces pages de mémoire des pages d’histoire.»

Serge Klarsfeld

Président de la Société d’histoire des Juifs de Tunisie, Claude Nataf est à l’origine du renouveau d’intérêt pour cette histoire. Il a dirigé cet ouvrage et les deux autres livres de la collection «Témoignages de la Shoah» consacrés à la Tunisie.

 

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blindés allemands à Tunis

 

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grande synagogue de Tunis

 

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jeudi 8 août 2013

sur l'Afrique : quelques livres lus par Marc Michel

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source

 

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Marc MICHEL

 

- Monsieur X/ Patrick PESNOT, Les dessous de la Françafrique, Les dossiers secrets de Monsieur X, Nouveau Monde éditions, 2008, 396 pages

Il y a des livres qu’il vaut mieux ignorer. Celui-ci en est un. Ramassis de ragots et de soi-disant «révélations» de seconde main, cet ouvrage est du plus mauvais journalisme.

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- Achille MBEMBE, Sortir de la Grande Nuit, Essai sur l’Afrique décolonisée, La Découverte, 2010, 246 pages,

Ce livre ne s’adresse sans doute pas à un public qui voudrait avoir une information générale et pratique sur l’Afrique. On doit à l’auteur, actuellement professeur d’Université en Afrique du Sud, des travaux remarquables sur le «maquis» au Cameroun pendant la décolonisation de ce pays.
Cet ouvrage, écrit dans une langue souvent d’accès difficile, n’est ni un ouvrage d’histoire, ni un ouvrage de géopolitique, ni un ouvrage d’anthropologie, mais une réflexion où se mêlent des considérations, parfois assez obscures, sur les mondes noirs contemporains, sous des rubriques où les néologismes audacieux (la «déclosion» du monde) voisinent avec des images qui désarçonnent le lecteur. Au total, on ne voit pas très bien, en définitive, à qui s’adresse cet essai, en tout cas, pas à l’historien, ni au géographe.

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- Tidiane N’DIAYE, Par-delà les ténèbres blanches, enquête historique, Continents noirs/NRF/Gallimard, 2010, 157 pages.

Second livre du même auteur après le Génocide voilé, dénonçant les traites arabes à travers le Sahara, à être diffusé par l’excellente collection des Continents noirs,  ce dernier ouvrage est un acte de foi dans l’avenir d’une Afrique du Sud débarrassée de son démon racial.
Il constitue aussi une bonne mise au point sur les problèmes majeurs de l’histoire de cette partie du continent africain : la nature de l’immigration européenne, l’antériorité de l’occupation noire du pays, la résistance bantoue, l’apartheid évidemment, l’espérance enfin.
On pourra discuter, ne pas être toujours convaincu : parler de projet d’extermination des populations noires est contradictoire avec celui d’exploitation de leur force de travail ; faire des Anglais les ancêtres de l’apartheid est, pour le moins, paradoxal. Mais les  points de vue sont étayés, intelligents et méritent considération. Accompagné d’un lexique, d’une chronologie et d’une bibliographie (malheureusement essentiellement francophone) l’ouvrage n’est pas inutile. Il ne remplace pas cependant la remarquable et érudite Histoire de l’Afrique du Sud de François-Xavier FAUVELLE-AYMAR (Le Seuil, 2006).

9782070130412FS


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- Roger BOTTE, Esclavages et abolitions en terres d’islam, André Versaille éditeur, 2010, 388 pages, index.

Voilà un livre dont il est difficile de faire le compte-rendu tant il est riche, dense, érudit et passionnant. Dans son avant- propos, l’auteur, anthropologue et historien arabisant, affirme trop modestement s’en tenir à cinq études de cas pour aborder le sujet. Mais son premier chapitre est d’une toute autre ampleur puisqu’il traite de l’abolition de l’esclavage au regard de la shari’ia.

D’emblée, il pose la question : pourquoi les abolitions de l’esclavage ont-elles été si tardives, parfois très récentes, répétées, en vain, voire inexistantes. Une réponse facile est que le Coran n’a pas clairement interdit l’esclavage et ce qui n’est pas interdit  peut-être licite. Pourtant, la question est d’autant plus importante qu’elle n’a cessé de se poser aux théologiens de l’islam eux-mêmes et que l’esclavage a été – et reste souvent- une institution fondamentale des sociétés musulmanes.

