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De Gaulle et l'Algérie :

une succession de malentendus et d'ambiguïtés

général Maurcice FAIVRE

 

Maurice Vaïsse (sous la direction de), De Gaulle et l'Algérie. 1943-1969, Armand Colin, 2012 , 353 pages, 27,5 euros.

Les Actes du colloque tenu les 9 et 10 mars 1962 aux Invalides, sous la direction de Maurice Vaïsse, sont publiés avec le soutien de la DMPA. Ce colloque est intéressant, car il a fait appel à 22 intervenants de sensibilités différentes, dont trois Algériens. Quatre témoins ont confronté leurs points de vue. Sept débats et une table ronde ont permis à d'autres personnalités de s'exprimer.

Cette recension ne peut analyser tout ce qui a été dit, et soulignera d'abord, avant les aspects positifs, les aspects négatifs de la politique gaulliste, à savoir la succession de malentendus et d'ambiguïtés qu'a présentée sa politique algérienne. Une politique sans clarté selon Georgette Elgey, d'un homme qui n'a pas d'expérience coloniale (J.P. Rioux) ni contre-guérilla, est parfois abattu, mais pragmatique, qui réagit avec une autorité sans partage, et sans humanité.

Bien qu'il ait approuvé la répression de mai 1945, d'octobre 1961, de mars 1962, ainsi que les opérations du plan Challe, la confrontation avec l'armée était inévitable (M. Vaïsse) en raison des incertitudes d'une politique (Rioux) qui fut assimilationniste en 1944, communautaire en 1958, fédérale en 1959, pour aboutir à la République algérienne de novembre 1960.

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Ce désintérêt pour l'Algérie couvre en fait la volonté de modifier les institutions, d'élargir la politique de la France en direction de l'Europe et du Tiers-monde, et de rejeter la domination atlantiste (général Ely). Tel serait l'aspect positif de cette politique.

Plusieurs intervenants proposent des analyses convaincantes :

- la collaboration de l'entourage, dans laquelle Odile Rudelle met en valeur le rôle modérateur de Pompidou et de Pierre Racine,

- la victoire militaire du plan Challe reconnue par Djerbal, Mostefaï et Antoine Prost,

- le plan d'insurrection de mai 1945, découvert par le préfet Benmebarek, qui contredit la manifestation spontanée de J.P. Peyroulou,

- l'affaire Si Salah ré-écrite par Guy Pervillé d'après la thèse de Robert Davezac,

- la nébuleuse de l'O.A.S., née dans le contre-terrorisme de 1955, confrontée à la police et aux barbouzes sans le soutien de l'armée (O.Dard et R. Le Doussal) ,

- les divisions de l'opinion sur la politique algérienne, explicitées par Benjamin Stora,

- le problème crucial du Sahara, souligné par Chantal Morelle et le docteur Mostéfaï,

- l'opposition gaulliste aux anglo-saxons dès 1943, aggravée par les bons offices et le double jeu américain,

- le double langage des soviétiques et des satellites, alignés sur les positions du PCF et donnant la priorité à la question européenne,

- la victoire diplomatique du FLN, de 1958 à 1969 ((J.J. Byrne, J. Jackson).

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En revanche, certaines interprétations appellent la discussion :

- l'inefficacité de la Commission de Sauvegarde par l'Algérienne Ferhati, qui focalise son analyse sur une seule affaire et ignore l'action positive de Maurice Patin,

- le non-engagement des officiers selon F. Guelton, qui fonde son analyse sur les archives des Régions militaires, et non sur les journaux de marche des capitaines d'Algérie,

- l'absence de chaos de l'été 1962, et la réussite de la rentrée scolaire selon Daho Djerbal,

- la politique d'unité du peuple selon Mostefaï, qui occulte la dictature militariste du parti unique,

- la légende de la riposte FLN contre l'O.A.S, organisation qui disparait en juin 1962.

Certains thèmes enfin auraient mérité des études approfondies :

- les raisons de l'échec d'une troisième force (Bellounis, CSP, FAAD...etc).

- la politique de recrutement et l'abandon des supplétifs (accord de Gaulle à Challe, promesses du général Crépin, rapport Massenet, politique de maintien de Joxe).

- l'action psychologique du général Ely et du colonel Lacheroy, comparée à celle du Général.

Les Actes du colloque offrent ainsi un grand nombre de mises au point intéressantes, et posent des questions qui appellent de nouvelles recherches.

 

général Maurice Faivre
le 9 avril 2013

 

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