dimanche 21 octobre 2012

l'usage politique du 17 octobre 1961

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un militant sectaire et non un président

Bernard LUGAN

 

En reconnaissant la responsabilité de l’État et en rendant hommage aux «victimes» de la manifestation interdite du 17 octobre 1961 [1], François Hollande s’est comporté en militant sectaire, non en président de tous les Français.
D’autant plus que, pour les historiens de métier, les prétendus «massacres» du 17 octobre 1961 constituent un tel exemple de manipulation qu’ils sont étudiés comme un cas exemplaire de fabrication d’un mythe ; comme Timisoara en Roumanie, comme les «couveuses» au Koweit ou encore comme les «armes de destruction massive» en Irak !!!

Tout repose en effet sur des chiffres gonflés ou manipulés et sur des cadavres inventés. Dans une inflation du nombre des morts, les amis du FLN algérien et les porteurs de valises communistes ont ainsi joué sur les dates, additionnant aux 3 morts avérés du 17 octobre ceux des jours précédents ainsi que les décès postérieurs. Pour eux, tout Nord-Africain mort de mort violente durant le mois d’octobre 1961 est forcément une victime de la répression policière… même les victimes des accidents de la circulation.

Il est possible d’affirmer cela sans crainte d’être démenti car :

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D. Mandelkern

- En 1998, le Premier ministre de l’époque, le socialiste Lionel Jospin, constitua une commission présidée par le conseiller d’État Dieudonné Mandelkern qu’il chargea de faire la lumière sur ces évènements. Fondé sur l’ouverture d’archives jusque là fermées, le rapport remis par cette commission fit litière des accusations portées contre la police française [2]. Or, ce rapport consultable sur le net n’a visiblement pas été lu par François Hollande.

- En 1999, Jean-Paul Brunet, universitaire spécialiste de la période, publia un livre extrêmement documenté qui démontait la thèse du «massacre» du 17 octobre (Brunet, J-P., Police contre FLN. Le drame d’octobre 1961.Paris).

- En 2003, le même Jean-Paul Brunet publia un nouveau livre (Charonne, lumière sur une tragédie.Paris) dans lequel il démontrait que le prétendu «rapport de police» faisant état de 140 morts le 17 octobre, document qui sert de point de départ à J.-L. Einaudi, auteur du livre sur lequel repose toute la manipulation (Octobre 1961, un massacre à Paris), n’a jamais existé.

Reprenant la liste des morts donnée par Einaudi, il montre également que la majorité des décès remonte à des dates antérieures au 17 octobre et il prouve que ce dernier a manipulé les chiffres, additionnant les cadavres non identifiés reçus à l’Institut Médico Légal au nombre des disparus et même (!!!) à celui des Algériens transférés administrativement en Algérie après qu’ils eurent été arrêtés le 17 octobre. Il montre enfin qu’Einaudi a compté plusieurs fois les mêmes individus dont il orthographie différemment les noms…

Monsieur Hollande pouvait-il ignorer tout cela ? Si oui, la nullité ou l’aveuglement militant de ses conseillers laisse pantois.

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Quel est donc le vrai bilan de cette manifestation ?

- Le 17 octobre 1961, alors que se déroulait dans Paris un soi-disant massacre, l’Institut Médico Légal (la Morgue), n’a enregistré aucune entrée de corps de «N.-A.» (N.-A.= Nord-Africain dans la terminologie de l’époque).

- Le 17 octobre 1961, de 19h30 à 23 heures, il n’y eut qu’une seule victime dans le périmètre de la manifestation et ce ne fut pas un Algérien, mais un Français nommé Guy Chevallier, tué vers 21h devant le cinéma REX, crâne fracassé. Par qui ?

- En dehors du périmètre de la manifestation, «seuls» 2 morts furent à déplorer, Abdelkader Déroues tué par balle et retrouvé à Puteaux et Lamara Achenoune tué par balle et étranglé, gisant dans une camionnette, également à Puteaux. Rien ne permet de dire qu’ils furent tués par les forces de l’ordre.

Le 18 octobre, à 4 heures du matin, le bilan qui parvint à Maurice Legay le directeur général de la police parisienne fut donc de 3 morts. Nous sommes donc loin des dizaines de morts et de «noyés» auxquels l’actuel occupant de l’Elysée a rendu hommage !!!

Certes, nous dit-on, mais les cadavres ont été déposés à la morgue les jours suivants. Faux, car ce n’est pas ce qu’indiquent les archives de l’Institut Médico Légal de Paris puisque, entre le 18 et le 21 octobre, «seuls» 4 cadavres de «N.-A.» furent admis à la Morgue :

- Le 18 octobre, Achour Belkacem tué par un policier invoquant la légitime défense et Abdelkader Benhamar mort dans un accident de la circulation à Colombes.

- Le 20 octobre, Amar Malek tué par balles par un gendarme.

- Le 21 octobre Ramdane Mehani, mort dans des circonstances inconnues.

