vendredi 12 août 2011

pétrole algérien, un livre de Hocine Malti (cr Maurice Faivre)

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histoire secrète du pétrole algérien

compte rendu par Maurice FAIVRE

 

Hocine Malti, Histoire secrète du pétrole algérien, La Découverte, 2010, 359 pages, 21 €.

9782707158185

Ingénieur  pétrolier, l’auteur a rejoint la Sonatrach en 1964 avant d’exercer des fonctions de direction à l’OPAEP au Koweit en 1975, et de 1977 à 1982, à l’Arab Petroleum à Tripoli. Il a donc une connaissance approfondie du développement du pétrole algérien, et de ses implications internationales. En même temps, il apporte un témoignage autorisé sur l’évolution de l’Algérie indépendante, et sur la corruption des milieux politiques et militaires.

Après que la Gulf Oil eût déclaré en 1950 qu’il n’y avait pas trace d’hydrocarbures au Sahara, les pétroliers français, sous la conduite de Pierre Guillaumat, ont découvert à In Salah en 1954,  des réserves importantes qui ne furent exploitées que plus tard. Les permis accordés en 1953 à la CREPS, à SN/Repal et à la CFP/A ont abouti en 1956 à la mise à jour des gisements de pétrole d’Edjeleh et Sidi Messaoud, qui seront évacués par le baby pipe de Touggourt, puis par oléoducs vers la Skhirra et Bougie, et du gaz d’Hassi R’Mel, évacué par gazoduc vers Arzew(1). La France a cherché alors à conserver la propriété de l’exploitation et la priorité des recherches, en instituant l’OCRS, puis le Code pétrolier de 1958, inclus dans les accords d’Évian.

Ayant créé la Sonatrach (transport et recherche) en 1964, confiée à Abdesselam puis à Ghozali, les Algériens se sont employés à obtenir des participations étrangères, britannique pour le gazoduc d’Arzew, américaine (Corelab) pour l’évaluation des réserves, soviétique pour la croissance de Messaoud, italienne pour le gisement d’el-Borma et le gazoduc de Sicile. Un accord associatif franco-algérien (Ascoop), adopté en juillet 1965, fut dénoncé par Boumediene pour non-application, le 24 février 1971.

La production de gaz est ainsi nationalisée et la propriété algérienne du pétrole portée à 51%. La France prend des mesures de rétorsion peu efficaces, et une guerre des nerfs s’engage avec la direction de Neuilly de la CFP. Le 30 avril 1971, la CFP donne 48 heures aux Algériens pour remplacer 800 techniciens. Malgré l’incompétence supposée des Algériens, les torchères continuent de brûler, et la production passe à 30 millions puis 52 millions de tonnes. La CFP et Elf-Erap acceptent désormais les conditions du pouvoir algérien, qui célèbre une dispendieuse fête du régime.

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L’Algérie prend parti en 1974 dans le conflit entre l’OPEP et l’Agence internationale fomentée par Kissinger, et lance les travaux du gazoduc de Transmed avec les Italiens (ENI) et les Américains ( Bechtel). Après la mort de Boumediene, le ministre de l’Energie Nabi limoge les cadres de la Sonatrach, et Mitterrand accorde une augmentation de 27% du gaz algérien !

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En 1986, la recherche est ouverte aux compagnies étrangères ; en 1989, le général Mediene dit Tewfik, directeur du Renseignement et de la Sécurité (DRS), contrôle la Sonatrach, et des généraux ripoux s’infiltrent dans les sociétés pétrolières. La compagnie Anadarko découvre alors les gisements de Hassi Berkine et Ourhoud. Après 1999, Bouteflika confie l’Energie à Chekib Khelill, de la Banque mondiale ; la législation algérienne s’aligne sur la loi pétrolière de Busch, et des agents de la CIA s’introduisent dans certains réseaux. État dans l'État, traversée par les scandales, la Sonatrach (100 000 personnels) est devenue le corps malade du pays.

Les experts pétroliers trouveront dans ces pages de nombreuses précisions sur les problèmes fiscaux, sur les techniques de recherche et sur les discussions tarifaires. Les trafics de corruption, initiés par Bouteflika en 1979, touchent ensuite des achats de blé  et les travaux du gazoduc italien ; ils sont peu à peu pris en mains par le général Belkheir et la DRS de Tewfik. L’auteur dévoile les pots de vin distribués dans les affaires de l’Orascom, de Lavalin et de la Saipem, ainsi que  l’implication des frères de Bouteflika dans ces trafics.

Les historiens seront passionnés par les observations de l’auteur sur la politique internationale (conflits palestiniens, guerre froide, décolonisation, terrorisme islamique) et par son jugement sur la politique algérienne. Despote éclairé, mais brutal avec ses opposants, Boumediene y apparaît comme un dirigeant austère, dictateur et bâtisseur, soucieux de mesures sociales mais indifférent à la pénurie alimentaire et au progrès agricole ; pro-soviétique, il joue double jeu avec les Américains par le canal d’un lobby ; se considérant comme le président des Non-Alignés, il promeut le mythe d’un Nouvel Ordre économique mondial. Belaïd Abdesselem est un de ses ministres ; fonctionnaire intègre, étatiste, promoteur de l’industrie industrialisante, il développe avec efficacité  le pétrole algérien.

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Mis en place par le patron de la SM, Merbah, le colonel Chadli est un roi fainéant ; populiste mais hargneux, il s’entoure de conseillers corrompus, réprime avec brutalité les émeutes sociales de 1988 ; il favorise les entreprises étrangères et la propagation de l’islamisme politique, avant d’être démis de ses fonctions par les généraux qui l’avaient choisi. Ce seraient les adeptes de la corruption qui firent assassiner le Président Boudiaf, le 29 juin 1992, par un soi-disant illuminé.

