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un événement : le numéro des Temps Modernes

sur les harkis

général Maurice FAIVRE

 

 Les Temps Modernes, n°666, "Harkis. 1962-2012. Les mythes et les faits".
Sodis-revues. Novembre-décembre 2011, 290 pages, 19,5 €.

Préambule

La parution de ce numéro est un événement. A.-G. Slama le juge étonnant, alors que le directeur de revue Claude Lanzmann l’estimait hautement improbable jusqu’à ce jour. 22 auteurs et quelques témoins ont été sollicités pour démontrer que les faits contredisent les mythes. On pourrait penser à l’inverse que l’idéologie connue de la plupart des contributeurs ne confirme pas cette prétention. Une recension attentive devrait démontrer qu’ils exposent  davantage de mythes que de faits. Plusieurs articles abordent des problèmes juridiques ou sociologiques qui appellent une analyse approfondie de la part de spécialistes avertis. Je fais donc appel à mes amis historiens, sociologues et témoins de la réalité des faits pour apporter leur contribution. Je me contente ici d’une première impression sur les faits que je connais.

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Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir

Le témoignage de Claude Lanzmann, limité à deux pages, rappelle qu’il considérait les harkis de Paris, comme les chiens de l’humaniste Papon (et de Patin), et qu’il les accusait de se livrer aux basses besognes dans les caves de la Goutte d’Or. Lanzmann ignore cependant qui est Maurice Patin, éminent magistrat de la cour de Cassation et de la Commission de Sauvegarde du droit, dont les rapports reconnaissent quelques actions illégales des harkis de la FPA, mais les exonérent de tout acte de torture.

Ce témoignage doit être complèté par sa biographie, Le lièvre de Patagonie, un chef d’oeuvre littéraire selon BHL. En 1954 et auparavant, Lanzmann avait pris parti pour l’insurrection communiste au Vietnam, au point de sabler le champagne à l’annonce de la chute de Dien Bien Phu (sic).

Pendant la guerre d’Algérie, Lanzmann confirme que Les Temps modernes fondés par Sartre comptaient dans leur comité des personnages célèbres tels que les porteurs de valises Francis Jeanson et Marcel Péju, et que ce dernier était l’homme du FLN ; c’est lui qui avait rédigé la fausse lettre de Sartre au Tribunal.

La signature du manifeste des 121 pour l’insoumission a conduit Lanzmann devant ce tribunal, où l’avocat Roland Dumas était appelé le harki (sic) des défenseurs. Lanzmann s’est ensuite rendu à Ghardimaou, le PC de l’ALN, où il a  sympathisé avec Boumediene et Bouteflika, avant de vivre une semaine exaltante dans un poste de l’ALN à la frontière tunisienne. Il adopte donc les thèses mensongères du FLN sur les incendies de mechtas et le ravage des campagnes (sic) par l’armée française.

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L’adhésion des sartriens aux thèses antifrançaises de l’anticolonialisme est encore attestée par leur admiration du psychiatre Frantz Fanon, rencontré à Rome par Sartre et Simone de Beauvoir, où il les a convaincus de la nécessité du terrorisme contre les colons (1). Le racisme de Fanon l’amènera ensuite à être horrifié de recevoir des perfusions de sang blanc dans un hôpital américain.

Les relations d’amitié avec les Algériens du FLN ont connu cependant  une baisse de ferveur au moment de l’indépendance. Péju a été exclu du Comité, et Simone de Beauvoir a condamné l’institution de la polygamie. Lanzmann lui-même a rompu avec Ben Bella quand ce dernier a envisagé d’intervenir militairement contre l’État d’Israel ; les colons israêliens semblent avoir eu sa préférence par rapport aux colons français ; il ne fallait pas les tuer.

Lanzmann regrette sa posture partisane d’autrefois, et parfois son aveuglement. Il estime aujourd’hui nécessaire de faire connaître le sort tragique des harkis, en se référant à son ami André Wormser qui s’est dévoué pour améliorer les conditions d’existence des harkis rapatriés. Mieux vaut tard que jamais.