Ces esclaves ont été très longtemps identifiés aux Noirs (aujourd’hui, les travailleurs blancs ou asiatiques des pays du Golfe sont dans une situation comparable) et que le nombre des déportés noirs varie, «selon les auteurs» de 11.500.000 personnes à 17.00.000 plus vraisemblablement et que les sociétés musulmanes n’ont jamais aboli l’esclavage de leur plein gré, sans «fermes pressions extérieures» (p. 15) assimilées d’ailleurs à d’intolérables ingérences extérieures.

Aussi, l’esclavage a-t-il occupé une place formidable dans les sociétés musulmanes, la condition servile elle-même a été extrêmement variable, des esclaves ont pu se trouver partout dans le champ économique comme dans le champ politique et presque à tous les niveaux. Le droit musulman sollicité, en s’appuyant sur trois inégalités fondamentales posées en principes, l’inégalité entre musulman et non-musulman, entre l’homme et la femme, entre libres et non-libres, a pu voler au secours de l’institution (p. 23).

L’affranchissement est une pratique hautement recommandable, comme l’a montré par son propre exemple le Prophète lui-même, mais il  relève d’une démarche personnelle du maître. La comparaison entre islam et christianisme, devenue une tarte à la crème, n’en connut pas moins à la fin du XIXe siècle, un moment précurseur de ce qui fut ressenti comme un premier «choc de civilisation», mais relança aussi les plus grandes controverses à l’intérieur de l’islam lui-même.

À ce sujet, Roger Botte constate que si aucune justification de l’esclavage, religieuse ou raciale (du mythe de la malédiction de Cham)  ne peut être trouvée dans le Coran, la plupart des auteurs musulmans s’accordèrent sur une théorie servitude fondée sur l’accumulation des préjugés infériorisant les Noirs (p. 44) et que le djihad était possible à leur encontre. Plus encore, par une subtile dialectique, certains docteurs peuvent conclure encore en 1940 que «puisqu’il n’y a plus de guerre sainte, autant dire que l’esclavage n’existe plus ou qu’il aura bientôt disparu» (p. 56). Or, le fait est, il a disparu très lentement et il n’a pas disparu comme le montre l’histoire des abolitions dans les cinq cas examinés.

Premier cas, la Tunisie, Etat musulman précurseur même par rapport aux Etats européens chrétiens, l’abolition datant de 1846, sous forme d’une série de mesures visant «l’émancipation» des esclaves noirs qui représentaient 6 à 8% de la population totale. Mais l’esclavage domestique, surtout de femmes, demeurant coutumier, il fallut une «seconde abolition» en 1890. Constat pessimiste : en définitive, l’abolition créa des catégories de sous-prolétaires urbains et ruraux marqués la marque infamante de la servitude et la misère de leur conditions de vie (p.90-92).

Second cas, l’Arabie saoudite. Inutile de rappeler que l’abolition n’y date officiellement que de 1962. Mais les statuts et les conditions des esclaves étaient si variées, si contrastées qu’il est impossible de fournir des chiffres fiables sur leur nombre: 15.000, 30.000, 40.000 dans les années 50, et un nombre très important d’affranchis ? Leur point commun était leur origine africaine, les hommes se trouvant à tous les niveaux de la société, les femmes, par contre, domestiques ou concubines, sort exclusif des Abyssines.

De même dans les émirats voisons. Ce qui est le plus frappant, est d’abord la fonction de grands marchés d’esclaves des villes saintes, alimentés par un flux perpétuel d’arrivées sous le contrôle d’intermédiaires sénégalais, nigérians et maliens (p. 125) ; également, la sensibilité de ces marchés aux fluctuations de l’économie mondiale, décrue pendant la crise des années 30, reprise de la demande pendant la Seconde Guerre mondiale (début de l’exploitation pétrolière), arrêt après la crise de 1956. Paradoxalement, dans la péninsule arabique, islam et servitude ne peuvent aisément être connectés.