Sous le régime du général Zeroual, les propositions pacifistes de Sant’Egidio n’éliminent pas la lutte des clans. Les Services noyautent les islamistes armés qui fomentent des attentats en France. Ils massacrent les moines de Tibirhine et les habitants de Benthala.

Notre auteur considère Bouteflika comme un instable, vindicatif, egocentriste ; il serait à la fois pro-français et pro-américain. Il est contré par les Services qui utilisent des taupes en Afghanistan et manipulent les salafistes enleveurs de touristes dans le Sahel.

L’Algérie est donc malade de ses dirigeants qui accaparent la rente pétrolière, tolèrent les règlements de compte entre clans, négligent pas le niveau de vie de la population et provoquent le désespoir des harragas. La seule solution  serait la démocratie.

Hocine Malti est un observateur avisé ; à défaut d’être ami des Français il manie avec brio leur langue.

Maurice Faivre
le 12 août 2011

 

_________________________
1 - D’autres oléoducs furent construits par l’Algérie vers Arzew et Skikda, et des gazoducs vers Skikda, Ceuta et la Sicile (Transmed) ; un gazoduc est en cours d’installation vers la Sardaigne (projet GALSI)

 

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mardi 9 août 2011

les guerres ne finissent jamais

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Émission de France Culture :


1961, année charnière ?



Ouvrant avant l’heure le bombardement médiatique dont nous sommes menacés pour le cinquantenaire de la mort de l’Algérie française, la chaîne FM France Culture a produit récemment une semaine d’émissions sous le titre «Algérie 1961, année charnière». Elle n’a pas lésiné : trois heures chaque matin pendant cinq jours ! chaque matinée comportant un volet «archives», un volet «débat», un volet «documentaire», le tout fort bien fait sur le plan technique, avec de gros moyens.

D’emblée les débats vont au fond du problème historique avec une édifiante affirmation de Wassila Tamzali : cette dernière, dont le père fut tué par le FLN, est connue par son livre, Une éducation algérienne, passionnant retour sur l’itinéraire d’une intellectuelle militante du FLN dont l’unique et constant fil conducteur est une haine quasiment pathologique de la France et des Français. Laquelle déclare sans ambage que sa famille était parvenue au faîte des honneurs, du pouvoir et de la fortune, respectée de tous dans l’Algérie des Français, et que néanmoins, les Algériens eussent ils été tous dans cette situation, ils auraient été tous nationalistes.

En clair, les musulmans se sont révoltés, non parce qu’ils étaient pauvres ou opprimés, mais par ce qu’on ne peut appeler autrement que du racisme à l’état pur….. quel aveu ! Il est assez curieux de rapprocher ce propos des interviewes multiples de musulmans interrogés dans l’émission, dont pas un seul ne se montre hostile aux Français d’Algérie, même à l’époque, et même parmi des fellaghas prisonniers ; on entend même à l’occasion de franches déclarations de fraternité ! Serait ce cette haine qui ressemble à l’amour...?

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Autre aveu révélateur, et combien important : toutes les personnalités du FLN interrogées (dont «Si» Azzedine) confirment ce que Ben Bella avait clamé depuis longtemps : dans l’esprit des «fondateurs», les Européens n’avaient aucune place dans l’Algérie indépendante, et les déclarations contraires n’étaient que pour endormir l’opinion française.

Avis à ceux qui, de nos jours, prétendent imputer notre exode à des craintes irraisonnées ou à l’action de l’OAS... un de ces chefs fellagha fait, par ailleurs, une description complaisante des méthodes par lesquelles il recrutait ses combattants par l’intimidation et la menace dans des douars de montagne livrés à eux mêmes. On est loin du paradigme du peuple unanime en révolte spontanée contre ses oppresseurs ! Dans une de ses remarquables et très mesurées interventions, Boualem Sansal, qui supervisait les débats, observe d’ailleurs que le FLN s’est d’abord imposé par la violence.

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La présence de cet écrivain a contribué à remettre de la chair et du sang dans cette histoire, par ailleurs déshumanisée par des historiens manifestement incapables (c’est aussi une révélation de cette émission  d’entrer dans la dimension humaine des évènements. Il est vrai que les historiens présents étaient d’abord Gilbert Meynier et Raphaëlle Branche, idéologues d’une partialité caricaturale : la torture, bien sur, fut mise en épingle comme le fait principal de cette guerre, partant de trois références que sont Djamila Boupacha, Djamila Bouhired et Henri Alleg ; or on sait que les deux Djemila n’ont jamais été torturées ailleurs que dans la péroraison de leurs avocats et dans la propagande du FLN. Quant à Henri Alleg, jamais torturé lui non plus (voir le témoignage à l’époque du Dr Michaux, médecin légiste) il initia, sous l’égide du PCF, cette méthode érigeant en système de défense l’accusation de torture… avec le formidable succès que nous savons. Et pour les supplices exercés par le FLN sur de parfaits innocents choisis comme tels, ce ne sont que des «exactions»…

Mais pouvait on faire confiance aux historiens ? pour réponse on citera Jean-Charles Jauffret, pourtant réputé sérieux, prétendant dans le débat que les villages de regroupement ouverts par l’Armée déplaçaient 2 millions de personnes ! chiffre exorbitant et totalement faux, complété par une description, tout aussi fantaisiste, les assimilant à des camps de concentration…