 Historiographie

La reproduction des messages du 12 mai 1962 de Louis Joxe et P. Messmer, et du rapport du sous-préfet d’Akbou, introduisent le débat pour les lecteurs qui ignoreraient ces documents implacables. S’appuyant sur des témoignages qui restent à confirmer (voir additif  de François Meyer), Fatima Besnaci-Lancou insiste sur la cruauté de l’armée dans la guerre d’Algérie, comparable à celle du FLN. Puis la cruauté française se poursuit par la relégation dans les camps, qui aurait duré des décennies.

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Fatima Besnaci-Lancou

Or les camps de transit ont été fermés en 1964 et les centres d’accueil en 1975 ; il reste alors moins de 3% des rapatriés dans quelques hameaux forestiers. Madame Besnaci se rallie enfin au combat anticolonialiste des Temps Modernes ; c’est son droit de citoyenne. Mais sa volonté d’éviter tout manichéisme paraît illusoire : peut-on persuader les harkis que le FLN n’était pas leur ennemi ? Les recensions des ouvrages de l’AHDH dans la Bibliographie militaire et dans les Études coloniales ne sont pas totalement favorables à ses thèses.

On est surpris par la modération de Benjamin Stora et de  FX. Hautreux sur l’engagement des harkis ; Stora reconnaît que c’est par souci de sécurité que des paysans indigènes illettrés (sans nationalité selon lui) se sont engagés en marge de l’armée, et qu’ils ont bénéficié de promotion sociale.

Il reconnaît le rôle initiateur de Jean Servier, et souligne que la terreur pratiquée par le FLN à Melouza entraîne une contre-terreur, tandis que l’ALN extérieure est soumise à une idéologie politique. Sacrifiés par peur de l’OAS - ce qui reste à prouver, - les harkis ont été écrasés par les Algériens en 1962. Une élite culturelle des enfants de harkis se dégage dans les années 1970 ; elle intervient dans le débat historique. Le problème des harkis lui semble relever relève d’un passif franco-algérien.

Examinant les raisons de l’engagement, Hautreux retient d’abord l’autorité des élites tribales et les pressions de l’armée. Les motivations patriotique et alimentaire lui paraissent secondaires. Pour finir, les harkis se sont engagés parce qu’on les a recrutés, explication un peu courte. Hautreux ne reprend pas ses thèses sur la méfiance des officiers et la non-combativité des harkis. Il se réfère à Ageron, dont les articles sur les harkis sont très mal documentés, et qui exonère le gouvernement de toute responsabilité dans la politique d’abandon.

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cavalier harki

Ni l’un ni l’autre cependant ne traite de l’efficacité au combat des harkis, reconnue par Bouderbala, chef de zone dans le Constantinois, interrogé par l’historien Daho Djerbal : «Avec le temps, nous dûmes faire face aux harkas qui  connaissaient nos moeurs et notre mentalité. Ils arrivaient à démonter nos réseaux  de soutien… Ils montaient même des embuscades contre nous. C’étaient des harkas recrutées sur place. Elles connaissaient le terrain aussi bien que nous…».

Le chapitre de Manceron sur «un abandon et un massacre aux responsabilités multiples» n’évite pas un grand nombre d’erreurs factuelles (2) et de jugements orientés. L’histoire des harkis, longtemps privilégiée par les colonialistes, serait heureusement réinterprétée par certains enfants de harkis ouverts aux droits de l’homme (mais pas tous).

 La référence aux harkas du bachaga Boualem et à la Force de police auxiliaire (l’adversaire de son ami Péju) ne serait pas pertinente ; en fait, Manceron ne comprend pas qu’il n’y a pas un modèle unique de harka : l’objectif commun est la lutte contre le FLN, mais chaque responsable de harka s’adapte à la situation locale ; les bleus de Léger, les gendarmes auxiliaires et les membres de la FPA sont aussi des supplétifs.