Troisième cas, le Maroc. Des isolés se prononcèrent tôt contre l’esclavage, mais le sultan considéra  que la traite et l’esclavage étaient si fondamentalement ancrés dans les traditions et dans la société (on se rappellera la garde noir du sultan et le rôle des favorites) qu’il s’obstina à ne pas les sanctionner, malgré les pressions extérieures de la Grande-Bretagne. Marrakech restait un très grand marché de traite (dont le fonctionnement est remarquablement décrit par l’auteur) au début du XXe siècle. Le Protectorat français, lui, ferma les yeux longtemps sur la traite devenue clandestine dans les années 1930. Le fameux dahir  berbère de 1930, en dressant les nationalistes contre le Protectorat fossilisa la question, l’esclavage ne disparaissant finalement qu’avec l’indépendance ; il n’en reste pas moins que la marque servile subsiste comme ailleurs, associée à l’origine noire.

La Mauritanie et l’insurmontable contradiction entre les termes «République» et «islamique»  (p. 189), quatrième cas étudié est symbolique. Ce pays que connait particulièrement bien l’auteur par ses enquêtes de terrain illustre parfaitement les contradictions entre un État, champion du monde des abolitions (quatre : 1905, 1961, 1980, 2007) et une société dominée par des groupes «blancs», rétive à les admettre et régie par des relations interraciales conflictuelles et dominées par l’esclavage.

Le changement est lent, malgré une tendance ancienne des harâtin à «déguerpir» vers le sud dès les années 1930 ; l’indépendance marqua même un recul de l’émancipation et un renforcement des différences avec l’arabisation; le phénomène nouveau, contemporain, paradoxal et inquiétant, y est peut-être l’apparition d’un islam radical, sans distinction de race ou de classe, s’opposant à un islam conservateur et justificateur d’une institution d’un autre âge.

Enfin, le Soudan, le cas le plus complexe tant ce pays est vaste (le plus grand d’Afrique) et que les divisions ne peuvent se résumer en une simple opposition Nord-Sud, C'est dans cet énorme pays, que la partition a aujourd’hui divisé en deux, que l’esclavage est historiquement enraciné dans le passé au point de représenter 20 à 30 % de la population totale au XIXème siècle, qu’il a engendré une traite meurtrière et qu’un siècle plus tard, dans les années 1990, celle-ci a connu une résurgence contemporaine dramatique dans le nord du Bahr el Ghazal au profit de tribus «arabes» bagara.

La guerre qui a ravagé le pays depuis son indépendance, en 1956 (onze ans de «paix», trente-neuf ans de conflits sanglants, deux millions de morts !), en est évidemment la cause. Mais ce qui rend singulier, et déroutant, le «cas» soudanais est l’imbrication de l’esclavage et de l’ethnicité, et l’instrumentalisation politico-religieuse de la question par le pouvoir central, mais aussi par les forces extérieures, dans un contexte marqué par  la montée en puissance de la «menace terroriste» depuis la dernière décennie du XXe siècle.

À cet égard, le détour de Roger Botte par l’analyse minutieuse de la politique américaine et des stratégies humanitaires est passionnante ; de véritables mises en scène de fausses libérations d’esclaves par rachat ont été organisées à destination de médias internationaux par l’association chrétienne évangélique Christian Solidarity International. Comme au XIXème siècle, lorsque les Pères Blancs rachetaient les esclaves, une complicité objective s’établit entre «acheteurs» et «vendeurs» ayant pour objet la valeur, qu’on ne devrait jamais mesurer, de l’être humain et comme enjeu de la victoire dans une «croisade» de civilisation.

Ajoutons que le livre est accompagné d’un lexique de l’esclavage dans le monde musulman de langue arabe qui est lui-même une mine d’informations.

Roger Bote n’a pas épuisé un sujet. Peut-être. Mais il nous donne tellement à réfléchir avant de juger qu’en même temps, il nous plonge dans des  abîmes de perplexité. On est tenté de lui poser la question : que faire ? Qu’enseigner ? Ce livre est un monument d’érudition et une mise en garde pour ne pas nous céder aux instrumentalisations.

Marc MICHEL

9782874950841FS

 

Roger Botte
Roger Botte

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- la remarquable et érudite Histoire de l’Afrique du Sud de François-Xavier FAUVELLE-AYMAR (Le Seuil, 2006)

9782020480031

 

 

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