Cependant ces considérations militaires ont donné lieu à des échanges instructifs : dont le concept de «guerre dissymétrique» exposé par un spécialiste des guerres subversives ; nous avons subi une guerre non déclarée entre une puissance classique technique et une organisation idéologique sans règles ni morale : ce type de conflit, d’après ce militaire, peut être gagné mais à condition de sortir de la règle démocratique. Pour nous, c’est enfoncer une porte ouverte, mais c’est dire aussi que nous étions condamnés à perdre. Difficile aussi de faire confiance aux historiens lorsqu’on entend l’un d’eux déclarer froidement qu’en 1961 l’OAS a fait plus de morts que le FLN…

Les lieux communs sur les «citoyens de seconde zone» ne nous ont pas été épargnés, sans que personne mentionne que chacun pouvait sortir du «statut personnel» à tout instant et jouir de la citoyenneté française sans restriction, sans que personne non plus n’évoque la quadrature du cercle qu’était (et est encore)  la coexistence du droit islamique et du droit commun français.

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Des documents nous ont rafraîchi la mémoire sur la palinodie des premières négociations officielles de 1961 avec le GPRA à Évian, et l’échec que l’on sait ; saisissante interview de Louis Joxe, liquéfié après l’humiliation que lui avaient fait subir les Barbaresques, arrogants jusqu’à l’insulte… De même les discours de De Gaulle à l’époque, son éclatant cynisme, son mépris affiché pour le passé et pour les hommes, sa démagogie, ses mensonges et hélas, les applaudissements des foules à son verbe : cela ressort fort bien, malignement mis en valeur par les responsables de l’émission.

Et puis, bien sur, après le pseudo putsch d’avril, réactions à chaud des officiers gaullistes et de quelques furieux du contingent, révélateurs du climat de guerre civile fabriqué par le général. D’ailleurs seuls ont été sollicités des militaires violemment hostiles à l’Algérie française , ou au mieux de ceux «qui ne savaient pas ce qu’ils venaient faire là» : question que, curieusement, les 173 000 Pieds noirs de 1943 ne s’étaient pas posée en Italie ou dans les Ardennes…

Des nombreuses interviewes reproduites, dont quelques unes - sans plus – auprès des Français d’Algérie, de l’époque et d’aujourd’hui, on retire des impressions diverses et quelques «matériaux historiques», tels que ce brave musulman de la Kasbah racontant comment, le dimanche, il avait coutume de se baigner à la Madrague ; cette plage étant présentée couramment (v. ARTE) comme interdite aux musulmans…. Ou cette très virulente militante FLN racontant candidement avec des frissons comment, circulant avec sa voiture à Constantine, elle fut glacée d’effroi, prise dans une manifestation de jeunes gens pour l’Algérie française. La pauvre chérie ne réalise pas que d’autres jeunes femmes, européennes, ont été aussi prises dans des hordes de manifestants FLN, la différence étant que ces dernières n’ont plus eu le loisir de le raconter…

On retiendra la remarquable intervention de J.C. Perez, comme on pouvait s’y attendre sans langue de bois, exposant crûment le problème de la survie des Européens et du nécessaire combat dont, hélas, ils n’ont pris conscience que bien trop tard. La seule interview extensive, réalisée sur place à Mascara dans un cimetière européen, est consacrée à Mme Aline Cespedes-Vignes, auteur de 2 ouvrages d’évocation des dernières années françaises. Pourquoi elle, parmi les auteurs si nombreux dans le genre ? On croit comprendre que son sésame pour l’émission fut la phrase prononcée au début : «je savais dans mon fors intérieur que leur combat (celui du FLN) était légitime»…
Le mot de passe obligé…!

Sur la description de la situation de l’époque, occultation totale de ce qui gêne : l’action pacificatrice de l’Armée tournée en dérision, pas un mot sur les SAS, dont l’action fut pourtant si importante et si novatrice. Pas un mot des persécutions du pouvoir à l’encontre de la population européenne, pas un mot des enlèvements, des égorgements, de l’exode prévisible et déjà commencé, des polices parallèles, des arrestations arbitraires de jeunes, des camps de Djorf et de Lambèse, des tortionnaires comme Desbrosse…. Les souffrances du peuple pieds noirs, n’existent pas, pertes et profits… en revanche, la manifestation du FLN à Paris le 17 octobre, dont le bilan est grotesquement refabriqué, est décrit horrifiquement, bien que Boualem Sansal reconnaisse honnêtement qu’à l’époque il en avait à peine entendu parler.

Les extraits de films illustrant la partie documentaire sont pratiquement tous tirés d’œuvres très orientées, genre «La bataille d’Alger» et il est surprenant de constater combien, déjà, ils sonnent faux … R. Branche, «historienne» d’extrême gauche fait à ce propos une remarque assez plaisante, s’étonnant du bruit fait autour de Hors-la-loi, film insignifiant, puisqu’on était libre d’aller voir d’autres productions…. comme si on avait le choix ! pas la moindre mention du film de J.P. Lledo, totalement passé sous silence, alors qu’il est justement un véritable événement.

Un certain J.Ferrandez, auteur d’une assez médiocre B.D. sur cette guerre, plaide pour ne pas céder à l’anachronisme, dans lequel pourtant il plonge en permanence dans son oeuvre, sans doute de bonne foi : une illustration de la difficulté qu’il y a à revivre un temps sur lequel tant de mensonges ont passé, et pourtant si proche….