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combattants harkis

Penser que l’on aurait dû recruter des conscrits et non des supplétifs ne tient pas compte du fait que les harkas avaient un recrutement et une action locale, et que les appelés ont également été abandonnés en 1962. Notre anticolonialiste estime enfin que la guerre à outrance de Salan et Challe a favorisé leur recrutement, ils seraient donc responsables (sic) de leur massacre. Cet antimilitarisme outrancier ne le conduit pas cependant à nier les horribles supplices perpétrés en 1962 par l’ALN et les marsiens. Il est vrai qu’il y a alors non-assistance de la France à personnes menacées.

L’affirmation de Manceron sur la généralisation du sentiment national dans la population algérienne est heureusement rectifiée par le texte de l’historien du FLN. Mohamed Harbi confirme que dans des régions rurales, l’identité du lignage ou de la confrérie était beaucoup plus forte que l’identité nationale.

Niant toute comparaison entre la rébellion algérienne et la résistance française de 1944, il estime que la brutalité de certains chefs de maquis, et l’imposition du critère religieux, ont pu favoriser l’engagement des supplétifs, en particulier dans les regroupements de population. Certains harkis qu’il a rencontrés à la prison de Lambèse avaient été retournés. Il faut donc éviter de traiter les harkis de traîtres et collabos.

Problèmes d’intégration.

Quatre auteurs traitent des difficultés de l’intégration dues aux lenteurs du gouvernement, à l’inconfort de l’installation dans des camps de transit, puis des centres d’accueil et des hameaux forestiers. L’impréparation des camps en 1962 est certaine et entraîne des problèmes de santé et de formation des jeunes. Les menaces des militants FLN imposent des mesures de sécurité et d’isolement, tandis que le Parti communiste manifeste son opposition à Rivesaltes (Moumen).

La loi Boulin de décembre 1961 privilégie les rapatriés européens, et l’ordonnance du 21 juillet 1962 remet en cause la nationalité acquise, contrairement aux accords d’Evian (Scoldio Zûrcher)

Les difficultés d’accès à l’emploi entraînent des mouvements de protestation, des grèves et des violences parfois fomentées de l’extérieur, de 1975 à 1997 (Pierret). L’ONASEF est critiquée, la résorption des hameaux forestiers est lente à mettre en œuvre. La loi Romani de 1994  s’efforce de résoudre les problèmes les plus urgents (Sung Choi).

Ces chapitres, qui ne font que répéter des questions connues, appellent quelques réserves. L’impréparation des camps est due à une décision tardive du gouvernement, mais les conditions s’améliorent en 1963-1964 ; une formation professionnelle, ménagère et scolaire est dispensée par des formateurs et des monitrices (3) d’un grand dévouement ;

– les logements de la Sonacotra sont des HLM plus confortables que les baraquements militaires ;

– les centres de formation créés par madame Massu  en région paloise ne sont pas des maisons de redressement – la loi Mauroy-Ibrahimi de 1983  concerne les immigrés, et non les enfants de harkis ;

– il n’y a pas 90.000 supplétifs rapatriés, mais 66.000 avec les familles ;

– les rapports de Servier  de 1972 et 1975, et la thèse de Anne Heinis semblent ignorés, de même que le jugement de Maurice Benassayag, qui fut délégué aux Rapatriés de 1988 à 1991.

Celui-ci estime que le problème des Harkis a été négligé jusqu’en 1977, en raison de la collusion entre gaullistes et   communistes. Le premier hommage aux harkis a été rendu aux Invalides le 9 décembre 1989 par le Secrétaire d’État socialiste Gérard Renon, en même temps que Claude Evin inaugurait le timbre Harkis-Soldats de France, et que Charles Hernu mettait en place 300 appelés comme éducateurs des enfants de harkis.