Nous voilà donc bien loin des 100, 200 ou même 300 morts «victimes de la répression» avancés par certains et pour lesquels M. François Hollande a reconnu la responsabilité de la France !!!

D’autant plus que le «Graphique des entrées de corps «N.-A.» (Nord-africains) par jour. Octobre 1961» [3], nous apprend que du 1er au 30 octobre 1961, sur les 90 corps de «N.-A.» entrés à l’Institut Médico Légal, la plupart étaient des victimes du FLN.

Plus encore, pour toute l’année 1961, 308 cadavres de «N.-A.» entrèrent à l’IML, la plupart ayant péri dans la guerre inexpiable que le FLN menait contre ses opposants partisans de l’Algérie française ou du MNA de Messali Hadj.
Ainsi, au mois d’octobre 1961, sur les 34 cadavres de «N.-A.» retirés de la Seine ou de la Marne, notamment aux barrages de Suresnes et de Bezons puis conduits à l’IML, la quasi totalité étaient des harkis, des partisans de la France ou des membres du MNA, une des méthodes d’assassinat du FLN consistant à noyer ses opposants. La police française n’est pour rien dans ces noyades.

François Hollande devra donc rendre compte au tribunal de l’Histoire car il a couvert de son autorité un mensonge, une manipulation, un montage grossier qui va être utilisé contre la France par ceux que son ministre de l’Intérieur a qualifiés d’«ennemis de l’intérieur ».

 

Pour en savoir plus :

- Brunet, J-P., (2002) «Enquête sur la nuit du 17 octobre 1961», Les Collections de l’Histoire, hors série n°15, mars 2002.

- Brunet, J-P., (2008) «Sur la méthodologie et la déontologie de l’historien. Retour sur le 17 octobre 1961». Commentaire, vol 31, n°122, été 2008.

- Brunet, J-P., (2011) «Combien y a-t-il eu de morts lors du drame du 17 octobre 1961 ?» Atlantico, 17 octobre 2011.

Bernard Lugan
17 octobre 2012

_______________________

[1] Voir à ce sujet le dossier spécial de l’Afrique réelle, novembre 2011 intitulé Pour en finir avec le mythe du «massacre» des Algériens à Paris le 17 octobre 1961.

[2] «Rapport sur les archives de la Préfecture de police relatives à la manifestation organisée par le FLN le 17 octobre 1961». Rapport établi à la demande du Premier ministre, M. Lionel Jospin et remis au mois de janvier 1998 par M. Dieudonné Mandelkern président de section au Conseil d’État, président ; M. André Wiehn, Inspecteur général de l’administration ; Mme Mireille Jean, Conservateur aux Archives nationales ; M. Werner Gagneron, Inspecteur de l’administration. En ligne.

[3] Voir l’Afrique réelle, novembre 2011.

 

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vendredi 19 octobre 2012

la vérité historienne sur le 17 octobre 1961

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pour de Gaulle, il était hors de question

de laisser le FLN faire une démonstration

de force en plein Paris

Jean-Paul BRUNET

 

INTERVIEW - Jean-Paul Brunet, auteur de Police contre FLN, le drame du 17 octobre 1961, affirme que Maurice Papon a eu le tort de se laisser surprendre par l'ampleur de la manifestation.

LE FIGARO. - Comment expliquer le drame du 17 octobre 1961?

Jean-Paul BRUNET - La guerre d'Algérie durait depuis sept ans. De Gaulle menait des négociations avec le GPRA (Gouvernement provisoire de la République algérienne), tandis que le FLN commettait de fréquents attentats contre la police parisienne. Les forces de l'ordre avaient déploré 48 tués et 140 blessés entre 1958 et 1961. La tension était extrême. Des barrières de béton armé et des guérites en ciment entouraient les commissariats. Certains agents étaient tentés de ne plus obéir à leur hiérarchie et de se faire justice eux-mêmes.

Quelle est la responsabilité de Maurice Papon, préfet de police de l'époque?

Sa responsabilité est pleinement engagée, mais il ne faut pas trop personnaliser cette affaire. Le préfet n'a fait qu'obéir aux instructions du général de Gaulle en réprimant la manifestation.

Pour le chef de l'État, il était hors de question de laisser le FLN faire une démonstration de force en plein Paris.

Papon a eu le tort de se laisser surprendre par la manifestation. Il n'en a été averti qu'au petit matin du 17 octobre et disposait de peu d'hommes pour réagir. Ce fait a joué un rôle non négligeable. Moins les policiers sont nombreux face à une manifestation, plus le risque existe qu'ils se montrent violents pour la contenir. En outre,

Papon avait tenu des propos très douteux qui semblaient encourager les policiers à commettre des bavures et promettre de les couvrir.

Que s'est-il passé exactement?

Le soir du 17 octobre, alors que la nuit était tombée, 20 000 à 30 000 Algériens encadrés par le FLN se rendent à Paris par toutes les voies d'accès. Certains sont venus sous la contrainte, de peur des représailles en cas de refus. Mais le FLN était aussi en train de réussir à fédérer le sentiment nationaliste des Algériens en métropole.