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Mai au 2 août 1961 - El Gassia - Thé à la menthe lors d'un contact avec la population
du douar El Soltane, en présence du Sergent harki source

Au total, les inébranlables paradigmes du siècle restent le socle de toute approche de l’Histoire : il est entendu que tout le monde savait que l’Algérie serait indépendante (sans doute avons nous mauvaise mémoire...), que tout le peuple algérien (dont les Pieds noirs n’ont jamais fait partie) s’est soulevé contre un colonialisme oppresseur, que la nostalgie est un sentiment réactionnaire (quand elle est ressentie par nous), que la colonisation était un échec (que nous ayons remis à des assassins le pays quasiment le plus moderne d’Afrique ne compte pas)…

Lorsque B. Sansal évoque la confiscation de l’Histoire par le FLN, il peut étendre sa réflexion à la France ! Pour nous, Français de là-bas, c’est encore plus simple : nous avons compté pour zéro dans les décisions du politique, et historiquement on nous a déjà rayé de l’Histoire. Jacques Soustelle avait nommé cela un ethnocide…..

Remercions tout de même France-Culture de nous avoir épargné le «spécialiste-de-la-guerre-d’Algérie» qui remplit habituellement de ses prétentieuses péroraisons ses émissions historiques, et que tout le monde aura reconnu. Et laissons Boualem Sansal, encore lui, tirer de tout cela une conclusion désabusée : Les guerres, a-t-il déclaré, ne finissent jamais…..

M.Lagrot, Hyères le 4/8/2011
Cercle Algérianiste

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vendredi 5 août 2011

Pierre Savorgnan de Brazza

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Pierre Savorgnan de Brazza

photo inédite

 

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"Ce jeune homme dans son cadre doré, c'est Pierre Savorgnan de Brazza (1852-1905). Il s'agit d'une photo de 20x26, sans doute la plus ancienne existante de l'explorateur. Vu son jeune âge, elle est absolument inconnue et inédite, mais même ainsi elle n'intéresse personne. Les quelques spécialistes à qui je l'ai montrée n'ayant fait que sourire ou hausser les épaules."


Serge NAKKACHIAN (Bruxellles)

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Merci de votre apport à la connaisance iconographique de Pierre Savorgnan de Brazza.
Études Coloniales
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jeudi 4 août 2011

massacre des Européens le 20 août 1955 à El-Halia

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Autour du livre de Claire Mauss-Copeaus,

ALGÉRIE, 20 août 1955

Michel MATHIOT

 

Claire MAUSS-COPEAUX, Algérie 20 août 1955, Insurrection, répression, massacres, éd. Payot, 2011. Fiche de lecture.

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La thèse défendue par Claire MAUSS-COPEAUX pour expliquer les «événements du 20 août 1955 dans le Nord-Constantinos» est celle de l’insurrection, primant sur «les massacres» d’Européens. Car c’est bien cela le travail de l’historien : établir les faits mais aussi les expliquer. Pour asseoir sa démonstration, elle "décortique’" ce qu’ont vécu les villages martyrs d’El-Alia et Aïn-Aibid

Les deux événements, si connus parmi les anciens Français d’Algérie que les toponymes et les faits s’y étant déroulés ne font plus qu’un, sont présentés sous un jour inattendu. S’appuyant sur le témoignage d’acteurs toujours en vie, Claire Mauss‑Copeaux explique le massacre d’El-Alia par des alea de l’insurrection indigène ayant entraîné une émeute mal maîtrisée, et celui d’Aïn‑Abid par de la rancune entre rivaux dans le milieu des gros possédants – européens et musulmans - de la contrée, ayant impliqué une vengeance à l’occasion de cette insurrection. Des massacres "à chaud". Elle avance ce qu’El‑Alia et Aïn-Abid ne seraient pas : une élimination, sur ordre de l‘Armée de Libération Nationale (A.L.N.), de civils européens (hommes, femmes, enfants).

Mme Mauss-Copeaux accorde une place importante au travail de la mémoire collective à l’œuvre depuis cinquante-cinq ans. Certains auteurs, comme des historiens militaires par exemple, sont pour le moins égratignés, ainsi que ceux qu’elle appelle «mémorialistes» pieds‑noirs.

Par ses sources, tant orales qu’archivistiques dans la mesure où elles existent, on peut dire que le livre est aussi un ouvrage d’histoire sur la mémoire. Le texte renouvelle la vision du 20 août 1955. À défaut de preuves qu’elle ne peut toujours avancer faute d’archives disponibles françaises comme algériennes, certaines des hypothèses qu’elle pose sont autant de présomptions convergentes, d’intimes convictions à même d’être approfondies par d’autres.

Nous voulons parler de l’origine des massacres d’Européens. Tout en critiquant ceux qui restent campés sur des positions que l’on peut comprendre (celles des Français exilés), mais qu’en historienne elle ne peut faire siennes, Claire Mauss‑Copeaux élargit le champ des sources et donne dans un même récit la parole à une histoire bipartite : celle des anciens Français d’Algérie et celle des Algériens.

Le lecteur averti regrette que les témoignages soient moins nombreux qu’espérés. Pour autant, le chef de groupe du commando d’El‑Alia, critiqué par les siens et les mémorialistes, et questionné par Claire Mauss‑Copeaux, figure dans l’organigramme A.L.N. local établi par le 2ème Bureau. Au multipartisme des sources correspond un exposé multilatéral et c’est l’originalité de l’ouvrage, annoncée dans le titre même : Insurrection, répression, massacres.

Pour l’auteur l’insurrection est première, et les chapitres de tête sont là pour l’annoncer, analysant les causes qui s’enracinent dans le mythe des «trois départements français». Le «massacre» perpétré par l’A.L.N. stigmatise la violence aveugle, toujours idiote et insupportable mais si humaine car, on l’a vu, la cause en serait du domaine du "fait divers sanglant" et non de la "Guerre Sainte’", même si le "jihadisme" a certainement joué un rôle.