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Problèmes de mémoire et d’association

Trois chapitres sont consacrés aux problèmes de mémoire des harkis et des femmes, et aux associations. Bien qu’elles reconnaissent un mieux-être de leur situation, certaines femmes se sentent rejetées, alors que les hommes critiquent l’état sordide des camps d’accueil (Ali Benali). Certains enfants ne comprennent pas pourquoi leurs pères étaient opposés à l’indépendance de l’Algérie. Ils considèrent que leur histoire a été tronquée (Crapanzano). Les portes-parole de la communauté ont permis une prise de conscience des problèmes à résoudre, mais les associations constituent une mouvement hétérogène où se disputent des enjeux identitaires (Moumen).

Les témoignages recueillis sont intéressants, mais ils ne reflètent pas le point de vue de ceux qui ont réussi. Secrétaires d’État, Conseillers économiques, maires et adjoints, professeurs, docteurs et ingénieurs, ils se déclarent fiers de leurs pères, ils sont reconnaissants aux moniteurs qui les ont accueillis dans les camps et les hameaux.

Il est certain que les mères de famille venant du bled algérien se sont adaptées difficilement, certaines ne parlent pas français, les parents illettrés n’ont pas toujours compris la nécessité d’encourager l’éducation des enfants. Parfois il a suffit qu’un frère réussisse pour que toute la famille progresse. Il est exact enfin que les associations sont trop nombreuses et ne coopérent pas ; certaines d’ailleurs n’ont pratiquement pas d’adhérents.

L’anthropologue Khemisti Bouneb donne un avis qui semble ignoré des sociologues de la revue : «Pour avoir vécu avec mes parents harkis dans différents camps, je pense qu’il y a eu une très grande exagération à propos de ces milieux fermés. Les chefs et les monitrices n’étaient pas des monstres et des sadiques comme le prétendent certains ! … Parmi les dirigeants de ces camps, souvent d’anciens militaires pieds-noirs ou Français de souche, il y avait des gens formidables et dévoués qui ont eu envers les harkis et leurs familles des conduites tout à fait admirables».

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harkis massacrés en 1962 en Algérie

 

Problèmes d’enseignement de l’histoire.

Le professeur Benoît Falaise note que les programmes scolaires n’ont pas parlé des harkis avant 1983. Quelques progrès ont été accomplis, mais les enseignants ont tendance à présenter la colonisation comme contraire aux valeurs de la République. Les harkis seraient alors des anti-héros, considérés comme traîtres et honteux en France, traîtres et coupables en Algérie, alors que les héros seraient de Gaulle et le FLN (sic). Un histoire scolaire apaisée lui paraît nécessaire.

Lydia Aît Saadi Bouras montre que l’enseignement de l’histoire relève en Algérie du ministère des moudjahidines. Les harkis n’ont pas de place dans cette histoire fondée sur trois mythes : - l’oubli du passé – le peuple uni derrière le FLN – une armée de paysans. On parle cependant de 500.000 traîtres et de 125.000 informateurs de l’ennemi. Les massacres de 1962 sont ignorés.

Ces exposés se suffisent. Tout commentaire serait superflu.

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Problèmes juridiques

Quatre contributions (Todd Shepard, A.David, FD. Sebah, Geouffre de la Pradelle) abordent les problèmes juridiques de la nationalité des harkis dans la République, et de la notion de crime contre l’humanité. Faute de compétence juridique, ces problèmes sont laissés à l’analyse des spécialistes.

 

Hommage à André Wormser

Le sociologue Mohand Hamoumou dialogue avec Gérard, neveu d’André Wormser, lequel a servi un an au commando Georges, a succédé à Parodi à la tête du Comité national pour les musulmans français, a écrit «en quête d’une patrie» dans Les Temps Modernes de 1984, est décédé en avril 2008. Son livre Pour l’honneur des harkis, 1  an de combat, 45 années de luttes est paru en 2009.