Au pont de Neuilly, le choc avec la police a été terrible. Le jour même, on ne compte que 4 ou 5 victimes parmi les manifestants. Mais plus de 11 000 sont arrêtés et internés. Une partie d'entre eux vont être passés à tabac le lendemain. En totalisant les morts du 17 octobre, ceux du 18, les blessés ultérieurement décédés et les victimes supposées d'éléments incontrôlés de la police en dehors de la manifestation, j'évalue les victimes à 14 certaines, 8 vraisemblables, 4 probables et 6 possibles, soit un total de 32 en comptant large.

Le chiffre de plusieurs centaines de victimes, souvent avancé, serait donc sans fondement?

On n'arrive à ce chiffre fantaisiste qu'en attribuant à la police des meurtres d'Algériens perpétrés par le FLN, qui cherchait à raffermir son contrôle sur les Algériens en métropole. Le FLN tuait des Algériens qui refusaient de rejoindre ses rangs, de payer leurs «cotisations» ou d'observer les préceptes coraniques. Des militants du mouvement rival de Messali Hadj ont aussi été assassinés au cours de ces semaines. Au total, plusieurs milliers d'Algériens ont été tués par le FLN en métropole pendant la guerre d'Algérie.

Que pensez-vous de l'idée de repentance?

Pour un historien, cette notion n'a pas de sens. Je suis atterré de voir ma discipline instrumentalisée pour conforter des positions moralisantes ou politiques. L'histoire n'a pas à porter de jugement moral, mais à tenter d'expliquer comment les événements ont pu survenir.

source

 

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mardi 2 octobre 2012

séminaire histoire sociale de l'Algérie colonisée, Blanchard et Thénault

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Pour une histoire sociale de l'Algérie colonisée

Programme 2012-1013

 

Séminaire organisé par Emmanuel Blanchard et Sylvie Thénault

avec le soutien du CESDIP (UMR 8183) et du CHS (UMR 8158)

Les séances ont lieu dans la bibliothèque du Centre d’histoire sociale, 9 rue Malher, 6e étage (Métro Saint Paul), généralement le 1er mercredi du mois (sauf en octobre, mercredi 10 octobre. Pas de séminaire en mars et mai), de 17h30 à 19h30.

Pour cette cinquième année de séminaire, nous continuerons notamment le double-projet de revisiter l'analyse des relations sociales entre populations dans l'Algérie colonisée et de mettre au jour la fabrique des groupes sociaux en situation coloniale.

café maure

Ce programme reste d’actualité car, en raison de la place de la guerre d'indépendance dans l’historiographie de l’Algérie, une forme d’histoire contrefactuelle  a irrigué de nombreux travaux : que serait-il advenu si les «occasions manquée» avaient été saisies ?

Les violences des années de guerre occultent-elles la quotidienneté de rapports sociaux pacifiés, balayés par cette période finale ? Ainsi l'historiographie de l'Algérie a-t-elle suivi une trajectoire spécifique. Cette dernière sera l’un des objets du séminaire, avec une interrogation : en quoi est-elle, en effet, le reflet d'une spécificité de la situation coloniale algérienne en elle-même ?

Loin des questionnements spécifiques à l'Algérie, il s’agira aussi de rendre compte d’historicités multiples, à travers des études de cas renouvelant l'historiographie. L'objectif est de s'écarter de l'histoire politique qui a dominé ces dernières décennies. Il bénéficie d'une convergence de facteurs favorables : le passé de l'histoire sociale de l'Algérie colonisée, riche de références et d'auteurs, mais aussi le foisonnement et l’internationalisation historiographique actuels.

Arabe dans son intérieur

 

10 octobre : Hélène Blais (U. Paris Ouest Nanterre - IUF) : «L'Algérie mise en cartes : inventions géographiques en situation coloniale»

7 novembre : M'hamed Oualdi (INALCO), «Alger à la marge ? Institutions coloniales et intermédiaires sociaux dans un conflit de succession entre Tunis et Florence à la fin du XIXe siècle»

5 décembre : Valérie Assan (Université Paris 1) : «Les élites juives dans l'Algérie coloniale du XIXe siècle»

9 janvier : Amar Mohand-Amer (CRASC Oran) : «1962 : le retour à la vie quotidienne des moudjahidines du FLN»

6 février : Julie Le Gac (ISP-ENS Cachan) : «Fissures d'Empire : la mobilisation de l'Algérie pour la Libération (1942-1945)»

3 avril : Andrea Brazzoduro (Università di Roma «La Sapienza») : «Soldats sans cause. Mémoires d'appelés»

5 juin : Pierre-Jean Le Foll-Luciani (Université Rennes 2) : «Les Juifs d'Algérie en 1956»

26 juin (sous réserve) : Joshua Cole (Université du Michigan) : «Les avenirs abandonnés : les destins perdus des projets de réforme politique en Algérie entre-deux guerres»

Algérie fantasia

 

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