Cette violence a frappé majoritairement une première communauté, la communauté européenne. Claire Mauss‑Coppeaux la décrit et l’assimile à un «crime de guerre». Enfin, la question des représailles, jusqu’alors restée dans le flou, si elle n’est pas chiffrée est démontrée dans son intention. Pas de preuve écrite émanant du pouvoir civil. En revanche, une panoplie d’ordres déclinés en langage codé par la hiérarchie militaire algéroise et constantinoise. Dans ce cas, les archives ont parlé, et Claire Mauss-Copeaux avait d’ailleurs levé le voile dans sa thèse de doctorat et son livre Appelés en Algérie, la parole confisquée.

Cette répression – ce deuxième massacre accompli "à froid" - a touché l’autre communauté, celle des Français musulmans d’Algérie. L’auteur rééquilibre le discours sur la violence, discours traditionnellement monopolisé par la mémoire des civils d’El-Alia et d’Aïn‑Abid, au détriment de ceux des autres banlieues martyres de Philipeville, eux aussi victimes – dit-elle en conclusion – de «crimes de guerre».

Les explications jusqu’à présent apportées sur les raisons de ce qui est considéré comme le véritable enracinement de la guerre ne seraient-elles donc que des rationalisations a posteriori, reconstruites en fonction de ce que l’on sait depuis ? C’est ce que l’on peut déduire du récit de Claire Mauss-Copeaux. L’historienne met à mal la principale des théories reprises jusqu’alors par les auteurs pour expliquer la sauvagerie des massacres de civils européens : Il ne s’agirait pas d’une préméditation stratégique devant entraîner, à coup sûr, des représailles gigantesques comme en 1945, pour servir à la survie de la "Révolution". Il n’en serait rien.

Remarquons que nul auteur Algérien n’avait d’ailleurs défendu cet argument, et on savait à partir des échos rapportés de la réunion F.L.N. du 20 août 1956, dite « Congrès de la SOUMMAM’’, que ces massacres de civils avaient été désavoués par d’autres chefs F.L.N. À ce titre d’ailleurs Ali Kafi, personnalité bien placée comme ancien bras droit de Zighout Youssef, n’en fait état dans la liste des objectifs livrée dans ses mémoires.

Sur la forme, l’appareil de notes juste dosé pour éviter d’alourdir davantage un ouvrage grand-public est relégué à la fin, le rendant peu commode. Les lecteurs curieux pardonneront à Claire Mauss‑Copeaux de ne pas trouver dans son texte des réponses systématiques à toutes leurs questions, ni une énumération exhaustive de tous les événements ni tous les lieux touchés par l’insurrection.

Un traité d’histoire est une démonstration, non pas une encyclopédie. Pour cela d’autres livres suivront sans doute, utilisant notamment d’autres sources disponibles. Comme tous les historiens du "Temps Présent", elle a été confrontée au verrouillage de certaines archives encore trop récentes d’une part et à l’existence de souvenirs oraux fort bienvenus d’autre part. Les uns compensent les autres, même si le caractère épars de ces témoignages laisse toujours planer un doute quant à leur représentativité. Mais ils permettent à l’auteur de formuler des hypothèses et de les argumenter.

Car ce livre devrait être l’instrument de discussions entre historiens, pour aider la connaissance historique de cette question emblématique de l’enracinement de la Guerre en Algérie. La discussion est utile, salutaire, non pas la polémique stérile. Il est important de regarder ce que ce livre apporte à l’Histoire, en dépit d’inexactitudes factuelles comme par exemple le nombre sous-estimé des civils tués depuis le 1er novembre, ou d’autres manques à relever, et à corriger éventuellement.

Cette question, il était temps d’enfin l’aborder avant que les derniers contemporains ne s’éteignent. Mais après avoir tourné la dernière page du dernier chapitre, on est frappé par la violence qui s’exprime en début de conclusion, de l’attaque à l’égard des «activistes de la mémoire». Il faut croire que dans l’esprit de Claire Mauss-Copeaux, nombreux ont dû pécher contre l’Histoire pour avoir rendu son propos à tel point incisif. Souhaitons que d’autres auteurs viennent nourrir cette discussion dans un esprit de construction historique. Ce texte parait humain. Est-ce le fait d’une femme ? Le fait divers y surpasse la politique, et les morts ‑ tous les morts – y redeviennent égaux entre eux. Dans un livre d’Histoire, regardons avant tout ce qu’il apporte à l’Histoire.

Michel MATHIOT
DEA d’histoire contemporaine
ancien doctorant, 13 mai 2011

- critique de ce livre par Maurice Faivre sur ce site (19 mai 2011)

 

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mercredi 3 août 2011

les harkis, histoire, mémoire et transmission

Livre-Besnaci-Lancou-Falaize-Manceron

 

 

harkis, torture, présence française : polémique

général Maurice FAIVRE

 

Objet : recension de la NRH

Ce message intéressera ceux qui n'apprécient pas la LDH. Il a été adressé aux membres de la CFHM, avec copie à LDH, INRP et AHDH.
Chers amis historiens, excusez ce message personnel, qui concerne mes travaux d'historien. C'est une pièce tragi-comique en 4 actes, un peu longue, vous n'êtes pas obligé de tout lire.