Accueillant les harkis en métropole, André Wormser s’est employé  à favoriser leur installation. Il a constaté qu’ils étaient menacés, que les enfants étaient désorientés et que les survivants étaient mis au ban de la société en Algérie. Victimes de la raison d’État, «ils ont des droits sur nous», écrit-il en reprenant la formule de Clemenceau.

Contre la gauche anticoloniale, et en liaison avec des officiers SAS dévoués (4), il obtient que le pouvoir reconnaisse les droits civiques d’une communauté de destin et s’emploie à résoudre les problèmes de la 2ème génération.

Une enquête effectuée en 1992 dans le Puy-de-Dôme montre que les familles de harkis ont atteint un niveau d’intégration équivalent aux autres communautés. La déclaration de Chirac en 2001 «la France n’a pas su sauver ses enfants» et l’institution d’une journée d’hommage tous les 25 septembre constituent une première reconnaissance.

Hamoumou rappelle les premiers travaux historiques (5)  qui ont montré que les harkis n’étaient pas opposés à l’indépendance de l’Algérie. Des historiens de gauche ont compris alors que le régime de parti unique et la réécriture de l’histoire en Algérie trahissaient les idéaux de la révolution algérienne. Les harkis n’étaient pas les collaborateurs du colonialisme. Il fallait donc lever les tabous d’une histoire tronquée (6) en France  et occultée en Algérie.

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unité harki à l'instruction

 

Annexes.

La revue est complètée par : - des repères chronologiques de 1515 à 2012 - un lexique - une carte des camps en France - une bibliographie, qui mériterait d’être complètée et amendée.


Conclusion

L’observation des faits conduit l’historien à formuler des idées simples,  en se gardant de la mythologie :

-  l’histoire des harkis ne commence pas en 1962 ; ils étaient opposés au terrorisme FLN, mais non à l’indépendance de l’Algérie ; les drames de 1962 en ont fait une communauté solidaire ;
-  les témoignages enrichissent l’histoire à condition d’être recoupés ou vérifiés par des documents ; le combat politique n’est pas celui de l’historien ;
-  le rejet du manichéisme ne doit pas conduire à réhabiliter le terrorisme ou la torture, les enfants des harkis sont donc fiers de leur pères ;
-  les premiers soutiens des harkis n’étaient pas des extrémistes cherchant à instrumentaliser leur histoire, mais des officiers attachés à la population musulmane et partisans d’une Algérie nouvelle associée à la France (7) ;
-  la relégation dans des camps a été réelle, mais exagérée pour la majorité des familles, et limitée dans le temps ; la responsabilité est gouvernementale.

Le texte de Mohammed Harbi et l’hommage à André Wormser corrigent dans une large mesure les approximations historiques des prestations initiales. Il faut donc remercier Les Temps Modernes de les avoir publiés.

Maurice Faivre
le 14 janvier 2012

 