Maurice Faivre

 

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Primo

Peut-être avez-vous lu dans la NRH de janvier le texte suivant :

À OUBLIER D’URGENCE...  Les harkis, Histoire, mémoire et transmission, dir. F. Besnaci-Lancou, B. Falaize et G. Manceron, éditions de l’Atelier, 222 p. 19 euros.
Rédigé par dix-sept auteurs, cet ouvrage, présenté comme un «travail d’histoire et de mémoire»  est publié par la Ligue des droits de l’Homme et l’Institut National de Recherche Pédagogique… Sauf exceptions, les approximations, contre-vérités et ignorances sont la règle. Un certain Gilles Manceron croit pouvoir s’en prendre de façon diffamatoire au général Faivre dont on sait le travail considérable qu’il a accompli sur les harkis,  au point d’apparaître comme le pionnier de l’étude historique de la question. On sait ce qu’est – auprès de ses pairs (Frémeaux, Pervillé, Brunet, Lefeuvre, Vaisse, les divers spécialistes qui oeuvrent au sein des commissions française et  internationale d’histoire militaire) la réputation de sérieux de celui qui a été visé par ces attaques indignes et stupides.

Philippe Conrad

 

Secundo

Ce texte de la NRH résume de façon succincte la recension que M. Faivre avait rédigée en novembre et qui n'a pas été diffusée. La voici :

Fatima Besnaci-Lancou, Benoit Falaize et Gilles Manceron (sous la direction de), Les harkis, histoire, mémoire et transmission, éd. de l’Atelier (ex-Ouvrières), sept. 2010, 222 pages, 19,90 €.

17 auteurs ont participé à l’écriture de cet ouvrage collectif, qui est présenté par son préfacier comme un beau travail conjoint d’histoire et de mémoire. La Ligue des droits de l’homme et l’Institut national de recherche pédagogique se sont unis pour produire cet ouvrage qui prétend renouveler la connaissance d’un sujet qui, étudié dès 1989, s’est peu à peu enrichi au début du siècle.

D’emblée, il faut distinguer deux historiens qui n’appartiennent pas à la LDH et qui proposent des analyses objectives du problème. Mohamed Harbi replace l’histoire des harkis dans l’évolution d’une nation en formation ; l’attachement à la famille, au clan et à la religion précède en effet le sentiment national ; cette diversité de la société algérienne est ignorée par les ulemas, citadins indifférents à la réalité des campagnes, qui ont imposé la doctrine d’une nation préexistant avant 1830 et d’un islam anti-démocratique; quant à certains chefs de l’ALN, ils ont porté atteinte à l’honneur des populations rurales, lesquelles se sont protégées en répondant aux campagnes de recrutement de l’armée française.

Fils de harki, Abderhaman Moumen expose de façon claire les massacres de 1962 et les lieux de mémoire qui commémorent le passage des harkis dans divers centres d’accueil ; ayant retrouvé le rapport Massenet qui proposait un rapatriement massif, son analyse de la notion d’abandon des harkis est argumentée ; elle aurait mérité d’être complétée par les archives disponibles du CICR, des Affaires algériennes (Comité et ministre), et sur le témoignage des assistantes sociales et monitrices de hameaux forestiers.

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En revanche, deux auteurs font la démonstration de leur incompétence et (ou) de leur mauvaise foi. Il s’agit du Britannique Mac Master qui critique l’idéologie de deux officiers de  supplétifs : l’ethnologue Jean Servier, qui aurait monté – et raté - l’opération Oiseau bleu, et dont les connaissances manquent de fondement scientifique (sic), et le colonel Montaner, fondateur de la Police auxiliaire de Paris, dont les méthodes autoritaires s’affranchissaient du respect de la loi.

L’historien Jean-Paul Brunet, dans la revue Commentaires, a montré le manque de méthode et de morale de ce sociologue. Rémy Valat a fait le même constat. «L’humaniste de la LDH» Manceron, critique lui aussi les illusions de Jean Servier, fondateur de la première formation supplétive à Arris ; il montre la même méconnaissance que Mac Master du montage de l’opération Kabyle (dite à tort Oiseau bleu), et énonce un certain nombre de contre-vérités qui font sourire les anciens harkis et leurs chefs. Il attribue la lenteur du recrutement des harkis à la personnalité des généraux, alors  qu’elle est due au rapport des forces initiales. Ses évaluations des effectifs des harkis, des musulmans engagés et des rebelles sont inexactes, et il affirme que les harkis n’ont pas tous porté des armes, et que les plus nombreux n’ont servi que dans des emplois civils (maçons, jardiniers …etc).

Opposés à l’indépendance (ce que dément Mohammed Harbi), soumis à la méfiance de leurs chefs, recrutés pour la gamelle, désarmés après chaque opération, les supplétifs ont rejoint les maquis en 1962 avec armes et bagages (sic), ce qui est vrai pour les appelés de la Force locale (UFL), mais pas pour les harkis. Dans un chapitre comparant les mémoires et l’histoire, Manceron se livre à  des attaques, toutes inexactes, contre le rédacteur de cette recension, démontrant ainsi son incapacité à recouper des informations partielles. Ni l’histoire, ni la mémoire ne sont au rendez-vous.

Les chapitres répétitifs consacrés à la transmission de l’histoire des harkis confirment que cette histoire est un sujet difficile ; la colonisation étant un fait ambigu, les supplétifs sont pratiquement absents des manuels scolaires ; les enseignants ont peur d’être contestés et présentent les harkis comme des victimes de la colonisation, des anti-héros et des marginaux.

Quant aux manuels algériens, ils évitent de parler de ces hommes affectés aux sales besognes, qui contredisent le mythe de la nation unanime.

Une bibliographie détaillée conclut cet ouvrage, dans laquelle ne figurent pas les livres de Jean-Paul Brunet, ni les articles de l'anthropologue Khemisti Bouneb ni les films d'Alain de Sédouy.

Maurice Faivre, le 14 novembre 2010

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Tertio

Dans cette recension, M. Faivre ne précise pas la nature des  4 attaques qui lui sont adressées.

Voici ces précisions, et les éléments de réponses aux accusations personnelles de Manceron, qui ont été reprises par la LDH de Toulon les 4 et 13 octobre 2010.

1. M. Faivre aurait justifié l'usage de la torture. S'agissant de son action sur le terrain, cela est démenti par J.-C. Jauffret dans "ces officiers qui ont dit non..." p.115. Citation : qui concerne les atrocités du FLN, hélas bien réelles (J.Julliard "incapable de provoquer un soulèvement généralisé,  le FLN a eu recours à la terreur et aux atrocités", Nouvel Obs du 10/05/2001). Mais il faut lire le 8ème paragraphe : "certains se sont salis les mains... ces dérives furent marginales et en contradiction avec les méthodes voulues et les objectifs poursuivis par la France et son armée". Ce n'est donc pas une approbation. M. Faivre a fait la même analyse dans un article de Liberté politique (automne 2001) sur "terrorisme et torture", et dans deux ouvrages (Conflits d'autorité et La croix-Rouge dans la guerre d'Algérie).

2. M. Faivre est le seul historien ayant participé à une réunion du député Diefenbacher (puis Kert), en préparation de la loi du 23 février 2005 évoquant "le rôle positif de la présence française outre-mer, etc.." En réalité, il s'est prononcé contre le paragraphe 4 de cette loi, dans des lettres à G.Meynier (10 mai 2005), à Fatima Besnaci (10 septembre),  et lors d'une audition par JL Debré le 18 janvier 2006.

Il proposait que l'on parle des aspects positifs et négatifs de cette présence. Il a conservé  les archives de ces documents.

3. Il intervient, sous le pseudo de Cyrano, sur des sites internet proches de l''extrême droite,  qui se livrent à de violentes attaques contre la religion musulmane (sic). En réalité le texte de Riposte laïque qui a été diffusé sous son nom  par un imbécile, a été rédigé par le professeur de philo Maurice Vidal. Riposte laïque a dénoncé le 14 décembre 2009 cette fausse information, en précisant : nous ne connaissons pas le général Faivre. Il n'est donc pas Cyrano ! En revanche, il a publié dans le Casoar d'octobre 1995 un article "Pour un islam tolérant", dans lequel il approuvait la position modérée de l'imam Soheib ben Cheikh. Il a d'ailleurs été en relation sur ce sujet avec le P. Lelong, Abdelkader Barakrok, Sellam Sadek et récemment Boualem Sansal.

4. Camille Lacoste-Dujardin lui reproche un total manque de rigueur historique. Dans l'affaire K, dite de l'Oiseau bleu, il en effet critiqué cette ethnologue,  qui a découvert cette affaire en 1969 (13 ans après les faits). Elle n'a rien compris au montage de cette affaire, n'ayant pas eu accès aux archives des Services secrets, ni aux écrits de Jean Servier en 1956.

Ceci est confirmé par Jacques Frémeaux dans les Annales de janvier 2000 : "Avoir omis le témoignage de Servier affaiblit la portée de sa démonstration". Dans Guerres d'Afrique, université de Rennes, 2009, Vincent Joly confirme, p. 285, que les textes publiés par le général Faivre infirment la thèse de Camille Lacoste. Jacques Frémeaux a demandé le 17 janvier 2001 une mise au point sur le montage de l'affaire,  qui pour finir a  été publiée par Etudes coloniales en décembre 2010.

 

Quarto

Le 8 octobre 2010, Maurice Faivre a proposé à  la LDH un débat entre historiens,  Gilles Manceron a accusé réception, mais n'a pas répondu à cette proposition. En revanche, un professeur de Sorbonne, cité plus haut, écrit le 24 janvier 2011 :
- Mon général, je ne peux qu'approuver votre volonté de donner de votre carrière et de votre action en Algérie une vision fidèle et juste. Croyez que pour ma part j'ai toujours accordé une totale confiance aux informations que vous donnez dans vos ouvrages. Dont acte. D'autres critiques ont été formulées par Raphaëlle Branche dans un article  sur le livre blanc de l'armée française, publié par la LDH. Pour ne pas surcharger ce message déjà long, il y sera répondu dans un autre courriel.


Maurice Faivre
le 29 janvier 2011

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mardi 2 août 2011

Algérie 1961, une émission de France-Culture

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ALGÉRIE 1961, À LA CROISÉE DES CHEMINS

Emission de Aurélie Luneau et Yvon Croisier diffusée par France-Culture du 25 au 29 juillet 2011

compte-rendu par Maurice FAIVRE


Dans la série des Grandes Traversées, les réalisateurs ont présenté pendant 5 jours, 15 heures d’émission, comportant chaque matin trois séquences : - Extraits d’archives – Débat entre historiens – Documentaires, suivis des commentaires de l’écrivain algérien Boualem Sansal. L’abondance des témoignages recueillis illustre la volonté des réalisateurs de consulter tous les acteurs et toutes les victimes : Algériens pro-français, nationalistes, colons, membres de l’OAS, rapatriés, militaires appelés.

Nul ne l’emporte dans cette guerre des mémoires, et l’on peut estimer que la tendance générale est celle de l’apaisement. La convivialité d’autrefois, et le déracinement des pieds-noirs sont en particulier reconnus par leurs amis d’Algérie. Rêvant sur le pont des soupirs, Aline pense qu’il est temps de tourner la page. Certains choix sont cependant contestables : un officier issu des FTP et un photographe communiste (contredit par son chef de corps) ne sont pas représentatifs de la majorité des cadres militaires et des soldats du contingent, dont les rapports sur le moral soulignent la disponibilité. Le thème de la torture intervient à tout moment, alors que le terrorisme du FLN contre les musulmans (300 morts par mois en 1956) n’est pas évoqué.