notes

1 - Fanon, Les Damnés de la terre, 1961 : «la vie ne peut surgir que du cadavre décomposé d’un colon ». Préface de Sartre : «il faut tuer : abattre un Européen…c’est supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé. Restent un homme mort et un homme libre». «Quel démoniaque égarement» écrit Jean Daniel (La blessure, 1992), Réf. AG Slama, Histoire d’une déchirure. Gallimard, 1996, p.147.
2 -  Voici quelques exemples :
- il n’y a pas eu 60.000 appelés FSNA, mais 170.000 en effectifs cumulés – ce  n’est pas l’armée qui a recruté les premiers supplétifs, mais l’ethnologue Servier, le directeur de la Sureté Vaujour et le gouverneur Soustelle – le promoteur des harkas est Lorillot et non Salan ;
– l’auto-défense armée par Servier à Arris est devenue en six mois une harka de 120 hommes ;
– l’affaire de l’Oiseau bleu décrite par Lacoste-Dujardin est contredite par Servier, les historiens Frémeaux, Vincent Joly et moi-même – les AASSES ne sont créés qu’en 1960 ;
– les effectifs des supplétifs ne sont pas secrets, ils  sont diffusés chaque mois par le 1er Bureau, et des courbes récapitulatives ont été reproduites par la RHCC en 2002 ;
– l’accusation par Buis du double jeu des harkis a été démentie par son successeur Crémière – l’obligation d’enchaîner les armes concernait toutes les unités régulières et supplétives, elle était rarement appliquée ;
– l’obligation de doubler les sentinelles est une légende ;
– il n’y eut pas de refus d’engager les membres du commando Georges, ils ont été invités à rejoindre le 8°RIM – Challe n’est plus en Algérie en septembre 1960 – les 60 à 90.000 fellaghas décomptés en 1958 n’étaient pas tous des combattants, ils ne disposaient que de 20.000 armes de guerre ;
– le général de Gaulle ne s’est pas opposé au recrutement des supplétifs ; il accepte 33.000 harkis en 1958 et 60.000 en 1959 ; en revanche,  l’ordre de confier à des illettrés des tâches administratives, évoqué par son gendre,  est une idée «originale» ;
– en mars 1962, l’effectif des harkis n’était pas de 60.000, mais de 42.000 – les harkis des commandos de chasse ne sont pas des PIM ;
– de Gaulle a approuvé le plan Challe lors de sa visite au PC de Jumelles – il est exact que Servier n’approuvait pas les organisations retenues pour les harkas et les SAS ; il aurait fallu préciser que son opinion était fondée sur sa connaissance approfondie de la culture berbère – lapalissade ou sophisme : si on n’avait pas engagé de harkis, ils n’auraient pas été massacrés.
3 - L’assistante sociale du CADA de Bias est appelée la Samaritaine de la Casbah par la revue Ancrage de Villeneuve sur Lot. – Camel Bechikh universitaire fondateur du Club Fils de France, est admiratif de la cohésion de la communauté harki de Dreux, due aux efforts des maires, des associations et des assistantes sociales.
4 - Yvan Durand, Nicolas d’Andoque, aux cotés de Anne Heinis, du colonel Schoen et du général de Segonzac
5 - Il se réfère à M. Faivre et A. Moumen, puis à F. Meyer, Lucette Valensi et Dominique Schnapper.
6 - On regrettera une appréciation contestable de la FPA.
7 -  On peut se référer au général Ely, au commandant de Saint-Marc, et à Claude Paillat qui les décrit comme «des enfants de la Révolution française : on apporte la liberté, on va régénérer les gens… on va refaire une autre société que ces colonies un peu pourries».
 
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additif

Témoignage de Daniel X qui a convoyé des harkis vers l’Algérie en 1962

Cette histoire me semble, hélas, vraisemblable. Elle est scandaleuse, mais elle correspond tout à fait à la situation et à l’atmosphère que j’ai bien connues en 1962.

Le Comité des Affaires Algériennes ayant décidé (et P. Messmer, en exécution, comme ministre) :

1/  que le vote sur la politique et les accords d’Évian ne serait le fait que des Français en France (les Européens en Algérie ont fortement protesté d’être ainsi écartés d’un vote qui les concernait plus que tout) ;

2/  Que le vote d’autodétermination-Indépendance du 1er juillet serait le fait de tous les citoyens français (de droit civil commun ou de droit civil local) en Algérie même.

C’est bien à cause de cela que malgré ma demande officielle de transfert en France de mes harkis de Géryville – dits «harkis de Bou Alam» - j’ai dû attendre trois mois et protéger sur place autour de mon poste d’Aïn El Orak ces futurs rapatriés. Il n’était pas question de commencer de rapatrier des musulmans en France avant le vote d’autodétermination du 1er juillet 62.

Ce n’est qu’en raison des premiers massacres de harkis (15-20 avril, harkis de Bou Alam et Cdos Georges).

En raison de la révélation dans la presse  du message du 12 mai de Louis Joxe (par le journaliste Jacques Lethiec de Combat, ancien sous-lieutenant à la SAS de Bou Alam).