Les supplétifs sont sous-estimés. Des extraits de films sont présentés comme des témoignages objectifs, alors qu’il s’agit de fictions non vérifiées (Rotman) ou partisanes (Vauthier, Panigel, Tasma, Bouchareb, Charef). La réalisatrice prend pour une vérité établie la légende des 200 morts du 17 octobre (1). Le mélange de la fiction et du témoignage, procédé coutumier des médias, n’est pas compatible avec la déontologie de l’historien.

Les débats entre historiens, brièvement commentés ci-dessous, sont intéressants ; certains sont influencés par l’idéologie, libertaire pour certains, antiraciste et antimilitariste pour d’autres. Face à Gilbert Meynier, qui expose comment le parti libérateur s’est transformé en dictature militaire et obscurantiste, Wassyla Tamzali relate l’évolution des grandes familles qui ont accepté la conquête et l’intégration, avant de retrouver une identité ethnique antiféministe.

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Maurice Vaïsse confirme sa thèse sur l’échec du putsch, tandis que l’américain Matthew Connelly reconnaît les ingérences américaines qui ont contribué à l’internationalisation du conflit, sans reprendre cependant certaines erreurs ponctuelles de sa thèse (2). Alors que JC Jauffret souligne la supériorité numérique des Forces françaises, l’efficacité des barrages frontaliers et le rôle des réserves générales, Gérard Chaliand est impressionné par les succès des guérillas (avec des pertes surestimées) ; il estime que les réformes sont intervenues trop tard, et observe la référence à la doctrine française de contre-insurrection, contestable en Argentine, mais justifiée dans les guerres asymétriques actuelles.

Rémy Porte n’a pas le temps d’exposer le concept de ralliement des cœurs et des esprits qui est à la base de cette doctrine politique (3). Le thème de l’imaginaire de la guerre d’Algérie est abordé par Raphaëlle Branche, attachée à dénoncer la violence et les crimes de guerre des Français ; dans ses bandes dessinées, J.Fernandez décrit les rapports complexes des communautés et des religions, marqués par les traumatismes et la violence dans les deux camps ; il se garde à juste raison d’assimiler les critères du XIXe à ceux du XXe siècle.

La transmission de l’histoire à l’opinion, et particulièrement aux scolaires, est traitée par Benoît Falaise qui montre les difficultés liées à la guerre des mémoires, au silence des parents et aux pressions de certains réseaux partisans ; quelle histoire faut-il enseigner aux enfants issus de l’immigration ? Du côté algérien, Lydia Aït Saadi dénonce l’arabisation de l’enseignement et l’écriture de l’histoire imposée par le ministère des moudjahidines ; elle met en doute le mythe du peuple paysan uni pour la Révolution. Tous deux sont partisans d’une désaliénisation de l’histoire (4).

Boualem Sansal intervient dans toutes les séquences de l’émission. Ayant 10 ans en 1961, il se souvient des évènements spectaculaires de l’époque, des manifestations urbaines, du prestige des parachutistes, de la modernité de la colonisation et des occasions manquées ; de la population partagée, ralliée par la terreur à une indépendance qui était  inéluctable, mais qui a été ratée. Il estime que les objectifs stratégiques des deux camps étaient confus, et fumeux le concept de Révolution ; la guerre a légitimé la prise du pouvoir ; ayant pris tous les leviers, le FLN a imposé le récit officiel de l’histoire ; la scission entre le FLN et l’ALN  a conduit à la guerre civile de 1990. Le pays a été détruit. Les réalisateurs de cette émission méritent des félicitations pour la somme et la variété de leurs recherches, bien que certains des  thèmes cités ci-dessus appellent de nouveaux débats.

Maurice Faivre
le 1er août 2011


1 - Les travaux scientifiques du professeur JP Brunet sont ignorés (une dizaine de victimes certaine, une vingtaine possible, trente au maximum).

2 - Dans l’arme secrète du FLN (mauvaise traduction de son livre), Connelly prend pour argent comptant des erreurs qui nuisent à son objectivité  : les viols systématiques, le bombardement des villages, les regroupements affameurs, la loi du talion en août 1956, les estimations de Teitgen pour la bataille d’Alger, les 200.000 morts déclarés par de Gaulle, les 250.000 réfugiés au Maroc et en Tunisie, 200 tués au moins le 17 octobre 1961, les harkis ostracisés pendant des années dans des camps, etc... Il situe le massacre d’Oran le 3 juillet 1962, avec 20 morts ; or c’est le 5 juillet avec environ 400 disparus.

3 - L’auto-défense active de Challe, approuvée par Ely et Debré, était dans la même ligne réformiste que la politique d’association prônée par Robert Lacoste, par les Comités de Salut public, puis par Louis Joxe et de Gaulle, et qui a été abandonnée en raison des ambitions internationales du chef de l’Etat.

4 - Leur critique virulente de l’article 4 de la loi de 2005 sur les bienfaits de la présence française ne tient pas compte de l’idéologie républicaine qui a présidé à la colonisation, exprimée par Victor Hugo : «un peuple éclairé va trouver un peuple dans la nuit» et réaffirmée de Léon Blum à Messmer. S’agissant du génocide culturel de l’Algérie, on est amené à poser la question : quelle culture ? Est-ce celle de la masse décrite par Mohamed Harbi, qui croit aux fantômes, aux revenants et aux démons ? ou celle du Coran, que l’administration française a favorisé en Kabylie ?

 

- écoutez les émissions, pendant 5 semaines

 

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