En raison aussi de la pression de l’opinion (débat à l’Assemblée nationale),  Le Figaro, Le Monde, 23 mai 1962,

Que le Plan de Rapatriement va être rapidement mis en place  (26 mai, mise à disposition du camp du Larzac  montages des tentes etc… et 13 juin, premiers bateaux d’Oran, d’Alger…

En France, avant le vote de l’Autodétermination, il n’avait pas été question de toucher aux «musulmans engagés» dans leurs régiments,

Les «appelés» en revanche, étant alors renvoyés en Algérie et libérés ou versés dans les unités de la Force Locale créée pour servir au Gouvernement Exécutif Provisoire. Ils déserteront dès les premiers jours de l’Indépendance et apporteront leurs armes aux katibas de l’intérieur qui se reconstituaient au plus tôt.  

 

SI L’ON CONSIDERE LE CAS DES HARKIS :

Outre les harkis de Paris qui seront protégés et engagés par la Préfecture de Police, il existait bien aussi quelques harkis en France. Souvent ramenés par des filières individuelles ou des régiment rentrant d’Algérie dès 1961, et qui, poursuivant vers l’Allemagne, laissaient leurs quelques protégés dans des compagnies d’entretient des camps de l’Est, Mailly, Mourmelon etc… où l’emploi était abondant et le logement assuré.

Que ces compagnies de camp aient – sur ordre du commandement ou du cabinet du ministre – renvoyé en Algérie leurs harkis pour qu’ils puissent voter dans le cadre de l’autodétermination le 1er juillet ne m’étonne pas. C’est bien le signe du peu de connaissance, d’intérêt et de considération dont bénéficiaient les harkis en dehors de leur proche environnement. C’était déjà le cas en Algérie. Je m’en suis hélas bien souvent rendu compte.

J’ai par ailleurs déjà entendu parler du témoignage de Daniel X  paru sur Internet il y a deux ans. Il serait vérifiable, comme quelques autres du même genre, à partir des journaux de marche des compagnies de camp de Mailly, Mourmelon etc…

Pour Fatima Besnaci, qui a l’âme algérienne, (mais peut-on lui en vouloir ?), la repentance de la France – quant au non accueil des harkis en France, et aux massacres de 1962 -  constitue le combat de sa vie. Elle relaie largement la Ligue des Droits de l’Homme. Malheureusement, tous ces défenseurs du point de vue des Algériens en France n’appuient généralement leurs accusations que sur des témoignages, ou quand il s’agit de la télévision, sur des fictions.

Général (2S) François MEYER

 

 

Commentaire

Je note que c'est en avril que Joxe a prescrit le maintien des harkis en Algérie, il fait confiance aux promesses du FLN  et ne sait pas encore que des massacres ont commencé.

Son message d'interdiction date du 12 mai, et les premiers bateaux partent le 12  juin.

Je n'ai pas trouvé dans les archives privées de Messmer un ordre de refoulement des harkis de Mailly et autres lieux, et la thèse de Chantal Morelle sur «Louis Joxe diplomate», bien documentée, n'en fait pas état.

D'autre part, je suis réservé sur le nombre de 4 à 500 harkis refoulés.

Il se peut qu'il y ait parmi eux des appelés démobilisés en métropole (ils sont 17.000 en mars 1962), dont certains éléments douteux sont affectés dans des unités de pionniers (Mende et autres lieux).

Les questions posées aux chercheurs sont les suivantes :

- de quel régiment relevaient ces harkis ? à quelle date sont-ils arrivés en France ?

- d’où venaient ceux qui ont rejoint à Marseille ?

- étaient-ils en tenue militaire ?

- par qui étaient-ils accueillis à Alger ?

- avaient-ils reçu un pécule ou un bon de chemin de fer pour rejoindre leur village ?

Selon son habitude, Fatima Besnaci s'est emparée de ce témoignage sans le vérifier dans les archives.

Général (2S) Maurice  Faivre